Pierre Lous, _Trois Filles de leur Mre_, d. Au dpens d'un Amateur
et pour ses amis, Paris [n.d.] 1926.

Pierre Lous: pote et romancier franais n  Gand (en Belgique)
le 10 dcembre 1870 et mort  Paris le 6 juin 1925.





                    TROIS FILLES DE LEUR MRE



                       AVIS  LA LECTRICE

       Ce petit livre n'est pas un roman. C'est une histoire
       vraie jusqu'aux moindres dtails. Je n'ai rien chang,
       ni le portrait de la mre et des trois jeunes filles,
       ni leurs ges, ni les circonstances.


                               I

 Eh bien, vous tes vif ! dit-elle. Nous emmnageons hier, maman, mes
soeurs et moi. Vous me rencontrez aujourd'hui dans l'escalier. Vous
m'embrassez, vous me poussez chez vous, la porte se referme... Et
voil.
- Ce n'est que le commencement, fis-je avec toupet.
- Ah ! oui ? Vous ne savez pas que nos deux appartements se touchent ?
Qu'il y a mme entre eux une porte condamne ? Et que je n'ai pas
besoin de lutter si vous n'tes pas sage, monsieur. Je n'ai qu'
crier : "Au viol, maman ! Au satyre !  l'attentat !" 

Cette menace prtendait sans doute m'intimider. Elle me rassura.
Mes scrupules se turent. Mon dsir dlest fit un bond dans l'air libre.

La jeune personne de quinze ans qui tait devenue ma captive portait
des cheveux trs noirs nous en catogan, une chemisette agite,
une jupe de son ge, une ceinture de cuir.

Svelte et brune et frmissante comme un cabri lanc par Leconte de
Lisle, elle serrait les pattes, elle baissait la tte sans baisser les
yeux comme pour donner des coups de corne.

Les mots qu'elle venait de me dire et son air de volont
m'enhardissaient  la prendre. Pourtant, je ne croyais pas que les
choses iraient si vite.

 Comment vous appelez-vous ? dit-elle.
- X... J'ai vingt ans. Et vous ?
- Moi, Mauricette. J'ai quatorze ans et demi. Quelle heure est-il ?
- Trois heures.
- Trois heures ? rpta-t-elle en rflchissant... Vous voulez coucher
avec moi ? 

Ahuri par cette phrase que j'tais loin d'attendre, je reculai d'un
pas au lieu de rpondre.

 coutez-moi, dit-elle, en posant le doigt sur la lvre. Jurez
de parler bas, de me laisser partir  quatre heures... Jurez surtout
de... Non. J'allais dire : de faire ce qui me plaira... Mais si vous
n'aimez pas a... Enfin, jurez de ne pas faire ce qui ne me plaira pas.
- Je jure tout ce que vous voudrez.
- Alors je vous crois. Je reste.
- Oui ? c'est oui ? rptai-je.
- Oh ! mais il n'y a pas de quoi se taper le derrire par terre ! 
fit-elle en riant.

Provocante et gaie comme une enfant, elle toucha, elle empoigna
l'toffe de mon pantalon avec ce qu'elle y sut trouver, avant de fuir
au fond de la chambre o elle retira sa robe, ses bas, ses bottines...
Puis, tenant sa chemise des deux mains et faisant une petite moue :

 Je peux toute nue ?  me demanda-t-elle.
- Voulez-vous aussi que je vous le jure ?... En mon me et conscience.
- Vous ne me le reprocherez jamais, fit-elle en imitant mon accent
dramatique.
- Jamais !
- Alors... la voil, Mauricette ! 

Nous tombmes tous deux sur mon grand lit, dans les bras l'un de
l'autre. Elle me heurta de sa bouche. Elle me poussait les lvres
avec force, donnait sa langue avec lan... Elle fermait presque les
yeux, puis les ouvrait en sursaut... Tout en elle avait quatorze ans, le
regard, le baiser, la narine...  la fin, j'entendis un cri touff,
comme d'une petite bte impatiente. Nous bouches se quittrent,
se reprirent, se sparrent encore...

Et, ne sachant pas trs bien quelles mystrieuses vertus elle m'avait
jurer de ne pas lui ravir, je dis au hasard quelques balivernes pour
apprendre ses secrets sans les lui demander.

 Comme c'est joli, ce que tu t'es mis sur la poitrine ! Quel nom
cela prend-il chez les fleuristes ?
- Des nichons.
- Et ce petit karakul que tu as sous le ventre ? C'est la mode,
maintenant, de porter des fourrures au mois de juillet ? Tu as froid
l-dessous ?
- Ah ! non ! pas souvent !
- Et a ? je ne devine pas du tout ce que a peut tre.
- Tu ne devines pas, rpta-t-elle d'un air malin. Tu vas le dire
toi-mme, ce que c'est. 

Avec l'impudeur de la jeunesse, elle carquilla les cuisses, les
dressa des deux mains, ouvrit sa chair... Ma surprise fut d'autant
plus vive que la hardiesse de la posture ne me prparait gure  une
telle rvlation.

 Un pucelage ! m'criai-je.
- Et un beau !
- Il est pour moi ? 

Je pensais qu'elle me dirait non. J'avouerais mme que je l'esprais.

C'tait un de ces pucelages impntrables comme il m'est arriv
d'en prendre deux. Hlas ! J'ai bien souffert.

Nanmoins, je me piquai de voir Mauricette rpondre  ma question en
se passant un doigt sous le nez, avec une bouche moqueuse qui voulait
dire  flte  ou mme pis. Et comme elle ouvrait toujours sous mes
yeux ce que je ne devais pas toucher, une taquinerie me fit dire :

 Vous avez de bien mauvaises habitudes, mademoiselle, quand vous tes
toute seule.
- Oh !  quoi vois-tu a ?  dit-elle en fermant les jambes.

Ce mot fit plus que tout le reste pour la mettre  l'aise. Puisque
je l'avais devin, rien ne servait plus de le taire : elle s'en
vanta. D'un air gamin, frottant  chaque fois sa bouche sur ma bouche,
elle me rpta tout bas :

 Oui. Je me branle. Je me branle. Je me branle. Je me branle. Je me
branle. Je me branle. Je me branle. Je me branle. 

Plus elle le disait, plus elle tait gaie. Et ce premier mot lch,
tous les autres suivirent comme s'ils n'attendaient qu'un signe
pour s'envoler :

 Tu vas voir comment je dcharge.
- Je voudrais bien le savoir, en effet.
- Donne-moi ta queue.
- O cela ?
- Trouve.
- Qu'est-ce qui est dfendu ?
- Mon pucelage et ma bouche. 

Comme on ne peut aller au coeur fminin que par trois avenues... et
comme j'ai une intelligence prodigieusement exerce  la divination
des nigmes trs difficiles... je compris.

Mais cette nouvelle surprise me coupait la parole : je ne rpondis
rien. Je donnai mme  ce mutisme un air d'imbcillit pour laisser
Mauricette expliquer elle-mme son mystre. Elle soupira en souriant,
me jeta un regard de dtresse qui signifiait :  Dieu ! que les hommes
sont btes !  puis elle s'inquita ; et ce fut elle qui me posa
des questions.

 Qu'est-ce que tu aimes faire ? Qu'est-ce que tu aimes le mieux ?
- L'amour, mademoiselle.
- Mais c'est dfendu... Et qu'est-ce que tu n'aimes pas du tout, du tout ?
- Cette petite main-l, qui est pourtant jolie. Je n'en veux pour
rien au monde.
- C'est pas de chance que je... fit-elle avec un trouble extrme...
que je peux pas sucer... Tu aurais voulu ma bouche ?
- Tu me l'as donne , fis-je en la reprenant.

Non, ce n'tait plus la mme bouche. Mauricette perdait contenance,
n'osait plus parler, croyait tout perdu. Il n'tait que temps de
ramener un sourire sur ce visage dsol. Une de mes deux mains qui
la tenaient serre contre moi se posa tout simplement sur ce qu'elle
dsesprait de me faire accepter et mme de me faire comprendre.

La timide enfant me regarda, vit que ma physionomie n'tait pas
srieuse ; et, avec une brusquerie de mtamorphose qui me fit
tressaillir :

 Oh ! Crapule ! s'cria-t-elle. Animal ! Brute ! Putain ! Cochon !
- Mais veux-tu te taire !
- Depuis un quart d'heure, il fait semblant de ne pas deviner et il
se fiche de moi parce que je ne sais comment le dire. 

Elle reprit son air de gosse en bonne humeur, et, sans lever la voix,
mais nez  nez :

 Si je n'en avais pas envie, tu mriterais que je me rhabille.
- Envie de quoi ?
- Que tu m'encules ! fit-elle en riant. Je te l'ai dit. Et avec moi,
tu n'as pas fini d'en entendre. Je ne sais pas tout faire, mais je
sais parler.
- C'est que... je ne suis pas sr d'avoir bien entendu.
- J'ai envie de me faire enculer et de me faire mordre ! J'aime
mieux un homme mchant qu'un homme taquin.
- Chut ! chut ! mais que tu es nerveuse, Mauricette !
- Et puis, on m'appelle Ricette quand on m'encule.
- Pour ne pas dire le "Mau"... Allons ! calme-toi.
- Il n'y a qu'un moyen. Vite ! Tu veux ? 

Pas fche, peut-tre mme plus ardente, elle me rendit  pleine
bouche le baiser que je lui donnais et, pour m'encourager sans doute,
elle me dit :

 Tu bandes comme du fer, mais je ne suis pas douillette et j'ai le
trou du cul solide.
- Pas de vaseline ? Tant mieux.
- Oh ! l ! l ! pourquoi pas une pince  gants ! 

Par une virevolte, elle me tourna le dos, se coucha sur le ct droit et
joua au doigt mouill avec elle-mme, sans autre prambule au sacrifice
de sa pudeur. Puis, d'un geste qui m'amusa, elle ferma les lvres
de son pucelage, et elle fit bien car j'aurais pu croire que j'y
pntrais malgr mes serments. Ce doigt mouill, c'tait assez pour
elle, c'tait peu pour moi. Je trouvai qu'en effet elle n'tait
 pas douillette  ainsi qu'elle venait de me le faire savoir.

Et j'allais lui demander si je ne la blessais pas quand, tournant sa
bouche vers la mienne, elle me dit tout le contraire :

 Toi, tu as dj encul des pucelles.
-  quoi sens-tu cela ?
- Je te le dirai quand tu m'auras dit  quoi tu as vu que je me
branlais.
- Petite salet ! tu as le bouton le plus rouge et le plus gros que
j'aie jamais vu sur un pucelage.
- Il bande ! murmura-t-elle en faisant les yeux doux. Il n'est pas
toujours si gros... N'y touche pas... Laisse-le-moi... Tu voulais
savoir  quoi je sens... que tu as encul des pucelles ?
- Non. Plus tard.
- Eh bien ! la voil, la preuve ! tu sais qu'il ne faut rien demander
 une pucelle qui se branle pendant qu'on l'encule. Elle n'est
pas foutue de rpondre. 

Son rire s'teignit. Ses yeux s'allongrent. Elle serra les dents
et ouvrit les lvres.

Aprs un silence, elle dit :

 Mords-moi... Je veux que tu me mordes... L, dans le cou, sous les
cheveux, comme les chats font aux chattes... 

Elle dit ensuite :

 Je me retiens... je me touche  peine... mais... je ne peux plus,
je vais jouir... Oh ! je vais jouir, mon... comment t'appelles-tu
?... mon chri... Va comme tu veux ! de toutes tes forces ! comme si
tu baisais !... J'aime a !... Encore !... Encore ! 

Le spasme la raidit, la tint frmissante... Puis la tte retomba et
je serrai le petit corps tout faible contre moi.
                            *
                           * *

Amour ? Non, petite flamme d'une heure. Mais en moi-mme, je ne pus
m'empcher de dire :  Bigre !  et je saluai son rveil avec
moins d'ironie que d'admiration :

 Tu vas bien pour une pucelle !
- Hein ! fit-elle sous une oeillade.
- Nave enfant ! Sainte innocence !
- L' as-tu senti que j'ai le trou du cul solide ?
- Du rhinocros.
- Et nous sommes toutes comme a dans la famille.
- Quoi ?
- Ha ! ha ! ha !...
- Qu'est-ce que tu dis ?
- Je dis : voil comment nous donnons le derrire. Et tiens ! voil
comment nous jouissons par-devant. 

Avec la vivacit de son caractre, elle dploya d'un coup ses
cuisses dont les muscles saillirent... Je reconnus  peine le paysage.

 Les Jardins sous la Pluie ! m'criai-je.
- Et avec le doigt ! rpta-t-elle en riant. Tiens, je vais te donner
quelque chose. Dis d'abord : on s'aime ?... Oui... As-tu des ciseaux ? 

Elle tira du couvre-pied un fil de soie qu'elle se mit sur le ventre :

 Une mche de mon pucelage, tu la garderas ?
- Toute ma vie... Mais choisis-la bien, ta mche. Si tu veux que cela
ne se voie pas, prends la plus longue.
- Oh ! tu sais a aussi ? fit-elle avec dsappointement. Est-ce que
tu en as une collection ? 

Pourtant elle coupa sa mche, ou plutt sa boucle indomptablement
arrondie. M. de La Fontaine, de l'Acadmie franaise, a crit un
pome La Chose impossible pour apprendre  la jeunesse que les poils
de certaines femmes ne peuvent tre dfriss. Il avait essay,
sans doute... Quels vieillards libidineux que ces acadmiciens !

D'un fil de soie verte, Mauricette lia les poils de sa boucle noire,
puis les trancha par la base :

 Un accroche-coeur... mouill par le foutre d'une vierge ! 
dit-elle.

Sur un clat de rire elle sauta du lit, s'enferma toute seule au
cabinet de toilette... mais elle en sortit aussi vite qu'elle s'y
tait clipse.

 Puis-je savoir maintenant... commenai-je.
- Pourquoi nous sommes toutes comme a dans la famille ?
- Oui.
- Ds ma plus tendre enfance...
- Comme tu parles bien !
- J'ai t mise en pension, pendant que maman et mes soeurs gagnaient
leur vie ensemble avec les messieurs, les dames, les gosses, les putains,
les jeunes filles, les vieux, les singes, les ngres, les chiens,
les godmichs, les aubergines...
- Et quoi encore ?
- Tout le reste. Elles font tout. Veux-tu maman ? Elle s'appelle Teresa
; elle est italienne ; elle a trente-six ans. Je te la donne. Je suis
gentille. Veux-tu mes soeurs aussi ? Nous ne sommes pas jalouses. Mais
garde ma boucle et tu me reviendras.
- Ricette ! Crois-tu que je pense ...
- Turlututu ! On nous prend toutes les quatre ; mais on me revient. Je
sais ce que je dis quand je ne me branle plus. 

Aprs un nouveau rire de jeunesse, elle saisit ma main, roula jusqu'
moi et reprit aussi srieusement que possible :

 Jusqu' treize ans je suis reste en pension avec des jeunes
filles du monde. Puisque tu sais tant de choses, dis ce que c'est que
les directrices et les sous-matresses qui ont la vocation de vivre
leur putain de vie dans un bordel de pensionnaires.
- Un peu gousses ?
- Je n'osais pas le dire, fit Mauricette avec une ironie charmante. Et
comme elles devaient avoir des renseignements sur ma mre, tu penses
qu'avec moi elles ne se gnaient pas.
- Les infmes cratures ! Elles ont abus de ta candeur ? Elles
t'ont fait boire de force le poison du vice ?
- De force ! Elles m'ont pervertie ! fit Mauricette qui plaisantait
et prenait de l'assurance. Quatre fois elles m'ont surprise en train
de branler mes petites amies...
- Ah ! tu...
- Elles se cachaient dans le jardin, dans le dortoir, dans les corridors
et jusqu' la fentre des cabinets pour faire les voyeuses ! Crois-tu
que c'est vicieux, une sous-matresse !
- Elles payaient pour a ?
- Un mauvais point. Et pourtant !... Qu'est-ce qu'on leur montrait
sans le vouloir ! Des combinaisons patantes qu'elles n'auraient
jamais trouves toutes seules !... Enfin, je suis devenue l'amie
d'une grande qui m'a enseign en dix leons le saphisme tel qu'on
le parle...
- a veut dire ?
- L'art de faire mimi doucement au point sensible. L'art de ne pas
s'corcher le petit bout de la langue n'importe o. C'est ce
que je savais le mieux quand je suis sortie de pension ; beaucoup mieux
que l'histoire sainte et la gographie. Mais, avec ma grande amie,
on se retrouvait dans tous les coins ; et la cent vingt-cinquime fois,
je me suis fait pincer par Mlle Paule.
- Laquelle t'a pervertie un quart d'heure aprs ?
- Oui. Dans sa chambre, sous sa jupe. Avec un pantalon ferm qui avait
des boutons partout. Et un joli petit chat, la cochonne ! Les poils,
le pucelage, le bouton, les lvres, tout me plaisait. J'aimais mieux
faire minette  elle qu' mon amie. Crois-tu que c'est vicieux,
une sous-matresse !
- Sardanapalesque. Et tu ne dis pas tout.
- Non. J'oubliais quelque chose. Elle ne savait pas mme faire
minette. C'est moi qui lui ai appris. 

                               *
                              * *

Ici, Mauricette fut prise d'un fou rire qui la renversa presque  bas
du lit, et elle mit tant de grce  perdre l'quilibre que j'eus
hte d'achever l'intermde. J'tais redevenu plus curieux de
son prsent que de son pass.

 mon tour, je quittai la chambre pour le cabinet de toilette. M'y
attardai-je plus qu'il n'tait prudent ? Quand je revins, Mauricette,
dj rhabille, se chaussait.

 Tu t'en va ? fis-je avec chagrin.
- Pas tout entire. Il y a une petite mche de moi qui reste ici. Et
je ne vais pas loin : l, derrire la porte. Tu ne sais plus que tu
as jur de me laisser partir  quatre heures ?
- Du matin !
- Du soir, malheureusement !  dit-elle dans mes bras.

Au lieu de fuir, elle tait venue se faire embrasser, avec une confiance
qui rassurait la mienne, quand elle se dgagea d'un saut. Je ne pus
la retenir dans ma chambre ni la rejoindre sur le palier. Elle trouva
sa porte entrouverte, s'y glissa et disparut.

                               II

Une demi-heure aprs, la mre entrait chez moi. Ds le premier regard
mon roman se compliqua tout  coup. La mre tait beaucoup plus belle
que la fille... Je me rappelai son nom : Teresa.

 peine couverte d'un peignoir serr qui tournait sur sa taille
souple, elle refusa le fauteuil que je lui offrais, vint s'asseoir au
bord de mon lit et me dit  brle-pourpoint :

 Vous avez encul ma fille, monsieur ? 

Oh ! que ces questions-l me dplaisent et que j'ai peu de got pour
les scnes de ce genre. Je fis un geste noble et lent qui ne voulait
rien dire du tout... Elle y rpondit.

 Ne protestez pas. C'est elle qui vient de me le raconter. Je vous
arracherais les yeux si vous l'aviez dpucele ; mais vous ne lui
avez fait que ce qui lui est permis... Pourquoi rougissez-vous ?
- Parce que vous tes belle.
- Qu'est-ce que vous en savez ? 

Moi aussi, j'allais au fait en peu de mots. Le dpart prmatur
de Mauricette m'avait laiss plus ardent que ne m'avait trouv
sa rencontre. D'ailleurs, avec les femmes, j'aime toujours mieux
exposer ma science de la pantomime que mon aptitude  la discussion.

Teresa ne put rien me dire de ce qu'elle avait prpar. Changer
le parcours d'une scne prilleuse est la seule faon de la mener
 bien. J'avais tourn le volant sans ralentir. Elle en perdit le
souffle une seconde, quoiqu'elle ft plus forte que moi ; mais elle
serra les cuisses avec un sourire. Avant que j'eusse rien touch, elle
russit  constater de la main les motifs que j'avais de choisir
l'itinraire ; et je lus dans ses yeux que mon brusque virage ne
m'avait pas culbut sous la disqualification.

Cet change de gestes mit entre nous beaucoup de familiarit.

 Qu'est-ce que tu veux que je te montre ? Qu'est-ce que j'ai
donc entre les jambes ?
- Ton coeur ! rpondis-je.
- Tu crois qu'il est l-dessous ?
- Oui.
- Cherche. 

Elle riait tout bas. Elle savait que la recherche n'tait pas
facile. Ma main s'gara dans un fouillis de poils extraordinaire o
je fus quelque temps  perdre mon chemin.  la naissance des cuisses,
il en poussait comme sur le ventre. Je commenais  me troubler quand
Teresa, trop adroite pour me dmontrer que j'tais maladroit, ta
son peignoir avec sa chemise, pour me consoler ou pour me distraire,
ou peut-tre pour m'offrir un second prix d'encouragement.

Un admirable corps, long et plein, mat et brun, tomba dans mes bras. Deux
seins mrs, mais qui ne semblaient pas maternels et que leur poids
ne faisait pas flchir, se pressrent sur ma poitrine. Deux cuisses
brlantes m'treignirent et comme j'essayais de...

 Non. Pas a. Tu me baiseras plus tard, fit-elle.
- Pourquoi ?
- Pour finir par l. 

Elle se vengeait.  son tour elle prenait la direction ; et la formule
de sa mainmise tait assez bien trouve pour qu'en me refusant ce
que je lui demandais, elle part me l'accorder avec un surcrot
de sollicitude.

Au silence que je gardai, elle sentit que son corps tait matre. D'un
ton nouveau qui m'interrogeait et ne m'offrait rien du tout, elle
me dit :

 Veux-tu ma bouche ou mon cul ?
- Je veux tout toi.
- Tu n'auras pas mon foutre. Je n'en ai plus une goutte dans le
ventre. Elles m'ont trop gousse depuis ce matin.
- Qui ?
- Mes filles. 

Elle me vit plir. L'image de Mauricette revint  moi toute nue avec
les mot s :  Je te donne maman.  Je ne savais plus trs bien ce
que j'prouvais. Une heure auparavant, j'avais cru que Mauricette
serait l'hrone de mon aventure... Sa mre m'enflammait dix
fois davantage. Elle le comprit mieux que moi, se coucha sur mon dsir
et, sre de sa puissance, caressant des poils et du ventre ma chair
perdument raide, elle eut l'audace de me dire :

 Veux-tu encore Mauricette ? Elle a un petit bguin. Elle se branle
pour toi. Tu avais envie de la retenir. Veux-tu que j'aille la
chercher ? Que je t'ouvre ses fesses ?
- Non.
- Tu n'aimes pas les petites filles ? Alors, prends Charlotte, ma fille
ane. C'est la plus jolie des trois. Ses cheveux tombent jusqu'aux
talons. Elle a des seins et des fesses de statue. Le plus beau con de
la famille, c'est le sien ; et je mouille pour elle quand elle te sa
chemise, moi qui ne suis pas gousse, moi qui aime la queue. Charlotte...
Imagine une trs belle fille brune, molle et chaude, sans pudeur et
sans vice, une concubine idale qui accepte tout, jouit n'importe
comment, et qui est folle de son mtier. Plus tu lui en demanderas,
plus elle sera contente. La veux-tu ? Je n'ai qu' l'appeler 
travers la cloison. 

C'tait le diable amoureux que cette femme. Je ne sais ce que
j'aurais donn pour la prendre au mot et pour lui crier :  Oui
!  en pleine figure. Comme je serrais les muscles de ma volont,
comme j'ouvrais la bouche et prenais haleine.... Teresa me dit assez
vite avec l'expression d'un intrt sincre :

 Est-ce que je te fais bander ? 

Cette fois, j'entrai en fureur. Sur un  tu te fous de moi !  suivi
d'autres paroles, je la battis. Elle riait de toute sa voix sonore
en luttant des bras et des jambes. Dsarme par son rire, elle se
dfendait  l'aveuglette. Je la couvrais de coups et d'attouchements
qui ne semblaient lui faire aucun mal ; puis ce rire m'exaspra, et,
ne sachant pas o la prendre pour la battre, j'empoignai une touffe
de poils, je tirai... Elle poussa un cri.

Et comme je crus l'avoir blesse, je tombai dans ses bras avec
confusion. Je m'attendais  mille reproches ; mais elle ne songeait
gure  me dire quoi que ce ft qui et refroidi mon ardeur pour
elle. Mme en criant, elle ne cessa de rire que pour sourire et
s'accuser :

 Voil ce que c'est que d'avoir tant de poils au cul ! Quand tu
coucheras avec Lili, je te dfie d'en faire autant. 

L'incident rompit ma violence et hta le dnouement. Teresa
n'avait pas un instant  perdre pour m'offrir son caprice en guise
de pardon. Elle me l'offrit sans me consulter, avec une habilet
d'organe et de posture qui tenait de la jonglerie.

Couche avec moi sur le flanc et me prenant les hanches entre ses
cuisses releves, elle passa une main sous elle... y fit je ne sais
quoi... puis me dirigea comme il lui plut.

La prestidigitation de certaines courtisanes russit des tours
incomprhensibles... Comme un jeune premier qui s'veille dans le
jardin d'une magicienne, je faillis soupirer :  O suis-je ? 
car mon enchanteresse demeurait immobile et je ne savais pas bien o
j'tais entr. Je me tus pour garder un doute qui me laissait une
esprance. Mais le doute s'vanouit aux premires paroles.

 Ne t'occupe pas de moi, dit-elle. Ne bouge pas. N'essaie pas
de me prouver que tu sais t'y prendre. Ricette vient de me le
dire ; je m'en fous pour ce soir. Quand tu m'enculeras toi-mme, je
dchargerai sans me toucher. En ce moment, c'est moi qui me fais
enculer et tu vas voir a ! mais je ne veux pas jouir.
- Et si j'aime mieux ta jouissance que la mienne ? Si je te la donne
de force ?
- De force ? dit Teresa. Ne me touche pas ou je te vide les couilles en
un tour de cul... Tiens... ! Tiens... ! Tiens ! 

Elle tait affolante. La violence et la souplesse de sa croupe
dpassaient tout ce que j'avais prouv dans les bras des autres
femmes. Cela ne dura que l'instant de m'en faire une menace. Et elle
reprit son immobilit.

Alors, malgr le trouble o elle jetait mes sens, je ne voulus pas
mme attendre la sparation de nos corps pour faire savoir  Teresa
que je n'aimais point tre bouscul.

Je lui dclarai que je la trouvais belle, extrmement dsirable,
mais qu'aprs ma vingtime anne je me croyais un homme et non un
enfant ; que je n'avais nullement le vice de prendre plaisir  la
tyrannie d'une femme ; et je ne sais comment je le lui dis, car mes
esprits taient fort agits. Elle aurait pu me rpondre que sa menace
avait suivi la mienne : elle n'en fit rien, redevint plus douce et
garda pourtant un certain sourire autour de sa pense intime.  Sois
tranquille, je ne te casserai pas la queue, dit-elle tendrement. Je te
la suce, tu le sens ? Je te la suce avec le trou du cul. 

Ce qu'elle faisait, je n'aurais su le dire. Mais sa bouche, en effet,
ne m'aurait pas nerv davantage. Il me devenait difficile de parler.

Elle suivit sur mon visage le reflet de ma sensation et, sans avoir besoin
de m'interroger pour savoir s'il en tait temps, elle pressa peu 
peu l'allure de ses reins jusqu' l'adagietto, me sembla-t-il. Je
crois que je murmurai :  Plus vite !  et qu'elle n'y consentit
pas. Je n'ai qu'un vague souvenir de ces dernires secondes. Le
spasme qu'elle obtint de ma chair fut une sorte de convulsion dont je
n'eus pas conscience et que je ne saurais dcrire.

                              *
                             * *

Aussi ma premire question fut-elle, aprs deux minutes de silence :

 Qu'est-ce que tu m'as fait ?
- Un joli petit travail avec mon trou du cul, fit-elle en riant. Tu as
dj encul des femmes...
- Oui. Il y a une heure. Une toute jeune fille qui ne s'y prend pas
mal, pourtant.
- Pas mal du tout. Elle a du muscle, hein ? Et elle galope ?
- Mais toi...
- Mais moi je suis la premire qui t'ait suc la queue par l. Tu
veux savoir comment je fais ? Je te dirai a demain. Laisse-moi me
lever. Tu veux savoir aussi pourquoi ? pour accoucher de l'enfant que
tu viens de me faire : la petite soeur de mes trois filles. 

... Quand elle m'apparut  nouveau, toujours nue et corrigeant des
deux mains sa coiffure derrire la nuque, ma jeunesse mconnut que,
par ce geste relev, Teresa voulait moins rentrer ses petits cheveux
que tendre ses deux seins dont elle tait fire.

Je n'ai jamais t de ces adolescents qui dprissent pour les
maturits : mais une pcheresse de trente-six ans, quand elle est belle
de la tte aux pieds, c'est un  morceau , disent les sculpteurs ;
c'est une  femme , disent les amants.

Et qu'est-ce que n'tait pas cette femme ? Mettez la question au
concours : elle dpartagera curieusement les hommes.

Teresa nue ressemblait  un mezzo d'opra. Vous alliez dire :  une
fille de bordel ? Pas du tout. Vous murmurez : c'est la mme chose
? Non. C'est le jour et la nuit. Si vous ne connaissez les actrices
que par les conversations de fumoir, n'en dites rien.

Les belles cantatrices qui vivent de leur lit et les filles souvent plus
belles qui chantent leur me sentimentale en montant un escalier rouge
n'ont gure d'autre analogie que leur commune aisance  marcher
presque nues, et  se faire traiter de putains.

La fille de thtre aspire de toutes ses forces  la libert. La
fille de bordel a besoin d'esclavage. En apparence, la profession la
plus servile des deux est plutt la premire. En fait, la cabotine
est monte en scne pour se librer de sa famille ou de son amant
par esprit d'indpendance ; la bordelire s'est jete dans
la servitude, aimant mieux obir aux caprices des autres que forger
elle-mme les jours de sa vie.

Ds sa premire anne de Conservatoire, la fille de thtre se hausse
 connatre par coeur toutes les crudits du langage franais. Pour
elle, c'est un jeu que d'en grouper quinze autour d'une pauvre
ide qui n'en mrite aucune ; et c'est un de ses talents que
de les dtacher selon les strictes rgles de l'articulation. Au
contraire, la fille de bordel n'a vraiment ni le got ni la science du
vocabulaire cynique. La libert des mots la tente aussi peu que celle
de la vie. Pas de confusion possible en prsence d'une inconnue :
les cris d'amour d'une femme suffisent  rvler si elle vient
du bordel ou de l'Odon ; mais beaucoup d'hommes s'y trompent,
faute de songer  cela.

Donc, j'avais plus de raisons qu'il ne m'en fallait pour deviner
ce qu'on ne m'avait pas dit. Le physique de Teresa, la dsinvolture
de son caractre et la brutalit de ses expressions, tout en elle me
semblait marqu de la mme empreinte.

 Tu fais du thtre ? lui dis-je.
- Plus maintenant, j'en ai fait. Comment le sais-tu ? Par Mauricette ?
- Non. Mais cela se voit. Cela s'entend. O as-tu jou ? 

Sans rpondre, elle se coucha prs de moi, sur le ventre. Je repris
ironiquement :

 Tu me le diras demain ?
- Oui.
- Reste avec moi jusque-l.
- Jusqu' demain matin ? Tu veux ? 

Comme elle souriait, je la crus sur le point d'accepter. J'tais
encore un peu las, mais elle m'inspirait presque autant de dsir que
si j'avais t dispos. Elle se laissa treindre et me dit :

 Qu'est-ce que tu veux de moi jusqu' demain ?
- D'abord, te faire jouir.
- Ce n'est pas difficile.
- Ne me dis pas a, tu m'exaspres ! Pourquoi t'es-tu retenue ?
- Parce que mon "petit travail" aurait t mal soign. Allons
! Qu'est-ce que tu veux encore ?
- Tout le reste.
- Combien de fois ?
- Oh ! je crois qu'avec toi je ne compterais gure. Ce ne serait
"pas difficile" non plus. 

Teresa fixa sur moi un de ces longs regards silencieux  travers lesquels
j'avais tant de peine  distinguer sa pense. Et cette femme qui ne
voulait rpondre  aucune de mes questions me fit soudain la confidence
la plus imprvue, comme si la certitude qu'elle avait de m'attirer
l'assurait de ma discrtion ; ou dans un autre dessein : peut-tre
pour m'obliger  garder le secret si je venais  l'apprendre
d'une autre source.

 Ricette m'a dit qu'elle t'a fait jurer et que tu lui as tenu
parole. Je peux te dire un secret ? Oui ? Eh bien, j'habitais Marseille
avec mes trois filles, en appartement. Je suis partie parce qu'on
a chang le commissaire de police. Voil. Tu comprends ?... Ici, je
vais me tenir tranquille pendant quelque temps ; mais comme j'ai une
fille qui a le feu dans le derrire, elle est venue se faire enculer
chez toi le premier jour... et sa mre y est venue ensuite. 

Sur ce mot elle se remit  rire, d'abord pour me persuader que son
histoire marseillaise n'avait aucune importance, et ensuite parce
qu'elle voulait me voir de bonne humeur avant de me dire ses projets.

Du rire elle passa aux caresses. Quand elle fut sre de mon tat,
elle me posa une question sous la forme qui convient  l'extraction
des aveux :

 Tu n'es pas assez puceau pour ne pas savoir encore ce que c'est
qu'une petite fille ? Une vraie, sans poils, sans nichons ; tu en as
bais ?
- Oui ; mais pas souvent. Deux... ou quatre... en tout. Deux vraies,
comme tu dis ; et les deux autres un peu moins vraies.
- Deux, a me suffit. Tu sais qu'on n'enfile pas une gosse comme une
femme, et que quand on lui a log le bout de la queue dans la moniche,
c'est tout ce que la mme peut prendre ? Tu sais a ?
- videmment. Pourquoi me le demandes-tu ?
- Parce que je vais t'envoyer ma Lili et, comme tu as la manie de
baiser, je ne veux pas que tu me la dfonces. 

Les patientes personnes des deux sexes qui ont assum la charge de
mon ducation m'ont appris qu'au bal, si la belle dame que l'on
invite rpond au jeune homme :  Faites danser ma fille , il ne
peut manifester ni regret, ni plaisir, ni indiffrence. La situation
est trs complexe.

Je le savais ; mais, tout nu, je suis moins bien lev qu'en
habit. Et puis j'ai quelque similitude avec Alexandre. Je tranche
les complexits.

 Je crois que je ne saurais pas m'y prendre. Donne-moi une leon ,
dis-je  Teresa.

Elle devenait assez nerveuse et rit en dtournant la tte.

 Ce que tu me demandes, tu ne l'as mme pas vu.
- Montre-le-moi.
- Pas par-devant. Tu m'as encule par-devant. Tu verras mon chat
par-derrire. Mais tu sais ce que j'ai dit ?
- Ce sera pour la fin ?
- Pauvre petit ! Si je me fourre ta queue dans la bouche, tu seras bien
 plaindre. Et si je te fais danser les couilles du bout de ma langue...
Tu ne la connais pas, ma langue ? Tiens ! Regarde ! Regarde ! 

Comme, sans m'abstenir de regarder, j'essayais de prendre Teresa
d'une faon plus simple et non moins agrable, elle serra les cuisses,
elle arrta mon bras :

 Est-ce que tu ne comprends pas qu'on n'attache pas trois filles
avec une chane  la ceinture comme trois singes autour d'un piquet ?
Qu'elles faisaient l'amour  Marseille et qu'elles ne le font plus 
Paris ? Que si je prends un amant elles en prendront six ? coute-moi.
Tu me veux ? tu m'auras. Mais tu nous auras toutes les quatre. 

Je faillis demander avec effroi :  Tous les jours ?  Je me retins
et j'essayai de dissimuler mon inquitude sous un masque reconnaissant.

 Je vais t'envoyer Lili, poursuivit-elle, parce que Lili se couche de
bonne heure et que les mminettes sont comme les dames du monde : elles
grouillent du cul l'aprs-midi. Ce soir, je t'enverrai Charlotte pour
toute la nuit. Demain soir, c'est moi que tu verras entrer. Et si tu
n'es pas content de nous, tu demanderas le registre des rclamations.
- Je suis combl... Malheureusement, je vois que tu t'en vas ?
- Non. Dans cinq minutes ; quand j'aurai tenu mes promesses. Mais 
deux conditions : tu ne jouis pas ; moi non plus. Je ne te montre pas
mes beauts pour que tu leur fasses minette... 

Recommandation inutile. J'aime beaucoup mieux prouver ma virilit que
rivaliser avec les lesbiennes, et cette prfrence devient exclusive
quand je couche avec une femme qui a d'autres amants.

Toujours souple et agile, Teresa fit un saut d'cuyre pour tenir
ses deux promesses, tte-bche sur mon corps tendu.

Ce qu'elle dploya sur mes yeux me parut extraordinaire. Toutes
les parties en taient anormales : un clitoris protubrant ; de
vastes lvres minces, dlicates, noires et rouges comme des ptales
d'orchide ; une gorge vaginale redevenue troite, qui donnait par
contraste aux lvres une proportion monstrueuse ; un trange anus
en cocarde, largement teint de bistre sur un fond pourpre ; mais
autour de ces dtails, les singularits les plus invraisemblables
taient celles des poils. Je crois que jamais une femme aussi velue
de noir n'avait couch dans mon lit. Ses poils envahissaient tout :
le ventre, les cuisses, les aines ; ils croissaient entre les fesses ;
ils obscurcissaient la croupe ; ils montaient jusqu'...

Tout  coup, je ne vis plus rien. La langue de Teresa m'avait touch
la peau. Mes muscles piqus se crisprent. La langue erra, tourna,
passa par-dessous... Je frmissais. Cela ne dura qu'un instant
d'angoisse. Teresa releva la tte et, sautant du lit :

 Assez pour ce soir ! dit-elle.
- Tu as jur de me rendre enrag ? Tu vas me laisser dans un pareil
tat ?
- C'est pour Lili. Je cours la chercher. Fais-lui croire que tu bandes
pour elle. Et demain, toi et moi... toute la nuit, tu m'entends ? 

Rien ne me dplat davantage que les substitutions d'amantes. Dsirer
une femme, en possder une autre, cela m'est odieux. Quand Teresa
eut disparu, je dcidai que Mlle Lili se ferait dsirer elle-mme ou
qu'elle n'aurait rien du tout.

En l'attendant, je pris dans ma bibliothque un roman capiteux de
Henri Bordeaux, que j'avais acquis tout exprs pour abattre par la
force les rections rebelles  ma volont.

 la septime ligne, le miracle advint.


                              III

 la quinzime ligne, j'allais m'assoupir quand un minuscule martel
de mtal piqueta la sonnette aigu.

 Qui est l ? 

Une petite voix, distincte et faible  travers le bois de la porte,
rpondit :

 Une enfant de putain. 

Je n'avais pas envie de rire : mais cette faon de s'annoncer tait
une de ces courtes phrases inoubliables qui survivent d'elles-mmes
 la monotonie de l'existence... J'ouvris. Une drle de petite
fille entra, fute, fripouille, franche et fine, les bras ballants,
le nez en l'air.

 C'est moi Lili, fit-elle.
- Je m'en doutais, rpondis-je en riant. Elle est trs gentille, Lili.
- Vous aussi, vous tes gentil. J'ai pas envie de m'en aller. 

Pourquoi n'ai-je pas le vice des petites filles ? Je me le
demande. Elles sont odieuses entre elles, mais si tendres avec
nous !  J'tais flatt, je ne le cache pas, j'tais trs flatt
du compliment que Lili me flanquait  la figure. Avec une femme,
tous les mots d'amour sont voils par la brume d'incertitude que
soulve notre prudence devant nos crdulits. Une petite fille se
fait croire. J'embrassai Lili, la bouche sur l'oeil gauche.

Les bras autour du cou, elle me dit trs vite, sur un ton d'excuse
et de souci :

 J'ai dix ans. J'ai pas de poils. Est-ce que vous aimez a ?
- Tu ne le diras pas  ta mre ?
- Non. Tenez. Regardez. J'ai pas de pantalon. C'est maman qui me
l'a retir pour pas qu'il y ait des taches de foutre.
- Mais c'est joli comme tout, ce que tu me montres l.
- J'enlve pas ma robe, dites ? Je me retrousse ?
- Oh ! le retrouss est immoral. Je n'aime les petites filles que
toutes nues.
- C'est que... fit-elle avec la franchise de sa nature... ce que j'ai
de mieux, c'est ma moniche et mon petit cul. Le reste est d'un moche !
- Je suis sr que tout le reste est gentil.
- Vous allez voir. Et vous qui venez de coucher avec maman, quand vous
regarderez mon corps de poulet, faudra que je vous travaille pendant un
quart d'heure pour vous faire bander.
- Pas du tout. Je te parie un sac de bonbons.
- Et qu'est-ce que je vous donnerai si je perds ?
- Une discrtion.
- Tope ! dit-elle. Je m'en fous. Je sais tout faire. Vous gnez pas. 

Le dshabillage de Lili se fit en quatre temps et six mouvements : la
robe, les deux pantoufles, les deux chaussettes, la chemise... Quand
elle eut enlev tout cela, il ne restait presque rien de Mlle Lili,
tant sa nudit me semblait peu de chose.

Des bras et des jambes comme des chalas ; des cheveux noirs jusqu'
la taille ; un petit corps fluet avec une grosse motte et un sexe tout
en saillie... S'il est vrai qu'un menu bien compris doit runir les
mets les plus dissemblables, le service de Lili aprs celui de Teresa
et t la trouvaille d'un chef.

                               *
                              * *

Le premier mouvement de Lili me donna tout de suite une bonne
opinion d'elle. Au lieu de me sauter au cou, elle chercha entre mes
jambes. Ai-je besoin de souligner tout ce qu'un pareil geste comporte
d'innocence ?

La pauvre petite s'tait annonce (comme d'autres  son ge se
nomment Enfants de Marie) sous le titre d'Enfant de Putain, une gosse
qui se prsente ainsi n'est pas une gosse comme les autres. Elle a
du culot, pour le dire tout net. Et cette enfant de putain, sa chemise
enleve, m'abordait comme une ingnue qui baisse les yeux et cherche
d'abord ce que les garons ont de plus que les filles. Les petites
prostitues ont des candeurs inaltrables.

Comme je me sentais encore sous le charme de ma lecture rafrachissante,
j'attirai Lili dans mes bras, et je me mis  bavarder, parmi quelques
attouchements que nous qualifierons d'outrage  la pudeur commis
sans violence.

 Lili, tu es une trs jolie gosse, lui dis-je.
- C'est pas vrai. Quand je me branle devant la glace, je ne m'excite
pas. 

Cette phrase me fit rire aux clats.

Lili resta srieuse ; et comme il est ais de sduire les enfants,
elle affirma sans prambule, sans raison, mais d'un air pntr :

 Je vous aime bien.
- Oh ! alors, ma petite Lili, tu as deux ides dans la tte.
- Pourquoi deux ?... Oui, c'est vrai, j'en ai deux. Comment savez-vous
a ? Votre doigt vous l'a dit ?
- Justement. Les ides que les filles ont dans la tte...
- a leur vient du con ?  fit Lili.

Il m'est difficile de cacher maintenant o flnait le doigt qui me
disait tant de choses.

 Si tu en sais tant ! rpondis-je. Mais tu ne sais pas pourquoi tu
as deux ides ? C'est que, quand on aime bien quelqu'un on veut de
tout son coeur un plaisir pour lui et un de sa part. 

Elle eut un instant de rflexion : le temps de comprendre une
maxime. Puis elle sourit et se fourra la figure sous la mienne pour
rpondre :

 Vous ne trouvez pas trop petite ma moniche d'un sou ? Vous voulez
bien me baiser quand mme ?
- Tu es de plus en plus gentille, ma Lili. La premire chose dont tu
me parles, je suis sr que c'est pour mon plaisir.
- Oui, fit-elle un peu confuse.
- Et pour toi ? Qu'est-ce que tu voudrais ?
- Vous sucer. 

Le mot tait dit. Elle me serra les bras autour du cou et se rpta
dix fois, sur le ton rieur et chantant d'une enfant qui demande une
gterie :

 J'ai envie de vous sucer la queue, la pine, la bitte, le zeb,
l'andouille. Envie que vous bandiez dans ma bouche. Envie de vous
tter.
- Comment, tu ttes encore,  ton ge ?
- Pas beaucoup de lait, mais beaucoup de foutre.
- C'est bon ?
- C'est bon quand on s'aime.
- Pour combien en voulez-vous, mademoiselle ? Pour un sou ? Deux
sous ? Trois sous ?
- Je veux tout ce qu'il y a dans la boutique !... Et je paie d'avance,
monsieur, avec mes deux trous.
- Quoi ?
- C'est pas une blague.
- Non. Je vous fais crdit, mademoiselle, on vous dbitera. Mettez-vous
 table. 

Lili avait encore de petites choses  me dire. Toujours les deux bras
autour de mon cou, elle soupira :

 C'est que... coutez. J'ai promis  maman : vous ne jouirez
qu'une fois ; il faut en laisser pour Charlotte cette nuit... Alors on
pourrait faire plusieurs choses en une fois. On pourrait mme tout faire.
- Rien que a ?
- Oui. Je suis la plus petite des trois, mais c'est moi qui en fais le
plus. Je fais tout, sauf l'amour entre les ttons, parce que j'en
ai pas. Voulez-vous me baiser, m'enculer et jouir dans ma bouche ? Je
vous dirai aprs pourquoi. 

Et vivement, retournant la tte, elle poussa un cri :  Oh ! le voil
qui bande sans qu'on le touche ! Mon sac de bonbons est perdu.
- Tu l'auras quand mme.
- C'est vrai ? Et pour ma discrtion ? qu'est-ce que vous allez me
demander ?
- Quand tu me donnes ta bouche et tes deux trous, qu'est-ce que je
pourrais te demander de plus ?
- Ma langue !  fit-elle gaiement.

Et elle fut si prompte  payer sa dette... Comment dire de quelle faon
Lili m'offrit sa petite langue ? Je l'arrtai trop tard.

 Lili, qu'est-ce que tu m'as fait ?
- Une langue dans le derrire ! dit-elle toute joyeuse. a mrite
une queue par-devant. 

Elle se jeta sur le dos, les pattes en l'air, le sexe carquill. Elle
s'y fourra autant de salive qu'il en aurait fallu pour violer une
chatte, et je vis bientt que j'tais naf de ne savoir comment la
prendre, car les petites filles sont plus faciles  baiser que certaines
femmes. J'entrai sans trop de peine...

 C'est tout, fit-elle en souriant. On met le petit bout et on est
au fond. Y a plus rien... a vaut pas la peine.
- Oh ! mais si !
- Non. Je ne suis bonne que d'un ct. C'est pas celui-l.
- Pour ce que tu viens de me dire, tu mriterais que je te fasse un
enfant. 

Elle rit, mais ajouta bien vite :

 Tu me le feras dans la bouche, mon gosse ?  Comme je suis galement
loign de l'esprit sadique et du moralisme presbytrien qui se
partagent la socit, ce que je vais dire n'est que l'expression
d'un sentiment personnel et risque de dplaire  tout le monde :
autant il m'et t pnible de possder une petite fille contre
son gr (je n'ai d'ailleurs aucune exprience du viol), autant je
pris de plaisir  baiser Lili qui s'y prtait de tout coeur.

Elle jouait  baiser comme d'autres petites jouent  la poupe, par
une anticipation d'instinct : et quoiqu'elle et depuis longtemps
l'habitude de ce jeu-l, elle tait fire de tenter un homme,
fire de faire  son ge tout ce que faisait sa mre... Mais aprs
une minute, elle me dit doucement :

 Change de trou. Tu iras plus loin. 

Vite, elle sauta du lit, courut  la toilette, prit un peu d'eau de
savon pour m'ouvrir la voie et, revenant  moi, elle s'accroupit,
en me regardant, sur le membre droit qu'elle prit  la main. Un
ttonnement de quelques secondes suffit pour russir. Avec autant
d'adresse que de douceur, elle avala par-derrire ce qu'elle
n'avait pu s'introduire par-devant ; mais tout ! jusqu' la racine
! et, posant ses petites fesses sur mes testicules, dressant les genoux,
ouvrant les cuisses, accroupie comme une diablotine sur un Saint-Antoine,
elle carta les grosses lvres de son sexe glabre et rouge et le branla
sous mes yeux, comme font les petites filles, avec le doigt dedans.

Je la pris dans mes bras, mais elle tait si petite que, mme en
relevant la tte, je n'atteignis que ses cheveux.

 Je suis contente ! Quand je pense que tu viens de coucher avec maman
et que tu bandes pour moi toute seule ! Maman qui est si belle et moi
si moche ! Moi je ne fais jamais que les vieux, c'est maman qui fait
les jeunes. Et tu bandes dans mon cul, si loin ! si loin ! jusqu'
mon coeur ! 

Ce mot est un des plus tendres et des plus gentils que j'aie entendus ;
aussi, encore une fois, il ne sera compris ni des moralistes qui me
blmeront d'avoir sodomis une petite fille, ni des fous qui ne
sauraient se livrer  ce genre de distraction, si la petite fille
n'est pas gifle, fouette, battue, et si elle ne pleure pas en
poussant des cris comme un petit cochon qu'on gorge.

Lili resta immobile, puis elle tourna doucement sur le pivot qui la
pntrait et se coucha sur moi, le dos  la renverse. Et, comme je
lui mettais la main entre les jambes, elle prit une telle expression de
prire, sans paroles, que je lui dis moi-mme :

 Ta bouche, maintenant.
- Ah !  cria-t-elle.

Et je la vis aussitt... Le dirai-je aussi ? Me voici bien embarrass...
Enfin, je me suis jur de tout dire et de conter cette histoire telle
que je l'ai vcue...

Lili fit sortir de son petit derrire le membre qui s'y agitait depuis
un quart d'heure et elle le fourra dans sa bouche tel qu'il tait.

 Oh ! petite salet ! fis-je en le lui retirant.
- C'est fait. Il est trop tard.
- Comment peux-tu...
- J'aime a comme a ? 

La phrase  J'aime a comme a  ne souffrait pas de rplique. Lili
reprit ce que je lui avais enlev, elle feignit mme de le mordre pour
ne pas le lcher, puis elle se mit  le sucer comme un sucre d'orge,
d'une bouche troite et goulue.

Connaissant bien les reproches et les compliments qu'on lui adressait
au lit, elle m'avait prvenu que ce dernier exercice  n'tait
pas ce qu'elle faisait de mieux . Mais je commenais  tre las
de la longue excitation o elle m'avait tenu et, tout en maniant de
la main droite le petit cul grand ouvert qu'elle remuait  ma porte,
je l'avertis de se tenir prte...

Si cette comparaison n'tait pas irrvrencieuse, je dirais : une
petite fille qui aime  sucer les hommes a l'air d'une premire
communiante  genoux devant la sainte table ; on dirait qu'elle attend
une nourriture sacre, au sein d'un mystre incomprhensible o
le dieu de l'Amour va se donner  elle.

Lili prit une expression si touchante que j'eusse t cruel d'en
rire. Elle leva les yeux au ciel, serra comme elle put sa trop petite
bouche o ma verge paraissait norme, hors de toute proportion avec
cette enfance, et, quand elle me sentit jaculer soudain, elle se mit
 pousser, je ne sais pourquoi, certains petits gloussements par le nez,
mais d'un comique irrsistible. Je me cachai les yeux d'une main.

Cela ne dura qu'un instant. Liii n'tait pas de ces petites filles
gcheuses qui bavent ce qu'elles sucent et laissent plus de regrets
que de remords aux messieurs qui les pervertissent.

Elle suait mal ; mais elle avalait bien.

                               IV

Quatre heures s'coulrent. Je dnai seul dans un petit restaurant
sans femmes, pour reprendre un peu mes forces ; pour reprendre surtout
mes esprits.

Mes forces revinrent assez vite ; mais mes esprits furent plus lents.

Quand je rentrai, vers onze heures, il me restait encore quelque mal 
comprendre ce qui m'tait arriv.

Donc j'avais pour voisine une belle Italienne qui vendait ses
filles. Que j'eusse pris l'une de ses trois filles, c'tait tout
simple. De toute antiquit, les tudiants et les filles de quatorze
ans ont couch ensemble. Que la mre habitue  partager les amants
de ses filles et sonn chez moi aussitt aprs, c'tait encore
tout naturel.

Mais pourquoi m'envoyait-elle Lili ? Pourquoi m'avait-elle promis
la visite de...

On frappa. On frappa deux fois... J'allai ouvrir. Une voix douce et
tranquille me dit :

 Il parat que c'est mon tour ? 

Je reculai. Teresa m'avait prvenu que Charlotte tait la plus jolie
de ses filles, mais je n'esprais pas qu'elle le ft  ce point,
et je le lui dis en pleine figure :

 Dieu ! que vous tes jolie !
- Voulez-vous vous taire ! fit-elle tristement. Toutes les filles
se valent.
- C'est vous qui tes Charlotte ?
- Oui. Je vous plais ?
- Si vous me plaisez ! 

Elle m'interrompit pour me dire avec une sorte de soulagement et de
lassitude :

 Eh bien, tant mieux, parce que moi, je me donne comme je suis, vous
savez, je ne suis pas coquette pour un sou, et si tu... si vous... Oh !
on se tutoie, hein ? c'est plus simple.
- Et on s'embrasse ?
- Tant que tu voudras. 

Je lui pris la bouche passionnment. Le baiser qu'elle me rendit avait
plus de mollesse que d'ardeur, mais il tait de bon accueil. Elle
dit seulement, quand je lui mis la main sous les jupes :

 Laisse-moi donc me dshabiller.
- Crois-tu que j'ai le temps ! Tu as toute la nuit. 

Et, sans hte, avec la simplicit d'un modle qui te ses nippes
devant un peintre, elle enleva sa robe noire, ses bas, sa chemise, et,
nue devant moi, elle soupira :

 Tu vois bien que je suis comme les autres. 

Elle tait dlicieuse. Moins beurre de peau que sa mre, mais aussi
noire de poils et de cheveux, elle avait des formes du plus doux contour,
et tout en elle tait douceur : le regard, la voix, la peau, la caresse.

Quand elle fut sur mon lit et entre mes bras, elle murmura presque
humblement :

 Je voudrais te faire plaisir... Tu n'as qu' demander, je ferai
ce que tu voudras et comme tu voudras. 

Cette fois, une furieuse envie me saisit de possder cette jolie
fille par la voie la plus naturelle. Je lui dis que je l'aimais,
que je voulais son plaisir d'abord, et le geste que je fis lui laissa
comprendre comment je l'entendais.

Mais Charlotte leva les sourcils et, avec une grande innocence :

 Baiser ? dit-elle. Oh ! si tu veux ! Mais si c'est pour mon
plaisir... non ! Moi, tu sais, je ne suis pas une fille complique,
je n'aime qu'une chose.
- Quoi ?
- Quand je baise, la peur que j'ai d'tre enceinte me coupe toute
mon envie de jouir. Je n'aime pas baiser. Je n'aime pas non plus
qu'on me fasse minette, parce que a m'reinte. Maman adore a,
je le lui fais et je ne veux pas qu'elle me le rende.
- Alors, quand tu veux jouir, comment fais-tu ?
- Je fais comme une jeune fille du monde : je me branle , dit Charlotte
avec un triste sourire.

J'tais confondu. Je voulus la faire rpter :

 Comment, tu es dpucele, tu fais l'amour de toutes les manires,
tu as tous les jours des hommes, des femmes, et... et tu te branles. Je
comprends cela d'une gosse comme Ricette ; mais toi qui as vingt ans ?
- Grand gosse toi-mme, fit-elle, est-ce que tu ne sais pas que toutes
les putains se branlent ?
- Charlotte, je ne veux pas que tu te traites de putain !
- Pardon, fit-elle assez drlement. Ne sais-tu pas que toutes les
pucelles se branlent ? 

Je souris  peine. J'tais agac. Charlotte, insouciante, continua
de la mme voix lente et molle :

 Moi, je ne me cache de rien. Devant n'importe qui, je me branle
quand a me prend.
- Et a te prend souvent ?
- videmment... J'aime pas rester excite, a me fatigue... Ce matin,
avant de me lever, je ne l'ai pas fait, mais l'eau de mon bidet
tait chaude, mon bouton s'est mis  bander... je me suis branle.
-  cheval sur ton bidet ?
- Oui, ce n'tait pas la peine de me recoucher. Ensuite, aprs le
djeuner, parce que... Mais tu vas te moquer de moi.
- Non. Dis tout.
- Lili me fourre un biscuit dans le ventre et il faut que je me branle
dessus pour qu'elle le mange.
- Et comme tu es bonne fille...
- Oh ! je fais tout ce qu'on veut. Enfin, aprs le dner, on me
parlait de toi, il y avait huit jours que je n'avais pas couch avec
un jeune homme, je pensais  des choses !... alors, tout en causant...
comme j'avais envie... 

Sans achever sa phrase, elle glissa le doigt dans son entre-jambes et,
me tendant ses lvres, elle recommena paisiblement  se masturber.

 Ah ! non ! m'criai-je. Pas sur mon lit ! Quand j'ai par bonheur
dans mes bras une aussi jolie fille que toi, ne comprends-tu pas que
j'aie envie de la faire jouir moi-mme ?
- Et ne comprends-tu pas que tu me ferais jouir si j'avais ta queue
dans le derrire et ta bouche sur ma bouche pendant que je me branle ?
- Enfin ! dis-je avec clat, je ne peux pourtant pas vous enculer toutes
les quatre ! 

J'avais dit cette phrase avec tant de mauvaise humeur que la pauvre
Charlotte se mit  pleurer.

 Voil bien ma chance, fit-elle. On dit que je suis gentille et c'est
toujours moi qu'on attrape. Tu as t charmant pour ma mre et mes
soeurs. Je viens pour toute la nuit et, ds les premiers mots, j'ai
dj une scne. 

Elle pleurait simplement, sans aucun sanglot, mais n'en paraissait
que plus pitoyable. Je la pris dans mes bras, je balbutiai :

 Charlotte ! ne pleure pas ! je suis au dsespoir !
- Et naturellement voil que tu dbandes ! fit-elle avec une dsolation
qui me fit sourire malgr moi.
- Charlotte ! ma jolie !
- Non, je ne suis pas jolie, puisque tu dbandes ! Tu as band pour
maman, pour Ricette et pour Lili ; mais auprs de moi, voil...
voil... 

Les larmes l'touffaient. J'tais dsol. Je ne savais comment
arrter cette douleur peu raisonnable quand Charlotte se releva et,
avec ce besoin de logique et de clart qui est le propre des esprits
simples, elle reprit de sa voix lente et bonne :

 Je t'ai dit que je ferai tout ce que tu voudras. Tu peux jouir dans
mon chat, dans mon cul, dans ma bouche, entre mes seins, sous mes bras,
dans mes cheveux, sur ma figure, jouis dans mon nez, si a t'amuse,
je ne peux pas mieux dire, voyons ? Je ne peux pas tre plus gentille ?
- Mais ma Charlotte...
- Mais mon chri, tu me demandes quel est mon plaisir, eh bien, mon plus
grand plaisir, c'est de me branler quand on m'encule. Nous sommes
toutes les quatre comme a, nous avons a dans le sang, ce n'est pas
ma faute. Et nous ne sommes pas les seules, mon Dieu ! Ce que j'en ai
vu quand j'tais gosse, des colires et des arptes qui me disaient
en confidence : "Moi aussi, j'aime bien qu'on m'encule".
- Alors...
- Alors, fais de moi ce qu'il te plaira si c'est ton plaisir que tu
cherches ; mais si c'est le mien, encule-moi et laisse-moi me branler
toute seule. As-tu bien compris ? 

Nos bouches se runirent et le premier effet de la rconciliation fut
de me remettre aussitt dans un tat plus digne d'elle. Je cdai
 ce qu'elle voulut, mais elle ne me prit pas au mot sur-le-champ
et, aprs m'avoir rappel qu'elle n'aimait pas qu'on lui fit
minette, elle se mit lgrement sur moi, tte-bche.

C'tait une bien jolie chose que le con de Charlotte, peut-tre parce
qu'elle ne s'en servait gure... mais non, car le second trou dont
elle se servait tant tait sans dfaut, comme celui de Teresa.

Toute molle et calme qu'elle ft, Charlotte tait une jeune personne
fort humide, une de celles qui disent :  Je me mouille pour vous
 comme une autre dirait :  Je brle.  Ses poils taient bien
plants, plus lustrs et moins longs que ceux de sa mre, mais ils
croissaient aussi  la naissance des cuisses et ils emplissaient le
sillon de la croupe.

Aprs tout ce que venait de dire Charlotte, je ne voulus pas lui laisser
de doute sur mes intentions. J'ouvris ses fesses entre mes mains et je
touchai du doigt ce qu'elle m'offrait... Je me rappelais une jeune
fille  qui j'avais fait cela et qui s'tait crie, avec un
frmissement de l'arrire-train :  Oh ! ta queue ! ta queue ! ta
queue !  Charlotte coulait beaucoup, mais ne frmissait gure et ne
criait pas. En outre, elle tait plus habitue  donner des caresses
qu' en recevoir. Par une mprise que sa profession expliquait assez,
elle prit mon geste pour un signal, et, comme elle ne lchait que mes
testicules, elle me donna sa langue plus bas.

Charlotte n'tait pas vicieuse.

La plupart des hommes ignorent tellement l'adolescence fminine
qu'ils ne sauraient comprendre comment une jeune fille peut avouer
son got de se branler quand on l'encule et n'avoir aucun sens du
vice. Les jeunes filles me comprendront mieux et cela me console, car
il est vident que ce livre sera lu par les jeunes filles plus souvent
que par les maris.

Donc, Charlotte n'avait aucun sens du vice, heureusement pour elle et
pour moi ; mais elle tait  sensible  comme disaient les auteurs
du XVIIIe sicle. Et, sans cris ni soupirs ni trmoussements de la
croupe, elle se mit  baver si abondamment que la petite Lili (vicieuse,
celle-l) et tremp trois biscuits dans cette flte mousseuse. Cela
dbordait sur la vulve et cela passait par-dessus les poils... Je me
retirai  temps. Ce que je venais de voir m'avait consol de ne pas
possder Charlotte par la voie inonde.

Quand nous nous retrouvmes cte  cte, un nouvel incident nous
arrta. Charlotte ne voulait rien choisir, ni proposer. Elle n'avait
ni got, ni caprice, ni prfrence, ni invention. Imaginer ou dcider,
cela la fatiguait.

 Pourvu que tu m'encules et que je me branle, dit-elle, je serai
contente.
- Alors mets-toi la tte par terre et les deux cuisses sur le lit.
- Si tu veux !  fit-elle simplement.

Puis ds qu'elle eut compris que ce n'tait pas srieux, elle
prit mon visage entre ses belles mains et me dit avec un sourire, sans
amertume :

 Tu t'amuses quand tu te fous de moi ? Eh bien ! continue toute
la nuit et chaque fois que nous coucherons ensemble. C'est le plus
facile de tous les jeux. Je crois tout ce qu'on me dit et je ne me
fche de rien.
- Tu es dsarmante ! lui dis-je.
- Je suis dsarme, fit-elle, parce que je sais depuis longtemps que
je suis une pauvre bte. 

                              *
                             * *

Mot lamentable, mot tragique ! Je n'oublierai jamais le ton que prit
Charlotte pour me dire ce mot-l. Et les femmes sont bien folles de
croire qu'elles nous sduisent par l'art de s'embellir. Charlotte
faillit me prendre jusqu'au fond du coeur par cet aveu qu'elle me fit.

Nue devant moi, elle avait la tte incline, les mains jointes sur le
ventre au niveau de ses poils... Je crus la regarder pour la premire
fois. Je vis que sa beaut, comme son caractre, tait absolument
sans fard. Ni rouge aux lvres, ni fer aux cheveux ; rien aux cils ni
aux paupires. Je la trouvai si simple, si belle et si bonne que je
lui dis, en la brusquant par les coudes et par les hanches :

 Oui, tu es une pauvre bte, Charlotte, si tu ne crois pas tout ce que
je vais te dire, m'entends-tu, Charlotte ? mot  mot. Tu es belle de
la tte aux pieds. Il n'y a pas un trait de ton visage, pas un poil
de ton ventre, pas un ongle de tes orteils qui ne soit joli. Et tu es
aussi bonne que belle. Je te connais, maintenant, et c'est  moi de
te rpter : fais ce que tu voudras sur mon lit. Je ne te dfends
qu'une chose, c'est d'injurier la fille que j'aime et contre
laquelle je bande. Si tu la traites encore de putain et d'idiote...
- Non, dit-elle gaiement, je vais lui faire la cour, je vais la branler,
elle en a envie. Et je lui ouvrirai moi-mme les fesses pour que tu
l'encules.
- Montre comment. 

Elle tait couche auprs de moi. Elle se retourna sans aucun dessein
de me proposer une posture ; mais je me htai de la prendre ainsi.

Cela se fit avec une facilit extraordinaire, et que j'prouverai
maintes fois par la suite. L'anus de Charlotte ressemblait  ces
gaines de poignard qui sont parfaitement strictes et ajustes, mais
o la lame entre d'elle-mme. Pour le dire crment, mais en termes
clairs : aussitt qu'on bandait sous les fesses de Charlotte, on les
enculait malgr soi mais l'entre en tait aussi ferme que souple,
et, par un ensemble de qualits qu'il serait indcent de louer outre
mesure, on y pntrait plus vite que l'on pouvait en sortir.

Charlotte encule devint encore plus Charlotte qu'avant : plus molle,
plus humide, plus douce, plus tendrement abandonne. Je m'tais un
peu retourn, de telle sorte qu'elle tait presque couche sur
moi de dos, ce qui lui permit d'ouvrir les cuisses dans tout leur
cartement. J'y mis la main avant elle : c'tait un lac. Songeant
qu'elle ne s'tait pas encore branle, je me demandai quel
phnomne jaillirait sous ses doigts quand elle aurait fini.

Ses gmissements commencrent au premier moment qu'elle fut
pntre et durrent huit ou dix minutes, sans crescendo, sans
effet. Elle semblait insouciante de dissimuler son plaisir et surtout
de le crier comme une actrice. Elle se branlait si lentement que sa
main paraissait immobile, et moi-mme, comprenant assez qu'elle
aimait ces volupts calmes, je ne faisais dans ses chaudes entrailles
que des mouvements imperceptibles. Vers la fin, prise d'un scrupule
qui la peint tout entire, elle tourna vers moi un oeil languissant,
et me dit avec faiblesse :

 Veux-tu que je te parle ! Tu vois si je suis contente quand tu
m'encules ! Aimes-tu que je te dise tout ce que je sens pendant que
j'ai ta queue dans le trou du cul ?
- Non. Dis-moi seulement quand...
- Quand je dchargerai ?
- Oui.
- Quand tu voudras. Aussi souvent que tu voudras. Je l'ai fait
en t'embrassant avant que tu ne m'encules et je suis prte 
recommencer.
- Tout de suite ?
- Mais oui. Ne vois-tu pas que je me branle "autour" ? Quand tu me
diras de jouir, je jouirai. 

Ces choses-l ne se disent pas. Je lui fis comprendre que je
l'attendais, et son plaisir, qui devana le mien d'un instant, se
prolongea pourtant davantage, car les femmes jouissent plus longtemps
que nous.

                               *
                              * *

La minute qui suivit ne nous spara point. Charlotte restait dans mes
bras et me regardait en silence avec cette expression de gratitude que
tous les amants connaissent.

 J'aime tes seins , lui dis-je en les caressant.

Et je n'avais dit que cela, esprant que j'allais trouver quelque
chose de mieux, quand elle m'interrompit avec une exclamation de
surprise :

 Oh ! que tu es gentil ! C'est maintenant que tu aimes mes seins,
mon chri ? Tu viens de dcharger et tu aimes mes seins ? Tu viens
d'enculer la pauvre Charlotte et tu n'en es pas dgot ?
- Dgot ? Mais tu es folle.
- Si tu savais ce que c'est que la vie d'une putain...
- Je t'avais dfendu de te traiter ainsi.
- Alors, qu'est-ce que je suis depuis douze ans qu'il me passe tous
les jours quatre ou cinq hommes sur le derrire et que n'importe
quelle gousse peut me frotter son cul sur la gueule ? Si je te dis que
toutes les putains se branlent, c'est qu'elles ont des raisons pour
a. Quand on fait le mtier, on se branle ; autrement on ne jouirait
gure. En tout cas, on sait une chose, c'est que quand on a tout fait
pour plaire  un homme et qu'il finit de dcharger, on n'est plus
qu'une putain et une fille de putain.
- Ma "pauvre Charlotte" comme tu dis, je t'assure que...
- Et je ne suis pas habitue qu'on me fasse des compliments sur mes
nichons quand on vient de m'enculer, voil. 

Elle avait encore les larmes aux yeux. Je ne savais que lui
rpondre. L'aimais-je assez pour me faire aimer d'elle ?

Afin de me laisser le temps de la rflexion et de mieux connatre ma
compagne de lit, je posai une ou deux questions auxquelles Charlotte
rpondit par toute une histoire : celle de sa vie.

                               V

Charlotte s'accouda sur le lit, mit entre mes doigts les seins que
j'aimais et me dit de sa douce voix :

 Aussi loin que remontent mes souvenirs, j'ai vu enculer maman. Elle
tait comme moi, elle faisait tout. De temps en temps, elle trouvait
un homme qui aimait mieux se faire sucer. Ou bien elle ramenait une
gousse. Comme elle avait plus de poitrine que je n'en ai, elle avait
tous les huit jours, le dimanche, un ami qui lui faisait l'amour
entre les ttons. a m'amusait parce qu'il lui dchargeait sur la
figure. Enfin, il lui arrivait mme de baiser puisqu'elle a eu trois
filles. Mais tout a c'tait l'exception. Maman tait connue pour
se faire enculer. On l'enculait, et voil tout.

 Et pour a, maman est aussi comme moi, elle n'a jamais joui
autrement, ni Ricette non plus, et Lili sera comme nous. Seulement,
tu penses, il y a des jours o une jeune putain se fait enculer par
sept ou huit hommes sans qu'il y en ait un qui l'excite ; et mme
si elle en trouve un, il n'y a pas souvent de quoi se mouiller la
chemise ni avoir les yeux cerns.

 Alors, tous les jours quand j'tais bb (mais tous les jours
au moins deux fois), maman se branlait sur le lit et chaque fois de la
mme faon : un monsieur venait de sortir, elle restait toute nue,
elle prenait dans un tiroir une bougie qu'elle avait fait fondre un
peu par le bout, ou bien un rouleau qu'elle faisait tidir, ou encore
le godmich qu'elle avait achet pour piner les gousses, et, avant
tout, elle se fourrait a dans le derrire. Jamais maman ne s'est
branle devant moi sans avoir quelque chose dans le cul. Ensuite,
elle se couchait au milieu du lit et, du bout du doigt... Que veux-tu ?
c'est ainsi que les putains dchargent.

 Maman m'a toujours dit qu'elle m'avait fait tter son foutre en
mme temps que son lait. Ce que je me rappelle, c'est que pendant toute
mon enfance, je la regardais se branler et j'allais la lcher quand
elle avait fini, et plus il y en avait, plus j'tais contente. Maman
m'a dit aussi que j'avais cinq ans le jour o je lui ai fait minette
assez bien pour la faire jouir. Je ne me rappelle pas, mais je sais que
j'tais trs petite.

 Il ne faut pas accuser maman pour tout a, vois-tu, j'ai vingt ans
aujourd'hui, je suis libre, et je fais encore minette tous les jours
 maman, et chaque fois j'ai autant de plaisir quand elle dcharge
parce que je l'aime bien.

 Naturellement, j'tais aussi toute gosse quand elle m'a fait
goter du foutre d'homme. Il me semble que j'en ai toujours
bu. J'en lchais sur elle quand elle en avait dans les poils ou
ailleurs. Je me rappelle un vieux monsieur qui se faisait branler dans
ma bouche ; mais il y a longtemps... et je savais dj tter la
queue. C'est la premire chose que j'ai apprise. J'avais dans
la mme rue une petite copine qui tait comme Ricette, qui ne pouvait
pas sucer un homme sans dgueuler. Aussi, j'tais fire parce que
a ne m'arrivait jamais.  cinq ou six ans, on me faisait tter
des hommes qui n'avaient pas joui depuis quinze jours. Je bavais,
j'avais la bouche pleine, j'avalais de travers ; mais je trouvais
toujours que c'tait bon.

  huit ans, j'ai perdu mon pucelage de derrire. Maman dit que
c'est trop tard et que j'aurais pu travailler plus tt. Pour me
prparer, pendant une huitaine de jours elle m'a branl le cul
avec son doigt. Et puis, on a fait deux drles de crmonies. La
premire, devant un petit cercle de gousses qui avaient fait faire
un godmich spcial avec lequel maman m'a encule. Elles taient
folles de voir une mre dpuceler le cul de sa petite fille, et cela
les a mises dans un tel tat qu'elles ont voulu toutes s'enculer
les unes les autres avec de gros godmichs ! Je n'oublierai jamais
cette scne-l. Une jeune fille qu'une dame avait amene et qui
n'avait jamais t encule, ni par un homme ni par une femme,
a t blesse horriblement, dfonce, creve, il y avait du sang
partout. Ah ! je t'assure qu'on en voit dans le mtier de putain,
et qu' l'ge de huit ans je n'tais pas nave !

 Quelques jours aprs, seconde crmonie. Prsente encore comme
pucelle, on m'a fait enculer devant un autre public par un petit garon
de mon ge qui bandait de tout son coeur. Puis maman a si bien gradu
les expriences que, sans trop souffrir et sans accident, je me suis
habitue aux queues les plus grosses. Je n'ai pas saign. J'avais
le trou du cul fait pour a. Et surtout... Vraiment, c'est facile
 comprendre. Toutes les petites filles veulent faire comme leurs
mamans. Les filles d'actrices sont folles de joie quand elles ont un
rle  huit ans. Et les filles de putains... quand elles ont un homme
elles se croient... Mon chri, je ne sais pas parler, mais je voudrais
surtout que tu n'accuses pas maman parce qu'elle m'a vendue. Tu
vois comme je suis. Je ne me roule pas sur toi comme une enrage,
je n'ai jamais t vicieuse ; mais je t'assure qu' huit ans
j'tais bien contente de faire comme maman. Les jours o elle me
prenait dans sa chambre, o je voyais prs d'elle un monsieur tout nu
et o il suffisait que je trousse ma petite robe pour le faire bander,
j'tais heureuse ! j'tais fire ! Je me serais laiss enculer
depuis le trou jusqu' la bouche. Vois-tu, le plus beau jouet pour
une petite fille, c'est la queue. 

Elle soupira en dtournant les yeux, et son regard rencontra ce qu'elle
avait oubli.

 Oh ! fit-elle. Tu bandes ?
- Mais vous avez vingt ans, mademoiselle la petite fille.
- Et tu crois que je sois moins heureuse de te faire bander ? fit-elle
en se jetant  mon cou. Tu ne rponds rien, veux-tu que je te suce ?
- Oui et non.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Je fais tout et je n'ai aucune
imagination... Lili nous a dit  dner ce qu'elle venait de faire avec
toi. Veux-tu cela ? Je serai ravie et j'espre que tu seras content. 

C'tait dit si gentiment et j'avais alors si peu d'imagination
moi-mme (car comment s'y prendre avec une jolie fille qui n'aime
pas baiser ?) que je la laissai faire tout ce qu'elle voulut.

Elle se remit exactement dans la mme position que la premire fois. Si
j'crivais un roman, il va de soi que je varierais les postures,
mais je raconte les choses telles qu'elles se sont passes.

En pareil cas (et cela est assez singulier), les femmes au lieu de
se blaser se passionnent. Charlotte fut plus ardente et surtout plus
loquace, parlant sans cesse avec une molle tendresse obscne dont je
ne puis exprimer l'accent naturel.

Comme elle s'allongeait de dos contre moi, je lui dis en l'embrassant :

 Tes fesses sont aussi jolies que tes seins. 

Et cette simple phrase me valut un flot de paroles :

 Mes fesses ? Comme elles doivent tre roses en ce moment ! Comme
elles ont envie que tu les encules ! Mais reste, reste, n'entre pas,
nous avons le temps. Laisse-moi te caresser la queue avec mes fesses
puisqu'elles te plaisent... Que tu es gentil de me dire cela ! C'est
ce que j'aime le mieux de mon pauvre corps.
- Mais tu es belle, Charlotte !
- Non, non, je suis comme les autres. Seulement... quand je vois
d'autres filles toutes nues et quand je me fourre devant ma glace,
je crois... je voudrais croire... que j'ai de jolies fesses... Et
comme tu m'as demand d'abord mon chat, j'avais si peur que tu
n'aimes pas mon cul.
- Pourquoi ne l'aurais-je pas aim ?
- Parce que j'ai autant de poils derrire que devant. J'ai mme
un petit duvet noir qui me couvre la moiti de chaque fesse, fit-elle
en riant. Enfin, tu aimes cela, tout va bien. Et tu bandes... tu bandes
comme un ange !
- Si l'on peut dire.
- J'ai une envie folle de me branler quand je te sens bander sous mon
cul ! Mais une envie, une envie ! J'ai pourtant joui quatre ou cinq
fois aujourd'hui. a ne fait rien. Moi je ne compte pas. Plus je me
branle, plus a me repose. Et quand j'ai chaud comme en ce moment,
quand je sens mon bouton qui bat et mon trou du cul qui pisse.
- Eh bien ! je te connais mieux ! dis-je en l'interrompant. Car, si je
te disais maintenant : "Charlotte, ne t'excite pas le bouton ni le
trou du cul, couche tranquille et laisse-moi dormir" tu me rpondrais :
"si tu veux !"
- Oh ! si tu veux ! fit-elle mlancoliquement.
- Et si je te dis au contraire : "Charlotte, il n'est que minuit
vingt ; j'ai joui quatre fois aujourd'hui ; un jour je suis all
jusqu' huit et je veux battre mon record avec toi. J'ai tous les
vices, toutes les passions, les manies les plus tranges ; mais il faut
que cinq fois encore avant de quitter mon lit."
- Oh ! a ! tant que tu voudras ! dit-elle avec son calme
sourire. Veux-tu essayer ? Je n'ai pas sommeil. 

Tout en parlant... J'ai dj dit avec quelle aisance on enculait
Charlotte... Nous nous tions unis comme elle le souhaitait et elle
mettait toute sa grce  faire que ce pis-aller me ft agrable.

Un baiser profond nous fit taire ; puis, me regardant par-dessus
l'paule avec un long sourire des yeux qui tait presque maternel
quoiqu'elle et le mme ge que moi, elle me dit (mais sur un
ton !) avec la misricorde, la patience, l'attendrissement qu'une
professionnelle peut incliner sur un apprenti :

 Tu as des vices, mon chri ? Tu as des manies ? Dis-moi tout ! tu
sais bien que tu peux tout me demander. Tu ne dis rien ? Tu as
honte ? Il faut que ce soit moi... ? 

Je ne disais rien parce que mon seul vice tait de baiser et que je
dsesprais de le lui faire comprendre.

Charlotte, qui tait la meilleure fille du monde, se mprit sur
mon silence. Cherchant toujours mon regard de ses yeux allongs qui
semblaient m'accorder d'avance le pardon des pires tyrannies, elle
me dit tranquillement, sans baisser la voix :

 Chie-moi dans la bouche. 

Aujourd'hui, j'ai peine  comprendre comment je n'ai pas bondi en
entendant cette phrase. Le commencement du rcit m'avait sans doute
prpar  tout, mme  cet imprvu. Et puis la pauvre fille tait
si jolie, si douce... Elle m'avait dit cela au hasard, comme une chose
toute naturelle... Et, malgr ma stupfaction, elle insista.

 Oh ! quoi ! si je te le propose, ne te fais pas prier. Je ne te dirai
pas que j'aime a comme Lili...
- Lili aime a ?
- Bien sr ! Lili ! Qu'est-ce qu'elle n'aime pas ! Moi, je n'aime
qu'une chose, c'est ce que tu me fais...
- Alors ?
- Mais je suis habitue  tout. Ne te fche pas, plus tard,  la
fin de la nuit, chie-moi dans la bouche, tu rebanderas.
- Charlotte !
- Et puis je ne sais pas ce que j'ai, ta queue me brle, tu me fais
envie, je veux ta merde comme ton foutre. 

Ces derniers mots furent dits avec un tel accent que je ne reconnaissais
plus Charlotte. Elle si molle devint raide et brusque. La tte cache
sous un oreiller, elle jouit sans me prvenir en tirant les jambes
jusqu' l'extrmit du lit.

Silencieuse une minute  peine, elle se souvint avant moi de ce qui
avait t convenu. Elle releva sa tte rougissante et me dit pour
achever sa phrase :

 En attendant, c'est ton foutre que je vais avoir dans la bouche. 

Encore gar par tout ce que je venais d'entendre, je ne pensai pas
 m'tonner que Charlotte, comme Lili, ft passer tout simplement
de son derrire entre ses lvres l'organe viril de son amant. Moi
aussi je m'habituais  tout ; et si je bondis, cette fois, ce fut
pour une autre cause :

 Ah ! non ! tu ne vas pas me sucer comme a !
- Quoi ? Je m'y prends mal ?
- Tu n'aimes pas qu'on te fasse minette parce que cela te fatigue,
et voil comment tu suces tes amis ? Tu veux me tuer.
- Oh ! l ! l ! qu'est-ce que tu dirais si tu avais t suc
par maman... Mais comment veux-tu que je fasse ?
- Ouvre les dents, ferme les lvres, laisse ta langue tranquille et...
je vais te guider. 

Disant cela, je lui mis une main dans les cheveux, puis, avec la docilit
de son doux caractre, elle se fit lente et resta immobile quand je le
lui ordonnai.

Lorsqu'elle se retrouva auprs de moi, plus jolie encore... car une
jeune femme qui vient de prter sa bouche revient avec un rayonnement
sur le visage, je lui dis :

 Ma Charlotte chrie, rpte un peu ce que tu es ?
- Une pauvre putain, qui n'est pas malheureuse cette nuit.
- Alors pourquoi suces-tu comme une jeune fille du monde ?
- Tu dis cela parce que j'ai bu ? fit-elle en riant. Tais-toi. Je suis
plus contente d'avoir bu ton foutre que toi d'avoir t suc.
- Encore un mot de jeune fille. Non seulement tu suces, mais tu parles
comme une jeune fille  marier.
- C'est que j'en ai gouss beaucoup, dit Charlotte avec un soupir. Je
me suis tant mouill les lvres avec du foutre de pucelle que tu me
trouves un air innocent.
- Et c'est drle, ce que tu viens de dire. Tu te crois sotte et putain,
tu n'es rien de tout cela.
- Hlas !  Et elle continua son rcit.

                              *
                             * *

 Donc,  huit ans j'tais putain avec maman qui en avait
vingt-quatre. La mme Ricette avait t mise en nourrice ; et alla
plus tard en pension. Nous tions seules, maman et moi.

 Maman ne me fatiguait pas. Elle m'exerait. En moyenne un mich par
jour. S'il en venait davantage, on disait que j'tais sortie. Si je
restais deux jours sans rien faire, elle m'enculait elle-mme avec un
godmich pour que je ne me rtrcisse pas. Presque jamais je ne lui
faisais minette. Elle me rpondait toujours : "Tu es bien gentille,
ma gosse, mais j'aime mieux me branler". Je la lchais, bien entendu,
quand elle avait fini de jouir, et c'tait tout.

  cette poque, j'avais quatre costumes que je prenais selon les
cas. D'abord, une robe de petite fille trs lgante avec une grande
ceinture de soie. Et puis, un peignoir de bordel avec des entre-deux. Et
puis, un tablier noir d'colire ; je nattais mes cheveux quand je
le mettais. Et puis, un costume de petit garon que je portais avec
une perruque. Et tout a m'amusait encore plus que les michs.

 Jamais maman ne me laissait seule avec un homme. Chaque fois qu'on
m'enculait elle me tenait les fesses, elle me mettait elle-mme la
pine dans le cul ; aussi on ne me faisait pas mal. Et pourtant, j'en
ai eu des queues  cet ge-l ! Les hommes qui enculent les petites
filles sont ceux qui ont les plus gros membres, est-ce drle ? Mais
grce  maman, jamais je n'ai saign.

 En mme temps, j'apprenais  aider maman. Quand on l'enculait
devant moi, je suais les couilles de son ami ou bien je faisais...
ce que Lili fait maintenant... c'est difficile  expliquer... je
mettais toute la main dans le con de maman et j'empoignais la queue
qu'elle avait dans le cul en la serrant dans la peau qui spare le
con et le cul, est-ce que tu comprends ? et ainsi je branlais la pine
qui enculait maman. Lili te le fera demain si tu veux.

 Cette existence-l durait depuis un an quand il m'est arriv
la chose la plus extraordinaire de ma vie. Et pourtant, j'en ai vu,
depuis ! et j'en ai  te dire, tu verras ! Mais a, c'est  ne
pas le croire, si je ne te jurais pas... 

Charlotte leva le bras :

 Je te jure sur la tte de maman que c'est vrai.

 J'avais neuf ans. C'tait en juillet. Nous avions djeun
avec un monsieur dont je sais bien le nom.  quatre heures, nous avons
couch tous les trois  poil sur le lit. Maman tait saoule, a ne lui
arrive pas souvent. Je me souviens qu'en se couchant, elle m'a dit :
"Oh ! ta langue ! je suis trop saoule pour me branler !" Pendant ce
temps-l, le monsieur m'a encule, et (il tait peut-tre aussi
saoul que maman) il m'a dit avant de jouir : "Fais un gosse  ta
mre avec ton cul, chie-lui ce foutre-l dans le con."

 Moi, jamais je n'aurais voulu faire une chose pareille ; mais maman
avait bu du champagne, elle tait en chaleur, elle jouissait, on est
loufoque dans ces moments-l. Crois-tu qu'elle m'a dit : "Oui !"

 On lui a mis le derrire sur un oreiller, le con grand ouvert. Moi,
j'avais mon petit cul plein de foutre, tu penses ! Je me suis
accroupie... j'ai fait ce qu'elle disait... et comme elle ne croyait
gure qu'on pouvait faire un gosse comme a, elle a t sur son
bidet deux heures aprs.

 Eh bien, elle devait avoir ses affaires le surlendemain, elle ne les
a pas eues, elle est devenue enceinte, enceinte de a, puisque depuis
six semaines elle n'avait pas bais ? Et sais-tu qui est n de cette
histoire-l ? c'est Lili.
- Elle le sait ?
- Je te crois qu'elle le sait ! Voil une gosse que j'ai porte dans
le derrire avant que maman l'ait dans le ventre. Aujourd'hui, il y
a bien des fils qui enfilent leurs mres et qui leur font des mmes qui
sont  la fois leurs filles et leurs soeurs ; mais ils les leur pissent
du bout de la pine, comme leurs pres les ont faits eux-mmes ; tandis
que moi, Charlotte, moi qui ne sais rien faire que ce qu'on me dit, moi
qui n'ai pas pour un sou de vice ni d'imagination, moi qui... enfin,
tu viens de le voir, j'ai douze ans de pratique et il a fallu que tu
me tiennes la tte pendant que je te suais parce que je ne sais mme
pas mesurer la nervosit d'une queue que j'ai dans la bouche. Eh
bien ! la pauvre Charlotte qui t'embte en te racontant toutes ses
histoires, elle a fait une fille  sa mre,  l'ge de neuf ans,
et avec son cul ! Crois-tu qu'une chose pareille devait m'arriver
 moi ? Et je te jure sur la tte de maman que c'est vrai. 

Aprs un silence, elle reprit :

 La grossesse de maman ne la gna pas ; au contraire, elle lui permit
de se faire baiser pendant neuf mois, sans l'empcher de se faire
enculer comme d'habitude.

 Pendant les deux derniers mois surtout, ses amants rguliers venaient
la voir sans cesse.  certains hommes, il faut des curiosits. Le ventre
de maman tait devenu norme. Cela ne faisait que plus de contraste
avec mon petit corps. On pouvait enculer au choix, sur le mme lit,
une petite fille qui n'avait pas de poils, ou sa mre qui en avait
normment et qui tait enceinte de neuf mois. Je n'aurais jamais
cru qu'il y et tant d'hommes avides d'enculer une femme grosse.

 Enfin Lili vint au monde. Maman se remit assez vite et nous reprmes
le mtier aussitt que possible.

 J'avais alors dix ans.  cet ge-l, les petites filles
s'habituent  certaines choses plus facilement que les femmes. Les
petites filles sont toutes un peu sales. Elles se donnent des rendez-vous
d'amour aux chiottes. Elles se pissent sur le ventre. Elles se fourrent
le doigt dans le cul l'une de l'autre et elles se sucent. Tu le
sais bien.

 Pensant que a pourrait me servir plus tard, maman m'a
d'abord fait jouer avec une petite copine qui m'a appris des tas de
salets. C'est drle, quand j'y pense ; j'tais putain depuis
deux ans, et cette gosse-l, je te jure, inventait des saloperies que
je n'avais pas vu faire aux hommes. Enfin, c'est elle qui m'a
dniaise sous ce rapport-l, et ce que j'avais commenc avec une
copine, je l'ai continu ensuite avec les michs.

 a me gne de te dire a et pourtant... il y a beau temps que a ne
me gne plus de le faire. Tu ne sais pas ce que c'est que le mtier de
putain. J'avais dix ans quand maman a bien voulu faire coucher avec nous
un banquier qui aimait... sais-tu quoi ? enculer maman jusqu'au fond,
retirer sa queue et me la faire sucer. Plus la queue tait merdeuse et
plus il avait de plaisir  me la fourrer dans la bouche.

 Je m'y suis habitue. Et puis, ce que je faisais avec maman,
je l'ai fait avec une autre femme, et puis... une petite fille est
si vite dresse  ces choses-l ! L' autre femme tait une trs
jolie gousse, nomme Lucette, que j'aimais bien, qui couchait souvent
chez nous et qui avec les hommes ne marchait que par-derrire, comme
maman et moi. Quand maman a vu que j'avais bien voulu, elle s'est
concerte avec elle, et elles m'ont dit toutes les deux qu' mon
ge il tait temps que j'apprenne  me faire chier dans la bouche,
que ce n'tait pas plus difficile que ce que j'avais dj fait,
et que Lucette voulait bien m'apprendre.

 Oh ! je vois bien ce que tu penses... que c'tait plus facile pour
Lucette que pour moi... Eh bien, a n'est pas vrai. Rflchis
une minute : est-ce que tu le ferais ! je te connais aussi, moi,
maintenant. Suppose une pauvre gosse de dix ans qui n'a jamais essay
a. Est-ce que tu aurais le courage... ! Moi je trouve que Lucette a
t bien gentille et bien complaisante. Et elle avait piti, la pauvre
fille. Je me rappelle que chaque fois, pour n'avoir pas l'air de
m'humilier, elle m'embrassait sur la bouche aprs. Pauvre Lucette !

 Que veux-tu ? je fais tout ce qu'on me dit. J'ai appris a comme
le reste. D'ailleurs, il ne faut pas croire qu'on le fait tous les
jours. Mais c'est bien utile  savoir parce qu'on fait tout le
temps des choses qui y ressemblent. Un homme qui prend deux gousses,
qui encule la premire et qui lui fait chier le foutre dans la bouche
de l'autre, a c'est courant... le soir,  dner, Lili rigolait
parce que a t'avait choqu qu'elle se retire ta queue du cul pour
te la sucer. Qu'est-ce que c'est que a ! On en voit, je t'assure,
dans le mtier de putain ! 

Elle poussa un profond soupir, non sur son pass, comme on pourrait
le croire, mais sur son dfaut d'loquence.  genoux au milieu du
lit, assise sur les talons et tenant entre les mains ses cheveux noirs
qui s'taient dfaits et qui lui couvraient les cuisses, elle dit
d'une voix dsespre :

 Je ne sais pas m'expliquer. Je suis conne comme la lune.
- Encore !
- Et aussi... Je crois que tu ne sais pas du tout ce que c'est qu'une
putain.
- Qu'est-ce que je ne sais pas ? Dis-le-moi. Prends ton temps. Cherche
tes ides.
- Tu crois que ce qui nous dgote ce sont les choses ; non, ce sont
les hommes.
- Tu vois bien que tu sais t'expliquer.
- Toi, par exemple, je n'ai pas de bguin pour toi. Du moins
j'espre que je n'en ai pas, je verrai a demain. Mais enfin je
suis contente sur ton lit, et... c'est pas une dclaration que je
te fais... Chie-moi dans la bouche si tu veux. J'aime mieux cela dix
fois avec toi que de sucer la queue  certains hommes. Tu sais bien ce
qui est arriv  Ricette ?
-  Ricette ?
- Elle ne te l'a pas dit ? Voil une gosse qu'on a mise en pension
jusqu' treize ans et demi. Elle est sortie de l ayant tous ses
pucelages et ne sachant rien de rien que de se branler et de faire
minette : c'est tout ce qu'on lui avait appris  la pension. Maman l'a
fait enculer tout de suite, et nous avons cru que cette gosse-l nous
dgoterait toutes les trois. Huit jours aprs, elle s'y prenait mieux
que moi, elle se fichait les pattes en l'air dans les cent trente-deux
positions, elle faisait casse-noisettes, aussi bien que maman, et plus
de vaseline, plus rien au cul qu'une goutte de salive sur le bout
du doigt. Alors, naturellement, on l'a fait sucer ; et par malheur
le premier homme qui lui a joui dans la bouche, un vieux qui n'avait
pas vid ses couilles depuis trois mois... Tu peux pas comprendre a,
vois-tu. Faut tre putain. La pauvre gosse a dgueul tout ce qu'elle
avait dans l'estomac et, depuis, il n'y a plus moyen de lui apprendre
 sucer. Chaque fois qu'elle a du foutre d'homme dans la bouche,
elle dgueule ! C'est malheureux, une si belle mme, si chaude,
si gaie  poil, qui se branle partout, qui ne pense qu' la queue
et qui se fait enculer mieux que moi, je peux le dire.
- Non.
- Pourquoi dis-tu non ? tu le sais bien.
- Je te rponds simplement et franchement comme tu parles. Je te dis non
parce que, depuis une demi-heure, tu as fait tout ce qu'il fallait pour
me dgoter de toi et je suis merveill que tu n'y russisses
pas. Tu n'as d'loges que pour les autres et d'injures que pour
toi-mme. Tu excuses et tu adores la mre qui t'a prostitue. Aprs
douze ans de travaux et de tristesses, tu te mets au-dessous de la petite
soeur qui dbute et qui refuse presque tout ce que tu acceptes. Tu gardes
mme un souvenir attendri et reconnaissant  "la pauvre Lucette"
qui a "bien voulu" te...
- Tais-toi ! fit-elle en pleurant.
- Mais toi qui parles, si l'on t'en croit, tu es une bte, une
conne, une putain archiputain, une fille immonde qui n'est peut-tre
pas digne de recevoir un baiser sur la bouche, puisque...
- Non, je n'en suis pas digne ! fit-elle en secouant la tte et en
pleurant plus fort.
- Et tout ce que je vois, pour preuve de ce que tu dis, c'est
d'abord une des plus jolies filles que l'on puisse treindre,
et plus jolie d'heure en heure  mesure qu'on la connat mieux ;
c'est ensuite un tre excellent qui depuis l'ge de huit ans a
toujours fait l'amour pour le plaisir des autres, qui se sacrifie
tous les jours aux intrts de sa mre et aux caprices des hommes
et qui offre tout, chaque soir, de tout coeur, mme cette nuit,  moi
qu'elle n'aime pas.
-  toi que je n'aime pas ? dit-elle. Que je n'aime pas ?  Et
les bras  mon cou, pleurant sur mon paule :  Tu vois bien que je
ne suis qu'une bte, puisque tu n'as pas compris ! 

                              VI

Quand elle reprit son rcit aprs un long intervalle :

 Et maintenant je te dirai tout ce que tu voudras, fit-elle, comme si
je me confessais. Si tu veux les noms, je te dirai les noms. Si tu veux
les mots, je te dirai les mots. Et si j'oublie un dtail, demande-le,
tu le sauras.
- Comment allons-nous intituler cette histoire ?
- Histoire de tous les poils de mon cul ! fit-elle en riant.
- Tu n'en finiras jamais. Il y a de quoi remplir cent volumes.
- Ce ne sera qu'un petit rsum  l'usage des coles primaires ! 
s'cria-t-elle en riant de plus belle.

Charlotte n'tait plus la mme. Elle tait gaie, elle avait chang
de visage et si j'avais t son ami le plus intime, elle ne m'aurait
pas cont sa vie avec plus de franchise et d'abandon.

  propos d'cole primaire, j'y suis alle  dix ans. Ricette
est la seule de nous trois qui ait t leve dans un "pensionnat
de jeunes demoiselles" avec des petites filles du monde qui font le
soir leur prire avant de se bouffer le chat.

 Moi, j'allais  l'cole de mon quartier et j'tais une de
celles qui se conduisaient le mieux, tu devines pourquoi.  la sortie,
il y en avait qui allaient se peloter dans les terrains vagues, ou
faire des saloperies avec la fille de la crmire qui voulait bien
montrer ses poils  celles qui lui passaient la langue dans le cul ;
ou surtout jouer avec les garons qui se laissaient tirer la pine.

 Mais tu penses que, moi, je n'tais pas curieuse d'aller voir
une pine ou une fille poilue. Et puis, maman m'attendait. La classe
finissait  quatre heures et quart. Je n'avais que le temps de rentrer.

 L'anne suivante, j'ai fait une premire communion comme on
n'en fait gure. Un ami qui montait sur moi trois fois par semaine
s'est amus  m'apprendre un catchisme de sa composition qu'il
me faisait rciter. Ce n'taient que des ordures et il y en avait
seize pages. Le matin de la crmonie, il est venu  sept heures et
il a voulu que je le suce pour que j'aie du foutre dans l'estomac...
Maman disait que, dans ces conditions-l, ce n'tait pas la peine de
faire ma premire communion ; mais il a donn cent francs et alors...
Et ce n'tait que le commencement. Quelle journe ! Je peux dire que
c'est mon vrai dbut ! Tous mes amants voulaient m'avoir sous ma robe
de communiante et ils voulaient tous m'enculer ! Il en est venu douze,
vois-tu a ? Ce jour-l, nous n'avons dn qu' neuf heures
du soir. J'avais t encule cinq fois ! cinq fois ! et j'avais
suc quatre hommes ! et les trois autres avaient dcharg je ne sais
pas comment, mais ma belle robe blanche tait pleine de foutre comme
la jupe d'une pierreuse. Ah ! je m'en souviendrai, de ma premire
communion ! 

Charlotte hocha la tte avec un sourire consol. Sa tristesse avait
disparu. Elle parlait avec entrain et, comme les jeunes filles qui
ne savent pas conter, elle gta l'effet suivant en essayant de le
prparer, mais cela ne fit que souligner l'ingnuit de son rcit.

 Tu ne t'attends gure  ce que je vais te dire, maintenant, mais
vraiment j'ai tout vu dans ma putain de vie ! Un an plus tard, je me
suis fait foutre de moi par cinq gamines parce que j'tais pucelle ! 

J'avoue en effet qu'au point o nous en sommes du rcit de
Charlotte, si j'attendais un coup de thtre, ce n'tait pas
celui-l.

 Je t'ai promis, dit-elle, l'histoire de tous les poils de mon
cul. Elle ne fait que commencer. J'avais douze ans et il y avait quatre
ans que j'tais putain, quand mes poils se sont mis  pousser. Ah !
a n'a pas t long ! Au bout de six mois, j'tais poilue
comme une femme.

 Tu commences  me connatre un peu. Je n'ai jamais t une de ces
filles passionnes qui vous prennent la main en disant : "Je bande !"
Non, je ne bande pas, mais je mouille pour rien. Quand je mouille, j'ai
envie de me branler. Et quand j'ai envie de me branler, je me branle. 

Elle rit en se renversant. Sa bonne humeur la transformait.

 Donc, c'est  douze ans que j'ai pris l'habitude de me
branler autant que je pisse et maintenant ce n'est pas assez dire
car, aujourd'hui par exemple, je ne pisse pas si souvent que je me
fais dcharger.

 Maman m'a conseill de me branler toujours quand on m'enculerait,
videmment, mais elle tait contente de voir que je me branlais mme
devant elle, et comme je m'y prenais mal, elle a eu la patience de
me l'apprendre elle-mme, d'abord avec son doigt et puis avec le
mien. Faut-il que je sois gourde tout de mme ! Quand je pense que je
n'aurais mme pas su me branler toute seule si maman n'avait pas
tenu ma main dans la sienne !

 En ce temps-l, j'allais toujours  l'cole et nous habitions
un quartier de Marseille, o il n'y avait gure de putains, mais
encore moins de pucelles. Je crois que toutes les gamines de l'cole
baisaient : les unes avec leurs frres, les autres avec leurs pres,
leurs cousins, leurs voisins... J'en connaissais une qui avait dix
ans et qui se vantait de tirer plus de six coups tous les soirs, en
levrette, contre une palissade, dans un chantier en construction...
j'en connaissais une autre qui s'appelait Clara, maigre comme un
petit squelette, on lui voyait les os des fesses et elle n'avait
pas un poil. Elle a racont devant moi, en pleurant,  une femme de
quarante ans, qu'elle couchait toutes les nuits entre ses deux frres
et qu'ils lui faisaient a ensemble, tant ils taient presss,
l'un par-devant, l'autre par-derrire, et la femme lui a rpondu :
"Je voudrais bien tre  ta place !" Ah ! j'en ai, des souvenirs
d'enfance...

 Enfin, j'tais donc un jour  l'cole dans un coin du prau,
avec cinq copines, et chacune racontait comment elle se branlait. Quand
j'ai dit (sans parler de maman) que je me fourrais une bougie dans le
cul pendant que je me frottais le bouton, elles ont trouv a patant
et elles m'ont invite dans un petit jardin, chez l'une d'elles qui
s'appelait Rgine. On se montrerait tout, on se branlerait ensemble,
on s'amuserait comme des reines. Justement, ce jour-l, maman devait
sortir. J'ai suivi mes petites copines. Et alors...

 Ah ! qu'est-ce qui m'est arriv !... Il faut te dire que
par-devant j'avais un de ces pucelages comme on n'en fait gure :
juste de quoi passer un crayon. Les cinq ont lev leurs jupes
d'abord : elles taient toutes dpuceles ; les trois plus jeunes
n'avaient pas de poils et les deux autres, un simple duvet. Quand elles
ont ouvert  la fois ma touffe noire et mon pucelage, elles se sont mises
 rire, mais  rire ! Un pucelage avec du poil autour, elles n'avaient
jamais vu a. Crois-tu qu'elles en ont fait une ronde autour de moi
et comme les petites filles sont capables de rpter deux cents fois
la mme connerie, elles rptaient sans cesse : "La pucelle  barbe !
la pucelle  barbe ! la pucelle  barbe ! la pucelle  barbe !"

 J'en pleurais de rage en racontant cette scne le soir  maman ;
et peu de choses ont eu plus d'importance dans ma vie, car maman trouva
que mes petites copines avaient deux fois raison.

 Elle me dit d'abord que j'avais trop de poils pour mon ge. Et tu
ne te figures pas ce que maman est capable de faire pour moi ! Crois-tu
qu'elle a eu la patience de me raser pendant trois ans ! Ce n'tait
pas une petite affaire, puisque j'ai du poil partout, sous les bras,
sur le ventre, sur le chat, sur les cuisses et jusque dans la raie
des fesses.  quinze ans j'avais encore la motte rase comme une
sultane. Et tout le monde trouvait a joli, aussi bien les gousses que
les hommes. Je ne sais pas pourquoi on n'en fait pas autant  Ricette.

 Ensuite, quand maman a vu comme j'tais honteuse d'tre encore
pucelle et que toutes les petites filles se foutaient de moi pour a,
elle m'a promis de chercher quelqu'un, sachant trs bien que je ne
me ferais jamais dpuceler moi-mme.

 Mais d'abord... est-ce que tu as dj dpucel des filles, toi ?
- Oui. a n'est pas drle. Tu es bien gentille de ne plus l'avoir,
ton pucelage, o l'on ne pouvait passer qu'un crayon.
- Ah ! Eh bien, suppose qu'on te dise : "Voil Charlotte, elle a
douze ans ; vous pouvez l'enculer dans toutes les postures ; vous pouvez
jouir dans sa bouche ; elle va vous lcher le ventre, vous sucer les
couilles, vous faire feuille de rose et tout ce que vous voudrez. Elle
fera devant vous minette  sa maman ou bien elle l'enculera avec un
godmich, etc., et tout a vous cotera cent louis." Qu'est-ce
que tu dirais ?
- Je dirais que je n'aime pas les mauvaises plaisanteries.
- Alors a ne t'tonnera pas si je l'ai attendu longtemps, mon
dpuceleur et si Ricette n'a pas encore trouv le sien.
- D'ailleurs, maman n'y tenait pas. J'apprenais  jouir par le
cul ; elle tait ravie. Plus je grandissais, plus j'avais de plaisir
 me faire enculer.  quoi a m'aurait-il servi de baiser ?

 J'tais donc trs heureuse quand il m'a bien fallu apprendre
encore quelque chose de nouveau. Devine quoi. Regarde-moi et si tu aimes
ce dont il s'agit, tu trouveras tout de suite que je suis un sujet
pour... pour... Tu ne devines pas ? Alors c'est que tu n'aimes pas
a... Pour la flagellation.
- Oh ! c'est qu'en effet je n'aime pas a du tout. Et pourquoi
es-tu un sujet...
- Parce que je pleure comme une fontaine et que cela fait le bonheur de
ces messieurs.
- Ma pauvre Charlotte !
- Je te le dis pour la vingtime fois, tu ne sais pas ce que c'est
que le mtier de putain. Imagine-moi, ge de treize ans, en tablier
noir d'colire, avec une natte dans le dos,  genoux prs du lit,
la robe retrousse... Je tenais mes fesses, je montre mon petit trou
du cul qui sera naturellement encul  la fin de la sance, et mon
pucelage au-dessous avec sa motte rase. Un monsieur me fouette de toutes
ses forces et se met  bander parce que j'clate en sanglots. Maman
est l pour empcher qu'on ne me tue... mais enfin tout de mme...
Quelles minutes !... Et c'tait surtout ces jours-l que se passaient
les choses dont je te parlais il y a une heure... L'homme qui me faisait
a amenait sa matresse, une grande bringue qui avait l'air encore
plus froce que lui. Il l'enculait sur moi, et alors, lui retirer sa
pine du cul et me la faire lcher de force quand je pleurais  chaudes
larmes, c'tait si bon, parat-il, qu'il jouissait malgr lui dans
ma bouche, et ensuite il me reprochait de l'avoir fait dcharger trop
tt, parce qu'il aurait voulu aussi enculer mon derrire fouett et
je recevais une claque si forte que... j'avais beau serrer les lvres,
le foutre en jaillissait comme le jus d'un citron.
- Ta mre permettait a ?
- Ne dis pas de mal de maman, d'abord. Je l'ai vue fesse plus fort
que moi et a me faisait plus de mal quand c'tait elle.
- Je te reconnais l. Et le monsieur tait content ?
- Probable. Jamais je n'ai pleur plus fort qu'un soir o il lui
a flanqu un coup de fouet qui a fait saigner la pauvre maman depuis
la lvre du con jusqu'au milieu de la fesse. J'en ai failli avoir
un coup de folie. Alors, pendant presque deux ans, maman n'a plus
recommenc ! 

Charlotte rva un instant, puis elle eut un vague sourire :

 C'est l'anne o j'ai eu le plus de succs auprs des
gousses. Il y a des jeunes filles qui commencent  jouir  dix-huit ou
vingt ans, ou mme plus tard. Moi j'ai commenc de bonne heure, et
l'ide que maman avait eue de me raser faisait de moi un phnomne.

 Une gousse qui s'tend sur un lit en soixante-neuf sous une petite
pucelle sans poils et qui lui fait minette et qui reoit dans la bouche
autant de foutre (et quel foutre !) qu'une nourrice peut donner de lait,
tu peux croire qu'elle est excite... Je dis "et quel foutre". Tu
sais qu'il y a deux sortes de gousses, celles qui lchent le cul de
leur bonne parce qu'il a plus de got que celui de leur amie, et celles
qui cherchent au contraire tout ce qu'il y a de plus dlicat. Pour
celles-ci, un pucelage sans plumes qui bave comme le con d'une gitane,
elles ne se lasseraient pas d'y passer la langue.

 J'ai eu beaucoup de gousses  treize ans et, crois-tu ? je souffrais
presque autant qu' me faire fouetter. La langue m'reinte. C'est
dix fois plus qu'il n'en faut pour me faire jouir. Tu as vu tout 
l'heure comment je me branlais,  peine si je me touche. Je n'ai
mme pas besoin de me toucher. Veux-tu que je te fasse plaisir comme
a ?
- Comment !
- Tant que tu voudras, encule-moi sans que je me branle, tu me feras
jouir avec ta queue comme si tu enfilais une petite baiseuse.
- Alors, pourquoi te branles-tu ?
- Oh ! c'est meilleur tout de mme. On jouit quand on veut.
- Charlotte, lui dis-je, tu viens de me rpondre une normit.
- a ne m'tonne pas de moi ? Je suis si conne !  fit-elle en
secouant la tte.

Et comme je la tenais affectueusement, et qu'elle se sentait en
scurit dans mes bras, elle me dit avec un rire qui la renversa tout
entire :

 Si "L'Histoire des Poils de mon Cul" pouvait avoir cent volumes,
alors combien en faudrait-il pour "L'Histoire de mes Conneries" ?
- Mais quelle rage as-tu de t'injurier ?
- Explique-moi ce que j'ai dit d'norme.
- Tu prtends que je connais pas ton mtier de putain ? Et je te
rponds que tu ne connais pas ton mtier d'amoureuse. 

La phrase tait si claire que Charlotte la comprit.

 Amoureuse ? fit-elle en se penchant sur moi. Mais tu n'entends
donc rien  tout ce que je te raconte ? Amoureuse de qui ? Amoureuse
du cochon qui vient m'enculer trois fois par semaine et qui me fait
avaler son foutre avant ma premire communion ? Amoureuse de la vache
qui a cinquante ans, qui est six fois grand-mre et qui frotte son
cul sur ma petite figure ? Amoureuse du fou qui me chie sur le corps
pendant que maman le suce ? Amoureuse du bandit qui me force  voir
comment il fouette le con de ma mre, le con d'o je suis ne, et
qui fouette ce con jusqu'au sang. Mais je ne sais comment te le crier :
les putains comme les pucelles n'ont qu'un amour qui les console ;
elles ne sont amoureuses que de leur petit doigt. 

Aprs un frisson, elle se ressaisit.

 Tu m'en fais dire plus que je n'en pense. Je n'ai pas le droit
de les traiter de cochons, de vaches et de bandits, tous ces gens. Ils
ne m'ont pas viole... ce que je voudrais te faire comprendre...
c'est que plus on est putain et plus on est vierge. 

Cette fois, je lui pris le visage dans mes deux mains, et les yeux sur
les yeux je lui rpondis :

 C'est le plus beau mot que tu pouvais me dire. 

Qui ne le penserait ? Et ce mot-l, c'tait Charlotte, corps et
me. Ses bons yeux me regardrent sans rien pntrer de ma pense
intime :

 Pourquoi me fais-tu des compliments sur tout ? Mes cheveux, mes yeux,
mes seins, mes poils... a ne vaut pas cent sous, mon chri. Va au
bordel, tu trouveras mieux. Mes fesses... tu as fait le bonheur de
ma nuit quand tu m'as dit que j'avais de jolies fesses ; c'est
videmment ce que j'ai de mieux. Mais ne te fous pas de Charlotte ;
n'admire pas les mots qu'elle dit...
- Les mots qu'elle dit, ce sont les sentiments qu'elle prouve.
- C'est aussi que les putains parlent avec leur coeur, comme les jeunes
filles du monde parlent avec leur con. 

La phrase tait dite sans effet, comme une vrit bien connue ; mais
je ne rpondis rien ; j'tais humili. Charlotte se croyait sans
aucun esprit, et chacune de ses rpliques tait plus intressante que
les miennes. J'avais (comme sans doute ma lectrice) plus de plaisir
 l'couter qu' l'interrompre, et j'attendais la suite de
son rcit quand elle s'cria, stupfaite :

 Comment, tu bandes encore ?
- C'est de ta faute.
- Qu'est-ce que j'ai fait pour a ?
- Tu m'as montr ces cheveux, ces yeux, ces seins, qui ne valent pas
cent sous, dis-tu. On trouve mieux au bordel, n'est-ce pas ?
- Et c'est moi qui te fais bander, sans que je te touche ?
- Je le crains ! Je m'en plaindrai  ta mre.
- Et qu'est-ce que tu veux que nous...
- Je ne veux rien.
- Tu plaisantes ! mais cela me donne envie !
- Prends patience. Fais comme moi ! Je ne suis pas press.
- Alors, moi toute seule, laisse-moi faire, laisse-moi.
- Non, mademoiselle, je vous dfends de vous livrer  l'onanisme
sur mon lit. Les moralistes et les mdecins...
- Je les emmerde. Je mouille, j'ai envie de me branler et quand
j'ai...
- Et quand tu as envie de te branler, tu te branles. Je connais la
phrase. Eh bien ! tu ne te branleras pas jusqu' trois heures du matin.
- Prs d'un jeune homme qui bande entre mes cuisses et jusqu'au
milieu de mon cul ? Tu ne veux pas que a m'excite ?
- Au contraire, je le veux. Ton rcit n'en sera que plus anim. 

                              *
                             * *

 Ne me dfie pas, dit-elle. Je suis toujours lasse et molle parce
que je me fais jouir autant de fois que l'envie m'en prend. Tu ne
me reconnatras plus si tu me forces d'attendre, je vais te dire des
saloperies idiotes, que je regretterai. Es-tu mchant de m'exciter
jusque-l ! 

Une main sur les yeux, l'autre  mon paule, elle geignit et rpta :

 Oui, des saloperies ! c'est tout ce que je peux te dire,  cheval
sur une queue aussi raide et pendant que tu me tiens les bras.

 Et puis, je m'en fous ! Tu le sais, que je suis une salope, que je
suis la dernire des dernires, la putain que tout le monde encule,
qui suce la queue de n'importe qui et qui tte la pine des chiens
quand on veut ; c'est le mme prix.
- Charlotte !
- Je m'en fous ; tu le sais, que j'ai tout fait avec les hommes et
les femmes, les garons et les petites filles ; j'ai bu du foutre
d'ne, du foutre de cheval ; j'ai tout fait ! j'ai mch des
trons de putains ! Tu le sais bien que depuis ma naissance je vis dans
le foutre et dans la merde.
- Tu deviens folle !
- Dans le foutre et dans la merde ! pleura-t-elle. Mme chez toi. Ta
queue sortait de mon derrire quand je l'ai suce.
- Mais c'est toi-mme qui...
- Et je te dgote puisque tu bandes contre mon cul sans vouloir de moi,
quand je me mouille la cuisse jusqu'au genou.
- Enfin...
- Faut-il... Faut-il que je te dgote puisque tu ne veux mme pas
me chier dans la bouche quand je t'ai dit trois fois que... que... 

Elle clata en sanglots.  un pareil accs de dmence il n'y avait
qu'un remde, c'tait de baiser promptement Charlotte ou plutt
de l'enculer puisqu'elle le prfrait. Faire jouir les femmes pour
les faire taire est un principe connu de toute antiquit.

Malheureusement, si le dsir l'avait pousse   dire des saloperies
 comme elle m'en avait prvenu, ces mmes saloperies avaient
refroidi le dsir qu'elle m'inspirait. Certaines rciproques en
amour ne sont pas vraies. D'ailleurs, Charlotte semblait trop gare
pour savoir ce que je faisais ou ce que je ne faisais pas. Elle pleurait
et elle se branlait. Ne pouvant arrter ses larmes, j'avais renonc
aussi  retenir sa main. Quand elle eut compris que je la laissais faire,
elle cessa de pleurer, leva les yeux et me dit beaucoup plus bas, mais
sans changer de langage :

 Dis-moi toi-mme que je suis une salope.
- Non.
- Si, a me fait plaisir. 

Je comprenais enfin. Elle me parlait trs bas, en tremblant de la tte
aux pieds.

 Appelle-moi putain pendant que je me branle pour toi. Putain et
pierreuse et garce ! Dis que tu m'enculeras pour quat' sous, tu
veux ? Tu me fourreras ta queue par le trou du cul jusqu'au fond,
jusqu'au fond ! Tu m'enculeras pendant une demi-heure en me limant
de toutes tes forces et tu me donneras quat' sous aprs. Si tu ne
veux pas jouir dans mon cul, je te sucerai. Je voudrais toujours avoir
la bouche pleine de ton foutre. Pas seulement la bouche, mais tout le
corps. Je te branlerai sur ma figure. Mais qu'est-ce qu'il faut
que je te dise pour que tu m'appelles salope ? Je retiens mon doigt,
je me touche  peine. Appelle-moi putain et salope et vache. Dis que tu
me pisseras sur les nichons et que tu me chieras dans la gueule ! Dis-le
pendant que je dcharge, que tu me feras manger ta merde ! Dis-le
donc ! Dis-le ! Dis-le ! 

                              *
                             * *

Elle s'vanouit  demi et ne rouvrit les yeux qu'aprs un long
silence. Son premier mot fut :

 Je suis toque ! 

Puis, voyant que je ne disais rien pour la dmentir, elle reprit :

 Tu vas avoir une belle opinion de moi... Et c'est de ta faute... Non,
c'est de la mienne. Tu ne pouvais pas savoir.
- Qu'est-ce que j'ai fait ?
- Maman dit toujours : "Charlotte, quand elle a envie de se branler, si
elle se retient cinq minutes elle devient maboule." Tu m'as retenue...
- Je ne le ferai plus.
- Est-ce sr ?... C'est drle pour un homme, n'est-ce pas, une
fille qui ne peut pas s'empcher de dire des saloperies quand elle
est en chaleur ? 

Je pris Charlotte dans mes bras et, parlant  voix basse et tenant sa
tte de telle faon qu'elle ne fut pas force de me regarder :

 C'est maintenant, lui dis-je, que tu vas me faire ta confession. Ou
plutt je la ferai pour toi et tu me rpondras oui ou non. Veux-tu ?
- Oui. Non seulement tu aime  faire jouir un homme, mais tu aimes
tre  ses pieds,  son ordre, quelque chose comme esclave ?
- Sa putain.
- C'est moins qu'une esclave ?
- Oui. Les esclaves, on les viole ; mais moi...
- Et une chose qui t'excite dans les bras d'un homme, c'est...
- C'est de me dire que je suis la dernire des salopes ; qu'il
n'y a pas de plus bas mtier pour une fille que d'offrir son trou
du cul et sa bouche  tout ce que les hommes veulent en faire. Oui, je
te l'ai dit malgr moi tout  l'heure ; mais je t'en supplie 
genoux, dis-moi que j'ai raison ! Comprends donc que je me tuerais
si cela ne m'excitait pas un peu ! Et au lieu de me consoler,
injurie-moi. Allons... Voyons... 

Elle souriait sans insister sur le tragique de ses dernires
phrases. Elle souriait de plus en plus. Elle avait l'air de jouer.

 Sois gentil. Fais que je l'aime, mon mtier de putain. Je ne me
branle plus, tu vois, je suis calme, j'ai fini de jouir. Mais maintenant
que tu sais mes gots, je te les rpte. Traite-moi de salope, de
vache et de garce. Dis que je me fais enculer comme une fille de bordel,
comme une bohmienne derrire sa roulotte. Appelle-moi putain, allons ?
Dis putain, putain, putain. Quel homme entt ! il ne dira rien ! 

Toujours souriante, et pour me dfier par une taquinerie impatiente,
elle insista :

 Et dans ma bouche ? dis-le, ce que tu feras dans ma putain de
bouche. Tu peux le faire... J'en ai envie... Je voudrais tre traite
comme a par un homme que j'aime... et que tu m'en remplisses la
bouche... Dis-le, ce que je te demande. Tu me... ? Tu me... ? Mais tu
es une mule ! 

Je lui rpondis simplement :

 Si tu continuais ton histoire ?
- Ah ! maintenant que tu sais tout sur mon caractre ! dit-elle en
riant. Et puis flte ! tant pis ! je me fous de moi. Je suis toute nue,
je ne te cache rien. 

                              VII

 O en tions-nous ? fit-elle. Je ne sais plus. Je me sens autrement
que d'habitude. Qu'est-ce que tu m'as fait boire ?
- Mais rien.
- Tu dis rien ? quand j'ai bu ton foutre par la bouche et par le cul
? Je suis saoule. Dis-moi o j'en tais de mon histoire.
- Tu me disais qu' treize ans tu jouissais comme une femme et
qu'avec ta motte rase tu faisais...
- Des gousses ! des gousses ! Oui, et a m'reintait parce que je ne
savais pas me retenir. Je me rappelle une dame qui n'tait pas belle,
mais qui avait un coup de langue... Ah ! la vache ! Elle m'cartait
 cheval au-dessus de sa figure pour ne pas en perdre une goutte. Elle
me faisait jouir trois fois de suite et chaque fois elle me tirait plus
de foutre que je n'en avais dans le corps.  la troisime fois,
je tremblais sur mes jambes comme si elle suait mon sang.

 Et d'ailleurs, j'avais des gousses de toutes sortes : une jeune
fille anglaise, qui ne se dshabillait pas et qui se branlait en me
donnant des baisers d'amour sur la fente ! Une grosse femme qui se
faisait gousser sur le dos et dissimulait sa premire jouissance afin
de jouir deux coups pour le mme prix ! Une mme de quatorze ans qui ne
savait pas encore dcharger et que son ami nous a fait travailler pendant
une heure,  maman et  moi, et comme elle avait le chat couvert de
salive, elle lui a fait croire qu'elle mouillait ! Enfin une tribade,
comme on dit, qui s'habillait en homme et qui m'enculait avec un
godmich pendant que maman l'enculait avec un autre.

 Et j'tais toujours pucelle ! Il parat que a ne gnait
personne. Maman le dit souvent que pour les putains a ne sert  rien
d'avoir un con. 

Charlotte rit elle-mme de sa phrase. Son rire tait si franc qu'il me
fit sourire, bien que la maxime ft absurde ; mais elle prit ce sourire
pour une approbation, et, se vautrant sur le lit les bras tendus,
les cuisses en l'air :

 Ah ! que je suis contente, fit-elle, de me montrer telle que je suis et
de tout dire, toute la nuit !  chaque saloperie qui sort de ma bouche,
il me semble que je suis plus propre, que je fais ma toilette...
- Ceux qui ont invent la confession le savaient bien.
- Mais aussi... (et elle rit encore)  chaque saloperie que je te dis,
j'ai envie d'en faire une autre.
- Ceux qui dsapprouvent la confession prtendent que tu as raison.
- J'avais une copine que sa mre forait de se confesser tous
les samedis. La pauvre gosse n'a jamais pu se confesser sans se
branler et elle se dpchait vite de dcharger avant de recevoir
l'absolution. Sinon elle tait tellement excite par ce qu'elle
venait de dire qu'elle allait se faire baiser en sortant de l'glise.
- Charlotte ! tes mains sur la table ! comme on dit aux colires.
- Mais c'est que moi aussi j'ai encore envie...
- Je t'assure que tu es folle. Retiens-toi un quart d'heure.
- Tant pis pour toi ! soupira-t-elle. Tu sais ce que tu risques
d'entendre. 

Et, les mains sous la nuque, les jambes croises, elle continua :

  propos d'glise. Au fait, je ne te l'ai pas dit, mais tu
le devines bien : j'avais quatre fois plus d'enculeurs  treize
ans qu' dix.  cet ge-l j'avais "le trou du cul solide"
comme dit Ricette, et maman ne me rationnait plus les coups de queue
comme auparavant.

 Je dois tout  maman, mme le caractre que tu me vois et je
n'avais que treize ans quand elle me l'a donn. Il parat que je
pleurais trop ; a m'abmait les yeux ; et puis a inquitait
maman ; elle avait peur que je me fiche par la fentre. Alors elle
m'a appris... 

Charlotte s'interrompit et changea de posture :

 Elle est patante, maman. En huit jours elle m'a fait un caractre
nouveau comme elle m'aurait fait une nouvelle robe.

 Pendant une semaine, elle a couch seule avec moi, ne recevant
les michs que dans l'aprs-midi. Elle m'a dit que j'tais
assez grande pour tout savoir puisque je dchargeais comme une femme ;
et qu' mon ge c'tait ridicule de n'avoir pas d'instincts
vicieux ; et qu'elle voulait me donner au moins un vice, mais qui me
servirait toute ma vie.

 Comment s'y est-elle prise ? Elle jouait avec moi (on est si gosse,
 treize ans !). Elle me branlait en me traitant de tous les noms que
tu ne donnerais pas aux raccrocheuses de matelots qui pissent dans la
main d'un homme pour un sou. Et comme mon plus grand plaisir tait
de me faire branler par maman, les mots qui me dgotaient ont fini
par m'exciter. Les mots et les choses. Je ne t'en dis pas plus ;
mais tu ne perds rien pour attendre. Je recommencerai tout  l'heure.

 Donc,  propos d'glise... (nous en sommes loin !) un de mes
amants eut cette anne-l une fantaisie : celle de m'enculer dans
une glise de campagne. Devines-tu pourquoi ?
- Parce que tu tais pieuse ?
- Justement. Il a su que je faisais tous les jours une prire  la
Sainte Vierge et que j'entrais souvent  l'glise comme a,
pour rien, pour dire une petite prire. Alors, il m'a propos...
Et, toute pieuse que j'tais, j'ai dit oui tout de suite. C'est
qu'aussi... 

Elle rva un instant.

 C'est qu'aussi, mes prires, tu sais... Je lui disais tout 
la Sainte Vierge, comme  toi. 

Je ne pus m'empcher de sourire  cette phrase.

 Alors, poursuivit-elle, la Sainte Vierge savait bien que je me faisais
enculer depuis l'ge de huit ans, puisque je lui demandais tous les
jours de me protger par l comme par la bouche, de choisir mes amants,
mes gousses et de me faire jouir autant, aussi fort que possible. Aussi,
j'ai pens que a ne l'tonnerait pas, la Sainte Vierge, si
elle me voyait... Un petit vicaire  qui j'ai racont a un soir
dans mon lit m'a dit que j'avais fait ce jour-l un sacrilge
pouvantable. Je ne m'en doutais gure.

 C'est mme une des journes les plus gaies de ma vie. Nous
sommes partis seuls en auto. Mon ami tait assez jeune. En arrivant
au village o il tait connu, il s'est fait remettre les clefs de
l'glise par le bedeau, sous prtexte de montrer le monument  une
jeune fille. J'avais l'air sage comme une pensionnaire. Et je n'ai
gure chang, d'ailleurs. Regarde-moi. Est-ce que j'ai une tte
de putain ?
- Oh ! pas du tout !
- Maman le dit toujours : "Charlotte trouverait plutt un mari que
de se faire raccrocher en tramway !" Et depuis une heure que je te
demande de me traiter comme une salope, tu ne peux pas.
- Non, mademoiselle. Continuez l'histoire de vos dvotions dans cette
glise de campagne. Vos cheveux noirs sont les plus longs et les plus
beaux du monde. Vous avez l'air d'une Madeleine.
- C'est la premire fois que tu m'appelles putain !  fit-elle
en riant.

Mais je la ramenai  son rcit.

 Donc, vous entrez tous deux avec les clefs de l'glise. Je pense
que vous fermez la porte  l'intrieur ?
- Oui. Et nous avons fait ensuite toute une scne, tant nous tions
gais. Je me suis agenouille dans la chapelle de la Vierge. Il est
venu  moi : "Vous priez, mademoiselle ? - Non, monsieur, je me
branle. - Et pourquoi vous branlez-vous ? - Parce que mon bouton me
dmange et autre chose itou que je n'ose vous dire. - Pourquoi tout
cela vous dmange-t-il ? - Parce que je ne peux pas me mettre  genoux
sans avoir envie qu'on m'encule." J'tais gosse ! on m'aurait
fait jouer du matin au soir. Il s'est mis derrire moi ; mais les
prie-Dieu d'glise sont mal compris pour enculer les petites filles.
- Tu as des mots, Charlotte.
- J'avais le trou du cul trop bas. Je me suis mise alors sur une marche
de l'autel o je me trouvais juste  la hauteur.
- Les marches de l'autel sont mieux comprises pour enculer les petites
filles ?
- Oh ! on dirait qu'elles sont faites pour a ! Nous tions si bien
en place qu'aussitt encule j'ai eu envie de jouir, et j'ai
tant dcharg, mais tant ! que j'ai remerci la Sainte Vierge,
croyant que je lui devais mon plaisir.

 Aprs a, qu'est-ce que j'allais faire du foutre que
j'avais dans le cul ? Il n'y a pas de bidets dans les glises
et les bnitiers sont trop hauts. C'est mal plac, vraiment, ces
cuvettes-l. En soulevant au hasard le couvercle d'un prie-Dieu,
j'ai trouv un mouchoir neuf, qu'une vieille dvote avait mis
l pour pleurer ses pchs le dimanche suivant. Au lieu de larmes,
il a reu mon foutre, son mouchoir et je me suis proprement torch
le derrire avec. Aimerais-tu a, de m'enculer dans une glise,
toi ? Je recommencerai si tu veux. 

                              *
                             * *

Charlotte s'agitait. Elle remuait les jambes et devenait trs rouge.

La brutalit de ses deux dernires phrases me fit comprendre qu'une
nouvelle crise tait proche. Le ton de son rcit changea brusquement,
comme son visage. pre, douloureuse, un peu haletante, elle reprit.

 Crois-tu que cela ne m'arrivait pas souvent de jouir pendant qu'on
me fourrait une queue dans le derrire ? Tous les jours ; mme avec
les vieux. Et c'est grce  maman,  elle toute seule.

 Pour mieux m'entraner, elle s'est mise  faire du chiqu
devant moi. Je m'y laissais prendre comme les hommes et je faisais
comme elle mais de tout mon coeur.  treize,  quatorze ans dj,
je pouvais jouir par le cul, sans me toucher. Et plus on me limait,
plus j'avais de plaisir.

  quinze ans, j'tais toujours pucelle. Maman continuait de me
raser la motte et le con, mais elle laissait pousser les poils que j'ai
dans la raie des fesses. Rien ne faisait tant bander les hommes que de
me voir par-devant une moniche de gosse et par-derrire un trou du cul
d'encule, avec des poils noirs autour, o tout le monde fourrait
sa langue, ses doigts, sa queue et ce qu'on voulait.

 Le mardi gras, on m'a fait faire un costume d'arlequin, avec
un losange qu'on pouvait relever au milieu du cul pour que je ne me
dshabille pas. J'ai soup avec sept hommes et une femme nomme
Fernande, qui tait  poil. Maman tait l aussi.  cause de mon
dernier pucelage, elle ne me laissait pas souper seule. Les sept hommes
ont pari qu'ils m'enculeraient chacun trois fois et que j'aurais
assez de foutre dans le derrire pour emplir une coupe de champagne ;
et Fernande a pari de la boire, cette coupe-l, si on tenait le pari.

 Maman a rpondu tout de suite qu'elle en avait fait autant 
mon ge, que j'tais assez grande pour soutenir a et qu'elle
se chargeait bien de faire bander chaque homme trois fois s'il y en
avait un qui flanchait.

 Moi, je n'avais pas t encule plus de treize fois par jour ;
mais j'tais grise, j'tais excite, et puisque maman le voulait
bien, j'ai dit : "Chiche !" en levant mon petit losange pour ouvrir
mon trou du cul.

 a n'a l'air de rien ; mais vingt et une enculades, a dure de
une heure  quatre heures du matin. 

Charlotte, de plus en plus agite, m'enjamba, se coucha sur moi et
me dit avec une sorte de triomphe :

 Hein ! tu ne veux pas me traiter de salope ! et je...
- Non. Tais-toi ! 

Elle tait dans un tel tat d'exaltation qu'il fallait de toute
ncessit la satisfaire ; mais, pour cela, j'aimais mieux ne pas
entendre son nouvel accs de frnsie.

Pendant les quelques secondes o elle fut occupe  me faire pntrer
en elle, je pus lui maintenir ma main sur la bouche ; mais ds qu'elle
se sentit accouple solidement, elle se dlivra du billon et ne
cessa plus de frmir.

Charlotte m'enjamba.

Elle ne me toucha d'abord que des cuisses, puis frotta sur mon sexe
les poils de sa vulve et se retroussa le torse en creusant les reins
pour loigner son visage. Et elle ne cessa plus de frmir.

De la tte au ventre et jusqu'au bout des doigts, elle tremblait.

Lentement, elle devint de plus en plus belle.

                              *
                             * *

 La premire srie de sept va vite ; la seconde est lente ; la
troisime n'en finit pas. Ce qui m'a le plus reinte, c'est
que j'tais dans un cabinet de restaurant o il n'y avait mme pas
de canap. Trois heures la pine au cul sur le parquet ou sur la table,
il y a de quoi tomber en faiblesse.

 Enfin, j'ai gagn le pari, et Fernande l'a gagn aussi... Je
lui ai... rempli jusqu'aux bords... Oh ! je te le dirai jusqu' ce
que tu cries ! Voil ce que j'ai fait  quinze ans ! Je me suis fait
enculer vingt et une fois de suite et j'ai empli de foutre une coupe
de champagne et je l'ai donne  boire et je l'aurais bue... Mais
qu'est-ce qu'il te faut donc que je t'avoue pour que tu m'appelles
salope ? 

Elle retomba sur le lit, aussi faible et brise que si elle venait de
revivre son rcit. Je crus qu'elle s'apaisait. Je rpondis  voix
basse :

 Rien. Tais-toi. Dors. Je vais teindre. 

Alors elle se souleva sur un coude et reprit, mais d'un ton si calme que
je la laissai parler. Je ne souponnais pas ce que j'allais entendre.

 Connais-tu M... (elle me le nomma) qui est... (elle me dit son titre)
 Aix ? L'avant-dernire anne, j'avais dix-huit ans. Il m'a
prise pour la premire fois un soir de juin. Je le voyais vicieux. Il
avait un grand chien avec lui. Je lui ai propos de sucer le chien.
- Charlotte !
- C'est mauvais, du foutre de chien et c'est fatigant  sucer parce
qu'ils n'en finissent pas de dcharger, les pauvres cabots ! mais
j'tais habitue, va ! et dans le mtier de putain, un lvrier
vous dgote moins qu'un magistrat. Malheureusement, cet homme-l
n'avait jamais vu son chien suc par une fille et a l'a tellement
excit que, pendant quinze dimanches de suite, jusqu' la fin de
septembre... 

Elle s'interrompit en secouant la tte avec un soupir comme si elle
perdait le souffle.

 Je te demande pardon... coute... Tu ne peux pas te figurer... Il
avait une maison de campagne avec une basse-cour... Le dimanche, il
donnait cong  ses gens, mme au jardinier... Il m'emmenait... je
restais seule avec lui... toujours  poil et mes cheveux sur le dos...
c'tait en t... Pour quoi faire ? L'amour ? Ah ! non ! pas avec
une putain ! Il s'amusait le dimanche  voir une fille de dix-huit
ans avaler le foutre de tous les animaux.

 En quelques jours, un charpentier lui a dress un cadre en bois de
chne comme ceux o l'on enferme les vaches et les juments pour la
saillie. Mais lui, au lieu d'y mettre la femelle, il y attachait le
mle, et quand l'talon ou le taureau tait ligot, je passais
dessous... Pour les chevaux je n'avais pas la bouche assez grande,
mais avec la langue et les mains... 

Elle me vit plir et, obissant encore  cette rvolution astrale de
son caractre qui, autour du mot  putain , passait rgulirement
de la rgion plaintive  la zone exalte ; elle s'anima de phrase
en phrase.

 Tu le sais bien que j'ai bu du foutre de cheval et du foutre
d'ne, du foutre de taureau, du foutre de chien, du foutre de
cochon. Au quatrime dimanche, il m'a donn un bol o il avait
branl un animal ! et j'ai bu ! et j'ai su dire que c'tait du
foutre d'ne. Je connais mieux les foutres que les vins. J'ai vid
plus de couilles que de bouteilles dans ma putain de vie.

 Et c'est rien que tout a, mme du foutre de cheval, pourvu qu'on
n'avale pas de travers. On se met la tte par-dessus, tu comprends ?
Entre le poitrail et le membre. Comme a on reoit la douche sur
le palais, pas dans la gorge et on ne s'trangle pas. J'avalais
tout. Aprs, tu peux me croire, je n'avais plus soif.
- Je t'en prie, tais-toi ! Cette histoire est pire que tout !
- Oh ! non ! ce qu'il y a de pire c'est le foutre de bouc ! Je suis
pourtant courageuse quand je me branle, mais... ah ! quelle infection que
ce foutre-l ! J'ai failli dgueuler, il a fallu que je crache. Alors
quand mon amant... je veux dire mon mich... a vu que le premier jour
a me rendait malade, il a voulu que son bouc serve tout de mme 
quelque chose, et, pendant quatre ou cinq dimanches, aprs que j'avais
suc l'ne, le taureau, le porc et les chiens, il me faisait monter
par le bouc, moi toute nue  quatre pattes dans l'herbe du jardin...
Tu ne veux pas m'appeler salope ? Mais j'ai joui, tu m'coutes ?
J'ai joui pendant que le bouc m'enculait.

 Et j'ai fini par en boire, du foutre de bouc, les derniers
dimanches... coute-moi... Regarde-moi... Je l'ai bu cinq fois, le
foutre du bouc ! Pour me rcompenser, son matre m'a achet un singe
qui m'enculait aussi et que je suais comme un homme... Du vingt aot
 la fin de septembre ce que j'ai pu faire, tu ne le croirais pas !

 C'est alors qu'il s'est fatigu de me voir sucer le membre des
mles et qu'il a imagin de me faire gousser les femelles. Il en avait
trois : une chvre, une gnisse et une nesse. Je leur faisais minette
 genoux. Aussitt aprs, il enfilait celle que j'avais lche
et il dchargeait, disant qu'il aimait mieux jouir avec une bte
que de donner son foutre  une putain comme moi, mais que je pouvais
le chercher avec ma langue, son foutre, dans le con de la gnisse ou
de l'nesse... ou dans leurs trous du cul quand il les enculait.
- Tu dlires ! tu rves ! tu inventes !
- Sur la tte de maman, je te jure que c'est vrai ! Veux-tu la
preuve ? Fais-le devant moi et je te dirai d'avance comment a se
passe. Tu sais que tu n'en sais rien. Est-ce que je le saurais, moi,
si je ne l'avais pas fait cinq dimanches de suite ? Dans le con de
la bte, le foutre s'enfonce, il faut le repcher avec le doigt ;
mais par le cul, il sort tout seul. La langue suffit !...
- Charlotte, je ne peux plus. Assez ! Assez !... Ne me dis plus
rien ! Dors ! Couche-toi. Calme-toi !... Je ne sais comment te 
parler... Tu es folle, tu es belle, tu m'aimes, tu ne baises pas...
Tu m'aimes et tu fais plus d'efforts pour me rpugner que tu n'en
ferais pour sduire personne...
- Jamais tu ne mettras plus ta bouche sur ma bouche.
- Non.
- Dis que je suis une salope.
- Non, parce que tu es belle. Roule ta beaut dans l'ordure, ce sera
toujours ta beaut.
- Crie que je suis une salope quand mme.
- Tu es une pauvre fille ! lui dis-je. Quoi que tu hurles contre toi, je
ne crois rien, je n'entends presque rien. Tu ne m'inspires que deux
instincts : du dsir malgr toi ; et beaucoup, beaucoup de piti. 

Deux instincts ? J'en prouvais trois. Le plus faible tait le 
dsir ; le plus lourd, celui que je taisais. Ne croyez pas que ce
ft le dgot. Charlotte me donnait tant de piti que j'en
avais de reste pour couvrir de ce manteau sa vie tout entire, sa vie
inconnue. Mais mon instinct le plus fort, c'tait le sommeil.

Les motions bouleverses que nous laissent les heures tragiques
blouissent nos cerveaux, nos coeurs, nos mmoires. Shakespeare seul,
je crois, a crit le mot sleepy aprs une scne effroyable. C'est le
mot suprme. J'avais envie de dormir. De dormir. De ne pas rver. De
reculer mme les songes. De dormir comme un mort.

                              *
                             * *

 Je ferai tout. Je te dfie de trouver quelque chose que je ne
fasse pas avec toi, pour toi, sous toi. Ordonne-moi ; tu verras comme
j'obirai ! 

Elle tremblait de la tte aux pieds. Sa manie ne m'effrayait plus
parce qu'elle avait cess d'tre mystrieuse ; et ce qui me frappa
d'abord, c'est que Charlotte devenait de plus en plus belle  mesure
que son dlire augmentait.

Trs grave, prenant mme une expression tragique, et se tenant carte
de mon visage, pour tmoigner qu'elle n'tait pas digne d'un
baiser, elle cessa pour un temps d'imaginer tout ce que je ne lui
demandais pas ou de me laisser entendre ce qu'elle pourrait faire et
(j'ai dj dit quel instinct logique ont les esprits simples) elle
reprit son lan sur la ralit.

 Tu m'encules, dit-elle. Tu m'encules pour mon plaisir, mais
c'est mon mtier. Une fille qui gagne sa vie avec son trou du cul,
voil ce que je suis. Qu'est-ce que c'est qu'une salope, si ce
n'est pas moi ? J'ai vingt ans, je viens chez toi sans te connatre,
je me mets  poil, je me branle, j'ouvre mes fesses et je te dis :
"Encule-moi !" Et tu m'encules trois fois comme une putain que je
suis ! Et plus tu m'encules, plus je t'aime ! 

Sur ce mot, elle retomba contre moi, la bouche  mon paule et prit
un accent plaintif.

 Je t'en supplie... Tu vois, je ne me touche pas et je vais
jouir. Mais pendant que tu bandes dans mon cul, dis-moi... dis-moi...
ce que tu feras tout  l'heure... dans ma bouche... je t'en supplie !
dis-le-moi quand je dchargerai... Dis-moi : "Salope ! je te... je
te..." Et je te rpondrai : "Oui ! oh ! oui !" 

Puis, comme si cette ide mme ne suffisait plus  son exaltation,
elle s'cria presque en pleurant :

 Non, je t'aime trop maintenant... Ce ne sera pas assez... Tu me le
feras d'abord ! tu me le feras cette nuit ! Pour oublier les autres,
je veux que tu me le fasses. Mais ensuite... demain.., tu me montreras
que je suis la dernire des putains... Tu ramneras ici une de tes
amies ; tu la baiseras devant moi sans mme regarder si je me branle
ou si je pleure...
- Tu crois a ?
- Et quand tu l'auras encule, c'est elle qui me...
- Tu ne diras plus un mot ! criai-je la main sur la bouche.
- Je jouis ! je jouis !  fit-elle entre mes doigts.

                              *
                             * *

Cette fois, Charlotte, en jouissant, poussa des cris d'assassine
qui m'pouvantrent ; puis elle tomba dans une torpeur soudaine et
si profonde qu'elle s'endormit sur la place.

Ple comme le jeune homme du Rideau cramoisi je cherchais 
l'veiller de cet vanouissement quand j'entendis frapper trois
petits coups  la porte d'entre.

J'allai ouvrir et je vis Teresa en chemise :

 Tu la coupes en morceaux ?  fit-elle avec un visage de jeune
maquerelle en bonne humeur qui me choqua, me rassura, me laissa muet.

Je la conduisis dans la chambre et lui montrai le corps de sa fille. Du
premier coup d'oeil, elle vit les petits tremblements qui agitaient
la hanche comme le flanc d'un cheval, et, sans inquitude aucune,
elle revint avec moi dans la pice voisine en fermant la porte.

 Qu'est-ce qu'elle a ? dis-je.
- Puceau ! rpondit Teresa.
- a c'est raide, par exemple ! J'ai vingt ans, je suis  un ge
o on se laisse intimider par toutes les femmes qu'on ne connat
pas. J'ai eu depuis douze heures une femme inconnue, deux jeunes filles
et une gosse, je n'en ai pas rat une...
- Non, mais penses-tu qu'on nous rate ? dit Teresa toute joviale.
- J'ai tir six coups...
- Alors... a fait trois avec Charlotte. Et tu me demandes ce qu'elle
a ?... Ne prends pas cet air stupfait comme si tu allais me dire :
"Je pense qu'il lui en faut davantage."
- Merci de m'avoir souffl.
- Je t'ai envoy Charlotte, la dernire de mes filles, parce que
c'est une compagne idale pour les hommes fatigus.
- Merci encore.
- Tu venais d'avoir trois odalisques. Je me suis dit : "Cette bonne
Charlotte le sucera : ils causeront pendant une heure et ils dormiront
ensuite." Charlotte est la douceur mme. Elle est ne pour dormir
 ct d'un homme.
- Ah !  ! mais tu es aussi folle qu'elle ! car elle est folle, ta
fille, folle  lier. Avec son air candide et las, elle est nymphomane,
elle est onaniste, elle est masochiste  un point inou, elle est tout
ce qu'on veut en "iste" et en "mane"...
- Elle est tout ce qu'on veut comme tu dis ! fit Teresa qui se
montait. On la moule comme de la pte. Si elle est toque cette nuit,
c'est toi qui l'as rendue toque. Est-ce que j'ai joui dans ton lit ?
Est-ce que je pouvais deviner qu'en donnant mes restes  ma fille,
tu allais me la foutre en chaleur ? 

D'un sourire, elle adoucit la violence de ses paroles et rentra dans
la chambre  coucher.

tant sa chemise qu'elle jeta sur un fauteuil, elle se coucha nue
auprs de Charlotte, la prit dans ses bras, l'veilla, et, ds
ses premiers mots, je compris qu'elle savait mieux que moi ce qu'il
fallait lui dire.

Charlotte ouvrit des yeux gars. Sa mre la secoua des deux mains
et lui dit avec une brusquerie aimante :

 Qu'est-ce que tu fous l, petit chameau ?
- Maman ! fit Charlotte, les bras au cou, et avec une voix d'enfant.
- Crois-tu que tu peux m'embrasser avec cette bouche de putain ?
Qu'est-ce que tu viens de faire ? Ta langue sent le foutre.
- J'en ai bu ! dit Charlotte en faisant les doux yeux.
- Saloperie que tu es ! Pourquoi ne couches-tu pas chez ta mre ?
Pourquoi est-ce que je te trouve  poil  trois heures du matin
dans le lit d'un jeune homme que tu ne connais pas ? Qu'est-ce que
tu mrites ? 

Assis au pied du lit, j'coutais ce dialogue avec une sorte
d'ahurissement.

Faut-il rappeler ici que j'avais vingt ans et Charlotte aussi. Qu'une
jeune fille de vingt ans domine comme il lui plat un jeune homme
de son ge ? Et sous mes yeux je voyais gronder Charlotte comme une
petite fille !... Et cette Charlotte qui luttait dans mes bras quand
je la traitais en femme, trouvait tout naturel que sa mre lui parlt
comme  une enfant de sept ans ?

Teresa me jeta un regard qui signifiait :

 Veuillez garder le silence !  ou peut-tre  Fous-moi la paix ! 
Le vocabulaire des regards est assez incertain. Puis elle reprit :

 Qu'est-ce que tu es venue foutre ici ? Rponds !
- Je suis venue me faire enculer, soupira Charlotte.
- Et il a bien voulu enculer une putain comme toi ?
- Il ne veut pas que je sois une putain, dit-elle vivement, les yeux
ferms. La premire fois il m'a encule pendant que je me branlais,
il a joui dans mon cul. La seconde fois, j'ai dcharg plus vite
que lui ; alors j'ai retir la pine de mon cul, je l'ai mise dans
ma bouche...
- Quelle salope !
- Oh ! pas assez ! fit Charlotte avec une torsion du corps qui
m'effraya. Je lui ai demand de me... (et elle parla si bas que je
n'entendis rien). Et quand il m'a encule la troisime fois je ne
me touchais pas, j'tais excite, j'avais envie de jouir par le
cul et je voulais qu'il me dise a quand je dchargerais...
- Tu n'as pas honte ?
- Si, j'ai honte. Mais j'ai envie qu'il me le fasse. Et il est
plus vache que moi ; il n'a jamais voulu ai le faire, ni le dire,
ni rien ! rien ! rien ! 

Alors, comme une infirmire ou une religieuse parle au chevet d'une
malade qui n'entend pas, Teresa me dit tout haut et sans aucun
tonnement :

 Elle a encore besoin qu'on la branle. 

Toute nue, la mre de Charlotte se leva, sortit, entra chez elle et
revint aussitt portant un objet envelopp de papier.

Puis, avec l'autorit d'une belle-mre qui soigne sa fille devant
son gendre, elle me dit :

 Laisse-moi faire maintenant. On ne te demande rien. Tu as tir six
coups ; repose-toi, et reste au pied du lit. 

                              *
                             * *

Teresa ne m'avait pas inutilement prvenu ; car le dialogue se haussa
d'un ton ds les premiers mots.

De sa voix tremblante et plaintive que je n'entendais plus sans frisson,
Charlotte gmit en se tirant les chairs :

 Regarde, maman, ce qui me sort par le trou du cul. J'ai la raie des
fesses pleine de foutre, et il ne veut pas dire que je suis une putain.
- C'est que tu n'en as pas fait assez.
- Mais c'est lui ! Moi je ferais tout.
- Il ne sait pas que tu es la dernire des salopes.
- Oh ! tu me le dis et tu me branles... Il n'y a que toi qui me
comprennes, maman ! Il n'y a que toi ! 

Tout ce qui prcdait m'avait fait croire que Teresa entendait
branler sa fille pour la soulager ; mais je n'tais pas si novice
que l'Italienne le voulait dire, et, sans rien laisser paratre de
ma surprise, je vis  n'en pas douter que tout au contraire elle ne
masturbait la pauvre Charlotte que pour la remettre en folie. Les jeunes
filles m'ont dj compris. Expliquons  d'autres lecteurs qu'au
lieu de hter le spasme elle le retardait indfiniment, en le faisant
esprer d'un instant  l'autre.

Et cette manoeuvre m'tonna plus que toute la scne prcdente ;
si bien que je ne compris plus rien  ce qui se passait et que je devins
curieux de savoir o Teresa voulait en venir.

 Montre-lui, disait Charlotte en haletant, montre-lui que je suis
la dernire des salopes. Tu me l'as dit que j'ai une bouche de
putain et que ma langue sent le foutre. Dis-moi de la lui fourrer dans
le derrire, ma langue ! ou  toi devant lui, puisqu'il ne veut pas !
mais toute ma langue ! toute ma langue dans le trou !
- Tu serais contente ?
- Oh ! oui !... Et autre chose... Je voudrais qu'il t'aime devant
moi et puis qu'il me marche dessus. Tu serais sa matresse et moi
sa putain. Pourtant tu le vois si j'ai envie de sa queue ! mais je te
mettrais moi-mme sa queue dans le corps, je lui lcherais les couilles
pendant qu'il t'enculerait et ensuite, je ferais... je ferais les
deux choses...
- Dis ce que tu feras, dis-le tout haut.
- Je lui sucerais la queue aprs sans l'essuyer et tu me chieras dans
la bouche le foutre que tu aurais dans le cul !... Oh ! maman !... Oh !
maman ! pourquoi est-ce que je ne jouis pas ? 

Je savais bien pourquoi, et la scne devint claire quand, d'un
mouvement spontan, Charlotte se jeta la tte entre les cuisses
de Teresa comme pour y chercher la source de sa propre volupt. Le
mouvement tait prvu, c'est vident.

 Moi, d'abord ?
- Oui, tout de suite !
- Et a, que j'avais apport pour toi ! 

Elle dveloppa de son papier l'objet qu'elle avait pris chez elle :
c'tait un godmich assez gros, us, dteint.

Charlotte rit ; cet incident arrtait une minute sa crise de nerfs ;
elle se coucha devant moi, pour me dire... mais sur un tout autre ton,
avec naturel et gaiet, comme si c'tait la chose la plus simple du
monde :

 Encule maman. 

Teresa ne protesta point.

 Encule maman, rpta Charlotte. Je lui ferai minette en mme
temps. Je te sucerai la queue aprs. J'aurai son foutre. J'aurai
le tien. Je serai la plus heureuse des trois. 

Comme elle attendait ma rponse, Teresa clata de rire et dit  sa
fille :

 Regarde-moi ce grand gosse qui croise les jambes parce qu'il a
tir six coups et qu'il ne bande plus ! 

Et je n'avais encore rien dit quand Teresa elle-mme fut sur moi :

 Essaye de ne pas bander sous mon ventre ! Essaye donc de ne pas bander
pour mon cul ! 

J'hsitais  lui dire que la scne prcdente, au lieu de me
tenter, m'avait refroidi. Et je fis bien de me taire, car ma lutteuse
me dfiait  bon escient. Teresa ne fit presque rien pour rveiller
mes sens. Elle les attira  sous son ventre  comme elle disait ;
mais avec une science du contact qui me parut merveilleuse.

Sitt que je fus en tat, Charlotte reparut au comble de
l'excitation. Je lui aurais fait moiti moins de plaisir en la
possdant elle-mme qu'en prenant sa mre devant elle.

 Ma langue la premire ! dit-elle. Tiens, regarde comme j'encule
maman avec ma langue, regarde !... Et mets ta queue, maintenant, je
lui ouvre les fesses... Ha ! ha ! je te disais tout  l'heure que je
gagnais ma vie avec mon trou du cul ; mais non, je suis encore au-dessous
de a, je suis celle qu'on prend pour lcher le derrire et pour
ouvrir les fesses de la femme qu'on encule, voil ce que je suis ! 

Puis, comme Teresa se retrouvait sur moi en ouvrant les cuisses  la
bouche de sa fille, Charlotte, de plus en plus nerveuse, lui dit :

 Tu parleras, maman ? Tu parleras ? Lui, je le connais, il ne dira
rien. Mais je ne pourrai pas. Alors toi... toi parle tout le temps ! Si
tu te tais une seconde, je m'arrte et je me branle. 

Teresa devait tre habitue  ce caprice de Charlotte, car elle ne cessa pas un instant de parler :

 Vite, ta langue ! et je te dfends bien de te branler quand tu me
fais minette. Et qu'est-ce qu'il te prend de m'attaquer le bouton
comme a ? Est-ce que tu veux me faire jouir en quinze secondes ? Est-ce
que tu as un client qui t'attend derrire la porte et que tu n'as
pas fini de sucer, dis, putain ? Ne te presse pas tant. Lche-moi les
babines. Tu reviendras au bouton quand je te le dirai. 

Elle me jeta un regard qui signifiait :  Voil comment il faut lui
parler !  et elle continua sans interruption :

 Quelle pourriture que cette Charlotte ! Il y a des enfants qu'on
nourrit au sein, avec du lait ; moi je l'ai nourrie au cul, avec du
foutre, et maintenant qu'elle a vingt ans, elle me fourre encore sa
langue dans le derrire. Comment une salope pareille a-t-elle pu sortir
d'un chat comme le mien ?

  qui ferait-on ce que je viens de te faire ? J'entre chez ton
amant, je te le prends sous tes yeux, dans ton lit, et, pendant qu'il
me fait mouiller, tu viens me lcher le cul, mais tu es au-dessous des
putains. Une raccrocheuse ne ferait pas a.

 Ainsi, tu es cocue ! et ds la premire nuit ? Tu passes tes
journes  te branler devant tes soeurs en pleurant que c'est
malheureux d'avoir tant de michs et de se finir toute seule. Cette
nuit, tu as trouv une queue qui t'a fait jouir ! eh bien, regarde o
elle est, cette queue-l, elle est dans mon cul jusqu' la racine ;
je ne t'en laisse que les couilles  lcher.

 Ta langue au bouton, maintenant, sale gousse ! mais pas si
vite ! ralentis ! Il m'encule trs bien, ton amant, et j'ai plus
envie de jouir que lui... Qu'est-ce que tu as ? Tu penses au foutre
que je vais te pisser dans la bouche, cochonne ? Et a te fait
trembler ? Si j'tais sur toi, tu verrais comme je te frotterais les
poils sur le mufle pour t'apprendre  lcher un cul !... Va donc,
va, tu l'auras, mon foutre... Ce n'est pas pour toi que je mouille,
c'est pour la queue de ton amant qui me rend folle !... Plus fort, ta
langue ! plus vite !... oui ! encore ! o tu es ! ah ! salope !
salope !... Ah ! il me branle les ttons pendant qu'il m'encule !...
Et quelle putain que cette Charlotte quand elle a soif ! Est-ce toi
qui lui caresses les couilles pour qu'il bande si dur jusqu'au
fond ?... Ah ! petite chienne ! tu me fais jouir aussi... Tiens ! le
voil, mon foutre ! le voil, mon foutre ! et barbouille-toi la gueule
dedans, sale garce ! vache ! cochonne ! salope ! chameau ! putain ! 

Charlotte, ivre de ce qu'elle buvait,  se barbouilla la gueule
dedans  selon la forte expression de sa mre, et ce qui suivit fut
si rapide et j'tais moi-mme tellement gar que je ne pus rien
empcher avant de reprendre mes sens. Je voudrais avoir mal vu, mal
entendu. Cela m'apparut comme une hallucination.

Aprs avoir perdu conscience, je rouvris les yeux et je vis d'abord
Charlotte accroupie, tenant  la main... je n'ose plus terminer les
phrases... Elle tait triomphante ; elle tait enrage ; elle criait
 sa mre :

 Tu la vois ! tu la vois ! 

Et elle lcha ce qu'elle tenait ; je me souviens qu'elle le lcha
de toute la longueur de sa langue avant de le sucer.

Puis elle cria plus fort en agitant ses cheveux :

 Son foutre, maman ! son foutre que tu as dans le cul ! Chie-le-moi
dans la bouche devant lui pendant que je me branle et qu'il m'appelle
salope quand je dchargerai !
- Devant lui ? fit Teresa.
- Oui ! oui ! devant lui ! plein ma bouche !  dit Charlotte, les
yeux hagards.

                              *
                             * *

Une folle par amour est le personnage le plus tragique dont je puisse
concevoir la vision. Quel est l'homme assez grossier pour ne pas
frmir en lisant les chansons obscnes d'Ophlie ? Et quel autre
homme ou quelle femme ne comprendrait pas pourquoi, au milieu de la scne
suivante, en passant devant une glace je me vis blanc comme un linceul ?

J'essaye de rassembler mes souvenirs...

Teresa tait plus inquite de moi que de sa fille et, sans rien entendre
 mes sentiments, elle me dit  voix basse :

 Allons, quoi ? T'as jamais vu a ?... Eh bien ! maintenant tu diras
que tu l'as vu... Non ? Tu n'y tiens pas ? Tu viens de jouir ?...
Mais c'est pour elle, voyons ! et si elle te dgote, dis-le-lui,
tu l'exciteras. 

L'exciter ! Mais elle tait en pleine dmence !

Debout, Charlotte s'tait enfonc le godmich dans le derrire
et elle l'agitait de la main gauche en se branlant de la droite
par-devant, les cuisses cartes, le ventre en mouvement... comme une
jeune aline se masturbe devant le visiteur inconnu qui ouvre la porte
de son cabanon ; c'est--dire qu'elle se branlait directement vers
moi, avec une expression mlange d'impudence et de douleur.

J'avais vu  quinze ans... Je raconte cela pour retarder un peu la fin
de cette horrible scne qui m'est pnible  crire... J'avais vu,
dans un jardin, une jeune fille se branler vers moi dans la mme posture,
mais gaiement et par moquerie, et je ne savais pas que c'est le geste
des folles. Je le sais maintenant.

Charlotte, toujours debout et le doigt sous le ventre, ne disait plus que
des ordures, d'une voix saccade. Je les passe. Elle termina ainsi :

 Depuis deux heures j'en ai envie... Il ne veut pas... Ma bouche le
dgote... Montre-lui, maman... Comme je m'y prendrais sous lui...
Comme je sais bien... sans faire de taches... 

Lorsque j'entendis ces mots misrables  comme je sais bien... sans
faire de taches...  Mais pourquoi souligner les mots d'une pareille
scne ! Ceux-l m'ont paru les plus tristes de tous, et Charlotte
les disait pourtant avec une sorte de ferveur.

Elle entra dans la salle de bains, s'tendit nue sur le carrelage de
cramique en se relevant sur un coude, la tte renverse, la bouche
ouverte, et se masturba d'une main avec frnsie. Elle ne paraissait
pas sentir le froid du sol.

Les scnes vraies sont plus difficiles  raconter que les inventions,
parce que la logique de la vie est moins claire que celle d'un
conte. Vous croyez qu'ici le point culminant dut tre l'acte dont je
fus tmoin ? Pas du tout. Et je ne sais si je pourrais faire comprendre
pourquoi.

D'abord, je m'y attendais depuis un quart d'heure, et ce que
j'imagine est en gnral plus intressant que la ralit.

Ensuite, il est juste de dire qu'en cette circonstance, le rle le
plus infme, celui de Teresa, fut tenu avec une prodigieuse adresse
fminine. Le rle fut  sauv . C'est ce que, probablement,
je ne saurai pas dcrire.

Teresa avait un corps admirable ; je l'ai dj dit. Elle tait fille
d'acrobates, ainsi que vous l'apprendrez bientt. Elle s'y prit
exactement comme un gymnaste qui rpte un exercice avec sa partenaire,
mais un exercice classique et elle me regardait d'un visage tranquille
comme si son acte lui paraissait plus naturel que mon trouble...

Cinq minutes plus tard, j'tais seul.

                             VIII

Je dormis neuf heures et me rveillai avec un irrsistible dsir
de... Terminez la phrase si vous tes jeune ou si vous vous souvenez
de l'avoir t.

Les excs amoureux donnent plus d'entranement que de lassitude
et sont moins difficiles  recommencer le lendemain que la semaine
suivante. Tout le monde sait cela. Je me sentais donc assez en forme. Pour
parler comme le patriarche aim de Ruth, ce fut un  matin triomphant
 ; mais si triomphant qu'il ft, je ne le trouvai point agrable,
car un irrsistible dsir de... Ne me comprenez-vous pas ? Si vous
avez lu page  page les sept chapitres prcdents, vous devinez ce
qu'il me fallut  l'heure o commenait le huitime.

Baign, ras, coiff, habill, en un peu plus de temps qu'il n'en
faut pour l'crire, mais aussi vite que possible, je me prcipitai
chez une des vingt amies intimes que je me connaissais au Quartier
latin. Elle se trouvait seule par bonheur. Comme elle n'tait vtue
que d'une chemise, elle eut plus tt fait de l'enlever que moi
de dnouer ma cravate. Tant que les jeunes femmes ont de jolis seins,
les chemises leur psent.

Mais elle s'alarma de mon agitation.

 Qu'est-ce qui t'arrive ? Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce
que tu veux ?
- Ma petite Margot, j'ai envie de faire l'amour.
- Moi aussi. Alors !... avec des protections dans le gouvernement,
on pourra peut-tre coucher ensemble.
- Envie... mais  crier ! de faire l'amour par-devant, ma petite
Margot ! par-devant !
- Par-devant ?... mais j'espre bien !
- Par ici, tu vois ? Par ici. Tu as bien compris ? Pas par l.
- Il est compltement maboul , dit Margot d'un air gar.

Elle se rassura peu  peu, tandis que son treinte me donnait le
soulagement que j'tais venu chercher dans ses bras : le dlicieux
verre d'eau frache qui dsaltre de l'alcool. Encore hant par
l'obsession de mon aventure, je ttais de la main, je ne pouvais pas
croire que cette fois, enfin... mais la simple Margot ne s'tait pas
trompe. Jamais elle n'a su, depuis, tout le plaisir que j'avais
pris d'elle.

                              *
                             * *

Le soir, je rentrai seul, pourtant. J'avais quelque dessein d'crire.

Comme j'achevais de me dshabiller, on frappa vivement  ma
porte. J'ouvris : c'tait,  ma stupeur, Teresa, en peignoir rose,
avec une fleur dans les cheveux.

Encore mal remis de ce que j'avais vu la veille, je la pris par le
bras et, l'amenant jusqu' ma chambre :

 Ah toi ! m'criais-je, tu les entendras, les mots que je ne voulais
pas dire  Charlotte ! C'est toi qui es la dernire des salopes ! la
dernire des putains ! la... 

Elle clata de rire ; et, avec le ton que prend une femme de trente-six
ans parlant  un jeune homme de vingt ans, elle me dit :

 Ta bouche, mon petit ! on t'en foutra des aventures pour les
remerciements qu'on en reoit ! Tu encules mes trois filles, tu encules
leur mre ; nous nous relayons  quatre pour te faire tirer sept coups,
et le lendemain, quand tu me vois, tu cherches un nom d'oiseau, tu
m'appelles putain ?
- C'est que...
- Je ne suis pas une toque comme Charlotte, moi, je ne me branle pas
devant ta queue et j'ai pas besoin que tu m'appelles putain pour
que je dcharge.
- Mais aussi...
- Et puis, je le sais bien que je suis une putain, par le con, le cul
et la bouche ! Et puis, je m'en fous ! Et puis... 

Que Teresa et retenu ici, juste  temps et sur ses lvres,
la conclusion :  Et puis, je t'emmerde !  cela n'tait pas
douteux. Sa rticence me montra qu'elle tait dcide  ne pas
se faire mettre  la porte. Je repris l'offensive.

 Qu'est-ce que c'est que cette manie que vous avez de vous faire
enculer toutes les quatre ? C'est toi qui as -dress tes filles et
qui leur as donn ce got-l ?
- Et  moi ? Qui est-ce qui me l'a donn ? Tu ne t'es pas demand
a, non ? Je ne l'ai pourtant pas invent que toutes les femmes
ont deux trous dans le cul et qu'elles font l'amour aussi bien
par-derrire que par-devant ? Tu sais qu'avant d'tre une mre,
mon petit, j'ai t une fille. 

Elle rit. Elle me parlait debout, une main sur la hanche. Avec son
peignoir, sa tte brune et sa fleur, elle avait l'air de jouer Carmen.

 Fille de qui ?  dis-je, assis prs d'elle.

Pas de rponse. Elle souriait en me regardant et mordait de ses dents
blanches une mche qu'elle tenait  la main. Je ne savais  quoi elle
pensait. Les jeunes gens ne sont que trop disposs  croire que les
femmes veulent sans cesse coucher avec eux. Mme quand elles frappent
chez eux  minuit, leurs desseins parfois ne sont pas si simples. Je
rptai :

 Fille de qui ?
- Crapule ! tu seras content si je te dis : "fille de putain" ?
- Oui, je serai content , rpondis-je pour l'exciter  parler.

Elle continua pourtant de me regarder avec le mme sourire un peu agac,
puis se dcida :

 Je suis ne dans une famille d'acrobates italienne o il y avait
quatre femmes : maman et ses trois soeurs plus jeunes qu'elle.

 Sois content : elles taient un peu putains toutes les quatre et
toutes trs jolies ; mais beaucoup plus gousses que putains. Jamais je
n'ai vu quatre garces enrages de se lcher le cul comme taient
maman et mes tantes. Ds qu'elles avaient une heure de libert entre
elles, je les voyais se foutre  poil, et a se dvorait le chat,
et a gueulait comme des putois, et a jutait si fort qu'il y en
avait des mares sur les draps de lit.

 Quant aux hommes... Tu demandes pourquoi mes filles ne baisent pas ! Je
n'ai jamais vu baiser maman ni ses soeurs et je ne sais pas comment
on m'a faite. Elles n'taient pas putains comme moi, mais enfin
de temps en temps il y en avait une qui ramenait un homme, et penses-tu
qu'au cirque on peut tre enceinte ? On avait l'embarras du choix
pour les enculer. C'taient quatre paires de fesses qui avalaient
bien la queue. Mais par-devant, elles ne marchaient pas ; on appelait
a le ct des dames.

 Crois-tu qu' sept ans j'avais jamais vu une femme faire l'amour
autrement que par le trou du cul et que je ne savais pas ce que c'tait
que baiser ? Comme maman et ses soeurs taient acrobates et disloques,
chacune d'elles pouvait se bouffer le chat elle-mme et surtout ce
qu'elles faisaient souvent, c'tait de se plier en deux pour aller
sucer les couilles des hommes qui les enculaient. a valait cinquante
francs ce truc-l, quelquefois. Ou un lapin. 

Sur ce mot, elle interrompit son histoire  peine commence, ta son
peignoir et le jeta en disant :

 J'ai chaud. 

Cette fois, elle tait venue sans chemise. Nue subitement, elle vint
s'asseoir par dfi au bout du traversin :

 Tu me dgotes ! dis-je en dtournant les yeux.
- Ha ! ha ! ha ! mais regarde-toi donc ! tu bandes comme un cheval.
- C'est bien malin ! Quand tu te mets toute nue sur mon lit ! Est-ce
que a prouve que je t'aime ?
- Il y en a, fit-elle gaiement, qui vous disent : "Je t'aime !"
avec une pine molle. Toi, tu me dtestes, mais tu bandes. C'est plus
agrable pour une femme. 

Je devins trs rouge. La nudit de Teresa tait en effet pour moi
un spectacle irrsistible. Mais je me sentais honteux que mon tat
physique vnt rendre impossible ou du moins ridicule le discours que
je prparais mentalement depuis dix minutes ; et mon dpit fut tel
que si l'Italienne s'tait moque de moi un instant davantage, mon
dsir involontaire ne m'et pas empch de crier ce que j'avais
 lui dire.

Mais au lieu de railler mon dsir, elle se mit  l'exasprer.

Elle croisa les mains derrire la nuque pour bien montrer qu'elle ne
m'attaquait pas et aussi pour dresser les seins, pour dployer les
aisselles noires.
- Puis, les yeux mi-clos et d'une voix qui s'chauffait, elle eut
une trouvaille, elle se ddaigna elle-mme :

 Mes ttons ne bandent pas si bien, fit-elle.
- Tu ne sais pas ce que tu dis ! c'est ce que tu as de mieux. 

Devinant que je contredirais ses premires paroles, elle n'avait
pas eu pour cela plus de peine  se faire flatter ; et elle insista,
connaissant assez l'attrait de ses seins pour le mettre en cause :

 C'est ce qui te dgote le moins ? fit-elle en souriant. Drle de
forme, pourtant ! Regarde comme ils sont longs et larges. Ni en pomme,
ni en poire, hein ? Ce sont mes ttons. Et quels bouts ! Vois-tu que
je me teigne un jour en blonde avec ces cocardes noires ? Ces petits
bonbons de rglisse ? Ces bouts de pines de ngrillons ? Ha ! ha !
ha ! Sais-tu pourquoi mes ttons ne ressemblent  ceux de personne ?
Ils sont mouchs parce que j'ai eu trois gosses ; mais ils sont pleins
et ils se tiennent parce qu'au lieu de nourrir mes filles au sein,
je les ai allaites par le cul...
- Putain que tu es ! Ne me rap...
- Oui, ce sont des ttons de putain, dit-elle en m'interrompant avec
volubilit. Et devant ces ttons de putain, tu as envie de dbander
depuis un quart d'heure et tu ne peux pas ! Tu n'as pas encore bais
entre ces ttons de putain ; mais tu y penses ! Je ne te les ai pas
trans sur les couilles, mes ttons de putain, mais tu devines ce que
a peut tre. Et la dernire fois que tu as joui, quand j'avais ta
queue dans le derrire, tu me les branlais des deux mains  la fois,
est-ce vrai ? Et les sentais-tu ? Rponds ! Les sentais-tu bander,
mes ttons de putain ?
- Tais-toi ! va-t'en ! je ne veux plus te voir ! je ne peux pas oublier
ce que tu as fait ensuite ! 

Je mis la main sur mes yeux pour ne plus la regarder et je me renversai
en travers du lit. Elle bondit sur moi.

C'tait prvu ? Tout au contraire. C'tait prcisment ce que
je n'avais pas prvu. Je ne me dfiais ni de son dsir ni de sa
vigueur. En un instant, j'prouvai l'un et l'autre.

Ma surprise les yeux ferms, ma posture terrasse d'avance et surtout
la crainte que j'avais de blesser Teresa au cours de la lutte. Ces
trois causes runies me mirent knock-out avec une rapidit telle que
je n'eus mme pas le temps de me reconnatre.

 Tu vois comme c'est facile de violer un homme ! sourit Teresa.
- Putain ! rptai-je.
- Merci. 

Ce  merci  tait une nouvelle trouvaille. La femme  qui j'avais
vu faire... (mais je ne veux pas rpter ce que j'ai eu tant de peine
 crire en achevant le dernier chapitre), cette femme eut le toupet
de soupirer merci sur un ton qui signifiait :  Vous n'tes pas un
galant homme.  Et moi, j'eus la navet de rougir, de couper court
 mes injures, sans voir assez vite avec quelle prestesse elle avait
renvers les rles.

D'ailleurs, aprs ce mot douloureux qui accusait modestement
l'atteinte faite  sa pudeur, Teresa continua de parler avec la mme
audace de mots. Elle tait nerveuse, mais souriait.

 Ne te plains pas. Tu me baises. Tu me dpucelles. Le con d'une
putain qu'on encule toujours, et qui ne s'est pas enfil une queue
depuis trois mois, tu sais comment a s'appelle ? eh bien ! tu es
dans mon pucelage. Tu ne me diras plus que je ne baise jamais ? Le soir
o je te viole, je te prends par le chat. Es-tu content ? 

Elle restait solidement accouple  moi, mais immobile, et ne me
laissait pas bouger. Une minute lui suffit pour tre certaine qu'elle
m'avait dompt par son contact et que je ne sortirais pas de sa chair.

 Ce que j'ai fait  Charlotte... dit-elle.
- Non ! ne m'en parle pas maintenant !
- Au contraire ! je t'en parle quand tu bandes. J'ai eu tort de le
faire quand tu venais de jouir pour la septime fois et que tu n'avais
plus aucune envie de bander.
- Tu crois que si tu me le proposais maintenant... ? mais c'est absurde !
Plus tu te rends dsirable, et plus cela me rvolte que tu...
- Allons, calme-toi. Le plus grand service que j'aie rendu  mes
filles, c'est de leur faire aimer le mtier de putain. Charlotte
est innocente comme une sainte. Je lui ai fait faire un costume de
religieuse avec la guimpe et le chapelet ; a trompe tout le monde,
et il y a plus de cinquante hommes qui ont cru derrire sa jupe enculer
une carmlite. Eh bien ! avoir une fille pareille et la dresser comme
un chien savant  faire l'amour par le cul en ne se mouillant la
liquette que si on l'appelle salope, tu ne trouves pas que a mrite
un applaudissement ? Et que, pour une fille d'acrobates, je saurais
me dbrouiller au cirque ?
- Tu es un monstre d'habilet ; mais tu l'as rendue folle, ta fille.
- Folle, parce qu'elle se branle du matin au soir sans se cacher ? Si
elle tait raisonnable, elle irait se branler dans les chiottes et se
torcher le foutre au bout des poils avec du papier mousseline ? Tais-toi
donc !... Elle tait excite la nuit dernire, c'est de ta faute,
et quant  ce qui s'est pass... Quoi, enfin ? A-t-elle assez dit
qu'elle voulait qu'on le lui fasse ? Alors, est-ce que je l'ai
viole ?
- Non, mais...
- Et mme si je l'avais viole, est-ce qu'elle en serait morte ?
Je te viole, toi, en ce moment, je te viole, je me fais baiser de
force. Es-tu  plaindre ? 

Pendant toute cette petite scne qui me sembla interminable, Teresa
tait reste vigoureusement immobile sur moi, et moi en elle. Je pensais
 tout autre chose qu' lui rpondre, et, comme  sa dernire
question je n'avais pas dit non tout de suite, elle se dsaccoupla
d'un bond aussi leste que celui sous lequel j'avais succomb. Puis
elle recula nue jusqu'au fond de la pice et rit de mon dsir
qu'elle avait chang en rut sans mme commencer  le satisfaire.

 Pardon, je ne te violerai plus !  dit-elle.

Cette fois, je bondis, moi aussi. Certain de n'avoir pas affaire 
une faible femme, je la matrisai d'une main et lui donnai de toute
ma force une douzaine de coups de poing sur l'paule gauche, avec
d'autant moins de scrupule qu'elle ne cessa pas de rire tant que
dura cette correction.

Aprs, elle me regarda et, d'une voix joueuse, un peu essouffle,
qui la rajeunissait beaucoup, elle me dit :

 Tu es plus gentil quand tu deviens mchant. 

Et du mme ton plein de gaiet, elle ajouta :

 Monsieur bat les femmes ? Si monsieur veut me donner des coups de
fouet sur les fesses pour se redresser la queue, c'est vingt francs
de plus. 

La phrase tait de la plus basse ironie, car je ne laissais voir que
trop l'exaspration de mon dsir.

Nous retombmes sur le lit ; mais Teresa, plus adroite que moi, ne
se laissa pas prendre malgr elle et lutta beaucoup mieux contre ma
virilit qu'elle n'avait fait contre mon poing. Elle continuait de
jouer, elle tait pleine d'entrain et d'une jeunesse extraordinaire :

 Ah ! me dit-elle gaiement. Tu m'as traite de putain et tu
voudrais me baiser ? Mais non, les putains ne baisent pas, elles ont la
chaude-pisse. Laisse-toi faire, joli blond, je serai bien cochonne.
- Bien. Continue ! fis-je en serrant les dents.
- Regarde ! poursuivit-elle, jouant toujours son rle. Regarde comme
j'ai des poils sous le bras : je connais des femmes qui n'en ont pas
autant sur le chat. Veux-tu faire l'amour l-dedans ? Tu jouiras bien !...
Non ? Tu veux que je te donne mes ttons de putain ?
- Encore cette scie !
- Les voil, mes ttons de putain. Mets ta queue entre les deux. Je
les serre... C'est bon ? Es font bien leur mtier, mes ttons de
putain ?... coute, mon bb, tu me donneras cent sous d'avance et
tu me dchargeras sur la figure ! Pas ?
- Prends garde  toi ! Je vais le faire sans te prvenir !
- Tu aimes mieux jouir dans ma bouche ? C'est le mme prix. Et je te
ferai un joli travail avec ma langue autour du ventre. Tu aimes a ? Je
te lcherai les couilles, je te ferai feuille de rose et je te sucerai
la queue aprs. Non ? Tu ne veux pas ? Tu dois avoir de la religion,
toi. Tu as peur de dire  confesse que tu as dcharg dans la bouche
d'une femme. Nous pouvons bien faire autre chose. Veux-tu que je te
branle, petit polisson ? 

Cette dernire proposition mit le comble  ma fureur et  la joie
de Teresa.

 Tu veux que je te tue ?
- Oh ! pour me tuer, c'est plus cher que pour me battre !  fit-elle
en clatant de rire.

Dcid  en finir sur-le-champ, je pris  bras-le-corps Teresa et
voulus lui forcer les cuisses. Srieusement, cette fois, elle me cria :

 Non ! tu ne me baiseras pas !
- Parce que... ? 

Une colre subite lui monta aux yeux. Elle me saisit les bras et se
mit  hurler :

 Parce que chez toi, cette nuit, je ne suis pas une putain,
m'entends-tu ? Quand une femme qui a envie de jouir frotte sa peau
sur un homme qui bande, elle se donne par le trou qu'elle veut ! Et
si j'ai plus de plaisir  me faire enculer et si je veux que tu
m'encules, tu m'enculeras. 

Cette violence de paroles aurait d me faire perdre tout moyen physique
de laisser  Teresa la libert de son choix : mais la diablesse
ne me donna pas le temps de m'intimider ni celui de songer  ce
que j'allais faire. Son habilet de geste et de posture tait un
prodige. Elle me prit par o elle voulait et, pour la seconde fois,
je me trouvai en elle sans savoir comment j'y tais entr.

Aussitt elle reprit sa voix la plus tendre, ses yeux les plus doux et
me dit :

 Ne me joue pas le tour de dcharger !
- C'est tout ce que tu mrites pourtant.
- Voil. Une jolie femme vient lui donner son cul, et tout ce qu'elle
mrite c'est qu'aprs une minute on lui dise : "Fous le camp ! Va te
finir seule."
- Une minute ! il y a une heure que tu me laisses dans l'tat o je
suis !... Je t'attendrai, mais...
- Tu es un amour. 

Puis, sur le mme ton, elle continua en souriant :

 Tu me dgotes.
- Toi aussi.
- Je vais te dire maintenant pourquoi Charlotte et moi...
- Non !
- Si !... Je veux te le dire pendant que j'ai ta queue dans le
derrire. La vrit c'est que... nous tions aussi en chaleur
l'une que l'autre. Mais moi, a se voyait moins. Tu ne l'avais
pas vu ?
- Peut-tre.
- Et maintenant ? 

Je gardai le silence. Alors, tout  coup, changeant de voix par un de
ces crescendos rapides qui annonaient l'explosion de ses brutalits
verbales, elle cria :

 Et maintenant, le vois-tu que je suis en chaleur comme une vache ?
Le vois-tu que je suis venue chez toi pour te violer, que je me suis
foutue  poil, que je me suis laiss traiter de putain, que je me suis
laiss baiser, que je me suis laiss battre et qu'enfin je me la
suis plante o je voulais, ta queue ! et que je me branle dans tes
bras plus que Charlotte, le vois-tu ?... Et le foutre que je te donne,
quand tu en auras plus sur les couilles que dedans, faudra-t-il te dire
que je dcharge ? 

                              IX

Monter une pareille femme est un exercice plus dangereux que de chasser
 courre sur une jument qui devient folle.  tomber de cheval, on ne
risque gure de se casser un bras ou une jambe. Teresa donnait de telles
ruades ou, pour parler plus juste, elle avait la croupe si fougueuse
qu'elle manqua vingt fois de me rompre un membre plus prcieux que
n'est la jambe.

J'eus si peur que je me mis  penser avec une rapidit exceptionnelle,
comme on pense  l'instant de mourir ; et je pensais  tout  la
fois, mme aux dtails les moins urgents, que j'aurais eu le loisir
de mditer le lendemain.

Je me disais :

1. Jamais je n'ai tant souffert mme en dpucelant Mlle X...
par-devant.

2. Elle va m'estropier. Que faire ? La maintenir ? Impossible. Mollir ?
Plus difficile encore.

3. Qu'elle est belle !

4. Que je suis jeune et maladroit ! Je n'ai rien compris  son jeu. La
nuit dernire, j'ai cru qu'elle mimait la passion pour exciter
Charlotte, et sa comdie tait vraie. Ce soir elle vient chez moi,
elle se met nue sur mon lit, et jusqu'au dernier moment je ne sais
ce qu'elle dsire. il faut qu'elle me crie  tue-tte :  Le
vois-tu que je suis en chaleur ?  J'en rougis. Je me sens honteux.

5. Elle fait de moi ce qu'elle veut. Hier, elle m'avait
rvolt. Elle revient ce soir. Je suis rsolu  la mettre  la porte,
et voil comment la scne se termine ! Comment s'achvera la nuit ?

                              *
                             * *

Teresa reprit ses sens trs vite : assez tt pour me retenir o
j'tais en elle. La plupart des amoureuses ont l'instinct de ce
geste et ignorent pourtant que ces minutes o l'on s'attarde sont
celles o leur amour est le mieux partag. Teresa, comme toujours,
savait ce qu'elle faisait.

Elle ne me demanda ni une parole, ni un baiser. Elle vit que je laissais
une distance entre nos bouches. Elle sentit qu'involontairement je ne
caressais pas son corps, mais que je la ttais ; et cela la traitait
de putain mieux que si j'avais rpt le mot. Alors, trop adroite
pour me souffler un imprudent :

 Dis-moi que tu m'aimes !  qui serait tomb  faux, elle parut
accueillir mon geste avec plaisir. Elle ouvrit les cuisses toutes grandes
 ma main qui tait pourtant distraite ; elle frmit du ventre,
elle plissa les yeux et finit par me dire d'une voix aussi confuse
que reconnaissante :

 J'ai inond ton lit, mon amour ! 

Comment un jeune homme n'embrasserait-il pas la femme qui lui parle
ainsi, dans ses bras ? Il faut ne pas coucher avec elle, ou du moins...
ne pas avoir vingt ans. Et la baiser de la bouche  la bouche passe
tellement toutes les autres unions amoureuses que seulement, alors,
Teresa mesura sa force contre moi.

Sre d'elle, dsormais, et ne craignant plus de se voir fermer la
porte, elle sortit de la chambre.

                              *
                             * *

Aprs quelques minutes qui me furent assez longues, elle revint toute
nue, comme elle tait partie. Je la croyais dans la pice voisine et
je ne sus que plus tard qu'elle avait pass ce temps chez elle.

Elle me regarda et, comme cherchant une question au hasard :

 Pourquoi aimes-tu mieux baiser ?  dit-elle.

Je rpondis par taquinerie :

 Parce que les femmes qui ne sont pas toques jouissent en baisant
et que j'aime  faire jouir mon amie avant tout. 

Teresa paraissait d'excellente humeur. Elle se mit  rire au lieu de
se fcher :

 Alors quand tu couches avec une femme phnomne comme moi, la seule
femme des deux hmisphres qui se fasse enfiler par le trou du cul, et
quand tu l'encules, cette femme, et quand tu sens qu'elle dcharge
comme une jument pisse...
- Tu ne pourrais pas t'exprimer avec un peu plus de pudeur ?
- Si, mon chri. Et quand tu sens trs bien que plus tu lui fous
ta queue dans le derrire, plus le foutre de son chat la mouille
par-devant... tu veux bien avoir la bont de...
- De ne pas la baiser ? Sois tranquille, je ne t'en parlerai plus. 

Elle se coucha sur la poitrine, tout prs de moi, et reprit :

 Pour un homme qui ne parle que de baiser, tu n'encules pas mal les
femmes. Qui est-ce qui t'a montr le mouvement ?
- J'ai bien mal appris, dis-je. Cela m'est arriv  quatorze ans
avec une jeune fille de mon ge qui m'a propos cela au fond d'un
jardin en jouant  cache-cache. Elle ne savait pas s'y prendre ni moi
non plus. Ensuite, une douzaine d'autres jeunes filles... Mais tu ne
peux pas savoir pourquoi les soeurs de nos amis sont si maladroites.
- Je ne peux pas savoir ! s'cria Teresa. Penses-tu que je n'ai
jamais vu enculer des jeunes filles du monde ! D'abord, il n'y a pas
moyen de trouver leur cul. Elles sont tout habilles. On s'embarrasse
dans leur pantalon et on manque tout le temps de glisser la queue dans
leur pucelage. Ensuite, il n'y en a pas une sur quatre qui ait seulement
la pense de se faire fiche un coup de burette dans la douille avant de
marcher. Elles donnent leur trou, et voil : on y fourre le bout de la
pine. a les excite et a leur fait un mal de chien. Elles se branlent
vite, vite, pendant qu'on les encule ; mais il ne faut pas bouger,
a leur fait trop de mal et souvent on se dcolle avant d'avoir
joui, ce qui ne les empche pas de recommencer le lendemain avec un
autre. Est-ce vrai ?
- Comment es-tu si bien renseigne ?
- Ah ! qu'est-ce que je ne sais pas l-dessus !... Et alors elles
taient toutes aussi gourdes, tes jeunes filles ?
- Charmantes ; mais un peu gourdes comme tu dis, sauf une qui avait une
grande habitude et qui se laissait faire avec une douceur, une patience...
- Un ange ! dit gaiement Teresa. On la ramonait du haut en bas et elle
ne savait pas donner un coup de cul ? Est-ce a ? Pourquoi ris-tu ? Je
les connais mieux que toi, tes jeunes filles. Et ensuite ? Voyons. Aprs
tes pucelles ?
- Que veux-tu que je te dise ? Des histoires de bordel ? a n'a
aucun intrt.
- Je te demande qui t'a appris.
- Une toute petite danseuse de rien du tout qui marchait pour dix francs,
qui faisait la danse du ventre  Montmartre...
- Et la danse du cul ?
- Mieux que celle du ventre.
- Comment tait-elle ? Brune ?
- Naturellement. Je n'aime pas les blondes. Et son trou du cul ?
- Mais pourquoi es-tu si curieuse ? 

Teresa souple et nue, sans effort, simplement, se mit sur moi : elle se
tenait sur les coudes. Elle ne me touchait que du ventre et des seins.

 Quand tu ne m'encules pas, j'ai besoin que tu me racontes des
histoires de filles encules.
- Pourquoi ?
- Et puis, ne me demande pas toujours pourquoi j'ai le feu au
cul. C'est de ta faute, encore une fois ! 

Je faillis lui rpondre que je n'avais rien fait pour cela ; mais je
me retins et pris cette occasion d'arrter l'interrogatoire.

  ton tour, lui dis-je. Tu avais commenc tes souvenirs d'enfance
et tu t'es arrte  l'ge de sept ans.
- C'est  propos de filles encules que tu me dis a ?
- Oui. 

                              *
                             * *

Elle s'excitait et, comme il lui arrivait en pareil cas, son langage
monta d'un ton.

 C'est vrai que j'ai toujours vu a, une femme avec une queue
dans le derrire.

 Mon dernier souvenir de ce temps-l c'est un djeuner o
il y avait des hommes, des camarades. Aprs, maman et ses trois
soeurs ont jou toutes les quatre  la main chaude avec leurs trous
du cul. Quand elles y avaient une pine dedans, il fallait qu'elles
devinent laquelle. Elles riaient tellement que j'ai vu des hommes
dbander et dculer. Pourtant, ce qu'elles avaient de jolies fesses !

 Quand j'avais sept ans, maman s'est foul l'paule et, comme
elle n'avait plus de souplesse au trapze, elle a quitt le cirque
et ses soeurs et tout.

 Alors elle s'est colle avec une gousse  Marseille, une gousse
qui tait cent fois plus putain qu'elle et qui s'appelait Francine ;
une belle fille, mais putain  sucer un chien pour vingt francs. Nous
couchions toutes les trois ensemble. Francine faisait des michs
l'aprs-midi. Maman ne foutait rien, elle tait son maquereau, elle
lui bouffait le cul toute la nuit et m'excitait  me branler pour me
dvelopper le bouton.

 Aprs un mois de cette vie-l, maman a commenc  faire des michs
par le cul. Elle est mme arrive  sucer pas mai. Et elle a charg
Francine de me dresser. J'allais avoir huit ans ; c'tait l'ge
de me foutre une queue dans le derrire. Maman l'a fait  huit ans,
moi aussi, Charlotte aussi, et Liii six mois plus tt. Plus on s'y
prend jeune, mieux on s'habitue.

 Francine m'a dresse  tout. Elle s'est fait tout faire devant
moi en six semaines par deux petits camarades qu'elle avait et qui
venaient le soir sur elle me donner la leon. J'ai vu Francine baiser
et se faire enculer dans les quarante positions, et sucer, et faire
minette et lcher le cul et tout, je te dis ! La premire femme que
j'ai vu se faire chier dans la bouche c'tait Francine ; j'avais
huit ans. Et pendant mes six semaines de dressage, tout ce qu'on a fait
de foutre dans cette chambre-l, c'est moi qui l'ai bu. Francine en
ramassait dans l'eau du bidet pour me le coller sur la langue. Et quant
au foutre de femme, elle m'en faisait boire avec une cuiller qu'elle
se raclait dans le chat, la garce, quand maman venait lui faire minette.

 Le jour de mes huit ans, un vingt-cinq avril,  six heures, entre
maman et Francine, on m'a montr un paquet ficel o il y avait une
poupe qui disait papa-maman, on m'a fait sucer des bonbons rouges, on
m'a fourr dans le trou du cul plus de vaseline qu'il n'en faudrait
pour enculer une souris... Maman pleurait, Francine tait ple comme un
linge, elle avait peur qu'on ne me crve et qu'on lui foute deux ans
de prison... Et on m'a dpucel le derrire si gentiment qu'une
minute aprs je ne savais pas de quoi j'tais la plus heureuse :
ou de ma poupe, ou de mes bonbons rouges, ou de ma pine dans le cul. 

                              *
                             * *

Teresa dit ces derniers mots avec l'entrain et la jeunesse d'une
gosse ! Elle s'tait redresse sur les deux mains, le dos cambr,
les seins tendus, riant de toutes ses dents :

 J'ai envie de te mordre ! dit-elle sans transition. Qu'est-ce
que tu as cette nuit  bander comme a ?
- Tu es sur moi et tu le demandes ?
- Dis-moi ce qui te fait bander ? Est-ce ma peau ? Mes poils ? Mes
ttons ? Mon cul ? Ma bouche ? Quoi, dis-le.
- Ta peau.
- Mais elle banderait bien dans ma bouche, cette queue-l. Tu me
l'enverrais bien dans la bouche, ton foutre, hein ? Il y a trente-six
heures que je t'ai promis de te sucer, et tu ne me rappelles mme
pas ma promesse.
- Ah ! si tu crois que c'est facile de choisir quand on couche avec
toi !
- C'est que je ne suis pas si putain que tu le penses. Va donc, va au
bordel, tourne la ngresse les quatre pattes en l'air et choisis ton
trou. Elle se fout de toi, la ngresse. Mais moi, tant que j'aurai
envie de jouir, je saurai ce que je veux.
- Et maintenant ?
- Eh bien... Je te sucerai plus tard.
- Vache que tu es ! Je ne te le demande pas, c'est toi qui me le
proposes, et ensuite... 

Je n'eus pas le temps de finir ma phrase. Teresa venait de me faire
entrer en elle selon ses gots. D'une voix tremblante et chaude,
elle se mit  parler :

 Tu l'auras, ma bouche, tu l'auras. Je veux te la donner. C'est
moi qui ai envie de me fourrer ta queue dans la bouche, envie de la sucer,
envie de la tter et d'avoir la bouche pleine de foutre. il y a des
choses que tu ne veux pas faire, mais quand je te dirai : "Pisse ton
foutre dans ma bouche !" tu le feras. Ah ! tu ne me croyais pas aussi
excite que Charlotte et tu vois que je le suis plus qu'elle quand
j'ai ta queue dans le derrire ! Tu l'as crue folle parce qu'elle
t'a demand... Mais moi, je ne suis pas folle ? Je suis chaude, mais
je sais ce que je te dis. coute : moi aussi j'ai envie que tu me...
- Veux-tu te taire !
- Moi aussi. Je te jure sur la tombe de maman que tu peux me le
faire. Je sais que tu ne le feras pas. Mais je ne veux pas que cela te
dgote. Chut ! Je vais jouir, je me branle, tu m'encules, je te
dis tout... Je viens de recommencer avec Charlotte. 

Recommencer quoi ? Je n'osais pas comprendre. Elle continua en
s'exaltant  chaque mot :

 Il y a une heure, quand tu m'as encule dj, je suis rentre
chez moi, j'ai trouv Charlotte avec ses soeurs, je l'ai prise 
part dans une autre chambre et je lui ai dit : "Veux-tu de son
foutre ? J'en ai dans le cul."
- Tais-toi, ne me le dis pas.
- Ta gueule ! cria-t-elle. Je te le dirai. Je lui ai mis mon cul sur la
figure et je lui ai chi ton foutre dans la bouche, et elle l'a bu !
C'est le mme trou du cul qui te serre la queue, le sens-tu, s'il a
du muscle, le sens-tu ? C'est le mme o ta Charlotte vient de fourrer
sa langue pour y chercher la dernire goutte de foutre avec de la...
- Teresa ! Si tu ne te tais pas, je t'trangle ! Jamais je n'ai
dsir une femme autant que je te dsire, et tu dis tout ce qu'il
faut pour que je te trouve ignoble autant que tu es belle.
- Tu bandes... fit-elle.
- J'en suis honteux ! interrompis-je. J'en ferais davantage avec la
ngresse de bordel dont tu me parlais tout  l'heure et je n'aurais
pas d'elle l'horreur que j'ai de toi. 

 ce mot, elle resta immobile et frmissante sur moi - car elle tait
sur moi et la souplesse de son corps lui permettait de se joindre ainsi
par o elle prenait son plaisir.

Et alors, suspendant  la fois par son immobilit sa jouissance avec
la mienne, elle me dit avec triomphe :

 Enfin ! Tu as compris que je ne suis pas ta putain !
- Mais tu es pire !
- Pire ! Tu l'as dit ! Je suis pire ! Mais je suis autre chose. La
putain est celle qui se soumet aux vices des hommes. Moi, je te donne
les miens, je te les apprends, je t'en donne le got.
- Jamais, jamais tu ne me donneras le got de celui-l !
- Ha ! ha ! mais sens donc ce que tu fais ! Tu n'as jamais voulu me
baiser, et voil quatre fois, quatre fois que tu m'encules parce que
je le veux. Alors suis-je ta putain, dis-le, suis-je ta putain ?
- Si tu dis un mot de plus...
- Tu m'entendras ! fit-elle avec ferveur. Engueule-moi ! Bats-moi !
Crache-moi dans la bouche ! Mais je te dfie de dbander ! 

Elle me tenait de toutes ses forces et menaait des dents ce que ses
mains ne tenaient pas. Et j'tais toujours en elle, et elle me tenait
par l comme par les deux poings.

J'aurais pu... mais combien il est difficile d'expliquer  la plupart
des gens la scne passionne qu'ils n'ont pas vcue ! Il est des
hommes qui savent tout et qui ne connaissent pas les premiers lments
de la science amoureuse.

Je partage mes lecteurs en deux groupes. Les uns me reprochent d'avoir
donn auparavant une douzaine de bourrades sur l'paule gauche de
Teresa ; j'ai frapp une femme, ah ! fi !... Ceux-l n'ont jamais
t vraiment aims qui ne savent pas comment les femmes amoureuses se
font battre par l'homme qu'elles aiment, et la volupt qu'elles
trouvent  souffrir par la main qui les caresse, par le bras qui les
treint. Mais l'autre groupe de lecteurs n'a pas encore compris
pourquoi, si j'ai dj battu cette femme, j'hsite  la flanquer,
cette fois, hors de mon lit. C'est que... cela lui aurait fait mal.

Non, vous ne comprenez pas qu'une douzaine de coups de poing assens
sur l'paule d'une amoureuse lui font plus de plaisir que de
souffrance ? Mais que si cette femme lutte avec vous dans une position
telle que l'on soit forc de la prendre par la peau des flancs ou la
chair des seins, l'homme qui vient de la battre ne la bat plus ?

Pourtant, j'avais envie de la tuer, cette femme accroupie sur mon
sexe. Et naturellement, cela ne signifie pas que j'avais cess de la
trouver belle.

Elle s'cria, mais si prs de ma bouche qu'elle la touchait
presque :

 Alors, moi seule je n'aurais pas le droit d'avoir des vices ? Tu
sais qu' huit ans on m'a dpucel le derrire et le reste. Tu
sais que depuis vingt-huit ans, je passe mes jours et mes nuits 
satisfaire les vices des autres, tu voudrais que je jouisse comme une
pouse chrtienne qui se fait enfiler le samedi soir avec sa chemise
sale et qui prie saint Joseph de lui donner un fils et qui ne se lave
pas le cul pendant huit jours, de peur que son moutard ne dgouline ?

 Eh bien, j'ai des vices. Je crois mme que je les ai tous et que
j'en ai invent. a m'a t utile dans ma vie de putain. 

Comme je ne protestais pas contre ce dernier mot, elle prit une expression
froce. La scne tait vraiment extraordinaire, car nous restions
toujours unis par la chair l'un  l'autre, et Teresa m'avait
dfi de lui chapper par l ; et, en effet, je ne pouvais pas mme
la rater.

Un sourire d'elle transforma tout. Cette femme menait le jeu comme
il lui plaisait. Il lui plut de poursuivre en changeant de visage ; et,
de sa voix la plus tendre :

 Est-ce un vice que d'tre heureuse chaque fois que tu m'encules ?
- Oui.
- Tant mieux. Je t'ai avou que j'ai toujours vu enculer des
femmes. Cela me paraissait trop banal. Dis-le que c'est un vice
horrible, et cela m'excitera le trou du cul.
- Salope !
- Est-ce un vice que de me branler encore  trente-six ans ? Fais
donc un article pour stigmatiser les jeunes filles qui se livrent 
l'onanisme et surtout les mres... une mre comme moi qui relve
sa jupe entre le dessert et les liqueurs en disant  ses trois filles :
"Taisez vos gueules pendant que je me branle !"
-  moins que tu ne t'appelles Charlotte.
- Attends. Et une mre a-t-elle du vice quand elle permet  ses filles
de se branler devant elle ? Quand c'est elle-mme qui les a branles
la premire pour leur dgourdir la moniche  l'ge de sept ans ?
Quand elle leur a montr de sa propre main comment une fille se branle
en leur tenant le doigt comme on tient le doigt d'une colire pour
lui apprendre  crire ?
- Si tu n'avais fait que a !
- Ah ! ce n'est pas assez ? Alors est-ce un vice que d'avoir
prostitu mes trois filles, espce de confesseur ? Dis-le-moi pendant
que tu m'encules. (Elle s'nervait de plus en plus.) Maman pleurait
quand on m'a dpucel le derrire. Moi, je me branlais quand j'ai
vendu Charlotte et j'ai eu plus de plaisir  jeter mon foutre qu'
recevoir l'argent. Comprends-tu ? L'argent, je m'en fous. C'est
un vice pour moi que de donner mes filles. Je te les ai plantes sur
la queue toutes les trois et pourtant... 

Elle n'acheva pas la phrase ; mais elle continua de parler et de me
maintenir. Je devenais fou. Jamais je ne m'tais trouv en pareille
situation. Je me rptais malgr moi :  Oh ! ne puis-je savoir si
j'aime ou si je hais ?  Car plus Teresa mettait d'acharnement 
s'avilir et plus, de tout son corps, elle voulait tre belle.

Penchant son visage sur le mien et l'illuminant d'un nouveau sourire :

 Non ! tu ne dculeras pas ! dit-elle, et tu ne jouiras pas. J'ai
plus envie de jouir que ta queue, et je me retiens ; tu te retiendras
jusqu' ce que j'aie fini de parler.
- Tu es si belle ! suppliai-je. Tu n'aurais rien  dire et plus tu
parles, plus...
- Plus je te parle, plus je bande, fit-elle. Regarde mes ttons de
putain, regarde si leurs bouts sont raides, si on ne les foutrait pas
dans le derrire d'une gousse !
- Je t'en prie !
- Tu m'entendras ! Je ne suis pas gousse comme taient maman et
ses soeurs. J'ai couch des centaines et des centaines de gousses,
des blondes, des brunes, des rousses, des chtaines et mme des
ngresses. Je ne suis pas gousse. J'aime mieux la queue. Mais j'ai
un vice. J'ai bien le droit d'avoir un vice, peut-tre ? (Ici, sa
voix devint vibrante.) Cela m'excite de me faire lcher le cul par mes
filles. Je suis trs catholique ; je suis presque dvote. Un cur m'a
dit que c'tait le plus grand pch que je pouvais faire. Depuis que
je le sais, je le fais tous les jours. Mme quand je me branle, il y en
a toujours une qui vient me sucer les poils. Mme quand tu m'encules,
cela m'chauffe d'y penser. Charlotte n'est qu'une gourde,
mais quand j'ai sa langue l, je me dis que c'est ma fille ane,
je dcharge deux fois plus parce que c'est ma fille. 

Elle se tordit et ne put contenir plus longtemps son immobilit
frmissante.

 Les imbciles qui nous enculent l'une sur l'autre s'imaginent
que l'inceste me... Ha ! ha ! ha, c'est pour mon plaisir ! 

Puis, agitant son corps souple avec de longs mouvements de croupe qui
assouvissaient enfin mon dsir interminablement du, elle choisit cet
instant qu'elle avait amen avec tant de patience et d'artifice,
le moment o je ne pouvais plus ni la repousser ni l'interrompre,
et alors, plus ardente encore que je n'tais, mais pourtant moins
gare, elle articula sans lever la voix :

 Mes trois filles sont mon bordel. Je les fiche  poil au salon,
pour moi leur mre. Je fais mon choix, je prends celle qui me tente,
et celle-l devant ses deux soeurs me suce les babines du cul, me lche
la raie des fesses, me fourre la langue dans le derrire, puis revient
me gousser le bouton et avale tout ce que je dcharge. Et je les ai
si bien dresses que je leur chie dans la bouche le foutre des hommes
qui m'enculent. Je t'ai dit que tout  l'heure j'avais pris
Charlotte  part ? Ce n'est pas vrai. J'ai rveill les petites !
Elles ont tout vu ! Et Lili tait jalouse ! Elle est venue me lcher
le cul ensuite parce qu'il y restait une goutte ! 

Je n'en entendis pas davantage. J'tais moralement puis. Ma
fatigue physique dpassa mme toute mesure. Sans doute  la suite
de la longue attente que je venais de subir, et pendant deux minutes,
je restai seul sur mon lit, sans mouvement comme sans pense.

                              X

Quand je rouvris les yeux, Teresa rentrait, toujours nue, et ramenant
avec elle Lili ; une Lili nouvelle pour moi, une Lili en chemise de nuit,
avec une petite natte dans le dos ; une Lili qui dormait debout.

Elle la plia sur un fauteuil comme une poupe et vint me dire 
l'oreille, mais en accentuant chaque syllabe :

 Laisse-moi faire. C'est ma fille. Je l'lve comme je veux. Si
tu m'insultes devant cette gosse de dix ans, ou si tu l'empches
de m'obir, je ne te le pardonnerai jamais. 

Phrases superflues, car je ne pensais  rien. Je me sentais abruti. Je
n'avais aucun dessein, ni bienveillant ni hostile.

Teresa fit lever la petite du fauteuil o elle avait l'air de se
rendormir, et elle l'veilla tout  fait en quelques mots :

 Montre-nous comme tu t'veilles bien quand tu vois un homme. Allons ?
Une ! Deux ! Trois ! On ne dort plus ?
- Non, maman.
- Eh bien ! et qu'est-ce que doit faire une petite fille quand elle
est en chemise devant un monsieur ? 

Comme si on lui rappelait une maxime de la Civilit purile et
honnte, Lili, avec un sourire trs drle, leva sa chemise jusqu'
la ceinture et ouvrit un peu les pattes. Puis elle me sauta au cou et,
gentille, un peu grondeuse :

 Tu en as fait des queues avec Charlotte ! Elle m'a tout dit.
- a ne m'tonne pas d'elle ! fis-je en m'veillant  mon
tour. Elle m'a tout dit moi aussi.
- Je sais comment tu manges tes biscuits.
- Mes biscuits ? Quand je lui en mets un dans le chat avant qu'elle
se branle ? Et quoi encore ? 

Je me tournai vers Teresa :

 On peut lui demander comment elle est ne ?
- Mais oui. Dis comment, Lili. 

Et Lili hsita pourtant. Puis, voyant que je le savais, elle se mit 
rire :

 C'est Charlotte qui est mon papa. Elle m'a faite  maman avec
son cul. 

Mme... (et comme je n'ai jamais vu Lili jeter une gaffe, je pense que
ce fut une malice) elle ajouta vite ce qu'on ne lui demandait gure :

 Dans la famille, c'est comme a qu'on fait les gosses. Maman
vient d'en faire un cette nuit  Charlotte ; mais il prendra pas :
c'tait dans la bouche. 

Lili ne riait point quand elle plaisantait. Devinant que je ne riais
pas non plus, Teresa dit aussitt :

 Est-ce pour avoir l'air d'un petit ange que tu gardes ta liquette,
espce de grenouille mal branle ? Veux-tu m'enlever a et nous
montrer tout ? En voil une tenue pour les taches de foutre ! 

Sans s'mouvoir de l'algarade, le petit ange ta sa chemise et
dit  sa maman :

 Faut-il dfaire ma natte ?
- Non. Viens sur moi. Raconte-nous ce que tu as fait avec lui hier.
- J'ai eu sa queue partout, maman. Par-devant, par-derrire et par la bouche.
- C'est tout ?
- Oui. Je n'ai que trois trous. C'est malheureux que tu ne m'en
aies pas donn quatorze.
- coutez-la... Et qu'est-ce que tu sais faire encore ?
- Ce qu'on veut.
- Dis quoi. 

Lili hsita, soupira... puis, aprs m'avoir regard, elle
rpondit... avec le dcouragement d'une fille qui renonce  lever
sa mre :

 Bien des choses qu'il n'aime pas, maman. J'ai vu a tout
de suite.
- Ah ! tu as vu a ?
- Oui. C'est pas un monsieur qui pisse sur les petites filles ni qui
se fait faire des cochonneries. Il n'aime rien de ce qui est sale et il
aime tout ce qui est bon... Et il n'est pas mchant non plus. C'est
pas un homme  donner le fouet. Mais je sais quelque chose qu'il ne
dira pas non. 

Elle le chuchota dans l'oreille de sa mre avec une grande animation.

 Rpte-le tout haut, fit Teresa. N'aie pas peur. Dis-le comme tu
viens de me le dire. 

Lili baissait les yeux et paria d'un air si gn qu'elle poussait
un soupir entre chaque mot :

 Quand il... Quand il... t'enculera... maman... je te mettrai... je
te mettrai la main dans le chat... et je... je...
- Oh ! petite nigaude ! fit Teresa. Tu lui prendras la queue  travers la
peau du con et tu la lui branleras dans mon cul. En fais-tu des manires
pour si peu de choses ! Et si je le suce ?
- Je lui ferai des langues sous les couilles et feuille de rose.
- Et si je baise ?
- a m'paterait !  dit srieusement Lili.

Teresa eut un clat de rire qui lui secoua les reins et le ventre.

Jusque-l, Lili avait le trac. Si libre avec sa mre et mme avec moi,
elle s'intimidait devant nous parce qu'elle nous voyait ensemble
et qu' nous deux nous formions un public. Le rire de sa mre la
transforma, comme un petit succs imprvu met des ailes  une jeune
actrice.  partir de cet instant, elle eut un autre visage. Teresa,
toujours prompte  lire les physionomies de ses filles, dit tout haut :

 Mademoiselle Lili, venez en scne. Qu'est-ce que c'est ce
costume-l ?
- Un costume complet de petite fille toute nue. C'est maman qui me
l'a fait, comme les vers  soie, en travaillant avec son...
- Et votre cache-sexe, mademoiselle ?
- Oh ! pour ce que j'ai de sexe, madame, a ne vaut pas la peine de
le cacher ! 

Mais Lili devenait drle quand elle prenait de l'aplomb ! Je
l'interrogeai  mon tour :

 Vous voulez que je vous engage, mademoiselle ? Comme danseuse ?
Cantatrice ? Acrobate ? Qu'est-ce que vous savez faire ?
- Sucer la queue du directeur, dit Lili sans hsiter. 

Elle allait bien !... Sur le mme ton tranquille et sans chercher un mot,
elle continua :

 Comme acrobate, je sais un tour de ma grand-mre. Monsieur,
voulez-vous le numro de la fille-serpent ? Avec l'art de trouver
une gousse dans son lit quand on couche toute seule ?
- Oui, dit Teresa. Vas-y.
- Si maman le savait !...  commena Lili.

Et  partir de l, je crus qu'elle rcitait un petit rle appris
par coeur. Je ne connaissais pas encore assez Lili pour imaginer qu'elle
avait compos tout cela elle-mme, avec des bribes de phrases entendues
par hasard et un don naturel de comdienne-enfant.

Elle s'accroupit au pied du lit, les coudes sur les genoux, les pieds
sous les fesses, et dit avec mlancolie :

 Vous voyez devant vous la petite fille martyre dont il a t question
dans les journaux, la plus malheureuse petite fille du monde. On n'a
pas os imprimer pourquoi, tellement c'est pouvantable. J'ai une
mre dnature, monsieur. Que Dieu lui pardonne !
- Tu l'entends ? fit Teresa.
- Il y a des petites filles qu'on bat, qu'on fouette, qu'on
enchane, qu'on martyrise, qu'on fait manger par les punaises et
qu'on prive de nourriture. Mais moi, savez-vous ce qui m'est dfendu
jusqu' ma majorit ? Ah ! monsieur ! personne ne devinerait par
o ma mre me supplicie ! Elle m'a dfendu de rue branler !
- Croirait-on pas que c'est vrai ?  fit encore Teresa.

Lili ne sourcilla point. De la voix lente et rsigne d'une enfant
qui conte ses malheurs sans espoir de consolation, elle continua en
faisant presque avec pudeur ce qu'elle racontait :

 Monsieur, je vous prends  tmoin. Je me branlais sagement comme
a : un doigt dans le cul, un doigt dans la fente et un doigt sur le
petit bouton. Je ne me faisais pas de mal, je vous assure, mais j'ai
eu beau le dire  maman : les grandes personnes, a ne comprend rien.
- Pauvres petites ! soupirai-je avec elle.
- Et a vous lance des mots !... Maman m'a fait jurer que je ne
reprendrais plus jamais la funeste habitude de la "masturbation" !
Un mot pareil en pleine figure ! Sur une petite fille, monsieur !
- Est-il permis !... Et vous ne l'avez jamais reprise, cette funeste
habitude ?
- Non, parce que je n'ai qu'une parole.
- Et vous ne vous tes pas suicide ?
- Non, parce que je m'en foutais comme de mes trois pucelages. Depuis
que je peux plus me branler, je me gousse. 

Instinctivement, Lili laissa tomber cette dernire rplique sans aucun
accent. Elle garda sa voix simple et douce. Dix ans de thtre pour
certaines actrices ne valaient pas dix ans d'existence pour Lili. Je
ne pus m'empcher de dire  l'oreille de Teresa :

 Il faut en faire une comdienne !
- C'est fait, rpondit Teresa. Elle offre de sucer le directeur avant
mme de lui expliquer ce qu'elle peut foutre sur la scne. Qu'est-ce
que tu veux donc lui apprendre de plus ? 

Mais Lili achevait de parler et modulait des mots normes comme une
flte anglique.

 Alors, c'est la faute de ma mre si je ne me branle plus sous
ma chemise de nuit comme une petite fille modle. Au lieu de a, je
passe une heure toute nue  me frotter le cul sur ma petite gueule en
me disant : "Lili, tu ne t'embteras pas quand tu pourras te sucer
du foutre !" Les grandes personnes, monsieur, a ne peut pas savoir
comme a donne de mauvais conseils parce que, heureusement, on ne les
coute jamais ; on ne fait que semblant ; mais quand une fois par hasard
on est assez rosses pour leur obir, alors voil ce qui arrive.
- Dis donc, Lili ! fit Teresa gaiement grondeuse.
- Tu n'es pas l, maman , rpondit Lili qui reprit son rle
aussitt pour annoncer qu'elle allait se taire, parce que son exercice
lui couperait la parole.

 peine avait-elle commenc... qu'elle russit. Elle s'enroula
en boule, les paules touchant le drap du lit, les jambes ouvertes
derrire la tte, les bras croiss sur les reins. Sa motte lui baisa
le menton... et ce dtail ne fut pas d'abord ce dont je fus le plus
curieux. Je regardais son corps si petit dj, si fluet, si court,
si lger, devenir deux fois plus petit, se rduire presque  rien,
comme s'il rentrait dans sa coquille.

Lili prolongeait l'exercice, et quand je voulus commander :  Repos
!  Teresa dit tout le contraire :

 Mieux que a maintenant. Assez de bouton. La langue dans la
fente. Bien. Et voil tout ce que tu sais faire ? Tu peux pas aller plus
loin ?... Regarde si c'est putain, une gosse pareille ! Regarde-moi
cette feuille de rose qu'elle se tourne !... Mieux que a, Lili ! toute
la langue dans le cul !... Regarde ce qu'elle s'en fourre ! Quelle
putain d'enfant !... a va, Lili ! c'est pas mal ! Engage pour
la saison ! 

Lili se releva trs rouge et...

Tous les ducateurs me comprendront : ou bien il ne faut pas permettre
aux petites filles-serpents de se livrer au saphisme sur elles-mmes
devant leur mre et l'amant de leur mre, ou bien, si l'on y
consent, et si elles y renoncent, il faut les en fliciter.

Je m'empressais donc d'offrir  la jeune acrobate les compliments
qui lui taient dus lorsque Teresa nous interrompit :

 Va dans le cabinet de toilette, ma gosse. Ferme la porte, fais-toi
belle, brosse tes poils du cul et reviens quand je t'appellerai. 

Au premier signe, Lili obit de bonne grce. Elle esquissa pourtant
un curieux sourire sur les mots :  Brosse les poils du cul !  Il
me parut vaguement qu'elle se disait en elle-mme :  Moi, si je
voulais bien rpondre, je serais plus spirituelle que a...  Mais
elle sut prouver d'une autre faon qu'elle n'tait pas bte :
elle ne rpondit rien du tout.

                              *
                             * *

La porte referme, il y eut un silence. Teresa ne parlait point, et
bien qu'elle aimt Lili autant ou mme plus que maternellement,
j'aurais t bien naf si j'avais cru qu'elle attendait,
pendant ce troisime entracte, mes compliments pour sa petite fille.

Elle mit son regard sur mes yeux.

Sa main sur mon flanc.

Sa cuisse sur ma cuisse.

Rien de plus. Une minute lui suffit pour obtenir, sans aucun attouchement
direct, le rsultat qu'elle cherchait. Plus las d'esprit que
de corps, j'eus la paresse de ne pas accueillir par une allocution
vibrante la russite instantane de ce magntisme  distance. Je
n'aime pas servir de sujet aux scnes de thaumaturgie ; et du reste,
je commenais  connatre Teresa : je devinais sans peine qu'elle
avait eu dessein d'exciter mes sens, non de les satisfaire.

 Je ne veux plus rien te dire sans que tu bandes ! fit-elle
impitoyablement.
- Vous voyez devant vous, soupirai-je, le jeune homme martyr dont il a
t question dans les journaux.
- Bande et attends ! Fais comme moi. Quand Lili va me gousser, tu verras
si je me retiens.
- Votre religion vous l'ordonne, madame ? Cette forte rsolution est
la consquence d'un voeu ? 

Avec un petit rugissement, elle m'empoigna par... Oh ! j'aime encore
moins ces plaisanteries-l !... Mais ce ne fut qu'une menace. En
quelques mots, elle fit savoir ce qu'elle m'offrait de volupts,
ce qu'elle attendait de ma persvrance, et le rle que jouerait
Lili. Je ne vous le dis pas ; ce n'est point par dissimulation :
c'est parce que vous le lirez  la page suivante. Teresa me donnait
un scnario qui me parut bien long pour un acte.

J'aurais voulu lui exposer que j'avais reu de la Providence, non
pas comme les belles tribades un godmich miraculeux, mais un organe
susceptible de prouver la faiblesse humaine... Elle ne m'couta
plus. Elle cria :

 Lili !
- Chic fit la petite en m'apercevant, c'est pas commenc. Qu'est-ce
qu'on va faire ?
- Trois choses. Viens sur moi. Tu les devineras toute seule. 

Teresa l'aida bien un peu, en la laissant, comme par mgarde, sentir
l'tat de jouissance o elle tait reste. Lili eut un cri de joie :

 Oh ! c'est pour moi tout a ?
- Et ensuite ? Qu'est-ce que tu n'as pas eu aujourd'hui petite
gousse ?
- Une pine dans le cul. Mais j'osais pas demander celle-l.
- On va te la prter. Tu me la rendras. Et aprs, qu'est-ce que tu
nous feras ?
- La main par-dedans. 

Preste et plus serpent que jamais, Lili glissa le long du corps et
ce fourra la figure entre les cuisses de sa mre. La petite tte
disparut dans ces longs poils noirs o ma main s'tait plusieurs
fois perdue. Teresa m'treignit en se tordant une paule, mais resta
couche par le bas, car elle avait la taille souple...

Et il fallut l'entendre. Elle voulait parler. Elle me dit ces choses
inimaginables dans un murmure gal, ardent, coup de sourires :

 Chut ! coute-moi bien. Je suis calme  prsent ; tu me
croiras. Le voil, mon vice. Le voil, mon bonheur. Je suis alle
dans mon bordel. J'ai pris au choix la petite putain que je voulais. Tu
peux l'appeler putain, celle-l, comme Charlotte. Moi seule, tu n'as
pas le droit de m'appeler putain.

 Et quelle putain ! Elle n'est mme pas ma gousse ; elle ne m'a pas
fait jouir ; elle vient lcher le foutre que j'ai fait pour toi. Hier,
c'tait la mme scne et ce n'tait pas la mme putain. J'ai
dcharg pour ta queue dans la bouche de Charlotte, pour ta queue ! ta
queue ! ta queue ! et tu ne l'as pas compris, puceau ! 

Que ce dernier mot fut adroit ! Elle sentit que je ne la suivais point,
que Lili m'avait amus, que je pensais trop  Lili ; et, d'un mot,
elle changea la source de ma mauvaise humeur en m'exasprant pour la
troisime fois par ce nom de puceau. Cela dit, elle me ferma la bouche,
doubla ses violences de langage et mit un tremblement dans son murmure :

 Pas une mre n'a fait boire autant de lait  ses filles que je leur
ai fait boire de foutre. Celle-ci a dix ans, elle me tte encore. Pas
mes ttons ! mes ttons, je te les donne pour te chauffer les mains,
te caresser les couilles, te serrer la queue ! Si j'avais du lait dans
mes ttons, je te le donnerais  toi, pas  elle. Regarde-la sucer,
comme un petit chat qui tte sous le ventre d'une chatte ! Elle
n'a que dix ans ! Combien d'annes aurai-je encore sa langue dans
le cul ? Charlotte nie tte le foutre depuis vingt ans et elle n'est
pas sevre.
- Crois-tu qu'il y ait une mre plus infme que toi, chuchotai-je
 mon tour.
- Dis-moi a, tu m'excites. Je coule. Plus tu me le diras, plus ma
fille aura de foutre  boire...
- Est-ce que tu vas jouir, infamie ?
- Non. Elle lche tes restes, ma petite putain. J'tais inonde. Elle
n'a pas fini ! Alors je suis une mre si infme que a ? Tu es sr
? Il y en a tant d'autres !
- Les autres ont l'excuse de cder aux vices des hommes ; mais les
scnes d'inceste que tu viens de faire chez moi, malgr moi...
- Je suis pire qu'une putain, je sais.
- Cent fois pire ! Tu es effrayante ! Tu es pire que les putains, les
gousses, les maquerelles, pire que les michs eux-mmes. 

Ici, Lili releva la tte et, sans avoir rien entendu de notre murmure,
elle dit :

 Non, mais qu'est-ce que tu as, maman ? Plus j'en suce et plus il
en coule.
- Stop ! Lili ! fit Teresa qui se ressaisit avec effort. Joue  autre
chose. Fourre-toi du savon dans le derrire, essuie-toi la rigole des
fesses et reviens t'asseoir l-dessus. 

Le ciel ne m'a pas donn un temprament de voyageur. Aussi ne fus-je
pas fch quand Teresa me lcha la bride aprs m'avoir maintenu
par ses enchantements dans l'tat que vous savez. Je l'avoue mme
 ces moralistes que je dsespre de flchir et qui vont encore me
reprocher la scne suivante. J'tais content d'en finir.

Mais, comme une fois dj, Mlle Lili avait commis  mon gard
un outrage  la pudeur en venant  s'asseoir l-dessus  selon
l'expression de sa mre : je la fis changer de posture. D'ailleurs,
le me sentais las d'tre couch.

Sans me mettre en frais d'imagination, je plaai la petite debout
sur un tabouret, au bord du lit, le corps inclin en avant. Dans les
histoires vritables, les postures sont toujours plus simples que dans
les romans.

 Tiens-toi bien ! fit Teresa. Tu as l'air d'une petite marchande
de violettes qui monte sur son panier pour se faire enculer dans les
chiottes d'un bistro.
- Et pour avoir l'air d'une petite princesse, comment faut-il se
faire enculer ?  dit Lili.

Elle s'y prit comme une enfant sage et redevint srieuse  l'instant.

Tournant la tte du ct o sa mre ne la voyait pas, elle me
regarda par-dessus l'paule avec une gentille expression des yeux
et un petit baiser  peine dessin. Cela signifiait :  Je ne te dis
rien parce que maman est l.  Mon regard lui rpondit que nous nous
comprenions ; mais ce fut avec le mme mystre, car plus les petites
filles sont petites, plus les grands secrets sont grands.

Notre dialogue silencieux fut bientt, ainsi qu'on le pense, interrompu
par Teresa qui ne dissimulait plus son excitation.

Teresa me lana un sourire o je crus voir de la frocit, un sourire
des dents plutt que des lvres, et elle me dit  l'oreille :

 Te prostituer ma fille  dix ans, par le cul, ce n'est rien ! e
qui m'chauffe c'est de lui retirer ta queue et de... coute !
coute ! 

Elle vint se coucher prs de moi sur le flanc, au milieu du lit :

 Ta langue, ma Lili, dit-elle. Lche-moi le trou. Mouille-le
bien. carte les poils. Prends la queue maintenant, ma gosse. Encule-moi
toi-mme. Et dis ce que c'est qu'une petite fille qui fait enculer
sa mre. Dis-le. 

Lili trouva deux rponses. Elle me chuchota dans un souffle :

 C'est une enfant de putain. 

Et tout haut,  Teresa :

 On voit bien que c'est une petite fille qu'on a faite avec le
cul. 

La premire rponse m'amusa si fort que je faillis oublier mon rle
et manquer mon entre, malgr les bons soins de Lili rgisseuse.

Teresa n'entendit, je crois, ni la premire ni la seconde. Comme elle
me tournait le dos, elle ne vit mme pas mon rire drob ; mais elle
parla de telle sorte que mon envie de rire s'teignit. Elle vomissait
des mots. Elle devenait terrible. Devant une petite fille  un peu
putain  sans doute, mais drle et fine, devant une enfant trop jeune
pour comprendre le dlire des sens, il me sembla que ce dbordement
d'obscnits tait inutile... Teresa s'y vautrait. Elle voulut
forcer tout ce qu'elle avait dit devant Charlotte, comme si la frle
enfance de sa plus jeune fille la surexcitait  l'audace.

Lili, attentive, pas intimide, mais pourtant silencieuse, fit alors
son dernier exercice.

Sa petite main, allonge en fuseau, put s'introduire tout entire
dans le sexe de Teresa qui n'tait pas large. L, peu  peu, la
petite main adroite s'ouvrit, effleura, parut voleter, puis saisit
fermement  travers la muqueuse le membre qui ne pouvait lui chapper.

Je ne crains pas d'affirmer que, jusqu' cette heure de ma vie,
je n'avais jamais accept les complaisances de la main. Elles me
semblent un peu ridicules, et vraiment indsirables. Mais l'exercice
de Lili tait de la plus haute cole. J'en restai muet d'admiration.

Plt aux dieux que Teresa ft reste muette elle aussi ! Elle ne
cessait de crier :  Ah ! quelle putain de gosse ! quelle tireuse
de foutre ! Ah ! tourne-toi, ma fille, viens que je branle ton cul,
saloperie !  et cent autres phrases de la mme couleur. Cela
m'tourdissait. J'en avais un pli entre les sourcils. Quand une
acrobate fait son tour de force, l'orchestre s'arrte. Le tour
suprme de Lili mritait un peu de silence. L'inceste mme ne venait
s'y ajouter que pour le plaisir de Teresa. Je n'en serais pass.

Jouir d'une trs belle femme par la voie italienne qu'elle prfre
avec ardeur ; et sentir tout  coup au fond de ses entrailles une petite
main douce mais tenace, qui vous prend, qui vous serre, vous palpe, vous
caresse... Vraiment, si vous n'avez jamais prouv cela, croyez bien
qu'il est superflu d'ajouter une ide morale telle que l'inceste
 une sensation physique aussi intense par elle-mme, quand on sait
rgler ses dsirs, modrer ses passions, vivre content de peu.

                              XI

Par quel hasard renouvel rencontrai-je Mauricette une seconde fois
dans l'escalier,  deux marches de ma porte ? Je ne sais, mais je
n'en fus qu' peine surpris. Ces sortes de hasards se renouvellent
plus souvent qu'ils ne varient.

Muette et boudeuse, elle dtourna la tte quand je l'embrassai ;
puis elle me suivit librement chez moi. Oh ! pour me faire une scne
! Je m'y attendais bien, j'tais en effet inexcusable : je l'avais
aborde la premire ; elle s'tait donne ; elle m'avait envoy
elle-mme sa mre et ses soeurs par esprit de famille mais depuis deux
jours je l'oubliais, elle, Ricette,  qui je devais tout. Les hommes
sont des monstres : qu'allait-elle me dire !

J'avais des remords. J'en eus mme davantage une minute aprs ;
car Ricette me parut plus jolie que l'avant-veille, et nos remords sont
trs sensibles aux fluctuations de nos tendresses. Qu'allait-elle
me dire ! Je prparais en hte quelques rponses aux reproches que
j'attendais ; mais si j'avais prvu quelque phrase, ce n'tait
certes pas celle que Ricette avait sur les lvres :

 Tu vas me dpuceler , dit-elle  mi-voix.

Il ne manquait plus que cela ! Et comme malgr moi ma physionomie
montrait plus de stupfaction que d'empressement, Ricette n'attendit
mme pas la rponse :

 Ah ! bien ! fit-elle. Tu es gentil !... Je t'ai montr mon pucelage
avant-hier, tu peux le prendre aujourd'hui ; et tu n'en veux pas ? 

Je la pris sur mes genoux, elle se laissa faire et, avant que j'eusse
dit un mot, elle continua :

 Quel drle de caractre ! tu fais toujours le contraire de ce
qu'on te demande ! Pendant trois heures, Charlotte t'a suppli de
l'appeler putain ; a l'excite quand elle va jouir : et tu n'as
pas voulu ; elle nous a dit qu'elle n'avait jamais vu un homme aussi
entt. Mais le lendemain, c'est maman que tu as appele dix fois
putain parce qu'elle n'aime pas a. Es-tu rosse !
- Non. Pas rosse du tout.
- Oh !... Et c'est pas fini !... Tu sais que maman et Charlotte ont
le got de se faire enculer. Alors tu leur as dit que tu n'aimais
qu'une chose, c'tait de baiser. Mais moi j'ai un pucelage 
vendre, je te le donne...
- Tu es un amour !
- Va donc ! Quand Charlotte en veut par-derrire, tu lui en demandes
par-devant et moi, quand je me donne par-devant, tu ne me prends pas. 

Je poussai un profond soupir. tre oblig de s'expliquer longuement
et savoir d'avance qu'on ne sera pas compris est une pnible
situation. Je renonai donc aux arguments les meilleurs pour ne retenir
que ceux dont Mauricette pouvait sentir la raison :

 coute-moi. Tu as quatorze ans et demi ?
- Oui, et je peux baiser puisqu'on m'encule.
- Bien. On peut te dpuceler ; mais tu sais qu' ton ge a te
fera beaucoup plus de mal par-devant que par-derrire ?
- a m'est gal, fit-elle tendrement.
- Et tu sais que a me fera mal  moi aussi ?
- a, je m'en fous encore plus ! dit-elle avec gaiet.
- Et qu'est-ce qui arrivera le soir ? Comme vous tes gousses
toutes les quatre, ta mre et tes soeurs verront le soir mme que
ton pucelage est enfonc. Ta mre sera furieuse. Nous serons tous
brouills  mort. Et que nous restera-t-il de tout cela ? Le souvenir
d'une demi-heure o nous aurons eu, toi et moi, beaucoup plus de mal
que de plaisir. Et pendant que je te regretterai, tu baiseras avec les
autres. Faisons le contraire. Laisse-toi dpuceler par quelqu'un,
et ensuite nous baiserons tant que tu voudras. 

Mauricette demeura songeuse. Je sus plus tard qu'elle avait failli
me dire :  Pourquoi a vaut-il deux mille francs situ n'en veux
pas pour rien ?  Mais elle garda le silence et, pendant qu'elle
rflchissait, il me vint une ide qui, heureusement, finit par
la sduire.

 Pourquoi ne me donnes-tu pas ton autre pucelage ? Lequel ?  fit-elle
avec stupeur.

Elle ne comprenait pas du tout. Comme elle tait toujours sur mes genoux
je la serrai contre moi et je lui dis plus bas :

 Voyons. Je ne te gronderai pas devant tes soeurs ; mais personne ne
nous entend. Est-ce que tu n'es pas honteuse,  ton ge, de ne pas
encore savoir sucer ? 

Oh ! si elle tait honteuse ! Elle devint rouge comme une enfant 
qui son confesseur reproche un pch mortel.

 Comment, tu vas avoir quinze ans et tu ne sais pas !
- Ah ! si je te racontais...
- Oui ; mais c'est de l'enfantillage. Il faut te gurir de
a. Veux-tu essayer ? Veux-tu essayer toute seule avec moi ? 

Elle me mit les bras autour du cou et, cachant sa tte confuse entre
ma joue et mon paule, rpondit :

 Oui, je veux bien essayer avec toi. 

 peine avait-elle accept ma proposition que je regrettai de la lui
avoir faite.  Comment ! me disais-je, voil une gosse que je refuse de
dpuceler pour ne pas la faire saigner et je lui offre cela en change
quand je sais que cela lui donne le haut-le-coeur ? Mais, enfin, si
elle vomit ?... Ainsi, je ne veux pas lui laisser le souvenir d'une
souffrance et je risque de lui laisser le souvenir d'une nause ? Ce
sera gai pour elle et moi si l'exprience finit ainsi ! 

Ces tristes rflexions se dissiprent lentement. Je trouvais ide
plaisante de donner une leon  une fille de Teresa. Et puis, la
difficult mme de la tentative m'attirait. J'esprais un peu
qu'avec moi ce ne serait point comme avec les autres ; nul ne se confond
avec la foule ; et puisqu'il fallait bien qu'un jour Mauricette
apprt  sucer, pourquoi ne serait-ce pas moi qui lui en donnerais le
got ? Oui ; je disais  le got , je ne doutais de rien.

Mauricette revint nue du cabinet de toilette et elle m'enhardit ds
le premier mot :

 Je sens que a ira bien. 

Elle ajouta malheureusement :

 Ousqu'on peut cracher ?
- Cracher ? Mais a ne se crache pas ! En voil des principes ! Comment,
tu sors d'un pensionnat o l'on t'a leve avec des petites
filles du monde et elles ne t'ont pas dit qu'elles avalent ?
- Oh ! si ! elles me l'ont dit ! et Dieu sait ce qu'elles
n'avaleraient pas ! J'en ai vu qui auraient appris des choses 
Lili. Mais moi, je ne suis pas du monde, je ferai comme au bordel,
je cracherai.
- Vous avalerez, mademoiselle, et tout de suite, au lieu de garder a
dans la bouche pendant trois minutes jusqu' ce que vous ayez fini
de tter ; comprenez-vous ? On vous a bien mal leve dans votre
famille. 

Sans rpondre, elle se jeta sur moi et me dit lvre  lvre, d'une
voix plus chaude :

 C'est vrai que tu vas me dcharger dans la bouche ?... Alors
donne-moi ta langue d'abord. Et jure que tu me donneras encore ta langue
aprs... Moi aussi je vais te jurer quelque chose : jamais je n'ai bu
du foutre d'homme, jamais !... Alors si je te rate, tu ne m'en voudras
pas pour a, dis ?... Et si je russis, tu ne vas pas t'imaginer
que je t'aime ! Je t'aime pas du tout, du tout, du tout ! 

Sur ces derniers mots, elle me donna le baiser le plus gentil que
j'eusse encore reu de toute cette famille si diverse en natures et
en caractres. Je pensai  un vers de Clment Marot... mais je n'eus
pas le loisir de rver. Mauricette s'tait dj mise au travail.

 Oh ! tout simplement ! lui dis-je. Tu t'y prends comme avec une
gousse. Nous n'en sommes pas au cours suprieur. Ne t'occupe donc pas
de me faire plaisir. El ne s'agit que de toi en ce moment. Ce que j'ai
sous les yeux, ce n'est pas un jeune une satyre qui s'abandonne  la
lubricit... Non. Pas a du tout. Je ne vois rien qu'une dlicieuse
petite Ricette qui est jolie et timide comme une biche au bois et qui
va me dire : "Ce n'est que a ?" quand elle aura fini.
- Mais tu me prviendras ?
- Chut ! Quand on suce on ne parie pas. Premier principe : ne pas rouvrir
la bouche pour demander au monsieur des nouvelles de sa grand-mre. Et
puis, on ne rit pas non quand on suce.
- Mais c'est toi qui...
- Chut ! Continue. Je te prviendrai. Veux-tu que je me presse ? Oui ?
C'est facile. Presse-toi aussi. Et rappelle-toi ce est convenu :
tu avales tout de suite, tu dis que c'est bon et tu en redemandes...
Ricette chrie ! je suis si bien dans ta bouche ! 

Cette dernire phrase lui lit un plaisir que j'aurais d prvoir et
la piqua au zle. Les flicitations qui nous flattent le plus, sont
celles que l'on adresse aux talents que nous possdons le moins. Et
puis, les jeunes tilles qui n'ont pas l'habitude de sucer font cela
tout  fait comme elles dont l'amour : elles ont donc besoin de se
monter jusqu' un certain degr de passion.

Je continuai sur le mme ton. En quelques mots. Ricette se laissa 
monter  au point o il fallait qu'elle ft... Je la prvins...
Elle frmit, ferma les yeux, plit comme si elle accomplissait
une prouesse en face du danger... et quand elle eut fini, elle resta
stupfaite, assise sur les talons, la bouche ouverte... Hbte. elle
me regardait. Je lui tendis les bras. Elle s'y jeta, toute fire et
surprise et honteuse et tendre et si mue surtout que je sentais battre
son coeur  travers son sein gauche.

 Je l'ai fait, dit-elle. Ce n'est pas possible ! Moi qui n'avais
jamais pu ! Et j'ai tout aval, mais tout ! comme tu m'as dit. Je
n'en reviens pas.
- Et ce n'est pas si mauvais, voyons ? Il y a tant de jeunes filles
qui aiment a !
- Je ne sais pas si c'est bon ou mauvais, dit-elle d'un air encore
rveur. Mais a m'a fait plaisir. Parce que tu jouissais. 

Et comme je l'embrassais pour ce mot, elle reprit tout incline :

 Et puis... et puis... crois-tu que ton foutre est comme le foutre
des autres ?
- Mais oui.
- C'est pas vrai.
- Si.
- Non. 

Elle rva encore et dit en croisant les mains :

 C'est maman qui va tre pate ! Elle ne voudra jamais le croire.
- Comment faire ?
- On recommencera ! s'cria Ricette. On recommencera devant elle ! 

Ce mot valait une rcompense ; nous en emes l'ide tous deux 
la fois ; mais Ricette parla la premire, et j'tais  cent lieues
d'imaginer ce qu'elle allait me demander.

Toujours les bras  mon cou, elle me dit mollement :

 J'ai envie de quelque chose. Dis oui.
- Je dis oui. Qu'est-ce que c'est ?
- Tu vas tre bien attrap. Je sais que tu n'aimes pas a mais tu
as dit oui d'avance. Et j'en ai envie.
- Envie de quoi ? 

Elle prit un temps comme une jeune actrice ; puis elle me dit 
l'oreille tout haut malgr elle, avec un rire qui faisait trembler
ses mots :

 J'ai envie de me branler.
- Petite horreur ! et tu crois que je vais te laisser faire ? Demande-moi
n'importe quoi, mais...
- Rien du tout. Plus tard. Tu m'as rpondu oui d'avance, et puis
tu le sais bien que j'en ai l'habitude. Je te l'ai dit avant hier.
- Alors, tu es comme Charlotte ? Quand tu as envie de te branler, tu te
branles ? Mme devant un homme ?
- Surtout.
- Et on ne peut rien t'offrir  la place ?
- Tout  l'heure, supplia-t-elle. a n'empche rien. 

Vraiment, c'tait le vice de la famille ; mais je ne pouvais m'y
accoutumer et je ressentais une sorte de jalousie  voir cette petite
qui prenait son plaisir elle-mme. Elle se touchait  peine, avec
lenteur et sans secousses du doigt. Au dbut, voyant que je cdais,
elle devint taquine.

 Regarde mon pucelage, regarde ! dit-elle en ouvrant les cuisses.
- Veux-tu bien finir ?
- Il faut bien que je le branle puisque tu ne le prends pas. 

Cette plaisanterie me mit en fureur ; mais Mauricette gardait un si
gentil visage que je m'efforais de plaisanter aussi.

 Mademoiselle, est-ce que vous avez aussi l'habitude de la
flagellation ?
- Oui, monsieur, comme ma soeur Charlotte.
- Alors, allez donc chercher le martinet. Ce que vous venez de dire l,
a vaut bien trente coups de fouet sur les fesses.
- Oh ! et quand je serai en sang, tu m'enculeras, dis ? dit-elle en
riant. Penses-tu que je te prenne pour un homme  me fouetter ?
- Tu sais que je ne veux pas te dpuceler parce que je ne te reverrais
plus et tu viens me branler ton pucelage sous le nez comme si je
n'tais pas capable de le prendre ! Tu trouves que a ne vaut pas
le fouet ? 

Il tait dit qu'avec les quatre femmes de cette famille, j'irais de
surprise en surprise. Mauricette devint srieuse et me dit simplement :

 Donne-le-moi. 

Puis elle eut une petite crise qui rappelait  un moindre degr celles
de Charlotte et de Teresa. Toute tremblante dans mes bras, elle reprit :

 J'ai envie que tu me fasses du mal.
-  toi, ma chrie ?  toi qui as quatorze ans et qui viens toute
nue dans mon lit ? mais je serais un monstre !
- Tu m'en as dj fait sans le savoir. Avant-hier, je n'ai mouill
qu'avec ma salive quand tu m'as encule. C'tait bon. C'tait
comme si tu m'corchais par-derrire, et plus je souffrais plus je
me branlais.
- Comment, tu es si vicieuse que a ?
- Non ; mais j'ai envie que tu me fasses du mal pendant que je me
branle, rpta-t-elle en allongeant les yeux et en se mordant la lvre.
- C'est ton plaisir ?
- Prends-moi le bout des seins entre tes dents et serre ! je te le
donnerai, mon pucelage de devant pour que tu me fasses mal avec ta
queue, pour que tu le crves et qu'il y ait du sang. Maintenant que
j'ai bu ton foutre, je suis  toi. Serre-moi dans tes bras, je vais
jouir. Serre-moi de toutes tes forces. Casse-moi... 

Dcidment, pensai-je  part moi, Lili est la seule raisonnable. Les
trois autres sont toques.

                              *
                             * *

Pourtant, je commenais  comprendre pourquoi Charlotte m'avait dit :
 Cette gosse-l nous dgotera toutes les trois.  Charlotte  vingt
ans tait encore presque enfantine. Mauricette  quatorze ans tait
femme. Autant la soeur ane avait l'esprit lent, autant la seconde
avait les sens prcoces, la chair prompte et l'instinct du vice.

On ne pouvait savoir encore ce que deviendrait Liii  la pubert. Mais
cette anne-l, ce jour-l, c'tait Mauricette qui me rappelait
sa mre de plus prs.

Je voulais la faire parler et je lui dis un mot dont j'ai honte comme
d'un crime. Il n'est pas de plus jolis vers latins que ceux o
Tibulle sourit aux mensonges amoureux. Et je ne puis sourire  ceux que
j'ai faits. Ceci est une confession. Je dis tout ; mais j'aurais plus
de plaisir  inventer un conte o je me donnerais (et si facilement
!) un rle toujours sympathique.

Concevez l'ge de Mauricette, sa prcocit, son ardeur... Imaginez
par-dessus tout le sentiment illimit qu'elle devait avoir de son
sacrifice ! et combien... Mais pourquoi vous le dire ? Vous ne m'avez
dj que trop condamn ! J'aimais bien Mauricette : je ne l'aimais
pas comme on aime ; et, pour la faire parier, sans autre motif, je lui
dis sur les lvres :  Je t'adore.
- Je t'adore aussi , murmura-telle, sans savoir qu'elle rptait
presque la rponse de Mlisande.

Et comme il tait ais de le prvoir, elle paria ; mais tout de suite,
sans transition. Mauricette avait des crescendos brusques semblables 
ceux de Teresa :

 Tu ne m'as pas crue ? Eh bien ! tu le verras ! Tu me dchireras
les fesses  coups de fouet et tu m'enculeras dans mon sang !
- Moi, je te ferai cela !
- Oui, tu me le feras si tu m'aimes. Je viens de faire pour toi ce que
je n'avais jamais fait pour personne. J'ai aval ton foutre... Tu
n'as jamais fouett une gosse ? Tant mieux ! Tu as horreur de a ?
Tant mieux ! Moi aussi, je t'apprendrai quelque chose ! 

Pas une seconde je n'eus la pense d'y consentir ; mais au lieu de
rpondre, j'interrogeai :

 Comment as-tu ce got  ton ge ?
- Parce que je suis la fille de maman.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Que tu lui ressembles par le sang ? Ou
qu'elle t'a...
- Qu'elle m'a dresse ? Dis-le donc ! C'est son mot. Oui, elle
m'a dresse comme un chien savant. Et j'aime a. Je voudrais en
faire autant qu'elle.
- Comment s'y est-elle prise ?
- Oh, a n'a pas t long ! Comme elle a le mme got, elle
a vu tout de suite que moi aussi... Alors, comme on fait au cirque,
elle m'a exerce tous les jours avant de... Enfin, tu sais bien
la manire de dresser les chiens ; ils font leurs tours avant de
manger ; moi, c'tait avant de jouir. Et peu  peu maman a vu
jusqu'o... jusqu'o je pouvais aller... 

Je haussai les sourcils. Elle hsita et, de cette voix voluptueuse que
prennent parfois les trs jeunes filles :

 Tu veux que je te dise ? a m'excite presque autant d'y penser
prs de toi que si tu me le faisais.
- Et moi, j'aime cent fois mieux t'couter que te battre.
- Me battre ? Si ce n'tait que a ! Tu ne connais pas maman ! 

Et, en phrases dfinitives, elle trancha sa famille comme il suit :

 Je ne peux pas faire comprendre  Lili que maman n'est pas une
putain. Mais toi, je pense que tu l'as vu ? Charlotte est une bonne
fille. Lili est une putain ; c'est la seule putain de nous quatre. Et
maman est un mich. Quand elle donne une sance avec une de nous devant
un client, c'est maman qui bande, c'est maman qui jouit... Et je
suis comme maman ! ajouta Ricette. Moi aussi, je suis un mich et quand
j'ai reu ton foutre dans la bouche...
- Oh ! alors... Et tu vas me donner une bague ?
- Oui ! une bague toute neuve : mon pucelage de devant. 

Par la promptitude et la souplesse de sa repartie, elle tait remonte
d'un bond au point d'o ma stupide plaisanterie avait failli la jeter
 terre. Et, vite, elle reprit son rcit avec le mme accent de joie :

 Tu le sauras comment elle s'y est prise, maman, quand elle a vu
que... enfin que j'aimais a. Elle m'a dit : "c'est simple
comme tout, nous verrons jusqu'o tu peux avoir mal sans que a
t'empche de jouir."
- Simple comme tout ! rptai-je. Et c'est elle-mme qui te faisait
mal ?
- Naturellement, dit-elle en toute innocence. Et elle m'en a fait plus
que les autres, tu penses bien.
- Comprends pas.
- Voyons ! Charlotte ne t'a pas dit que personne au monde ne fait
minette ni ne branle une fille comme maman ? Alors, quand c'tait
maman, elle pouvait me martyriser et elle me faisait jouir quand mme.
- Te martyriser ?
- Et comment ! Charlotte pleurait tout de suite et sortait de la
chambre. Elle ne pouvait pas voir a. Mais moi je ne pleurais jamais,
je serrais les dents pour ne pas crier... Ah ! tu ne sais gure ce que
tu vas entendre !... Regarde mes nichons. On n'y voit rien ?
- Je l'espre.
- Parce que les aiguilles taient flambes.
- Les aiguilles ?
- En me branlant comme elle branle et en s'arrtant vingt fois quand
j'tais sur le point de jouir, maman a t jusqu' me planter
trente-deux aiguilles dans les seins ! trente-deux ! avant que je lui
dise : "je ne peux plus !"
- Ta mre ?
- Ce n'est rien. Regarde encore mon pucelage. Il n'a pas de
marques non plus ? tu vois si elle sait s'y prendre ? Eh bien, l, 
l'endroit o c'est le plus sensible, elle m'arrachait les poils par
touffes de quatre et a me faisait plus de mal que les aiguilles... Mais
surtout, ce que Charlotte ne pouvait pas voir, c'tait quand maman
s'arrtait de me faire minette pour me mordre.
- Mordre ton pucelage ?
- Oui. Les lvres. Oh ! ce que a fait mal ! Les dernires fois,
elle les a mordues jusqu'au sang et alors... 

Ricette me jeta les bras autour du cou comme pour s'excuser elle-mme
et, aprs quelque silence, elle dit :

 Oh ! quoi ! tu la connais, maman ! Je te l'ai dit, c'est pas une
putain, c'est un mich. Pendant qu'elle me suait le sang, elle
tait comme folle, elle aurait eu besoin de Charlotte qui s'tait
sauve... alors maman se branlait en serrant les dents, et j'avais
encore plus de peur que de mal ; je me disais : "Quand elle va
dcharger, elle arrachera le morceau !"... Oh ! et puis flte ! je
t'en ai dit assez, puisque tu ne comprends pas ces choses-l.
- Pas assez, si tu veux que je comprenne. Donc, ta mre t'a enseign
l'art de jouir pendant que tu souffres et elle te l'a si bien appris
que maintenant tu as besoin de souffrir pendant que tu jouis ?
- C'est a. Tiens, je vais te dire encore quelque chose. Sais-tu
comment je me branle  table ?
- Tu te branles  table ?
- Comme si tu ne savais pas que nous nous branlons toutes aprs le
djeuner ! Mais moi... Tu vas voir si j'aime  souffrir en jouissant !...
Je me barbouille le bouton avec de la moutarde et je me branle 
travers. Et s'il y a de la salade de piment, j'y mets de la salade
de piment. 

Mais elle tait enrage ! Mais c'tait la pire des trois !

Je posai une dernire question :

 Et qu'est-ce que tu te laisses faire par les hommes ?
- Oh ! pas ce que m'a fait maman ! Avec les hommes, rien que le fouet
et les verges. 

Elle allait sourire, mais baissa les yeux et prit une expression plus triste :

 Pauvre Charlotte !... Si tu nous voyais l'une prs de l'autre
dans ces moments-l !... Moi, je m'excite, je tends les fesses. Elle,
au premier coup de fouet elle pleure ; alors, comme je l'aime bien je
ne peux plus... Et on ne nous prend plus gure ensemble... Mais on me
prend avec maman, parce que, pour a, maman et moi nous sommes toutes
pareilles, tu le sais bien.
- Je le sais bien ? rptai-je sans comprendre.
- Oh ! 

Mauricette avait pouss le cri de sa franchise indigne comme si je
lui avais menti. Et soudain redresse, assise sur les talons, les genoux
dans les mains :

 Il faut que j'apprenne a aussi ? Qu'avant-hier, maman est
rentre en me disant : "Il m'a empoign les poils et il m'a fait
si mal que j'ai failli dcharger."
- Si tu crois que je l'ai fait exprs !
- Et qu'elle m'a dit ce matin qu'elle avait russi  se faire
battre et que c'tait plus difficile que de...
- Oh ! les coups de poing sur l'paule et la flagellation, a n'a
aucun rapport.
- Pour toi ! dis pour toi ! mais pas pour maman. Comment, tu as couch
trois fois avec elle et tu ne sais pas ce qu'elle aime ?
- Ses filles.
- Tu ne crois pas si bien dire ! Il lui faut une de ses filles sous
elle quand on la fouette. Mais alors on peut tout lui faire... C'est
effrayant. Elle crie, elle jouit, j'ai du sang dans les cheveux,
du foutre sur la figure... 

Mauricette, chevele, s'interrompit, agita la tte et se jeta sur moi :

 Si c'est vrai que tu m'aimes, si c'est vrai, je prendrai sa
place, je me mettrai sur elle et tu m'enculeras dans mon sang pendant
que maman me fera minette !  son tour elle aura mon sang dans les
cheveux et mon foutre sur la figure pendant que j'aurai ta queue, moi,
ta queue dans le derrire... 

Je n'avais jamais vu Ricette aussi exalte et je la croyais au
paroxysme quand cette exaltation grandit encore devant la dcouverte
d'une nouvelle infamie.

 Non ! dit-elle. Tu me dpucelleras en levrette sur la figure de
maman ! 

Et elle avait dit cela d'un ton ! mais d'un tel ton que j'appris
d'elle en cet instant ce que c'est que de recevoir un ordre.

Elle continua d'une voix brve et chaude.

 Tu aimeras mieux me baiser que de m'enculer, je le sais. Moi, j'ai
envie que tu m'encules et que je me branle et que tu me fasses mal,
mais, puisque tu aimes baiser, tu me baiseras. J'ai compris mieux
que toi pourquoi tu n'as pas voulu : c'est que tu n'achtes pas
les pucelages et que le mien est  vendre et que tu veux pas le voler
? Eh bien, non ! mon pucelage n'est pas  vendre. Je dirai ce soir
 maman que je le donne et qu'elle verra bien  qui puisqu'elle
aura la bouche dessous. 

Secouant sa tte et ses cheveux, elle sourit, et elle eut alors une
explosion de sincrit qui me rvla ce que je ne souponnais pas :

 Tu crois qu'elle nous dira non ? Ha ! elle sera trop contente, la
vache ! Quand je lui dirai que tu vas me dpuceler sur elle, qu'elle
me verra bien saigner, qu'elle n'en perdra pas une goutte, qu'elle
aura la gueule pleine de foutre et de sang, mais elle va se branler
pendant quatorze heures... Je t'ai dit que je l'aimais bien ? Oui,
j'aime sa langue, son doigt, son corps, elle excite mon temprament
de mich. Et je t'ai dit que ce n'tait pas une putain, elle non
plus ! Non : mais c'est une garce. 

                              *
                             * *

Le dchanement de Mauricette m'tonna peut-tre moins que n'avait
fait celui de Charlotte. D'abord, c'tait pour moi une rptition
de changement  vue, comme il l'est pour vous. Les mmoires sont
plus monotones que les romans ; il faut leur pardonner les erreurs de
mtier que la vie commet et qui nous dsolent, parce que nous saurions
si bien, d'un trait de plume, tout arranger ! La mine gale le crayon,
disait M. Ingres. Ce mot de dessinateur devrait tre un dogme pour les
romanciers ; mais on ne doit pas l'apprendre aux mmorialistes.

Et puis... mais il faudrait avoir connu les deux jeunes filles... Elles
offraient une srie de contrastes que vous n'auriez pas la patience
d'entendre si j'avais celle de vous les dire. Dans sa quinzime
anne, Ricette piaffait  chaque mot, et Charlotte  vingt ans
n'tait que langueur. La prcocit de la plus jeune laissait place
 moins de surprises que l'aspect las, passif, de la triste Charlotte.

D'ailleurs, je ne me crus pas permis de garder un silence distrait
pour me livrer  un exercice de parallle psychologique.

Il me fallait rpondre. Je n'avais que trop attendu.

Une jeune fille tait venue m'offrir son pucelage comme si c'tait
de l'or, la myrrhe et l'encens. - ternel malentendu ; les
jeunes filles s'abusent un peu sur le plaisir que nous prenons 
recevoir un tel cadeau ; et les jeunes hommes comprennent rarement que
si les pucelles, par une erreur qui est une innocence, rvent que leur
prsent vaut tout notre amour, c'est qu'elles nous offrent avec
lui tout leur amour qui vaut bien le ntre pour ne pas dire plus.

Donc, j'avais prouv  cette jeune fille qu'une imprudence
nous sparerait  jamais et elle avait dcouvert un moyen de tout
arranger. Moyen extravagant comme un thorme de gomtrie dans
l'espace, mais irrfutable  premire vue, sinon par les principes
de la chastet que je ne pouvais plus sans audace ou plutt sans
ridicule invoquer pour ma dfense. Je rpondis oui, avec tous les
baisers de tendresse, d'empressement, de reconnaissance que chacun
donne en pareil cas.

Le calme des commentaires que je viens de prolonger ici par distraction
(car cette histoire ne m'excite pas du tout, j'aime mieux vous le
dire et j'cris ces pages avec la mme tranquillit que si je vous
contais comment j'ai appris la grammaire grecque)... Je suis mme
si distrait que je commence une phrase sans pouvoir la finir, ce qui ne
m'est jamais arriv. Pour la beaut du fait je ne la bifferai pas.

Bref, trs probablement vous avez oubli que nous avons laiss
Mauricette en dlire, Mauricette change en bacchante, chevele,
pourpre, convulsive, crachant des injures atroces contre sa mre et
des obscnits qu'elle n'et jamais dites une heure auparavant.

Mon  oui  changea de ple son courant nerveux. Au contraire du
philosophe antique dont parle Renan et dont le sperme tait remont
au cerveau, le dsir de Mauricette quitta son imagination et prit chair.

 J'ai envie de baiser, murmura-telle. J'ai envie de baiser parce
que tu baises et que tu m'en donneras le got. Est-ce vrai que j'ai
aval ton foutre ? Est-ce vrai que j'ai bu du foutre d'homme pour
la premire fois et que c'est le tien ? Qu'est-ce que c'est que
baiser auprs de cela ?... Et n'aie pas peur de me faire mal ! Quand
maman me fait minette, rien ne me fait souffrir, je ne sens que sa langue
si je veux ; mais toi, plus tu me dchireras, plus je jouirai. 

Soudain, avec sa souplesse de mtamorphose elle releva la tte et me
rappela d'un mot son ge vritable.

 Veux-tu jouer ?
- Oui, mais pas  te dpuceler !
- Si. On va jouer  me dpuceler par o je ne suis pas pucelle !
fit-elle en riant.
- Quelle gosse tu fais ! Et quel rire tu as ! Comment ! C'est la
mme Ricette qui vient de me raconter ces histoires de sang, de sperme,
d'inceste, de saphisme, de sadisme...
- Oh ! et quoi encore ! En voil des mots  septante-cinq centimes,
comme disent les Belges !
- Tu as quatorze ans et demi ? Non. Il y a des minutes o tu as
trente-neuf ans et d'autres o tu en as sept.
- Maman aussi. 

Cette rponse me laissa muet. C'est un des mots les plus justes et
les plus extraordinaires que j'aie entendus. Il me parut que Ricette
pensait :  Tu es plus gosse que moi, sinon tu saurais bien que c'est
vrai pour toutes les femmes et quel que soit leur ge.  Elle le pensa,
mais ne voulut pas le croire, car les jeunes filles n'aiment gure 
s'imaginer plus sages que leurs amants. Toute excellence qu'elles
leur prtent est mme une excuse qu'elles se donnent de se laisser
entraner par tant de perfections. Et, sres de s'en parer  leurs
propres yeux, elles nous couvrent de qualits pour le seul plaisir
d'tre gnreuses.

Cela dit, Mauricette reprit son ide :

 Tu m'auras pris deux pucelages sur trois. J'aurais voulu te donner
aussi le troisime... ou le premier... celui que je n'ai plus... celui
que j'ai laiss vendre... enfin le pucelage de mon derrire... Tu
comprends le franais ?
- Et tu veux le refaire ? Avec de l'eau d'alun ?
- Oh ! maquerelle ! fit-elle en riant. Ne crois pas que mon pucelage de
devant soit refait. Les pucelages raccommods, on les vend trs cher ;
on ne les donne pas. 

Et elle rit aux clats sur ce qu'elle venait de dire. Puis, se
frottant  moi de tout son jeune corps, elle remonta en quelques mots
jusqu' un tat moyen entre la gosserie et la lascivit : deux mots
presque synonymes.

 On va jouer. Oublie que tu m'as encule avant-hier. Oublie-le.
- Je ne m'en souviens plus du tout.
- Je suis une gosse toute seule. Maman n'est pas l. Je ne sais rien,
pas mme ce que c'est qu'une queue. Toi, tu es un satyre et tu vas
me violer par le trou du cul.
- Te violer ?
- Veux-tu jouer comme a ? Ou me rpondre "zut" chaque fois que
je te fais une proposition ?... Je dis "zut" parce que je suis
putain. Si j'tais une jeune fille du monde, je dirais que tu me
rponds "merde".
- Ma Ricette chrie, fis-je en riant, ne me dis pas que tu es putain
maintenant. Jamais je n'ai mieux compris ton petit temprament
de mich. Tu es vicieuse comme un vieux magistrat. Mais moi je suis
incapable de violer une femme. La rsistance me glace au lieu de me
tendre. Jouer  violer... ce n'est qu'un jeu... Essayons... mais
si je te rate ? J'en serai dsespr, tu m'en voudras et tu...
- Mais elles ne rsistent pas, les pucelles qu'on viole ! fit
Mauricette qui s'nervait. Je ferai comme elles, je ferai semblant
de pleurer sur mon bras et j'ouvrirai les fesses.
- Et  quoi sentiras-tu que je te viole ?
-  quoi je le sentirai ? dit-elle en serrant les dents. Jamais je ne
me suis fait enculer  sec ; tu vas me le faire et tu me demandes 
quoi je sentirai que tu me violes ?  quoi je pourrai m'imaginer que
tu me dpucelles ?
- Alors, rpte-moi que tu le veux ! que c'est ton plaisir ! Sinon,
je te jure que je ne pourrai pas.
- Je le veux ! Je le veux ! Je le veux ! fit-elle doucement, les yeux
grands ouverts. Viole-moi par le cul ! Et plus je te crierai que j'ai
mal, plus a voudra dire que je t'aime ! 

Il m'est plus que pnible, vraiment, de raconter la scne suivante
avec force dtails. Je ne le puis. Elle me fait honte. Je n'avais
 aucun degr le vice que Mauricette me demandait de satisfaire. Il
m'tait arriv de battre les femmes qui veulent tre battues, mais
ce n'est rien, ce n'est rien auprs du souvenir que cinq minutes
d'garement...

Bref, quand j'eus  viol  Mauricette, je sentis par la chair mieux
que je n'avais compris par la pense combien le plaisir et la douleur
taient ncessaires  sa volupt. Je me rappelai la dernire de ses
confidences ou plutt de ses tentations, et comme j'eusse effleur une
femme sensible aux caresses, je meurtris les lvres si tendres de cette
virginit qui aimait les morsures. Je les meurtris entre mes doigts,
lentement, longtemps et plus cruellement sans doute que Teresa ne les
avait mordues, car aprs quelques minutes d'une endurance et d'une
excitation sexuelle galement extraordinaires, Mauricette clata en
sanglots. Je n'oublierai jamais cet instant de ma vie.

Ce ne fut qu'un instant. Aussitt aprs, sanglotant toujours mais
se retournant pour m'treindre, elle me dit, elle me cria, bouche 
bouche entre vingt baisers :

 Pardon ! Pardon de pleurer ! Pardon !... Mais veux-tu te taire !
C'est moi qui suis honteuse !... Ah ! que tu me torturais bien !
C'tait bon ! J'ai joui comme si je mourais ! Et puis... je
ne sais pas pourquoi... j'ai pleur comme une bte !... C'est
qu'aussi... c'est qu'aussi... 

Je l'entendis haleter,  croire qu'elle suffoquait ; puis elle
sanglota de nouveau, me serra de toutes ses forces et, avec un accent
admirable, elle trouva ce cri d'amour :

 Jamais personne ne m'a fait aussi mal que toi ! 

                             XII

Trente heures s'taient coules depuis la scne
prcdente. Teresa et ses filles avaient pass la nuit dans la
banlieue chez une parente un peu putain, elle aussi, et d'autant plus
empresse  les recevoir. Mais je savais dj qu'aprs une assez
longue discussion  laquelle toutes quatre avaient pris part, Teresa
s'tait rendue aux volonts de Mauricette. Je savais mme en quels
termes elle avait capitul.

Ainsi que Mauricette l'avait bien prvu, Teresa s'tait crie :

 J'aime mieux le sucer que le vendre, ton pucelage, ma gosse !
J'aime mieux ouvrir la bouche dessous que de tendre la main 
ct. Et a n'empchera rien. Je te le recollerai. Donne le vrai,
nous vendrons le faux et tout le monde sera content. 

Ces sortes de cadeaux cotent fort cher  ceux qui les reoivent
ainsi. Les moralistes s'accordent sur ce point : quand un jeune homme se
laisse donner par une mre le pucelage d'une fille qu'elle esprait
vendre, il doit une assez belle bague  la jeune personne, un prsent
de la mme importance  la mre et une action de grces  Dieu.

Si la jeune fille a deux soeurs, c'est plus amusant, et plus cher
encore. Une bonne fortune ainsi triple ruine en six semaines un
tudiant.

Mais autant les jeunes gens grugs gardent l'amertume d'avoir t
dups, autant les autres ont de plaisir  se dpouiller librement
pour ces courtisanes sans calculs qui donnent tout, risquent tout,
semblent ne rien attendre et nous devoir chaque jour quelque tendresse
de plus. Ah ! qu'elles ont parfois de dlicatesse  recevoir,
ce qu'elles n'ont pas espr,  multiplier leur reconnaissance
comme pour repousser la ntre et  ne modrer que leur surprise en
prsence de nos cadeaux, par une sensibilit suprme de leur tact !

Le rendez-vous tait pris, non plus chez moi, mais chez Teresa dont
l'installation venait d'tre termine. Je traversai le palier 
dix heures du soir.

La mre et les filles me reurent toutes nues, ce qui me donna moins
d'tonnement que d'embarras.

Connaissez-vous une situation plus digne de piti que celle d'un jeune
homme chambr par quatre femmes auxquelles il a dit :  Je t'aime 
et qu'il ne peut aborder avec une respectueuse et lointaine dfrence
par cette raison que leur nudit l'invite  quelques approches ?

Quand je les eus embrasses toutes avec divers attouchements que la
morale chrtienne rprouve mais que les femmes nues accueillent assez
bien, Teresa prit Mauricette par les paules et, avant toute autre
question, elle me dit :

 C'est vrai que tu as russi  te faire sucer la queue par cette
gosse-l ? Et que tu lui as dcharg dans la bouche ? Et qu'elle
a tout aval ? Elle qui n'avait jamais pu ! Est-ce que tu es sorcier ?
- Non ; mais c'est plus facile avec elle qu'avec Votre Altesse, madame. 

Mauricette fut ravie de cette rponse, et Teresa, les mains sur les
hanches, reprit avec bonne humeur :

 Voil ce que je me fais dire ?  moi qui ai suc trois mille hommes
dans mon existence !
- Pas celui-l, dit Lili. Tu es la seule de la famille qui ne connaisse
pas le got de son foutre. Mme Ricette ! mme Ricette l'a suc
avant toi ! a c'est patant !
- Et tu veux me dpuceler cette enfant ! poursuivit Teresa.
- Oh ! l ! l ! Cette enfant, rpta Lili. Si j'avais autant de
poils au ventre qu'elle en a entre les fesses...
- Ta gueule, toi ! blanc de bidet ! C'est srieux de prendre un
pucelage. Regarde Charlotte, si elle a envie de rire. 

Et Charlotte, qui retenait ses larmes, se jeta sur un divan pour
pleurer. Je pris cette occasion de la rejoindre et de lui dire quelques
mots affectueux. Elle tait si pitoyable... Mais Teresa m'interrompit :

 Laisse donc ! Tu ne connais pas Charlotte. Quand elle aura fini de
pleurer, elle se branlera, et quand elle aura fini de jouir, elle aura
envie de pleurer. C'est comme a du matin au soir, je crois qu'elle
jouit des larmes et qu'elle pleure du foutre. Mais tiens ! mais
tiens ! qu'est-ce que je disais ? 

Et en effet Charlotte, essuyant ses larmes de la main gauche, avait dj
la droite entre ses cuisses. Au mot de sa mre, elle ouvrit les yeux,
vit les ntres fixs sur elle et dit en se relevant :

 Oh ! si vous me regardez tous... 

Mollement, elle glissa la main dans un tiroir, y prit deux godmichs
qu'elle se planta l'un aprs l'autre par-devant et par-derrire,
puis, recouche sur le divan, mais les cuisses trs cartes, elle
remit son doigt en mouvement et dit avec un triste sourire aux lvres :

 C'est plus curieux, maintenant ? 

On la laissa tranquille. Teresa reprit Mauricette par les paules, lui
arrangea les cheveux et lui redressa la taille comme si elle l'offrait
 un riche amateur, et elle rpta :

 Tu veux me dpuceler cette gosse qui a quatorze ans !
- Oui, c'est jur entre elle et moi. Nous avons une dispense de
l'archevque.
- Mais entre toi et moi, qu'est-ce qui sera jur si je te la donne ?
- Je ne sais pas du tout. Dis-le.
- Tu ne vas pas faire un enfant  cette enfant-l ? Elle dcharge comme
une enrage. a prendrait du premier coup, tu m'entends ? Gare  toi,
j'aurai la figure dessous et si tu lui lances une goutte de foutre,
je te chtre.
- Ne fais pas a. Je jure d'tre sage.
- Alors, o te finira-t-on ?
- L'embarras du choix...
- Ma bouche ? Voil une occasion.
- Ah ! cria Mauricette. J'en tais sre ! C'est parce qu'il aura
la queue toute rouge de mon sang ! C'est pour a ! Je lui avais bien
dit que tu n'en perdrais pas une goutte ! Que tu fourrerais ta langue
dedans ! Que tu aurais la bouche pleine de sang et de foutre !
- Hein ? Crois-tu qu'il est temps de la dpuceler ? me dit simplement Teresa.
- Oh ! oui, qu'il est temps ! rpta la petite. Maman, laisse-moi
lui dire un mot pour lui tout seul. 

Pour tre sre de me parler en secret, Mauricette m'entrana dans
une autre pice et ferma la porte. Si nous nous embrassmes, je le
laisse  penser.

 Ma nuit de noces ? dit-elle gentiment.
- La mienne aussi.
- Tu m'aimes bien ? Je t'aime tant !
- Je t'aime de tout mon coeur.
- Tu vas me faire mal ?
- Mauricette !
- Dis-moi que tu me feras plus mal qu'hier ! Plus mal qu'hier !
Enfonce tout ! Dchire-moi ! Fais-moi saigner comme un boeuf ! 

Elle allait continuer sur ce ton, peut-tre, quand la porte
s'ouvrit. Teresa reparut et, comme si elle avait entendu la premire
phrase de Mauricette :

 Ne vous excitez pas, mes enfants ! Je ne vous marierai qu' minuit !
- Oh ! pourquoi ? fit Ricette avec colre.
- Et vous tes vraiment aussi gosses l'un que l'autre si vous ne
devinez pas pourquoi ! 

Comme mon ducation lui importait moins que celle de sa fille, ce fut
 Ricette qu'elle s'adressa :

 Comment ! une grande fille comme toi, tu ne rflchis pas qu'au
premier coup les hommes se retiennent moins bien qu'au second ? Et tu
crois qu'on va te dpuceler comme on passe  travers un cerceau de
papier ? Depuis le temps qu'on t'y fourre les doigts, penses-tu que
tu serais encore pucelle si je ne t'avais pas fait un pucelage en cuir,
comme le trou du cul ? 

Ricette rougit, pique de recevoir une leon devant moi ; mais Teresa
n'avait pas fini.

 Qu'est-ce qui arrivera si je vous laisse faire ? Ou bien aprs cinq
minutes d'efforts il jouira dans tes poils et tout sera manqu. Ou
bien il sera tellement nerv de se retenir qu'au moment o il
entrera... Tiens ! ah ! tiens ! Tout pour toi !... Je lui couperai les
couilles, mais trop tard. As-tu compris ? 

C'tait le langage de la sagesse avec un vocabulaire qui, pour
n'tre pas celui des sermons, avait nanmoins de la force et mme
une certaine loquence. En criant ce :  Tiens ! ah ! tiens ! ,
Teresa ignorait sans doute qu'elle introduisait une prosopope dans
son discours, mais il n'est pas ncessaire de connatre par leurs
noms les figures de rhtorique pour les mettre, comme Bourdaloureau,
au service de la persuasion.

Fut-ce l'apostrophe, l'hypothse, l'exhortation ou la prosopope
qui l'emporta ? Je ne sais. Ricette baissa la tte et demanda
seulement :

 Alors ! Qui aura le premier coup si je n'ai que le second ?
- Rentrez. On tirera au sort. 
- Oh ! cette fois la rhtorique manquait trop  une telle rponse. 

Mauricette devint furieuse et passa brusquement aux pires excs de
langage :

 Ah ! non ! Vous vous foutez de moi toutes les trois ! C'est mon
amant ! C'est moi qui l'ai trouv ! C'est moi qui l'ai fait
bander la premire ! J'ai eu l'honntet, la connerie de vous le
dire et depuis trois jours vous mouillez dessus, et ce soir o il me
dpucelle, il faut encore que j'aie vos restes ? 

Et comme Teresa souriait sans motion ni surprise, Mauricette, folle
de colre, fit alors une scne effroyable. Les paroles passent tous
les actes. Je n'avais jamais imagin qu'une fille, mme dresse
aux vices, pt dire de pareils mots  sa propre mre. Elle articulait
au hasard, d'une voix sans suite, sans raison, pour la joie de lancer
les injures dans le dsordre et l'incohrence o elle les avait
mches :

 Ne me touche pas ! Je t'emmerde ! Je t'emmerde ! Et je foutrai le
camp cette nuit ! Je t'emmerde, sale vache ! Sale grue ! Sale
gousse ! Sale encule ! Sale maquerelle ! Sale putain ! Tu ne veux pas
qu'on t'appelle comme a ? Putain ! Putain ! Putain ! Putain ! 
Putain ! Putain ! Putain ! Putain ! Putain ! Putain ! Fille de putain !
Mre de putains, gousse de putains, branleuse de putains. Je ne suis
pas une putain, moi, je suis une pucelle ! Tu as laiss vendre ton
pucelage par ta putain de mre, mais moi je ne suis pas une andouille
comme toi ! Je ne te laisse pas vendre mon pucelage, je le donne ! Tiens,
regarde-le, sale maquerelle ! Regarde-le ! ma garce ! Tu en voulais cent
louis, tu n'en auras pas cent sous ! Tu n'en auras que du foutre et
du sang dans la gueule ! 

Debout, les cuisses cartes, la tte en avant, elle ouvrait des deux
mains les lvres de son sexe. Puis elle les referma et parla plus vite
de la mme voix sourde et haineuse :

 Oui, j'en ai assez de montrer mes nichons dans ton bordel
d'encules ! dans ton bordel de suceuses et de putains  tout faire !
J'en ai assez de te voir  table ramener un filet de foutre  la
pointe de ton cure-dents et rire quand tu ne sais plus qui tu as
pomp ! J'en ai assez de coucher dans les draps o il n'y a pas une
place de sche, parce que tout le bordel y dcharge, les michs, les
maquereaux, les gousses et les putains ! J'en ai assez de trouver sur ma
toilette une serviette o il y a de la merde, chaque fois qu'un de tes
amoureux s'est essuy la pine dedans. Vache ! Ordure ! Fumier !
Chameau ! Fille de garce ! Moule  bittes ! Gueule de chiottes !
Marchande de chaude-pisse ! Lcheuse de derrires ! Avaleuse
d'trons ! Bouffeuse de vrole ! Compte sur moi maintenant, ma salope !
Compte sur moi pour friser les poils de ta connasse ou pour te passer
le bton de rouge sur le trou du cul ! Je ne veux plus de ta langue ni de
tes sales ttons pour me torcher ! Et je te chie ! Je te chie maman ! 

Ce dernier mot, de  maman  me fit tressaillir. Mauricette faillit
venir  moi, mais voyant l'ahurissement avec lequel je l'coutais,
elle tourna court et se jeta sur un lit, la tte dans l'oreiller.

Durant toute cette terrible scne, je n'avais regard que
Mauricette. Quand je levai les yeux et les mains vers Teresa pour
l'empcher de tuer sa fille, comme je pensais qu'elle allait
le faire, je la vis aussi tranquille que si elle avait dirig une
rptition de thtre. Elle frappait sa paume du bout des doigts
pour simuler sans bruit un petit bravo et elle dit tout bas avec un long
sourire tonn de ma pleur :

 Est-ce que tu ne comprends pas ce qu'elle veut ? 

O avais-je l'esprit, en effet ? Je n'y pensais pas. Mais la phrase
tait claire, je rpondis prcipitamment :

 Non ! oh ! non ! Jamais devant moi !
- Bien. Va-t'en. Laisse-moi seule avec elle.
- Pas ce soir, je t'en prie. Pas ce soir. 

Teresa poussa un soupir et, avec une patience qui ne lui tait pas
coutumire, elle dit entre ses lvres :

 Ah ! les amoureux !... Eh bien ! reste, toi. Mais tu seras
sage ! C'est promis ? 

Et je demeurai seul avec Mauricette.
                              *
                             * *

Il y eut vingt minutes d'entracte, puis nous rentrmes et, sans lan
mais sans bouderie, la mre et la fille s'embrassrent comme si rien
ne s'tait pass.

Et ainsi qu'une lve du Conservatoire saute de la tragdie  la
comdie, Mauricette, aussi gaie maintenant qu'elle venait d'tre
furibonde, improvisa un boniment forain avec une tonnante facilit
de parole :

 Madame et mesdemoiselles, voici la jeune sauvagesse annonce 
l'extrieur. Elle se prsente  vous toute nue selon la mode de
son pays. Rien n'est faux ni truqu ; prenez l'objet en main ; les
cuisses ne sont pas rembourres ; le ventre est garanti, mesdames, en
vritable peau de pucelle ; il y a un peu de crin dans les fesses, mais
c'est pour l'ornement. Vous voulez tter les nichons, mademoiselle ?
Ttez, a ne cote rien. Tirez les poils, voyez qu'ils ne
sont pas colls, ni sur le con, ni sous les bras. C'est la vraie,
l'inimitable, la clbre Mauricette dont vous avez vu le nom sur
l'affiche.

 Cette jeune sauvagesse, mesdames et monsieur, a des particularits
tout  fait extraordinaires. Elle fait l'amour par le trou du cul...
Vous n'avez pas bien compris, mademoiselle ?... Quand elle a sur elle
un homme qui bande, elle ne baise pas comme vous, elle se retourne avec
grce, elle prend dlicatement la queue et elle se la met dans les
fesses comme toutes les femmes de la famille, ce qui ne l'empche
pas de dcharger mieux que vous, mademoiselle, avec moniche sans
poil ! Qu'est-ce que vous avez  vous tordre ! Quand on rit devant
la sauvageonne, elle devient enrage et mange les petites filles
sous le ventre. 

Lili tait malade de rire. Charlotte riait aussi, mais Teresa tait la
plus heureuse des trois ; videmment, la scne prcdente n'avait
eu pour elle aucune espce d'importance. Mauricette, anime par le
succs, reprit son monologue de parade :

 La sauvagesse que vous avez sous les yeux, mesdemoiselles, porte son
pucelage entre les pattes. Il ne se voit pas, tellement sa taille est
cambre par l'habitude qu'elle a de prsenter son derrire. Mais
pour un lger supplment de cinquante centimes par personne, elle
va vous montrer le phnomne de prs... Tout le monde a pay ?...
Nous avons l'honneur de vous prsenter le pucelage de la
sauvagesse. Approchez. N'ayez pas peur, il est trs rouge, mais il
n'est pas mchant. La jeune indigne s'adonne  la masturbation
avec les raffinements froces des jeunes filles cannibales ; elle se
met de la moutarde au bout du doigt quand elle se branle, et alors...
Oh ! madame, vous croyiez que son pucelage rougissait par pudeur ? Non,
c'est l'onanisme qui le fait rougir. N'y touchez pas, mademoiselle !
vous allez la foutre en chaleur ! Regardez, mais ne touchez pas ! Et
maintenant coutez, mesdames et monsieur, le programme de la sance.

  la fin du spectacle, dpucelage solennel de Mauricette devant
l'honorable assistance. La jeune sauvagesse se prsentera en
levrette... Cela vous choque, mademoiselle ? Les jeunes filles qu'on
encule aiment cette posture-l. Elle se prsentera donc en levrette
sur la figure de sa maman et entre ses deux soeurs, mues, qui vont
sangloter, se branler, s'embrasser, pousser des cris... Mais ceci
n'est rien, mesdemoiselles. Nous commenons la reprsentation par
un numro indit, un exercice tout nouveau que la clbre Mauricette
a rpt hier et qu'elle donne au public pour la premire fois.
- Sucer ? cria Lili qui battit des mains. Oh ! a, pour Ricette,
c'est plus patant que de la dpuceler.
- Oui, mesdames, l'affiche ne ment pas. Pour la premire fois, la
jeune sauvagesse va sucer publiquement un homme. Au lieu de le faire
dcharger en l'air, elle le laissera jouir dans sa bouche ; et au
lieu de cracher comme vous faites (c'est trs vilain, mademoiselle),
la clbre Mauricette avalera le foutre en se lchant les lvres
avec un gracieux sourire, pour avoir l'honneur de vous remercier.
- Crois-tu que c'est une fille du cirque, celle-l !  me dit Teresa
toute fire.

Sans doute, mais c'tait aussi la seule des trois qui et appris le
franais dans un pensionnat avec assez de littrature pour donner 
son bagout le tabarinesque.

Vivement, Ricette vint me chuchoter quelques mots  l'oreille. Je
lui rpondis :  Si tu le veux.  Alors, tout haut, spontanment,
devant moi, devant ses soeurs, elle fit  la mre une sorte d'amende
honorable.

 Tout  l'heure, j'ai t vache avec toi, maman. On fera la
paix comme a : il va te baiser la premire.
- Moi ? fit Teresa.
- Oui, toi sur moi, comme ensuite moi sur toi. Et je le finirai dans ma
bouche, maman ; et j'aurai ton foutre en mme temps que le sien.
- Hein ! Quel amour de gosse ! me dit Teresa en la serrant dans ses
bras. Vois-tu que je la connais mieux que toi ? 

                             XIII

Lili n'en croyait pas ses oreilles :

 Quelle sance, non ? Ricette qui suce ! Maman qui baise ! Et un
dpucelage  la fin ! On n'en ferait pas autant devant le roi
d'Angleterre !
- Est-ce rare, a, "maman qui baise" ? rpta gaiement Teresa.
- Je te crois ! dit la gosseline. T'as mme pas bais pour me
faire ! 

La rponse tait juste, prompte et dite sur un ton assez drle,
mais le fou rire qui l'accueillit fut hors de toute proportion avec la
valeur du mot. Charlotte, qui larmoyait depuis une heure, eut un accs
d'hilarit coup de gmissements comme si elle souffrait plus de rire
que de pleurer. Teresa poussa des cris et se retint  elle pour ne pas
tomber.  Soutiens-moi, Fabian !  Ricette elle-mme... Le rire est
contagieux. Ricette clata la dernire. Et Lili resta seule  rire
modrment de sa repartie. Aussi commenai-je de croire qu'elle
serait un jour sans peine la plus spirituelle des quatre.

Ricette, ex-pensionnaire pour qui l'arithmtique n'avait plus de
secrets, lana des chiffres et, par la science des nombres, nous ramena
aux questions srieuses :

 Maman est encule en moyenne trois fois par jour. a fait onze
cents fois par an.
- Et le pouce ? dit Charlotte.
- Et les godmichs ! dit Lili.
- Et les nuits comme celle de Nol dernier, o elle l'a fait
dix-huit fois.
- Je dis : en moyenne onze cents fois par an. Elle a commenc  huit
ans ; elle en a trente-six. J'ai compt. a fait plus de trente
mille enculades.
- Trente mille ! s'crirent-elles ensemble.
- Et elle baise une fois par an ou  peu prs.
- Oh ! je n'ai pas bais trente fois dans ma vie entire ! dclara
Teresa. La dernire nuit o a m'est arriv, c'tait quand,
Charlotte ? C'tait l'autre t, au mois de juin ? Ah ! tu peux
le dire, fit-elle en se tournant vers moi. Je suis presque aussi pucelle
que Mauricette. Charlotte est comme moi. Il n'y a que Lili qui baise
dans la maison.
- Maman, maman, maman ! dit Ricette impatiente. Est-ce que nous
commenons ? 

Le consentement qu'elle obtint ne suspendit ni ses penses ni ses
paroles. Elle semblait soucieuse. Elle ne se couchait pas. Abandonnant
l'arithmtique pour s'attacher  un curieux problme
d'rotologie, elle regarda srieusement sa mre, et dit :

 Pouvons-nous ?... Je ne suis pas fche de savoir si c'est
possible, mon programme. Faire minette sous une femme qu'on encule,
a n'est dj pas commode ; mais sous une femme qui baise, surtout
si on la dpucelle... Jamais ta langue ne me touchera le bouton.
- Je ne l'ai jamais fait, dit Charlotte ; mais on baise si peu, ici.
- Moi je le ferais ! dit Lili.
- Oh ! toi, tu es disloque. 

Teresa prit un temps, comme une institutrice qui cherche une formule
d'enseignement accessible au cerveau d'une adolescente, et rpondit
sans se hter :

 Combien de fois t'ai-je dit que les positions, c'est l'affaire
des femmes, a ne regarde ni les hommes ni les gousses. Alors, dans
la posture que nous allons prendre, c'est  la femme de dessus  se
placer comme il faut. Ce n'est pas la langue de dessous qui pourra lui
chercher le bouton si elle creuse le ventre et si elle fait le gros dos.
- Crois-tu que je saurai ce que je fiche,  ce moment-l ?
- Allons ! Allons ! Regarde d'abord comment je m'y prends et quand
ce sera ton tour, je saurai bien te guider. 

                              *
                             * *

L'obscnit avec laquelle Teresa ouvrait sa croupe en levrette
m'tait dj bien connue. Levrette est vraiment trop peu
dire. Le mot d'ourse conviendrait mieux. Elle n'tait que
poils par-derrire. Comme elle avait les fesses trs belles et les
cuisses fort bien dessines, on n'osait lui faire mentalement le
reproche d'tre plus velue qu'une autre femme, et, n'et t
l'impudence de sa posture, on se serait figur que, plutt, elle
imposait son esthtique.

Malgr la rserve et la modestie de mes exercices amoureux comme de mon
langage, mes scrupules de moraliste ne vont pas jusqu' m'interdire
de baiser une mre sur sa fille et de dflorer ensuite la fille sur
la mre. Je ne l'ai fait qu'une fois, mais je le recommencerai
volontiers si l'occasion s'en prsente. Parlerai-je pour un instant
 la jeune fille qui tient ce livre et lui dirai-je, comme et dit
Mauricette :  Je ne vous choque pas, mademoiselle ? Si votre mre
a trente-six ans, si elle est belle, si vous l'aimez assez pour lui
faire ce que vous faites  vos petites amies, vous comprendrez la scne
suivante. Et si vous tes une ingrate, si vous n'avez jamais donn,
du bout de la langue, un frisson de plaisir aux chairs qui souffrirent
tant pour vous mettre au monde, rougissez de vous et non de ce que vous
lisez. 

J'acceptais donc Teresa sur Mauricette et mme sous elle. Son rle
ne me paraissait vraiment ni superflu ni dsagrable.

Mais deux rles que j'eusse coups si j'avais invent cette
histoire, c'taient ceux de Lili et de Charlotte. Elles ne servaient
 rien ; Charlotte me troublait par son motion, Lili, par son petit
rire et, toutes deux ensemble, par leur bavardage, leur curiosit,
leurs conseils ou simplement par leur prsence. Je les aurais voulues
au diable pour un quart d'heure.

Dessinons tout d'abord le groupe tel qu'il se forma.

Ricette couche sur le dos, Teresa enjamba son visage et, tte-bche
avec sa fille, elle s'offrit  moi dans la posture ouverte que j'ai
dcrite un peu plus haut.

Le saphisme double et simultan n'est pas apprci de toutes
les lesbiennes. L'homme qui baise peut seul donner la volupt en
gotant la sienne sans perdre la tte. Aux approches du plaisir, la
femme est incapable de diriger le spasme qu'elle voudrait donner en
change. Aussi, de deux amies qui se placent tte-bche, il n'y
en a qu'une qui jouit ; mais, comme le coeur des femmes damnes est
semblable au coeur des saintes, la lesbienne qui fait jouir et qui ne
reoit rien est la plus heureuse des deux.

Une autre nuit, et dans une telle posture, la langue de Teresa et mis
en une minute Mauricette hors de combat. Cette fois, rien ne pressait,
tout au contraire. Teresa ne donna que de vagues baisers et laissa
Ricette en pleine possession de ses facults actives.

J'attendis...

La petite cartait des deux mains les poils et les lvres ; elle
relevait la tte avec effort, prcipitait et appuyait sa langue autant
que possible pour hter le moment o elle me dirait... car ce fut
elle-mme qui me dit :

 Viens, maintenant. 

Les larges gouttes de pluie qui annoncent l'orage commenaient 
pleuvoir sur les joues de Mauricette. Quand je me prsentai, Lili ne
put se retenir de rpter tout bas :

 Oh ! maman qui baise ! 

Je m'introduisis facilement, ne craignant qu'une chose : que la fougue
de Teresa ne me laisst pas matre de moi. Mais Teresa n'oublia pas
un instant qu'elle n'tait pas l pour s'amuser et qu'elle se
faisait matresse de postures.

Aussi donna-t-elle le pas  la pdagogie sur le divertissement. Le
tout dans son style ordinaire :

 Tiens, ma gosse ! Regarde comme je te le donne ! L'as-tu, mon
bouton ? L'as-tu ? Tu vois bien que les couilles ne te gnent pas et
que ta langue me touche. Tout  l'heure tu feras comme moi, tu iras
au-devant de ma langue et tu ne bougeras pas, m'entends-tu ? Si je ne
me retenais, en ce moment, je donnerais des coups de cul partout et je
perdrais ta langue comme je voudrais. J'ai une envie de dcharger qui
me coupe le derrire en quatre et une salope de queue qui se trompe de
trou... qui me baise... Mais tiens, tu vas voir si je ne suis pas foutue
de jouir sans bouger... 

En effet, elle resta frmissante et  peu prs immobile. Mauricette
fut inonde. Moi aussi ; mais je pus me retirer sans avoir perdu ce
qui tait ncessaire  la seconde partie du programme.

Cela est assez curieux : cette seconde partie intressa tout le monde
plus que moi et mit les quatre femmes dans un tat d'excitation que
je ne pus atteindre, moi qui tais pourtant le mieux partag.

Charlotte et Lili se pressaient pour voir, parlaient sans cesse et
devenaient bien importunes.

Mauricette, pourpre et agite, s'essuyait le visage que sa mre
avait tremp, mais non pas de larmes. Elle tait doublement mue,
tant deux fois dbutante par l'acte qu'elle allait tenter de
russir et par le spectacle qu'elle en donnait.

 J'ai le trac et j'ai envie de jouir, dit-elle ; j'ai peur
de rater.
- Au contraire, dit Teresa ; plus tu auras envie de jouir et mieux tu
russiras. Pour te regarder, je ne peux pas te faire minette ; mais
veux-tu que je te branle ?
- Oui, maman.
- Et, si tu veux m'en croire, laisse-toi foutre en chaleur, petite
sauvagesse, avec un peu de moutarde par le trou du cul.
- Oh ! fit Ricette en levant les yeux au ciel. Je serai folle... Alors,
ne me branle pas. Touche-moi seulement... Ne me fais pas jouir avant
lui surtout !... Tu me branleras quand je te ferai signe... 

Elle tourna sur elle-mme et, pendant que sa mre quittait la pice,
elle se jeta tendrement dans les bras de sa soeur ane, avec un :
 Oh ! Charlotte ! Charlotte !  qui semblait lui demander toute
son indulgence et son encouragement. Tout cela et le reste, Charlotte
l'eut donn pour rien. Mais Ricette voulut le mriter. Aprs un
baiser langue  langue, elle lui dit :

 Ma Charlotte ! un petit peu de ton foutre  toi aussi ! 

Et jetant sa soeur sur le divan, elle lui fourra les lvres entre
les cuisses.

 Ben vrai ! dit Lili. Quand tu auras tous ces foutres-l dans la
bouche, a finira par faire un gosse ! 

Mais, cette fois, je fus le seul  rire. Teresa qui rentrait et ses deux
autres filles taient beaucoup trop excites pour changer de visage.

Et ce qu'avait accept Mauricette fut rellement accompli. Elle-mme
debout se pencha en avant, creusa les reins, ouvrit les fesses et se
laissa faire ce que font avant les courses les leveurs aux taureaux de
combat. Je ne sais quelle moutarde poivre Teresa lui mit dans l'anus,
mais Ricette en eut de violentes secousses et, touchant du doigt ce qui
la brlait, se passant l'autre main sur le front, elle gmit :

 Pourquoi m'as-tu fait a ? maintenant j'ai envie qu'il
m'encule !
- Pas de moutarde, fit Teresa.
- Alors, toi, ou Charlotte ! un godmich au moins. Ah que j'ai peur
de jouir !
- Mais suce-le donc tout de suite ! Qu'est-ce que tu attends ? 

Mauricette se prcipita et, sur le point de commencer, me dit de sa
voix la plus ardente :

 Tu m'enculeras tout de mme, dis, cette nuit ? avant de me
dpuceler ?... J'enlverai la moutarde, tu ne sentiras rien... Ah !
mais c'est du feu qu'elle m'a mis dans le cul ! Ah ! que j'ai
envie d'une queue par l !... Qu'est-ce qu'on me fait maintenant ?...
Ah ! c'est toi ? 

Sa mre lui avait introduit un godmich qu'elle tenait simplement 
la main. Ricette se souleva. Je ne pus voir si elle se sentait soulage
ou irrite davantage, mais elle cria :

 Je n'avais pas besoin de a pour l'aimer, ton foutre ! Je
n'avais rien dans le cul, hier, quand tu m'as joui dans la
bouche ! Dis-le  maman !... Et fais-m'en boire encore ! Vite !
J'ai soif ! J'en veux ! 

Elle me prit avec tant de voracit que je sentis ses dents plus que
ses lvres. Je ne voulus pas le lui dire devant la jeune Lili qui se
serait moque de son inexprience, mais je htai mon plaisir et je
n'oubliai pas de l'avertir  temps.

Mauricette, carlate, russit brillamment ce petit travail qu'elle
excutait pour la premire fois en prsence de sa famille et qui
tait pour elle, selon le mot de Lili,  beaucoup plus patant que de
se faire dpuceler . Elle donna malheureusement une seconde preuve
de son inexprience en voulant, par excs de zle, prolonger cet
exercice au-del de ce que mes nerfs pouvaient supporter. Mais alors,
la pauvre petite ne savait plus du tout ce qu'elle faisait. Teresa,
qui ne la quittait pas du doigt, avait rgl, retenu, puis lch le
spasme de sa chair aussitt aprs le mien, et la dbutante gare,
presque vanouie un instant, eut  peine conscience du succs que
lui firent sa mre et ses soeurs.

Avec un faible sourire, elle ouvrit la bouche pour que l'on vt bien
qu'elle avait tout absorb ; puis elle retomba puise dans mes bras.

Lili, si nue et mince et glabre, se croisa les bras devant Teresa, vtue
de poils, qui portait ses ttons sombres comme des bijoux orientaux. Ce
contraste de nudits tait pour moi sans prcdent, mme en art,
en littrature... C'tait Tsilla devant Hrodiade ou bien sainte
Esprance devant Thodora, qui ne se sont point rencontres.

Et Lili, prenant un air de rsignation comique, soupira :

 Sommes-nous cocues, hein, maman ? Elle vient nous sucer notre amoureux
sous le nez et elle ne nous rend pas une goutte de foutre !
- Attends ! j'en aurai au second coup.
- T'en auras ? Je te flicite. Mais moi je peux me brosser la fente
et regarder si mes poils poussent. 

Les mtaphores de Lili taient souvent personnelles, mais elles
valaient mieux encore par l'aisance qu'elle savait donner  leur
improvisation.

Or Teresa possdait ses filles corps et me, comme et dit un
romantique. Devinant leurs penses aussi bien que leurs dsirs, elle
sentit que Lili agaait Mauricette et qu' son ge, elle tait
incapable de comprendre l'tat de sa soeur.

Ici encore, les plus hautes autorits philosophiques rsolvent
la question sans dbat et presque dans les mmes termes, car les
thoriciens se drobent entre eux non seulement leurs ides,
mais l'expression d'icelles.  Une jeune courtisane impubre
qui s'exerce au cot anal est excusable de mconnatre le double
garement physique et moral qu'prouve une adolescente nubile la
nuit o elle ouvre les cuisses pour offrir sa virginit.  Telle est
la vieille formule d'Erasme, tant de fois copie depuis et qu'on
retrouve dans tous les manuels.

Teresa n'avait que deux moyens de faire taire Lili ou de clore
l'incident. Elle lui en donna le choix :

 Veux-tu te coucher, insecte ! Sais-tu l'heure qu'il est ? 

Ici, Lili fit un geste... Oh ! je ne conseille pas  mes jeunes lectrices
de rpondre ainsi  leurs parents ! Elle tourna le dos, prsenta les
fesses et ouvrit la main comme pour un pied de nez, en se fourrant le
pouce dans le derrire.

Teresa lui donna de la main deux claques sonores au mme endroit, puis
l'enleva dans ses bras toute lgre, se la frotta sur les seins,
la fit rire et lui dit :

 Tu ne vas pas te coucher ? Tu veux voir dpuceler Mauricette ? Eh
bien ! fais-nous des intermdes, va te costumer. On t'attendra. 

Si putain qu'elle ft, la petite Lili tait trop nave pour
comprendre qu'on voulait se dbarrasser d'elle. D'un saut joyeux,
elle quitta la chambre...

Teresa nous sourit,  Ricette et  moi. Puis elle se retourna... Elle
regarda Charlotte... et la scne qu'elle fit me fut plus pnible
peut-tre que celle dont j'avais toujours les accents dans l'oreille
et que Ricette en fureur lui avait inflige. Que se passa-t-il dans son
esprit ? Je ne sais. Par un sentiment plus humain que maternel eut-elle
besoin de rendre  l'une de ses filles les injures qu'une autre lui
avait dites ? Ou s'nervait-elle plus que nous tous au  programme
 de Mauricette ? Elle clata. Elle cria, ds le premier mot :

 La salope ! elle se branle encore !
- Oh ! maman ! dit Charlotte. Tu baises, tu jouis ; Ricette apprend 
sucer ; tu la fais jouir, tu lui fourres de la moutarde et un godmich
dans le derrire ; je vois tout a, je n'ai personne, et tu ne veux
pas que je jouisse aprs vous ?
- Aprs nous ? Mais tu l'as fait avant ! Ricette a eu un godmich dans
le derrire ? Toi, tu t'en es plant deux ! par les deux trous ! Parce
que tu n'as que deux trous ! Si tu avais cinquante trous dans le cul,
il te faudrait cinquante godmichs tous les quarts d'heure, salope ! 

Charlotte cessa. Elle ne pleura point et ne rpondit plus ; mais elle
reposa son coude sur son genou et son front dans sa main : attitude
de l'accablement.

Je souffrais plus qu'elle, oui, plus qu'elle, de ce que
j'entendais ; et je compris d'un mot quand, au mouvement que je
fis pour me lever, Ricette me retint des deux bras et me dit 
l'oreille :

 Tais-toi donc, a l'excite. 

Mais j'tais debout malgr ce geste et, de la main, du regard,
j'arrtai la scne.

Teresa me fit taire  mon tour, sans prolonger pourtant ce que j'avais
tant de peine  entendre.

 Dis-le donc, dis-le toi-mme devant ta soeur qui est
pucelle. Qu'est-ce que tu es ?
- Une pauvre putain.
- Pourquoi es-tu  poil comme une fille de bordel ? Est-ce que tu n'es
pas au-dessous des filles de bordel ?
- Oh si ! Elles ne font pas ce que je fais !
- Alors, va donc avec Lili. Mets ton costume de pierreuse et reviens. On
te parlera.
- Moi aussi !  cria Mauricette.

Je ne comprenais plus. Mais pendant que Charlotte sortait, lente et
triste  son habitude, Ricette m'entrana de toutes ses forces au
fond de la chambre et me dit, la bouche en avant :

 Ha ! qu'est-ce que maman m'a fourr dans le cul ? C'est du feu !
Je suis enrage ! Je vais faire ma toilette et je reviens pour toi,
mais il faut, il faut ! il faut que tu m'encules ! Tu me dpucelleras
plus tard. Je vais revenir avec Charlotte, nous ferons vite une scne ;
joue ton rle, appelle-la putain et prends-moi. T'as compris ? 

Singulire constatation : plus je les connaissais, moins je les
comprenais, cette femme et ses trois filles.

Reste seule avec moi, Teresa vint me parler. Je crus qu'elle allait
m'expliquer mon rle, mais elle avait bien autre chose en tte.

 Lili a raison, dit-elle. Jouir dans la bouche de Mauricette, c'est
plus patant que de la dpuceler. Quel foutre est-ce que tu as pour
qu'elle l'avale si bien ? 

Du corps et des lvres, Teresa devenait plus pressante encore que de
la voix, et, comme elle tait loin de refroidir mes sens, je rpondis
en l'embrassant :

 Demande  tes filles. Elles en ont bu toutes les trois.
- Quelle bouche aimes-tu le mieux ?
- La tienne. 

Et je ne mentais pas. Je la prfrais d'avance comme si je l'avais
prouve. Teresa pourtant eut un sursaut  cette rponse. Je craignais
 tout instant de voir la porte s'ouvrir, et, surtout pour ne pas
continuer sur ce ton, mais aussi pour l'interroger en quelques mots,
je lui dis rapidement :

 Qu'est-ce qui va se passer ? Qu'est-ce qu'elles font ?
- Je m'en fous ! dit Teresa en me donnant ses lvres. 

Cela tournait court. Je la ramenai au sujet d'un ton suppliant. Aprs
une minute de silence o je craignais tout le temps un de ces crescendos
que j'ai plusieurs fois dcrits dj, elle retint sa voix au
contraire et me rpondit, mais de si prs que j'avais ses cheveux
sur le visage :

 Ce n'est qu'un jeu. a lui fait plaisir. Elle aime ce
rle-l. Tu la connais bien.
- Qui ?
- Ma Charlotte, fit-elle tendrement. Je ne vois pas ce qu'elles font
toutes les deux, mais je le sais. Charlotte se costume en fille de
trottoir, et Mauricette en autre chose. Elles sont aussi gosses l'une
que l'autre. Elles font des comdies, mme quand elles sont toutes
seules, et, puisque tu es l, joue avec elles, quoi ! 

Puis, se montant, elle ajouta :

 Je les ai assez foutues  poil dans ton lit, mes filles ! Si tu ne
connais pas leurs caractres ! Si tu ne sais pas ce qu'il faut leur
dire ! ... 

Mais elles rentraient, toutes les trois dans de singuliers accoutrements.

                             XIV

La premire que j'aperus fut Mauricette. Elle portait un costume
collant d'arlequin, le mme sans doute que Charlotte avait eu  son
ge et dont elle m'avait longuement parl  propos de sa fameuse
gageure.

Charlotte, qui la suivait, me frappa d'abord par son visage. Elle
semblait ravie de  jouer un rle  au double sens de l'expression,
aprs avoir senti, plus que moi peut-tre, combien sa prsence tait
inutile et par moments importune. Toujours pousse par la folie qu'elle
avait de s'avilir, elle avait mis une robe noire, un tablier  poches,
un ruban rouge autour du cou et s'tait coiffe de telle sorte
qu'on lui aurait donn vingt sous de sa vertu sous le pont Notre-Dame.

Enfin, Lili tait en colire : tablier noir et natte sur le
dos. J'tais un peu trop jeune moi-mme pour faire le satyre devant
elle.

La pense qui me vint aussitt fut que jamais on ne pourrait tramer une
intrigue entre ces trois personnages et un jeune premier, ou qu'alors
la comdie serait absurde...

(Ah ! comme je voudrais que tout ceci ne ft pas vritable ! et comme
je choisirais mieux les costumes de la parade !)... Eh bien ! vous devinez
ce qui arriva ? Les jeunes putains ni les jeunes filles moins ouvertement
putains ne reculent point devant l'absurdit des comdies qu'elles
improvisent. Plus c'est extravagant, plus elles s'amusent et leur
jeunesse fait tout passer.

Ricette, encore une fois, me prit  l'cart et me dit en riant :

 Jouons vite ! Je suis presse ! J'ai le feu dans le
derrire !... 

 ce mot, elle rit si fort qu'elle ne pouvait plus parler. Elle reprit
pourtant :

 Et j'ai pas de chance parce que je passe  la fin ! Aprs moi,
naturellement, y aura un entracte ! 

Charlotte nous interrompit, mais avec un visage heureux que je ne lui
avais pas vu depuis le commencement de la soire :

 Tu sais ce qu'on va faire ?
- Oh ! pas du tout ! Je serais mme curieux de savoir comment on peut
construire un drame ou une comdie entre une pierreuse, une arlequine
et une colire. Vous avez une belle imagination toutes les trois !
- C'est pas malin. On fera des scnes, comme dans les revues. On
passera l'une aprs l'autre. 

J'aimais mieux cela. Pas vous ; mais moi. Quand on se prpare 
dpuceler une jeune fille de quatorze ans, il vaut mieux ne pas se
fatiguer l'esprit. Je laissai donc les trois soeurs se partager les
rles et en donner un mme  leur mre, bien qu'elle ne ft pas
costume. Mais Ricette, qui n'y tenait plus et qui sautait d'un
pied sur l'autre comme une petite fille qui a envie de pisser, obtint
que sa scne ft joue en lever de rideau, ce qui renversa tous les
plans et nanmoins ne choqua personne. Ah ! comme c'est facile de
faire du thtre !

 Monsieur, me dit-elle, je suis venue souper en cabinet avec vous,
mais c'est  la condition que vous serez sage.
- Pourquoi voulez-vous que je sois sage ?
- Parce que je suis grise.
- Vous ne l'tes pas assez.
- Et parce que je suis pucelle.
- Vous l'tes trop. Montrez-moi a. Quelle malheureuse infirmit
! Depuis quand tes-vous ainsi ?
- Ah ! monsieur ! C'est de naissance.
- Est-ce que vous souffrez ?
- a me brle. C'est affreux.
- Suivez-vous un traitement ?
- Oui, monsieur. Des massages. Avec le bout du doigt. 

Malgr le rire de ses soeurs, Ricette gardait tout son srieux. Elle
ajouta doucement :

 Quatre fois par jour.
- Et pas autre chose ?
- Oh ! si ! mais je ne vous le dirai pas. C'est un secret de jeune
fille.
- Je ne le rpterai  personne.
- Bien vrai ?
- Je vous le jure sur les perfections de votre patronne sainte Mauricette.
- a ne vous engage  rien, elle n'est pas dans le calendrier ;
j'ai t chrtiennement leve, monsieur ; je connais les trois
vertus thologales et l'histoire jusqu' Moise ; mais la sainte
Mauricette, comme elle n'existe pas, c'est rien de dire ce que je
m'assois dessus ! Et c'est pas elle qui me punira si je vous le donne,
mon secret de jeune fille... Ah ! l ! l ! je dconne ! Qu'est-ce
que j'ai bu ! a ne se voit pas, m'sieu, que je suis saoule ?
- Pas du tout... Alors, ce secret ?
- Maman m'a dit... que pour calmer leurs pucelages, sans les perdre,
les jeunes filles honntes... Ha ! ce qu'il fait chaud ici !... se
faisaient masser par-derrire... en mme temps qu'elles se massaient
devant.
- Par-derrire ? Mais par o ? 

Elle me montra les dents d'un air froce mais plein de gaiet,
qui semblait me dire :  Ah ! tu ne comprends pas ?  Puis, avec sa
facilit d'improvisation et reprenant pour jouer son rle le visage
de l'innocence, elle rcita :

 Maman m'a fait un costume d'arlequine avec une boutonnire d'un
centimtre au bon endroit, entre les cuisses, pour que j'aie la place
de passer mon doigt, et derrire, il y a un losange qui se relve. Vous
voyez, m'sieu ?
-  quoi cela peut-il servir ?
- Elle m'a dit en m'habillant : "Tu seras convenable, tu montreras
que tu es une jeune fille bien leve, tu ne prononceras pas de gros
mots, mais quand tu verras qu'il bande, tu lui prendras la queue,
tu te fourreras du beurre dans le trou et tu ouvriras les fesses en
disant que c'est la premire fois, que c'est honteux de faire des
choses pareilles, que tu n'oseras pas t'en confesser et que tu te
ficherais  l'eau si ta maman le savait."... Vous comprenez pas ?
- Elle ne vous a pas dit autre chose ?
- Si. En m'embrassant sur la porte, elle m'a dit : "Branle-toi
pendant qu'on t'encule, ne demande pas  ton mich o c'est
qu'on chie le foutre dans ce bordel-l ; mais fais-t'en seringuer,
ma gosse, depuis le derrire jusqu' la gueule, dcharge dans ta
chemise, dgobille dans le piano, pisse dans la carafe, gagne tes
cinquante francs par le trou du cul et surtout ne dis pas de gros
mots."... Vous comprenez pas encore ?
- De moins en moins. Votre pudeur, mademoiselle... Ce trouble qui rend
vos paroles confuses... 

Je devenais taquin et deux fois odieux ; car Mauricette jouait fort
bien. Si joyeuse qu'elle ft de coeur et d'esprit, je la vis sur
le point d'avoir une colre instantane. Je n'eus que le temps de
lui dire en me touchant le front :

 Ah ! j'ai compris !
- Miracle de la sainte Mauricette ! soupira-t-elle avec patience.
- Ce losange, on peut le lever ?
- Tu parles !
- Et regarder ce qu'il y a dessous comme chez les petites filles de
La Rochelle ? 

Non, non, c'tait fini. De mes lvres sur sa bouche, je l'empchai
de rpondre. Mes taquineries taient moins drles que son jeu,
et je ne les avais prolonges que pour m'amuser plus longtemps 
l'entendre. Je craignais qu'au premier contact elle ne cesst
toute comdie, mais l'amour du thtre chez les jeunes filles est
presque aussi fort que le plaisir des sens, et, pendant quelques minutes,
Ricette put soutenir son rle d'ingnue en cabinet particulier.

 Voyez, monsieur, dit-elle, la diffrence qu'il y a entre le vice
et la vertu. Les femmes hontes qui dansent le nu ont un cache-sexe
par-devant. Les pucelles tout habilles ont un petit losange qui se lve
par-derrire. (Et elle rit de tout son coeur sur la dernire syllabe.)
- Je connais bien mal les secrets de jeune fille et j'ai peur de ne pas...
- Alors, monsieur, laissez-moi faire. Maman me l'a bien rpt :
"Si ton client est un con, tu sais t'y prendre ; encule-toi !" 

Elle riait de plus belle ; mais cette fois elle avait pass la mesure. Je
n'aime pas ce genre de plaisanteries, et l'on m'objecterait en
vain qu'une vierge de quatorze ans a droit  quelque indulgence
pendant qu'on la sodomise. Ricette reut, pour le principe, les deux
ou trois petites gifles qu'elle mritait. Et alors... (J'ai oubli
d'crire ce dtail : la chambre tait vaste. Teresa, Charlotte et
Lili se groupaient au fond sur le divan. Nous jouions loin d'elles,
comme au thtre, et Mauricette pouvait me parler sans tre entendue
de l'assistance.)... Elle cessa de rire, tourna la tte et me dit
ardemment mais tout bas :

 C'est a que tu appelles des claques ? Ta queue me fait plus de
mal que ta main. Recommence.
- Mais non !
- Si. coute, que je t'apprenne, tout bas. Rappelle-toi ce que tu
as fait  maman sans le faire exprs. Prends-moi les poils, on n'y
verra rien, tu auras l'air de me branler... Non, pas ces poils-l...
plus bas... ceux des lvres... Oui... tire... tire-les... tire donc ! Mais
tire donc ! Je vais jouir... 

Et elle m'empoigna la main pour me faire tirer comme si j'arrachais
une poigne d'herbe.

L'entracte ne dura qu'une minute. Pour nous donner un peu de repos,
Lili en colire aborda Charlotte en pierreuse et lui dit d'un air
souponneux :

 T'es donc encore malade ? La pine de ton frre avait un drle de
got ce matin. 

Quand Charlotte avait ses nerfs, elle ne pouvait retenir ni sa gaiet
ni ses larmes. Surprise par cette phrase imprvue, elle rit derrire
sa main avant de rpondre. Puis, la scne commena, mais sur un
autre ton que celui de Mauricette. Entre elle et ses deux soeurs, il
y avait toute la distance du pensionnat  l'cole primaire. Lili
parvenait quelquefois, d'un saut,  franchir le pas ; sa fantaisie
et son instinct suffisaient  la conduire. Charlotte ne parlait que
le langage du ralisme obscne et sentimental. Le rle qu'elle
acceptait, qu'elle avait mme demand, ne ressemblait gure aux
types de Bruant. C'tait celui de la fille lasse et lche, qui a
toutes les servilits, reoit toutes les injures et (presque sainte
mais sans le savoir) s'accuse la premire de son ignominie.

Elle prit donc un air douloureux, et, quand Lili rpta :

 Un drle de got.
- C'est pas assez qu'il me fasse des queues avec une mme de dix
ans ! fit tristement Charlotte. Il faut que la mme vienne se plaindre !
a n'arrive qu' moi, ces choses-l.
- Une mme de dix ans ? Elle est moins gourde que toi, la mme de dix
ans ! Elle a branl le secrtaire du commissariat de police et quand
elle voudra le sucer, elle te fera foutre  Saint-Lazare.
- Ah ! il ne manquait plus que a dans ma chienne de vie ! Mais
qu'est-ce que je t'ai fait, ma gosse ?
- Tu m'as fait que tu vides les couilles de ton frre et que tu
mouches ton chat sur le bout de sa pine. 

Cette nouvelle expression de Lili mit en joie Mauricette, qui se releva
sur une main et suivit la scne.

 Saint-Lazare ! gmit Charlotte. Non, ma belle gamine, aie piti de
moi. Je te ferai tout ce que tu voudras, pour rien.
- C'est trop cher ! dit Lili, imperturbablement.
- Veux-tu voir mes poils ? Mes nichons ? Veux-tu que je te fasse mimi ?
- J'ai mes gousses ! 

Le ton dtach que prit ici l'colire tait si comique et si
ddaigneux que, tous, nous partmes de rire, mme Charlotte. Lili
continua sans se drider, aprs avoir tir de son panier une tranche
de pain :

 Fais-moi une belle tartine de foutre. Va chez le marchand de gaufres
pour la faire sucrer. Apporte-la-moi et donne-m'en tous les jours une
pareille pour mon goter  l'cole. Mais, pas de btises ! Si tu
me fous la vrole, c'est pour le coup que je te fais coffrer !... Je
l'aurai, ma tartine ?
- Ah ! je t'en ferais plutt deux avec ce que je tire de foutre pour
gagner quarante-cinq sous... L, sous le pont, il y a une flaque tous
les soirs... Chaque fois que je marche dedans, je me fous la gueule par
terre... C'est tout ce que tu veux, ma gamine ?
- Et puis laisse-moi regarder. Tiens ! un passant pour toi ! Vas-y ! Je
me cache ! 

Le dernier mot :  Je me cache !  avait bien dix ans. Mais ce fut 
peine si on me laissa l'entendre, car le passant... j'appris soudain
que c'tait moi. Charlotte me dit vite :  Tu comprends ton rle ?
Tu m'engueules, tu te laisses faire, tu ne bandes pas ; et voil. 

Je me rptai docilement :  Et voil !  Cette conception de
l'art dramatique tait d'une simplicit qui me rappelait Eschyle
plutt que le thtre contemporain. La scne aurait donc trois
parties... et la troisime tait si facile  jouer dans l'tat
o m'avait laiss Mauricette que je me rsignai mme  feindre
la premire avec assez de naturel pour satisfaire la manie de cette
pauvre et belle Charlotte. La seconde partie m'tait peut-tre aussi
peu agrable que la prcdente, et je ne me voyais pas suivre, comme
le songe d'une nuit embrase, la personne qui s'approchait. Tout
ceci fut cause que mon rle fut bien mal tenu. Je n'avais nullement
rougi d'tre infrieur  Mauricette, mais je faillis avoir quelque
dpit en reconnaissant que la simple Charlotte elle-mme savait mieux
que moi trouver son texte et camper son personnage.

Elle vint  moi la tte leve, la hanche en mouvement et me prit par
la manche :

 Tu viens t'amuser, mon joli ?
- Non.
- Viens. J'ai pas trenn ce soir. Je me suis lav le chat il y
a un quart d'heure. Viens sous le pont, je relverai ma jupe, tu me
peloteras et nous baiserons. Viens.
- Moi, te baiser ?
- J'ai pas de mal, tu pourras voir. J'ai pass la visite
aujourd'hui. Mais si on fait pas a, on fera aut'chose. Je serai
bien polissonne, coute.
- Fous-moi la paix !
- coute donc ! Tu sais pas ce que je vais te dire. J'ai envie de
pisser depuis deux heures. Veux-tu que je te pisse dans la main ? Tu
t'essuieras aprs ma liquette.
- Tu me dgotes. Ne me touche pas la manche avec ces doigts-l.
- Laisse-moi te dire au moins... Je suis si cochonne ! Tu n'as qu'
demander. Je ferai ce que tu voudras. Viens que je te suce la queue. Tu
jouiras dans ma bouche. Tu jouiras tout.
- Pas besoin d'une putain pour a ! Les jeunes filles s'y prennent
trs bien.
- Penses-tu qu'elles font comme moi le poisson souffleur ? Tu sais ce
que c'est ? coute donc que je te dise !
- Non ! Fous le camp ! D'abord, je n'ai que dix sous et il m'en
faut quatre pour prendre le tramway, ajoutai-je avec quelque honte de
ces imbcillits.
- Eh bien, donne-moi six sous, voil tout, tu seras plus gnreux
la prochaine fois. Donne-moi six sous et je te ferai le poisson
souffleur. Quand je t'aurai suc la queue, je rendrai le foutre par
le nez. 

Charlotte me donnait la nause. J'eus un vague sourire et, pour hter
la fin de la scne en provoquant une rplique trop facile  deviner,
je lui dis avec violence :

 Veux-tu t'en aller ou je t'encule ! 

Cette formule d'exorcisme est parfois efficace pour chasser les
raccrocheuses ; mais au moins une fois sur trois elle manque son but et
les retient au lieu de les pouvanter.

Charlotte, qui joua bien cette partie de son rle, me rpondit d'une
voix douce et du ton le plus indiffrent, comme si je lui demandais de
faire le poisson souffleur par la narine droite ou la narine gauche :

 Viens m'enculer, a m'est gal. Tu crois que je ne le fais
pas pour six sous ? Faut bien vivre. Et puis tu m'trennes. Viens
m'enculer sous le pont. Fourre bien ta queue, n'aie pas peur, tu
saliras pas ton linge, je t'essuierai avec l'envers de ma jupe.
- Charlotte, tu es immonde ! lui dis-je  l'oreille.
- Si tu crois que je ne sens pas ce rle-l !  rpondit-elle
tristement.

Malgr les sentiments teints que m'inspirait une pareille scne et
que j'ai  peine besoin d'exprimer ici, le jeu fut interrompu par
un accident singulier que mes jeunes lectrices ne comprendront point,
mais dont les jeunes hommes seront moins surpris.

Que l'amour et l'rection sont deux phnomnes distincts, voil ce
qu'il faudrait apprendre aux jeunes fines  la veille de leur premier
flirt. Rater une femme, c'est quelquefois prouver qu'on l'aime
jusqu' l'vanouissement des sens. Par contre,  l'improviste,
entrer en rection devant une femme qu'on n'aime pas, c'est la
traiter de putain d'une faon galante mais catgorique.

Et c'est ce qui m'arriva dans la bouche de Charlotte.  Dans
sa bouche ? direz-vous. Le beau miracle ! Un octognaire en et
fait autant.  Mais rellement, je ne m'y attendais pas, ni
personne. D'abord, mon rle tait de rester froid ; rien ne me
paraissait plus facile  mimer. Et la comdie de Charlotte ne m'avait
excit en aucune faon. Enfin, je sortais des bras de Mauricette
depuis... Au fait, voil l'explication. Une demi-heure s'tait
passe. La bouche fut une imprudence.

Mon accident agita tout le monde. S'il flatta Charlotte, on le devine,
Teresa en rit aux larmes, ce qui me fit devenir trs rouge, car je
n'avais nulle envie de rire, ni Mauricette non plus, bien que je lui
eusse fait signe de ne pas s'inquiter.

Heureusement, la saynte o Charlotte s'offrait en victime avait une
si grande lasticit que le renversement de la priptie ne changea
ni l'intrigue ni les caractres. Il donna mme plus de force  la
scne capitale.

Charlotte, reprenant son rle de pierreuse, psalmodia d'une voix
tranante :

 Je te l'avais dit que j'tais cochonne, que tu banderais bien dans
ma bouche. Qu'elle est belle, ta queue, mon petit homme ! coute,
j'ai mon frre qui me fait des traits avec une gamine. coute
pendant que tu l'as bien raide... J'ai envie ! J'en veux pas de
tes sous. Encule-moi bien loin, laisse-moi me branler et si tu me fais
jouir, tu ne me donneras rien. Tiens ! le voil, mon cul. Mets-la,
mets-la vite ! 

Elle se tenait debout, penche en avant, la jupe noire releve sur les
reins, les fesses nues, dans une attitude o elle reprsentait avec
naturel, avec talent, l'extrme servilit de la prostitution. Et
elle reprit de sa triste voix :

 O qu'elle est, ta queue ?
- Je ne sais pas, fis-je distraitement. Tu peux en chercher une autre.
- Oh ! je te fais bander, je te suce comme il faut, je te dis de
m'enculer, que a ne te cotera rien, tu ne dbandes pas et tu me
plaques ? Je te dgote ! a te plat pas d'enculer une putain ?
Vrai ! Qu'est-ce qu'il faut que je fasse pour gagner tes six sous ?
Veux-tu me pisser sur la figure et que je ferme les yeux en ouvrant
bien la bouche ?
- coute, Charlotte, tu exagres !  fis-je pour l'arrter.

Alors, quittant son rle, parlant pour moi seul avec une expression
que je n'oublierai jamais, elle murmura :

 Non. 

                              XV

Mauricette bondit jusqu' moi, ravie que j'eusse court la scne
aux dpens de l'art dramatique. Elle ne voulait ni que Charlotte
ft toujours la cause de l'tat o elle m'avait mis, ni que je
retombasse dans l'indiffrence par distraction ou faute de soins.

Aussitt, elle eut la pense d'une nouvelle scne ; mais auparavant,
elle lana une de ces phrases que les filles de Teresa disaient si
naturellement et qui me laissaient chaque fois dans une stupeur sans
bornes.

 Lili, cria-t-elle. Fourre-moi ta langue dans le cul pour voir si
j'ai encore de la moutarde ! 

Et pendant que Lili soulevait le losange de l'arlequine, Mauricette
rpta :

 C'est effrayant ce que le trou du cul me dmange ! Non ! maman l'a
fait exprs de me mettre en chaleur par-derrire. Oh ! tu m'enculerais
douze coups avant de me dpuceler cette nuit !... Eh bien, Lili ? Quoi ?
- Ben, dit Lili, a sent le foutre, la gousse, le caca, la putain, la
moutarde, la guimauve, la queue, le jus de chat, la peau d'Espagne,
le caoutchouc du godmich, les suppositoires, le fond de bidet, le
rouge pour les lvres, la serviette  cul, la vaseline, l'amidon,
le musc, les chiottes de bordel et des saloperies que je n'ose pas dire.
- Que je n'ose pas dire ! rpta Ricette. Merci ! oh ! merci ! Viens
que je te foute une claque.
- Rends-moi plutt ce que je viens de te faire, dit Lili avec toupet
et en s'approchant sans la moindre dfiance.
- Regarde, me dit Ricette. Regarde si elle le sait qu'elle ne l'aura
pas, sa claque ! Regarde si c'est malin pour son ge ! La seule putain
de la famille, je te dis ! Elle vient de me faire une de ces feuilles
de rose  fond... Je la sens encore.
- Oui ! T'en ferais pas autant, dit Lili trs calme. Mais si je suis
putain, a vaut bien six sous, comme dit Charlotte.
- Un ! Deux ! Trois ! Quatre ! Cinq ! Six ! Pay ! dit Ricette avec
six baisers. Plus... 

Et elle lana gaiement ce  plus  en faisant l's, comme il est
de tradition  la Comdie-Franaise quand on annonce le crocodile de
l'usurier moliresque.

 Plus ! en l'honneur des circonstances, une prime exceptionnelle
et gratuite. Ce que je tiens  la main est  moi pour toute la nuit,
mais une fois maman l'a eu par le con et Charlotte par la bouche,
pendant que Lili soupire et nous dit qu'elle se brosse la fente en
regardant si ses poils poussent.
- Ils poussent pas ! insista Lili gravement.
- Alors,  titre de prime et avec la permission de monsieur, nous
allons faire une scne  trois o l'colire ici prsente aura
mon amoureux pendant une minute,  la condition de me le rendre.
- Fais attention ! fit Lili, srieuse. Devant Charlotte, il a band
sans le vouloir. Avec une aussi belle femme que moi, il est foutu de
dcharger. 

Ce jeu prsentait  mes yeux une curiosit franchement ngative,
donc assez rare et intressante, comme tout ce qui est le contraire
d'un idal connu. Pour le dire en d'autres termes, ces petites
scnes rotiques avaient aussi peu de rapport avec la dramaturgie
qu'avec l'amour.

Je le rpte sans craindre les redites. Ayez la bont de ne pas
croire que j'invente ce thtre enfantin. Si vous jugez que mon style
n'est pas celui d'un primaire, faites-moi la grce de supposer que
ces dialogues de courtisanes ne sont pas le fruit de mes veilles. Je
les ai nots parce qu'ils m'ont paru plus  jeunes filles 
que  putains , malgr leurs jeux de scne et leur vocabulaire :
contraste qui m'amusait ; mais, comme les dessins d'une enfant,
ils perdraient tout caractre sous la retouche.

Avant de jouer, je prvins Ricette que je reprenais un tat physique
moins rehauss d'ostentation, et que je n'aimais point  me montrer
sous un aspect ridicule ! On me donna donc un peu de repos  cet gard ;
pas pour longtemps.

La scne commena par un fortissimo comme une symphonie classique.

Sans avoir rien prpar :

 Tu sors de l'cole, ma petite fille ? dit Ricette. Ce n'est pas
vrai. Il est sept heures. Ta maman a d te gronder.
- Oui, elle m'a foutu la main sur la gueule parce que je suis rentre
avec un godmich dans le derrire. Que je m'en doutais mme pas. 

Les dbuts de Lili taient toujours imprvus, mais dlibrs. Lili
dirigeait la scne ; et de toutes les choses singulires que j'ai
vues dans sa famille, c'est aujourd'hui celle qui m'tonne le
moins. Ricette encore s'en tonnait pourtant et rit derrire sa main
avant de reprendre :

 Tu l'as encore ?  qui est-il ?
- Est-ce que je sais ? Y a tant de salopes qui m'enculent... Et comme
je leur tourne le dos, je peux pas les reconnatre. Ma mre a gueul
comme a : "Encore une putain de gougnotte qui t'a oubli sa pine
dans le cul !" ; c'est pas vous, mademoiselle ?
- Moi ? C'est moi la salope qui t'encule ? C'est moi la putain de gougnotte qui...
- Oh ! moussez pas ! J'ai rpondu : "C'est dans l'escalier,
maman. - Ben ! qu'elle a dit, va donc chez la grue d'en face voir
si c'est pas  elle, ce godmich-l." Je fais un acte de probit,
mademoiselle, en vous le rapportant.
- Et moi je te le renfonce ! A-t-on jamais vu des gosselines pareilles
qui font des visites de crmonie avec un godmich dans le derrire ?
Et qui ne vous passent mme pas la langue par-devant ?
- Non ! Je m'y reconnatrai jamais avec toutes les espces de
gousses : Y en a qui vous enculent ! Y en a qui vous dbarbouillent
avec ce qu'elles dchargent... On baise plus avec elles qu'avec
les michetons...
- Comment, tu es dpucele  ton ge ?
- Oh ! l ! l ! Misricorde ! Qu'est-ce qui me tombe sur le bout du
nez ! Il faudrait que je sois pucelle pour vous passer la langue dans le
cul ! Ben ! vous en avez pas, du vice ! Pourquoi le Bon Dieu m'a-t-il
donn deux trous si c'est pas pour que je m'en serve ?
- Moi, je ne me sers que d'un.
- N'y a pas de quoi vous vanter. 

Jamais Lili ne cherchait une rplique ; et Mauricette, dont le bagout
nous avait amuss une heure auparavant, sentit qu'il valait mieux pour
elle quitter le dialogue pour le couplet o elle brillait davantage :

 Et si, au lieu d'un godmich, je te donnais une queue toute
vivante ?
- J'aimerais mieux a que la queue d'un macchabe dit Lili avec
calme. Je ne suce que les queues vivantes.
- Attention ! si tu en veux une, tu vas me dire merci d'avance et
me faire un joli petit travail de gousse pendant que mon ami dort
dans la chambre  ct. Des baisers sur la figure, la langue
autour de l'oreille et les dents derrire le cou ; c'est le
commencement. Ensuite, tu me fais minette au bout du nichon droit et
au bout du nichon gauche jusqu' ce que je dise : "assez". Tu
laisses trembler ta langue tout autour du ventre, lgrement et sans
mouiller ; tu mordilles les babines du chat, ta langue passe dessous,
me fait  peine feuille de rose comme si elle n'osait pas, puis se
fourre dedans, revient, et travaille mon pucelage dans tous les petits
coins... Enfin, elle attaque le bouton ; et quand j'aurai fini de jouir,
je te donnerai une belle queue chaude pour jouer avec.
- Oh ! mademoiselle, fit Lili sans aucun enthousiasme, a vaut plus
qu'une queue, ce petit travail-l. a vaut cinquante francs. 

La rponse qui fit la joie de Teresa me prouva que Ricette voyait
juste en prtendant que Lili avait l'instinct de son mtier ; mais
c'tait  moi de jouer : je faillis rater mon entre.

Ds le premier mot, Lili redressa le sujet et se mit en avant :

 Bonjour, m'sieu. Mademoiselle vient de me dire qu'elle est vraiment
trop moche pour vous et qu'il y a longtemps que vous l'auriez
plaque si elle ne vous donnait pas des distractions. Alors, elle
est oblige de s'habiller en arlequine et de vous prsenter des
colires. Vous tes un peu maboul, n'est-ce pas ? Oh ! a fait
rien ! Je suis habitue. 

On ne lui avait rien dit de tout cela.  Quel culot !  fit Mauricette
entre ses dents. Mais Lili continuait :

 Ces grandes filles-l, a sait rien faire, voyez-vous. Elles ont des
pucelages partout, on les tourne dans tous les sens avant de trouver o
est l'entre. Et quand une fois elles sucent la queue, alors c'est
tellement patant qu'elles invitent toute la famille pour avoir des
applaudissements, comme si elles avalaient un sabre !
- Ah ! mais tu vas te taire, morpionne ! dit Ricette, nerve par les
rires de sa mre.
- Oh ! mademoiselle, fit Lili, trs calme, ne vous donnez pas la peine
de me fouetter. Je n'aurai pas besoin de a pour faire bander votre
amant, et je ne marche pas comme vous pour les scnes de torture. Allez
donc faire pipi. Revenez dans cinq minutes, apportez-moi le fafiot et
je vous rendrai monsieur. En bon tat. Allez. 

L'autorit de Lili s'affirmait  chaque rplique. Mauricette
elle-mme, aprs deux regards jets  sa mre et  moi, prit le
parti de rire, de se retirer, de ne pas rpondre et enfin  d'aller
faire pipi  comme on venait de l'y inviter.

La suite de la scne me gnait par avance et, ne sachant comment jouer
le rle du monsieur qui se fait prsenter des petites filles par sa
matresse en arlequine, je fus content de voir Lili redresser le sujet
pour la seconde fois par un tutoiement que je n'attendais gure :

 Ah ! ce qu'elle est vicieuse, ta poule ! Elle sait que t'as
couch avec moi ; elle m'a fait une leon de gousserie pendant une
demi-heure ; et puis, elle est alle se branler aux cabinets et elle
veut que tu m'enfiles quand elle rentrera. Le prsident de la cour
d'appel n'en demande pas tant avant de se mettre  poil. 

Je conte mal cette histoire si vous ne comprenez pas le fou rire
qui m'empcha de rpondre  la dernire phrase. Lili seule ne
riait pas. Elle tait mme presse et releva sa robe d'colire
jusqu' la ceinture.

 Dpchons-nous ! C'est srieux ! Si tu ris, tu vas me rater ! 

Je le savais bien ; mais Lili me donnait beaucoup plus de gaiet
qu'elle ne m'inspirait de concupiscence, et la jovialit bruyante
de Teresa troublait sans cesse les efforts que je faisais pour rester
grave. Il s'en fallut de peu que le flagrant dlit ne ft manqu. Par
hasard, Mauricette prolongea son absence de quelques minutes : cela seul
permit  Lili de continuer la scne selon ses conceptions et lui donna
l'accessoire qui lui tait indispensable.

Ds la rentre de sa soeur, Lili reprit son rle :

 C'est vrai, mademoiselle, que vous travaillez monsieur depuis
avant-hier, sans arriver  rien ?
- Penses-tu, grenouille ! Je l'ai suc  dix heures et demie, il
m'a encule  onze heures...
- Que vous dites ! mais il tait mou comme une loque devant vous,
et voil comment j'ai le plaisir de vous le rendre. C'est vingt
francs. Voulez-vous une facture ? 

Mauricette fit un geste de la main qui menaait Lili de quelques
reprsailles ; mais elle resta de bonne humeur et, sans se martyriser
l'imagination, elle dirigea son rle de faon  tenir sa promesse :

 Je n'ai pas d'argent, dit-elle, mais ce que tu tiens vaut
mieux. Prends-le la premire, ne me l'abme pas, rends-le-moi et
nous serons quittes. 

Lili eut alors l'expression la plus comique de toutes : un mlange
de dsillusion, de politesse et d'indiffrence, et, cessant de me
toucher, elle dit  sa soeur :

 Ce sera vingt francs de plus. 

Visiblement, Mauricette n'attendait qu'un prtexte pour se
montrer bonne joueuse : un mot qui ne serait pas une raillerie  son
adresse. Elle embrassa Lili en riant, puis l'empoigna par la taille,
lui releva les jupes et me dit :

 Tiens ! Prends-la par o tu voudras ! 

Une autre gosse et trouv drle de crier :  Maman ! on me
viole ! . Mais Lili ne faisait jamais de gaffes et d'ailleurs elle
avait quelque chose de plus press  nous dire, ou plutt  nous
rappeler :

 Mademoiselle ! Mademoiselle ! mais je suis une colire ! J'ai
mon pot de vaseline dans mon petit panier !
- Ah ! fais donc ton troite ! dit Mauricette. Est-ce que tu as besoin
de vaseline ? Je vais te cracher dessus. Tiens-toi bien ! 

Et Lili s'tant place comme pour jouer  saute-mouton, Ricette se
mit  cheval sur elle, mais  rebours et sur la nuque pour lui fourrer
la langue partout o je pouvais m'introduire. Puis, lui tenant la
taille entre ses deux cuisses, elle me dit avec entrain :

 Maman a deux cons, parce qu'elle a autant de poils derrire que
devant ; mais quand Lili ouvre ses fesses, dirait-on pas qu'elle a
deux trous du cul ?
- C'est encore mieux , dit Lili qui rpondit la tte en bas.

Celui que je pris tait pourtant bien un petit sexe et ai-je besoin
de dire avec quelles prcautions ? Oui ; il est mme utile que j'y
insiste pour accentuer le caractre moralisateur de mon crit. Apprenez
donc, lecteur ingnu, que le jour o vous baiserez une petite
fille en levrette, si vous ne la mnagez pas, vous la dfoncerez
et vraisemblablement elle ne survivra gure ni  vos maladresses ni
mme  vos excuses. Rien n'est plus dangereux que de prendre une
enfant dans une telle posture. Je ne dis pas cela pour les lycens qui
enculent leurs petites soeurs ; je le dis pour ceux qui les baisent et
qui risquent de les crever tant qu'ils n'auront pas lu cette page.

Une des erreurs populaires les plus rpandues est celle qui concerne
les dflorations prcoces. Beaucoup d'hommes se sont laiss dire
que pour bien dpuceler une petite fille, il faut que le pnis la
perce par la vulve et ressorte par la bouche, ou bien que, vice versa,
il pntre par le pharynx et reparaisse entre les pattes. Je n'ai
jamais essay ce tour de force. Les bons anatomistes  qui j'en ai
parl m'ont dconseill d'en faire l'exprience. Je vous le
dconseille  mon tour. Vous ne me direz plus que mon livre ne peut
tre laiss entre toutes les mains.

Comme la vertu n'est pas toujours rcompense, ma prudence et mes
scrupules reurent peu de plaisir en change.

Cessons toute mauvaise plaisanterie. Jouir d'une femme  l'instant
o j'en treins une autre... ah ! que cela est contraire  mon
temprament ! Je gote si peu la tromperie en amour que je rpugne
mme  l'adultre, et j'aime mieux vous conter cette histoire de
putains que d'crire ici par quels stratagmes j'ai mystifi un
homme cent fois pour escamoter sa femme.

Sous Mauricette et moi, la petite Lili me parut jouer son rle tout
 fait ridicule, car la plus cocue des deux n'tait pas pour moi
celle qui m'embrassait ; et cette complication plus sentimentale que
charnelle, ce renversement des ralits sous les chimres me causa
un tel trouble que je fis  Mauricette un signe de tte.

On ne pouvait nous entendre. Elle me dit tout bas :

  moi, maintenant ?
- Plus que tu ne penses. Ne me rpte plus cette histoire de moutarde,
c'est fini. Je te dpucelle. 

Son regard flamba ; elle dressa les seins, ouvrit les lvres pour crier :
 Oui ! . Mais elle se tut ; et, par un brusque virage de sa volont
fantasque, elle murmura :

 Viens ! je te dirai a derrire la porte ! 

Gentille, elle embrassa Lili, lui chatouilla les ctes, la fit rire,
la jeta, pour l'occuper, dans les jambes de sa mre et sortit vivement
sur mes pas.

 Lequel de nous deux en a le plus envie ? dit-elle en me serrant.
- C'est moi.
- Ce que tu te fourres le doigt dans l'oeil... Enfin ! Merci de le dire
et tant mieux si tu le crois... Attends encore une heure, veux-tu ? 

Mon visage plit, changea et elle me vit mcontent avant que j'eusse
ouvert la bouche.

 Alors, il faut que je te dise tout ! fit-elle en me serrant
davantage. Tu n'as pas entendu ce que disait maman ? J'ai un pucelage
en cuir comme tait celui de Charlotte... Ce sera une boucherie... 

Ah ! elle avait trouv le mot qu'il fallait dire pour ne plus me
tenter du tout.

 Je suis contente, poursuivit-elle. Plus tu me feras du mal, plus tu
me feras du bien ; mais quand ce sera fini, je serai  moiti morte...
D'abord, je voulais tout de suite. Mais maintenant... on joue... je
m'amuse... Je ne m'amuse pas toujours...

Elle acheva ces mots en inclinant la tte et presque avec la voix de
Charlotte. Je me sentis si confus de l'avoir attriste que je lui
promis de faire tout ce qu'elle voudrait et que je rsolus mme de
m'amuser autant qu'elle. Comme je prends rarement une rsolution,
j'aime qu'elle soit conue avec tmrit.

                             XVI

Charlotte sourit quand nous rentrmes. Il lui avait suffi de serrer sa
coiffure, d'essuyer son rouge, d'enlever son tablier et de mettre un
col en tant son ruban de cou... Dans sa robe noire, avec son air doux
et triste, elle avait l'air maintenant d'une institutrice orpheline
place dans une famille par une oeuvre charitable.

Elle s'assit devant un guridon avec sa petite lve et dit sans
aucun espoir d'obtenir une bonne rponse :

 Quelles sont les sous-prfectures de la Haute-Loire ?
- Si vous saviez ce que j'm'en fous ! dit Lili.
- Vous n'avez pas appris vos leons ?
- Si. J'en ai appris une. Montrez-moi vos poils d'abord et je vous
la dirai aprs.
- Quelle enfant ! mon Dieu ! Quelle enfant ! Est-ce que vous allez me
demander cela tous les jours parce que j'ai eu la faiblesse de vous
l'accorder une fois ?
- a m'tonnerait pas de moi.
- Je suis votre institutrice, vous ne faites rien de ce que je vous
ordonne et cela ne vous suffit plus de me dsobir, il faut maintenant
que je me plie  tous vos caprices ?
- J'allais le dire.
- Et aprs, vous me rciterez la leon que vous avez tudie ?
- Oui.
- Et vous comprendrez que je suis trop bonne, trop indulgente pour une
petite fille aussi drgle, aussi intraitable que vous ?
- Oh ! vot'gueule, mam'zelle ! fit la petite sur un ton inou. a va
bien ! ne me faites pas chier. Fermez-la, ouvrez les pattes, montrez-moi
vos curiosits et ravalez vos boniments par la gargoulette. Quand je vous
demande  voir un con, c'est pas de vous tout entire que je parle. 

Charlotte se ferma la bouche en effet. Elle avait le rire facile comme
les larmes. La main sur les lvres, elle releva ses jupes et laissa
Lili se livrer  toutes ses fantaisies d'improvisation :

 Je l'ai bien vu, maintenant ! Je sais comment il est, et si vous
ne faites pas ce que je veux, je le dirai  tout le monde que vous me
l'avez montr pour me pervertir.
- Qu'est-ce que vous voulez donc, mchante enfant ? dit Charlotte en
reprenant sa triste voix.
- C'est moi qui vous ai chip le paquet de lettres de votre copine
o il n'y a que des cochonneries. Je sais tout. Eh ben ! Vous en
faites des tours de putains toutes les deux !
- Je suis perdue...
- Oh ! foutue ! vous pouvez le dire, a ne vous salira pas la langue
autant que de me lcher le derrire, comme vous allez me lcher.
- Moi ?
- Oui, vous ! Et si vous ne me le faites pas, je courrai dire  maman
que vous avez voulu me le faire ! 

De tous les mots de Lili, celui-ci est un de ceux qui m'ont le moins
tonn. J'ai toujours cru que la femme de Putiphar devait avoir
une douzaine d'annes, et non quarante ans comme certains peintres
l'imaginent. J'en appelle d'abord  ceux qui ont vcu en Orient
et ensuite  vous, qui me lisez, si la psychologie des petites filles
ne vous est pas trop mal connue.

L'colire obtint de son institutrice la complaisance qu'elle
exigeait et qui n'avait rien d'invraisemblable : les matresses
de pension le font  leurs lves plus souvent que les parents ne
le pensent.

Lili garda quelque silence pendant que Charlotte  genoux, toujours
prte  s'humilier, prolongeait un peu le jeu de scne. Mais Lili
ne sortait point de son rle et si elle prit un temps, ce ne fut que
pour mieux dtacher, de sa petite voix indiffrente, un :

 J'aime beaucoup mieux a, mademoiselle, que de vous rciter les
sous-prfectures de la Haute-Loire. 

Et elle ajouta gentiment :

 Voulez-vous aussi ma langue, vous ?
- Par-devant , dit Charlotte, qui s'assit et se renversa, levant sa
jupe des deux mains.

Lili s'agenouilla, mais la fit attendre et devint taquine en
considrant l'tat de sa soeur :

 Oh ! ne mouillez pas tant, mademoiselle ! Vous m'en donnez trop
pour mon ge. C'est pas la dose pour enfants, a doit tre la dose
pour adultes... Eh ! mais qu'est-ce qui lui prend ! La voil qui se
branle ! Assez ! Assez ! Pas d'inondations ! 

Elle carta le doigt de Charlotte, colla sa bouche au mme point...
et la scne  peine commence fut suspendue par un coup de thtre.

Teresa, en peignoir, traversa la chambre  grands pas, prit le rle
de la mre, interpella Charlotte :

 Ah ! voil les leons que vous donnez  ma fille, mademoiselle ?
- Oh ! madame !...
- Je vous confie une enfant de dix ans pour lui apprendre le franais,
l'histoire, la gographie, les langues vivantes, et voil quelles
langues vous lui enseignez ? Va dans ta chambre, Lili ! Et vous,
mademoiselle, venez dans la mienne. 

Teresa, parlant  la cantonade, se tourna vers Mauricette assise sur
mes genoux et dit :

 Je n'ai pas envie de jouer, j'ai envie de jouir. Aussi, a ne
tranera pas. 

Puis, saisissant le bras de Charlotte, elle reprit d'un ton plus doux :

 Mademoiselle, j'ai trouv cette nuit dans le tiroir de ma fille
le paquet de lettres qu'elle vous a pris. Votre amie vous traite de
gousse, de putain... C'est effrayant ! Elle parle sans cesse de votre
langue... Elle vous demande combien de fois vous vous branlez pour elle.
- Ah ! madame ! Voulez-vous que je me tue ?
- Ne vous troublez pas.
- Je suis une misrable crature.
- Confessez-vous et je vous pardonne.
- Mais j'ai tous les vices.
- Moi aussi. 

Et Teresa nous jeta un regard pour accuser encore sa dsinvolture 
mener d'un bon train les scnes dramatiques. La conclusion fut celle
que l'on devine, et ce qu'elle eut de plus curieux pour moi lui vint
de Lili, qui eut assez de tact pour ne pas troubler sa mre en prenant
une revanche sur son flagrant dlit.

Elle attendit que tout ft termin ; puis, toujours en travail
d'imagination et d'initiatives, elle alla parler tout bas  sa mre
et  sa soeur, parut leur dicter la suite de leurs rles et cria vers
nous :

 Second acte, huit jours aprs ! 

Comme au dbut du premier acte, l'institutrice et l'colire
s'assirent devant le guridon.

 Vous savez beaucoup mieux vos leons depuis huit jours, dit
Charlotte. Mais qu'est-ce qui vous fait rire ? Soyez plus respectueuse !
- C'est un de vos poils du cul, mademoiselle, qui m'est rest
entre deux dents et qui me chatouille le bout de la langue... Non,
je crois que c'est plutt un poil de maman... Mais je ris pour a,
je vous assure. Je ne ris pas parce que vous avez l'air tourte.
- Lili !... Allons ! rcitez les deux pages que vous avez apprises
hier. Qu'est-ce qu'une petite fille ? 

Mauricette, au dernier mot, tressauta sur mes genoux et me dit tout haut :

 coute a ! C'est le catchisme qu'on avait crit pour
Charlotte quand elle tait petite et Lili le sait par coeur. 

Charlotte rpta... et Lili rpondit en nonnant exprs, comme si
elle ne comprenait rien, ce qui donna quelque drlerie  ses antiennes.

 Qu'est-ce qu'une petite fille ?
- C'est une petite saloperie qui ne pense qu' tter les cons et
les pines, qui se branle du matin au soir, pisse partout, lve sa robe
et montre son cul pour voir celui des autres.
-  quoi peut servir une petite fille ?
- On se le demande.
- Quel miracle a fait la bont de Dieu en faveur des petites filles ?
- Ce miracle est le don qu'elles ont reu presque toutes de faire
bander les messieurs comme si elles taient des femmes.
- Expliquez-vous.
- C'est un mystre.
- Et qu'est-ce que la bont du Crateur leur a donn de plus ?
- Le Crateur leur a perc d'avance deux trous et une bouche,
afin qu'elles n'aient pas l'humiliation d'avoir fait bander les
messieurs pour rien et qu'elles puissent miraculeusement leur servir
 quelque chose.
- En retour de ces bonts divines, quel est le devoir des petites
filles ?
- Toute petite fille qui fait bander un monsieur a le devoir de le
faire dcharger.
- Est-ce  elle de choisir le trou qu'elle prfre ?
- Cela ne la regarde pas. Elle n'a qu' donner celui qu'on lui
demande.
- Doit-elle mme attendre qu'on lui en demande un ?
- Non. La petite fille qui reste seule avec un monsieur lve sa robe
aussi haut que possible, s'excuse de n'avoir pas de poils et dit
poliment : "Voulez-vous me baiser ? Voulez-vous m'enculer ? Ou
aimez-vous mieux que je vous suce ?"
- Et si le monsieur lui rpond : "Va te branler plus loin ! je ne
baise que les femmes", comment doit-elle se comporter ?
- Dans ce cas, la petite fille s'loigne, mais elle peut s'abstenir
de toute masturbation sans manquer  ses devoirs religieux. 

 cet endroit, Lili s'interrompit au milieu de son rle, ce qui ne
lui arrivait gure ; elle tenait  me dire :

 Crois-tu qu'on m'en a fait apprendre, des conneries ! 

Et, aussitt, Charlotte ajouta :

 Pour elle, ce n'est rien. Mais moi ! Pense que j'ai appris tout a
en mme temps que mon catchisme ! Je m'embrouillais  la chapelle
et j'ai manqu vingt fois d'en rciter des phrases  monsieur le
Cur ! 

Sur un signe de Lili, elle revint au jeu :

 Trs bien. Vous ne savez rien de plus pour aujourd'hui ?
- Si, mademoiselle, je sais encore quelque chose, c'est que les pires
saloperies qu'il y ait sur terre, a n'est pas les petites filles,
c'est les institutrices.
- Ah ! cela devait m'arriver ! Je n'ai que ce que je mrite ! Je
me disais aussi : "qu'est-ce que cette enfant doit penser de moi ?"
- Voulez-vous que je vous le dise ? 

Ricette, qui s'agitait beaucoup sur ma jambe, me chuchota dans
l'oreille :  Si on lui dit, elle va se branler.  Mais Lili n'en
doutait pas davantage et, comme le fameux capitaine qui suivait les
soldats parce qu'il tait leur chef, elle ordonna ce qu'elle ne
pouvait empcher :

 Perdons pas de temps ! fit-elle. Donnez-moi ma leon de masturbation
et je vous rpondrai avant qu'elle finisse.
- O suis-je tombe ? dit Charlotte en levant sa jupe. Est-ce pour
donner des leons de masturbation  une petite fille que j'ai pass
mes brevets ?
- Vos brevets de putain ? Mais oui ! Et vous ne les avez pas vols ! Ni
les flicitations !
- C'est ainsi que vous osez me parler ? Vous traitez de putain votre
institutrice ?
- Ah ! la barbe ! Je vous coute, mademoiselle. J'attends ma
leon. Dchargez d'abord, vous baverez aprs. 

Le ton que prenait Lili pour lancer une rplique avait la mme
aisance que le choix de ses expressions ; mais ce sont l des
indescriptibilits.

 Je suis deux fois honteuse, commena Charlotte. Je vous apprends
des horreurs et je ne suis mme pas capable de vous les enseigner comme
il faut.
- a se voit bien, mademoiselle, que vous tes un peu conne. Allez
! ne vous troublez pas ; je comprends tout.
- Commenons par le cours lmentaire. C'est celui que je sais le
mieux, dit Charlotte, en riant. Ce n'est pas difficile. Vous mouillez
le troisime doigt l-dedans, vous le remuez ici... Voil.
- Et vous servez chaud ? demanda Lili. Eh ! l donc ! la voil
qui se branle et elle ne m'a rien appris. Quelle gourde que cette
institutrice ! Elle est aussi bte que putain. Voulez-vous continuer
ma leon ? fit-elle en arrtant la main de sa soeur.
- Je rpte, fit patiemment Charlotte en cherchant les termes savants
que toutes ses pareilles connaissent plus ou moins. Ce que vous voyez
l est ma vulve.
- On dirait un con, observa Lili.
- Vous trempez votre doigt ici, dans le vagin et vous le mouillez de...
de... comment a s'appelle, le foutre des femmes ?
- Vous le direz demain. Continuez.
- Si vous pouvez attendre, vous vous chatouillez par-dedans avec deux
doigts, ou par-dehors en vous tiraillant ces petites lvres, l. Si vous
tes presse, vous touchez tout de suite le... le clitoris que voici ;
vous appuyez, vous remuez de droite  gauche ou vous tournez autour...
- Mais la voil qui recommence !  la quatrime vitesse !
- Je n'en peux plus ! murmura Charlotte.
- Quelle ducation ! fit Lili en se tournant vers les
spectateurs. Croyez-vous que c'est dgotant d'avoir une matresse
pareille ! Au lieu de me montrer  crire, elle me montre  me
branler !  une petite fille innocente qui sait mme pas rciter les
sous-prfectures de la Haute-Loire !
- Moi non plus...
- Elle se fait juter sur tous les fauteuils, elle bouffe le chat de
maman qui est une sainte femme, elle sent le foutre comme moi la fleur
d'oranger et quand on fouille dans sa table  ouvrage, voil ce
qu'on trouve ! dit Lili en tirant de sa poche un godmich.
- Oh ! entre les mains de cette enfant.
- Vous me dgotez bien, mademoiselle.
- Je me dgote encore plus.
- Et vous allez voir comment je vous respecte. D'abord, finissez de
vous branler ! Assez ! dit la petite en tirant le bras de Charlotte.
- Oh ! Lili ! Lili ! j'allais jouir... je vais avoir une attaque. 

Lili obtint pourtant une minute d'arrt. Elle ceignit le godmich
en pinant avec une pingle le ruban trop large, et, tenant sa robe
d'colire que l'instrument retroussait comme le phallus norme
d'un petit dieu grotesque, elle dclara :

 Une putain d'institutrice peut bien tre aussi polie qu'une
saloperie de petite fille, pas vrai ? Rappelez-vous ce que vous venez
de me faire rciter...
- Quoi ? fit Charlotte gare.
- Encore plus andouille que putain ! rpta Lili avec compassion !
Voyons, ne vous troublez pas, ma fille, a va venir. Regardez-moi :
je suis un monsieur et vous me faites bander, il me semble que a se
voit ? Alors, qu'est-ce que vous devez me montrer ? Eh bien ! Mais
levez donc vos frusques, pochete !... Oh ! l ! l ! j'en ai chaud.
- Je sais mme pas ce qu'elle me dit, murmura Charlotte, en se
troussant, mais comme en rve.
- Et quand une saloperie comme vous montre ses deux trous  un monsieur
qui bande, qu'est-ce qu'elle dit ?
- Voulez-vous... me baiser... m'enculer... que je vous suce...
- Mettez-vous  genoux ! Donnez-moi vos fesses !... Non, mais voyez donc
comme elle ouvre a ! et comme on entre l-dedans !... Si c'est pas un
malheur pour une petite fille d'avoir une institutrice qui lui montre
son cul pendant toute la leon et qui se laisse fourrer  la fin un
godmich dans le derrire. Ce qui me dgote le plus, mademoiselle,
c'est pas que vous soyez putain, c'est que vous tes assez tourte
pour que je vous encule. 

Et alors...

                              *
                             * *

Alors, que se passa-t-il ? Le plus triste incident de cette aventure.

Charlotte avait-elle trop prsum de son got maladif pour
l'humiliation ? Lili, comme tous les enfants, manquait de mesure dans
la farce ; avait-elle abus du rle qu'elle achevait d'improviser ?

Non. l'explication que j'entrevois est la plus difficile  donner,
parce que j'cris ce livre  la premire personne. Mais, devant
l'amour de Charlotte,  il n'y a pas de quoi se vanter , comme
disait Lili. Ce n'est certes pas cette histoire que je choisirais entre
mes souvenirs si je voulais vous faire imaginer l'blouissement de
mes sductions et vous ne serez pas mue  l'excs, mademoiselle,
si je vous dis que cette nuit-l, o je ne quittai gure Mauricette,
Charlotte, plus nerveuse d'heure en heure, me parut aussi plus
infortune.

Car ce fut Mauricette qui dchana la crise. Elle rit. Je ne sais
pas pourquoi. Le dernier couplet de Lili tait ce qu'elle avait
dit de moins drle depuis une heure ; mais il tait fort injurieux,
Mauricette clata de rire. Immdiatement, Charlotte clata en sanglots.

Et quels sanglots ! Je croyais les connatre, les sanglots de
Charlotte ! Je fus pouvant de ce que j'entendis.

Elle se coucha sur le sol, comme une pauvre bte qui meurt, tira sa jupe
d'une main errante et maladroite, pendant que Lili, dcontenance,
la dlivrait par-derrire. Et ce ne furent pas des pleurs, mais des
cris qu'elle poussa, des cris, des cris, des cris...

Teresa me dit vite, en passant prs de moi :

 On l'a empche de jouir. C'est la faute de la gosse. Il ne
faut jamais arrter Charlotte quand elle se branle, ou voil ce qui
arrive. 

La crise tait pourtant forte, cette fois, pour inquiter ses soeurs
presque autant que moi-mme. Avec Teresa, elles relevrent Charlotte,
l'tendirent sur le divan, la prirent dans leurs bras. Mais les
grands orages ne cessent pas aussi brusquement qu'ils clatent. Quand
Charlotte put vagir  travers ses sanglots, ce furent des phrases
dsespres :

 Tu as raison, ma Lili... Je suis aussi bte que putain... Je ne suis
qu'une salope et une tourte... Et tout le monde se fout de moi... Et
on ne m'aimera jamais... 

                          PILOGUE

Heureusement pour ma sant, mais par un coup fatal au sein de mes
plaisirs, cette existence fut rompue quelques jours plus tard.

Un soir, la concierge me remit ce billet nigmatique et pourtant
dchiffrable.

 On nous ennuie de l-bas  cause du numro trois. Je les emmne
trs loin cette fois-ci ; mais on revient en quinze jours de ces pays-l
et nous nous reverrons. Elles t'embrassent. Nous avons t vraiment
gentilles, mais toi aussi. Je t'embrasse la dernire. 

Dirai-je que jusqu' cet instant je n'avais pas assez considr
tout ce qu'une telle aventure m'offrait de singulier, de complexe et
d'agrable ? Le dsespoir que j'eus  lire ces dix lignes fut cent
fois plus violent que n'et t mon plaisir si elles m'avaient
dit :  Viens ce soir. 

Je me rappelai le proverbe espagnol : Ayer putas, hoy comadres (Hier
putains, aujourd'hui amies intimes). Ce proverbe fait pour les femmes
tait plus vrai pour moi que pour aucune commre de Girone ou de
Saragosse. Mais avec la gaucherie sentimentale de mes vingt ans, je
n'eus d'amour pour ces quatre putains qu'une heure aprs leur
dpart.

C'est absurde et cependant, me dirait un prtre, cette absurdit mme
est une grce de la Providence ; il et t plus absurde encore que
je prisse de l'amour pour elles si elles taient restes quatorze
ans  ma porte.

C'est grand dommage que Dieu n'existe pas, car il fait bien tout ce
qu'il fait.

Ds que je pus relire  travers mes larmes le billet de Teresa, je
devinai qu'il voulait dire :  J'ai eu des ennuis  Marseille 
cause de Lili, qui est un peu jeune ; l'affaire n'est pas classe ;
on m'inquite jusqu'ici. Je pars pour... (le Chili ? La Plata ?)...
Nous nous reverrons. 

Et plus tard, quand ma douleur me permit de mditer, je me posai
comme une obsession ce problme qui, depuis le premier jour, restait
irrsolu :

 Pourquoi, aussitt aprs mon aventure avec Ricette, ai-je vu tomber
dans mes bras sa mre, sa soeur cadette et sa soeur ane ? 

Le problme,  la rflexion, me parut plus facile que je ne le pensais.

Ricette... oui. C'est tout simple.

Teresa... Je ne comprends pas.

Charlotte... Mollesse et docilit.

Lili... toute petite fille, dsire l'amant de ses soeurs.

Et, en fait, rien n'est plus commun que de voir trois soeurs se suivre
dans le mme lit et prendre tour  tour le mme homme pour amant. Ceci
est formellement condamn par les vieux matres de la thologie morale,
mais les mres ne mettent point entre les mains de leurs filles les
bons livres o l'on imprime :

 Ne couchez pas avec l'amant de votre soeur, vous commettriez un
inceste. 

Les jeunes filles ont bien des excuses.

