RENCONTRE AU COIN DU CIEL (par Blaster) (m/m)

title: Rencontre au coin du ciel
part: Complete
author: Blaster
keywords: m/m
language: Francais
age: 13 ans (m)
published: 01/07/2001

Auteur:     BLASTER
Titre :     Rencontre au coin du ciel

        
Cette histoire a t publie sur le site de la Plume bleue.

         
        Samedi, dbut de soire. Solitude en vue, mais je n'ai pas l'intention
de me laisser aller. J'ai entendu beaucoup de bien du dernier Eastwood, je
fonce.

 Chance, une place de parking se libre pas loin du cinma en question. La
soire commence bien. Je dambule tranquillement, il y a peu de monde en ville
ce soir. Il n'est pas assez tard. Je regarde autour de moi, parfois les
regards se croisent, mais ils fuient.

 Et puis je le vois. Il traverse la rue juste devant moi, et viens  quelque
mtres  peine appuyer de tout son poids sur la porte d'un salon de coiffure.
Ferme, bien sur. Il secoue un peu la porte, rien ne se passe. Je ralentis mes
pas pour observer son mange. Et l'observer, lui. Je suis estomaqu, il y a de
quoi. Il n'a pas 14 ans, il est blond, il porte un pull bleu vif et un bermuda
beige qui lui arrive aux genoux. Aux pieds, une bonne paire de baskets. J'ai
le temps d'enregistrer tout a et puis je le dpasse, il est toujours devant
cette fameuse porte, je me demande ce qu'il lui veut.

 Je traverse la rue. J'arrive devant le cinma, je jette un ?il  ma montre ,
il me reste 10 minutes  peine ... Je m'adosse  la barrire qui est l, mal 
l'aise. J'ai l'impression que tout le monde observe mon mange. Je me tourne 
demi et regarde ou il en est. Il a disparu. Vision, hallucination ? non, je le
retrouve de mon ct de la rue. Il marche d'un bon pas, dans ma direction.
Dieu, quel ange ! Bizarre, tout de mme. Je le regarde s'approcher du coin de
l'oeil.

 Il est l, devant moi. Il me tourne le dos, il regarde les affiches, celle du
film " Le Derrire " semble attirer son attention. J'ai hsit, j'irai
peut-tre voir ce film, finalement. Mais non, le voil qui repars. Je pousse
un hurlement silencieux et je fonce derrire lui.
 
Je ne pense pas vraiment, je n'ai d'yeux que pour cette frle silhouette qui
marche devant moi. Hop, il traverse la rue. Je continue sur mon ct, je le
regarde toujours, je marche au radar. Le lampadaire, attention, excusez moi,
pas de quoi. Il marche, le nez au vent. Qui est-il ? On jurerait un petit
Hollandais avec ses cheveux blonds et sa coupe typique, son allure de
touriste. Mais ce n'est pas la saison des touristes.

 Il s'attarde alors prs d'une voiture tout  fait quelconque, en fait le
tour, se baisse pour observer les plaques. Je m'arrte carrment en face. Il
me donne envie de rire. Je souris. Je voudrais qu'il me regarde, mais il s'en
fout, de moi et de l'envie que j'ai d'tre son copain d'un soir, de dconner
avec lui dans les rues, de sonner aux portes et de nous barrer en courant, de
lui prendre la main et de l'embrasser sous les regards outrs des passants.
Quelle folie !

 Il repart, il retraverse. Je regarde  sa place si aucune voiture ne vient,
car ce genre de chose ne semble pas le concerner. Preuve qu'il est bien un
Ange, que les choses de ce monde ne peuvent toucher. On dirait qu'il est en
train de dcouvrir un nouveau monde. Il est de nouveau sur mon trottoir et
quand il a travers, nos regards se sont croiss brivement,  vingt pas de
distance.

 Plus loin, il s'arrte  l'arrt de bus. Il semble regarder les horaires.
Dpit, car je pense que la balade s'arrte l, je le dpasse sans le
regarder, puis, vingt mtres plus loin, je me retourne. Il n'est plus l. Je
commence  avoir l'habitude. Voil qu'il court  travers la chausse,
indiffrent au danger, se retrouve sur l'autre trottoir qu'il remonte 
prsent. Je suis de plus en plus interloqu, de plus en plus merveill, de
plus en plus en retard pour mon film aussi. Mais qu'importe. J'ai trouv un
Ange et cela n'arrive pas tous les jours.

 Je le vois qui entre dans une agence bancaire, enfin ce genre d'endroit que
les banques laissent ouverts,  condition d'avoir une carte pour y entrer. Je
tte ma carte bleue dans ma poche ; cette fois, je n'hsite plus. Je traverse,
me fais un peu klaxonner. Je remonte sur ses traces. Cette fois, mon c?ur bat
la chamade. Je vais entrer, a y est. Je plante ma carte dans le bidule, la
porte s'ouvre, on est seuls tous les deux.

 Il ne me voit pas, il est devant un distributeur. J'ai le temps de voir la
carte plastique qu'il tient  la main. Il est venu pour une raison prcise ...
C'est le genre de gamin qui a un compte bancaire, que les parents laissent
sortir aux alentours de huit heures du soir, des parents  la coule qui font
ceux qui ne savent pas que des mchants loups rdent dans la jungle des
villes, ou bien s'en foutent, ou je ne sais pas.

 Mon Dieu, je vais donc droit au distributeur qui est  ct du sien,
d'ailleurs il n'y en a que deux, l'endroit est exigu mais brillamment clair.
Je donne ma carte  la machine, et je regarde  ma droite.
 
L'enfant semble absorb par les petites lumires de l'appareil, il lit les
instructions, il tape des trucs sur le clavier. Le mien attend dsesprment
que je fasse quelque chose, eh il y a quelqu'un ?

 Non, il n'y a personne, juste un type entre deux ges qui meurt d'envie de
connatre ce garon qui est l et qui s'en fout.

 - Eh, qu'il fait soudain .

 Ca y est, il a parl, enfin si on peut dire. Sa voix lui ressemble. Il
commence  muer. Oui, treize ans, je pense.


 - Mmh, je peux t'aider ?

 - Non, mais ils disent que je ne peux pas faire de retrait avec ma carte.

 - Ton compte est  sec, c'est a ?

Il me regarde enfin. Ses yeux ... Essayez d'imaginer des yeux pareils,
multipliez ce que vous obtenez par la distance de la terre  la plus proche
toile, et fermez les yeux, sinon gare au vertige.

 - Ben on dirait que c'est a... Mais c'est bizarre ...

 Il fait la moue, une moue adorable.

 - Tu avais des projets et a tombe  l'eau ?

 - Oui, enfin non... Je ne sais pas comment je vais payer le bus, j'ai tout
dpens. 

Il semble rflchir un moment, puis hausse les paules et se dtourne de moi
pour se tourner vers le distributeur. Je fais de mme, un peu calm par le
simple fait de lui avoir parl, et je termine ma transaction, un beau billet
de 200 F crisse sous mes doigts et finit dans la poche de mon pantalon.

 - Dis-moi ...

 Il se tourne vers moi.

 - Je t'observe depuis un petit moment, l dehors ...

 - ...

 - Je t'ai trouv rigolo ...

Et je ne peux m'empcher de sourire en y repensant. Il se tient en face de
moi, il s'adosse au distributeur et soutient mon regard.

 - Ah, pourquoi ?

 - Je sais pas, tes allers et venues, la faon que t'a eu de regarder cette
bagnole, enfin tout a quoi.

 - Vous me suiviez ?

 Il n'a pas l'air effray en prononant ces mots, ni accusateur ni rien. Et a
ne ressemble pas  une question. On dirait qu'il a tout compris.

 - Euh non, pas vraiment, tu tais l, devant moi, et je te regardais. C'tait
sympa.

 - Ah. Merci.

 Il me regarde toujours, avec une telle intensit que c'est moi qui baisse la
garde. Il me vient une ide. Mais je la garde pour moi car un type vient
d'entrer dans l'annexe de la banque. Il nous dvisage une seconde, je m'carte
du distributeur que je viens de quitter et je m'tonne, je fais le type que
rien ne peut atteindre ni gner et je regarde le beau gosse qui est l et je
lui dis " on y va ? "

 Dehors, je respire un bon coup et je me tourne vers lui. Je lui demande son
nom. Il me le dit de sa voix hsitante. Il s'appelle Gal. Merveilleux prnom
entre masculin et fminin, du mme acabit que Dominique, avec toute
l'ambigut qu'il contient. Je lui dis que c'est comme a que je m'appelle
Dominique.

 Je regarde la nuit, il y a un moment de flottement entre nous. Je reprends
mon souffle, parce qu'il faut que je parle. C'est mon rle de parler, l, sur
ce trottoir, maintenant.

 - Ecoute, je dis trs vite, tu ne me connais pas et tu n'as aucune raison de
me faire confiance. Alors pour ton problme de transport, je peux arranger a
en te payant ton ticket de bus maintenant, ou mme en te payant un taxi, mais
il y a aussi une autre solution, je t'emmne chez toi, il n'y aura pas de
problme.

 Ouf, ca y est, je me suis lanc. La balle est dans ton camp, petit.

 Il est merveilleux, Gal. Vous l'ai-je dit ? Le voil qui prends son temps.

Il s'adosse au mur. Il a l'air de chercher quelque chose dans la poche de son
bermuda, je le dvore des yeux, je regarde ses mollets minces et j'ai le temps
de remonter jusqu' son visage et de dtailler sa coupe de cheveux, courte et
dgage sur les tempes, tout en trouvant le moyen d'tre bouriffe sur le
dessus, avant qu'il ne se dcide  me rpondre. J'attends.

 - J'habite pas loin,  ct de la gare. Je peux aller  pied, vous savez ?

 Mais il me regarde avec le mme regard que tout  l'heure, dans la banque. Un
regard dnu de quelque sentiment que ce soit, en tout cas pas de peur ni de
mfiance dans ce regard l, pas la moindre trace de soupon ni rien qui ne me
mette mal  l'aise. Je peux mourir si ce regard ne m'a pas transperc jusqu'
la moelle, s'il n'a pas dcid de tout  ce moment l, oui, j'en mettrais ma
main  couper.

 - Y encore une autre solution, j'ai fini par murmurer.

 - ...

 - Je t'accompagne  pied, et je paie un truc  manger ou  boire en route.
T'es d'accord ?

 Il a sourit. C'tait la premire fois que je le voyais sourire. Mes pieds se
sont dcolls de 10 bons centimtres. On est partis ensemble.

 .......

 Je l'ai regard s'engouffrer une portion de frites, un cheese-quelque chose
et une glace dans un pot en plastique, autour de nous des jeunes de tous les
ges clignaient des yeux sous les nons, c'tait un endroit hi-tech o il
avait fallu faire la queue un bon quart d'heure et o je ne mettais jamais les
pieds d'habitude mais ce soir j'avais toutes les peines de monde  nous
imaginer en train de nous en arracher. Je n'avais pris qu'une bire et nous
avions pas trop parl. Je me rendais compte que j'aurais pu tre son pre o
quelque chose dans ce got l, j'avais fait le calcul et a collait. Je me
rendais compte aussi que son vrai papa se trouvait quelque part et qu'il avait
forcment quelques penses pour son fils bien aim en ce moment prcis.

 - Tes parents, ils font quoi, ai-je demand innocemment ?

 - Mon pre il est coiffeur, et ma mre je ne l'ai pas vue depuis quinze
jours, ils ne s'entendent pas trop.
 
Je l'ai laiss siffler un bon demi-litre de coca, j'ai bu une gorge de ma
bire en pensant  la boutique o il avait essay d'entrer tout  l'heure.

 - Et l ... Ton pre il est rentr je suppose ? Il va pas s'inquiter ?

 Il m'a regard comme si j'tais une sorte de zombie, puis il a siffl entre
ses dents.

 - Non ? 

 - NON, il a fait en reposant sa barquette de frites. Pas de problme.

 J'ai frissonn en pensant  tout ce que laissait entendre, ventuellement, ce
" pas de problme ". Et puis j'ai dcid que non, il n'y avait effectivement
pas de problme. Je me suis dtendu. C'tait une merveilleuse soire, se
ft-elle termine l que j'avais dj eu mon compte de bonheur, c'tait
inespr. Pourquoi m'en faire  prsent. Pourquoi culpabiliser encore ?
 Plus tard, nous avons march dans la rue. Je le laissais choisir ses rues,
ses trottoirs. Je le suivais, tout en marchant  ses cts. Je pensais au
moment o il faudrait nous sparer. J'y pensais, et puis je n'y pensais plus.
Je pensais qu'il ne fallait pas que nous nous sparions.

 Il gardait le silence, et je respectais ce silence. Mais je sentais quelque
chose, une tension, que je ne savais pas comment rompre, je savais que je ne
m'en serais pas sorti avec une vanne quelconque ou une banalit, alors je me
taisais, et j'attendais.

 - Mon pre, il est pd, il a dit tout  coup, sans me regarder, sans
ralentir sa marche.

 Allons bon, on croit rver, j'ai pens. Coiffeur, et pd. Je n'invente rien.

J'avais vu dans ses yeux,  table, une lueur s'allumer quand j'avais parl de
son pre. Je ne savais pas trop quoi dire ...

 - Tu le sais, ou tu le souponnes de l'tre ?

 - Je le sais.

 - Et ca te gne ?

 - Pfff ... Il a soupir. J'y peux rien. Mais le samedi, il sort presque
toujours ... Il voit un type.

 En laissant le fiston traner dans les rues, ai-je pens in petto, mais je ne
lui en voulais pas,  ce pre inconnu, non, je n'avais aucune raison de lui en
vouloir, goste que je suis.

 - Tu prfrerais qu'il reste avec toi, bien sr. Je comprends a.

 - Non, je peux faire ce que je veux, je suis tranquille. Le reste du temps,
a va, il s'occupe de moi. Il pense que je suis assez grand pour me
dbrouiller.

 - Tu as quel ge, au fait ?

 - 13 ans et demi. Et toi ?

 Je lui ai donn mon ge en bnissant ce tutoiement, que j'avais cru
improbable. Mais on peut se tromper sur tout.

 Comme il tait doux, ce soir l, de marcher  ct de toi Gal, dans ces rues
o les passants s'cartaient pour nous laisser le passage, car nous tions
cte  cte et rien ne pouvait nous loigner l'un de l'autre. Je nageais en
plein bonheur romanesque, ces confidences que tu venais de me faire me
rapprochaient de toi, et toi de moi.

 Tellement d'ailleurs, que sans y prendre garde, ou presque, j'avais fini par
poser ma main sur son paule, et qu'il ne l'avait pas retir...

 Au bout d'une ternit trop courte  mon got, il s'est soudain arrt. Que
se passe-t-il, me suis-je demand, qu'y a-t-il que tu veuilles me dire encore ?

 - On est arriv. C'est l que j'habite.

 J'ai lev les yeux sur une btisse imposante, genre rsidence un peu
dcrpite, mais je n'ai rien dit, j'ai eu l'impression qu'un moucheron s'tait
pos sur mon nez, j'en louchais. Est-ce la fin de l'histoire, est-ce le dbut
d'autre chose ?

 Comme je l'ai dj cris, tout s'tait jou dans un regard, quelques minutes,
ou des heures auparavant. Je ne le savais pas encore car on peut tre  ce
point aveugle  la source du bonheur et pleurer toutes les larmes de son corps
au moindre coup du sort.

 Au lieu des adieux auxquels je m'tais prpar, je l'ai regard ouvrir la
grille de la rsidence, pensant qu'il allait me planter l avec un quelconque
bye-bye,  la prochaine, tout en sachant que de prochaine il n'y aurait point.

 Puis il s'est avanc dans une alle sombre et crissante sous ses pas. Au bout
de quelques mtres, il s'est arrt, s'avisant sans doute que j'tais rest
indcis devant la grille ouverte.

 - Viens, il a chuchot.

 Qu' auriez-vous fait  ma place ?

 L'appart tait incroyable, il y avait une telle quantit de choses que a m'a
vite donn le tournis. A moins que ce ne soit autre chose, peut-tre la folie
de la situation  laquelle je parvenais pas  croire, peut-tre tout a
ensemble, les sculptures bizarrodes qui grimaaient derrire leurs vitrines
et les statuettes exotiques qui me faisaient de l'?il, et Gal la dedans, la
dedans avec son pre pd et absent, et personne d'autre que lui et moi O mon
Dieu que se passe-t-il ?

 La chambre de Gal, presque normale, comme un abri sous l'orage o il fait
bon se terrer avec l'tre aim.

 Le lit de Gal, le grand modle qu'on ne voit pas souvent dans les chambres
de jeunes garons ...

 Et puis ... Et puis LUI, et moi  genoux devant lui, moi redevenu petit
garon ou bien compltement gteux ou bien je ne sais plus ...

 Combien ont dur ces heures, combien ont dur ces jeux ? Qui pourrait le dire ?
Je ne sais pas lequel de nous deux a t le plus innocent, ou bien le plus
pervers. Je ne sais plus rien sur rien, pauvre de moi.

 Le lendemain, quand j'ai retrouv ma voiture, une fille des plus mignonnes
venait de lui en arracher le pare-chocs. Je ne sais pourquoi, cette fille si
dsole au volant de son bolide, l'air dbile de ma voiture avec son bout de
ferraille pendouillant dessous, le bleu du ciel et l'image dsormais ternelle
d'un Ange aux cheveux blonds ont eu raison de moi. J'ai ris comme un damn, le
visage tourn vers le ciel.

 ....

 PS : depuis, je suis all voir Jug Coupable. Je l'ai trouv vraiment extra.
Mais a ne veut rien dire, je n'tais pas seul, faut comprendre ... 
        

 
                  

 Ceci provient du site gratuit des HISTOIRES TABOUES cr en 1999 par Pedinc.

http://www.asstr.org/~histoires/  ou  http://go.to/histoires

Vous y trouverez la plus grande collection d'histoires en franais sur le sujet.

N'oubliez jamais que cela doit rester des fantasmes ...
Forcer un enfant au sexe dans la vie relle mrite la prison !

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