A propos de La petite marchande de fleurs de Gert Hofmann (littrature)


title: A propos de La petite marchande de fleurs de Gert Hofmann
part: Complete
author: ARTE
keywords: littrature
language: Francais
age: 12 ans
published: 20/05/2003



ARTE > Les petites-filles de Lolita > La petite marchande de fleurs


" Die kleine Stechardin " - une Lolita du 18me sicle ?
Par Janine Garbe

Le roman de Gert Hofmann intitul " Die kleine Stechardin " (Munich, dtv
1999) voque un couple ingal  deux gards : Georg Christoph Lichtenberg,
philosophe et mathmaticien de Gttingen, a 24 ans de plus que son grand
amour, la fleuriste Maria Dorothea Stechard. Avec sa bosse et son aspect
malingre, on peut le qualifier de laid, tandis que la Stechardin, ge de
douze ans, incarne par son corps d'enfant, son parfum de lavande, sa peau
tide et ses longs cheveux blonds, l'image mme de la beaut et de la
sensualit.

Le narrateur montre que " la jeune beaut et la bte vieillissante "
peuvent nanmoins se retrouver. Ils ont besoin pour ce faire de la
solitude hermtique de l'appartement du savant, de cet univers en marge de
la ralit quotidienne, loin de toute morale sociale trique.

C'est au lecteur de dcider s'il pense qu'un amour vritable peut voir le
jour entre les deux membres de ce couple ingal. Il se demandera ce que la
Stechardin trouve  cet homme laid, qui ne correspond en rien  l'idal du
prince charmant, auquel tout enfant aspire. Est-ce l'amour, la piti, la
fascination ou l'intellect de cet homme qui attirent la jeune fille ? Ou
le simple fait qu'il lui offre un lieu pour dormir autant que pour
s'instruire ?

Hofmann cultive l'ambivalence lorsqu'il voque leur relation. La
description relativement brutale et repoussante de la premire nuit du
couple est suivie par des pisodes narratifs qui tmoignent d'un amour
vritable de part et d'autre.
La particularit de la relation entre Lichtenberg et la Stechardin rside
toutefois, contrairement  Humbert et Lolita, dans l'galit des droits et
de la condition de l'homme et de la jeune fille. Malgr leur diffrence
d'ge, l'amour et la sexualit sont pour tous les deux une exprience
entirement nouvelle. Tous deux prouvent les mmes craintes et le mme
sentiment d'abandon. Lichtenberg n'est jamais vraiment sr de lui, il n'a
pas ce sentiment d'tre suprieur comme l'est Humbert. D'autre part, alors
que Lolita fait un distingo strict entre l'amour et les relations
sexuelles qu'elle entretient avec Humbert, l'amour et le sexe ne font
qu'un pour la Stechardin. C'est pourquoi Lolita rejette notamment les
baisers qu'elle qualifie de " fatras romantique ", tandis que la
Stechardin exprime le dsir d'tre embrasse.

Lichtenberg et la Stechardin surmontent les conventions sociales qu'ils
ont intriorises et arrivent  tablir une relation d'amour rciproque -
qui peut-tre finalement plus acceptable pour le lecteur que l'association
de convenance entre Humbert et Lolita, dans la mesure o dans cette
relation l'homme plus g ne fait que cder  des penchants pdophiles et
qu'il doit en change satisfaire constamment les caprices de la jeune
fille.




La vritable histoire de Lichtenberg et de la Stechardin (la petite
marchande de fleurs)
Par Janine Garbe

Lichtenberg, g de 35 ans et chercheur rput pour ses travaux sur la
tribolectricit, rencontre pour la premire fois la Stechardin alors ge
de onze ans au printemps 1777, en se promenant avec ses htes. Lichtenberg
achte  la petite marchande de fleurs un bouquet, et remarque comme ses
compagnons l'extraordinaire beaut de la petite. Anim d'intentions
philanthropiques des plus honorables, Lichtenberg dcide de soustraire la
jeune fille au commerce des fleurs pour la mettre  l'abri des mauvaises
influences. Il lui propose une invitation chez lui qu'elle accepte en
venant un aprs-midi accompagne de sa mre. Suite  des visites
rgulires, elle finit par s'installer dfinitivement avec Lichtenberg.

Ce qui attire Lichtenberg vers la Stechardin n'est uniquement sa beaut,
mais galement son innocence et son ignorance. Il veut faire une
exprience avec cette "materia pura et innocens" et duquer la jeune fille
en lui transmettant son exprience d'adulte. L'ducation intellectuelle de
la jeune fille, toutefois, s'accompagne chez Lichtenberg d'une rotisation
de la pdagogie. Les relations de Lichtenberg avec la petite Stechardin
ont une charge rotique, et doivent ncessairement dboucher tt ou tard
sur un acte sexuel. Lichtenberg ne rve pas d'une relation platonique mais
d'un accomplissement charnel. L'rudit est un jouisseur qui n'a que mpris
pour la sensibilit et l'exaltation qui rgnent  son poque, influence
notamment par le Werther de Goethe. L'essai de Lichtenberg intitul ber
die Macht der Liebe montre nettement que pour lui, l'amour n'est pas
seulement " l'affectation romantique " des jeunes gens, mais aussi un jeu
de pouvoir, dans lequel il n'y a pas des gens heureux ou malheureux, mais
uniquement des vainqueurs et des vaincus.

En l'occurrence, les femmes ne sont pas seulement des victimes aux yeux de
Lichtenberg, mais galement de vritables ogresses ou sorcires, qui
exploitent le dsir des hommes pour acqurir le pouvoir. La femme-enfant
que Lichtenberg prfre ne participe cependant pas  ce jeu de pouvoir
entre sexes, et est en quelque sorte hors comptition. Toutefois,
Lichtenberg se rend compte rapidement qu'il ne faut pas sous-estimer les "
petites femmes ". Dans une lettre date du 7 juin 1777 et adresse  L.
Dieterich, il crit en plaisantant :

" Mille mercis pour la verge, la conduite de cette mchante chatte donne
presque  croire qu'elle est une femme. Tout le monde se plaint delle, et
je vis un vrai calvaire, surtout l'aprs-midi. Le matin, nous rions l'un
de l'autre et nous badinons, tandis que nous nous gratignons et que nous
nous querellons l'aprs-midi. Nous vivons tout  fait comme un couple
mari ".

Lichtenberg vit ainsi quelques annes avec la petite Stechardin " dans un
mariage illgitime ", comme il l'indique dans ses carnets gribouills. Ce
bonheur partag prend fin aprs cinq ans seulement avec la maladie et la
mort de la petite Stechardin. Lichtenberg est durement frapp par cette
perte. Aprs une longue priode de deuil, il se lie pourtant avec une
autre femme ; celle-ci est galement nettement plus jeune que lui, bien
qu'elle ne soit pas une femme-enfant comme l'tait Maria Dorothea Stechard.

Bibliographie:

Wetzel, Michael: Der pdagogische Eros. Lichtenbergs Liebe, in : Mignon.
Die Kindsbraut als Phantasma der Goethezeit, Munich : Fink 1999, pages
79-89.


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