LILAS (1->3) (Par Inetamanto) (f/f, f/f/m, caresses, cons)

title: Lilas 
part: (1->3)
author: Inetamanto
keywords: f/f, f/f/m, caresses, cons
language: Francais
age: 10 ans
published: 29/02/2000


- Bonjour, comment tu t'appelles ?

Je suis reste la  la regarder sans pouvoir rpondre, tellement j'tais
surprise que quelqu'un vienne me parler.

- Tu ne dois pas pleurer comme a, tu vas t'user les yeux ! Moi, je m'appelle
Lilas.

J'ai relev la tte pour la regarder. Je n'ai d'abord vu que ses yeux noirs, ou
peut-tre marrons trs foncs, brillants, chauds, ses yeux sourire, trs tirs
sur le cot. Son visage avait la couleur du soleil, et ses cheveux lui
faisaient une frange toute droite au-dessus des yeux, et descendaient jusqu'
ses paules comme une vague noire, avec des reflets bleus.

Elle a pos sa main sur moi, et m'a embrasse doucement sur les deux joues.

- Je m'appelle Lilas et je suis ton amie.

Elle s'est assise  cot de moi, sur le banc dans cette cour d'cole que je ne
connaissais pas, et a mis son bras autour de mon cou, sans cesser de me
regarder. Moi, j'ai seulement pris sa main.

- Je m'appelle Nesrine et je viens du Maroc. Mes parents ont eu un accident de
voiture et ils sont morts tous les deux. Je suis reste chez ma grand-mre, la
mre de maman, mais elle m'a dit qu'elle tait trop vieille pour s'occuper de
moi, et elle m'a envoye chez sa soeur, ici, en France. Il y a un mois que je
suis l, et une dame est venue dire  ma tante qu'il fallait m'envoyer 
l'cole.

J'ai serr trs fort la main de Lilas, et j'ai encore pleur, ma tte sur son
paule. Lilas a essuy mes larmes avec un mouchoir en papier.

- N'aie pas peur, moi aussi, je viens de loin, je te raconterai. Tu as peur de
l'cole ?

- Oui, au Maroc, j'tais la premire de la classe, j'ai appris  lire en
franais et en arabe, mais j'ai peur de ne plus rien savoir ici, et il y a
longtemps que je ne suis plus retourne  l'cole.

- La matresse nous a dit que tu allais venir. Ne t'en fais pas, la lecture
c'est comme le vlo, quand tu as vraiment appris quelque chose, tu ne l'oublies
pas.

- Alors on est dans la mme classe ?

- Oui, c'est le CE1 B, ici c'est la deuxime anne du primaire. Jusqu'
maintenant, c'tait moi la meilleure de la classe. Ce n'est pas dur, presque
tous les autres ne pensent qu' se battre,  se dire des gros mots,  faire
n'importe quoi pour faire crier la matresse.

La cloche a sonn et Lilas s'est leve en me prenant par la main Des que j'ai
t debout, elle s'est mise  rire.

- Excuse-moi, s'il te plat, je suis juste contente, parce que tu es aussi
petit que moi, alors maintenant les autres ne pourront plus se moquer de moi.
Tu n'es pas fche ?"

- Bien sur que non, moi, ils m'appelaient microbe, et ma tante me dit toujours
que je ne suis qu'une moiti.

- a ce n'est pas trs gentil. Simon me dit toujours que je suis l'Unique et
l'image de l'Unique. Viens vite !

En arrivant dans la classe, Lilas m'a emmene jusqu' sa table. Elle m'a montr
la chaise  ct d'elle.

- Voil, ici, tu seras bien.

La matresse m'a demand de lire ce que je voulais. Lilas m'a vite pass un
petit livre que je ne connaissais pas, en me montrant du doigt une page.

- S'il te plat, lis-moi celle-l.

Je me suis leve et des que j'ai commenc, je ne savais plus trs bien o
j'tais, je ne voyais plus que les lignes devant moi, et j'entendais ma voix,
comme si quelqu'un d'autre me lisait ce texte. Et c'tait beau, plein de paix
et d'amour.

- Bonjour, dit le petit prince, qui es-tu ?

- Je suis le renard, dit le renard.

- On ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux.

La matresse avait une drle de voix quand elle m'a dit que je lisais trs
bien, et elle m'a regard comme j'avais fait quelque chose de bizarre.

Je me suis rassise et Lilas a pris ma main, l'a serre trs fort.

- Merci Nesrine.

Il y avait une larme au coin de ses yeux.

- Tu m'as fait un trop beau cadeau, Nesrine, merci.

La premire journe a pass vite. Les autres enfants de l'cole ne m'ont
presque pas parl, il y en a juste un qui m'a dit que moi aussi, je voulais
"faire ma belle" avec la matresse, comme Lilas. J'ai demand  lilas ce que a
voulait dire.

- Ne les coute pas, ils sont jaloux de toi aussi, parce que tu vas ramasser
toutes les meilleures notes, c'est vraiment n'importe quoi dans leur tte...
Ils font a aussi parce que tu es trs jolie, et que tu ne leur ressembles pas.

- Je ne me trouve pas jolie !

- Quoi ? Regarde-toi un peu mieux dans ta glace ! Tu as une peau couleur de
caramel au lait, avec un peu de coucher de soleil dedans, des cheveux qui font
comme un nuage autour de toutes tes tresses, et des yeux si verts que tu as d
les trouver dans un rve. Demain, c'est mardi, tu vas venir dormir chez moi, et
je suis sre que tu vas faire craquer Simon !

- C'est qui, Simon ? C'est ton pre ?

- Non. Mes parents sont morts tous les deux au Cambodge quand j'tais encore un
bb, ils ont saut sur une mine en voulant aller en Thalande, parce qu'il n'y
avait pas assez  manger chez eux. Je me souviens seulement du bruit et du
sang, et puis j'tais dans un camp de rfugis. Simon est docteur, il
travaillait dans le camp. C'est lui qui me donnait  manger et qui m'a appris 
parler franais. Quand il m'a trouve dans le camp, j'tais tombe, parce que
j'tais trop petite et que je ne trouvais rien  manger. Quand j'ai repris des
forces pour marcher, je l'ai suivi partout. Un jour, il m'a dit qu'il allait
devoir rentrer en France. Alors je l'ai regard trs fort, et quand mes larmes
ont coul, il a pleur aussi et il m'a prise dans ses bras. Je ne sais pas
comment il a fait, mais il a eu les papiers qu'il fallait pour m'emmener en
France.

- Il t'a adopte ?

- Non, il n'a pas de femme, alors c'tait trop difficile, mais je crois qu'il
est mon tuteur, ou quelque chose comme a. Et puis il dit que quand je serai
grande, je ne lui devrai rien. Moi, je dis qu'il est mon ami.

- Il ne dira rien si je viens dormir chez toi ?

- Bien sur que non ! Il m'a dj dit que je pouvais inviter qui je voulais,
mais je n'ai encore trouv personne, depuis un an que je suis ici, tu es la
premire  qui j'ai vraiment envie de montrer notre domaine.

- Qu'est-ce que c'est, un domaine ?

- C'est un peu comme un pays, trs grand, avec un tang, des canards, beaucoup
d'arbres, des fleurs, une immense maison, des chemins dans les bois... Et tu
verras !

Rien  dire de lundi soir. Ma tante avait encore bu, heureusement trop pour
pouvoir me frapper. Quand je lui ai dit que j'tais invite, elle m'a juste dit
que tant mieux, que j'allais la laisser tranquille jusqu' jeudi.

Mardi matin,  l'cole, Lilas m'attendait.

- "Tu viens avec moi aprs la classe ?

- "Oui.

- C'est super, il y a du soleil, Simon est trs content de te connatre, et il
y a des glaces plein le frigo !

- Moi, j'ai un peu peur. Il est gentil, Simon, il ne va pas me trouver...?

- Je t'ai dit qu'il est trs content ! Et puis, ce soir, il ne rentre que vers
six heures, il donne des cours  la facult de mdecine, et il s'occupe un peu
de son argent. Il est devenu trs riche parce qu'il a invent des mdicaments,
alors il va  la banque. Je lui ai dit qu'il pourrait changer de voiture, parce
que la sienne est presque aussi vieille que lui, mais il m'a rpondu qu'elle
peut encore rouler, et qu'il prfre le chocolat. Il est un peu 'fou du pays de
folie', mais c'est comme a que je l'aime, et toi aussi, tu vas l'aimer !

- Moi ? Personne ne m'aime.

- Et moi, je suis quoi ? Personne, peut-tre ?

- Pardon, Lilas, je t'aime aussi, mais c'est tout nouveau !

- Tu verras, les clins, c'est encore meilleur que les glaces ou le chocolat,
a ne rend jamais malade. Mais toi, tu te rends malade parce que tu n'as pas de
clins, je le vois dans tes yeux.

- Les clins... c'est quoi ?

- Attends ce soir, je te montrerai, et je te promets que si tu veux faire un
clin avec Simon, je ne serai pas jalouse, c'est comme si tu es meilleure que
moi en lecture, a me rend heureuse, tout simplement.

J'ai fait tourner ce mot dans ma tte toute la journe. Faire un clin avec
quelqu'un que je ne connais pas ? Enfin, comme dit Lilas, je verrai...

Il a fait trs chaud toute la journe, et quand la cloche a sonn la fin de la
classe, Lilas m'a prise par la main et nous sommes alles doucement, en
essayant de rester  l'ombre. Au bout de dix minutes, nous avons long un grand
mur.

- Tu vois la grande porte l-bas ? On arrive."

Les cheveux de Lilas et les miens taient tout mouills de transpiration. Nous
sommes arrives devant une grande porte en bois. Je ne voyais pas de poigne
pour ouvrir, mais sur la gauche de la porte, il y avait comme un petit
haut-parleur, et Lilas a dit :

- Bonjour, c'est Lilas.

Et la porte s'est ouverte toute seule.

- Qui a ouvert la porte ?

- C'est l'ordinateur, je te montrerai.

Quand nous sommes rentres, la porte s'est referme toute seule, sans bruit, et
c'tait un autre pays.

Il y avait de grands arbres, pleins de fleurs, et une grande alle de dalles
blanches et roses, qui conduisait  la maison, dont on voyait  peine le toit 
travers les feuilles. Lilas m'a montr un arbre couvert de fleurs blanches.

- Celui-ci, c'est le mien, c'est mon lilas.

- a sent trop bon !

- Quand j'tais au camp de rfugis, il avait un lilas comme celui-l, et je
mettais toujours une fleur blanche dans mes cheveux, parce que a sentait bon.
C'est pour a que Simon m'a appele Lilas. Personne ne savait mon prnom
cambodgien, et moi, j'tais trop petite, je l'avais oubli.

Lilas m'a emmene jusqu' sa maison. En entrant, elle a quitt ses sandales, et
je l'ai imite.

- Tu n'es pas oblige, tu sais, mais il y a de la moquette partout, et on
prfre marcher pieds nus, c'est un peu comme une caresse.

Je n'avais pas assez d'yeux pour regarder cette maison. C'tait un vrai rve,
compar au trou ou je vivais avec ma tante.

Il y avait un grand salon, avec une belle table en bois, qui me donnait envie
de poser ma joue dessus, tellement sa couleur tait tide et douce, des chaises
avec des coussins, un grand canap, presque de la couleur de la peau de Lilas,
une chane pour couter des disques et une tl aussi grande que moi. Sur la
tl un violon et son archet.

- Toutes les couleurs sont chaudes, ici, et le canap est de la mme couleur
que ta peau.

Je parlais  voix basse. C'tait presque trop beau, et j'avais peur d'tre en
train de rver, et de me rveiller si j'avais parl trop fort.

- Simon dit qu'on ne voit que mes cheveux et mes yeux quand je suis dans le
canap. Tu veux boire quelque chose ?

- J'ai eu trop chaud cet aprs-midi, j'ai soif.

Je ne comprenais pas pourquoi on ne voyait plus Lilas dans le canap, mais je
n'ai rien dit. Dans la cuisine, Lilas a ouvert le frigo, a sorti une bouteille
et a rempli deux grands verres de jus de mangue.

- On se fera un vrai goter tout  l'heure, mais d'abord, j'ai besoin de
prendre un bain, je me sens toute collante.

Lilas a ouvert deux boutons et a laiss glisser sa robe par terre. Elle s'est
assise toute nue sur sa chaise pour boire. Je la regardais avec des yeux comme
des assiettes.

- Lilas ?

- Oui ?

- Tu n'avais pas de culotte ?

- Je n'aime pas a, et je mets toujours des grandes robes  l'cole, alors a
ne fait rien. Je me sens mieux en dessous. Au Cambodge, je vivais toujours
toute nue. Je crois que j'ai mis ma premire robe l'anne dernire, pour
prendre l'avion avec Simon, quand je suis venue en France. Quand je suis  la
maison, je suis toujours toute nue, je me sens mieux, je suis gourmande des
caresses du vent et du soleil. Mais si a te gne, je peux me rhabiller.

- Hmmm..... Non, a ne me gne pas, enfin un peu, mais c'est dj fini. Tu es
trop belle comme a. Je peux prendre un bain avec toi, et je voudrais bien
essayer d'tre toute nue, moi aussi ?

Sans prendre le temps de rflchir, pour ne pas changer d'avis, j'ai enlev ma
robe. Je suis reste l, debout, je n'avais plus que ma petite culotte sur moi,
ma main sur l'lastique, et c'tait comme si je n'arrivais plus  bouger. Lilas
a pris ma tte entre ses mains.

- Tu ne dois pas te sentir force.

- Pas du tout, a me fait juste drle d'enlever ma culotte toute seule, ici, tu
peux m'aider ?

Lilas a pos sa main sur la mienne, et ma culotte tait  mes pieds, j'ai
soulev les pieds pour la ramasser et je l'ai pose avec ma robe sur une
chaise. Lilas m'a serre trs fort dans ses bras.

- Merci Lilas, c'est encore meilleur qu'un bonbon !

Nous avons pris nos habits sous le bras, pour monter  la salle de bain. C'est
la premire fois que je marchais toute nue, et c'est vrai que c'tait comme une
gourmandise.

- C'est une grande baignoire ou une petite piscine ?

- Non, la piscine est en bas, prs du salon.

L, j'tais vraiment en train de rver ! Il fallait descendre deux marches pour
entrer dans la baignoire, toute ronde. Lilas a fait couler l'eau, juste tide,
puis elle a ouvert une petite bouteille.

- Juste un peu de santal, pour sentir bon.

- Tu peux me mettre du savon ?

Elle a pris un gros savon au santal, l'a fait mousser dans ses mains, et a
commenc  me frotter doucement le dos, puis les jambes, les pauls, encore le
dos, en redescendant tout doucement, puis les fesses.

- Tu peux me mettre aussi du savon devant ?

Et Lilas a mis le savon, de sa main nue, sur mes joues mon cou. Quand elle est
arrive sur les petits boutons de ma poitrine, j'ai pos ma main sur la sienne
pour l'accompagner, doucement, jusqu' mon nombril, puis plus bas, jusqu' ma
petite fente.

- J'aime ta main, elle me fait des papillons dans le ventre. Regarde, moi aussi
je vais te laver !

Je me suis approche de Lilas, et de toute ma peau, nue  nue, j'ai partag
avec elle la mousse qui me recouvrait, puis je l'ai prise par les paules et
dos  dos, fesses contre fesses, et nous nous sommes allonges dans la baignoire
pour nous rincer.

En sortant, nous nous sommes essuyes. Nos habits sont rests dans la salle de
bain, et nous sommes descendues dans la cuisine pour goter.

Lilas a fait griller quelques tranches de pain, et a prpar des tartines de
confiture.

- Tu aimes ?

- Je crois que j'aime tout chez toi. Qu'est-ce que c'est, je ne reconnais pas
du tout le got ?

- C'est de la confiture de roses.

- Des fleurs ?

- Oui, c'est moi qui l'ai faite, Simon m'a achet un livre de recettes.

- Regarde, je vais te montrer comment je disparais dans le canap !

Lilas s'est allonge sur le dos, sur le canap, et les coussins taient
vraiment dors comme sa peau. Elle m'a ouvert les bras :

- Nesrine, j'ai envie d'un clin avec toi. S'il te plat !

J'ai saut dans ses bras et je me suis allonge contre Lilas, ventre contre
ventre, poitrine contre poitrine. Les mains de Lilas caressaient mon dos, mes
pauls, mes fesses.

- Tu me fais une musique  l'intrieur. Je t'aime, Lilas !

La musique des mains de Lilas sur ma peau, des toiles dans la tte, je crois
que je me suis laisse glisser dans cette paix. Je me suis endormie.

Quand j'ai ouvert les yeux, il y avait une grande main qui caressait doucement
nos deux ttes, et Lilas avait pos un doigt sur sa bouche.

J'ai tourn la tte, j'ai juste vu son sourire, et ses yeux, noirs, qui
m'envoyaient comme des mots gentils dans la tte. Puis ses cheveux, tout drles
et friss, un peu gris.

- Bonjour, Monsieur.

Il a sursaut comme s'il avait peur, a regard derrire lui :

- Monsieur ? Vos fer ayner ? [Quelle sorte de monsieur ?] Il n'y a pas de
'Monsieur' ici, et je m'appelle Simon. Et dis-moi "tu", parce que je risque
d'attraper des boutons et de me changer en crapaud si une charmante jeune fille
me dit "vous", tu comprends ? Barukh habo, yomteftige Maydele !

Lilas lui a dit :

- Ne lui fais pas peur, du total Meshugge ! [Total fou !] Ce n'est pas grave,
Nesrine, il a souvent une blague dans la bouche, et il parle yiddish quand il
est content, il t'a souhait la bienvenue, et il t'a appel yomteftige Maydele,
petite fille de jour de fte, a lui arrive de me le dire aussi.

Je me suis redresse pour m'asseoir avec Lilas, en l'entourant de mon bras
pass sous ses cheveux, et j'ai regard Simon bien en face pendant un moment.

- Merci. Je n'ai pas peur de toi, bonjour Simon.

Simon nous a regard toutes les deux :

- Dis-moi, Lilas mayn Kroyn [ma couronne], tu n'as pas forc ton amie,
n'est-ce-pas ?

C'est moi qui ai rpondu  la place de Lilas :

- Forc  quoi ? Lilas m'a offert du jus de fruit, aprs je lui ai demand si
je pouvais prendre le bain avec elle, puis nous avons got ensemble, et j'ai
vu que Lilas avait raison, les clins c'est encore, meilleur que le chocolat,
et on ne se rend pas malade.

Lilas a ajout :

- Tu sais bien que tu ne m'as jamais forc  rien,  part m'habiller juste pour
aller  l'cole, et que la violence reste de l'autre ctA de la porte du jardin
! Tu sais bien aussi que notre maison est magique, parce qu'ici on ne peut pas
mentir.

- Oy Vay's mir, Riboyne shel oyloym ! [Malheur  moi, Matre du ciel et de la
terre !] - il a lev les yeux au ciel - Tu vois ce que tu as fait de moi quand
je l'ai rencontre l-bas ! Qu'est-ce que je suis dans ses mains maintenant ?
Juste pareil que dans les Tiennes, un flocon de neige au soleil ! ... Bien, les
filles, j'ai eu une grande journe, et je crois que vous m'avez achev. Je vais
me mettre cinq minutes dans la baignoire pour enlever la fatigue.

Et moi, timide du pays des timides, j'ai os sans rflchir :

- Simon, on peut venir avec toi, j'aime l'eau parfume, et la baignoire est
assez grande ?

- Je ne sais pas si c'est une bonne ide, il m'arrive parfois d'tre tout nu
dans la baignoire, c'est plus pratique, et...

Lilas a pos sa main contre mon oreille et a chuchot trs vite :

- Je vais te montrer les mots pour le faire craquer.... Simon, moi aussi, j'ai
envie, et en plus tu dis des btises, je ne t'ai jamais vu habill dans la
baignoire ! Zay azoy git ! [S'il te plat !]

- Oui, Simon, Lilas aussi a envie, et puis j'avais compltement oubli, je ne
savais plus que j'tais toute nue, tu ne crois pas que je laisse les messieurs
me regarder toute nue, alors ici, nous ne saurons pas que tu es... que nous
sommes tout nus !

- Bereshit, 2, 25 'Ils taient tous les deux nus, l'homme et la femme, et n'en
prouvaient pas de honte.' Je crois que vous avez gagn, bienvenue  Gan-Eden.
Mais si tu te sens gn, tu me le dis simplement, d'accord ?

Trente secondes aprs, il essayait de ne pas tomber dans l'escalier ou Lilas et
moi le tirions chacune par une main, et Lilas faisait couler l'eau et mettait
du parfum dans la baignoire.

Il est devenu tout rouge en dfaisant les boutons de sa chemise. J'tais dj
dans l'eau et Lilas a regard Simon :

- Allez ! Zay nisht kayn Narr ! [Ne sois pas bte !]

Elle lui a t sa chemise, puis a dfait sa ceinture, et il tait tout nu sans
avoir eu le temps d'y penser. Il tait drle, il n'avait pas de poils sur la
poitrine, et pas beaucoup autour du sexe, trs joli, petit, et pos comme un
oiseau sur ses deux petits oeufs.[Dsol, on ne va pas vous sortir un
'twelve-incher' comme dans certaines histoires, il n'y en avait plus en rayon
(Inetamanto)].

Lilas s'est mise  rire :

- Tu vois, il a honte parce qu'il mange trop de chocolat et que a se voit !

- D'abord, quand je suis dans l'eau, a ne se voit pas, et le docteur ne me l'a
pas dfendu, et est-ce que je ne partage pas tout avec toi ?

- Tu parles, banane ! Ton docteur, c'est toi, et ce soir, il va falloir
partager en trois, et c'est Nesrine qui fera le partage, si tu es sage !

- Je suis toujours sage ! Comment dis-tu que s'appelle notre Khulemmaydele ?
[petite fille-rve]

- Je m'appelle Nesrine.

- Une petite fille-rve ! Un autre arbre  fleurs aprs le lilas, tu sais que
Nesrine, c'est l'glantier, le rosier sauvage ? Et en plus tu comprends le
yiddish ?

- Non, je ne l'avais jamais entendu, mais je comprends que ce sont des mots
gentils.

- Je vais te montrer quelque chose tout  l'heure.

Aprs le bain, nous sommes redescendus dans le salon, et Simon ne s'est pas
habill. Lilas m'a fait un clin d'oeil :

- C'est moi qui lui ai appris  rester nu sans avoir honte.

- Tu me l'as appris aussi aujourd'hui, et quand je serai ici, je n'oublierai
pas, c'est trop bon !

- Oui, Lilas m'a montr un coin de Paradis. Nesrine, je t'ai promis de te
montrer quelque chose. Viens.

Nous sommes sortis tous les trois nus dans le jardin, et le soleil me caressait
la peau, a me faisait doux, surtout l ou je n'avais plus ma culotte.

Simon nous a emmenes vers la porte, et  ct du lilas, il m'a montr un arbre
avec de belles fleurs rose ple.

- Voil, c'est l'glantier, c'est ton arbre maintenant.

J'ai pris la main de Lilas, et j'ai regard ses doigts entre les miens.

- Regarde, Simon, ses branches se mlangent avec celles du lilas comme nos
doigts. Merci, on ne m'a jamais fait un aussi beau cadeau.

Nous avons fait le tour de la maison, et j'ai vu la piscine, le toboggan, la
balanoire, les bois, tout un monde  dcouvrir demain...

Simon a prpar le repas.

- Simon, je ne veux pas dranger, mais je ne mange pas le cochon.

- Ca tombe bien, j'allais t'en parler. La dernire fois que j'en ai vu un, je
lui ai dit : coute, tu ne me manges pas et je promets que je ne mange personne
de ta famille. Et on s'est mis d'accord comme a !

- Elle a raison, Lilas, il y a un peu de folie dans ta maison, mais j'aime a !

Aprs le repas, j'ai partag le chocolat en trois.

Assise  ct de Simon, je sentais toute sa peau contre la mienne, et j'tais
comme dans un rve.

Lilas m'a donn son petit livre :

- "Tu veux bien nous lire le renard ?

Aprs, Simon a pris son violon, et il a chant aussi, tout doucement :

- Di Zin vet arinter gayn [Le soleil va se coucher]

Quand Simon a pos son violon, la nuit commenait  descendre, et la premire
toile s'est allume. Je me suis tourne vers Simon.

- Simon, clin ? ...Zay azoy git !

Il m'a regarde comme si je venais de tomber du ciel, et il a juste ouvert les
bras. J'ai saut sur ses genoux, j'ai appuy ma poitrine contre la sienne, je
l'ai embrass, juste sur le coin de la bouche, puis j'ai mis ma tte contre son
cou. Je l'entendais respirer, comme si je me mlangeais avec lui pendant qu'il
me caressait le dos, depuis les paules jusqu'en haut des fesses. Comme si je
le retrouvais aprs l'avoir cherch trs longtemps. Simon a pris sa respiration
:

- Lilas, ikh hob dir Lib ! [Je t'aime]

- Moi aussi, je t'aime, a rpondu lilas qui me caressait aussi.

Je me suis un peu redresse et je les ai regards tous les deux. Mes larmes
coulaient sans que je puisse les retenir, elles tombaient mme sur la poitrine
de Simon.

- Excusez-moi, je pleure, seulement parce que je me sens trop bien ici.
Pourquoi est-ce que vous tes tous les deux aussi gentils avec moi ?

- Feygele du mayn [mon petit oiseau], ne t'excuse jamais de ce tu ressens, tu
as le droit d'tre comme tu es, et c'est comme tu es que nous t'aimerons. Et
comment peut-on ne pas tre gentil quand on te voit ?"

- Simon... Ikh hob dir Lib !

J'ai remis ma tte contre son cou, une larme est tombe sur ma joue, une larme
de Simon.

Je n'avais jamais vu un homme pleurer, et je me suis mise  trembler. Qu'est-ce
que j'avais fait ? Est-ce que Simon, si gentil avec nous, pleurait  cause de
moi ?

- Simon, pourquoi tu pleures ? Je t'ai fait de la peine ?

- Seulement de la joie, Schetzle [petit trsor], seulement de la joie...

Lilas, tout contre moi, a pos sa main sur mes cheveux et m'a regarde :

- N'aie pas peur.

- Mes petites poussires d'toiles magiques, il serait peut-tre temps de
penser  dormir un peu ? Je vois des jolis yeux dj pleins de rves...

- Je peux dormir avec Lilas ?

- Il y a toujours une chambre pour ceux qui bnissent les nuits de cette maison
par leur passage, mais si Lilas le veut, il vaut mieux pour moi que je n'essaie
pas de lui rsister !

Lilas a pris ma main et s'est leve.

- Est-ce que je serai aussi folle que lui quand je serai grande, dis-moi,
Nesrine ?

- J'espre que tu seras folle comme lui !

- Si toi aussi, tu t'y mets... Oy Vay's mir !

En arrivant dans la chambre de Lilas, nous sommes tombes sur le dos dans le
lit. Il faisait encore chaud et Simon nous a juste recouvertes du drap de lit,
trs fin, rose ple, comme un souffle sur notre peau nue. Lilas me caressait
trs doucement, du bout des doigts, du cou jusqu'au milieu de la poitrine.
J'essayais de caresser sa main, presque sans y toucher. Dans le dbut de mon
rve, je l'ai entendue demander :

- Simon, chante-nous la chanson de la nuit, tu sais ?

- Le soleil va se coucher derrire la montagne, la nuit viendra et chantera
"lyu-lyu" sur les yeux, les paupires qui se ferment dj, pour dormir dans une
paix sans fin.

"Di Zin vet arinter gayn interm Barg

Vet keymen di Nakht un vet zingen lyu-lyu

Vet keymen di Nakht un vet zingen lyu-lyu

Ariber di Oygen vos foln shoyn tsu

Tsu schlufn in eyvige Ru."

La main de Lilas, la voix de Simon comme un bateau. On devrait toujours
s'endormir ainsi.

Plusieurs fois dans la nuit je me suis rveille, juste le temps de sentir le
corps de Lilas contre le mien.

C'est le matin, bien avanc. Le soleil entre par la grande fentre, le drap est
au bout du lit, et la lumire de la peau de Lilas sur moi cre des reflets.

Lilas a ouvert les yeux, et je la regarde :

- Lilas, dis-moi que c'est bien vrai.

- Mais oui, c'est vrai, nous sommes vraies toutes les deux, non ? Et si ce
n'tait pas vrai, alors nous nous sommes inventes.

- Merci de m'avoir invente.

- Merci  toi, mais ce n'est pas fini !

- On va sauter dans la piscine, pour avoir vraiment faim ?

Et l c'tait encore un rve ; je n'avais pas tout vu hier... La piscine tait
 la fois dans la maison et dans le jardin. Elle rentrait dans la maison  ct
du salon, et finissait dans le jardin.

- C'est une ide de Simon. L'hiver, on appuie sur un bouton, l, et des
cloisons se ferment autour de la piscine, alors on peut nager toute l'anne.

- Je n'avais encore jamais nag toute nue... C'est fini, je ne mettrai plus
jamais de maillot de bain !

- Tu seras bien oblige  l'cole, quand on ira  la piscine. Mais c'est
vraiment galre d'avoir un chiffon mouill qui colle aux fesses !

Nous avons couru dans le soleil pour nous scher. Et nous avions vraiment trs
faim maintenant.

Dans la cuisine, Simon avait laiss un petit mot :

"Mes lumires, avant d'aller travailler, je suis venu vous regarder dormir.
J'espre que quand je rentrerai, vous serez encore aussi belles que ce matin,
Lib, Simon."

- Nesrine, tu te souviens, hier soir, quand tu lui as dit en yiddish que tu
l'aimais ? A cause de a je t'aime des millions de fois plus, et lui aussi, je
vous aime presque trop.

- Lilas, je te rve, et je rve Simon.

- Je te jure qu'on existe pour de vrai, pas pour de semblant, et la confiture
va s'en apercevoir ! Ici on dit qu'on va se casser le ventre !

Il n'a pas t cass, mais bien rempli. Quand j'ai voulu prendre le pot de
confiture pour le fermer, j'en ai renvers la moiti sur moi. Je me suis mise 
trembler, en regardant la confiture qui coulait depuis ma poitrine jusque sur
mes cuisses, presque jusqu'aux genoux.

- Lilas... je te jure... je te jure que je ne l'ai pas fait exprs ! ... Je te
promets que je ne le referai plus !

- O est-ce que tu vois un problme ? Pourquoi est-ce que tu as de la peur dans
les yeux ? On ne va pas te battre ! Tu ne t'es pas fait de tache, tu n'es pas
habille ! Tu es trop belle comme a, viens te voir dans la glace !

Je me suis leve et Lilas m'a emmene dans sa chambre pour me regarder dans le
grand miroir.

- Regarde, tu brilles comme un gteau ! Pas de problme !

- Mais j'ai fait une btise !

- N'importe quoi ! ... Ta btise, c'est d'avoir peur que je me fche. Mais on a
le droit de ne pas toujours faire tout sans se tromper, on a le droit !

- Tu es sre que tu n'es pas fche contre moi ?

- Nesrine, je serais idiote, mchante si je me fchais pour un peu de
confiture, et si j'tais idiote et mchante, je me dtesterais !

- Chez moi...

- Je sais, mais ici, ce n'est pas grave du tout, la baignoire est l pour a...
Attends, j'ai une meilleure ide !

Nesrine m'a emmene  ct du lit, m'a regarde, des questions plein les yeux :

- S'il te plat... J'ai envie de goter la confiture sur toi...

- Tu veux vraiment, ce n'est pas sale ?

- On sort de la piscine, non ?

Je me suis allonge sur le dos, en faisant attention de ne pas faire de taches
sur les draps. Je ne savais pas trop quoi penser, mais j'tais bien dans ma
tte et dans mon corps avec Lilas, je savais qu'elle ne pouvait pas me faire de
mal, et a me faisait rire d'tre prise pour un gteau. Elle a touch ma peau,
au petit creux du cou et de la poitrine, de la pointe de sa langue.

- Nesrine, si tu n'es pas bien...

- Tu le sauras, pas vrai ?

- Oui, je le saurai, et j'arrterai tout de suite, mais c'est trop bon, tu es
toute sucre.

- Pour moi aussi, c'est trop bon. Tu veux encore ?

Lilas s'est couche prs de moi. Elle promenait sa langue partout sur le haut
de mon corps, et c'tait vraiment comme si elle m'inventait, comme si elle me
dessinait de sa langue. Elle a pass sur ma poitrine, et j'ai senti mes petits
boutons devenir deux petites pointes, j'avais dans ma poitrine des vagues et le
soleil et le vent de la mer, je prenais chaleur, souffle et vie, je naissais
enfin !

Lilas continuait de me peindre du bout de sa langue, j'ai su pour de bon que
j'avais un ventre tout plat, que mon nombril pouvait m'envoyer des rayons de
chaleur quand Lilas le touchait.

Puis elle est arrive au bas de mon ventre, l o il est un peu gonfl, et
j'tais dans un pays o les mots n'existent plus.

La bouche de Lilas caressait ma petite fente, sa langue au plus creux de moi me
frlait tout doucement, et chaque fois qu'elle passait en haut de ma fente,
tout devenait tout blanc et bleu j'tais lumire, j'tais un grand oiseau dor,
je ne sais plus, je crois que j'ai cri, ou peut-tre chant, je me suis
ouverte sur le drap, mes bras et mes jambes comme une toile, et je suis partie
tout l-haut.

Quand j'ai rouvert les yeux, Lilas tait allonge sur moi, nos joues taient
toutes mouilles, et elle prenait mes larmes sur ses lvres.

- Lilas, c'tait... BEAU, c'tait bon, tu ne peux pas savoir, merci, MERCI...
Je pleure de plaisir, je pleure de bonheur !

- Je crois que je sais, j'tais l-haut avec toi.

- Tu viens prendre un bain ?

Dans l'eau tide et parfume, j'ai caress Lilas de mes mains pleines de
mousse, c'tait la premire fois vraiment que mes mains se promenaient sur tout
son corps, et chaque centimtre tait pour moi une nouvelle surprise.

- Lilas ?

- Oui.

- Moi aussi... j'ai envie... de te goter.

- Mais je n'ai pas de confiture !

- Je n'ai pas envie de confiture, j'ai envie... de toi ! Et puis toi tu as la
couleur du miel.

Sans un mot, lilas m'a pris la main et nous tions dans le grand lit de
nouveau.

Ses cheveux coulaient autour d'elle, et je me suis assise sur le bord du lit,
pour la regarder de prs, les yeux noirs et les longs cils, les joues, le
visage en triangle jusqu'au menton, puis le cou, qui avait comme le mien un
petit creux en bas, la poitrine et ses deux petites pointes roses, la valle du
haut du ventre entre les ctes, le nombril comme un petit lac, et cette petite
colline avec sa fente toute fine, ferme lvre  lvre, juste un tout petit peu
plus large sur le haut, le haut des cuisses, les genoux, ses petits pieds...

- Tu es bien, Lilas ?

- Tes yeux me caressent dj, je commence  partir...

Et la peau de Lilas tait meilleure que la confiture, meilleure que du miel,
meilleure que tout. Partout je l'ai gote, sentie, respire, sa poitrine comme
deux petites graines, son ventre o je sentais sa respiration devenir forte et
calme, puis sa fente, comme un fruit vivant, humide et douce comme une bouche
o comme elle me l'avait fait j'ai pass ma langue, tout au long, et en
revenant en haut de son fruit je suis repartie dans le ciel rempli de couleurs,
et cette fois, nous tions deux grands oiseaux dans la lumire.

La voix de Lilas, mes jambes entre les siennes :

- Doux. Beau. Calme. Joie. Paix. Bonheur. Lumire...

- Doux et beau et rve et fort... Tu es belle, Lilas, bien plus belle que moi.

- Toi aussi, tu es bien plus belle que moi. Je suis belle parce que tu es l,
c'est toi qui me rends belle, tu sais dans le livre... Nous nous sommes
apprivoises.

D'un mme souffle, ensemble :

- Je t'aime.

Et puis nous sommes parties  rire comme des folles.

- J'ai oubli l'heure et j'ai faim !

- On va se faire une norme salade, avec des tomates, des anchois, du riz
parfum, des olives et des herbes, du citron vert, et Simon sera bien content
de trouver le repas prt quand il rentrera.

Aprs le repas, nous sommes retournes dans la piscine, puis nous sommes
restes allonges au soleil, sur une grande serviette au bord de la piscine.
J'ai pris le bout des doigts de Lilas entre les miens.

- Rien que des yeux et du bout des doigts tu me fais repartir.

- On peut aussi s'aimer juste du bout des yeux, du bout du coeur, c'est
toujours bon.

- Demain soir, il faut que je reparte chez ma tante, et puis il y a l'cole...

- Viens avec moi.

Lilas m'a emmene dans une pice que je n'avais jamais vue, il y avait un
ordinateur allum, et elle a pris la souris, tap deux ou trois mots sur le
clavier, puis elle s'est tourne vers moi :

- Dis-lui ton prnom.

- Nesrine.

- Voil, maintenant, il te suffit de dire ton nom devant la porte de la rue et
elle s'ouvrira pour toi toute seule, il est aussi rgl pour ta voix, alors tu
peux revenir chaque fois que tu veux, c'est juste un petit mot  dire.

- Lilas, tu es magique, mais tu sais, ma tante...

- N'en parle pas, a vaut mieux pour toi, ce n'est pas le moment de penser  ce
qui n'est pas beau. Bientt il y aura les vacances, et je voudrais t'emmener
avec Simon.

- Vous allez ou ?

- Quand Simon m'a ramene en France, je sus alle  l'cole, et j'ai presque
tout de suite appris  lire, mais quand Simon a parl de partir un peu ailleurs
pour l't, d'abord je ne voulais pas, parce que je n'avais pas envie de
m'habiller, je ne suis bien que quand je suis toute nue...

- Moi aussi maintenant...

- Alors Simon m'a dit qu'on pouvait passer des vacances dans des sortes de
villages ou tout le monde vit nu du matin au soir, et il m'a emmene en Corse,
on a pris le bateau,  un moment on ne voyait plus que la mer partout, et les
toils. La voiture tait dans le bateau, et aprs un peu de route, nous sommes
arrivs dans un village ou personne n'tait habill, il y avait plein
d'enfants, des terrains de jeux, et Simon avait rserv une petite maison pour
nous au bord de la plage. Au dbut, il tait tout rouge, et pas seulement 
cause des coups de soleil ! C'est l-bas que je lui ai appris  rester nu sans
avoir honte. Le soir, on tait souvent invits  manger chez des amis. Tu
aimerais venir avec nous ?

- Si ma tante ne veut pas ?

- On rglera le problme avec Simon, je te promets.

- Alors je pars tout de suite avec toi !

- Attends, il reste encore un mois avant les vacances !

Nous tions retournes sur notre serviette au soleil.

- Lilas, je suis un peu fatigue, est-ce que je peux te caresser encore un peu
?

- Tu sais bien que je suis gourmande de caresses et de clins. Mais moi aussi,
je veux te caresser !

Doucement elle a pos sa main sur le renflement du bas de mon ventre, et j'ai
caress sa fente, presque sans bouger. Nos jambes se sont refermes et nous
nous sommes endormies au soleil, sur le dos, mon bras gauche sous le bras droit
de Lilas, les doigts  la source de la douceur.

- Mais vous tes encore bien plus belles que ce matin !

- Simon ! Il y a longtemps que tu es arriv ?

- Le temps de rentrer sur la pointe des pieds, de faire quatre fois le tour de
la piscine, puis de me faire scher au soleil, en regardant mes deux toils
prfres ! Lichtik un fraylekh zol zayn ! [Qu'il y a de la lumire et de la
joie !]

- Lilas... il est toujours comme a ?

- J'ai bien peur qu'on ne puisse plus le refaire !

- Quand vous aurez fini de rire de moi ! J'ai oubli de vous dire que j'ai rat
deux ou trois crpes, et que j'en ai russi quelques autres, parce que j'avais
envie d'un dner de crpes ce soir, avec une super salade de toutes les
couleurs que j'ai trouve. J'ai aussi achet du glucose et tout ce qu'ils faut,
les roses seront bientt prtes, et Lilas, espoir de mes jours tardifs,
pourras-tu m'apprendre cette anne ?

- Moi aussi, j'ai envie d'apprendre... Simon, j'ai fait une btise, j'ai
renvers la confiture sur moi, tu vas me punir ?

Simon s'est retourn pour me rpondre, il avait un grand sourire et m'a parl
de sa voix la plus douce, presque tout bas :

- Nesrine, Faygele...

Lilas a serr les deux mains de Simon dans les siennes, trs fort, en le
regardant droit dans les yeux. Tout son visage avait chang, comme si elle
disait des choses silencieuses  Simon.

- Oui, Lilas, je comprends, mais j'tais srieux... Nesrine est pour moi
Faygele, parce qu'elle est un petit oiseau, et mme plus belle encore, je suis
d'accord... mais il y a de la peur dans ses yeux, elle ne sait pas encore
compltement que personne ne lui fera jamais aucun mal ici, tu comprends a,
Nesrine ? Personne ! Jamais !

- Oui, je comprends, mais je n'ai pas l'habitude.

- Faygele du mayn, il faut pour cela que tu reviennes souvent nous voir, Lilas
vient de me montrer qu'elle t'a donn ton mot de passe pour ouvrir notre porte,
et je te jure que tu seras toujours attendue ici, notre maison s'ennuiera
toujours sans toi. Et puis c'tait un joli accident, non ? Vous vous tes
trouves, vous vous tes partages l'une  l'autre, vous vous tes donn joie
et beaut... et a, c'est le meilleur de tout !

- Lilas t'a dit tout a avec ses yeux ?

- Lilas est un peu magique dans ses yeux et dans ses mains, mais nous
t'expliquerons a plus tard...

- Alors tu sais...

- Et je vous ai vues aussi dormir quand je suis rentr, belles comme les
flammes de Shabess, je n'osais mme plus respirer pour ne pas vous rveiller...
la seule rgle, c'est que tout ce qui ne fait que du beau et de la joie, c'est
bien, tout le reste ne mrite pas d'tre, mais vous avez
compris toutes seules. L'autre rgle que vous avez comprise aussi est : "je te
demande si je peux te donner, et je n'attends rien de toi en retour" voil
l'essentiel. L'Unique a dit  Mose "Tu aimeras"...

- Simon, on a faim !

- Lilas, Schetsele, c'est toi qui a raison de faire taire ce bavard que je
suis, nous aurons bien le temps de dire  notre amie les choses, quand la peur
aura disparu de ses yeux, et qu'elle pourra tout comprendre...Kim aher, di
Filosof ! [Viens, philosophe !] A table !

Nous avons mang dehors, la salade que nous avions laisse  midi, et les
crpes que Simon faisait,  l'oeuf,  la tomate, au fromage, et une dernire,
avec de la glace aux noix, du chocolat fondu et de la chantilly, puis nous
sommes rentrs sur le canap, pour voir s'allumer les toils. Nous avons pris
chacune un bras de Simon.

- Tu nous portes au lit, il y a cole demain.

Accroches chacune d'un ct nous nous sommes laisses porter comme des bbs.

C'est le petit matin du jeudi. J'ai eu beau gagner du temps, dj il faut
partir  l'cole.

Mais toute la journe, je suis  ct de Lilas. Finalement j'aime beaucoup
l'cole. Au Maroc, on me tapait sur les doigts, ici, la matresse est gentille.
Comme nous allons vite, avec Lilas, elle nous donne un peu de travail en plus,
puis nous avons le droit d'aller  la bibliothque de la classe pour prendre
des livres. Lilas aime toujours que je lui lise une histoire. Elle me donne la
main et cet aprs-midi, je lui ai lu "Mme et Gentigre", et nous tions
reparties ensemble dans un rve.

Jeudi soir, Simon est venu chercher Lilas en voiture, il m'a dit bonjour et il
a parl un peu avec la matresse.

- Tout va bien ?

- Mieux que a encore, Docteur ! Lilas a trouv une petite amie, Nesrine.

- Je sais, elles ont pass la journe ensemble.

- Ah bon, tout va bien alors ! Je ne devrais pas le dire devant elles, mais
elles comprennent tout du premier coup, elles parlent et elles crivent le
franais mieux que moi, elles sont polies, gentilles...

- Matresse, on te promet qu'on n'en profitera pas, on fera comme si on ne
t'avait pas entendu !

- Merci... Et puis, Docteur, Lilas tait complexe d'tre si petite, et Nesrine
est arrive, qui n'est pas plus grande et pas plus grosse qu'elle, alors elles
se sentent mieux dans la cour, vous savez, les enfants entre eux...

- Madame, ils parlent comme leurs parents. Je vous remercie de leur montrer que
la taille ne change rien  ce qui est dans la tte, et je vous remercie de ne
jamais avoir appel Lilas "petite" et de toujours l'avoir dfendue !

- Monsieur, si j'aime mon travail, c'est que je respecte les enfants, et des
enfants comme Lilas et Nesrine me font oublier bien des tracas.

- Merci madame, et dites bien  ceux qui voudraient se moquer que quand on est
debout, l'important est que les pieds arrivent par terre.

- Est-ce que vos clients vous prennent au srieux ?

- Mes tudiants  la fac de mdecine, toujours. Je travaille au service de
pdiatrie de l'hpital, et les infirmires sont parfois un peu inquites, elles
me disent qu'avec moi, il n'y a plus besoin de clown dans le service pour faire
rire les petits. Et puis j'ai eu la chance de trouver deux ou trois nouvelles
molcules pour gurir des maladies tropicales, quand j'tais chez Mdecins sans
Frontires. Alors le jour ou ils ne voudront plus de moi, j'ai encore de quoi
gagner ma vie. J'ai dj rduit mes horaires depuis que Lilas est ici...

- Vous tes bon, Docteur.

- J'avais oubli de vous dire... j'ai donn  Lilas un tlphone portable, en
lui faisant promettre de ne jamais l'allumer, sauf pour me joindre en cas
d'urgence, et de toujours vous le demander avant. Il suffit que Lilas ou vous
appuyiez sur le bouton, et vous pouvez me parler tout de suite. Il dclenche
une sonnerie spciale sur mon portable, et je saurai ou vient l'appel. J'espre
ne jamais avoir  m'en servir, mais on ne sait jamais, vous pouvez l'utiliser
pour toute urgence mdicale, et soit je viens, soit j'envoie les pompiers ou
les services mdicaux appropris.

- Pas de problme, Docteur, je fais confiance  Lilas.

- Encore merci, Madame, au revoir.

Simon et Lilas m'ont raccompagne  pied jusqu' la porte de chez moi, je
n'avais pas envie d'y aller trop vite

Les rves passent toujours trop vite, mais le cauchemar qui a commenc en
rentrant m'a paru sans fin.

Pourtant, je ne t'en parlerai presque pas. Ce qui est laid ne mrite pas qu'on
en parle trop.

Ma tante, ou celle que j'appelais ainsi tait la tte dans les bras, sur la
table. Elle avait encore bu, et je savais qu'elle allait encore me frapper.

Allong sur une chaise  ct d'elle un homme que je ne connaissais pas
ronflait la bouche ouverte.

Tout puait l'alcool dans cette maison. En essayant de ne pas faire de bruit,
j'ai pris la bouteille  moiti vide, et j'ai commenc  la vider dans l'vier.

Elle tait derrire moi, et elle a commenc  hurler :

- Petite salope, ordure ! Qu'est-ce que tu fais ?

Je suis rest debout sans rpondre.

L'homme a dfait sa ceinture et l'a prise dans ses mains.

- Elle va avoir ce qu'elle mrite, cette salet !

Elle, elle m'a arrach ma robe et ma culotte, puis elle m'a cass une bouteille
sur le dos, et lui, il me frappait avec la boucle de la ceinture, sur le dos,
les fesses, le ventre, partout. Elle me donnait des coups de poings et des
coups de pieds, mme quand je suis tombe par terre et que je criais.

- Non ! Pardon, pardon, je ne le ferai plus !

- On va te faire passer l'envie !

Elle m'a donn encore un coup de pied, et j'ai senti que quelque chose se
cassait sur mon ct droit. Tout devenait noir, elle m'a attrape par les
cheveux et a fini par me jeter sur mon lit en me disant d'aller me coucher sans
manger.

J'ai mis ma tte sous l'oreiller, elle m'avait mme arrach une poigne de
cheveux. Tout bas, je parlais  Lilas et  Simon, et je me suis endormie parce
que je ne pensais qu' Lilas.

Vendredi matin, ils ne m'ont rien donn  manger non plus, ils avaient encore
bu, je crois que c'est pour a qu'ils avaient arrt de me frapper.

Elle m'a jet une robe  manches longues et une culotte :

- File  l'cole, tu attendras que a ouvre ! Et si tu dis quelque chose  la
matresse, je te tue !

Vite, je suis partie, sans me retourner. J'avais mal partout, mais je courais,
j'avais peur qu'on me rappelle, je me sentais toute casse, je voulais mourir,
que tout a s'arrte, je voulais voir Lilas...

La porte de la cour tait dj ouverte, mais il n'y avait personne.

Lilas est arrive toute seule. Elle s'est arrte devant moi, m'a pris les
mains et m'a regarde longtemps dans les yeux. Ses joues se sont serres, et
des larmes coulaient sur son visage.

- Viens, tu vas me montrer ce qu'ils t'ont fait.

Elle m'a emmene dans la classe, o il n'y avait personne, et m'a aide 
dfaire la fermeture de ma robe. J'ai aussi baiss ma culotte. Lilas a cri :

- Non, ce n'est pas possible !

En pleurant, elle est alle chercher la matresse.

- Matresse, il faut que tu viennes, vite, regarde !

- Nesrine ! Qu'est-ce qu'on t'a fait !

- C'est... chez moi... j'ai.. t... mchante !

Lilas s'est approche de moi, la matresse aussi avait des larmes qui lui
coulaient sur le visage.

- Matresse, j'appelle Simon !

- Tu as raison, Lilas, je vais l'attendre.

Cinq minutes aprs, Simon est arrive avec la matresse dans la classe, et ds
qu'il m'a vue, Simon n'a pas pu se retenir de pleurer.

- Nesrine, ma belle, il va falloir que je t'examine, tu as confiance en moi ?
Madame, pouvez-vous rester avec nous pendant que je fais le certificat
descriptif ?

- J'ai demand  un collgue de garder les enfants dans la cour.

- Merci, Lilas, tu peux prendre la main de Nesrine, a lui fait du bien.

Simon a attach un petit micro au col de sa chemise et a commenc  parler
dedans :

- Ecchymoses multiples sur tout le corps, traces de coups allonges,
probablement dues  une ceinture, avec empreintes multiples d'une boucle carre
causant des tumfactions, deux hmatomes sur le ct droit faisant souponner
une fracture des ctes, marques suppurantes sur l'intrieur des genoux plaies
au dos et au cuir chevelu avec fragments de verre cass...

- Nesrine, je dois faire des photos et t'enlever ces tout petits bouts de
verre.

La matresse est devenue toute ple, et elle est sortie un moment.

- Voil, je suis revenue, excusez-moi, Docteur, je suis alle... vomir aux
toilettes.

- J'en aurai bien fait autant. S'il vous plat, envoyez la police chez ces
gens, ma secrtaire leur faxera le certificat dans un quart d'heure, j'ai
besoin d'emmener Nesrine pour un contrle radiographique  l'hpital.

- Est-ce que Lilas peut venir avec nous ?

- Madame, j'emmne Lilas aussi, elle peut aider Nesrine autant que moi.

A l'hpital, Simon m'a emmene tout de suite dans son service. En arrivant
devant un bureau tout vitr, il a donn une cassette  une dame :

- Bonjour, Florence, vous me tapez a tout de suite, je vous dicte la
conclusion dans deux minutes.

- Oui, professeur.

Il m'a passe  la radio, puis nous sommes retourns dans son bureau.

- Florence, vous rajoutez :Deux fractures costales au ct droit, la
perforation du foie a t vite uniquement par miracle, il s'agit bien de
mauvais traitements avec rcidive, la radio montre aussi une flure plus
ancienne, nous sommes en prsence d'actes de pure barbarie. Trois exemplaires
s'il vous plat, plus un pour les archives.

Les certificats sont tout de suite sortis de l'imprimante.

- Vous en faxez un  la police, ils l'attendent, et un au procureur, pendant ce
temps, je mets un mot au juge des enfants, pour lui dire que j'emmne Nesrine
chez moi, qu'elle tient  la prsence de ma pupille Lilas, et que j'attends sa
rponse sur mon fax personnel.

En arrivant,  la maison, Simon m'a demand de dire mon prnom  la porte, et
la porte s'est vraiment ouverte toute seule !

- Simon, je veux aller dans la baignoire avec Lilas et avec toi, mes vtements
me font mal et je me sens sale !

Lilas a fait couler le bain bien chaud, et nous nous sommes dshabilles enfin,
et c'tait comme si je revenais dans cette maison de rve enfin chez moi. Nous
tions allonges sur le dos et l'eau me portait. Lilas, encore bouleverse, me
caressait.

Simon est arriv avec un papier  la main.

- Le juge m'a donn une ordonnance de placement provisoire chez nous. Nous
allons le voir demain matin, pour que tu ne sois pas entendue plusieurs fois
par la police, tout va bien !

Il est venu avec nous dans la baignoire.

- Simon, ikh hob dir Lib, ikh hob Lilas Lib, je n'ai pas t mchante ?

- Sternele, schaynele [Belle petite toile] il t'est aussi impossible d'tre
mchante qu' un lphant de marcher au plafond !

- Mais tu as parl de la police, du juge, ils vont me mettre en prison ?

- coute-moi bien, petite boule de peur, on va mettre en prison ceux qui t'ont
battue, parce qu'ils ont fait quelque chose d'horrible et d'interdit, personne
n'a le droit de faire du mal  un enfant, et la police et le juge sont l pour
te protger.

- Tu vas me protger toi aussi ?

- Lilas et moi, nous allons te protger. Lilas, mayn Lamed-wavele, je peux... ?

Lilas, qui continuait de ma caresser, a regard Simon droit dans les yeux.

- Merci. Pour moi, Lilas est une des Lamed-Waf, sans lesquels le monde ne
pourrait plus exister, parce qu'ils prennent en eux un peu de la douleur du
monde et qu'ils la font monter vers l'Unique. L'Unique a bni Lilas, car il lui
a fait ressentir aussi ce qui est bon, beau, douceur et lumire chez des tres
rares comme toi. Mais elle ressent aussi la peine et la douleur, elle a pu ce
matin te les faire un peu oublier. Hier soir, quand nous t'avons quitte, Lilas
m'a beaucoup parl de toi, elle te voyait dans la peur et tu l'appelais. Si tu
n'avais pas t  l'cole ce matin, nous serions alls voir chez toi.

- Simon, demain matin, je viens chez le juge avec toi, nous allons garder Lilas
ici !

- Puise-t-il t'entendre ! Lilas, ma toute belle, je voudrais que tu mettes de
la pommade partout sur le corps de Nesrine, elle en a grand besoin, et il
faudra qu'elle se repose beaucoup.

Lilas m'a aide  me lever, elle a pos une grande serviette sur moi, mais elle
ne m'a pas essuye, tant pis, on changera le drap aprs, elle a enlev la
serviette qui me grattait un peu, et Simon nous a pris les mains.

- C'est vrai que vous tes de la mme taille, des vraies soeurs jumelles.

- J'aurai huit ans demain.

- Et demain, il y aura un an que Lilas est arrive ! Unmeglekh ! [Pas possible
!] Je te promets que demain soir, on ftera a dignement ici ! Maintenant je
dois aller faire quelques achats, le frigo crie famine ! A tout  l'heure !

Lilas m'a fait allonger sur le dos, et elle m'a mis la pommade que Simon lui
avait donne, tout le long du corps. En arrivant sur mes fesses, ses mains
tremblaient, elle m'a vite pass la pommade jusqu'aux pieds puis elle m'a fait
retourner sur le dos.

Elle pleurait sans un bruit, et les larmes se mlangeaient  la pommade.

Aprs, je me suis leve, et je l'ai emmene au soleil au bord de la piscine.

- Merci, Lilas, tu m'as fait partir tout le mal.

- Mais ce n'est pas comme a que je voulais te caresser !

- Je t'aime Lilas, Je voudrais que tu ne pleure plus. Je me sens fatigue,
toute casse dedans, je vais dormir un peu au soleil.

- Je te promets qu'on va rpar a, et je te promets que je saurai parler au
juge pour que tu restes ici, Simon aussi, il sait se battre pour a, il l'a
bien fait pour moi.

Lilas est alle chercher des coussins, tout doux, pour mettre sur la grande
serviette, et nous nous sommes allonges dessus, bras et jambes enlacs pour ne
faire plus qu'une et lilas m'a fait partir trs haut dans la douceur, la paix
et le sommeil.

Nous nous sommes rveilles quand Simon a saut dans l'eau. Le soleil tait
dj rouge et l'air tait chaud.

- Simon ! Tu nous a laisses dormir toute la journe !

- Et j'ai mme dormi  ct de vous, la journe a t dure pour moi aussi !

- Je suis pleine de courbatures, mais j'ai faim, je pourrais manger un tigre !
Tu as achet  manger ?

- Deux ou trois autres bricoles aussi, venez voir !

Dans la chambre,  ct de l'armoire de Lilas, il y avait une autre armoire,
avec des robes de toutes les couleurs, des colliers, des barrettes pour les
cheveux, des bracelets, un grand miroir, des sandales brillantes toutes neuves,
et un deuxime lit.

Lilas a pouss des cris de joie et j'ai regard Simon, la bouche ouverte, je
n'arrivais plus a reprendre mon souffle :

- Simon... Je rve, ou tu es devenu fou ?

- Non, tu ne rves pas, et des fous, il en faut bien un peu pour faire le monde
aussi, non ?

J'ai saut  son cou, en le serrant trs fort.

- Tu ne disais pas que tu avais un peu faim ?

- Maintenant, je pourrais avaler deux tigres ! Hier, ils m'ont envoye au lit
sans manger, et ce matin non plus je n'ai pas mang !

- Sha ! [Chut !] C'est fini tout a, maintenant tu es revenue chez toi !

- Et le juge ?

- Je me suis battu pour garder Lilas, et elle a dj fait craquer un juge des
enfants, quand nous sommes arrivs  Paris.

- Et demain, je ferai aussi craquer celui-l, fais-moi confiance !

Simon avait prpar une table de fte, avec un grand poisson et des bougies.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Gefilte Fish ! Une carpe farcie, c'est un plat de fte. Et il y a dans le
conglateur de la glace  la mangue, c'est un fruit du pays de Lilas.

Entre les bougies, Simon avait mis un vase avec une branche de lilas et une
branche d'glantier. Nous avons tout fait disparatre, poissons, glace
biscuits, jus d'orange, et Lilas a demande :

- Simon, c'est vendredi soir aujourd'hui ?

- Oui.

- Il nous faut deux gros clins normes pour attendre les toils.

Comme si j'avais toujours t l avec Simon et Lilas, nous nous sommes assis
tous les trois, nus, sur le grand canap. Lilas a compt une, deux toils,
puis elle nous a serrs de toute sa force.

- Shabess sholem, Nesrine, Shabess sholem, Simon ! [Paix de Shabbat]

- Shabess sholem  nous tous !

Et Simon a commenc une drle de chanson qui faisait :

"Du du du du du du du du du du du du.... Shabess oyf der gantse Welt....

Shabess... likhtik, sholem, yomtev... oyf der gantse Welt..."

Nous tions toutes les deux tournes vers Simon,  ce moment une unique grande
caresse nous enveloppait.

- Simon, qu'est-ce que tu as chant ?

- Shabess, c'est le repos, c'est quand tout le laid et le mal est oubli, et la
chanson dit Shabess, lumire, paix, jour de fte... sur le monde entier !

- Tu crois en quoi, Simon ?

- Mon pre tait Juif, et  cause de cela, quand il tait petit, il tait
oblig de se cacher, parce qu'on voulait le faire mourir. Maman n'tait pas
juive, alors les rabbins m'ont dit que je ne l'tais pas non plus, je ne suis
qu'un demi Yid, mais mon pre chantait et parlait yiddish  la maison, et je
crois que l'Unique n'en a rien  faire des tiquettes, et je le respecte, ainsi
que ses images comme toi et Lilas, tu comprends ?

- Un peu, et ce que je comprends me plat bien... Ce que je ne comprends pas,
tu me l'expliqueras plus tard.

- Au lit maintenant.

En arrivant au Palais de justice, j'tais vraiment morte de peur. Quand on nous
a dit "le juge vous attend", j'ai arrt de respirer, est-qu'elle n'allait pas
me renvoyer chez ma tante, ou me mettre dans un foyer ? En rentrant dans le
bureau, j'ai serr trs fort la main de Simon, et j'essayais de me cacher
derrire lui. Une dame s'est retourne vers nous.

- Ah ? Bonjour Lilas !

- Bonjour Marguerite ?

- Tu vas bien depuis cette t ?

- Super ! Et toi ?

- J'ai beaucoup de travail, tu sais, je n'ai plus le temps de faire des tartes
aux fraises comme tu aimes.

Simon me regardait, et il ne comprenait rien du tout, et moi encore moins.
Lilas l'a regard :

- Simon, ne fais pas cette tte ! Tu te souviens ? Marguerite ! Au village
naturiste en Corse ! Avec son mari, elle nous a port des tartes aux fraises
gniales !

- Ah ? Dsol, Madame le Juge, je ne vous avais jamais vue...

- Moi non plus, je ne vous avais jamais vu habill, Monsieur le professeur,
mais vous pouvez toujours m'appeler Marguerite !

- Alors appelez-moi Simon, comme en Corse...

- Bon, vous allez me faciliter les choses, on va boire un caf ?

Elle est sortie chercher du caf et des jus de fruits, et nous nous sommes
assis dans un coin de son bureau.

- Commencer par parler de ce qui vous amne. Nesrine, je suis juge des enfants,
je ne suis pas l pour te mettre en prison, toi tu n'as rien fait de mal, je
voudrais que tu en sois sre, d'accord ?

- Oui madame...

- Alors je sais que je vais te demander quelque choses de trs dur. Je vais
brancher la camra vido, l, et tu vas me raconter tout ce qu'on t'a fait
depuis que tu tais chez cette tante. Tu me dis tout, vraiment tout, une seule
fois, et je te promets que tu n'auras plus jamais besoin de le dire, que plus
personne ne te posera de questions, que plus personne ne te fera de mal.

J'ai regard autour de moi, perdue, et j'ai attrap la main de Lilas et celle
de Simon, et Lilas m'a embrass trs fort. En leur tenant les mains, j'ai pu
tout dire devant la camra, sans m'arrter, j'ai parl longtemps, j'ai dit des
choses que je n'avais pas dites mme  Lilas et  Simon, et puis c'tait fini,
la camra tournait, Lilas pleurait, Simon aussi et la dame nous a donn des
mouchoirs.

- Merci Nesrine, tu as t trs courageuse et nous sommes tous fiers de toi.
Une dernire question : Ou veux-tu aller maintenant ?

- Je veux rester chez Lilas et Simon ! Toujours !

- Regarde, j'arrte la camra, tout est fini maintenant. Simon, Mon mari et
moi, nous nous souvenons de Lilas, tous les jours elle venait nous parler de
vous, de votre piscine et du jardin ou elle aimait courir et se baigner nue,
comme en Corse, et je peux vous le dire maintenant, j'ai toujours admir votre
relation avec votre petite fille. Alors voil, je me demandais o j'allais
placer Nesrine, mais je prfre savoir qu'elle court nue dans votre jardin ou
qu'elle se baigne sans maillot avec Lilas et vous, plutt que de l'arracher
encore  ceux qu'elle aime maintenant. Je vous dlivre donc une ordonnance de
placement dfinitive, je me porte garante et je vous donne la tutelle lgale de
Nesrine jusqu' sa majorit.

- Madame, a veut dire que je peux rester avec Lilas et Simon ?

- C'est crit l sur ce papier, en voil un pour toi !

- J'ai le droit de courir toute nue dans le jardin, et de me baigner dans la
piscine ?

- C'est exactement ce que je viens de dire  Simon.

- Je veux vous embrasser ! J'ai huit ans aujourd'hui et c'est mon plus beau
cadeau d'anniversaire !

- Trs joyeux anniversaire ! ... Simon ? ...Arrtez de pleurer, j'ai besoin de
votre signature ! Voil, merci ! Et... qu'est-ce que vous diriez si je vous
portais ce soir un gteau d'anniversaire ? Je finis tt aujourd'hui et j'ai
envie de faire une tarte aux fraises...

Lilas retenait ses larmes maintenant :

- C'est aussi un anniversaire pour moi, il y a un an aujourd'hui que je suis
chez Simon !

- Alors que la fte soit double si elle est partage, je viendrai aussi avec
mon mari, tu te souviens, ce monsieur qui avait toujours un chapeau au soleil
parce qu'il n'a plus de cheveux ? A propos, Simon...?

- Oui ?

- Il y a toujours du soleil, alors ne vous mettez pas en peine de vous habiller
pour nous, mon mari et moi, nous irons srement profiter de votre piscine avec
vous, et nous n'avons pas de maillot !

En sortant, je crois que je marchais sur un nuage...

Le soir tombait et Marguerite et son mari, nus comme nous l'tions aussi,
coutaient comme nous le chant des oiseaux sur la table installe dans le
jardin. Une grande tarte aux fraises, au milieu, tait claire par deux
bougies. Lilas et moi, assises chacune sur une jambe de Simon, lui caressions
chacune la main qu'il avait pose sur notre poitrine. Nous voulions faire durer
cet instant de paix le plus longtemps possible. Un... deux... trois... ensemble
nous avons souffl les bougies, une pour Lilas, une pour moi, Marguerite a
partag la tarte et Simon nous a offert une petite boite.

Dans la bote, deux colliers trs simples, une petite chane et une mdaille
avec notre prnom, la date d'aujourd'hui sous mon prnom et la date de l'an
dernier sous le prnom de Lilas. Lilas a attach la chane  mon cou, et moi au
sien, et j'ai sorti un dessin que j'avais cach sous ma chaise, et que nous
avions fait toutes les deux cet aprs-midi, qui reprsentait Simon, nu, nous
tenant chacune par la main, nues aussi dans notre jardin dans notre jardin. On
voyait nos trois reflets dans l'eau, et nous avions crit une lettre aprs
l'autre, tour  tour : "Mir hobn dir Lib" [Nous t'aimons]

Quand Marguerite et son mari nous ont dit bonsoir, nous sommes rests l sous
les toils, et Lilas nous a dit tout bas :

- Tous les vendredis soirs,  la deuxime toile, nous saurons que Shabess est
le jour ou Nesrine nous a t donne pour que nous puissions l'aimer toujours,
alors chaque Shabess sera notre fte. Fraylekh zol zayn ! [Que ce soit la joie
!]

Et si j'en crois les annes passes depuis, je me dis que l'Unique qui nous
regardait nous enlacer nus cette nuit-l a srement vu que cela tait bon...

Trois annes sont passes comme un souffle, trois annes sans ombres et sans
questions.

Trois annes gourmandes, de celles qu'on dguste doucement, par petits bouts,
tellement c'est bon, tu vois ? A propos de gourmandise

Notre premire gourmandise, en rentrant chez nous, c'tait de jeter tous nos
vtements, des la porte du jardin, ou en entrant dans la maison quand il
faisait vraiment trop froid dehors, et a regarder, nue et bien au chaud, la
pluie tomber dehors, ou tre nue au soleil, c'est tout simplement trop bon,
jouir sans arrt de la simple caresse de l'air, se sentir tre pour de vrai.

Ca ne manquait pas non plus, les gourmandises du ventre, dans la maison ! Lilas
et moi, nous avions dvor d'abord les livres de cuisine, et quand Simon
rentrait un peu plus tard, il y avait toujours quelque chose qui sortait du
four, ou du conglateur.

Notre domaine rserv c'tait de tout prparer le vendredi soir, pour notre
repas de Shabess, notre fte particulire.

Les baygels avec du fromage blanc et du lax, une khalla Quoi ? Il faut vraiment
qu'on te traduise tout ? Mais si je te dis qu'un baygel, c'est un petit pain
cuit dans l'eau bouillante, puis au four, avec un petit trou au milieu, si je
te dis que la khalla est un pain tress de Shabess, que tout a est recouvert
de petits grains de pavot, qu'est-ce que tu sauras de plus alors ? Tu peux
toujours aller en acheter, mais a ne sera pas les mmes que les ntres. Et le
lax ? C'est du saumon fum, mais c'est quand mme meilleur quand c'est du lax,
non ?

Le chat tait arriv un jour, gros, d'une couleur improbable, Lilas disait
qu'on avait fait cette couleur rien que pour lui, et que devant le rsultat,
les responsables, l-haut, s'taient regards en silence, avaient pass un long
moment  pousser des "Oy oy oy !" et des "Tssk, tssk !", Puis qu'ils avaient
sans rien dire dcid de l'envoyer dans la nature, et de revenir  une
"fabrication" plus classique Quand elle tait particulirement en forme, les
soirs ou nous avions chacune un bras autour du cou de Simon, elle rajoutait que
c'tait certainement pour cela que ce chat-l tait arriv chez nous pour n'en
jamais repartir.

Notre vie tait ainsi faite de "Vitzn" [A Vitz, c'est une blague, mais pleine
de tendresse et d'autodrision, sinon ce n'est pas a Vitz !] Et jamais une
ombre de lassitude ou de mchancet ne passait chez nous.

Ce pauvre chat avait vite reu son nom : Shlemil. Il avait l'art de provoquer
des catastrophes auxquelles il restait parfaitement indiffrent. Sautant un
jour pour attraper je ne sais quelle mouche, il tait bien sr retomb dans la
piscine, d'o il tait ressorti tremp et digne, pour aller se coucher sur un
livre ouvert ! Le livre ne s'en tait jamais compltement remis [Ah oui ! Oh
pardon ! C'est a, un Shlemil !]

Une autre gourmandise, et non la moindre pour Lilas et moi, c'taient les
caresses que nous nous donnions l'une  l'autre. N'importe quel petit point de
notre corps pouvait devenir une source de plaisir, touch par l'autre,
particulirement les minuscules pointes de nos poitrines et la fente de notre
sexe. Nous avons mme trouv comment, du bout d'un doigt, nous caresser 
l'intrieur, quand nous nous tions bien caresses avec la main ou du bout des
lvres sur toute notre peau, quand nous avions pos une joue sur le sexe de
l'autre, rond et doux comme une joue fendue, quand de la pointe de la langue
nous avions caress la fente de l'autre, alors nous nous sentions devenir
toutes chaudes et humides en dedans et un soir nos doigts avaient pntr
presque tout seuls, et c'tait un autre voyage, un autre corps que nous
dcouvrions en dedans, avec ses valles et ses chemins et dans la lumire ou
nous tions arrives, l-haut, juste avant la paix et le sommeil, j'avais
entendu Lilas dire longtemps, et ce mot rsonnait aussi dans ma poitrine et
dans ma gorge "Schayn, schayn" [beau].

Le lendemain tait par bonheur un jour de vacances, car lorsque nous avons
ouvert les yeux, Simon tait assis nu au pied du lit et nous regardait, la tte
pose prs de nous, un plateau de petit djeun par terre prs de lui, je me
souviens qu'une de ses mains nous caressait les cheveux.

- Bonjour Simon, il est tard ?

- Ca dpend. Pour l'aprs-midi c'est encore tt. Il n'est pas encore deux
heures ! J'espre que les croissants ne sont pas devenus trop durs depuis le
temps, et je n'ai mis que du jus d'orange, a ne refroidit pas."

- Oh Ds.

- Sha ! [Chut !] Tout va bien, il ne faut jamais tre dsol 'Ven di Nakht iz
schayn geveyn' [quand la nuit a t belle]

Parfois nous nous tions demand si Simon savait vraiment ce que nous faisions
et ce qu'il pourrait en penser. Le sourire, la lumire dans son regard et la
paix dans sa voix nous donnaient la rponse.

Vint alors ce jour-l le temps des questions.

- Simon, tu crois que nos poitrines vont pousser un jour ?

- Poitrines, schmoitrines, [Ne cherche pas, c'est du yiddish franais, c'est
carrment intraduisible !], Pour quoi faire ? Vous avez tout le temps,  onze
ans, non ?

- Les autres filles, dans la classe, elles ont presque toutes de la poitrine,
et elles sont plus grandes que nous, elles nous ont dit qu'on tait des bbs,
laides comme des planches, m'r zenen flat vi a Latke [nous sommes plates comme
une crpe.].

- Dores, aussi, et alors, ce n'est pas bon les latkes ?

- Arrte de blaguer et viens te mettre entre nous deux, il faut qu'on parle
srieux, d'accord ?

- Bon, j'arrive, c'est bien comme a ? Mais Faygele, Zonenyu, Shternenyu
[quelque chose comme "petit oiseau, mes soleils, mes toiles] une tte  ne pas
parler srieux, moi, j'aurais maintenant ?, il ne faut pas les couter, ces
filles, ce n'est rien que des Yakhne [langue de vipre (et encore, c'est une
traduction gentille)], c'est la jalousie qui leur met des crapauds dans la
bouche, alors elles bavent au lieu de parler. Enfin, vous m'avez donn une
ide, la prochaine fois que je fais des latkes, j'essaie de les faire aussi
dores, aussi belles et aussi bonnes que vous, mais je suis sr de ne pas y
arriver.

- Tu dis a parce que tu es gentil.

- Moi, gentil ? Pas du tout ! Tenez, regardez-moi dans les yeux, puisqu'on ne
peut rien vous cacher, et vous verrez bien si ce n'est pas vrai.

Dans les yeux de Simon, c'tait bien vrai. Chacune d'un ct, couches contre
lui, nous avons mis notre tte au creux de son paule, et nous avons chacune
pris un de ses bras pour poser sa main sur notre poitrine toute plate. Silence
et bonheur. Il y avait comme des fils qui se faisaient entre Simon et nous.

- Alors tu nous trouves belles ?

- Moi, je vous trouve belles ? Zisser Gottenyu [Mon doux Dieu] elles me
demandent si je les trouve belles ! Mais vous ne savez pas tout ce qui s'est
pass  cause de vous ?

- Quoi ?

- C'est la grosse rvolution l-haut ! A cause de vous l'enfer n'existe plus,
les diables se sont arrts de fouetter les damns et de mettre du bois sous le
feu qui s'est teint, ils sont tous devenus de nouveaux anges qui vous
regardent tout le temps, en chantant des psaumes pour remercier l'Unique de
vous avoir cres. Les vraiment mauvais, Hitler, Pol Pot et quelques autres ont
t condamns  ne jamais vous voir. Mme le soleil voulait s'arrter au-dessus
du jardin, et il a fallu que la lune et les toiles se fchent et lui fassent
comprendre qu'il devait vous partager avec elles, vous avez failli mettre les
astronomes au chmage et vous me demandez si je vous trouve belles !

- Tu es vraiment 'a Luftmensch' ! [un type qui a la tte dans les nuages]

- La H'utzpa [le culot,  peu prs] qu'elles ont ! H'asveshulem [Piti et paix,
qu'il me pardonne !] qui m'a rendu comme a, qui m'a fait la tte toute
kletzmerik ? [Intraduisible ! A peu prs : pleine de la musique des kletzmorim
(orchestres traditionnels yiddish), vous connaissez ?]

- Ay ay ay Simon ! Toi aussi tu nous mets la musique dans la tte ! Tu sais ce
que nous avons fait toutes les deux hier soir ?

- Hier soir seulement ? Mais chaque fois l'air de la maison en est tout chang.
Vous vous faites plaisir, vous vous offrez de la joie et c'est un beau cadeau
que vous vous faites.

- Simon ?

- Les hommes aussi, ils peuvent se faire plaisir ?

- Bam, boum ! Je l'ai bien mrite celle-l ! Oui, les hommes aussi.

- "Et toi, tu n'as jamais eu envie de faire du plaisir avec nous ?

Un grand moment pour que Simon reprenne sa respiration. Lilas et moi, nous
avions chacune pos les questions, en nous renvoyant la balle, et c'tait moi
qui venais de lui envoyer la dernire question. Son coeur battait vite et fort
et sa respiration nous berait dans le silence. Simon nous a serres un peu
plus fort, et Lilas et moi, sans nous regarder, pour l'aider  parler, avons
commenc  faire glisser doucement sur notre poitrine la main que chacune nous
tenions.

- Jeu, set et match. Simon vaincu par K.O.

- Alors ?

- Je n'avais pas vu venir la question. Je ne vais pas commencer  vous mentir
maintenante Je crois que j'ai toujours eu envie, mais

- Mais, schmais. Il fallait que nous te le demandions, c'est a ?

- Non, pas vraiment. Etre avec vous, faire un clin, c'est pour moi bien plus
que du plaisir, mais plus Le plaisir, c'est quand c'est partag, pas quand
c'est pris, vous comprenez ? C'est difficile que tout reste beau.

- Laisse aller tes mains, maintenant, continue. Tu sens les pointes de nos
poitrines qui deviennent plus dures ? Tu sens le plaisir que tu nous fais. Et
maintenant si nous te touchons, tu sens comme c'est bon et beau encore ? Voil
ce que tu peux partager avec, et plus encore. Mais, qu'est-ce que tu fais, toi,
pour te faire du plaisir ?

Juste quand Lilas posait cette question, nous avons su tous les trois qu'il
n'tait pas besoin de mots pour y rpondre. Le sexe de Simon devenait plus
grand et se redressait, il devenait vivant. Depuis trois ans, nous l'avions
tous les jours vu tout nu, mais jamais comme a. C'tait l aussi, comme nous,
qu'il pouvait recevoir du plaisir. Nous sommes remontes un peu au ct de
Simon, pour que ses mains, qui ne s'arrtaient plus maintenant, puissent nous
caresser entre les jambes. Je voulais le toucher, c'tait beau, attirant, mais
j'ai retenu mon geste.

- Lilas, donne-moi la main.

De nos deux mains aux doigts mls, nous avons caress le sexe de Simon, doux,
chaud, dur, vivant, on sentait son coeur battre dedans.

- Non, tu ne dis rien, Simon, c'est trop beau, tu nous laisses faire !

Lilas a lch ma main, et elle s'est assise en haut des cuisses de Simon. Elle
s'est un peu accroupie, en appuyant ses mains sur le lit, elle regardait Simon
droit dans les yeux, elle lui parlait dans sa tte, elle lui envoyait aussi
fort qu'elle pouvait de la paix et de la douceur, et moi, je recevais tout cela
aussi, je tenais le sexe de Simon dans ma main pour caresser la fente de Lilas
qui s'ouvrait un peu, qui voulait Simon comme elle avait eu mon doigt. Simon a
essay de parler.

- Non, je ne veux pas te faire mal !

- Et tu ne m'en fais pas, on essaie juste, je te promets que si j'ai mal,
j'arrte.

Tout doucement, Lilas s'appuyait et faisait rentrer le sexe de Simon, elle
tait toute mouille, et j'ai un peu plus tard enlev ma main, j'tais assise
maintenant, je caressais le bouton de Lilas en haut de son sexe, je
l'embrassais partout ou je pouvais, elle tait partie loin quand elle a cri :

- Simon, tu es dans moi et je suis dans toi, c'est plus beau que tout Nesrine,
viens !

Et Lilas s'est souleve pour me donner sa place, elle a pris de sa main le sexe
de Simon maintenant, et comme elle l'avait fait, je me suis accroupie et Lilas
m'a caresse, et j'ai commenc  faire rentrer Simon au plus profond de moi. Il
tait plus grand que le doigt de Lilas, mais j'ai invent une place dans mon
corps qui n'existait pas encore pour le prendre. Quand j'ai senti son ventre
contre le mien, je me suis couche sur lui, sans presque le savoir, j'ai
caress aussi Lilas qui s'tait allonge contre nous, et j'ai rentr un de mes
doigts dans la fente de Lilas et tous les trois ensemble, comme Lilas et moi la
nuit d'avant, nous avons presque chant "Schayn , schayn" et Simon a comme
clat au-dedans de moi, comme un feu liquide. Je suis sre que Lilas le
sentait aussi.

C'tait le soir quand nous nous sommes enfin rveills. Simon tait toujours
dans moi. C'est lui qui a pu parler le premier :

- Qu'est-ce que nous avons fait ?

- Beau et plaisir, il y a aussi d'autres mots pour dire cela, ikh vil nisht
redn azoy vi a Goy, a zisser yiddisher Vort iz 'yentsen' [Je ne veux pas parler
comme un Goy, un doux mot yiddish est 'yentsen', littralement 'le faire'].

- Je ne sais pas ou tu as appris ce mot yiddish, Lilas. Mais c'est le plus
beau. Et qu'est-ce qu'on va faire maintenant ?

- Une bonne ide serait peut-tre de recommencer, non ?

- Oy. Demain je ne pourrai plus marcher !

- Demain, qui parle de demain ?

Sous les toils, dans le jardin, nous tions quand mme  table, en train de
dvorer un gefilte Fish sorti pour l'occasion de conglateur, dans le silence,
puis j'ai pris Simon et lilas par la main.

- On ne dit rien jusqu' demain, il faut aussi dormir un peu.

Les premiers mots pouvaient bien attendre, il fallait que Simon soit repos pour
nous entendre vraiment, je savais qu'il avait eu peur aussi, peur pour nous,
tout tait confus dans sa tte, Lilas et moi, nous nous sommes longtemps parl
tout bas avant qu'il ne se rveille :

- Un deux trois. Mazel tov, Simon ! [Bonne chance, mais cela se dit toujours
aprs !]

- Mazel tov  vous ! Vous.

- Nous, on va trs bien, on pourra encore 'yentsen' ce soir ?

- Ce soir ? Mais pourquoi ce soir ?

- Parce que a sera encore plus beau pour tous les trois de l'attendre toute la
journe, si tu veux tout savoir ! Mais, dis-nous, Simon, on n'est pas un peu
fous tous les trois ?

- Elles ont dit un peu ? Un peu ? Et alors il en faut un peu aussi, des fous.
Et celui qui nous a fait  Son image doit tre aussi, bni soit-il, un peu fou
pour nous avoir russi comme a, non ?

- Que notre folie vive cent vingt ans ! Tu avais raison, le plaisir c'est beau
quand ce n'est pas pris. C'tait difficile, mais nous l'avons fait

- Schayn un lib Mazel Tov

Voil, c'est la fin pour le moment Un pilogue suivra peut-tre ?

FIN



 

 Ceci provient du site gratuit des HISTOIRES TABOUES cr en 1999 par Pedinc.

http://www.asstr.org/~histoires/  ou  http://go.to/histoires

Vous y trouverez la plus grande collection d'histoires en franais sur le sujet.

N'oubliez jamais que cela doit rester des fantasmes ...
Forcer un enfant au sexe dans la vie relle mrite la prison !

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Cette oeuvre reste la proprit de son auteur.
Sauf si stipul autrement, vous pouvez la republier sur un autre site gratuit
 condition de ne rien modifier et de laisser les notices de dbut et de fin.
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