LE CHARRETIER DES INNOCENTS (1) (par Lt Ripley et Geoffroy Perrault) (M/g, pedo, historical thriller)

title: Le charretier des innocents 
part: (1)
author: Lt Ripley, Geoffroy Perrault
keywords: M/g, pedo, historical thriller
language: Francais
age: 08 ans
published: 19/03/2002


Histoire envoye  notre site des 'Histoires Taboues' le 19 mars 2002.
( http://www.asstr.org/~histoires/ ou http://go.to/histoires )


Voici la premire partie d'une collaboration entre deux auteurs des histoires
taboues: LT RIPLEY et GEOFFROY PERRAULT


LE CHARRETIER DES INNOCENTS


(M/g, pedo, historical thriller)


Voici une criture croise pour une intrigue 19e sicle dans la grande
tradition des Mystres de Paris. Histoire de crimes, de doutes, d'amour, entre
fresque historique et roman d'pouvante... Nous esprons que vous prendrez
plaisir  sa lecture. Soyez patient, la suite (et dnouement) viendra...
en son temps.

Par Lt Ripley (ltripley@lycos.fr)
et Geoffroy Perrault



CHAPITRE I

Anjella a froid. L'essence de trbenthine lui fait tourner la tte et lui
donne la nause. La peau de lion miteuse sur laquelle elle est allonge allume
sur sa peau une irrpressible dmangeaison. Mais la sance ne fait que
commencer, et elle sait que pendant une heure elle ne devra pas bouger sous
peine de fcher Monsieur Bertaux. Anjella n'a que huit ans et bien que son
jeune corps respire la sant, les sances de pose lui sont toujours aussi
pesantes... Surtout depuis que le vieux peintre la veut nue.

"Tu es une nymphe, Anjella... Et les nymphes ne portent pas de vtements. Elles
courent les bois en costume d'Eve. Elles sont pures, Anjella, tu comprends...
Non, ne cherche pas ton costume. Aujourd'hui ton costume est ta peau. Tu n'as
nul besoin de porter autre chose, ma chre petite."

Facile  dire pour monsieur Bertaux qui peint  proximit du pole alors
qu'Anjella pose loin de cette unique source de chaleur.

"Je suis vieux, ma chre petite, les rhumatismes me font souffrir. J'ai besoin
de chaleur. Toi tu es jeune, pleine de vie, tu ne crains pas le froid."

Oh si, Anjella a froid. Il n'est pas rare que son nez en trompette se mette 
couler. Lorsque c'est le cas,  monsieur Bertaux se lve et viens moucher
lui-mme "ce petit nez si sduisant" pour que la fillette ne perde pas la pose.
Au bout d'une heure, les lvres bleuies, le corps couvert de chair de poule,
elle a enfin la permission de venir se rchauffer prs du pole. Gnralement
Monsieur Bertaux l'assoit sur ses genoux pour qu'elle regarde l'avancement du
travail.

"Regarde comme tu es belle en nymphe alanguie... J'ai trouv la couleur idale
pour ta carnation. Tu ne trouves pas?"

Anjella ne sait pas ce qu'est la carnation, mais elle acquiesce poliment en
regardant son image peinte. Souvent la chaleur conjugue du pole et du vieux
peintre la fait s'assoupir. Les commentaires de monsieur Bertaux deviennent une
rumeur lointaine qui la berce.

"Et le mont de Vnus... Oh, on le dirait rel... Il n'y a gure que le bleu
troublant de tes yeux que j'ai un certain mal  restituer..."

Anjella aime ces instants passs nue sur les genoux du peintre. Elle n'y voit
gure de malice, du moins pas plus que d'habitude. Monsieur Bertaux  l'ge
d'tre son arrire-grand-pre. Et quoi de plus naturel qu'un enfant sur les
genoux de son Grand-pre. D'ailleurs Monsieur Bertaux s'abstient de caresses
trop appuyes. Tout au plus passe-t-il de temps  autre ses mains couvertes de
crotes de peinture sur les bras ou les cuisses d'Anjella. La petite fille
n'ignore pas que sous ses fesses couve un membre dur. Elle le sent. Il est
comme un tisonnier brlant mais elle ne le craint pas. Monsieur Bertaux ne lui
en parle jamais, ne lui montre jamais et il reste sagement rang dans son
pantalon.

Monsieur Bertaux, prix de Rome, prix de l'Acadmie des beaux-arts de Paris,
apprci des salons, mdaill de la lgion d'honneur, congratul par l'empereur
en personne, digne vieillard de plus de soixante quinze ans, bande en peignant
des fillettes. La chose est dit crment, mais c'est ainsi. Son secrtaire et
homme de confiance est charg de le pourvoir en jeunes modles. Seuls les plus
jolies, les plus dociles et les moins pudiques trouvent grce  ses yeux.
Toutes ne finissent pas, comme Anjella sur ses genoux cagneux... Anjella est sa
prfre. De plus elle n'a pas de parents, seulement un oncle grand ftard et
coureur de jupon qui n'est pas du genre  se soucier d'une gamine. Anjella est
donc libre d'aller et venir du domicile de son oncle  l'atelier du peintre.
D'autres modles se font accompagner de leurs mres... De leurs mres! Monsieur
Bertaux dteste a! Ces yeux maternels inquisiteurs qui jugent certaines poses
indcentes! Qui exigent quelques voiles l o c'est inutile! De quoi se
mlent-elles? Que connaissent-elles  l'art? De quels droits! Ah, monsieur
Bertaux aimerait parfois les trangler... Avec Anjella, il est libre d'exercer
son gnie comme il l'entend. Son oncle ne jette que de rares regards sur son
travail. "Moi, de toute faon, je n'y connais rien, mais si vous les vendez si
cher, c'est sans doute que c'est du bon travail." Voil un avis clair qui lui
sied parfaitement.

Anjella s'est rhabille et est rentre chez elle en serrant dans ses bras la
poupe que le peintre lui a offerte pour ses huit ans. Monsieur Bertaux reste
seul dans son grand atelier, pensif. La pression dans son pantalon dcrot. Il
regarde le tableau inachev et soupire. Sous ses dehors orgueilleux et
prtentieux, le peintre est un perptuel insatisfait comme tous les artistes
dont le moteur est le dsir rotique. Il bande, mais rarement il ne jouit. Ce
qui l'attriste le plus c'est qu'il bande non pour ses oeuvres mais pour ses
modles. Tant que ses tableaux ne le feront pas fondre tout entier de
concupiscence, il ne se jugera pas digne du Parnasse.

Guillaume Laferty, le secrtaire de Monsieur Bertaux pousse doucement la porte
de l'atelier. C'est un homme  la vture svre dont le corps et l'esprit ont
t asschs par des annes de travail comptable, mais le fait d'tre au
service d'un artiste lui a rendu quelque lan de coeur,  force... Il s'acquitte
de ses diverses taches avec efficacit et discrtion et est pour son matre un
indispensable auxiliaire.
        -Matre, puis-je vous dranger un instant?
        -Oui Guillaume, j'ai fini.
        -Monsieur de Coutillier est l.
        -Qui donc? Ah, oui... Et bien faites entrer... Le secrtaire s'efface
pour laisser passer un homme tout habill de noir  l'exception d'une charpe
violette. Il porte  la main une canne d'bne surmonte d'un trange pommeau
d'argent... Un pommeau dans lequel un mauvais esprit pourrait voir une forme
phallique explicite.
        -Monsieur Bertaux, dit-il d'une voix aristocratique, je veux dire
matre Bertaux, c'est un honneur pour moi de vous rencontrer.
        -L'honneur est pour moi, monsieur, rpond courtoisement le peintre qui
n'avait jamais vu ni entendu parler de son visiteur avant sa prise de
rendez-vous. L'homme s'approche du peintre et lui tend une longue et fine main
parfaitement manucure. Il la sert et s'incline.
        -Vous excuserez la peinture sur mes doigts...
        -Certainement. Vous tes peintre et non courtisan.
        -Je vous prie de vous asseoir.
        -Merci... Oh, je vois que vous tes en plein travail.
        -J'avais fini.
        -Me permettez-vous d'y jeter un oeil?
        -Avec joie. Le chevalier penche la tte vers la toile frache. Il
contemple un long moment Anjella en nymphe endormie  l'ore d'une fort,
rptant pour lui-mme "charmante... charmante..."
        -Matre, vous tes ingalable dans la reprsentation de la beaut
juvnile. Savez-vous que j'ai acquis dix de vos toiles?
        -Je l'ignorais.
        -Je veux en acqurir d'autres.
        -Et bien... Il y a plusieurs oeuvres acheves que je peux vous
montrer...
        -Non, matre, ce que je dsire, c'est que vous ma fassiez l'honneur
d'accepter une commande.
        -Une commande? Je n'ai gure le temps d'honorer des commandes de
particulier... Vous voudriez que je fasse un portrait? De votre fille
peut-tre?
        -Non, Matre. Il ne s'agit ni de portrait ni de ma fille. Puis-je
parler franchement?
        -Bien entendu.
        -Je pense que vous n'tes pas au sommet de votre art.
        -Personne ne l'est.
        -Certes, mais je veux vous offrir la possibilit de l'atteindre.
        -N'est-ce pas un petit peu prsomptueux?
        -Etes-vous libre de peindre selon vos dsirs?
        -Monsieur, je ne comprends pas.
        -Vous n'tes pas sans savoir que vos oeuvres veillent chez certaines
personnes des mois qui ne sont pas qu'esthtiques.
        -Je peins la beaut et la beaut veille le dsir.
        -Absolument. Mais cette beaut n'est-elle pas bride? Regardez cette
enfant... N'y a-t-il pas des lieux secrets de sa personne que vous aimeriez
peindre. Des lieux que vous ne pouvez montrer dans les salons? Le peintre, pris
d'une subite quinte de toux, appelle son secrtaire.
        -Guillaume! Guillaume! Apportez-nous du cognac, s'il vous plat. Le
cognac vient enflammer les joues du peintre et de son interlocuteur. Le
chevalier a un regard si pntrant. Ses longs cheveux noirs encadrent son
visage lgrement maquill, renforant son apparence  la fois effmine et
sauvage. Le peintre n'ose plus regarder ce visage.
        -Monsieur, expliquez-vous, trouve-t-il enfin le courage de dire, je
suis un artiste de renom, et je ne crois pas que vos allusions soient
convenables...
        -Au contraire, cher Matre. Je ne suis le seul  apprcier l'envers de
vos toiles. Que diriez-vous de venir en discuter  mon htel particulier rue de
Richelieu ? Je voudrais vous laisser le temps de rflchir  ma proposition. Et
puis vous pourriez venir en compagnie du joli modle qui vous a servi pour
cette oeuvre. Comment s'appelle-t-elle ?
        -Anjella.
        -Bien sur. Anjella...
        -Vous semblez la connatre.
        -De vue. Seulement de vue... Acceptez mon invitation, je vous en prie.
Le peintre voudrait refuser. Du moins cette part de lui mme qu'il exhibe dans
les salons. L'autre part, plus secrte, celle qui s'chauffe  la vue des
jeunes fillettes immobiles face  lui, cette part l, est pleine de curiosit.
        -Je vais y rflchir, finit-il par dire, confus.
        -prenez votre temps. Vous tes le bienvenu chez moi, matre.



CHAPITRE II


        Elle l'observait de ses yeux agrandis par l'horreur, rvulss par une
terreur incontrolable.    Si chacun de ses membres s'agitaient convulsivement
en un ryhtme insouponnable, elle aurait voulu pouvoir hurler sa souffrance,
comme pour exprimer par les dcibels les degrs ultimes de sa douleur et
ventuellement prvenir un ventuel sauveteur que s'il projetait un acte de
bravoure, il tait le bienvenu, maintenant et tout de suite. L'odeur
pestilentielle qui refoulait par relents huileux du baillon improvis appliqu
solidement sur ses lvres minces s'avrait une barrire infranchissable ses
cris pouvants. Les larmes sches formaient une rigole crasseuse sur ses
joues rougies. Elle tentait vainement de se dbattre mais adosse, debout, au
mt de fer rouill, ses mains solidement noues aux poignets tires vers
l'arrire, elle avait beau se tortiller, se dmener, il lui tait totalement
impossible d'chapper  la perscution. Elle aurait voulu pouvoir au moins
distribuer des coups avec ses pieds mais une barre d'acier, rouille, d'environ
un mtre de long, aux embouts circulaires emprisonnaient ses chevilles dnudes
et l'obligeaient carter ses jambes largement. Les yeux trs clair, d'un bleu
limpide, pur, cristallin espraient attirer une improbable sympathie chez celui
qui, impassible, assistait aux soubressauts convulsifs de sa victime. Elle
pouvait le sentir, insensible et froid, dchirer ses parois intimes
inexorablement soumises  l'introduction huileuse du phallus bois. Plus elle
s'agitait pour se librer de l'emprise du mandrin parfaitement ajust entre ses
cuisses nues, plus celui-ci, comme flatt par le dchanement juvnile, gagnait
du terrain au coeur de la paroi anale. L'homme l'avait install de biais,
parfaitement cal au sol. La matraque d'une dizaine de centimtre de diamtre
l'extrmit arrondie et enduite de graisse de porc courtisait avec patience
l'arole ombre du postrieur humain qui, maintenant largement ouvert acceptait
l'inconnu sous les hurlement touffs de sa propritaire. Incapable de
contrler ses pulsions la fillette aux cheveux dors sentit, suprme
humiliation, son sexe point vers l'avant, non pour aguicher mais pour
permettre  son dos de se cambrer davantage et ainsi chapper de quelques
millimtres au madrier norme qui la ravageait, se librer bruyamment d'une
urine ple. Le liquide distribu par jets violents parvint  clabousser les
chausses vernies de son bourreau. Elle savoura, hystrique, ces secondes d'une
vengeance toute purile mais l'homme, parut au contraire particulirement
satisfait et activa plus nergiquement sa main le long de son membre extirp
brusquement de son pantalon noir. Elle l'observa, fascine et dgote la fois.
Il gotait sa souffrance, se remplissait de ses cris touffs par
l'insupportable baillon coeurant. Quelques secondes d'inattention avaient
suffit pour que le rondin de bois s'enfonce cruellement au plus profond de ses
fesses. Elle hurla encore, les larmes coulaient, l'homme activait ses pressions
sur son sexe dress. Elle n'essayait plus de lutter. Ses jambes devenaient
incroyablement lourdes, comme attires vers le sol. S'enfoncer dans le sol, se
laisser absorber par la Terre nourricire... oui, la Terre nourricire... Elle
parvint encore  sourire en redressant son minois ravag par la souffrance vers
l'homme muet. Il s'tait redress ; ses bottes avaient claqus comme pour
marquer un point final au jeu cruel de l'enfant-victime. Il pressa quelques
instants sa vigoureuse extrmit puis libra de longs jets blanchtres sur le
sexe bomb et rose de la fillette peine surprise. Lorsqu'il acheva son travail
saccad, il vint essuyer son gland vermillon sur le ventre ple de l'enfant
puis, contempla quelques secondes le regard bleu apeur avant de plonger sa
main gante dans la poche en feutrine de son manteau d'astrakan. Il en extirpa
un minuscule poignard magnifiquement cisel dont la lame parfaitement aiguise
semblait sidrer la fillette. Toujours muet il la prsenta  l'enfant en la
faisant virevolter  la lueur des cierges pars. Elle observait la pointe de
l'objet qui peu peu, comme une frivolit, se rapprochait de son visage. La
douleur de son derrire ravag s'attnuait. Elle avait envie de jouer avec cet
homme et son ustensile lger.

Elle n'en aurait jamais le temps. D'un geste prcis l'homme fit luire une
dernire fois la lame du poignard avant de l'appliquer efficacement sur la
gorge tendre de l'enfant l'espace d'une seconde. Presque aussitt, la fillette
prouva des difficults  respirer. Elle sentit sa poitrine accueillir un
liquide pais et chaud, chercha une ultime fois le regard de son assassin mais
ne trouva qu'un impassible masque de cire livide. Elle tenta de deviner le
regard de son bourreau mais cet effort dpassait ses capacits. Elle sombra
dfinitivement, acclrant la pntration de la verge boise dans son anus et
son dcs.

L'homme ta le baillon, s'empara du menton frle de la fillette qui semblait
dormir paisiblement. Les lvres magnifiquement dessines semblaient sourire 
la mort. Le pouce gant caressa le velout de la joue longuement. Enfin il
relcha sa pression puis, respectueusement vint clore le regard bleu de la
petite victime avant de s'enfuir discrtement hors de cette cave devenue
tombeau de l'enfant.

Le lendemain matin, le bougnat, dcouvrant le spectacle de sa fillette gorge
et viole s'vanouit en hurlant. En quelques mois sa chevelure brune qui
faisait ou la fiert ou l'envie des uns et des autres devint aussi blanche que
la neige de dcembre. Devenu trop faible pour supporter le poids des sacs de
charbon il ne tarda pas  se rfugier dans l'absinthe distille  l'envie dans
son tablissement. Deux ans plus tard il s'en allait rejoindre son enfant
perdue  jamais.

L'inspecteur Vernet lui, s'il compatissait pour l'instant  la douleur du pre
horrifi par le crime inommable, recueillit tous les indices ncessaires.
Pourtant son ide tait dj faite depuis l'instant mme o la marchausse
l'avait inform du crime sanglant perptr sur la fillette. "Il" tait revenu
et allait frapper encore... Deux mois de rpit c'est court... Le petit Baptiste
retrouv mascul dans une cour trop dserte la nuit avait rvolt la
population et ce nouveau meurtre affreux promettait de nouvelles injures
l'encontre de l'incomptence policire. Insomniaque depuis sa tendre enfance,
Vernet, allait devoir subir dix-neuf heures par jour le martlement de haine
dvers par les parents pouvants, sans omettre la pression de ses suprieurs,
les regards faussement compatissants de ses collgues. Dj las, il s'adossa au
mur sombre et humide du bistrot envahi par une foule de curieux morbides.
Vernet fendit la foule belliqueuse en replaant sur son crne son haut de
forme, drisoire rampart.

La chasse  l'homme commenait.




CHAPITRE III


Monsieur de Coutillier remonte la rue de Richelieu, vers son htel particulier.
Sa canne pe marque la cadence  chaque pas et fait rsonner les pavs comme
le sabot d'une jument obstine. Malgr les tnbres, Monsieur de Coutillier ne
connat pas la peur. Pour lui vie et mort sont une mme chose, et il n'y a rien
de plus ennuyeux que la peur de la mort qui est aussi la peur de la vie.
Monsieur de Coutillier est un savant jouisseur qui ne se permet ni la peur ni
l'ennui. Connaissance et jouissance sont les deux moteurs de son existence.
Monsieur de Coutillier aime
s'entourer d'hommes et de femmes partageant son point de vue philosophique.
Lorsqu'on lui demande quels personnages clbres lui servent de modle il
rpond, le plus srieusement du monde : " Le christ et le marquis de Sade ".
Monsieur de Coutillier voue gnralement une vive admiration aux meurtriers,
qui,  ses yeux, poussent l'exprience existentielle plus loin qu'il ne
pourrait le faire. Monsieur de Coutillier est pervers mais pas au point de
pratiquer ce mystre magique qui consiste  ter la vie pour des motifs
gratuits.

Sa " dame de compagnie " lui ouvre. Elle se fait appeler "Diane" par Monsieur
de Coutillier et ses proches mais son vrai nom est Judith. C'est une nourrice
d'origine anglaise qui vit  Paris depuis quelques annes dj. Elle pse deux
fois le poids de son matre et ses seins sont d'normes outres pales que son
corsage a bien du mal  contenir. Pourtant ce n'est plus en tant que nourrice
qu'elle officie chez Monsieur de Coutillier. Ses taches sont multiples et pas
toujours avouables.
        -Monsieur, entrez-vite, l'air est humide ce soir... Le peintre et son
modle sont dj l. Je les ai fait attendre dans le salon des anges.
        -Parfait. Comment trouves-tu la petite?
        -Dlicieuse monsieur. Diane tient encore dans la main le journal
qu'elle lisait dans l'attente du retour de son matre. La premire page fait
tat du crime monstrueux qui a eu lieu il y a quelques jours. Monsieur de
Coutillier, que le sujet intresse, en connat dj les moindres dtails.
        -Oh ! c'est une vilaine histoire monsieur... Comment peut-on faire des
choses pareilles. J'espre qu'on ne tardera pas  l'attraper, ce monstre !
        -Allons, Diane, pas de sentimentalisme dplac... Surtout dans la
bouche de quelqu'un qui a pratiqu plus d'avortements que d'allaitements...
        -Monsieur, vous ne devriez pas parler comme a !
        -Soit... Allons voir nos invits.

Le peintre et son jeune modle sont assis l'un  cot de l'autre dans un mme
canap de velours noir. Ils ont l'air aussi intimids l'un que l'autre. Anjella
ne comprend pas ce changement subi dans leurs habitudes et elle ne sait  quoi
s'attendre. Cette salle sombre, aux fentres occultes, et peuple d'angelots
sculpts ou peints, ne fait qu'augmenter son inquitude. Il y a juste ce canap
et un grand fauteuil aux accoudoirs aussi menaants que des traves de
bateau... Et ces anges... Pour passer le temps Anjella les a compts. Il y a en
33. Plus qu' l'glise ou elle va chaque dimanche chanter la messe. Leur hte
doit tre un homme pieux pour possder autant d'anges... Mais en le voyant
rentrer dans le salon, elle se met immdiatement  en douter. Cet tre  la
fois effmin, maladif et guerrier l'impressionne. Sa voix est  la mesure de
son apparence ambigu.
        -Bonjour Matre... Bonjour Anjella... Soyez les bienvenus dans ma
demeure. Anjella se lve et esquisse une rvrence comme son oncle le lui a
appris. Monsieur de Coutillier lui rend sa rvrence avec un brin d'ironie.
        -Matre, voulez-vous que nous discutions de vos honoraires ?
        -Inutile. J'ai eu vent de votre gnrosit envers les artistes. Nous
discuterons de ces dtails triviaux lorsque l'oeuvre sera acheve. Monsieur de
Coutillier sourit. La rponse du peintre le satisfait.
        -Je voudrais, matre, que vous peiniez la grce d'Anjella en toute
simplicit. Sans chichi mythologique, voyez-vous. Il ne s'agit pas d'une nymphe
ou d'une desse, mais juste d'une petite fille... Une charmante et dsirable
petite fille. Me comprenez-vous ?
        -Je crois. Le chevalier pose sa main sous le menton d'Anjella,
plongeant son regard dans le bleu de ses yeux.
        -Quant  toi... Je te veux sans cette robe qui ne te rend pas garce. Je
te veux nue... Tout simplement... Dshabille toi pendant que Monsieur Bertaux
prpare ses pigments. Le ton autoritaire et direct faire rougir les joues de la
petite fille. Sous le regard crois de Coutillier et de Bertaux, elle se
dnude, abandonnant ses vtements sur le sol au fur et  mesure. A la
diffrence de l'atelier du peintre, ici rgne une douce chaleur. Nue  prsent,
les mains croises sur le bas-ventre, elle attend.
        -Ton oncle t'a appris les bonnes manires habilles... permets-moi de
t'apprendre les bonnes manires dshabilles. Premirement, lorsque tu te
dshabilles devant des grandes personnes, tu dois t'offrir toute entire  leur
regard. Ne cherche jamais  cacher l'un de tes charmes, comme tu le fais
maintenant. Anjella murmure un " excusez-moi " et carte ses mains de la jolie
motte qu'elles cachaient. Mais  prsent, de ses mains, elle ne sait plus quoi
faire.
        -Pour cela, il suffit  l'enfant bien lev de laisser pendre ses bras
le long de son corps. Anjella suit le conseil qui lui est donn.
        -Ensuite... Pour que les grandes personnes prennent la mesure de ta
beaut, tu dois lentement tourner sur toi-mme afin de montrer aussi bien ton
devant que ton derrire. A nouveau Anjella s'excute. Timidement, les bras
toujours le long de son corps, elle se tourne. Ses petits pieds, habits aux
cours de danse, trouvent tout de suite la juste cadence pour que cela soit
lgant. Les fesses d'Anjella sont plus sensuelles que le reste de son corps.
Peut-tre est-ce d  la troublante maturit de leurs formes alors qu'Anjella a
la poitrine plate, le con glabre et les cuisses maigres. Et puis il y a  leur
base les lvres charnues et bien visibles de sa vulve. Oui, le point de vue est
indniablement charmant.
        -Enfin, mais je crois que je ne t'apprends rien, tu dois toujours te
montrer docile avec les grandes personnes... Docile, mais pas soumise.
Comprends-tu ? Anjella hoche gentiment la tte mais la nuance entre docile et
soumise lui chappe. Pour une petite fille de la bonne socit l'obissance aux
adultes est une vidence. Ce qui la trouble le plus, ce n'est ni d'tre nue
devant deux messieurs, ni d'obir aux instructions de l'un d'eux, mais d'avoir
l'impression de n'tre rien de plus qu'un matriau pictural prpar par
Coutillier comme Bertaux prpare sa palette. Elle ne se sent mme plus modle,
simplement objet...
        -Va t'asseoir sur le fauteuil, en face de nous. Assied toi le plus
simplement du monde. Mais comment s'asseoir simplement dans ce fauteuil fait
pour un gant. La toile est rpeuse sur ses fesses tendres, et ses pieds ne
touchent mme plus le sol.
        -Savez-vous, matre, que ce fauteuil a appartenu  Gilles de Rai et
qu'il y a sans doute joui de nombreuses fois. Le peintre ne rpond pas.
Coutillier le provoque. Il joue au libertin. Bertaux  l'habitude des caprices
des aristocrates. Il ne s'en formalise pas. Du, Coutillier se tourne vers
Anjella
        -Sais-tu mon enfant que tu es assise dans le fauteuil d'un ogre ?
        -Non monsieur, rpond-elle d'une voix blanche.
        -Mais je ne veux pas te faire peur. Cet ogre est mort de puis
longtemps. Et il prfrait dvorer les garons plutt que les filles... Moi je
suis moins difficile... Alors Matre, qu'en pensez-vous ?
        -Je ne sais pas ? C'est un peu fig. Il manque quelque chose. C'est
vraiment trop... Banal.
        -Je crois savoir ce qu'il vous manque. Coutillier s'approche du
fauteuil. Il passe ses mains sous les genoux de la fillette et les soulve pour
les poser en hauteur sur les accoudoirs. Anjella retient un cri de surprise.
Car  prsent ses jambes sont grandes ouvertes et son tendre nid d'amour est
crment dvoil.
        -Et comme a ? Monsieur Bertaux carquille les yeux. Son cou se gonfle
d'un afflux de sang, et pour tre prcis, il n'y a pas que son cou  subir un
tel afflux. Son adorable et jeune modle rduite  l'tat de putain  soldat.
Il avait beau s'y attendre, et mme dans son fort intrieur l'esprer, il ne
peut rprimer un bref malaise.
        -Vous palissez matre... Tout va bien ?
        -Oui... Oui... Euh... C'est parfait... La pose... Oui... Je vais me
mettre au travail.
        -Mais vous tes trop loin. Rapprochez-vous... Oui. Venez plus prs.
Vous en profiterez mieux. Et toi, Anjella, souris un peu que diable !
        -C'est que... Monsieur... C'est indcent ! se plaint la petite fille
visiblement mal  l'aise d'tre ainsi traite.
        -indcent ? Idiote... La beaut n'est pas indcente. Ton sexe est beau
et nous voulons le voir. ET nous voulons lui rendre hommage. Tu n'aurais pas la
mchancet de nous en priver tout de mme.
        -Non, soupire Anjella, vaincue. La fillette tait consciente de son
pouvoir de sduction. Certains hommes la regardent comme l'enfant qu'elle est,
mais d'autres, comme monsieur Bertaux, posent sur elle un regarde diffrent.
Elle n'ignorait rien de cela. Ce qu'elle ignorait en revanche, c'tait que sa
fente qu'elle avait toujours apprise  cacher comme un objet impudique, pouvait
attirer ces mmes hommes. Coutillier pousse un miroir sur pied aux cots de
Bertaux et l'oriente de manire  ce que le bas ventre d'Anjella s'y reflte.
        -Regarde Anjella, regarde ton sexe... Je suis sr que tu ne l'as jamais
fait. Anjella regarde avec curiosit le reflet de l'objet impudique que cache
d'habitude ses cuisses, pendant que Bertaux trace  la mine de plomb une
premire esquisse. Sa vulve s'ouvre comme une grenade fendue, dvoilant sans
vergogne l'entre de son vagin et le renflement de son bouton d'amour.
Coutillier pose ses doigts sur ce reflet.
        -Tu vois comme la beaut irradie de ton con ouvert comme une entaille
frache. C'est comme si tu exposais tes organes internes. Tu n'as jamais
assist  une autopsie. Un jour je t'emmnerai en voir une. C'est autrement
plus instructif que du thtre... Les organes sont des choses si parfaites...
Les doigts de Coutillier masturbent lascivement le reflet du sexe d'Anjella. Et
la petite fille les sent comme s'ils opraient sur son propre sexe. C'est au
dbut une sensation dgotante, mais qui veille petit  petit autre chose...
Un frisson... Une chaleur irradiante... D'abord circonscrite  son bas-ventre
puis l'envahissant toute entire. Coutillier continue son ensorcellement en
observant les ractions d'Anjella.
        -Je pourrais entrer en toi Anjella, me promener en toi... Tu voudrais ?
        -Je... ne sais pas.
        -Bien sr. Mais regarde comme l'entaille devient luisante. Oh !
Anjella, ce que refuse encore d'admettre ton esprit, ton con, lui, l'a dj
admis. Bertaux dessine avec une inquitante frnsie en murmurant pour lui-mme
des choses incomprhensibles. Il cadre ce bas-ventre dvoil qui s'offre  lui
en un gros plan obscne comme seul Monsieur Courbet avait oser le faire.
Anjella se mord la lvre infrieure. Ses jambes carteles commencent  la
faire souffrir. Elle est affreusement gne de l'humidit qu'elle sent natre
entre ses cuisses  mesure que Coutillier caresse son reflet. Elle est d'autant
plus gne que Diane, la bonne, vient d'entrer discrtement, et que,  l'instar
des deux hommes, elle ne fixe des yeux qu'une seule chose : son con, puisque
c'est ainsi que le nomme Coutillier.

La sance de pose dure plus d'une heure et est particulirement prouvante pour
Anjella, prouvante physiquement, car sa posture est inconfortable, mais
mentalement galement car jamais il n'y avait eu autant d'avidit et de passion
autour d'elle. Lorsqu'on l'autorise enfin  se rhabiller, elle entend avec une
certaine angoisse, Coutillier se mettre d'accord avec Bertaux pour un nouveau
rendez-vous. Le tableau n'est qu'bauch mais le peintre promet de le terminer
cote que cote pour la prochaine fois, mme s'il doit reculer l'chance
d'autres commandes.
        -Alors Anjella, a n'a pas t trop dur pour toi, demande le peintre
avec une mansutude maladroitement feinte.
        -Si, monsieur... C'tait dur... Je ne veux plus le faire. Coutillier
intervient.
        -Allons Anjella... Tu nous as offert ta beaut avec tant de grace et de
gentillesse. Pourquoi s'arrter maintenant, chre enfant ? Tu es notre muse. A
ce titre tu as des responsabilits. Rflchis  cela, je t'en prie... La
prochaine fois, ce sera diffrent, plus passionnant pour toi et pour nous. Tu
n'es pas curieuse ? Curieuse de connatre ce que les petites filles de ton ge
n'ont d'habitude pas le droit de connatre. Anjella n'est gure convaincue.
Elle n'insiste pas et promet d'y rflchir. Et dans son fort intrieur, elle
est oblige d'admettre qu'effectivement, elle est curieuse envers tout ce
contre quoi on l'avait mise en garde.



CHAPITRE IV

        "L'Endive" s'il s'agissait de lui n'avait vraiment rien
d'impressionnant. Ses longs bras maigres s'chappaient d'un vtement sale et
trop large pour lui, quant  ses jambes elles se noyaient dans un pantalon de
toile grise mal ficel sur son torse malingre. Ses pieds nus placs en canard
accentuaient l'aspect comique de ce corps trange. Pourtant l'tonnante rudesse
du visage dtrompait cette impression lgre.

        "Que lui veux-tu ?"
        
        Vernet ne s'offusqua pas de ce tutoiement spontan. Habitu  arpenter
la rue en tous sens, il le prenait pour une marque de confiance, de respect
presque. Il eut un peu de mal  s'immerger dans le regard bleu et profond qui
scrutait son menton volontaire, son nez droit, ses sourcils bruns taills en
accents circonflexes. L'enfant lui lanait sa vie misrable comme un direct au
coeur. Vernent ne put rprimer une mimique de souffrance, vaincu par la dignit
que lui inspirait ses yeux francs. Il allongea ses longs doigts manucurs vers
la pomette ple du garonnet. D'un geste vif celui-ci carta brusquement le
geste :

        "Pour a faut payer ! Combien tu m'donnes ?"

        Vernet plongea dans la poche de sa redingote pour en extraire trois
pices qu'il glissa dans le creux de la main tendue devant lui.

        "C'est bon, dclara-t-il comme soulag d'avoir peru le prix de sa
juvnilit. Tu peux y aller"

        Il carta bras et cuisses, ostensiblement.

        "Je t'ai dis. Je ne suis pas l pour a. Je veux juste que tu me parles
du crime, de la petite...
        - Qu'est-ce que tu veux savoir ? dclara-t-il arrogant, tout en se
rajustant.
        - On m'a dit que tu avais des informations...
        - C'est un boteux...
        - Un boteux ?
        - Oui, il trane la jambe si tu prfres !
        - Comment...
        - Il m'a fait des confidences !
        - Quoi ? Tu le connais !
        - J'ai pas dis a. Mais il aime les enfants. Garons ou filles, il s'en
moque. Il aime faire souffrir. Il aime souffrir aussi.
        - il aime souffrir ? Comment...
        - Il est venu me voir. Il avait du sang sur les mains. Tu sais je vois
tellement de gens bizarres que a m'a mme pas choqu. Il voulait que je lui 
presse ses couilles jusqu' ce qu'il me crie d'arrter. Je l'ai fait. Au bout
d'un moment il m'a gifl. Aprs il a voulu me prendre mais pas avec sa queue.

        Vernet n'osait interrompre les rvlations du gamin.

        "Il voulait me prendre avec une espce matraque. J'ai refus. Il est
devenu plus agressif, il a insist mais comme je continuais  refuser, il a
finit par s'arrter, m'a pay et est parti.
        - parti ! Comme a ?
        - Oui. Il m'a pay !
        - Tu le reconnatrais ? Comment tait-il ? Brun, blond ? Et les yeux ?
        - Je ne sais pas.
        - Comment a tu ne sais pas ?
        - Non.
        - Bon dieu, mais parle ! Pourquoi tu ne sais pas ?
        - Et a va ! Je peux pas parcequ'il porte un masque !
        - Quoi ?
        - Oui, une sorte de cagoule dore. On voit  peine ses yeux. Il porte
un haut de forme qui cache le haut de sa tte...
        - Saint Gris ! Foutue dveine...
        - Il reviendra...
        - Il reviendra ! Quand !?
        - Je ne sais pas mais il reviendra...
        - Comment le sais-tu ?
        - Parce qu'il a oubli a..."

        Le gamin lui tendit une boulette de papier de forme plus ou moin
arondie.
        Vernet tendit les doigts, conscient du trsor qu'il dtenait. Il dplia
prcautionneusement le document pour dcouvrir, prisonnire, une petite
alliance dore et une liste de noms prestement crits  l'encre noire. Il
s'approcha rapidement d'une torche pour examiner l'alliance cisele, presque
fminine. Le cercle d'or enserrait une pierre minuscule, un rubis probablement
comme se le suggra l'inspecteur. Il le dtailla minutieusement. Quelques
griffures nettes sans doute cres par le frottement d'un objet mtallique
tait de sa perfection au bijou mais il devait valoir une petite fortune.
Vernet comprit la rflexion du gamin. L'homme ne pouvait se permettre d'oublier
une telle prciosit... A moins d'tre millionnaire mais il n'y croyait
gure... Instinctivement... Intuitivement... L'alliance virevoltait entre ses
doigts maigres et soudainement, dans le cercle intrieur de l'objet dor, juste
sous la pierre, Vernet dcouvrit trois lettres incrustes : un "H" majuscule un
"d" minuscule et un "C" majuscule... HdC... Le jeune homme prit appui contre le
mur pour mieux rflchir. Il fit dfiler une liste de suspects qui causaient
des insomnies chroniques aux policiers les plus zls du moment mais aucun
patronyme ne rpondait cette description. De guerre lasse, il s'empara alors de
la liste.
        Bercquet : 2
        Zethim : 3
        Hermann : 1
        Brocquet : 4
        De Rieux : 7
        De Courtilliers : 1
        Admunsen :  voir
        La Rochelle : 1

        Pas de signe particulier, juste cette liste de noms et ces mystrieux
chiffres. Vernet redressa la tte. Le gamin, indiffrent, conscient d'avoir
rempli sa tche, remettait un semblant d'ordre  son lieu de travail.

        "Pourquoi tu me dis tout a... l'"Endive" ?"

        Le garonnet lui sourit pour la premire fois,  l'vocation de son
surnom.

        "Parce que je ne veux pas que l'on nous tue. C'est dj difficile. Nous
on veut juste l'argent pas la mort."

        Logique implacable.

        "Merci l'"endive". T'es quelqu'un de bien. Appelle-moi si tu as besoin
d'aide un de ces jours"

        Vernet lui tendit la main. "L'Endive" la serra. Gratuitement.

        En ressortant Vernet se rfugia sous le porche le plus proche pour
s'abriter de la pluie battante qui ravageait le paysage fantmatique de cet
automne froid. Il extirpa la liste pour s'arrter, triomphant sur "De
Courtilliers". HdC. Hector De Courtilliers ? Henri de Courtilliers ? Huguette
de Courtilliers ? Peu importe. Il  trouverait ! Si la bague appartenait  
cette personne, elle avait bien du dposer une plainte !

        Vernet arrta un cocher qui grogna lorsqu'il apprit qu'il devait gagner
le commissariat. Par tradition il valait mieux viter le coin mais Vernet resta
sourd aux rcriminations, il lana une pice  l'homme qui fit dmarrer ses
chevaux et la carriole brinquebalante. Vernet sifflotait. Relanc moralement,
il serrait nerveusement les objets dissimuls dans la poche de son vtement en
se promettant de retrouver leurs propritaires respectifs.



CHAPITRE V


        Dans un hennissement dsapprobateur les alezans crotts de boue
stopprent  quelques mtres du commissariat. Vernet bondit hors de la calche
humide, traversa la rue d'un pas alerte puis gagna son domicile professionnel
avec soulagement. Si la pluie battante avait bien voulu calmer son acharnement
sur la ville, la journe aurait t parfaite. Il jeta un coup d'oeil  sa
montre-gousset : 13h27. Il faudrait songer  aller djener d'ici quelques
minutes... En poussant la porte de la grande salle commune dans laquelle
s'entassaient la dizaine d'inspecteurs et de policiers affects la scurit
publique, Vernet ne put rprimer un geste d'tonnement.
        Une effervescence sans pareille reignait dans la pice. Bigneux, son
collgue et ami, s'approcha de lui.

        "Salut Louis. Tu arrives bien. Riveneau veut te parler. Maintenant !"

        Bon sang, si Riveneau voulait lui parler, a s'annonait plutt mal.
Depuis un an il jouissait d'une libert d'action totale, mme si ses enqutes
se limitaient aux incendies criminels et aux personnes ges bouscules par une
jeunesse exhubrante. En cette anne 1846, il ne faisait pas bon rprimander
trop ouvertement un peuple longtemps opprim et Vernet, autant que faire se
peut, limiter ses instincts belliqueux pour adopter un ton paternaliste et
diplomate. Riveneau se tourna  peine lorsqu'il parvint sa hauteur. Le crne
dgarni du sexagnaire avait donn lieu  mille et une plaisanteries dont
Vernet tait le plus fervent adepte mais en ce moment mme, seul le regard
froid l'omnibulait.

        "Enfin ! Ca fait deux heures que je vous cherche ! Suivez-moi."

        Sans un mot, Vernet accompagna son suprieur jusqu' son bureau,
pauvrement meubl, austre,  l'image de celui qui l'occupait seize heures par
jour. Riveneau garnit rapidement le pole ronronnant d'une pellete de charbon
puis, dsigna un tabouret  son inspecteur, prit place  son spacieux mais
modeste bureau de bois sombre et hurla :

        "Fates entrer !"

        Comme par magie, la porte s'entrebailla pour livrer passage  une femme
 la chevelure de jais protge d'un chle noir. La cinquantaine fatigue, le
corps large et dforme par de multiples grossesses elle lana un regard apeur
avant d'accepter l'invitation du commissaire qui lui dsignait le tabouret 
ct de Vernet.

        "Je vous coute madame" lana Riveneau sur un ton compatissant.

        "C'est que j'ai dj tout dit !
        - Oui, je sais mais mon adjoint a besoin d'entendre ce que vous m'avez
dit... s'il vous plat..."
        Vernet s'emplit d'une joie non dissimule  l'vocation du mot
"adjoint". Il allongea ses jambes, croisa ses doigts nerveux puis plissa ses
yeux, conscients d'tre tenu  une parfaite concentration.

        "Bon, ben voil... Mlanie, elle a disparue y'a trois jours
maintenant... Avec mon mari on est drlement inquiet. Avec tous ces fous qui
tranent vous comprenez... Ses petites camarades m'ont dit qu'elles se sont
quittes aprs l'usine  8H00 du soir et depuis... plus rien... plus personne
l'a vue.
        - Pardonnez-moi madame, o se trouve l'usine dont vous parlez ?
l'interrompit Vernet.
        - Prs des chantiers navals,  l'ouest...
        - Je vois, madame. Continuez je vous en prie.
        - Ses copines disent qu'elle aurait rencontr l'Ankou.
        - L'Ankou ?"
        Riveneau dissimula difficilement son trouble en fouillant nerveusement
dans sa bote  cigares. Il en extirpa un qu'il s'empressa d'allumer  la
flamme chancelante d'un chandelier de cuivre.
        "Oui, m'sieur l'Ankou. C'est un homme qui rde sur les quais et qu'on
dit qu'il enlvrait les petites filles et les p'tits garons pour des
spectacles..."
        Vernet, incrdule, interrogea Riveneau du regard mais ce dernier refusa
de rpondre aux attentes de son subalterne et se contenta de tter son cigare.
        "Moi je sais pas, je sais plus... On a mis notre fille  l'usine parce
qu'il faut bien payer not' loyer mais on veut pas qu'il lui arrive du mal, vous
comprenez monsieur ? On veut not' fille nous ! Ou qu'elle est maintenant ???
Faut la r'trouver, vous comprenez ?!!"
        Vernet lana un regard compatissant  la femme qui commenait
maintenant  s'agiter sur son tabouret.
        "Nous allons faire de notre mieux Madame, croyez le. Commissaire ?
        - Euh... Oui... Bien sr... Mon adjoint a raison. La Police fait son
travail Madame. En tout cas nous vous informerons au plus tt. Je vous remercie
d'tre venue. Merci... Au revoir..."

        La femme lana un dernier regard angoiss aux deux hommes, ultime
rampart  son dsarroi le plus total. La porte  peine referme derrire elle,
Vernet s'inquita:

        "L'Ankou ? Qu'est-ce que c'est ?
        - Vous avez t longtemps absent, Vernet. Il s'agit d'un homme, un
breton mont  la Cit il y a quelques annes. Depuis quelques mois les enfants
disparaissent et sa rputation de "fournisseurs d'innocence" pour des soires
spciales, rserves  l'lite de la socit en fait le suspect numro un.
        - Mais pourquoi personne ne m'en a parl ???
        - Vous tiez sur la touche Vernet. Nous n'tions pas sens vous
informer. Maintenant vous devez savoir tout a. Je veux que vous enqutiez sur
cet Ankou mais attention ! Dis-cr-te-ment !!! Il bnficie des appuis les plus
importants. Aucun nom ne circule mais les titres existent ! Si jamais vous
recommencez un coup d'clat vous finirez  l'tude des rats crevs  la Prison
Centrale, a je vous le garantie !
        - Je veux bien mais il faut que je retrouve la gamine, chef.
        - Pas la peine...
        - Mais...
        - Elle est dj enterre la gamine...
        - Quoi ?
        - On l'a retrouve hier matin. Egorge et viole. Du sperme sur le
ventre, le visage, le sexe.
        - Mais...
        - L'enqute va tre longue, Vernet. On informera la famille en temps
utile. Je veux un maximum de discrtion, vous m'entendez ?
        - D'accord, chef.
        - Bon. Et de votre ct ?
        - Rien de bien important pour l'instant, Chef.
        - D'accord. Mais tenez moi au courant de vos dmarches ! Vous pouvez y
aller"

        S'il voulait de la discrtion, Riveneau allait en avoir. Pas question
de lui parler  de De Courtillier et de "L'Endive". Le combat s'engageait sur
tous les fronts.


CHAPITRE VI


En cette fin d'aprs midi, froide et triste, le promeneur gar dans une alle 
de traverse du jardin du Luxembourg, pourrait y surprendre une trange scne:
Un dandy vtu de noir en grande discussion avec un buisson. Si ce promeneur
venait d'aventure  s'approcher, il constaterait que ce buisson est dou de
parole. Et s'il s'approchait encore, il saisirait de sombres secrets et sans
doute qu'il lui en cuirait.
        -De Coutillier, vous tes devenu fou! Pervertir une enfant de la haute
socit... Qu'est ce qui vous prend? Mes livraisons ne suffisent plus  votre
petit cercle?
        -Celle-ci est pour mon usage personnel... Je l'aime.
        -Vous l'aimez? j'en aurai entendu des vertes et des pas mures, mais
celle-l alors! Et ce peintre, Bertaux, il n'est pas sr...
        -Je rponds de lui. Je vais l'inviter  faire partie de notre cercle.
Il en est digne.
        -Digne? Le mot est mal choisi. En tout cas je dsapprouve... Les
"poupes de chiffon" que je vous livre, personne ne se soucie de leur sort,
mais une poupe de porcelaine, c'est autre chose... Et il y a un autre
problme. Mes informateurs m'ont dit que l'on avait retrouv le cadavre de la
petite que je vous ai amene il y a quelques jours. Avez-vous une explication 
me fournir? Moi, je me moque de ce que vous en faites, mais veillez  mieux
cacher les cadavres.
        -Comment? Mais je n'y suis pour rien. Ni moi, ni les autres membres du
cercle. Aucun d'entre nous n'est capable d'un tel acte. Mlanie s'est chappe
et je ne sais ce qu'ensuite il lui est arriv.
        -Elle s'est chappe? Et bien remercions son meurtrier. De coutillier
grimace face  l'ombre qui s'agite dans le buisson.
        -Elle n'a jamais vu nos visages... Et elle s'est chappe par les
gouts. Jamais elle n'aurait pu conduire quelqu'un jusqu'au Tombeau Fleuri.
        -Que vous dites... En tout cas, ne me racontez pas d'histoires, il y a
bien un ou deux petits cadavres enterrs dans vos caves?
        -Non... Enfin, une fois, Diane a eu la main un peu lourde avec le
Laudanum. C'tait un accident.
        -Je vous le rpte, a n'a pas d'importance  mes yeux... Soyez sur vos
gardes. Un tueur d'enfants svit dans Paris, et la police est sur les dents.
Vous devriez mieux surveiller vos pensionnaires, et aussi vos compagnons de
jeu. Quoi que vous en pensiez, le tueur pourrait tre l'un d'eux.
        -a pourrait aussi tre vous... N'tes-vous pas l'auxiliaire de la
mort? L'ombre ricane.
        -Allez de Coutillier, amusez-vous bien et Kenavo! L'ombre disparat
dans les fourrs, laissant le dandy dpit et inquiet. Ce soir, Anjella, sa
belle poupe de porcelaine, doit venir. Ce soir, il doit introduire le vieux
peintre parmi le cercle du Tombeau Fleuri... Un tueur? Non, il n'y a pas de
tueur derrire les visages cagouls. Juste des amateurs de fracheur qui
dpensent sans compter pour satisfaire leur passion. De Coutillier rajuste son
manteau et prend le chemin de sa demeure.

Anjella a le coeur qui bat la chamade. Alors qu'elle se promne avec sa nurse
du cot du Louvre, affrontant le froid qui s'engouffre en rafale entre les
faades, elle pense  De Coutillier, au salon des anges. Elle pense  son sexe
que depuis lors elle touche chaque soir dans la tideur de ses draps,
rougissante, confuse... Elle est devenue attentive aux grivoiseries des gens du
peuple. Elle espre y apprendre des choses, combler son ignorance, avant ce
soir. Elle n'ose aborder les sujets grivois avec sa nurse, mme si cette
dernire est une chaude amante et qu'elle possde sans doute un savoir tendu.
Anjella a le coeur qui bat et le nez qui coule. Ses mollets couverts d'pais
collants sont glacs. Elle demande  rentrer. La nurse accde  sa requte car
elle est presse de retrouver les bras de son fougueux valet de chambre.

Ni la nurse, ni Anjella, n'ont remarqu cette silhouette sombre qui les a suivi
tout le long de leur promenade, cache dans la brume montante. Ni la nurse, ni
Anjella n'ont vu ce regard brillant, fix sur les reins de l'enfant, sur ses
mollets, sur ses bottines fourres, sur ses cheveux dors, sur la courbe de son
dos... Un regard de chasseur, de prdateur... Un regard qui dit: "Bientt je
boirai tes larmes et ton sang".

Bertaux ne rpond plus aux sollicitations de l'Acadmie des beaux-arts. Il fait
dire, par l'intermdiaire de son secrtaire, qu'il est souffrant, ou trop
occup, ou que sa soeur est mourante... Qu'importe! Il a fini. Le tableau sche
lentement prs du poil  charbon. Son impudeur huileuse tincelle dans la
lumire du jour qui rentre par la grande verrire. Bertaux a peint dans un tat
de luxure indescriptible, le sexe aussi droit que ses pinceaux. Il a vaincu son
doute. Pour la premire fois de sa carrire d'artiste, il lui semble avoir
touch au sublime. Dj  il pense  la prochaine oeuvre. Plus rien d'autre n'a
d'importance. Ce soir... Ce soir, il rejoindra l'htel particulier de la rue de
Richelieux, tenant par la main, la belle Anjella, si prude, si docile...

Dans la cave de l'htel particulier de la rue de Richelieu, les membres du
cercle du Tombeau Fleuri, les visages cachs par des cagoules de soie, devisent
tranquillement. Chacun est assis sur une chaise qui a sa propre histoire,
grivoise, ou tragique, ou les deux. De Coutillier est assis sur la chaise haute
suppose appartenir  Gilles de Rais. Sa domestique anglaise sert les cognacs.
Des motifs floraux en stuc peint s'accrochent aux votes de la cave. Le sol est
couvert de tapis d'orient luxueux. Plus de trois douzaines de gros cierges
brlent dans des candlabres de cuivre et d'argent. En plus de Henri de
Coutillier et de sa domestique, il y a six autres personnes. Cinq hommes et une
femme. Derrire les cagoules se cachent des personnalits du monde politique,
artistique, financier... Chacun connat les identits relles des autres, mais
jamais un vrai nom n'est prononc lors des soires clandestines du Cercle. De
gauche droite il y a " Japet ", le fils oisif d'un des hommes les plus fortuns
de la Capitale, puis " Coeos ", brillant mdecin qui, entre autre, a guri la
duchesse de Normandie d'une vilaine bronchite, " Hyprion ", pote romantique
et grand consommateur d'opium et de garonnets, " Cronos ", qui a de hautes
responsabilits judiciaires, "Ocan ", Dput de province, qui doit faire un
long voyage pour assister aux runions rgulires du Tombeau Fleuri, et enfin "
Thtys ", une matresse-femme qu'il ne fait pas bon contredire et qui est la
tte d'un important ngoce de produits exotiques. De Coutillier se fait bien
entendu appeler " Ouranos ", pre des douze Titans. Et ils attendent, en buvant
du cognac et en fumant tabac et opium, " Crios ", c'est  dire Monsieur
Bertaux... Ainsi que son tableau et son jeune et doux modle. Le Tombeau Fleuri
est un thtre qui a ses coulisses. Diane, la nourrice anglaise, en est le
rgisseur. Elle aide les acteurs  se prparer alors que le public de titans
cagouls s'impatiente.

L'arrive de Bertaux, un peu en retard car Anjella a tard  s'habiller, marque
les trois coups. C'est Monsieur de Coutillier en personne qui leur ouvre la
porte. Bertaux sert contre-lui son tableau, emball dans plusieurs couches de
papier et de tissu. Dans les rues, il lui semblait que chacun voyait 
travers... Surtout les mres... Mais promener en mme temps cette fentre de
pornographie et la fillette qui l'a inspire, lui a procur un plaisir
puissant, pervers et n'a fait qu'accrotre son excitation. A prsent, il est
fin prt abandonner les dernires biensances derrire lesquelles il se
cachait.
        -Ah ! Maitre ! Anjella ! Je suis heureux de vous accueillir ! Nous
sommes heureux de vous accueillir, devrais-je dire, car nous sommes nombreux 
vous attendre !
        -Que voulez-vous dire, Monsieur, demande Bertaux soudain sur le
qui-vive ?
        -Que ce soir, vous ne peindrez pas, mais que vous rencontrerez des
amateurs clairs, et que vous recevrez le prix de votre travail. Anjella se
demande ce qu'elle vient faire ici... A voyant son air boudeur De Coutillier
lui sourit :
        -Anjella, ce n'est parce qu'aucun tableau ne sera peint ce soir, que tu
ne poseras pas pour nous. Mais ne te fais pas d'inquitude, tu ne seras pas
seule... Et sans attendre leurs objections, il les pousse vers un escalier en
colimaon vieux de quelques sicles. L'escalier mne  une cave poussireuse ou
sont rangs de tonneaux de vins, vides depuis bien longtemps. De Coutillier
actionne une poigne dissimule, et un pan de mur coulisse, rvlant un long
corridor. Au bout du corridor, il y a une porte de fer  l'impressionnante
serrure. Au-del de cette porte, s'tend un rseau complexe de cave qui possde
plusieurs sorties dans les catacombes et des gouts. Encore, une porte et
l'odeur de l'opium et des encens parvient aux nez d'Angella et de Bertaux.

Face aux personnages masqus de cagoules, dont on ne voit que les bouches
luisantes de liqueurs, et les yeux brlant d'un feu luxurieux, Anjella se met 
avoir peur. Instinctivement, elle prend la main de De Coutillier. L'homme
l'accepte. Chacun se prsente  Bertaux sous son nom mythologique, puis le
presse de montrer son oeuvre. Fivreux, il dballe le tableau et le pose sur un
chevalet install  cet effet.
        -Ah ! Bravo ! s'exclame Japet
        -Quel apptissant entre jambe, dit Coeos
        -On ne peut esprer que de nouvelles oeuvres aussi magistrales, dit
Hyprion, un peu du qu'il ne s'agisse du cul d'un garon.
        -Il n'y a pas  dire, quelle matrise. J'envie votre talent, s'extasie
Cronos.
        -Nous ne souhaitons plus qu'une seule chose... Comparer avec le modle,
dclare Ocan avec un fort accent provenal.
        -Oui. Comparons ! Comparons ! martle Thtys.
        -Titans du tombeau fleuri, vaincus par les Dieux, mais point par les
hommes, dclame De Coutillier-Ouranos en bon matre de crmonie, pensez-vous
que ce peintre inspir soit digne de rejoindre nos rangs, sous l'incarnation
farouche de Crios ? Un " oui " unanime rpond  cette question
        -Matre Bertaux, voulez-vous nous faire l'honneur de devenir compagnon
du Tombeau Fleuri ?
        -Je... Je ne sais...
        -Sachez qu'il y a une initiation et que cette initiation porte le nom
de Vronique. Diane, les hanches ceintes d'une longue toffe de soie,  mais le
torse nu et la large poitrine firement dresse, entre par une porte drobe.
Elle tient par la main une fillette maigre avec de longs cheveux blonds onduls
pour seul vtement. Vronique a t enleve, il y a trois semaines alors
qu'elle s'tait perdue dans le ddale bruyant des halles. Elle tait malade et
sous-alimente et trois semaines ont t ncessaires pour la remettre sur pied.
Il s'est avr que le petit tre crasseux cachait une jolie fe au teint ple,
digne de rejoindre la troupe enfantine de ce thtre des profondeurs... Diane
la conduit jusqu'au milieu de la pice. Elle n'a pas l'air d'avoir peur, mais
son regard papillonne d'une vote l'autre, indiquant son tat de
dsorientation.
        -Voil votre initiation... Vous voyez, rien de dsagrable. Mais avant
que vous donniez votre rponse, je me dois de vous expliquer certains points.
Le Tombeau Fleuri est le lieu o quelques amateurs clairs se runissent pour
goter ... certains plaisirs qui ncessitent que l'on s'enterre. Je suis
l'organisateur de ces plaisirs et  ce titre, chaque membre verse une somme
mensuelle, assez importante, je ne vous le cache pas. Mais pour vous, le prix
sera votre art. Lorsque vous serez des ntres, chacun vous dvoilera sa
vritable identit, car " secret dans la confiance, et confiance dans le secret
" est la devise de notre cercle.
        -Mais... Vous enlevez des enfants ?
        -La plupart du temps. Mais nous ne les gardons que provisoirement.
Thtys, qui, a de nombreuses relations dans les colonies, les fait adopter par
des couples sans enfants qui vivent loin de la mtropole. Il faut peupler les
colonies de " sang blanc ", enfin c'est du moins l'avis de Philippe Auguste. En
fin de compte nous offrons  ces enfants de quitter les taudis humides de Paris
o ils meurent de faim et de maladie, pour des latitudes ensoleilles, et des
familles aises.
        -Que la jolie Anjella nous montre d'abord la ralit de ses charmes,
lance Ocan !
        -Fort bien ! Anjella, mon ange, tu te souviens de tous les prceptes
que je t'ai expliqus...  Puisqu'on te demande de te dshabiller, il faut
t'excuter. Il ne s'agit que d'une sance de pose... sans tableau. Et Anjella
s'excute. Elle ne proteste pas. De Coutillier l'aide  dfaire sa robe, puis
il la laisse enlever ses autres vtements. Dans la convergence des regards
affams, elle se met nue. Elle prend soin de ne pas cacher sa motte, elle
laisse pendre ses bras le long des courbes douces de son corps, et elle tourne
trois fois sur elle-mme, pour que chacun puisse l'admirer. Il y a de la
docilit, certes, mais aussi un peu d'ostentation et de coquetterie. Sa
performance reoit des applaudissements nourris. Ensuite on lui apporte une
chaise, on lui demande de s'y asseoir et d'ouvrir grand ses cuisses. L encore,
elle ne fait preuve d'aucune hsitation, et sous le regard effar de Bertaux,
elle ouvre ses cuisses comme une putain  soldat dans un rade de deuxime
choix. Tous constatent que les lvres de son sexe sont rougies et lgrement
enfles. Tous applaudissent de nouveau. Les regards vont du tableau  la chair
et de la chair au tableau et s'bahissent de l'habilet du peintre. De
coutillier a acquis un daguerrotype pour le Tombeau Fleuri mais les clichs
obtenus sont mdiocres. Le tableau, par contre, est d'une troublante fidlit.
        -Nous vous voulons parmi nous ! Matre ! Acceptez ! Le Tombeau Fleuri
deviendra votre Parnasse !
        -Et bien... Soit, j'accepte !
        -Jurez d'tre fidle au Tombeau Fleuri.
        -Je le jure.
        -Jurez de mourir plutt que de trahir l'un de ses membres.
        -Je le jure.
        -Jurez d'y prendre votre plaisir, sans blesser ni tuer ses acteurs
juvniles.
        -Je le jure... Bien sur.
        -Alors nous te souhaitons la bienvenue, Crios. Que vive et prospre le
Cercle du Tombeau Fleuri !



CHAPITRE VII


        Dans une modeste demeure cossue mais sans ornement trop ostentatoire,
un flin au poil couleur nuit se glissa avec dextrit jusqu' la porte de la
chambre qu'il entrebailla prudemment d'un coup de tte. Rassur par le calme,
l'animal se osa s'aventurer plus avant jusqu'au matelas de son matre,
paisiblement endormi. Sr de son fait, il prit appui sur ses pattes arrires
pour bondir sur la couverture fauve provoquant l'instantan rveil de Vernet
qui en maugrant balaya l'air  la recherche du coupable. Le chat, prudent,
s'tait dj rfugi derrire l'armoire,  l'abri des moulinets vengeurs. Vernet
grogna, s'tira, puis consentit  s'extraire de son nid douillet de clibataire
pour gagner la cuisine, le chat  ses trousses. Il lana un morceau de mou dans
la gamelle du flin puis s'autorisa un caf de mauvaise qualit.

        "Demandez 'Le Tonitruant' ! Demandez 'Le Tonitruant' ! Toutes les
nouvelles ! Demandez ! Un garon sauvagement assassin par Le Tueur ! Tous les
dtails ! Demandez 'Le Tonitruant" !"

        Vernet s'approcha de la fentre, deux pices glisses dans sa paume.
Instinctivement son pine dorsale s'tait couverte d'un frisson glacial. Il
pressa l'espagnolette et glissa sa monnaie au gamin casquett qui hurlait au
lecteur ventuel sa proposition d'achat. La rue semblait peu agite, comme
devenue insensible aux meurtres rpts. Un homme, les mains solidement
enfonces dans les poches de son pantalon trop large ne jeta mme pas un regard
au gamin  la frimousse rougeaude. Son journal  la main, Vernet allait
refermer sa fentre lorsqu'il aperut un autre gamin.

        "Cancrelat ! Cancrelat !! Oui ! Je suis l ! Viens l ! Oui, tout de
suite ! Si ! Dpche-toi!"

        Vernet lana le journal sur la table de la cuisine. Un titre vocateur
s'y talait largement "CRIME HORRIBLE AUX CATACOMBES". La porte d'entre glissa
sur ses gonds en mettant un douloureux gmissement. Le chat bondit vers
l'escalier sans jeter un regard au gamin blond qui venait de faire son
apparition.

        "Entre Cancrelat. Tu veux un caf ? alors approche. J'ai besoin de ton
aide."

        L'enfant, des yeux d'un bleu trs pur, les lvres ourles comme une
fille du monde, s'approcha de la table, ta sa casquette pour la serrer entre
ses doigts bleuis par le froid puis se glissa sur le sige que lui indiqua
Vernet d'un signe de tte. Le jeune homme de son ct entreprit de pomper
longuement sur le tuyau de sa pipe avant de verser le prcieux liquide
salvateur  l'enfant enthousiaste.

        "Qui est mort dans les Catacombes, cette nuit ? "L'Endive" ?
        - Comment vous savez m'sieur ?
        - Disons que je m'en doutais... Sais-tu quelque chose ?
        - C'est...
        - 10 sous, je sais. Mais je t'offre mieux que a. Un caf et une
protection policire pour toute la dure de l'enqute.
        - Mince ! On sera plus embt par les cognards ?
        - Non. Je te le promets.
        - Qu'est-ce que vous voulez savoir mon Prince ?
        - Je suis sr que ce qu'il y a dans ce journal est la vrit. 'Le
Tonitruant' n'a pas pour habitude de raconter n'importe quoi mais je prfrerai
apprendre ce qui s'est pass de ta bouche. Je sais que tu tais un proche de
"L'Endive" alors dis-moi ce que je veux savoir.
        - Avec tous les dtails ?
        - Tu sais bien que oui. Tout est important."

        Le gamin absorba une grande gorge du liquide brlant puis se dtendant
un peu commena son rcit.

        "Eh ben hier soir avec l'endive on a fait les bars. On avait pas mal bu
de bire et on chantait pas mal fort en revenant vers la tanire de "l'Endive".
Comme on allait se sparer, on a voulu mimer nos clients alors on s'est
embrass sur la bouche... avec la langue... vous voyez m'sieur ?
        - euh... oui, oui, je vois.
        - Ben vous voulez tous les dtails, alors j'vous les donne !
        - Oui, c'est trs bien Cancrelat, continue !
        - Faut dire que moi "l'Endive" j'l'aime bien. Il a toujours t rglo
et sympa quand j'ai eu besoin d'un coup de main. Il m'a protg des anciens
quand je me suis install. Y'a mme des fois o on a dormi ensemble et j'aimais
bien tre dans ses bras... vous comprenez ? Bref, on s'bcotait en s'marrant
comme des pendus quand un homme nous a demand :
        - Combien pour vous deux ?
        Nous on rigolait alors on s'est tourn
        - je vous paierai bien !
        Il avait de l'or dans les mains m'sieur ! J'en avais jamais vu d'aussi
prs ! Deux comme a qu'on lui a dit ! Il n'a mme pas bronch !

        - Comment tait-il ? Rappelle-toi bien !
        - Ben... Grand, trs mince, plutt jeune, il portait des gants en peau
de chez-pas-quoi mais a devait coter bonbon ! Il avait une petite moustache.
Il tait brun, les cheveux mi-longs, les yeux noirs avec un grain de beaut
ici, fit Cancrela en dsignant son sourcil gauche."
        
        Satisfait, Vernet tendit ses longues jambes minces. Il pressa ses
doigts les uns contre les autres, admiratif de la prcision apporte par le
gamin  la description de l'homme.

        "Alors nous on est all avec lui. "L'Endive" a pris les choses en main.
Chez lui, il a commenc  m'embrasser et  me caresser en me dshabillant. Je
me suis laiss faire. Le jeune homme s'est assis  quelques mtres et nous a
observ. Je le voyais regarder la scne sans perdre une miette pendant que
l'endive tait mon pantalon. Quand on a t tous nus, il s'est un peu approch.
Il a sorti son truc de son pantalon et pendant que "L'Endive" m'allongeait sur
sa table en prenant bien soin d'carter mes cuisses, l'homme est venu prs de
moi. Il a pos ses doigts sur mon ventre et m'a caress lentement. Avec
l'alcool, je me sentais bizarre et quand "L'Endive" a commenc sucer mon sexe,
j'crois bien que j'ai gmi. L'homme...
        - Comment s'appelait-il, l'homme ?
        - Fdrico De Rieux... Je me souviens parce qu'il m'a marqu..."

        Vernet eut bien du mal  matriser un tremblement intrieur. De Rieux !
La liste lui revint en mmoire... De Rieux : 7 ! Enfin un indice ! Vite,
continue gamin ! aurait-il voulu hurler mais il se contenta d'un bref hochement
de tte incitant ainsi l'enfant  poursuivre son rcit.

        "Moi je pouvais sentir le menton de l'endive contre mes bourses. Ca
n'tait pas difficile pour nous deux de se lcher, on l'avait dj fait.
L'Endive tripotait mon roseau nerveusement, efficacemment. Je sentais sa langue
enrober toute la fraise du sommet. On aurait dit que la prsence de l'homme
l'encourageait  me tter avec plus de prcaution encore. C'tait vraiment
excellent, vous savez m'sieur. Oui, vraiment excellent... De Rieux pinait mes
bouts de seins comme s'il voulait en faire sortir du lait. J'ai serr son
poignet un moment donn. Il m'a rassur en serrant mes doigts dans les siens.
Il tait trs doux avec moi, a je m'en souviens. Il faisait attention  ce que
ma tte ne cogne pas contre la table, il caressait mes paules nues, il me
souriait gentiment... Alors quand il m'a prsent sa tige effile, je l'ai
gobe tout de suite. C'tait la moindre des choses. Souvent les clients nous
frappent ou nous insultent. Lui, non. Il faisait trs "monsieur". Vous
comprenez c'que j'veux dire, m'sieur ?"

        Vernet hocha la tte.

        "Bref. Je l'ai suc son truc. Il prenait son pied, a j'en suis sr
monsieur car je l'entendais grogner, souffler. Je prenais tout mon temps. Avec
l'alccol je pouvais trouver a agrable. L'Endive savait bien que a me
plaisait puisque j'cartais mes jambes au maximum et que en fermant les yeux je
laissais l'homme aller et venir dans ma bouche. Je l'entendais dire des mots...
vous savez, comme dans les livres... Il caressait mes cheveux en parlant d'ange
blond et de divinit. A un moment il a retir sa tige de ma bouche pour poser
ses lvres sur les miennes. Il les a lches comme l'aurait fait un petit chat.
Ca me chatouillait. Puis il a plong sa langue entre mes dents et m'a
longuement embrass. L'Endive lui ne perdait pas son temps. J'ai senti d'un
coup qu'il mettait son truc dans mes fesses. Il m'a un peu prpar mais pas
beaucoup parceque j'tais dj trs humide. J'tais habitu  le sentir en moi
alors c'est all tout seul mais j'ai quand mme gmis de surprise. De Rieux
s'est cart et en voyant mon copain me prendre il a replong son bton entre
mes lvres en reprenant ses murmures de posie."

        L'enfant reprit son souffle.

        "A un moment, ils se sont regards tous les deux et l'homme a quitt
mes lvres pour prendre la place de l'Endive. J'ai eu  peine le temps de le
sentir s'chapper de mes fesses que De Rieux prenait sa place. Il tait  peine
plus gros mais plus long. J'tais entirement nu, les jambes trs carts et le
jeune homme me fixait dans les yeux. Il y avait de la tendresse en lui... de la
gentillesse aussi. Il a bien pris son temps pour s'introduire compltement. Je
lui ai souri. Lui aussi. Nous nous comprenions. L'Endive l'a aid se
dshabiller et j'ai pu voir qu'il tait vraiment mince, presque maigre en fait.
Quant il a t  moiti nu, L'Endive lui a caress ses bourses. Je le devinais
car De Rieux grognait plus fort quand mon copain lui pressait ses bijoux. Tout
d'un coup j'ai senti qu'il se vidait  l'intrieur de moi... Ca pulsait en
longs jets chauds... C'tait puissant et quand a s'est calm j'ai cru qu'il
allait se retirer mais pas du tout ! Il a repris ses alles et venues dans mon
derrire. L'Endive est venu m'embrasser. L'homme m'adressait des mots d'amour
comme une femme. "Trsor", "Amour", "Angelot", a revenait souvent. Moi a
m'allait. Je prfre quand on est gentil avec moi. Il m'enserrait les hanches
pour mieux aller en moi et je le laissais me besogner. Je savais qu'il ne me
ferait pas de mal alors je m'offrais du mieux que je pouvais pour que son
poignard atteigne le  mieux possible sa cible. L'Endive encourageait l'homme
qui allait de plus en plus vite. D'un coup il s'est retir et j'ai vu sa verge
toute dure trembler toute seule puis cracher son jus sur mon torse, mes seins
jusqu' mon menton. L'Endive m'a encourag  venir nettoyer la pointe du truc de
De Rieux. Je me suis appliqu et bientt il n'y avait plus de trace de son jus.
Faut dire que je fais a bien..."

        Le gamin sourit en s'auto-congratulant.

        "Il tait trs ple lorsque j'ai termin de le nettoyer... Je me
souviens aussi qu'au bout de quelques instants, aprs qu'il ait repris son
souffle, il a murmur 'Que Vive le Cercle du Tombeau Fleuri !'
        - Hein ? Que dis-tu ?
        - Il a repris son souffle...
        - Oui, d'accord, mais aprs !!!
        - Il a dit 'Que Vive le Cercle du Tombeau Fleuri'.
        - Tu es sr de a ?
        - Oui, m'sieur, j'en suis sr ! Mme qu'avec l'Endive on s'est r'gard
bizarrement. Ca voulait rien dire se qu'il disait et comme j'tais pas sr,
aprs qu'il soit parti on en a reparl avec l'Endive et ben il avait bien
compris comme moi. C'taient ses mots m'sieur !"

        Vernet griffonna sur son prcieux petit carnet les phrases dbites
nerveusement par le gamin outrag de ne pas tre pris au srieux. Le policier
lui adressa un sourire d'excuse en se dlectant du regard cristallin de
l'enfant. Il pouvait comprendre l'attirance de certains hommes pour une telle
dlicatesse des traits... Son interlocuteur aurait pu aisment incarner un joli
petit angelot biblique. Un instant le froid calculateur laissa place  l'tre
humain bless par les assaut par trop rpts de la vie sur son coeur trop
tendre... Vernet se leva et vint effleurer d'un baiser chaste la joue velout
de l'enfant surpris et gn. Il rougit violemment, visiblement peu habitu aux
tmoignages de tendresse spontane et gratuite. Pour interrompre son embarras
il reprit son rcit.

        "Aprs De Rieux a embrass l'Endive  pleine bouche.Comme il tait
aussi nu que moi, il en a profit pour lui tripoter son truc... enfin, vous
voyez c'que j'veux dire. L'Endive c'est un vrai professionnel m'sieur ! Il est
capable de devenir tout raide sur commande ! L'homme a apprci. Binett lui
aussi a recommenc  grossir. Et aprs il a plaqu l'Endive contre la table
pour qu'il puisse lui voir son derrire. Quand il a obtenu satisfaction il a
pntr l'Endive. Il n'arrtait pas de lui faire des bisous dans le cou tout en
s'agitant en lui. L'Endive se laissait faire. On aurait dit qu'il faisait
compltement confiance l'homme. Faut dire qu'il le caressait avec plein
d'attention. Ses grandes mains fines roulaient sur les omoplates et les ctes
de l'Endive... Il a voulu que je participe en l'embrassant  son tour. J'ai
jou le jeu. De Rieux a grimac assez vite. Il est rest comme ptrifi dans
l'Endive pendant quelques instants puis il s'est retir. Il a pris le temps de
se rajuster et nous a laiss 100 sous sur la table avant de disparatre
rapidement. Comme un fantme ! On s'est mme demand si on avait pas rv !
Rapport avec l'alcool qu'on avait pris, vous voyez ? Enfin on savait bien qu'on
n'avait pas rv ! surtout que nos fesses s'en souvenait du passage de l'homme !
et puis 100 sous ! Ben mince a s'oublie pas ! Je me souviens qu'on a fait le
partage et que j'ai pas tran parce que d'un coup j'tais fatigu par tout
a...
        - Tu es sorti tout seul ?
        - Ben oui... l'Endive est rest chez lui.
        - L'homme tait parti ?
        - De Rieux ? Je vois ce que vous voulez dire... Oui, qu'il tait
parti... J'y ai pens ce matin. Y'avait personne...
        - L'Endive ne tenait pas un journal de bord ?
        - Un quoi ?
        - Un journal de bord, un carnet intime sur lequel il aurait not jour
aprs jour ses expriences, sa vie...
        - Ben j'crois bien qu'il savait pas crire l'Endive... Enfin il me
semble... J'en sais trop rien...
        - Mmmhhh. Tiens voil 10 sous pour toi. Tu as mrit plus qu'un caf !
Allez, file maintenant. Je te jure que je vais tout faire pour retrouver celui
qui a fait un mauvais sort  ton ami ! En attendant, sois prudent. D'accord ?
        - D'accord m'sieur ! A bientt, alors ?
        - C'est a  bientt..."

        Vernet suivit la silhouette enfantine qui s'enfuyait dans le crachin
citadin puis vtu d'une pelisse protectrice, s'enfona  son tour dans une
ruelle boueuse avant de hler un cocher qui interrompit sa course dans un
grincement lugubre. Vernet se prcipita  l'intrieur du fiacre et glissa une
adresse au meneur de chevaux qui obtempra aussitt.

        Vernet retournait chez l'Endive...

        Son cabriolet eut bien du mal  se frayer  travers la population
grouillante de la cit en proie aux achats et ventes cris  tue-tte. En ce
jour de march, il ne faisait pas bon vouloir faire circuler une paire de
chevaux ahanants prs des tals chamars. Vernet maudissait intrieurement ce
contretemps. Toute minute perdue contribuait  accorder un rpit supplmentaire
au tueur sanguinaire. Cela lui permit nanmoins de capter quelques
conversations orientes vers les meurtres  rptition. Une femme, le visage
emmitoufle dans une capuche de laine, haranguait ses voisines : "Que fait la
Police ? Ces faignants ! Combien d'temps a va durer encore ?" Autant de
banalits qui aux oreilles de Vernet n'avait aucune rsonnance mais qui
suscitait l'approbation muette des interlocutrices de la cliente colrique. Il
lui appartenait de faire vite sous peine de provoquer d'ici peu des meutes
incontrlables.

        Parvenu au repaire de feu l'Endive, Vernet devina le passage rcent de
policiers. Des chanes empchaient les curieux potentiels de s'approcher trop
prs du lieu du crime. Il fit jouer son passe avec dextrit pour pntrer
rapidement dans la pice froide, descendit rapidement les quelques marches qui
menaient  l'tage infrieur puis entreprit d'allumer les cierges. Un silence
lugubre rgnait dans le lieu de dbauche. Seul le souffle rageur du vent 
l'extrieur parvenait  faire vasciller les flamches des bougies.
Nerveusement, Vernet entrepris de jeter un regard circulaire. Habitu aux
dcouvertes macabres il devait pourtant reconnatre que cette pice presque nue
le plaait ostensiblement dans un tat de fbrilit prononc ; la grande table
macule par endroits lui rappela sa conversation avec l'enfant tout l'heure. Il
s'imaginait tout ces corps assembls, empils... La petite porte drobe cda
en grinant  la pression masculine. Le rduit contenait quelques caisses
poses  mme le sol et emplies de nourriture diverse. Un seau dans un coin
devait servir   la toilette du gamin, un autre probablement  ses
djections... Vernet s'approcha d'un petit meuble maladroitement plaqu contre
le mur ; si ses collgues taient passs par l, peut-tre n'avaient-il pas
pens ... non. Dans un soupir du le jeune homme retira sa main de derrire
le meuble. Pas l'ombre d'une cachette... Il reprit espoir en dcouvrant un
matelas de paille dissimul par un rideau pais dans un coin plus recul et
plus sombre. C'tait trop vident et il se refusait y croire mais ses doigts
rencontrrent bien une liasse de papiers. Prestement il les extirpa pour les
examiner  la lueur faible de la lumire des candlabres. Une criture
malhabile s'talait sur les documents. Vernet sentit son coeur battre plus fort
et entreprit aussitt de deviner les inscriptions. Il s'agissait bien du carnet
intime de l'Endive. Ainsi, il confiait sa vie  son journal ! Sacr Endive !
Qui aurait cr a de lui !

        L'inspecteur dlaissa rapidement les premires pages sans intrt
notoire.

        " J'ai trouv un bijou, une alliance. J'en ai parl au policier. C'est
marqu HdeC. Il m'a dit qu'il se renseignerait si personne n'avait port
plainte pour vol... (Vernet s'interrompit dans sa lecture pour se souvenir
d'avoir effectivement consult les registres mais qu'aucun vol  ce jour
n'avait concern de bague dans ce style). Le tueur reviendra. C'est un fou.
J'crois que le flic pourrait nous protger mais je sais qu'il arrivera trop
tard. J'voudrais tant qu'il protge Cancrelat. Je l'aime vraiment. Tant pis si
on me prend pour une tarlouze. Moi je l'aime ce gamin. Ma vie n'a plus
vraiement d'intrt mais lui..."

        Vernet parcourut rapidement les lignes suivantes au cours desquelles
l'Endive faisait tat de son mal tre. L'heure n'tait malheureusement pas  la
compassion mais  la vengeance. Ah, le rcit reprenait !

        "... Il est revenu ! Cancrelat venait de partir, juste aprs Monsieur
de R. (dsol j'ai dj crit que je ne citerai pas de nom : c'est ma conscience
professionnelle !) avait pass du bon temps avec nous. Je l'ai SENTI !
J'ai su qu'il tait l avant mme qu'il soit venu dans la pice. Il a encore
voulu que je le suive. Cette fois il est devenu plus insistant ! C'est pas une
question d'argent ! Si je le suis je sais que je vais y passer ! Il m'a donn
rendez-vous  "l'Aigle des Mers" pour demain mais j'irai pas ! Je sais pas
pourquoi il insiste..."

        Vernet interrompit brutalement sa lecture. Un craquement venait de se
produire dans la pice adjacente. Avec mille et une prcautions il dposa les
documents sur la couche puis s'assura de la prsence de son rvolver  hauteur
de la poche de son gilet avant de se dplacer avec prcaution vers la lueur des
candlabres. Un second craquement confirma ses doutes. Quelqu'un descendait
prudemment l'escalier... Sur la pointe des bottes il parcourut les quelques
centimtres qui le sparaient encore de l'entrebaillement de la porte. Il
s'interdisait de respirer trop fort, de crainte de sentir son visiteur
impromptu se drober. Vernet inclina la tte demi, son rvolver chag  la
main. Son angle de vision ne lui permettait pas de deviner l'intrus. Il hsita
quelques instants puis se dcida  pntrer brusquement dans la salle clair,
son rvolver point vers l'escalier.

        "Haut les mains !!! Plus un geste !!"

        Un cri trs aige emplit aussitt la pice. Le regard de l'inspecteur
s'abaissa alors vers les dernires marches qui faisaient le lien avec l'tage
suprieur. Une fillette, visiblement terrifie, hurlait en se protgeant
vainement le visage de ses mains croises. Vernet abaissa instantanment son
arme pour se prcipiter vers l'enfant acroupie sur le sol, ramass sur
elle-mme comme pour disparatre  la vue des son agresseur. Il prit l'enfant
par les poignets et l'aida  se relever. Les yeux rvulss la fillette eut du
mal fixer le policier qui entreprit de la rassurer :

        "Mais qu'est-ce que tu fais l ? Et qui es-tu ? Ne sais-tu pas que
c'est interdit d'enter ici ?
        - Je... Je venais voir mon frre...
        - Ton frre ? L'Endive est ton frre ?
        - Ou... Oui..."

        Vernet prit soin de dmeler la chevelure parse qui masquait les traits
du visage enfantin. Lorsqu'il y parvint, il sentit son coeur se serrer
subreptiscement. Elle tait absolument magnifique. Des yeux sombres en amande
ondoyaient au rythme saccad de la terreur de leur propritaire, surmonts de
fins sourcils parfaitement dessins. Le nez petit, discret, s'agitait au rythme
d'une respiration saccade et la bouche, naturellement vermillonne, large
promettait un succs ravageur chez la gente masculine d'ici quelque temps. Elle
semblait avoir onze ou douze ans. Vernet rassura longuement la fillette en
pousant de ses longs doigts secs la joue veloute de l'adorable fillette.

        "Viens, chrie. Viens t'asseoir... Tu vas me raconter." dit-il en
portant l'enfant jusqu'au tabouret plong sous la table. Il resta accroupi prs
d'elle et tout en pressant affectueusement la menotte menue de la fillette dans
sa paume, continuait  caresser le visage merveilleux de l'ange aux cheveux
mi-longs. Le traitement produisit rapidement son effet. Elle accepta bientt de
sourire timidement  l'homme agenouill prs d'elle.

        "Vous m'avez fait si peur !
        - Je sais ma chrie, pardonne-moi. Ca va aller maintenant... Tu venais
voir ton frre alors?
        - Oui. Il devait venir me voir au spectacle hier et je ne l'ai pas vue.
Alors je m'inquitais...
        - Quel spectacle ma chrie ? Et comment t'appelles-tu ?
        - Katarina. A "l'Aigle des Mers"... Vous connaissez ?
        - Euh... Non, enfin de rputation...
        - Oui c'est bien lui. Je fais des spectacles l-bas. Ca me sert 
apporter de l'argent  ma mre... Mon frre aussi... Notre mre boit toute la
journe alors faut bien qu'on se dbrouille...
        - Je comprends... Tu n'es pas au courant alors ?
        - Au courant de quoi m'sieur ?"

        Vernet retrouvait la mme inquitude nave dans le regard de Katarina
et de l'Endive. Elle tait trs certainement sa soeur... En quelques mots il
lui expliqua la disparition tragique de l'Endive. L'enfant clata aussitt en
sanglots dsesprs. Vernet l'enlaa avec tendresse. Elle porta naturellement
ses bras autour du cou offert pour venir pancher sa tristesse sur le col
masculin. Vernet caressait prcautionneusement la chevelure abondante de la
fillette effondre. De longues minutes s'coulre au cours dequelles, en pre
improvis, il parvint trouver des termes rassurants pour calmer la douleur
enfantine. Lorsque les pleurs se calmrent enfin, il porte la main  hauteur de
son cir pour en extirprer un mouchoir qu'il appliqua sur le nez rougi de
Katarina. Elle souffal bruyamment puis prsenta ses yeux boursoufls  Vernet.
Il l'embrassa dlicatement, le coeur aussi tourment que l'enfant marqu par le
malheur.

        L'apptit de Vernet pour la vrit reprit bientt le dessus et lorsque
la fillette eut repris une partie de son contrle il la questionna.

        "Tu parlais de ton travail avec ton frre.
        - Non. Assez peu. Il sait... Il savait ce que je faisais... Il est o
maintenant ?
        - Je t'amnerai tout  l'heure, promis ma chrie. Ca ne sera sans doute
pas joli  voir mais tu es quelqu'un de fort, n'est-ce  pas ?
        - Oh oui... Je veux le voir... Vous comprenez ?
        - Bien sr. Et je te promets qu'on va y aller... Quelle genre de
clientle y a-t-il  "L'Aigle des Mers" ?
        - Quel genre ? euh.... Comment vous dire... Ben vous devriez venir, en
fait ! Vous comprendriez...
        - Tu as raison... Je vais suivre ton conseil... Tu y seras quand ?
        - Ce soir... On va voir mon frre ? Vous m'avez promis !
        - Oui, on y va. Je sais que tu seras forte... Katarina"

        Elle lui adressa le plus charmant des sourires qu'il avait eu la chance
de recevoir depuis bien trop longtemps. Emmitoufle dans une veste trop grande
elle russissait  garder un charme sidrant pour une fille aussi jeune... Il
pressa une nouvelle fois la main de la fillette aux doigts menus avant de
refermer derrire lui la porte qui donnait accs  l'ancien refuge de l'Endive.
De sa poche mergeait les manuscrits de feu le confident et ami de Cancrelat et
accessoirement frs de Katarina.



CHAPITRE VIII

Anjella est un petit animal honteux dans le fond de son lit. Demain, c'est
dimanche, et elle doit se rendre  confesse. Que dira-t-elle au prtre? Qu'elle
s'est dshabille devant des gens masqus ? Qu'elle s'est laisse embrasser sur
la bouche par tous ces gens qu'elle ne connat mme pas ?  Qu'elle a regard
une fillette plus jeune qu'elle se soumettre  la lubricit d'un vieux peintre ?
Et qu'elle a ensuite rejoint la couche d'un homme qui pourrait tre son pre ?
Non. Elle sera bien oblige de mentir... Et le plus gros de tous ses mensonges
sera sans doute de taire le plaisir qu'elle a ressenti entre les mains savantes
de monsieur de Coutillier.

Sur le grand lit, il l'a fait asseoir.  Puis il a attach ses mains dans son
dos avec une cordelette de cuire. Il lui a dit de ne rien craindre et de
seulement goter aux sensations, d'oublier la morale, ce poison, d'oublier le
catchisme et la confession, d'oublier Dieu. Anjella n'a eu aucun mal  oublier
ces choses. Monsieur de Coutillier a dboutonn son pantalon de velours et il
en a sorti son sexe rig. Il a laiss Anjella assouvir sa curiosit du regard
avant de chercher  veiller sa curiosit du toucher. Voil bien une chose
qu'Anjella ne connaissait que de rputation. Une verge. C'est donc ainsi. Une
lame de silex  demi dresse. Aux yeux d'Anjella, et malgr l'impudeur,
Monsieur de Coutillier a plus que jamais des allures de chevalier.
Son tendre chaton a rpondu favorablement  sa nudit et  celle de son matre.
Elle l'a senti s'enflammer sous les doigts de de Coutillier, puis sous sa
langue. Au dbut, elle n'a pas os regarder la tte brune dvorer l'intrieur
de ses cuisses. Puis de Coutillier le lui a ordonn: "je veux que tu regardes
le travail du corrupteur sur l'innocente." Alors elle a regard cette tte
mature entre ses cuisses d'enfant, cette langue inpuisable fouiller l'entre
de son ventre... Et, honte suprme, elle a aim ce qu'elle a vu. Elle a aim le
travail du corrupteur sur l'innocente, sur elle-mme

Dans son lit, ses doigts rinventent la langue de l'aristocrate et trouvent
d'instinct les points sensibles de sa vulve. S'il n'y avait les draps pour la
cacher, les souris du mur pourraient voir  quel point cette fillette est belle
dans le plaisir.

Coutillier a t infiniment patient. Il l'a fait jouir de nombreuses fois en
ngligeant sa propre jouissance, comme s'il voulait la saouler d'orgasme. Il
s'est relev ensuite, le menton luisant, les cheveux en bataille. Il a promen
le bout humide de sa verge le long du fin menton d'Anjella jusqu' ses lvres
sur lesquelles il s'est frott. Anjella n'a pas su s'il fallait qu'elle les
ouvre ou qu'elle les garde closes. Elle a lanc un regard interrogateur 
Coutillier. Elle ne le sait pas, mais c'est ce regard de pure ingnuit qui a
fait jouir l'aristocrate. Anjella a reu son hommage laiteux avec surprise.
Pourtant, elle ne s'est pas recule et s'est garde de s'essuyer avant qu'on ne
le lui permette.
        -Je veux que tu deviennes ma compagne, lui a-t-il souffl en regardant
son petit minois asperg de semence. As-tu aim ce que ma langue a accompli
entre tes jambes ?
        -Oui, a admis Anjella en rougissant.
        -Veux-tu que nous nous fiancions ?
        -Mais monsieur, je suis trop jeune !
        -Pas ici... Pas au tombeau fleuri... Au-dessus, peut-tre, l o rgne
la loi de la morale et de la religion... Mais ici, nous avons nos propres lois.
Alors veux-tu de moi comme fianc ? Et Anjella a encore une fois rpondu oui.

Ensuite de Coutillier a soulev pour elle les pans de rideaux qui cachaient les
bats des membres du Tombeau fleuri. Toujours captive de ses liens symboliques,
elle a regard chaque scne, parfois en baissant les yeux, rougissante, parfois
en sentant renatre l'moi humide entre ses jambes. Elle a surtout vu Monsieur
Berteaux en compagnie de la petite fille blonde, agenouille entre ses jambes,
et jouant timidement avec son membre en extase. Elle lui a trouv un air
bestial et idiot. " Pas du tout le genre d'air qui convient un prix de Rome ",
s'est-elle dit alors que de Coutillier se penchait pour embrasser son paule.

Plus tard, pass minuit, elle a pu se rhabiller. Elle n'a revu ni les autres
enfants ni les personnes masques. Juste avant son dpart, de Coutillier a
gliss  l'oreille de la petite fille " Tu veux poursuivre ma douce chrie ,
n'est-ce-pas ? Tu veux en apprendre plus " Anjella n'a rien rpondu. Monsieur
Berteaux, charg de la raccompagner semblait press de se mettre au lit, le
coeur sans doute puis par un trop-plein d'mois... Voil qu'il a trouv un
autre modle plus  son got. Anjella en serait presque jalouse.

La rumeur nocturne du Paris interlope vient jusqu'aux oreilles de la fillette,
qui inlassable, toute de soupires et de lvres entrouvertes, se masturbe en
rvant d'amours nafs.

Dehors, la navet n'a pas cours. Dehors, on boit, on se bat, on vole et on
viole. Dehors, la misre pousse les plus pauvres dans de noires extrmits et
la justice de Philippe-Auguste frappe sans gard.

Dans une impasse crasseuse chassent quelques matous famliques. Les rats ne
manquent pas, mais c'est qu'ils sont vifs. La misre leur profite... Un
couinement de gonds rouills provoque la dispersion des flins. Frederico de
Rieux surgit de derrire un tombereau de dchets malodorants qui cache un accs
vers les catacombes. L'homme est satisfait. La soire a t dlicieuse et bien
qu'il se dsole de n'avoir plus de tabac  priser, il prend le chemin de
l'htel o il a ses appartements en sifflotant gaiement... Ce garon, par Dieu,
quelle beaut ! Il pourrait butiner un tel cul plusieurs jours durant sans
manger ni dormir. Etre un titan prsente quelques avantages. Il est dcid
finir la nuit en crivant un pome sur ce garonnet qu'Ouranos lui servi sur un
plateau d'argent et qu'il a sodomis  trois reprises. Baptiste, le mme de la
logeuse, un beau petit brun d'une dizaine d'annes, l'attend, assis au haut de
l'escalier.
        -Baptiste, tu devrais dormir  l'heure qu'il est.
        -Vous aussi monsieur...
        -En tout cas je suis fatigu et je n'ai pas de temps  t'accorder.
        -Oh, s'il-vous-plait ! Ce gosse l est toujours  l'afft d'une pice
en change d'une fellation ou de caresses. Mais Frederico de Rieux est
insatiable. Le tombeau fleuri et les prostitus ne lui suffisent pas. " C'est
d'un harem dont j'aurais besoin " a-t-il coutume de dire.
        -Bon, entre cinq minutes.
        -Merci monsieur. Les appartements de Frederico sont plongs dans les
tnbres. Il y fait froid car le feu s'est teint il y a dj plusieurs heures.
Frederico se dchausse et ranime le feu dans la chemine. Il fait signe 
Baptiste et le garon vient  lui. Ils changent un clin presque paternel,
mais rapidement les mains de Frederico se glissent sous ses vtements. Il
touche les hanches maigres du garon, puis descend jusqu' ses fesses et
jusqu' son petit bton. Il lui flatte les couilles et le rectum. Le garon se
trmousse de plaisir. C'est que Baptiste a la rputation dans le quartier
d'tre un sacr petit vicieux et beaucoup de mres voit d'un mauvais oeil que
leurs enfants aillent jouer en sa compagnie. Elles n'ont pas totalement tort.
Baptiste est un vicieux, mais ce sont des hommes comme Frederico qui lui ont
tout appris.

Une ombre passe devant la fentre du salon, comme un clair d'encre. Frederico
l'aperoit et plit.
        -Il faut que tu rentres chez toi, dit il  Baptiste en abandonnant son
corps charmant.
        -Mais pourquoi ?
        -Je suis fatigu, je te l'ai dit... Tiens, prend cette pice ! Nous
nous verrons demain, d'accord ?
        -D'accord, rpond Baptiste en faisant disparatre la pice dans sa
poche. Frederico le pousse tout dbraill sur le palier. Il est agit de
tremblements nerveux. Baptiste ne l'a jamais vu dans cet tat. Mais c'est un
pote, et les potes sont tous fous... Frederico referme la porte. Il fait trop
noir dans cet appartement, beaucoup trop noir. Pourquoi le feu tarde-t-il tant
 prendre ?
        -Que voulez-vous ? chuchote de Rieux, le visage transfigur par une
profonde terreur... J'ai fait tout ce que vous m'avez dit de faire, non ?
Pourquoi venez-vous me dranger ? Je vous ai obi ! J'ai honor notre pacte !
L'ombre s'tire de derrire un fauteuil, grand corbeau dgingand dont le bec
brille d'un sombre clat.
        -Mon dieu ! Protgez-moi ! Pourquoi moi ? Pourquoi moi ? Les petites
mes ne vous suffisent plus ?
        -Tu es comme les autres, dit alors l'ombre dans un croassement, tu es
damn...
        -Oui, pleurniche Frederico, oui, je suis damn ! C'est vrai ! C'est
vrai !C'est bien pourquoi vous tes notre matre !
        -Je ne suis pas votre matre. Tout au plus son messager. Cesse de
pleurer.. Il est trop tard pour pleurer.

Et l'ombre fond sur Frederico.



CHAPITRE IX


        Katarina trottinait hardiement, soucieuse de ne pas retarder la
dmarche lance de l'inspecteur. Sa main glace avait trouve refuge dans
celle de l'homme qui hla de nouveau un fiacre. Les nasaux fumants des chevaux
firent frmir l'enfant qui obtempra rapidement  l'injonction de Vernet qui
lui indiquait l'intrieur de la calche. Un ordre bref incita le cocher 
remettre ses animaux au pas de course vers le centre ville.

        En cette mi-journe, les badauds avaient regagn leurs foyers
respectifs laissant les commerants plier leurs tals parsems qui de feuilles
de choux, qui de pommes trop ptries par les clients soucieux de la maturation
du produit. Dans un claquement de fouet le carosse traversa la place du march
pour stopper dans un cliquetis mcanique prs du commissariat. Vernet lana une
pice au cocher, prit dans ses bras Katarina et la dposa sur le sol. Ses yeux
papillonnaient de surprise :

        "Tu es sre de toujours vouloir passer voir ton frre ?
        - Oui !"

        Le ton incisif incita Vernet  obtemprer. Il reprit la menotte dans sa
main et s'efforant de plaisanter amicalement afin d'atnuer la douleur  venir
de la fillette, la guida quelques rues plus loin  l'estourberie. Ainsi nomme
par lui et ses collgues, l'estourberie servait en fait d'entrept aux corps
dans l'attente d'une spulture dcente. Ernest Loyon, la cinquantaine avance
relevait sur son carnet toutes les caractristiques corporelles lies au dcs
du "client" que les policiers lui faisaient parvenir quotidiennement. Les cas
les plus tranges taient aussitt communiqus la facult de mdecine qui
dpchait alors sur place un expert charg d'inciser l'abdomen du cadavre et
observer l'tat des organes. Loyon grimaait alors de dgot et prfrait se
retirer dans son cabanon, s'emparer de son brle-gueule ftiche et aller vider
une chopine ou deux "Chez Eugne", le temps pour le mdecin spcialiste de
profaner son "client".

        Vernet glissa quelques mots  l'oreille de Loyon qui adressa un oeil
charg de compassion  la fillette impressionne par la solennit du lieu. Sans
un mot il gagna le fond du hangar et fit signe  ses deux invits impromptus de
s'approcher. D'un geste lent, prcis, il releva un drap ple pour livrer  la
lumire blafarde le visage maci de l'Endive, docilement tal sur une tagre
de bois. Katarina sentit les larmes couler sur son visage mais ne profra aucun
cri. Incontestablement son frre reposait bien sur ce rectangle ridicule mais
les traits dtendus, parfaitement lisses du jeune garon venaient
instantanment cautriser la plaie vive de la souffrance de sa petite soeur.
Elle tendit les doigts pour une dernire fois jouer avec les boucles des
cheveux de son compagnon d'enfance.

        Vernet se recula et prit Loyon par la manche pour l'accompagner
quelques mtres plus loin.

        "Que s'est-il pass ?
        - 'Ils' vous ont pas dit ?
        - Non. Je ne suis pas pass au bureau.
        - Une vraie boucherie. Il a le torse en lambeaux. Une lame prcise,
parfaitement affute. En plus on lui a sectionn les parties gnitales"

        Vernet rprima avec peine un hoquet douloureux.

        - Comme je vous dis ! Pour finir, on lui a tranch la gorge. C'est pour
a que j'ai fais attention avec le drap. J'ai fait en sorte que a se voit
pas... Vous comprenez, la petite...
        - Vous avez rudement bien fait Loyon. Bravo  vous... Pourquoi
dites-vous qu'on a "fini" par lui trancher la gorge. On aurait pu commencer par
l, non ?
        - Non monsieur. Le sang tait le plus frais au niveau de la gorge. Je
pense que le criminel a pris bien soin de voir sa victime longuement souffrir
avant de lui porter le coup de grce. Ben mince, trente ans de mtier. J'en ai
vu des coups tordus mais des comme a... Sur un gosse en plus... Faut tre
compltement malade... Compltement cingl... Ca me fout en l'air, j'peux pas
dire mieux... Parat qu'en Angleterre ils ont connu a aussi... Avec des
prostitues ! J'en parlais avec Etienne Tussieux, vous savez le cocher de chez
Lanterneau. Il...
        - Vous connaissez l'Ankou, Loyon ? Ca vous dit quelque chose ?
        - L'Ankou ? Ben... Bien sr on en parle... Mais moi j'dis que ces des
foutaises tout a ! Les gens s'inventent des fantmes pour croire que les
hommes sont pas capables de faire de telles saloperies !
        - Des fantmes ?
        - Oui paratrait qu'il s'agit pas d'un humain. Qu'il porterait un
masque !"

        Vernet porta instinctivement la main  sa poche. Le crissement des
manuscrits de l'Endive le rassurrent instantanment. Il faudrait qu'il
s'attarde sur les derniers mots du gamin. Qui sait si un indice quelconque ne
s'y dissimulait pas. Ah et puis il fallait aller voir ce De Courtilliers. Un
noble ne devait pas tre si difficile que cela  trouver...

        Il remercia gentiment le gardien de l'estourberie qu'il considrait
comme un vritable ami malgr ses bavardages intempestifs. Vernet s'approcha
ensuite doucement de Katarina. Il posa ses doigts maigres sur les fragiles
paules de l'enfant qui orienta vers lui son regard innond de chagrin.

        "Il faut y aller maintenant... Tu vois, il repose en paix maintenant...
        - Oui. Il est beau mon frre, n'est-ce pas ?
        - Oui ma chrie. Tu as raison... Il n'aura plus de problme maintenant.
Je vais m'occuper de la spulture... Tu verras, a va aller..."

        Paternel, il scha les derniers pleurs de la fillette puis avant de
glisser quelques conseils  Loyon qui approuva silencieusement, ils quittrent
le local pour gagner ensemble le domicile de Vernet. La petite refusa d'avaler
quoi que ce soit et  ses nombreux baillement, l'inspecteur comprit qu'il
convenait de lui proposer son lit qu'elle accepta spontanment. Il eut juste le
temps de rabattre la couverture sur les paules de la gamine qu'elle sombrait
dj, vaincue par les motions. Emu, le jeune homme dposa un ultime baiser sur
la joue rosie avant de boucler son domicile double tour pour se rendre au
commissariat.

        A quelques mtres de son lieu de travail les rotatives du "Point du
Jour" tournaient  plein rgime au grand contentement de Poterne, imputrescible
dirigeant du journal  scandales. Chaque heure qui s'grenait lui assurait des
ventes de plus en plus soutenues ; les titres s'imposaient d'eux-mmes : "Une
fillette et un garonnet sauvagement assassins !" ; "Le tueur innonde la
capitale de sang frais !" ; "Vos enfants sont sa destine !" ; "La Police
dclare forfait !". Le poing serr, Vernet gagna son bureau pour plonger son
regard dans le journal de feu l'Endive et tenter d'y trouver de nouvelles
informations. Quelques secondes auparavant il avait command une jeune recrue,
Josphine Hdes, de retrouver dans les liasses officielles la trace ventuelle
d'un De Courtilliers et, surtout, son adresse.

        Dans les quelques pages manuscrites, Vernet puisa peu d'informations
nouvelles sur l'nigme des assassinats. En revanche son attention se concentra
sur le court chapitre consacr  la soeur de l'"Endive" ; Il voquait "l'Aigle
des Mers" avec une insistance soutenue et semblait craindre pour la vie de
Katarina. Il dcrivait l'endroit comme "pourri de vice". L'allusion tait
claire mais suffisamment pleine de sous-entendus pour que le policier
s'inquite de sa toute nouvelle protge. Que faisait-elle dans ce lieu comme
"travail" ? La rputation de l'tabissement suffisait faire frmir
l'inspecteur. Seuls quelques habitus tris sur le volet parvenaient 
s'immiscer parmi la clientle du bouge. Lorsque la Police oprait une visite
impromptue elle dcouvrait, dsapointe, un caf tout  fait traditionnel...
trop traditionnel... Sans nul doute la corruption svissait parmi les rangs de
la brigade. Les salaires trop drisoires ne parvenaient plus  payer la bonne
conduite des hommes de loi et Vernet, de guerre lasse, avait renonc, imitant
en cela les dispositions de ses suprieurs, se contentant de fermer les yeux
sur ce fleuron de la luxure. Pourtant il lui fallait entrer dans
l'tablissement...

        Josphine, le hla du fond de la pice. Elle venait de mettre la main
sur l'adresse convoite. Vernet nota les indications nerveusement : un htel
particulier, rue de Richelieu... Excellent, vraiment excellent. De joie il
esquissa un sourire  la jeune femme qui, peu habitue  cette marque de
gentillesse, le lui rendit avec dlectation. L'inspecteur gagna la sortie du
commissariat pour rejoindre son domicile, rveiller sa jeune endormie et
discuter de son plan de bataille pour les heures  venir. La petite acquiessa
silencieusement. Tout en laissant l'enfant se rafrachir le visage gonfl de
sommeil, l'inspecteur glissa entre ses dents le tuyau de sa pipe puis expira
des bouffes nausabondes. Il mesurait les consquences de son projet... Le
chat se glissa bientt entre ses jambes pour lui rappeller ses besoins naturels
essentiels. Vernet sortit de ses penses, glissa un peu de nourriture au flin
puis s'enferma dans sa chambre afin de mettre la dernire touche son projet.

        Sur les quais bordant le fleuve, des marins et des dockers
s'affairaient bruyamment. Les uns dbarquaient pour s'offrir une soire bien
mrite aprs les nombreuses insomnies essuyes au cours des invitables
temptes ocanes, les autres achevaient le parquage dans les cales des navires
des biens de premire ncessit destines aux colonies lointaines. Les visages
s'effaaient dans la nuit proche et les luminaires protgs par leur cage de
verre parvenaient difficilement  clairer les traits burins des hommes
puiss.

        A quelques mtres de l, les commerces d'alcool profitaient de
l'aubaine : des hommes de mer nouvellement dbarqus promettaient des soires
animes et surtout richement arroses. Des femmes plus ou moins jeunes, bien
dcides  profiter de l'abstinence forces des travailleurs s'efforcaient de
maquiller les 'dj' pour qu'ils aient l'air 'd'encore'... Les corps
souffraient de trop nombreuses treintes, vieillissaient prmaturment,
s'enlaidissaient de la violence avine des clients mais la crise financire
svissait dans tous les milieux et quelques pices parvenaient faire survivre
les prostitues et leurs enfants en bas-ge. Miraculeusement la pluie s'tait
arrte, laissant place  un pan de ciel clair au milieu duquel la Lune s'tait
faite une place de choix. Un homme, le monocle haut perch, son costume
pied-de-poule impeccablement lustr et prcautionneusement recouvert d'une
gabardine protectrice, sa canne tournoyant ngligemment au creux de sa paume se
frayait un chemin  travers la foule compacte qui, impressionne, s'cartait
sur le passage du "Monsieur". Dans une moue comique, il s'arrta hauteur d'un
tablissement soigneusement vit par les marins indsirs. "L'Aigle des Mers".
L'homme, visiblement satisfait, heurta la lourde porte de chne de sa canne et
attendit sagement qu'elle grince pniblement sur ses gonds. Un monstre d'une
stature incroyable s'offrit dans l'encadrement. Il dpassait aisment les deux
mtres. Son crne chauve, sa musculature vidente, son absence de sourire
contribuaient  le rendre antipathique. Il examina le visiteur nocturne des
pieds  la tte puis, sans mettre le moidnre signe de satisfaction ou non,
attendit silencieusement. L'homme lui glissa un mot
l'oreille. Aussitt le cerbre s'carta pour livrer passage  l'homme
bourgeoisement vtu. Un marin tenta de deviner par l'ouverture faiblement
claire ce qui pouvait se cacher derrire cette porte extraordinairement
ouverte mais il n'en et pas le loisir : le gardien  la peau d'bne venait de
la refermer prestement derrire le visiteur gant qui, ngligemment,
s'enfonait dans le couloir offert. Derrire lui il pouvait sentir le souffle
du gardien, ses yeux impavides observer sa nuque.

        Sous une apparence nonchalante, Vernet savait dsormais que sa marge de
manoeuvre s'avrerait extrmement troite...

        Alors qu'il arpentait lentement le long couloir moquett de rouge et or
tout en affectant un regard dsinvolte aux tapisseries et tableaux de matre
exposs de part et d'autre, le policier grim ne remarqua pas l'arrive
impromptue, face  lui, d'un diablotin masqu d'un loup noir. Une voix
enfantine s'chappa du masque pour dclarer :

        "Je suis Cassandra, votre htesse. Si vous voulez bien me suivre
Monsieur...".

        Elle lui tendit une main lgre dont il s'empara du bout des doigts.
Elle lui tournait dj le dos, l'entranant dans le couloir largement clair
de chandeliers massifs et dors. L'enfant arborait une chevelure brune raide
qui s'agitait convulsivement au rythme de ses petits pas presss. Son cou tait
ceint d'une toffe richement dcore. Autour de la taille elle arborait une
jupette noire si courte et si lgre qu'au moindre de ses dplacements elle se
soulevait suffisamment pour dvoiler une partie de son derrire la rondeur
parfaite. Ses jambes taient gaines de bas aussi sombres que sa jupette. Bien
que son visage soit partiellement masqu, Vernet devinait  la morphologie de
l'enfant qu'elle pouvait avoir entre huit et dix ans... peut-tre moins...
L'enfant se retourna soudainement pour lui sourire de toutes ses dents
parfaitement alignes et blanches.

        "Vous tes en retard... Vous avez manqu le dbut du spectacle... Je
vous raconterai si vous voulez... Je suis votre htesse vous savez ! Vous pouvez
tout me demander... Peut-tre vous tes-vous perdu ? Je crois que c'est la
premire fois que vous venez ? Ne vous inquitez pas, tout va bien se passer !"

        L'enfant reprit sa marche en avant sans rellement esprer de rponse
de son interlocuteur. Elle s'avrait tre un guide un peu bavard mais propice 
dtendre lgrement les nerfs prouvs de Vernet. Bientt ils dbouchrent
ensemble, le policier et la fillette tous deux dguiss dans une salle cossue,
surchauffe et un peu enfume.

        La pice, circulaire, accueillait environ vingt  vingt-cinq tables
composes chacune d'un groupe de trois  quatre personnes, pour la plupart des
hommes. Hauts-de-forme, queux-de-pie, gants blancs et cannes dores ou sombres,
redingotes taient de mise. Cependant, ce ne fut pas les accoutrements
bourgeois qui ralentirent la marche de Vernet mais les attitudes dsinvoltes de
certains de ces hommes. Prs des tables d'autres trs jeunes filles attendaient
sagement. L'une d'elles, deux tresses parfaitement noues, le visage
partiellement dissimul par un loup identique l'accompagnatrice du policier
dguis, offrait son nombril dnud  la caresse gante d'un convive aux
cheveux argents. L'autre main de l'homme, nue celle-ci, glisse sous la
jupette noire de l'enfant, flattait avec application le postrieur ple puis
disparaissait rapidement entre les cuisses ostensiblement entrouvertes pour
venir flirter avec le sillon vaginal. La petite, ses lvres roses entrouvertes,
les mains croises dans le dos, laissait son regard se perdre vers l'horizon
comme si, insensible aux mles attouchements, elle s'accoutumait de ces
flatteries.

        Vernet n'tait pas sans savoir qu'en ces priodes troubles, les
ouvriers arrondissaient leurs maigres salaires en laissant, voire en
encourageant parfois, leurs enfants  s'offrir aux "messieures". La Police
luttait tant bien que mal contre ce flau mais ici cette notion devenait
totalement suranne. Toute cette atmosphre confine transpirait la luxure
inacceptable : les bourgeois se cachaient pour profiter de leurs amours
coupables habituellement mais ici ils n'hsitaient plus  s'adonner ouvertement
leur loisir favori.

        La fillette dsigna une table  Vernet qui prit place, son motion mal
matrise. Elle lui dcocha un sourire anglique en prcisant :

        "Je vais vous chercher  boire. Attendez-moi..."

        Le policier sentait une chaleur nerveuse l'envahir. A ses cts, un
homme d'une cinquantaine d'anne, grisonnant, semblait ne pas s'tre aperu de
la prsence d'un nouveau convive, trop occup  embrasser  pleine bouche une
ravissante nymphette aux cheveux dors. Rajustant sa cravatte, Vernet laissa
son regard errer devant lui. Il put ainsi dcouvrir qu'une scne occupait le
fond de la salle. Un spectacle inattendu en tout autre lieu mais probablement
tout  fait banal ici, s'y droulait.

        A dix mtres une scne avait t installe, semblable  une scne de
thtre avec de lourds rideaux carmins maintenus entrouverts par de solides
cordes de chanvre. Trois immenses miroirs orients face au public scellaient un
primtre au sein duquel trois actrices prsentaient leur rle. Vtues comme
des danseuses d'opra elles s'appuyaient sur une rembarde pour effectuer des
exercices particulirement acrobatiques. Vernet ne fut pas tonn de constater
qu'elles arboraient un justaucorps particulirement prs de leur jeune corps et
surtout totalement transparent sous l'abdomen. Les fillettes, ges environ de
six huit ans, leurs petons gains de chaussons adpats, s'appliquaient 
excuter  l'unisson une srie d'exerices parfaitement rods. Une musique douce
dont Vernent ne parvenait pas  dceler l'origine rythmait les balancements
lgers des corps innocents. De la salle des expressions mi-amuses mi-salaces
fusaient bruyamment mais elles ne semblaient pertruber en aucune faon les
trois fillettes studieuses. L'une d'elle retenait, bien qu'il s'en dfendrait
srement si on devait l'interroger sur le sujet, l'attention de Vernet. Non
qu'elle fut plus jolie que ses petites amies (elles l'taient toutes) mais sa
grce naturelle, son charme lgant, ce petit noeud de velours ple dans sa
coiffure rassemble en une impeccable queue de cheval, ses yeux azurs, son
sourire timide, contribuaient la rendre davantage incongrue dans ce lieu trop
empest de souffre adulte. Elle virevoltait sur des airs hongrois, se
recueillait face  son public avec condescendance, saluait la glace avec
majest. Vernet ne pouvait s'empcher malgr sa fascination pour cette enfant
divine de s'abandonner vers le bassin invitablement expos aux regards avides.
Son sillon se devinait, hermtiquement clos jusqu' ses globes fessiers,
protubrance dlicate  l'piderme soyeux. Elle tait superbe. Inutile d'en
dire davantage.

        "Voil votre verre... Je peux... vous aider ?"

        La fillette brune qui l'avait accompagne  son sige tait revenue,
aimable porteur d'un alcool salvateur, et lui souriait gentiment. Machinalement
il lui retourna son sourire. Il sentit l'enfant, son regard brun plong dans le
sien, enserrer ses doigts pour les glisser sous sa jupe feutre. Il sentit les
bourrelets intimes de la fillette s'panouir  son contact. Il avait envie de
poursuivre cet trange et trs drangeant rendez-vous mais il se ressaisit
brusquement. "Bon sang, je deviens fou !" Il plongea deux doigts maigres dans
son gilet pour en extraire un pice dore qu'il glissa dans la paume de la
fillette aux dents parfaites. Elle dposa un baiser lger sur les doigts minces
et s'effaa silencieusement.

        Ces quelques secondes d'inattention avaient pourtant suffit  empcher
Vernet de profiter de la fin du spectacle des trois danseuses. Elles s'taient
envoles sous le crpitement des applaudissements nourris d'un public conquis.
Vernet poussa un juron. Par dpit... Par envie, aussi. A ses cts l'homme
avait install la dlicieuse petite fille sur ses genoux. Sa poitrine en
devenir et ses cuisses dnudes s'offraient aux caresses viriles. L'inspecteur
grim nota qu'elle n'arborait plus son masque mais ne semblait pas s'en
formaliser.  Ses boucles d'or reposaient sur le costume lain de l'adulte
tandis que ses jambes reposaient de part et d'autre des membres infrieurs de
l'homme. Il releva davantage la jupette sombre pour s'offrir le spectacle du
bassin imberbe de son "invite". Sans s'offusquer, l'enfant l'aida mme en
plaquant le tissu de sa jupe sur son abdomen afin de se dvoiler davantage
encore. Vernet examina son nez retrouss, ses sourcils si blonds, ses lvres
minces, ourles par la grce, ses paules si finement ciseles. L'ange se
rvlait encore mieux entre les doigts impatients du quinquagnaire. Il en
avait introduit un au coeur de la fleurette dlicate provoquant un lger
gmissement de sa victime. Il semblait vouloir la dchirer avec ses manires de
garon-boucher. Sa main gauche se crispait sur le costume lain comme pour
freiner les engagements trop dfinitifs de l'homme. Sans prendre garde aux
avertissements muets de l'enfant il effectuait de lgers va-et-vients, sparant
les dlicats ptales qui cdaient sous la pression. Tandis que sur scne on
s'affairait discrtement installer un nouveau dcor, Vernet croisa le regard de
la fillette ausculte sans vergogne. Elle lui sourit gentiment. Il le lui
rendit, compatissant. L'homme ne s'aperut de rien, trop occup  remplacer son
doigts par son membre large et trs dur. Il le guida vers le calice de
l'enfant. Elle ne parut pas effraye et se redressa  demi afin de faciliter
l'invitable pntration de son intimit. L'homme lui en sut gr et, soutenant
son bassin, l'aida  s'empaler sur le boudin musqu. L'angelot frmit, grimaa
mais accepta nanmoins la turgescence masculine qui trop heureuse transpera le
sillon tendre. L'homme pressait durement les hanches enfantines. Il oscilla
quelques instants puis, visiblement prouv par l'effort dut sentir sa semence
lui chapper. En gmissant sourdement il reposa son front sur les frles
omoplates  de la poupe slave. Elle se retourna demi, constata
l'affaiblissement de son soupirant et, doucement, entrepris de se dgager de
l'treinte masculine soudainement ramollie. Vernet observa le bassin de la
fillette s'extraire du membre flasque. Elle semblait se couper du cordon
ombilical paternel... l'impression tait terrifiante... Elle rajusta
rapidement sa jupette puis s'emparant prestement du mouchoir que lui tendait,
fbrile, le vieil homme, essuya la verge des filaments visqueux qui
l'encombraient. Il la cajola un dernier instant puis elle s'enfuit sur la
pointe de ses petits pieds effils.

        Sur la scne ramnage, le spectacle reprenait. Vernet eut  peine le
temps de voir un nouvel arrivant se glisser  ses cts. La lumire diminua
rapidement. Une musique lgre acheva les dernires conversations. Le coeur de
Vernet se mit  battre furieusement dans sa poitrine. "Elle" venait
d'apparatre. Katarina tait l. Des sifflets d'admirateurs convaincus
salurent l'entre de la ravissante enfant dont la beaut de Vestale laissa une
nouvelle fois pantois Vernet. Ses pieds taient sangls dans deux bottines
parfaitement cires et laces jusqu' hauteur du genou. Un simple collant aux
mailles laines moulaient prcautionneusement ses cuisses menues et finissait
par s'enfuir sous une nuisette immacule et ajoure finement,  comme pour mieux
laisser deviner le grain de peau si ple. Les paules de l'enfant maintenait
les bretelles du tissu lger et s'offraient aux regards dj concupiscent d'un
public conquis. La chevelure auburn, rassemble en un chignon nlig , laissait
deviner l'ovale parfait du visage si ravissant de la dlicate fillette. Vernet
laissa, muet d'admiration, son regard envelopper les bras, les poignets puis
les doigts bagues de la soeur de "l'Endive". Elle venait d'apparatre,
transfigure et semblait dj n'tre prsente que pour offrir sa nubile
apparence au policier fatigu. La scne avait t prpare pour mimer une
cuisine suffisamment luxueuse pour s'offrir un vier cuivr, un canap rhauss
de boiserie cisele, une table cire et deux chaises hautes.
        Elle souriait, semblant ignorer le public qui pourtant manifestait
bruyamment son enthousiasme.

        "Elle est terrible la petite !" glissa  l'oreille de Vernet un homme
nouvellement install en lieu et place de celui qui s'tait satisfait dans
l'antre de la fillette blonde.

        Katarina s'assit du bout du postrieur sur le canap insolemment offert
puis entreprit de dnouer ses bottines. Une mche de cheveux rebelle vint
voltiger sur sa joue et bien qu'elle n'y prit garde, Louis Vernet sentit sa
main se crisper sur la flanelle de son pantalon. La musique joyeuse s'adouit
imperceptiblement  tandis que les petits doigts s'emparaient d'un lacet. Elle
dposa les deux souliers cte  cte puis s'allongea de tout son long sur le
canap, en signe de soulagement, de dtente. La salle retint son souffle
lorsque la fillette se redressa pour glisser ses doigts agiles sous sa nuisette
blanche. Le collant put alors se replier lentement, dvoilant ainsi les
premiers milimtres de la chair presqu'aussi ple que le vtement qui couvrait
sa fragile poitrine. La gorge dj sche, Vernet aperut, mise en valeur par le
collant qui commenait  glisser le long des jambes de la fillette, une petite
culotte de dentelle, trs serre, dont la pointe triangulaire s'enfuyait entre
les cuisses nues. Katarina, lentement, s'allongea sur le divan afin de faire
profiter son public au mieux. Elle souriait, sans pourtant jeter un seul regard
 ses admirateurs mais consciente de leur moi profond. Ses doigts minces
couraient le long de ses jambes encore gaines puis rapidement revenaient au
collant pour petit petit l'inciter  s'effacer.  Des applaudissement nourris
salurent le vtement qui, vaincu par la volont de l'enfant, gagna le sol
parquet. Katarina put enfin dvoiler sa petite culotte froufroute. Alanguie,
elle s'enroulait sur elle-mme au rythme doucereux d'une musique charmante,
entrouvrait ses lvres minces et trs rouges, fermait les yeux puis dans un
mouvement saccad faisait onduler sa crinire. Elle se redressa soudainement
pour se prsenter face au public et insrer deux pouces dans l'entrebaillement
de sa culotte serre. Espigle, elle tarda l'ter mais lorsqu'elle s'xcuta,
elle carta ostensiblement ses cuisses pour mieux laisser hommes et femmes
profiter de son sillon parfaitement tra, terriblement innocent au regard de
l'tat d'excitation gnral qui rgnait dans la salle.

        A quelques mtres de lui, Vernet observa un homme aux cheveux blonds
embrasser la poitrine dnude d'un garonnet brun, les reins cambrs, ses
coudes plaqus sur la table pour mieux s'offrir aux suions concupiscentes. Un
autre s'tait redress  demi pour mieux profiter du spectacle d'une fillette
qui, jupe releve sur ses hanches offrait son postrieur  besogner. L'homme ne
se faisait pas prier et avait introduit son organce dans le conduit anal
enfantin. Une grosse femme, plus loin, encourageait deux petits angelots tter
ses seins laiteux en leur plaquant la bouche sur ses mamelles pleines.
        Katarina ne semblait s'mouvoir de rien et venait d'ter sa nuisette
pour offrir sa propre poitrine  tous. On devinait ses ctes mais elle n'tait
pas maigre, juste menue, fluette. Deux bourgeons  peine clos pointaient
dlicatement sur le torse malingre. Totalement nue, elle se hta d'enfiler deux
gants immaculs. Vernet tait au bord de l'vanouissement. Malgr son contrle
de soi habituel il tait prisonnier de cette nymphette incroyablement jolie
avec ses yeux en amande, ses lvres purpurines et ses hanches menues. Il
tombait amoureux.

        La fillette complta son habillement en ajustant autour de sa taille un
tablier minuscule qui masquait son pubis mais laissait son derrire rond
largement expos. Elle entreprit alors de nettoyer convenablement, lascivement
parfois, la cuisine reconstitue. Ses doigts virevoltaient sur les ustensiles,
les emprisonnaient, les dplaaient pour les ranger convenablement. Lorsqu'elle
eut enfin termine son mnage, elle se retourna vers son public, dnoua son
tablier puis posa ses deux mains gantes sur ses hanches. Aussitt des cris
fusrent dans la salle :
        "Moi !
        - Non, moi !
        - Elle est  moi !
        - Moi, petite, moi !"

        Vernet ne comprenait rien mais Katarina, souriante, le dsigna de son
index immacul. Le policier pointa  son tour son index vers lui en signe de
confirmation. Elle inclina la tte en signe d'assentiment. Il se redressa alors
pour se diriger vers la scne sans toutefois grimper les trois marches qui le
sparaient de l'estrade. Elle plaqua, toujours souriante, ses deux mains autour
du crne de l'homme pour le diriger vers sa fente sage. Vernait respirait avec
difficult. Il voyait le bassin de la fillette se rapprocher dangereusement de
ses lvres. Elle entrouvrit un peu ses cuisses et le policier sentit sa bouche
pouser le sillon finement dessin de l'enfant. La surexcitation gnrale
contribua largement sa faiblesse. Il dgaina la pointe de sa langue pour
l'appliquer sur le bastion de Katarina. Elle ne recula pas. Il osa titiller la
fentine. Incidemment, lentement, il osa insister pour la longer et
prcautionneusement s'introduire dans la fente. Il entendait des sifflets mais
prfrait se gargariser du trsor offert. Katarina s'ouvrait pour lui. Bientt
il put se repatre  loisir du bijou enfantin. Elle continuait  plaquer sa
tte contre sa fente. Vernet jouissait de l'instant.  Au bout d'un instant qui
lui parut trop court, elle se retira lentement de la pression masculine. Il
redressa la tte ; elle lui souriait gentiment. Il aurait voulu la dvorer
davantage encore mais elle se droba dans un lan adorable.

        Le public applaudit  tout rompre. Vernet, dboussol, se dirigea
difficilement vers sa table puis s'affaissa lourdement sur sa chaise.

        "Un trsor mon cher ! N'est-elle pas superbe notre petite ?
        - Splendide... Quelle...
        - ...petite fente gourmande ! Comme je vous comprends ! Et quelle
chance vous avez eu !  C'est toujours elle qui choisit et ce soir... c'tait
vous ! Je vous flicite !
        - Merci ! ...De Covemaeker. Pour vous servir monsieur. A qui ai-je
l'honneur ?
        - Mon Dieu, vous ne savez pas ? Mais qui vous a introduit ?"

        Un souffle glac venait d'envahir la nuque de Vernet

        "Et bien... Je suis dbarqu hier de "l'Etendard", un paquebot qui fait
la liaison jusqu'aux Amriques...
        A demi- convaincu, son interlocuteur lui jeta un regard mfiant.

        "Sachez monsieur, qu'ici il convient de ne jamais citer de nom !
Appelez-moi Ocan, si vous le dsirez.
        - Pardon, je ne savais pas... Ceci dit De Covemaeker n'est pas
rellement...
        - Restons-en l, Monsieur. Votre dulcine vous salue..."

        Sur scne, Katarina, nue, lui adressait un baiser de sa main gante.
Vernet s'inclina puis, tandis que la fillette disparaissait, lui-mme se
dirigea vers le couloir de la sortie. Il se maudissait de sa gaffe mais il
s'agissait de ne rien laisser paratre. Tandis que la lumire revenait dans la
salle, Vernet aprs un bref "bonsoir" au vigile ngre quittait "L'Aigle des
Mers" pour s'enfuir dans la nuit salvatrice.



CHAPITRE X

Le peintre le plus talentueux de la capitale perd la boule... Voil ce qui se
raconte en tout cas dans les salons. Il ne rpond  aucune commande, pas mme 
la commande trs officielle qui a man du palais. Aux visiteurs, il brade
d'anciennes toiles. Et plus un seul de ses jeunes modles ne trouve gr  ses
yeux. Il les a toutes renvoyes. Son secrtaire Guillaume est inquiet.
Qu'arrivera-t-il lorsque les conomies auront dfinitivement fondu ?.
Faudra-t-il qu'il s'en retourne vers sa morne Normandie pour y traire les
vaches ? Il a bien essay de raisonner le matre :
-Je vous en prie, honorez au moins cette commande ou trouvez un lve capable
de vous remplacer. J'en connais quelques-uns aux beaux-arts qui sont dous...
-J'ai dj une commande, explique-t-il  Guillaume, une commande qui me prend
beaucoup de temps...
-Mais qui ne vous rapporte rien !
-Guillaume, l'argent n'est pas tout. Je suis un artiste pas un ngociant en vin !
-C'est ce de Coutillier qui vous a ensorcel. Je me suis renseign sur lui, et
il a trs mauvaise rputation. Avant de vivre  Paris, il jouait au nobliau de
province en Bretagne. Et il y a eu de sales histoires autour de sa demeure...
Des disparitions d'enfants, comme en ce moment... Et puis, il ne cesse de se
ruiner et d'aussitt retrouver une fortune. On dit qu'il fait de l'alchimie,
qu'il transforme le plomb en or avec du sang de vierge.

Mais Bertaux n'coute pas son conseiller, pas plus que ses anciens amis. Chaque
matin, il se rend rue de Richelieux chez de Coutillier et n'en revient que le
soir, parfois mme le lendemain. Il est exact que Bertaux a toutes les
apparences d'un homme ensorcel. Il marche en marmonnant dans sa barbe, la
lippe humide, les mains agites de tics. Il ne s'excuse nullement lorsqu'il
bouscule un passant et  deux reprises il manque de se faire casser la figure
par un gavroche un peu nerv. Lorsqu'il arrive chez de Coutillier, il ne se
perd pas en vaines civilits. Il embote le pas la nourrice et descend dans les
profondeurs de Paris, jusqu'au Tombeau Fleuri.

Un mur entier attend de voir surgir de son salptre des scnes habilement
construites qui enchanteront les Titans. Bertaux, peu  l'aise avec l'art de la
fresque, a fait couvrir le mur de trois grands panneaux de bois. C'est sur ces
panneaux qu'il esquisse au fusain les bacchanales que les titans lui ont
suggres. Dans son dos, leurs siges vides, soi-disant tachs de sang innocent
ou de foutre coupable, sont ses seuls spectateurs. Pour ce qui est des modles,
charmants et dociles... Il ne manque pas. La dizaine de gosses qu'abrite en ce
moment les coulisses du tombeau, sont sa pleine et entire disposition. Diane
les lui prpare, les habillant et les dshabillant comme il le lui demande et
les aidant  prendre la pose. Comme Bertaux se contente de croquer les scnes
sur un carnet avant de les reporter sur les panneaux, les temps de pose sont
heureusement brefs. Il s'accorde aussi quelques entractes en compagnie de la
petite vronique  qui il apprend  correctement satisfaire un homme avec la
bouche.

Aujourd'hui, face  Bertaux, il y a un garonnet blond comme un ange, pench en
avant, les mains sur les cuisses. Derrire lui est agenouille une fillette d'
peine cinq ans, petit tre aux ctes saillantes et au doux minois de
musaraigne. Stratagme habile que celui d'avoir plac, tel un joyau serti dans
de l'or, un bonbon dans le rectum du garon. Diane est d'une habilet de
sorcire lorsqu'il s'agit d'obtenir ce qu'elle veut des pensionnaires du
tombeau fleuri. La fillette lche la sucrerie entre les fesses de son camarade,
et Bertaux dispose de la scne de dpravation qui lui a t demand. Il la
regarde nanmoins, non comme une scne d'ignoble luxure, mais comme une scne
mythologique, le flirt d'une nymphe et d'un berger dans les plaines d'Arcadie.
Et s'il bande c'est surtout en pensant Vronique qui l'attend derrire, et 
ses cheveux dont on peut  loisir la vtir et la dvtir... Bertaux aime y
enfouir sa verge aprs que la bouche de Vronique l'a satisfait.
Le bonbon glisse des fesses du garon. Mais Diane intervient promptement pour
le remettre en place. Elle le fait avec sa perversit coutumire, en glissant 
l'oreille du garon : " La prochaine fois, c'est un sucre d'orge que je
prendrai... Tu as l'habitude des sucres d'orge, n'est-ce-pas, mon ange ?" Le
garonnet ne rpond pas mais il se concentre pour essayer de ne plus contracter
sa rondelle rectale doublement sollicite et encore chauffe par quelque
rcente pntration. La petite fille semble heureuse de la confiserie qui lui
est offerte. Au Tombeau Fleuri, on n'est pas le moins du monde avare de
confiseries. Et si Diane pratique parfois des chtiments plus convaincants, la
menace de rationnement des bonbons reste la punition la plus pratique. Bertaux
ne s'inquite gure de cet aspect des choses. Il peint le stupre avec
l'inspiration d'un Raphal peignant une vierge l'enfant. Manier le pinceau ou
la bouche de la petite Vronique participe  ses yeux d'une mme tche.
" Gourmande ! Oui ! Gourmande ! " ne cesse-t-il de rpter  la jeune fillette
pour l'encourager, " allez ! C'est ton parfum prfr n'est-ce-pas ? Ne me dit
pas lequel...Quand nous en aurons fini tu viendras me faire goter tes lvres.
J'essayerai de deviner... "


        -Hier, j'tais  l'Aigle...
        -As-tu vraiment besoin d'aller dans ce bouge pour t'y faire sucer les
ttons par des bouches qui ont suc bien d'autres choses avant toi?  demande de
Coutillier  la grosse nurse qui s'affaire devant lui dans la cuisine. Diane a
le repas de quelques gamins affams  prparer. Et son matre exige qu'on serve
aux pensionnaires une nourriture abondante et raffine. Si a ne tenait qu'
elle, quelques pois et bouts de lard devraient suffire  rassasier les marmots.
La voil donc aux fourneaux  rtir des blancs de poulet et mettre de la crme
et de la muscade dans la pure.
        -J'aime cet tablissement, rpond-elle. Et je ne suis pas la seule. J'y
ai vu Ocan... Et un autre type dont l'allure m'a paru suspecte. Ils ont
discut tous les deux. Cet autre type, la mignonne Katarina l'a choisi pour
quelques galipettes... Moi je crois que c'est de flicaille, ce citoyen. Je
n'aime pas a.
        -Trop de morts... L'hiver n'en finit pas... La police est sur les
dents... C'est pourquoi je dsapprouve la prsence des Titans  l'Aigle. Il n'y
a pas plus dlectable que le tombeau fleuri. Quels besoins ont ces gentlemen
d'aller s'acoquiner avec la racaille ?
        -Ca monsieur, c'est toute l'ambiance d'un bordel clandestin.
        -Admettons. J'aimerais que tu te renseignes sur ce monsieur. Si c'est
un policier, et s'il vient  fouiner par ici, je me ferai un plaisir de le
corrompre. En ce moment, ils ne sont pas chers... Qui sait, s'il tranait 
l'Aigle, peut-tre partage-t-il nos gots ?
        -En tout cas, votre Bertaux, a qui vous donnez plus de " matre " qu'il
n'en mrite, je crois qu'on ne tardera pas non plus  le voir  l'Aigle. A
moins que son coeur ne lche auparavant. Vous devriez voir dans quel tat, je
retrouve Vronique... Je ne savais pas que les vieux avaient autant de foutre
dans les couilles !
        -Diane, tu es vulgaire...
        -Monsieur plaisante.

Frederico est dans les Tnbres. Mais il n'est pas mort. Il prfrerait tre
mort, car il sent son corps nu contre la pierre froide d'un autel ou d'un
tombeau, et ses membres attachs, et il sait que son trpas sera
impitoyablement long. Il tourne la tte vers l'unique source de lumire, une
simple bougie, qui claire les votes basses d'une quelconque crypte. Sur le
chapiteau tronqu d'une colonne gothique est assis l'homme en noir, le corbeau,
celui qui se fait appeler l'ankou. Et il tient dans ses bras, le corps nu d'un
enfant. Baptiste ! Le fils de la logeuse ! L  dans les bras de la mort, la
bouche billonne, les membres ligots... Une main spectrale s'affaire sur sa
petite verge raidie bien malgr lui.
        -Frederico. Bienvenue en ma demeure... Ma demeure parisienne, car je
suis de province, mais mon domaine est vaste et je me sens partout  mon aise.
J'ai trouv cette petite chose de chair tremblante sur ton palier, alors je me
suis dit qu'il nous tiendrait compagnie...
        -Je vous en prie ! Laissez-le partir ! Il n'a pas mrit votre courroux !
        -Aucun n'a mrit mon courroux ! Tous taient innocents ! Mais
peut-tre ne ferais-je pas couler son sang... Tu sais que je trouve le sang des
garons d'une saveur plus douce que celui des filles. C'est curieux, non ?
        -Pourquoi suis-je encore en vie ?
        -Tu as raison de te le demander. Je tiens  te rassurer, c'est trs
provisoire. L'ombre noire embrasse tendrement le crne de Baptiste.  Le petit
garon lance  Frederico des regards suppliants.
        -En fait, je voulais te raconter une histoire. Car, entre ce que tu
crois savoir et la vrit... Il y a un gouffre profond... Une tombe creuse
juste  ton intention. Alors laisse-moi te parler de Coutillier... Avant sa
venue  Paris, tu sais sans doute qu'il possdait un beau domaine en Bretagne.
Mais, voil,  force d'abuser tout ce que la rgion comptait de juvniles
innocents, il a fini par s'attirer de graves ennuis... Et il m'a attir par la
mme occasion... Moi, le Moissonneur... Je suis comme toutes les mes perdues.
Je dois tre invit pour pouvoir entrer dans les maisons ou dans les esprits.
Invit ! Il m'a invit, votre chronos ! Et vous m'avez tous invit ! Tous ! Et
je suis venu dans vos maisons et dans vos esprits. Qu'esprez-vous maintenant ?
Que je m'en aille ? C'est trop tard ! Il ne fallait pas m'inviter... Bon,
comptons fleurette ce mignon  prsent...


Anjella est allonge sur le grand lit de de Coutillier. Sa robe est trousse
jusqu' recouvrir son visage, ses bas de laine et sa culotte de dentelles sont
baisss sur ses chevilles ou ils forment une grosse menotte de tissu. Elle ne
peut le voir, sous la fine trame de ses jupons, mais elle devine que de
Coutillier, son amant, son fianc, se dshabille face au lit. Elle imagine le
membre viril  prsent dress vers elle par toute la force du sang qui y pulse.
Elle se sent comme un chteau fort dont la porte s'apprte tomber sous les
coups de bliers d'assaillants aux moeurs barbares.
        -Anjella... Mon doux amour... Les curs te racontent que le plaisir, la
luxure, c'est le mal. Ils mentent ! Ils disent que les enfants sont innocents,
immaculs et que les conduire sur les chemins du plaisir est un crime. L
encore, ils mentent ! Anjella, as-tu l'impression d'tre victime d'un crime ?
        -Non, rpond-elle, la voix touffe dans la corolle de tissu que forme
sa robe et ses jupons.
        -Bien sur que non ! Tout au contraire, tu es entre les mains du
meilleur des professeurs, du meilleur des pres et du meilleur des amants, le
sais-tu ?
        -Je crois... Oui...
        -Je vais te le prouver. Anjella sent  prsent le poids de de
Coutillier sur le sommier, tout prs  d'elle. Son coeur bat la chamade car elle
ne sait ce qui va suivre. Bien que tmoin et objet de luxure, elle n'a qu'une
ide confuse des choses du sexe et ne sait pas vraiment  quoi elle doit
s'attendre. Une main se pose sur son ventre, glisse vers son pubis encore
glabre. " Ecarte tes cuisses ". Elle s'excute et laisse la main butiner sa
tendre et vierge fleur. Les doigts sont habiles, exercs   manier des lvres
encore plus fragiles et petites. Un doigt plonge en elle et elle pousse un cri,
non cause d'une quelconque douleur, mais parce qu'elle a l'impression toute
purile qu'on s'apprte  l'embrocher.
-Tu n'as pas  avoir peur. Nous serons bientt fiancs. Crois-tu que je veuille
te faire le moindre mal ?
-Non, rpond Anjella en s'obligeant  garder les cuisses entrouvertes.
-Que vais-je te donner, Anjella, dis-moi ?
-Du plaisir.
-Non pas du plaisir, mais le plaisir... Et ce plaisir, il faut aller le
chercher au fond de tes entrailles. Je t'en conjure, ma chrie, de ne rien
craindre de moi. Tu sais faire natre le plaisir dans ton con avec tes doigts,
n'est-ce-pas ?
-Oui, souffle la petite fille, alors que le doigt de son amant reste comme
suspendu dans la chair humide.
-Chaque soir ?
-Oui.
-Plus encore je suis sr... Combien de fois par jour ?
-Je ne sais pas trop... Parfois cinq ou six...
-Merveilleux. Ton confesseur te punirait pour a. Il irait ensuite se
branler... Moi je te flicite ! Et c'est toi que je branle. Tu te branles six
fois par jours... Je crois que tu pourrais te le faire plus souvent encore.
Mais te branles-tu en profondeur ? Risques-tu tes doigts dans la chaleur de ton
con ?
-Non.
-Tu devrais. Anjella sent  prsent la tideur du corps de son amant qu'elle ne
peut voir, sur son propre corps. Il la surplombe, corps ple et musculeux sur
un corps tout de douceur potele, mais il ne l'crase pas. Il y a de
l'hsitation, mais est-ce l'hsitation de l'amant devant sa jeune matresse, ou
du chasseur devant sa proie  sa merci ? Une main repousse le tissu qui couvre
son visage et elle voit enfin le visage de de Coutillier. Il n'est ni rougi par
le dsir, comme celui de Bertaux, ni fig et froid comme celui du chasseur
implacable. Non, il est au contraire... timide... Oui, il n'y a pas d'autre
mot, timide, esquissant un sourire fraternel. La petite fille se dtend.
L'ombre que projette le membre dress sur son ventre ressemble celle d'un
cadran solaire. Conditionne, elle essaye d'y lire l'heure. C'est absurde, mais
elle ne peut s'en empcher. Six heures... vingt minutes... Et la bouche de de
Coutillier se pose alors sur la sienne, l'engloutit. Sa langue d'adulte,
aussitt vindicative entrouvre les lvres qui hsitent  le faire de leur
propre chef. Anjella se cambre, comme emporte par cet lan. Sa propre langue
rpond  celle qui l'envahit. L'une et l'autre s'engagent dans une sorte de
copulation animale, fait d'enlacements et de dvorations. L'impression est
forte pour l'esprit encore empreint d'enfance d'Anjella, plus forte que lorsque
le doigt flattait sa minette. Elle sait  prsent, que sur ce lit,  l'heure du
cadran pnien, ils ne font que rpter avec leurs langues ce que prochainement
feront leurs corps. C'est ainsi qu'il faut entendre leurs fianailles.

Un instant d'extase, Anjella ferme les yeux. Il y a un mouvement dans la
chambre, puis sur le lit. Une ombre lourde et parfume, brlante, vient
remplacer de Coutilier. Une chair ple et grasse vient se frotter  la soie de
son torse. Elle rouvre les yeux. Diane se tient au-dessus d'elle,  quatre
pattes, mamelles pendantes. Son visage, masque porcin couperos par le dsir,
est pench sur le sien et elle souffle  son nez son haleine de pot-au-feu. Ses
mamelons dresss comme des ttines gantes, pendulent le long du torse de la
petite fille, lui chatouillant les ctes. Anjella panique. Elle cherche du
regard son amant et le trouve, dos au mur, le regard fuyant, le membre ramolli
par elle ne sait quel sentiment de honte et de renoncement. Entre les seins de
Diane elle aperoit une toison pubienne pelotonne comme un chat noir menaant
contre des cuisses de l'envergure d'un jambon. Anjella veut appeler son amant,
lui demander de chasser cette domestique qui cette fois l'crase de toute sa
masse, mais un tton pais vient clore sa bouche. " Pourquoi ? " se demande
Anjella en se soumettant l'assaut. Elle n'obtient aucune rponse...


A SUIVRE



 Ceci provient du site gratuit des HISTOIRES TABOUES cr en 1999 par Pedinc.

http://www.asstr.org/~histoires/  ou  http://go.to/histoires

Vous y trouverez la plus grande collection d'histoires en franais sur le sujet.

N'oubliez jamais que cela doit rester des fantasmes ...
Forcer un enfant au sexe dans la vie relle mrite la prison !

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 condition de ne rien modifier et de laisser les notices de dbut et de fin.
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