TROIS FILLES DE LEUR MERE (1->17) (par Pierre LOUYS) (M F f g - 10,14,20,36 ans)


title: TROIS FILLES DE LEUR MERE
part: 1->17
author: Pierre Louys
keywords: M F f g
language: Francais
age: 10 ans
published: 15/12/2001


Scann par Normandie pour les 'Histoires Taboues' les 13 et 14 dcembre 2001.
( http://asstr.org/~histoires/ ou http://go.to/histoires )


Bonjour,

ci-joint le roman scann "les trois filles de leur mere "
(M F f g - 10,14,20,36 ans)

L'auteur est Pierre Louys ( 187O  1925 )
dcd depuis plus de 75 ans donc libre de droit d'auteur.

@+ Normandie


(corrig ensuite par Jeanne Francval que nous remercions galement)


Lili:       8 et 10 ans
Mauricette: 14 ans et demi (dit Ricette)
Charlotte:  20 ans
Teresa:     36 ans (la mere)




Pierre Louys

Trois Filles de leur Mre

Tome I





CHAPITRE I

        "Eh bien, vous tes vif!" dit-elle. Nous emmnageons hier, maman, mes
soeurs et moi. Vous me rencontrez aujourd'hui dans l'escalier. Vous
m'embrassez, vous me poussez chez vous, la porte se referme... Et voil.
-       Ce n'est que le commencement, fis-je avec toupet.
-       Ah! oui? Vous ne savez pas que nos deux appartements se touchent?
Qu'il y a mme entre eux une porte condamne? et que je n'ai pas besoin de
lutter si vous n'tes pas sage, monsieur. Je n'ai qu' crier: "Au viol, maman!
Au satyre!  l'attentat!".
        Cette menace prtendait sans doute m'intimider. Elle me rassura.
Mes scrupules se turent. Mon dsir dlest fit un bond dans l'air libre.
        La jeune personne de quinze ans qui tait devenue ma captive portait
des cheveux trs noirs nous en catogan, une chemisette agite, une jupe de son
ge, une ceinture de cuir.
        Svelte, brune et frmissante comme un cabri lanc par Leconte de Lisle,
elle serrait les pattes, elle baissait ta tte sans baisser les yeux comme pour
donner des coups de corne.
        Les mots qu'elle venait de me dire et son air de volont
m'enhardissaient  la prendre. Pourtant je ne croyais pas que les choses
iraient si vite.
        "Comment vous appelez-vous? dit-elle.
-       X... J'ai vingt ans. Et vous?
-       Moi, Mauricette. J'ai quatorze ans et demi. Quelle heure est-il?
-       Trois heures.
-       Trois heures? rpta-t-elle en rflchissant... Vous voulez coucher
avec moi?"
        Ahuri par cette phrase que j'tais loin d'attendre, je reculai d'un pas
au lieu de rpondre.
        "Ecoutez-moi, dit-elle, en posant le doigt sur la lvre. Jurez de
parler bas, de me laisser partir  quatre heures... Jurez surtout de...
Non. J'allais dire: de faire ce qui me plaira... Mais si vous n'aimez pas a...
Enfin jurez de ne pas faire ce qui ne me plaira pas.
-       Je jure tout ce que vous voudrez.
-       Alors je vous crois. Je reste.
-       Oui? c'est oui? rptai-je.
-       Oh! mais il n'y a pas de quoi se taper le derrire par terre!" fit-elle
en riant.
        Provocante et gaie comme une enfant, elle toucha, elle empoigna
l'toffe de mon pantalon avec ce qu'elle y sut trouver, avant de fuir au fond
de la chambre o elle retira sa robe, ses bas, ses bottines... Puis, tenant sa
chemise des deux mains et faisant
une petite moue: "Je peux toute nue? me demanda-t-elle.
-       Voulez-vous aussi que je vous le jure?... En mon me et conscience...
-       Vous ne me le reprocherez jamais, fit-elle en imitant mon accent
dramatique.
-       Jamais!
-       Alors... la voil, Mauricette!"

        Nous tombmes tous deux sur mon grand lit, dans les bras l'un de
l'autre. Elle me heurta de sa bouche.
        Elle me poussait les lvres avec force, donnait sa langue avec lan...
Elle fermait presque les yeux, puis les ouvrait en sursaut... Tout en elle
avait quatorze ans, le regard, le baiser, la narine... A la fin, j'entendis un
cri touff, comme d'une petite bte impatiente. Nos bouches se quittrent, se
reprirent, se sparrent encore.
        Et, ne sachant pas trs bien quelles mystrieuses vertus elle m'avait
fait jurer de ne pas lui ravir, je dis au hasard quelques balivernes pour
apprendre ses secrets sans les lui demander.
        "Comme c'est joli, ce que tu t'es mis sur la poitrine! Quel nom cela
prend- il chez les fleuristes?
-       Des nichons.
-       Et ce petit Karakul que tu as sous le ventre? C'est la mode,
maintenant, de porter des fourrures au mois de juillet? Tu as froid l-dessous?
-       Ah! non! pas souvent!
-       Et a! je ne devine pas du tout ce que a peut tre.
-       Tu ne devines pas, rpta-t-elle d'un air malin. Tu vas le dire
toi-mme, ce que c'est."
        Avec l'impudeur de la jeunesse, elle carquilla les cuisses, les dressa
des deux mains, ouvrit sa chair... Ma surprise fut d'autant plus vive que la
hardiesse de la posture ne me prparait gure  une telle rvlation.
        "Un pucelage! m'criai-je.
-       Et un beau!
-       II est pour moi?"
        Je pensais qu'elle me dirait non. J'avouerai mme que je l'esprais.
        C'tait un de ces pucelages impntrables comme il m'est arriv d'en
prendre deux. Hlas! J'ai bien souffert.
        Nanmoins je me piquai de voir Mauricette rpondre  ma question en se
passant un doigt sous le nez, avec une bouche moqueuse qui voulait dire "Flte"
ou mme pis. Et comme elle ouvrait toujours sous mes yeux ce que je ne devais
pas toucher, une taquinerie me fit dire: "Vous avez de bien mauvaises
habitudes, mademoiselle, quand vous tes toute seule.
-       Oh!  quoi vois-tu a?" dit-elle en fermant les jambes.
        Ce mot fit plus que tout le reste pour la mettre  l'aise. Puisque je
l'avais devin, rien ne servait plus de le taire: elle s'en vanta. D'un air
gamin, frottant  chaque fois sa bouche sur ma bouche, elle me rpta tout bas:
"Oui. Je me branle. Je me branle. Je me branle. Je me branle. Je me branle.
Je me branle. Je me branle. Je me branle."
        Plus elle le disait, plus elle tait gaie. Et ce premier mot lch,
tous les autres suivirent comme s'ils n'attendaient qu'un signe pour s'envoler:
"Tu vas voir comment je dcharge.
-       Je voudrais bien le savoir, en effet.
-       Donne-moi ta queue.
-       O cela?
-       Trouve.
-       Qu'est-ce qui est dfendu?
-       Mon pucelage et ma bouche."
        Comme on ne peut aller au coeur fminin que par trois avenues...
et comme j'ai une intelligence prodigieusement exerce  la divination des
nigmes trs difficiles... je compris.
        Mais cette nouvelle surprise me coupait la parole: je ne rpondis rien.
Je donnai mme  ce mutisme un air d'imbcillit pour laisser Mauricette
expliquer elle- mme son mystre. Elle soupira en souriant, me jeta un regard
de dtresse qui
signifiait: "Dieu! que les hommes sont btes!" puis elle s'inquita; et ce fut
elle qui me posa des questions.
        "Qu'est-ce que tu aimes faire? qu'est-ce que tu aimes le mieux?
-       L'amour, mademoiselle.
-       Mais c'est dfendu... Et qu'est-ce que tu n'aimes pas du tout, du tout?
-       Cette petite main-l, qui est pourtant jolie. Je n'en veux pour rien au
monde.
-       C'est pas de chance que je... fit-elle avec un trouble extrme...
que je peux pas sucer... Tu aurais voulu ma bouche?
-       Tu me l'as donne", fis-je en la reprenant.
        Non, ce n'tait plus la mme bouche. Mauricette perdait contenance,
n'osait plus parler, croyait tout perdu. Il n'tait que temps de ramener un
sourire sur ce visage dsol. Une de mes deux mains qui la tenaient serre
contre moi se posa tout simplement sur ce qu'elle dsesprait de me faire
accepter et mme de me faire comprendre.
        La timide enfant me regarda, vit que ma physionomie n'tait pas
srieuse; et, avec une brusquerie de mtamorphose qui me fit tressaillir: "Oh!
Crapule! s'cria- t-elle. Animal! Brute! Putain! Cochon!
-       Mais veux-tu te taire!
-       Depuis un quart d'heure il fait semblant de ne pas deviner et il se
fiche de moi parce que je ne sais comment le dire."
        Elle reprit son air de gosse en bonne humeur, et, sans lever la voix,
mais
nez  nez: "Si je n'en avais pas envie, tu mriterais que je me rhabille.
-       Envie de quoi?
-       Que tu m'encules! fit-elle en riant. Je te l'ai dit.
        Et avec moi, tu n'as pas fini d'en entendre. Je ne sais pas tout faire,
mais je sais parler.
-       C'est que... je ne suis pas sr d'avoir bien entendu.
-       J'ai envie de me faire enculer et de me faire mordre! J'aime mieux un
homme mchant qu'un homme taquin.
-       Chut! chut! mais que tu es nerveuse, Mauricette!
-       Et puis on m'appelle Ricette quand on m'encule.
-       Pour ne pas dire le "Mau"... Allons! calme-toi.
-       II n'y a qu'un moyen. Vite! Tu veux?"
        Pas fche, peut-tre mme plus ardente, elle me rendit  pleine bouche
le baiser que je lui donnais et, pour m'encourager sans doute, elle me dit: "Tu
bandes comme du fer, mais je ne suis pas douillette et j'ai le trou du cul
solide.
-       Pas de vaseline? Tant mieux.
-       Oh! l! l! pourquoi pas une pince  gants!"
        Par une virevolte, elle me tourna le dos, se coucha sur le ct droit,
et joua au doigt mouill avec elle-mme, sans autre prambule au sacrifice de
sa pudeur.
        Puis, d'un geste qui m'amusa, elle ferma les lvres de son pucelage, et
elle fit bien car j'aurais pu croire que j'y pntrais malgr mes serments.
Ce doigt mouill, c'tait assez pour elle, c'tait peu pour moi. Je trouvai
qu'en effet elle n'tait "pas douillette", ainsi qu'elle venait de me le faire
savoir.
        Et j'allais lui demander si je ne la blessais pas, quand, tournant sa
bouche vers la mienne, elle me dit tout le contraire: "Toi, tu as dj encul
des pucelles.
-       A quoi sens-tu cela?
-       Je te le dirai quand tu m'auras dit  quoi tu as vu que je me branlais.
-       Petite salet! tu as le bouton le plus rouge et le plus gros que j'aie
Jamais vu sur un pucelage.
-       II bande! murmura-t-elle en faisant les yeux doux. Il n'est pas
toujours si gros... N'y touche pas... Laisse-le-moi... Tu voulais savoir  quoi
je sens... que tu as encul des pucelles?
-       Non. Plus tard.
-       Eh bien! la voil, la preuve! tu sais qu'il ne faut rien demander  une
pucelle qui se branle pendant qu'on l'encule. Elle n'est pas foutue de
rpondre."
        Son rire s'teignit. Ses yeux s'allongrent. Elle serra les dents et
ouvrit les lvres.
        Aprs un silence elle dit: "Mords-moi... Je veux que tu me mordes...
L, dans le cou, sous les cheveux, comme les chats font aux chattes..."
        Elle dit ensuite: "Je me retiens... Je me touche  peine... mais...
je ne peux plus, je vais jouir... Oh! je vais jouir, mon... comment
t'appelles-tu?... mon chri... Va comme tu veux!... de toutes tes forces!
comme si tu baisais!... J'aime a!... Encore!... Encore!"
        Le spasme la raidit, la tint frmissante... Puis la tte retomba et je
serrai le petit corps tout faible contre moi.
        Amour? Non, petite flamme d'une heure. Mais, en moi-mme, je ne pus
m'empcher de dire: "Bigre!" et je saluai son rveil avec moins d'ironie que
d'admiration: "Tu vas bien, pour une pucelle!
-       Hein! fit-elle sous une oeillade.
-       Nave enfant! Sainte innocence!
-       L'as-tu senti que j'ai le trou du cul solide?
-       Du rhinocros.
-       Et nous sommes toutes comme a dans la famille.
-       Quoi?
-       Ha! ha! ha!...
-       Qu'est-ce que tu dis?
-       Je dis: voil comment nous donnons le derrire. Et tiens! voil comment
nous jouissons par-devant."
        Avec la vivacit de son caractre, elle dploya d'un coup ses cuisses
dont les muscles saillirent... Je reconnus  peine le paysage.
        "Les Jardins sous la Pluie! m'criai-je.
-       Et avec le doigt! rpta-t-elle en riant. Tiens, je vais te donner
quelque
chose. Dis d'abord: on s'aime?... Oui... As-tu des ciseaux?"
        Elle tira du couvre-pied un fil de soie qu'elle se mit sur le ventre:
"Une mche de mon pucelage, tu la garderas?
-       Toute ma vie... Mais choisis-la bien, ta mche. Si tu veux que cela ne
se voie pas, prends la plus longue.
-       Oh! tu sais a aussi? fit-elle avec dsappointement. Est-ce que tu en
as une collection?"
        Pourtant elle coupa sa mche, ou plutt sa boucle indomptablement
arrondie. M. de La Fontaine, de l'Acadmie franaise, a crit un pome: "La
chose impossible" pour apprendre  la jeunesse que les poils de certaines
femmes ne peuvent tre dfriss. Il avait essay, sans doute. Quels vieillards
libidineux que ces acadmiciens!
        D'un fil de soie verte, Mauricette lia les poils de sa boucle noire,
puis les
trancha par la base: "Un accroche-coeur... mouill par le foutre d'une vierge!"
dit- elle.

        Sur un clat de rire elle sauta du lit, s'enferma toute seule au
cabinet de toilette... mais elle en sortit aussi vite qu'elle s'y tait
clipse.
        "Puis-je savoir maintenant..., commenai-je.
-       Pourquoi nous sommes toutes comme a dans la famille?
-       Oui.
-       Ds ma plus tendre enfance...
-       Comme tu parles bien!
-       J'ai t mise en pension, pendant que maman et mes soeurs gagnaient
leur vie ensemble avec les messieurs, les dames, les gosses, les putains, les
jeunes filles, les vieux, les singes, les ngres, les chiens, les godmichs,
les aubergines...
-       Et quoi encore?
-       Tout le reste. Elles font tout. Veux-tu maman? Elle s'appelle Teresa;
elle est italienne; elle a trente-six ans. Je te la donne. Je suis gentille.
Veux-tu mes soeurs aussi? Nous ne sommes pas jalouses. Mais garde ma boucle et
tu me reviendras.
-       Ricette! Crois-tu que je pense ...
-       Turlututu! On nous prend toutes les quatre; mais on me revient.
Je sais ce que je dis quand je ne me branle plus."
        Aprs un nouveau rire de jeunesse elle saisit ma main, roula jusqu'
moi et reprit aussi srieusement que possible: "Jusqu' treize ans je suis
reste en pension avec des jeunes filles du monde. Puisque tu sais tant de
choses, dis ce que c'est que les directrices et les sous-matresses qui ont la
vocation de vivre leur putain de vie dans un bordel de pensionnaires.
-       Un peu gousses?
-       Je n'osais pas le dire, fit Mauricette avec une ironie charmante.
Et comme elles devaient avoir des renseignements sur ma mre, tu penses qu'avec
moi elles ne se gnaient pas.
-       Les infmes cratures! Elles ont abus de ta candeur? Elles t'ont fait
boire de force le poison du vice?
-       De force! Elles m'ont pervertie! fit Mauricette qui plaisantait et
prenait de l'assurance. Quatre fois elles m'ont surprise en train de branler
mes petites amies...
-       Ah! tu...
-       Elles se cachaient dans le jardin, dans le dortoir, dans les corridors
et jusqu' la fentre des cabinets pour faire les voyeuses! Crois-tu que c'est
vicieux, une sous-matresse!
-       Elles payaient pour a?
-       Un mauvais point. Et pourtant!... Qu'est-ce qu'on leur montrait sans le
vouloir! Des combinaisons patantes qu'elles n'auraient jamais trouves toutes
seules!... Enfin, je suis devenue l'amie d'une grande qui m'a enseign en dix
leons le saphisme tel qu'on le parle...
-       a veut dire?
-       L'art de faire mimi doucement au point sensible. L'art de ne pas
s'corcher le petit bout de la langue n'importe o. C'est ce que je savais le
mieux quand je suis sortie de pension; beaucoup mieux que l'Histoire sainte et
la gographie. Mais, avec ma grande amie, on se retrouvait dans tous les coins;
et, la cent vingt- cinquime fois, je me suis fait pincer par Mlle Paule.
-       Laquelle t'a pervertie un quart d'heure aprs?
-       Oui. Dans ma chambre, sous sa jupe. Avec un pantalon ferm qui avait
des boutons partout. Et un joli petit chat, la cochonne! Les poils, le
pucelage, le bouton, les lvres, tout me plaisait. J'aimais mieux faire minette
 elle qu' mon amie. Crois-tu que c'est vicieux, une sous-matresse!
-       Sardanapalesque. Et tu ne dis pas tout.
-       Non. J'oubliais quelque chose. Elle ne savait pas mme faire minette.
C'est moi qui lui ai appris."
        Ici, Mauricette fut prise d'un fou rire qui la renversa presque  bas
du lit, et elle mit tant de grce  perdre l'quilibre que j'eus hte d'achever
l'intermde. J'tais redevenu plus curieux de son prsent que de son pass.
        A mon tour, je quittai la chambre pour le cabinet de toilette. M'y
attardai-je plus qu'il n'tait prudent?
        Quand je revins, Mauricette, dj rhabille, se chaussait.
        "Tu t'en vas? fis-je avec chagrin.
-       Pas tout entire. Il y a une petite mche de moi qui reste ici.
Et je ne vais
pas loin: l, derrire la porte. Tu ne sais plus que tu as jur de me laisser
partir  quatre heures?
-       Du matin!
-       Du soir, malheureusement!" dit-elle dans mes bras.
        Au lieu de fuir, elle tait venue se faire embrasser, avec une
confiance qui rassurait la mienne, quand elle se dgagea d'un saut. Je ne pus
la retenir dans ma chambre ni la rejoindre sur le palier. Elle trouva sa porte
entrouverte, s'y glissa et disparut.





CHAPITRE II

        Une demi-heure aprs, la mre entrait chez moi. Ds le premier regard
mon roman se compliqua tout  coup.
        La mre tait beaucoup plus belle que la fille...
        Je me rappelai son nom: Teresa.
        A peine couverte d'un peignoir serr qui tournait sur sa taille souple,
elle refusa le fauteuil que je lui offrais, vint s'asseoir au bord de mon lit
et me dit  brle-
pourpoint: "Vous avez encul ma fille, monsieur?"
        Oh! que ces questions-l me dplaisent et que j'ai peu de got pour les
scnes de ce genre. Je fis un geste noble et lent qui ne voulait rien dire du
tout... Elle y rpondit.
        "Ne protestez pas. C'est elle qui vient de me le raconter. Je vous
arracherais les yeux si vous l'aviez dpucele; mais vous ne lui avez fait que
ce qui lui est permis... Pourquoi rougissez-vous?
-       Parce que vous tes belle.
-       Qu'est-ce que vous en savez?
-       Je n'en sais pas assez."
        Moi aussi, j'allais au fait en peu de mots. Le dpart prmatur de
Mauricette m'avait laiss plus ardent que ne m'avait trouv sa rencontre.
D'ailleurs, avec les femmes, j'aime toujours mieux exposer ma science de la
pantomime que mon aptitude  la discussion.
        Teresa ne put rien me dire de ce qu'elle avait prpar.
        Changer le parcours d'une scne prilleuse est la seule faon de la
mener  bien. J'avais tourn le volant sans ralentir. Elle en perdit le souffle
une seconde, quoiqu'elle ft plus forte que moi; mais elle serra les cuisses
avec un sourire. Avant que j'eusse rien touch, elle russit  constater de la
main les motifs que j'avais de choisir l'itinraire; et je lus dans ses yeux
que mon brusque virage ne m'avait pas culbut sous la disqualification.
        Cet change de gestes mit entre nous beaucoup de familiarit.

        "Qu'est-ce que tu veux que je te montre? Qu'est-ce que j'ai donc entre
les jambes?
-       Ton coeur! rpondis-je.
-       Tu crois qu'il est l-dessous?
-       Oui.
-       Cherche."
        Elle riait tout bas. Elle savait que la recherche n'tait pas facile.
Ma main s'gara dans un fouillis de poils extraordinaire o je fus quelque
temps  perdre mon chemin. A la naissance des cuisses il en poussait comme sur
le ventre. Je commenais  me troubler quand Teresa, trop adroite pour me
dmontrer que j'tais maladroit, ta son peignoir avec sa chemise, pour me
consoler ou pour me distraire, ou peut-tre pour m'offrir un second prix
d'encouragement.
        Un admirable corps, long et plein, mat et brun, tomba dans mes bras.
Deux seins mrs, mais qui ne semblaient pas maternels et que leur poids ne
faisait pas flchir, se pressrent sur ma poitrine. Deux cuisses brlantes
m'treignirent et comme j'essayais de...

        "Non. Pas a. Tu me baiseras plus tard, fit-elle.
-       Pourquoi?
-       Pour finir par l."
        Elle se vengeait. A son tour elle prenait la direction; et la formule
de sa mainmise tait assez bien trouve pour qu'en me refusant ce que je lui
demandais elle part me l'accorder avec un surcrot de sollicitude.
        Au silence que je gardai, elle sentit que son corps tait matre.
D'un ton nouveau qui m'interrogeait et ne m'offrait rien du tout, elle me dit:
"Veux-tu ma bouche ou mon cul?
-       Je veux tout toi.
-       Tu n'auras pas mon foutre. Je n'en ai plus une goutte dans le ventre.
Elles m'ont trop gousse depuis ce matin.
-       Qui?
-       Mes filles."
        Elle me vit plir. L'image de Mauricette revint  moi toute nue avec
les
mots: "Je te donne maman." Je ne savais plus trs bien ce que j'prouvais.
Une heure auparavant, j'avais cru que Mauricette serait l'hrone de mon
aventure... Sa mre m'enflammait dix fois davantage. Elle le comprit mieux que
moi, se coucha sur mon dsir et sre de sa puissance, caressant des poils et du
ventre ma chair perdument raide, elle eut l'audace de me dire: "Veux-tu encore
Mauricette? Elle a un petit bguin. Elle se branle pour toi. Tu avais envie de
la retenir. Veux-tu que j'aille la chercher? que je t'ouvre ses fesses?
-       Non.
-       Mais tu ne connais pas Lili, sa petite soeur, qui est tellement plus
vicieuse! Ricette est pucelle et ne suce pas. Ricette n'a qu'un talent.
Lili sait tout faire: elle aime tout; et elle a dix ans. Veux-tu la baiser?
l'enculer? jouir dans sa bouche? devant moi?
-       Non.
-       Tu n'aimes pas les petites filles? Alors, prends Charlotte, ma fille
ane. C'est la plus jolie des trois. Ses cheveux tombent jusqu'aux talons.
Elle a des seins et des fesses de statue. Le plus beau con de la famille, c'est
le sien; et je mouille pour elle quand elle te sa chemise, moi qui ne suis pas
gousse, moi qui aime la queue.
        Charlotte... Imagine une trs belle fille brune, molle et chaude, sans
pudeur et sans vice, une concubine idale qui accepte tout, jouit n'importe
comment, et qui est folle de son mtier. Plus tu lui en demanderas, plus elle
sera contente. La veux-tu? Je n'ai qu' l'appeler  travers la cloison."
        C'tait le diable amoureux que cette femme. Je ne sais ce que j'aurais
donn pour la prendre au mot et pour lui crier: "Oui!" en pleine figure.
Comme je serrais les muscles de ma volont, comme j'ouvrais fa bouche et
prenais baleine... Teresa me dit assez vite avec l'expression d'un intrt
sincre: "Est-ce que je te fais bander?"
        Cette fois, j'entrai en fureur. Sur un "Tu te fous de moi!" suivi
d'autres paroles, je la battis. Elle riait de toute sa voix sonore en luttant
des bras et des jambes.
        Dsarme par son rire, elle se dfendait  l'aveuglette. Je la couvrais
de coups et d'attouchements qui ne semblaient lui faire aucun mal; puis ce rire
m'exaspra, et, ne sachant pas o la prendre pour la battre, j'empoignai une
touffe de poils, je tirai... Elle poussa un cri.
        Et comme je crus l'avoir blesse, je tombai dans ses bras avec
confusion. Je m'attendais  mille reproches; mais elle ne songeait gure  me
dire quoi que ce ft qui et refroidi mon ardeur pour elle. Mme en criant elle
ne cessa de rire que pour
sourire et s'accuser: "Voil ce que c'est que d'avoir tant de poils au cul!
Quand tu coucheras avec Lili, je te dfie de lui en faire autant."
        L'incident rompit ma violence et hta le dnouement.
        Teresa n'avait pas un instant a perdre pour m'offrir son caprice en
guise de pardon. Elle me l'offrit sans me consulter, avec une habilet d'organe
et de posture qui tenait de la jonglerie.
        Couche avec moi sur le flanc et me prenant les hanches entre ses
cuisses releves, elle passa une main sous elle... y fit je ne sais quoi...
puis me dirigea comme il lui plut.
        La prestidigitation de certaines courtisanes russit des tours
incomprhensibles... Comme un jeune premier qui s'veille dans le jardin d'une
magicienne, je faillis soupirer: "O suis-je?" car mon enchanteresse demeurait
immobile et je ne savais pas bien o j'tais entr. Je me tus pour garder un
doute qui me laissait une esprance. Mais le doute s'vanouit aux premires
paroles.
        "Ne t'occupe pas de moi, dit-elle. Ne bouge pas. N'essaie pas de me
prouver que tu sais t'y prendre. Ricette vient de me le dire; je m'en fous pour
ce soir. Quand tu m'enculeras toi-mme, je dchargerai sans me toucher.
En ce moment c'est moi qui me fais enculer et tu vas voir a! mais je ne veux
pas jouir.
-       Et si j'aime mieux ta jouissance que la mienne? Si je te la donne de
force?
-       De force? dit Teresa. Ne me touche pas ou je te vide les couilles en un
tour de cul... Tiens!... Tiens!... Tiens!"
        Elle tait affolante. La violence et la souplesse de sa croupe
dpassaient tout ce que j'avais prouv dans les bras des autres femmes.
Cela ne dura que l'instant de m'en faire une menace. Et elle reprit son
immobilit.
        Alors, malgr le trouble o elle jetait mes sens, je ne voulus pas mme
attendre la sparation de nos corps pour faire savoir  Teresa que je n'aimais
point  tre bouscul.
        Je lui dclarai que je la trouvais belle, extrmement dsirable, mais
qu'aprs ma vingtime anne je me croyais un homme et non un enfant; que je
n'avais nullement le vice de prendre plaisir  la tyrannie d'une femme; et je
ne sais comment je le lui dis, car mes esprits taient fort agits. Elle aurait
pu me rpondre que sa
menace avait suivi la mienne: elle n'en ft rien, redevint plus doue et garda
pourtant un certain sourire autour de sa pense intime.
        "Sois tranquille, je ne te casserai pas la queue, dit-elle tendrement.
Je te la suce, tu le sens? Je te la suce avec le trou du cul."

        Ce qu'elle faisait, je n'aurais su le dire. Mais sa bouche, en effet,
ne m'aurait pas nerv davantage. Il me devenait difficile de parler.
        Elle suivit sur mon visage le reflet de ma sensation et, sans avoir
besoin de m'interroger pour savoir s'il en tait temps, elle pressa peu a peu
l'allure de ses reins Jusqu' l'adagietto, me sembla-t-il. Je crois que je
murmurai: "Plus vite!" et qu'elle n'y consentit pas. Je n'ai qu'un vague
souvenir de ces dernires secondes. Le spasme qu'elle obtint de ma chair fut
une sorte de convulsion dont je n'eus pas conscience et que je ne saurais
dcrire.
        Aussi, ma premire question fut-elle, aprs deux minutes de silence:
"Qu'est-ce que tu m'as fait?
-       Un joli petit travail avec mon trou du cul, fit-elle en riant. Tu as
dj encul des femmes...
-       Oui. Il y a une heure. Une toute jeune fille qui ne s'y prend pas mal,
pourtant.
-       Pas mal du tout. Elle a du muscle, hein? et elle galope?
-       Mais toi...
-       Mais moi je suis la premire qui t'ait suc la queue par l. Tu veux
savoir comment je fais? Je te dirai a demain. Laisse-moi me lever. Tu veux
savoir aussi pourquoi? Pour accoucher de l'enfant que tu viens de me faire: la
petite soeur de mes trois filles."
        ... Quand elle m'apparut  nouveau, toujours nue et corrigeant des deux
mains sa coiffure derrire la nuque, ma jeunesse mconnut que, par ce geste
relev, Teresa voulait moins rentrer ses petits cheveux que tendre ses deux
seins dont elle tait fire.
        Je n'ai jamais t de ces adolescents qui dprissent pour les
maturits: mais une pcheresse de trente-six ans, quand elle est belle de la
tte aux pieds, c'est un
"morceau", disent les sculpteurs;" c'est une femme", disent les amants.
        Et qu'est-ce que n'tait pas cette femme? Mettez la question au
concours; elle dpartagera curieusement les hommes.
        Teresa nue ressemblait  un mezzo d'opra. Vous alliez dire:  une
fille de bordel? Pas du tout. Vous murmurez: c'est la mme chose? Non. C'est le
jour et la nuit. Si vous ne connaissez les actrices que par les conversations
de fumoir, n'en dites rien.
        Les belles cantatrices qui vivent de leur lit et les filles souvent
plus belles qui chantent leur me sentimentale en montant un escalier rouge
n'ont gure d'autre analogie que leur commune aisance  marcher presque nues,
et  se faire traiter de putains.
        La fille de thtre aspire de toutes ses forces  la libert. La fille
de bordel a besoin d'esclavage. En apparence la profession la plus servile des
deux est plutt la premire. En fait la cabotine est monte en scne pour se
librer de sa famille ou de son amant par esprit d'indpendance; la bordelire
s'est jete dans la servitude, aimant mieux obir aux caprices des autres que
forger elle-mme les jours de sa vie.
        Ds sa premire anne de Conservatoire, la fille de thtre se hausse 
connatre par coeur toutes les crudits du langage franais. Pour elle, c'est
un jeu que d'en grouper quinze autour d'une pauvre ide qui n'en mrite aucune;
et c'est un de ses talents que de les dtacher selon les strictes rgles de
l'articulation. Au contraire, la fille de bordel n'a vraiment ni le got ni la
science du vocabulaire cynique. La libert des mots la tente aussi peu que
celle de la vie. Pas de confusion possible en prsence
d'une inconnue: les cris d'amour d'une femme suffisent  rvler si elle vient
du bordel ou de l'Odon; mais beaucoup d'hommes s'y trompent, faute de songer 
cela.
        Donc j'avais plus de raisons qu'il ne m'en fallait pour deviner ce
qu'on ne m'avait pas dit. Le physique de Teresa, la dsinvolture de son
caractre et la brutalit de ses expressions, tout en elle me semblait marqu
de la mme empreinte.
        "Tu fais du thtre? lui dis-je.
-       Plus maintenant, j'en ai fait. Comment le sais-tu? Par Mauricette?
-       Non. Mais cela se voit. Cela s'entend. O as-tu jou?"
        Sans rpondre, elle se coucha prs de moi, sur le ventre. Je repris
ironiquement: "Tu me le diras demain.
-       Oui.
-       Reste avec moi jusque-l.
-       Jusqu' demain matin? Tu veux?"
        Comme elle souriait, je la crus sur le point d'accepter. J'tais encore
un peu las mais elle m'inspirait presque autant de dsir que si j'avais t
dispos. Elle se
laissa treindre et me dit: "Qu'est-ce que tu veux de moi jusqu' demain matin?
-       D'abord te faire jouir.
-       Ce n'est pas difficile.
-       Ne me dis pas a, tu m'exaspres. Pourquoi t'es-tu retenue?
-       Parce que mon "petit travail" aurait t mal soign. Allons! Qu'est-ce
que tu veux encore?
-       Tout le reste.
-       Combien de fois?
-       Oh! je crois qu'avec toi je ne compterais gure.
        Ce ne serait "pas difficile" non plus."
        Teresa fixa sur moi un de ces longs regards silencieux  travers
lesquels j'avais tant de peine  distinguer sa pense. Et cette femme qui ne
voulait rpondre  aucune de mes questions me fit soudain la confidence la plus
imprvue, comme si la certitude qu'elle avait de m'attirer l'assurait de ma
discrtion; ou dans un autre dessein; peut-tre pour m'obliger  garder le
secret si je venais  l'apprendre d'une autre source.
        "Ricette m'a dit qu'elle t'a fait jurer et que tu lui as tenu parole.
Je peux te dire un secret? Oui? Eh bien, j'habitais Marseille avec mes trois
filles, en appartement. Je suis partie parce qu'on a chang le commissaire de
police. Voil. Tu comprends?... Ici, je vais me tenir tranquille pendant
quelque temps; mais comme j'ai une fille qui a le feu dans le derrire, elle
est venue se faire enculer chez toi le premier jour... et sa mre y est venue
ensuite."
        Sur ce mot elle se remit  rire, d'abord pour me persuader que son
histoire marseillaise n'avait aucune importance, et ensuite parce qu'elle
voulait me voir de bonne humeur avant de me dire ses projets.
        Du rire elle passa aux caresses. Quand elle fut sre de mon tat, elle
me posa une question sous la forme qui convient  l'extraction des aveux: "Tu
n'es pas assez puceau pour ne pas savoir encore ce que c'est qu'une petite
fille? Une vraie, sans poils, sans nichons; tu en as bais?
-       Oui; mais pas souvent. Deux... on quatre... en tout. Deux vraies, comme
tu dis; et les deux autres un peu moins vraies.
-       Deux, a me suffit. Tu sais qu'on n'enfile pas une gosse comme une
femme, et que quand on lui a log le bout de la queue dans la moniche, c'est
tout ce que la mme peut prendre? Tu sais a?
-       Evidemment. Pourquoi me le demandes-tu?
-       Parce que je vais t'envoyer ma Lili et, comme tu as la manie de baiser,
je ne veux pas que tu me la dfonces."
        Les patientes personnes des deux sexes qui ont assum la charge de mon
ducation m'ont appris qu'au bal, si la belle dame que l'on invite rpond au
jeune
homme: "Faites danser ma fille", il ne peut manifester ni regret, ni plaisir,
ni indiffrence. La situation est trs complexe.
        Je le savais; mais, tout nu, je suis moins bien lev qu'en habit.
Et puis j'ai quelque similitude avec Alexandre. Je tranche les complexits.
        "Je crois que je ne saurais pas m'y prendre. Donne-moi une leon",
dis-je  Teresa.
        Elle devenait assez nerveuse et rit en dtournant la tte.
        "Ce que tu me demandes, tu ne l'as mme pas vu.
-       Montre-le-moi.
-       Pas par-devant. Tu m'as encule par-devant. Tu verras mon chat par-
derrire. Mais tu sais ce que j'ai dit?
-       Ce sera pour la fin?
-       Pauvre petit! Si je me fourre ta queue dans la bouche, tu seras bien 
plaindre. Et si je te fais danser les couilles du bout de ma langue... Tu ne la
connais pas, ma langue? Tiens! Regarde! Regarde!"
        Comme, sans m'abstenir de regarder, j'essayais de prendre Teresa d'une
faon plus simple et non moins agrable, elle serra les cuisses, elle arrta
mon bras:
"Est-ce que tu ne comprends pas qu'on n'attache pas trois filles avec une
chane  la ceinture comme trois singes autour d'un piquet? Qu'elles faisaient
l'amour  Marseille et qu'elles ne le font plus  Paris? Que si je prends un
amant elles en prendront six? Ecoute-moi. Tu me veux? Tu m'auras. Mais tu nous
auras toutes les quatre."
        Je faillis demander avec effroi: "Tous les jours?" Je me retins et
j'essayai de dissimuler mon inquitude sous un masque reconnaissant.
        "Je vais t'envoyer Lili, poursuivit-elle, parce que Lili se couche de
bonne heure et que les mminettes sont comme les dames du monde: elles
grouillent du cul l'aprs-midi. Ce soir je t'enverrai Charlotte pour toute la
nuit. Demain soir, c'est moi que tu verras entrer. Et si tu n'es pas content de
nous, tu demanderas le registre des rclamations.
-       Je suis combl... Malheureusement, je vois que tu t'en vas?
-       Non. dans cinq minutes; quand j'aurai tenu mes promesses. Mais  deux
conditions: tu ne jouis pas; moi non plus. Je ne te montre pas mes beauts pour
que tu leur fasses minette..."
        Recommandation inutile. J'aime beaucoup mieux prouver ma virilit que
rivaliser avec les lesbiennes, et cette prfrence devient exclusive quand je
couche avec une femme qui a d'autres amants.
        Toujours souple et agile, Teresa fit un saut d'cuyre pour tenir ses
deux promesses, tte-bche sur mon corps tendu.
        Ce qu'elle dploya sur mes yeux me parut extraordinaire. Toutes tes
parties en taient anormales: un clitoris protubrant; de vastes lvres minces,
dlicates, noires et rouges comme des ptales d'orchide; une gorge vaginale
redevenue troite, qui donnait par contraste aux lvres une proportion
monstrueuse; un trange anus en cocarde, largement teint de bistre sur un fond
pourpre; mais, autour de ces dtails, les singularits les plus
invraisemblables taient celles des poils. Je crois que jamais une femme aussi
velue de noir n'avait couch dans mon lit. Ses
poils envahissaient tout: le ventre, les cuisses, les aines; ils croissaient
entre les fesses; ils obscurcissaient la croupe; ils montaient jusqu'...

        Tout  coup, je ne vis plus rien. La langue de Teresa m'avait touch la
peau. Mes muscles piqus se crisprent. La langue erra, tourna, passa
par-dessous... Je frmissais. Cela ne dura qu'un instant d'angoisse. Teresa
releva la tte et, sautant
du lit: "Assez pour ce soir! dit-elle.
-       Tu as jur de me rendre enrag? Tu vas me laisser dans un pareil tat?
-       C'est pour Lili. Je cours la chercher. Fais-lui croire que tu bandes
pour elle. Et demain, toi et moi... toute la nuit, tu m'entends?"
        Rien ne me dplat davantage que les substitutions d'amantes. Dsirer
une femme, en possder une autre, cela m'est odieux. Quand Teresa eut disparu,
je dcidai que Mlle Lili se ferait dsirer elle-mme ou qu'elle n'aurait rien
du tout.
        En l'attendant, je pris dans ma bibliothque un roman capiteux de Henry
Bordeaux, que j'avais acquis tout exprs pour abattre par la force les
rections rebelles  ma volont.
        A la septime ligne, le miracle advint.





CHAPITRE III

        A la quinzime ligne, j'allais m'assoupir, quand un minuscule martel de
mtal piqueta la sonnette aigu.
        "Qui est l?"
        Une petite voix, distincte et faible  travers le bois de la porte,
rpondit:
"Une enfant de putain."
        Je n'avais pas envie de rire: mais cette faon de s'annoncer tait une
de ces courtes phrases inoubliables qui survivent d'elles-mmes  la monotonie
de l'existence. J'ouvris. Une drle de petite fille entra, fute, fripouille,
franche et fine, les bras ballants, le nez en l'air.
        "C'est moi Lili, fit-elle.
-       Je m'en doutais, rpondis-je en riant. Elle est trs gentille, Lili.
-       Vous aussi vous tes gentil. J'ai pas envie de m'en aller."
        Pourquoi n'ai-je pas le vice des petites filles? Je me le demande.
Elles sont odieuses entre elles, mais si tendres avec nous! J'tais flatt, je
ne le cache pas, j'tais trs flatt du compliment que Lili me flanquait  la
figure.
        Avec une femme, tous les mots d'amour sont voils par la brume
d'incertitude que soulve notre prudence devant nos crdulits. Une petite
fille se fait croire.
        J'embrassai Lili, la bouche sur l'oeil gauche.
        Les bras autour du cou, elle me dit trs vite, sur un ton d'excuse et
de
souci: "J'ai dix ans. J'ai pas de poils. Est-ce que vous aimez a?
-       Tu ne le diras pas  ta mre?
-       Non. Tenez. Regardez. J'ai pas de pantalon. C'est maman qui me l'a
retir pour pas qu'il y ait des taches de foutre.
-       Mais c'est joli comme tout, ce que tu me montres
-       J'enlve pas ma robe, dites? Je me retrousse?
-       Oh! le retrouss est immoral. Je n'aime les petites filles que toutes
nues.
-       C'est que..., fit-elle avec la franchise de sa nature..., ce que j'ai
de mieux, c'est ma moniche et mon petit cul. Le reste est d'un moche!
-       Je suis sr que tout le reste est gentil.
-       Vous allez voir. Et vous qui venez de coucher avec maman, quand vous
regarderez mon corps de poulet, faudra que je vous travaille pendant un quart
d'heure pour vous faire bander.
-       Pas du tout. Je te parie un sac de bonbons.
-       Et qu'est-ce que je vous donnerai si je perds?
-       Une discrtion.
-       Tope! dit-elle. Je m'en fous. Je sais tout faire. Vous gnez pas."
        Le dshabillage de Lili se fit en quatre temps et six mouvements: la
robe, les deux pantoufles, les deux chaussettes, la chemise... Quand elle eut
enlev tout cela, il ne restait presque rien de Mlle Lili, tant sa nudit me
semblait peu de chose.
        Des bras et des jambes comme des chalas; des cheveux noirs jusqu' la
taille; un petit corps fluet avec une grosse motte et un sexe tout en
saillie... s'il est vrai qu'un menu bien compris doit runir les mets les plus
dissemblables, le service de Lili aprs celui de Teresa et t la trouvaille
d'un chef.
        Le premier mouvement de Lili me donna tout de suite bonne opinion
d'elle. Au lieu de me sauter au cou, elle chercha entre mes jambes. Ai-je
besoin de souligner tout ce qu'un pareil geste comporte d'innocence?
        La pauvre petite s'tait annonce (comme d'autres  son ge se nomment
Enfants de Marie) sous le titre d'Enfant de Putain, une gosse qui se prsente
ainsi n'est pas une gosse comme les autres. Elle a du culot, pour le dire tout
net. Et cette enfant de putain, sa chemise enleve, m'abordait comme une
ingnue qui baisse les yeux et cherche d'abord ce que les garons ont de plus
que les filles. Les petites prostitues ont des candeurs inaltrables.
        Comme je me sentais encore sous le charme de ma lecture
rafrachissante, j'attirai Lili dans mes bras, et je me mis  bavarder, parmi
quelques attouchements que nous qualifierons d'outrage  la pudeur commis sans
violence.
        "Lili, tu es une trs jolie gosse, lui dis-je.
-       C'est pas vrai. Quand je me branle devant la glace, je ne m'excite
pas."
        Cette phrase me fit rire aux clats.
        Lili resta srieuse; et comme il est ais de sduire les enfants, elle
affirma sans prambule, sans raison, mais d'un air pntr: "Je vous aime bien.
-       Oh! alors, ma petite Lili, tu as deux ides dans la tte.
-       Pourquoi deux?... Oui, c'est vrai, j'en ai deux.
        Comment savez-vous a? Votre doigt vous l'a dit?
-       Justement. Les ides que les filles ont dans la tte...
-       a leur vient du con?" fit Lili.
        Il m'est difficile de cacher maintenant o flnait le doigt qui me
disait tant de choses.
        "Si tu en sais tant! rpondis-je. Mais tu ne sais pas pourquoi tu as
deux ides? C'est que, quand on aime bien quelqu'un on veut de tout son coeur
un plaisir pour lui et un de sa part."
        Elle eut un instant de rflexion: le temps de comprendre une maxime.
Puis elle sourit et se fourra la figure sous la mienne pour rpondre: "Vous ne
la trouvez pas trop petite, ma moniche d'un sou? Vous voulez bien me baiser
quand mme?
-       Tu es de plus en plus gentille, ma Lili. La premire chose dont tu me
parles, je suis sr que c'est pour mon plaisir.
-       Oui, fit-elle, un peu confuse.
-       Et pour toi? Qu'est-ce que tu voudrais?
-       Vous sucer."
        Le mot tait dit. Elle me serra les bras autour du cou et se rpta dix
fois, sur le ton rieur et chantant d'une enfant qui demande une gterie: "J'ai
envie de vous sucer la queue, la pine, la bite, le zob, l'andouille. Envie que
vous bandiez dans ma bouche. Envie de vous tter.
-       Comment, tu ttes encore,  ton ge?
-       Pas beaucoup de lait mais beaucoup de foutre.
-       C'est bon?
-       C'est bon quand on s'aime.
-       Pour combien en voulez-vous, mademoiselle? pour un sou? deux sous?
trois sous?
-       Je veux tout ce qu'il y a dans la boutique!... Et je paie d'avance,
monsieur, avec mes deux trous.
-       Quoi?
-       C'est pas une blague.
-       Non. Je vous fais crdit, mademoiselle, on vous dbitera. Mettez-vous 
table."

        Lili avait encore de petites choses  me dire. Toujours les deux bras
autour de mon cou, elle soupira: "C'est que... Ecoutez. J'ai promis  maman:
vous ne jouirez qu'une fois; il faut en laisser pour Charlotte cette nuit...
Alors on pourrait faire plusieurs choses en une fois. On pourrait mme tout
faire.
-       Rien que a?
-       Oui. Je suis la plus petite des trois, mais c'est moi qui en fais le
plus. Je fais tout, sauf l'amour entre les ttons, parce que j'en ai pas.
Voulez-vous me baiser, m'enculer et jouir dans ma bouche? Je vous dirai aprs
pourquoi."
        Et vivement, retournant la tte, elle poussa un cri: "Oh! le voil qui
bande sans qu'on le touche! Mon sac de bonbons est perdu.
-       Tu l'auras quand mme.
-       C'est vrai? Et pour ma discrtion? qu'est-ce que vous allez me
demander?
-       Quand tu me donnes ta bouche et tes deux trous, qu'est-ce que je
pourrais te demander de plus?
-       Ma langue!" fit-elle gaiement.
        Et elle fut si prompte  payer sa dette... Comment dire de quelle faon
Lili m'offrit sa petite langue? Je l'arrtai trop tard.
        "Lili, qu'est-ce que tu m'as fait?
-       Une langue dans le derrire! dit-elle, toute joyeuse. a mrite une
queue par-devant."
        Elle se jeta sur le dos, les pattes en l'air, le sexe carquill.
Elle s'y fourra autant de salive qu'il en aurait fallu pour violer une chatte
et je vis bientt que j'tais naf de ne savoir comment la prendre, car les
petites filles sont plus faciles  baiser que certaines femmes.
        J'entrai sans trop de peine...
        "C'est tout, fit-elle en souriant. On met le petit bout et on est au
fond. Y a plus rien... a vaut pas la peine.
-       Oh! mais si!
-       Non. Je ne suis bonne que d'un ct. C'est pas celui-l.
-       Pour ce que tu viens de me dire, tu mriterais que je te fasse un
enfant."
        Elle rit, mais ajouta bien vite: "Tu me le feras dans la bouche, mon
gosse?"
        Comme je suis galement loign de l'esprit sadique et du moralisme
presbytrien qui se partagent la socit, ce que je vais dire n'est que
l'expression d'un sentiment personnel et risque de dplaire  tout le monde:
autant il m'et t pnible de possder une petite fille contre son gr (je
n'ai d'ailleurs aucune exprience du viol), autant je pris du plaisir  baiser
Lili qui s'y prtait de tout son coeur.
        Elle jouait  baiser comme d'autres petites filles jouent  la poupe,
par
une anticipation d'instinct: et quoiqu'elle et depuis longtemps l'habitude de
ce jeu-l, elle tait fire de tenter un homme, fire de faire  son ge tout
ce que faisait sa mre... Mais aprs une minute elle me dit doucement: "Change
de trou. Tu iras plus loin."
        Vite, elle sauta du lit, courut  la toilette, prit un peu d'eau de
savon pour m'ouvrir la voie, et, revenant  moi, elle s'accroupit en me
regardant sur le membre droit qu'elle prit  la main. Un ttonnement de
quelques secondes lui suffit pour russir. Avec autant d'adresse que de
douceur, elle avala par-derrire tout ce qu'elle n'avait pu s'introduire
par-devant; mais tout! jusqu' la racine! et, posant ses petites fesses sur mes
testicules, dressant les genoux, ouvrant les cuisses, accroupie comme une
diablotine sur un Saint-Antoine, elle carta les grosses lvres de son sexe
glabre et rouge et le branla sous mes yeux, comme font les petites filles, avec
le doigt dedans.
        Je la pris dans mes bras, mais elle tait si petite que mme en
relevant la tte je n'atteignis que ses cheveux.
        "Je suis contente! Quand je pense que tu viens de coucher avec maman et
que tu bandes pour moi toute seule! Maman qui est si belle et moi si moche!
Moi, je ne fais jamais que les vieux, c'est maman qui fait les jeunes. Et tu
bandes dans mon cul, si loin! si loin! jusqu' mon coeur!"
        Ce mot est un des plus tendres et des plus gentils que j'aie entendus;
aussi encore une fois il ne sera compris ni des moralistes qui me blmeront
d'avoir sodomis une petite fille, ni des fous qui ne sauraient se livrer  ce
genre de distraction si la petite fille n'est pas gifle, fouette, battue, et
si elle ne pleure pas en poussant des cris comme un petit cochon qu'on gorge.
        Lili resta immobile, puis elle tourna doucement sur le pivot qui la
pntrait et se coucha sur moi, le dos  la renverse. Et, comme je lui mettais
la main entre les jambes, elle prit une telle expression de prire, sans
paroles, que je lui dis
moi-mme: "Ta bouche, maintenant.
-       Ah!" cria-t-elle.
        Et je la vis aussitt... Le dirai-je aussi? Me voici bien embarrass...
Enfin je me suis jur de tout dire et de conter cette histoire telle que je
l'ai vcue...
        Lili fit sortir de son petit derrire le membre qui s'y agitait depuis
un quart d'heure et elle le fourra dans sa bouche tel qu'il tait.
        "Oh! petite salet! fis-je en le lui retirant.
-       C'est fait. Il est trop tard.
-       Comment peux-tu...
-       J'aime a comme a."
        La phrase "J'aime a comme a!" ne souffrait pas de rplique. Lili
reprit ce que je lui avais enlev, elle feignit mme de le mordre pour ne pas
le lcher puis elle se mit  le sucer comme un sucre d'orge, d'une couche
troite et goulue.
        Connaissant bien les reproches et les compliments qu'on lui adressait
au lit, elle m'avait prvenu que ce dernier exercice "n'tait pas ce qu'elle
faisait de mieux". Mais je commenais  tre las de la longue excitation o
elle m'avait tenu et, tout en maniant de la main droite le petit cul grand
ouvert qu'elle remuait  ma porte, je l'avertis de se tenir prte...
        Si cette comparaison n'tait pas irrvrencieuse, je dirais: lune
petite fille qui aime  sucer les hommes a l'air d'une premire communiante 
genoux devant la sainte table; on dirait qu'elle attend une nourriture sacre,
au sein d'un mystre incomprhensible o le dieu de l'Amour va se donner 
elle.
        Lili prit une expression si touchante que j'eusse t cruel d'en rire.
Elle leva les yeux au ciel, serra comme elle put sa trop petite bouche o ma
verge paraissait norme, hors de toute proportion avec cette enfance, et, quand
elle me sentit jaculer soudain, elle se mit  pousser, je ne sais pourquoi,
certains petits gloussements par le nez, mais d'un comique irrsistible.
Je me cachai les yeux d'une main.
        Cela ne dura qu'un instant. Lili n'tait pas de ces petites filles
gcheuses qui bavent ce qu'elles sucent et laissent plus de regrets que de
remords aux messieurs qui les pervertissent.
        Elle suait mal; mais elle avalait bien.





CHAPITRE IV

        Quatre heures s'coulrent. Je dnai seul dans un petit restaurant sans
femmes, pour reprendre un peu mes forces; pour reprendre surtout mes esprits.
        Mes forces revinrent assez vite; mais mes esprits furent plus lents.
        Quand je rentrai, vers onze heures, il me restait encore quelque mal 
comprendre ce qui m'tait arriv.
        Donc j'avais pour voisine une belle Italienne qui vendait ses filles.
Que j'eusse pris l'une de ses trois filles, c'tait tout simple. De toute
antiquit les tudiants et les filles de quatorze ans ont couch ensemble.
        Que la mre, habitue  partager les amants de ses filles, et sonn
chez moi aussitt aprs, c'tait encore tout naturel.
        Mais pourquoi m'avait-elle envoy Lili? Pourquoi m'avait-elle promis la
visite de...
        On frappa. On frappa deux fois... J'allais ouvrir. Une voix douce et
tranquille me dit: "II parat que c'est mon tour?"
        Je reculai. Teresa m'avait prvenu que Charlotte tait la plus jolie de
ses filles, mais je n'esprais pas qu'elle le ft  ce point, et je le lui dis
en pleine figure:
"Dieu que vous tes jolie!
-       Voulez-vous vous taire! fit-elle tristement. Toutes les filles se
valent.
-       C'est vous qui tes Charlotte?
-       Oui. Je vous plais?
-       Si vous me plaisez!"
        Elle m'interrompit pour me dire avec une sorte de soulagement et de
lassitude: "En bien, tant mieux, parce que moi, je me donne comme je suis, vous
savez, je ne suis pas coquette pour un sou, et si tu... si vous... Oh! on se
tutoie, hein? c'est plus simple.
-       Et on s'embrasse?
-       Tant que tu voudras."
        Je lui pris la bouche passionnment. Le baiser qu'elle me rendit avait
plus de mollesse que d'ardeur, mais il tait de bon accueil. Elle dit
seulement, quand je lui
mis la main sous les jupes: "Laisse-moi donc me dshabiller.
-       Crois-tu que j'ai le temps!
-       Tu as toute la nuit."
        Et sans hte, avec la simplicit d'un modle qui te ses nippes devant
un peintre, elle enleva sa robe noire, ses bas, sa chemise et, nue devant moi,
elle soupira:
"Tu vois bien que je suis comme les autres."

        Elle tait dlicieuse. Moins brune de peau que sa mre, mais aussi
noire de poils et de cheveux, elle avait des formes du plus doux contour, et
tout en elle tait
douceur: le regard, la voix, la peau, la caresse.
        Quand elle fut sur mon lit et entre mes bras elle murmura presque
humblement: "Je voudrais te faire plaisir... Tu n'as qu' demander, je ferai ce
que tu voudras et comme tu voudras."
        Cette fois, une furieuse envie me saisit de possder cette jolie fille
par la voie la plus naturelle. Je lui dis que je l'aimais, que je voulais son
plaisir d'abord et le geste que je fis lui laissa comprendre comment je
l'entendais.
        Mais Charlotte leva les sourcils et avec une grande innocence: "Baiser?
dit-elle. Oh! si tu veux! Mais si c'est pour mon plaisir... non! Moi, tu sais,
je ne suis pas une fille complique, je n'aime qu'une chose.
-       Quoi?
-       Quand je baise, la peur que j'ai d'tre enceinte me coupe toute envie
de jouir. Je n'aime pas baiser. Je n'aime pas non plus qu'on me fasse minette,
parce que a m'reinte. Maman adore a, je lui fais et je ne veux pas qu'elle
me le rende.
-       Alors, quand tu veux jouir, comment jouis-tu?
-       Je fais comme une jeune fille du monde: je me branle", dit Charlotte
avec un triste sourire.
        J'tais confondu. Je voulus la faire rpter: "Comment, tu es
dpucele, tu fais l'amour de toutes les manires, tu as tous les jours des
hommes, des femmes, et... et tu te branles? Je comprends cela d'une gosse comme
Ricette; mais toi qui as vingt ans?
-       Grand gosse toi-mme, fit-elle, est-ce que tu ne sais pas que toutes
les putains se branlent?
-       Charlotte je ne veux pas que tu te traites de putain!
-       Pardon, fit-elle drlement. Ne sais-tu pas que toutes les pucelles se
branlent?"
        Je souris  peine. J'tais agac. Charlotte insouciante, continua de la
mme voix lente et molle: "Moi, je ne me cache de rien. Devant n'importe qui,
je me branle quand a me prend.
-       Et a te prend souvent?
-       Evidemment... J'aime pas rester excite, a me fatigue... Ce matin
avant de me lever je ne l'ai pas fait, mais l'eau de mon bidet tait chaude,
mon bouton s'est mis  bander... je me suis branle.
-       A cheval sur ton bidet?
-       Oui, ce n'tait pas la peine de me recoucher. Ensuite aprs le djeuner
parce que... Mais tu vas te moquer de moi.
-       Non. Dis tout.
-       Lili me fourre un biscuit dans le ventre et il faut que je me branle
dessus pour qu'elle le mange.
-       Et comme tu es une bonne fille...
-       Oh! je fais tout ce qu'on veut. Enfin, aprs le dner, on me parlait de
toi, il y avait huit jours que je n'avais pas couch avec un jeune homme, je
pensais  des choses!.,. alors tout en causant... comme j'avais envie..."
        Sans achever sa phrase, elle glissa le doigt dans son entrejambes et,
me tendant ses lvres, elle recommena paisiblement  se masturber.
        "Ah! non! m'criai-je. Pas sur mon lit! Quand j'ai par bonheur dans mes
bras une aussi jolie fille que toi, ne comprends-tu pas que j'ai envie de la
faire jouir moi-mme?
-       Et ne comprends-tu pas que tu me ferais jouir si j'avais ta queue dans
le derrire et ta bouche sur ma bouche pendant que je me branle?
-       Enfin! dis-je avec clat, je ne peux pourtant pas vous enculer toutes
les quatre!"

        J'avais dit cette phrase avec tant de mauvaise humeur que la pauvre
Charlotte se mit  pleurer.
        "Voil bien ma chance, fit-elle. On dit que je suis gentille et c'est
toujours moi qu'on attrape. Tu as t charmant pour ma mre et mes soeurs.
Je viens pour toute la nuit, et ds les premiers mots j'ai dj une scne."
        Elle pleurait simplement, sans aucun sanglot, mais n'en paraissait que
plus pitoyable. Je la pris dans mes bras, je balbutiai: "Charlotte! ne pleure
pas! je suis au dsespoir.
-       Et naturellement voil que tu dbandes! fit-elle avec une dsolation
qui me fit sourire malgr moi.
-       Charlotte! ma jolie!
-       Non, je ne suis pas jolie, puisque tu dbandes! Tu as band pour maman,
pour Ricette et pour Lili; mais auprs de moi, voil... voil..."
        Les larmes l'touffaient. J'tais dsol. Je ne savais comment arrter
cette douleur peu raisonnable, quand Charlotte se releva et, avec ce besoin de
logique et de clart qui est le propre des esprits simples elle reprit de sa
voix lente et bonne: "Je t'ai dit que je ferai tout ce que tu voudras. Tu peux
jouir dans mon chat, dans mon cul, dans ma bouche, entre mes seins, sous mes
bras, dans mes cheveux, sur ma figure, jouis dans mon nez si a t'amuse, je ne
peux pas mieux dire, voyons? je ne peux pas tre plus gentille?
-       Mais, ma Charlotte...
-       Mais, mon chri, tu me demandes quel est mon plaisir, eh bien, mon plus
grand plaisir, c'est de me branler quand on m'encule. Nous sommes toutes les
quatre comme a, nous avons a dans le sang, ce n'est pas ma faute. Et nous ne
sommes pas les seules, mon Dieu! Ce que j'en ai vu quand j'tais gosse, des
colires et des arptes qui me disaient en confidence: "Moi aussi, j'aime bien
qu'on m'encule."
-       Alors...
-       Alors fais de moi ce qu'il te plaira si c'est ton plaisir que tu
cherches; mais si c'est le mien, encule-moi et laisse-moi me branler toute
seule. As-tu bien compris?"
        Nos bouches se runirent et le premier effet de la rconciliation fut
de me remettre aussitt dans un tat plus digne d'elle. Je cdai  ce qu'elle
voulut, mais elle ne me prit pas au mot sur-le-champ et, aprs m'avoir rappel
qu'elle n'aimait pas qu'on lui ft minette, elle se mit lgrement sur moi,
tte-bche.
        C'tait une bien jolie chose que le con de Charlotte, peut-tre parce
qu'elle ne s'en servait gure..., mais non, car le second trou, dont elle se
servait tant, tait sans dfaut comme celui de Teresa.
        Toute molle et calme qu'elle ft, Charlotte tait une jeune personne
fort humide, une de celles qui disent: "Je mouille pour vous" comme une autre
dirait: "Je brle." Ses poils taient bien plants, plus lustrs et moins longs
que ceux de sa mre, mais ils croissaient aussi  la naissance des cuisses et
ils emplissaient le sillon de la croupe.
        Aprs tout ce que venait de dire Charlotte, je ne voulus pas lui
laisser de doute sur mes intentions.
        J'ouvris ses fesses entre mes mains et je touchai du doigt ce qu'elle
m'offrait... Je me rappelais une jeune fille  qui j'avais fait cela et qui
s'tait crie avec un frmissement de l'arrire-train: "Oh, ta queue! ta
queue! ta queue!" Charlotte coulait beaucoup, mais ne frmissait gure et ne
criait pas. En outre, elle tait plus habitue a donner des caresses qu' en
recevoir.

        Par une mprise que sa profession expliquait assez, elle prit mon geste
pour un signal et comme elle ne lchait que mes testicules elle me donna sa
langue plus bas.
        Charlotte n'tait pas vicieuse.
        La plupart des hommes ignorent tellement l'adolescence fminine qu'ils
ne sauraient comprendre comment une jeune fille peut avouer son got de se
branler quand on l'encule et n'avoir aucun sens du vice. Les jeunes filles me
comprendront mieux et cela me console, car il est vident que ce livre sera lu
par les jeunes filles plus souvent que par les maris.
        Donc, Charlotte n'avait aucun sens du vice, heureusement pour elle et
pour moi; mais elle tait "sensible", comme disaient les auteurs du
dix-huitime sicle. Et, sans cris ni soupirs ni trmoussements de la croupe,
elle se mit  baver si abondamment que la petite Lili (vicieuse, celle-l) et
tremp trois biscuits dans cette flte mousseuse. Cela dbordait sur la vulve
et cela passait par-dessus les poils... Je me retirai  temps.
        Ce que je venais de voir m'avait consol de ne pas possder Charlotte
par la voie inonde.
        Quand nous nous retrouvmes cte  cte, un nouvel incident nous
arrta. Charlotte ne voulait rien choisir, ni proposer. Elle n'avait ni got,
ni caprice, ni prfrence, ni invention. Imaginer ou dcrier, cela la
fatiguait.
        "Pourvu que tu m'encules et que je me branle, dit-elle, je serai
contente.
-       Alors mets-toi la tte par terre et les deux cuisses sur le lit.
-       Si tu veux!" fit-elle simplement.
        Puis, ds qu'elle eut compris que ce n'tait pas srieux, elle prit mon
visage entre ses belles mains et me dit avec un sourire, sans amertume: "Tu
t'amuses quand tu te fous de moi? Eh bien! continue toute la nuit et chaque
fois que nous coucherons ensemble. C'est le plus facile de tous les jeux.
Je crois tout ce qu'on me dit et je ne me fche de rien.
-       Tu es dsarmante! lui dis-je.
-       Je suis dsarme, fit-elle, parce que je sais depuis longtemps que je
suis une pauvre bte."
        Mot lamentable, mot tragique! Je n'oublierai jamais le ton que prit
Charlotte pour me dire ce mot-l. Et les femmes sont bien folles de croire
qu'elles nous sduisent par l'art de s'embellir. Charlotte faillit me prendre
jusqu'au fond du coeur par cet aveu qu'elle me fit.
        Nue devant moi, elle avait la tte incline, les mains jointes sur le
ventre au niveau de ses poils... Je crus la regarder pour la premire fois.
Je vis que sa beaut, comme son caractre, tait absolument sans fard. Ni rouge
aux lvres, ni fer aux cheveux; rien aux cils ni aux paupires. Je la trouvai
si simple, si belle et si bonne, que je lui dis en la brusquant par les coudes
et par les hanches: "Oui, tu es une pauvre bte, Charlotte, si tu ne crois pas
tout ce que je vais te dire, m'entends-tu, Charlotte? mot  mot. Tu es belle de
la tte aux pieds. Il n'y a pas un trait de ton visage, pas un poil de ton
ventre, pas un ongle de tes orteils qui ne soit joli. Et tu es aussi bonne que
belle. Je te connais, maintenant, et c'est  moi de te rpter: fais ce que tu
voudras sur mon lit. Je ne te dfends qu'une chose, c'est d'injurier la fille
que j'aime et contre laquelle je bande. Si tu la traites encore de putain et
d'idiote...
-       Non, dit-elle gaiement, je vais lui faire la cour, je vais la branler,
elle en a envie. Et je lui ouvrirai moi-mme les fesses pour que tu l'encules.
-       Montre comment."
        Elle tait couche auprs de moi. Elle se retourna sans aucun dessein
de me proposer une posture; mais je me htai de la prendre ainsi.
        Cela se fit avec une facilit extraordinaire, et que j'prouvai maintes
fois par la suite. L'anus de Charlotte ressemblait  ces gaines de poignards
qui sont parfaitement strictes et ajustes, mais o la lame entre d'elle-mme.
Pour le dire crment, mais en termes clairs: aussitt qu'on bandait sous les
fesses de Charlotte, on les enculait malgr soi mais l'entre en tait aussi
ferme que souple et, par un ensemble de qualits qu'il serait indcent de louer
outre mesure, on y pntrait plus vite que l'on ne pouvait en sortir.
        Charlotte encule devint encore plus Charlotte qu'avant: plus molle,
plus humide, plus doue, plus tendrement abandonne. Je m'tais un peu
retourn, de telle sorte qu'elle tait presque couche sur moi de dos, ce qui
lui permit d'ouvrir les cuisses dans tout leur cartement. J'y mis la main
avant elle: c'tait un lac.
        Songeant qu'elle ne s'tait pas encore branle, je me demandai quel
phnomne jaillirait sous ses doigts quand elle aurait fini.
        Ses gmissements commencrent au premier moment qu'elle fut pntre et
durrent huit ou dix minutes, sans crescendo, sans effet. Elle semblait
insouciante de dissimuler son plaisir et surtout de le crier comme une actrice.
Elle se branlait si lentement que sa main paraissait immobile, et moi-mme,
comprenant assez qu'elle aimait ces volupts calmes, je ne faisais dans ses
chaudes entrailles que des mouvements imperceptibles.
        Vers la fin, prise d'un scrupule qui la peint tout entire, elle tourna
vers moi un oeil languissant et me dit avec faiblesse: "Veux-tu que je te
parle? Tu vois si je suis contente quand tu m'encules! Aimes-tu que je te dise
tout ce que je sens pendant que j'ai ta queue dans le trou du cul?
-       Non. Dis-moi seulement quand...
-       Quand je dchargerai?
-       Oui.
-       Quand tu voudras. Aussi souvent que tu voudras. Je l'ai fait en
t'embrassant avant que tu m'encules et je suis prte  recommencer.
-       Tout de suite?
-       Mais oui. Tu ne vois donc pas que je me branle "autour"? Quand tu me
diras de jouir, je jouirai."
        Ces choses-l ne se disent pas. Je lui fis comprendre que je
l'attendais et son plaisir qui devana le mien d'un instant se prolongea
pourtant davantage, car les femmes jouissent plus longtemps que nous.
        La minute qui suivit ne nous spara point. Charlotte restait dans mes
bras et me regardait en silence avec cette expression de gratitude que tous les
amants connaissent.
        "J'aime tes seins", lui dis-je en les caressant.
        Et je n'avais dit que cela et j'espre que j'allais trouver quelque
chose de mieux, quand elle m'interrompit avec une exclamation de surprise: "Oh!
que tu es gentil! C'est maintenant que tu aimes mes seins, mon chri? Tu viens
d'enculer la pauvre Charlotte et tu n'en es pas dgot?
-       Dgot? mais tu es folle.
-       Si tu savais ce que c'est que la vie d'une putain...
-       Je t'avais dfendu de te traiter ainsi.
-       Alors qu'est-ce que je suis depuis douze ans qu'il me passe tous les
jours quatre ou cinq hommes sur le derrire et que n'importe quelle gousse peut
me frotter son cul sur la gueule? Si je te dis que toutes les putains se
branlent, c'est qu'elles ont des raisons pour a. Quand on fait le mtier, on
se branle; autrement on ne jouirait gure. En tout cas, on sait une chose,
c'est que quand on a tout fait pour plaire  un homme et qu'il a fini de
dcharger, on n'est plus qu'une putain et une fille de putain.
-       "Ma pauvre Charlotte", comme tu dis, je t'assure que...
-       Et je ne suis pas habitue qu'on me fasse des compliments sur mes
nichons quand on vient de m'enculer, voil."
        Elle avait encore les larmes aux yeux. Je ne savais que lui rpondre.
L'aimais-je assez pour me faire aimer d'elle?
        Afin de me laisser le temps de la rflexion et de mieux connatre ma
compagne de lit, je posai une ou deux questions auxquelles Charlotte rpondit
par
toute une histoire: celle de sa vie.





CHAPITRE V

        Charlotte s'accouda sur le lit, mit entre mes doigts les seins que
j'aimais et
me dit de sa douce voix: "Aussi loin que remontent mes souvenirs, j'ai vu
enculer maman. Elle tait comme moi, elle faisait tout.
        De temps en temps elle trouvait un homme qui aimait mieux se faire
sucer. Ou bien elle ramenait une gousse.
        Comme elle avait plus de poitrine que je n'en ai, elle avait tous les
huit jours, le dimanche, un ami qui lui faisait l'amour entre les ttons.
a m'amusait parce qu'il lui dchargeait sur la figure. Enfin il lui arrivait
mme de baiser puisqu'elle a eu trois filles. Mais tout a c'tait l'exception.
Maman tait connue pour se faire enculer. On l'enculait, et voil tout."

        "Et, pour a, maman est aussi comme moi, elle n'a jamais joui
autrement, ni Ricette non plus, et Lili sera comme nous. Seulement, tu penses,
il y a des jours o une jeune putain se fait enculer par sept ou huit hommes
sans qu'il y en ait un qui l'excite; et mme si elle en trouve un, il n'y a pas
souvent de quoi se mouiller la chemise ni avoir les yeux cerns.
        Alors, tous les jours quand j'tais bb (mais tous les jours au moins
deux fois), maman se branlait sur le lit et chaque fois de la mme faon: un
monsieur venait de sortir, elle restait toute nue, elle prenait dans un tiroir
une bougie qu'elle avait fait fondre un peu par le bout, ou bien un rouleau
qu'elle faisait tidir, ou encore le godmich qu'elle avait achet pour piner
les gousses et avant tout elle se fourrait a dans le derrire. Jamais maman ne
s'est branle devant moi sans avoir quelque chose dans le cul. Ensuite elle se
couchait au milieu du lit et, du bout du doigt... Que veux- tu? c'est ainsi que
les putains dchargent.
        Maman m'a toujours dit qu'elle m'avait fait tter son foutre en mme
temps que son lait. Ce que je me rappelle, c'est que pendant toute mon enfance
je la regardais se branler et j'allais la lcher quand elle avait fini, et plus
il y en avait, plus j'tais contente. Maman m'a dit aussi que j'avais cinq ans
le jour o je lui ai fait minette assez bien pour la faire jouir. Je ne me
rappelle pas, mais je sais que j'tais trs petite.
        II ne faut pas accuser maman pour tout a, vois-tu, j'ai vingt ans
aujourd'hui, je suis libre, et je fais encore minette tous les jours  maman,
et chaque fois j'ai autant de plaisir quand elle dcharge parce que je l'aime
bien.
        Naturellement, j'tais aussi toute gosse quand elle m'a fait goter du
foutre d'homme. Il me semble que j'en ai toujours bu. J'en lchais sur elle
quand elle en avait dans les poils ou ailleurs. Je me rappelle un vieux
monsieur qui se faisait branler dans ma bouche; mais il y a longtemps...
et je savais dj tter la queue. C'est la premire chose que j'ai apprise.
J'avais dans la mme rue une petite copine qui tait comme Ricette, qui ne
pouvait pas sucer un homme sans dgueuler. Aussi j'tais fire parce que a ne
m'arrivait jamais. A cinq ou six ans on me faisait tter des hommes qui
n'avaient pas joui depuis quinze jours. Je bavais, j'avais la bouche pleine,
j'avalais de travers; mais je trouvais toujours que c'tait bon.
        A huit ans j'ai perdu mon pucelage de derrire.
        Maman dit que c'est trop tard et que j'aurais pu travailler plus tt.
Pour me prparer, pendant une huitaine de jours elle m'a branl le cul avec son
doigt.
        Et puis on a fait deux drles de crmonies. La premire devant un
petit cercle de gousses qui avaient fait faire un godmich spcial avec lequel
maman m'a encule. Elles taient folles de voir une mre dpuceler le cul de sa
petite fille et cela les a mises dans un tel tat qu'elles ont voulu toutes
s'enculer les unes et les autres avec de gros godmichs! Je n'oublierai jamais
cette scne-l. Une jeune fille qu'une dame avait amene et qui n'avait jamais
t encule, ni par un homme ni par une femme, a t blesse, horriblement,
dfonce, creve, il y avait du sang partout. Ah! je t'assure qu'on en voit
dans le mtier de putain et qu' l'ge de huit ans je n'tais pas nave!
        Quelques jours aprs, seconde crmonie. Prsente encore comme
pucelle, on m'a fait enculer devant un autre public par un petit garon de mon
ge qui bandait de tout son coeur. Puis maman a si bien gradu les expriences
que, sans trop souffrir et sans accident, je me suis habitue aux queues les
plus grosses. Je n'ai pas saign. J'avais le trou du cul fait pour a.
        Et surtout... Vraiment, c'est facile  comprendre.
        Toutes les petites filles veulent faire comme leurs mamans. Les filles
d'actrices sont folles de joie quand elles ont un rle  huit ans. Et les
filles de putains... quand elles ont un homme elles se croient... Mon chri, Je
ne sais pas parler, mais je voudrais surtout que tu n'accuses pas maman parce
qu'elle m'a vendue. Tu vois comme je suis. Je ne me roule pas sur toi comme une
enrage, je n'ai jamais t vicieuse; mais je t'assure qu' huit ans j'tais
contente de faire comme maman. Les jours o elle me prenait dans sa chambre, o
je voyais prs d'elle un monsieur tout nu o il suffisait que je trousse ma
petite robe pour le faire bander, j'tais heureuse! j'tais fire! Je me serais
laiss enculer depuis le trou jusqu' la bouche. Vois-tu, le plus beau jouet
pour une petite fille, c'est la queue."
        Elle soupira en dtournant les yeux et son regard rencontra ce qu'elle
avait oubli.
        "Oh! fit-elle. Tu bandes?
-       Mais vous avez vingt ans, mademoiselle la petite fille.
-       Et tu crois que je suis moins heureuse de te faire bander? fit-elle en
se jetant  mon cou. Tu ne rponds rien, veux-tu que je te suce?
-       Oui et non.
-       Qu'est-ce que tu veux dire? Je fais tout et je n'ai aucune
imagination... Lili nous a dit  dner ce qu'elle venait de faire avec toi.
Veux-tu cela? Je serai ravie et j'espre que tu seras content."
        C'tait dit si gentiment et j'avais alors si peu d'imagination moi-mme
(car comment s'y prendre avec une jolie fille qui n'aime pas baiser?) que je la
laissai faire tout ce qu'elle voulut.
        Elle se remit exactement dans la mme position que la premire fois.
Si j'crivais un roman, il va de soi que je varierais les postures, mais je
raconte les choses telles qu'elles se sont passes.
        En pareil cas (et cela est assez singulier) les femmes au lieu de se
blaser se passionnent. Charlotte fut plus ardente et surtout plus loquace,
parlant sans cesse avec une molle tendresse obscne dont je ne puis exprimer
l'accent naturel.

        Comme elle s'allongeait de dos contre moi, je lui dis en l'embrassant;
        "Tes fesses sont aussi jolies que tes seins."
        Et cette simple phrase me valut un flot de paroles: "Mes fesses?
Comment elles doivent tre roses en ce moment! comme elles ont envie que tu les
encules! Mais reste, reste, n'entre pas, nous avons le temps. Laisse-moi te
caresser la queue avec mes fesses puisqu'elles te plaisent... Que tu es gentil
de me dire cela! C'est ce que j'aime le mieux de mon pauvre corps.
-       Mais tu es belle, Charlotte!
-       Non, non, je suis comme les autres. Seulement... quand je vois d'autres
filles toutes nues et quand je me fourre devant ma glace, je crois... je
voudrais croire... que j'ai de jolies fesses... Et comme tu m'as demand
d'abord mon chat, j'avais si peur que tu n'aimes pas mon cul.
-       Pourquoi ne l'aurais-je pas aim?
-       Parce que j'ai autant de poils derrire que devant. J'ai mme un petit
duvet noir qui me couvre la moiti de chaque fesse, dit-elle en riant. Enfin tu
aimes cela, tout va bien. Et tu bandes... tu bandes comme un ange!
-       Si l'on peut dire.
-       J'ai une envie folle de me faire branler quand je te sens bander sous
mon cul! Mais une envie, une envie! J'ai pourtant joui quatre ou cinq fois
aujourd'hui. a ne fait rien. Moi, je ne compte pas. Plus je me branle, plus a
me repose. Et quand j'ai chaud comme en ce moment, quand je sens mon bouton qui
bat et mon trou du cul qui zingue...
-       Eh bien! je te connais mieux! dis-je en l'interrompant. Car, si je te
disais
maintenant: "Charlotte, ne t'excite pas le bouton ni le trou du cul, couche toi
tranquillement et laisse-moi dormir", tu me rpondrais: "Si tu veux!"
-       Oh! si tu veux! fit-elle mlancoliquement.
-       Et si je te dis au contraire: "Charlotte, il n'est que minuit vingt;
j'ai joui quatre ou cinq fois aujourd'hui; un jour je suis all jusqu' huit et
je veux battre mon record avec toi. J'ai tous les vices, toutes les passions,
les manies les plus tranges; mais il faut que cinq fois encore avant de
quitter mon lit...
-       Oh! a! tant que tu voudras! dit-elle avec son calme sourire. Veux-tu
essayer? je n'ai pas sommeil."
        Tout en parlant... J'ai dj dit avec quelle aisance on enculait
Charlotte. Nous nous tions unis comme elle le souhaitait et elle mettait toute
sa grce  faire que ce pis-aller me ft agrable.
        Un baiser profond nous fit taire; puis, me regardant par-dessus
l'paule avec un long sourire des yeux qui tait presque maternel quoiqu'elle
et le mme ge que moi, elle me dit (mais sur un ton!) avec la misricorde, la
patience, l'attendrissement qu'une professionnelle peut incliner sur un
apprenti: "Tu as des vices, mon chri? Tu as des manies? Dis-moi tout! tu sais
bien que tu peux tout me demander. Tu ne dis rien? tu as honte? il faut que ce
soit moi...?"
        Je ne disais rien parce que mon seul vice tait de baiser et que je
dsesprais de le lui faire comprendre.
        Charlotte, qui tait la meilleure fille du monde, se mprit sur mon
silence. Cherchant toujours mon regard de ses yeux allongs qui semblaient
m'accorder d'avance le pardon des pires tyrannies, elle me dit tranquillement,
sans baisser la voix:
"Chie-moi dans la bouche."
        Aujourd'hui, j'ai peine  comprendre comment je n'ai pas bondi en
entendant cette phrase. Le commencement du rcit m'avait sans doute prpar 
tout, mme  cet imprvu. Et puis la pauvre fille tait si jolie, si doue...
Elle m'avait dit cela au hasard, comme une chose toute naturelle... Et, malgr
ma stupfaction, elle insista.
        "Oh! quoi! si je te le propose, ne te fais pas prier. Je ne te dirai
pas que j'aime a comme Lili...
-       Lili aime a?
-       Bien sr! Lili! Qu'est-ce qu'elle n'aime pas! Moi, je n'aime qu'une
chose, c'est ce que tu me fais...
-       Alors?
        A cette poque, j'avais quatre costumes que je prenais selon les cas.
D'abord une robe de petite fille trs lgante avec une grande ceinture de
soie. Et puis un peignoir de bordel avec des entre-deux. Et puis un tablier
noir d'colire; je nattais mes cheveux quand je le mettais. Et puis un costume
de petit garon que je portais avec une perruque. Et tout a m'amusait encore
plus que les michs.
        Jamais maman ne me laissait seule avec un homme. Chaque fois qu'on
m'enculait, elle me tenait les fesses, elle me mettait elle-mme la pine dans
le cul, ainsi on ne me faisait pas mal. Et pourtant j'en ai eu des queues  cet
ge-l! Les hommes qui enculent les petites filles sont ceux qui ont les plus
gros membres, est-ce drle? Mais, grce  maman, jamais je n'ai saign.
        En mme temps j'apprenais  aider maman. Quand on l'enculait devant
moi, je suais les couilles de son ami ou bien je faisais... ce que Lili fait
maintenant... c'est difficile  expliquer... je mettais toute la main dans le
con de maman et j'empoignais la queue qu'elle avait dans le cul en la serrant
dans la peau qui spare le con et le cul, est-ce que tu comprends? et ainsi je
branlais la pine qui enculait maman. Lili te le fera demain si tu veux.
        Cette existence-l durait depuis un an quand il m'est arriv la chose
la plus extraordinaire de ma vie. Et pourtant, j'en ai vu, depuis! et j'en ai 
te dire, tu verras! Mais a, c'est  ne pas le croire, si je ne te jurais
pas..."
        Charlotte leva le bras: "Je te jure sur la tte de maman que c'est
vrai.
        J'avais neuf ans. C'tait en juillet. Nous avions djeun avec un
monsieur dont je sais bien le nom. A quatre heures nous avons couch tous les
trois  poil sur le lit. Maman tait saoule, a ne lui arrive pas souvent.
Je me souviens qu'en se couchant
elle m'a dit: "Oh! ta langue! je suis trop saoule pour me branler!"
        Pendant ce temps-l, le monsieur m'a encule, et (il tait peut-tre
aussi saoul que maman!) il m'a dit avant de jouir: "Fais un gosse  ta mre
avec ton cul, chie-lui ce foutre-l dans le con."
        Moi, jamais je n'aurais voulu faire une chose pareille; mais maman
avait bu du Champagne, elle tait en chaleur, elle jouissait, on est loufoque
dans ces moments-l. Crois-tu qu'elle m'a dit: Oui!
        On lui a mis le derrire sur un oreiller, le con grand ouvert. Moi,
j'avais mon petit cul plein de foutre, tu penses! Je me suis accroupie...
j'ai fait ce qu'elle disait... et comme elle ne croyait gure qu'on pouvait
faire un gosse comme a, elle a t sur son bidet deux heures aprs.
        "Eh bien, elle devait avoir ses affaires le surlendemain, elle ne les a
pas eues, elle est devenue enceinte de a, puisque depuis six semaines elle
n'avait pas bais. Et sais-tu qui est n de cette histoire-l? c'est Lili.
-       Elle le sait?
-       Je te crois qu'elle le sait! Voil une gosse que j'ai porte dans le
derrire avant que maman l'ait dans le ventre. Aujourd'hui, il y a bien des
fils qui enfilent leurs mres et qui leur font des mmes qui sont  la fois
leurs filles et leurs soeurs; mais ils les leur pissent du bout de la pine,
comme leurs pres les ont faits eux-mmes; tandis que moi, Charlotte, moi qui
ne sais rien faire que ce qu'on me dit, moi qui n'ai pas pour un sou de vice ni
d'imagination, moi qui... enfin, tu viens de le voir, j'ai douze ans de
pratique et il a fallu que tu me tiennes la tte pendant que je te suais parce
que je ne sais mme pas mesurer la nervosit d'une queue que j'ai dans la
bouche. Eh bien! la pauvre Charlotte qui t'embte en te racontant toutes ses
histoires, elle a fait une fille  sa mre,  l'ge de neuf ans, et avec son
cul! Crois-tu qu'une chose pareille devait m'arriver  moi? Et je te jure sur
la tte de maman que c'est vrai."
        Aprs un silence, elle reprit: "La grossesse de maman ne la gna pas;
au contraire, elle lui permit de se faire baiser pendant neuf mois, sans
l'empcher de se faire enculer comme d'habitude.
        Pendant les deux derniers mois surtout, ses amants rguliers venaient
la voir sans cesse. A certains hommes, il faut des curiosits. Le ventre de
maman tait devenu norme. Cela ne faisait que plus de contraste avec mon petit
corps. On pouvait enculer au choix, sur le mme lit, une petite fille qui
n'avait pas de poils, ou sa mre qui en avait normment et qui tait enceinte
de neuf mois. Je n'aurais jamais cru qu'il y et tant d'hommes avides d'enculer
une femme grosse.
        Enfin Lili vint au monde. Maman se remit assez vite et nous reprmes le
mtier aussitt que possible.
        J'avais alors dix ans. A cet ge-l, les petites fille s'habituent 
certaines choses plus facilement que les femmes. Les petites filles sont toutes
un peu sales. Elle se donnent des rendez-vous d'amour aux chiottes. Elle se
pissent sur le ventre. Elles se fourrent le doigt dans le cul l'une de l'autre
et elle se sucent. Tu le sais bien.
        Pensant que a pourrait me servir plus tard, maman m'a d'abord fait
jouer avec une petite copine qui m'a appris des tas de salets. C'est drle,
quand j'y pense; j'tais putain depuis deux ans et cette gosse-l, je te jure,
inventait des saloperies que je n'avais pas vu faire aux hommes. Enfin c'est
elle qui m'a dniaise sous ce rapport-l, et ce que j'avais commenc avec une
copine, je l'ai continu ensuite avec les michs.
        a me gne de te dire a et pourtant... il y a beau temps que a ne me
gne plus de le faire. Tu ne sais pas ce que c'est que le mtier de putain.
J'avais dix ans quand maman a bien voulu faire coucher avec nous un banquier
qui aimait... sais-tu quoi? enculer maman jusqu'au fond, retirer sa queue et me
la faire sucer. Plus la queue tait merdeuse et plus il avait de plaisir  me
la fourrer dans la bouche.
        Je m'y suis habitue. Et puis, ce que je faisais avec maman, je l'ai
fait avec une autre femme, et puis... une petite fille est si vite dresse 
ces choses-l! L'autre femme tait une trs jolie gousse, nomme Lucette, que
j'aimais bien, qui couchait souvent chez nous et qui avec les hommes ne
marchait que par derrire, comme maman et moi. Quand maman a vu que j'avais
bien voulu, elle s'est concerte avec elle, et elles m'ont dit toutes les deux
qu' mon ge il tait temps que j'apprenne a me faire chier dans la bouche, que
ce n'tait pas plus difficile que ce que j'avais dj fait, et que Lucette
voulait bien m'apprendre.
        Oh! je vois bien ce que tu penses... que c'tait plus facile pour
Lucette que pour moi... Eh bien, a n'est pas vrai. Rflchis une minute:
est-ce que tu le ferais? Je te connais aussi, moi, maintenant. Suppose une
pauvre gosse de dix ans qui n'a jamais essay a. Est-ce que tu aurais le
courage...! Moi, je trouve que Lucette a t bien gentille et bien
complaisante. Et elle avait piti, la pauvre fille. Je me rappelle que chaque
fois, pour n'avoir pas l'air de m'humilier, elle m'embrassait sur la bouche
aprs. Pauvre Lucette!
        Que veux-tu? je fais tout ce qu'on me dit. J'ai appris a comme le
reste. D'ailleurs il ne faut pas croire qu'on le fait tous les jours. Mais
c'est bien utile  savoir parce qu'on fait tout le temps des choses qui y
ressemblent. Un homme qui prend deux gousses, qui encule la premire et qui lui
fait chier le foutre dans la bouche de l'autre, a, c'est courant... Le soir, 
dner, Lili rigolait parce que a t'avait choqu qu'elle se retire ta queue du
cul pour te la sucer. Qu'est-ce que c'est que a! On en voit, je t'assure, dans
le mtier de putain!"
        Elle poussa un profond soupir, non sur son pass, comme on pourrait le
croire, mais sur son dfaut d'loquence. A genoux au milieu du lit, assise sur
les talons et tenant entre les mains ses cheveux noirs qui s'taient dfaits et
qui lui couvraient les cuisses, elle dit d'une voix dsespre: "Je ne sais pas
m'expliquer. Je suis conne comme la lune.
-       Encore!
-       Et aussi... Je crois que tu ne sais pas du tout ce que c'est qu'une
putain.
-       Qu'est-ce que je ne sais pas? Dis-le moi. Prends ton temps. Cherche tes
ides.
-       Tu crois que ce qui nous dgote ce sont les choses; non, ce sont les
hommes.
-       Tu vois bien que tu sais expliquer.
-       Toi, par exemple, je n'ai pas le bguin pour toi. Du moins j'espre que
je n'en ai pas, je verrai a demain. Mais enfin je suis contente sur ton lit,
et... c'est pas une dclaration que je te fais... Chie-moi dans la bouche si tu
veux. J'aime mieux cela dix fois avec toi que de sucer la queue  certains
hommes. Tu sais bien ce qui est arriv  Ricette?
-       A Ricette?
-       Elle ne te l'a pas dit? Voil une gosse qu'on a mise en pension jusqu'
treize ans et demi. Elle est sortie de l ayant tous ses pucelages et ne
sachant rien de rien que de se branler et de faire minette: c'est tout ce qu'on
lui avait appris  la pension. Maman l'a fait enculer tout de suite, et nous
avons cru que cette gosse-l nous dgoterait toutes les trois. Huit jours aprs
elle s'y prenait mieux que moi, elle se fichait les pattes en l'air dans les
cent trente-deux positions, elle faisait casse-noisettes aussi bien que maman,
et plus de vaseline, plus rien au cul qu'une goutte de salive sur le bout du
doigt. Alors, naturellement, on l'a fait sucer; et par malheur le premier homme
qui lui a joui dans la bouche, un vieux qui n'avait pas vid ses couilles
depuis trois mois... Tu peux pas comprendre a, vois-tu. Faut tre putain.
La pauvre gosse a dgueul tout ce qu'elle avait dans l'estomac et, depuis, il
n'y a plus moyen de lui apprendre  sucer. Chaque fois qu'elle a du foutre
d'homme dans la bouche, elle dgueule! C'est malheureux, une si belle mme, si
chaude, si gaie  poil, qui se branle partout, qui ne pense qu' la queue et
qui se fait enculer mieux que moi, je peux le dire.
-       Non.
-       Pourquoi dis-tu non? tu le sais bien.
-       Je te rponds simplement et franchement comme tu parles. Je te dis non
parce que, depuis une demi-heure, tu as fait tout ce qu'il fallait pour me
dgoter de toi et je suis merveill que tu n'y russisses pas. Tu n'as
d'loges que pour les autres et d'injures que pour toi-mme. Tu excuses et tu
adores la mre qui t'a prostitue. Aprs douze ans de travaux et de tristesses,
tu te mets au-dessous de la petite soeur qui dbute et qui refuse presque tout
ce que tu acceptes. Tu gardes mme un souvenir attendri et reconnaissant  "la
pauvre Lucette" qui a "bien voulu" te...
-       Tais-toi! fit-elle en pleurant.
-       Mais toi qui parles, si l'on t'en croit, tu es une bte, une conne, une
putain archi-putain, une fille immonde qui n'est peut-tre pas digne de
recevoir un baiser sur sa bouche puisque...
-       Non, je n'en suis pas digne! fit-elle en secouant la tte et en
pleurant plus fort.
-       Et tout ce que je vois, pour preuve de ce que tu dis, c'est d'abord une
des plus jolies filles que l'on puisse treindre, et plus jolie d'heure en
heure  mesure qu'on la connat mieux; c'est ensuite un tre excellent qui
depuis l'ge de huit ans a toujours fait l'amour pour le plaisir des autres,
qui se sacrifie tous les jours aux intrts de sa mre et aux caprices des
hommes et qui offre tout, chaque soir, de tout son coeur, mme cette nuit, 
moi qu'elle n'aime pas.
-       A toi que je n'aime pas? dit-elle. Que je n'aime pas?"

        Et les bras  mon cou, pleurant sur mon paule: "Tu vois bien que je ne
suis qu'une bte puisque tu n'as pas compris!"





CHAPITRE VI

        Quand elle reprit son rcit aprs un long intervalle: "Et maintenant je
te dirai tout ce que tu voudras, fit-elle, comme si je me confessais. Si tu
veux les noms, je te dirai les noms. Si tu veux les mots, je te dirai les mots.
        Et si j'oublie un dtail, demande-le, tu le sauras.
-       Comment allons-nous intituler cette histoire?
-       Histoire de tous les poils de mon cul! fit-elle en riant.
-       Tu n'en finiras jamais. Il y a de quoi remplir cent volumes.
-       Ce ne sera qu'un petit rsum  l'usage des coles primaires!"
s'cria-t-elle en riant de plus belle.
        Charlotte n'tait plus la mme. Elle tait gaie, elle avait chang de
visage et si j'avais t son ami le plus intime elle ne m'aurait pas cont sa
vie avec plus de franchise et d'abandon.
        "A propos d'cole primaire, j'y suis alle  dix ans. Ricette est la
seule de nous trois qui ait t leve dans un "pensionnat de jeunes
demoiselles" avec des petites filles du monde qui font le soir leur prire
avant de se bouffer le chat.
        Moi, j'allais  l'cole de mon quartier et j'tais une de celles qui se
conduisaient le mieux, tu devines pourquoi. A la sortie, il y en avait qui
allaient se peloter dans les terrains vagues, ou faire des saloperies avec la
fille de la crmire qui voulait bien montrer ses poils  celles qui lui
passaient la langue dans le cul; ou surtout jouer avec les garons qui se
laissaient tirer la pine.
        Mais tu penses que, moi, je n'tais pas curieuse d'aller voir une pine
ou une fille poilue. Et puis maman m'attendait. La classe finissait  quatre
heures et il y avait des jours o j'tais encule  quatre heures et quart.
Je n'avais que le temps de rentrer.
        L'anne suivante, j'ai fait une premire communion comme on n'en fait
gure. Un ami qui montait sur moi trois fois par semaine s'est amus 
m'apprendre un catchisme de sa composition qu'il me faisait rciter. Ce
n'taient que des ordures et il y en avait seize pages. Le matin de fa
crmonie, il est venu  sept heures et il a voulu que je le suce pour que
j'aie du foutre dans l'estomac... Maman disait que dans ces conditions-l ce
n'tait pas la peine de faire ma premire communion; mais il a donn cent
francs et alors.. Et ce n'tait que le commencement. Quelle journe! Je peux
dire que c'est mon vrai dbut! Tous mes amants voulaient m'avoir sous ma robe
de communiante et ils voulaient tous m'enculer! II en est venu douze, vois-tu
a? Ce jour-l, nous n'avons dn qu' neuf heures du soir. J'avais t encule
cinq fois! cinq fois! et j'avais suc quatre hommes! et les trois autres
avaient dcharg je ne sais pas comment, mais ma belle robe blanche tait
pleine de foutre comme la jupe d'une pierreuse. Ah! je m'en souviendrai de ma
premire communion!"
        Charlotte hocha la tte avec un sourire consol. Sa tristesse avait
disparu. Elle parlait avec entrain et, comme les jeunes filles qui ne savent
pas conter, elle gta l'effet suivant en essayant de le prparer, mais cela ne
fit que souligner l'ingnuit de son rcit.
        "Tu ne t'attends gure  ce que je vais te dire, maintenant, mais
vraiment j'ai tout vu dans ma putain de vie! Un an plus tard, je me suis fait
foutre de moi par cinq gamines parce que j'tais pucelle!"
        J'avoue en effet qu'au point o nous en sommes du rcit de Charlotte,
si j'attendais un coup de thtre, ce n'tait pas celui-l.

        "Je t'ai promis, dit-elle, l'Histoire de tous les poils de mon cul.
Elle ne fait que commencer. J'avais douze ans et il y avait quatre ans que
j'tais putain, quand mes poils se sont mis  pousser. Ah! a n'a pas t long!
Au bout de six mois, J'tais poilue comme une femme.
        Tu commences  me connatre un peu. Je n'ai jamais t une de ces
jeunes filles passionnes qui vous prennent la main en disant: "Je bande!...
"Non, je ne bande pas, mais je mouille pour rien. Quand je mouille, j'ai envie
de me branler. Et quand j'ai envie de me branler, je me branle."
        Elle rit en se renversant. Sa bonne humeur la transformait.

        "Donc, c'est  douze ans que j'ai pris l'habitude de me branler autant
que je pisse, et maintenant ce n'est pas assez dire, car, aujourd'hui, par
exemple, je ne pisse pas si souvent que je me fais dcharger.
        Maman m'a conseill de me branler toujours quand on m'enculerait,
videmment, mais elle tait contente de voir que je me branlais mme devant
elle, et, comme je m'y prenais mal, elle a eu la patience de me l'apprendre
elle-mme, d'abord avec son doigt et puis avec le mien. Faut-il que je sois
gourde tout de mme! Quand je pense que je n'aurais mme pas su me branler
toute seule si maman n'avait pas tenu ma main dans la sienne!
        En ce temps-l, j'allais toujours  l'cole et nous habitions un
quartier de Marseille, o il n'y avait gure de putains, mais encore moins de
pucelles. Je crois que toutes les gamines de l'cole baisaient: les unes avec
leurs frres, les autres avec leurs pres, leurs cousins, leurs voisins.
J'en connaissais une qui avait dix ans et qui se vantait de tirer plus de six
coups tous les soirs, en levrette, contre une palissade, dans un chantier en
construction... J'en connaissais une autre qui s'appelait Clara, maigre comme
un petit squelette, on lui voyait les os des fesses et elle n'avait pas de
poil. Elle a racont devant moi, en pleurant,  une femme de quarante ans,
qu'elle couchait toutes les nuits entre ses deux frres et qu'ils lui faisaient
a ensemble, tant ils taient presss, l'un par-devant, l'autre par-derrire et
la femme lui a rpondu: "Je voudrais bien tre  ta place!" Ah! j'en ai des
souvenirs d'enfance...
        Enfin, j'tais donc un jour a l'cole dans un coin du prau, avec cinq
copines, et chacune racontait comment elle se branlait. Quand j'ai dit (sans
parler de maman) que je me fourrais une bougie dans le cul pendant que je me
frottais le bouton, elles ont trouv a patant et elles m'ont invite dans un
petit jardin, chez l'une d'elles qui s'appelait Rgine. On se montrerait tout,
on se branlerait ensemble, on s'amuserait comme des reines. Justement ce
jour-l maman devait sortir. J'ai suivi mes petites copines. Et alors...
        Ah! qu'est-ce qui m'est arriv!... II faut te dire que par-devant
j'avais un de ces pucelages comme on n'en fait gure: juste de quoi passer un
crayon. Les cinq
ont lev leurs jupes d'abord: elles taient toutes dpuceles; les trois plus
jeunes n'avaient pas de poils et les deux autres un simple duvet. Quand elles
ont dcouvert  la fois ma touffe noire et mon pucelage, elles se sont mises 
rire, mais  rire! Un pucelage avec du poil autour, elles n'avaient jamais vu
a. Crois-tu qu'elles en ont fait une ronde autour de moi et, comme les petites
filles sont capables de rpter deux cents fois la mme connerie, elles
rptaient sans cesse: "La pucelle  barbe! la pucelle  barbe! la pucelle 
barbe! la pucelle  barbe!"
        J'en pleurais de rage en racontant cette scne le soir  maman; et peu
de choses ont eu plus d'importance dans ma vie, car maman trouva que mes
petites copines avaient deux fois raison.
        Elle me dit d'abord que j'avais trop de poils pour mon ge. Et tu ne te
figures pas ce que maman est capable de faire pour moi! Crois-tu qu'elle a eu
la patience de me raser pendant trois ans! Ce n'tait pas une petite affaire,
puisque j'ai du poil partout, sous les bras, sur le ventre, sur le chat, sur
les cuisses et jusque dans la raie des fesses. A quinze ans j'avais encore la
motte rase comme une sultane, et tout le monde trouvait a joli, aussi bien
les gousses que les hommes. Je ne sais pas pourquoi on n'en fait pas autant 
Ricette.
        Ensuite, quand maman a vu comme j'tais honteuse d'tre encore pucelle
et que toutes les petites filles se foutaient de moi pour a, elle m'a promis
de chercher quelqu'un, sachant trs bien que je ne me ferais jamais dpuceler
moi-mme.
        Mais d'abord... est-ce que tu as dj dpucel des filles, toi?
-       Oui. a n'est pas drle. Tu es bien gentille de ne plus l'avoir, ton
pucelage, o l'on ne pouvait passer qu'un crayon.
-       Ah! Eh bien, suppose qu'on te dise: voil Charlotte, elle a douze ans;
vous pouvez l'enculer dans toutes les postures; vous pouvez jouir dans sa
bouche; elle va vous lcher le ventre, vous sucer les couilles, vous faire
feuille de rose et tout ce que vous voudrez. Elle fera devant vous minette  sa
maman ou bien elle l'enculera avec un godmich, etc. etc., et tout a vous
cotera cent louis. Qu'est-ce que tu dirais?
-       Je dirais que je n'aime pas les mauvaises plaisanteries.
-       Alors a ne t'tonnera pas si je l'ai attendu longtemps, mon dpuceleur
et si Ricette n'a pas encore trouv le sien.

        "D'ailleurs maman n'y tenait pas. J'apprenais a jouir par le cul; elle
tait ravie. Plus je grandissais, plus j'avais de plaisir  me faire enculer.
A quoi a m'aurait-il servi de baiser?
        J'tais donc trs heureuse quand il m'a bien fallu apprendre encore
quelque chose de nouveau. Devine quoi. Regarde-moi et, si tu aimes ce dont il
s'agit, tu trouveras tout de suite que je suis un sujet pour... pour...
Tu ne devines pas? Alors c'est que tu n'aimes pas a... Pour la flagellation.
-       Oh! c'est qu'en effet je n'aime pas a du tout. Et pourquoi es-tu un
sujet...
-       Parce que je pleure comme une fontaine et que cela fait le bonheur de
ces messieurs.
-       Ma pauvre Charlotte!
-       Je te le dis pour la vingtime fois, tu ne sais pas ce que c'est que le
mtier de putain. Imagine-moi, ge de treize ans, en tablier noir d'colire,
avec une natte dans le dos,  genoux prs du lit, la robe retrousse...
Je tenais mes fesses, je montre mon petit trou du cul qui sera naturellement
encul  la fin de la sance, et mon pucelage au-dessous avec sa motte rase.
Un monsieur me fouette de toutes ses forces et se met  bander parce que
j'clate en sanglots. Maman est l pour empcher qu'on ne me tue... mais enfin
tout de mme... Quelles minutes!... Et c'tait surtout ces jours- l que se
passaient les choses dont je te parlais il y a une heure...
        L'homme qui me faisait a amenait sa matresse, une grande bringue qui
avait l'air encore plus froce que lui.
        Il l'enculait sur moi, et alors, lui retirer sa pine du cul et me la
faire lcher de force quand je pleurais  chaudes larmes, c'tait si bon,
parat-il, qu'il jouissait malgr lui dans ma bouche et ensuite il me
reprochait de lavoir fait dcharger trop tt, parce qu'il aurait voulu aussi
enculer mon derrire fouett et je recevais une claque si forte que... j'avais
beau serrer les lvres, le foutre en jaillissait comme le jus d'un citron.
-       Ta mre permettait a?
-       Ne dis pas de mal de maman, d'abord. Je l'ai vue fesse plus fort que
moi et a me faisait plus de mal quand c'tait elle.
-       Je te reconnais l. Et le monsieur tait content?
-       Probable. Jamais je n'ai pleur plus fort qu'un soir o il lui a
flanqu un coup de fouet qui a fait saigner la pauvre maman depuis la lvre du
con jusqu'au milieu de la fesse. J'en ai failli avoir un coup de folie.
Alors pendant presque deux ans maman n'a plus recommenc!"
        Charlotte rva un instant, puis elle eut un vague sourire: "C'est
l'anne o j'ai eu le plus de succs auprs des gousses. Il y a des jeunes
filles qui commencent  jouir  dix-huit ou vingt ans, ou mme plus tard.
Moi, j'ai commenc de bonne heure et l'ide que maman avait eue de me raser
faisait de moi un phnomne.
        Une gousse qui s'tend sur un lit en soixante-neuf sous une petite
pucelle sans poils et qui lui fait minette et qui reoit dans la bouche autant
de foutre (et quel foutre!) qu'une nourrice peut donner de lait, tu peux croire
qu'elle est excite... Je dis
"et quel foutre..." tu sais qu'il y a deux sortes de gousses, celles qui
lchent le cul de leur bonne parce qu'il a plus de got que celui de leur amie,
et celles qui cherchent au contraire tout ce qu'il y a de plus dlicat.
Pour celles-ci, un pucelage sans plumes qui bave comme le con d'une gitane,
elles ne se lasseraient pas d'y passer la langue.
        J'ai eu beaucoup de gousses  treize ans et, crois-tu? je souffrais
presque autant qu' me faire fouetter.
        La langue m'reinte. C'est dix fois plus qu'il n'en faut pour me faire
jouir. Tu as vu tout  l'heure comme je me branlais,  peine si je me touche.
Je n'ai mme pas besoin de me toucher. Veux-tu que je te fasse plaisir comme
a?
-       Comment?
-       Tant que tu voudras, encule-moi sans que je me branle, tu me feras
jouir avec ta queue comme si tu enfilais une petite baiseuse.
-       Alors, pourquoi te branles-tu?
-       Oh! c'est merveilleux tout de mme. On jouit quand on veut.
-       Charlotte, lui dis-je, tu viens de me rpondre une normit.
-       a ne m'tonne pas de moi. Je suis si conne!" fit-elle en secouant la
tte.
        Et comme je la tenais affectueusement, et qu'elle se sentait en
scurit dans mes bras, elle me dit avec un rire qui la renversa tout entire:
si "l'Histoire des poils de mon cul" pourrait avoir cent volumes, alors combien
en faudrait-il pour l'Histoire de mes conneries?
-       Mais quelle rage as-tu de t'injurier?
-       Explique-moi ce que j'ai dit d'norme.
-       Tu prtends que je ne connais pas ton mtier de putain? Et je te
rponds que tu ne connais pas ton mtier d'amoureuse."
        La phrase tait si claire que Charlotte la comprit.
        "Amoureuse? fit-elle en se penchant sur moi. Mais tu n'entends donc
rien  tout ce que je te raconte?
        Amoureuse de qui? Amoureuse du cochon qui vient m'enculer trois fois
par semaine et qui me fait avaler son foutre avant ma premire communion?
Amoureuse de la vache qui a cinquante ans, qui est six fois grand-mre et qui
frotte son cul sur ma petite figure?
        Amoureuse du fou qui me chie sur le corps pendant que maman le suce?
Amoureuse du bandit qui me force  voir comment il fouette le con de ma mre,
le con d'o je suis ne et qui fouette ce con jusqu'au sang.
        Mais je sais comment te le crier: les putains comme les pucelles n'ont
qu'un amour qui les console; elles ne sont amoureuses que de leur doigt."
        Aprs un frisson, elle se ressaisit.
        "Tu m'en fais dire plus que je n'en pense. Je n'ai pas le droit de les
traiter de cochons, de vaches et de bandits, tous ces gens. Ils ne m'ont pas
viole... Ce que je voudrais te faire comprendre... c'est que plus on est
putain et plus on est vierge."
        Cette fois, je lui pris le visage dans mes mains, et les yeux sur les
yeux je
lui rpondis: "C'est le plus beau mot que tu pouvais me dire."
        Qui ne le penserait? Et ce mot-l, c'tait Charlotte, corps et me.
Ses bons yeux me regardrent sans rien pntrer de ma pense intime: "Pourquoi
me fais-tu des compliments sur tout?
        Mes cheveux, mes yeux, mes seins, mes poils... a ne vaut pas cent
sous, mon chri. Va au bordel, tu trouveras mieux. Mes fesses... tu as fait le
bonheur de ma nuit quand tu m'as dit que j'avais de jolies fesses; c'est
videmment ce que j'ai de mieux. Mais ne te fous pas de Charlotte; n'admire pas
les mots qu'elle dit...
-       Les mots qu'elle dit, ce sont les sentiments qu'elle prouve.
-       C'est aussi que les putains parlent avec leur coeur, comme les jeunes
filles du monde parlent avec leur con."
        La phrase tait dite sans effet, comme une vrit bien connue; mais je
ne rpondis rien; j'tais humili. Charlotte se croyait sans aucun esprit et
chacune de ses rpliques tait plus intressante que les miennes. J'avais
(comme sans doute ma lectrice) plus de plaisir  l'couter qu' l'interrompre,
et j'attendais la suite de son rcit, quand elle s'cria, stupfaite: "Comment,
tu bandes encore?
-       C'est de ta faute.
-       Qu'est-ce que j'ai fait pour a?
-       Tu m'as montr ces cheveux, ces yeux, ces seins, qui ne valent pas cent
sous, dis-tu. On trouve mieux au bordel, n'est-ce pas?
-       Et c'est moi qui te fais bander, sans que je te touche?
-       Je le crains. Je m'en plaindrai  ta mre.
-       Et qu'est-ce que tu veux que nous...
-       Je ne veux rien.
-       Tu plaisantes! mais cela me donne envie!
-       Prends patience. Fais comme moi. Je ne suis pas press.
-       Alors, moi toute seule, laisse-moi faire, laisse-moi.
-       Non, mademoiselle, je vous dfends de vous livrer  l'onanisme sur mon
lit. Les moralistes et les mdecins...
-       Je les emmerde. Je mouille, j'ai envie de me branler et quand j'ai...
-       Et quand tu as envie de te branler, tu te branles. Je connais la
phrase. Eh bien! tu ne te branleras pas jusqu' trois heures du matin.
-       Prs d'un jeune homme qui bande entre mes cuisses et jusqu'au milieu de
mon cul? Tu ne veux pas que a m'excite?
-       Au contraire, je le veux. Ton rcit n'en sera que plus anim."
        "Ne me dfie pas, dit-elle. Je suis toujours lasse et molle parce que
je me fais jouir autant de fois que l'envie m'en prend, tu ne me reconnatras
plus si tu me forces d'attendre, je vais te dire des saloperies idiotes, que je
regretterai. Es-tu mchant de m'exciter jusque-l!"
        Une main sur les yeux, l'autre  mon paule, elle geignit et rpta:
"Oui, des saloperies! c'est tout ce que je peux te dire,  cheval sur une queue
aussi raide et pendant que tu me tiens les bras.
        Et puis, je m'en fous! Tu le sais, que je suis une salope, que je suis
la dernire des dernires, la putain que tout le monde encule, qui suce la
queue de n'importe qui et qui tte la pine des chiens quand on veut; c'est le
mme prix.
-       Charlotte!
-       Je m'en fous; tu le sais que j'ai tout fait avec les hommes et les
femmes, les garons et les petites filles; j'ai bu du foutre d'ne, du foutre
de cheval; j'ai tout fait! j'ai mch des trons de putains! Tu le sais bien
que depuis ma naissance je vis dans le foutre et dans la merde.
-       Tu deviens folle!
-       Dans le foutre et dans la merde! pleura-t-elle. Mme chez toi. Ta queue
sortait de mon derrire quand je l'ai suce.
-       Mais c'est toi-mme qui...
-       Et je te dgote puisque tu bandes contre mon cul sans vouloir de moi,
quand je me mouille la cuisse jusqu'au genou.
-       Enfin...
-       Faut-il... Faut-il que je te dgote puisque tu ne veux mme pas me
chier dans la bouche quand je t'ai dit trois fois que... que..."
        Elle clata en sanglots. A un pareil accs de dmence il n'y avait
qu'un remde, c'tait de baiser promptement Charlotte ou plutt de l'enculer
puisqu'elle le prfrait.
        Faire jouir les femmes pour les faire taire est un principe connu de
toute antiquit.

        Malheureusement, si le dsir l'avait pousse  "dire des saloperies"
comme elle m'en avait prvenu, ces mmes saloperies avaient refroidi le dsir
qu'elle m'inspirait. Certaines rciproques en amour ne sont pas vraies.
D'ailleurs Charlotte semblait trop gare pour savoir ce que je faisais ou ce
que je ne faisais pas. Elle pleurait et elle se branlait. Ne pouvant arrter
ses larmes, j'avais renonc aussi  retenir sa main. Quand elle eut compris que
je la laissais faire, elle cessa de pleurer, leva les yeux et me dit beaucoup
plus bas, mais sans changer de langage: "Dis-le-moi toi-mme que je suis une
salope.
-       Non.
-       Si, a me fait plaisir."
        Je comprenais enfin. Elle me parlait trs bas, en tremblant de la tte
aux pieds.
        "Appelle-moi putain pendant que je me branle pour toi. Putain et
pierreuse et garce! Dis que tu m'enculeras pour quat'sous, tu veux? Tu me
fourreras ta queue par te trou du cul jusqu'au fond, jusqu'au fond! Tu
m'enculeras pendant une demi-heure en me limant de toutes tes forces et tu me
donneras quat'sous aprs. Si tu ne veux pas jouir dans mon cul, je te sucerai.
Je voudrais toujours avoir la bouche pleine de ton foutre.
        Pas seulement la bouche, mais tout le corps. Je te branlerai sur ma
figure. Mais qu'est-ce qu'il faut que je te dise pour que tu m'appelles salope?
Je retiens mon doigt, je me touche  peine. Appelle-moi putain et salope et
vache. Dis que tu me pisseras sur les nichons et que tu me chieras dans la
gueule! Dis-le pendant que je dcharge, que tu me feras manger ta merde!
Dis-le donc! Dis-le! Dis-le!"

        Elle s'vanouit  demi et ne rouvrit les yeux qu'aprs un long silence.
Son
premier mot fut: "Je suis toque!"
        Puis, voyant que je ne disais rien pour la dmentir, elle reprit: "Tu
vas avoir une belle opinion de moi!... Et c'est de ta faute... Non, c'est de la
mienne. Tu ne pouvais pas savoir.
-       Qu'est-ce que j'ai fait?
-       Maman dit toujours: "Charlotte, quand elle a envie de branler, si elle
se retient cinq minutes, elle devient maboule". Tu m'as retenue...
-       Je ne le ferai plus.
-       Est-ce sr?... C'est drle pour un homme, n'est-ce pas, une fille qui
ne peut pas s'empcher de dire des saloperies quand elle est en chaleur?"
        Je pris Charlotte dans mes bras, et parlant  voix basse et tenant sa
tte de telle faon qu'elle ne ft pas force de me regarder: "C'est
maintenant, lui dis-je, que tu vas me faire ta confession. Ou plutt je la
ferai pour toi et tu me rpondras oui ou non. Veux-tu?
-       Oui.
-       Les hommes que tu vois ne te sduisent gure; mais... sois franche: tu
aimes le mtier de putain.
-       Oui.
-       Non seulement tu aimes  faire jouir un homme, mais tu aimes tre  ses
pieds,  son ordre, quelque chose comme son esclave?
-       Sa putain.
-       C'est moins qu'une esclave?
-       Oui. Les esclaves, on les viole; mais moi...
-       Et une chose qui t'excite dans les bras d'un homme, c'est...
-       C'est de me dire que je suis la dernire des salopes; qu'il n'y a pas
de plus bas mtier pour une fille que d'offrir son trou du cul et sa bouche 
tout ce que les hommes veulent en faire. Oui, je te l'ai dit malgr moi tout 
l'heure; mais, je t'en supplie  genoux, dis-moi que j'ai raison! Comprends
donc que je me tuerais si cela ne m'excitait pas un peu!
        Et, au lieu de me consoler, injurie-moi. Allons... Voyons..."
        Elle souriait sans insister sur le tragique de ses dernires phrases.
Elle souriait de plus en plus. Elle avait l'air de jouer.
        "Sois gentil. Fais que je l'aime, mon mtier de putain. Je ne me branle
plus, tu vois, je suis calme, j'ai fini de jouir. Mais maintenant que tu sais
mes gots, je te le rpte. Traite-moi de salope, de vache et de garce.
        Dis que je me fais enculer comme une fille de bordel, comme une
bohmienne derrire sa roulotte. Appelle-moi putain, allons? Dis putain,
putain, putain. Quel homme entt! il ne dira rien!"
        Toujours souriante, et pour me dfier par une taquinerie impatiente,
elle
insista: "Et dans ma bouche? dis-le, ce que tu feras dans ma putain de bouche.
Tu peux le faire... J'en ai envie... Je voudrais tre traite comme a par un
homme que j'aime... et que tu m'en remplisses la bouche... Dis-le, ce que je te
demande. Tu me...? Tu me...? Mais tu es une mule!"

        Je lui rpondis simplement: "Si tu continuais ton histoire?
-       Ah! maintenant que tu sais tout sur mon caractre! dit-elle en riant.
Et puis flte! tant pis! je me fous de moi. Je suis toute nue, je ne te cache
rien."





CHAPITRE VII

        "O en tions-nous? fit-elle. Je ne sais plus. Je me sens autrement que
d'habitude. Qu'est-ce que tu m'as fait boire?
-       Mais rien.
-       Tu dis rien? quand j'ai bu ton foutre par la bouche et par le cul?
Je suis saoule. Dis-moi o j'en tais de mon histoire.
-       Tu me disais qu' treize ans tu jouissais comme une femme et qu'avec ta
motte rase tu faisais...
-       Des gousses! des gousses! Oui, et a m'reintait parce que je ne savais
pas me retenir. Je me rappelle une dame qui n'tait pas belle, mais qui avait
un coup de langue... ah! la vache! Elle m'cartait  cheval au-dessus de sa
figure pour ne pas en perdre une goutte...
        Elle me faisait jouir trois fois de suite et chaque fois elle me tirait
plus de foutre que je n'en avais dans le corps. A la troisime fois je
tremblais sur mes jambes comme si elle suait mon sang.
        Et d'ailleurs j'avais des gousses de toutes sortes: une jeune fille
anglaise, qui ne se dshabillait pas et qui se branlait en me donnant des
baisers d'amour sur la fente! une grosse femme qui se faisait gousser sur le
dos et dissimulait sa premire jouissance afin de jouir deux coups pour le mme
prix! une mme de quatorze ans qui ne savait pas encore dcharger et que son
ami nous a fait travailler pendant une heure,  maman et  moi, et comme elle
avait le chat couvert de salive, elle lui a fait croire qu'elle mouillait!
enfin une tribade, comme on dit, qui s'habillait en homme et qui m'enculait
avec un godmich pendant que maman l'enculait avec un autre.
        Et j'tais toujours pucelle! II parat que a ne gnait personne.
Maman le dit souvent que pour les putains a ne sert  rien d'avoir un con."
        Charlotte rit elle-mme de sa phrase. Son rire tait si franc qu'il me
fit sourire, bien que la maxime ft absurde; mais elle prit ce sourire pour une
approbation, et, se vautrant sur le lit les bras tendus, les cuisses en l'air:
"Ah! que je suis contente, fit-elle, de me montrer telle que je suis et de tout
dire, toute la nuit! A chaque saloperie qui sort de ma bouche, il me semble que
je suis plus propre, que je fais ma toilette...
-       Ceux qui ont invent la confession le savaient bien.
-       Mais aussi... (et elle rit encore)...  chaque saloperie que je te dis,
j'ai envie d'en faire une autre.
-       Ceux qui dsapprouvent la confession prtendent que tu as raison.
-       J'avais une copine que sa mre forait de se confesser tous les
samedis. La pauvre gosse n'a jamais pu se confesser sans se branler et elle se
dpchait vite de dcharger avant de recevoir l'absolution. Sinon elle tait
tellement excite par ce qu'elle venait de dire, qu'elle allait se faire baiser
en sortant de l'glise.
-       Charlotte! tes mains sur la table! comme on dit aux colires.
-       Mais c'est que moi aussi j'ai encore envie...
-       Je t'assure que tu es folle. Retiens-toi un quart d'heure.
-       Tant pis pour toi! soupira-t-elle. Tu sais ce que tu risques
d'entendre."
        Et les mains sous la nuque, les jambes croises, elle continua: "A
propos d'glise. Au fait, je ne te l'ai pas dit, mais tu le devines bien:
j'avais quatre fois plus d'enculeurs  treize ans qu' dix. A cet ge-l
j'avais "le trou du cul solide", comme dit Ricette, et maman ne me rationnait
plus les coups de queue comme auparavant.
        Je dois tout  maman, mme le caractre que tu me vois et je n'avais
que treize ans quand elle me l'a donn. Il parat que je pleurais trop; a
m'abmait les yeux; et puis a inquitait maman; elle avait peur que je me
fiche par la fentre. Alors elle m'a appris..."
        Charlotte s'interrompit et changea de posture: "Elle est patante,
maman. En huit jours elle m'a fait un caractre nouveau comme elle m'aurait
fait une nouvelle robe.
        Pendant une semaine, elle a couch seule avec moi, ne recevant les
michs que dans l'aprs-midi. Elle m'a dit que j'tais assez grande pour tout
savoir puisque je dchargeais comme une femme; et qu' mon ge c'tait ridicule
de n'avoir pas d'instincts vicieux; et qu'elle voulait me donner au moins un
vice, mais qui me servirait toute ma vie.
        Comment s'y est-elle prise? Elle jouait avec moi; (on est si gosse, 
treize ans!). Elle me branlait en me traitant de tous les noms que tu ne
donnerais pas aux raccrocheuses de matelots qui pissent dans la main d'un homme
pour un sou. Et comme mon plus grand plaisir tait de me faire branler par
maman, les mots qui me dgotaient ont fini par m'exciter. Les mots et les
choses. Je ne t'en dis pas plus; mais tu ne perds rien pour attendre. Je
recommencerai tout  l'heure.
        Donc,  propos d'glise... (nous en sommes loin!), un de mes amants eut
cette anne-l une fantaisie: celle de m'enculer dans une glise de campagne.
Devines- tu pourquoi?
-       Parce que tu tais pieuse?
-       Justement. Il a su que je faisais tous les jours une prire  la Sainte
Vierge et que j'entrais souvent  l'glise comme a, pour rien, pour dire une
petite prire. Alors, il m'a propos... Et, toute pieuse que j'tais. J'ai dit
oui tout de suite. C'est qu'aussi..."
        Elle rva un instant.
        "C'est qu'aussi mes prires, tu sais... Je lui disais tout,  la Sainte
Vierge, comme  toi."
        Je ne pus m'empcher de sourire  cette phrase.
        "Alors, poursuivit-elle, la Sainte-Vierge savait bien que je me faisais
enculer depuis l'ge de huit ans puisque je lui demandais tous les jours de me
protger par l comme par la bouche, de choisir mes amants, mes gousses et de
me faire jouir autant, aussi fort que possible. Aussi j'ai pens que a ne
l'tonnerait pas, la Sainte Vierge, si elle me voyait. Un petit vicaire  qui
j'ai racont a un soir dans mon lit m'a dit que j'avais fait ce jour-l un
sacrilge pouvantable. Je ne m'en doutais gure.
        C'est mme une des journes les plus gaies de ma vie. Nous sommes
partis seuls en auto. Mon ami tait assez jeune. En arrivant au village o il
tait connu, il s'est fait remettre les clefs de l'glise par le bedeau, sous
prtexte de montrer le monument  une jeune fille.
        J'avais l'air sage comme une pensionnaire. Et je n'ai gure chang,
d'ailleurs. Regarde-moi. Est-ce que j'ai une tte de putain?
-       Oh! pas du tout!
-       Maman le dit toujours: "Charlotte trouverait plutt un mari que de se
faire raccrocher en tramway!" Et depuis une heure que je te demande de me
traiter comme une salope, tu ne peux pas.
-       Non, mademoiselle. Continuez l'histoire de vos dvotions dans cette
glise de campagne. Vos cheveux noirs sont les plus longs et les plus beaux du
monde. Vous avez l'air d'une Madeleine.
-       C'est la premire fois que tu m'appelles putain!" fit-elle en riant.
        Mais je la ramenai  son rcit, "Donc, vous entrez tous deux avec les
clefs de l'glise. Je pense que vous fermez la porte  l'intrieur?
-       Oui. Et nous avons fait ensuite toute une scne, tant nous tions gais.
Je me suis agenouille dans la chapelle de la Vierge. Il est venu  moi: "Vous
priez, mademoiselle?
-       Non, monsieur, je me branle.
-       Et pourquoi vous branlez-vous?
-       Parce que mon bouton me dmange et autre chose itou que je n'ose vous
dire.
-       Pourquoi tout cela vous dmange-t-il?
-       Parce que je ne peux pas me mettre  genoux sans avoir envie qu'on
m'encule." J'tais gosse! on m'aurait fait jouer du matin au soir. Il s'est mis
derrire moi; mais les prie-Dieu d'glise sont mal compris pour enculer les
petites filles.
-       Tu as des mots, Charlotte.
-       J'avais le trou du cul trop bas. Je me suis mise alors sur une marche
de l'autel o je me trouvais juste  la hauteur.
-       Les marches d'autel sont mieux comprises pour enculer les petites
filles?
-       Oh! on dirait qu'elles sont faites pour a! Nous tions si bien en
place qu'aussitt encule j'ai eu envie de jouir, et j'ai tant dcharg, mais
tant! que j'ai remerci la Sainte Vierge, croyant que je lui devais mon
plaisir.
        Aprs a, qu'est-ce que j'allais faire du foutre que j'avais dans le
cul? Il n'y a pas de bidets dans les glises et les bnitiers sont trop hauts.
C'est mal plac, vraiment, ces cuvettes-l. En soulevant au hasard le couvercle
d'un prie-Dieu, j'ai trouv un mouchoir neuf, qu'une vieille dvote avait mis
l pour pleurer ses pchs le dimanche suivant. Au lieu de larmes, il a reu
mon foutre, son mouchoir et je me suis proprement torch le derrire avec.
Aimerais-tu a, de m'enculer dans une glise, toi? Je recommencerai si tu
veux."
        Charlotte s'agitait. Elle remuait les jambes et devenait trs rouge.
        La brutalit de ses deux dernires phrases me fit comprendre qu'une
nouvelle crise tait proche. Le ton de son rcit cnangea brusquement, comme son
visage.
        Apre, douloureuse, un peu haletante, elle reprit.

        "Crois-tu que cela ne m'arrivait pas souvent de jouir pendant qu'on me
fourrait une queue dans le derrire? Tous les jours; mme avec les vieux.
Et c'est grce  maman,  elle toute seule.
        Pour mieux m'entraner, elle s'est mise  faire du chiqu devant moi.
Je m'y laissais prendre comme les hommes et je faisais comme elle mais de tout
mon coeur. A treize,  quatorze ans dj, je pouvais jouir par le cul, sans me
toucher. Et plus on me limait, plus j'avais de plaisir.
        A quinze ans, j'tais toujours pucelle. Maman continuait de me raser la
motte et le con, mais elle laissait pousser les poils que j'ai dans la raie des
fesses.
        Rien ne faisait tant bander les hommes que de me voir par-devant une
moniche de gosse et par-derrire un trou du cul d'encule, avec les poils noirs
autour, o tout le monde fourrait sa langue, ses doigts, sa queue et ce qu'on
voulait.
        Le mardi gras on m'a fait faire un costume d'arlequin, avec un losange
qu'on pouvait relever au milieu au cul pour que je ne me dshabille pas.
J'ai soup avec sept hommes et une femme nomme Fernande, qui tait  poil.
Maman tait l aussi. A cause de mon dernier pucelage, elle ne me laissait pas
souper seule. Les sept hommes ont pari qu'ils m'enculeraient chacun trois fois
et que j'aurais assez de foutre dans le derrire pour emplir une coupe de
Champagne; et Fernande a pari de la boire, cette coupe-l, si on tenait le
pari.
        "Maman a rpondu tout de suite qu'elle en avait fait autant  mon ge,
que j'tais assez grande pour soutenir a et qu'elle se chargeait bien de faire
bander chaque homme trois fois s'il y en avait un qui flanchait.
        Moi, je n'avais jamais t encule plus de treize fois par jour; mais
j'tais grise, j'tais excite, et puisque maman le voulait bien, j'ai dit:
"Chiche!" en levant mon petit losange pour ouvrir mon trou du cul.
        a n'a l'air de rien; mais vingt et une enculades a dure de une heure
 quatre heures du matin".
        Charlotte, de plus en plus agite, m'enjamba, se coucha sur moi et me
dit
avec une sorte de triomphe: "Hein! tu ne veux pas me traiter de salope!
et je...
-       Non. Tais-toi!"
        Elle tait dans un tel tat d'exaltation qu'il fallait de toute
ncessit la satisfaire; mais, pour cela, j'aimais mieux ne pas entendre son
nouvel accs de frnsie.
        Pendant les quelques secondes o elle fut occupe  me faire pntrer
en elle, je pus lui maintenir ma main sur la bouche; mais ds qu'elle se sentit
accouple solidement elle se dlivra du billon, et ne cessa plus de frmir.
        Charlotte m'enjamba.
        Elle ne me toucha d'abord que des cuisses, puis frotta sur mon sexe les
poils de sa vulve et se trmoussa le torse en creusant les reins pour loigner
son visage. Et elle ne cessa plus de frmir.
        De la tte au ventre et jusqu'au bout des doigts, elle tremblait.
        Lentement, elle devint de plus en plus belle.
        "La premire srie de sept va vite; la seconde est lente; la troisime
n'en finit pas. Ce qui m'a le plus reinte, c'est que j'tais dans un cabinet
de restaurant o il n'y avait mme pas de canap. Trois heures la pine au cul
sur le parquet ou sur la table, il y a de quoi tomber en faiblesse.
        Enfin, j'ai gagn le pari et Fernande l'a gagn aussi... Je lui ai...
rempli jusqu'aux bords... Oh! je te le dirai jusqu' ce que tu cries! Voil ce
que j'ai fait  quinze ans! Je me suis fait enculer vingt et une fois de suite
et j'ai empli de foutre une coupe de Champagne et je l'ai donn  boire et je
l'aurais bu...
        Mais qu'est-ce qu'il te faut donc que je t'avoue pour que tu m'appelles
salope?"
        Elle retomba sur le lit, aussi faible et brise que si elle venait de
revivre son rcit. Je crus qu'elle s'apaisait. Je rpondis  voix basse: "Rien.
Tais-toi. Dors. Je vais teindre."
        Alors elle se souleva sur un coude et reprit, mais d'un ton si calme
que je la laissai parler. Je ne souponnais pas ce que j'allais entendre.
        "Connais-tu M... (elle me le nomma) qui est... (elle me dit son titre)
 Aix? L'avant-dernire anne, j'avais dix-huit ans. Il m'a prise pour la
premire fois un soir de juin. Je le voyais vicieux. Il avait un grand chien
avec lui. Je lui ai propos de sucer le chien.
-       Charlotte!
-       C'est mauvais, du foutre de chien et c'est fatigant  sucer parce
qu'ils n'en finissent pas de dcharger, les pauvres cabots! mais j'tais
habitue, va! et dans le mtier de putain un lvrier vous dgote moins qu'un
magistrat. Malheureusement cet homme-l n'avait jamais vu son chien suc par
une fille et a l'a tellement excit que, pendant quinze dimanches de suite,
jusqu' la fin de septembre..."
        Elle s'interrompit en secouant la tte avec un soupir comme si elle
perdait le souffle.
        "Je te demande pardon... Ecoute... Tu ne peux pas te figurer...
Il avait une maison de campagne avec une basse-cour... Le dimanche il donnait
cong  ses gens..., mme au jardinier... Il m'emmenait... Je restais seule
avec lui... toujours  poil et mes cheveux sur le dos... C'tait en t...
Pour quoi faire? l'amour? ah! non! pas avec une putain! II s'amusait le
dimanche  voir une fille de dix-huit ans avaler le foutre de tous les animaux.
        En quelques jours un charpentier lui a dress un cadre en bois de chne
comme ceux o l'on enferme les vaches et les juments pour la saillie. Mais lui,
au lieu d'y mettre la femelle, il y attachait le mle et, quand l'talon ou le
taureau tait ligot, je passais dessous... Pour les chevaux je n'avais pas la
bouche assez grande, mais avec la langue et les mains..."
        Elle me vit plir et, obissant encore  cette rvolution astrale de
son caractre qui, autour du mot "putain", passait rgulirement de la rgion
plaintive a la zone exalte, elle s'anima de phrase en phrase.
        "Tu le sais bien que j'ai bu du foutre de cheval et du foutre d'ne, du
foutre de taureau, du foutre de chien, du foutre de cochon. Au quatrime
dimanche il m'a donn un bol o il avait branl un animal! et j'ai bu! et j'ai
su dire que c'tait du foutre d'ne. Je connais mieux les foutres que les vins.
J'ai vid plus de couilles que de bouteilles dans ma putain de vie.
        Et c'est rien que tout a, mme du foutre de cheval, pourvu qu'on
n'avale pas de travers. On se met la tte par-dessus, tu comprends? entre le
poitrail et le membre. Comme a on reoit la douche sur le palais, pas dans la
gorge, et on ne s'trangle pas. J'avalais tout. Aprs, tu peux me croire, je
n'avais plus soif.

-       Je t'en prie, tais-toi! Cette histoire est pire que tout!
-       Oh! non! ce qu'il y a de pire, c'est le foutre de bouc! Je suis
pourtant courageuse quand je me branle, mais... ah! quelle infection que ce
foutre-l. J'ai failli dgueuler, il a fallu que je crache. Alors, quand mon
amant... je veux dire mon mich... a vu que le premier jour a me rendait
malade, il a voulu que son bouc serve tout de mme  quelque chose et pendant
quatre ou cinq dimanches, aprs que j'avais suc l'ne, le taureau, le porc et
les chiens, il me faisait monter par le bouc, moi toute nue  quatre pattes
dans l'herbe du jardin...
        Tu ne veux pas m'appeler salope? mais j'ai joui, tu m'coutes? j'ai
joui pendant que le bouc m'enculait.
        Et j'ai rini par en boire... du foutre de bouc, les derniers dimanches.
Ecoute-moi... Regarde-moi... Je l'ai bu cinq fois, le foutre du bouc! Pour me
rcompenser, son matre m'a achet un singe qui m'enculait aussi et que je
suais comme un homme. Du 20 aot  la fin de septembre, ce que j'ai pu faire,
tu ne le croirais pas!
        C'est alors qu'il s'est fatigu de me voir sucer le membre des mles et
qu'il a imagin de me faire gousser les femelles. Il en avait trois: une
chvre, une gnisse et une nesse. Je leur faisais minette  genoux. Aussitt
aprs, il enfilait celle que j'avais lche et il dchargeait, disant qu'il
aimait mieux jouir avec une bte que de donner son foutre  une putain comme
moi, mais que je pouvais le chercher avec ma langue, son foutre, dans le con de
la gnisse ou de l'nesse... ou dans leurs trous du cul quand il les enculait.
-       Tu dlires! tu rves! tu inventes!
-       Sur la tte de maman, je te jure que c'est vrai! Veux-tu la preuve?
Fais-le devant moi et je te dirai d'avance comment a se passe. Tu sais que tu
n'en sais rien. Est-ce que je le saurais, moi, si je ne l'avais pas fait cinq
dimanches de suite? Dans le con de la bte, le foutre s'enfonce, il faut le
repcher avec le doigt; mais par le cul il sort tout seul. La langue suffit!...
-       Charlotte, je ne peux plus. Assez! Assez!... Ne me dis plus rien!
Dors! Couche-toi. Calme-toi!... Je ne sais comment te parler... Tu es folle, tu
es belle, tu m'aimes, tu ne baises pas... Tu m'aimes et tu fais plus d'efforts
pour me rpugner que tu n'en ferais pour sduire personne...
-       Jamais tu ne mettras plus ta bouche sur ma bouche.
-       Non.
-       Dis que je suis une salope.
-       Non, parce que tu es belle. Roule ta beaut dans l'ordure, ce sera
toujours ta beaut.
-       Crie que je suis une salope quand mme.
-       Tu es une pauvre fille! lui dis-je. Quoi que tu hurles contre toi, je
ne crois rien, je n'entends presque rien. Tu ne m'inspires que deux instincts:
ou dsir malgr toi; et beaucoup, beaucoup de piti."
        Deux instincts? J'en prouvais trois. Le plus faible tait le dsir; le
plus lourd, celui que je taisais. Ne croyez pas que ce ft le dgot. Charlotte
me donnait tant de piti que j'en avais de reste pour couvrir de ce manteau sa
vie tout entire, sa vie inconnue. Mais mon instinct le plus fort, c'tait le
sommeil.
        Les motions bouleverses que nous laissent les heures tragiques
blouissent nos cerveaux, nos curs, nos mmoires. Shakespeare seul, je crois,
a crit le mot "sleepy" aprs une scne effroyable. C'est le mot suprme.
J'avais envie de dormir. De dormir. De ne pas rver. De reculer mme les
songes. De dormir comme un mort.
        "Je ferai tout. Je te dfie de trouver quelque chose que je ne fasse
pas avec toi, pour toi, sous toi. Ordonne-moi; tu verras comme j'obirai!"

        Elle tremblait de la tte aux pieds. Sa manie ne m'effrayait plus parce
qu'elle avait cess d'tre mystrieuse; et ce qui me frappa tout d'abord, c'est
que Charlotte devenait de plus en plus belle  mesure que son dlire
augmentait.
        Trs grave, prenant mme une expression tragique, et se tenant carte
de mon visage, pour tmoigner qu'elle n'tait pas digne d'un baiser, elle cessa
pour un temps d'imaginer tout ce que je ne lui demandais pas ou de me laisser
entendre ce qu'elle pourrait faire et (j'ai dj dit quel instinct logique ont
les esprits simples) elle reprit son lan sur la ralit.
        "Tu m'encules, dit-elle. Tu m'encules pour mon plaisir, mais c'est mon
mtier. Une fille qui gagne sa vie avec son trou du cul, voil ce que je suis.
Qu'est-ce que c'est qu'une salope, si ce n'est pas moi? J'ai vingt ans, je
viens chez toi sans te connatre, je me mets  poil, je me branle, j'ouvre mes
fesses et je te dis: "Encule- moi!"
        Et tu m'encules trois fois comme une putain que je suis! Et plus tu
m'encules, plus je t'aime!"
        Sur ce mot, elle retomba contre moi, la bouche  mon paule, et prit un
accent plaintif.
        "Je t'en supplie... Tu vois, je ne me touche pas et je vais jouir.
Mais, pendant que tu bandes dans mon cul, dis-moi... ce que tu feras tout 
l'heure... dans ma bouche... je t'en supplie! dis-le-moi quand je
dchargerai... Dis-moi: "Salope! je te... je te..." Et je te rpondrai: "Oui!
oh! oui!"
        Puis, comme si cette ide mme ne suffisait plus  son exaltation, elle
s'cria presque en pleurant: "Non, je t'aime maintenant... Ce ne sera pas
assez... Tu me le feras d'abord! tu me le feras cette nuit! Pour oublier les
autres, je veux que tu me le fasses. Mais ensuite... demain... tu me montreras
que je suis la dernire des putains. Tu ramneras ici une de tes amies; tu la
baiseras devant moi sans mme regarder si je me branle ou si je pleure...
-       Tu crois a?
-       Et quand tu l'auras encule, c'est elle qui me...
-       Tu ne diras plus un mot! criai-je, la main sur sa bouche.
-       Je jouis! je jouis!" fit-elle entre mes doigts.
        Cette fois, Charlotte, en jouissant, poussa des cris d'assassine, qui
m'pouvantrent; puis elle tomba dans une torpeur soudaine et si profonde
qu'elle s'endormit sur la place.
        Ple comme le jeune homme du Rideau cramoisi, je cherchais  l'veiller
de cet vanouissement, quand j'entendis frapper trois petits coups  la porte
d'entre.
        J'allai ouvrir et je vis Teresa en chemise: "Tu la coupes en morceaux?"
fit-elle avec un visage de jeune maquerelle en bonne humeur qui me choqua, me
rassura, me laissa muet.
        Je la conduisis dans la chambre et lui montrai le corps de sa fille.
Du premier coup d'oeil elle vit les petits tremblements qui agitaient la hanche
comme le flanc d'un cheval et sans inquitude aucune elle revint avec moi dans
la pice voisine en fermant la porte.

        "Qu'est-ce qu'elle a? dis-je.
-       Puceau! rpondit Teresa.
-       a c'est raide, par exemple! J'ai vingt ans, je suis  un ge o on se
laisse intimider par toutes les femmes qu'on ne connat pas... J'ai eu depuis
douze heures une femme inconnue, deux jeunes filles et une gosse, je n'en ai
pas rat une...
-       Non, mais penses-tu qu'on nous rate? dit Teresa toute joviale.
-       J'ai tir six coups...
-       Alors... a fait trois avec Charlotte. Et tu me demandes ce qu'elle
a?... Ne prends pas cet air stupfait comme si tu allais me dire: "Je pense
qu'il lui en faut davantage."
-       Merci de m'avoir souffl.
-       Je t'ai envoy Charlotte, la dernire de mes filles, parce que c'est
une compagne idale pour les hommes fatigus.
-       Merci encore.
-       Tu venais d'avoir trois odalisques. Je me suis dit: "Cette bonne
Charlotte
le sucera: ils causeront pendant une heure et ils dormiront ensuite." Charlotte
est la douceur mme. Elle est ne pour dormir  ct d'un homme.
-       Ah! a! mais tu es aussi folle qu'elle! car elle est folle, ta fille,
folle  lier. Avec son air candide et las, elle est nymphomane, elle est
onaniste, elle est masochiste  un point inou, elle est tout ce qu'on veut en
"iste" et en "mane"...
-       Elle est tout ce qu'on veut comme tu dis! fit Teresa qui se montait.
On la moule comme de la pte. Si elle est toque cette nuit, c'est toi qui l'as
rendue toque. Est-ce que j'ai joui dans ton lit? est-ce que je pouvais deviner
qu'en donnant mes restes  ma fille, tu allais me la foutre en chaleur?"
        D'un sourire elle adoucit la violence de ses paroles et rentra dans la
chambre  coucher.
        Otant sa chemise qu'elle jeta sur un fauteuil, elle se coucha nue
auprs de Charlotte, la prit dans ses bras, l'veilla, et ds ses premiers mots
je compris qu'elle savait mieux que moi ce qu'il fallait lui dire.
        Charlotte ouvrit des yeux gars. Sa mre la secoua des deux mains et
lui dit avec une brusquerie aimante: "Qu'est-ce que tu fous l, petit chameau?
-       Maman! fit Charlotte, les bras au cou, et avec une voix d'enfant.
-       Crois-tu que tu peux m'embrasser avec cette bouche de putain? Qu'est-ce
que tu viens de faire? ta langue sent le foutre.
-       J'en ai bu! dit Charlotte en faisant les doux yeux.
-       Saloperie que tu es! Pourquoi ne couches-tu pas chez ta mre? Pourquoi
est-ce que je te trouve a poil  trois heures du matin dans le lit d'un jeune
homme que tu ne connais pas? Qu'est-ce que tu mrites?"
        Assis au pied du lit, j'coutais ce dialogue avec une sorte
d'ahurissement.
        Faut-il rappeler ici que j'avais vingt ans et Charlotte aussi. Qu'une
jeune fille de vingt ans domine comme il lui plat un jeune homme de son ge?
Et sous mes yeux je voyais gronder Charlotte comme une petite fille!...
        Et cette Charlotte, qui luttait dans mes bras quand je la traitais en
femme, trouvait tout naturel que sa mre lui parlt comme  une enfant de sept
ans?
        Teresa me jeta un regard qui signifiait: "Veuillez garder le silence!"
ou peut-tre:" Fous-moi la paix!" Le vocabulaire des regards est assez
incertain. Puis elle
reprit: "Qu'est-ce que tu es venue foutre ici? rponds?
-       Je suis venue me faire enculer, soupira Charlotte.
-       Et il a bien voulu enculer une putain comme toi?
-       II ne veut pas que je sois une putain, dit-elle vivement, les yeux
ferms. La premire fois il m'a encule pendant que je me branlais, il a joui
dans mon cul. La seconde tois, j'ai dcharg plus vite que lui; alors j'ai
retir la pine de mon cul, je l'ai mise dans ma bouche...
-       Quelle salope!
-       Oh! pas assez! fit Charlotte avec une torsion du corps qui m'effraya.
Je lui ai demand de me... (et elle parla si bas que je n'entendis rien).
Et quand il m'a encule la troisime fois je ne me touchais pas, j'tais
excite, j'avais envie de jouir par le cul et je voulais qu'il me dise a quand
je dchargerais.
-       Tu n'as pas honte?
-       Si, j'ai honte. Mais j'ai envie qu'il me le fasse. Et il est plus vache
que moi; il n'a jamais voulu ni le faire, ni le dire, ni rien! rien! rien!"
        Alors, comme une infirmire ou une religieuse parle au chevet d'une
malade qui n'entend pas, Teresa me dit tout haut et sans aucun tonnement:
"Elle a encore besoin qu'on la branle."
        Toute nue, la mre de Charlotte se leva, sortit, entra chez elle et
revint aussitt portant un objet envelopp de papier.
        Puis, avec l'autorit d'une belle-mre qui soigne sa fille devant son
gendre,
elle dit: "Laisse-moi faire maintenant. On ne te demande rien. Tu as tir six
coups; repose-toi et reste au pied du lit."
        Teresa ne m'avait pas inutilement prvenu; car le dialogue se haussa
d'un ton ds les premiers mots.
        De sa voix tremblante et plaintive que je n'entendais plus sans
frisson, Charlotte gmit en se tirant les chairs: "Regarde, maman, ce qui me
sort par le trou du cul. J'ai la raie des fesses pleine de foutre, et il ne
veut pas dire que je suis une putain.
-       C'est que tu n'en as pas fait assez.
-       Mais c'est lui! Moi, je ferais tout.
-       II ne sait pas que tu es la dernire des salopes.
-       Oh! tu me le dis et tu me branles... II n'y a que toi qui me
comprennes, maman! II n'y a que toi!"
        Tout ce qui prcdait m'avait fait croire que Teresa entendait branler
sa fille pour la soulager; mais je n'tais pas si novice que l'Italienne le
voulait dire, et, sans rien laisser paratre de ma surprise, je vis  n'en pas
douter que tout au contraire elle ne masturbait la pauvre Charlotte que pour la
remettre en folie. Les jeunes filles m'ont dj compris. Expliquons  d'autres
lecteurs qu'au lieu de hter le spasme elle le retardait indfiniment, en le
faisant esprer d'un instant  l'autre.
        Et cette manoeuvre m'tonna plus que toute la scne prcdente; si bien
que je ne compris plus rien  ce qui se passait et que je devins curieux de
savoir o Teresa voulait en venir.
        "Montre-lui, disait Charlotte en haletant, montrelui que je suis la
dernire des salopes. Tu me l'as dit que j'ai une bouche de putain et que ma
langue sent le foutre. Dis-moi de la lui fourrer dans le derrire, ma langue!
ou  toi devant lui, puisqu'il ne veut pas! mais toute ma langue! toute ma
tangue dans le trou!
-       Tu serais contente?
-       Oh! oui!... Et autre chose... Je voudrais qu'il t'aime devant moi et
puis qu'il me marche dessus. Tu serais sa matresse et moi sa putain. Pourtant
tu le vois si j'ai envie de sa queue! mais je te mettrais moi-mme sa queue
dans le corps, je lui lcherais les couilles pendant qu'il t'enculerait et
ensuite je ferais... je ferais tes deux choses.
-       Dis ce que tu ferais, dis-le tout haut.
-       Je lui sucerais la queue aprs sans l'essuyer et tu me chieras dans la
bouche le foutre que tu aurais dans le cul!... Oh! maman!... Oh! maman!
pourquoi est- ce que je ne jouis pas?"
        Je savais bien pourquoi, et la scne devint claire quand, d'un
mouvement spontan, Charlotte se jeta la tte entre les cuisses de Teresa comme
pour y chercher la source de sa propre volupt. Le mouvement tait prvu,
c'tait vident.

        "Moi, d'abord?
-       Oui, tout de suite!
-       Et a, que j'avais apport pour toi!"
        Elle dveloppa de son panier l'objet qu'elle avait pris chez elle:
c'tait un godmich assez gros, us, dteint.
        Charlotte rit; cet incident arrtait une minute sa crise de nerfs; elle
se coucha devant moi, pour me dire..., mais sur un tout autre ton, avec nature
et gaiet, comme si c'tait la chose la plus simple du monae: "Encule maman."
        Teresa ne protesta point.
        "Encule maman, rpta Charlotte. Je lui ferai minette en mme temps.
Je te sucerai la queue aprs. J'aurai son foutre. J'aurai le tien. Je serai la
plus heureuse des trois."
        Comme elle attendait ma rponse, Teresa clata de rire et dit  sa
fille:
"Regarde-moi ce grand gosse qui croise les jambes parce qu'il a tir six coups
et qu'il ne bande plus!"
        Et je n'avais encore rien dit quand Teresa elle-mme fut sur moi:
"Essaye de ne pas bander sous mon ventre! Essaye donc de ne pas bander pour mon
cul!"
        J'hsitais  lui dire que la scne prcdente, au lieu de me tenter,
m'avait refroidi. Et je fis bien de me taire, car ma lutteuse me dfiait  bon
escient. Teresa ne fit presque rien pour rveiller mes sens. Elle les attira
"sous son ventre" comme elle disait; mais avec une science du contact qui me
parut merveilleuse.
        Sitt que je fus en tat, Charlotte reparut au comble de l'excitation.
Je lui aurais fait moiti moins de plaisir en la possdant elle-mme qu'en
prenant sa mre devant elle.
        "Ma langue la premire! dit-elle. Tiens, regarde comme j'encule maman
avec ma langue, regarde!... Et mets ta queue, maintenant, je lui ouvre les
fesses... Ha! ha! je te disais tout  l'heure que je gagnais ma vie avec mon
trou du cul; mais non, je suis encore au-dessous de a, je suis celle qu'on
prend pour lcher le derrire et pour ouvrir les fesses de la femme qu'on
encule, voil ce que je suis!"
        Puis, comme Teresa se retrouvait sur moi en ouvrant les cuisses  la
bouche de sa fille, Charlotte, de plus en plus nerveuse, lui dit: "Tu parleras,
maman? tu parleras? Lui, je le connais, il ne dira rien. Mais je ne pourrai
pas. Alors toi..., toi, parle tout le temps! Si tu te tais une seconde, je
m'arrte et je me branle."
        Teresa devait tre habitue  ce caprice de Charlotte, car elle ne
cessa pas un instant de parler.
        "Vite, ta langue! et je te dfends bien de te branler quand tu me fais
minette. Et qu'est-ce qu'il te prend de m'attaquer le bouton comme a? Est-ce
que tu veux me faire jouir en quinze secondes? Est-ce que tu as un client qui
t'attend derrire la porte et que tu n'as pas fini de sucer, dis, putain?
Ne te presse pas tant. Lche-moi les babines. Tu reviendras au bouton quand je
te le dirai."
        Elle me jeta un regard qui signifiait: "Voil comment il faut lui
parler!" et elle continua sans interruption: "Quelle pourriture que cette
Charlotte! II y a des j enfants qu'on nourrit au sein, avec du lait, moi, je
l'ai nourrie au cul, avec du foutre, et maintenant qu'elle a vingt ans elle me
fourre encore sa langue dans le derrire. Comment une saloperie pareille
a-t-elle pu sortir d'un chat comme le mien?
        A qui ferait-on ce que je viens de te faire? J'entre chez ton amant, je
te le prends sous tes yeux, dans ton lit et, pendant qu'il me fait mouiller tu
viens me lcher le cul? mais tu es au-dessous des putains. Une raccrocheuse ne
ferait pas a.
        Ainsi tu es cocue! et ds la premire nuit? Tu passes tes journes  te
branler devant tes soeurs en pleurant que c'est malheureux d'avoir tant de
michs et de se finir toute seule. Cette nuit tu as trouv une queue qui t'a
fait jouir! eh bien, regarde o elle est, cette queue-l, elle est dans mon cul
jusqu' la racine; je ne t'en laisse que les couilles  lcher.
        Ta langue au bouton, maintenant, sale gousse! mais pas si vite!
ralentis! II m'encule trs bien, ton amant, et j'ai plus envie de jouir que
lui... Qu'est-ce que tu as? tu penses au foutre que je vais te pisser dans la
bouche, cochonne? et a te fait trembler? Si j'tais sur toi, tu verrais comme
je te frotterais les poils sur le mufle pour t'apprendre  lcher un cul!...
Va donc, va, tu l'auras, mon foutre... Ce n'est pas pour toi que je mouille,
c'est pour la queue de ton amant qui me rend folle!... Plus fort, ta langue!
plus vite!!... oui! encore! o tu es! ah! salope! salope!... Ah! il me branle
les ttons pendant qu'il m'encule!... Et quelle putain que cette Cnarlotte
quand elle a soif! Est-ce toi qui lui caresses les couilles pour qu'il bande si
dur jusqu'au fond?... Ah! petite chienne! tu me fais jouir aussi. Tiens!
le voil, mon foutre! le voil, mon foutre! et barbouille-toi la gueule dedans,
sale garce! vache! cochonne! salope! chameau! putain!"
        Charlotte, ivre de ce qu'elle buvait, "se barbouilla la gueule dedans",
selon la forte expression de sa mre, et ce qui suivit fut si rapide, et
j'tais moi-mme tellement gar, que je ne pus rien empcher avant de
reprendre mes sens. Je voudrais avoir mal vu, mal entendu. Cela m'apparut comme
une hallucination.
        Aprs avoir perdu conscience, je rouvris les yeux et je vis d'abord
Charlotte accroupie, tenant  la main... je n'ose plus terminer les phrases...
Elle tait triomphante; elle tait enrage; elle criait  sa mre: "Tu la vois!
tu la vois!"
        Et elle lcha ce qu'elle tenait; je me souviens qu'elle le lcha de
toute la longueur de sa langue avant de le sucer.
        Puis elle cria plus fort en agitant ses cheveux: "Son foutre, maman!
son foutre que tu as dans le cul! Chie-le-moi dans la bouche devant lui pendant
que je me branle et qu'il m'appelle salope quand je dchargerai!
-       Devant lui? fit Teresa.
-       Oui! oui! devant lui! plein ma bouche!" dit Charlotte, les yeux
hagards.
        Une folle par amour est le personnage le plus tragique dont je puisse
concevoir la vision. Quel est l'homme assez grossier pour ne pas frmir en
lisant les chansons obscnes d'Ophlie? Et quel autre homme ou quelle femme ne
comprendrait pourquoi, au milieu de la scne suivante, en passant devant une
glace je me vis blanc comme un linceul?
        J'essaye de rassembler mes souvenirs...
        Teresa tait plus inquite de moi que de sa fille et, sans rien
entendre  mes sentiments, elle me dit  voix basse: "Allons, quoi? t'as jamais
vu a?... Eh bien! maintenant tu diras que tu l'as vu... Non? tu n'y tiens pas?
tu viens de jouir?... Mais c'est pour elle, voyons! et si elle te dgote,
dis-le-lui, tu l'exciteras."
        L'exciter! Mais elle tait en pleine dmence!
        Debout, Charlotte s'tait enfonc le godmich dans le derrire et elle
l'agitait de la main gauche en se branlant de la droite par-devant, les cuisses
cartes, le ventre en mouvement... comme une jeune fille aline se masturbe
devant le visiteur inconnu qui ouvre la porte de son cabanon; c'est--dire
qu'elle se branlait directement vers moi, avec une expression mlange
d'impudence et de douleur.

        J'avais vu  quinze ans... Je raconte cela pour retarder un peu la fin
de cette horrible scne qui m'est pnible  crire... J'avais vu, dans un
jardin, une jeune fille se branler vers moi dans la mme posture, mais gaiement
et par moquerie, et je ne savais pas que c'est le geste des folles. Je fe sais
maintenant.
        Charlotte, toujours debout et le doigt sous le ventre, ne disait plus
que des ordures, d'une voix saccade. Je les passe. Elle termina ainsi: "Depuis
deux heures j'en ai envie... Il ne veut pas... Ma bouche le dgote...
Montre-lui, maman... Comme je m'y prendrais sous lui... Comme je sais bien...
sans faire de taches..."
        Lorsque j'entendis ces mots misrables: "Comme je sais bien... sans
faire de taches..." Mais pourquoi souligner les mots d'une pareille scne!
Ceux-l m'ont paru les plus tristes de tous et Charlotte les disait pourtant
avec une sorte de ferveur.
        Elle entra dans la salle de bains, s'tendit nue sur le carrelage de
cramique en se relevant sur un coude, la tte renverse, la bouche ouverte, et
se masturba d'une main avec frnsie. Elle ne paraissait pas sentir le froid du
sol.
        Plus elle se branlait et plus elle prenait d'enthousiasme  s'avilir.
Ce qu'elle dit alors, je l'ai not jadis et je viens de dchirer la page que je
n'avais pas le courage de relire jusqu'au bout. Il est deux choses que ma
lectrice ne saurait se reprsenter, les paroles que je veux lui taire et la
hte que j'ai de finir ce chapitre.
        Les scnes vraies sont plus difficiles  raconter que les inventions,
parce que la logique de la vie est moins claire que celle d'un conte. Vous
croyez qu'ici le point culminant dut tre l'acte dont je fus tmoin? Pas du
tout. Et je ne sais si je pourrai faire comprendre pourquoi.
        D'abord je m'y attendais depuis un quart d'heure, et ce que j'imagine
est en gnral plus intressant que la ralit.
        Ensuite il est juste de dire qu'en cette circonstance, le rle le plus
infme, celui de Teresa, fut tenu avec une prodigieuse adresse fminine.
Le rle fut "sauv".
        C'est ce que, probablement, je ne saurai pas dcrire.
        Teresa avait un corps admirable; je l'ai dj dit. Elle tait fille
d'acrobates, ainsi que vous l'apprendrez bientt. Elle s'y prit exactement
comme un gymnaste qui rpte un exercice avec sa partenaire, mais un exercice
classique et elle me regardait d'un visage tranquille comme si son acte lui
paraissait plus naturel que mon trouble...
        Cinq minutes plus tard, j'tais seul.





CHAPITRE VIII

        Je dormis neuf heures et me rveillai avec un irrsistible dsir de...
Terminez la phrase si vous tes jeune ou si vous vous souvenez de l'avoir t.
        Les excs amoureux donnent plus d'entranement que de lassitude et sont
moins difficiles a recommencer le lendemain que la semaine suivante. Tout le
monde sait cela. Je me sentais donc assez en forme. Pour parler comme le
patriarche aim de Ruth, ce fut un "matin triomphant"; mais si triomphant qu'il
ft je ne le trouvai point agrable, car un irrsistiole dsir de... Ne me
comprenez-vous pas? Si vous avez lu page  page les sept chapitres prcdents,
vous devinez ce qu'il me fallut  l'heure o commenait le huitime.
        Baign, ras, coiff, habill, en un peu plus de temps qu'il n'en faut
pour l'crire, mais aussi vite que possible, je me prcipitai chez une des
vingt amies intimes que je me connaissais au quartier Latin. Elle se trouvait
seule par bonheur. Comme elle n'tait vtue que d'une chemise, elle eut plus
tt fait de l'enlever que moi de dnouer ma cravate. Tant que les jeunes femmes
ont de jolis seins, les chemises leur psent.
        Mais elle s'alarma de mon agitation.
        "Qu'est-ce qui l'arriv? Qu'est-ce qu'il y a? Qu'est-ce que tu veux?
-       Ma petite Margot, j'ai envie de faire l'amour.
-       Moi aussi. Alors!... avec des protections dans le gouvernement, on
pourra peut-tre coucher ensemble.
-       Envie... mais  crier! de faire l'amour par-devant, ma petite Margot!
par- devant!
-       Par-devant?... mais j'espre bien!
-       Par ici, tu vois? par ici. Tu as bien compris? Pas par l.
-       II est compltement maboul", dit Margot d'un air gar.
        Elle se rassura peu  peu, tandis que son treinte me donnait le
soulagement que j'tais venu chercher dans ses bras: le dlicieux verre d'eau
frache qui dsaltre de l'alcool. Encore hant par l'obsession de mon
aventure, je ttais de la main, je ne pouvais pas croire que cette fois,
enfin... mais la simple Margot ne s'tait pas trompe. Jamais elle n'a su,
depuis, tout le plaisir que j'avais pris d'elle.
        Le soir, je rentrai seul, pourtant. J'avais quelque dessein d'crire.
        Comme j'achevais de me dshabiller, on frappa vivement  ma porte.
J'ouvris: c'tait,  ma stupeur, Teresa, en peignoir rose, avec une fleur dans
les cheveux.
        Encore mal remis de ce que j'avais vu la veille, je la pris par le bras
et,
l'amenant jusqu' ma chambre: "Ah! toi! m'criai-je, tu les entendras, les mots
que je ne voulais pas dire  Charlotte! C'est toi qui es la dernire des
salopes! la dernire des putains! ta..."
        Elle clata de rire; et, avec le ton que prend une femme de trente-six
ans parlant  un jeune homme de vingt ans, elle me dit: "Ta bouche, mon petit!
on t'en foutra des aventures pour les remerciements qu'on en reoit! Tu encules
mes trois filles, tu encules leur mre; nous nous relayons  quatre pour te
faire tirer sept coups, et le lendemain, quand tu me vois, tu cherches un nom
d'oiseau, tu m'appelles putain?
-       C'est que...
-       Je ne suis pas une toque comme Charlotte, moi, je ne me branle pas
devant ta queue et j'ai pas besoin que tu m'appelles putain pour que je
dcharge.
-       Moi aussi...
-       Et puis je le sais bien que je suis une putain, par le con, le cul et
la bouche! Et puis, je m'en fous! Et puis..."
        Que Teresa et retenu ici, juste  temps et sur ses lvres, la
conclusion:
"Et puis je t'emmerde!" cela n'tait pas douteux. Sa rticence me montra
qu'elle tait dcide  ne pas se faire mettre  la porte. Je repris
l'offensive: "Qu'est-ce que c'est que cette manie que vous avez de vous faire
enculer toutes les quatre? C'est toi qui as dress tes filles et qui leur as
donn ce got-l?
-       Et  moi? qui est-ce qui me l'a donn? Tu ne t'es pas demand a, non?
Je ne l'ai pourtant pas invent que toutes les femmes ont deux trous dans le
cul et qu'elles font l'amour aussi bien par-derrire que par-devant? Tu sais
qu'avant d'tre une mre, mon petit, j'ai t une fille."
        Elle rit. Elle me parlait debout, une main sur la hanche. Avec son
peignoir, sa tte brune et sa fleur, elle avait l'air de jouer Carmen.
        "Fille de qui?" dis-je, assis prs d'elle.
        Pas de rponse. Elle souriait en me regardant et mordait de ses dents
blanches une mche qu'elle tenait  la main. Je ne savais  quoi elle pensait.
Les jeunes gens ne sont que trop disposs  croire que les femmes veulent sans
cesse coucher avec eux. Mme quand elles frappent chez eux  minuit, leurs
desseins parfois ne sont pas si simples. Je rptai: "Fille de qui?
-       Crapule! tu seras content si je te dis: fille de putain?
-       Oui, je serai content", rpondis-je pour l'exciter  parler.
        Elle continua pourtant de me regarder avec le mme sourire un peu
agac,
puis se dcida: "Je suis ne dans une famille d'acrobates italienne o il y
avait quatre
femmes: maman et ses trois soeurs plus jeunes qu'elle.
        Sois content: elles taient un peu putains toutes les quatre et toutes
trs jolies; mais beaucoup plus gousses que putains. Jamais je n'ai vu quatre
garces enrages de se lcher le cul comme taient maman et mes tantes. Ds
qu'elles avaient une heure de libert entre elles je les voyais se foutre 
poil, et a se dvorait le chat, et a gueulait comme des putois et a jutait
si fort qu'il y en avait des mares sur les draps de lit.
        Quant aux hommes... Tu demandes pourquoi mes filles ne baisent pas!
J'ai jamais vu baiser maman ni ses soeurs et je ne sais pas comment on m'a
faite. Elles n'taient pas putains comme moi, mais enfin de temps en temps il y
en avait une qui ramenait un homme, et penses-tu qu'au cirque on peut tre
enceinte? On avait l'embarras du choix pour les enculer. C'taient quatre
paires de fesses qui avalaient bien la queue. Mais par-devant, elles ne
marchaient pas; on appelait a le ct des dames.
        "Crois-tu qu' sept ans j'avais jamais vu une femme faire l'amour
autrement que par le trou du cul et que je ne savais pas ce que c'tait que
baiser? Pourtant j'en avais vu, des scnes! Comme maman et ses soeurs taient
acrobates et disloques, chacune d'elles pouvait se bouffer le chat elle-mme
et surtout ce qu'elles faisaient souvent, c'tait de se plier en deux pour
aller sucer les couilles des hommes qui les enculaient. a valait cinquante
francs ce truc-l, quelquefois. Ou un lapin."!
        Sur ce mot, elle interrompit son histoire  peine; commence, ta son
peignoir et le jeta en disant: "J'ai chaud." Cette fois, elle tait venue sans
chemise. Nue subitement, elle vint s'asseoir par dfi au bout du traversin: "Tu
me dgotes!" dis-je en dtournant les yeux.
-       Ah! ha! ha! mais regarde-toi donc! tu bandes comme un cheval.
-       C'est bien malin! Quand tu te mets toute nue sur mon lit! Est-ce que a
prouve que je t'aime?
-       II y en a, dit-elle gaiement, qui vous disent "Je t'aime!" avec une
pine molle. Toi, tu me dtestes, mais tu bandes. C'est plus agrable pour une
femme."
        Je devins trs rouge. La nudit de Teresa tait en effet pour moi un
spectacle irrsistible. Mais je me sentais nonteux que mon tat physique vnt
rendre impossible ou du moins ridicule le discours que je prparais mentalement
depuis dix minutes; et mon dpit fut tel que si l'Italienne s'tait moque de
moi un instant davantage, mon dsir involontaire ne m'et pas empch de crier
ce que j'avais  lui dire.
        Mais au lieu de railler mon dsir elle se mit  l'exasprer.
        Elle croisa les mains derrire la nuque pour bien montrer qu'elle ne
m'attaquait pas et aussi pour dresser les seins, pour dployer ses aisselles
noires.
        Puis, les yeux mi-clos et d'une voix qui s'chauffait, elle eut une
trouvaille,
elle se ddaigna elle-mme: "Mes ttons ne bandent pas si bien, fit-elle.
-       Tu ne sais pas ce que tu dis! c'est ce que tu as de mieux."
        Devinant que je contredirais ses premires paroles, elle n'avait pas eu
pour cela plus de peine  se faire flatter; et elle insista, connaissant assez
l'attrait de ses seins pour le mettre en cause: "C'est ce qui te dgote le
moins? fit-elle en souriant. Drle de forme pourtant! regarde comme ils sont
longs et larges. Ni en pomme, ni en poire, hein? ce sont mes ttons. Et quels
bouts! Vois-tu que je me teigne un jour en blonde avec ces cocardes noires?
ces petits bonbons de rglisse? ces bouts de pines de ngrillons?... Ha!
ha! ha!... sais-tu pourquoi mes ttons ne ressemblent  ceux de personne?
Ils sont mouchs parce que j'ai eu trois gosses; mais ils sont pleins et ils se
tiennent parce qu'au lieu de nourrir mes filles au sein, je les ai allaites
par le cul...
-       Putain que tu es! Ne me rap...
-       Oui, ce sont des ttons de putain, dit-elle en m'interrompant avec
volubilit. Et, devant ces ttons de putain, tu as envie de dbander depuis un
quart d'heure et tu ne peux pas! Tu n'as pas encore bais entre ces ttons de
putain; mais tu y penses! Je ne te les ai pas trans sur les couilles, mes
ttons de putain, mais tu devines ce que a peut tre. Et la dernire fois que
tu as joui, quand j'avais ta queue dans le derrire, tu me les branlais des
deux mains  la fois, est-ce vrai? Et les sentais- tu? Rponds! Les sentais-tu
bander, mes ttons de putain?
-       Tais-toi! va-t'en! je ne veux plus te voir! je ne peux pas oublier ce
que tu as fait ensuite!"
        Je mis la main sur mes yeux pour ne plus la regarder et je me renversai
en travers du lit. Elle bondit sur moi.
        C'tait prvu? Tout au contraire. C'tait prcisment ce que je n'avais
pas prvu. Je ne me dfiais ni de son dsir ni de sa vigueur. En un instant
j'prouvai l'un et l'autre.
        Ma surprise les yeux ferms, ma posture terrasse d'avance et surtout
la crainte que j'avais de blesser Teresa au cours de la lutte, ces trois causes
runies me mirent knock-out avec une rapidit telle que je n'eus mme pas le
temps de me reconnatre.
        "Tu vois comme c'est facile de violer un homme! sourit Teresa.
-       Putain! rptai-je.
-       Merci."
        Ce "merci" tait une nouvelle trouvaille. La femme  qui j'avais vu
faire...
(mais je ne veux pas rpter ce que j'ai eu tant de peine  crire en achevant
le dernier chapitre)... cette femme eut le toupet de soupirer ce merci sur un
ton qui signifiait:
"Vous n'tes pas un galant homme." Et moi j'eus la navet de rougir, de couper
court  mes injures, sans voir assez vite avec quelle prestesse elle avait
renvers les rles.
        D'ailleurs, aprs ce mot douloureux qui accusait modestement l'atteinte
faite  sa pudeur, Teresa continua de parler avec la mme audace de mots.
Elle tait nerveuse, mais souriait.
        "Ne te plains pas. Tu me baises. Tu me dpucelles. Le con d'une putain
qu'on encule toujours, et qui ne s'est pas enfil une queue depuis trois mois,
tu sais comment a s'appelle? eh bien! tu es dans mon pucelage Tu ne me diras
plus que je ne baise jamais? Le soir o je te viole, je te prends par le chat.
Es-tu content?"
        Elle restait solidement accouple  moi, mais immobile, et ne me
laissait pas bouger. Une minute lui suffit pour tre certaine qu'elle m'avait
dompt par son contact et que je ne sortirais pas de sa chair.
        "Ce que j'ai fait  Charlotte..., dit-elle.
-       Non! ne m'en parle pas maintenant!
-       Au contraire! je t'en parle quand tu bandes. J'ai eu tort de le faire
quand tu venais de jouir pour la septime fois et que tu n'avais plus aucune
envie de bander.
-       Tu crois que si tu me le proposais maintenant...? Mais c'est absurde!
Plus tu te rends dsirable et plus cela me rvolte que tu...
-       Allons, calme-toi. Le plus grand service que j'aie rendu  mes filles,
c'est de leur faire aimer le mtier de putain. Charlotte est innocente comme
une sainte. Je lui ai fait faire un costume de religieuse avec la guimpe et le
chapelet: a trompe tout le monde et il y a plus de cinquante hommes qui ont
cru derrire sa jupe enculer une carmlite. Eh bien! avoir une fille pareille
et la dresser comme un chien savant  faire l'amour par le cul en ne se
mouillant la liquette que si on l'appelle salope, tu ne trouves pas que a
mrite un applaudissement? et que, pour une fille d'acrobates, je saurais me
dbrouiller au cirque?
-       Tu es un monstre d'habilet; mais tu l'as rendue folle, ta fille.
-       Folle, parce qu'elle se branle du matin au soir sans se cacher?
Si elle tait raisonnable, elle irait se branler dans les chiottes et se
torcher le foutre au bout des poils avec du papier mousseline? Tais-toi
donc!... Elle tait excite la nuit dernire, c'est de ta faute, et quant  ce
qui s'est pass... Quoi, enfin? A-t-elle assez dit qu'elle voulait qu'on le lui
fasse? Alors est-ce que je l'ai viole?
-       Non, mais...
-       Et si mme je l'avais viole est-ce qu'elle en serait morte? Je te
viole, toi, en ce moment, je te viole, je me fais baiser de force. Es-tu 
plaindre?"
        Pendant toute cette petite scne qui me sembla interminable, Teresa
tait reste vigoureusement immobile sur moi et moi en elle. Je pensais  tout
autre chose qu' lui rpondre et, comme a sa dernire question je n'avais pas
dit non tout de suite, elle se dsaccoupla d'un bond aussi leste que celui sous
lequel j'avais succomb. Puis elle recula nue jusqu'au fona de la pice et rit
de mon dsir qu'elle avait chang en rut sans mme commencer  le satisfaire.
        "Pardon, je ne te violerai plus!" dit-elle.
        Cette fois, je bondis, moi aussi. Certain de n'avoir pas affaire  une
faible femme, je la matrisai d'une main et lui donnai de toute ma force une
douzaine de coups de poing sur l'paule gauche, avec d'autant moins de scrupule
qu'elle ne cessa pas de rire tant que dura cette correction.
        Aprs, elle me regarda et, d'une voix joueuse, un peu essouffle, qui
la rajeunissait beaucoup, elle me dit: "Tu es plus gentil quand tu deviens
mchant."
        Et, du mme ton plein de gaiet, elle ajouta: "Monsieur bat les femmes?
Si Monsieur veut me donner des coups de fouet sur les fesses pour se redresser
la queue, c'est vingt francs de plus."
        La phrase tait de la plus basse ironie, car je ne laissais voir que
trop l'exaspration de mon dsir.
        Nous retombmes sur le lit; mais Teresa, plus adroite que moi, ne se
laissa pas prendre malgr elle et lutta beaucoup mieux contre ma virilit
qu'elle n'avait fait contre mon poing. Elle continuait de jouer, elle tait
pleine d'entrain et d'une jeunesse
extraordinaire: "Ah! me dit-elle gaiement. Tu m'as traite de putain et tu
voudrais me baiser? Mais non, les putains ne baisent pas, elles ont la
chaude-pisse. Laisse-toi faire, joli blond, je serai bien cochonne.
-       Bien. Continue! fis-je en serrant les dents.
-       Regarde! poursuivit-elle, jouant toujours son rle. Regarde comme j'ai
des
poils sous les bras: je connais des femmes qui n'en ont pas autant sur le chat.
Veux-tu faire l'amour l-dedans? Tu jouiras bien!... Non? Tu veux que je te
donne mes ttons de putain?
-       Encore cette scie!
-       Les voil, mes ttons de putain. Mets ta queue entre les deux. Je les
serre... C'est bon? Ils font bien leur mtier, mes ttons de putain?...
Ecoute, mon bb, tu me donneras cent sous d'avance et tu me dchargeras sur la
figure? Pas?
-       Prends garde  toi! Je vais le faire sans te prvenir!
-       Tu aimes mieux jouir dans ma bouche? C'est le mme prix. Et je te ferai
un joli travail avec ma langue autour du ventre. Tu aimes a? Je te lcherai
les couilles, je te ferai feuille de rose et je te sucerai la queue aprs.
Non? Tu ne veux pas? Tu dois avoir de la religion, toi. Tu as peur de dire 
confesse que tu as dcharg dans la bouche d'une femme. Nous pouvons bien faire
autre chose. Veux-tu que je te branle, petit polisson?"
        Cette dernire proposition mit le comble  ma fureur et  la joie de
Teresa.
        "Tu veux que je te tue?
-       Oh! pour me tuer, c'est plus cher que pour me battre!" fit-elle en
clatant de rire.
        Dcid  en finir sur-le-champ, je pris  bras-le-corps Teresa et
voulus lui forcer les cuisses. Srieusement, cette fois, elle me cria: "Non!
tu ne me baiseras pas!
-       Parce que...?"
        Une colre subite lui monta aux yeux. Elle me saisit les bras et se mit

hurler: "Parce que chez toi, cette nuit, je ne suis pas une putain,
m'entends-tu? Quand une femme qui a envie de jouir frotte sa peau sur un homme
qui bande, elle se donne par le trou qu'elle veut! Et si j'ai plus de plaisir 
me faire enculer et si je veux que tu m'encules, tu m'enculeras."
        Cette violence de paroles aurait d me faire perdre tout moyen physique
de laisser  Teresa la libert de son choix: mais la diablesse ne me donna pas
le temps de m'intimider ni celui de songer  ce que j'allais faire.
        Son habilet de geste et de posture tait un prodige. Elle me prit par
o elle voulait et, pour la seconde fois, je me trouvai en elle sans savoir
comment j'y tais entr.
        Aussitt elle reprit sa voix la plus tendre, ses yeux les plus doux et
me dit:
"Ne me joue pas le tour de dcharger!
-       C'est tout ce que tu mrites pourtant.
-       Voil. Une jolie femme vient lui donner son cul et tout ce qu'elle
mrite c'est qu'aprs une minute on lui dise: "Fous le camp! Va te finir
seule."
-       Une minute! II y a une heure que tu me laisses dans l'tat o je
suis!... Je t'attendrai, mais...
-       Tu es un amour."
        Puis, sur le mme ton, elle continua en souriant: "Tu me dgotes.
-       Toi aussi.
-       Je vais te dire maintenant pourquoi Charlotte et moi...
-       Non!
-       Si... Je veux te le dire pendant que j'ai ta queue dans le derrire.
La vrit, c'est que... nous tions aussi en chaleur l'une que l'autre.
Mais, moi, a se voyait moins. Tu ne l'avais pas vu?
-       Peut-tre.
-       Et maintenant."
        Je gardai le silence. Alors, tout  coup, changeant de voix par un de
ces crescendos rapides qui annonaient l'explosion de ses brutalits verbales,
elle cria:
"Et, maintenant, le vois-tu que je suis en chaleur comme une vache? Le vois-tu
que je suis venue chez toi pour te violer, que je me suis foutue  poil, que je
me suis laiss traiter de putain, que je me suis laiss baiser, que je me suis
laiss battre et qu'enfin je me la suis plante o je voulais, ta queue!
et que je me branle dans tes bras plus que Charlotte, le vois-tu?... et le
foutre que je te donne, quand tu en auras plus sur les couilles que dedans,
faudra-t-il te dire que je dcharge?"

Pierre Louys - Trois Filles de leur Mre


--


Pierre Louys

Trois Filles de leur Mre

Tome II





CHAPITRE IX

        Monter une pareille femme est un exercice plus dangereux que de chasser
 courre sur une jument qui devient folle. A tomber de cheval, on ne risque
gure que de se casser un bras ou une jambe. Teresa donnait Je telles ruades,
ou, pour parler plus juste, elle avait la croupe si fougueuse qu'elle manqua
vingt fois de me rompre un membre plus prcieux que n'est la jambe.
        J'eus si peur, que je me mis  penser avec une rapidit exceptionnelle,
comme on pense  l'instant de mourir; et je pensais  tout  la fois, mme aux
dtails les moins urgents, que j'aurais eu le loisir de mditer le lendemain.
        Je me disais:
        1 Jamais je n'ai tant souffert mme en dpucelant Mlle X...
par-devant.
        2 Elle va m'estropier. Que faire? La maintenir? Impossible. Mollir?
Plus difficile encore.
        3 Qu'elle est belle!
        4 Que je suis jeune et maladroit! Je n'ai rien compris  son jeu, la
nuit dernire, j'ai cru qu'elle mimait la passion pour exciter Charlotte, et sa
comdie tait vraie. Ce soir elle vient chez moi, elle se met nue sur mon lit,
et jusqu'au dernier moment je ne sais ce qu'elle dsire. Il faut qu'elle me
crie  tue-tte: "Le vois-tu que je suis en chaleur?" J'en rougis. Je me sens
honteux.
        5 Elle fait de moi ce qu'elle veut. Hier elle m'avait rvolt.
Elle revient ce soir. Je suis rsolu  la mettre  la porte et voil comment la
scne se termine! Comment s'achvera la nuit?
        Teresa reprit ses sens trs vite: assez tt pour me retenir o j'tais
en elle. La plupart des amoureuses ont l'instinct de ce geste et ignorent
pourtant que ces minutes o l'on s'attarde sont celles o leur amour est le
mieux partag. Teresa, comme toujours, savait ce qu'elle faisait.
        Elle ne me demanda ni une parole ni un baiser. Elle vit que je laissais
une distance entre nos bouches. Elle sentit qu'involontairement je ne caressais
pas son
corps, mais que je la ttais: et cela la traitait de putain mieux que si
j'avais rpt le mot. Alors, trop adroite pour me souffler un imprudent:
"Dis-moi que tu m'aimes!" qui serait tomb  faux, elle parut accueillir mon
geste avec plaisir. Elle ouvrit les cuisses toutes grandes  ma main qui tait
pourtant distraite; elle frmit du ventre, elle plissa les yeux et finit par me
dire d'une voix aussi confuse que reconnaissante:
"J'ai inond ton lit, mon amour!"
        Comment un jeune homme n'embrasserait-il pas la femme qui lui parle
ainsi, dans ses bras? II faut ne pas coucher avec elle, ou du moins... ne pas
avoir vingt ans.
        Et la baiser de la bouche  la bouche passe tellement toutes les autres
unions amoureuses que seulement, alors, Teresa mesura sa force contre moi.
        Sre d'elle, dsormais, et ne craignant plus de se voir fermer la
porte, elle sortit de la chambre.
        Aprs quelques minutes qui me furent assez longues, elle revint toute
nue, comme elle tait partie. Je la croyais dans la pice voisine et je ne sus
que plus tard qu'elle avait pass ce temps chez elle.
        Elle me regarda et, comme cherchant une question au hasard: "Pourquoi
aimes-tu mieux baiser?" dit-elle.
        Je rpondis par taquinerie: "Parce que les femmes qui ne sont pas
toques jouissent en baisant et que j'aime  faire jouir mon amie avant tout."
        Teresa paraissait d'excellente humeur. Elle se mit  rire au lieu de se
fcher: "Alors quand tu couches avec une femme phnomne comme moi, la seule
femme des deux Hmisphres qui se fasse enfiler par le trou du cul, et quand tu
l'encules, cette femme, et quand tu sens qu'elle dcharge comme une jument
pisse...
-       Tu ne pourrais pas t'exprimer avec un peu plus de pudeur?
-       Si, mon chri. Et quand tu sens trs bien que, plus tu lui fous ta
queue dans le derrire, plus le foutre de son chat la mouille par-devant...
m veux bien avoir la bont de...
-       De ne pas la baiser? Sois tranquille, je ne t'en parlerai plus."
        Elle se coucha sur la poitrine, tout prs de moi, et reprit: "Pour un
homme qui ne parle que de baiser, tu n'encules pas mal les femmes. Qui est-ce
qui t'a montr le mouvement?
-       J'ai bien mal appris, dis-je. Cela m'est arriv  quatorze ans avec une
jeune fille de mon ge qui m'a propos cela au fond d'un jardin en jouant 
cache- cache. Elle ne savait pas s'y prendre ni moi non plus. Ensuite, une
douzaine d'autres jeunes filles... Mais ta ne peux pas savoir pourquoi les
soeurs de nos amis sont si maladroites.
-       Je ne peux pas savoir! s'cria Teresa. Penses-tu que je n'ai jamais vu
enculer des jeunes filles du monde? D'abord, il n'y a pas moyen de trouver leur
cul. Elle sont tout habilles. On s'embarrasse dans leur pantalon et on manque
tout le temps de glisser la queue dans leur pucelage. Ensuite, il n'y en a pas
une sur quatre qui ait seulement la pense de se faire fiche un coup de burette
dans la douille avant de marcher. Elles donnent leur trou, et voil: on y
fourre le bout de la pine. a les excite et a leur fait un mal de chien.
Elles se branlent vite, vite, pendant qu'on les encule; mais il ne faut pas
bouger, a leur fait trop de mal et souvent on se dcolle avant d'avoir joui,
ce qui ne les empche pas de recommencer le lendemain avec un autre. Estce
vrai?
-       Comment es-tu si bien renseigne?
-       Ah! qu'est-ce que je ne sais pas l-dessus!... Et alors elles taient
toutes aussi gourdes, tes jeunes filles?
-       Charmantes; mais un peu gourdes, comme m dis, sauf une qui avait une
grande habitude et qui se laissait faire avec une douceur, une patience...
-       Un ange! dit gaiement Teresa. On la ramonait du haut en bas et elle ne
savait pas donner un coup de cul? Est-ce a? Pourquoi ris-tu? Je les connais
mieux que toi, tes jeunes filles. Et ensuite? voyons. Aprs tes pucelles?
-       Que veux-tu que je te dise? Des histoires de bordel? a n'a aucun
intrt.
-       Je te demande qui t'a appris.
-       Une toute petite danseuse de rien du tout qui marchait pour dix francs,
qui faisait la danse du ventre  Montmartre...
-       Et la danse du cul?
-       Mieux que celle du ventre.
-       Comment tait-elle? Brune?
-       Naturellement. Je n'aime pas les blondes.
-       Et son trou du cul?
-       Mais pourquoi es-tu si curieuse?"
        Teresa souple et nue, sans effort, simplement, se mit sur moi: elle se
tenait sur les coudes. Elle ne me touchait que du ventre et des seins.
        "Quand tu ne m'encules pas, j'ai besoin que tu me racontes des
histoires de filles encules.
-       Pourquoi?
-       Et puis ne me demande pas toujours pourquoi j'ai le feu au cul.
C'est de ta faute, encore une fois!"
        Je faillis rpondre que je n'avais rien fait pour cela; mais je me
retins et pris cette occasion d'arrter l'interrogatoire.
        "A mon tour, lui dis-je. Tu avais commenc tes souvenirs d'enfance et
tu t'es arrte  l'ge de sept ans.
-       C'est a propos de filles encules que tu me dis a?
-       Oui."
        Elle s'excitait et, comme il lui arrivait en pareil cas, son langage
monta d'un ton.
        "C'est vrai que j'ai toujours vu a, une femme avec une queue dans le
derrire.
        Mon dernier souvenir de ce temps-l, c'est un djeuner o il y avait
des hommes, des camarades. Aprs, maman et ses trois soeurs ont jou toutes les
quatre  la main chaude avec leurs trous du cul. Quand elles y avaient une pine
dedans, il fallait qu'elles devinent laquelle. Elles riaient tellement que j'ai
vu des hommes dbander et dculer. Pourtant, ce qu'elles avaient de jolies
fesses!
        Quand j'avais sept ans, maman s'est foul l'paule et, comme elle
n'avait plus de souplesse au trapze, elle a quitt le cirque et ses soeurs et
tout.
        Alors, elle s'est colle avec une gousse  Marseille, une gousse qui
tait cent fois plus putain qu'elle et qui s'appelait Francine; une belle
fille, mais putain  sucer un chien pour vingt francs. Nous couchions toutes
les trois ensemble. Francine faisait des michs l'aprs-midi. Maman ne foutait
rien, elle tait son maquereau, elle lui bouffait le cul toute la nuit et
m'excitait  me branler pour me dvelopper le bouton.
        Aprs un mois de cette vie-la, maman a commenc  faire des michs par
le cul. Elle est mme arrive  sucer pas mal. Et ee a charg Francine de me
dresser. J'allais avoir huit ans; c'tait l'ge de me foutre une queue dans le
derrire. Maman l'a fait  huit ans, moi aussi, Charlotte aussi et Lili six
mois plus tt. Plus on s'y prend jeune, mieux on s'habitue.
        Francine m'a dresse a tout. Elle s'est fait tout faire devant moi en
six semaines par deux petits camarades qu'elle avait et qui venaient le soir
sur elle me donner la leon. J'ai vu Francine baiser et se faire enculer dans
les quarante positions et sucer, et faire minette et lcher le cul et tout, je
te dis! La premire femme que j'ai vue se faire chier dans la bouche, c'tait
Francine; j'avais huit ans. Et, pendant mes six semaines de dressage, tout ce
qu'on a iait de foutre dans cette chambre-l c'est moi qui l'ai bu. Francine en
ramassait dans l'eau du bidet pour me le coller sur la langue. Et quand au
foutre de emme, elle m'en faisait boire avec une cuiller qu'elle se raclait
dans le chat, la garce, quand maman venait lui faire minette.
        "Le jour de mes huit ans, un 25 avril,  six heures, entre maman et
Francine, on m'a montr un paquet ficel o il y avait une poupe qui disait
papa- maman, on m'a fait sucer des bonbons rouges, on m'a fourr dans le trou
du cul plus de vaseline qu'il n'en faudrait pour enculer une souris... Maman
pleurait, Francine tait ple comme un linge, elle avait peur qu'on ne me crve
et qu'on lui foute deux ans de prison... Et on m'a dpucel le derrire si
gentiment qu'une minute aprs je ne savais pas de quoi j'tais la plus
heureuse, ou de ma poupe ou de mes bonbons rouges ou de ma pine dans le cul."

        Teresa dit ces derniers mots avec l'entrain et la jeunesse d'une gosse!
elle s'tait redresse sur les deux mains, le dos cambr, les seins tendus,
riant de toutes ses dents.
        "J'ai envie de te mordre! dit-elle sans transition. Qu'est-ce que tu as
cette nuit  bander comme a?
-       Tu es sur moi et tu le demandes?
-       Dis-moi ce qui te fait bander? Est-ce ma peau? mes poils? mes ttons?
mon cul? ma bouche? Quoi? Dis-le.
-       Ta peau.
-       Mais elle banderait bien dans ma bouche, cette queue-l. Tu me
l'enverrais bien dans la bouche, ton foutre, hein? II y a trente-six heures que
je t'ai promis de te sucer et tu ne me rappelles mme pas ma promesse.
-       Ah! si tu crois que c'est facile de choisir quand on couche avec toi!
-       C'est que je ne suis pas si putain que tu le penses. Va donc, va au
bordel, tourne la ngresse les quatre pattes en l'air et choisis ton trou.
Elle se fout de toi, la ngresse. Mais moi, tant que j'aurai envie de jouir, je
saurai ce que je veux.
-       Et mainteannt?
-       Eh bien... Je te sucerai plus tard.
-       Vache que tu es! Je ne te le demande pas, c'est toi qui me le propose
et ensuite..."
        Je n'eus pas le temps de finir ma phrase. Teresa venait de me faire
entrer en elle selon ses gots. D'une voix tremblante et chaude, elle se mit 
parler: "Tu l'auras, ma bouche, tu l'auras. Je veux te la donner. C'est moi qui
ai envie de me fourrer ta queue dans la bouche, envie de la sucer, envie de la
tter et d'avoir la bouche pleine de foutre. Il y a des choses que tu ne veux
pas faire mais quand je te
dirai: "Pisse ton foutre dans ma bouche!" tu le feras. Ah! tu ne me croyais pas
aussi excite que Charlotte et tu vois que je le suis plus qu'elle quand j'ai
ta queue dans le derrire! Tu l'as crue iolle parce qu'elle t'a demand...
Mais moi, je ne suis pas folle? Je suis chaude mais je sais ce que je te dis.
Ecoute: moi aussi, j'ai envie que tu me...
-       Veux-tu te taire!
-       Moi aussi. Je te jure sur la tombe de maman que tu peux me le faire.
Je sais que tu ne le feras pas. Mais je ne veux pas que cela te dgote.
Chut! Je vais jouir, je me branle, tu m'encules, je te dis tout... Je viens de
recommencer avec Charlotte."
        Recommencer quoi? Je n'osais pas comprendre. Elle continua en
s'exaltant  chaque mot: "II y a une heure, quand tu m'as encule dj, je suis
rentre chez moi, j'ai trouv Charlotte avec ses soeurs, je l'ai prise  part
dans une autre
chambre et je lui ai dit: "Veux-tu de son foutre? J'en ai dans le cul."
-       Tais-toi! ne me le dis pas.
-       Ta gueule! s'cria-t-elle. Je te le dirai. Je lui ai mis mon cul sur la
figure et je lui ai chi dans la bouche ton foutre, et elle l'a bu! C'est le
mme trou du cul qui te serre la queue, le sens-tu, s'il a du muscle, le
sens-tu? C'est le mme o ta Charlotte vient de fourrer sa langue pour y
chercher la dernire goutte de foutre avec de la...
-       Teresa! Si tu ne te tais pas, je t'trangle! Jamais je n'ai dsir une
femme autant que je te dsire et tu dis tout ce qu'il faut pour que je te
trouve ignoble autant que tu es belle.
-       Tu bandes..., fit-elle.
-       J'en suis honteux! interrompis-je. J'en ferais davantage avec la
ngresse de bordel dont tu me parlais tout  l'neure et je n'aurais pas d'elle
l'horreur que j'ai de toi."
        A ce mot, elle resta immobile et frmissante sur moi - car elle tait
sur moi et la souplesse de son corps lui permettait de se joindre ainsi par o
elle prenait son plaisir.
        Et alors, suspendant  la fois par son immobilit sa jouissance avec la
mienne, elle me dit avec triomphe: "Enfin! Tu as compris que je ne suis pas ta
putain!
-       Mais tu es pire!
-       Pire! Tu l'as dit! Je suis pire! Mais je suis autre chose. La putain
est celle qui se soumet aux vices des hommes. Moi, je te donne les miens, je te
les apprends. Je t'en donne le got.
-       Jamais, jamais tu ne me donneras le got de celui-l!
-       Ha! ha! mais sens donc ce que tu fais! Tu n'as jamais voulu que me
baiser, et voil quatre fois, quatre fois que tu m'encules parce que je le
veux. Alors suis-je ta putain, dis-je, suis-je ta putain?
-       Si m dis un mot de plus...
-       Tu m'entendras! fit-elle avec ferveur. Engueule-moi! Bats-moi! Crache-
moi dans la bouche! Mais je te dfie de dbander!
        Elle me tenait de toutes ses forces et menaait des dents ce que ses
mains ne tenaient pas. Et j'tais toujours en elle et elle me tenait par l
comme par les deux poings.
        J'aurais pu... Mais combien il est difficile d'expliquer  la plupart
des gens la scne passionne qu'ils n'ont pas vcue! Il est des hommes qui
savent tout et qui ne connaissent pas les premiers lments de la science
amoureuse. Je partage mes lecteurs en deux groupes. Les uns me reprochent
d'avoir donn auparavant une douzaine de bourrades sur l'paule gauche de
Teresa; j'ai frapp une femme, ah! fi!...
        Ceux-l n'ont jamais t vraiment aims qui ne savent pas comment les
femmes amoureuses se font battre par l'homme qu'elles aiment, et la volupt
qu'elles trouvent  souffrir par la main qui les caresse, par le bras qui les
treint. Mais l'autre groupe de lecteurs n'a pas encore compris pourquoi, si
j'ai dj battu cette femme, j'hsite  la flanquer cent fois hors de mon lit.
C'est que... cela lui aurait fait mal.
        Non, vous ne comprenez pas qu'une douzaine de coups de poings assns
sur l'paule d'une amoureuse lui font plus de plaisir que de souffrance?
mais que, si cette femme lutte avec vous dans une position telle que l'on soit
forc de la prendre par la peau des flancs ou la chair des seins, l'homme qui
vient de la battre ne la bat plus?
        Pourtant j'avais envie de la tuer, cette femme accroupie sur mon sexe.
Et naturellement cela ne signifie pas que j'avais cess de la trouver belle.
        Elle s'cria, mais si prs de ma bouche qu'elle la touchait presque:
"Alors, moi seule je n'aurais pas le droit d'avoir des vices? Tu sais qu' huit
ans on m'a dpucel le derrire et le reste. Tu sais que depuis vingt-huit ans
je passe mes jours et mes nuits  satisfaire les vices des autres, et tu
voudrais que je jouisse comme une pouse chrtienne qui se fait enfiler le
samedi soir avec sa chemise sale et qui prie saint Joseph de lui donner un fils
et qui ne se lave pas le cul pendant huit jours de peur que son moutard ne
dgouline?
        Eh bien, j'ai des vices. Je crois mme que je les ai tous et que j'en
ai invent. a m'a t utile dans ma vie de putain."
        Comme je ne protestais pas contre ce dernier mot, elle prit une
expression froce. La scne tait vraiment extraordinaire, car nous restions
toujours unis par la chair l'un  l'autre, et Teresa m'avait dfi de lui
chapper par l et en effet je ne pouvais pas mme la rater.
        Un sourire d'elle transforma tout. Cette femme menait le jeu comme il
lui plaisait. Il lui plut de poursuivre en changeant de visage et de sa voix la
plus tendre:
"Est-ce un vice d'tre heureuse chaque fois que tu m'encules?
-       Oui.
-       Tant mieux, je t'ai avou que j'ai toujours vu enculer des femmes.
Cela me paraissait trop banal. Dis-le que c'est un vice horrible et cela
m'excitera le trou du cul.
-       Salope!
-       Est-ce un vice de me branler encore  trente-six ans? Fais donc un
article pour stigmatiser les jeunes filles qui se livrent  l'onanisme et
surtout les mres..., une mre comme moi qui relve sa jupe entre le dessert et
les liqueurs en disant  ses trois
filles: "Taisez vos gueules pendant que je me branle!"
-       A moins que tu n'appelles Charlotte.
-       Attends. Et une mre a-t-elle du vice quand elle permet  ses filles de
se branler devant elle? quand c'est elle-mme qui les a branles la premire
pour leur dgourdir la moniche  l'ge de sept ans? quand elle leur a montr de
sa propre main comment une fille se branle en leur tenant le doigt comme on
tient le doigt d'une colire pour lui apprendre  crire?
-       Si tu n'avais fait que a!
-       Ah! ce n'est pas assez? Alors est-ce un vice que d'avoir prostitu mes
trois filles, espce de confesseur? dis-le moi pendant que tu m'encules.
(Elle s'nervait de plus en plus). Maman pleurait quand on m'a dpucel de
derrire. Moi, je me branlais quand j'ai vendu Charlotte et j'ai eu plus de
plaisir a jeter mon foutre qu' recevoir l'argent. Comprends-tu? L'argent je
m'en fous. C'est un vice pour moi que de donner mes filles. Je te les ai
plantes sur la queue toutes les trois et pourtant..."
        Elle n'acheva pas la phrase; mais elle continua de parler et de me
maintenir. Je devenais fou. Jamais je ne m'tais trouv en pareille situation.
Je me
rptais malgr moi: "Oh! ne puis-je savoir si j'aime ou si je hais?" Car plus
Teresa mettait d'acharnement  s'avilir et plus, de tout son corps, elle
voulait tre belle.
        Penchant son visage sur le mien et l'illuminant d'un nouveau sourire:
"Non! tu ne dculeras pas! dit-elle, et tu ne jouiras pas. J'ai plus envie de
jouir que ta queue, et je me retiens; tu te retiendras jusqu' ce que j'aie
fini de parler.
-       Tu es si belle! suppliai-je. Tu n'aurais rien  dire et plus tu parles,
plus...
-       Plus je te parle, plus je bande, fit-elle. Regarde mes ttons de
putain, regarde si leurs bouts sont raides, si on ne les foutrait pas dans le
derrire d'une gousse!
-       Je t'en prie!
-       Tu m'entendras! Je ne suis pas gousse comme taient maman et ses
soeurs. J'ai couch avec des centaines et des centaines de gousses, des
blondes, des brunes, des rousses, des chtaines et mme des ngresses. Je ne
suis pas gousse. J'aime mieux la queue. Mais j'ai un vice. J'ai bien le droit
d'avoir un vice, peut-tre? (Ici sa voix devint vibrante.) Cela m'excite de me
faire lcher le cul par mes filles. Je suis trs catholique; je suis presque
dvote. Un cur m'a dit que c'tait le plus grand pch que je pouvais faire.
Depuis que je le sais, je le fais tous les jours. Mme quand je me branle, il y
en a toujours une qui vient me sucer les poils. Mme quand tu m'encules, cela
m'chauffe d'y penser. Charlotte n'est qu'une gourde, mais, mais quand j'ai sa
langue l, je me dis que c'est ma fille ane, je dcharge deux fois plus parce
que c'est ma fille."
        Elle se tordit et ne put contenir plus longtemps son immobilit
frmissante.
        "Les imbciles qui nous enculent l'une sur l'autre s'imaginent que
l'inceste me... Ha! ha! ha! c'est pour mon plaisir!"
        Puis, agitant son corps souple avec de longs mouvements de croupe qui
assouvissaient enfin mon dsir interminablement du, elle choisit cet instant
qu'elle avait amen avec tant de patience et d'artifice, le moment o je ne
pouvais plus ni la repousser ni l'interrompre, et alors, plus ardente encore
que je n'tais, mais pourtant moins gare, elle articula sans lever la voix:
"Mes trois filles sont mon bordel. Je les fiche  poil au salon, pour moi leur
mre. Je fais mon choix, je prends celle qui me tente et celle-l, devant ses
deux soeurs, me suce les babines du cul, me lche la raie des fesses, me fourre
la langue dans le derrire, puis revient me gousser le bouton et avale tout ce
que je dcharge.
        Et je les ai si bien dresses que je leur chie dans la bouche le foutre
des hommes qui m'enculent. Je t'ai dit que tout  l'heure j'avais pris
Charlotte  part? Ce n'est pas vrai. J'ai rveill les petites! Elles ont tout
vu! Et Lili est jalouse! Elle est venue me lcher le cul ensuite parce qu'il y
restait une goutte!"
        Je n'en entendis pas davantage. J'tais moralement puis. Ma fatigue
physique dpassa mme toute mesure. Sans doute  la suite de la longue attente
yie je venais de subir, et pendant deux minutes je restai seul sur mon lit,
sans mouvement comme sans pense.





CHAPITRE X

        Quand je rouvris les yeux, Teresa rentrait, toujours toute nue, et
ramenant avec elle Lili; une Lili nouvelle pour moi, une Lili en chemise de
nuit, avec une petite natte dans le dos; une Lili qui dormait debout.
        Elle la plia sur un fauteuil comme une poupe et vint me dire 
l'oreille, mais en accentuant chaque syllabe: "Laisse-moi faire. C'est ma
fille. Je l'lve comme je veux. Si tu m'insultes devant cette gosse de dix
ans, ou si tu l'empches de m'obir, je ne te le pardonnerai jamais."
        Phrases superflues, car je ne pensais  rien. Je me sentais abruti.
Je n'avais aucun dessein, ni bienveillant ni hostile.
        Teresa fit lever la petite du fauteuil o elle avait l'air de se
rendormir, et elle l'veilla tout  fait en quelques mots: "Montre-nous comme
tu t'veilles bien quand tu vois un homme. Allons? Une! Deux! Trois! On ne dort
plus?
-       Non, maman.
-       Eh bien? et qu'est-ce que doit faire une petite fille quand elle est en
chemise devant un monsieur?"
        Comme si on lui rappelait une maxime de la Civilit purile et honnte.
Lili, avec un sourire trs drle, leva sa chemise jusqu' la ceinture et ouvrit
un peu les pattes. Puis elle me sauta au cou et, gentille, un peu grondeuse:
"Tu m'en as fait des queues avec Charlotte! Elle m'a tout dit.
-       a ne m'tonne pas d'elle! fis-je en m'veillant  mon tour. Elle m'a
tout dit & moi aussi.
-       Tout quoi?
-       Je sais comment tu manges tes biscuits.
-       Mes biscuits? Quand je lui en mets un dans le chat avant qu'elle se
branle? Et quoi encore?"
        Je me tournai vers Teresa: "On peut lui demander comment elle est ne?
-       Mais oui. Dis comment, Lili."
        Et Lili hsita pourtant. Puis, voyant que je le savais, elle se mit 
rire:
"C'est Charlotte qui est mon papa. Elle m'a faite  maman avec son cul."
        Mme... (et comme je n'ai jamais vu Lili jeter une gaffe, je pense que
ce fut une malice) elle ajouta vite ce qu'on ne lui demandait gure: "Dans la
famille, c'est comme a qu'on fait les gosses. Maman vient d'en faire un cette
nuit  Charlotte; mais
il prendra pas: c'tait dans la bouche."
        Lili ne riait point quand elle plaisantait. Devinant que je ne riais
pas non
plus, Teresa dit aussitt: "Est-ce pour avoir l'air d'un petit ange que tu
gardes ta liquette, espce de grenouille mal branle? Veux-tu m'enlever a et
nous montrer tout? En voil une tenue pour les taches de foutre!"
        Sans s'mouvoir de l'algarade, le petit ange ta sa chemise et dit  sa
maman: "Faut-il dfaire ma natte?
-       Non. Viens sur moi. Raconte-nous ce que tu as fait avec lui hier.
-       J'ai eu sa queue partout, maman. Par-devant, par-derrire et par la
bouche.
-       C'est tout?
-       Oui. Je n'ai que trois trous. C'est malheureux que tu ne m'en aies pas
donn quatorze.
-       Ecoutez-la... Et qu'est-ce que tu sais faire encore?
-       Ce qu'on veut.
-       Dis quoi."
        Lili hsita, soupira... puis, aprs m'avoir regard, elle rpondit...
avec le dcouragement d'une fille qui renonce  lever sa mre...
        "Bien des choses qu'il n'aime pas, maman. J'ai vu a tout de suite.
-       Ah! tu as vu a?
-       Oui. C'est pas un monsieur qui pisse sur les petites filles ni qui se
fait faire des cochonneries. Il n'aime rien de ce qui est sale et il aime tout
ce qui est bon... Et il n'est pas mchant non plus. C'est pas un homme  donner
le fouet. Mais je sais quelque chose qu'il ne dira pas non."
        Elle le chuchota dans l'oreille de sa mre avec une grande animation.
        "Rpte-le tout haut, fit Teresa. N'aie pas peur. Dis-le comme tu viens
de me le dire."
        Lili baissait les yeux et parla d'un air si gn qu'elle poussait un
soupir entre chaque mot.
        "Quand il...Quand il... t'enculera... maman... je te mettrai...
je te mettrai la main dans le chat... et je...  je...
-       Oh! petite nigaude! fit Teresa. Tu lui prendras la queue  travers la
peau du con et tu la lui branleras dans mon cul. En fais-tu des manires pour
si peu de chose! Et si je le suce?
-       Je lui ferai des langues sous les couilles et feuille de rose.
-       Et si je baise?
-       a m'paterait!" dit srieusement Lili.
        Teresa eut un clat de rire qui lui secoua les reins et le ventre.
        Jusque-l, Lili avait le trac. Si libre avec sa mre et mme avec moi,
elle s'intimidait devant nous parce qu'elle nous voyait ensemble et qu' nous
deux nous formions un public. Le rire de sa mre la transforma comme un petit
succs imprvu met des ailes  une jeune actrice. A partir de cet instant, elle
eut un autre visage. Teresa, toujours prompte  lire les physionomies de ses
filles, dit tout haut:
"Mademoiselle Lili, venez en scne. Qu'est-ce que c'est que ce costume-l?
-       Un costume complet de petite fille toute nue. C'est maman qui me l'a
fait, comme les vers  soie, en travaillant avec son...
-       Et votre cache-sexe, mademoiselle?
-       Oh! pour ce que j'ai de sexe, madame, a ne vaut pas la peine de le
cacher!"
        Mais Lili devenait drle quand elle prenait de l'aplomb! Je
l'interrogeai 
mon tour: "Vous voulez que je vous engage, mademoiselle? Comme danseuse?
Cantatrice? Acrobate? Qu'est-ce que vous savez faire?
-       Sucer la queue du directeur", dit Lili sans hsiter.
        Elle allait bien!... Sur le mme ton tranquille et sans chercher un
mot, elle
continua: "Comme acrobate, je sais un tour de ma grand-mre. Monsieur, voulez-
vous le numro de la fille-serpent? avec l'art de trouver une gousse dans son
lit quand on couche toute seule?
-       Oui, dit Teresa. Vas-y.
-       Si maman le savait!...", commena Lili.
        Et  partir de l je crus qu'elle rcitait un petit rle appris par
coeur. Je ne connaissais pas encore assez Lili pour imaginer qu'elle avait
compos tout cela elle- mme, avec des bribes de phrases entendues par hasard
et un don naturel de comdienne-enfant.
        Elle s'accroupit au pied du lit, les coudes sur les genoux, les pieds
sous les fesses, et dit avec mlancolie: "Vous voyez devant vous la petite
fille martyre dont il a t question dans les journaux, la plus malheureuse
petite fille du monde. On n'a pas os imprimer pourquoi, tellement c'est
pouvantable. J'ai une mre dnature, monsieur. Que Dieu lui pardonne!
-       Tu l'entends? fit Teresa.
-       II y a des petites filles qu'on bat, qu'on fouette, qu'on enchane,
qu'on martyrise, qu'on fait manger par les punaises et qu'on prive de
nourriture. Mais moi, savez-vous ce qui m'est dfendu jusqu' ma majorit?
        Ah! monsieur! personne ne devinerait par o ma mre me supplicie!
Elle m'a dfendu de me branler!
-       Croirait-on pas que c'est vrai?" fit encore Teresa.
        Lili ne sourcilla point. De la voix lente et rsigne d'une enfant qui
conte ses malheurs sans espoir de consolation, elle continua en faisant presque
avec pudeur
ce qu'elle racontait: "Monsieur, je vous prends  tmoin. Je me branlais
sagement
comme a: un doigt dans le cul, un doigt dans la fente et un doigt sur le petit
bouton. Je ne me faisais pas de mal, je vous assure, mais j'ai eu beau le dire
 maman: les grandes personnes, a comprend rien.
-       Pauvre petite! soupirai-je avec elle.
-       Et a vous lance des mots!... Maman m'a fait jurer que je ne
reprendrais plus jamais la funeste habitude de la "masturbation "! Un mot
pareil en pleine figure! sur une petite fille, monsieur!
-       Est-il permis!... Et vous ne l'avez jamais reprise, cette funeste
habitude?
-       Non, parce que je n'ai qu'une parole.
-       Et vous ne vous tes pas suicide?
-       Non, parce que je m'en foutais comme de mes trois pucelages. Depuis que
je peux plus me branler, je me gousse."
        Instinctivement, Lili laissa tomber cette dernire rplique sans aucun
accent. Elle garda sa voix simple et douce. Dix ans de thtre pour certaines
actrices ne valaient pas dix ans d'existence pour Lili. Je ne pus m'empcher de
dire  l'oreille
deleresa: "il faut en faire une comdienne!
-       C'est fait, rpondit Teresa. Elle offre de sucer le directeur avant
mme de lui expliquer ce qu'elle peut foutre sur la scne. Qu'est-ce que tu
veux donc lui apprendre de plus?"
        Mais Lili achevait de parler et modulait des mots normes comme avec
une flte anglique.
        "Alors c'est la faute de ma mre si je ne me branle plus sous ma
chemise de nuit comme une petite fille modle. Au lieu de a, je passe une
heure toute nue  me frotter le cul sur ma petite gueule en me disant: "Lili,
tu ne t'embteras pas quand tu pourras te sucer du foutre!" Les grandes
personnes, monsieur, a ne peut pas savoir comme a donne de mauvais conseils
parce que, heureusement, on ne les coute jamais; on ne fait que semblant; mais
quand une fois par hasard on est assez rosses pour leur obir, alors voil ce
qui arrive.
-       Dis donc, Lili! fit Teresa, gaiement grondeuse.
-       Tu n'es pas l, maman", rpondit Li, qui reprit son rle aussitt
pour annoncer qu'elle allait se taire, parce que son exercice lui couperait la
parole.
        A peine avait-elle commenc... qu'elle russit. Elle s'enroula en
boule, les paules touchant le drap du lit, les jambes ouvertes derrire la
tte, les bras croiss sur les reins. Sa motte lui baisa le menton... et ce
dtail ne fut pas d'abord ce dont je fus le plus curieux. Je regardais son
corps si petit dj, si fluet, si court, si lger, devenir deux rois plus
petit, se rduire presque  rien, comme s'il rentrait dans sa coquille.
        Lili prolongeait l'exercice et quand je voulus commander: "Repos!"
Teresa dit tout le contraire: "Mieux que a maintenant. Assez de bouton.
La langue dans la fente. Bien. Et voil tout ce que tu sais faire? Tu peux pas
aller plus loin?... Regarde si c'est putain une gosse pareille! Regarde-moi
cette feuille de rose qu'elle se tourne!... Mieux que a, Lili! toute la langue
dans le cul!... Regarde ce qu'elle s'en fourre! Quelle putain d'enfant!...
a va, ma Lili! c'est pas mal! Engage pour la saison!"
        Lili se releva trs rouge et...
        Tous les ducateurs me comprendront: ou bien il ne faut pas permettre
aux petites filles-serpents de se livrer au saphisme sur elles-mmes devant
leur mre et l'amant de leur mre, ou bien, si l'on y consent, et si elles y
russissent, il faut les en fliciter.
        Je m'empressais donc d'offrir  la jeune acrobate les compliments qui
lui taient dus lorsque Teresa nous interrompit: "Va dans le cabinet de
toilette, ma gosse. Ferme la porte, fais-toi belle, brosse tes poils du cul et
reviens quands je t'appellerai."
        Au premier signe, Lili obit de bonne grce. Elle esquissa pourtant un
curieux sourire sur les mots: "Brosse tes poils du cul!" II me parut vaguement
qu'elle
se disait en elle-mme: "Moi, si je voulais bien rpondre, je serais plus
spirituelle que a." Mais elle sut prouver d'une autre faon qu'elle n'tait
pas bte: elle ne rpondit rien du tout.
        La porte referme, il y eut un silence. Teresa ne parlait point et,
bien qu'eue aimt Lili autant ou mme plus que maternellement, j'aurais t
bien naf si j'avais cru qu'elle attendait, pendant ce troisime entracte, mes
compliments pour sa petite fille.
        Elle mit son regard sur mes yeux.
        Sa main sur mon flanc.
        Sa cuisse sur ma cuisse.
        Rien de plus. Une minute lui suffit pour obtenir, sans aucun
attouchement direct, le rsultat qu'elle cherchait.
        Plus las d'esprit que de corps, j'eus la paresse de ne pas accueillir
par une allocution vibrante la russite instantane de ce magntisme 
distance. Je n'aime pas servir de sujet aux scnes de thaumaturgie; et du reste
je commenais  connatre
Teresa: je devinais sans peine qu'elle avait eu dessein d'exciter mes sens, non
de les satisfaire.
        "Je ne veux plus rien te dire sans que tu bandes! fit-elle
impitoyaolement.
-       Vous voyez devant vous, soupirai-je, le jeune homme martyr dont il a
t question dans les journaux.
-       Bande et attends! Fais comme moi. Quand Lili va me gousser, tu verras
si je me retiens.
-       Votre religion vous l'ordonne, madame? Cette forte rsolution est la
consquence d'un voeu?"
        Avec un petit rugissement, elle m'empoigna par...
        Oh! j'aime encore moins ces plaisanteries-l!... Mais ce ne fut qu'une
menace. En quelques mots elle fit savoir ce qu'elle m'offrait de volupts, ce
qu'elle attendait de ma persvrance, et le rle que jouerait Lili. Je ne vous
le dis pas; ce n'est point par dissimulation; c'est parce que vous le lirez 
la page suivante.
        Teresa me donnait un scnario qui me parut bien long pour un acte.
        J'aurais voulu lui exposer que j'avais reu de la Providence, non pas
comme les belles tribades un godmich miraculeux, mais un organe susceptible de
prouver la faiblesse humaine... Elle ne m'couta plus.
        Elle cria: "Lili!

-       Chic! fit la petite en m'apercevant, c'est pas trop tt qu'on commence,
qu'est-ce qu'on va faire?
-       Trois choses. Viens sur moi. Tu les devineras toute seule."

        Teresa l'aida bien un peu, en la laissant, comme par mgarde, sentir
l'tat de jouissance o elle tait reste.
        Lili eut un cri de joie: "Oh! c'est pour moi tout a?
-       Et ensuite? Qu'est-ce que tu n'as pas eu aujourd'hui, petite gousse?
-       Une pine dans le cul... Mais j'osais pas demander celle-l.
-       On va te la prter. Tu me la rendras. Et aprs; qu'est-ce que tu nous
feras?
-       La main par-dedans."
        Preste et plus serpent que jamais, Lili glissa le long du corps et se
fourra la figure entre les cuisses de sa mre.
        La petite tte disparut dans ces longs poils noirs o ma main s'tait
plusieurs fois perdue. Teresa m'treignit en se tordant sur une paule, mais
resta couche parle bas, car elle avait la taille souple...
        Et il fallut l'entendre. Elle voulait parler. Elle me dit ces choses
inimaginables dans un murmure gal, ardent, coup de sourires: "Chut!
Ecoute-moi bien. Je suis calme & prsent; tu me croiras. Le voil, mon vice.
Le voil, mon bonheur. Je suis alle dans mon bordel. J'ai pris au choix la
petite putain que je voulais. Tu peux l'appeler putain, celle-l, comme
Charlotte. Moi seule, tu n'as pas le droit de m'appeler putain.
        Et quelle putain! Elle n'est mme pas ma gousse; elle ne m'a pas fait
jouir; elle vient lcher le foutre que j'ai fait pour toi. Hier c'tait la mme
scne et ce n'tait pas la mme putain. J'ai dcharg pour ta queue dans la
bouche de Charlotte, pour ta queue! ta queue! ta queue! et tu ne l'as pas
compris, puceau!"
        Que ce dernier mot fut adroit! Elle sentit que je ne la suivais point,
que Lili m'avait amus, que je pensais trop  Lili; et, d'un mot, elle changea
la source de ma mauvaise humeur en m'exasprant pour la troisime fois par ce
nom de puceau. Cela dit, elle me ferma la bouche, doubla ses violences de
langage et mit un
tremblement dans son murmure: "Pas une mre n'a fait boire autant de lait  ses
filles que je leur ai fait boire de foutre. Celle-ci a dix ans, elle me tte
encore. Pas mes ttons! mes ttons, je te les donne pour te chauffer les mains,
te caresser les couilles, te serrer la queue! Si j'avais du lait dans mes
ttons, je te le donnerais  toi, pas  elle. Regarde-la sucer, comme un petit
chat qui tte sous le ventre d'une chatte! Elle n'a que dix ans! Combien
d'annes aurai-je encore sa langue dans le cul? Charlotte me tte le foutre
depuis vingt ans et elle n'est pas sevre.
-       Crois-tu qu'il y ait une mre plus infme que toi? chuchotai-je  mon
tour.
-       Dis-moi a, tu m'excites. Je coule. Plus tu me le diras, plus ma fille
aura de foutre  boire...
-       Est-ce que tu vas jouir, infamie?
-       Non. Elle lche tes restes, ma petite putain. J'tais inonde. Elle n'a
pas fini! Alors je suis une mre si infme que a? tu es sr? il y en a tant
d'autres!
-       Les autres ont l'excuse de cder aux vices des hommes; mais les scnes
d'inceste que tu viens de faire chez moi, malgr moi...
-       Je suis pire qu'une putain, je sais.
-       Cent fois pire! Tu es effrayante! Tu es pire que les putains, les
gousses, les maquerelles, pire que les michs eux-mmes."
        Ici, Lili releva la tte et, sans avoir rien entendu de notre murmure,
elle
dit: "Non, mais qu'est-ce que tu as, maman? Plus j'en suce et plus il en coule.
-       Stop! Lili! fit Teresa qui se ressaisit avec effort. Joue  autre
chose. Fourre-toi du savon dans le derrire, essuie-toi la rigole des fesses et
reviens t'asseoir l-dessus."
        Le ciel ne m'a pas donn un temprament de voyageur. Aussi ne fus-je
pas fch quand Teresa me lcha la bride aprs m'avoir maintenu par ses
enchantements dans l'tat que vous savez. Je l'avoue mme  ces moralistes que
je dsespre de flchir et qui vont encore me reprocher la scne suivante.
J'tais content d'en finir.
        Mais, comme une fois dj Mlle Lili avait commis  mon gard un outrage
 la pudeur en venant "s'asseoir l-dessus", selon l'expression de sa mre, je
la fis changer de posture. D'ailleurs, je me sentais las d'tre couch.
        Sans me mettre en frais d'imagination, je plaai la petite debout sur
un tabouret, au bord du lit, le corps inclin en avant. Dans les histoires
vritables, les postures sont toujours plus simples que dans les romans.
        "Tiens-toi bien! fit Teresa. Tu as l'air d'une petite marchande de
violettes qui monte sur son panier pour se faire enculer dans les chiottes d'un
bistrot.
-       Et pour avoir l'air d'une petite princesse, comment faut-il se faire
enculer?" dit Lili.
        Elle s'y prit comme une enfant sage et redevint srieuse  l'instant.
        Tournant la tte du ct o sa mre ne la voyait pas, elle me regarda
par- dessus l'paule avec une gentille expression des yeux et un petit baiser 
peine dessin.
        Cela signifiait: "Je ne te dis rien parce que maman est l." Mon regard
lui rpondit que nous nous comprenions; mais ce fut avec le mme mystre, car
plus les petites filles sont petites et plus les grands secrets sont grands.
        Notre dialogue silencieux fut bientt, ainsi qu'on le pense, interrompu
par Teresa qui ne dissimulait plus son excitation.
        Teresa me lana un sourire o je crus voir de la frocit, un sourire
des dents plutt que des lvres, et elle me dit  l'oreille: "Te prostituer ma
fille  dix ans, par le cul, ce n'est rien! Ce qui m'chauffe, c'est de lui
retirer ta queue et de... Ecoute! Ecoute."
        Elle vint se coucher prs de moi sur le flanc, au milieu du lit: "Ta
langue, ma Lili, dit-elle. Lche-moi le trou. Mouille-le bien. Ecarte les
poils. Prends la queue maintenant, ma gosse! Encule-moi toi-mme. Et dis ce que
c'est qu'une petite fille qui fait enculer sa mre. Dis-le."
        Lili trouva deux rponses. Elle me chuchota dans un souffle: "C'est une
enfant de putain."
        Et tout haut,  Teresa: "On voit bien que c'est une petite fille qu'on
a faite avec le cul."
        La premire rponse m'amusa si fort que je faillis oublier mon rle et
manquer mon entre, malgr les bons soins de Lili rgisseuse.
        Teresa n'entendit, je crois, ni la premire ni la seconde. Comme elle
me tournait le dos, elle ne vit mme pas mon rire drob; mais elle parla de
telle sorte que mon envie de rire s'teignit. Elle vomissait des mots. Elle
devenait terrible. Devant une petite fille "un peu putain" sans doute, mais
drle et fine, devant une enfant trop jeune pour comprendre le dlire des sens,
il me sembla que ce doordement d'obscnits tait inutile... Teresa s'y
vautrait. Elle voulut forcer tout ce qu'elle avait dit devant Charlotte, comme
si la frle enfance de sa plus jeune fille la surexcitait  l'audace.
        Lili, attentive, pas intimide, mais pourtant silencieuse, fit alors
son dernier exercice.
        Sa petite main, allonge en fuseau, put s'introduire tout entire dans
le sexe de Teresa qui n'tait pas large.
        L, peu  peu, la petite main adroite s'ouvrit, effleura, parut
voleter, puis saisit fermement  travers la muqueuse le membre qui ne pouvait
lui chapper.
        Je ne crains pas d'affirmer que jusqu' cette neure de ma vie je
n'avais jamais accept les complaisances de la main. Elles me semblent un peu
ridicules et vraiment indsirables. Mais l'exercice de Lili tait de la plus
haute cole. J'en restai muet d'admiration.
        Plt aux dieux que Teresa ft reste muette elle aussi! Elle ne cessait
de
crier: "Ah! quelle putain de gosse! quelle tireuse de foutre! Ah! tourne-toi,
ma iille, viens que je branle ton cul, saloperie!" et cent autres phrases de la
mme couleur. Cela m'tourdissait.
        J'en avais un pli entre les sourcils. Quand une acrobate fait son tour
de force, l'orchestre s'arrte. Le tour suprme de Lili mritait un peu de
silence. L'inceste mme ne venait s'y ajouter que pour le plaisir de Teresa.
Je m'en serais pass.
        Jouir d'une trs belle femme par la voie italienne qu'elle prfre avec
ardeur et sentir tout  coup au fond de ses entrailles une petite main doue
mais tenace, qui vous prend, qui vous serre, vous palpe, vous caresse.
        Vraiment, si vous n'avez jamais prouv cela, croyez bien qu'il est
superflu d'ajouter une ide morale telle que l'inceste  une sensation physique
aussi intense par elle-mme, quand on sait rgler ses dsirs, modrer ses
passions, vivre content de peu.





CHAPITRE XI

        Par quel hasard renouvel rencontrai-je Mauricette une seconde fois
dans l'escalier,  deux marches de ma porte? Je ne sais, mais je n'en fus qu'
peine surpris.
        Ces sortes de hasards se renouvellent plus souvent qu'ils ne varient.
        Muette et boudeuse, elle dtourna la tte quand je l'embrassai; puis
elle me suivit librement chez moi.
        Oh! pour me faire une scne! Je m'y attendais bien, j'tais en effet
inexcusable: je l'avais aborde la premire; elle s'tait donne; elle m'avait
envoy ellemme sa mre et ses soeurs par esprit de famille mais depuis deux
jours je l'oubliais, elle, Ricette,  qui je devais tout. Les hommes sont des
monstres: qu'allait- elle me dire?
        J'avais des remords. J'en eus mme davantage une minute aprs; car
Ricette me parut plus jolie que l'avant-veille et nos remords sont trs
sensibles aux fluctuations de nos tendresses. Qu'allait-elle me dire?
        Je prparais en hte quelques rponses aux reproches que j'attendais;
mais si j'avais prvu quelque phrase, ce n'tait certes pas celle que Ricette
avait sur les lvres.
        "Tu vas me dpuceler", dit-elle  mi-voix.
        Il ne manquait plus que cela! Et, comme malgr moi ma physionomie
montrait plus de stupfaction que d'empressement, Ricette n'attendit mme pas
la
rponse: "Ah! bien! fit-elle. Tu es gentil!... Je t'ai montr mon pucelage
avant-hier, tu peux le prendre aujourd'hui et tu n'en veux pas?"

        Je la pris sur mes genoux, elle se laissa faire et, avant que j'eusse
dit un
mot, elle continua: "Quel drle de caractre! tu fais toujours le contraire de
ce qu'on te demande! Pendant trois heures, Charlotte t'a suppli de l'appeler
putain; a l'excite quand elle va jouir; et tu n'as pas voulu; elle nous a dit
qu'elle n'avait jamais vu un homme aussi entt. Mais le lendemain c'est maman
que tu as appele dix fois putain parce qu'elle n'aime pas a. Es-tu rosse!
-       Non. Pas rosse du tout.
-       Oh!... Et c'est pas fini!... Tu sais que maman et Charlotte ont le got
de se faire enculer. Alors tu leur as dit que tu n'aimais qu'une chose, c'tait
de baiser. Mais moi j'ai un pucelage  vendre, je te le donne...
-       Tu es un amour!
-       Va donc! Quand Charlotte en veut par derrire, tu lui en demandes par-
devant, et moi, quand je me donne par-devant, m ne me prends pas."
        Je poussai un profond soupir. Etre oblig de s'expliquer longuement et
savoir d'avance qu'on ne sera pas compris est une pnible situation. Je
renonai donc aux arguments les meilleurs pour ne retenir que ceux dont
Mauricette pouvait sentir
la raison: "Ecoute-moi. Tu as quatorze ans et demi?
-       Oui, et je peux baiser puisqu'on m'encule.
-       Bien. On peut te dpuceler; mais tu sais qu' ton ge a te fera
beaucoup plus de mal par-devant que par-derrire?
-       a m'est gal, fit-elle tendrement.
-       Et tu sais que a me fera mal  moi aussi?
-       a, je m'en fous encore plus! dit-elle avec gat.
-       Et qu'est-ce qui arrivera le soir? Comme vous tes gousses toutes les
quatre, ta mre et tes soeurs verront le soir mme que ton pucelage est
enfonc. Ta mre sera furieuse. Nous serons tous brouills  mort. Et que nous
restera-t-il de tout cela? Le souvenir d'une demi-heure o nous aurons eu, toi
et moi, beaucoup plus de mal que de plaisir. Et pendant que je te regretterai
tu baiseras avec les autres. Faisons le contraire. Laisse-toi dpuceler par
quelqu'un et ensuite nous baiserons tant que tu voudras."
        Mauricette demeura songeuse. Je sus plus tard qu'elle avait failli me
dire:
"Pourquoi a vaut-il deux mille francs, si tu n'en veux pas pour rien?" Mais
elle garda le silence et, pendant qu'elle rflchissait, il me vint une ide
qui, heureusement, finit par la sduire. "Pourquoi ne me donnes-tu pas ton
autre pucelage?
-       Lequel?" fit-elle avec stupeur, Elle ne comprenait pas du tout.
Comme elle tait toujours sur mes genoux, je la serrai contre moi et je lui dis
plus bas: "Voyons. Je ne te gronderai pas devant tes soeurs - mais personne ne
nous entend. Est-ce que tu n'es pas honteuse,  ton ge, de ne pas encore
savoir sucer?"
        Oh! si! elle tait honteuse! Elle devint rouge comme une enfant  qui
son confesseur reproche un pch mortel.
        "Comment, tu vas avoir quinze ans et tu ne sais pas!
-       Ah! si je te racontais...
-       Oui; mais c'est de l'enfantillage. Il faut te gurir de a. Veux-tu
essayer? Veux-tu essayer toute seule avec moi?"
        Elle me mit les bras autour du cou et, cachant sa tte confuse entre ma
joue et mon paule, rpondit: "Oui, je veux bien essayer avec toi."
        A peine avait-elle accept ma proposition que je regrettai de la lui
avoir faite. "Comment! me disais-je, voil une gosse que je refuse de dpuceler
pour ne pas la faire saigner et je lui offre cela en change quand je sais que
cela lui donne le haut- le-cceur? Mais, enfin, si elle vomit?... Ainsi je ne
veux pas lui laisser le souvenir d'une souffrance et je risque de lui laisser
le souvenir d'une nause? Ce sera gai pour elle et moi si l'exprience finit
ainsi!"
        Ces tristes rflexions se dissiprent lentement. Je trouvais l'ide
plaisante de donner une leon  une fille de Teresa. Et puis la difficult mme
de la tentative m'attirait. J'esprais un peu qu'avec moi ce ne serait point
comme avec les autres; nul ne se confond avec la foule; et puisqu'il fallait
bien qu'un jour Mauricette apprt  sucer, pourquoi ne serait-ce pas moi qui
lui en donnerais le got? Oui, je disais le got, je ne doutais de rien.
        Mauricette revint nue du cabinet de toilette et elle m'enhardit ds le
premier mot: "Je sens que a ira bien."
        Elle ajouta malheureusement: "Ousqu'on peut cracher?
-       Cracher? Mais a ne se crache pas! En voil des principes! Comment, tu
sors d'un pensionnat o l'on t'a leve avec des petites filles du monde et
elles ne t'ont pas dit qu'elles avalent?
-       Oh! si! elles me l'ont dit! et Dieu sait ce qu'elles n'avaleraient pas!
J'en ai vu qui auraient appris des choses  Lili. Mais moi, je ne suis pas du
monde, je ferai comme au bordel, je cracherai.
-       Vous avalerez, mademoiselle, et tout de suite, au lieu de garder a
dans la bouche pendant trois minutes jusqu' ce que vous ayez fini de tter;
comprenezvous? On vous a bien mal leve dans votre famille."
        Sans rpondre, elle se jeta sur moi et me dit lvre  lvre, d'une voix
plus
chaude: "C'est vrai que tu vas me dcharger dans la bouche?... Alors donne-moi
ta langue d'abord... Et jure que tu me donneras encore ta langue aprs...
Mais aussi je
vais te jurer quelque chose: jamais je n'ai bu du foutre d'homme, jamais!...
Alors, si je te rate, tu ne m'en voudras pas pour a, dis?... Et si je russis,
tu ne vas pas t'imaginer que je t'aime! Je t'aime pas du tout, du tout, du
tout!"
        Sur ces derniers mots, elle me donna le baiser le plus gentil que
j'eusse encore reu de toute cette famille si diverse en natures et en
caractres. Je pensai  un vers de Clment Marot... Mais je n'eus pas le loisir
de rver.
        Mauricette s'tait dj mise au travail.
        "Oh! tout simplement! lui dis-je. Tu t'y prends comme avec une gousse.
Nous n'en sommes pas au cours suprieur. Ne t'occupe donc pas de me faire
plaisir. Il ne s'agit que de toi en ce moment. Ce que j'ai sous les yeux, ce
n'est pas un jeune satyre qui s'abandonne  la lubricit... Non. Pas a du
tout. Je ne vois rien qu'une dlicieuse petite Ricette qui est jolie et timide
comme une biche au bois et qui va me
dire: "Ce n'est que a?" quand elle aura fini.
-       Mais tu me prviendras?
-       Chut! Quand on suce, on ne parle pas. Premier principe: ne pas rouvrir
la bouche pour demander au monsieur des nouvelles de sa grand-mre. Et puis on
ne rit pas non plus quand on suce.
-       Mais c'est toi qui...
-       Chut! Continue. Je te prviendrai. Veux-tu que je me presse? Oui?
C'est facile. Presse-toi aussi! Et rappelle-toi ce qui est convenu: tu avales
tout de suite, tu dis que c'est bon et tu en redemandes... Ricette chrie!
je suis si bien dans ta bouche!"
        Cette dernire phrase lui fit un plaisir que j'aurais d prvoir et la
piqua au zle. Les flicitations qui nous flattent le plus sont celles que l'on
adresse aux talents que nous possdons le moins. Et puis les jeunes filles aui
n'ont cas l'habitude de sucer font cela tout  fait timides, comme une biche au
bois et qui va me dire: comme elles
font l'amour: elles ont donc besoin de se monter jusqu' un certain degr de
passion.
        Je continuai sur le mme ton. En quelques mots, Ricette se laissa
"monter" au point o il fallait qu'elle ft... Je la prvins... Elle frmit,
ferma les yeux, plit comme si elle accomplissait une prouesse en face du
danger... et, quand elle eut fini, elle resta stupfaite, assise sur les
talons, la bouche ouverte...
        Hbte, elle me regardait. Je lui tendis les bras. Elle s'y jeta,
toute fire et surprise et honteuse et tendre et si mue surtout que je sentais
battre son coeur  travers son petit sein gauche.
        "Je l'ai fait, dit-elle. Ce n'est pas possible! Moi qui n'avais jamais
pu! Et j'ai tout aval, mais tout! comme tu m'as dit. Je n'en reviens pas.
-       Et ce n'est pas si mauvais, voyons? II y a tant de jeunes filles qui
aiment a!
-       Je sais pas si c'est bon ou mauvais, dit-elle d'un air encore rveur.
Mais a m'a fait plaisir. Parce que tu jouissais."
        Et, comme je l'embrassais pour ce mot, elle reprit tout incline: "Et
puis... et puis... crois-tu que ton foutre est comme le foutre des autres?
-       Mais oui.
-       C'est pas vrai.
-       Si.
-       Non."
        Elle rva encore et dit en croisant les mains: "C'est maman qui va tre
pate! Elle ne voudra jamais le croire.
-       Comment faire?
-       On recommencera! s'cria Ricette. On recommencera devant elle!"
        Ce mot valait une rcompense; nous en emes l'ide tous deux  la fois;
mais Ricette parla la premire et j'tais  cent lieues d'imaginer ce qu'elle
allait me demander.
        Toujours les bras  mon cou, elle me dit mollement: "J'ai envie de
quelque chose. Dis oui.
-       Je dis oui. Qu'est-ce que c'est?
-       Tu vas tre bien attrap. Je sais que tu n'aimes pas a; mais tu as dit
oui d'avance. Et j'en ai envie.
-       Envie de quoi?"
        Elle prit un temps comme une jeune actrice; puis elle me dit 
l'oreille tout haut malgr elle avec un rire qui faisait trembler ses mots:
"J'ai envie de me branler.
-       Petite horreur! et tu crois que je vais te laisser faire? Demande-moi
n'importe quoi, mais...
-       Rien du tout. Plus tard. Tu m'as rpondu oui d'avance, et puis tu le
sais bien que j'en ai l'habitude. Je te l'ai dit avant-hier.
-       Alors, tu es comme Charlotte? Quand tu as envie de te branler, tu te
branles? mme devant un homme?
-       Surtout.
-       Et on ne peut rien t'offrir  la place?
-       Tout  l'heure, supplia-t-elle. a n'empche rien."
        Vraiment, c'tait le vice de la famille; mais je ne pouvais m'y
accoutumer et je ressentais une sorte de jalousie  voir cette petite qui
prenait son plaisir elle- mme. Elle se touchait  peine, avec lenteur et sans
secousses du doigt. Au dbut, voyant que je cdais, elle devint taquine.
        "Regarde mon pucelage, regarde! dit-elle en ouvrant les cuisses.
-       Veux-tu finir?
-       II faut bien que je le branle puisque tu ne le prends pas."

        Cette plaisanterie me mit en fureur; mais Mauricette gardait un si
gentil visage que je m'efforai de plaisanter aussi.
        "Mademoiselle, est-ce que vous avez aussi l'habitude de la
flagellation?
-       Oui, monsieur, comme ma soeur Charlotte.
-       Alors, allez donc chercher le martinet. Ce que vous venez de dire l,
a vaut bien trente coups de fouet sur les fesses.
-       Oh! et quand je serai en sang, tu m'enculeras, dis? fit-elle en riant.
Penses- tu que je te prenne pour un homme  me fouetter?
-       Tu sais que je ne veux pas te dpuceler parce que je ne te reverrais
plus et tu viens me branler ton pucelage sous le nez comme si je n'tais pas
capable de le prendre? Tu trouves que a ne vaut pas le fouet?"
        II tait dit qu'avec les quatre femmes de cette famille j'irais ae
surprise en surprise. Mauricette devint srieuse et me dit simplement.
        "Donne-le-moi."
        Puis elle eut une petite crise qui rappelait  un moindre degr celles
de Charlotte et de Teresa.
        Toute tremblante dans mes bras, elle reprit: "J'ai envie que tu me
fasses du mal.
-       A toi, ma chrie?  toi qui as quatorze ans et qui viens toute nue dans
mon lit? mais je serais un monstre!
-       Tu m'en as dj fait sans le savoir. Avant-hier je n'ai mouill qu'avec
ma salive quand tu m'as encule. C'tait bon. C'tait comme si tu m'corchais
par- derrire et plus je souffrais, plus je me branlais.
-       Comment, tu es si vicieuse que a?
-       Non; mais j'ai envie que tu me fasses du mal pendant que je me branle,
rpta-t-elle en allongeant les yeux et en me mordant la lvre.
-       C'est ton plaisir?
-       Prends-moi le bout des seins entre tes dents et serre! Je te le
donnerai, mon pucelage de devant, pour que tu me fasses mal avec ta queue, pour
que tu le crves et qu'il y ait du sang. Maintenant que j'ai bu ton foutre, je
suis  toi. Serre-moi dans tes bras, je vais jouir. Serre-moi de toutes tes
forces. Casse-moi..."
        Dcidment, pensai-je  part moi, Lili est la seule raisonnable.
Les trois autres sont toques.
        Pourtant, je commenais  comprendre pourquoi Charlotte m'avait dit:
"Cette gosse-l nous dgotera toutes les trois." Charlotte  vingt ans tait
encore presque enfantine. Mauricette  quatorze ans tait emme. Autant la
soeur ane avait l'esprit lent, autant la seconde avait les sens prcoces, la
chair prompte et l'instinct du vice.
        On ne pouvait savoir encore ce que deviendrait Lili  la pubert.
Mais cette anne-l, ce jour-l, c'tait Mauricette qui me rappelait sa mre de
plus prs.
        Je voulais la faire parler et je lui dis un mot dont j'ai honte comme
d'un crime. Il n'est pas de plus jolis vers latins que ceux o Tibulle sourit
aux mensonges amoureux. Et je ne puis sourire  ceux que j'ai faits.
        Ceci est une confession. Je dis tout; mais j'aurais plus de plaisir 
inventer un conte o je me donnerais (et si facilement!) un rle toujours
sympathique.
        Concevez l'ge de Mauricette, sa prcocit, son ardeur... Imaginez par-
dessus tout le sentiment illimit qu'elle devait avoir de son sacrifice!
et combien... Mais pourquoi vous le dire? Vous ne m'avez dj que trop
condamn! J'aimais bien
Mauricette: je ne l'aimais pas comme on aime; et, pour la faire parler, sans
autre motif, je lui dis sur les lvres: "Je t'adore.
-       Je t'adore aussi"., murmura-t-elle, sans savoir qu'elle rptait
presque la rponse de Mlisande.
        Et, comme il tait ais de le prvoir, elle parla; mais tout de suite,
sans transition. Mauricette avait des crescendos brusques semblables  ceux de
Teresa:
"Tu ne m'as pas crue? Eh bien! tu le verras! Tu me dchireras les fesses 
coups de fouet et tu m'enculeras dans mon sang!
-       Moi, je te ferai cela!
-       Oui, tu me le feras si tu m'aimes. Je viens de faire pour toi ce que je
n'avais jamais fait pour personne. J'ai aval ton foutre... Tu n'as jamais
fouett une gosse? Tant mieux! Tu as horreur de a? Tant mieux! Moi aussi, je
t'apprendrai quelque chose!"
        Pas une seconde je n'eus la pense d'y consentir; mais, au lieu de
rpondre, j'interrogeai: "Comment as-tu ce got  ton ge?
-       Parce que je suis la fille de maman.
-       Qu'est-ce que tu veux dire? que tu lui ressembles par le sang? ou
qu'elle t'a...
-       Qu'elle m'a dresse? Dis-le donc! C'est son mot. Oui, elle m'a dresse
comme un chien savant. Et j'aime a. Je voudrais en faire autant qu'elle.
-       Comment s'y est-elle prise?
-       Oh! a n'a pas t long! Comme elle a le mme got, elle a vu tout de
suite que moi aussi... Alors, comme on fait au cirque, elle m'a exerce tous
les jours avant de... Enfin, m sais bien la manire de dresser les chiens; ils
font leurs tours avant de manger; moi, c'tait avant de jouir. Et peu  peu
maman a vu jusqu'o... jusqu'o je pouvais aller..."
        Je haussai les sourcils. Elle hsita et, de cette voix voluptueuse que
prennent parfois les trs jeunes filles: "Tu veux que je te dise? a m'excite
presque autant d'y penser prs de toi que si tu me le faisais.
-       Et moi, j'aime cent fois mieux t'couter que te battre.
-       Me battre? Si ce n'tait que a! Tu ne connais pas maman!"
        Et, en phrases dfinitives, elle trancha sa famille comme il suit: "Je
ne peux pas faire comprendre  Lili que maman n'est pas une putain. Mais toi,
je pense que tu l'as vu? Charlotte est une bonne fille. Lili est une putain;
c'est la seule putain de nous quatre. Et maman est un mich.
        Quand elle donne une sance avec une de nous devant un client, c'est
maman qui bande, c'est maman qui jouit... Et je suis comme maman! ajouta
Ricette. Moi aussi, je suis un mich et quand j'ai reu ton foutre dans la
bouche...
-       Oh! alors... Et tu vas me donner une bague?
-       Oui! une bague toute neuve: mon pucelage de devant."
        Par la promptitude et la souplesse de sa repartie, elle tait remonte
d'un bond au point d'o ma stupide plaisanterie avait failli la jeter  terre.
Et, vite, elle reprit son rcit avec le mme accent de joie: "Tu le sauras
comment elle s'y est prise, maman, quand elle a vu que... enfin que j'aimais
a. Elle m'a dit: C'est simple comme tout, nous verrons jusqu'o tu peux avoir
mal sans que a t'empche de jouir".
-       Simple comme tout! rptai-je. Et c'est ellemme qui te faisait mal?
-       Naturellement, dit-elle en toute innocence. Et elle m'en a fait plus
que les autres, tu penses bien.
-       Comprends pas.
-       Voyons! Charlotte ne t'a pas dit que personne au monde ne fait minette
ni ne branle une fille comme maman? Alors, quand c'tait maman, elle pouvait me
martyriser et elle me faisait jouir quand mme.
-       Te martyriser?
-       Et comment! Charlotte pleurait tout de suite et sortait de la chambre.
Elle ne pouvait pas voir a. Mais moi je ne pleurais jamais, je serrais les
oents pour ne pas crier... An! tu ne sais gure ce que tu vas entendre!...
Regarde mes nichons. On n'y voit rien?
-       Je l'espre?
-       Parce que les aiguilles taient flambes.
-       Les aiguilles?
-       En me branlant comme elle branle et en s'arrtant vingt fois quand
j'tais sur le point de jouir, maman a t jusqu' me planter trente-deux
aiguilles dans les seins! trente-deux! avant que je lui dise: "Je ne peux
plus!"
-       Ta mre!
-       Ce n'est rien. Regarde encore mon pucelage. Il n'a pas de marques non
plus? tu vois si elle sait s'y prendre? Eh bien, l,  l'endroit o c'est le
plus sensible, elle m'arrachait les poils par touffe de quatre et a me faisait
plus de mal que les aiguilles... Mais surtout, ce que Charlotte ne pouvait pas
voir, c'est quand maman s'arrtait de me faire minette pour me mordre.
-       Mordre ton pucelage?
-       Oui. Les lvres. Oh! ce que a fait mal! Les dernires fois elle les a
mordues jusqu'au sang et alors..."
        Ricette me jeta les bras autour du cou comme pour s'excuser elle-mme
et, aprs quelque silence, elle dit: "Oh! quoi! tu la connais, maman! Je te
l'ai dit, c'est pas une putain, c'est un mich. Pendant qu'elle me suait le
sang, elle tait comme folle, elle aurait eu besoin de Charlotte qui s'tait
sauve..., alors maman se branlait en serrant les dents et j'avais encore plus
de peur que de mal; je me disais: "Quand elle va dcharger, elle arrachera le
morceau!"... Oh! et puis flte! je t'en ai dit assez, puisque tu ne comprends
pas ces choses-l.
-       Pas assez, si tu veux que je comprenne. Donc, ta mre t'a enseign
l'art de jouir pendant que tu souffres et elle te l'a si bien appris que
maintenant tu as besoin de souffrir pendant que tu jouis?
-       C'est a. Tiens, je vais te dire encore quelque chose. Sais-tu comment
je me branle  table?
-       Tu te branles  table?
-       Comme si tu ne savais pas que nous nous branlons toutes aprs le
djeuner! Mais moi... Tu vas voir si j'aime  souffrir en jouissant!...
Je me barbouille le bouton avec de la moutarde et je branle  travers. Et s'il
y a de la salade de piment, j'y mets de la salade de piment."
        Mais elle tait enrage! Mais c'tait la pire des trois!
        Je posai une dernire question: "Et qu'est-ce que tu te laisses faire
par les hommes?
-       Oh! pas ce que m'a fait maman! Avec les hommes, rien que le fouet et
les verges."
        Elle allait sourire, mais baissa les yeux et prit une expression plus
triste:
"Pauvre Charlotte!... Si tu nous voyais l'une prs de l'autre dans ces
moments-l!... Moi, je m'excite, je tends les fesses. Elle, au premier coup de
fouet, elle pleure; alors, comme je l'aime bien, je ne peux plus... Et on ne
nous prend plus gure ensemble. Mais on me prend avec maman, parce que, pour
a, maman et moi, nous sommes tout  fait pareilles, tu le sais bien.
-       Je le sais bien? rptai-je sans comprendre.
-       Oh!"
        Mauricette avait pouss le cri de sa franchise indigne comme si je lui
avais menti. Et soudain redresse, assise sur les talons, les genoux dans les
mains: "II faut que j'apprenne a aussi? qu'avant-hier, maman est rentre en me
disant: "II m'a empoign les poils et il m'a fait si mal que j'ai failli
dcharger."
-       Si tu crois que je l'ai fait exprs!
-       Et qu'elle m'a dit ce matin qu'elle avait russi  se faire battre et
que c'tait plus dificile que de...
-       Oh! les coups de poing sur l'paule et la flagellation, a n'a aucun
rapport.
-       Pour toi! dis pour toi! mais pas pour maman. Comment, tu as couch
trois fois avec elle et tu ne sais pas ce qu'elle aime?
-       Ses filles.
-       Tu ne crois pas si bien dire! II lui faut une de ses filles sous elle
quand on la fouette. Mais alors on peut tout lui faire. C'est effrayant.
Elle crie, elle jouit, j'ai du sang dans les cheveux, du foutre sur la
figure..."
        Mauricette, chevele, s'interrompit, agita la tte et se jeta sur moi:
"Si c'est vrai que tu m'aimes, si c'est vrai, je prendrai sa place, je me
mettrai sur elle et tu m'enculeras dans mon sang pendant que maman me fera
minette! A son tour elle aura mon sang dans les cheveux et mon foutre sur la
figure pendant que j'aurai ta queue, moi, ta queue dans le derrire..."
        Je n'avais jamais vu Ricette aussi exalte et je la croyais au
paroxysme quand cette exaltation grandit encore devant la dcouverte d'une
nouvelle infamie.
        "Non! dit-elle. Tu me dpucelleras en levrette sur la figure de maman!"
        Et elle avait dit cela d'un ton! mais d'un tel ton que j'appris d'elle
en cet instant ce que c'est que de recevoir un ordre.
        Elle continua d'une voix brve et chaude.
        "Tu aimerais mieux me baiser que de m'enculer, je le sais. Moi, j'ai
envie que tu m'encules et que je me branle et que tu me fasses mal, mais,
puisque tu aimes baiser, tu me baiseras. J'ai compris mieux que toi pourquoi tu
n'as pas voulu: c'est que tu n'achtes pas les pucelages et que le mien est 
vendre et que tu ne veux pas le voler? Eh bien, non! mon pucelage n'est pas 
vendre.
        Je dirai ce soir  maman que je le donne et qu'elle verra bien  qui
puisqu'elle aura la bouche dessous."
        Secouant sa tte et ses cheveux, elle sourit, et elle eut alors une
explosion de sincrit qui me rvla ce que je ne souponnais pas: "Tu crois
qu'elle nous dira non? Ha! elle sera trop contente, la vache! Quand je lui
dirai que tu vas me dpuceler sur elle, qu'elle me verra bien saigner, qu'elle
n'en perdra pas une goutte, qu'elle aura la gueule pleine de foutre et de sang,
mais elle va se branler pendant quatorze heures... Je t'ai dit que je l'aimais
bien? oui, j'aime sa langue, son doigt, son corps, elle excite mon temprament
de mich. Et je t'ai dit que ce n'tait pas une putain, elle non plus!
Non: mais c'est une garce."
        Le dchanement de Mauricette m'tonna peut-tre moins que n'avait fait
celui de Charlotte. D'abord c'tait pour moi une rptition de changement 
vue, comme il l'est pour vous. Les Mmoires sont plus monotones que les romans;
il faut leur pardonner les erreurs de mtier que la vie commet et qui nous
dsolent, parce que nous saurions si bien, d'un trait de plume, tout arranger!
La vie gale le crayon, disait M. Ingres. Ce mot de dessinateur devrait tre un
dogme pour les romanciers; mais on ne doit pas l'apprendre aux mmorialistes.
        Et puis... mais il faudrait avoir connu les deux jeunes filles...
Elles offraient une srie de contrastes que vous n'auriez pas la patience
d'entendre si j'avais celle de vous les dire. Dans sa quinzime anne, Ricette
piaffait  chaque mot et Charlotte  vingt ans n'tait que langueur. La
prcocit de la plus jeune laissait place  moins de surprises que l'aspect
las, passif, de la triste Charlotte.
        D'ailleurs, je ne me crus pas permis de garder un silence distrait pour
me livrer  un exercice de parallle psychologique.
        Il me fallait rpondre. Je n'avais que trop attendu.
        Une jeune fille tait venue m'offrir son pucelage comme si c'tait
l'or, la myrrhe et l'encens. - Eternel malentendu; les jeunes filles s'abusent
un peu sur le plaisir que nous prenons  recevoir un tel cadeau; et les jeunes
hommes comprennent rarement que si les pucelles, par une erreur qui est une
innocence, rvent que leur prsent vaut tout notre amour, c'est qu'elles nous
offrent avec lui tout leur amour qui vaut bien le ntre pour ne pas dire plus.
        Donc j'avais prouv  cette jeune fille qu'une imprudence nous
sparerait  jamais et elle avait dcouvert un moyen de tout arranger. Moyen
extravagant comme un thorme de gomtrie dans l'espace, mais irrfutable 
premire vue, sinon par les principes de la chastet que je ne pouvais plus
sans audace ou plutt sans ridicule invoquer  ma dfense.
        Je rpondis oui, avec tous les baisers de tendresse, d'empressement, de
reconnaissance que chacun donne en pareil cas.
        Le calme des commentaires que je viens de prolonger ici par distraction
(car cette histoire ne m'excite pas du tout, j'aime mieux vous le dire, et
j'cris ces pages avec la mme tranquillit que si je vous contais comment j'ai
appris la grammaire grecque)... Je suis mme si distrait que je commence une
phrase sans pouvoir la finir, ce qui ne m'est jamais arriv. Pour la beaut du
fait, je ne la bifferai pas.
        Bref, trs probablement vous avez oubli que nous avons laiss
Mauricette en dlire, Mauricette change en bacchante, chevele, pourpre,
convulsive, crachant des injures atroces contre sa mre et des obscnits
qu'elle n'et jamais dites une heure auparavant.
        Mon "oui" changea de ple son courant nerveux.
        Au contraire du philosophe antique dont parle Renan et dont le sperme
tait remont au cerveau, le dsir de Mauricette quitta son imagination et prit
sa chair.
        "J'ai envie de baiser, murmura-t-elle. J'ai envie de baiser parce que
tu baises et que tu m'en donneras le got. Est-ce vrai que j'ai aval ton
foutre? Est-ce vrai que j'ai bu du foutre d'homme pour la premire fois et que
c'est le tien? Qu'est-ce que c'est que baiser auprs de cela?... Et n'aie pas
peur de me faire mal! Quand maman me fait minette, rien ne me fait souffrir, je
ne sens que sa langue si je veux; mais toi, plus tu me dchireras, plus je
jouirai."
        Soudain, avec sa souplesse de mtamorphose, elle releva la tte et me
rappela d'un mot son ge vritable.
        "Veux-tu jouer?
-       Oui; mais pas  te dpuceler?
-       Si. On va jouer  me dpuceler par o je ne suis pas pucelle! fit-elle
en riant.
-       Quelle gosse tu fais! Et quel rire tu as! Comment! c'est la mme
Ricette qui vient de me raconter ces histoires de sang, de sperme, d'inceste,
de saphisme, de sadisme...
-       Oh! et quoi encore! En voil des mots  septante-cinq centimes, comme
disent les Belges!
-       Tu as quatorze ans et demi? Non. Il y a des minutes o tu as
trente-neuf ans et d'autres o tu en as sept.
-       Maman aussi. ""
        Cette rponse me laissa muet. C'est un des mots les plus justes et les
plus extraordinaires que j'aie entendus.
        Il me parut que Ricette pensait: "Tu es plus gosse que moi, sinon tu
saurais bien que c'est vrai pour toutes les femmes et quel que soit leur ge."
Elle le pensa, mais ne voulut pas le croire, car les jeunes filles n'aiment
gure  s'imaginer plus sages que leurs amants. Toute excellence qu'elles leur
prtent est mme une excuse qu'elles se donnent de se laisser entraner par
tant de perfections. Et, sres de s'en parer  leurs propres yeux, elles nous
couvrent de qualits pour le seul plaisir d'tre gnreuses.
        Cela dit, Mauricette reprit son ide: "Tu m'auras pris deux pucelages
sur trois. J'aurais voulu te donner aussi le troisime... ou le premier...
celui que je n'ai plus... celui que j'ai laiss vendre... enfin le pucelage de
mon derrire... tu comprends le franais?
-       Et tu veux le refaire? avec de l'eau d'alun?
-       Oh! maquerelle! fit-elle en riant. Ne crois pas que mon pucelage de
devant soit refait. Les pucelages racommods, on les vend trs cher; on ne les
donne pas."
        Et elle rit aux clats sur ce qu'elle venait de dire. Puis, se frottant
 moi de tout son jeune corps, elle remonta en quelques mots jusqu' un tat
moyen entre la
gosserie et la lascivet: deux mots presque synonymes.
        "On va jouer. Oublie que tu m'as encule avant-hier. Oublie-le.
-       Je ne m'en souviens plus du tout.
-       Je suis une gosse toute seule. Maman n'est pas l. Je ne sais rien, pas
mme ce que c'est qu'une queue. Toi, tu es un satyre et tu vas me violer par le
trou du cul.
-       Te violer?
-       Veux-tu jouer comme a? ou me rpondre zut chaque fois que je te fais
une proposition?... Je dis "zut" parce que je suis putain. Si j'tais une jeune
fille du monde, je dirais que tu me rponds merde.
-       Ma Ricette chrie, fis-je en riant, ne me dis pas que tu es putain
maintenant. Jamais je n'ai mieux compris ton petit temprament de mich.
Tu es vicieuse comme un vieux magistrat. Mais, moi, je suis incapable de violer
une femme. La rsistance me glace au lieu de me tendre. Jouer  violer...
ce n'est qu'un jeu... Essayons... mais si je te rate? j'en serai dsespr, tu
m'en voudras et tu...
-       Mais elles ne rsistent pas, les pucelles qu'on viole! fit Mauricette
qui s'nervait. Je ferai comme elles, je ferai semblant de pleurer sur mon bras
et j'ouvrirai les fesses.
-       Et  quoi sentiras-tu que je te viole?
-       A quoi je le sentirai? dit-elle en serrant les dents. Jamais je ne me
suis fait enculer  sec; tu vas me le faire et tu me demandes  quoi je
sentirai que tu me violes? A quoi je pourrai m'imaginer que tu me dpucelles?
-       Alors, rpte-moi que tu le veux! que c'est ton plaisir! Sinon, je te
jure que je ne pourrai pas.
-       Je le veux! je le veux! je le veux! fit-elle doucement les yeux grands
ouverts. Viole-moi par le cul! et plus je te crierai que j'ai mal, plus a
voudra dire que je t'aime!"
        II m'est plus que pnible, vraiment, de raconter la scne suivante avec
dtails. Je ne le puis. Elle me fait honte. Je n'avais  aucun degr le vice
que Mauricette me demandait de satisfaire. Il m'tait arriv de battre les
femmes qui veulent tre battues, mais ce n'est rien, ce n'est rien, auprs du
souvenir que cinq minutes d'garement...

        Bref, quand j'eus "viol" Mauricette, je sentis par la chair mieux que
je n'avais compris par la pense combien le plaisir et la douleur taient
ncessaires  sa volupt. Je me rappelai la dernire de ses confidences ou
plutt de ses tentations, et, comme j'eusse effleur une femme sensible aux
caresses, je meurtris les lvres si tendres de cette virginit qui aimait les
morsures. Je les meurtris entre mes doigts, lentement, longtemps et plus
cruellement sans doute que Teresa ne les avait mordues, car, aprs quelques
minutes d'une endurance et d'une excitation sexuelle galement extraordinaires,
Mauricette clata en sanglots. Je n'oublierai jamais cet instant de ma vie.
        Ce ne fut qu'un instant. Aussitt aprs, sanglotant toujours mais se
retournant pour m'treindre, elle me dit, elle me cria, bouche  bouche entre
vingt
baisers: "Pardon! pardon de pleurer! pardon!... mais veux-tu te taire! c'est
moi qui suis honteuse! Ah que tu me torturais bien! c'tait bon! j'ai joui
comme si je mourais! et puis... je ne sais pas pourquoi... j'ai pleur comme
une bte!... c'est qu'aussi... c'est qu'aussi..."
        Je l'entendis haleter,  croire qu'elle suffoquait; puis elle sanglota
de nouveau, me serra de toutes ses forces et avec un acccent admirable elle
trouva ce cri
d'amour: "Jamais personne ne m'a fait aussi mal que toi!"





CHAPITRE XII

        Trente heures s'taient coules depuis la scne prcdente. Teresa et
ses filles avaient pass la nuit dans la banlieue chez une parente un peu
putain, elle aussi, et d'autant plus empresse  les recevoir. Mais je savais
dj qu'aprs une assez longue discussion,  laquelle toutes quatre avaient
pris part, Teresa s'tait rendue aux volonts de Mauricette. Je savais mme en
quels termes elle avait capitul.
        Ainsi que Mauricette l'avait bien prvu, Teresa s'tait crie: "J'aime
mieux le sucer que le vendre, ton pucelage, ma gosse! J'aime mieux ouvrir la
bouche dessous que de tendre la main  ct. Et a n'empchera rien. Je te le
recollerai. Donne le vrai, nous vendrons le faux et tout le monde sera
content."
        Ces sortes de cadeaux cotent fort cher  ceux qui les reoivent ainsi.
Les moralistes s'accordent sur ce point: quand un jeune homme se laisse donner
par une mre le pucelage d'une fille qu'elle esprait vendre, il doit une assez
belle bague  la jeune personne, un prsent de la mme importance  la mre et
une action de grces  Dieu.
        Si la jeune fille a deux soeurs, c'est plus amusant, et plus cher
encore. Une bonne fortune ainsi triple ruine en six semaines un tudiant.
        Mais autant les jeunes gens grugs gardent l'amertume d'avoir t
dups, autant les autres ont de plaisir  se dpouiller librement pour ces
courtisanes sans calculs qui donnent tout, risquent tout, semblent ne rien
attendre et nous devoir chaque jour quelque tendresse de plus. Ah! qu'elles ont
parfois de dlicatesse  recevoir ce qu'elles n'ont pas espr,  multiplier
leur reconnaissance comme pour repousser la ntre et  ne modrer que leur
surprise en prsence de nos cadeaux, par une sensibilit suprme de leur tact.
        Le rendez-vous tait pris, non plus chez moi, mais chez Teresa dont
l'installation venait d'tre termine.
        Je traversai le palier  dix heures du soir.

        La mre et les filles me reurent toutes nues, ce qui me donna moins
d'tonnement que d'embarras.
        Connaissez-vous une situation plus digne de piti que celle d'une jeune
homme chambr par quatre femmes auxquelles il a dit "Je t'aime" et qu'il ne
peut aborder avec une respectueuse et lointaine dfrence par cette raison que
leur nudit l'invite  quelques approches?
        Quand je les eues embrasses toutes avec divers attouchements que la
morale chrtienne rprouve mais que les femmes nues accueillent assez bien,
Teresa prit Mauricette par les paules et, avant toute autre question, elle me
dit: "C'est vrai que tu as russi  te faire sucer la queue par cette gosse-l?
et que tu lui as dcharg dans la bouche? et qu'elle a tout aval? Elle qui
n'avait jamais pu! Est-ce que tu es sorcier?
-       Non; mais c'est plus facile avec elle qu'avec Votre Altesse, madame."
        Mauricette fut ravie de cette rponse, et Teresa, les mains sur les
hanches,
reprit avec bonne humeur: "Voil ce que je me fais dire?  moi qui ai suc
trois mille hommes dans mon existence!
-       Pas celui-l! dit Lili. Tu es la seule de la famille qui ne connaisse
pas le got de son foutre. Mme Ricette! mme Ricette l'a suc avant toi!
a, c'est patant!
-       Et tu veux me dpuceler cette enfant! poursuivit Teresa.
-       Oh! l! l! cette enfant, rpta Lili. Si j'avais autant de poils au
ventre qu'elle en a entre les fesses...
-       Ta gueule, toi, blanc de bidet! C'est srieux de prendre un pucelage.
Regarde Charlotte, si elle a envie de rire."
        Et Charlotte qui retenait ses larmes se jeta sur un divan pour pleurer.
Je pris cette occasion de la rejoindre et de lui dire quelques mots affectueux.
Elle tait si pitoyable... Mais Teresa m'interrompit: "Laisse donc! tu ne
connais pas Charlotte. Quand elle aura fini de pleurer elle se branlera et
quand elle aura fini de jouir elle aura envie de pleurer. C'est comme a du
matin au soir, je crois qu'elle jouit des larmes et qu'elle pleure du foutre.
Mais tiens! mais tiens! qu'est-ce que je disais?"
        Et en effet Charlotte, essuyant ses larmes de la main gauche, avait
dj la droite entre ses cuisses. Au mot de sa mre, elle ouvrit les yeux, vit
les ntres fixs sur
elle et dit en se relevant: "Oh! si vous me regardez tous..."
        Mollement, elle glissa la main dans un tiroir, y prit deux godmichs
qu'elle se planta l'un aprs l'autre par-devant et par-derrire, puis recouche
sur le divan, mais les cuisses trs cartes, elle remit son doigt en
mouvement, et dit avec un triste
sourire aux lvres: "C'est plus curieux maintenant?"
        On la laissa tranquille. Teresa reprit Mauricette par les paules, lui
arrangea les cheveux et lui redressa la taille comme si elle l'offrait  un
riche amateur,
et elle rpta: "Tu veux me dpuceler cette gosse qui a quatorze ans!
-       Oui, c'est jur entre elle et moi. Nous avons une dispense de
l'archevque.
-       Mais entre toi et moi qu'est-ce qui sera jur si je te la donne?
-       Je ne sais pas du tout. Dis-le.
-       Tu ne vas pas faire un enfant  cette enfant-l? Elle dcharge comme
une enrage. a prendrait du premier coup, tu m'entends? Gare  toi, j'aurai la
figure dessous et si tu lui lances une goutte de foutre, je te chtre.
-       Ne fais pas a. Je jure d'tre sage.
-       Alors, o te finira-t-on?
-       L'embarras du choix...
-       Ma bouche? voil une occasion.
-       Ah! cria Mauricette. J'en tais sre! C'est parce qu'il aura la queue
toute rouge de mon sang! c'est pour a! je lui avais bien dit que tu n'en
perdrais pas une goutte! que tu fourrerais ta langue dedans! que tu aurais la
bouche pleine de sang et de foutre!
-       Hein? crois-tu qu'il est temps de la dpuceler? me dit simplement
Teresa.
-       Oh! oui, qu'il est temps! rpta la petite. Maman, laisse-moi lui dire
un mot pour lui tout seul."
        Pour tre plus sre de me parler en secret, Mauricette m'entrana dans
une autre pice et ferma la porte. Si nous nous embrassmes, je le laisse 
penser.
        "Ma nuit de noces? dit-elle gentiment.
-       La mienne aussi.
-       Tu m'aimes bien! Je t'aime tant!
-       Je t'aime de tout mon coeur.
-       Tu vas me faire mal?
-       Mauricette!
-       Dis-moi que tu me feras plus mal qu'hier! plus mal qu'hier! Enfonce
tout! dchire-moi! fais-moi saigner comme un boeuf!"
        Elle allait continuer sur ce ton, peut-tre, quand la porte s'ouvrit.
Teresa reparut et, comme si elle avait entendu la premire phrase de
Mauricette: "Ne vous excitez pas, mes enfants! dit-elle. Je ne vous marierai
qu' minuit.
-       Oh! pourquoi? fit Ricette avec colre.
-       Et vous tes vraiment aussi gosses l'un que l'autre si vous ne devinez
pas pourquoi!"
        Comme mon ducation lui importait moins que celle de sa fille, ce fut 
Ricette qu'elle s'adressa: "Comment! une grande fille comme toi, tu ne
rflchis pas qu'au premier coup les hommes se retiennent moins bien qu'au
second? Et tu crois qu'on va te dpuceler comme on passe  travers un cerceau
de papier? Depuis le temps qu'on t'y fourre les doigts, penses-tu que tu serais
encore pucelle si je ne t'avais pas fait un pucelage en cuir, comme le trou du
cul?"
        Ricette rougit, pique de recevoir une leon devant moi; mais Teresa
n'avait pas fini.
        "Qu'est-ce qui arrivera si je vous laisse faire? Ou bien aprs cinq
minutes d'efforts il jouira dans tes poils et tout sera manqu. Ou bien il sera
tellement nerv de se retenir qu'au moment o il entrera... Tiens! ah!
tiens! tout pour toi!... Je lui couperai les couilles, mais trop tard. As-tu
compris?"
        C'tait le langage de la sagesse avec un vocabulaire qui, pour n'tre
pas celui des sermons, avait nanmoins de la force et mme une certaine
loquence. En
criant ce: "Tiens! ah! tiens!" Teresa ignorait sans doute qu'elle introduisait
une prosopope dans son discours, mais il n'est pas ncessaire de connatre par
leurs noms les figures de rhtorique pour les mettre comme Bourdaloue au
service de la persuasion.
        Fut-ce l'apostrophe, l'hypothse, l'exhortation ou la prosopope qui
l'emporta? Je ne sais. Ricette baissa la tte et demanda seulement: "Alors!
Qui aura le premier coup si je n'ai que le second?
-       Rentrez. On tirera au sort."
        Oh! cette fois la rhtorique manquait trop  une telle rponse.
        Mauricette devint furieuse et passa brusquement aux pires excs de
langage:

        "Ah! non! vous vous foutez de moi toutes les trois! C'est mon amant!
C'est moi qui l'ai trouv! C'est moi qui l'ai fait bander la premire! J'ai eu
l'honntet, la connerie de vous le dire et depuis trois jours vous mouillez
dessus, et ce soir o il me dpucelle il faut encore que j'aie vos restes?"
        Et comme Teresa souriait, sans motion ni surprise, Mauricette folle de
colre fit alors une scne effroyable.
        Les paroles passent tous les actes. Je n'avais jamais imagin qu'une
fille, mme dresse aux vices, pt dire de pareils mots  sa propre mre.
Elle articulait au hasard, d'une voix sans suite, sans raison, pour la joie de
lancer les injures dans le dsordre et l'incohrence o elle les avait mches:
"Ne me touche pas! je t'emmerde! je t'emmerde! et je foutrai le camp cette
nuit! Je t'emmerde, sale vache! sale grue! sale gousse! sale encule! sale
maquerelle! sale putain! Tu ne veux pas qu'on t'appelle comme a? Putain!
Putain! Putain! Putain! Putain! Putain! Putain! Putain! Putain! Putain!!
Fille de putain! Mre de putains, gousse de putains, branleuse de putains.
Je ne suis pas une putain, moi, je suis une pucelle! Tu as laiss vendre ton
pucelage par ta putain de mre, mais moi je ne suis pas une andouille comme
toi! je ne te laisse pas vendre mon pucelage, je le donne! Tiens, regarde-le,
sale maquerelle! regarde-le, ma garce! tu en voulais cent louis, tu n'en auras
pas cent sous! tu n'en auras que du foutre et du sang dans la gueule!"
        Debout, les cuisses cartes, la tte en avant, elle ouvrait des deux
mains les lvres de son sexe. Puis elle les referma et parla plus vite de la
mme voix sourde et haineuse.
        "Oui, j'en ai assez de montrer mes nichons dans ton bordel d'encules!
dans ton bordel de suceuses et de putains  tout faire! J'en ai assez de te
voir  table ramener un filet de foutre  la pointe de ton cure-dents et rire
quand tu ne sais plus qui tu as pomp! J'en ai assez de coucher dans des draps
o il n'y a pas une place de sche, parce que tout le bordel y dcharge, les
michs, les maquereaux, les gousses et les putains! J'en ai assez de trouver
sur ma toilette une serviette o il y a de la merde, chaque fois qu'un de tes
amoureux s'est essuy la pine dedans. Vache! Ordure! Fumier! Chameau! Fuie de
garce! Moule  bites! Gueule de chiottes! Marchande de chaude-pisse! Lcheuse
de derrires! Avaleuse d'trons! Bouffeuse de vrole! Compte sur moi
maintenant, ma salope! compte sur moi pour friser les poils de ta connasse ou
pour te passer le bton de rouge sur le trou du cul! Je ne veux plus de ta
langue ni de tes sales ttons pour me torcher! et je te chie! je te chie,
maman!"
        Ce dernier mot, ce "maman" me fit tressaillir.
        Mauricette faillit venir  moi, mais voyant l'ahurissement avec lequel
je l'coutais, elle tourna court et se jeta sur un lit, la tte dans
l'oreiller.
        Durant toute cette terrible scne je n'avais regard que Mauricette.
Quand je levai les yeux et les mains vers Teresa pour l'empcher de renier sa
fille comme je pensais qu'eue allait le faire, je la vis aussi tranquille que
si elle avait dirig une rptition de thtre. Elle frappait sa paume du bout
des doigts pour simuler sans bruit un petit bravo et elle dit tout bas avec un
long sourire, tonne de ma pleur:

        "Est-ce que tu ne comprends pas ce qu'elle veut?"
        O avais-je l'esprit. en effet? je n'y pensais pas. Mais la phrase
tait claire, je rpondis prcipitamment. "Non! oh! non! jamais devant moi!
-       Bien. Va-t'en. Laisse-moi seule avec elle.
-       Pas ce soir, je t'en prie. Pas ce soir."

        Teresa poussa un soupir et, avec une patience qui ne lui tait pas
coutumire, elle dit entre ses lvres: "Ah! les amoureux!... Eh bien! reste,
toi. Mais tu seras sage! C'est promis?"
        Et je demeurai seul avec Mauricette.
        Il y eut vingt minutes d'entracte, puis nous rentrmes et, sans lan
mais sans bouderie, la mre et la fille s'embrassrent comme si rien ne s'tait
pass.
        Et ainsi qu'une lve du Conservatoire saute de la tragdie  la
comdie, Mauricette, aussi gaie maintenant qu'elle venait d'tre furibonde,
improvisa un boniment forain avec une tonnante facilit de parole: "Madame et
mesdemoiselles, voici la jeune sauvagesse annonce  l'extrieur. Elle se
prsente  vous toute nue selon la mode de son pays. Rien n'est faux ni truqu:
prenez l'objet en main; les cuisses ne sont pas rembourres; le ventre est
garanti, mesdames, en vritable peau de pucelle; il y a un peu de crin dans les
fesses, mais c'est pour l'ornement. Vous voulez tter les nichons,
mademoiselle? ttez, a ne cote rien. Tirez les poils, voyez qu'ils ne sont
pas colls, ni sur le con, ni sous les bras. C'est la vraie, l'inimitable, la
clbre Mauricette dont vous avez lu le nom sur l'affiche.
        "Cette jeune sauvagesse, mesdames et monsieur, a des particularits
tout  fait extraordinaires. Elle fait l'amour par le trou du cul... Vous
n'avez pas bien compris, mademoiselle?... Quand elle a sur elle un homme qui
bande, elle baise pas comme vous, elle se retourne avec grce, elle prend
dlicatement la queue et elle se la met dans les fesses comme toutes les femmes
de la famille, ce qui ne l'empche pas de dcharger mieux que vous,
mademoiselle, avec moniche sans poil! Qu'est-ce que vous avez  vous tordre?
Quand on rit devant la sauvagesse, elle devient enrage et mange les petites
filles sous le ventre."
        Lili tait malade de rire. Charlotte riait aussi, mais Teresa tait la
plus heureuse des trois; videmment, la scne prcdente n'avait eu pour elle
aucune espce d'importance. Mauricette, anime par le succs, reprit son
monologue de parade: "La sauvagesse que vous avez sous les yeux,
mesdemoiselles, porte son pucelage entre les pattes. Il ne se voit pas,
tellement sa taille est cambre par l'habitude qu'elle a de prsenter le
derrire. Mais pour un lger supplment (le cinquante centimes par personne,
elle va vous montrer le phnomne de prs... Tout le monde a pay?... Nous
avons l'honneur de vous prsenter le pucelage de la sauvagesse. Approchez.
N'ayez pas peur; il est trs rouge, mais il n'est pas mchant. La jeune
indigne s'adonne  la masturbation avec les raffinements froces des jeunes
filles cannibales; elle se met de la moutarde au bout du doigt quand elle se
branle, et alors... Oh! madame, vous croyiez que son pucelage rougissait par
pudeur? Non, c'est l'onanisme qui le fait rougir. N'y touchez pas,
mademoiselle! vous allez la foutre en chaleur! Regardez, mais ne touchez pas!
et maintenant coutez, mesdames et monsieur, le programme de la sance.
        "A la fin du spectacle, dpucelage solennel de Mauricette devant
l'honorable assistance. La jeune sauvagesse se prsentera en levrette...
Cela vous choque, mademoiselle? Les jeunes filles qu'on encule aiment cette
posture-l. Elle se prsentera donc en levrette sur la figure de sa maman et
entre ses deux soeurs, mues, qui vont sangloter, se branler, s'embrasser,
pousser des cris... Mais ceci n'est rien, mesdemoiselles. Nous commenons la
reprsentation par un numro indit, un excercice tout nouveau que la clbre
Mauricette a rpt hier et qu'elle donne au public pour la premire fois.
-       Sucer? cria Lili qui battit des mains. Oh! a, pour Ricette, c'est plus
patant que de la dpuceler!
-       Oui, mesdames, l'affiche ne ment pas. Pour la premire fois la jeune
sauvagesse va sucer publiquement un homme. Au lieu de le faire dcharger en
l'air, elle le laissera jouir dans sa bouche; et au lieu de cracher comme vous
faites (c'est trs vilain, mademoiselle), la clbre Mauricette avalera le
foutre en se lchant les lvres avec un gracieux sourire, pour avoir l'honneur
de vous remercier.
-       Crois-tu que c'est une fille du cirque, celle-l!" me dit Teresa, toute
fire.
        Sans doute, mais c'tait aussi la seule des trois qui et appris le
franais dans un pensionnat avec assez de littrature pour donner  son bagou
le tabarinesque.
        Vivement Ricette vint me chuchoter quelques mots a l'oreille, je lui
rpondis: "Si tu le veux." Alors tout haut, spontanment, devant moi, devant
ses soeurs, elle fit  la mre une sorte d'amende honorable.
        "Tout  l'heure, j'ai t vache avec toi, maman. On fera la paix comme
a: il va te baiser la premire.
-       Moi? fit Teresa.
-       Oui, toi sur moi, comme ensuite moi sur toi. Et je le finirai dans ma
bouche, maman; et j'aurai ton foutre en mme temps que le sien.
-       Hein! quel amour de gosse! me dit Teresa en la serrant dans ses bras.
Vois-tu que je la connais mieux que toi?"





CHAPITRE XIII

        Lili n'en croyait pas ses oreilles: "Quelle sance! non! Ricette qui
suce! maman qui baise! et un dpucelage  la fin! On n'en ferait pas autant
devant le roi d'Angleterre!
-       Est-ce rare, a, "maman qui baise"! rpta gaiement Teresa.
-       Je te crois! dit la gosseline. T'as mme pas bais pour me faire!"

        La rponse tait juste, prompte, et dite sur un ton assez drle, mais
le fou rire qui l'accueillit fut hors de toute proportion avec la valeur du
mot. Charlotte, qui larmoyait depuis une heure, eut un accs d'hilarit coup
de gmissements comme si elle souffrait plus de rire que de pleurer. Teresa
poussa des cris et se retint  elle pour ne pas tomber. "Soutiens-moi, Fabian!"
        Ricette elle-mme... Le rire est contagieux. Ricette clata la
dernire. Et Lili resta seule  rire modrment de sa repartie. Aussi
commenai-je de croire qu'elle serait un jour sans peine la plus spirituelle
des quatre.
        Ricette, ex-pensionnaire pour qui l'arithmtique n'avait plus de
secrets, lana des chiffres et par la science des nombres nous ramena aux
questions srieuses:
"Maman est encule en moyenne trois fois par jour. a fait onze cents fois par
an.
-       Et le pouce! dit Charlotte.
-       Et les godmichs! dit Lili.
-       Et les nuits comme celle de Nol dernier o elle l'a fait dix-huit
fois.
-       Je dis: en moyenne onze cents fois par an. Elle a commenc  huit ans;
elle en a trente-six. J'ai compt. a fait plus de trente mille enculades.
-       Trente mille! s'crirent-elles toutes ensemble.
-       Et elle baise une fois par an, oui,  peu prs.
-       Oh! je n'ai pas bais trente fois dans ma vie entire! dclara Teresa.
La dernire nuit o a m'est arriv, c'tait quand, Charlotte? C'tait l'autre
t, au mois de juin? Ah! tu peux le dire, fit-elle en se tournant vers moi!
Je suis presque aussi pucelle que Mauricette. Charlotte est comme moi. Il n'y a
que Lili qui baise dans la maison.
-       Maman, maman, maman! dit Ricette impatiente. Est-ce que nous
commenons?"
        Le consentement qu'elle obtint ne suspendit ni ses penses ni ses
paroles. Elle semblait soucieuse. Elle ne se couchait pas. Abandonnant
l'arithmtique pour s'attacher  un curieux problme d'rotologie, elle regarda
srieusement sa mre et
dit: "Pouvons-nous?... Je ne suis pas fche de savoir si c'est possible, mon
programme... Faire minette sous une femme qu'on encule, a n'est dj pas
commode; mais sous une femme qui baise... surtout si on la dpucelle...
Jamais ta langue ne me touchera le bouton.
-       Je ne l'ai jamais fait, dit Charlotte; mais on baise si peu ici...
-       Moi, je le ferais! dit Lili.
-       Oh! toi, tu es disloque."
        Teresa prit un temps, comme une institutrice qui cherche une formule
d'enseignement accessible au cerveau d'une adolescente, et rpondit sans se
hter:
"Combien de fois t'ai-je dit que les positions, c'est l'affaire des femmes, a
ne regarde ni les hommes ni les gousses. Alors, dans la posture que nous allons
prendre, c'est  la femme de dessus  se placer comme il faut. Ce n'est pas la
langue de dessous qui pourra lui chercher le bouton si elle creuse le ventre et
si elle fait le gros dos.
-       Crois-tu que je saurai ce que je fiche,  ce moment-l!
-       Allons! Allons! regarde d'abord comment je m'y prends et quand ce sera
ton tour je saurai bien te guider."
        L'obscnit avec laquelle Teresa ouvrait sa croupe en levrette m'tait
dj bien connue. Levrette est vraiment trop peu dire. Le mot d'ourse
conviendrait mieux. Elle n'tait que poils par-derrire. Comme elle avait les
fesses trs trs belles et les cuisses fort bien dessines, on n'osait lui
faire mentalement le reproche d'tre plus velue qu'une autre femme, et, n'et
t l'impudence de sa posture, on se serait figur que plutt elle imposait son
esthtique.
        Malgr la rserve et la modestie de mes exercices amoureux comme de mon
langage mes scrupules de moralistes ne vont pas jusqu' m'interdire de baiser
une mre sur sa fille et de dflorer ensuite la fille sur la mre.
        Je ne l'ai fait qu'une fois, mais je le recommencerai volontiers si
l'occasion s'en prsente. Parlerai-je pour un instant  la jeune fille qui
tient ce livre et lui dirai-je
comme et dit Mauricette: "Je ne vous choque pas, mademoiselle! Si votre mre a
trente-six ans, si elle est belle, si vous l'aimez assez pour lui faire ce que
vous faites  vos petites amies, vous comprendrez la scne suivante... Et si
vous tes une ingrate, si vous n'avez jamais donn du bout de la langue un
frisson de plaisir aux chairs qui souffrirent tant pour vous mettre au monde,
rougissez de vous et non de ce que vous lisez."
        J'acceptais donc Teresa sur Mauricette et mme sous elle. Son rle ne
me paraissait vraiment ni superflu ni dsagrable... Mais deux rles que
j'eusse coups si j'avais invent cette histoire, c'taient ceux de Lili et de
Charlotte. Elles ne servaient  rien; Charlotte me troublait par son motion,
Lili par son petit rire et toutes deux ensemble par leur bavardage, leur
curiosit, leurs conseils ou simplement par leur prsence. Je les aurais
voulues au diable pour un quart d'heure.
        Dessinons tout d'abord le groupe tel qu'il se forma.
        Ricette couche sur le dos, Teresa enjamba son visage et tte-bche
avec sa fille elle s'offrit  moi dans la posture ouverte que j'ai dcrite un
peu plus haut.
        Le saphisme double et simultan n'est pas apprci de toutes les
lesbiennes. L'homme qui baise peut seul donner la volupt en gotant la sienne
sans perdre la tte.
        Aux approches du plaisir, la femme est incapable de diriger le spasme
qu'elle voudrait donner en change.
        Aussi, de deux amies qui se placent tte-bche, il n'y en a qu'une qui
jouit; mais, comme le coeur des femmes damnes est semblable au coeur des
saintes, la lesbienne qui fait jouir et qui ne reoit rien est la plus heureuse
des deux.
        Une autre nuit, et dans une telle posture, la langue de Teresa et mis
en une minute Mauricette hors de combat. Cette fois, rien ne pressait, tout au
contraire.
        Teresa ne donna que de vagues baisers et laissa Ricette en pleine
possession de ses facults actives.
        J'attendis...
        La petite cartait des deux mains les poils et les lvres; elle
relevait la tte avec effort, prcipitait et appuyait sa langue autant que
possible pour hter le moment o elle me dirait... car ce fut elle-mme qui me
dit: "Viens, maintenant."
        Les larges gouttes de pluie qui annoncent l'orage commenaient 
pleuvoir sur les joues de Mauricette.
        Quand je me prsentai, Lili ne put se retenir de rpter tout bas: "Oh!
maman qui baise!"
        Je m'introduisis facilement, ne craignant qu'une chose: que la fougue
de Teresa ne me laisst pas matre de moi. Mais Teresa n'oublia pas un
instant... qu'elle n'tait pas l pour s'amuser et qu'elle se faisait matresse
de postures.
        Aussi donna-t-elle le pas  la pdagogie sur le divertissement.
Le tout dans
son style ordinaire: "Tiens, ma gosse! regarde comme je te le donne! L'as-tu,
mon bouton? L'as-tu? Tu vois bien que les couilles ne te gnent pas et que ta
langue me touche... Tout  l'heure tu feras comme moi, tu iras au-devant de ma
langue et tu ne bougeras pas, m'entends-tu? Si je ne me retenais, en ce moment,
je donnerais des coups de cul partout et je perdrais ta langue comme je
voudrais. J'ai une envie de dcharger qui me coupe le derrire en quatre et une
salope de queue qui se trompe de trou... qui me baise... Mais tiens... tu vas
voir si je ne suis pas foutue de jouir sans bouger..."
        En effet, elle resta frmissante et  peu prs immobile. Mauricette fut
inonde. Moi aussi; mais je pus me retirer sans avoir perdu ce qui tait
ncessaire  la seconde partie du programme.
        Cela est assez curieux: cette seconde partie intressa tout le monde
plus que moi et mit les quatre femmes dans un tat d'excitation que je ne pus
atteindre, moi qui tais pourtant le mieux partag.
        Charlotte et Lili se pressaient pour voir, parlaient sans cesse et
devenaient bien importunes.
        Mauricette, pourpre et agite, s'essuyait le visage que sa mre avait
tremp, mais non pas de ses larmes. Elle tait doublement mue, tant deux fois
dbutante par l'acte qu'elle allait tenter de russir et par le spectacle
qu'elle en donnait.

        "J'ai le trac et j'ai envie de jouir, dit-elle, j'ai peur de rater.
-       Au contraire, dit Teresa; plus tu auras envie de jouir et mieux tu
russiras. Pour te regarder je ne peux pas te faire minette; mais veux-tu que
je te branle?
-       Oui, maman.
-       Et, si tu veux m'en croire, laisse-toi foutre en chaleur, petite
sauvagesse, avec un peu de moutarde par le trou du cul.
-       Oh! fit Ricette en levant les yeux au ciel. Je serai folle... Alors ne
me branle pas... Touche-moi seulement... Ne me fais pas jouir avant lui
surtout!... Tu me branleras quand je te ferai signe..."
        Elle tourna sur elle-mme et, pendant que sa mre quittait la pice,
elle se jeta tendrement dans les bras de sa soeur ane avec un: "Oh!
Charlotte! Charlotte!" qui semblait lui demander toute son indulgence et son
encouragement. Tout cela et le reste, Charlotte l'et donn pour rien; mais
Ricette voulut le mriter. Aprs un baiser langue  langue, elle lui dit: "Ma
Charlotte! un petit peu de ton foutre  toi aussi!"
        Et, jetant sa soeur sur le divan, elle lui fourra les lvres entre les
cuisses.
        "Ben vrai! dit Lili. Quand tu auras tous ces foutres-l dans la bouche,
a finira par faire un gosse!"
        Mais cette fois je fus seul  rire. Teresa qui rentrait et ses deux
autres filles taient beaucoup trop excites pour changer de visage.
        Et ce qu'avait accept Mauricette fut rellement accompli. Elle-mme,
debout, se pencha en avant, creusa les reins, ouvrit les fesses et se laissa
faire ce que font avant les courses les leveurs aux taureaux de combat.
Je ne sais quelle moutarde poivre Teresa lui mit dans l'anus, mais Ricette en
eut de violentes secousses et, touchant du doigt ce qui la brlait, se passant
l'autre main sur le front, elle gmit:
"Pourquoi m'as-tu fait a? maintenant j'ai envie qu'il m'encule!
-       Pas avec de la moutarde! fit Teresa.
-       Alors, toi! ou Charlotte! un godmich au moins.
        Ah! que j'ai peur de jouir!
-       Mais suce-le donc tout de suite! qu'est-ce que tu attends?"
        Mauricette se prcipita et, sur le point de commencer, me dit de sa
voix la
plus ardente: "Tu m'enculeras tout de mme, dis, cette nuit? avant de me
dpuceler... j'enlverai la moutarde, tu ne sentiras rien... Ah! mais c'est du
feu qu'elle m'a mis dans le cul! Ah! que j'ai envie d'une queue par l!...
Qu'est-ce qu'on me fait maintenant?... Ah! c'est toi?"
        Sa mre lui avait introduit un godmich qu'elle tenait simplement  la
main. Ricette se souleva. Je ne pus voir si elle se sentait soulage ou irrite
davantage,
mais elle cria: "Je n'avais pas besoin de a pour l'aimer, ton foutre! Je
n'avais rien dans le cul, hier, quand tu m'as joui dans la bouche! Dis-le 
maman!... Et fais-m'en boire encore! vite! j'ai soif! j'en veux!"
        Elle me prit avec tant de voracit que je sentis ses dents plus que ses
lvres. Je ne voulus pas le lui dire devant la jeune Lili qui se serait moque
de son inexprience, mais je htai mon plaisir et je n'oubliai pas de l'avertir
 temps.
        Mauricette, carlate, russit brillamment ce petit travail qu'elle
excutait pour la premire fois en prsence de sa famille et qui tait pour
elle, selon le mot de Lili, "beaucoup plus patant que de se faire dpuceler".
Elle donna malheureusement une seconde preuve de son inexprience en voulant,
par excs de zle, prolonger cet exercice au-del de ce que mes nerfs pouvaient
supporter. Mais alors la pauvre petite ne savait plus du tout ce qu'elle
faisait. Teresa, qui ne la quittait pas du doigt, avait rgl, retenu, puis
lch le spasme de sa chair aussitt aprs le mien et la dbutante gare,
presque vanouie un instant, eut  peine conscience du succs que lui firent sa
mre et ses soeurs.
        Avec un faible sourire, elle ouvrit la bouche pour que l'on vt bien
qu'elle avait tout absorb; puis elle retomba puise dans mes bras.
        Lili, si nue et mince et glabre, se croisa les bras devant Teresa vtue
de poils, qui portait ses ttons sombres comme des bijoux orientaux. Ce
contraste de nudits tait pour moi sans prcdent, mme en art, en
littrature... C'tait Tsilla devant Hrodiade ou bien sainte Esprance devant
Thodora, qui ne se sont point rencontres.
        Et Lili, prenant un air de rsignation comique, soupira: "Sommes-nous
cocues, hein, maman? Elle vient nous sucer notre amoureux sous le nez et elle
ne nous rend pas une goutte de foutre!
-       Attends! j'en aurai au second coup.
-       T'en auras? je te flicite. Mais moi je peux me brosser la fente et
regarder si mes poils poussent."
        Les mtaphores de Lili taient souvent personnelles, mais elles
valaient mieux encore par l'aisance qu'elle savait donner  leur improvisation.
        Or Teresa possdait ses filles corps et me, comme et dit un
romantique. Devinant leurs penses aussi bien que leurs dsirs, elle sentit que
Lili agaait Mauricette et qu' son ge elle tait incapable de comprendre
l'tat de sa soeur.
        Ici encore les plus hautes autorits philosophiques rsolvent la
question sans dbat et presque dans les mmes termes, car les thoriciens se
drobent entre eux non seulement leurs ides mais l'expression d'icelles.
        "Une jeune courtisane impubre qui s'exerce au cot anal est excusable
de mconnatre le double garement physique et moral qu'prouve une adolescente
nubile la nuit o elle ouvre les cuisses pour offrir sa virginit."
        Telle est la vieille formule d'Erasme, tant de fois copie depuis et
qu'on retrouve dans tous les manuels.
        Teresa n'avait que deux moyens de faire taire Lili ou de clore
l'incident.
Elle lui en donna le choix: "Veux-tu te coucher, insecte! Sais-tu l'heure qu'il
est?"
        Ici, Lili ft un geste... Oh! je ne conseille pas  mes jeunes
lectrices de rpondre ainsi  leurs parents! Elle tourna le dos, prsenta les
fesses et ouvrit la main comme pour un pied-de-nez, en se fourrant le pouce
dans le aerrire.
        Teresa lui donna de la main deux claques sonores au mme endroit, puis
l'enleva dans ses bras toute lgre, se la frotta sur tes seins, la fit rire et
lui dit: "Tu ne veux pas te coucher? tu veux voir dpuceler Mauricette?
Eh bien! fais-nous des intermdes. Va te costumer. On t'attendra."
        Si putain qu'elle ft, la petite Lili tait trop nave pour comprendre
qu'on voulait se dbarrasser d'elle.
        D'un saut joyeux, elle quitta la chambre...
        Teresa nous sourit,  Ricette et  moi. Puis elle se retourna...
Elle regarda Charlotte... et la scne qu'elle ft me fut plus pnible peut-tre
que celle dont j'avais toujours les accents dans l'oreille et que Ricette en
fureur lui avait inflige. Que se passa-t-il dans son esprit? je ne sais.
Par un sentiment plus humain que maternel, eut- elle besoin de rendre  l'une
de ses filles les injures qu'une autre lui avait dites? Ou s'nervait-elle plus
que nous tous au "programme" de Mauricette? Elle clata. Elle
cria, ds le premier mot: "La salope! elle se branle encore!
-       Oh! maman! dit Charlotte. Tu baises, tu jouis; Ricette apprend  sucer;
tu la fais jouir, tu lui fourres de la moutarde et un godmich dans le
derrire, je vois tout a, je n'ai personne, et tu ne veux pas que je jouisse
aprs vous?
-       Aprs nous? mais tu l'avais fait avant! Ricette a eu un godmich dans
le derrire? toi, tu t'en es plant deux! par les deux trous! parce que tu n'as
que deux trous! Si tu avais cinquante trous dans le cul, il te faudrait
cinquante godmichs tous les quarts d'heure, salope!"
        Charlotte cessa. Elle ne pleura point et ne rpondit plus; mais elle
reposa son coude sur son genou et son front dans sa main; attitude de
l'accablement.
        Je souffrais plus qu'elle, oui, plus qu'elle, de ce que j'entendais; et
je compris d'un mot quand, au mouvement que je fis pour me lever, Ricette me
retint des deux bras et me dit  l'oreille: "Tais-toi donc! a l'excite."
        Mais j'tais debout malgr ce geste et de la main et du regard,
j'arrtais la scne.
        Teresa me fit taire a mon tour, sans prolonger pourtant ce que j'avais
tant de peine  entendre.
        "Dis-le donc, dis-le toi-mme devant ta soeur qui est pucelle.
Qu'est-ce que tu es?
-       Une pauvre putain.
-       Pourquoi es-tu  poil comme une fille de bordel? Est-ce que tu n'es pas
au- dessous des filles de bordel?
-       On! si! Elles ne font pas ce que je fais!
-       Alors, va donc avec Lili. Mets ton costume de pierreuse et reviens.
On te parlera.
-       Moi aussi!" cria Mauricette.
        Je ne comprenais plus. Mais pendant que Charlotte sortait, lente et
triste  son habitude, Ricette m'entrana de toutes ses forces au fond de la
chambre et me
dit, la bouche en avant: "Ha! qu'est-ce que maman m'a fourr dans le cul?
C'est du feu! Je suis enrage! Je vais faire ma toilette et je reviens pour
toi, mais il faut, il faut! il faut que tu m'encules! tu me dpucelleras plus
tard. Je vais revenir avec Charlotte, nous ferons vite une scne, joue ton
rle, appelle-la putain et prends-moi. T'as compris?"
        Singulire constatation: plus je les connaissais, moins je les
comprenais, cette femme et ses trois filles.
        Reste seule avec moi, Teresa vint me parler. Je crus qu'elle allait
m'expliquer mon rle, mais elle avait bien autre chose en tte.
        "Lili a raison, dit-elle. Jouir dans la bouche de Mauricette, c'est
plus patant que de la dpuceler. Quel foutre est-ce que tu as pour qu'elle
l'avale si bien?"
        Du corps et des lvres, Teresa devenait plus pressante encore que de la
voix et, comme elle tait loin de refroidir mes sens, je rpondis en
l'embrassant:
"Demande  tes filles. Elles en ont bu toutes les trois.
-       Quelle bouche aimes-tu le mieux?
-       La tienne."
        Et je ne mentais pas. Je la prfrais d'avance comme si je l'avais
prouve. Teresa pourtant eut un sursaut a cette rponse. Je craignais  tout
instant de voir la porte s'ouvrir, et, surtout pour ne pas continuer sur ce
ton, mais aussi pour l'interroger en quelques mots, je lui dis rapidement:

        "Qu'est-ce qui va se passer? Qu'est-ce qu'elles font?
-       Je m'en fous!" dit Teresa en me donnant ses lvres.
        Cela tournait court. Je la ramenai au sujet d'un ton suppliant.
Aprs une minute de silence o je craignais tout le temps un de ces crescendos
que j'ai plusieurs fois dcrits dj, elle retint sa voix au contraire et me
rpondit, mais de si prs que j'avais ses cheveux sur le visage: "Ce n'est
qu'un jeu. a lui fait plaisir. Elle aime ce rle-l. Tu la connais bien.
-       Qui?
-       Ma Charlotte, fit-elle tendrement. Je ne vois pas ce qu'elles font
toutes les deux, mais je le sais. Charlotte se costume en fille de trottoir et
Mauricette en autre chose. Elles sont aussi gosses l'une que l'autre. Elle font
des comdies mme quand elles sont toutes seules, et puisque tu es l, joue
avec elles, quoi?"
        Puis, se montant, elle ajouta: "Je les ai assez foutues  poil dans ton
lit, mes filles! Si tu ne connais pas leurs caractres! Si tu ne sais pas ce
qu'il faut leur dire!...
        Mais elles rentraient, toutes les trois, dans de singuliers
accoutrements.





CHAPITRE XIV

        La premire que j'aperus fut Mauricette. Elle portait un costume
collant d'arlequin, le mme sans doute que Charlotte avait eu  son ge et dont
elle m'avait longuement parl  propos de la fameuse gageure.
        Charlotte, qui la suivait, me frappa d'abord par son visage. Elle
semblait ravie de "jouer le rle" au double sens de l'expression, aprs avoir
senti plus que moi peut-tre combien sa prsence tait inutile et par moments
importune. Toujours pousse par la folie qu'elle avait de s'avilir, elle avait
mis une robe noire, un tablier  poches, un ruban rouge autour du cou et
s'tait coiffe de telle sorte qu'on lui aurait donn vingt sous de sa vertu
sous le pont Notre-Dame.
        Enfin Lili tait en colire: tablier noir et natte sur le dos.
J'tais un peu trop jeune moi-mme pour faire le satyre devant elle.
        La pense qui me vint aussitt fut que jamais on ne pourrait tramer une
intrigue entre ces trois personnages et un jeune premier, ou qu'alors la
comdie serait absurde... (Ah! comme je voudrais que tout ceci ne ft pas
vritable! et comme je choisirais mieux les costumes de la parade...!) Eh bien!
vous devinez ce qui arriva? Les jeunes putains ni les jeunes filles moins
ouvertement putains, ne reculent point devant l'absurdit des comdies qu'elles
improvisent. Plus c'est extravagant, plus elles s'amusent et leur jeunesse fait
tout passer.
        Ricette encore une fois me prit  l'cart et me dit en riant: "Jouons
vite! Je suis presse! J'ai le feu dans le derrire!..."
        A ce mot elle rit si fort qu'elle ne pouvait plus parler.
        Elle reprit pourtant: "Et j'ai pas de chance parce que je passe  la
fin! Aprs moi, naturellement, y aura un entracte!"
        Charlotte nous interrompit, mais avec un visage heureux que je ne lui
avais pas vu depuis le commencement de la soire: "Tu sais ce qu'on va faire?
-       Oh! pas du tout! Je serais mme curieux de savoir comment on peut
construire un drame ou une comdie entre une pierreuse, une arlequine et une
colire. Vous avez une belle imagination toutes les trois!
-       C'est pas malin. On fera des scnes, comme dans les revues. On passera
l'une aprs l'autre."
        J'aimais mieux cela. Pas vous. Mais moi. Quand on se prpare 
dpuceler une jeune fille de quatorze ans, il vaut mieux ne pas se fatiguer
l'esprit. Je laissai donc les trois soeurs se partager les rles et en donner
un mme  leur mre bien qu'elle ne ft pas costume. Mais Ricette, qui n'y
tenait plus et qui sautait d'un pied sur l'autre comme une petite fille qui a
envie de pisser, obtint que sa scne fut joue en lever de rideau, ce qui
renversa tous les plans et nanmoins ne choqua personne. Ah! comme c'est facile
de faire du thtre!
        "Monsieur, me dit-elle, je suis venue souper en cabinet avec vous, mais
c'est  la condition que vous serez sage.
-       Pourquoi voulez-vous que je sois sage?
-       Parce que je suis grise.
-       Vous ne l'tes pas assez.
-       Et parce que je suis pucelle.
-       Vous l'tes trop. Montrez-moi a. Quelle malheureuse infirmit!
Depuis quand tes-vous ainsi?
-       Ah! monsieur! c'est de naissance.
-       Est-ce que vous souffrez?
-       a me brle, c'est affreux.
-       Suivez-vous un traitement?
-       Oui, monsieur. Des massages. Avec le bout du doigt."
        Malgr le rire de ses soeurs, Ricette gardait tout son srieux.
Elle ajouta doucement; "Quatre fois par jour.
-       Et pas autre chose?
        Oh! si! mais je ne vous le dirai pas. C'est un secret de jeune fille.
-       Je ne le rpterai  personne.
-       Bien vrai?
-       Je vous le jure sur les perfections de votre patronne sainte
Mauricette.
-       a ne vous engage  rien, elle n'est pas dans le calendrier; j'ai t
chrtiennement leve, monsieur; je connais les trois vertus thologales et
l'histoire jusqu' Mose; mais la sainte Mauricette, comme elle n'existe pas,
c'est rien de dire ce que je m'assois dessus! Et c'est pas elle qui me punira
si je vous le donne, mon secret de jeune filfe... An! l! l! je dconne!
Qu'est-ce que j'ai bu? a ne se voit pas, m'sieu, que je suis saoule?
-       Pas du tout... Alors, ce secret?
-       Maman m'a dit... que pour calmer leurs pucelages, sans les perdre...,
les jeunes filles honntes... Ha! ce qu'il fait chaud ici!... se faisaient
masser par-derrire... en mme temps qu'elles se massaient devant.
-       Par-derrire? mais par o?"
        Elle me montra les dents d'un air froce mais plein de gaiet, qui
semblait
me dire: "Ah! tu ne comprends pas?" Puis, avec sa facilit d'improvisation et
reprenant pour jouer son rle le visage de l'innocence, elle rcita: "Maman m'a
fait un costume d'arlequine avec une boutonnire d'un centimtre au bon
endroit, entre les cuisses, pour que j'aie la place de passer mon doigt et
derrire il y a un losange qui se relve. Vous voyez, m'sieu?
-       A quoi cela peut-il servir?
-       Elle m'a dit en m'habillant: "Tu seras convenable, tu montreras que tu
es une jeune fille bien leve, tu ne prononceras pas de gros mots, mais, quand
tu verras qu'il bande, tu lui prendras la queue, tu te fourreras du beurre dans
le trou et tu ouvriras les fesses en disant que c'est la premire fois, que
c'est honteux de faire des choses pareilles, que tu n'oseras pas t'en confesser
et que tu te ficherais  l'eau si ta maman le savait.".. Vous comprenez pas?
-       Elle ne vous a pas dit autre chose?
-       Si. En m'embrassant sur la porte elle m'a dit: "branle-toi pendant
qu'on t'encule, ne demande pas  ton mich o c'est qu'on chie le foutre dans
ce bordel-l; mais fais-t'en seringuer, ma gosse, depuis le derrire jusqu' la
gueule, dcharge dans ta chemise, dgobille dans le piano, pisse dans la
carafe, gagne tes cinquante francs par le trou du cul et surtout ne dis pas de
gros mots."... Vous comprenez pas encore?
-       De moins en moins. Votre pudeur, mademoiselle... Ce trouble qui rend
vos paroles confuses..."
        Je devenais taquin et deux fois odieux; car Mauricette jouait fort
bien. Si joyeuse qu'elle ft de coeur et d'esprit, je la vis sur le point
d'avoir une colre instantane. Je n'eus que le temps de lui dire en me
touchant le front: "Ah! j'ai compris!
-       Miracle de sainte Mauricette! soupira-t-elle avec patience.
-       Ce losange, on peut le lever?
-       Tu parles!
-       Et regarder ce qu'il y a dessous comme chez les petites filles de La
Rochelle?"
        Non, non c'tait fini. De mes lvres sur sa bouche, je l'empchai de
rpondre. Mes taquineries taient moins drles que son jeu et je ne les avais
prolonges que pour m'amuser plus longtemps  l'entendre. Je craignais qu'au
premier contact elle ne cesst toute comdie mais l'amour du thtre chez les
jeune filles est presque aussi fort que le plaisir des sens et pendant quelques
minutes Ricette put soutenir son rle d'ingnue en cabinet particulier.
        "Voyez, monsieur, dit-elle, la diffrence qu'il y a entre le vice et la
vertu. Les femmes hontes qui dansent le nu ont un cache-sexe par-devant.
Les pucelles tout habilles ont un petit losange qui se lve par-derrire.
(Et elle rit de tout son coeur sur la dernire syllabe).
-       Je connais bien mal les secrets des jeunes filles et j'ai peur de ne
pas...
-       Alors, monsieur, laissez-moi faire. Maman me l'a bien rpt: "Si ton
client est un con, tu sais t'y prendre; encule-toi!"
        Elle riait de plus belle; mais cette fois elle avait pass la mesure.
Je n'aime pas ce genre de plaisanteries et l'on m'objecterait en vain qu'une
vierge de quatorze ans a droit  quelque indulgence pendant qu'on la sodomise.
Ricette reut, pour le principe, les deux ou trois petites gifles qu'elle
mritait. Et alors... (J'ai oubli d'crire
ce dtail: la chambre tait vaste. Teresa, Charlotte et Lili se groupaient au
fond sur le divan. Nous jouions loin d'elles, comme au thtre, et Mauricette
pouvait me parler sans tre entendue de l'assistance...) Elle cessa de rire,
tourna la tte et me dit
ardemment mais tout bas: "C'est a que tu appelles des claques, Ta queue me
fait plus de mal que ta main. Recommence.
-       Mais non!
-       Si. Ecoute que je t'apprenne, tout bas. Rappelle-toi ce que tu as fait
 maman sans le faire exprs.
        Prends-moi les poils, on n'y verra rien, tu auras l'air de me
branler... Non, pas ces poils-l... plus bas... ceux des lvres... oui...
tire... tire-les... tire donc!... mais tire donc! je vais jouir..."

        Et elle m'empoigna la main pour me faire tirer comme si j'arrachais une
poigne d'herbe.
        L'entracte ne dura qu'une minute. Pour nous donner un peu de repos,
Lili en colire aborda Charlotte en pierreuse et lui dit d'un air souponneux:
"T'es donc encore malade? la pine de ton frre avait un drle de got ce
matin."
        Quand Charlotte avait ses nerfs, elle ne pouvait retenir ni sa gaiet
ni ses larmes. Surprise par cette phrase imprvue, elle rit derrire sa main
avant de rpondre. Puis la scne commena, mais sur un autre ton que celui de
Mauricette. Entre elle et ses deux soeurs, il y avait toute la distance du
pensionnat  l'cole primaire. Lili parvenait quelquefois d'un saut  franchir
le pas; sa fantaisie et son instinct suffisaient  la conduire. Charlotte ne
parlait que le langage du ralisme obscne et sentimental. Le rle qu'elle
acceptait, qu'elle avait mme demand, ne ressemblait gure aux types de
Bruant. C'tait celui de la fille lasse et lche, qui a toutes les servilits,
reoit toutes les injures et (presque sainte mais sans le savoir) s'accuse la
premire de son ignominie.
        Elle prit donc un air douloureux et quand Lili rpta: "Un drle de
got.
-       C'est pas assez qu'il me fasse des queues avec une mme de dix ans!
fit tristement Charlotte. Il faut que la mme vienne se plaindre! a arrive
qu' moi, ces choses-l.
-       Une mme de dix ans? Elle est moins gourde que toi, la mme de dix ans!
Elle a branl le secrtaire du commissariat de police et quand elle voudra le
sucer elle te fera foutre  Saint-Lazare.
-       Ah! il ne manquait plus que a dans ma chienne de vie! mais qu'est-ce
que je t'ai fait, ma gosse?
-       Tu m'as fait que tu vides les couilles de ton frre et que tu mouches
ton chat sur le bout de sa pine."
        Cette nouvelle expression de Lili mit en joie Mauricette qui se releva
sur une main et suivit la scne.
        "Saint-Lazare! gmit Charlotte. Non, ma belle gamine, aie piti de moi.
Je te ferai tout ce que tu voudras, pour rien.
-       C'est trop cher! dit Lili imperturbablement.
-       Veux-tu voir mes poils? mes nichons? Veux-tu que je te fasse mimi?
-       J'ai mes gousses!"
        Le ton dtach que prit ici l'colire tait si comique et si
ddaigneux que, tous, nous partmes de rire, mme Charlotte. Lili continua sans
se drider aprs avoir tir de son petit panier une tranche de pain: "Fais-moi
une belle tartine de foutre. Va chez le marchand de gaufres pour la faire
sucrer. Apporte-la-moi et donne-m'en tous les jours une pareille pour mon
goter  l'cole. Mais, pas de btises! Si tu me fous la vrole; c'est pour le
coup que je te fais coffrer!... Je l'aurai, ma tartine?
-       Ah! je t'en ferais plutt deux avec ce que je tire de foutre pour
gagner quarante-cinq sous... L, sous le pont, y a une flaque tous les soirs...
Chaque fois que je marche dedans je me fous la gueule par terre... C'est tout
ce que tu veux, ma gamine?
-       Et puis laisse-moi regarder. Tiens! un passant pour toi! Vas-y!
Je me cache!"
        Le dernier mot: "Je me cache!" avait bien dix ans.
        Mais ce fut  peine si on me laissa l'entendre, car le passant...
j'appris soudain que c'tait moi. Charlotte me dit vite: "Tu comprends ton
rle? Tu m'engueules, tu te laisses faire, tu ne bandes pas; et voil."
        Je me rptai docilement: "Et voil!" Cette conception de l'art
dramatique tait d'une simplicit qui me rappelait Eschyle plutt que le
thtre contemporain. La scne aurait donc trois parties... Et la troisime
tait si facile  jouer dans l'tat o m'avait laiss Mauricette, que je me
rsignai mme & feindre la premire avec assez de naturel pour satisfaire la
manie de cette pauvre et belle Charlotte. La seconde partie m'tait peut-tre
aussi peu agrable que la prcdente - je ne me voyais pas suivre comme le
songe d'une nue embrase la personne qui s'approchait. Tout ceci fit cause que
mon rle fut bien mal tenu. Je n'avais nullement rougi d'tre infrieur 
Mauricette, mais faillis avoir quelque dpit en reconnaissant que la simple
Charlotte elle-mme savait mieux que moi trouver son texte et camper son
personnage.
        Elle vint  moi la tte leve, la hanche en mouvement et me prit par la
manche: "Tu viens t'amuser, mon joli?
-       Non
-       Viens. J'ai pas trenn ce soir. Je me suis lav le chat et il y a un
quart d'heure. Viens sous le pont, relverai ma jupe, tu me peloteras et nous
baiserons Viens.
-       Moi, te baiser?
-       J'ai pas de mal, tu pourras voir. J'ai pass la visite aujourd'hui.
Mais si on fait pas a, on fera aut'chose, je serai bien polissonne. Ecoute.
-       Fous-moi la paix!
-       Ecoute donc! tu sais pas ce que je vais te dire. J'envie de pisser
depuis deux heures. Veux-tu que je pisse dans la main? Tu t'essuieras aprs ma
liquette.
-       Tu me dgotes. Ne me touche pas la manche avec ces doigts-l.
-       Laisse-moi te dire au moins... Je suis cochonne! Tu n'as qu' me
demander. Je ferai ce que tu voudras. Viens que je te suce la queue. Tu jouiras
dans ma bouche. Tu jouiras tout.
-       Pas besoin d'une putain pour a! les jeunes filles s'y prennent trs
bien.
-       Penses-tu qu'elles font comme, moi le poisson souffleur? tu sais pas ce
que c'est? Ecoute donc que je te dise!
-       Non! Fous le camp! D'abord je n'ai que dix sous et il m'en faut quatre
pour prendre le tramway, ajoutai-je avec quelque honte de ces imbcillits.
-       Eh bien, donne moi six sous, voil tout, tu seras plus gnreux la
prochaine fois. Donne-moi six sous et je te ferai le poisson souffleur.
Quand je t'aurai suc la queue, je rendrai le foutre par le nez."
        Charlotte me donnait la nause. J'eus un vague sourire et, pour hter
la fin de la scne en provoquant une rplique trop facile  deviner, je lui dis
avec
violence: "Veux-tu t'en aller ou je t'encule!"
        Cette formule d'exorcisme est parfois efficace pour chasser les
raccrocheuses; mais, au moins une fois sur trois, elle manque son but et les
retient au lieu de les pouvanter.
        Charlotte, qui joua bien cette partie de son rle, me rpondit d'une
voix doue et du ton le plus indiffrent, comme si je lui demandais de faire le
poisson souffleur par la narine droite ou la narine gauche: "Viens m'enculer,
a m'est gal. Tu crois que je ne le fais pas pour six sous? Faut bien vivre.
Et puis tu m'trennes. Viens m'enculer sous le pont. Fourre bien ta queue,
n'aie pas peur, tu saliras pas ton linge, je t'essuierai avec l'envers de ma
jupe.
-       Charlotte, tu es immonde! lui dis-je  l'oreille.
-       Si tu crois que je ne sens pas ce rle-l!" rpondit-elle tristement.

        Malgr les sentiments teints que m'inspirait une pareille scne et que
j'ai  peine besoin d'exprimer ici, le jeu fut interrompu par un accident
singulier que mes jeunes lectrices ne comprendront point, mais dont les jeunes
hommes seront moins surpris.
        Que l'amour et l'rection sont deux phnomnes distincts, voil ce
qu'il faudrait apprendre aux jeunes filles  la veille de leur premier flirt.
Rater une femme, c'est quelquefois prouver qu'on l'aime jusqu'
l'vanouissement des sens. Par contre,  l'improviste, entrer en rection
devant une femme qu'on n'aime pas, c'est la traiter de putain d'une faon
galante mais catgorique.
        Et c'est ce qui m'arriva dans la bouche de Charlotte.
        "Dans sa bouche? direz-vous. Le beau miracle! Un octognaire en et
fait autant". Mais rellement je ne m'y attendais pas, ni personne. D'abord mon
rle tait de rester froid; rien ne me paraissait plus facile  mimer. Et la
comdie de Charlotte ne m'avait excit en aucune faon. Enfin je sortais des
bras de Mauricetie depuis... Au fait, voil l'explication. Une demi-heure
s'tait passe. La bouche fut une imprudence.
        Mon accident agita tout le monde. S'il flatta Charlotte, on le devine,
Teresa en rit aux larmes, ce qui me fit devenir trs rouge, car je n'avais
nulle envie ae rire, ni Mauricette non plus, bien que je lui eusse fait signe
de ne pas s'inquiter.
        Heureusement la saynte o Charlotte s'offrait en victime avait une si
grande lasticit que le renversement de la priptie ne changea ni l'intrigue
ni les caractres. Il donna mme plus de force  la scne capitale.
        Charlotte reprenant son rle de pierreuse psalmodia d'une voix
tranante.
        "Je te l'avais dit que j'tais cochonne, que tu banderais bien dans ma
bouche. Qu'elle est belle, ta queue, mon petit homme! Ecoute, j'ai mon frre
qui me fait des traits avec une gamine. Ecoute pendant que tu l'as bien
raide... J'ai envie! J'en veux pas de tes sous.
        Encule-moi bien loin, laisse-moi me branler et si tu me fais jouir tu
ne me donneras rien. Tiens le voil, mon cul, mets-la! mets-la vite!"
        Elle se tenait debout, penche en avant, la jupe noire releve sur les
reins, les fesses nues, dans une attitude o elle reprsentait avec naturel,
avec talent, l'extrme servilit je la prostitution. Et elle reprit de sa
triste voix: "O qu'elle est, ta queue?
-       Je ne sais pas, fis-je distraitement. Tu peux en chercher une autre.
-       Oh! je te fais branler, je te suce comme il faut, je te dis de
m'enculer, que a ne te cotera rien, m ne dbandes pas et tu me plaques?
Je te dgote! a te plat pas d'enculer une putain? Vrai! Qu'est-ce qu'il faut
que je fasse pour gagner tes six sous? Veux-tu me pisser sur la figure et que
je ferme les yeux en ouvrant bien la bouche?
-       Ecoute, Charlotte, tu exagres!" fis-je pour l'arrter.
        Alors, quittant son rle, parlant pour moi seul avec une expression que
je n'oublierai jamais, elle murmura: "Non".





CHAPITRE XV

        Mauricette bondit jusqu' moi, ravie que j'eusse court la scne aux
dpens de l'art dramatique. Elle ne voulait ni que Charlotte ft toujours la
cause de l'tat o elle m'avait mis, ni que je retombasse dans l'indiffrence
par distraction ou faute de soins.
        Aussitt elle eut la pense d'une nouvelle scne; mais auparavant elle
lana une de ces phrases que les filles de Teresa disaient si naturellement et
qui me laissaient chaque fois dans une stupeur sans bornes.
        "Lili! cria-t-elle. Fourre-moi ta langue dans le cul pour voir si j'ai
encore de la moutarde!"
        Et, pendant que Lili soulevait le losange de l'arlequine, Mauricette
rpta:
"C'est effrayant ce que le trou du cul me dmange! Non! maman l'a fait exprs
de me mettre en chaleur par-derrire. Oh! tu m'enculerais douze coups avant de
me dpuceler cette nuit!... Eh bien, Lili? quoi?
-       Ben, dit Lili, a sent le foutre, la gousse, le caca, la putain, la
moutarde, la guimauve, la queue, le jus de chat, la peau d'Espagne, le
caoutchouc du godmich, les suppositoires, le fond de bidet, le rouge pour les
lvres, la serviette  cul, la vaseline, l'amioon, le musc, les chiottes de
bordel et des saloperies que je n'ose pas dire.
-       Que je n'ose pas dire! rpta Ricette. Merci! oh! merci! Viens que je
te foute une claque.
-       Rends-moi plutt ce que je viens de te faire, dit Lili avec toupet et
en s'approchant sans la moindre dfiance.
-       Regarde! me dit Ricette. regarde si elle le sait qu'elle ne l'aura pas,
sa claque! Regarde si c'est malin pour son ge! La seule putain de la famille,
je te dis! Elle vient de me faire une de ces feuilles de rose  fond...
Je la sens encore.
-       Oui! T'en ferais pas autant, dit Lili, trs calme. Mais si je suis
putain a vaut bien six sous, comme dit Charlotte.
-       Un! deux! trois! quatre! cinq! six! pay! dit Ricette avec six baisers.
Plus..."
        Et elle lana gaiement ce "Plus" en faisant siffler l's, comme il est
de tradition  la Comdie-Franaise quand on annonce le crocodile de l'usurier
moliresque.
        "Plus! en l'honneur des circonstances une prime exceptionnelle et
gratuite. Ce que je tiens  la main est  moi pour toute la nuit, mais une fois
maman l'a eu par le con et Charlotte par la bouche, pendant que Lili soupire et
nous dit qu'elle se brosse la fente en regardant si ses poils poussent.
-       Ils poussent pas! insista Lili gravement.
-       Alors,  titre de prime et avec la permission de Monsieur, nous allons
faire une scne  trois o l'colire ici prsente aura mon amoureux pendant
une minute  la condition de me le rendre.
-       Fais attention! dit Lili srieuse. Devant Charlotte, il a band sans le
vouloir. Avec une aussi belle femme que moi il est foutu de dcharger."
        Ce jeu prsentait a mes yeux une curiosit franchement ngative, donc
assez rare et intressante, comme tout ce qui est le contraire d'un idal
connu. Pour le dire en d'autres termes, ces petites scnes rotiques avaient
aussi peu de rapport avec la dramaturgie qu'avec l'amour.
        Je le rpte sans craindre les redites. Ayez la bont de ne pas croire
que j'invente ce thtre enfantin. Si vous jugez que mon style n'est pas celui
d'un primaire, faites-moi la grce de supposer que ces dialogues de courtisanes
ne sont pas le truit de mes veilles. Je les ai nots parce qu'ils m'ont paru
plus "jeunes filles" que
"putains" malgr leurs jeux de scne et leur vocabulaire: contraste qui
m'amusait; mais, comme les dessins d'une enfant, ils perdraient tout caractre
sous la retouche.
        Avant de jouer, je prvins Ricette que je reprenais un tat physique
moins rehauss d'ostentation, et que je n'aimais point  me montrer sous un
aspect ridicule!
        On me donna donc un peu de repos  cet gard; pas pour longtemps.
        La scne commena par un fortissimo comme une symphonie classique.
        Sans avoir rien prpar: "Tu sors de l'cole, ma petite fille! dit
Ricette. Ce n'est pas vrai. Il est sept heures. Ta maman a d te gronder.
        -       Oui, elle m'a foutu la main sur la gueule parce que je suis
rentre avec un godmich dans le derrire. Que je m'en doutais mme pas."
        Les dbuts de Lili taient toujours imprvus, mais dlibrs. Lili
dirigeait les scnes; et de toutes les choses singulires que j'ai vues dans sa
famille, c'est aujourd'hui celle qui m'tonne le moins. Ricette encore s'en
tonnait pourtant et rit derrire sa main avant de reprendre: "Tu l'as encore?
A qui est-il?
-       Est-ce que je sais? Y a tant de salopes qui m'enculent... Et comme je
leur tourne le dos, je peux pas les reconnatre. Ma mre a gueul comme a:
"Encore une putain de gougnotte qui t'a oubli sa pine dans le cul!" C'est pas
vous, mademoiselle?
-       Moi? c'est moi la salope qui t'encule? c'est moi la putain de gougnotte
qui...
-       Oh! moussez pas! j'ai rpondu: "C'est dans l'escalier, maman.
-       Ben! qu'elle a dit, va donc chez la grue d'en face, voir si c'est pas 
elle, ce godmich-l." Je fais un acte de probit, mademoiselle, en vous le
rapportant.
-       Et moi je te le renfonce! A-t-on jamais vu des gosselines pareilles qui
font des visites de crmonie avec un godmich dans le derrire? et qui ne vous
passent mme pas la langue par-devant?
-       Non! je m'y reconnatrai jamais avec toutes les espces de gousses!
Y en a qui vous enculent! Y en a qui vous dbarbouillent avec ce qu'elles
dchargent... On baise plus avec elles qu'avec les michetons...
-       Comment, tu es dpucele  ton ge?
-       Oh! l!! Misricorde! Qu'est-ce qui me tombe sur le bout du nez!
II faudrait que je sois pucelle pour vous passer la langue dans le cul!
Ben! vous en avez, du vide! Pourquoi le bon Dieu m'a-t-il donn deux trous si
c'est pas pour que je m'en serve?
-       Moi, je me sers que d'un.
-       N'y a pas de quoi vous vanter."
        Jamais Lili ne cherchait une rplique; et Mauricette, dont le bagou
nous avait amus une heure auparavant, sentit qu'il valait mieux pour elle
quitter le dialogue pour le couplet o elle brillait davantage: "Et si au lieu
d'un godmich je te donnais une queue toute vivante?
-       J'aimerais mieux a que la queue d'un macchabe, dit Lili avec calme.
Je ne suce que les queues vivantes.
-       Attention! si tu en veux une, tu vas me dire merci d'avance et me faire
un joli petit travail de gousse pendant que mon ami dort dans la chambre 
ct. Des oaisers sur la figure, la langue autour de l'oreille et les dents
derrire le cou; c'est le commencement.
        Ensuite tu me fais minette au bout du nichon droit et au bout du nichon
gauche jusqu' ce que je te dise: assez. Tu laisses trembler ta langue tout
autour du ventre lgrement et sans mouiller; tu mordilles les babines au chat,
ta langue passe dessous, me fait  peine feuille de rose comme si elle n'osait
pas, puis se rourre dedans, revient, et travaille mon pucelage dans tous les
petits coins... enfin elle attaque le bouton; et, quand j'aurai fini de jouir,
je te donnerai une belle queue toute chaude pour jouer avec.
-       Oh! mademoiselle, fit Lili sans aucun enthousiasme, a vaut plus qu'une
queue, ce petit travail-l. a vaut cinquante francs."
        La rponse qui fit la joie de Teresa me prouva que Ricette voyait juste
en prtendant que Lili avait l'instinct de son mtier; mais c'tait  moi de
jouer: je faillis rater mon entre.
        Ds le premier mot, Lili redressa le sujet et se mit en avant:
"Bonjour, m'sieu. Mademoiselle vient de me dire qu'elle est vraiment trop moche
pour vous et qu'il y a longtemps que vous l'auriez plaque si elle ne vous
donnait pas des distractions. Alors elle est oblige de s'habiller en Arlequine
et de vous prsenter des colires. Vous tes un peu maboule, n'est-ce pas?
Oh! a fait rien! je suis habitue."
        On ne lui avait rien dit de tout cela. "Quel culot!" fit Mauricette
entre ses
dents. Mais Lili continuait: "Ces grandes filles-l, a sait rien faire,
voyez-vous. Elles ont des pucelages partout, on les tourne dans tous les sens
avant de trouver o est l'entre. Et quand une fois elles sucent la queue,
alors c'est tellement patant qu'elles invitent toute leur famille pour avoir
des applaudissements comme si elles avalaient un sabre!
-       Ah! mais tu vas te taire, morpionne! dit Ricette, nerve par les rires
de sa mre.
-       Oh! mademoiselle, fit Lili, trs calme, ne vous donnez pas la peine de
me fouetter. Je n'aurai pas besoin de a pour faire bander votre amant, et je
ne marche pas comme vous pour les scnes de torture. Allez donc faire pipi.
Revenez dans cinq minutes, apportez-moi le fafiot et je vous rendrai Monsieur.
En bon tat. Allez."
        L'autorit de Lili s'affirmait  chaque rplique.
        Mauricette elle-mme, aprs deux regards jets  sa mre et  moi, prit
le parti de rire, de se retirer, de ne pas rpondre et enfin "d'aller faire
pipi" comme on venait de l'y inviter.
        La suite de la scne me gnait par avance et, ne sachant comment jouer
le rle du monsieur qui se fait prsenter des petites filles par sa matresse
en arlequine, je fus content de lui voir redresser le sujet pour la seconde
fois par un tutoiement que je
n'attendais gure: "Ah! ce qu'elle est vicieuse, ta poule! Elle sait que t'as
couch avec moi; elle m'a fait une leon de gousserie pendant une demi-heure;
et puis elle est alle se branler aux cabinets et elle veut que tu m'enfiles
quand elle rentrera. Le prsident de la cour d'appel n'en demande pas tant
avant de se mettre  poil."
        Je conte bien mal cette histoire si vous ne comprenez pas le fou rire
qui m'empcha de rpondre a la dernire phrase. Lili seule ne riait pas.
Elle tait mme presse et releva sa robe d'colire jusqu' la ceinture.
        "Dpchons-nous! C'est srieux! Si tu ris, tu vas me rater!"
        Je le savais bien; mais Lili me donnait beaucoup plus de gaiet qu'elle
ne m'inspirait de concupiscence et la jovialit bruyante de Teresa troublait
sans cesse les efforts que je faisais pour rester grave. Il s'en fallut de peu
que le flagrant dlit ne ft manqu. Par hasard, Mauricette prolongea son
absence de quelques minutes: cela seul permit  Lili de continuer la scne
selon ses conceptions et lui donna l'accessoire qui lui tait indispensable.
        Ds la rentre de sa soeur, Lili reprit son rle: "C'est vrai,
mademoiselle, que vous travaillez Monsieur depuis avant-hier, sans arriver 
rien?
-       Penses-tu, grenouille! Je l'ai suc  dix heures et demie, il m'a
encule  onze heures.
-       Que vous dites! mais il tait mou comme une loque devant vous, et voil
comment j'ai le plaisir de vous le rendre. C'est vingt francs. Voulez-vous une
facture?"
        Mauricette fit un geste de la main qui menaait Lili de quelques
reprsailles; mais elle resta de bonne humeur et, sans se martyriser
l'imagination, elle dirigea son rle de faon  tenir sa promesse; "Je n'ai pas
d'argent, dit-elle, mais ce que tu tiens vaut mieux. Prends-le la premire, ne
me l'abme pas, rends-le-moi et nous serons quittes."
        Lili eut alors l'expression la plus comique de toutes: un mlange de
dsillusion, de politesse et d'indiffrence, et cessant de me toucher elle dit
 sa soeur:
"Ce sera vingt francs de plus."
        Visiblement, Mauricette n'attendait qu'un prtexte pour se montrer
bonne joueuse: un mot qui ne serait pas une raillerie  son adresse. Elle
embrassa Lili en riant, puis l'empoigna par la taille, lui releva les jupes et
me dit: "Tiens! Prends-la par o tu voudras!"
        Une autre gosse et trouv drle de crier: "Maman! on me viole!" Mais
Lili ne faisait jamais de gaffes et d'ailleurs elle avait quelque chose de plus
press  nous dire ou plutt  nous rappeler: "Mademoiselle! Mademoiselle!
mais je suis une colire! J'ai mon pot de vaseline dans mon petit panier!
-       Ah! fais donc ton troite! dit Mauricette. Est-ce que m as besoin de
vaseline? Je vais te cracher dessus. Tiens-toi bien!"
        Et, Lili s'tant place pour jouer  saute-mouton, Ricette se mit 
cheval sur elle, mais  rebours et sur la nuque pour lui fourrer la langue
partout o je pouvais m'introduire. Puis, lui tenant la taille entre ses deux
cuisses, elle me dit avec
entrain: "Maman a deux cons, parce qu'elle a autant de poils derrire que
devant; mais, quand Lili ouvre ses fesses, dirait-on pas qu'elle a deux trous
du cul?
-       C'est encore mieux!" dit Lili qui rpondit la tte en bas.
        Celui que je pris tait pourtant bien un petit sexe et ai-je besoin de
dire avec quelles prcautions? Oui; il est mme utile que j'y insiste pour
accentuer le caractre moralisateur de mon rcit. Apprenez donc, lecteur
ingnu, que le jour o vous baiserez une petite fille en levrette, si vous ne
la mnagez pas, vous la dfoncerez et vraisemblablement elle ne survivra gure
ni  vos maladresses ni mme  vos excuses. Rien n'est plus dangereux que de
prendre une enfant dans une telle posture. Je ne dis pas cela pour les lycens
qui enculent leurs petites soeurs; je le dis pour ceux qui les baisent et qui
risquent de les crever tant qu'ils n'auront pas lu cette page.
        Une des erreurs populaires les plus rpandues est celle qui concerne
les dflorations prcoces. Beaucoup d'hommes se sont laiss dire que pour bien
dpuceler une petite fille il faut que le pnis la perce par la vulve et
ressorte par la bouche, ou bien que, vice versa, il pntre par le pharynx et
reparaisse entre les pattes. Je n'ai jamais essay ce tour de force. Les bons
anatomistes  qui j'en ai parl m'ont dconseill d'en faire l'exprience.
Je vous le dconseille  mon tour. Vous ne me direz plus que mon livre ne peut
tre laiss entre toutes les mains.
        Comme la vertu n'est pas toujours rcompense, ma prudence et mes
scrupules reurent peu de plaisir en change.
        Cessons toute mauvaise plaisanterie. Jouir d'une femme  l'instant o
j'en treins une autre..., ah! que cela est contraire  mon temprament!
Je gote si peu la tromperie en amour que je rpugne mme  l'adultre et
j'aime mieux vous conter cette histoire de putains que d'crire ici par quels
stratagmes j'ai mystifi un homme cent fois pour escamoter sa femme.
        Sous Mauricette et moi, la petite Lili me parut jouer un rle tout 
fait ridicule, car la plus cocue des deux n'tait pas pour moi celle qui
m'embrassait; et cette complication plus sentimentale que charnelle, ce
renversement des ralits sous les chimres, me causa un tel trouble que je fis
 Mauricette un signe de hte.
        On ne pouvait nous entendre. Elle me dit tout bas: "A moi, maintenant?
-       Plus que tu ne penses. Ne me rpte plus cette histoire de moutarde,
c'est fini. Je te dpucelle."
        Son regard flamba; elle dressa les seins, ouvrit les lvres pour crier:
"Oui!" Mais elle se tut; et, par un brusque virage de sa volont fantasque,
elle
murmura: " Viens! Je te dirai a derrire la porte!"
        Gentille, elle embrassa Lili, lui chatouilla les ctes, la fit rire, la
jeta pour l'occuper dans les jambes de sa mre et sortit vivement sur mes pas.
        "Lequel de nous deux en a le plus envie? dit-elle en me serrant.
-       C'est moi.
-       Ce que tu te fourres le doigt dans l'oeil... Enfin!... Merci de le dire
et tant mieux si tu le crois... Attends encore une heure, veux-tu?"
        Mon visage plit, changea et elle me vit mcontent avant que j'eusse
ouvert la bouche.
        "Alors il faut que je te dise tout! fit-elle en me serrant davantage.
Tu n'as pas entendu ce que disait maman? J'ai un pucelage en cuir comme tait
celui de Charlotte. Ce sera une boucherie..."
        Ah! elle avait trouv le mot qu'il fallait dire pour ne plus me tenter
du tout.
        "Je suis contente, poursuivit-elle. Plus tu me feras du mal, plus tu me
feras du bien; mais quand ce sera fini je serai  moiti morte... D'abord je
voulais tout de suite. Mais maintenant... on joue... je m'amuse... Je ne
m'amuse pas toujours..."
        Elle acheva ces mots en inclinant la tte et presque avec la voix de
Charlotte. Je me sentis si confus de l'avoir attriste que je lui promis de
faire tout ce qu'elle voudrait et que je rsolus mme de m'amuser autant
qu'elle. Comme je prends rarement une rsolution, j'aime qu'elle soit conue
avec tmrit.





CHAPITRE XVI

        Charlotte sourit quand nous rentrmes. Il lui avait suffi de serrer sa
coiffure, d'essuyer son rouge, d'enlever son tablier et de mettre un col en
tant son ruban de cou... Dans sa robe noire, avec son air doux et triste, elle
avait l'air maintenant d'une institutrice orpheline place dans une famille par
une oeuvre charitable.

        Elle s'assit devant un guridon avec sa petite lve et dit sans aucun
espoir
d'obtenir une bonne rponse: "Quelles sont les sous-prfectures de la
Haute-Loire?
-       Si vous saviez ce que je m'en fous! dit Lili.
-       Vous n'avez pas appris vos leons?
-       Si. J'en ai appris une. Montrez-moi vos poils d'abord et je vous la
dirai aprs.
-       Quelle enfant! mon Dieu! quelle enfant! Est-ce que vous allez me
demander cela tous les jours parce que j'ai eu la faiblesse de vous l'accorder
une fois?
-       a m'tonnerait pas de moi.
-       Je suis votre institutrice, vous ne faites rien de ce que je vous
ordonne et cela ne vous suffit plus de me dsobir, il faut maintenant que je
me plie  tous vos caprices?
-       J'allais le dire.
-       Et aprs vous me rciterez la leon que vous avez tudie?
-       Oui.
-       Et vous comprendrez que je suis trop bonne, trop indulgente pour une
petite fille aussi drgle, aussi intraitable que vous?
-       Oh! vot'gueule, mamselle! fit la petite sur un ton inou. a va bien!
ne me faites pas chier. Fermez-la, ouvrez les pattes, montrez-moi vos
curiosits et ravalez vos boniments par la gargoulette. Quand je vous demande 
voir un con, c'est pas de vous tout entire que je parle."
        Charlotte se ferma la bouche en effet. Elle avait le rire facile comme
les larmes. La main sur les lvres, elle releva ses jupes et laissa Lili se
livrer  toutes ses fantaisies d'improvisation:

        "Je l'ai bien vu, maintenant! Je sais comment il est, et si vous ne
faites pas ce que je veux je le dirai  tout le monde que vous me l'avez montr
pour me pervertir.
-       Qu'est-ce que vous voulez donc, mchante enfant? dit Charlotte en
reprenant sa triste voix.
-       C'est moi qui vous ai chip le paquet de lettres de votre copine o il
n'y a que des cochonneries. Je sais tout. Eh! ben! vous en faites, des tours de
putains toutes les deux!
-       Je suis perdue...
-       Oh! foutue! vous pouvez le dire, a ne vous salira pas la langue autant
que de me lcher le derrire, comme vous allez me lcher.
-       Moi?
-       Oui, vous! et si vous ne me le faites pas, je courrai dire  maman que
vous avez voulu me le faire!"
-       De tous les mots de Lili, celui-ci est un de ceux qui m'ont le moins
tonn. J'ai toujours cru que la femme de Putiphar devait avoir une douzaine
d'annes et non quarante ans comme certains peintres l'imaginent. J'en appelle
d'abord  ceux qui ont vcu en Orient et ensuite  vous, qui me lisez, si la
psychologie des petites filles ne vous est pas trop mal connue.
        L'colire obtint de son institutrice la complaisance qu'elle exigeait
et qui n'avait rien d'invraisemblable: les matresses de pension le font 
leurs lves plus souvent que les parents ne le pensent.
        Lili garda quelque silence pendant que Charlotte  genoux, toujours
prte  s'humilier, prolongeait un peu le jeu de scne. Mais Lili ne sortait
point de son rle et si elle prit un temps, ce ne fut que pour mieux dtacher,
de sa petite voix
indiffrente, un: "J'aime beaucoup mieux a, mademoiselle, que de vous rciter
les sous-prfectures de la Haute-Loire."

        Et elle ajouta gentiment: "A moi maintenant. Voudriez-vous que je vous
lche par-devant, ou par-derrire?
-       Par-devant", dit Charlotte qui s'assit et se renversa, levant sa jupe
des deux mains.
        Lili s'agenouilla, mais la fit attendre et devint taquine en
considrant l'tat de sa soeur.
        "Oh! ne mouillez pas tant, mademoiselle! Vous m'en donnez trop pour mon
ge. C'est pas la dose pour enfant; a doit tre la dose pour adulte...
Eh! mais qu'est-ce qui lui prend! la voil qui se branle! Assez! assez!
pas d'inondations!"
        Elle carta le doigt de Charlotte, colla sa bouche au mme point...
et la scne  peine commence fut suspendue par un coup de thtre.
        Teresa en peignoir traversa la chambre  grands pas, prit le rle de la
mre, interpella Charlotte: "Ah! voil les leons que vous donnez  ma fille,
mademoiselle?
-       Oh! Madame!...
-       Je vous confie une enfant de dix ans pour lui apprendre le franais,
l'histoire, la gographie, les langues vivantes, et voil quelles langues vous
lui enseignez? Va dans ta chambre, Lili! Et vous, mademoiselle, venez dans la
mienne."
        Teresa, parlant  la cantonade, se tourna vers Mauricette assise sur
mes
genoux et dit: "Je n'ai pas envie de jouer, j'ai envie de jouir. Aussi a ne
tranera pas."
        Puis, saisissant le bras de Charlotte, elle reprit d'un ton plus doux:
"Mademoiselle, j'ai trouv cette nuit dans le tiroir de ma fille le paquet de
lettres qu'elle vous a pris. Votre amie vous traite de gousse, de putain...
C'est effrayant! Elle parle sans cesse de votre langue... Elle vous demande
combien de fois vous vous branlez pour elle.
-       Ah! Madame! voulez-vous que je me me?
-       Ne vous troublez pas.
-       Je suis une misrable crature.
-       Confessez-vous et je vous pardonne.
-       Mais j'ai tous les vices.
-       Moi aussi."
        Et Teresa nous jeta un regard pour accuser encore sa dsinvolture 
mener d'un bon train les scnes dramatiques. La conclusion fut celle que l'on
devine, et ce qu'elle eut de plus curieux pour moi lui vint de Lili qui eut
assez de tact pour ne pas troubler sa mre en prenant une revanche de son
flagrant dlit.
        Elle attendit que tout fut termin; puis, toujours en travail
d'imaginations et d'initiatives, elle alla parler tout bas  sa mre et  sa
soeur, parut leur dicter la suite de leurs rles et cria vers nous: "Second
acte! Huit jours aprs!"
        Comme au dbut du premier acte, l'institutrice et l'colire s'assirent
devant le guridon.
        "Vous savez beaucoup mieux vos leons depuis huit jours, dit Charlotte.
Mais qu'est-ce qui vous fait rire? Soyez plus respectueuse!
-       C'est un de vos poils du cul, mademoiselle, qui m'est rest entre deux
dents et qui me chatouille le bout de la langue... Non, je crois que c'est
plutt un poil de maman... Mais je ris pour a, je vous assure. Je ne ris pas
parce que vous avez l'air tourte.
-       Lili!... Allons! rcitez les deux pages que vous avez apprises hier.
Qu'est-ce qu'une petite fille?"
        Mauricette au dernier mot tressauta sur mes genoux et me dit tout haut:
"Ecoute a! C'est le catchisme qu'on avait crit pour Charlotte quand elle
tait petite et Lili le sait par coeur."
        Charlotte rpta... et Lili rpondit en nonnant exprs comme si elle
ne comprenait rien, ce qui donna quelque drlerie  ses antiennes.
        "Qu'est-ce qu'une petite fille?
-       C'est une petite saloperie qui ne pense qu' tter les cons et les
pines, se branle du matin au soir, pisse partout, lve sa robe et montre son
cul pour voir celui des autres.
-       A quoi peut servir une petite fille?
-       On se le demande.
-       Quel miracle a fait la bont de Dieu en faveur des petites filles?
-       Ce miracle est le don qu'elles ont reu presque toutes de faire bander
les messieurs comme si elles taient des femmes.
-       Expliquez-vous.
-       C'est un mystre.
-       Et qu'est-ce que la bont du Crateur leur a donn de plus?
-       Le Crateur leur a perc d'avance deux trous et une bouche afin
qu'elles n'aient pas l'humiliation d'avoir fait bander les messieurs pour rien
et qu'elles puissent miraculeusement leur servir  quelque chose.
-       En retour de ces bonts divines, quel est le devoir des petites filles?
-       Toute petite fille qui fait bander un monsieur a le devoir de le faire
dcharger.
-       Est-ce  elle de choisir le trou qu'elle prfre?
-       Cela ne la regarde pas. Elle n'a qu' donner celui qu'on lui demande.
-       Doit-elle mme attendre qu'on lui en demande un?
-       Non. La petite fille qui reste seule avec un monsieur lve sa robe
aussi haut que possible, s'excuse de n'avoir pas de poils et dit poliment:
"Voulez-vous me baiser? Voulez-vous m'enculer? Ou aimez-vous mieux que je vous
suce?"
-       Et si le monsieur leur rpond: "Va te branler plus loin! je ne baise
que les femmes!" comment doit-elle se comporter?
-       Dans ce cas, la petite fille s'loigne, mais elle peut s'abstenir de
toute masturbation sans manquer  ses devoirs religieux."
        A cet endroit, Lili s'interrompit au milieu de son rle, ce qui ne lui
arrivait
gure; elle tenait  me dire: "Crois-tu qu'on m'en a fait apprendre, des
conneries!"
        Et aussitt Charlotte ajouta: "Pour elle ce n'est rien. Mais moi!
Pense que j'ai appris tout a en mme temps que mon catchisme! Je
m'embrouillais  la chapelle et j'ai manqu vingt fois d'en rciter des phrases
 monsieur le Cur!"
        Sur un signe de Lili, elle revint au jeu: "Trs bien. Vous ne savez
rien de plus pour aujourd'hui?
-       Si, mademoiselle, je sais encore quelque chose, c'est que les pires
saloperies qu'il y ait sur la terre, a n'est pas les petites filles, c'est les
institutrices.
-       Ah! cela devait m'arriver! Je n'ai que ce que je mrite! Je me disais
aussi: qu'est-ce que cette enfant doit penser de moi?
-       Voulez-vous que je vous le dise?"
        Ricette, qui s'agitait beaucoup sur ma jambe, me chuchota dans
l'oreille:
"Si on lui dit, elle va se branler". Mais Lili n'en doutait pas davantage et,
comme le fameux capitaine qui suivait ses soldats parce qu'il tait leur chef,
elle ordonna ce
qu'elle ne pouvait empcher: "Perdons pas de temps! fit-elle. Donnez-moi ma
leon de masturbation et je vous rpondrai avant qu'elle finisse.

-       O suis-je tombe! dit Charlotte en levant sa jupe. Est-ce pour donner
des leons de masturbation  une petite fille que j'ai pass mes brevets?
-       Vos brevets de putain? Mais oui! Et vous ne les avez pas vols!
ni les flicitations!
-       C'est ainsi que vous osez me parler? Vous traitez de putain votre
institutrice?
-       Ah! la barbe! Je vous coute, mademoiselle. J'attends ma leon.
Dchargez d'abord, vous baverez aprs."
        Le ton que prenait Lili pour lancer une rplique avait la mme aisance
que le choix de ses expressions; mais ce sont l des indescriptibilits.
        "Je suis deux fois honteuse, commena Charlotte. Je vous apprends des
horreurs et je ne suis mme pas capable de vous les enseigner comme il faut.
-       a se voit bien, mademoiselle, que vous tes un peu conne. Allez!
ne vous troublez pas; je comprends tout.
-       Commenons par le cours lmentaire. C'est celui que je sais le mieux,
dit Charlotte en riant. Ce n'est pas difficile. Vous mouillez le troisime
doigt l-deoans, vous le remuez ici... Voil.
-       Et vous servez chaud? demande Lili. Eh! l donc! la voil qui se branle
et elle ne m'a rien appris. Quelle gourde que cette institutrice! Elle est
aussi bte que putain. Voulez-vous continuer ma leon? fit-elle en arrtant la
main de sa soeur.
-       Je rpte, fit patiemment Charlotte en cherchant les termes savants que
toutes ses pareilles connaissent plus ou moins. Ce que vous voyez l est ma
vulve.
-       On dirait un con, observa Lili.
-       Vous trempez votre doigt ici, dans le vagin et vous le mouillez de...
de... comment a s'appelle, le foutre des femmes?
-       Vous le direz demain. Continuez.
-       Si vous pouvez attendre, vous vous chatouillez par-dedans avec deux
doigts, ou par-dehors en vous tiraillant ces petites lvres-l. Si vous tes
presse, vous touchez tout de suite le... le clitoris que voici; vous appuyez,
vous remuez de droite  gauche ou vous tournez autour...
-       Mais la voil qui recommence! A la quatrime vitesse!
-       Je n'en peux plus  murmura Charlotte.
-       Quelle ducation! fit Lili en se tournant vers les spectateurs.
Croyez-vous que c'est dgotant d'avoir une matresse pareille! Au fieu de me
montrer  crire, elle me montre  me branler! A une petite fille innocente qui
sait mme pas rciter les sous-prfectures de la Haute-Loire!
-       Moi non plus..
-       Elle se fait juter sur tous les fauteuils, elle bouffe le chat de maman
qui est une sainte femme, elle sent le foutre comme moi la fleur d'oranger et
quand on fouille dans sa table  ouvrage, voil ce qu'on trouve! dit Lili en
tirant de sa poche un godmich.
-       Oh! entre les mains de cette enfant.
-       Vous me dgotez bien, mademoiselle.
-       Je me dgote encore plus.
-       Et vous allez voir comment je vous respecte. D'abord, finissez de vous
branler! Assez! dit la petite en tirant le bras de Charlotte.
-       Oh! Lili! Lili!... j'allais jouir... je vais avoir une attaque."
        Lili obtint pourtant une minute d'arrt. Elle ceignit le godmich en
pinant avec une pingle le ruban trop large, et, tenant sa robe d'colire que
l'instrument retroussait comme le phallus norme d'un petit dieu grotesque,
elle
dclara: "Une putain d'institutrice peut bien tre aussi polie qu'une saloperie
de petite fille, pas vrai? Rappelez-vous ce que vous venez de me faire
rciter...
-       Quoi? fit Charlotte gare.
-       Encore plus andouille que putain! rpta Lili avec compassion. Voyons,
ne vous troublez pas, ma fille, a va venir. Regardez-moi: je suis un monsieur
et vous me faites bander, il me semble que a se voit? Alors qu'est-ce que vous
devez me montrer? Eh bien?... Mais levez donc vos frusques, pochete!...
Oh! l! l! j'en ai chaud.
-       Je sais mme pas ce qu'elle me dit murmura Charlotte en se troussant,
mais comme en rve.
-       Et quand une saloperie comme vous montre ses deux trous  un monsieur
qui bande, qu'est-ce qu'elle lui dit?
-       Voulez-vous... me baiser... m'enculer... que je vous suce...
-       Mettez-vous  genoux! Donnez-moi vos fesses!... Non, mais voyez donc
comme elle ouvre a!... et comme on entre l-dedans!... Si c'est pas malheur
pour une petite fille d'avoir une institutrice qui lui montre son cul pendant
toute la leon et qui se laisse fourrer  la fin un godmich dans le
derrire... Ce qui me dgote le plus, mademoiselle, c'est pas que vous soyez
putain, c'est que vous tes assez tourte pour que je vous encule."
        Et alors...
        Alors que se passa-t-il? Le plus triste incident de cette aventure.
        Charlotte avait-elle trop prsum de son got maladif pour
l'humiliation? Lili, comme tous les enfants, manquait de mesure dans la farce;
avait-elle abus du rle qu'elle achevait d'improviser?
        Non. L'explication que j'entrevois est la plus difficile  donner parce
que
{'cris ce livre  la premire personne. Mais, devant l'amour de Charlotte...
"il n'y a pas de quoi se vanter", comme disait Lili. Ce n'est certes pas cette
histoire que je choisirais entre mes souvenirs si je voulais vous faire
imaginer l'blouissement de mes sductions et vous ne serez pas mue  l'excs,
mademoiselle, si je vous dis que cette nuit-l, o je ne quittai gure
Mauricette, Charlotte, plus nerveuse d'heure en heure, me parut aussi plus
infortune.
        Car ce fut Mauricette qui dchana la crise. Elle rit.
        Je ne sais pas pourquoi. Le dernier couplet de Lili tait ce qu'elle
avait dit de moins drle depuis une heure; mais il tait fort injurieux.
Mauricette clata de rire.
        Immdiatement, Charlotte clata en sanglots.
        Et quels sanglots! Je croyais les connatre, les sanglots de Charlotte!
Je fus pouvant de ce que j'entendis.
        Elle se coucha sur le sol, comme une pauvre bte qui meurt, tira sa
jupe d'une main errante et maladroite, pendant que Lili dcontenance la
dlivrait par- derrire. Et ce ne furent pas des pleurs, mais des cris qu'elle
poussa, des cris, des cris, des cris...
        Teresa me dit vite en passant prs de moi: "On l'a empche de jouir.
C'est la faute de la gosse. Il ne faut jamais arrter Charlotte quand elle se
branle, ou voil ce qui arrive."
        La crise tait pourtant assez forte, cette fois, pour inquiter ses
soeurs presque autant que moi-mme.
        Avec Teresa, elles relevrent Charlotte, l'tendirent sur le divan, la
prirent dans leurs bras. Mais les grands orages ne cessent pas aussi
brusquement qu'ils clatent. Quand Charlotte put vagir  travers ses sanglots
ce turent des phrases
dsespres: "Tu as raison, ma Lili... Je suis aussi bte que putain...
Je ne suis qu'une salope et une tourte... Et tout le monde se fout de moi...
Et on ne m'aimera jamais"





EPILOGUE

        Heureusement pour ma sant, mais par un coup fatal au sein de mes
plaisirs, cette existence fut rompue quelques jours plus tard.
        Un soir, la concierge me remit ce billet nigmatique et pourtant
dchiffrable.
        "On nous ennuie l-bas  cause du numro trois.
        Je les emmne trs loin cette fois-ci; mais on revient en quinze jours
de ces pays-l et nous nous reverrons. Elles t'embrassent. Nous avons t
vraiment gentilles, mais toi aussi. Je t'embrasse la dernire."
        Dirai-je que jusqu' cet instant je n'avais pas assez considr tout ce
qu'une telle aventure m'offrait de singulier, de complexe et d'agrable?
Le dsespoir que j'eus  lire ces dix lignes fut cent fois plus violent que
n'et t mon plaisir et si
elles m'avaient dit: "Viens ce soir."
        Je me rappelle le proverbe espagnol: Ayer putas, hoy comadres. (Hier
putains; aujourd'hui amies intimes.) Ce proverbe fait pour les femmes tait
plus vrai pour moi que pour aucune commre de Gerone ou de Saragosse. Mais,
avec la gaucherie sentimentale de mes vingt ans, je n'eus d'amour pour ces
quatre putains qu'une heure aprs leur dpart.
        C'est absurde et cependant, me dirait un prtre, cette absurdit mme
est une grce de la Providence; il et t plus absurde encore que je prisse de
l'amour pour elles si elles taient restes quatorze ans  ma porte.
        C'est grand dommage que Dieu n'existe pas, car il fait bien tout ce
qu'il fait.
        Ds que je pus relire  travers mes larmes le billet de Teresa, je
devinai
qu'il voulait dire: "J'ai eu des ennuis  Marseille a cause de Lili qui est un
peu jeune; l'affaire n'est pas classe; on m'inquite jusqu'ici. Je pars
pour... (Le Chili? la Plata?...) Nous nous reverrons."
        Et plus tard, quand ma douleur me permit de mditer, je me posai comme
une obsession ce problme qui depuis le premier jour restait irrsolu:
"Pourquoi, aussitt aprs mon aventure avec Ricette, ai-je vu tomber dans mes
bras, sa mre, sa soeur cadette et sa soeur ane?"
        Le problme,  la rflexion, me parut plus facile que je ne le pensais:

        Ricette... oui. C'est tout simple.
        Teresa... Je ne comprends pas.
        Charlotte... Mollesse et docilit.
        Lili... toute petite fille dsire l'amant de ses soeurs.

        Et en fait rien n'est plus commun que de voir trois soeurs se suivre
dans le mme lit et prendre tour  tour le mme homme pour amant Ceci est
formellement condamn par les vieux matres de la thologie morale, mais les
mres ne mettent point entre les mains de leurs filles les bons livres o l'on
imprime: "Ne couchez pas avec l'amant de votre soeur, vous commettriez un
inceste."
        Les jeunes filles ont bien des excuses.

Pierre Louys - Trois Filles de leur Mre


Cet ouvrage a t compos et imprim  Saint-Amand-Montrond (Cher)
en septembre 1995


 Ceci provient du site gratuit des HISTOIRES TABOUES cr en 1999 par Pedinc.

http://www.asstr.org/~histoires/  ou  http://go.to/histoires

Vous y trouverez la plus grande collection d'histoires en franais sur le sujet.

N'oubliez jamais que cela doit rester des fantasmes ...
Forcer un enfant au sexe dans la vie relle mrite la prison !

-------------------------------------------------------------------------------
Cette oeuvre reste la proprit de son auteur.
Sauf si stipul autrement, vous pouvez la republier sur un autre site gratuit
 condition de ne rien modifier et de laisser les notices de dbut et de fin.
-------------------------------------------------------------------------------
