L'AMANTE DE SCORPIONNE (par Dominique Saint-Marc) (nc)


title: L'AMANTE DE SCORPIONNE
part: Complete
author: Dominique Saint-Marc
keywords: nc
language: Francais
age: 16 ans
published: 01/11/2002



DSM-3  


Histoire envoye  notre site des 'Histoires Taboues' le 12 octobre 2002.
( http://www.asstr.org/~histoires/ ou http://go.to/histoires )


A deliciously cruel creature with a luscious body and a man's cock,
Scorpionne perpetuates Torquemada's vices and skills.


 


Titre Original: L'Amante de Scorpionne

In limine

Dans des temps o rgnait l'Hads terrible,
En son royaume sombre taient trois Erinnyes...
Et la plus redoutable de ces soeurs Furies,
Alecto tait aussi la plus horrible.










(I)	Un chteau aux confins de la nuit
(II)	Alecto de Torquemada
(III)	Onirique vision
(IV)	Une vrit drangeante...
(V)	La prtresse de Sapho
(VI)	Scorpionne
(VII)	Trois roses pour une parure
(VIII)	L'indfectible serment
(IX)	Le temple des plaisirs vnneux.
(X)	Brlantes ivresses
(XI)	La toilette de la premire favorite
(XII)	Le plaisir suprme


PROLOGUE

	Chaque anne, vers la fin de juillet, sa scolarit termine, 
abandonnant son pre  de contraignantes obligations 
professionnelles, qui interdisait presque invariablement  celui-ci 
de jouir  son gr de longues priodes de congs en famille, 
Loriane et sa mre venaient passer le temps des vacances estivales 
auprs de tante Delphine.
	Le grand mas de tante Delphine se trouvait loin de tout, 
perdu au milieu du plateau des Millevaches, l o une petite fille 
n'avait que peu de possibilits quant aux choix de compagnes et 
compagnons de jeux. Nanmoins, les annes passant, de faon 
toute logique mais en partie grce aux bicyclettes successivement 
offertes, au vlomoteur et mme  Orlande, une douce et superbe 
jument gris pommel, Loriane tait parvenue  se faire des 
camarades d'enfants d'un hameau proche. Celui-ci tait en fait 
loign de douze bons kilomtres, si l'on empruntait les routes 
sinueuses qui contournaient sans fin les accidents du relief, mais il 
se rapprochait considrablement lorsque l'on savait tirer profit 
des chemins de traverse et des sentiers de charroi que Loriane 
avait appris  connatre aussi bien que le fond de ses poches.
	Gauthier, Richard et Guy taient, avec Sabine, sinon ses 
seuls amis du moins ses prfrs, et elle frquentait donc trs 
assidment ce quatuor chaque fois que les vacances de l't la 
ramenaient sur le plateau, pour sept ou huit semaines environ.

	Durant l't des seize ans de Loriane, pourtant, un fait 
nouveau intervint au sein du petit groupe, lequel modifia bientt 
trs sensiblement les comportements et les rapports qui unissaient 
filles et garons de longue date.
	Il ne fallut que deux semaines pour que naqut et se 
fortifit, entre Loriane et Gauthier, un sentiment plus secrtement 
attachant que celui de la simple amiti susceptible de rapprocher 
deux compagnons dont les videntes diffrences morphologiques, 
en cette priode critique de la grande adolescence, faussaient 
insidieusement l'innocence des lans anciens. Aussi ne tardrent-
ils pas  saisir, puis  rechercher, tous les prtextes qui leur 
permirent de se prouver,  l'cart des autres, et encore que bien 
timidement d'ailleurs, l'ardeur de leur rciproque inclination.
	La nuit, songeant  leurs chastes treintes, il arrivait  
Loriane de dsirer tre toute nue dans les bras de Gauthier, de 
convoiter le contact de sa peau sur la sienne, d'imaginer l'une de 
ses mains effleurant son entrecuisses et ptrissant sa poitrine, et 
mme de concevoir l'image de ses doigts referm sur l'appendice 
viril du garon en se souvenant de la forme longue qui gonflait le 
devant du pantalon de celui-ci aprs qu'il l'et serre trs fort 
contre lui. Alors, il lui venait de cette rverie un sentiment de 
honte irrpressible, et plus encore de cette humidit qui suintait 
des intimes profondeurs de son ventre trangement palpitantes...
	Mais le lendemain, lorsqu'ils se retrouvaient de nouveau 
seuls  l'abri d'un buisson ou de quelque haie, elle s'opposait 
farouchement  toutes les tentatives des mains mal assures qui, 
de son cou ou de ses genoux serrs, cherchaient  s'aventurer sous 
son chemisier ou sa jupe.
	Prisonnire volontaire des stricts principes qu'on lui 
inculquait, Loriane n'tait pas de ces filles tt affranchies pour qui 
les mots de pudeur et de vertu se dpouillaient si vite de sens. 
Eleve dans le respect des traditions d'une morale rigide, elle 
conservait encore, intacte, une haute conception de cet honneur 
qui faisait l'apanage d'une jeune fille et voulait se garder pure 
pour celui qui ferait d'elle sa lgitime pouse devant Dieu et les 
hommes. Ds lors, bien que cela pt paratre ridicule  certains, 
elle pouvait admettre par le fait mme qu'on la vt et la toucht 
lorsqu'elle tait en maillot de bain, mais elle refusait 
catgoriquement toute privaut une fois vtue.
	Bien sr, ni Gauthier ni elle n'ignoraient que leur idylle 
contrariait les autres. Sachant mme que leurs tte--tte 
indisposaient leurs camarades, ils faisaient de louables efforts 
pour s'interdire de se dissocier du groupe aussi souvent qu'ils 
l'auraient voulu, et rfrnaient leurs envies de s'embrasser 
lorsqu'ils n'taient pas certains d'tre seuls. Cependant, en dpit 
de leurs prcautions, ils n'en taient pas moins les cibles 
quotidiennes de sarcasmes acides et faussement moralisateurs.
	De la part de Richard, tout d'abord, le moins dissimulateur 
d'entre leurs hypocrites censeurs, en raison de son jeune ge peut-
tre, qui montrait ouvertement sa dsapprobation. Lui aussi tait 
vaguement amoureux de Loriane, mais tout en jalousant son an, 
il tenait davantage rancune  la jeune fille d'une gifle qu'elle lui 
avait administre alors que, aprs l'avoir enlace quelques jours 
plus tt sous le fallacieux prtexte d'une lutte chahuteuse, il en 
avait aussitt profit pour relever vivement sa jupe et agripper sa 
culotte dans l'intention de la lui ter, pour constater si, comme 
Sabine qu'il assurait avoir vue toute nue malgr les dngations 
farouches de l'intresse, elle avait elle aussi du poil au bas du 
ventre et tait de surcrot une blonde vritable...
	Son ricanement stupide s'tait cass net dans l'clat sonore 
du soufflet magistral que Loriane lui avait appliqu  la vole!
	Toutefois, bien qu'il l'et rvolte sur l'instant, celle-ci 
conservait, singulirement mouvant, le souvenir du contact 
fugace de ses doigts sur son pubis, imprim  la faon d'une 
brlure.

	Sabine ne les pargnait pas davantage qui, estimant tre 
dj une femme et, en tous cas, plus belle et mieux faite que 
Loriane parce qu'elle tait plus mince, digrait mal la prfrence 
que Gauthier accordait  la blonde aristocrate.
	Quant  Guy, il avait une raison bien plus quivoque encore 
de les dsapprouver. Les faveurs d'un garon, celui-ci ft-il son 
propre cousin, avaient dsormais infiniment plus de prix pour lui 
que l'intrt que pouvait lui porter une fille, si belle qu'elle pt 
tre.
	Comme Sabine, il tait devenu le rival de Loriane...
	Bien qu'aucun d'entre eux n'en et rellement conscience, 
leur petite communaut de jeux s'tait gte, l'adolescence venue, 
de l'essentiel des objets et ferments de discorde sociale, lesquels 
dressaient si violemment les adultes les uns contre les autres et les 
faisaient se har  s'entre-dchirer, savoir: la jalousie sentimentale 
conjugue des instincts grgaires de proprit et de 
prdominance.
	Les temps heureux de l'enfance taient pour chacun d'entre 
eux bel et bien rvolus.
	Ils avaient perdu leur innocence...  tout jamais.

	Rien ne serait arriv ce jour-l, peut-tre, si au cours de 
l'aprs-midi, et durant qu'ils taient tous runis prs d'un petit 
bosquet  l'ombre duquel ils avaient copieusement pique-niqu en 
bordure de la rivire, Richard n'avait eu l'ide soudaine de les 
convier  un jeu fait d'preuves physiques diverses et de gages, 
afin d'occuper leur temps dans l'attente que vnt une heure 
raisonnable pour le bain.
	Ce fut cet amusement, anodin en apparence et dont il leur 
prenait parfois l'envie de se divertir, qui donna  Guy le moyen de 
se venger sur Loriane du dpit que lui faisait concevoir 
l'indiffrence nave de Gauthier  son gard.
	Loriane ne souponnait rien encore quant, riant sans 
mchancet des grimaces dgotes de Sabine, laquelle n'avait pu 
grimper  un arbre pour se hisser jusqu' la branche dsigne 
comme but de l'preuve et s'tait entendu "condamner" 
unanimement au gage qui l'obligeait  embrasser un gros mais 
bien peu redoutable ver de terre, elle fut mise en demeure, son 
tour venu, d'excuter la mme escalade dont les garons, eux, 
s'taient dbrouills sans aucune peine.
	Hlas! elle prsumait largement de ses capacits
	Malgr ses efforts et sa persvrance mritoires, elle 
manquait par trop d'aptitudes et d'entranement pour avoir une 
chance vritable d'atteindre la branche fatidique. Les quelques 
heures de danse classique, qui occupaient une partie de ses loisirs 
hebdomadaires pendant l'anne scolaire, ne la prdisposaient 
qu'assez peu  l'acrobatique imitation du singe...
	Force lui fut donc faite,  mi-hauteur de la base du vgtal 
imposant, de se rendre  l'vidence et d'abandonner piteusement 
la poursuite de son ambitieux projet.
	Selon la rgle tablie une fois pour toutes, elle se retira  
l'cart pour ne pas entendre ses "juges" dlibrer et se mettre 
d'accord sur la nature du gage  lui infliger. Elle remarqua bien, 
au cours de la discussion anime qui suivit, que Gauthier ne 
semblait pas partager l'opinion dominante, mais elle le vit ensuite 
se ranger finalement sans trop insister au choix de la majorit. Ce 
fut donc avec une lgre apprhension, mais rien de plus, qu'elle 
se rapprocha afin d'apprendre dans le dtail ce  quoi elle allait 
devoir bon gr mal gr se prter, et faire en sorte de s'y prparer 
au mieux en cachant ses rticences ventuelles pour ne pas perdre 
la face.
	Mme le regard fourbe de Guy, le ricanement sourd de 
Richard, la mine vaguement coupable de son petit ami et le 
sourire cauteleux de Sabine ne l'alarmrent pas outre mesure, 
tant elle tait incapable d'imaginer le froce complot q4'ils 
venaient d'ourdir  son intention.
	Il fallut que les mots eussent pntr profondment son 
esprit pour que leur sens la paralyst de stupeur.
	- Voil, dit Guy, tu vas tout d'abord te dshabiller pour te 
montrer  nous toute nue. Ensuite,  quatre pattes, en blant 
comme un mouton, tu viendras embrasser le derrire dculott de 
Richard et lui lcher le trou du cul!
	Le sclrat avait parl lentement, en dtachant bien chacun 
des mots de la sentence avec jubilation, mais sans avoir eu 
toutefois l'audace de soutenir le regard de Loriane.
	Ce fut comme si la foudre s'tait abattue soudain aux pieds 
de la jeune fille! Elle les fixa tous avec une expression hbte, 
incrdule, sans parvenir encore  croire qu'ils se fussent rsolus  
faire preuve d'une pareille malice.
	Voyant que ptrifie, elle ne bougeait pas d'un pouce, 
Sabine jugea bon de retourner perfidement le couteau dans la 
plaie.
	- Nous avons galement dcid que, dans le cas o tu 
viendrais  refuser d'excuter docilement ce que nous exigeons de 
toi, ce serait nous-mmes qui t'terions tous tes vtements avant 
de t'attacher, de te toucher partout, puis de te frotter les fesses 
avec des orties afin de te punir de n'avoir pas t loyale au jeu, 
siffla-t-elle avec mchancet.
	Cette fois, c'tait trop!
	Loriane se rvolta de tout son tre, cabre de colre et de 
honte  l'ide de la nudit, comme  la perspective d'un chtiment 
aussi humiliant que douloureux et immrit.
	- Jamais, cria-t-elle brusquement, je ne ferai jamais a, 
vous entendez?... Jamais! Jamais! Jamais!... Je vous dteste!... Je 
vous dteste tous les quatre!... Vous n'tes que d'infmes cochons 
et vous me dgotez!
	Et, la rage au coeur, ulcre, elle se retourna pour s'enfuir 
aussitt en direction de la grange  l'ombre de laquelle ils avaient 
rang leurs vlomoteurs.

	Elle avait des larmes plein les yeux, et dominait mal les gros 
sanglots qui lui emplissaient la gorge.

	Elle aurait d cependant se rappeler que les garons 
pouvaient courir bien plus vite et plus longtemps qu'elle, qu'ils 
taient autrement plus vigoureux qu'elle ne l'tait, et qu'un seul 
d'entre eux et suffi  la terrasser. En quelques foules, ils la 
rattraprent et la capturrent...

	Loriane fut saisie, matrise, jete sur le sol et solidement 
maintenue  la discrtion de Sabine qui, malgr ses hurlements, 
ses protestations vhmentes, ses soubresauts affols, ses coups de 
pieds et de griffes et de dents, parvint bientt  lui enlever son 
chemisier et sa jupe de coton, non sans les dchirer ici et l.
	Dessous, elle n'avait que son deux-pices de bain.

	D'un geste brutal, la fille lui arracha le soutien-gorge pour 
lui dnuder les seins.

	Cette dernire se prparait  faire de mme pour la culotte 
tout en riant des vains sursauts de leur - victime, lorsque Richard, 
autoritaire, s'interposa pour l'en empcher.
	- Non! Pas toi! aboya-t-il. C'est moi qui lui piquerai son slip, 
 cause de la baffe qu'elle m'a balance l'autre jour et pour 
laquelle je lui en flanquerai une douzaine sur le cul!

	- Non! non! non!... Pas a! pas a!... Je ne veux pas!... Pas 
toute nue!... Non, pas toute nue! cria Loriane.

	- Tu peux gueuler tant que tu veux, ricana Guy, personne 
ne peut t'entendre!

	En mme temps, il lia les poignets de Loriane l'un  l'autre 
au moyen d'une cordelette dont il avait pris la prcaution de se 
pourvoir en guettant, patiemment, l'occasion qui lui permettrait 
de la tenir  sa merci et de perptrer sur elle son mauvais coup.
	Souleve, porte par les jambes et les paules, se tordant  
la manire de ce pauvre lombric que Sabine avait tenu tout  
l'heure entre deux doigts agits de tremblements, hurlante et 
sanglotante, alternant perdument prires et menaces, Loriane fut 
amene comme un paquet jusque sous l'arbre qu'elle n'avait pu 
escalader.
	Bientt, elle s'y retrouva les bras levs au-dessus de la tte, 
attache  l'une des basses branches, rduite  l'impuissance, 
livre  tous les caprices de ceux dont elle pensait encore, un 
instant plus tt, qu'ils taient ses meilleurs camarades, sinon ses 
seuls amis de l't.
	Pire!... Il y avait parmi eux celui qu'elle avait cru aimer...
	Tous quatre restrent un moment autour d'elle sans faire 
autre chose que la regarder se dbattre tel un animal pris au 
pige, et l'couter narquoisement les implorer pour qu'ils la 
dtachassent et lui rendissent sa jupe et son corsage en leur 
promettant, avec une sincrit pathtique, de ne se plaindre  
quiconque de leur inqualifiable inconduite.
	Comme Richard s'approchait d'elle, elle se crispa, rua, puis 
recommena  crier de plus belle en devinant les intentions du 
garon, mais rien n'y fit. Des deux mains, celui-ci s'empara de son 
slip de bain pour le lui baisser d'un seul coup jusqu'au milieu de 
ses cuisses raidies.

	Elle fut secoue d'un violent hoquet en sentant son ventre 
mis soudainement  nu.

	En silence, ses tourmenteurs envelopprent son jeune corps 
de regards littralement fascins.

	Malgr son dsespoir, au travers de ses pleurs, elle vit que 
les yeux des garons s'allumaient de singulires lueurs. Elle ne se 
souvenait pas qu'aucun l'et jamais regarde comme a 
auparavant. Ce furent ces regards qui, pour la premire fois de sa 
vie, lui donnrent la conscience suraigu de sa nudit 
intgralement offerte  des yeux trangers et lui firent prouver 
un sentiment d'humiliation inexprimable... ml de quelque chose 
de plus, d'inconnu et d'indfinissable.
	- Tu vois, dit enfin Guy  l'adresse de Richard, non 
seulement elle a du poil au ventre, mais en plus c'est bien une 
vraie blonde!
	- Moi, je trouve qu'elle est plutt rousse, corrigea Sabine 
avec une moue de ddain.
	Choque, toute volont de rvolte momentanment 
dissoute, l'esprit gar et plonge dans un tat second, Loriane les 
laissa la toucher sans tenter de se dfendre ni chercher  se 
soustraire  leurs contacts.
	Leurs mains la firent frissonner puis tressaillir en se posant 
sur sa peau, en glissant sur ses cuisses, sur ses fesses, ses reins, en 
se plaquant sur son pubis, en s'emparant de ses seins... Cependant, 
bien que passive, tendue de la tte aux pieds comme la corde d'un 
arc band, la mort dans l'me, affreusement mortifie par la 
contrainte qui lui tait lchement impose, les joues brlantes de 
larmes, elle ne put s'empcher de sangloter, puis de gmir sous les 
attouchements de plus en plus hardis.
	Cependant et durant que leurs doigts se pressaient, se 
bousculaient  la conqute des reliefs dj plus qu'loquents de sa 
poitrine, que nombre de femmes adultes eussent pu lui envier, 
qu'ils en ptrissaient les volumes fermes et en pinaient les pointes 
devenues effectivement trs saillantes, riges et dures comme 
lorsqu'il lui arrivait d'avoir froid, plus particulirement sous la 
douche ou dans un bain se rafrachissant, elle eut la brusque 
rvlation de la ralit exprime dans toute son vidence. En son 
for intrieur, et pour aussi honteuse qu'elle ft, il lui fallut bien 
accepter une vrit qu'il lui tait impossible de refuser: les mains 
que les garons se plaisaient  promener sur son corps nu, et sur 
ses mamelons en particulier, engendraient au coeur de son tre un 
moi insidieux, embryonnaire sans doute, mais indniable, tout  
fait concret et liquide.
	- Arrtez!... Arrtez maintenant! Laissez-moi, je vous en 
prie, laissez-moi!... Dtachez-moi!... J'ai mal aux poignets!... 
Laissez-moi partir! Rendez-moi mes habits!... tenta-t-elle 
d'obtenir en dominant ses sanglots.
	Ils ne l'coutrent mme pas.

	Sur une incitation de Guy, le plus acharn des quatre  
vouloir avilir Loriane, ils se prparrent  infliger  celle-ci une 
preuve irrfutable du trouble incontrlable de sa chair intime, en 
blessant cyniquement sa pudeur de manire encore bien plus 
offensante.
	- Pour que nous puissions en tre tout  fait certains, il 
faudrait que nous lui mettions les doigts dans la chatte, dcrta 
l'implacable Lyonnais.
	- Et alors? s'tonna Gauthier avec candeur.
	- Mon pauvre vieux! ricana son cousin, on peut dire que tu 
ne connais pas grand-chose aux donzelles! Et tu esprais te farcir 
celle-l d'ici  la fin des vacances?... Ecoute-moi bien et fais-en ton 
profit: si la fente d'une nana est toute mouille, a signifie qu'elle 
est excite et qu'elle a envie d'tre baise...
	- ou de pisser! acheva crment Richard en clatant de rire.
	Guy le considra avec une moue pleine de mpris, puis il 
revint sur sa vicieuse proposition, non sans fixer Loriane d'un 
regard malsain, tout en souriant mchamment de la voir 
tressaillir sous l'effet d'un vif surcrot de panique.
	- Bon!... Alors, a vous intresse de savoir ou pas?
	Comme les deux autres garons donnaient leur accord d'un 
vague hochement de tte, et que Sabine se contentait d'assister 
passivement, il se mit en devoir de distribuer les rles.
	Aussitt, sur son ordre, Richard et Gauthier s'emparrent 
chacun d'une des jambes de Loriane pour la forcer  dsunir les 
genoux et  ouvrir les cuisses.
	- Non! non! non!... recommena  crier la jeune fille tout en 
essayant de rsister aux deux frres. Non! non! je vous en 
supplie!... Je ne veux pas!... Ne faites pas a!... Pas a! pas a!... Ne 
me touchez pas l!... Oh non, pas l!...
	Elle vit avec terreur la main de Guy se rapprocher de son 
ventre, et tressauta violemment quand celle-ci se plaqua sur son 
sexe, refusant de toutes ses forces le rpugnant contact, branlant 
Richard et Gauthier de ses sursauts dsesprs, et secouant la tte 
de tous cts pour nier la dtestable injure, mais en vain.
	Elle sentit les doigts ouvrir ses lvres intimes, s'insinuer 
dans sa vulve, pntrer son vagin lentement... et la violer. Puis la 
main se retira brusquement, en lui laissant la dsagrable 
sensation d'un grand trou soudainement creus sous son ventre.
	Elle hoqueta une plainte sourde.
	- J'tais certain que a lui plaisait de se faire peloter par 
nous triompha le misrable. Elle en est toute inonde, la cochonne!
	Et, alors que Loriane se remettait  sangloter, les deux 
frres librrent ses jambes pour s'approcher de leur cousin et 
venir contempler, d'un regard curieux, les doigts de celui-ci laqus 
par les intimes scrtions de la fminit qu'ils venaient de 
violenter.
	- C'est quoi, interrogea Richard, dmontrant de la sorte 
qu'il se trouvait tre moins inform qu'il ne le prtendait en 
fanfaronnant.
	- De la mouille de fille, nigaud!... Toi, quand tu te masturbes 
et que tu jouis, le sperme gicle de ta verge, n'est-ce-pas?... Eh bien, 
pour les filles, c'est un peu la mme chose, expliqua 
sommairement Guy en lui passant ses doigts sous le nez.
	Il s'essuya les doigts sur la figure de Loriane, en les passant 
sous son nez, sur ses lvres et ses paupires.
	- Je me vengerai! cria-t-elle au milieu de ses pleurs. Je te 
dnoncerai!... Je porterai plainte contre vous tous, et vous irez en 
maison de redressement!... Je dirai tout!... Tout! tout! tout!.. Je 
dirai mme partout que tu n'aimes que les garons... que tu n'es 
qu'un minable pd!
	Les mots taient venus d'eux-mmes.
	Jete hors d'elle pas un subit regain de colre, emporte par 
la rage et la haine, Loriane lui avait hurl ses menaces en plein 
visage et en oubliant, dans l'aveuglement de la fureur, qu'elle tait 
entrave, nue et toujours en son pouvoir. Si elle l'avait pu, en cet 
instant prcis, elle lui aurait arrach les yeux avec sauvagerie.

	Avant que le maigre Lyonnais n'et une quelconque 
raction, elle sut qu'elle venait de commettre une lourde erreur...

	D'un coup, le regard de Guy s'alluma de lueurs mauvaises.

	- Ah! tu porteras plainte, vraiment!... ironisa-t-il. Eh bien, 
nous allons te faire passer l'envie de cafarder, tu vas voir!... 
Richard voulait te claquer les fesses, mais il y a mieux  faire 
avant que ton gros joufflu ne gote aux caresses des orties.

	Il lcha les cheveux de Loriane, dgrafa lentement sa 
ceinture de cuir pais et la retira des passants de son pantalon 
pour la faire siffler dans l'air devant lui.

	- Que... que... que vas-tu me faire?... bafouilla la jeune fille 
en s'affolant de nouveau. Tu... tu ne penses tout de mme pas me... 
me battre? 
	- Je vais me gner, tiens!... Comme a, si le coeur t'en dit, tu 
n'auras qu' montrer ton cul tout rouge aux gendarmes!
	- Tu es fou!... Non, Guy, non ne fais pas a!... Ne me bats 
pas!... Ne me bats pas avec ta ceinture ... Je t'en prie!... Non! 
non!... Je ne dirai rien, je te le jure!... Je ne dirai rien! rien! rien!...

	En ricanant, Guy vint se placer derrire Loriane. Celle-ci se 
tourna avec prcipitation, la peur au ventre, mais il suivit son 
mouvement, et puis tous les autres, jouissant de voir trembloter 
schement ses seins sur son buste et rouler ses fesses dans ses 
tentatives maladroites d'chapper  la correction promise.

	Le claquement soudain de la bande de cuir sur son 
postrieur crisp et la rvoltante sensation de brlure intense 
firent bondir et crier Loriane. Elle trouva la douleur 
immdiatement insupportable, affreuse.

	- Mon pre affirme que, pour dresser convenablement une 
fille, rien ne vaut une bonne et solide ceinture, rit Guy dans son 
dos.

	Richard, Sabine, et mme Gauthier, s'esclaffrent eux aussi.

	Dsesprment, mais en vain, Loriane tenta de se librer les 
poignets de la cordelette qui s'incrustait de plus en plus dans sa 
peau. La ceinture revint meurtrir son derrire pour la faire de 
nouveau sauter et hurler, puis un troisime coup, appliqu encore 
plus vigoureusement et un peu plus bas, la fit s'gosiller.

	Sans se presser, son bourreau lui cingla mthodiquement les 
deux fesses jusqu' ce qu'il la vit rlante, presque vanouie sous la 
douleur abominable que lui procurait cette froce correction, la 
premire qu'elle et jamais reue.

	- L, fit enfin Guy en riant toujours, mais en cessant de la 
fouetter, voil pour le hors-d'oeuvre! A prsent, le plat de 
rsistance... et mademoiselle Loriane de Rhynval sera 
copieusement servie!
	La jeune aristocrate n'eut mme pas la force de protester... 
du moins jusqu' ce que, voyant le gros bouquet de plantes 
urticantes que Richard brandissait en ricanant, elle ne pousst un 
hurlement d'pouvante.

	Cette fois, ils durent la tenir, Guy  bras-le-corps, Sabine et 
Gauthier aux jambes, tant elle se convulsa avec fureur pour 
essayer d'chapper  l'atroce punition.

	Les orties se collrent alors sur son derrire que la ceinture 
de cuir venait d'enflammer, et ce lui fut tout de suite une sensation 
horrible. Elle aurait voulu ne plus crier, mais elle hurla de toutes 
ses forces, hurla  s'poumoner.
	C'tait une douleur intolrable, qui l'lectrisait, la 
consumait, la dchirait... Elle n'entendait ni ne voyait plus rien. Et 
ces milliers de brlures qui corrodaient sa peau, la pinaient, la 
tordaient, faisaient battre son coeur  une folle allure.
	Et puis cela se calma un peu, mais juste un peu, quand 
Richard arrta de lui frictionner les fesses  l'aide des feuilles 
infernales.
	Guy lui dtacha les poignets et la regarda sans aucune trace 
de piti s'crouler lourdement sur le sol. Dj, les autres 
l'abandonnaient. Elle le vit faire deux ou trois pas pour les 
rattraper, puis s'arrter et revenir vers elle.
	- Il y a une chose que je n'ai pas pu faire devant ceux-l, dit-
il en montrant du doigt Sabine et ses cousins qui s'loignaient 
d'eux sans un regard en arrire et ne pouvaient plus l'entendre. 
Mais si jamais j'en ai l'occasion, je te prouverai qu'un pd peut 
tout aussi bien se farcir le cul d'une fille que celui d'un garon... 
Salope comme tu es, je serais bien tonn que a ne te plaise pas!

	Rendue prudente par ce qu'elle venait d'endurer, Loriane 
se garda de rpliquer.

	Guy partit en courant et la laissa enfin  sa douleur, sa 
honte et son amertume.

	Pendant un long moment, elle frotta avec douceur ses 
pauvres fesses meurtries tout en continuant  pleurer et sangloter 
 petit bruit, sans mme songer  la proximit de l'eau frache 
dans laquelle elle aurait pu se plonger pour se soulager de cette 
brlure qui, peu  peu pourtant, s'apaisait. Et puis, 
insensiblement, elle sentit la chaleur de son derrire se rpandre 
en elle jusqu' ce qu'il se passt dans son tre une chose 
inattendue, une chose incroyable.
	Malgr elle, elle prouvait un dsir de plus en plus violent 
de se caresser et, bientt, elle ne fut plus capable d'y rsister.
	Elle avait entendu les ptarades des moteurs se dissoudront 
dans le lointain et savait donc qu'elle tait parfaitement seule 
dsormais.
	Toujours nue, et devenue inexplicablement heureuse de 
l'tre, elle s'allongea compltement sur l'herbe, carta les jambes 
et jeta ses doigts  son sexe qu'elle trouva tout gluant.
	En moins d'une minute, elle fut secoue par un spasme tout 
 fait extraordinaire, d'une violence telle qu'elle n'en avait encore 
jamais connue depuis qu'elle avait appris  satisfaire en solitaire 
les imprieuses envies qui l'assaillaient.
	Elle le savoura longuement, extasie, les cuisses resserres et 
emprisonnant sa main toujours plaque sur sa vulve, puis lorsque 
son plaisir dcrut, elle recommena...


(I) UN CHATEAU AUX CONFINS DE LA NUIT

	Il faisait un temps parfaitement dtestable. Les phares de la 
voiture ne parvenaient que mdiocrement  percer les tnbres 
opaques, rendues plus oppressantes par la pluie diluvienne qui 
s'abattait comme un vivant rideau liquide devant elle. Chasse 
obliquement par le vent de tempte qui soufflait en rafales 
rageuses, l'eau cinglait le pare-brise avec violence pour le noyer de 
cascades torrentielles que les essuie-glaces, bien qu'ils fussent 
lancs  pleine vitesse, restaient  peu prs impuissants  disperser 
efficacement.
	L'troite route s'enfonait toujours  travers la montagne, 
tour  tour sinueuse ou rectiligne, montant ou descendant, et 
cependant monotone. De chaque ct du ruban de la chausse 
recouverte d'eau, que les pneus faisaient gmir et se plaindre en 
chuintements dchirants, une double muraille de roc se succdait 
 elle-mme, sans interruption.
	Loriane tait lasse, terriblement.
	Elle conduisait depuis de nombreuses heures dj, sans 
s'tre autoris le moindre arrt, la plus brve halte. Son dos, ses 
reins et ses cuisses la faisaient souffrir, et elle tait agace par 
toute cette pluie qui s'tait mise  tomber au dbut de l'aprs- 
midi, peu aprs son passage  la frontire, qui ne s'arrtait plus, 
qui ne voulait pas mme faiblir, ne ft-ce qu'un court, trs court 
instant. Elle en avait assez de cette route qui, telle une cicatrice au 
trac tourment, interminable, incisait la sierra plus noire que 
l'ombre la plus dense qui l'enveloppait.
	Elle tait fatigue de cette route, de cette pierre et de ces 
broussailles d'pineux en cette terre inconnue, trangre et lui 
paraissant confusment hostile, qui taient nes et se perptuaient 
ensemble, menaaient de n'avoir pas de fin ni ne mener nulle 
part...  moins que ce ne ft au fond de quelque enfer!
	Depuis sa traverse du bourg de San Juan del Olmo,  la 
sortie duquel elle avait bifurqu  droite et emprunt cette route 
que ne mentionnait pas sa carte, mais qu'indiquait le plan cens 
l'amener  destination, plus une seule agglomration, plus un 
hameau, plus une ferme ni mme une simple cabane de forestier; 
pas un autre vhicule, pas une me, pas le chien errant le plus 
famlique, personne, rien.
	Aprs ce qu'elle en avait tudi et plusieurs sjours 
effectus en diverses autres contres, Loriane n'aurait jamais 
imagin qu'en un tel pays, dans la proximit relative de la 
capitale, il se pt trouver aujourd'hui encore de si vastes tendues 
prives de vie.
	Etait-il concevable que l'homme moderne, dot de tant de 
moyens mcaniques, s'en ft  ce point dsintress?
	En tous cas, le fait tait l, bien tangible. Et, pour ce qui la 
concernait prsentement, elle ne l'apprciait gure!
	Tout en scrutant avidement la nuit angoissante et funbre 
de ses yeux brlants de lassitude, sans discerner, hlas! la moindre 
rupture dans le trait sinueux mais immuable de l'asphalte luisant 
et crpitant sous les impacts prcipits des milliards de gouttes 
d'eau projectiles, s'hypnotisant dangereusement  vouloir deviner 
le prochain virage, sans tre capable en l'abordant d'en prsumer 
la courbure, cherchant au-dessus d'elle, sans les voir, les cimes du 
roc noir qui se fondaient sans transition dans le ciel de deuil 
dsert de la plus insignifiante toile, elle se reprochait vertement 
son inconsquence qui l'avait fait s'obstiner  se refuser une tape 
pour la nuit, et maudissait le Ddale pervers qui la voulait 
Minotaure.
	Toutefois, et pour aussi justifie qu'elle ft, cette colre 
intrieure qui la dressait contre elle-mme ne lui servait 
strictement de rien.
	Elle pensait s'tre bel et bien perdue, irrmdiablement.
	Elle se voyait dj, et sans aucun plaisir, condamne  
passer le reste de la nuit dans sa voiture, au milieu de cette 
immensit de rocaille et de ronciers dgouttante d'eau.
	Et dormir toute une nuit  l'intrieur d'une Porsche!...
	Tout cela pour avoir rpondu  une singulire et non moins 
trange invitation, dont son orgueil s'tait trouv flatt en mme 
temps que quelque peu corn, sa curiosit vivement stimule, et 
une bien plus secrte partie de son tre confusment excite.

	Non, elle n'avait pas eu la vanit de croire, lorsqu'elle avait 
entrepris l'criture de son ouvrage sur l'Inquisition d'Espagne 
durant les XV et XVI sicles, et aprs avoir soutenu avec un 
certain brio le mmoire de sa matrise dans lequel elle avait 
virtuellement tabli l'ambigut des relations ayant exist entre 
Tomas de Torquemada et Isabel de Castille, que la publication de 
son livre aurait un tel et si grand retentissement dans les milieux 
intellectuels, comme la faveur relative du public.
	Certes, le titre de celui-ci tait sans doute pour quelque 
chose dans ce succs inattendu, mais contrairement  ce qu'elle 
pensait l'Inquisition passionnait toujours, et davantage, peut-tre, 
la sombre et inquitante personnalit du premier des Inquisiteurs 
Gnraux dont les excs - bien rels encore que fortement 
exagrs par la lgende -, du temps o il n'tait que l'un des rares 
et simples inquisiteurs du royaume, avaient fait s'mouvoir le 
pape Sixte IV lui-mme, cet occupant du trne de Saint Pierre 
auquel les Rois Catholiques avaient finalement arrach la 
nomination du dominicain, entranant de ce fait la cration de la 
Suprme.
	Mais la reine Isabel, pouse de Ferdinand d'Aragon, de qui 
elle pouvait tout obtenir, voulait tant l'lvation de son 
confesseur!
	Celle-ci ne savait-elle pas, mieux que quiconque, de quoi 
l'homme tait capables...
	Les ventes se poursuivant et lui apportant quelque argent et 
un peu de notorit, la faisant solliciter pour plusieurs missions 
de radio, de tlvision et divers entretiens avec des journalistes, 
jetant son facteur dans la consternation, mais enchantant son 
diteur et faisant sourire d'aise son banquier, elle nageait en 
pleine euphorie et se voyait dj clbre, historienne reconnue de 
ses pairs, lorsque, un matin, entre autres correspondances 
nombreuses, lui tait parvenue la lettre provenant d'Espagne, 
contenue dans une enveloppe longue de fort papier bistre, dont le 
cachet de cire rouge tait frapp d'un sceau armori et timbr 
d'une couronne comtale.
	Le support de l'criture, haute, anguleuse et penche, de 
toute vidence rcente, quoique produite  l'aide d'une plume 
d'oie, tait un authentique palimpseste, de cette sorte de 
parchemin que l'on fabriquait dans le courant du treizime sicle, 
au moins deux fois effac avant que l'on se ft rsolu  tracer 
rcemment le message qui y figurait dsormais.
	Il y avait tout de mme peu d'individus,  notre poque, qui 
possdaient des palimpsestes, et moins encore pouvaient se 
permettre d'en supprimer de nouveau le texte afin d'en user pour 
rdiger leur courrier!
	Affectation ostentatoire, volont d'tonner ou d'intriguer, 
voire de scandaliser, dsir d'appter par un prsent original, 
ddain vritable pour ce que d'aucuns considraient comme un 
trsor? Quoi qu'il en ft, c'tait un beau cadeau en soi, d'une 
valeur intrinsque certaine.

A Mademoiselle Loriane de Rhynval,

	Votre livre, "Cruauts Inquisitoriales", m'a vivement intresse, 
encore que j'y aie pu relever nombre de jugements hatifs  propos de 
l'utilit ou de l'inutilit de la torture, notamment dans le droulement 
de la procdure des tribunaux du Saint Office et l'obtention par eux 
des aveux. Je souhaiterais vous mieux connatre afin, peut-tre, 
d'clairer d'un nouveau jour ce que vous savez, ou devrais-je crire, 
croyez savoir?... concernant l'emploi de la violence et, de manire plus 
spcifique, celui de la flagellation s'agissant des femmes, durant les 
interrogatoires de celles-ci conduits par les inquisiteurs. Il m'a paru,  
votre faon de traiter de ce sujet, que c'tait l une question qui vous 
tenait fort  coeur et vous proccupait tout particulirement. Et puis, 
accessoirement, nous pourrions parler de mon illustre anctre Tomas 
de Torquemada, sur la vie et la personnalit duquel vous n'avez, l 
encore,. que des informations bien fragmentaires. Je vous attends ds 
qu'il vous plaira en mon chteau, que j'espre voir honorer de votre 
prsence; il est tabli en des lieux quelque peu isols, certes, mais vous 
trouverez au dos de ce parchemin le dtail d'un itinraire qui vous 
permettra, je pense, d'y accder sans rencontrer trop de difficults. Ne 
prenez pas la peine d'avertir, venez, simplement. 

Alecto, comtesse de Torquemada.

	Singulier prnom, que le nom de la plus redoutable des 
desses vengeresses des Enfers!

	Persphone, Mgre, Alecto... Les Furies des Romains, les 
Erinnyes: farouches, menaantes, vtues de noir sanglant, ailes et 
aux traits convulss...
	Quant au patronyme lui-mme, c'tait  n'y pas croire! 
Tout d'abord, et quoique vivement intrigue, elle n'avait pas 
envisag srieusement de donner suite  cette insolite invitation. Il 
y avait tant d'originaux qui arrivaient! Un courrier de Napolon, 
de Gengis Khan ou de Mphistophls soi-mme ne l'et pas 
autrement tonne. Elle n'avait pas reu moins de trente 
demandes en mariage, le triple de dclarations enflammes, sans 
parler des ineptes, obscnes ou infmes propositions, qu'elle ne 
s'tait jamais donn la peine de lire jusqu' la signature. Tout de 
mme! Ceux-l n'crivaient pas sur des palimpsestes! Peu  peu, 
les jours passant, insidieusement, lui tait venue l'envie de relever 
le dfi implicite que recelaient les mots, la provocation sous-
jacente contenue dans la formulation des phrases, l'accusation 
plus explicite de partialit, d'ignorance mme, que portait a 
signataire de la lettre crite en un franais acceptable, et jusqu' 
un point tel qu'elle s'tait bientt senti possder par une avide et 
dvorante curiosit.
	Aprs tout, faire la connaissance de la descendante du 
premier et du plus controvers de tous les Inquisiteurs Gnraux 
d'Espagne, dont la vie et le nom terrible avaient inspir tant et 
tant de romanciers; apprendre, peut-tre, des dtails inconnus de 
son existence, de ses motivations, de ses aspirations, de ses rares 
vertus et de ses vices nombreux, de ses amours inavouables... 
royales ou roturires, avait de quoi sduire quand on avait form, 
comme elle, projet de se destiner  une carrire d'historien!
	Et si, davantage, elle venait  avoir la chance inooe de se 
voir communiquer des documents jusqu'alors ignors, tenus 
jusque-l cachs par la famille, et tmoignant de quelque 
redoutable secret?
	Ha! quel fulgurant dbut de carrire!
	Elle avait oeuvr pendant prs de deux ans  son livre, deux 
annes durant lesquelles elle avait, tout en achevant sa matrise, et 
non sans une morbide dlectation, plong dans les horreurs des 
supplices et, principalement, la comtesse n'avait pas manqu d'en 
faire la remarque, dans celui de la flagellation qui avait eu la 
faveur des inquisiteurs... surtout lorsque l'accus tait de sexe 
fminin.
	Etait-ce l le rsultat persistant, pernicieux et funeste dans 
ses effets obsdants, de la dtestable msaventure qui lui tait 
advenue l't de ses seize ans?
	Peut-tre oui; peut-tre non.
	Un psychanalyste en eut dcid; elle ne l'tait pas ni n'en 
avait consult.
	Quoi qu'il en ft rellement, elle s'tait mue, et  
d'innombrables reprises, en s'imaginant ces femmes dpouilles 
de leurs vtements et humilies aux yeux des moines que 
tourmentait la constante privation de toute relation charnelle, 
contraintes de se montrer nues et d'offrir, bien malgr elles, dans 
leurs souffrances odieuses, le spectacle de leurs attraits jets au 
dsordre de leurs bondissements fous et irrpressibles.
	C'tait que, de faon indniable, et la victime de sa belle 
constitution anatomique, la femme nue et fouette donnait d'elle-
mme, selon comme on la liait, et aux regards d'une nature 
perverse, une vision des plus suggestives...

	Songeant  cela, veillant  chaque fois ses dmons 
intrieurs, incapable de s'interdire l'acte tant les images qui lui 
venaient  l'esprit la bouleversaient, avec ou sans le support de ces 
gravures au ralisme loquent qu'elle glanait ici et l, il lui fallait 
 toute force assouvir de ses doigts les fivreux dsirs harcelant 
son tre.
	Il lui arrivait, parfois, de se mpriser de ne pouvoir 
dominer ces pulsions qui la poussaient imprieusement aux 
manies solitaires, qu'elle se trouvt ou non en puissance d'un 
amant. Mais, la plupart du temps, elle y cdait avec passion, tout 
en plongeant au coeur de ses fantasmes qu'elle ne tentait pas 
mme de rprimer.
	Au fond, et se donnant du plaisir, elle ne causait de tort  
personne.
	Alors!...

	Distraite par ses penses, Loriane n'avait pas remarqu 
qu'elle s'aventurait sur un chemin non goudronn.
	Ce dernier avait tout simplement succd  la route dont 
aucun panneau ni nulle indication n'avertissait de la fin.
	L'ingalit du sol de terre dtrempe et de cailloux dnuds 
par le ravinement des eaux de pluie la ramena durement  la 
ralit pour la contraindre  ralentir considrablement l'allure. 
Rac, puissant, rapide, son bolide n'tait pas, tant s'en fallait, l'un 
de ces modles que l'on rputait pour le moelleux de leur 
suspension! Elle se rendit compte alors qu'elle roulait au milieu 
d'une large alle borde de chaque ct par un unique rang 
d'arbres aux troncs colossaux. Dans les tnbres, la double haie 
des fts ressemblait  un sombre alignement de sentinelles plus 
noires que la nuit. L-haut, trs haut, les branches tourmentes 
des chnes sculaires, inattendus en cette rgion de rocaille, 
emmlaient leurs feuillages en une vote paisse et ruisselante qui, 
dans la clart des phares, paraissait dfiler lentement au-dessus de 
sa tte.
	Elle crut avoir manqu un virage, dpass un 
embranchement, et allait une fois encore pester contre son 
inattention calamiteuse quand elle distingua,  moins de cinquante 
mtres en avant, le profilement d'un mur enserrant dans ses 
pierres grises un norme assemblage de fer forg.
	L'espoir soudain d'tre parvenue  destination, enfin et en 
dpit du drglement des conditions atmosphriques, celui de ne 
pas devoir continuer  errer ni d'avoir  dormir dans son 
inconfortable vhicule, fit s'acclrer son rythme cardiaque. En 
faisant avancer la voiture grondante au pas, elle vint s'arrter 
bientt  quelques mtres de la grille impressionnante, autant par 
sa largeur que par sa hauteur, qui fermait hermtiquement 
l'enceinte contre laquelle elle tait venue buter.
	Comme le mur, en ralit une muraille authentique, qui se 
perdait  droite et  gauche dans l'obscurit en montrant un fate 
hriss de rouleaux de fil de fer barbel tenus par des piques 
acres et plantes obliquement afin de menacer l'extrieur, elle 
jetait  plus de cinq mtres de haut les fers aigus de ses lances aux 
hampes dardant tout leur long d'innombrables crocs dchirants. 
Hors cet aspect rbarbatif, comportant blason et couronne 
comtale sur chacun de ses vantaux, elle tait tonnamment 
ouvrage malgr sa masse. Sur le fort pilier de droite qui la  
soutenait, une plaque tait scelle, de marbre noir et pais.
	Loriane laissa les phares allums et sortit sous la pluie qui, 
pour l'occasion, redoublait tratreusement de violence, afin de se 
rapprocher et d'tre en mesure de lire l'inscription figurant en 
espagnol, lettres rondes et dores, sur la pierre noble et luisante.

	"CASTILLO DE LA REINA. Propiedad De La Familia De 
Torquemada. Se Prohibe La Entrada. Peligro De Muerte."

	Manifestement, l'actuelle propritaire des lieux ne tenait 
gure aux visites impromptues!
	Surprenant, anachronique, un dispositif interphone tait 
visible sous la plaque de marbre.
	Frissonnante du dluge dont elle se protgeait tant bien que 
mal  l'aide d'une veste de lainage jete sur sa tte et ses paules, 
Loriane pressa rsolument le bouton lectrique, puis attendit que 
l'on voult bien lui rpondre, une oreille colle au pilier. Rien ne 
se passa pendant l'ternit d'une minute. Enfin, alors qu'elle se 
prenait presque  dsesprer, une voix d'homme, basse et rauque, 
demanda schement qui sonnait et pour quelle raison.
	Elle dclina posment son nom et sa nationalit, puis 
expliqua en quelques mots qu'elle tait l'invite de la comtesse.
	L'homme la fit encore patienter. Quelques secondes plus 
tard,  son vif soulagement, mais non sans qu'elle et confirm 
n'tre accompagne de personne, il lui signifia qu'elle pouvait 
entrer, en prcisant que la grille s'ouvrait et se refermait seule, 
automatiquement, qu'elle aurait ensuite  rouler sur l'alle 
centrale, toujours, et que, de la sorte, elle arriverait 
immanquablement au chteau o elle tait effectivement attendue.
	Loriane remercia et fit scrupuleusement ainsi qu'il venait 
de lui tre indiqu. Elle parcourut environ douze ou treize cents 
mtres  l'intrieur d'un parc qui lui parut tre immense, et non 
moins sombre que la fort la plus profonde. Elle parvint 
finalement devant l'imposante faade d'un difice qui, malgr les 
transformations, les restaurations, les rnovations successives 
dont il avait t de nombreuses fois l'objet au cours des sicles, 
conservait en partie ses murailles, crneaux, tours d'angle et 
mchicoulis, vestiges de sa jeunesse mdivale, turbulente et 
guerrire.
	Elle stoppa au pied du gigantesque escalier  double 
rvolution et sortit prcipitamment de la voiture pour gravir les 
marches de granit  la vole, n'emportant avec elle que son sac  
main et sa mallette de toilette.
	Sur le perron, vaste comme le parvis d'une glise, une jeune 
femme blonde et un homme, ce dernier de haute stature, 
compltement chauve et tout entier vtu de cuir noir, s'avancrent 
 sa rencontre.
	Quelque part, au loin, dans le parc peut-tre, une troupe de 
chiens aboya furieusement.
	Loriane rpondit par un sourire  l'accueil gracieux de la 
femme qui levait au- dessus d'elle un grand parapluie, ainsi qu'au 
signe de tte muet du gant.
	- Vous parlez couramment notre langue, no es verdad? 
demanda la domestique en espagnol, mais avec une lenteur de 
diction volontaire.
	- Tout  fait, oui. Seulement mon accent castillan n'est pas 
des meilleurs, et je connais mieux le style littraire que le langage 
courant, s'excusa Loriane.
	- No es importante. Je m'appelle Mcia, se prsenta ensuite 
la soubrette, et lui c'est Pedro. Il va ranger votre automobile dans 
le garage, puis se chargera galement de vos bagages. Maintenant, 
si vous voulez bien me suivre, Seorita, ma matresse vous attend.
	Loriane la remercia d'un nouveau sourire et elle embota le 
pas pour la suivre  l'intrieur de la demeure seigneuriale 
silencieuse.
	Et ce fut alors, en pleine lumire, qu'elle put apprcier, non 
sans stupfaction, le caractre tout  fait insolite et choquant de la 
tenue vestimentaire de la servante.

	Jolie, soigneusement maquille, un iris noisette et de trs 
longs cils recourbs lui faisant de grands yeux doux de biche, un 
mignon petit nez effrontment retrouss au-dessus de lvres 
pleines, bien ourles, carmines et brillantes, Mcia n'tait peut- 
tre pas aussi blonde que Loriane l'avait cru tout d'abord en 
l'envisageant au-dehors. En fait, elle tait coiffe d'une perruque 
neigeuse "Pompadour", laquelle tait agrmente sur la nuque 
d'un catogan de soie noire, et mise en place si parfaitement pour 
cacher sa propre chevelure que l'artifice ne se discernait pas d'un 
premier et rapide regard.
	Toutefois, compar  la bizarrerie de son bahissante 
toilette, ce n'tait l qu'un dtail de peu d'importance!
	Prforme par un baleinage rigide, lace dans le dos, 
dpourvue de bretelles, une gupire de chevreau glac treignait 
son buste, remodelait troitement ses flancs et faisait rebondir de 
manire formidable ses seins extraordinairement dvelopps en ne 
les couvrant qu'avec parcimonie, tout juste assez pour que l'on ne 
vt pas leurs mamelons. A la taille, trs svrement amincie par le 
corset - car  y mieux regarder c'tait bien un corset plus qu'une 
gupire -, elle portait un minuscule tablier de dentelle blanche 
nou par-dessus une trs courte jupette de tissu lger et souple, 
qui s'vasait autour de ses hanches en plis profonds et, ne 
dissimulant que le sommet de ses cuisses, n'affleurait qu' peine la 
lisire de ses bas de nylon impalpable et luisant. Les voilages 
glacs taient monts et tirs si mticuleusement sur ses jambes, 
qu'elle avait fort belles, que leurs fines coutures ne biaisaient pas 
d'un seul millimtre. Enfin, elle tait chausse d'escarpins aux 
talons aiguilles d'une hauteur dmesure, qui la cambraient 
outrageusement, A cause d'eux, mais galement en raison de 
l'incurvation engendre par les baleines dorsales du corset, lequel 
lui faisait projeter agressivement les rondeurs excessives de son 
buste en avant en mme temps que rejeter impudiquement le 
postrieur en arrire sous ses reins fortement creuss, elle ne se 
dplaait qu' petits pas, presque sans pouvoir user des 
articulations de ses chevilles et de ses genoux, pratiquement 
dresse sur les pointes de ses pieds apparemment menus, un peu 
dans la manire d'une ballerine en chaussons.
	Chaussures extravagantes autant qu'inconfortables, voire 
prilleuses, bas, jupette et gaine contraignante taient 
uniformment noirs, contrastant vivement avec la carnation 
laiteuse des paules nues de la jeune femme.

	D'un certain point de vue, la sduisante Mcia tait plutt 
affriolante dans ses vtements inconvenants, qui dnonaient des 
gots et un raffinement non dnus de ftichisme. Tout en 
imaginant sans peine combien elle eut moustill un ou deux de 
ces anciens et peu nombreux amants, Loriane fut plus curieuse 
encore de faire la connaissance de celle qui exigeait de sa servante 
-  moins que simplement elle ne ft que le tolrer - un semblable 
accoutrement
	Se pouvait-il que Mcia accueillt tous les visiteurs dans 
cette tenue, indistinctement?
	La question intriguait Loriane. Cependant, elle dtourna un 
moment son attention de l'effarante soubrette pour dtailler avec 
le plus vif intrt l'authentique et majestueuse splendeur de 
l'endroit.
	C'tait une salle de forme oblongue, sorte de vestibule 
immense conu  l'chelle de titans depuis longtemps disparus. 
Les murs de granit rose taient habills de tapisseries anciennes 
aux couleurs fanes par les sicles, travaux obscurs de 
talentueuses Pnlopes s'tant astreintes heure aprs heure durant 
des mois, des annes peut-tre,  reprsenter diverses scnes de la 
chasse au renard et au loup,  l'ours et au cerf, ainsi que des 
batailles engages en champ ouvert et des siges de cits 
rempares solidement... Sous les pieds, le sol tait de basalte 
fuligineux, en larges dalles carres, polies et creuses par le 
passage d'incalculables pas, les premiers ayant t sans aucun 
doute de fer. Et l-haut, trs haut au-dessus de la tte, toute d'un 
seul tenant, une fresque guerrire de preux chevaliers au combat, 
d'armures et d'cus aux reflets couleur de sang, de plumets et de 
panaches multicolores, de destriers caparaonns et hennissants, 
de lances et d'pes entrechoques brutalement, enrichissait la 
vaste coupole ovale qui sommait cet ensemble illumin par une 
lourde et magnifique suspension de bronze dor et de cristal 
tincelant.
	Combien d'hommes fallait-il pour retenir et tirer la chaine 
qui permettait de descendre ou de remonter un tel et si pesant 
luminaire?
	La porte que Loriane venait de franchir excepte -  la 
vrit, un porche par lequel eussent pu passer chevaux et 
carrosses -, il tait trois autres ouvertures en arcade qui peraient 
les murs, aux points cardinaux. L'une, dans le fond, la plus 
grande,  trois arches trilobes, laissait voir les premires marches 
d'un escalier monumental; sur les cts,  double arche seulement, 
les deux autres donnaient accs  des galeries larges et profondes. 
Celle de gauche tait obscure; celle de droite claire.
	Pour garder ces passages surmonts de nombreux cus de 
pierre, tous frapps d'armoiries sculptes comportant de fort 
complexes figures hraldiques. six armures de mtal bruni 
damasquin d'or. On les et dites vivantes, mais d'une forme de 
vie redoutable, oppressante, palpitation inhumaine de regards 
tout  la fois vides et pourtant dangereusement menaants 
derrire la ventaille des heaumes portant de hauts cimiers. 
Hiratiques sentinelles venues d'un autre ge, un poing ferm sur 
le pommeau d'une lourde pe, chacune d'elles s'armait encore 
d'une lance au fer jetant de froids clats bleuts.
	Ce fut entre deux de ces carapaces, depuis des lustres 
prives d'me, que Mcia prcda Loriane pour la guider dans la 
galerie claire et, marchant avec raideur, mais aussi lgance, 
talons sonnant schement sur le marbre blanc qui, l, succdait au 
basalte, fesses houleuses et trmldantes, seins vibrants lourdement 
dans les demi-bonnets du corset, l'amener jusque devant une 
porte de bois sombre solidement maintenue par de fortes 
pentures, sertie dans le coeur d'une paisse embrasure  la 
voussure en accolade.
	La domestique frappa, ouvrit, puis s'effaa aussitt avec 
respect afin de laisser entrer la visiteuse dans une pice spacieuse, 
baigne d'une douce et chaude clart.
	- Bonsoir, Mademoiselle de Rhynval, dit en franais la 
femme qui se trouvait l, soyez donc la bienvenue dans cette noble 
mais austre demeure.
	Plus que la phrase conventionnelle,  la politesse nuance de 
prciosit mondaine, la vue de celle qui la prononait causa un 
choc vritable  Loriane: un choc soudain, brutal, 
incomprhensible, presque prodigieux.
	Durant quelques secondes, elle s'en trouva inexplicablement 
dconcerte.
	L'interminable route dserte, le chteau de lgende surgi 
du fond de la nuit liquide, l'insolite impudeur de la servante et 
puis, maintenant, cette crature qui ne pouvait qu'tre issue d'un 
rve...
	D'instinct, Loriane commena  redouter confusment 
l'univers dans lequel elle venait, peut-tre imprudemment, de 
pntrer. 


(II) ALECTO DE TORQUEMADA

	La femme tait d'une telle et si ahurissante beaut, que 
Loriane en fut fascine malgr elle, blouie par son clat 
tourdissant.
	Il lui sembla, sur l'instant, proprement impossible, et 
relevant  peine du domaine de l'imaginable, qu'un visage humain 
pt atteindre  un tel degr la perfection, ft-ce avec le concours 
momentan d'artifices idalement appliqus.
	Allonge sur une mridienne d'bne et de velours carlate, 
 inscrustations d'ivoire et de nacre, dans une pose  la 
nonchalance naturelle ou  l'exquise affectation, la femme s'tait 
adresse  Loriane avec une grce altire, subtilement 
condescendante, peut-tre, mais dans un franais parfait, 
dpourvu de la moindre inflexion hispanique. Elle se soutenait du 
bras gauche repli et moelleusement enfonc dans un pais 
coussin. Sa main droite, aux ongles effils en amandes aigus, trs 
longs et vernis de laque noire, tenait distraitement un mince 
cigare dont la lente combustion dgageait une fume odorante.
	Loriane se souvint d'avoir quelques fois respir une odeur 
semblable dans certains recoins discrets de l'universit: c'tait ni 
plus ni moins, elle en aurait jur, celle que produisait, en brlant 
et se consumant, la marihuana!
	Au repos, tout entire vtue de noir, la silhouette de la 
femme faisait irrpressiblement songer  une liane ophidienne. 
Elle tait moule trs troitement, des paules jusqu' la courbe 
rgulire d'une hanche sans dfaut, par une longue robe qui se 
plaquait sur elle telle une seconde peau, mais en dcolletant plus 
que gnreusement sa gorge haute, ronde et ferme, dont le peu de 
tissu qui la couvrait ne parvenait pas  en faire s'affaisser les 
volumes agressifs. Ensuite, fendu, le vtement dvoilait galement 
l'une de ses jambes, superbement galbe, svelte et nerveuse, gaine 
par un bas de nylon aux reflets de moire, que tendait sur la peau 
burnenne de sa cuisse fusele une large et riche jarretelle 
supportant une baguette de diamants. Enfin, petit, cambr, son 
pied tait chauss d'une fragile mule de satin, au talon fin suraigu.

	Sous une chevelure mi-longue et lisse, qui encadrait son 
visage et la casquait de jais souple, pais et luisant, elle montrait 
une sduction de traits  la puret inimitable, suprme et 
confinant au divin.
	Comme Mcia, sa servante aux normes mamelles - dont il 
parut  Loriane que celle-ci avait avec la femme quelque vague, 
trange et fort inattendu air de ressemblance, encore que la 
domestique ne ft que jolie, seulement cela et nullement d'une 
beaut  tourdir -, elle tait trs maquille, mais avec un art 
encore plus accompli.
	Les fards n'taient pas pour elle,  l'vidence, le moyen 
d'oblitrer le plus infime dfaut; ils taient au contraire la 
tentative d'un orgueilleux dpassement de la splendeur absolue.
	Dgag par les sourcils,  la courbe mince et hautaine 
releve fortement vers les tempes, le bomb imprieux de l'arcade 
tait teint de gris perle et de parme, sem de paillettes 
adamantines, et s'assombrissait peu  peu jusqu'au bord 
aubergine de la paupire, l o de longs cils incurvs  la pince, 
dont il tait bien difficile de savoir s'ils taient ou non naturels, 
battaient avec une lente majest devant deux iris franchement 
violets.
	Marques, les pommettes n'taient cependant pas 
rellement saillantes, et s'inscrivaient harmonieusement dans l'ove 
long de la face aux proportions sans gales, mais  la froideur 
marmorenne.
	Et puis, dans cette cration de chair exemplairement 
faonne, surminente, dont le nez tait si bien dessin qu'on ne le 
voyait pas, tait la bouche, modele de sensualit rubiconde sur 
une esquisse d'inhumaine cruaut.
	Mais qui pourrait soutenir que beaut et bont vont de 
pair?...
	Elle souriait toujours, des lvres seulement, sans aucune 
chaleur, montrant la cordialit sans nullememnt l'exprimer, moins 
encore la ressentir, sans doute, se laissant regarder en sa 
stupfiante vnust, recevant et acceptant l'hommage muet de 
l'admiration de sa visiteuse telle une reine des reines convaincue 
d'y avoir droit.
	Loriane ne se croyait pas particulirement sensible aux 
grces d'une autre femme, mais elle tait bien force de 
reconnatre en celle qu'elle voyait l, devant elle, la sublime 
perfection d'un chef-d'oeuvre accompli de la nature.
	Jamais une autre reprsentante de son sexe, aussi belle 
qu'elle lui ft apparue, ni aucun Apollon, d'ailleurs, ne l'avait 
encore pareillement trouble.
	Subjugue par l'acuit pntrante de l'trange regard 
violet,  la profondeur insondable, et bien que celle qui le braquait 
sur elle ne semblt pas tre ge de plus d'une trentaine d'annes, 
elle se sentait redevenir comme une toute petite fille intimide, une 
gamine ne sachant plus quelle contenance prendre, emprunte et 
proche de perdre pied.
	Mais curieusement, cependant, cette sensation droutante 
ne lui tait pas vraiment dsagrable.
	- Venez, Seorita de Rhynval, approchez! encouragea la 
femme en constatant que celle-ci ne bougeait pas.
	Loriane s'avana donc encore de quelques pas, lentement, 
et, voyant tout soudain l'animal, ne put rprimer un vif 
mouvement d'effroi.
	Prs du lit de repos luxueux, lov sur un vaste coussin de 
soie cramoisie bord de longues franges d'or, l'impressionnant 
reptile somnolait, ou tout au moins semblait le faire. Pour le 
regard envieux de l'herptologiste, le sujet tait magnifique, 
encore qu'assez jeune, de la grosseur du mollet d'un enfant dans 
son plus grand diamtre. Et dtail tout  fait exceptionnel, il tait 
entirement de couleur blanche, de la tte  la queue, sans la plus 
indiscernable tache.
	Ni l'approche de la jeune femme ni son sursaut de crainte 
mle d'instinctive rpulsion ne parurent le troubler. Il n'ouvrit 
pas mme les yeux, mprisant de l'lan de dgot qu'il inspirait, 
comme s'il tait mort ou empaill.
	Seulement il vivait, Loriane en tait bien persuade!
	Son recul fit grandir le sourire sur les lvres de la femme 
dont elle supposait, quoique cette dernire ne l'et toujours pas 
confirm, qu'elle tait bien la comtesse de Torquemada.
	- Il est beau, n'est-ce-pas?
	Les cordes vocales non moins paralyses que les muscles, 
dans l'incapacit d'mettre le moindre son, Loriane ne parvint 
qu' esquisser un vague hochement de tte pour la plus ple 
approbation.
	- Ce serpent, reprit doucement celle dont elle pensait qu'elle 
tait son htesse, est un python molurus albinos. Il est l'un des 
exemplaires tout  fait rarissimes de son espce, et aux Indes d'o 
je l'ai ramen il est considr comme sacr. Certaines sectes 
l'adorent tel un dieu et lui vouent un culte rsolument imprgn 
de sexualit, allant mme jusqu' le faire servir par des vestales 
d'un genre un peu particulier, ces dernires tenant infiniment 
moins de la vierge que de la courtisane. Celui-ci est un spcimen 
qui n'a pas encore atteint la taille adldte; il ne mesure que deux 
mtres cinquante environ. Il s'appelle Sakkar, est apprivois, 
dress et soumis autant qu'un reptile peut l'tre. En tous cas, il 
m'obit... ainsi que le font, d'ailleurs, toutes celles et ceux qui 
vivent sous ma loi.
	En partie soulage de sa frayeur, mais intrigue par le ton 
de l'affirmation suivie du sous-entendu d'autorit absolue, 
Loriane releva les yeux vers son htesse, comme irrsistiblement 
attire par le feu qui semblait maner soudain de ses prunelles.
	Elle crut voir alors, image fugace, un visage suprmement 
beau prolong d'un long corps lisse et sinueux.
	Il lui fallut accomplir un violent effort de volont afin de 
parvenir  chasser cette vision fantasmatique et oppressante de 
son esprit,  chapper au regard hypnotique qui la fouillait, puis 
dissimuler le malaise qui persistait en elle et la bouleversait tout 
entire. Enfin, elle russit  bouger,  dposer sa mallette et son 
sac  main sur un guridon proche, puis  faire de nouveau deux 
ou trois pas hsitants, non sans surveiller du coin de l'oeil, fort 
mfiante, le splendide ophidien apparemment endormi.
	Elle s'arrta  deux mtres de la mridienne... et du serpent, 
de l'autre ct d'une table basse de bronze dor, d'onyx et de 
laque grenat, sur laquelle, merveille d'orfvrerie, tait pos un 
service  th de vermeil orn de prestigieuses ciselures mailles 
de poupre.
	Sur les grosses pices: thire, pot  lait, sucrier, beurrier et 
confiturier, taient reprsentes des femmes et des hommes nus 
soumis ensemble  diffrentes sortes de tortures... Chacune des 
tasses, elle, montrait l'un des supplices que les tourmenteurs du 
pass infligeaient  une femme souponne ou convaincue d'tre 
sorcire: sondage aux aiguilles, preuve de flottaison, fers rouges, 
estrapade, suspension par les seins, chevalet, brodequins et 
poucettes, Coin de Judas...
	Atroce!
	En dpit de cela, Loriane se sentit recouvrer enfin la 
capacit d'articlder  nouveau des propos cohrents.

	Il fallait tout d'abord  Loriane l'assurance formelle que 
son interlocutrice tait bien la signataire de l'invitation qui lui 
avait t adresse, et non quelque parente.
	- Pardonnez ma question si celle-ci vous semble une mise en 
doute de l'vidence, dit-elle, mais tes-vous bien la comtesse Alecto 
de Torquemada?
	La femme tira longuement sur son mince cigare, conserva 
un moment la fume dans ses poumons, puis la rejeta avec lenteur, 
en de petits nuages bleu-gris.
	- Votre question est parfaitement pertinente, Mademoiselle 
de Rhynval, et c'est  moi de vous prsenter des excuses pour 
n'avoir pas song  prciser cela plus tt. En effet, je suis bien 
Alecto de Torquemada, confirma-t-elle enfin.
	- Je vous remercie de l'intrt que vous avez bien voulu 
porter  mon livre et, davantage encore, de l'invitation qui me 
vaut l'honneur insigne de faire  prsent votre connaissance.
	Le sourire de la comtesse devint nigmatique.
	- Il n'est pas certain que vous ayez, demain ou plus tard, de 
relles raisons de m'en remercier encore, rtorqua-t-elle 
froidement. Laissons cela pourtant, voulez- vous? Nous aurons 
assez de loisirs, je le pense, pour nous entretenir de votre ouvrage, 
de ses vrits, certaines, comme de ses lacunes, qui ne le sont pas 
moins, puisque je compte que vous demeurerez avec moi quelques 
temps, n'est-ce-pas?... Avez-vous fait bon voyage depuis Paris? Il 
me faut convenir que je n'attendais gure votre arrive la nuit 
venue.
	- Je crois m'tre gare, avoua Loriane, non sans quelque 
confusion. Et puis, la violence de la pluie m'a contrainte  rouler 
lentement. En tous cas, je n'ai rencontr me qui vive durant de 
nombreux kilomtres.
	- Vous ne m'tonnez nullement, mi cara, approuva la 
comtesse en souriant.
	- Comment cela?... Cette contre serait-elle donc dserte?
	- La Sierra de Avila n'a jamais t trs peuple, vous savez! 
La nature maintient ici tous ses privilges ou presque. C'est l'une 
des principales raisons qui me font aimer vivre et sjourner 
autant qu'il m'est possible dans ce chteau de mes anctres. Je me 
sens vivement attache  lui en dpit du fait qu'il soit rest aux 
trois- quarts fodal. Sinon, je rside soit aux Indes, soit en 
Amrique du Sud, selon mon humeur et... certains impratifs. 
Mais qu'importe! je suis enchante que vous ayez rpondu 
favorablement, si vite aussi, au dsir que j'avais de vous recevoir, 
et m'ayez accord de la sorte le plaisir de jouir de votre 
compagnie.
	La chtelaine pronona ces derniers mots d'un ton si plein 
de caresse, son regard prit soudain une telle expression de 
douceur que, dans le trouble indfinissable qui la baignait dj, 
Loriane se sentit d'un coup plus mal  l'aise encore. Insidieux, 
sournois, le soupon lui vint que, peut-tre, elle se trouvait en 
prsence d'une lesbienne ravie de la proie que lui apportait ainsi le 
destin. Cela pouvait expliquer, entre autres possibilits, l'insolite 
tenue de la mignonne Mcia...

	Alecto de Torquemada lui offrit, d'un geste, de prendre 
place dans un fauteuil proche de sa mridienne.

	- Vous n'avez certainement pas dn, n'est-ce-pas? s'enquit-
elle courtoisement, aprs une courte pause silencieuse et une 
nouvelle dgustation de la drogue contenue dans son cigare.

	- Non, reconnut Loriane tout en s'asseyant, mais je ne 
voudrais en rien abuser de votre hospitalit en obligeant si 
tardivement vos serviteurs ...
	- Ne vous mettez pas en peine de si peu de chose, Seorita 
de Rhynval. N'tes-vous pas mon invite?...L'hospitalit doit tre 
totale pour mriter d'tre nomme telle, sinon elle n'a plus le 
moindre sens... spcialement lorsqu'elle est accorde  une 
personne aussi sduisante que vous l'tes. Car vous tes trs belle, 
savez-vous? Bien plus belle encore que ne me l'ont laiss supposer 
d'abord les renseignements que j'ai pu glaner  votre sujet ou 
mme votre portrait qui figure sur la jaquette de votre livre.

	Cette fois, le compliment direct fit bel et bien rougir 
Loriane. Sa suspicion  propos des gots de son htesse s'en 
trouva dans l'instant conforte. Elle se demanda alors comment 
elle allait ragir si, d'aventure, et se dcidant  tenter rellement 
de la sduire autrement que par des mots et des sourires, celle-ci 
cherchait  l'entraner dans une treinte entre femmes qui, sans 
lui rpugner vritablement - puisque n'ayant de la chose aucune 
espce d'exprience - ne l'attirait gure non plus.
	La voix de la comtesse tait, non moins que son physique, 
assez remarquable, avec des inflexions chaudes, musicales et 
profondes, suffisamment basses pour permettre d'voquer ces 
tessitures, riches de nuances, qui faisaient le registre des grandes 
soprani dramatiques comme le rgal des amateurs d'art lyrique, 
au surplus inconditionnels admirateurs de Verdi. De fait, Loriane 
trouvait tonnant qu'une femme possdt une voix parle si bien 
pose, et si parfaitement timbre dans les graves, sans pour autant 
tre un contralto, a fortiori quand elle pouvait s enorgueillir, par 
ailleurs, d'une silhouette aussi dlie.
	Durant que la Franaise se faisait  part soi cette sorte de 
rflexion, Alecto de Torquemada avait press avec ngligence le 
bouton d'une sonnette lectrique, dont le cordon avait t tir 
jusqu' une console appuye contre la tte de la mridienne.
	Quand Mcia parut, presque dans la minute de son appel, 
elle lui ordonna de faire prparer pour Loriane, puis de lui servir, 
une collation.
	- Aimez-vous donc tant l'Espagne, pour vous intresser 
ainsi  l'une des priodes les plus critiques de son histoire? 
questionna-t-elle ensuite de but en blanc.
	- Sans doute, acquiesa Loriane. Mes tudes universitaires 
m'ont conduite  me spcialiser dans une partie de l'Histoire 
traitant de votre pays et, par le fait mme,  en approfondir mes 
connaissances de la langue.
	- Que vous matrisez  merveille, complimenta Alecto. 
	-Non moins que vous le franais, rtorqua Loriane. Elles se 
sourirent.

	- Faites-vous de frquents sjours en Espagne? poursuivit la 
comtesse aprs ce bref change de politesses.
	- Certes, mais plus particulirement dans la Rioja et la 
Catalunya... Cependant, je n'tais encore jamais venue jusqu'en 
Vieille Castille.
	- Eh bien, voil qui est fait!
	Le retour de Mcia les empcha de continuer.
	La domestique apportait  l'intention de l'invite un grand 
plateau d'argent garni de victuailles et d'une carafe de vin, dont la 
couleur rubis chatoya aussitt dans la lumire de la pice. Elle 
dposa l'en-cas sur la table basse, devant la visiteuse, puis se 
retourna afin de servir une nouvelle tasse de th  la comtesse. 
Alors qu elle achevait son mouvement et que, place derrire elle, 
Loriane la suivait d'un regard machinal, celle-ci faillit bien ne pas 
tre capable de rprimer un vif sursaut de surprise.
	S'tant penche, jambes lgrement cartes, la soubrette 
lui dvoilait maintenant non seulement l'arrire de ses cuisses sous 
la courte jupe, qui s'tait naturellement releve en suivant 
l'inclinaison de ses reins, mais encore bien davantage puisqu'elle 
n'avait pas sur elle le plus lger ni le plus troit sous-vtement.
	Pendant de longues secondes, Mcia exhiba son postrieur -
tout nu  moins d'un mtre du fauteuil occup par Loriane, 
laissant par ailleurs deviner  cette dernire, en dpit de l'ombre 
recle par son entre-cuisses, des contours autrement intimes... et, 
semblait-il, en totalit ou partie dpouills de systme pileux.
	Loriane savait que la domestique ne pouvait pas ignorer ce 
qu'elle lui montrait d'elle-mme de si inconvenante faon. Mais 
lorsque celle-ci se redressa, que leurs regards se rencontrrent 
brivement, elle ne parut pas le moins du monde embarrasse et 
lui sourit comme pour un encouragement, presque une invite  
tendre la main et toucher...
	Mcia eut-elle conserv le mme calme, affect le mme 
aplomb si, plutt qu'une autre autre femme, il ce ft trouv un 
homme  cette place, voire plusieurs personnes des deux sexes?
	Loriane ne pouvait videmment que se perdre en 
conjectures et laisser le sujet en suspens. Quant  son htesse, elle 
parut ne pas remarquer la vive recrudescence de la confusion qui 
lui empourprait les joues.
	- Je suis dcidment ravie de vous avoir chez moi, reprit 
cette dernire une fois la soubrette sortie, et je devine dj que 
nous allons nous entendre  la perfection.
	Elle eut de nouveau le mme sourire nigmatique et 
dpourvu de joie, dans lequel Loriane crut voir se dessiner 
l'esquisse d'une ombre glace, empreinte de cruaut implacable.
	Toutefois, la jeune Franaise n'tait plus trs sre de 
l'objectivit de ses perceptions. La chre tait dlicieuse, le vin 
cors dlicatement et d'un bouquet agrablement parfum. 
Insidieusement, peut-tre  cause de sa fatigue et sans qu'elle en 
et pris conscience tout d'abord, elle se sentait gagner par un 
merveilleux bien- tre, lequel se rpandait peu  peu dans tout son 
corps tel un euphorisant dlectable qui l'et lentement grise de 
ses effets capiteux.
	- J'espre que rien ni personne ne vous contraint  un 
prompt retour en France, n'est-ce-pas?... Avez-vous un nouveau 
livre en prparation?... Votre famille qui vous attend?... Un fianc 
ou un amant, peut-tre? s'enquit doucement la comtesse.
	Sans aucune mfiance, Loriane avoua ne pas avoir de 
travail important en cours, tre dsormais seule au monde et, 
prsentement au moins, libre de toute liaison sentimentale.
	- En ce cas, et comme dj je vous l'ai laiss entendre tout  
l'heure, je voudrais que vous demeuriez quelques temps avec 
moi... pourquoi pas, mme, jusqu' ce que je reparte pour les 
Indes ou l'Argentine, je ne sais encore!... Certes, le chteau peut 
vous paratre triste et svre  premire vue, mais quoi que vous 
puissiez en penser, et le dcouvrant dans de telles conditions, le 
sjour n'en manque pas d'intrt, vous verrez. Quant  moi, je 
sais parfois tre une htesse trs attentionne, et mme manifester 
de la tendresse  qui me plat... Loriane. Je crois que c'est l votre 
prnom, n'est-ce-pas?
	- En effet, Madame la comtesse, et je vous remercie de vous 
en souvenir.
	- Eh bien, Loriane, vous me plaisez... infiniment. Et puis, ne 
sommes-nous pas, vous et moi, toutes deux issues de la mme et 
noble caste, faites pour nous complter?... Vous, la blonde 
pulpeuse et comble de tant de sensualit fminine... moi, la brune 
mince et si semblable  un phbe?
	S'il tait rest dans l'esprit de Loriane le doute le plus tnu 
concernant les penchants de la comtesse, il en fondit du coup. 
Cette proposition qui lui tait faite tait dnue d'quivoque. 
Quant  ce que son htesse se compart  un garon, ft-il  peine 
pubre, elle voyait l une trs relle exagration, sinon un 
travestissement affect, coquet, de la ralit.
	- C'est... c'est que vos attentions  mon gard me rendent un 
peu confuse... Je ne sais si... si je dois accepter... si je... si je puis... 
balbutia-t-elle, totalement dsoriente.
	Alecto de Torquemada eut un geste languide de la main 
pour balayer ses scrupules, et elle n'insista pas outre. Le faire eut 
t inconvenant. Il lui serait toujours possible de prendre une 
dcision au moment opportun. Pour l'heure prsente, elle se 
sentait terriblement lasse, virtuellement engourdie.
	- Il est tard, et je devine que vous devez avoir trs envie de 
vous reposer, dcida brusquement la comtesse en pressant de 
nouveau le bouton de sonnette.
	Loriane acquiesa mollement d'un lger hochement de tte.
	Quelques minutes plus tard, alors que ni l'une ni l'autre ne 
parlaient plus et que le python albinos n'avait pas boug d'un seul 
anneau, Mcia reparut. La comtesse lui commanda 
d'accompagner Loriane jusqu' la chambre mise  sa disposition, 
laquelle avait t prpare entre temps.
	- Veille bien  ce qu'il ne manque rien  la Seorita... Je dis 
bien rien, n'est-ce-pas, Mcia! prcisa-t-elle non sans une soudaine 
duret de ton.
	- Certainement, Matresse.
	Matresse!!!
	Employ et prononc de la sorte, le mot fit sursauter pour 
de bon Loriane.

	Sans aucun doute par gard pour elle, les deux femmes 
s'taient constamment exprimes en franais, mais c'tait la 
premire fois, depuis qu'elle tait arrive au chteau, que Loriane 
entendait la servante donner cette servile marque de respect  la 
comtesse.
	Il y avait, selon elle, une diffrente plus que certaine entre le 
fait de dire "ma matresse" en parlant de la chtelaine hors de sa 
prsence, et celui de l'appeler "Matresse" en s'adressant 
directement  celle-ci.
	Ainsi, Mcia ne disait-elle pas: Madame ou mme Madame 
la comtesse, mais Matresse...
	Malgr le commencement d'ivresse qui lui embrumait 
quelque peu le cerveau et lui faisait tourner la tte, Loriane 
songea que la fascinante hritire des Torquemada, d'aussi haute 
naissance qu'elle se crt, avait de singulires exigences envers son 
personnel!
	Ds lors, elle ne douta plus que ce ft bien la comtesse qui 
impost cette toilette rvoltante d'impudeur  la docile soubrette, 
laquelle devait presque certainement tre aussi la partenaire 
servile de ses caprices saphiques.
	Bien sr, elle garda ses rflexions pour elle; aprs tout, la 
chose ne la concernait pas.
	Ayant salu son tonnante htesse, qui lui souhaita de 
passer une bonne nuit et l'assura demeurer dans l'impatience de 
la retrouver dans le courant de l'aprs-midi du lendemain, 
Loriane se dcida  suivre Mcia qui se chargea spontanment de 
ses deux lgers bagages  main.
	En gravissant derrire la domestique l'escalier de marbre, 
mais avec plusieurs marches de retard, elle put s'hypnotiser 
derechef de la vision des cuisses et des fesses scandaleusement 
nues de celle-ci, qui se balanaient lascivement au-dessus d'elle. 
Elle pensa, en mme temps, qu'une telle tenue constituait une 
vritable incitation au viol.
	Lorsque toutes deux furent parvenues dans la vaste galerie 
qui, par un retour de l'escalier, se trouvait exactement  l'aplomb 
de celle qu'elles venaient de quitter  l'entresol, Mcia montra  
Loriane la magnificence d'une chambre  coucher au luxe 
absolument inou.
	Le lit corbeille, l'armoire et la commode ventrues, la 
coiffeuse et les chevets, taient de laque noire orne de peintures 
polychromes, avec des motifs floraux en relief doubls d'or. Un 
fauteuil et deux chaises, assortis, de velours rebrod et de bois 
galement dor, compltaient la richesse du mobilier que 
rchauffaient douillettement tentures et rideaux de moire vieux 
rose.
	Les valises de Loriane se trouvaient poses dans un coin de 
la pice.
	- Je les ai vides moi-mrne... J'ai suspendu et rang toutes 
vos affaires dans l'armoire et la commode, dit Mcia en voyant 
son oeil empli d'interrogation.
	- Por qu? questionna Loriane, un rien contrarie.
	Elle n'apprciait gure ce qu'elle estimait tre une forme de 
l'indiscrtion htelire, encore qu'elle n'et absolument rien  
cacher.
	En comprenant soudain que l'initiative dont elle avait fait 
preuve dplaisait, Mcia se rembrunit.
	- J'ai cru bien faire, Seorita, pardonnez-moi... Ne devez-
vous pas demeurer au chteau quelques temps? chercha-t-elle  se 
justifier tout en montrant une mine  dconfite.
	- C'est sans importance, au fond, soupira Loriane. Ce qui 
est fait est fait, n'est-ce-pas?... Allons, ne soyez pas dsole, Mcia, 
je ne vous en veux pas, croyez- moi!
	- Je vous remercie de me pardonner, Seorita. Puis-je aussi 
dire que je serais trs heureuse de vous voir devenir l'amie trs 
chre de ma matresse et, de la sorte, rester trs longtemps parmi 
nous?
	Cela faisait beaucoup de "trs"!
	- De veras? sourit-elle.
	- Si, de veras. Je vous ai tout de suite bien aime... Et vous 
tes si belle, Seorita, complimenta la soubrette en gratifiant  son 
tour Loriane d'un sourire clatant.
	Simple comportement de domestique visant  gagner ses 
bonnes grces?... Mmes dispositions sentimentales et sexuelles 
que la comtesse, dont elle pouvait tre tout  la fois la complice et 
la rivale? Loriane pensa que l'avenir ne tarderait sans doute pas  
le lui apprendre si, finalement, elle se dcidait pour un sjour 
prolong au Castillo de la Reina.
	- Puis-je vous aider  retirer vos vtements, Seorita?... 
Prfrez-vous que je fasse couler un bain tout de suite ou que je 
vous masse avant de vous laver? proposa ensuite Mcia avec un 
naturel dsarmant.
	- Non, nada muchas gracias! refusa Loriane qui, tour  
tour, s'exprimait dans son trouble indiffremment en espagnol et 
en franais
	- Je suis trs douce, vous savez! Je peux mme vous masser 
 l'aide de mon corps, j'ai appris...
	- Non, non, vraiment! s'empressa de refuser Loriane tout en 
billant aussi discrtement que possible.
	Puis elle commena  dboutonner elle-mme son chemisier 
pour signifier qu'elle souhaitait  prsent tre seule, sans devoir 
pour autant donner formellement son cong  la soubrette.
	Mcia se montra visiblement due que son offre de service 
ft ainsi repousse; elle eut comme une vague impulsion pour 
insister davantage, esquissa mme un geste pour relever sa 
jupette, mais se ravisa et n'en fit rien finalement.
	- Comme voudrez, Seorita, regretta-t-elle simplement.
	Loriane n'avait pas l'habitude qu'on la servit de la sorte. En 
fait, elle avait hte d'tre seule et de se mettre au lit. Et puis elle 
tait parfaitement consciente, en dpit de la brume emplissant son 
esprit, que les dsirs de la sduisante domestique taient bien 
moins innocents que la simple volont de lui tre agrable.
	Celle-ci partie, et sans plus se soucier de la dconvenue qu e 
e avait aiss paratre, la jeune femme acheva de se dshabiller 
rapidement. Ne parvenant pas  trouver le courage de se 
dmaquiller, mais en se couvrant toutefois d'une chemise de nuit 
diaphane, ainsi qu'elle le faisait toujours lorsqu'elle ne couchait 
pas dans son lit, elle se glissa dans la fracheur caressante des 
draps de satin blanc en exhalant un long soupir de chatte 
satisfaite.
	Ce fut alors qu'elle remarqua, accroch sur le mur faisant 
face au lit, le portrait en buste de la comtesse. Reprsente 
grandeur nature, celle-ci avait les paules nues et clatait d'une 
beaut quasi surnaturelle.
	Remettant  la journe prochaine de mieux contempler la 
toile, redevenant indiffrente au luxe qui l'environnait de toutes 
parts, elle teignit le lustre central qui clairait a giorno la grande 
chambre et, dans l'obscurit, au coeur d'un silence absolu, 
songeant vaguement encore  sa singulire htesse et  son python 
blanc,  l'impudeur de Mcia,  la colossale stature de Pedro, elle 
ne se rendit pas compte qu'elle sombrait enfin dans un sommeil 
pesant,  la densit hypnotique. 


(III) ONIRIQUE VISION

	Loriane se sentait comme une enfant frle dans les bras de 
l'homme herculen, serviteur-esclave de quelque matre 
dmoniaque, qui l'avait enleve de son lit pour l'emporter vers un 
lieu inconnu et secret, au long de sombres corridors 
interminables, d'escaliers tournants de pierre froide qui 
s'enfonaient dans les insondables profondeurs de la terre 
rbenne, de tunnels menant directement dans les entrailles d'un 
noir nant.
	Et, confusment, elle savait ce nant redoutable, terrible.
	Flottant dans un tat indfinissable, entre veille et sommeil, 
lui semblait-il, comme entre vie et mort, peut-tre, elle voulait 
s'opposer, rsister et protester, se dbattre enfin pour se 
soustraire  la puissance de celui qui l'avait souleve telle une 
plume et l'emmenait...
	O?
	Mais elle tait dans la plus totale incapacit d'esquisser le 
moindre geste, autant que dans celle de profrer la plus infime 
parole de rvolte.
	Tout son corps, ses membres, ses lvres, sa langue elle-
mme, refusaient d'obir  sa volont dfaillante, comme 
anesthsie. Elle tait emplie de langueur, abandonne, inerte et 
infiniment lasse, prive de force et lourdement crase par le 
poids incommensurable du monde tout entier. Elle n'prouvait 
rien d'autre que de trs vagues et diffuses sensations. C'tait  
peine si son oue et sa vue se trouvaient encore en mesure de lui 
permettre d'apprhender ce qui se passait  l'extrieur de son 
corps, ce qui lui arrivait de dangereux et qui la submergeait de 
peur irraisonne.
	Pourtant, au travers de sa fine chemise de nuit, elle 
percevait sur sa peau la chaleur des mains, des bras et de la 
poitrine de l'homme qui la tenait serre contre lui, molle et 
vulnrable, comme une toute petite fille craintive, en une fausse et 
trompeuse scurit qui l'incitait tout  la fois  se blottir et 
s'chapper.
	Sans que rien encore, au moins de faon tangible, lui permt 
de faire la preuve de son sommeil ou de son veil, de sa conscience 
ou de son inconscience, la terreur dlirante du cauchemar qui se 
nouait la possdait peu  peu, inexorablement, menaant de 
l'treindre  la faire touffer.
	Non! Non! Non!... Elle ne voulait pas!... Elle ne voulait pas 
tre conduite l-bas, non!... Elle ne voulait pas!... Pas l-bas!... Oh 
non, surtout pas l-bas!...
	Mais o?
	Son porteur devinait en elle la peur, la frayeur, le dbut 
d'pouvante... Ses bras qui l'entouraient devenaient plus chauds, 
plus protecteurs, plus rassurants...
	Et dans tout son tre se rpandait comme une coule de feu, 
qui lui donnait l'envie de rester l o elle tait, contre l'homme, ce 
mle mythique  la force duquel elle acceptait maintenant de 
s'abandonner davantage, pour un long, trs long voyage vers le 
merveilleux.
	Et puis, tout d'un coup, sans transition, l'obscurit paisse 
se dsagrgeait pour laisser clater une gerbe de lumire vive, 
blouissante et crue, qui jaillissait d'un gouffre rutilant, qui 
l'aveuglait en lui corrodant les yeux, qui se vrillait 
douloureusement jusqu' l'intrieur de son crne pour 
l'embraser.
	Semblable  une nef d'glise romane, mortellement froid, le 
lieu dans lequel on l'introduisait n'tait rien d'autre, en 
apparence, qu'une immense chambre... de torture!
	Hors ses dimensions et son architecture, l'endroit voquait 
en elle les locaux de supplices tels qu'elle pouvait imaginer ceux 
dont on avait fait usage au Moyen- Age, et si longuement ensuite  
travers les sicles.
	C'tait comme une sorte de vaste spulcre de pierre couleur 
de sang, destin  l'application de tourments infernaux.
	C'tait une espce de caveau de ghenne rserv aux 
damns.
	C'tait...
	C'tait une vision effrayante, qui la terrifiait de nouveau et 
bien davantage en lui donnant la vaine urgence de hurler sa peur, 
de hurler encore et encore, jusqu' perdre haleine, jusqu' faire se 
rompre sa gorge et clater ses poumons, jusqu' faire se fracturer 
et voler en clats le mur de son isolement.
	Il y avait l chevalets de bois et de fer, carcans, jougs et 
cangues, palans et treuils, lits de sangles, de cuir ou de treillage 
mtallique, avec sous ceux-ci de grands bacs pour recevoir des 
braises; colonnes de pierre et piliers de roc, poteaux et croix de 
bois noueux, rugueux et sombre, tous pourvus d'anneaux pais, de 
chanes et de crochets; lourds fauteuils hrisss de dards, autres 
siges dmunis de fond ou viriliss monstrueusement par des pals 
ignobles et obscnes; machineries effroyables de mtal noir, gros 
braseros rougeoyants et fumants, armoires ouvertes aux tagres 
encombres de tenailles et de pinces de toutes formes, de marques 
 ferrade, de fouets, de martinets et de cravaches de toutes 
natures...
	Et puis encore des chanes et des crochets et des anneaux et 
des roues  merillon et des cordes, de toutes grosseurs, de toutes 
longueurs...
	Et le reste!
	De l'identifiable  l'innommable...
	De l'odieux  l'ignominieux.
	Rien, rien qui manqut  ce sinistre et malfique adytum 
d'un temple consacr au plus horripilant des cultes.
	Ici, victime, il fallait souffrir,  l'tat brut... afin de rjouir 
le bourreau!
	Aucun son ne voulait franchir la barrire hermtiquement 
close de sa gorge ptrifie, minralise comme la pierre sanglante 
dont elle tait environne, cette pierre rendue incandescente par 
la lumire coruscante, qui la cernait en jetant ses feux brlants 
dans toutes les directions.
	Elle n'tait plus seule avec son puissant porteur qui, tel le 
nocher Charon, l'avait entrane au del de quelque invisible Styx 
ou autre Phlgthon pour la jeter au coeur du Tartare.
	D'autres personnages taient l, eux aussi, comme figs par 
une brisure du temps, qui l'attendaient.
	Et le paradoxe grandissait, dmesurment, pour confiner  
une hallucinante ralit... la ralit... "La" ralit d'un cauchemar 
hideux.

	Il y avait d'abord une premire femme, nue entirement. 
Elle tait brune de chevelure, apparemment bien faite, encore que 
sa pnible posture ne permt pas de juger avec objectivit de sa 
silhouette, puisque, debout, elle tait attache par les deux pouces, 
mais les poignets entravs et les bras retourns en arrire, tirs 
vers le haut par la corde qui, distendant ses doigts et ses membres, 
la contraignait  ployer le buste en avant, comme  se lever sur la 
pointe des pieds pour tenter de soulager quelque peu la 
douloureuse tension de ses paules. Ainsi, elle s'offrait de dos, 
montrant de belles jambes et un postrieur rond, rebondi, et 
prsent dans son plein panouissement.
	Prs d'elle tait un gant, nu lui aussi, bras croiss, 
montagne de muscles et de chair couverte de mousse blonde, mais 
le crne lisse comme la surface d'une boule de billard, qui 
attendait, impassible, ne quittant pas des yeux la crature assise 
sur une sorte de trne monolithique plac entre deux cathdres 
inoccupes de bois sculpt, funbre comme l'bne, laquelle 
couvait la nudit captive d'un regard de feu.
	Funeste, malfique, cette seconde femme, car c'tait sans 
aucun doute une femme, avait la tte enveloppe par une manire 
de cagoule qui, en lui couvrant les cheveux, la nuque et le cou pour 
s'panouir en collerette sur ses paules, ne lui moulait toutefois 
que la moiti suprieure du visage. Son corps tait tout entier 
gain d'un collant de voile noir transparent; par-dessus cette 
seconde peau arachnenne, elle portait une courte robe-bustier 
trs ajuste, de hauts gants qui lui montaient presque aux aisselles 
et des bottes cuissardes aux extrmits ferres, dont les talons 
aiguilles, vertigineux, taient arms d'perons en forme de dards 
acrs.
	Cagoule, robe, gants et bottes taient de mme chevreau 
noir, souple et mat.
	Ls lvres peintes de laque, noire galement, comme si par 
sa bouche elle devait attester le deuil de quelque baiser perdu  
jamais, elle incarnait la cruelle souveraine despote d'un monde 
peupl d'ombres chimriques, nes de fantasmes dlirants.
	Et Loriane n'avait nullement besoin de voir ses traits pour 
la reconnatre.
	Elle savait son nom: Alecto de Torquemada.

	Son porteur la dposait non sans dlicatesse sur ses pieds 
nus et l'adossait contre un panneau de bois lgrement inclin vers 
l'arrire. Mais elle tait dans l'incapacit de se maintenir, mme 
ainsi, en quilibre sur ses jambes floconneuses. Mais elle 
chancelait et plongeait vers un gouffre de tnbres, qui s'ouvrait 
tout autour d'elle, au fond duquel elle voyait scintiller 
d'innombrables et minuscules poussires mouvantes et 
lumineuses. Mais soudain, interrompant sa chute nauseuse, 
l'homme colosse la retenait par les paules.
	Alors,  cet instant,  cet instant seulement, elle dcouvrait 
que celui-ci tait l'autre... ou le pareil.

	Mme et formidable stature de grand anthropode, mme 
facis tout de bestialit surmont d'un crne ogival, ras, poli, 
brillant sous la lumire ensanglante, mme regard jaune et 
visqueux de crotale, mme nudit choquante, effarante et 
farouche, puissamment virilise par un phallus aux proportions 
quasi mythiques.
	Lequel tait Pedro?... Qui pouvait bien tre l'autre?

	Au confluent de leurs cuisses pachydermiques, leurs verges 
se dressaieni avec obscnit, gonfles et monstrueuses, vritables 
infirmits dont le diamtre et la longueur taient, sans nul doute, 
doubles de ceux d'un pnis normal. Dessous, dans leurs bourses 
velues et emplies  craquer de leur volume, les testicules de l'un et 
de l'autre avaient la mme dmesure.
	Seul un cauchemar avait le pouvoir d'engendrer de telles et 
aberrantes normits!
	Quel homme, jamais, pourrait se voir par la nature affliger 
de semblables attributs gnitaux?... Quelle femme, jamais, 
supporterait d'tre pntre par de telles cambrures viriles sans 
s'en trouver irrmdiablement dchire?... L'unique perspective 
de subir une pareille intromission faisait frissonner Loriane 
d'horreur profonde, et jusqu'aux fibres les plus recules de son 
tre.
	De nouveau lui revenait l'envie de crier, de se dfendre, de 
se dbattre, de fuir ce qui la menaait et qu'elle n'avait pas voulu 
ni d'aucune faon mrit. Mais elle n'avait la possibilit de 
profrer aucun son, celle de n'esquisser aucun geste. Une faiblesse 
toujours plus grande engourdissait son corps, anesthsiait ses 
nerfs, amollissait ses muscles et la laissait inerte.
	Elle ne pouvait rien faire pour interdire aux grosses mains 
poilues de l'assujettir  la planche, plus exactement une claie, au 
moyen de bracelets de mtal qu'elle entendait se refermer autour 
de ses membres avec des claquements secs, lesquels la rendaient 
aussitt captive,  son tour, d'une crucifixion irrmdiable.
	En levant la tte vers la femme qui occupait le trne de jais, 
et qu'elle savait tre la comtesse, pour la supplier d'ordonner 
qu'on la librt, elle voyait que les lvres noires remuaient. 
Cependant la voix ne parvenait pas jusqu' elle. Elle se tendait 
dans l'espoir de comprendre une parole, de saisir un mot, un 
souffle, mais en vain. Puis, comme celle-ci allongeait brusquement 
un bras, pointait un doigt accusateur vers la victime potentielle, 
elle regardait mieux cette dernire... et la reconnaissait aussi.
	Mcia!
	La servante bougeait. Elle se dnuquait virtuellement afin 
d'pier avec angoisse ce qui se passait derrire elle, et permettait 
ainsi  Loriane d'apercevoir un peu de son visage entre les mches 
de sa chevelure dnoue qui pendait autour de sa tte tombante. 
Ses traits contracts, ses yeux hagards, trahissaient cette mme 
terreur qui faisait trembler convulsivement ses lvres en dpit de 
ses mchoires farouchement crispes pour lutter contre la douleur 
que lui infligeait la corde en serrant et tirant cruellement ses 
pouces.
	Comment en tait-elle venue l?... Pourquoi l'avait-on de la 
sorte attache?... Quelle faute avait-elle commise?... Envers qui?...
	Dans le cne infernal de l'rthisme onirique o la 
plongeaient les forces dchanes de son psychisme, Loriane 
voulait se rveiller, vaincre l'oppression qui lui crasait la 
poitrine, dissiper ce cauchemar si prcisment labor qu'il 
revtait les couleurs impitoyables de la ralit. Elle savait qu'il lui 
suffisait d'insister de toute sa volont pour dissoudre cette torpeur 
qui la paralysait, pour merger de cette lthargie comateuse qui 
ressemblait tellement au sommeil, mais n'en tait pas. Alors, tous 
les tres, toutes les choses de ce pandmonium horrifiant se 
dsintgreraient, disparatraient, s'engloutiraient  jamais dans 
les abmes tortueux du chaos engendr par son esprit bless d'elle 
ne savait quelle chimre, quel fantasme, surgis des puits secrets et 
insondables de son propre enfer.
	Seulement elle ne le pouvait pas!
	Elle ne parvenait pas, quoi qu'elle tentt par la pense,  
s'affranchir des invisibles liens qui, mieux que les fers la retenant 
solidaire de la claie, la maintenaient enchane et victime au coeur 
de la frayeur.
	Comme une fois dj... un aprs-midi d't... sous une 
branche d'arbre... il y avait longtemps...
	Durant qu'elle dsirait de toutes ses forces inexistantes nier 
la fantasmagorie du prestige dont elle se sentait, confusment, tre 
tout  la fois le jouet, le prtexte, le tmoin rvolt et impuissant, 
dans cette lumire rouge et prodigieuse qui lui brlait les yeux, 
s'branlant sur un nouveau signe imprieux de la femme vtue de 
nuit, elle voyait les deux brutes colossales se rapprocher, grandir, 
et grandir encore... et tenir des fouets.
	Et puis, d'un coup, elle entendait les sons.

	Depuis son trne, l'ordonnatrice parlait d'une voix si basse, 
d'une voix si grave et si rauque, si tragique et si dure, si singulire 
pour maner de la gorge d'une femme, qu'elle la reconnaissait en 
mme temps qu'elle lui tait trangre:  la fois celle de la 
comtesse de Torquemada et celle de quelqu'un d'autre...
	- Je t'avais avertie, Mcia, je t'avais prvenue d'avoir garde 
de ne plus me dsobir, de ne plus manquer  me satisfaire, 
jamais! Je voulais, tu le sais, que tu fusses tout autre chose qu'une 
esclave, je souhaitais te voir vivre prs de moi en amie et en 
confidente plus qu'en servante, j'attendais, ton dressage termin, 
que tu me comprisses et me secondasses dans mes entreprises, 
toutes mes entreprises! Mais une fois encore tu as rvl tout  
l'heure les regrettables faiblesses et insuffisances de ton pauvre 
caractre, ton incapacit  dominer quiconque, ton inaptitude 
chronique  te conduire telle que j'esprais que tu parviendrais 
finalement  le faire. Mais une fois de plus tu m'as due... Une 
fois de trop, Mcia! Tu n'as pas vraiment insist pour t'imposer  
la Franaise, ainsi que j'avais pris la peine de te le recommander. 
Tu n'as rien fait de tangible pour la sduire, pas plus que pour lui 
donner l'apptit de toi. Pourtant, c'tait une proie bien facile, que 
celle que je te demandais de m'offrir l!... N'as-tu pas souponn, 
devin, compris, et mme senti, qu'elle n'attendait que cela, qu'il 
fallait simplement qu'une volont plus imprieuse que la sienne 
dcidt pour elle?
	- Piedad!... piedad, Duea cara, piedad! rlait Mcia.
	Les mots parvenaient  Loriane avec retard, bien aprs 
qu'ils eurent t prononcs par les lvres noires de la femme 
dresse sur le trne et celles dcolores de la servante, comme si 
elle n'en saisissait que l'un des lointains chos.
	Elle ne pouvait, quant  elle, et quelque poignante envie 
qu'elle en et, articuler la moindre syllabe.
	- Piti?... ricana la dominatrice. Vil petit excrment, tu 
n'auras pas mme appris, durant toutes ces annes passes, que ce 
mot n'a pour moi aucun sens! Tant pis pour toi... et pour moi, qui 
fondais sur toi des espoirs, qui songeais  te confier la 
responsabilit de l'cole des danseuses en mon palais de Nahajar 
o tu eus t vice-souveraine, qui me suis si lourdement trompe 
sur ton compte. Je pensais t'avoir bien dresse, cependant... Aussi 
je vais sans plus tarder rparer mon erreur. D'abord, tu vas tre 
fouette, d'une tout autre manire que celle qui excite et dont il 
t'est arriv, bien souvent, de jouir, tu vas vite pouvoir t'en rendre 
compte. Ensuite, tu seras marque, ferre aux mamelles et au sexe, 
puis mene au-dehors pour achever cette nuit sur la pelouse,  la 
faon d'une de mes pouliches au pr, ce que tu seras dsormais, 
car tu n'es pas mme digne de devenir une bayadre-esclave du 
Python. Enfin, ds demain, tu rejoindras les curies. Je dciderai 
plus tard, et selon les rsultats que tu donneras, si je dois faire de 
toi une simple jument de trait, une pouliche de parade ou une 
cavale, comme si je peux te garder pour moi ou bien te vendre.

	La femme du trne cessait de parler, faisait un nouveau 
geste et, sans couter les plaintes angoisses de la malheureuse 
captive, l'un des gants, Pedro ou son jumeau, relevait haut le 
bras, le rejetait loin en arrire de l'paule, le dtendait 
brusquement, et projetait la lanire sifflante en direction du corps 
nu qui, cingl sauvagement  la croupe, se cabrait au bout de la 
corde.
	Mcia poussait un cri strident.
	Atterre, Loriane l'entendait dans toute sa douloureuse et 
vibrante intensit, vritablement hurl par la gorge ulcre de 
celle que l'on fouettait ignominieusement sous ses yeux emplis 
d'effroi incrdule.
	La seconde atteinte de la lanire viprine faisait se raidir 
plus encore la supplicie. Son corps tait agit d'un terrible 
soubresaut. Tous ses muscles se bandaient en saillant sous la peau 
fine et tendue. Un nouveau cri plus puissant que le premier 
s'chappait d'entre ses lvres dformes par un violent rictus de 
douleur. Elle se tournait plus franchement dans une vaine 
tentative de se soustraire au cuir mordant, et hurlait encore au 
claquement sur sa chair de l'odieux instrument.
	L'homme usait de son fouet  toute vole, en appuyant 
manifestement les coups; la lanire reptilienne percutait le 
derrire de Mcia avec virulence; sa peau, parcourue de 
vaguelettes frissonnantes, se zbrait rapidement de longues 
marques pourpres qui se congestionnaient et enflaient pour 
devenir, aprs quelques secondes seulement, de minces bourrelets 
enflamms.
	Dchirants, pitoyables de dtresse, les cris de la pauvre 
flagelle vrillaient les tympans de Loriane en se prolongeant 
longuement, comme pour se fondre et se renouveler dans les 
suivants qu'engendraient, l'une aprs l'autre, sans rpit, les 
rvoltantes treintes du fouet.
	A chaque nouvelle application de la lanire brlante comme 
une flamme brve et vive, Mcia se cabrait au bout de la corde en 
un irrpressible bondissement. La tte rejete en arrire des 
paules, contre ses bras durement retourns et tirs, yeux 
exorbits, bouche dmesurment ouverte, manquant un instant de 
souffle et comme asphyxie, elle hurlait enfin une clameur aigu, 
lancinante et terrible. Elle se jetait en avant pour une tentative 
instinctive d'chapper au feu cuisant du cuir qui claquait et 
ravageait ses fesses tremblotantes, mais en dpit de ses 
dhanchements, elle ne pouvait rien pour se soustraire  la cingle 
suivante qui l'agitait aussitt de sauvages convulsions, secouait ses 
seins normes et lourds sous son buste ploy  l'horizontale, et lui 
arrachait des cris inhumains.
	Bientt, les reins, le postrieur et l'arrire des cuisses de la 
soubrette taient couverts de longues vergetures violaces, qui 
dessinaient une sorte de filet sombre et ardent, comme plaqu 
intimement sur la peau devenue uniformment cramoisie, 
formidablement congestionne par l'afflux du sang.
	Jamais Loriane n'avait entendu quelqu'un hurler de cette 
faon; c'tait tout autre chose que les cris exprimant la douleur ou 
la terreur dans un film!
	Dans le dlire de son hideux cauchemar, dtournant un 
court instant ses regards hallucins de la nudit torture, elle 
voyait l'occupante du trne, silhouette d'ombre et de cruaut 
indicible, suivre en souriant le droulement du spectacle atroce 
que leur donnaient le bourreau et, malgr elle, la malheureuse 
Mcia vocifrante.
	Enfin, aprs d'ternelles minutes, la punition barbare 
cessait.
	Les fesses de la servante taient  vif, encore que le sang ne 
coult pas. L'piderme avait rsist, mais l'tat de sa croupe 
sillonne de balafres entremles tait absolument lamentable. En 
plus d'innombrables striures, son derrire tait couvert sur toute 
sa surface par une infinit d'hmatomes violacs ou bleuissants.
	Aussi, et bien qu'on ne la fouettt plus, les sanglots et les 
rles pitoyables de Mcia secoue de violents tremblements 
laissaient imaginer sans peine l'acuit de la souffrance qui 
persistait  la tourmenter de faon intolrable.

	Les deux Adamastors nus et muets libraient les pouces de 
la victime criant et pleurant, laissaient s'crouler lourdement 
celle-ci sur le sol.
	Mais, quand Loriane croyait le supplice de la flagellation 
termin, les brutes accrochaient une chane  chacun des bracelets 
de cuir boucls autour des chevilles de la pauvre domestique 
disgracie; ces chanes tombaient de deux palans distincts, distants 
l'un de l'autre de plus de trois mtres. Lui laissant les poignets lis 
dans le dos, ils tranglaient ensuite chacun de ses ttins, eux aussi 
hypertrophis,  l'aide d'une fine cordelette, puis fixaient l'autre 
extrmit de celle-ci  un crochet scell dans les dalles carlates,  
l'aplomb d'un des deux appareils de levage.
	Alors, manoeuvrant l'un et l'autre un palan, ils tiraient les 
jambes de Mcia vers le haut, les faisaient en mme temps 
s'carter de plus en plus largement et rvler le dtail de sa vulve 
intgralement dpouille de sa pilosit.
	Le corps nu s'levait lentement, les paules quittaient le 
granit, les cordelettes serrant la pointe des mamelons se tendaient, 
se tendaient encore... et la base des ttins, puis les seins 
formidablement dvelopps perdaient leur pesante rondeur, 
s'allongeaient, s'allongeaient toujours, dbordaient exagrment 
du torse...
	Mcia recommenait  hurler.
	C'tait une vision atroce.
	Releves rgulirement, les chanes remontaient davantage, 
inexorablement tires vers la vote, entranaient avec elles les 
jambes ouvertes outrageusement, et jusqu' ce que, les seins 
cruellement tirs, dforms, hideusement distendus, seule la 
chevelure de la supplicie effleurt le sol.
	Sans se soucier des cris que Mcia jetait  pleine gorge, les 
deux tortionnaires impassibles s'armaient, l'un d'une longue 
cravache de cuir tress, l'autre d'un fouet mince prolong d'une 
mche pourvue de noeuds, puis revenaient se placer de part et 
d'autre de sa nudit ainsi suspendue, offerte sans protection ni 
dfense  leur bestiale cruaut.

	Le premier abattait son instrument sur le derrire dj 
terriblement aviv par la correction prcdente, sabrait 
violemment d'une sche dtente du bras, et de haut en bas, le 
dessous des fesses vivement congestionnes.
	Mcia tait alors parcourue tout entire par une espce de 
spasme lectrique, semblait bondir littralement vers le haut, 
agitait les chanes en de sinistres cliquetis, et tenaillait 
involontairement, de manire abominable, ses deux gros 
mamelons captifs en les distordant.
	Puis le second, plac de l'autre ct du corps nu maintenu 
en suspension, qui vibrait encore du coup de cravache, envoyait 
son fouet dmesurment long trs loin en arrire de son paule et, 
soudain, dirigeait l'ignoble lanire dans la fourche gnitale. Le 
filin de cuir s'appliquait sur le pubis dpourvu de ses poils, 
s'incurvait dans le sillon vaginal et frappait l'anus d'un de ses 
petits noeuds avec une prcision diabolique.
	Sous la cingle insupportable qui lui ravageait de manire 
atroce l'entrecuisses, Mcia se tordait en jetant un hurlement 
inhumain, assourdissant.
	Et sous un nouvel assnement de la cravache, laquelle 
prenait aussitt le relais du fouet, sa croupe se barrait d'une 
premire ligne purpurine.
	Cette fois, la peau dlicate de ses fesses ne rsistait pas  la 
violence du choc.
	Un autre hurlement dchirant perait le cerveau de 
Loriane.
	Cingle de fouet aprs cingle de cravache, le supplice 
infme se prolongeait, ignoble, indicible de cruaut, pour faire 
natre d'autres estafilades ensanglantes sur la croupe bondissante 
comme entre les cuisses vibrantes.
	Au sommet des larges mamelons torturs par les 
cordelettes, les ttins dj consquents doublaient, triplaient de 
volume.
	Chaque coup port occasionnait des souffrances si aigus  
la malheureuse que celle-ci sursautait au bout des chanes en 
girant de droite et de gauche, tremblait violemment, et se 
tourmentait elle-mme plus encore les seins. Entre les cris 
pouvantables qu'elle lanait  pleins poumons chaque fois que 
l'un ou l'autre des instruments la sabrait pour endommager 
davantage son derrire ou ses tendres parties intimes, elle rlait, 
geignait, s'touffait de sanglots, de hoquets incoercibles.
	Les brlures que lui procurait le fouet implacable en 
crasant en mme temps son clitoris et l'oeillet bistre de son anus 
taient d'une telle et si intolrable intensit qu'elle s'arrachait 
virtuellement la gorge  force de s'gosiller en de trbrantes 
clameurs.
	C'tait affreux, insoutenable.
	Et puis les deux bourreaux, d'un commun accord, cessaient 
une nouvelle fois de frapper. L'un d'eux cartait  deux mains les 
fesses tumfies de Mcia, pointait son membre norme, en 
pressait le gland turgescent contre le minuscule orifice anal qui se 
trouvait offert  bonne hauteur et, solidement plant sur ses 
jambes, forait, forait de toute la puissance terrifiante de ses 
reins. Les braillements de douleur pousss par la malheureuse 
domestique hideusement sodomise ressemblaient aux 
rugissements d'un grand fauve bless et devinant sa fin proche, 
hurlant sa terreur de l'agonie. Mais la mentule continuait de 
s'enfoncer en elle et, lui dchirant l'anus, l'emplissait toujours plus 
loin d'un empalement dmentiel.
	Alors la seconde brute sortait du brasero un fer chauff au 
rouge, attendait qu'il font un peu, l'approchait du pubis de la 
femme martyrise...
	L'coeurante odeur de chair grille se rpandait, la fume 
cre s'levait du bas-ventre brl, et rsonnait la clameur 
suraigu.
	Ne pouvant supporter d'en voir et entendre davantage, le 
sang glac, ayant atteint puis dpass les limites de sa rsistance 
nerveuse, proie d'une pouvante insurmontable, s'abandonnant  
la faiblesse nauseuse qui montait de son estomac nou par l'effroi 
qui la possdait, Loriane sombrait dans l'inconscience et se laissait 
glisser dans l'immensit abyssale de son tragique cauchemar.

	Cauchemar!...
	Quelque chose de bon lui arrivait au ventre...
	Une lnifiante douceur, suave comme un sucrerie, lui venait 
des entrailles...
	Elle fondait en se fluidifiant... Elle se liqufiait depuis les 
profondeurs ruisselantes de son tre... Elle s'pandait et se 
dversait... Elle s'inondait de l'aqueux lixir distill par sa fminit 
transcendante en un sotrique alambic...
	C'tait comme un bouilloire qui la transformait en gouttes, 
et  la corne de laquelle se ventousait une bouche de goule avide et 
vorace, une bouche laque de noir, une bouche par laquelle, 
durant une fugitive seconde de l'ternit intemporelle, elle se 
voulait bue et dvore, jusqu' l'anantissement total. 


(IV) UNE VERITE DERANGEANTE

	Loriane ne sut exactement tout d'abord ce qui la rveilla.
	Il pouvait tre quatre ou cinq heures du matin, peut-tre 
plus, peut-tre moins. Elle aurait pu allumer, regarder sa montre, 
mais elle ne s'en sentit pas le courage.
	Il lui sembla entendre des bruits tranges, des plaintes, des 
gmissements, des pleurs sanglots... provenant du dehors. Bien 
que cela ne durt pas, son sommeil en avait sans doute t 
contrari.
	Puis elle se souvint... le cauchemar... l'immense caveau de 
torture... la femme noire... la servante nue... les bourreaux nus... et 
cette insoutenable horreur des supplices...
	Il lui parut alors qu'il rgnait autour d'elle, dans toute la 
chambre, une singulire ambiance, lourde, lectrisante, pesante et 
oppressante comme celle que rservaient certaines nuits de 
touffeur durant le plein t, telle qu'elle l'avait pu ressentir dj 
dans la proximit de l'clatement d'un orage.
	Bizarrement, elle eut la sensation d'tre enveloppe d'une 
chaleur subite, comme si la temprature avait soudain augment 
de plusieurs degrs d'un coup, mais seulement  la surface de sa 
peau. Cela ne ressemblait en rien, pourtant,  un brusque accs de 
fivre, pas plus qu'aux effets d'un mal qu'elle aurait pu contracter 
durant le temps o elle tait demeure devant la grille, sous la 
pluie, dans l'attente qu'on voldt bien lui rpondre,
	C'tait un phnomne extrieur, nullement intrieur.. Elle 
le percevait ainsi, tout du moins.
	Bougeant lgrement les jambes, elle se rendit compte, non 
sans surprise, que son entre-cuisses tait moite, et mme un peu 
plus que cela.
	Alors, pousse par une force indpendante de sa volont, 
elle fit glisser sa main droite depuis ses genoux jusqu' son ventre 
en relevant le voile de sa chemise de nuit.
	Une envie, quasi irrpressible, de se caresser jusqu' 
l'orgasme l'envahissait, elle prenait possession de sa chair, elle 
alinait toutes ses penses, elle l'investissait, s'emparait d'elle tout 
entire. Cette imprieuse ncessit, dcuple de faon 
incomprhensible, tant par les images de son cauchemar qui 
ressurgissaient dans son esprit que par les sons insolites qu'elle 
venait de percevoir, mais dont elle se refusait  aller contrler la 
source en se levant et ouvrant la fentre, devenait l'unique 
proccupation de son tre.
	Par exprience, elle savait qu'elle ne pourrait pas esprer se 
rendormir sans l'avoir satisfaite, totalement assouvie.
	Incompltement tirs, les rideaux laissaient filtrer un rayon 
de lune qui, victorieux des nuages lourds et noirs, venait frapper 
trs exactement en cet instant l'endroit o elle se tenait couche.
	Ainsi, la pluie avait cess,
	Et cette clart de l'astre nocturne, qui la caressait de 
lumire fantomatique, comme en une invite au plaisir, lui donna le 
dsir d'tre nue, de se voir nue...
	Elle se priva fbrilement de sa chemise de nuit, et rejeta 
jusqu'au pied de sa couche le drap et la couverture lgre sous 
lesquels elle s'tait pesamment endormie.
	Mme si cela n'avait pas t toujours le cas, elle aimait son 
corps. Elle n'avait plus honte du tout, depuis longtemps, de la 
gnrosit de ses formes, de sa poitrine opulente, de ses hanches 
bien panouies, de ses fesses plantureuses qui, vers l'ge de quinze 
ou seize ans, voire un peu au del, lui avaient fait prouver 
quelques complexes. Il tait vrai que tout cela, aujourd'hui, tait 
compens par une grandeur sensiblement suprieure  la 
moyenne communment admise par les normes fminines, ainsi 
que par une taille dont la minceur n'tait pas, avec la longueur de 
ses jambes, le moindre de ses sujets d'orgueil. Elle pouvait, sans 
gne aucune, annoncer des mensurations que bien des femmes lui 
enviaient secrtement, sinon ouvertement... et ses cent cinq de tour 
de poitrine, ses soixante-trois de tour de taille, ses cent deux de 
tour de hanches, pour un mtre soixante-quatorze de toise et un 
poids de soixante-trois kilos faisaient d'elle une silhouette lance 
en mme temps que capiteuse.
	"Tu es une sacre belle plante, une desse de la sensualit et 
de la luxure!" aimait  lui dire Pascal, en la faisant le chevaucher 
et agiter le buste pour jouir de la vue de ses gros seins 
tressautants.
	Aussi arborait-elle altirement les attributs de cette 
fminit qui, entre autres plaisirs, lui permettaient de magnifiques 
dcollets. Elle tait fire d'avoir de beaux seins, en forme de 
coings, un peu lourds, peut-tre, mais dont les pointes ne s'en 
dressaient pas moins agressivement au centre de leurs mamelons 
vastes et coniques, fortement saillants.
	Et, tout en surveillant sa ligne, elle ne tenait nullement  
ressembler  ces femmes minces, longiformes, quasi dpourvues 
de toute rondeur et virtuellement androgynes, charges de porter 
et mettre en valeur la production des maisons de la Haute 
Couture Franaise, dont la finesse de liane, la fesse menue et les 
seins  peine forms taient censs strotyp l'Eve prtendument 
 la mode, sinon l'Optima Femina!
	Comment pouvait-on tre "sexy", dsirable, voluptueuse, 
en tant plus plate qu'une limande?

	Si elle n'tait pas exhibitionniste de fait, elle l'tait en 
pense, indubitablement.

	Elle n'avait pu s'interdire d'envier secrtement, de faon 
inavouable, l'audacieuse impudeur de Mcia.

	Et quand sa pudeur, son ducation, ses principes, son 
orgueil, les lois tant sociales que morales, lui interdisaient toute 
esquisse d'excution, elle n'en fantasmait pas moins de s'imaginer 
nue et bravant le scandale en circulant toute nue sur les Champs 
Elyses, Avenue de l'Opra ou en quelque autre lieu populeux de 
la capitale.

	En sa prsence, elle devinait aisment combien les hommes 
avaient envie de la voir nue, de la toucher, de se frotter  ses 
courbes, de s'en emparer, de les ptrir, de plonger leur tte dans le 
profond vallon de sa poitrine, d'empaumer ses seins, de caresser 
ses cuisses, ses fesses... et plus encore son pubis, dont ses jupes et 
ses robes ajustes troitement, collantes, trahissaient avec 
insolence le bomb dlicat.

	D'ailleurs, elle n'ignorait pas non plus que sa sensualit 
clatait dans l'paisseur de sa chevelure d'or sombre aux reflets 
tout enflamms de roux, dans ses yeux d'anglique au vert 
lumineux, et dans les lvres pulpeuses de sa bouche encore 
davantage.
	Elle aimait qu'un homme la trouvt belle, sduisante, 
provocante mme, qu'il le lui montrt, ft-ce en la suivant dans la 
rue ou en l'abordant  la terrasse d'un caf... et en dpit du fait 
qu'elle le dcouraget ensuite avec hauteur et ft en sorte de le 
dissuader d'aller outre.

	Depuis la disparition de Pascal, en chacune de ces 
occasions, elle avait agi pareillement et s'tait montre distante, 
glaciale, parfois franchement dsagrable afin que l'individu 
n'insistt pas. Mais ensuite, chez elle, voquant de faon 
irrsistible la mle figure et la belle prestance de celui qui l'avait 
remarque et qu'elle avait schement rembarr, songeant plus 
encore  un membre viril qu'elle se plaisait  imaginer de fortes 
proportions et puissamment dress, elle se dshabillait en hte et, 
entirement nue, impudique pour elle seule, cartele sur son lit 
ou debout devant la grande glace de sa salle de bain, elle se 
caressait longtemps, parfois jusqu'au dlire le plus excessif.

	Il lui tait arriv de passer ainsi des nuits entires  tenter 
d'apaiser les fivreuses exigences de sa nature ulcre par la 
passion et que, prise de frnsie, elle ust de tous les objets qui 
pouvaient s'offrir  elle... De la sorte, elle avait essay, entre 
autres divers accessoires improviss, le manche de toutes ses 
brosses  cheveux, mais aussi une ou deux petites brosses rondes 
elles-mmes... A d'autres moments d'extrme excitation, surtout 
durant qu'elle traitait certains chapitres pineux de son livre, ne 
s'appartenant plus tout  fait, perdue de ne savoir comment 
s'assouvir, ressentant le dsir fluer jusqu'au bout de ses seins, 
mais voulant disposer librement de ses deux mains pour se 
caresser le sexe, elle tait alle jusqu' serrer les grosses pointes 
riges et tumescentes de ses mamelons entre les petites mchoires 
de pinces  linge au solide ressort...

	Alors, sanglotante et hoquetante, se convulsant et jetant des 
cris hystriques, revivant par le truchement d'images les douleurs 
aigus que lui avaient infliges les coups de ceinture et les orties, il 
lui tait venu  l'esprit des visions d'elle-mme dont, plus tard, elle 
avait rougi de honte  les avoir conues.
	Hors cela, elle s'adorait.
	Elle adorait en elle la beaut de la femme, elle adorait son 
sexe et pouvait se satisfaire toute seule lorsque, le plus souvent 
consquence de ses rveries dbrides, l'envie de jouir lui tordait 
le ventre  lui faire mal. Elle n'avait plus ni n'avait pas toujours 
eu un homme pour l'assouvir. Les caresses solitaires taient un art 
prcieux qu'elle avait passionnment cultiv, perfectionn sans 
cesse depuis que, sans aucune retenue, elle s'y tait puise au 
bord de la Vienne jusqu' ce que le crpuscule tombt. Parcourir 
sa peau de ses mains, voyager dans les trfonds de sa fminit, 
jouer avec ses gros seins, provoquer l'rection de ses ttins, 
insinuer ses doigts au coeur de la toison soyeuse de son pubis, 
agacer doucement, lentement, de plus en plus rapidement le 
bourgeon si sensible de son clitoris pour que le frisson du plaisir 
envaht tout son tre, pouvoir contrler ses ractions, agir sur ses 
sens afin de retarder ou prcipiter son spasme, puis succomber 
enfin, tait un talent qu'elle avait peu  peu acquis, et depuis, jour 
aprs nuit, prcis. A chaque fois, elle tentait de reculer les limites 
de sa sensualit et partait  la qute fivreuse de fulgurances 
renouveles, et cependant uniques, se livrant au culte d'elle-mme 
avec rgularit et passion, d'autant plus qu'elle se trouvait, ft-ce 
volontairement, en manque d'amant.
	Un amant... Pascal!
	Ds la premire fois, et lui faisant l'amour dans sa superbe 
voiture,  l'intrieur de laquelle elle avait permis qu'il la mt nue 
tout entire, il tait parvenu  la rendre gourmande de son sperme 
auquel elle avait trouv une saveur  la fois doucetre et poivre. 
Maintenant, comme une drogue, elle se sentait en manque et, 
pour se griser  nouveau des effluves et du got de la semence de 
l'homme, il lui venait souvent une fivreuse envie de s'offrir au 
premier venu, de lui soutirer son onctueuse onction, de jouer 
ensuite avec les petites flaques opalescentes, et de s'en barbouiller 
les seins et le visage, avec dlectation.
	C'tait de Pascal, qu'elle avait appris ces jeux insolites, ces 
petits plaisirs pervers, les dshabillages progressifs, les offrandes 
lascives, l'habitude des sous- vtements frivoles, parfois conservs, 
avec les chaussures  talons hauts, durant l'treinte, les ngligs 
vaporeux et transparents, les promenades  la nuit tombe toute 
nue sous un lger manteau, la lecture de livres et la vision de 
photos, de films rotiques, qui la mettaient immanquablement en 
conditions et la faisaient fantasmer, lui donnaient les plus folles 
ides, et la prparaient au luxurieux et divin sacrifice de sa chair 
pntre par une autre chair.
	lui seul avait su!
	Elle ne pouvait oublier combien il avait eu l'art et la 
manire de faire durer leurs accouplements en entrant, complice 
autant que provocateur, dans le monde oppressant de ses 
obessions.
	Il avait aim boire longuement l'cume de son sexe sans 
l'amener  la jouissance, la mettant au supplice et l'excitant 
toujours plus en riant de ses plaintes impatientes, la torturant 
avec une science infinie, l'explorant de la langue en tous ses plus 
secrets replis, en ses plus abyssales profondeurs, multipliant  
l'infini ses aptitudes  l'extase, mais en cessant et lui maintenant 
les jambes ouvertes ds qu'il la devinait traverse par les ondes 
prmices du spasme. Il l'avait rendue presque folle parfois, folle  
hurler, lorsque du bout des doigts il avait exaspr l'extrme 
sensibilit de ses ttins, les avait agacs de l'ongle ou pincs, 
quelquefois trs durement dans la proximit de la faire jouir 
enfin. Puis il avait recommenc, continu, inlassablement,  la 
martyriser d'un dsir toujours grandissant et toujours inassouvi. 
Comme il lui arrivait de se dbattre, il lui avait promis de 
l'attacher un jour sur le lit, cartele, afin de pouvoir la caresser 
jusqu' ce qu'elle perdit conscience, puis de la fesser pour la 
ramener  la vie, mais il ne l'avait pas fait et elle le regrettait.
	Il lui venait frquemment le dsir de ces entraves espres 
qui l'eussent offerte nue et vulnrable, sans nulle dfense,  la 
prdation d'un amant... et puis aussi de quelque chose de plus.
	Lorsque la verge de Pascal s'appuyait finalement contre sa 
vulve, pareille  une brlure, elle se mettait  trembler, de tout son 
tre, s'ouvrait, bait, et jetait une clameur continue durant tout le 
temps qu'il lui fallait pour la pntrer, l'emplir et la possder.
	Et puis venait le premier coup de reins...
	Alors elle se tordait, se contorsionnait, roulait, griffait en 
feulant; elle mordait et lchait au hasard, soude aux dsirs du 
mle et  ses grondements, bientt comble, gorge, inonde de 
sperme onctueux et dbordant.
	Ha! comme elle avait aim Pascal!
	Pascal qui l'avait abandonne depuis plus de six mois dj.
	Mais Pascal tait mort, cras dans l'amas de ferraille 
qu'tait devenue sa magnifique Chevrolet blanche en achevant sa 
course au fond d'un ravin,  moins de cent mtres de ce chalet des 
Alpes suisses o elle l'attendait pour qu'il pt voir, le premier, 
l'preuve toute frache de son livre...

	Ses doigts trouvrent leur chemin  travers l'paisseur drue 
de ses poils, puis toute sa main vint se plaquer brusquement sur sa 
vulve aux lvres brlantes et ruisselantes des perles de son dsir 
sourdant, liqufi, des parois de son vagin.
	Des lancements, alternativement sourds et aigus, se mirent 
 rayonner de son sexe pour lui flcher le ventre, les reins. 
Lentement, trs lentement, elle entreprit de se caresser, 
s'attardant sur la pulpe molle de ses nymphes et le pourtour de sa 
conque, retardant le moment de toucher le point minuscule et le 
plus dlectablement sensible de son tre, de sa chair rendue tout 
entire frmissante.
	Les paupires closes, la respiration haletante, les muscles 
dj tendus, elle saisit son sein gauche de sa main disponible pour 
l'effleurer tout d'abord, le masser et le ptrir bientt avec volupt, 
puis en capturer enfin de deux doigts le ttin durci et dress 
fortement.
	Son clitoris la brlait autant que s'il et t au contact 
d'une braise rougeoyante, et cette brlure irradiait toute sa fente 
qu'elle sentait dborder de liqueur abondante, laquelle coulait 
sous ses fesses et commenait  imbiber le drap.
	Elle s'tait toujours connue, depuis qu'elle tait devenue 
femme en tous cas, d'une grande gnrosit liquide, Cette 
profusion n'tait pas sans l'incommoder parfois ni lui poser 
quelques problmes, notamment en dgoulinant  l'intrieur de 
ses cuisses, en traversant aisment le voile de ses culottes ou de ses 
slips pour inonder le fond de ses robes et de ses jupes, voire, 
quoique trs rarement, celui de ses pantalons. Et lorsque, 
jouissant vraiment, son tre se librait sans nul frein, c'tait bien 
pire: elle tait capable d'authentiques jaculations vaginales.
	Mais  cela elle ne pouvait rien. Que la chose lui convnt ou 
non, qu'elle plt ou dplt  son partenaire, quelque dsagrment, 
honte ou plaisir que, selon les circonstances, elle lui procurt, il lui 
fallait bon gr mal gr s'en accommoder.
	Et puis elle n'y tint plus.
	Elle posa brutalement son index sur la crte de chair dure 
et tumescente pour l'craser avec violence, sans parvenir  
rprimer, cabre de la tte aux pieds, un long rle d'excitation 
croissante.
	Elle s'en liqufia pour de bon.
	Alors, dans un mouvement rgulier, elle frotta son bouton 
de chair torride, adoucissant de temps  autre sa caresse ardente 
en trempant son doigt dans la profondeur de son vagin 
transform en fontaine brlante. Plusieurs fois, et sentant le 
plaisir monter trop vite, elle s'arrta pour replonger dans sa faille 
dilate, pleine  dborder. Comme toujours en un tel moment, elle 
eut la convoitise d'une longue rondeur venant s'enfoncer 
puissamment dans son ventre, d'une rigide et forte hampe 
cambre aux veines saillantes, d'une grosse tte ovode, vultueuse, 
venant la fouiller et la meurtrir merveilleusement de ses chocs 
rpts.
	En ouvrant dmesurment les cuisses, elle regretta de 
n'avoir pas de miroir  porte de main, dans lequel elle aurait pu 
voir le reflet du coquillage pourpre de sa vulve au coeur de son 
crin soyeux et cuprique, et s'en fasciner pour s'exalter davantage.
	Puis elle s'acharna sur l'rection dominant sa faille, 
pointant hors de sa gangue tant elle tait gonfle, et prcipita le 
mouvement de son index tout en dlaissant son ttin 
douloureusement exacerb pour glisser sa main entre ses fesses 
mouilles de sueur autant que de cyprine.
	En dpit de ses tudes littraires  l'universit, c'tait 
encore  Pascal qu'elle devait de savoir que cette expression, par 
laquelle on nommait communment cette intime substance 
produite par la femme dans la proximit de succomber  la 
volupt, venait du nom mme de Vnus, desse de la beaut et de 
l'amour chez les Romains, l'Aphrodite des Grecs anciens, 
galement appele Kypris - ou Cypris - parce que, en ces temps 
rvolus, plus particulirement honore  Chypre.
	Loriane eut t desse que sa liqueur d'amour et t 
qualifie de lorianine!
	Pascal lui avait encore appris qu'un doigt suffisant pour 
solliciter son clitoris, elle pouvait, d'un autre...
	En se mordant les lvres afin de s'interdire de crier, elle 
enfona lentement son pouce gauche dans l'orifice troit de ses 
reins et, ondulant de la croupe, attendit le temps de quelques 
battements de coeur pour que son anus s'habitut peu  peu  la 
pntration de ses phalanges, tant elle se sentait tre 
dsesprment resserre en cet endroit de sa personne.
	Dsormais, elle tait prte.
	Sans cesser de caresser son clitoris proche de l'apoplexie, 
elle fit aller et venir deux autres de ses doigts dans son vagin en 
mme temps qu'elle anima son pouce dans son fondement, le plus 
rapidement qu'elle le pt.

	Et le rsultat ne se fit gure attendre.
	L'orgasme la submergea, violent, dvastateur, faisant d'un 
coup vibrer toutes les fibres de son corps, ruisseler les parois de sa 
grotte intime devenue volcan, se raidir ses cuisses, se ttaniser tous 
ses muscles, se minraliser ses mamelons, se cambrer ses reins et 
s'arquer son dos jusqu' la rupture... convulsivement, avant que 
de la laisser anantie et mollissante, certes... mais cependant 
inassouvie.
	Elle aurait pu, toutefois, en rester l, ravaler son dpit, nier 
l'insatisfaction partielle de son tre, refuser la volont de ce dsir 
qui, insidieusement, renaissait dans sa chair, mais elle 
recommena  se caresser, rageusement.
	De nouveau elle s'entendit crier; mais si puissant que ft 
son spasme de jouissance, il ne put pleinement l'apaiser.
	Les larmes jaillirent de ses yeux.
	Elle s'acharna, la vulve et les mamelons bientt enflamms, 
douloureux, accumulant des orgasmes de plus en plus fous, mais 
en vain.
	Il lui semblait que chacune des contractions voluptueuses 
qui la cabraient accroissait davantage son dsir plutt que de le 
faire se dissoudre, et augmentait d'autant ses sensations de 
frustration.
	Vint un moment o, sanglotante, perdue, ne sachant 
comment se calmer du feu qui embrasait ses sens, elle prouva 
l'aberrante envie de souffrir... la ncessit de la cuisante 
fulgurance procure par une lanire de cuir venant claquer sur 
ses fesses.
	Elle ne sut pas, non plus, quand et comment,  bout de 
forces, puise et en pleurs, elle parvint finalement  se rendormir.

	La lumire du jour inonda la chambre et rveilla Loriane.
	Elle ouvrit lentement les yeux, battit plusieurs fois des 
paupires dans l'blouissement aveuglant du soleil qui pntrait  
flots dans la pice et,  contre-jour, vit une silhouette fminine qui, 
lui tournant le dos, achevait de rassembler les double- rideaux de 
part et d'autre de la fentre.
	Cette silhouette n'tait pas celle de Mcia.
	Alors qu'elle faisait cette constatation, une dlicieuse odeur 
de caf chaud et cors flatta ses narines. Prs de son lit, pos sur 
une table roulante, un grand plateau d'argent lui proposait un 
petit djeuner copieux et allchant: caf et th fumants, lait, 
crme frache, pain grill, croissants, brioches, confitures, beurre, 
miel... rien ne manquait.
	Pas mme la rose, aux ptales rouge sang recouverts de 
rose, dont la tige trempait dans un troit et long vase  col de 
cigogne en cristal cisel.
	Elle billa, avec autant de discrtion qu'il lui tait possible, 
s'accota  ses oreillers et se sentit, alors, pleinement veille. La 
servante se retourna.
	Sa tenue tait en tous points identique  celle qu'avait 
porte Mcia, mais elle tait plus grande que cette dernire, plus 
belle aussi, tant de traits que de corps. Sous la perruque blanche  
catogan noir, son visage avait la sduction des filles du Nord. Bleu, 
son regard clairait un teint ple que les fards coloraient 
subtilement. C'tait,  l'vidence, une jeune femme splendide, ge 
tout au plus de vingt-cinq ou vingt-six ans. A peu prs totalement 
dcouvertes par la jupette qui affleurait  peine la lisire de ses 
bas noirs haut tirs, mises en valeur par les talons fins 
exagrment levs de ses escarpins, ses jambes et ses cuisses 
longues, au galbe parfait, eussent assurment fait blmir de dpit 
et de jalousie la plus tourdissante de toutes les meneuses de 
revues lgres et pares de plumes qui, chaque soir, se 
produisaient  demi nues sur les scnes de music-hall du monde 
entier.
	Mais l'tonnant, l'inattendu, presque l'incroyable, c'tait 
cette poitrine  peine contenue dans les bonnets du corset, d'un 
dveloppement quasi monstrueux!
	Celle-ci tait de proportions encore plus excessives que celle 
de Mcia.
	La domestique se rapprocha du lit de Loriane en souriant.
	Egalement semblable  celle de Mcia, sa dmarche 
saccade voquait le dplacement d'une lgante automate  qui 
quelque dieu ou dmon et donn la vie. Mais, sous la courte jupe 
aux godets profonds, que ses pas faisaient mouvoir autour de ses 
hanches, on pouvait aisment deviner des rondeurs attractives 
qui, magnifies par la minceur remarquable de la taille et la 
cambrure accentue des reins, n'taient en rien comparables  
celles d'un mannequin articul.
	- Je souhaite une bonne journe  Mademoiselle, dit-elle 
dans un franais teint d'une touche d'accent britannique. Je 
m'appelle Joan, pour servir Mademoiselle et la satisfaire dans 
tous ses dsirs, ainsi que l'exige Scorpionne qui, par extrme 
bont,  bien voulu faire de moi l'une de ses obissantes et fidles 
servantes. 
	- Scorpionne?... fit Loriane avec tonnement.
	- C'est le nom que Madame la comtesse, notre belle 
matresse adore, aime  porter. Nous avons permission de 
l'appeler ainsi lorsque nous parlons d'elle, hors de sa prsence.
	- Ha!
	- Mademoiselle devait tre bien fatigue, car elle a dormi 
longtemps! Mademoiselle se sent-elle bien repose  prsent?
	- Oui, Joan, merci, confirma Loriane quelque peu 
dconcerte par cette faon que la domestique avait de s'adresser 
 elle en usant de la troisime personne, je me sens tout  fait bien. 
Mais, ai-je donc dormi  ce point? Est-il si tard?
	- Il est presque deux heures de l'aprs-midi, Mademoiselle. 
Il ne faut cependant pas que Mademoiselle s'inquite, ajouta 
aussitt la soubrette toujours souriante, c'est une heure voisine de 
celle  laquelle se lve ordinairement la matresse. Mais si je me 
suis permis de venir veiller Mademoiselle, c'est que Scorpionne, 
justement, a manifester le dsir de la voir dans son bureau tout  
l'heure. Que Mademoiselle prenne tout son temps pour se 
restaurer, nanmoins, durant que je mets son bain  couler.
	La mention du bain rappela Mcia  la mmoire de 
Loriane.
	- Mcia souffrirait-elle de quelque indisposition? demanda-
t-elle, aprs avoir bu une gorge de caf. 
	- Nullement. Que Mademoiselle ne conoive surtout aucune 
inquitude  son sujet, cela n'en vaut pas la peine, sourit encore 
Joan.
	- Comment cela?
	- Mcia se porte trs bien. Mais elle a enfreint une fois de 
plus les ordres de Scorpionne, laquelle l'a fait punir svrement, 
ainsi qu'elle en avait t prvenue  plusieurs reprises et comme 
elle l'a mrit. Maintenant Mcia est dchue; elle n'est plus 
qu'une esclave nue.
	- Une esclave nue! s'cria Loriane, qui manqua de s'touffer 
en avalant brutalement le morceau d'une tranche de pain grill, 
charge de beurre et de confiture, dans laquelle elle venait de 
croquer avec une avide gourmandise.
	- Oui, Mademoiselle, esclave nue, acquiesa Joan d'une voix 
calme et sans montrer la moindre motion.
	D'un coup, Loriane n'eut plus faim du tout.
	- Mais... mais que... que lui a-t-on fait?... O est-elle?
	- Mademoiselle sait bien ce qu'on a fait  Mcia; n'tait-elle 
pas prsente, cette nuit, au chtiment qui lui a t inflig? Aprs, 
on l'a attache  un piquet, comme une chienne, sur la pelouse, 
devant le chteau... Elle s'y trouve toujours, d'ailleurs, dans 
l'attente que l'on commence  la transformer, expliqua Joan avec 
une gale tranquillit de ton.
	- La transformer?... Mais en quoi?... De quelle manire et 
dans quel but? interrogea Loriane en ressentant les effets d'une 
soudaine angoisse.
	Ainsi, elle n'avait pas rv! Son cauchemar n'avait t en 
rien le produit d'une quelconque activit onirique de son cerveau. 
Tout ce dont elle se souvenait, l'immense caveau de torture baign 
de lumire sanglante, les deux colosses nus et monstrueusement 
viriliss, Alecto de Torquemada tout de noir vtue, assise sur son 
trne  l'apparence dmoniaque... et Mcia nue, enchane, 
hurlant sous le fouet, hideusement sodomise, marque au fer 
rouge comme un animal... Tout cela s'tait pass, tait arriv, tait 
ralit!
	- Il ne m'appartient pas de renseigner Mademoiselle  ce 
sujet, refusa de rpondre Joan. Scorpionne le fera peut-tre,  
condition que Mademoiselle pose des questions. Mais je vois que 
Mademoiselle est devenue toute ple. Il ne faut pas que 
Mademoiselle ait peur de quoi que ce soit; rien ne la menace, bien 
au contraire. Que Mademoiselle se rassure, elle aura toutes les 
explications qu'elle dsire, mais pour le moment, je puis lui 
certifier qu'elle aura droit  tous les gards que l'on rserve ici 
aux invites de marque. Maintenant, que Mademoiselle veuille 
bien m'excuser, je dois aller prparer son bain.
	Ayant dit cela, Joan s'loigna du lit de Loriane et passa 
dans la salle d'eau contigu  la chambre.
	Ebranle par ce qu'elle venait d'apprendre, Loriane 
repoussa le plateau de son petit djeuner, enfila fbrilement sa 
chemise de nuit et se leva pour aller  la fentre.
	- Mon Dieu! ne put-elle s'empcher de gmir sourdement.
	Un seul regard lui apprit que Joan ne lui avait d'aucune 
manire menti, Mcia tait bien l, sur la pelouse, nue et le corps 
tout entier marqu par la flagellation, le crne  prsent 
intgralement ras. Agenouille, elle tait enchane par le cou  
un solide piquet plant en terre, les poignets toujours entravs sur 
les reins. Au bout de chacun de ses seins normes, aux mamelons 
fortement congestionns et enfls qu'il perait, pendait un gros et 
lourd anneau oblong de mtal brillant.
	Loriane eut une pulsion pour appeler la malheureuse 
dchue si cruellement traite, en partie  cause d'elle, mais elle se 
retint, craignant que cela ne valt  celle-ci qu'un surcrot de 
tourments.
	Et puis Joan l'avertissait dj que son bain tait prt.
	Alors, dominant son trouble, remettant  plus tard de 
prendre une dcision concernant son prompt dpart ou la 
prolongation de son sjour en ce chteau o se commettaient des 
actes aussi scandaleux que terribles, elle se rendit  la salle d'eau 
dont le luxe tait non moins remarquable que celui de la chambre, 
se laissa passivement retirer sa chemise par Joan et, 
contrairement  ce qu'elle avait refus la veille  Mcia, refus 
qu'elle regrettait  prsent de tout son coeur, lui permit de 
procder elle-mme  sa toilette...
	La domestique n'eut envers elle aucun geste quivoque. Elle 
se contenta seulement de la laver avec soin, de la scher avec 
douceur, de l'oindre tout entire d'un onguent  l'odeur agrable, 
puis de la farder minutieusement avant que de la coiffer et de la 
parfumer d'une essence dlicatement musque.
	Joan accorda  Loriane la libert de dcider de la lingerie 
ainsi que des vtements qu'elle dsirait porter, puis quand celle-ci 
eut fait son choix, de faon machinale et comme dtache d'elle-
mme, ce fut encore elle qui l'habilla et la chaussa, tout cela sans 
que sa conscience y prit rellement la moindre part.
	Alors, subitement, vint  Loriane le pressentiment que son 
destin allait s'accomplir, l, dans ce chteau moyengeux perdu en 
pleine sierra espagnole o celle qui se faisait appeler Scorpionne, 
l'hritire dernire du redoutable Torquemada, l'avait attire, 
pige peut-tre...
	Mais dans quel dessein? 


Quoniam id cupis, maneo. 

(V) LA PRETRESSE DE SAPHO

	Introduite dans la pice par la superbe Joan, laquelle ne lui 
parlait jamais autrement qu' la troisime personne et qui 
referma en silence la porte capitonne derrire elle, Loriane 
s'avana vers le bureau d'acajou massif ferrures de bronze dor, 
au plateau encombr d'une foule de dossiers pars et de livres. 
Parmi ces derniers, elle vit aussitt le sien, ouvert au cinquime 
chapitre, partie de son ouvrage o elle soutenait que c'tait par 
perversion sexuelle, bien plus que par ncessit d'obtenir des 
aveux, que les inquisiteurs faisaient infliger le supplice de la 
flagellation aux femmes pralablement mises entirement nues 
devant eux et attaches de sorte qu'elles pussent se dbattre dans 
de certaines limites, plutt que de les soumettre  des tortures qui, 
quoique appliques avec art et mthode, taient en gnral trop 
violentes et, mettant la vie des patientes en danger, n'offraient pas 
le mme et tant excitant spectacle aux regards de ceux dont le 
clibat forc engendrait sur l'imagination les plus funestes effets.
	Assise derrire ce bureau, plus suprmement belle que 
jamais, Alecto de Torquemada crivait.
	- Prenez place, Loriane, j'en aurai termin bientt, dit-elle 
sans lever la tte, mais en esquissant un geste d'invite de la main 
gauche.
	Loriane murmura un vague remerciement et s'installa dans 
l'un des fauteuils visiteurs que la comtesse venait de lui dsigner, 
croisa presque machinalement les genoux et ne prta pas de 
vritable attention au fait que, durant qu'elle s'enfonait 
profondment dans le cuir souple et confortable du sige, le tissu 
de sa jupe ample glissait naturellement et dcouvrait plus qu' 
demi ses cuisses, assez en tous cas pour qu'apparussent  son insu 
les pinces de deux des minces jarretelles retenant ses bas 
soigneusement tirs.
	Dans le silence, quasi religieux, que ne troublait qu' peine 
le grincement de la plume en or du stylographe de la chtelaine 
courant avec une dextrit nerveuse sur une feuille de papier 
timbre  ses armes, noircie aux trois quarts par son criture 
anguleuse et trs penche, Loriane laissa errer ses regards sur le 
dcor environnant.
	La pice tait grande, illumine par deux hautes fentres 
aux cantonnires et doubles rideaux de velours vert sombre 
galonn de franges d'or vieilli. Plus de la moiti des murs en tait 
couverte par une immense et riche bibliothque, faite du mme 
bois que le bureau et orne de ferrures identiques, surcharge de 
livres dont beaucoup, trs anciens, montraient des reliures de cuir 
pais  fermoirs et charnires mtalliques absolument splendides. 
Sur la droite de cette bibliothque tait une seconde porte, 
capitonne elle aussi. Comme le sige imposant de la propritaire 
des lieux, le gros pouf trnant au milieu d'un vaste tapis fait de 
peaux de chvres de Chine, les fauteuils dont Loriane occupait 
l'un d'eux et le grand canap, exactement dispos au centre de 
l'espace mnag entre les fentres, taient de cuir brun-rouge. 
Enfin, dans le seul angle libre,  gauche de la premire porte et 
succdant  un long et fort volumineux coffre de palissandre 
sculpt, se trouvait une statue reprsentant une femme en 
grandeur nature, d'bne et nue: belle et plantureuse ngresse aux 
seins ogivaux, les bras levs et tenant entre ses mains ouvertes une 
boule lumineuse clairant malgr la pleine lumire du jour.
	Dtail insolite, toutefois, les poignets de la statue taient 
cercls de bronze dor, et, de ces larges et pais bracelets de mtal, 
pendaient deux courtes chanettes termines chacune par un 
solide mousqueton.
	En vue d'y accrocher quoi... ou qui?
	- Ainsi donc, vous tes venue et vous voil chez moi!
	Le son grave de la voix mit un terme soudain  la curiosit 
de Loriane qui, ramenant vivement les yeux sur la comtesse, 
s'aperut que celle-ci tait en train de fixer ostensiblement le 
regard sur ce que sa jupe laissait entrevoir d'elle-mme sans 
qu'elle y et pris garde.
	Accoutume depuis toujours aux collants, lesquels taient 
entrs en usage peu avant que sa mre lui ft abandonner les 
chaussettes, Loriane n'avait pas encore totalement acquis les 
rflexes de prudence que ncessitait le port des bas dont Pascal lui 
avait appris  se parer. Parfois, comme en cette minute, 
proccupe ou distraite, immobile et ne sentant plus sur elle le jeu 
excitant des jarretelles se tendant et se dtendant, elle oubliait que 
la vue d'une cuisse fminine nue ou gaine d'un collant n'tait en 
rien comparable  celle d'une autre cuisse, mme moins belle, sur 
laquelle se moulait un bas mticuleusement tir et qui ne la 
couvrait qu'en partie...
	Certes! elle se trouvait en prsence d'une autre femme! 
Cependant, ne s'tait-elle pas elle-mme quelque peu trouble, la 
veille au soir, en voyant ainsi demi-nue la jambe de son htesse et, 
plus encore, les fesses dpourvues de sous-vtement intime de 
l'impudique et pauvre Mcia?
	Quant au fait que Joan l'et vue nue et touche, tant pour 
la baigner que la vtir, n'avait aucune espce d'importance; son 
esprit n'avait rien enregistr ni sa mmoire rien retenu de ce 
moment.

	Elle aurait pu, nanmoins, d'un petit geste ngligent, 
empreint d'indiffrence affecte, ramener en bonne place l'ourlet 
de son vtement... et les choses en eussent peut-tre t diffres. 
Mais encore qu'apprciant avec lucidit une attitude qui pouvait 
tre interprte comme une inconvenance tout  fait volontaire, 
autant que le caractre prilleux pour elle de la situation, elle ne le 
fit pas... simplement parce qu'elle n'en prouva brusquement 
aucune espce d'envie, bien au contraire.
	En ralit, c'tait qu'un tout autre dsir, assigeant celui-l, 
l'obsdait et la tourmentait de minute en minute plus vivement 
depuis son rveil, depuis qu'elle avait vu la malheureuse dchue 
nue et enchane comme une bte rtive sous la fentre de sa 
chambre, depuis qu'elle avait acquis, sans le moindre doute 
possible, la certitude qu'elle n'avait en rien rv le terrible 
chtiment de celle-ci, depuis que grandissait en elle cette 
aberrante convoitise des lanires comme exutoire  la frustation 
de ses sens, depuis qu'elle avait admis que son livre avait dnonc 
sa nature cache, mais certainement authentique,  la despotique 
comtesse, depuis qu'elle avait compris que cette dernire, tant 
exceptionnelle de beaut que redoutable de cruaut, dsirait faire 
d'elle son amante et la partenaire de ses pervers divertissements.
	Quel risque courait-elle qu'Alecto de Torquemada prfrt 
faire d'elle une victime plutt qu'une complice?
	C'tait l toute la question.

	La lutte sourde que Loriane menait contre elle-mme 
depuis de nombreuses annes, depuis ce jour de l't de ses seize 
ans, venait une fois de plus de se raviver, mais avec une violence 
telle qu'elle n'avait pas souvenir de l'avoir jamais pareillement 
ressentie.
	Il n'avait fallu, pour que s'en dclencht la reprise, que 
l'infime tincelle produite par le caprice d'une jupe.
	Par-dessus la gne instinctive et la sensation irraisonne de 
pudeur agresse, que lui fit prouver tout d'abord l'insistance du 
regard fminin cherchant  deviner sous le tissu des formes 
autrement plus attrayantes encore, s'imposa  son esprit un 
sentiment de plaisir sournois  se savoir admire et sans aucun 
doute dsire, ft-ce par une autre femme, lequel se nuana 
presque aussitt d'un dbut d'excitation tout  fait charnelle... et 
immanquablement humide.
	Aussi, et pour la premire fois de sa vie, Loriane ne 
s'offusqua pas quand, relevant les yeux et rencontrant les siens, 
qu'elle ne tenta pas de drober en baissant les paupires ou en 
dtournant le regard, la comtesse lui sourit et la flatta  la 
manire dont et pu le faire un homme.
	- Vos jambes sont tout simplement fascinantes, Loriane, et 
c'est un fait que je serai heureuse de pouvoir dsormais attester.. 
pour ce que vous m'en montrez tout au moins! De trs hauts 
talons aiguilles en serviraient plus encore le galbe tonnant, ainsi 
d'ailleurs qu'une bien plus courte jupe, mais  dire l'entire vrit, 
je les trouve au naturel fort excitantes et ne peux que bnir 
l'occasion, fortuite ou non, qui me permet de les apprcier comme 
de vous en faire la sincre louange. Dites-moi, mi cara, les 
dcouvrez-vous souvent de la sorte... aux yeux des beaux 
messieurs?
	L'interrogation tait teinte d'ironie.
	Affectant d'ignorer le propos, comme la question qui lui 
tait pose, Loriane tenta d'amener la conversation sur le sujet 
qui, de fait, mobilisait l'essentiel de son esprit depuis son rveil.
	- Mcia... pourquoi?... Pourquoi? murmura-t-elle d'une 
voix presque inaudible, et en se sentant irrpressiblement rougir.
	Mais elle ne toucha pas  sa jupe.
	Alecto de Torquemada se leva soudain, contourna son 
bureau et vint prendre place dans le fauteuil situ en vis--vis de 
celui occup par Loriane,  trois ou quatre pas de distance. Elle 
tait vtue de faon quivoque,  la fois masculine et fminine, 
d'un complet veston bleu marine  fines rayures blanches. Le 
pantalon, troit, moulait ses hanches minces et tombait sans un 
faux pli sur ses botillons de verni noir aux talons aiguilles 
dmesurment hauts. Sous la veste, extrmement cintre, ferme 
par deux boutons, laquelle la dcolletait profondment en pointe 
et se gonflait de ses seins arrogants, elle ne portait ni corsage ni 
soutien-gorge, mais un corset de chevreau noir et brillant qui lui 
tranglait svrement la taille et lui remontait la poitrine.
	La voyant ainsi, Loriane songea que l'trange surnom de 
Scorpionne lui convenait parfaitement.
	- Il ne me plat point de parler de Mcia pour l'instant, ma 
chre Loriane. Vous avez vu ce que je voulais que vous vissiez et 
cela suffit! rpliqua-t-elle avec scheresse avant de poursuivre en 
usant d'un ton plus doux. Pour en revenir  vous, vous 
conviendrez que ce que vous m'accordez de voir de vos jambes 
puisse me donner le dsir d'une vision moins partielle et,  
combien, je le prsume, plus mouvante! Femme moi-mme, je 
suis de celles et ceux qui soutiennent que les jambes d'une jolie 
fille ne se peuvent juger et admirer vraiment que dans la totalit, 
depuis le pied jusqu' la hanche et, pourquoi ne pas le dire? mieux 
encore dans le contexte d'une nudit intgrale mise en valeur par 
de trs hauts talons, ainsi que je viens de le prciser. N'tes-vous 
pas de cet avis?
	Aprs cette dclaration, qui n'avait certes ni la concision ni 
la simplicit pour qualits dominantes, mais dont la provocation, 
farde de la plus exquise politesse de salon, ne laissait planer que 
peu de doutes quant  la nature des relations qu'Alecto de 
Torquemada voulait voir s'tablir entre elles, Loriane considra 
cette dernire avec bien moins de timidit. Encore que s'abstenant 
toujours de rpondre, comme de trahir la vive confusion de ses 
propres sentiments, elle songea que la comtesse ne manquait 
assurment pas d'aplomb ni d'audace pour s'enhardir  lui parler 
de la sorte et, sans qu'elles se connussent autrement, l'inciter  
s'exhiber nue devant elle, comme a, dans ce bureau et sans plus 
de formes.
	Equilibre effectivement, assouvie sexuellement, stabilise 
par la prsence attentive, l'amoureuse tendresse et l'autorit virile 
d'un amant ou d'un poux, Loriane n'et certainement pas hsit 
 refuser  son htesse, et en dpit des pressantes pulsions de sa 
chair qui la poussaient maintenant, ce que celle-ci avait le front 
d'insinuer aussi froidement. Mais en la circonstance, sans relche 
l'otage de ses sens frustrs, au del de ses scrupules comme de ses 
rticences  envisager concrtement l'exprience des amours 
saphiques, elle se sentit dans la disposition de dfier Satan lui-
mme et, pareillement, de se consentir  toutes les sulfureuses 
dpravations de ce dernier.

	Comme aucune ne baissait les yeux, chacune des deux ne 
cillant qu' peine et cherchant secrtement  jauger la part de 
calcul tapie au fond du cerveau de l'autre, comme Loriane 
s'enttait  ne rien dire ni ne faire aucun geste qui pt renseigner 
la comtesse sur le parti qu'elle se rsoudrait  prendre finalement, 
ce fut celle-ci qui revint  la charge, de manire plus directe 
encore.
	- Vous ne rpondez rien, querida?... Faudrait-il donc que 
nous en restions toutes deux  cette bauche?... Que nous nous en 
tenions  cette frustrante demi-mesure,  cette esquisse de 
provocation gratuite et sans suite aucune,  un non-aveu de nos 
dsirs mutuels?... Je confesse bien volontiers, quant  moi, avoir 
eu l'envie de vous, irrpressible,  la seconde mme o j'ai vu 
votre photo sur la quatri me de couverture de votre livre. Par 
ailleurs, il ne m'a pas t bien difficile de comprendre  la qualit 
de vos phrases, aux choix de vos mots,  l'clairage trs particulier 
que vous avez donn  votre ouvrage, que le sujet veillait en vous 
beaucoup plus que le seul intrt intellectuel de la recherche 
historique... Ne serait-ce que par la frquence avec laquelle vous 
avez employ le mot "fouet" ainsi que le long, trs long 
dveloppement, sur plus de cent cinquante pages, je vous le 
rappelle, que vous avez fait  propos de la flagellation des femmes 
et de ses consquences sur l'esprit et la chair des inquisiteurs 
comme des bourreaux. Plus encore! Pour que vous traitiez si bien, 
avec tant de minutie et de prcision maniaque, les sensations 
prouves par la femme fouette toute nue, je suis arrive  la 
conclusion que vous- mme ne deviez pas tre sans connatre un 
peu des effets, souvent exaltants pour des natures sexuellement 
trs ardentes, que procurent le dshabillage public forc et 
l'application de solides et souples lanires de cuir sur le derrire... 
ou en d'autres endroits bien plus secrtement sensibles. 
Cependant, si ce n'tait pas le cas, si je m'tais sottement 
fourvoye sur votre compte, si contrairement  ce que je pense 
vous n'tiez en rien attire par certaines et cuisantes faons 
d'exciter vos sens, si je donnais au fait de votre jupe trop haut 
releve et de votre visible moi une signification qui ne ft pas la 
bonne, un seul mot de vous ou, davantage, un simple geste, 
corrigerait mon erreur et tout serait dit, achev avant que d'tre 
commenc. Je vous demanderais alors de veiller durant le temps 
de votre sjour chez moi, et en gard  ce que je viens de vous 
dvoiler concernant les sentiments que vous faites natre en moi, 
de ne plus me tenter de la sorte ni d'une autre. Pour le reste, et 
malgr ce que j'ai choisi de vous divulguer cette nuit afin de vous 
prparer  ce que je dsirais vous dire ce tantt, non sans vous 
avoir quelque peu fait droguer au pralable, je l'avoue, je ne vous 
tiendrais videmment nulle rigueur d'un refus. Sachez que je ne 
dispose pour mes plaisirs que de celles qui m'ont t remises par 
qui de droit et selon des circonstances, comme pour des raisons, 
qu'il est prmatur de vous rvler en l'tat, ou qui se sont 
librement donnes  moi en ayant consenti sans rserve  se 
soumettre  ma loi. Aussi, je vous le dis, vous n'auriez  concevoir 
aucune crainte de reprsailles stupides de ma part. Il ne me 
resterait que le regret intense de mon erreur, comme celui de 
n'avoir pas su vous sduire ni vous persuader que, mieux que nul 
autre homme ou femme, je pouvais tre en mesure de vous 
prodiguer un peu plus qu'un amant ou une amante ordinaire...
	Cette fois, Alecto de Torquemada s'tait exprime d'une 
voix que Loriane ne lui avait pas encore entendue, plus chaude, 
bien plus vibrante, trs persuasive... et peut-tre sincre.
	Il tait impossible  celle-ci de se dissimuler, si peu que ce 
ft, et sans outrageusement se mentir, le dsir sournois qu'elle 
avait  prsent de cette femme tellement trange et si 
prodigieusement belle,  la fois exceptionnellement fminine et 
pourtant si subtilement masculine dans son comportement.
	Sans un mot, sans un sourire, sans un battement de cils, 
sans aucun signe qui pt trahir l'effet que produisaient en elle les 
paroles qui venaient d'tre prononces, et davantage leurs sous-
entendus, s'empchant de songer  la cruaut du chtiment inflig 
 la servante au cours de la nuit passe, dont elle avait t 
l'impuissant tmoin, Loriane dcroisa les jambes avec lenteur.
	Les yeux de la comtesse se dtachrent dans la mme 
seconde de l'invisible lien qui les avait relis  ceux de Loriane 
pendant tout le temps de ce long prambule et, comme rpondant 
 une forte attraction, vinrent se fixer aussitit lgrement au- 
dessus des genoux encore joints troitement de la jeune femme.
	Loriane demeura un court instant sans bouger autrement.
	Elle vit l'extraordinaire regard violet, d'une profondeur  la 
fois hermtique et scintillante de diamant, s'embraser tout 
soudain de flammes dvorantes et rutiler de manire fantastique 
dans le visage plissant sous le maquillage d'un insurmontable 
excs de dsir.
	Alors, le souffle retenu, la poitrine oppresse par l'moi 
intense qui l'emplissait  sentir crotre  son bnfice l'impatience 
et la tension de son htesse, autant que par la densit de son 
propre trouble et la singulire fiert qu'elle ressentait  se vaincre, 
faisant glisser les deux mains  plat  l'extrieur de ses cuisses, elle 
repoussa peu  peu le souple tissu vers ses hanches, jusqu' ce que 
sa jupe se trouvat haut plisse contre son ventre.
	Puis elle carta les pieds...

	Le regard d'amthyste parut se solidifier d'un seul coup 
dans un double clat de braises  la rvlation des cuisses 
fminines totalement dcouvertes, pour deux tiers voiles de gris 
ple  reflets de moire et pour un tiers nues, barres par les 
troites jarretelles blanches, puis  celle du petit triangle de la 
culotte neigeuse, comme frange par les poils d'or enflamm de 
pourpre qui, sur les cts, s'en chappaient en boucles soyeuses.
	Loriane savait que, fragile et quasi impalpable, le slip 
qu'elle avait choisi, et contrairement  d'autres sous-vtements 
qu'elle aimait aussi porter, tait de dimensions trop restreintes 
pour qu'il pt enfermer toutes les mches abondantes de sa toison 
intime, laquelle elle ne se dcidait jamais  rduire ni discipliner 
par l'pilation ou le rasoir. Elle aimait cette fourrure cuivre, 
drue, lisse et luisante, qui lui tapissait tout l'entre-cuisses et les plis 
inguinaux, couvrait son pubis et remontait en pointe vers son 
nombril, comme pour dsigner celui-ci.
	Certes, il lui tait arriv de se dcouvrir davantage sur une 
plage, encore qu'elle ne ft plus alle  la mer depuis longtemps, 
mais cela n'tait videmment pas la mme chose. Dj, sa lingerie 
avait une dlicatesse et une transparence que la dcence et 
prohibes lors du choix d'un ensemble de bain, et puis il y avait la 
prsence des bas, des jarretelles... Ensuite, il lui avait fallu relever 
volontairement sa jupe en un moment et un endroit o le geste ne 
pouvait qu'tre inconvenant... Enfin, elle conservait le vtement 
ostensiblement pliss en haut de ses cuisses, montrant entirement 
celles-ci  une femme dont elle se savait dsire, mais qui lui tait 
inconnue ou presque et avec laquelle, en tous cas, elle n'avait 
jamais  ce jour partag la moindre intimit.
	En minuscule deux-pices au bord de l'eau,  plus forte 
raison en string ficelle ou en monokini, ce que Loriane se serait 
refus  oser malgr ses fantasmes, mais que les liberts nouvelles 
commenaient  faire tolrer tant bien que mal sur certaines 
plages de France rputes  la mode, une femme ne pouvait 
qu'tre souponne de coquetterie provocante ou, plus srement 
prive de la sensibilit d'une pudeur sourcilleuse, d'indiffrence 
naturelle ou ostentatoire au jugement des autres. Cette mme 
femme, se promenant sur cette mme plage en n'ayant sur elle 
qu'un soutien-gorge, un slip et un porte-jarretelles de voile 
agrment de dentelle, les jambes gaines de bas, ou retroussant 
sa robe pour se montrer en tte  tte  un tranger jusqu' la 
culotte, pis peut-tre  une trangre, commettait un acte 
d'exhibitionnisme tout  la fois caractris, scandaleux et 
condamnable par les lois de la morale et de la biensance.
	Les temps, comme les moeurs communes au plus grand 
nombre, le voulaient encore ainsi.
	Loriane tait donc consciente que son tat d'impudeur ne 
rsidait pas vraiment dans la demi-nudit de ses cuisses,  peine 
plus dans la rvlation de son entre-jambes voil de nylon fin, 
mais bien plutt dans le fait qu'elle ft en bas et porte-jarretelles 
dans le bureau d'une femme qui ne se donnait aucun mal pour 
masquer si peu que ce ft la convoitise qu'elle lui faisait prouver.
	Avec une perception brusquement accrue de son 
effronterie, il lui vint la tentation de rabattre vivement sa jupe 
afin de se soustraire au voyeurisme de la comtesse.
	Pourtant, comme un instant plus tt, elle n'en fit rien.
	Singulirement, bien qu'elle ft des plus vivaces dans son 
esprit et qu'elle se renforat d'un profond sentiment de 
culpabilit, la honte qu'elle ressentait tait loin maintenant de lui 
tre une preuve suffisante pour vaincre et dissiper l'excitation 
voluptueuse qui se dveloppait peu  peu dans sa chair secrte.
	Le vcu simultan de ces deux pulsions antagonistes, 
cousines de celles dont elle avait l'habitude de l'affrontement, la 
dconcerta cette fois, tant tait grande la force de chacune d'elles. 
Jamais encore, elle voulait s'en persuader tout au moins, elle 
n'avait eu  supporter un conflit intrieur d'une telle violence.
	Dans le silence qui, de nouveau, se prolongeait entre elles et 
pesait de plus en plus, Loriane prouvait intensment le besoin de 
se rajuster en mme temps que l'envie tenace de persister au coeur 
de son indcence, voire de l'accentuer en tant son slip et en 
ouvrant davantage les cuisses... pour en dfaillir peut-tre 
d'humiliation et de plaisir indissolublement mls.
	Le choc interne des deux factions ennemies de son tre 
devint  ce point si virulent que ses pommettes s'en enflammrent 
pour de bon sous ses fards, et que son irrpressible moi se 
cristallisa au niveau exact de l'impact du regard violet sur son 
corps.
	Sa fine culotte en fut tout aussitt imbibe.
	Quelle preuve matrielle sa chair pouvait-elle lui fournir, 
qui attestt de manire plus catgorique la fivre que gnrait en 
elle son impudique comportement?... S'il en avait fallu une autre, 
nanmoins, la soudaine minralisation de ses gros ttins dans les 
bonnets de son soutien-gorge la lui aurait tout aussi formellement 
donne!
	La voix envotante d'Alecto de Torquemada la fit tressaillir 
schement de nouveau; il lui sembla que celle-ci s'tait faite 
beaucoup plus rauque.
	- Eh bien, ma trs chre Loriane, pourquoi ne pas quitter  
prsent ce fauteuil si lointain pour venir l, prs de moi?... 
J'espre, malgr ce qui s'est pass cette nuit, que je ne vous fais 
pas peur?
	Les mots, le ton, le regard ne permettaient plus  Loriane 
de conserver le moindre doute quant  ce qui allait advenir si elle 
se rendait au dsir de la comtesse qui l'appelait, la tentait, la 
subjuguait mme. Cette dernire aurait pu se lever une fois encore 
pour s'approcher d'elle afin de la caresser, de l'embrasser, de la 
circonvenir, puis de la dshabiller, peut-tre... Mais non, 
Scorpionne prfrait que ce ft elle qui vnt et lui accordat, de 
cette manire, une preuve supplmentaire de son consentement  
lui cder, de son obissance, dj.
	Et puisque d'elles deux Alecto tait la dominatrice vraie et 
incontestable, Loriane lui donna implicitement raison de vouloir 
et d'exiger qu'il en ft ainsi.
	Cependant, la comtesse de Torquemada restait dans 
l'erreur sur un point: encore que Loriane luttt farouchement 
pour la matriser, sinon la vaincre, la crainte qu'elle lui faisait 
concevoir tait toujours bien prsente dans son tre.
	En dpit de cela, et mieux encore parce que cette sourde et 
persistante apprhension l'excitait confusment, elle se leva aprs 
une ultime hsitation, laissa retomber de lui-mme le crpe de sa 
jupe et s'avana, non sans un regain de timidit, vers le sige 
occup par sa singulire htesse.
	Alecto carta largement les jambes, et Loriane s'approcha 
davantage dans l'ouverture tentatrice, qui se referma aussitt sur 
elle et la retint captive.
	Tout de suite, la main chaude, la main de femme, qui se 
posa avec douceur derrire son genou droit fit frissonner Loriane 
de la tte aux pieds. Puis les doigts longs et fusels, qui se mirent 
ensuite  gravir sa cuisse, en glissant sur le nylon de son bas, le 
firent avec une telle et tant inattendue circonspection que la gagna 
bientt l'impatience de leur prudence exagre.
	Pourquoi les mains de la superbe Joan ne lui avaient rien 
fait prouver de semblable? Elle comprit que, avant toute chose, 
sublime de beaut autant qu'minente prtresse de Sapho, Alecto 
de Torquemada souhaitait l'apprivoiser afin de mieux et 
pleinement la conqurir pour la convertir aux perverses et suaves 
volupts de l'antique Lesbos.
	Elle regarda la nudit ptrifie de la ngresse d'bne aux 
poignets ferrs de laquelle pendaient les chanes, puis ferma les 
yeux...

	Jamais Loriane n'avait eu l'occasion de connatre de tels 
moments avec une autre femme.
	Alors, d'instinct, elle adora ces fragiles instants faits 
d'indcision rciproque, de dsirs et de craintes, d'lans et de 
sourdes rticences, d'audaces et d'alarmes, de tentatives 
bauches et de refus pudiques, de toutes ces motions dlectables 
qui avaient pour elle le caractre de l'indit et de l'inimitable: 
celles de l'incertitude que l'autre rendait grisante; celles qui 
veillaient et dbusquaient les secrets profonds de sa sensualit 
refoule dont les apptits, croissant et s'aiguisant dangereusement, 
compromettaient  chaque seconde davantage l'influence 
censoriale de sa raison dclinante; celles encore, enfin, qui 
parvenaient  terrasser cette dernire pour qu'elle pt s'offrir et 
se livrer  la prdation caressante de sa premire matresse-
amante.
	Ah! la seconde main qui rejoignait la premire, s'emparait 
de son autre jambe... Son corps tout entier tressaillant...
	Ah! cette lente avance, rflchie, mesure, des doigts qui 
atteignaient sa peau nue... Son moi, tout d'envie et de honte...
	Ah! deviner ceux-ci prts  se retirer prcipitamment  la 
moindre rsistance... Son dsir qui grandissait et son coeur 
palpitant...
	Ah! leur soudaine timidit en parvenant  la lisire de sa 
fine culotte... La conscience de sa jupe releve de nouveau trs 
haut et qui dcouvrait l'arrire de ses cuisses, face  cette porte 
qui pouvait s'ouvrir...
	Ah! leur obstination  vouloir passer outre le si fragile 
rempart de voile qui pousait au plus prs la rondeur de ses 
fesses... Son souffle suspendu et le frmissement de sa chair 
intime...
	Ah! leur bref recul  la recherche, adroite mais fbrile, d'un 
passage plus ais... Tout son tre qui se tendait dans l'espoir de 
leur persvrance...
	Ah! leur glissement sous le mince lastique, vers le bas de 
son ventre crisp... Son plaisir subitement terni par une pointe 
perfide de culpabilit renaissante et l'image drangeante de Mcia 
se dbattant en hurlant sous les morsures brlantes du fouet...
	Ah! leur immobilisation politique... Sa respiration retenue 
et son application  refrner les mouvantes sensations qui 
concouraient  la dsorienter...
	Ah! leur reptation ralentie par les longues mches emmles 
de sa toison luxuriante... Une onde de panique soudaine et 
difficilement contrle  la perspective que, par la porte, 
apparussent les colosses nus venant la chercher pour l'emporter 
vers quelque horrible lieu de supplice...

	Ah! le contact enfin, fugitif tout d'abord, ineffable et divin, 
diluant la peur, effaant les scrupules, gnrateur de la volupt 
frissonnante et irrpressible... Et le jet, de quelques gouttes 
encore, mais prcurseur du torrent  venir...
	Ah! la descente de son slip sur ses cuisses raidies... Cette 
trange sensation dj prouve, voil bien longtemps, de biller 
sur le vide...
	Ah! la main qui s'insrait entre ses fesses moites... Tout son 
corps qui se cambrait...
	Ah! le doigt qui s'arrtait sur la cible la plus petite, la plus 
secrte, inviole par tout autre qu'elle-mme... Son angoisse  
l'ide qu'il pt s'y enfoncer...
	Ah! les phalanges d'autres doigts qui pntraient sa chair 
intime et gluante... Son gmissement sourd et le ruissellement 
abondant qui s'coulait de son tre...
	Ah! la pression tant redoute, l'ongle qui s'incrustait, le 
doigt qui progressait lentement, par-derrire,  la rencontre de 
ceux qui, par-devant, la fouissait dj... Son rle inarticul et ses 
fesses crispes sur la brlure...
	Ah! la pince imprieuse et soudaine sur son bouton 
d'amour, prcise et insistante, et les vibrations rapides du doigts 
perant ses reins... L'clair voluptueux qui zbrait son ventre, 
irradiait de chaleur vive son entre-cuisses, produisait un cho 
jusque dans les pointes de ses seins...
	Ah! la double prdation et la jouissance d'tre femelle...
	Ah! le plaisir pervers d'tre investie par les doigts d'une 
autre femme...
	Ah! cette envie qui lui venait qu'on lui arracht tous ses 
vtements, qu'on la vit toute nue...
	Ah! la convoitise d'autres doigts capturant ses mamelons...
	Ah! cet oppressant dsir de l'enchanement aux poignets de 
la ngresse d'bne, de l'humiliation, du viol, des lanires 
cinglantes et cuisantes, de la honte et de la souffrance gnratrices 
de la volupt aberrante...
	Et puis, dtestables, persistants, intrus immdiatement has 
et horripilants, les heurts secs qui rsonnaient contre la porte...
	Ses paupires brusquement dcloses qui montraient ses 
yeux perdus, gars, ne sachant sur quoi se poser...
	Les doigts qui tout aussitt se retiraient rudement et se 
drobaient...
	Les jambes qui s'cartaient et la libraient...
	Le charme qui tout soudain se brisait, pour longtemps, 
pour toujours, peut-tre...
	La frustration colreuse qui l'envahissait de nouveau... La 
prsence maintenant mortifiante de la petite culotte baisse au bas 
de ses cuisses... La remonte prcipite de la lingerie 
malencontreusement interrompue par la pince d'une jarretelle qui 
s'y opposait vicieusement, et l'affolement qui la gagnait et faisait 
trembler ses mains rendues d'un coup malhabiles... La terreur du 
fantasme qui se concrtisait, devenait ralit... Les tiraillements 
dsesprs et les trmoussements ridicules dans la hantise d'tre 
surprise en une attitude aussi humiliante... Et la jupe qui 
retombait, enfin...
	La porte qui s'ouvrait... Une bouffe de honte rtrospective 
qui montait incendier ses joues...
	Son coeur qui battait  tout rompre...

	Son regard charg de rancune vers Joan qui entrait, qui 
tenait devant elle, presque  bout de bras en raison de l'ampleur 
de sa poitrine, un plateau d'argent alourdi d'un seau  glace 
contenant une bouteille de champagne et de deux fltes de cristal, 
qui s'avanait de son pas saccadant de grande poupe mcanique, 
qui souriait trangement...

	La certitude que la belle domestique avait devin, qu'elle 
avait compris, qu'elle savait...

	Et le rire cristallin d'Alecto. 


(VI) SCORPIONNE

	Loriane avait regagn son fauteuil, les joues en feu, mais en 
faisant attention  ce que, cette fois, sa jupe demeurt sagement 
en place.
	Joan dboucha la bouteille de champagne sans presque de 
bruit, remplit les deux fltes en silence, en tendit une  la 
comtesse, la seconde  Loriane, puis se retira comme elle tait 
venue,  petits pas sonores, les hanches schement balances et les 
fesses roulantes sous les plis amples de la jupette mouvante, sans 
avoir prononc un seul mot.
	Loriane ne put s'empcher de suivre la jeune femme des 
yeux et d'admirer la perfection de ses jambes et de ses cuisses  
l'arrire desquelles, d'une rectitude sans dfaut, montaient les 
coutures de ses bas impeccablement tirs.
	Il tait vident que la comtesse aimait spcialement les 
femmes dotes d'une poitrine outrageusement dveloppe, mais 
ayant aussi des jambes parfaites, et qu'elle exigeait que celles-ci 
les missent constamment en valeur, tout autant, du reste, que 
l'ensemble de leur silhouette.
	Quand elles furent seules de nouveau, chacune tenant son 
verre  la main, Alecto de Torquemada considra songeusement 
Loriane le temps d'un court instant, puis elle parut se dcider 
brusquement.
	- Aimeriez-vous savoir ce qu'tait la belle Joan avant que de 
devenir l'une de mes... disons, l'une de mes domestiques?... Encore 
que ce terme ne traduise qu'assez mal l'exacte ralit, puisqu'elle 
me sert par plaisir et sans recevoir de moi d'autres gages, hors 
bien sr le gte et la nourriture et les vtements, que les cingles 
des lanires que je ne manque pas de lui faire administrer une fois 
la semaine au moins par Pedro ou Juan et, lorsqu'il m'en vient 
parfois le caprice, mes douces ou griffantes caresses, mes suaves 
ou mordants baisers.
	- Oui, s'il vous plat de me le dire, acquiesa Loriane dans 
un murmure.
	- Eh bien, Joan, qui rpond dsormais  ce seul prnom que 
je lui ai donn, ainsi que je le fais pour toutes celles qui vivent avec 
moi, dont je tairai le nom parce	qu'il n'a plus ici la moindre 
importance et n'est jamais prononc, tait la jeune pouse d'un 
grand chirurgien cardiologue de Londres qui, ayant largement 
plus de deux fois son ge, la couvrait de bijoux, de fourrures, des 
toilettes les plus chics et les plus coteuses, lui offrait chaque 
anne une nouvelle voiture luxueuse, de superbes 	chevaux, lui 
faisait frquenter la meilleure socit, l'avait rendue matresse 
d'un 	ravissant et vaste cottage entour d'un parc en tous points 
admirable o l'on pouvait voir des daims, des chevreuils, des cerfs 
et des biches s'y battre en semi-libert, la faisait servir par les 
gens de maison les plus styls qui se pussent trouver en 
Angleterre, mais n'en restait pas moins incapable, dans le mme 
temps, de faire son	bonheur. Pourquoi selon vous?...
	- A cause de son ge? risqua timidement Loriane.
	- Non, pas vraiment en raison de cette proche vieillesse qui 
le menaait, mais 	plus srement parce que l'ardente Joan tait la 
proie de pulsions sexuelles violentes et despotiques qui la faisaient 
convoiter le viol et l'humiliation, la soumission et la souffrance, 
plus qu'aucune manifestation de respect, les effets d'aucune 
tendresse. Aussi, et afin d'apaiser quelque peu les imprieuses 
exigences de ses sens qui la tourmentaient sans cesse ni rpit, mais 
qu'elle ne pouvait confesser  son poux qui ne les etpas 
comprises ni admises, et l'et peut-tre tout bonnement fait 
enfermer dans un hpital psychitrique, allait-elle rgulirement, 
et en grand secret, chez l'une de ces femmes qui font profession de 
dominer les autres, moyennant bien sr de confortables 
honoraires. L, une ou deux fois par mois,  trois ou quatre cents 
livres la sance, Joan se laissait enchaner toute nue, mais 
masque, devant une glace sans tain, derrire laquelle des 
spectateurs payaient eux aussi pour la voir, puis se faisait fouetter, 
puis humilier, puis tourmenter les seins, la vulve et l'anus par des 
pinces et des aiguilles, d'normes mandrins de bois ou de 
caoutchouc dur, puis fouetter de nouveau, et puis encore, et 
encore, jusqu' ce qu'elle parvnt enfin  l'ultime spasme de 
jouissance qui lui faisait perdre conscience... Le hasard, qui 
souvent fait si bien les choses, aura voulu que nous nous 
rencontrions, elle et moi, lors d'un cocktail auquel je m'tais vue 
inviter pendant l'un de mes sjours  Londres. Le lendemain 
aprs-midi, elle s'est prsente devant la grille de ma demeure 
londonienne, comme vous sous une pluie battante, et a demand  
me voir. Je lui ai fait rpondre qu'on ne lui ouvrirait que si elle 
tait tous ses vtements. D'une fentre, je l'ai vue se dshabiller 
dans la rue et attendre, nue et ruisselante, grelottante de froid, 
moque et insulte par quelques passants, qu'on veuille bien lui 
permettre d'entrer. C'tait il y a cinq ans, environ. Quand je me 
suis trouve dans la proximit de quitter la brumeuse Albion, que 
d'aucuns prtendent perfide, Joan a voulu venir avec moi sans 
rien emporter de ce qui lui avait appartenu, pas mme une petite 
culotte. Nue sous un cir noir que je lui avais achet la veille avec 
une paire d'escarpins, elle m'a accompagne servilement. Le mois 
de janvier tait glacial; le cir ne lui venait pas  mi-cuisses et les 
talons des chaussures mesuraient seize centimtres. Je l'ai 
conduite alors dans une cole prive trs spciale d'Ecosse o, 
durant toute une anne, on lui a enseign  se tenir et marcher 
convenablement, ainsi que les multiples connaissances qu'une  
parfaite esclave doit avoir pour accomplir son service  la 
perfection. A l'issue de cette formation, on la renvoye avec pour 
seuls biens le cir et les escarpins, et pour unique viatique 
l'adresse o,  Milan, il lui tait possible de me trouver,  charge 
pour elle de se dbrouiller afin de me rejoindre par ses propres 
moyens dans un dlai de trois mois. Je me fais un principe 
d'imposer ces preuves  toutes celles qui, de leur plein gr, 
aspirent  vivre auprs de moi. Aujourd'hui divorce, Joan a 
dfinitivement rompu avec le monde qui tait le sien. Elle vit 
toujours en ma compagnie, partout ou je suis, et se dit heureuse 
comme elle ne l'a jamais t de toute son existence passe.
	Loriane aurait bien voulu poser une question  propos de la 
poitrine de Joan, aussi exagrment et trangement opulente que 
celle de Mcia, mais elle ne le fit pas.
	- Pourquoi me faire confidence de cela? demanda-t-elle plus 
simplement.
	- N'aviez-vous pas quelques soucis  propos du sort futur de 
Mcia?
	- Sans doute! Mais...
	- L'histoire de Joan, hors certains dtails, est galement 
celle de Mcia...  cette diffrence prs, toutefois, que Mcia est 
aussi ma cousine.
	- O voulez-vous en venir?
	- Avant que nous buvions, et que je vous dise la raison de ce 
champagne, je tiens, moi, une femme comme vous et pourtant tout 
autre,  vous faire savoir que je vous considre comme la plus 
belle et la plus troublante de toutes celles qu'il m'ait t donn de 
connatre jusqu'ici. Je veux que vous sachiez que je vous devine 
galement toute pleine de dsirs qu'il me serait, en ce chteau ou 
ailleurs, possible de combler, parce que, bien au del de l'unique 
relation charnelle que deux tres peuvent avoir ensemble, je crois 
vraiment que vous possdez,  l'exemple de Joan, une nature 
complmentaire de la mienne. Je vous dsire, c'est la vrit et je 
vous l'ai avoue, mais mon dsir de vous n'est peut-tre pas 
exactement tel que vous le supposez. Je n'ai jamais confess  
aucune de celles que j'ai prises pour amantes pendant un moment 
les apptits que j'avais d'elles;  vous, je ne veux rien dissimuler: 
je vous aime, ma belle Loriane, je vous aime d'amour, vous 
m'entendez?... Cependant, ne vous y trompez pas surtout. Ce que 
je veux obtenir de vous va autrement plus loin que la simple 
jouissance de nos deux corps nus et mls! Je vous veux docile, 
soumise  mes volonts,  mes caprices,  mes dsirs subits de vous 
faire souffrir et pleurer afin de mieux jouir ensuite d'avoir  vous 
consoler... Je vous offre, toute d'oisivet et de luxe, la vie dore 
d'une favorite: matresse aux regards de tous ceux et celles qui 
m'approchent, mais esclave aux miens. Vous tes superbe, querida 
mia, en mesure d'avoir tous les hommes courbs  vos pieds, mais 
c'est aux miens que je vous veux couche, plus resplendissante 
encore. Je ne suis pas, en quelque chose que ce soit, de celles qui 
soupirent, plissent, gmissent et qumandent, mais de celles qui 
ordonnent, qui exigent. Me comprenez-vous bien et saisissez-vous 
les implications de ce que je vous propose?
	Loriane tait maintenant la proie d'un trouble intense.
	Tout allait vite, trop vite! Se pouvait-il, rellement, que la 
troublante comtesse l'et  ce point perce  jour? Etait-il 
concevable que celle-ci et souponn en elle,  n'avoir lu que son 
livre, ainsi qu'elle le lui avait dit un moment plus tt, ces pulsions 
confuses dont, dans la honte et la peur que pourraient lui faire 
prouver la reconnaissance de leur ralit perverse et, davantage, 
la perspective des pratiques mortifiantes ncessaires  leur 
satisfaction, elle s'tait jusqu'alors refus  elle-mme l'aveu?
	Mais comme tait vive cependant la tentation, et combien 
plus puissante en elle que l'ambition de conqurir une place parmi 
les historiens reconnus!
	Quel intrt vritable offrirait une quelconque russite 
professionnelle, quel bonheur vrai lui apporterait une popularit, 
qui ne serait jamais que relative au sein d'une minorit 
intellectuelle, si, par ailleurs, elle devait dfinitivement 
abandonner tout espoir de jouir un jour de ces volupts dont elle 
se sentait de plus en plus affame et, par le fait mme, gcher ainsi 
sa jeunesse, sa beaut et mme sa vie, allant vieillissant et 
s'aigrissant  force de refoulements?
	L'assouvissement par la perversion masochiste valait 
mieux, au fond, qu'une hypocrite apparence de prtendue 
normalit dans la frustration.
	En lui promettant les liens et la fesse sur un ton de fausse 
plaisanterie, Pascal lui avait laiss entrevoir, d'abord dans les 
seules limites de leur couple, les prmices de fantaisies rotiques 
simplement un peu pimentes. Mais elle avait devin aisment, 
quoique son amant ne ft pas pass  l'acte, que ce dernier, tout 
comme elle, dsirait en vrit beaucoup plus et en viendrait 
immanquablement  se lasser d'aussi simples jeux et que, par 
degrs, de provocations en dfis, d'exacerbations en surenchres, 
de vexations prives en humiliations publiques, de claques de plus 
en plus cuisantes en coups de lanires de plus en plus brlants, les 
intervenants s'ajoutant et s'additionnant, au commencement avec 
son assentiment puis bientt au del de sa volont dont il ne serait 
plus tenu compte, elle en viendrait, par la contrainte et la douleur 
imposes,  savourer les jouissances les plus pres et les plus 
exaltantes. Mais le complice potentiel de ses dsirs secrets n'tait 
plus de ce monde.
	Devait-elle avouer  Alecto la tentation qu'elle avait eu, elle 
aussi, de recourir comme Joan  une professionnelle, et ce moins 
d'un mois plus tt?
	- Je comprends parfaitement, rpondit-elle en s'appliquant 
 dominer le lger tremblement de sa main qui mettait en pril le 
contenu de son verre.
	La comtesse hocha la tte.
	- Dans ce cas, dit-elle alors, je vous laisse ce double choix, 
mais  faire tout de suite et de manire irrvocable. Ou bien vous 
ne voyez rien dans l'existence que je vous offre qui puisse vous 
combler de ce bonheur que je vous souponne de quter, et dans 
ce cas nous buvons  notre brve rencontre et  notre proche 
sparation, vous refaites vos bagages et vous quittez ce chteau au 
plus vite avec un ddommagement pcuniaire suffisant pour vous 
faire oublier, peut-tre, le dsagrment de votre inutile voyage; ou 
bien vous tes prte  vous consentir moralement et physiquement 
en me reconnaissant pour votre matresse, sachant bien par 
avance que j'exigerai de vous tout ce qui peut tre obtenu d'une 
femme, tant en vous chrissant et vous aimant sans limite qu'en 
vous humiliant et vous infligeant la souffrance, avec la plus 
rigoureuse svrit, si vous venez  me dsobir ou simplement  
me dplaire. Si vous tes  cela rsolue, je vous convie  boire avec 
moi au commencement de votre vie nouvelle  mes cts, puis  
me donner acte de votre acceptation en excutant mon tout 
premier ordre,  savoir: relever votre jupe comme tout  l'heure 
afin de pouvoir chevaucher de vos cuisses largement ouvertes les 
accoudoirs du fauteuil sur lequel vous vous trouvez de nouveau 
assise.
	Loriane eut un mouvement instinctif pour se lever, reposer 
son verre et refuser cet engagement formel, ce don absolu d'elle-
mme, que rclamait froidement Alecto de Torquemada en lui 
offrant comme seule perspective d'avenir l'existence d'une 
virtuelle esclave sexuelle.
	Puis elle se ravisa et regarda fixement la fire comtesse. 
N'tait-ce pas uniquement la formulation de la proposition de 
celle-ci qui la heurtait, et non le fond?
	- Feriez-vous une telle offre  n'importe quelle autre femme 
et sans plus la connatre que vous ne me connaissez?... Sinon, 
pourquoi l'oser avec moi? questionna-t-elle  voix basse et en 
haletant un peu.
	- Je l'ai faite  plusieurs avant vous, Loriane, ne vous l'ai-je 
pas dit  l'instant?... Certaines ont consenti, telles Mcia et Joan, 
par exemple,  ne me servir que comme des domestiques; d'autres 
ont refus, bien sr, mais qu'importe! Je n'aurais rien pu faire 
d'lles de toutes manires, sans doute pas mme de ces Yeguas 
imparfaites dont nul, ni en Amrique du Sud, o la mode des 
femmes-cavales est pourtant fort rpandue parmi les riches 
hacendados depuis de trs nombreuses annes, ni nulle part 
ailleurs, n'aurait voulu. Mais beaucoup de celles qui ont accept, 
sans que je donne jamais  aucune la place que je vous rserve 
aujourd'hui prs de moi, et pour aussi longtemps que vous 
convoiterez de l'occuper et vous en montrerez digne, sont 
dsormais combles de plaisirs dans une vie qui leur plat et 
qu'elles n'changeraient pas contre celle de la plus admire et 
nantie des princesses. Quant au reste, je vous crois, plus que 
toutes celles-ci encore, d'une nature capable d'aimer  outrance 
tout ce que l'on veut bien rputer, dans les socits modernes 
occidentales, dtestable  la plupart des femmes.
	- Vous affirmez m'aimer, mais vous ne voulez faire de moi 
qu'un objet de servitude sexuelle et de dpravation, rien de plus,  
ce qu'il me semble! rtorqua amrement Loriane.
	- Rien de plus?... Vous vous trompez, mi querida!... Et puis 
quand bien mme, si cela est dans vos voeux secrets?... Mais en 
fait, c'est en les traitant de la sorte, en dissociant en elle la femelle 
de la personne sociale programme par toute une ducation de 
principes et d'interdits, de prtentions vaines et de fausses valeurs, 
que l'on permet  certaines natures d'accder aux plus enivrantes 
volupts. Voyez, dans les harems, tant en Afrique qu'en Arabie ou 
aux Indes, les femmes de toutes races et de toutes provenances qui 
s'y trouvent de nos jours encore n'ont aucune existence sociale; 
elles n'ont aucun droit et la loi de l'tat les ignore; elles ne 
connaissent rien d'autre que l'obissance et la soumission au 
matre qui les a achetes... et cependant elles sont heureuses, bien 
que frquemment battues!
	- Je ne suis ni une ngresse, ni une Arabe ni une Indienne, 
objecta faiblement Loriane.
	- Seulement parce que le hasard, qui prside  l'ordre de 
toute chose, ainsi que je le disais autrement voil quelques minutes 
et au risque de me rpter, vous a fait venir au monde sous 
d'autres cieux, produit humain engendr par d'autres gnes, tout 
comme moi et des millions de nos semblables, d'ailleurs!... Votre 
nom tant glorieux et tant ancien, que vous perdrez si vous 
demeurez avec moi, votre ascendance noble, votre sens moral, vos 
conceptions concernant la finalit de la vie, vos critres dfinissant 
le bien et le mal, votre dieu immanent mme, sans la moindre 
valeur dans la plupart des ethnies et socits autres que les ntres, 
ne sont rien de plus que des artifices en regard de la ralit 
profondment animale qui est la vtre. Quelle diffrence, dites-
moi, entre une altire aristocrate imbue de son rang et la plus 
humble des manantes lorsque, nues toutes deux, les cuisses 
ouvertes, elles rlent, crient, pleurent et se lamentent sous les lans 
d'un mle qui les viole ou les fouette?... Non! la diffrence n'est 
pas l. On ne la trouve ni dans la race ni dans le sexe, mais dans 
l'opposition ou la complmentarit, parfois, qui existe entre ceux 
qui sont faits pour dominer et ceux qui sont crs pour se 
soumettre, voil tout!
	Loriane songea  Nietzsche,  la volont de puissance,  
toutes les lectures errones ou tendancieuses du philosophe gnial 
et fou, admirateur inconditionnel des penseurs grecs 
prsocratiques.
	Comme les nazis, Alecto de Torquemada, sous le couvert de 
ses fivres sexuelles, commettait consciemment l'erreur qui menait 
au tragique.
	Mais de l'autodaf prn par son anctre au crmatoire de 
Hitler, il n'tait que l'volution des techniques!
	Cela, simplement, suffisait  attester que sa filiation n'tait 
en rien usurpe.
	Et puis tant mieux!... Sacher Masoch ne fermait-il pas la 
boucle ouverte par Alphonse Franois de Sade?... Si elle-mme 
tenait du premier, Alecto procdait du second.
	- Vous me mprisez, n'est-ce-pas? dit-elle.
	- C'est faux, je vous aime!... Qu'importe encore, si par mon 
mpris je vous comble!
	Loriane hsita durant quelques ultimes secondes, vivant le 
tout dernier combat que se livraient en elle le dsir et la crainte, le 
vouloir et le refus, ses sens et sa raison. Elle se revit au bord de la 
jeune Vienne, attache  la branche basse de l'arbre auquel elle 
n'avait pu grimper, nue entirement et pour la premire fois de sa 
vie humilie, cabre de honte, rvolte de douleur, et finalement 
heureuse... heureuse d'un indigne bonheur des sens, et exhala un 
long soupir plaintif.
	N'avait-elle pas toujours su, dans la plus profonde vrit 
d'elle-mme, qu'un jour ou l'autre elle reviendrait l?
	Pascal aurait pu l'y ramener, mais Pascal tait mort.

	- Buvons! dit-elle soudain, les pommettes rosissantes. Alecto 
de Torquemada la considra d'un oeil acr.
	- Buvons! dit-elle  son tour.
	Loriane vida d'un trait le contenu de sa flte, la reposa vide 
sur le plateau, et commena  retrousser sa jupe avec lenteur tout 
en fixant la comtesse d'un regard fivreux.
	Puis, fermant les yeux, les joues enflammes pour de bon, 
elle leva les jambes, ouvrit trs largement les genoux et fit reposer 
chacune de ses cuisses sur l'un des accoudoirs du fauteuil. Jamais 
Loriane ne se serait cru capable de perptrer un pareil geste 
d'impudeur devant quiconque, et moins encore une femme. Les 
cuisses ainsi outrageusement ouvertes, elle sentait son slip lui 
pntrer dans la raie des fesses, s'incruster dans sa vulve et faire 
bouder de part et d'autre les lvres humides et paisses de son sexe 
environn de poils soyeux.

	Elle perut un bruit lger, devina que la comtesse se levait 
souplement de son sige et, aux bruits secs de ses talons, que celle-
ci venait prs d'elle. Le froid contact du mtal effleurant la face 
interne de ses cuisses, glissant sur son ventre la fit tressaillir, mais 
elle se refusa  ouvrir les paupires. Les lames de ciseaux 
crissrent en coupant le voile de son slip  hauteur de son pubis, 
puis le nylon doubl de l'entrejambes s'affaissa et lui dnuda le 
sexe.

	Elle attendait qu'Alecto la caresst, la fit sienne, l, tout de 
suite. Mais cette dernire se contentait de la contempler dans son 
impudeur, d'un regard braqu sur sa vulve billante, ouverte 
comme un beau fruit splendide mais trop mr qui et clat, 
montrant sa pulpe rose sombre, corailine, et exsudant son jus 
entre deux nymphes dlicates, bien charnues, molles et 
tourmentes, auroles de flammches d'or cuivr.

	Quelle honte! mais quel plaisir aussi, que celui de s'offrir de 
la sorte et pour la premire fois volontairement!

	Elle s'imagina confusment avec des liens enserrant ses 
jambes, ses chevilles, et la contraignant  demeurer dans cette 
posture scandaleuse... songeant irrpressiblement  Mcia et ne 
sachant dcider si elle eut prfr ou non tre attache.

	D'une certaine manire, les liens eussent t quelque peu 
dculpabilisants.
	Sans prononcer un mot ni lui demander d'ouvrir les yeux, 
Alecto de Torquemada trancha ses quatre jarretelles, saisit de la 
main gauche le premier bouton de son corsage sans manches et, 
d'un geste non moins rsolu, en coupa les fils. Ce fut ensuite le 
tour du second bouton, puis de tous les suivants, qu'elle entendit 
choir les uns aprs les autres sur le plancher et jusqu' ce que, 
sorti de sa jupe, ouvert dans sa totalit, le corsage retombt de 
chaque ct de ses flancs. Alors les lames couprent les fines 
bretelles de son soutien-gorge, puis la bride unissant les deux 
bonnets de dentelle...

	Elle se renversa en arrire, contre le dossier trs inclin du 
fauteuil, et, dnuds, ses deux gros seins un peu lourds, en forme 
de coings, s'cartrent dlicieusement. La nuque appuye sur le 
cuir souple, sa chevelure encadrant son visage, les narines 
frmissantes, les yeux toujours clos mais entrouvrant les lvres, les 
mains et les bras de part et d'autre de son corps, inutiles, elle 
songea  sa lingerie et  son chemisier saccags, perdus, et au 
plaisir que lui avait procur et lui procurait encore cette manire 
perverse de se voir  demi dpouille.
	De nouveau, la comtesse la regardait sans la toucher. Elle 
avait envie que celle-ci s'empart de ses seins, lesquels elle sentait 
bouger avec douceur  chaque pulsation de son torse, pour les 
ptrir, en triturer les pointes riges et durcies par le dsir qui 
l'emplissait, qu'elle enfont un doigt dans sa vulve et qu'elle 
mordt sa bouche. Mais sans la voir, elle avait la conviction 
profonde qu'Alecto souhaitait faire crotre son sentiment de 
pudeur offense aussi bien qu'exasprer son impatience tant 
crbrale que physique.

	Loriane avait honte de se laisser traiter de la sorte, de 
s'exhiber passivement, de ressentir en elle les pulsions de son dsir 
animal, et mme  prsent de trahir tous les principes auxquels 
elle avait jusque-l obi. Mais bien qu'elle s'en voult de cder 
avec tant de docilit  la volont de cette femme quasi inconnue, 
elle ne demeurait pas moins dans l'incapacit de se soustraire  
l'emprise que la comtesse exerait sur elle.
	- Relve la tte, ouvre les yeux, regarde-moi et caresse-toi 
intimement! exigea Alecto de Torquemada en la tutoyant 
brusquement.
	Cdant d'instinct au ton imprieux, Loriane commena par 
obir machinalement. Puis, avanant dj sa main droite vers son 
ventre, d'un coup, elle interrompit son mouvement. Jamais elle ne 
s'tait ainsi caresse devant quiconque, pas mme devant Pascal, 
et, l'image concrte de ce que la comtesse exigeait de lui voir 
accomplir imprgnant soudain sa conscience, elle ne put se 
rsoudre  la satisfaire sans se voir plus avant contrainte.
	- Je t'ai ordonn de te caresser! insista Alecto d'un ton 
cinglant.
	Personne n'avait jamais parl de cette faon  Loriane, au 
moins depuis qu'elle tait parvenue  l'ge de femme. Venant en 
sus de ses pudiques rticences, moribondes mais non totalement 
terrasses, la blessure inflige  son orgueil la fit se cabrer. Son 
caractre altier retrouvant pour un instant toute sa force, elle fixa 
la comtesse d'un regard allum d'une vive lueur de dfi.
	Alecto de Torquemada leva le bras et, calmement, la gifla  
toute vole.
	Loriane avait vu venir le coup, mais n'avait rien tent pour 
s'en protger ou l'esquiver. Elle serra farouchement les mchoires 
pour ne pas crier, ne baissa pas la tte et, les larmes mouillant le 
bord de ses paupires, continua de provoquer la dominatrice 
chtelaine de son regard  l'anglique un peu trouble.
	Le comportement de la comtesse s'inscrivait dans la pleine 
logique des choses.
	Aprs la main droite, la gauche claqua durement sur l'autre 
joue de Loriane pour l'enflammer non moins vivement.
	Posment, marquant un arrt entre chaque soufflet qui lui 
jetait la tte d'un ct et de l'autre, Alecto de Torquemada 
continua  la gifler jusqu' ce que, vaincue par la douleur, 
dompte, rprimant ses plaintes mais le visage cramoisi, ruisselant 
de ses pleurs silencieuses, elle cdt finalement  la volont qui 
s'imposait brutalement  la sienne et l'amenait  merci.
	Sous ses doigts tremblants, Loriane rencontra la crte de 
chair tumescente et tressaillit de sa propre caresse. Sans quitter 
des yeux celle qui l'humiliait pour achever sa conqute, et qu'elle 
voyait dresse devant elle  travers le voile mouvant de ses larmes 
de colre, de dpit et de honte, mais en mme temps de plaisir 
pre et pervers, elle sentit le dsir crotre dans les profondeurs de 
son tre, se transformer peu  peu, devenir insidieuse volupt...
	Loriane savait son sexe par coeur, tant et tant de fois 
regard dans une glace, avec une fente largie montrant ses replis 
roses et luisants, l'entre toute ronde de son vagin cerne de 
coussinets de chair rouge qu'il tait follement doux de caresser, 
son clitoris dard, saillant, pais bourgeon dur et carlate dont 
chaque attouchement produisait en elle une manire de dcharge 
lectrique qui la faisait frissonner jusqu'aux extrmits.
	Elle prouvait une singulire sensation  se montrer ainsi, 
dans une posture qui l'ouvrait autant qu'elle pouvait l'tre, qui la 
rvlait dans les moindres dtails de ses orifices intimes, faite de 
gne extrme et d'exaltation fivreuse. Elle sentait natre en elle le 
dsir d'une sorte de soumission morbide telle qu'elle n'en avait 
jamais envers quiconque ressentie, et qui lui faisait convoiter 
l'aberrant bonheur de l'esclavage.
	Elle tait persuade de son habilet  se caresser.
	Ce ne fut pas l'opinion de la comtesse.
	- Tu t'y prends mal!... Tu te touches comme une gamine, 
sans originalit et pour toi seule, sans chercher  m'exciter,  
provoquer mon dsir de te possder!... Cela aussi, il te faudra 
l'apprendre, et, comme  Joan, Mcia et les autres, un sjour en 
Ecosse te fera le plus grand bien! dcrta Alecto d'un ton 
empreint de ddain.
	Loriane la vit alors glisser les mains sous les basques de sa 
veste cintre,  hauteur de la taille, dgrafer son pantalon et puis 
le baisser lentement sur ses longues cuisses barres par les 
jarretelles minces du corset de chevreau et gaines de bas noirs 
opaques.
	La comtesse ne portait pas de slip...
	Et Loriane ne put s'empcher d'carquiller les yeux tout en 
laissant chapper une sourde exclamation de stupfaction.

	Alecto de Torquemada n'tait pas vraiment ou pas 
seulement une femme!
	C'tait un gynandromorphe, un spcimen rarissime de 
pseudo-hermaphrodite.
	Au sommet de sa vulve que ne parait aucune toison,  la 
place du clitoris, dress, tendu et turgescent, un pnis se dardait et 
pointait vers Loriane abasourdie son gland congestionn, carlate 
et obscne.
	Certes, ce n'tait pas la mentule longue et trapue d'un mle 
pourvu d'un gnreux attribut; mais la verge n'en possdait pas 
moins des proportions qui eussent pu tre celles d'un phallus 
adolescent ou, plus exactement, par la forme et la couleur, celui 
d'un chien de trs grande taille. Internes ou inexistants, les 
testicules n'taient pas visibles.
	Son arme virile rvle, plante dans sa vulve bante et 
agressivement rige, muette, mais les lvres tires en un sourire 
d'une cruaut glace, dans laquelle Loriane eut pu dceler une 
trace d'amertume si elle n'avait t sous le coup de l'intense 
motion qui la paralysait, la comtesse la prit rudement par les 
cheveux,  pleines mains, pour lui amener la tte vers son ventre, 
l'obliger  se ployer en deux dans une posture rendue pnible par 
l'cartement de ses cuisses et ses genoux hausss, puis prsenta le 
membre inconvenant  sa bouche.
	- Suce-moi et fais-moi jouir! commanda-t-elle.
	Loriane eut un frmissement de rpulsion, puis un 
mouvement de refus instinctif en percevant l'odeur poivre qui s' 
exhalait tout  la fois de la vulve billante et du phallus contraire 
 la nature. Mais les doigts d'Alecto de Torquemada, crochets 
dans les mches drues de sa chevelure, interdisaient toute retraite. 
La tige de chair rubescente et rigide, brlante, vint frapper ses 
lvres pour les forcer  s'ouvrir... et s'enfona brutalement.
	La bouche de Loriane occupe, la comtesse entreprit alors 
de la fouiller avec vigueur, sans chercher les caresses suaves que 
les lvres de velours auraient pu lui donner, mais en se poussant 
vers le fond de la gorge pour le heurter de son gland pointu sans 
aucune douceur.
	Jamais Loriane n'aurait imagin, non plus, qu'un tre de 
cette nature, un jour, pourrait lui imposer une semblable et 
dplaisante fellation. Presque misrablement, l'esprit en droute, 
elle subissait les va-et-vient du membre qui se ruait 
impitoyablement dans sa bouche, repoussait vigoureusement sa 
langue, frappait sa gorge, faisait natre en elle des spasmes 
nauseux, et lui arrachait des rles sourds de douleur entrecoups 
de hoquets.
	Bientt, pourtant, et heureusement, quelques contractions 
du pnis aberrant lui annoncrent le paroxysme en mme temps 
que la fin proche de son preuve.
	Violente, chaude, paisse, d'une rpugnante onctuosit bien 
que peu fournie, mais prouvant l'existence incontestable et active 
des testicules, l'ruption spermatique vint la frapper et l'emplir.
	Alecto de Torquemada, jacula en silence, libra enfin la 
chevelure de Loriane.
	Quoique coeure par le sperme gluant de cette crature, 
dont elle ne savait dcider si elle tait plus femelle que mle ou 
inversement, touffant  demi, Loriane ne fit rien pour reculer la 
tte ou rejeter le membre; elle le conserva dans sa bouche jusqu' 
ce qu'il se ft tari et qu'il se retirt de lui-mme, mais sans rien 
perdre encore de sa rigidit.
	- Tu es toute raidie de rpulsion, tu ne sais rien des mois 
que tu pourrais tre en mesure de me procurer, tu n'es capable 
d'aucune initiative, tu ne mritais pas le don que je viens de te 
faire. Mais, au del de tes petits accs d'orgueil, de tes concepts 
ridicules et surans de la normalit, tu n'es qu'une femme facile, 
laissa tomber la comtesse avec un froid mpris, tout en remontant 
son pantalon et se rajustant. Il n'importe, cependant! Tu n'en es 
pas moins belle et je ne t'en aime pas moins. Je ferai en sorte que 
tu apprennes  m'aimer et me servir dans mes dsirs comme je 
veux l'tre. En retour, tu connatras des jouissances telles que tu 
ne peux pas mme te les figurer.
	- Je... je ne m'attendais pas ...  ce que...  ce que... bgaya 
Loriane.
	- A ce que je sois le produit monstrueux d'un accident 
gntique? acheva Alecto de Torquemada avec un rire lugubre.
	- Non... non, ce n'est pas ce que je voulais dire, murmura 
d'une voix sourde Loriane tout en rougissant.
	- Vraiment?... Veux-tu que je t'attache  la ngresse et que 
je te cingle les seins avec une bonne cravache jusqu' ce que tu 
avoues la vrit?... Je sais trs exactement ce que pensent de moi 
toutes celles qui me voient ainsi pour la premire fois. Ce n'est 
qu'ensuite, bien plus tard, quand elles ont appris combien mes 
particularits anatomiques et physiologiques, d'une exceptionnelle 
raret, peuvent leur faire prouver de plaisir en leur offrant tout  
la fois les possibilits du mle et de la femelle, qu'elles 
comprennent que moi, Scorpionne, je suis peut-tre unique  
pouvoir leur procurer ce que jamais aucun homme ni aucune 
femme ne sera en mesure de leur donner. Maintenant, va! Je 
t'accorde, ultime, la possibilit d'un dernier choix. Tu peux 
retourner dans ta chambre, remplir et boucler tes valises, puis 
partir. Ta voiture a t amene au pied du perron et t'attend; un 
chque se trouve dans la bote  gants. Si tu pars, je ne te reverrai 
pas. La Porsche restera en place jusqu'au crpuscule. Si tu n'as 
pas quitt le chteau au coucher du soleil, Joan t'apportera  
dner. Ensuite, elle te parera pour la nuit et te conduira l o je 
t'attendrai afin de te faire rellement mienne.
	Sans ajouter une parole, Alecto de Torquemada, qui venait 
elle-mme de se nommer Scorpionne, retourna  son bureau pour 
s'y asseoir et s'absorber dans l'tude d'un des nombreux volumes 
qui s'y trouvaient poss.
	Loriane se leva avec difficult. Ses jambes s'taient 
ankyloses, et, lorsqu'elle se mit debout, que sa jupe fut retombe, 
elle se sentit un peu chanceler.
	Elle attendit quelques secondes encore que la comtesse 
ajouta un mot plus chaleureux  son intention, mais en vain. 
Penche sur un livre ouvert, celle-ci ne leva pas mme les yeux 
vers elle.
	Alors, ignorant son soutien-gorge inutilisable qu'elle 
abandonna sur le fauteuil, rassemblant devant sa poitrine les pans 
de son corsage priv de boutons, sentant avec motion le voile de 
son slip ouvert caresser son ventre et ses fesses sous sa jupe vague, 
avec ses bas affaisss sur ses jambes, elle sortit de la pice  pas 
lents.
	Elle monta comme un automate le grand escalier et, sans 
avoir rencontr personne, regagna sa chambre sur le lit refait de 
laquelle elle se laissa tomber lourdement, l'esprit en proie  la plus 
grande confusion de ses penses et de ses sentiments jets au 
chaos, puis elle se mit  pleurer silencieusement. 


(VII) TROIS ROSES POUR UNE PARURE

	Les deux ou trois heures qui s'coulrent ensuite furent, 
pour Loriane, tout  la fois une brve et une interminable priode 
de rflexion, une sorte de descente dans les puits de son tre 
mental et sensuel avant qu'elle ne dcidt de refuser ou d'accepter 
de s'engager vritablement dans la voie insolite que venait de lui 
esquisser son htesse... Voie qui ne pouvait que s'interrompre l, 
brutalement, si elle-mme le voulait, ou bien se prolonger 
indfiniment, selon la volont imprieuse de la comtesse, sans 
aucun autre moyen terme.
	Alecto de Torquemada!... Scorpionne!...
	Confusion de divin et de monstrueux.
	Ni homme pleinement ni totalement femme, mais 
conjuguant la double apparence sexuelle du mle et de la femelle; 
tre humain bisexu, androgyne ou gynandre, Loriane ne le savait 
encore; cration d'un concept hallucinant, prodigieux et dment 
qui, alliant la beaut suprme  la malformation tratognique, 
reconstituait une ralit vivante de certains de ces dieux morts, 
tranges et improbables, de la trs antique Antiquit grecque.
	Une fois accept le postulat, si pnible qu'il ft pour sa 
raison et son orgueil de l'admettre, que ses pulsions sexuelles 
taient en tout et exclusivement celles d'une femme soumise, d'une 
femelle aimait  dire Alecto, que celles-ci lui faisaient plus ou 
moins consciemment rechercher l'humiliation et la douleur 
physique comme vecteurs de la jouissance, qu'il lui fallait donc, de 
ce fait, le concours d'un complice se trouvant dans la capacit 
d'prouver du plaisir  les lui infliger, en quelque sorte dpendre 
d'un matre ou d'une matresse qui pt satisfaire et assouvir ses 
instincts algomaniaques, se posait alors la question de savoir si elle 
tait ou non dj virtuellement asservie  la volont de la 
comtesse.
	Mme aprs ce qui venait de lui arriver avec cette dernire 
dans le bureau, elle n'aurait su le dire encore avec certitude.
	Certes, Scorpionne n'avait pas possd son corps ainsi que 
son organe viril la mettait en mesure de le faire, mais la faon 
dont elle l'avait dshabille, dont elle l'avait frappe, dont elle 
s'tait empar de sa bouche, dont elle avait domin son tre, et 
cette facilit avec laquelle elle-mme lui avait cd, tout cela 
troublait sa lucidit, et davantage de sentir toujours, sur elle, son 
corsage sans boutons et bant, l'absence de son soutien-gorge, son 
porte-jarretelles inutile et ses bas tire-bouchonns sur ses jambes, 
son slip ouvert qui n'enfermait plus sa chair dlicate et intime 
dans la pellicule d'un voile symbolique et faussement scurisant.
	Etre nue, en cet instant, mais toute nue, l'eut beaucoup 
moins mue.
	Songeant aux deux ou trois promenades nocturnes que 
Pascal lui avait fait accomplir en tant nue sous son manteau, elle 
imagina ce qu'avait d ressentir Joan en se dshabillant devant la 
grille de la maison d'Alecto, puis en tant nue sous son trop court 
cir, marchant dans les rues, prenant le taxi, le bateau ou l'avion 
aprs avoir t contrainte de se prostituer, certainement, pour se 
procurer de l'argent, de la nourriture, voire remercier le 
conducteur d'un camion... cotyant des milliers d'individus et, en 
tous instants,  la merci d'une chute ou de quelque autre accident.
	Les Yeguas!...
	En ralit: les Mujeres-Yeguas... les femmes-cavales.
	Loriane en avait entendu parler, vaguement  ce qu'il lui 
semblait,  moins qu'elle n'et plutt lu quelque chose  propos de 
ces femmes, jeunes et belles videmment, assimiles  des 
pouliches: esclaves totales et clandestines le plus souvent, mais 
parfois dsoeuvres  la qute volontaire de sensations pimentes, 
que leurs matres rels ou bien fictifs exhibaient pares de riches 
harnais de cuir et de plumets colors ou attelaient quasiment nues 
entre les brancards de sulkies lgers afin que, amenes  un haut 
degr d'mulation par les cingles du fouet que leurs drivers 
faisaient claquer avec grand enthousiasme sur leurs fesses 
rebondies, elles s'affrontassent dans le primtre d'un champ de 
courses  la manire d'authentiques juments, sur les 
performances desquelles pariaient les hacendados richissimes et 
les trafiquants de stupfiants dpravs de certains pays 
d'Amrique du Sud, trop puissants pour que la police se hasardt 
jamais  mettre un terme  ces manifestations qui, par ailleurs, ne 
se droulaient qu' l'intrieur de leurs domaines privs et 
soigneusement protgs des importuns curieux.
	Sa passion pour la libert, son ducation traditionnelle, ses 
rfrences aristocratiques, l'orgueil de sa caste, la survivance de 
principes moraux et religieux inculqus ds son plus jeune ge, 
tout cela ne manquait pas de faire se lever en elle de rudes conflits 
intrieurs. Cependant, elle se disait que "l'esclave" qu'elle tait en 
passe d'tre, qu'elle pourrait demeurer  volont et aussi 
longtemps qu'elle dciderait de le faire, croyait-elle, aurait  tout 
moment la capacit de retrouver l'tat de matresse qui, selon les 
paroles de Scorpionne, serait aussi le sien dans l'univers o elle 
tait appele.
	La domination objective de la femme qu'elle n'tait encore 
qu'en mesure d'apprhender passait  l'vidence par sa propre 
soumission subjective. Elle n'avait jamais expriment l'une et ne 
commenait qu' peine l'apprentissage de l'autre.
	Dans l'instant, elle avait le sentiment de quelque mrite, de 
quelque espce de grandeur,  s'tre abandonne de la sorte au 
caprice d'Alecto. Elle en retirait, indubitablement, au del de 
l'humiliation, de la douleur cause par les gifles, une joie profonde 
de l'tre,  la fois trs vive et follement exaltante.
	Peut-tre y avait-il en cela quelque mysticisme?...
	En vivant pleinement ses hontes et les rpulsions de sa 
raison, sans chercher aucunement  les fuir dans la crudit de leur 
ralit, elle tait parvenue tout  l'heure  se librer partiellement 
de ses rticences. De cette manire, et s'admettant telle qu'en elle-
mme, sans nulle fallacieuse indulgence, elle pouvait envisager 
avec un lche soulagement la prise en compte par autrui de tous 
ses fantasmes et toutes ses obsessions, comme la dissolution de sa 
responsabilit dans l'acte imprieux de celle qui, l'exigeant amante 
et servile, s'instituait ipso facto sa matresse.
	En vrit, il lui semblait ainsi ne perdre qu'une simple 
forme de libert pour mieux en acqurir une autre, masque par 
ce qui n'tait qu'un esclavage apparent, sexuel en tous cas, lequel, 
de pure complaisance, cautionnait celle-ci et ne la justifiait que 
davantage.
	Par ailleurs, cette mancipation sotrique s'effectuait dans 
un moment o, devenue pleinement femme en ses attraits, 
parvenue au sommet de la beaut resplendissante, mais ignorant 
tout des raffinements d'un rotisme paganique, que n'entravait 
aucun principe ni interdit et dont les moyens ne visaient qu' la 
finalit, les convoitant tous, elle se trouvait en puissance de l'Etre, 
peut-tre unique au monde, en effet, capable de les lui faire 
connatre.
	A l'ide qu'elle se faisait, surtout depuis la disparition si 
brutale de Pascal, de son tat d'afflige sexuelle, parfois confuse et 
parfois limpide, elle prenait une conscience maintenant aigu de 
l'aveu qu'elle s'tait fait  elle-mme en admettant avoir obi aux 
pulsions de sa chair, comme  la part pervertie de son esprit, bien 
plus qu' la volont de Scorpionne, aussi violente que ft celle-ci. 
Il tait patent que tout en elle se rsumait  son sexe, mme son 
me...  condition que l'on tnt compte d'un tel concept, et ce 
depuis les traumatisants svices endurs au bord de la rivire, si ce 
n'tait depuis toujours. Sans cesse, elle dsirait tre prise plus que 
sduite, battue plus que caresse, mordue plus qu'embrasse, 
viole plus qu'treinte, outrage beaucoup plus qu'honore, 
humilie plus que respecte, satisfaite enfin. Son corps tait tout 
entier le sige d'exigences fivreuses et, de jour en jour davantage, 
les puisions qui en manaient dominaient le peu qui subistait de 
rationnel en son esprit.
	Alors elle donnerait ce corps  cette matresse qui le voulait 
possder et traiter comme il le rclamait, parce qu'elle allait, une 
fois pour toutes, s'en remettre  cette incontournable ncessit. Il 
faudrait, bien plus, que Scorpionne soit d'une extrme inflexibilit 
afin que lui ft refuse la capacit de trop aimer quiconque autre 
qu'elle et que, au travers des douleurs les plus vives et des 
humiliations les plus blessantes, le plaisir qui lui serait ainsi 
procur lui devnt un complet assouvissement.
	Sinon, l'chec n'en serait pas moins total et, ne l'amenant 
qu' la seule dchance, ruinerait de faon irrmdiable sa raison 
et son existence.
	Etait-il possible de croire, de croire rellement, qu'avant 
mme qu'il lui permt le premier souffle de vie le destin souverain 
l'et, dans un caprice ironique, conue si belle, dote d'une 
sensualit telle et pourvue de semblables appas, afin qu'elle ne ft 
rien d'autre en ce monde qu'une manire de prtresse voue  la 
perptuation du servage sexuel?
	Dans l'tat actuel des choses, elle n'aurait pu affirmer 
qu'une pareille et irrationnelle explication de sa nature ne relevait 
que de la pure fantaisie, pas davantage que rfuter avec sincrit, 
et en dpit de ce que son intellect en savait, l'ventualit 
potentielle d'une intervention procdant du prdterminisme. 
Mais en tous cas, ce qu'elle voulait dsormais, c'tait d'en 
apprendre toutes les formes et tous les effets.
	Ce ne serait qu'en devenant esclave qu'elle saurait, en fin de 
compte, si elle prfrait, au moins pour tout ce qui se rapportait 
au sexe, la libert  la sujtion.
	Ce fut avec la rsolution formelle d'aller jusqu'au bout 
d'elle-mme, quoi qu'elle dt pour cela endurer de svices et de 
hontes, d'humiliations prives et d'outrages publics, de 
souffrances morales et de douleurs physiques, qu'elle regarda la 
lumire du jour dcliner peu  peu.
	Elle quitta le lit sur lequel elle tait tout ce temps demeure 
tendue, marcha jusqu' la fentre et l'ouvrit  deux battants. 
Mcia n'tait plus enchane au piquet de la pelouse, dont le vert 
tapis herbeux s'assombrissait. Au bas du perron, la Porsche tait 
toujours l, solitaire; on l'avait lave soigneusement et, dans la 
puret de ses lignes, l'clat de sa peinture rouge mtallise, la 
sobrit de ses rares chromes, elle ressemblait  un pur-sang ne se 
domptant que dans l'approche de l'obstacle  franchir. Il n'y avait 
personne alentour ni nulle part, aussi loin dans le domaine que les 
regards pussent porter.
	Elle songea qu'elle ne se mettrait pas au volant du bolide 
avant longtemps, peut-tre mme qu'elle ne le ferait jamais plus.
	Alors, laissant la fentre grande ouverte en dpit de la 
fracheur du crpuscule, elle alluma le lustre central qui l'inonda 
dans l'instant de clart blouissante, ta tous ses vtements en 
lambeaux pour les abandonner en tas dans un coin de la chambre, 
se dmaquilla, brossa longuement ses cheveux, regarda un 
moment sa nudit nacre rflchie par le miroir, pensa aux 
marques pourpres que le cuir cinglant allait bientt y imprimer, 
puis se couvrit simplement de son court peignoir de bain en 
ponge blanche et boucle.
	Elle regagna ensuite la fentre et attendit. Peu aprs, elle vit 
venir Pedro - ou Juan - qui s'approcha de la Porsche, y monta et 
lana le moteur. Avec une presque totale indiffrence, elle stvit 
des yeux les feux arrires du vhicule qui s'loignait puis 
disparaissait dans l'obscurit au dtour de la faade.
	Avec le retrait et la mise hors de sa porte de la voiture qui, 
d'une certaine manire, tmoignait de sa russite professionnelle 
prcoce et de son indpendance, elle sut que toute sa vie passe 
cessait l et que son existence  venir n'y plongerait, aucune de ses 
futures racines.
	Jamais, sans doute, elle ne serait une historienne reconnue 
de ses pairs ni un crivain apprci du public.
	Elle s'tonna de ne ressentir nul regret, nulle motion.
	Tout cessait et tout commenait, maintenant.

	Il n'y avait en elle que le dsir de la venue de Joan.
	Joan, l'esclave qui allait entrer, la baigner, la farder, la 
coiffer, la parfumer, la parer et la mener auprs de "Celle-Celui" 
qui la flatterait et l'offenserait, la caresserait et la battrait, la 
ferait souffrir et jouir autant qu' "Il-Elle" en aurait le dsir.
	Scorpionne...

	Joan vint, une premire fois.
	La nuit avait noy le parc d'une ombre paisse, dense et 
profonde, aussi opaque que la veille au soir... encore qu'autrement 
moins liquide, que le firmament brasillant, mais sans lune, restait 
dans l'impossibilit d'clairer si peu que ce ft. C'tait comme si 
quelque titanesque puissance avait tendu un cran impntrable 
entre la vote cleste et la terre.
	L-haut, l'empyre des divins ternels: ici-bas, la glbe 
noire des imparfaits mortels!
	Loriane n'avait pas quitt sa place  la fentre et fixait 
rveusement les cieux endiamants.
	Elle entendit frapper,  deux reprises distinctes, mais se 
fora  ne pas rpondre.
	Elle perut que la porte s'ouvrait finalement derrire elle et 
se retourna pour voir entrer la belle Anglaise, qui poussait une 
haute table rendue mobile par de grandes roues cercles de 
caoutchouc; sur le napperon de dentelle clatant de blancheur, 
qui recouvrait entirement le plateau suprieur de celle-ci, 
recelant les dlices supposes que dnonaient aux narines 
d'allchantes odeurs, taient disposes les pices imposantes d'une 
superbe argenterie... et, dans un vase col de cigogne, une splendide 
rose d'un rose velout.
	- J'apporte le dner de Mademoiselle, annona d'un ton 
enjou la domestique.
	Loriane remercia d'un hochement de tte souriant.
	- Je souhaite un excellent apptit  Mademoiselle. Je serai 
de retour dans une heure, afin d'aider Mademoiselle  se 
prparer, dit encore Joan tout en se retirant, et sans faire aucun 
commentaire ni sur le fait que Loriane ft encore dans sa 
chambre ni sur la nuit qui allait tre la sienne en compagnie de 
celle qui tait  prsent leur matresse  toutes deux.
	Seule, Loriane mangea de bon apptit. Hors son lointain 
petit djeuner gch, et si l'on voulait bien faire abstraction du 
sperme d'Alecto, c'tait l l'unique repas qui lui et t servi de la 
journe. Elle reprit deux fois du succulent saumon baignant dans 
un jus de beurre fondu parfum d'armoise, se contenta de goter 
au filet de marcassin  la royale, fit honneur  l'minc de veau au 
jambon cuisin faon Lucullus et, dlaissant aussi bien la salade 
que les fromages, termina par le dlectable sorbet de mangue, 
ayant sans excs arros l'ensemble de seuls vins d'Alsace: un 
riesling dlicatement fruit, un tokay somptueux, un pinot noir 
charpent et un gewurztraminer dgust le tout dernier.

	Elle avait achev son repas depuis un quart d'heure environ 
lorsque Joan reparut.
	La domestique jeta un rapide coup d'oeil  la table et puis 
sourit.
	- Je vois que Mademoiselle apprcie la cuisine du chteau! 
Il faut dire que Sanida est un fin cordon bleu... spcialement 
quand elle puise dans la cuisson persistante de ses fesses, 
copieusement cingles par la lanire du fouet de Juan ou Pedro, 
l'inspiration de son talent. Maintenant, si Mademoiselle le veut 
bien, je vais lui faire sa toilette du soir et la mettre en beaut afin 
qu'elle puisse enchanter notre matresse de son plus merveilleux 
clat.
	Joan accompagna Loriane dans la salle de bain, lui retira 
son peignoir et, contrairement aux ablutions de son lever, ne fit 
que la doucher... mais en la lavant  l'eau brlante et la rinant  
l'eau glace.
	- Mademoiselle  vritablement un corps splendide et des 
seins magnifiques, apprcia l'Anglaise tout en frottant 
nergiquement le corps de Loriane pour le scher.
	Mais, en cette occasion encore, elle n'et aucun geste qui 
pt prter  une interprtation ambigu.
	De longues... d'interminables minutes furent consacres par 
Joan  une pilation intgrale, depuis le bas-ventre jusqu'au 
pourtour de l'anus. En dpit de sa tenue provocante, elle se 
comportait en tout comme l'employe couurt-vtue d'un salon de 
beaut, et maniait bandelettes de cire et pincettes avec un 
professionalisme impassible. Abandonne  ses soins, Loriane ne 
fut pas surprise de n'prouver aucun regret de la disparition d'un 
attribut qui avait fait sa fiert. Scorpionne le voulait.
	Assise nue devant la coiffeuse pourvue d'un quintuple 
miroir, le dos bien droit et les cuisses lgrement ouvertes ainsi 
que Joan lui conseilla de les garder dsormais, sans jamais croiser 
ni serrer les genoux, Loriane se laissa patiemment remaquiller. 
Elle tressaillit lorsque la domestique lui farda les mamelons de 
rouge sombre, et plus encore quand elle fit de mme aux lvres 
intimes saillant de sa vulve glabre. Puis, comme au dbut de 
l'aprs-midi, ses cheveux furent brosss avec soin, mais pas 
autrement coiffs.
	- A prsent que Mademoiselle est prte ou presque, il va lui 
falloir me permettre de la quitter un instant, dit alors Joan tout en 
parfumant Loriane jusqu'en ses plis les plus intimes. Je demande 
aussi  Mademoiselle de ne pas quitter cette place et de m'y 
attendre ainsi bien sagement, sans bouger. Je n'en aurai que pour 
une dizaine de minutes, tout au plus.
	Loriane acquiesa d'un nouveau hochement de tte souriant 
et silencieux.
	Joan partie, elle se prit  imaginer qu'une ouverture 
invisible permettait  Scorpionne de l'espionner et, de songer  
cela, elle s'mut de se voir ainsi nue devant le miroir compos qui 
renvoyait d'elle cinq reflets sous des angles diffrents, mais la 
montrait avec sa vulve billante et farde impudiquement.
	Il lui sembla bientt que la dizaine de minutes devenait 
autant de lustres, mais alors qu'elle commenait  ressentir les 
effets pnibles d'une pose trop longuement conserve, elle entendit 
se rouvrir la porte de la chambre et des talons marteler 
sourdement la moquette paisse recouvrant le plancher.
	Elle faillit bien, dans l'instant, ne pas reconnatre Joan.
	Sans la perruque blanche, le visage outrageusement fard 
sous sa chevelure naturelle chtain clair, tire svrement et 
plaque sur son crne et ses tempes pour s'panouir ensuite, aprs 
une sorte d'troit manchon de mtal dor qui la rassemblait, en 
une opulente queue de cheval, laquelle lui descendait  mi-dos, la 
superbe Anglaise tait quasi mconnaissable. Quant  sa tenue, 
elle tait bien diffrente de celle que Loriane lui avait vue jusque-
l. Plus que restreinte en vrit, celle-ci se composait en tout et 
pour tout d'une paire de hautes cuissardes aux talons encore plus 
invraisemblablement aigus et levs que ceux de ses escarpins, 
d'un large serre-taille qui l'treignait  touffer, d'un pais collier, 
d'une barre qui, reliant ce dernier au serre-taille le long de la 
colonne vertbrale, l'obligeait  tenir le buste et la tte bien droits, 
ainsi que de bracelets de mme facture serrant chacun l'un de ses 
poignets. Hors la barre, de mtal, l'ensemble tait de cuir ou de 
chevreau noir verni et, les bottes exceptes, pourvu ici et l 
d'anneaux d'acier bruni.
	Ainsi campe, virtuellement nue, Joan tait de fait une 
femme blouissante en dpit de ses seins prodigieux, plus gros 
encore que des ballons de football, dont les vastes mamelons 
bombs taient fards de brun sombre presque noir, et les ttins, 
fortement prominents et dards, pars de petits et fins anneaux 
d'or. Sous le serre-taille, au bas de son ventre plat et ferme, le 
pubis saillait intgralement glabre, tel que celui de Mcia priv de 
sa toison, fendu haut par la vulve aux lvres boudeuses, peintes 
elles aussi de la mme couleur que celle recouvrant le bout des 
seins. Mais au sommet de cette vulve indcente, perant les deux 
lvres molles prs de leur jonction, juste au-dessous du clitoris, un 
mince anneau d'or oblong supportait un long pendentif de mme 
mtal, en forme de spatule, dont la tige se balanait devant 
l'ouverture sexuelle et l'vasement portait d'tranges motifs 
gravs. Quant  la croupe, ainsi qu'il tait ais de le deviner sous 
la jupette  godets, elle avait un bombement si accentu qu'il tait 
bien difficile de dcider si elle appelait plus les claques que les 
caresses... Mais les deux fesses conservaient des nombreuses de 
flagellation, entrecroises serr, et tout juste plissantes. Joan 
portait de la main droite,  bout de bras, une sorte de grand 
panier plat d'osier. Quant elle l'eut pos  mme le carrelage 
rouge piquet de d'or de la salle de bain, Loriane vit qu'il 
contenait des accessoires de cuir et de chrom, ainsi que trois 
roses frachement coupes et couches sur un petit coussin long de 
velours noir. L'une des fleurs tait bien rose, une autre tait 
pourpre, la dernire tait d'une nuance de grenat trs sombre. 
Chacune avait une longueur de tige diffrente des deux autres, 
mais toutes montraient leurs pines en ayant t prives de leurs 
feuilles.
	- Ces roses me sont-elles destines? interrogea Loriane en 
s'interdisant de faire le moindre commentaire, tant sur l'excessive 
masse des seins de Joan que les intimes bijoux qui infibulaient ses 
chairs.
	- Oui, Mademoiselle... Scorpionne les lui offre.
	- Elles sont trs belles, sans doute, mais... murmura 
Loriane, sans achever d'exprimer sa pense et quelque peu 
dconcerte que la comtesse lui offert des fleurs en la 
circonstance.
	- Scorpionne dsire en voir la nudit de Mademoiselle 
pare.
	- Comment cela, si je dois tre nue?... Dans ma chevelure?
	- Non. Que Mademoiselle comprenne: la plus petite tige est 
pour la bouche, la moyenne pour le sexe, la plus longue pour... 
l'anus.
	- Vous... vous voulez dire que... dans... dans le... le...? ne put 
s'empcher de bafouiller Loriane.
	- Je dois prciser  Mademoiselle qu'elle doit s'adresser  
moi en me tutoyant. Elle sera bientt Premire Favorite, une 
matresse, et je ne suis, moi, qu'une esclave. Pour les roses, 
Mademoiselle a bien compris.
	Ce ne fut qu' cet instant que Loriane se souvint de la fleur 
qui avait accompagn son petit djeuner et de celle jointe  son 
dner.
	Mais la rose tait plus rose que celle du soir: caresse; la 
rouge tait plus rouge que celle du midi: dclaration; quant  la 
nouvelle, la grenat, elle tait tout  plein gorge de fivre: passion.
	- C'est afin de lui prouver que je me donne  elle tout 
entire, sans rticence ni retenue ni rserve, n'est-ce-pas?
	- Mademoiselle a raison, c'est bien cela, acquiesa Joan.
	- Avec les pines aussi?
	- Oui, confirma une fois encore la domestique, mais je 
promets  Mademoiselle de faire trs attention.
	Loriane songea avec apprhension que, prcautions ou pas, 
il faudrait tout de mme faire entrer les tiges hrisses d'pines 
aigus l o... Et bien pis encore, sans doute, les retirer  un 
moment ou  un autre!
	Cependant, la tranquillit avec laquelle Joan envisageait la 
mise en place de la discutable parure, son assurance relative  
parler de la chose, la firent se convaincre que celle-ci ne devait pas 
tre sans exprience de ce singulier rituel et que, par consquent, 
elle-mme ne devait pas tre la premire  qui Scorpionne impost 
cette preuve.
	- Avez-nous... As-tu, se reprit-elle avec un sourire un peu 
contraint, as-tu subi cela, toi aussi?
	- Oh non!... Comme je l'ai dit dj  Mademoiselle, je ne 
suis qu'une esclave-domestique, place  un degr seulement au-
dessus de celui des esclaves nues, lesquelles ont un statut voisin de 
celui des dchues. La matresse n'a jamais fait de moi une 
favorite. Je ne suis pas assez belle et elle ne n'aime pas, ajouta 
Joan en trahissant, cette fois, le regret teint d'amertume qu'elle 
prouvait  ce qu'il n'en et pas t autrement.
	- Et toi, l'aimes-tu?
	- Avec passion, Mademoiselle.
	- Je suis dsole, murniura Loriane tout en posant un 
regard songeur sur les fleurs qui reposaient cte  cte. La rose 
vritable avait la tige la plus courte, la pourpre tait la suivante, la 
grenat avait de faon certaine la queue la plus longue. Si la 
premire n'tait arme que de trois pines seulement, et la 
seconde de cinq, l'ultime, elle, montrait sept dards acidulaires! 
Elle savait, maintenant, et prcisment, o chacune de celles-ci 
devait loger. 
	- Scorpionne procde-t-elle souvent ainsi avec celles qu'elle 
choisit?... Je veux dire, concernant les roses? interrogea-t-elle de 
nouveau.
	- Depuis que je vis avec elle, la matresse n'a offert trois 
roses de cette manire qu' une seule femme avant Mademoiselle, 
une brune absolument somptueuse au teint de miel ambr et aux 
yeux plus noirs que le jais, accepta de la renseigner Joan.
	- Cette dernire demeure-t-elle toujours au chteau?
	- Oui et non... selon ce que l'on considre comme tant ou 
non le chteau.
	- Que veux-tu dire?
	- Eh bien, Ragmarhi... Oui, c'est une Hindoue... Eh bien, la 
belle Ragmarhi a prfr devenir une Mujer-Yegua... la Yegua 
favorite de Scorpionne. Alors elle habite dsormais avec les autres 
femmes-cavales, dans cette partie du chteau qu' cause de cela 
on appelle les Petites Ecuries.
	- Les... les Petites Ecuries?
	- Oui, Mademoiselle. Ce sont les btiments rservs aux 
seules Yeguas, et o celles-ci ont leurs chambres, pour le temps o 
elles sont femmes, et leurs boxes, quand elles sont cavales, 
l'ensemble tant dispos autour d'un mange couvert. Les 
Grandes Ecuries, elles, sont pour les chevaux vritables.
	- Pourrais-je voir ces... ces Yeguas? demanda Loriane.
	- La matresse se fera le plus grand plaisir de les montrer  
Mademoiselle, et mme de les faire parader pour elle, assura 
Joan. C'est elle qui dresse le mieux et propose aux riches amateurs 
les plus belles Mujeres-Yeguas du monde. Mais nous pourrons 
reparler de cela plus tard, puisque Mademoiselle reste auprs de 
Scorpionne. Pour l'instant, il nous faut nous dpcher, car les 
chiens vont bientt tre lchs, tant dans le parc que dans les 
jardins et la cour qui entourent le donjon. Ce sont de vrais fauves, 
et si Pedro n'est pas l pour les faire obir, ils nous dvoreront 
toutes vives.
	Sur cette mise en garde, que Loriane ne releva pas, Joan 
tira du panier un collier comparable au sien et semblablement 
pourvu de quatre anneaux, qu'elle boucla autour du cou de celle-
ci par une simple pression qui produisit un lger dclic.
	Loriane fut tonne que l'accessoire lui convint si bien, ne la 
serrt pas trop, mais demeurt toutefois au contact de sa peau. 
Pareillement, les bracelets ferms un instant plus tard sur ses 
poignets paraissaient avoir t confectionns dans sa seule 
intention. Collier et bracelets, constitus d'une double paisseur 
de cuir d'un centimtre environ, ne pourraient manifestement se 
rouvrir qu' l'aide d'une petite clef... qui se trouvait o?
	Aprs cela, Joan fixa  l'anneau plac  l'arrire du collier, 
dont la hauteur obligeait Loriane  tenir le menton relev, comme 
 garder la tte virtuellement immobile, le premier mousqueton 
coulissant d'un anneau qui en comportait deux autres, et 
auxquels, lui ayant retourner les bras dans le dos, replier les 
coudes, relever les avant-bras entre les omoplates, non sans l'avoir 
galement fait quelque peu grimacer du mme coup, elle assujettit 
ensuite chacun des bracelets enserrant ses poignets.
	De la sorte, prive de l'usage de ses mains, les seins projets 
trs en avant du buste, l'estomac creus et le ventre effac, les 
reins cambrs et la croupe rendue surminente, Loriane se vit 
inviter par l'Anglaise  carter les cuisses assez largement.
	Alors, retenant du bout des doigts les lvres de sa vulve bien 
ouvertes, et durant qu'elle interrompait son souffle pendant tout 
le temps de la dlicate introduction, Joan lui glissa la tige pineuse 
de la rose pourpre dans le vagin. Quand la fleur fut en place, avec 
une lenteur prudente, la domestique laissa les muqueuses se 
refermer mollement d'elles-mmes.
	Loriane n'eut la sensation que de lgres piqres. Cela tait 
dsagrable, sans doute, mais non pas torturant ainsi qu'elle 
l'avait d'abord redout.
	Mais, entre les fesses, ce fut tout autre chose!
	Bien que Joan prt la prcaution de lui enduire l'anus de 
glycrine, en procdant d'un doigt habile, et cette fois plus 
effront que timide, l'insertion de la tige hrisse d'pines ne se 
passa pas aussi bien que la mise en place de la prcdente...
	Il s'en fallut de beaucoup, mme!
	- Ae! Ae!... Aaaaee!... se plaignit presque aussitt Loriane. 
Non!... Non! a me fait mal!... Aaae! a pique trop!... Joan! Joan! 
Non! Aahooooh!... Je ne pourrai jamais le supporter!... Ae!... S'il 
te plat, Joan, plus doucement!... S'il te plat!... Aaae!... Ah! 
Aaaaaah!... Aaaaaaaiiiiiiih!,..
	- Allons, allons!... Il ne faut pas que Mademoiselle se montre 
d'une aussi douillette nature! fit la domestique en lui parlant 
comme  une petite fille. Mademoiselle ne saurait-elle pas qu'il 
faut souffrir pour tre belle?
	Jamais ce lieu commun n'avait sembl  Loriane mieux 
adapt  ce que Joan lui faisait prsentement endurer.
	Toutefois, de gmissements en crispations, de supplications 
en sursauts, de hoquets en contractions douloureuses et de vives 
protestations en relchements craintifs, et mme de cris en cris, 
Joan parvint  ses fins, fichant au plus profond de ce conduit, 
comme en un vase troit... col de cigogne, la fleur suppliciante.
	Le qualificatif, cette fois, n'tait pas de trop!
	Les deux principales roses "plantes" au coeur de son tre 
le plus intime, chausse de mules en satin carlate et hauts talons 
fins dors, Loriane s'essaya maladroitement  marcher.
	Mais elle n'aboutit, dans un premier temps, qu' carter les 
cuisses de faon grotesque et  se tordre les chevilles.
	Toutefois, aprs quelques minutes d'essais obstins, elle 
parvint  faire des progrs. Grimaante, gmissante, luttant 
contre les larmes involontaires qui lui voilaient les yeux, elle 
russit  dominer tant bien que mal la gne douloureusement 
brlante que lui procuraient les pines diaboliques en piquant et 
griffant l'intrieur de ses muqueuses. Et puis elle finit par se tenir 
 peu prs correctement, sous rserve de ne se dplacer qu' tout 
petits pas et avec circonspection.
	La rose qui lui restait  prendre dans la bouche n'tait 
qu'une formalit.
	Aprs qu'elle l'eut accomplie, Joan accrocha par son fort 
mousqueton une longue laisse de cuir  l'anneau se trouvant sur le 
devant du collier qui la blessait un peu maintenant, puis elle-
mme se couvrit en partie d'une sorte de chasuble de satin noir 
dont les pans flottants cachrent tout juste son pubis et ses fesses, 
laquelle elle avait dpose sur le lit en entrant.
	- Il n'est que temps que nous quittions cette chambre, si 
nous ne voulons pas avoir affaire aux chiens, dit la domestique en 
prenant l'autre extrmit de la laisse dans la main gauche.
	Loriane aurait bien voulu protester qu'elle tait toute nue et 
qu'elle ne pouvait aller de la sorte par le chteau, pis encore au-
dehors!... Mais la tige de la rose, qu'il lui fallait conserver entre les 
lvres, l'empchait de profrer le moindre mot intelligible.
	Eperdue de honte, elle dut suivre Joan qui, tirant sur la 
laisse, sans brutalit mais avec fermet, l'entranait  sa suite... 


(VIII) L'INDEFECTIBLE SERMENT

	Les deux femmes parvinrent au rez-de-chausse, non sans 
que Joan et d attendre plusieurs fois Loriane, puis elles 
traversrent le vestibule immense, s'engagrent dans la galerie 
oppose  celle o se trouvait le salon avec la mridienne d'bne 
et de velours carlate, tournrent  gauche dans un passage aussi 
large, mais bien moins long, peupl de chevaliers de marbre et de 
nombreux portraits accrochs sur ses murs, lequel ne comportait 
 l'vidence qu'une seule autre issue  son extrmit, une porte 
double sous une voussure assez basse, en arche dprime, par 
laquelle elles quittrent le corps du btiment et se retrouvrent  
l'air libre sans avoir rencontr quiconque.
	Au grand soulagement de Loriane qui, toutefois, n'tait pas 
sans s'tonner du manque de mouvement dans la vaste btisse, 
alors que tout ce qu'elle en avait appris pendant ces presque 
vingt-quatre heures passes lui laissait supposer la prsence de 
nombreuses personnes.
	La fracheur de la nuit la fit frissonner, et tout son 
piderme nu se souleva de chair de poule.
	Jamais elle n'aurait cru qu'un chteau fort pt receler 
entre ses murailles autant d'espace, voire atteindre un tel 
gigantisme. Les bayles intrieurs et extrieurs maintenant 
confondus et augments par la suppression de la seconde enceinte 
de fortifications, l'endroit qu'elle dcouvrait tait extrmement 
tendu, vaste au point de comprendre des terrasses et des cours 
paves, des jardins, une sorte de petit bosquet, et mme un lac 
miniature  l'eau miroitante sous l'clat d'une lune un peu rousse 
qui s'tait finalement leve, comme  regret. Et puis, proprement 
titanesque, rection colossale  elle seule forteresse, le donjon 
solitaire dress vers le ciel dpassait en hauteur toutes les autres 
constructions satellites.
	Ainsi, la faade donnant sur le parc mritait-elle bien son 
nom et n'tait-elle que cela. Quant au reste, le "Castillo de la 
Reina" tait bel et bien demeur la citadelle austre, et 
redoutable, que ses btisseurs avaient conue impntrable  qui 
l'on ne voulait y laisser entrer.
	Loriane s'arrta une fois encore,  proximit du bosquet 
noy d'ombre et situ  trois voles de flche de la tour massive 
d'o ne filtrait pas la plus infime lueur, forant Joan  marquer le 
pas tandis que, oppresse par la majest des lieux tout autant que 
par son tat de nudit rendu encore plus angoissant par la 
prsence des entraves qui la privaient de l'usage de ses mains, elle 
s'appliquait  matriser de son mieux une agression plus vive des 
pines enfonces dans sa chair.
	Tout  coup, elle tressauta schement en apercevant la 
haute silhouette qui, se dtachant de contre un arbre avec lequel 
elle avait sembl faire corps jusqu'alors, s'avana lentement dans 
leur direction. L'homme s'approcha, et Joan ne fit rien pour 
l'viter ni le fuir. Il tait vtu et bott de cuir ainsi que Loriane 
avait vu Pedro l'tre lors de son arrive, mais ce n'tait pas ce 
dernier si non plus son jumeau. Il tait brun, pouvait avoir une 
quarantaine d'annes et ne manquait pas de sduction. Mais le 
regard d'oiseau de proie dont il l'enveloppa la glaa de crainte.
	- Eres t quien conduces la Francesa? demanda-t-il 
durement  l'esclave-domestique.
	- Si Seor Dolfo, rpondit Joan avec respect.
	Bien qu'emplie de honte sous le regard gris ple et incisif 
que l'homme continuait  tenir fixer sur elle, le premier qui la vt 
nue depuis Pascal, contre son gr et, bien pire encore, ainsi captive 
des entraves, mene en laisse tel un animal et obscnement pare 
des roses, Loriane devina une sourde peur dans la voix de 
l'Angiaise.

	- Quel statut aura-t-elle finalement? questionna encore le 
dnomm Dolfo, en s'exprimant toujours en espagnol. 
	- Primera Favorita... Que le Seor voie, elle porte les roses, 
dit Joan.
	- Son nom?
	- Ce soir, Loriane. Demain, je ne sais. Mais elle sera Doa.
	L'homme s'approcha davantage, leva lentement le bras 
droit et montra alors la cravache qu'il avait jusque-l tenue 
derrire son dos. Le jonc de cuir tress se terminait par une 
languette plate taille en forme de losange. Il en suivit le contour 
opldent du sein gauche de Loriane, qui en tressaillit de tout son 
tre.
	- Es lstima... J'aurais pu en faire une magnifique Yegua, 
plus belle encore, peut-tre, que cette orgueilleuse Ragmarhi... 
tanto peor! Allons, il faut vous presser. Il est presque vingt-trois 
heures et les chiens vont tre lchs.
	- Si Seor, s'empressa d'approuver Joan, qui exera aussitt 
une lgre traction sur la laisse pour intimer  Loriane l'ordre de 
se remettre en marche.
	Elles firent en silence une trentaine de pas, entendirent 
l'homme s'loigner derrire elles, contournrent l'extrmit du 
bassin dans l'arrondi de laquelle dormaient deux cygnes serrs 
l'un contre l'autre, et s'avancrent vers le donjon aussi vite que 
Loriane tait capable de le faire, ft-ce en gmissant. Quand elles 
furent enfin devant l'rection granitique, dont toutes les 
meurtrires avaient t obtures, qui ne montrait plus que sa 
porte massive pour toute ouverture apparente, pour ce qui 
concernait ce que l'on pouvait en voir de ce ct au moins, Joan 
actionna  trois reprises le marteau patte de griffon se trouvant 
au centre du vantail gauche de celle-ci.
	Loriane leva machinalement la tte et frmit. Si les douves 
de la tour avaient t combles, si le pont-levis avait t supprim, 
la herse, elle, tait bien toujours l, remonte dans son logement, 
mais les menaant toutes deux de ses pointes terrifiantes.
	- Elle fonctionne, dit doucement Joan en voyant le regard 
de la jeune femme, et huit esclaves sont ncessaires pour la 
manoeuvrer.
	Puis, comme elles attendaient qu'on leur ouvrit, elle reprit 
aprs quelques secondes:
	- L'homme que Mademoiselle vient de voir s'appelle Dolfo 
et rien que Dolfo, mais au chteau on le nomme galement le 
Matre des Ecuries. C'est lui qui a la responsabilit des Yeguas, 
qui les dresse et les entrane... qui les punit aussi, svrement, 
lorsqu'il dcide qu'il doit en tre ainsi. C'est un tre dur et parfois 
mchant, toujours cruel, beaucoup plus inventif pour infliger la 
douleur que Pedro et Juan, que Scorpionne emploie comme 
bourreaux quand il lui faut faire tourmenter une fille ou l'une de 
ces femmes coupables que leurs maris amnent ici pour qu'elles 
soient contraintes par la torture  faire des aveux complets, crits 
et signs, puis qu'elles se voient punir et souvent abandonner  la 
matresse comme esclaves totales, laquelle les confie alors  Dolfo 
et les jette en enfer...
	Loriane aurait bien voulu en apprendre davantage sur 
celles que leurs poux traitaient de la sorte au mpris des lois, de 
la justice et de la libert, pour tirer vengeance d'avoir t fait 
cocus, mais d'une part il y avait la rose qui l'empchait de parler 
et, d'autre part, la porte barde de fer qui s'ouvrait en grinant.
	L'impressionnante stature d'une des deux brutes chauves 
apparut dans le contre-jour de la lumire qui provenait de 
l'intrieur du donjon. Sans autre indice tout d'abord que son 
intuition, Loriane fut assure,  voir l'homme d'aussi prs, qu'il 
n'tait pas Pedro. Et puis, tandis qu'elle remarquait l'norme 
verrue qui bourgeonnait sur l'arte du nez du colosse, n'ayant 
d'autre vtement qu'un slip de cuir noir et un large ceinturon 
auquel tait suspendu un martinet  cinq lanires, qu'elle 
acqurait ainsi la certitude qu'il s'agissait bien de Juan, elle 
aperut la femme qui s'avanait derrire celui-ci et devant 
laquelle il s'carta.
	- Toi, tu restes avec Juan!... Vous, venez! dit schement la 
femme, haute et mince silhouette toute vtue de noir luisant, en 
parlant d'abord  Joan puis  Loriane.
	A peine l'une et l'autre posrent-elles leurs mules sur le pas 
de la porte qu'elles entendirent au loin, mais se rapprochant trs 
rapidement, de furieux aboiements.
	Chien qui hurle ne mord pas! se souvint Loriane. Cela ne 
l'en fit pas moins se hter de pntrer dans la btisse, en oubliant 
pour quelques secondes sa nudit et les pines torturantes, comme 
de ne se sentir vraiment soulage qu'aprs avoir vu et entendu le 
lourd vantail se clore hermtiquement aprs elle.
	Certes, elle chappait aux molosses!
	Mais que lui rservait maintenant Alecto de Torquemada 
au secret de sa tanire?

	La femme, qui prit la laisse des mains de Joan, laquelle 
suivit le gant demi-nu avec une rticence manifeste et un regard 
embu de larmes vers une troite ouverture au sommet ogival 
montrant les premires marches d'un escalier s'enfonant tout en 
tournant dans les profondeurs du sol, devait avoir dans les 
quarante-cinq ans, davantage, peut-tre.
	Loriane ne lui trouva pas de sduction vritable en dpit 
des fards pais qui lui couvraient la figure.
	Grande, lance, les cheveux chtain fonc, mls ici et l de 
fils d'argent, rigidement tirs  plat sur le crne et rassembls au 
bas de la nuque en chignon rond, nou trs serr et maintenu par 
un large catogan de velours noir, elle avait le visage anguleux, 
durci par des yeux bleus, clairs et froids, enfoncs dans les orbites. 
Ses pommettes saillantes et son nez en lame de couteau, ses lvres 
fines et pinces, ses joues maigres, accentuaient encore la svrit 
de son aspect.
	Loriane n'avait encore vu personne dans le chteau 
vaquant de-ci de-l. Pas de domestiques affairs, pas de femmes 
de mnage lavant le sol ou poussetant sculptures et tableaux, pas 
de jardiniers ni aucun homme  tout faire... Pourtant tout tait 
propre, les chambres taient faites, les jardins entretenus... Mais 
depuis son arrive, d'instant en instant, comme crs selon le 
besoin du moment et  sa seule intention, surgissant du nant, 
apparaissaient de nouveaux individus: Pedro pour lui rpondre  
l'interphone, puis ranger sa voiture; Mcia pour l'accueillir et la 
guider vers la comtesse, puis raviver en elle par sa nudit 
supplicie les effets obsdants du souvenir de son avanie au bord 
de la Vienne; les deux brutes nues aux sexes monstrueux pour 
rveiller ses craintes du mle et la peur panique qu'elle avait eue 
d'tre viole en la mme occasion; Joan pour que son exemple lui 
servit de rfrence et qu'elle pt apprendre d'elle ce que l'on 
voulait qu'elle st, mais pas davantage; Dolfo pour qu'elle souffrt 
devant lui de son tat de nudit contrainte et humilie; cette 
femme  prsent... qui lui rservait quoi?
	Et puis au-dessus de tous ceux-l, Scorpionne, la matresse 
de ce sjour trange, insolite, oppressant, et d'un certain point de 
vue magique, qui l'avait attire, circonvenue et finalement 
enferme dans les mailles d'un filet paradoxal, dont elle ne la 
laisserait sans doute plus s'chapper.
	En pleine lumire, la femme tait bien rellement tout 
entire vtue de noir, mais sa robe longue, ses bottes laces sur le 
devant de la jambe et ses hauts gants taient de chevreau souple et 
de cuir, brillants sans tre glacs. Les talons de ses bottes, qui lui 
moulaient le mollet et la cheville au plus prs, mais s'arrtaient 
sous le genou, taient au moins aussi aigus que ceux des mules qui 
cambraient les pieds de Loriane, et sa robe, fendue sur un ct 
depuis le sommet de la cuisse, laissait entrevoir un peu de peau 
trs blanche au del d'un bas de voile tir par une jarretelle 
mince, elle aussi de chevreau.
	Sans se montrer autrement tonne de voir Loriane nue 
tout entire, les poignets retenus captifs derrire le cou, et 
semblablement fleurie, elle ne la regarda qu' peine, ne trahissant 
aucun sentiment.
	- Pour vous, dit-elle enfin, je serai Duea, et peu importe 
que vous m'entendiez  l'occasion diffremment nommer, 
puisqu'au chteau toutes celles qui ont affaire avec moi doivent 
m'appeler ainsi, quel que soit leur statut au pass, au prsent ou 
au devenir. Sachez toutefois que je suis Anglaise, et bien ne. Cela 
devra vous suffire pour le moment. Si doa Alecto l'estime 
ncessaire elle vous en dira plus. Allons!
	Le ton tait sec, la voix de contralto dpourvue d'amnit, le 
maintien rigidement orgueilleux et la dmarche d'une raideur 
pleine d'autorit, trs... britannique.
	C'tait la premire personne que Loriane entendait donner 
 la comtesse ce titre d'honneur, auquel cette dernire avait 
d'ailleurs pleinement droit. Elle n'avait pas t sans s'tonner 
quelque peu quand, parlant d'elle, Joan avait prcis  Dolfo 
qu'elle serait demain, elle aussi, une "doa"... Mais doa quoi?
	Sur ces mots, Loriane dut la suivre sans autre commentaire 
qu'un muet acquiescement de la tte, mais de nouveau grimaante 
de devoir marcher plus rapidement.
	Duea n'avait manifestement pas l'intention de faire preuve 
 son gard d'autant de sollicitude que lui en avait montre Joan!
	La tirant par la laisse, la femme lui fit parcourir ainsi la 
moiti d'un petit couloir, qui prenait directement sur l'entre du 
donjon formidable et tel qu'elle tait certaine de n'en avoir jamais 
vu, aux murs tendus de soie pourpre, clair par des appliques  
ampoules rouges, mais par ailleurs dmuni de tout objet de 
dcoration, puis l'entrana  droite dans un passage semblable, 
jusqu' une porte  double panneau, de la mme largeur que le 
corridor, et qu'elle n'ouvrt que d'un seul ct.
	Alors Duea la dbarrassa de la laisse.
	- Veuillez entrer! ordonna-t-elle en s'effaant pour qu'elle 
pt passer la premire,
	Loriane pntra lentement dans un espace semi-circulaire, 
au sol, au plafond, au mur courbe recouverts de marbre lisse et 
rose, dont l'unique paroi rectiligne, elle, tait masque - ou 
constitue - par un rideau de velours noir. Cette salle en demi-lune 
tait vaste; sa base devait mesurer une vingtaine de mtres,  tout 
le moins, et sa hauteur la moiti.
	La clart, qui la nimbait de chauds reflets et adoucissait 
sensiblement le dur brillant de la pierre polie, provenait de six 
grandes lampes,  pied de marbre renforc de bronze dor et 
abat-jour de satin pourpre, disposes de place en place,  
intervalles rguliers, sur la corniche assez largement en saillie qui, 
tout au long du mur courbe, servait galement d'appui au dossier 
des canaps en cuir de Cordoue rouge sombre serrs cte  cte.
	Entre deux de ces lampes, qui l'clairaient par l'arrire, se 
tenant assise  l'apoge de l'arc, Alecto de Torquemada 
attendait... 
	Scorpionne tait vtue d'une longue, ample et magnifique 
robe, toute de dentelle noire, sous laquelle elle tait visiblement 
nue. Elle avait les pieds chausss de mules de mme teinte, pour 
partie de soie et pour partie de velours. Trs maquille, et encore 
que l'on ne pt discerner ce que les fards pouvaient apporter de 
plus  sa beaut sans rapport avec les normes humaines, casque 
de sa chevelure de jais, dont la coupe voquait vaguement la 
forme de cette coiffure de guerre italienne en usage au XVe sicle 
et appele barbutte, elle fumait l'un de ces longs et minces cigares 
mls de marihuana, qu'elle tenait d'une main dlicate et 
nonchalante, aux ongles vernis de noir.

	Pas de collier, pas de pendants d'oreilles, pas de bracelet ni 
de bague, pas mme un anneau sigillaire armori et timbr, aucun 
bijou d'aucune sorte, rien... rien que sa splendeur quasi 
insoutenable aux yeux du commun.
	Devant elle, tait une table basse, oblongue et sans style 
vritable, de marbre et de bronze comme les lampes, sur laquelle 
se trouvaient poss, outre un seau  glace d'argent cisel 
contenant une bouteille identique  celle qu'elle avait fait ouvrir 
par Joan durant l'aprs-midi, et que Loriane savait tre de 
l'authentique champagne, une seule coupe  demi pleine de ce 
breuvage  l'or ple ptillant, un gros cendrier de cristal, une 
bote  cigares de laque grenat et ferrures d'or, un lourd briquet 
d'argent massif et un coffret doubl de cuir noir, ferm.
	Prs de cette table, se dressait une colonne, prisme droit  
base octogonale, haute d'un mtre environ, vitre,  socle et 
armature fine de bronze. Sur les tagres en verre de celle-ci, se 
voyaient plus de deux bonnes douzaines de petites botes  pilules, 
d'or, d'argent et de laque, dont aucune n'tait semblable  aucune 
autre: merveilleux ouvrages d'orfvrerie sortis des mains de 
talentueux artistes. Il y avait encore, devant la plupart d'entre 
elles, une rglette courte et dore, de section triangulaire, qui 
servait de support  d'lgants caractres noirs, en relief, 
mentionnant le nom, le ou les prnoms d'une femme, ainsi que, 
pour certaines, un pseudonyme, lequel tait en lettres rouges.
	Enfin, non loin des pieds de sa matresse, lov sur son grand 
coussin de soie cramoisie  franges d'or, dont la vue fit  nouveau 
se glacer le sang de Loriane, Sakkar.

	- Ainsi donc, tu es reste, et te voil toute nue devant moi! 
murmura Alecto de Torquemada d'une voix douce et caressante.
	Loriane crut dceler, dans le ton avec lequel furent dit ces 
mots, une nuance de surprise heureuse qui la porta  croire que, 
peut-tre, Scorpionne n'avait pas t sans craindre de la perdre.
	C'tait la premire fois depuis son arrive qu'elle se 
trouvait compltement nue aux regards de la comtesse, sans fluide 
chemise de nuit, sans slip ni soutien-gorge  couper, sans une jupe 
retrousse jusqu' la taille ni un corsage ouvert, seulement avec 
son collier et ses bracelets pais de cuir noir, les roses dont les 
ptales fleurissaient sa bouche, son pubis frachement pil et sa 
croupe. Pour la premire fois, encore, elle vit que celle-ci la 
regardait comme elle ne l'avait jamais fait, en laissant paratre 
l'intense bonheur de celle ou celui qui vient d'obtenir la chose 
qu'elle ou qu'il convoitait le plus au monde, et depuis tant et tant 
de temps.

	Pourtant, les entraves et les roses exceptes, elle n'tait 
qu'une femme nue... et nullement, pensait-elle sincrement tout en 
se sachant trs belle, une nime merveille du monde!

	Scorpionne attarda longuement son regard  la 
contemplation de ses seins  et, ralit ou illusion, il lui sembla que 
les iris violets se voilaient de soudaine motion... ou de fivreux 
dsir.
	Loriane adora ces yeux tranges qui lui dirent sa beaut, 
comme jamais d'autres ne l'avaient fait.
	Puis la comtesse cessa de se fasciner des reliefs mouvants 
de sa poitrine, dont elle dtacha enfin son regard.
	- Conserve la tige de la rose dans ta bouche et ne cherche 
pas  parler encore. Pour me rpondre, attends que je l'aie 
cueillie. Tu n'as qu'a hocher la tte, simplement, pour exprimer 
oui ou non, dit-elle. Sais-tu bien que tu es belle, tonnamment 
belle?... J'entends par l, belle d'une de ces beauts rares dans la 
nudit, rendue exceptionnelle de sensualit par des appas  
l'panouissement surminent?... Le sais-tu?
	Loriane hocha la tte affirmativement.
	Pascal avait dj dit cela... Mais Pascal n'tait rien d'autre 
qu'un homme, lui!
	Et cela ne l'empchait pas d'tre consciente de ce que, 
pourtant, dans le pass, dans le prsent, dans le futur, il en avait 
t, il en tait, il en serait pour penser tout autrement et la trouver 
un peu ronde... ou, plus hypocrite politesse, l'estimer trop bien en 
chair.
	- Es-tu reste, en partie, parce que tu as compris que tu 
tais de cette espce de femelle que je recherche, qui me plat plus 
qu'aucune autre?
	Loriane approuva pareillement, non sans quelque duplicit.
	- Sais-tu comment je dsire jouir de toi, de quelle manire je 
suis impatiente de te caresser?
	Loriane confirma de nouveau.
	- Et tu es l nanmoins... ou me faut-il plutt dire,  
cause?... Es-tu excite  la pense du comportement que j'aurai 
avec toi? Excite de faon crbrale, charnelle?... Assez pour que 
tes mamelons en durcissent, que ta fente s'en humidifie?
	Loriane leva et baissa plusieurs fois le menton en se sentant 
un peu rougir.
	Elle se percevait comme de plus en plus nue.
	- Veux-tu tre  moi, reprit Alecto de Torquemada, 
vraiment  moi?... J'entends, non pas seulement pour une 
exprience de quelques jours, de quelques semaines ou de 
quelques mois, mais pour des annes, sinon mme pour toujours, 
pour m'appartenir tout entire et me laisser disposer de toi  mon 
gr,  ma fantaisie, et ce que tu vives prs de ma personne ou au 
loin? Si oui, je cueillerai la rose de ta bouche; sinon, tu seras libre 
de partir ds demain.
	Implicitement ou explicitement, Scorpionne avait dj fait 
par trois fois  Loriane l'offre d'un tel choix: aprs l'avoir 
contrainte  assister aux tourments infligs  Mcia, aprs lui 
avoir fait servir du champagne par Joan, aprs l'avoir frappe et 
humilie enfin. A prsent, elle exigeait de nouveau d'elle une triple 
confirmation par le truchement des roses, laquelle serait cette fois 
dfinitive et sans appel.
	L'alternative clairement nonce, les consquences quasi 
sans limite, sinon certaines pour quelques-unes, que sa rponse 
allait engendrer dans son existence de demain, firent hsiter 
Loriane d'instinct durant deux ou trois longues secondes. En 
vrit, la comtesse n'avait pas jusqu'alors mentionn prcisment 
un choix aussi radical.
	Ce qu'Alecto de Torquemada proposait n'tait rien moins 
que le plus excessif... Et les femmes-cavales taient l, bien 
qu'invisibles, dans les Petites Ecuries, pour en donner l'exemple.
	Yegua!... Etait-ce l ce que Loriane deviendrait si 
Scorpionne venait  se lasser d'elle?
	Sans nul doute.
	Ce fut en songeant  cette ventualit plus que probable, 
mais en se refusant d'envisager un plus lointain avenir, quand les 
annes l'auraient fltrie, que Loriane, violemment mue, donna 
son muet assentiment, grise par l'oppressante sensation qui lui 
venait  tutoyer l'abime.
	- Approche-toi et penche-toi vers moi, que je cueille cette 
premire rose que tu me tends en gage de ton serment. Je veux 
pour cela que tu conserves les lvres serres, afin que les pines les 
pntrent et les griffent, exigea Alecto.
	Loriane se plaa  la convenance de cette dernire, buste 
inclin, seins pesants,  porte des doigts minces qui se levaient 
vers elle.
	Alecto saisit la fleur  pleine main, en froissa un moment les 
ptales, puis la tira schement, d'un seul geste. Les petites pines 
dchirrent la lvre infrieure de Loriane, la faisant sursauter et 
gmir de douleur. Tout de suite, la comtesse prit une mince palette 
de verre  l'aide de laquelle elle recueillit un peu du sang qui 
perlait  la bouche de la jeune femme, puis en dposa une goutte  
l'intrieur d'une des petites botes  pilules, d'or, qu'elle sortit de 
la vitrine.
	Le fond de l'objet miniature et prcieux comportait en tout 
trois alvoles; il en restait deux  garnir...
	- Par le sang de tes lvres, jures-tu d'tre  moi et de n'avoir 
d'autre volont que la mienne,  jamais? interrogea Scorpionne.
	- Je le jure, dit Loriane sans aucune hsitation cette fois, et 
en soutenant le regard dominateur que la comtesse braquait sur 
elle et qui la perait jusqu' la moelle.
	- Veux-tu tre  moi sans rserve, reprit aussitt celle-ci, 
m'obir en tout et te soumettre, sachant que je t'exhiberai devant 
qui bon me semblera, dans ce chteau ou en tel autre lieu qu'il me 
plaira, que tu seras battue, enchane, humilie, tourmente et 
caresse de mille manires, selon qu'il m'en viendra le caprice, en 
priv comme en public? Si oui, je cueillerai la rose qui fleurit ton 
sexe, que tu as laiss dpouiller pour l'amour de moi; sinon, tu 
partiras pour ne jamais revenir.
	- Je le veux, dit Loriane.
	Elle prsenta son bas-ventre, en ouvrant tout juste assez les 
cuisses pour qu'Alecto pt prendre la fleur et, non moins 
rsolument qu'elle l'avait fait pour celle de sa bouche, la tirer avec 
brutalit hors de son vagin.
	Loriane se cabra de douleur et jeta un cri aigu.
	De nouveau, la comtesse rcupra un peu de son sang 
vermeil pour en laisser tomber une goutte unique dans le second 
alvole de la bote bibelot.
	- Par le sang de ta vulve, jures-tu d'tre  moi et de n'avoir 
d'autre volont que la mienne,  jamais? rpta Scorpionne en 
ignorant les grimaces et les trmoussements de souffrance que 
Loriane ne parvenait pas  rprimer.
	- Je le jure, redit celle-ci avec une gale et douloureuse 
sincrit.
	- Veux-tu tre  moi pour toujours, demanda une dernire 
fois Alecto, jouir de dominer qui je t'accorderai de dominer, jouir 
d'tre esclave de qui je t'ordonnerai d'tre esclave, jouir 
d'humilier et d'tre humilie, jouir de fouetter et d'tre fouette, 
jouir d'aimer et d'tre aime, jouir de telles sortes et si 
violemment qu'il n'est permis  personne de le pouvoir ni mme 
l'esprer faire dans le monde commun, en tant dpendante de ma 
volont, sans doute, mais libre des conventions sociales, 
affranchie des lois et des interdits dicts par les hommes, dlivre 
de tous les concept moraux, et mme de ton identit, de ton nom 
qui ne sera plus jamais prononc aprs que je t'aurai rebaptise? 
Si oui, je cueillerai la rose de ton fondement; sinon...

	- Je le veux, murmura sourdement Loriane, sans permettre 
 la comtesse d'achever.

	Et elle se retourna pour prsenter sa croupe, creusant la 
taille afin de tenter Alecto de Torquemada du plus gnreux et 
provocant rebondissement de ses fesses. Puis elle serra les dents 
pour mieux se prparer  supporter le retrait de la tige et 
l'invitable dchirure.

	Elle eut l'atroce sensation d'tre pntre par une barre de 
fer rougie au feu. La douleur aigu la fit hoqueter, se raidir tout 
entire, puis lancer un cri strident tandis que ses yeux s'injectaient 
de larmes. Elle se planta les ongles dans les paumes, puis fit de 
nouveau lentement face  Scorpionne, les traits contracts par la 
souffrance, la poitrine et la gorge encombres de sanglots qu'il lui 
tait impossible de juguler.
	- Par le sang de ton anus, jures-tu d'tre  moi et de n'avoir 
d'autre volont que la mienne,  jamais? ritra la comtesse en 
dposant dans son logement la dernire goutte de sang qu'elle 
venait de prlever  la source sotrique des volupts si fortement 
prises jadis en Sodome.
	- Je... le... ju ... re, sanglota Loriane d'une voix rauque.
	Comment aurait-elle pu, mieux qu'ainsi, se promettre et 
s'accorder de manire plus solennelle et plus sincre? Qu'tait, 
compar  ce rituel tout  la fois paien et barbare auquel elle 
venait librement de satisfaire, le sacrement d'un mariage religieux 
dont les serments, tout bien considr, et pour engager beaucoup, 
se pouvaient violer aussi aisment sans qu'il y et  redouter, 
concrtement, aucun chtiment pour manquement  la parole 
jure?
	Elle venait, de faon dfinitive, absolue, irrvocable, de se 
donner de plein gr, totalement, sans rserve aucune, et pour aussi 
longtemps que le voudrait celle qui, seule, pouvait la dlier de son 
triple serment, comme le lui faire respecter par tous moyens 
coercitifs  sa convenance.

	- Tu rpondras dsormais au nom de Cyrane; c'tait celui 
de ma jument prfre avec laquelle j'ai appris  monter dans ma 
jeunesse et qui est morte aujourd'hui. Allons, dis-moi, comment 
t'appelles-tu, esclave de Scorpionne? interrogea Alecto de 
Torquemada en souriant.
	- Cyrane... Matresse, rpta docilement l'ex-Loriane.
	A vingt-quatre ans, et en vingt-quatre heures, descendante 
unique d'une noble et illustre ligne de matres, seigneurs 
orgueilleux de leur race, imbus de leur gloire, des rangs occups. 
de l'Histoire accomplie, elle s'tait faite, elle, Loriane de Rhynval, 
l'esclave Cyrane, d'un tre tout en mme temps divin et 
monstrueux... 


Trahit sua quemque voluptas.

(IX) - LE TEMPLE DES PLAISIRS VENENEUX

	Doa Alecto, comtesse de Torquemada par la naissance et 
de sa volont Scorpionne, femelle en capacit d'tre mle par sa 
monstrueuse conformation, crature suprme issue de 
l'improbable, de ce moment en possession d'une nouvelle esclave 
et la matresse absolue de celle-ci, prit le temps de refermer 
soigneusement la bote miniature, de la placer sur la plus haute 
tagre de la vitrine, seule, puis de disposer convenablement la 
rglette portant les anciens prnom, particule et nom, ainsi que le 
nouveau et unique nom de la splendide jeune femme qui, aprs 
d'autres, venait de lui consentir trois gouttes de son sang pour lui 
jurer son indfectible soumission.

	Cela fait, elle regarda Cyrane avec, dans ses yeux violets 
fascinants, l'clat d'une satisfaction intense.

	- A compter de cet instant, tu ne me verras plus que comme 
ta seule matresse, dit-elle d'une voix que Cyrane ne lui 
connaissait pas encore, sonore et empreinte d'inflexible autorit. 
Les trois gouttes de sang, que je viens de tirer de ta chair, aux 
trois endroits par lesquels tu peux tre prise ou te donner, sont le 
gage de ton triple et inviolable serment de m'appartenir. On ne 
divorce pas de Scorpionne!... On ne la quitte pas non plus, 
souviens-toi de cela!... Il n'y a que la vente... ou la mort, qui puisse 
affranchir de mon pouvoir celles qui se vouent  mon plaisir 
volontairement ou que j'oblige par la contrainte  me servir. Je 
peux dsormais disposer de toi  ma guise et selon ma volont, 
exiger de toi  n'importe quelle heure du jour et de la nuit 
l'assouvissement d'une envie, d'un dsir, d'un caprice... Sois pour 
moi une amante inventive et passionne, une complice fidle et 
dvoue, une esclave obissante et soumise, et je te serai bonne 
matresse afin que tu jouisses de toutes les plus voluptueuses 
extases que ton tre convoite, mais aussi de mes richesses 
immenses, comme de mes pouvoirs que je te dlguerai ds aprs 
que tu auras t dresse, instruite et physiquement remodele afin 
d'tre plus pleinement encore  ma convenance. Maintenant, 
regarde cette femme peinte sur ce tableau, et fais comme elle. Je 
veux te voir te prosterner  mes pieds ainsi qu'il te faudra 
l'accomplir en chaque occasion o je te ferai appeler devant moi 
pour la premire fois de la journe, comme tu le devras en 
chacune des circonstances o, sur mon ordre, il me plaira que tu 
rendes pareil hommage  l'une ou l'un de mes gaux,  savoir 
cuisses ouvertes et fesses haut leves pour que se rvle, par 
l'arrire, cette partie de toi  laquelle sera bientt fixe ma 
marque. Si tu n'es pas nue et porte une jupe ou une robe, il te 
faudra la retrousser. Alors, avec les seins crass sur le sol, les 
lvres poses sur le bout de l'une de mes chaussures, tu diras ceci: 
"Je suis votre esclave trs aimante, trs fidle et trs soumise, 
Matresse, dpendante de votre volont pour moi souveraine."
	Cyrane leva les yeux durant quelques secondes vers la toile 
se trouvant accroche au-dessus de la tte de Scorpionne, vit la 
pose de la femme reprsente, puis l'imita de son mieux.

	Elle s'agenouilla donc, les poignets toujours entravs et 
assujettis  l'arrire du collier, carta assez largement les cuisses, 
pressa sa poitrine contre le marbre glac du sol, posa ses lvres 
sur la mule gauche de la comtesse, et leva haut la croupe enfin. 
Ainsi, elle rpta mot pour mot la formule qui venait de lui tre 
dicte, en articulant trs distinctement chacun d'eux, avec un 
timbre clair, un ton assur, mais cependant comme si la partie 
d'elle-mme qui parlait, qui se trouvait prsente et nue en ce lieu, 
tait autre que celle qui constituait son essence vritable... A 
moins que ce ne ft trs exactement le contraire.
	En prenant sa dcision, elle n'avait pas pour autant mis un 
terme  la dualit de son tre, dualit qu'en la renommant Alecto 
n'avait fait qu'accentuer.
	Celle qui s'tait appele Loriane de Rhynval n'prouvait 
qu'humiliation mordante  s'avilir de la sorte quand, en revanche, 
Cyrane s'en bouleversait d'un pre mais intense plaisir.
	Scorpionne releva sa robe de dentelle avec lenteur, jusqu' 
son ventre, puis ouvrit elle aussi les genoux, dvoila son 
ambivalence sous son pubis si soigneusement pil.
	- Je veux tout d'abord jouir de ta bouche, sans contrainte 
cette fois, et  l'instant, exigea-t-elle d'une voix aux inflexions tout 
d'un coup redevenues rauques de dsir.
	Avec, de nouveau, devant les yeux, la matrialit de cet 
tonnant phnomne sexuel, Cyrane ne put s'empcher de songer 
une fois encore  la verge d'un grand chien. Comme l'organe 
animal, l'rection dresse au bas du ventre de la comtesse tait 
effile, carlate et lisse, sans dmarcation visible entre la hampe et 
le gland, extraite dans sa totalit de ce qui semblait bien plus un 
fourreau qu'un prpuce.
	Dominant la rpugnance instinctive que lui faisait toujours 
prouver l'incohrente virilit, et recherchant dans ce dgot le 
moyen aberrant de s'exciter, elle s'approcha  genoux de la 
monstruosit gnitale, ouvrit les lvres et captura de sa langue le 
dard turgescent jaillissant de la vulve glabre, semblable au germe 
issu d'une graine lisse et satine.
	Scorpionne trahit son plaisir par un long gmissement 
sourd et poussa son bas-ventre au-devant du visage de Cyrane, 
mais sans rien de cette brutalit dont elle avait fait preuve au 
cours de l'aprs-midi. Puis elle se saisit de ses seins par-dessus sa 
robe,  deux mains, pour les caresser, les ptrir et en pincer les 
mamelons dont les petits ttins aciniformes, rose-sombre, se 
dardaient insolemment en mergeant par les ajours de la dentelle.

	- Ah! comme je voudrais que tu eusses plusieurs bouches, 
avec autant de langues et de dents, pour me sucer comme tu le 
fais, mais me lcher aussi la vulve et l'anus, m'embrasser et me 
mordre le bout des seins! regretta-t-elle.
	Sa voix devenait de plus en plus rauque.
	La rpulsion de Cyrane s'tait dissoute. Le visage avanant 
et reculant, elle s'attachait maintenant  l'obtention de la semence 
que, de ses lvres et de sa langue, elle savait pouvoir faire 
s'exprimer. En songeant encore  Pascal, elle agissait et faisait ce 
qu'il fallait comme si la mince colonne de chair virilise et 
appartenu au corps d'un homme, bien que l'odeur ne ft pas du 
tout la mme et en dpit de ce que, en place de testicules, elle ne vit 
que les lvres paisses d'une vulve billante, luisantes elles aussi 
d'humidit.
	Elle n'osait envisager que le sperme d'Alecto de 
Torquemada pt tre fcond, moins encore que son vagin aboutt 
 un utrus reli  un ovaire capable de pondre et la pouvant 
rendre fertile.
	L'onction gluante lui gicla dans la bouche, d'une saveur 
moins doucetre que celle de Pascal dont il lui semblait conserver 
le souvenir, mais en revanche plus poivre, un peu sale mme. 
Elle n'avait pas fait attention  cela dans le bureau- bibliothque, 
alors bien trop intensment trouble pour que sa conscience lui 
accordt la facult d'enregistrer ce genre de dtail.

	En tous cas, la quantit, elle, n'y tait pas!

	Une fois encore, Scorpionne s'tait dlecte en silence.
	Sans la remercier, mais sans non plus ritrer aucun 
reproche  propos de son inhabilet dans l'acte fellatoire, elle 
permit  Cyrane de se relever et, sans baisser sa robe, continuant 
 se montrer avec une parfaite irnpudeur, elle s'adressa  Duea 
qui, pendant tout ce temps, tait derneure  l'cart, immobile et 
muette, sans rien perdre de ce qu'elle voyait et entendait.
	- Lady H! veuillez  prsent ouvrir le rideau, je vous prie, et 
placer doa Cyrane en attente de ma volont! Vous trouverez sa 
parure particulire dans ce coffret, l, devant moi, excute pour 
elle et  ses mesures exactes. Ensuite, il serait judicieux que vous 
prissiez le temps d'adopter l'une de vos tenues plus lgres, qui 
conviennent mieux, je le crois,  l'exercice actif de vos fonctions de 
rectrice, ordonna- t-elle, mais en retrouvant naturellement le ton 
calme, chaud et caressant qui lui tait habituel, dont elle ne s'tait 
dpartie que pour exprimer  l'gard de Cyrane plus d'imprieuse 
autorit tout d'abord et, voil un instant, le regret qui lui venait 
de ce qu'elle n'et qu'une seule bouche pour servir et satisfaire 
son dsir.

	L.a femme en noir acquiesa d'un hochement de tte, sans 
dire un mot ni se dfaire de son air revche, puis elle marcha, avec 
la mme raideur que Cyrane lui avait dj vue, en direction du 
vaste rideau de velours noir, dont cette dernire avait pens, en 
dcouvrant le lieu, qu'il tait destin simplement  masquer une 
cloison. En ralit, il servait plus utilement  diviser la pice en 
deux parties tout  fait similaires quant  la surface et au volume. 
Repouss compltement du ct de la porte, la seule qui ft visible, 
il restitua  la salle la forme du cylindre qu'elle tait, un cylindre 
au diamtre de base double de celui de sa hauteur. Toutefois, un 
ou plusieurs autres rideaux, de mme velours et de mme couleur, 
cachaient toute la paroi qui venait d'tre rvle. Dans cet espace 
nouveau, tait un surlvement de marbre carr auquel on 
pouvait accder de tous cts par trois marches et, au centre de 
celui-ci, une sorte de grande et paisse roue pareille  celles 
d'anciens chariots, mobile  l'vidence, laque de rouge vif et 
cercle de bronze dor. De place en place, sur le pourtour de cette 
roue aux dimensions plus consquentes que nature, mais aussi sur 
son moyeu et ses rais, se voyaient de nombreux pitons et anneaux 
de fixation.
	Mais ce n'tait pas tout!
	Dans l'axe vertical de la roue, laquelle voquait de faon 
irrsistible l'instrument de supplice fort pris au moyen-ge, 
suspendu ou plus exactement solidaire d'une barre cylindrique, 
verticale elle aussi, qui passait  travers le plafond par le 
truchement d'un coussinet, un imposant tridre de mtal dor 
compltait le dispositif. D'une base gale au diamtre de la roue, 
surplombe de la sorte par sa masse, soit deux mtres environ, ce 
dernier tait pareillement pourvu de crochets et d'anneaux  
mousqueton.
	On aurait sans doute pu, en toute scurit, y accrocher le 
plus norme de tous les boeufs!

	Le choeur de ce temple, vou  l'vidence aux perversions 
sadomasochistes, dont la ralisation, ne ft-ce que pour ce que 
Cyrane en voyait dj, avait d ncessiter des sommes folles, tait 
tout  la fois, aussi bien dans sa conception que dans la richesse de 
ses matriaux et l'harmonie de ses couleurs, d'un baroque 
somptueux et dlirant, d'une vision oppressante et d'une efficacit 
assurment redoutable.
	Quelle chsse plus splendide une esclave sexuelle pouvait-
elle rver afin qu'y ft contraint le joyau de sa nudit?
	Quand Scorpionne ouvrit le coffret de cuir noir et montra 
les entraves qu'elle lui destinait, quand Duea, alias Lady H, la 
libra des bracelets et du collier que lui avait imposs Joan, mais 
pour lui ordonner de tendre aussitt ses poignets  peine dlivrs, 
sans mme lui accorder le temps de dtendre ses bras alourdis par 
l'ankylose, ce fut avec une espce de feu courant dans ses veines 
que Cyrane obit, presque impatiente maintenant de monter  cet 
autel sur lequel elle brlait d'tre sacrifie.

	Cyrane tait bien... dlicieusement bien.
	Elle tait telle qu'en ses fantasmes, nue, entrave, aux 
regards non pas d'un homme mais d'une femme... enfin, d'un tre 
qui tait tout en mme temps un peu plus et un peu moins que l'un 
ou l'autre.

	Elle le savait  prsent: cela faisait des annes qu'elle rvait 
plus ou moins consciemment  un pareil moment.

	Elle le savait  prsent: Scorpionne pouvait la soumettre 
sans retenue  n'importe laquelle de ses fantaisies. Elle avait 
licence de tout se permettre sur sa personne, y compris le pire, 
sans que quiconque intervint ou s'en proccupt jamais.

	Elle le savait  prsent: quand bien mme elle hurlerait  se 
rompre la gorge  rclamer une aide, il ne lui viendrait nul 
secours pour la faire s'chapper de ce donjon, dont aucune de ses 
clameurs les plus stridentes ne passerait la muraille colossale.

	Elle le savait  prsent: quoi que l'on lui impost en ces 
lieux, il le lui faudrait subir, du divin au terrible, de l'atroce  
l'indicible.

	Et, de l'angoisse qui l'treignait  songer  cela, lui venait 
un ineffable plaisir.
	Duea avait extrait du coffret une sorte de collier, lequel 
tait constitu de deux demi-cylindres articuls, de mtal jaune, 
d'une largeur d'environ huit centimtres et d'une paisseur d'au 
moins cinq millimtres, superbement cisel de formes fminines 
diversement lies et contraintes, et pourvu de quatre anneaux 
oblongs opposs deux  deux, qu'elle avait en un mouvement 
unique dispos et ferm autour du cou de Cyrane qui, dans 
l'instant, en avait senti le poids considrable. Ensuite, elle avait 
par et alourdi chacun de ses poignets d'un pais et large bracelet 
de mme matire, dont la facture et le systme de fermeture 
taient identiques, mais qui ne comportait qu'un anneau.

	Ces nouvelles entraves de mtal taient munies, elles aussi, 
de ce verrouillage invisible qui quipait le collier et les bracelets de 
cuir, qui se bloquait par simple pression.

	- Les fers que je te donne, qu'aucune autre jamais n'a 
ports, sont d'or massif, avait expliqu Scorpionne. Sous les 
anneaux, leurs oeillets de fixation et les dispositifs de fermeture 
sont de bon acier, mais recouverts d'un solide plaquage. Ils 
constituent, ensemble, la plus luxueuse des parures, et bien des 
femmes qui se prtendent libres t'en envieront le prix. Tu les 
porteras en toutes circonstances, tant nue que vtue, tant ici 
qu'ailleurs, tant en priv qu'en public, ainsi que les autres joyaux 
dont je compte te faire prsent.
	Cyrane ignorait quand et par qui seraient ouverts jamais 
ces fers, qui taient d'or, afin qu'elle pt procder  sa toilette, et 
si on lui apprendrait o trouver les clefs correspondant aux 
minuscules serrures qui s'y voyaient.
	Le cou et les membres ainsi rendus pesants, arborant en 
l'tat une authentique fortune, elle tait monte sur la roue pour 
s'avancer jusqu'au moyeu, d'un diamtre de trente ou quarante 
centimtres environ, et s'tait laisse fixer par les poignets  un 
tiers de longueur de chacune des extrmits de la barre figurant la 
base du triangle faisant face  la moiti de la salle o se tenait 
Scorpionne.
	Enfin, dcouvrant une niche profonde, dont les dimensions 
se pouvaient comparer  celles d'une armoire de belle taille, 
laquelle se trouvait discrtement cache par un pan de mur 
coulissant, qui abritait une grande quantit d'accessoires de toutes 
natures, dont un seul regard suffisait pour apprendre que tous 
taient destins  contraindre, forcer et violer, corriger et 
tourmenter de manires innombrables, Duea avait actionn un 
levier du tableau lectrique log dans cette niche, et la barre 
cylindrique retenant le tridre tait remonte lentement vers le 
plafond, jusqu' ce que Cyrane et les bras maintenus levs, mais 
non pas rellement tirs.
	Puis elle s'tait clipse, laissant la comtesse et Cyrane, la 
matresse-amante et l'esclave-favorite, face  face.
	Maintenant, profitant du calme avant la tempte, reposant 
la tte contre son bras droit, les paupires closes et laissant flotter 
un lger sourire de bien-tre sur les lvres, dhanche mais sans 
trop d'exagration, genoux  peine chevauchants, figurant de tout 
son corps une attitude de relatif abandon, ne ressentant plus que 
sourdement la double brlure lancinant son sexe et son 
fondement, Cyrane jouissait avec dlectation de se savoir captive, 
vulnrable, honteusement dnude,  la merci de la femme, du 
seigneur, de la dominatrice, du despote, de la tyranne  qui elle 
allait devoir, jour aprs jour, nuit aprs nuit, douceurs et plaisirs, 
flicits et volupts, jouissances et ivresses... mais tout autant 
confusions et hontes, humiliations et avilissements, angoisses et 
dtresses, tortures et supplices, douleurs et souffrances... et puis 
encore fivres et griseries, indfiniment peut-tre.
	Elle se rappelait avec plus d'motion que jamais cette 
premire fois o elle avait t attache, humilie, battue... et aprs 
cela envahie d'un trange et imprieux dsir.. cet t-l de ses seize 
ans.
	Combien elle se doutait peu alors que, d'pouvantable, une 
telle situation lui deviendrait un jour dlectable!
	Enfin, elle se sentait dans un tat et un dcor conformes  
ses obscures passions.
	Enfin, ses dlires les plus fous devenaient ralits!
	Enfin, elle n'aurait plus  s'interroger,  douter,  dcider 
et risquer de se tromper!
	Enfin, qu'elle et fait ou non une erreur, le sort en tait jet. 
Il ne lui faudrait plus, dsormais, qu'obir et subir, et en cela 
trouver cote que cote une forme de bonheur
	Tout  l'heure encore, dans sa chambre, quand elle tait 
libre, elle ne s'tait pas vritablement rendu compte que, 
acceptant de recevoir en elle les trois roses symboliques, elle se 
trouvait aussi proche d'un vritable accomplissement de ses 
fantasmes obsdants.
	Ha! combien tait aigu, en cette minute, la perception 
qu'elle avait de l'ampleur impudique de ses seins, de 
l'inconvenante immodestie de sa croupe, de toute sa nudit, plus 
nue d'tre imberbe, pare de ses entraves tant riches, tant larges 
et si pesantes, qui tincelaient tels les plus magnifiques joyaux de 
honte qu'elle et jamais rv de porter!
	Ha! elle allait tre humilie, fouette, comme tant et tant 
d'annes plus tt au bord de cette rivire-jeu de son enfance... 
mais aussi viole, sodomise et tourmente avec des pinces et des 
aiguilles, de ces orties qu'elle hassait, abreuve d'outrages et de 
svices qui la feraient souffrir et pleurer, se dbattre et sangloter, 
se convulser et crier, puis supplier, puis implorer, vainement elle 
le savait... et puis peut-tre jouir, mais seulement peut-tre!
	Car telle tait la rgle dicte par Scorpionne: honte et 
douleur en certitude; plaisir et volupt en esprance.
	Se pouvait-il qu'Alecto de Torquemada prouvt autant de 
bonheur  la possder qu'elle-mme  lui appartenir?
	Elle avait peur; elle tait bien.

	Il y avait certainement au moins une heure que Cyrane 
tait ainsi contrainte, mais elle ne s'en lassait pas.
	Et puis elle sentit, plus proche, le parfum subtilement pic 
de Scorpionne.
	Elle redressa lentement la tte et ouvrit les paupires, tout 
en continuant  sourire, pour voir la comtesse non loin d'elle, 
debout sur le bloc de marbre, tout contre la roue.
	- Tu parais tellement heureuse, dit cette dernire d'un air 
songeur, que l'on est bien forc de croire que tu n'attendais 
rellement que de vivre ce moment.
	- Oui, Matresse, je l'attendais de tout mon tre, depuis bien 
longtemps, depuis toujours peut-tre, confirma Cyrane d'une voix 
passionne.
	- Mais tu n'as jamais trouv en toi le courage de t'avouer 
ou, du moins, d'assumer ces pulsions masochistes qui 
t'assigeaient, que tu refoulais comme les manifestations d'une 
tare honteuse au plus profond des secrets mandres de l'tre, 
prfrant t'exciter de vains fantasmes qui, s'ils t'obsdaient de 
dsirs violents et te tourmentaient de frustrations amres, ne te 
faisaient cependant pas courir grands nsques de te voir considrer 
comme une dtraque sexuelle, juger indigne et rejeter par les 
tiens. C'est bien cela, n'est-ce-pas?
	- Oui, Matresse, c'est la vrit. J'ai voulu, comme Joan, 
recourir aux services d'une professionnelle, mais je n'ai pas os 
passer  l'acte... par honte... par lchet.
	- Ressens-tu de la honte  tre de la sorte entrave l, 
devant moi, toute nue?... Ressens-tu les effets de ta pudeur 
blesse?... Ressens-tu de la crainte  imaginer ce qu'il m'est 
possible de te faire infliger?
	- Oui, Matresse, mais ici cela m'est dlicieux.
	- Patience, je m'arrangerai pour te faire subir des affronts 
d'une telle qualit que les sensations que tu en prouveras te 
sembleront infiniment plus corses!... Mais devines-tu l'espce 
d'impatience qui moi me ronge  te regarder?
	Cyrane le savait, bien sr! N'tait-ce pas la principale des 
raisons qui faisaient qu'elle tait l, perche sur la roue, entrave 
 la pyramide de mtal dor.
	- Oui, Matresse, dit-elle, vous n'avez pas de plus grand 
dsir que celui de me voir bondir et de me dbattre sous le fouet, 
de m'entendre hurler et sangloter de souffrance... Je n'ignore pas 
combien une femme est excitante quand elle se tord et s'agite 
follement  chaque morsure brlante des lanires qui la cinglent... 
et plus encore lorsque ses formes sont, comme les miennes, 
opulentes en leurs parties les plus fminines.
	- C'est en effet ce que tu as longuement dvelopp dans ton 
livre pour expliquer la propension qu'avaient les inquisiteurs  
faire infliger le fouet aux femmes qu'ils devaient questionner ou 
chtier. Mais as-tu jamais, toi-mme, t flagelle?.. Non pas de 
quelques coups de lanire dont je te souponne d'avoir 
l'exprience, mais bien rellement, patiemment, longuement et 
impitoyablement fouette? 
	- Non, Matresse, cela ne m'est jamais arriv, fut bien force 
d'avouer Cyrane. 
	- Tu vas beaucoup souffrir, querida mia. Si, sufrir, mucho, 
mucho...
	En lui promettant la douleur, Scorpionne tendit une main 
vers Cyrane et se mit  lui caresser doucement les seins, les flancs, 
la taille, puis les hanches et les fesses, la faisant tressaillir, encore 
qu'elle se rendt compte qu'elle tait flatte  la manire dont on 
rcompense un animal... et plus spcialement une monture.
	Et puis cela changea.

	Alecto de Torquemada devint fbrile.
	Elle parcourut le corps de Cyrane de baisers avides, puis se 
fixant  la pointe de ses seins, elle les sua et les mordit jusqu' ce 
que celles-ci en fussent rendues douloureuses.
	- Plus tard je ferai percer tes gros mamelons, non pas avec 
ces fers de mtal vil, pais et lourds, que j'impose  mes dchues, 
mais avec de fins joncs portant de petites chanettes d'or. Je ferai 
de ton corps le plus tourdissant et le plus riche qui soit. Tu es  
moi!... Tu es  moi!... Tu es tout entire  moi, s'exalta-t-elle en 
l'embrassant, la lchant et la mordillant.
	En semblant se repatre de l'odeur de sa peau, elle alla  son 
ventre avec lenteur telle, et si nervante, que le corps de Cyrane se 
mit  ragir de lui-mme et que son sexe s'inonda de lave ardente.
	Avec une fermet et une autorit non entirement 
dpourvues de douceur cependant, elle lui carta finalement les 
genoux et plaqua son visage dans la fourche chaude et lisse de ses 
cuisses.
	Les muscles de Cyrane rpondirent instantanment et son 
bas-ventre esquissa les mouvements lascifs du cot.
	- Tu aimes les hommes, hein?... Tu n'aimes que les 
hommes?
	La voix de Scorpionne recelait soudain le dpit et une 
sourde menace.

	- Je ne sais pas, Matresse... Je ne sais pas, souffla Cyrane, 
je n'ai jamais fait l'amour avec une femme.
	La langue qui s'enfona en elle tait longue, pntrante, 
agile et si habile qu'elle la fit gmir; la bouche vorace tait si vive, 
si savante  stimuler son clitoris en vibrations et morsures, qu'elle 
dut se dominer pour ne pas cder aussitt au transport et se 
cabrer d'une volupt qui la surprenait et qu'elle ne voulait pas que 
subir mais savourer.
	Pascal s'tait trop ingni  retarder ses orgasmes, elle avait 
trop appris elle- mme  les diffrer, pour ne pas rechercher, 
d'instinct, mme en cet instant, la plus grande plnitude d'un 
spasme.
	Elle refoula de toute sa volont l'onde de plaisir naissant et 
se tendit vers une plus dense concentration.
	Cette passivit volontaire, affecte, mais qu'on ne lui 
expliquait pas, transforma Scorpionne en une tigresse rageuse.
	Elle mordit durement le clitoris de Cyrane et la fit crier de 
douleur, puis l'abandonna en la laissant insupportablement 
frustre, au-dessus d'un vide effrayant,  mi-chemin des rives du 
plaisir et de la souffrance.
	Elle redescendit tranquillement du surlvement de 
marbre, alla prs de la porte pour tirer un cordon d'appel et, cela 
fait, retourna s'asseoir  la mme place, exactement en face de 
Cyrane dont tous les muscles vibraient, perdue au centre de tous 
ces canaps accols sur lesquels pouvaient s'installer au moins 
trente personnes, prit un nouveau cigare qu'elle plaa avec soin 
entre ses lvres carmines pour l'allumer et se mettre  fumer 
avec dsinvolture, tout en considrant la nudit captive de sa 
nouvelle esclave rveusement.
	La porte qui se rouvrit peu aprs fit prouver  Cyrane la 
sensation d'un petit pincement au coeur.

	Cyrane faillit bien, dans l'instant, et comme cela s'tait dj 
produit avec Joan, ne pas reconnatre dans la femme qui 
s'approchait celle qui l'avait reue un moment plus tt  la porte 
du dojon et, plus rcemment, qui l'avait attache  la pyramide 
suspendue.

	Non seulement Duea ne portait plus la longue robe sous 
laquelle se dissimulaient les contours de sa silhouette, laquelle 
tait  prsent rvle, mais elle s'tait pare d'une perruque  la 
chevelure blond ple, coiffe  la lionne, qui modifiait 
sensiblement J'apparence de son visage, qu'elle avait par ailleurs 
refard de faon radicalement diffrente.
	Paraissant ainsi beaucoup plus jeune, plus belle et d'une 
mine plus avenante, elle n'tait pas non plus aussi maigre que 
Cyrane l'avait cru tout d'abord.
	De fait, la rectrice anglaise tait mince, certes, mais elle 
tait galement fort bien proportionne.
	Ni ses seins, rehausss et pigeonnants dans les demi-bonnets 
balconnants du bustier qui la serrait jusqu' la taille, ni ses fesses 
pommes, dbordantes d'un slip troit, ni ses cuisses longues, 
singulirement barres par trois jarretelles chacune, rien de tout 
cela n'tait vritablement menu, mais svelte tout au plus.
	En sous-vtements, bottes laces, gants montant  mi-bras 
et bas fins, les premiers de chevreau noir, les derniers de voile 
d'une finesse impalpable et de mme teinte, la femme conservait 
encore bien des atouts de sduction malgr son ge... qu'on ne lui 
donnait plus du tout maintenant.
	- Vous voil bien apptissante, vtue de la sorte, Lady H, 
commenta Alecto de Torquemada en souriant, comme si elle la 
voyait ainsi pour la premire fois.
	- Mil gracias, Seora condesa, rpondit seulement Duea.
	- A propos, reprit Scorpionne, vous ne m'avez pas encore 
fait part de votre opinion concernant ma nouvelle favorite!... 
Allons, dites, comment la trouvez-vous?
	La femme hsita durant quelques secondes avant de 
formuler sa rponse.
	- La figure est beaucoup mieux que belle, commena-t-elle, 
la silhouette est grande et incontestablement sensuelle, la taille est 
fort troite, le ventre subtilement bomb et lisse, les cuisses sans 
aucun doute admirables, les jambes et les bras superbes, les 
paules rondes et harmonieuses... Elle n'a pas vraiment de 
cellulite encore ni aucune vergeture visible...
	- Mais?... l'interrompit la comtesse en riant franchement.
	Duea poussa un petit soupir excd, puis elle se rattrapa 
dans le mme temps en esquissant un lger sourire... comme pour 
se faire pardonner ou le soupir ou ce qu'elle allait dire.
	- Eh bien, Seora condesa, ne faites donc pas l'innocente 
avec moi, voyons! Puisque vous me fournissez en filles, par un 
chaleureux retour des quelques services que je vous rends, vous 
n'tes pas sans savoir que, pour ce qui est de mon usage personnel, 
je les prfre de loin beaucoup plus jeunes, petites et minces, voire 
mme menues, tels de dlicats bibelots. J'aime que dans mes bras 
elles se sentent fragiles, qu'elles me donnent l'envie de les choyer..
	- Si!... A bons coups de martinet ou de cravache! coupa de 
nouveau Alecto de Torquemada en continuant  rire et sans 
paratre du tout s'offusquer de ce que le ton de la femme ft 
devenu  son gard trs nettement familier.
	- Bah!... fit Duea en haussant les paules, pour revenir  
celle-ci, elle n'est d'abord plus assez jeune et sa beaut se fanera 
bientt, mme en tenant compte des interventions auxquelles vous 
ferez sur elle procder. Et puis elle ne vous serait pas d'un bien 
long usage si, vous en lassant comme favorite, vous dsiriez en 
faire quelque jour une cavale de luxe! Je pense mme que vous ne 
parviendriez jamais  la faire dresser  temps pour tre monte 
ou attele en course, et la voir, surtout, remporter quelque succs. 
Vous devriez sans doute vous contenter de l'exhiber  l'attelage de 
promenade. Voyez Ragmarhi, qui n'a pourtant que vingt-trois 
ans, mais est dj parfaitement dresse et a couru  de 
nombreuses reprises... Ne fatigue-t-elle pas et ses rsultats ne sont-
ils pas moins bons?
	- Je ne vous ai jamais confi qu'un tel projet tait si peu que 
ce ft dans mes intentions, mi querida amiga. Cyrane est destine 
 vivre auprs de moi dans de tout autres conditions. Mais 
encore?...
	- Je ne vois pas de relle sduction, contrairement  vous 
qui partagez ce got avec la plupart des hommes, dans le fait 
qu'une femme soit pourvue de tels dveloppements mammaires et 
fessiers. Songez  l'Autrichienne, cette Ingrid que vous avez 
vendue voil huit ou dix mois, et essayez d'imaginer celle-ci, 
comme elle,  la quarantaine passe: la taille paissie, les cuisses 
envahies de graisse et de cellulite, le ventre prominent et puis, 
surtout, la croupe plus vaste et plus lourde que celle d'une jument 
poulinire, les mamelles, dont je sais que vous convoitez de lui voir 
normes ainsi qu' vos prcdentes favorites, rendues pesantes et 
tremblant au moindre de ses mouvements comme des amas de 
glatine... Pouah!... Toutefois, en attendant l'invitable, je vous 
concde bien volontiers que c'est l la plus belle de toutes celles 
que j'ai vues jusqu'ici en ces lieux. Et, si j'estime, en fonction de 
mes propres canons de la beaut, que pareilles gnrosits de 
formes sont tout  la fois disgracieuses et inconvenantes, je 
reconnais cependant qu'elles sont parfaites pour l'application de 
bonnes et solides lanires. Sur de tels volumes, aussi opulemment 
exprims, on peut y aller de trs bon coeur, longtemps et sans 
danger!
	- Nous nous rencontrerons donc toujours d'accord sur ce 
point le plus essentiel, approuva Scorpionne qui avait cess de 
rire. Ainsi donc, en cela du moins, Cyrane vous inspire?
	- Oh! quant  cela, vous pouvez en tre sre! J'oserais 
soutenir, mme, qu'elle est mieux qu'idale. Mais comment 
dbuterons-nous avec elle?... Par une bonne sensibilisation 
cutane aux orties,  la brosse  chiendent ou  l'trille, aux 
rvulsifs?... Avec des ttes de clous rougies ou  la cire chaude, 
peut-tre?
	En entendant cela, Cyrane sentit son sang se glacer.
	- Non, non, Lady H, non! refusa Alecto de Torquemada. 
Nous devons rserver ces raffinements pour plus tard, bien plus 
tard!... Alors que j'aurai besoin de stimulations plus pimentes 
pour contrarier les effets de l'habitude. Procdons plutt de 
manire plus... traditionnelle, et apprenons-lui simplement les 
effets de la flagellation en lui avivant et chauffant 
convenablement les fesses afin de la mettre en condition... Ensuite, 
quand plus rouge que le cul d'un singe la croupe lui cuira comme 
il convient, nous aurons alors tout notre temps pour lui servir le 
plat de rsistance et quelques entremets. Pour ce qui est du 
dessert, nous verrons  y pourvoir au moment opportun. Aussi, 
commencez donc par une bonne entre chaude, puisqu'elle vient 
de refuser de savourer pleinement les hors-d'oeuvre que je voulais 
lui offrir.
	- Vous avez raison, Seora condesa... comme toujours, 
admit Duea avant de grimper  son tour sur la plateforme de 
marbre.

	Elle s'approcha de Cyrane et la fit tressaillir en lui palpant 
les seins, puis les fesses, du bout de ses doigts gants, pour en 
apprcier la texture de l'piderme et la fermet des chairs. Aprs 
cela, sans commentaire, elle quitta le praticable pour aller vers la 
niche demeure ouverte. Elle y fit choix soigneusement de 
l'instrument qu'elle estimait tre le mieux appropri, et le fit 
siffler devant elle deux ou trois fois.
	C'tait un genre de martinet, fait d'un superbe manche en 
acajou faonn en forme de phallus de belle taille, dont le gland 
ovode,  lui seul, avait une grosseur  faire frmir. Il tait pourvu 
solidement de cinq lanires d'environ soixante centimtres de 
rongeur, plates et larges de six ou sept millimtres. Lisses, sans 
aucune arte vive, elles avaient t tailles dans un cuir ambr, 
patiemment assoupli dans de nombreux bains d'huile.

	Aprs ce qu'elle venait d'couter, Cyrane vit l'instrument 
non sans prouver de relles craintes.

	- J'aimerais que les glaces fussent dcouvertes, prcisa 
d'une voix douce Alecto de Torquemada.

	Sans rpondre autrement qu'en s'excutant, et alors qu'elle 
se prparait  revenir vers le surlvement, Duea, ou Lady H, 
ainsi que prfrait la nommer Scorpionne, laquelle devait avoir 
pour cela de bonnes raisons, se retourna vers la niche, actionna 
l'un des leviers du tableau lectrique, et, dans un bruit 
caractristique de tringlerie, les rideaux placs sur les cts et 
derrire la plateforme de marbre glissrent pour rvler toute une 
succession d'troits et hauts miroirs, dans lesquels Cyrane put 
immdiatement voir, tant  gauche qu' droite notamment, sa 
nudit reflte en deux ou trois douzaines d'exemplaires,  chaque 
fois reproduite sous un angle diffrent.

	De la sorte, et bien qu'elle fit face  Scorpionne, il n'tait 
pas une partie d'elle-mme que celle-ci ne pt voir parfaitement.

	- Puis-je commencer,  prsent? demanda Duea en venant 
d'un pas paisible se positionner derrire Cyrane.

	- Faites, Lady H, faites! accorda Alecto, mais faites-le avec 
fermet! Je la devine potentiellement capable de jouir un prochain 
jour des brlantes caresses d'un bon fouet, mais je ne veux pas 
qu'il en soit ainsi cette nuit. Je ne veux que la voir souffrir et 
l'entendre hurler, et rien que cela. Je veux que, bien avant la 
jouissance, elle apprenne  associer intimement la honte de la 
nudit et la peur de la douleur, sans prouver le plus infime 
soupon de plaisir. Elle doit tout d'abord me craindre, vous 
comprenez?
	- Vous pouvez compter sur moi, Seora condesa, vous le 
savez bien! affirma Duea en riant avec un rien de mchancet. Je 
vais la faire sauter et bondir, se trmousser et se tordre, crier et 
hurler, et puis supplier, et pleurer, et sangloter, ainsi qu'elle n'a 
sans doute jamais fait de toute sa vie... et ce avant longtemps!
	L'orgueil de Cyrane s'insurgea contre cette assurance 
empreinte de mpris. Elle rsolut de s'opposer aux certitudes de la 
correctrice en faisant appel  tout son courage,  toute sa volont, 
et  rsister autant qu'il lui serait possible de dominer la douleur. 

	L'amour-propre engendre de ces sortes d'illusions... 


(X) BRULANTES IVRESSES

	Duea tait experte... trs experte!
	Ds le premier coup de l'instrument, que celle-ci lui 
appliqua,  toute vole lui sembla-t-il, Cyrane put s'en rendre 
compte  ses dpens. Elle eut un vif sursaut de douleur  l'impact 
des lanires qui claqurent en ventail resserr  la surface ronde 
et fastueusement panouie de son derrire, dont le tendre 
piderme frissonna et se marbra aussitt du passage des cuirs 
souples et adhrents.
	Bien que flexibles, parfaitement lisses, soigneusement 
huiles, les bandes cinglantes taient relativement paisses. 
Lourdes, elles dprimaient les chairs opulentes en les heurtant.

	Non, le martinet dont se servait Duea n'tait aucunement 
l'un de ces objets de fantaisie, bien plus symboliques qu'efficaces, 
dont certains pouvaient user pour des simulacres, tant s'en fallait!
	Cyrane eut mal, instantanment, bien plus mal qu'elle 
n'aurait cru, qu'elle ne s'y tait attendue, sinon prpare, en 
conservant, inestimable et obsdant, le souvenir de son unique et 
lointaine correction que l'ignoble Guy lui avait inflige  l'aide de 
sa ceinture, et comme prlude  la friction de son postrieur aux 
orties fraches.
	Elle sut que ses traits se crispaient dans une expression de 
soudaine et douloureuse surprise, qu'elle ouvrait de grands yeux 
incrdules tout en vibrant avec scheresse, un peu comme la corde 
d'un arc aprs le dcocher de la flche, jusqu'aux pointes si 
fortement prominentes de ses mamelons, mais elle eut assez 
d'orgueil et de volont pour ne pas se laisser aller  gmir. En se 
mordant les lvres, elle songea qu'elle ne voulait pas donner  
cette femme, qui la flagellait pour la premire fois rellement, le 
plaisir de pouvoir se glorifier plus tard d'un aussi facile succs.
	D'instinct, elle tourna la tte de ct afin d'pier, par le 
truchement des miroirs, les gestes de la mince rectrice place 
derrire elle. Puis elle se raidit tout entire, les dents serres, en 
guettant la venue du second coup. La douleur engendre par le 
premier impact multiple s'estompait  peine, sa peau commenait 
seulement  s'en chauffer alentour, quand les lanires se 
plaqurent de nouveau sur ses reins, mais un peu plus haut. 
Tressaillante, elle parvint cependant  conserver une immobilit 
relative et silencieuse, pleine de dignit.
	La dignit!...
	Quelle valeur pouvait bien conserver ce terme dans l'tat o 
on la tenait maintenant?... Est-ce que l'on permettait  une 
esclave, de quelque type qu'elle soit, d'avoir de la dignit?... Est-ce 
qu'il tait possible, dans le droulement de la dpravation sexuelle, 
en tant ainsi nue, entrave et fouette volontairement, de se 
prvaloir encore du sentiment recouvert par un tel mot?
	En fait de dignit, elle n'en avait plus aucune; elle n'tait 
que mprisable, tant dans sa chair que son esprit!
	Cingle aprs cingle, de la taille profondment incurve au 
sommet des cuisses tendues et jointes troitement, les bandes 
souples vinrent et revinrent claquer sur l'piderme qui, dans les 
glaces, se zbra de striures poupres, entrecroises, de plus en plus 
nombreuses, chevauchantes et colores.
	Sa sensibilit et sa douleur s'accentuant graduellement, 
Cyrane en fut bientt  se cabrer et gmir sourdement.
	Le coup donn, Duea ramenait  elle le martinet, dmlait 
avec calme les cuirs enchevtrs, apprciait d'un oeil exerc le 
rseau de nervures rougissantes dessin par les cingles 
prcdentes, puis elle guettait le moment favorable: celui o la 
tension du corps nu de la femme flagelle, aprs que la douleur 
irradiante l'et fait se crisper tout entier, se relchait 
naturellement. Alors elle relanait son instrument, d'un ample 
mouvement de l'paule et du bras, puis l'abattait en une brve et 
sche dtente du poignet, en mesurant toutefois sa force avec 
grande exactitude pour enflammer la peau dlicate sans la 
meurtrir, endolorir les chairs sous-jacentes sans les lser, 
congestionner les muscles d'un subit afflux de sang, faire crotre 
sans cesse l'excitation nerveuse et, finalement, user la rsistance de 
la volont oppose au dveloppement de la souffrance.
	En d'autres circonstances, peut-tre, Cyrane et sans aucun 
doute dj cri. Mais les dents serres farouchement, lvres 
soudes obstinment, paupires closes derrire lesquelles elle 
n'avait pu interdire  ses yeux de se mouiller de larmes, poings 
nerveusement ferms et bras tendus, elle refoulait de toutes ses 
forces les sensations douloureuses qui l'envahissaient toujours 
davantage, faisaient natre dans sa poitrine oppresse des sanglots 
qui l'touffaient et, dans sa gorge noue, des cris qui se pressaient, 
impatients de jaillir dans l'atmosphre tide de la salle, dont il lui 
paraissait que la temprature augmentait de seconde en seconde.
	Bientt elle eut trs chaud en dpit de sa nudit, et de plus 
en plus. La sueur perla sur son front o elle sentit les petites 
gouttelettes d'eau se former, puis rouler vers ses yeux, ses tempes 
et au long des ailes de son nez, avant qu'elles ne glissassent plus 
bas, sur son menton, et s'infiltrassent sous le mtal prcieux du 
collier qui, maintenant, lui endolorissait tout autant la base du cou 
que la nuque, et mme un peu le dessous de la machoire 
infrieure.
	Sans arrt, sur un mme rythme lent et soutenu, les cuirs 
sifflaient et retombaient en claquements mats; la peau de la 
croupe fminine se dprimait sous les assnements, puis elle 
frmissait aprs que les lanires l'eurent quitte; elle rougissait, 
un peu plus  chaque nouvelle application des caresses brlantes 
qui l'embrasaient.
	Clac!... Clac!... Clac!...
	Viendrait le moment o les muscles se mettraient  
trembler incoerciblement.
	Trente fois, au moins, le martinet claqua de la sorte sur le 
fessier opulent, y dessinant des faisceaux de marques carlates, 
dont certaines, en s'entrecroisant, commencrent  former une 
rsille ardente.

	Cyrane avait mal, trs mal... si mal... et de plus en plus 
insupportablement.
	La douleur qu'elle ressentait, de faon quasi permanente  
prsent, la crispait tout entire. Sa chair cuisait avec une intensit 
d'instant en instant moins tolrable. En lui fouettant obstinment 
le derrire, non sans que leurs extrmits plus mordantes 
s'garassent parfois sur ses cuisses vibrantes, en l'enveloppant 
d'une hanche  l'autre, en l'treignant avec sauvagerie pour lui 
baigner les fesses de feu, les bandes de cuir la faisaient tressauter 
et bondir sur l'troit moyeu de la roue, en une succession 
ininterrompue de spasmes douloureux et irrpressibles.
	Son visage s'tait inond de pleurs. Les larmes, brlantes 
elles aussi, jaillissaient d'elles-mmes sous ses paupires fermes 
sans qu'elle pt les contenir. Elles noyaient ses cils, roulaient le 
long de ses joues en entranant les fards, puis elles se 
rassemblaient pour former de grosses gouttes et tomber sur ses 
seins tremblants, ballottants d'un ct et de l'autre, et de bas en 
haut, follement agits par ses sursauts convulsifs.
	Clac!... Clac!... Clac!...
	Avec une rgularit de mtronome, le martinet plaquait sa 
gerbe cuisante sur ses fesses qu'elle serrait, crispait, puis ne 
pouvait s'empcher de laisser se dtendre, s'amollir... avant que de 
les serrer et crisper  nouveau. Elle les offrait inconsciemment aux 
lanires qui les cinglaient sans piti, les effaait aussitt sous la 
douleur, mais pour les prsenter encore en se cabrant, encore et 
encore, et participer ainsi malgr elle  la danse, dont la 
flagellation qui se prolongeait lui imposait la musique et la 
cadence. Elle se dhanchait schement  gauche sous un coup,  
droite sous le suivant, tout en jetant son bassin en avant comme 
pour un cot forcen, puis encore, encore, alternativement et 
inutilement, sauf pour Scorpionne  laquelle elle donnait le 
spectacle lascif, impudique, hautement suggestif de son ventre  la 
houle, de ses seins violemment secous, et pour Duea qui, 
derrire elle, ne s'excitait que davantage  enflammer ses amples 
rebondissements, que la mouvance saccade du roulis qui les 
agitait rendait plus attractifs.
	Oh! comme elle avait mal!... Tellement mal!
	Si seulement cela pouvait cesser!
	Rien qu'un instant!... Rien qu'une toute petite minute!
	Seulement le temps d'un ricanement sarcastique ou d'un 
commentaire injurieux!
	Seulement le temps de quelques respirations profondes afin 
qu'elle trouvt l'air qui lui manquait!
	Seulement le temps pour que le feu allum, et sans rpit 
aviv  la surface de son derrire, s'estompt juste un peu!
	Qu'importait le temps!
	Mais que cela s'arrtt!... Que cela s'arrtt tout de suite!...
	Elle ne pouvait plus le supporter!
	Mon Dieu!... Comme ce martinet la faisait souffrir!
	Combien avait t peu de chose, compare  cela, la petite 
correction que lui avait inflige Guy avec sa ceinture et les orties!

	Il lui semblait que cela faisait des heures maintenant que la 
femme la cinglait. Certes, l'intgrit de son esprit tait totale, mais 
elle avait de plus en plus de peine  justifier la raison qui la faisait 
se prter docilement  ce qui, lentement, lui devenait un vrai 
supplice.
	Pourquoi?...
	Mais pourquoi donc tait-elle l, nue et entrave, offerte 
tout entire au divertissement de la comtesse sadique, qui souriait 
de la voir se crisper et se contorsionner de douleur, et de sa garce 
de complice qui s'acharnait  la torturer?
	Pour jouir des coups du martinet?
	Allons donc! Scorpionne n'avait pas menti... ni Duea non 
plus, d'ailleurs! Jamais elle ne pourrait esprer prouver, dans de 
telles conditions et sous les dflagrations rvoltantes de ces 
lanires infernales, une quelconque manifestation d'excitation 
voluptueuse!
	Alors, pourquoi?... Pourquoi?
	Pour le plaisir pervers de cette monstresse qu'elle venait, 
par elle ne savait quelle aberration, de reconnatre comme sa 
matresse?
	Ah, mon Dieu!... Elle avait t folle de se laisser mener  
cela!
	Mais c'tait assez!... Elle ne voulait plus jouer  ce jeu cruel 
et stupide!... Il fallait que cela s'arrtt!... Il fallait qu'on lui rendt 
ses vtements afin que les cuirs brlants ne pussent plus claquer 
sur ses fesses en feu!... Il fallait qu'on lui rendt son nom, car ce 
n'tait pas Loriane de Rhynval qui tait fouette, mais l'esclave 
Cyrane!... Il fallait qu'on la dtacht et qu'elle pt s'enfuir en 
toute hte de cet endroit horrible pour n'y plus revenir, jamais!... 
Il le fallait!... Il le fallait maintenant, tout de suite!... Il le fallait 
absolument!... Sinon, elle allait crier... oui... crier.. cri
	- Aaaah! ... Aaaaaarrrh! ... Non! Non! Nooooon! ... Ah! Arh! 
Aaaaaaaa aaahaa aarrhh!... Je ne veux plus!... Plus! Plus! Oh plu 
uuuuus! J'ai mal! Oooo oohaaaaahhh!... Aaaaaaa sssseeeeez!... 
Aaaah ooohaaaah!... J'ai trop mal!... Aaaaaahhhii iiiihhh!... Non! 
Nooooooon!... Je ne veux... pluuuuuuus!
	Inlassablement, pourtant, les lanires de cuir revenaient la 
cingler pour la faire crier et se cabrer de douleur.
	Elle levait les jambes et les jetait, de bas en haut et de haut 
en bas, convulsivement, martelant le moyeu de ses pieds nus en de 
frntiques trpignements; elle secouait la tte avec violence, pour 
refuser avec vhmence que l'on continut  la fouetter; elle 
agitait son buste sur lequel ses gros seins dansaient lourdement; 
elle essayait maladroitement de drober ses fesses aux cuirs de 
plus en plus brlants; elle bondissait, tressautait, soubresautait, se 
tordait, se vrillait... et hurlait, suppliait, menaait, pleurait, 
sanglotait, hoquetait... tout cela en vain.
	Il lui semblait que sa peau s'usait inexorablement, qu'elle se 
craquelait, qu'elle cdait et se fendait... Ne saignait-elle pas dj? 
Elle la sentait se boursoufler, se soulever en cloques troites, 
longues, remplies de feu liquide.
	En mme temps que la souffrance, la peur grandissait en 
elle et lui nouait le ventre, la peur que la femme la fouettt jusqu' 
ce que ses fesses en fussent corches vives, jusqu' ce qu'elle en 
mourt.
	Et puis, enfin, Scorpionne fit un geste et son supplice cessa.
	Mais pas la douleur,

	Alecto de Torquemada attendit quelques minutes que 
Cyrane se ft un peu calme, puis quand elle la vit de nouveau en 
mesure de lui prter attention, elle lui montra  bout de bras 
l'exemplaire qu'elle possdait de son livre et par lequel elle l'avait 
connue, dsire, voulue et attire, conquise... aisment, somme 
toute!
	- Dtachez-moi! gmit Cyrane entre deux sanglots 
assourdis, je vous en prie, dtachez-moi!
	- Te dtacher?... Dj?... Mais tu n'y songes pas vraiment, 
querida mia!... Nous n'avons encore qu' peine commenc! ... 
Quoi! cinq ou six douzaines de cingles du martinet suffiraient  te 
combler?... Mais apprcions plutt ce que pense et crit Loriane 
de Rhynval  propos de la flagellation, page... voyons, page 
quatre-vingt-onze, oui, c'est cela!
	Et, affectant une attitude de grand srieux intellectuel, se 
complaisant  prendre un ton docte, la comtesse se mit en devoir 
de lire  haute et intelligible voix le passage appropri qu'elle 
venait de choisir dans l'ouvrage sign par Loriane de Rhynval, ici 
prsente devant elle, enchane, fouette et en larmes, esclave de 
sa volont sous le nouveau nom de Cyrane.
	- Je cite: "Le martinet et le fouet, mme faits de simple cuir 
taill en bandes plates et lisses, sans nul noeud ni boule ni croc 
d'aucune manire, sont des instruments de torture tout  fait 
insidieux, dont les effets, d'abord supportables, peuvent devenir 
rapidement quasi intolrables  celui, et plus souvent celle qui les 
subit. La victime, que l'on a mise toute nue et que tourmente la 
honte, croit au dbut avoir chapp au pire que lui promettaient 
l'estrapade et le chevalet, l'eau ou les brodequins, voire les 
tenailles rougies au feu... Elle ne songe qu' une souffrance 
relative,  des douleurs superficielles, qu'avec un peu de courage 
et de volont elle pourra dominer.. Mais bientt, hlas, son 
courage et sa volont s'effritent, peu  peu, au fur et  mesure que, 
cingle aprs cingle, la brlure provoque par les cuirs qui 
claquent sur son piderme, l'irritent et le mettent  vif, augmente 
toujours plus en intensit, envahit tout son tre, n'pargne aucun 
endroit et cre autant de zones allonges et minces o la douleur 
se fait plus vive, plus mordante, et devient supplice.
	Insensiblement, ses nerfs nous, raidis, cdent du terrain, 
s'effondrent les uns aprs les autres, emportant une parcelle de ses 
capacits de rsitance qui, si la cruelle flagellation se prolonge, ne 
reviendront plus. Alors ses dents se serrent plus fort, pour 
conserver close la barrire qui interdit encore  ses hurlements de 
jaillir; ses paupires se soudent plus troitement, dans la crainte 
de s'ouvrir et de laisser les yeux s'exorbit; son front se plisse, ses 
joues se creusent, son nez se pince... tout son visage, enfin, se 
crispe dans un farouche sursaut de sa volont dj moribonde. Et 
c'est, avec le premier cri, finalement arrach  sa gorge qui s'en 
trouve emplie, la torture vritable qui commence..."
	Scorpionne interrompit un moment sa lecture, tourna  la 
suite plusieurs pages du bout d'un doigt, jeta un regard bref  
Cyrane et sourit.
	- Est-ce l ce que tu viens de ressentir, ma belle, trs belle 
chrie?... Ou bien plutt ceci?... Je cite encore: "Certains tres, 
surtout parmi les femmes,  ce que l'on prtend du moins, dont les 
sens ont une propension marque  se dvoyer et se pervertir par 
le fait suppos de l'inassouvissement sexuel, quelles qu'en soient 
les raisons ou les causes profondes, ont cependant la capacit 
aberrante de jouir de ce qui, pour la gnralit des autres, n'est 
rien moins que le plus effroyable de tous les plus dgradants 
supplices. D'abord, il semblerait que, dans le cas d'une 
administration plus spcifiquement fessire, notamment, les 
muscles lombaires frapps de la sorte avec plus ou moins de 
vigueur, la naturelle consquence soit de repousser les parties 
gnitales fortement en avant, vers l'os pubis, et de provoquer ainsi 
l'excitation de celles-ci en mme temps que d'impudiques 
mouvements qui, tant par les bondissements de jambes, les 
tressaute de fesses, les jets de hanches, les roulis du ventre et, 
surtout, les ballottements de la poitrine, soient susceptibles de 
faire natre un vif dsir en celui ou celle qui tient le fouet, comme 
en ceux qui assistent  la flagellation. Mais galement, il n'est pas 
moins patent que, les lanires provoquant l'afflux du sang appel 
en grande quantit dans ses rgions du corps si aises  stimuler, 
et si proches de la vulve chez la femme, la chaleur intense 
rsultant des heurts rpts engendre l'exaspration de l'appareil 
sexuel. Toutefois, on ne peut nier que, entre la torture pure et 
l'application de la flagellation comme moyen d'aboutir  une plus 
violente excitation des sens, il existe une multiplicit de nuances 
pour la femme flagelle, qui peut alors ou non en jouir... Etc... 
Etc...
	Alecto de Torquemada referma le livre en un claquement 
sec et sonore.
	- Maintenant, dit-elle en s'adressant  Cyrane, je veux que 
tu me remercies pour les caresses ardentes que je viens de te faire 
par Duea octroyer, car en dpit de tes cris et de tes larmes, de tes 
vives protestations et de tes supplications, tu es de celles que le 
fouet peut satisfaire.
	Et, la croupe en feu, Cyrane remercia.
	Les moments de douleur aigus passs, elle savait bien 
pourquoi Scorpionne tenait, cette nuit, et avant toute chose,  la 
faire fouetter comme prlude  d'autres svices. Que les femmes 
fussent encore plus implacables que les hommes n'taient pas 
rellement pour l'tonner; il lui suffisait de se souvenir de Sabine, 
Sabine poussant avec perfidie les garons  l'humilier et  la 
tourmenter huit ans plus tt, Sabine qu'elle aurait voulu voir l 
cette nuit, avec elle, nue et contrainte, vibrante de honte et 
d'impuissante colre, hurlante et cabre sous les lanires du 
martinet de Duea... Et Scorpionne tait tout en mme temps un 
homme et une femme! Ce que voulait Scorpionne, pensait-elle, 
c'tait moins lui prouver son pouvoir sur elle qu'tablir entre elles 
deux une totale complicit. Elle comprenait et admettait dans 
l'clair aveuglant d'une vrit blouissante l'enchevtrement 
complexe, et pour partie contradictoire, de ses sentiments: elle 
aimait l'ide et les artifices de la flagellation, mais alors qu'elle la 
subissait, voil un instant, elle aurait vendu le monde entier pour 
la voir cesser ou y chapper, et maintenant qu'elle s'tait 
interrompue, elle tait heureuse de l'avoir endure, d'autant plus 
qu'elle avait t longue, svre, et l'avait jete hors d'elle-mme.
	Dj, aprs cette premire flagellation vritable, elle n'tait 
plus celle qui, voil vingt-quatre heures, Loriane de Rhynval, tait 
arrive dans ce chteau perdu de la Sierra de Avila.
	Non, elle n'tait plus celle-l; elle tait bien dsormais 
l'esclave sexuelle Cyrane!
	Puis Alecto de Torquemada recommena  parier.
	- Tu vivras quelques jours dans ce donjon, un mois au 
moins, davantage peut- tre, non pas sans jamais en sortir telle 
qu'une captive en une prison, mais bien pour y dormir, y prendre 
tes repas, y faire ta toilette, et surtout y assimiler les rudiments de 
ta nouvelle existence auprs de moi. Pendant ce temps, tu seras 
fouette souvent, avec plus ou moins de svrit, afin que tout ton 
corps s'habitue aux lanires, et non pas tant pour mon seul plaisir 
que pour ton instruction. Par les lanires, mais aussi par les liens 
qui te seront imposs, les contraintes en des postures humiliantes 
et douloureuses, il te faudra comprendre qu'en tant admise  
m'aimer et me servir, tu te voueras  quelque chose qui rside en 
dehors de toi et qui fera ton bonheur. Ensuite, je te mnerai en 
Ecosse afin que tu y fasses ta complte ducation, tche  laquelle, 
en dpit du dsir que j'en ai, je n'ai pas le loisir de me consacrer. 
Pendant une anne tu apprendras comment te dplacer et te tenir 
en toutes situations, comment te vtir, te sangler, te parer et te 
conduire, comment servir un matre mais aussi te faire servir; on 
t'enseignera pareillement les manires de satisfaire tous les dsirs 
sexuels, tant d'hommes que de femmes, des plus simples au plus 
complexes, des plus naturels aux plus pervers, et bien d'autres 
choses encore. Lorsque ta formation sera acheve, o que tu te 
trouves ensuite, quelle que soit l'lgance des atours qui te 
couvrent, celles et ceux qui sont initis sauront, simplement  ton 
maintien,  ton allure, que tu es intimement nue sous tes 
vtements, ouverte, docile  les recevoir l o ils voudront te 
prendre pour jouir de toi  leur guise. De la mme faon, tu seras 
en mesure d'agir avec celles et ceux que tu verras tenus  des 
niveaux bien infrieurs au tien.
	Quand Scorpionne se fut tue de nouveau, Cyrane vit Duea, 
qui tait alle  la niche pour y poser le martinet, revenir prs 
d'elle en tenant une paire de pinces aux mchoires dites en bec de 
canard. Alors elle se souvint galement avoir trait dans son 
ouvrage du tenaillage  froid ou  chaud des mamelles...
	Elle en frmit, mais se fora au calme, ne voulant songer 
qu'au plaisir que lui avaient toujours procur les pinces  linge 
dont il lui tait parfois arriv de se serrer les ttins, non sans 
qu'elle et regrett, souvent, de ne pouvoir s'infliger elle-mme 
une douleur plus grande encore.
	- Tes fesses viennent de savourer les caresses des lanires, 
mi querida. A prsent, il n'est que justice que tes gros seins 
puissent se dlecter  leur tour des baisers mordants des pinces, 
commenta Alecto de Torquemada.
	En dpit de ce qu'elle en pensait, Cyrane regarda Duea 
approcher les mchoires de mtal chrom de son sein droit avec 
terreur.

	Les deux mchoires de mtal s'ouvrirent et se refermrent  
la base de son mamelon, l o le renflement postrieur de son sein 
commenait  natre pour s'exprimer ensuite dans une courbe un 
peu lourde et bien ventrue. Elle sentit ensuite le froid de l'acier 
entrer en contact avec sa peau, les lvres rigides de la pince 
mordre puis presser fortement sa chair, s'y incruster et 
l'treindre. La pression augmenta encore, comprimant la petite 
partie de son sein retenue captive... et elle eut mal, de plus en plus 
mal.
	Mais quand Duea se mit  tirer la pince vers elle, puis  la 
tourner, la souffrance devint infernale.
	De nouveau Cyrane cria...  pleine gorge.
	Dix fois, vingt fois, les odieuses pinces la laissrent et la 
reprirent, mordant ici son sein gauche et l son droit, la torturant 
sans rpit ni relche, la faisant hurler, hoqueter et sangloter, 
supplier et maudire tour  tour sa tortionnaire implacable.
	Les superbes volumes de son buste taient devenus comme 
deux boules ardentes, siges d'une douleur permanente et 
insoutenable, qui irradiait toute sa poitrine et son dos au long 
duquel ruisselait sa sueur.
	Ce fut  peine si son cerveau enregistra la prsence subite 
de Scorpionne qui, entirement nue, grimpait sur la roue derrire 
elle. Elle se sentit agripper par les cheveux, puis tirer rudement la 
tte en arrire.
	- Dis merci  Lady H pour les baisers qu'elle accorde  tes 
seins! ordonna  son oreille la nudit hermaphrodite en se 
plaquant dans son dos.
	Cyrane obit en pleurant, nonnant les mots entre ses 
sanglots. Et puis elle perut la rigidit brlante dans le sillon de 
ses fesses que les doigts durs, ayant libr sa chevelure, cartaient 
de vive force et largement. Le viol de ses reins lui arracha un long 
hurlement, ravivant intolrablement la douloureuse sensibilit de 
son anus dchir par les pines de la rose.
	- Non! Non! ... Oh non! ... Pas les bouts! ... Pas les bouts! 
cria-t-elle tout aussitt aprs en voyant Duea prsenter les 
mchoires de la pince devant son ttin gauche.
	Etroitement unie  la captive, ses seins durs crass sous les 
omoplates de celle-ci, l'ayant reprise aux cheveux, Scorpionne jeta 
le ventre en avant dans un lan brutal.
	La verge qui acheva de se planter en elle fit de nouveau se 
cabrer et hurler Cyrane. Puis elle cria encore quand le mtal 
captura la longue protubrance saillant  l'extrmit de son sein, 
la serra  l'craser, la tira exagrment, l'allongea affreusement 
pour entraner du mme coup l'arole, puis tourna, et tourna 
encore...
	La douleur inflige  sa poitrine devint telle qu'elle n'en 
sentit plus qu' peine l'prouvante sodomisation.

	Le membre de Scorpionne avait beau ne pas tre de fortes 
proportions, il n'en tait pas moins le premier  se frayer un 
chemin dans la plus troite voie de son tre.
	La bourrelle impassible s'en prit alors  son sein droit et lui 
arracha des clameurs dmentielles, la faisant se convulser et rugir 
comme une bte lentement gorge... et, sans en avoir conscience, 
serrer puis desserrer les fesses spasmodiquement.
	Les doigts crochets dans la masse de ses cheveux, lui tirant 
violemment la tte en arrire et lui cisaillant la nuque sur le 
rebord du collier, grondant de plaisir, Scorpionne lui tarauda 
l'anus en de furieux coups de reins.
	Puis la torture des pinces cessa... mais pas le supplice de la 
sodomisation.

	Une nouvelle fois, Duea quitta le praticable, demeura un 
instant prs de la niche, puis en revint, grimpa  son tour sur la 
roue, devant Cyrane qui, ruisselante de transpiration, les traits 
dforms par la souffrance, ahanait, criait, geignait et hoquetait 
sous les coups de boutoir de son infernale amante virilise.
	Contre sa nuque, la voix de Scorpionne haletait dj de 
volupt.
	- Tu aimes les hommes, n'est-ce-pas? gronda cette dernire.
	La vue du monstre de matire caoutchoute et semi-rigide, 
dont la couleur imitait passablement celle de la peau humaine, au 
mufle redoutable,  la hampe cambre et sillonne de veines 
fortement dessines en relief, au ralisme oppressant, mais aux 
dimensions hors de toutes les conceptions dont son esprit tait 
capable, pouvanta Cyrane.
	Mais que pouvait-elle faire, ainsi entrave, solidement tenue 
par Alecto de Torquemada qui avait interrompu son cot anal 
mais restait cheville dans son fondement, lui ouvrait la vulve  
deux mains pour l'offrir bante  la prdation, par artifice 
interpos, de la svre rectrice anglaise?
	L'objet tenait au bas-ventre de cette dernire par un solide 
harnais fix autour de sa taille, de ses hanches et de ses reins.
	Prsentant le gland trapu entre les lvres vaginales offertes, 
compltement nues et largement ouvertes, elle le poussa en force 
dans le ventre de Cyrane qui s'affola.
	- Non! Non!... Il est trop gros!... Vous allez me blesser, me 
dchirer!... Non!... Nooooon!
	- N'aie pas peur, querida mia... ronronna Scorpionne dans 
son cou, puisque c'est ce que tu aimes, nous allons, Lady H et moi, 
te contenter comme je suis certaine que tu ne l'as jamais t. Tu 
vas voir, ce godemich est tonnant. C'est une petite merveille de 
la technologie allemande mise au service du sexe!
	Penche par-dessus l'paule de son amante-esclave dont elle 
chevillait le fondement, laquelle retenait peureusement sa 
respiration, et mme ses sanglots qui peu  peu se calmaient, elle 
regarda le fantastique phallus distendre les lvres roses, repousser 
les muqueuses de part et d'autre de sa masse, s'enfoncer et 
disparatre lentement dans le vagin gluant.
	Les mchoires crispes, Cyrane retenait ses gmissements.

	Alors, comme si elle n'aimait qu'entendre ses cris, Duea se 
dchana et, prise de furie sauvage, poussa de toute sa force pour 
faire entrer l'engin l o elle le voulait totalement introduire, d'un 
unique lan.
	Les yeux soudainement exorbits, la bouche dmesurment 
ouverte, Cyrane hurla, longuement, mais pas seulement de 
souffrance.
	Jamais son sexe n'avait t pareillement ni si pleinement 
empli. Jamais elle n'avait ressenti en elle une telle sensation. 
Jamais elle n'avait connu une pntration qui lui procurt une 
douleur si vive, mais galement si proche du plaisir.
	Plante en elle par le truchement du godemich, Duea ne 
bougea plus, ni Scorpionne, comme si l'une et l'autre consentaient 
 lui accorder le temps de s'habituer,  ses chairs intimes celui de 
se prter, de s'assouplir.
	Puis elle fit un bond terrible, mais sans toutefois pouvoir 
chapper aux deux rections entes en elle au plus profond. M 
par un moteur miniature, que Duea venait de mettre en 
fonctionnement en pressant sur le petit bouton d'un botier 
solidaire du harnais, botier qui comprenait aussi une commande 
d'intensit, le godemich se transforma en vritable machine 
virile, s'agita de lui-mme, s'tira, pulsa, enfla, se tordit dans son 
ventre avec une rgularit et une force formidables, tandis que, 
pour faire bonne mesure, un ergot se mettait  vibrer contre son 
clitoris.
	Scorpionne et Duea se serrrent contre elle pour l'craser 
de leurs deux corps. Elle hurla et tressauta sous le dferlement 
immdiat d'orgasmes en chane, qui semblaient s'engendrer les 
uns les autres sans devoir ne cesser jamais.
	Cyrane ne sut pas combien de fois elle avait joui ni combien 
de temps avait dur le cot insens, moins encore si Scorpionne 
s'tait assouvie dans son fondement. Lorsqu'elle retrouva un 
semblant de conscience, elle vit et sentit que Duea avait retir de 
son ventre l'effrayant machine  volupt.
	Les muscles encore agits des chos de ses spasmes fous, 
baigne de larmes et de sueur, elle se laissa caresser par sa 
matresse qui, enfin, la berait de mots tendres.
	- Est-ce qu'un homme t'a jamais fait jouir aussi fort, aussi 
longtemps? voulut savoir Alecto de Torquemada aprs un 
moment.
	- Jamais... Oh non, jamais!... J"ai bien cru que j'allais en 
mourir, rla Cyrane toute tressaillante.
	- Alors tu es heureuse?
	- Oui, Matresse.
	- Lady H peut te fouetter encore?
	- Oui, Maitresse, si tel est votre dsir.
	- Mon dsir est que tu le demandes toi-mme  Lady H.
	Et, quoique avec la peur de nouveau en elle, Cyrane 
demanda docilement  Duea de recommencer  la faire souffrir 
pour le plaisir de sa matresse... 


(XI) LA TOILETTE DE LA PREMIERE FAVORITE

	Cyrane rouvrit les yeux et se vit tout entire enveloppe de 
la mme clart lectrique orange que celle o elle baignait quand 
elle les avait clos.
	Elle eut un regard incertain pour la femme qui, aprs 
l'avoir effleure  l'paule pour la faire s'veiller, passait dj 
dans la salle de toilette sans lui avoir dit un seul mot.
	A l'exception de l'pais et haut collier qui lui enfermait le 
cou, des bracelets serrs autour de ses poignets et de ses chevilles, 
des lourds anneaux perant les mamelons de ses seins 
hypertrophis et les lvres de sa vulve, tout cela d'acier bruni, des 
chaussures fermes, de chevreau couleur chair, dont les talons 
insenss la faisaient se dresser sur les pointes, celle-ci tait nue, 
entirement, intgralement et de la tte aux pieds, sans cheveux ni 
aucun soupon de duvet sur le visage et le corps.
	Alors Cyrane prit conscience de la prsence de la seconde 
femme, d'une silhouette en tout semblable  la premire quoique 
un peu plus petite, avec d'aussi impressionnants volumes 
mammaires, et comme elle portant de pesants anneaux dans sa 
chair, le lobe de chaque oreille travers et alourdi par une longue 
girandole constitue de plusieurs gros maillons de chane, dont 
l'extrmit tait constitue par une boule de mtal hrisse de 
fines pointes qui piquaient et griffaient son paule.
	Tel celui de sa compagne, son visage tait d'une beaut 
trange et fascinante, sinon fantastique, non pas fard mais... 
tatou.
	Sous le crne lisse se confondant avec le front, les sourcils 
absents taient  jamais tracs  l'encre noire, chacun dessin de 
manire parfaite et ayant la forme d'une longue virgule dont la 
queue remontait en droite ligne vers la tempe. Arcades et 
paupires taient pour toujours teintes de gris paillet d'argent 
et de parme tendre, et, pareillement, les traits violets soutenant 
aux bords de celles-ci la double ligne des cils... inexistants, qui 
dbordaient des yeux pour imiter la faon dont se fardaient les 
lointaines et lgantes courtisanes de l'antique Egypte, avaient t 
faits  l'aiguille lectrique. Les pommettes, elles, taient 
pigmentes de rose-carmin. Quant  la bouche, pour longtemps 
remodele par un mince trait de couleur brun sombre, elle 
s'offrait dfinitivement peinte de rouge sang.
	Par le mme procd, les mamelons de ses normes seins et 
les lvres boudeuses de sa vulve taient colors de rouge-brun; ses 
ttins, gros et longs comme la phalangette d'un index, 
apparaissaient toutefois plus carlates que les aroles.
	Cyrane se souvint alors que Duea avait dit que la plus 
jeune, la plus grande aussi, avec une peau trs blanche et une 
croupe des plus fastueuses, s'appelait Valia et qu'elle avait t, 
sous son nom vritable et dsormais oubli, une cantatrice 
hongroise de quelque renom. C'tait elle qui venait de l'veiller et 
de disparatre dans la salle de bain o, dj, s'entendait le bruit de 
l'eau giclant avec force pour emplir la baignoire. Celle qui 
s'approchait en tenant le plateau de son petit-djeuner se 
nommait Ispne et tait Grecque. Sa seule disgrce relative tait 
que ses seins fabuleux donnaient des signes d'affaissement 
qu'accentuait encore le poids des anneaux tirant ses mamelons 
vers le bas. Mais l'une comme l'autre, quoique  plus de deux 
mille kilomtres de distance, avaient un jour commis la faute de 
tromper leurs poux respectifs et de se faire surprendre en 
flagrant adultre. Alors, par le truchement d'amis bien inspirs 
qui les avaient conseills, ceux-ci avaient remis et abandonn les 
coupables  Scorpionne pour qu'elles se voient punies d'un 
chtiment endur  perptuit.
	Ainsi que quelques-unes au chteau, que Cyrane n'avait 
point encore vues, et un bien plus grand nombre de part le monde, 
Valia et Ispne taient esclaves nues, esclaves contre leur gr, 
mais esclaves authentiques et absolues. La premire avait trente-
deux ans et la seconde presque quarante.
	Scorpionne pouvait dcider de les mutiler  sa guise, et 
mme de les faire tuer sans que quiconque s'en soucit. 
Officiellement, l'une et l'autre taient dj mortes!... La 
Hongroise s'tait crase dans son petit avion priv que l'on 
n'avait jamais retrouv; la Grecque tait passe par-dessus le 
bord de son voilier et s'tait perdue en mer. Mais des centaines 
d'hommes et de femmes disparaissaient chaque anne de la 
surface du monde, sans laisser aucune trace ni reparatre jamais!
	La chambre dans laquelle avait dormi Cyrane n'tait pas 
trs grande; elle ne comportait qu'un lit pour tout mobilier. Bas, 
ovale, il tait constitu par une sorte d'estrade de marbre 
recouverte d'une vaste peau de taureau gris sombre, sans matelas 
ni draps ni couvertures. Les murs de l'endroit taient lisses, peints 
de rose saumon, dpourvus de toute dcoration, sans glace nulle 
part, et sans ouverture autre que la porte donnant sur un corridor 
chichement clair. Le sol tait de marbre, blanc vein de noir. En 
fait, l'unique chose qui se vit sur les murs, tait l'anneau dans 
lequel coulissait la chane que l'on avait accroche d'une part  
l'arrire de son collier et, d'autre part, aux bracelets runis de ses 
poignets.
	Elle ne se rappelait pas prcisment quand et comment, 
cessant de la cingler du long fouet  l'aide duquel elle l'avait fait 
hurler interminablement,  s'en rompre les cordes vocales, Duea 
l'avait dtache du tridre, fait descendre de la roue et se 
prosterner devant Scorpionne pour lui embrasser les pieds, puis 
contrainte  venir sur les genoux et les mains jusque-l pour la 
faire s'allonger, seulement habille des marques ardentes de la 
flagellation,  la place o elle tait encore enchane. Elle avait vu 
les deux femmes nues aux mamelles non moins formidables que 
celles de Mcia et Joan, affliges de leurs pesants fers, rases et 
piles, avec leur trange maquillage tatou qui empchait de leur 
donner un ge, muettes et immobiles, qui l'avaient regarde avec 
indiffrence et, peut-tre, un peu de mpris. Elle avait entendu la 
rectrice anglaise prononcer leurs noms, expliquer sommairement 
leurs origines. Elle avait permis docilement aux esclaves nues de 
lui saisir les jambes pour les lui carter outrageusement et la 
maintenir ainsi offerte  Duea qui, de nouveau, l'avait par cinq 
fois cingle entre les cuisses avec une sorte de fouet court  la 
lanire tresse, lui embrasant intolrablement la vulve et l'entre-
fesses et la faisant encore s'poumoner et se convulser de douleur.
	Duea tait partie, emmenant les esclaves nues avec elle.
	Cyrane tait demeure seule dans la chambre, baigne de 
cette lumire orange qui avait continu  briller.
	Elle avait pleur et sanglot longuement, recroquevflle sur 
la peau rche, le corps entier irradi de souffrances lancinantes. 
Plus tard, et ses douleurs se calmant, elle avait ressenti davantage 
l'interdiction qui lui tait faite de pouvoir user de ses mains. Pour 
tre en mesure de les baisser, il lui aurait fallu se lever et 
approcher son cou du piton scell dans le mur. Mais, mme ainsi, 
elle n'aurait pu atteindre le bas de son ventre. Ses lvres intimes, 
entre ses cuisses, gonfles et brlantes des coups reus, avaient t 
mises hors de sa porte, rendues inaccessibles  ses doigts, et cette 
privation lui avait t comme un dlice. Alors elle s'tait tonne 
que le souvenir du fouet, autant que la perspective de devoir 
l'endurer le lendemain, puis chacun des jours suivants peut-tre, 
ne lui ft concevoir aucune amertume ni aucune crainte.
	C'tait en songeant au fouet qu'elle s'tait finalement 
endormie.

	Ispne libra les poignets et le cou de Cyrane de la longue 
chane qui la retenait captive, puis elle dcrocha l'un de l'autre ses 
bracelets rendus troitement solidaires par une sorte d'paisse 
agrafe double. Alors elle se pencha sur elle et, sans avoir parl 
encore, elle l'embrassa  la bouche, profondment, tout en lui 
caressant les seins avec douceur.

	Le long baiser donn, laissant Cyrane interdite, Ispne 
approcha de celle-ci le plateau sur lequel se trouvait prsent un 
petit djeuner en tous points identiques  celui que lui avait servi 
Joan  son premier rveil.
	- Il faut manger, Matresse, dit-elle d'une voix suave.
	Matresse!...
	Ainsi, comme l'avait dit Scorpionne, en dpit de son corps 
marqu par les lanires et les mchoires de la pince, alourdi du 
collier et des bracelets d'or, pour cette femme esclave, et bien 
qu'esclave elle-mme, elle n'en tait pas moins une matresse!
	Cyrane commena  manger et s'aperut qu'elle avait faim; 
elle avala plusieurs tranches de pain grill, copieusement beurres 
et nappes de confiture, et reprit deux fois du caf qu'elle but avec 
un immense plaisir.

	Elle se doutait que, selon les horaires de sa nouvelle vie, il 
tait probable que son seul autre repas serait celui du dner.
	Quand elle eut fini de se restaurer, appele par la voix 
flte d'Ispne, Valia sortit de la salle de bain. Alors Ispne la fit 
de nouveau allonger, le dos sur la peau de taureau, puis 
agenouille derrire elle, de part et d'autre de sa tte, elle 
s'empara de ses chevilles pour lui faire lever les jambes et les lui 
ramener vers la poitrine, en l'obligeant  ployer les reins, et 
l'ouvrir si largement qu'une bouffe de honte lui enflamma le 
visage.
	Mais ce fut d'une voix paisible, singulirement calme, 
qu'elle demanda si on allait encore la fouetter entre les cuisses.
	Sans lui rpondre, Valia s'agenouilla  son tour, devant elle, 
et la fit gmir en appuyant les lvres sur la chair la plus intime de 
son tre. Elle vibra de sentir la langue, pointue glisser entre ses 
fesses, cerner avec insistance la minuscule ouverture de ses reins, 
venir plus en avant et lcher la longue fente, dsormais glabre, de 
son ventre; elle gmit encore lorsque les lvres se mirent  serrer 
entre elles chacune des souples et paisses bordures de son sexe, 
puis rla quand la bouche tout entire la reprit plus haut encore, 
faisant se durcir et s'riger hors de sa gangue le bouton cach, 
bientt captur par les dents.
	Elle ne sentait plus qu' peine les griffures infliges  ses 
muqueuses par les pines des roses.
	La jouissance la fit crier. Mais, tout en continuant de la 
tenir cartele et casse en deux, Ispne ferma sa bouche d'un 
autre baiser non moins profond que le premier, qu'elle fit durer 
jusqu' ce que son spasme voluptueux se ft achev et que Valia 
l'et lche longuement, comme pour lui faire avec la langue sa 
plus intime toilette.
	Aprs cela, Ispne l'ayant libre, Valia lui dsigna d'un 
geste la salle de bain qui se trouvait contigu  la chambre, de 
l'autre ct d'une ouverture sans porte. L'endroit tait blanc, 
clair lui aussi d'orang. Il s'y trouvait une vaste baignoire 
d'mail, une sorte de coiffeuse semblable  celle devant laquelle 
Joan l'avait fait s'installer pour la coiffer et la farder, et encore 
une cuvette de WC  la turque.
	Avisant cette dernire, Cyrane regarda Valia, mais l'esclave 
nue ne parut pas ou ne voulut pas comprendre.
	- Ne pourrais-je demeurer seule un instant? se rsigna-t-elle 
alors  demander.
	Valia secoua la tte d'un ct et de l'autre pour refuser.
	- Pourquoi? s'insurgea Cyrane d'un ton tout  la fois 
plaintif et irrit.
	Ispne apparut dans l'ouverture, tenant le plateau qu'elle 
se prparait  remporter.
	- Notre service auprs de vous nous fait obligation de ne 
jamais vous laisser seule, Maitresse, sauf lorsque vous tes 
attache, expliqua-t-elle doucement. Quant  Valia, elle ne peut 
vous rpondre, et bien qu'elle ait encore sa langue... On l'a rendue 
muette pour la punir de paroles qu'elle n'aurait pas d dire.
	Rsigne, Cyrane attendit qu'Ispne au moins ft partie. 
Puis, en ressentant les morsures de la honte, elle s'accroupit 
lentement au-dessus de la cuvette d'aisance afin de satisfaire aux 
ncessits de la nature. Le bruit que produisit son urine en 
jaillissant et, pire encore, celui de ses matires en tombant dans 
l'eau stagnante au fond du trou, la mortifirent plus qu'elle ne 
l'avait jamais t de toute son existence. Elle ne cessa pas de 
pleurer durant tout le temps que lui prit la dlivrance de sa vessie 
et de son intestin, et se fut avec les joues cramoisies, les yeux 
inonds de larmes, qu'elle se releva finalement.

	Mais, comme elle allait s'apprter  grimper en hte dans la 
baignoire, Valia l'en empcha, s'agenouilla devant elle et, la 
prenant par les cuisses pour la retenir en place, lui fit carter les 
jambes et se mit en devoir de lui lcher la vulve.

	- Non! Non!... Ne fais pas a!... Pas avec ta langue, c'est trop 
indigne! protesta-t-elle.

	Sans l'couter, l'esclave nue continua de lui nettoyer le sexe 
de sa langue, et puis, se dplaant sur les genoux, passa derrire 
elle afin de lui lcher pareillement l'anus.

	Ayant pniblement support, plus que savour, le 
dgradant service de l'esclave nue, Cyrane put enfin s'installer 
dans la baignoire. L'eau chaude la fit gmir quand elle y plongea 
ses fesses  vif et plus encore les pointes meurtries de ses seins. 
Mais Valia, qui devait sans aucun doute connatre bien mieux 
qu'elle les effets persistants des lanires et des pinces, la lava de 
ses mains nues avec une grande douceur, puis elle la scha en 
l'enveloppant dans un vaste drap d'ponge moelleuse, sans la 
frotter afin de ne pas raviver davantage les brulures provoques 
par la flagellation.
	Cependant, Cyrane eut la certitude que la femme agissait 
de la sorte, non par bont d'me  son gard, mais bien parce 
qu'elle tait dresse  agir de la sorte et  satisfaire, sous peine de 
trs rigoureux chtiments, les dsirs de celles et ceux qu'on lui 
faisait obligation de servir.
	Et puis, contrairement  ce qu'elle avait cru, on ne lui tait 
ni le collier ni les bracelets d'or pour la laver. Sans doute devait-
on estimer que leur jeu autour de son cou et de ses poignets tait 
suffisant pour ne pas ncessiter absolument un retrait.

	Ensuite, la Hongroise disposa devant la coiffeuse une sorte 
d'troite sellette de bois, dont la seule vue fit frmir la Franaise.

	- Non!... Oh non!... geignit cette dernire en songeant qu' 
chaque instant une nouvelle preuve lui tait impose.
	Au centre du sige inconfortable, se dressait une rection de 
caoutchouc dur et noir, dont la longueur et le diamtre taient 
lgrement plus forts que ceux de la verge de Scorpionne.
	Valia insista de nouveau, hochant affirmativement la tte, 
son regard de bronze empreint de tristesse et de dsillusion.

	En soupirant, Cyrane se disposa au-dessus de la sellette et, 
s'cartant d'elle- mme les fesses  deux mains, serrant les dents, 
elle se laissa descendre avec prudence et apprhension sur le tenon 
viril menaant. Elle grimaa et gmit aussi longtemps qu'il lui 
fallut peser pour se forcer l'anus et gainer de sa chair la tige 
sodomisante.
	Quand elle fut installe ainsi qu'elle devait l'tre, Valia la 
farda avec grand soin, comme avait fait Joan, lui peignit les 
mamelons et les lvres de la vulve, puis la coiffa, mais en levant 
sa chevelure en un opldent chignon.
	L'esclave nue et muette, non moins habile que l'esclave-
domestique anglaise, achevait de parfumer Cyrane lorsque 
Ispne reparut, tenant couchs sur ses deux avant-bras, tendus 
loin devant l'ampleur effarante de ses seins - lesquels devaient 
assurment lui interdire de voir ses pieds lorsqu'elle se tenait 
droite et immobile - une manire de corset, une sorte de long et 
large voile, des bas pais et une paire d'escarpins dont la hauteur 
des talons tait  faire frmir. La gupire et les chaussures 
taient de chevreau noir; le voile et les bas de teinte carlate vif.
	- Nous devons maintenant vous habiller, Matresse, dit la 
Grecque en souriant et disposant autour de Cyrane le corset, que 
Valia se mit aussitt en devoir de lacer et serrer dans le dos de 
celle-ci.
	A voir les seuls effets que l'esclave nue avait apports, ce 
n'tait pas exactement l'expression que Cyrane et employe.
	Le corset tait long sur le devant, s'arrondissant pour 
couvrir le ventre presque jusqu'au pubis, mais il se relevait sur les 
cts pour passer au-dessus des hanches et les laisser dcouvertes 
ainsi que les reins. Balein rigidement de lames de mtal 
emprisonnes entre ses deux paisseurs, il avait dans sa partie 
suprieure deux demi-coupes destines  recevoir le dessous des 
seins. Les lames qui le prformaient taient droites par-devant, 
rprimant de la sorte toute tentative de l'estomac ou du ventre 
pour se bomber; sur l'arrire et les flancs, elles taient fortement 
incurves vers l'intrieur.
	Au fur et  mesure que Valia serra, Cyrane se sentit peu  
peu touffer: ses gros seins - encore qu'ils lui semblassent 
modestes en comparaison des normits mammaires 
qu'exhibaient les esclaves - en furent remonts violemment 
jusqu' saillir avec une extrme impudeur devant elle, au point 
qu'elle non plus ne vit plus la partie infrieure de son buste; sa 
taille s'en trouva trangle avec svrit; ses reins s'en creusrent 
avec exagration et ses fesses, projetes en arrire, en rebondirent 
de faon outrageuse.
	Ainsi, les parties d'elle-mme que ne comprimait pas le 
corset, les plus intimes et les plus honteuses  montrer, lui 
semblrent devenues plus vulnrables en mme temps que plus 
insolemment offertes au regard et  la main de qui les voudrait 
admirer et toucher.
	A les voir dardes de la sorte, les pointes de ses seins, qui 
restaient tumescentes d'avoir t serres par la pince, lui parurent 
n'avoir jamais t aussi longues.
	Le corset mis en place, les esclaves gainrent les longues 
jambes de Cyrane des bas de fine maille lastique et opaque, 
qu'elles lui montrent trs haut sur les cuisses et qu'elles 
maintinrent au moyen de jarretires de velours noir, que celle-ci 
n'avait pas remarques parmi les singuliers atours qu'on lui 
faisait porter, larges et agrmentes chacune d'une somptueuse 
broche de rubis. Ensuite, l'ayant fait lever, non sans qu'elle gmt 
en se dsolidarisant de la sellette et de son dard sodomisateur, 
elles la chaussrent des escarpins confectionns  sa pointure, la 
grandissant d'un coup de quinze bons centimtres et la faisant 
tout aussitt grimacer de la contrainte supplmentaire ainsi 
durement impose  ses chevilles et ses reins.
	- Je ne serai jamais capable de me dplacer correctement 
sur de semblables perchoirs, soupira Cyrane.
	- Oh si, Matresse, vous apprendrez, sourit Ispne. Dans les 
dbuts, vous aurez un peu mal aux jambes et aux articulations, 
vous ne marcherez que lentement, vous trbucherez aussi, mais 
peu  peu, vous vous habituerez et vous pourrez mme en porter 
de bien plus hauts encore, vous verrez!

	Pendant que la Grecque l'incitait  l'optimisme, Valia avait 
fix  l'arrire du corset l'ample voile qui, pliss et rassembl en 
pointe au dpart de ses reins, mais s'vasant largement ensuite, lui 
faisait une longue traine en ventail qui balayait le sol derrire 
elle.

	Alors Cyrane vit la petite panire pose sur la peau rche 
du dfunt taureau qui lui avait servi de couche, garnie d'un 
coussinet de soie noire, dans laquelle tait ce qui semblait tre une 
parure de joyaux d'or. Ispne y prleva tout d'abord le longs et 
pesants pendants, faits d'une succession de boules ciseles d'gale 
grosseur et s'achevant par un cne dont la pointe aigu, tourne 
vers le bas, piqua les paules de Cyrane en mme temps qu'elle 
grimaait de la pression exerce sur le lobe de ses oreilles par les 
pinces aux mchoires crantes des clips. Puis, quand l'esclave nue 
disposa devant ses seins la lourde chane retenant en son milieu un 
cne identique  ceux des pendants, mais bien plus volumineux, et 
que les pinces mordirent ses ttins, elle ne put rprimer totalement 
un double cri de douleur ni empcher les larmes de lui emplir les 
yeux.

	Cependant, comme il ne lui aurait servi  rien de se 
plaindre ou rcriminer, elle se tut et fit en sorte de dominer tant 
bien que mal la souffrance que, dj, si peu de temps aprs son 
rveil, il lui fallait subir.

	Se pouvait-il qu'en ce chteau, et quelle que ft sa 
condition, une femme vct une seule journe sans qu'on la 
tourmentt?

	- Vous avez de la chance, Matresse, soupira Ispne, vous 
tes trs belle et Scorpionne vous aime... Ce doit tre bon de 
souffrir dans de telles conditions!
	Cyrane accueillit ces mots avec un pauvre sourire et des 
yeux mouills.
	Qu'aurait-elle bien pu rpondre, elle qui tait l de son 
plein gr,  une femme que son mari avait jete en enfer, qui avait 
tout perdu, que l'on avait humilie et avilie, que l'on traitait 
comme un animal et qui n'avait aucun espoir de retrouver jamais 
la plus infime forme de dignit humaine? Il y avait autant de 
diffrence entre Ispne ou Valia et elle, qu'entre une courtisane 
mondaine se vendant librement  qui bon lui semblait et une 
pauvre putain squestre dans un bordel du bout du monde, 
subissant quinze ou vingt hommes par jour, que l'on rouait de 
coups  la moindre tentative de rbellion.

	Finalement, Valia piqua verticalement au-dessus de sa 
nuque et dans la masse de son chignon un petit ventail de soie 
cramoisie borde de dentelle noire.
	Ispne lui montra comment elle devait tenir ses bras et ses 
mains, constamment, et mme pour marcher, avec les avant-bras 
 l'horizontale, parrallles, les paumes tournes vers le haut et les 
doigts ouverts avec grce.
	Alors Duea parut. La rectrice anglaise pntra dans la 
chambre d'un pas sec, en faisant sonner les talonnettes 
mtalliques de ses hautes cuissardes de verni noir. Elle tait, 
d'ailleurs, galement vtue de cette couleur, d'une espce de 
bolro sans manche qui lui cachait les seins mais sans tre attach, 
et d'une courte jupe serre sur ses hanches chevauchant le 
sommet de ses bottes. Elle avait les mains et les bras gants 
presque jusqu'aux aisselles, tait coiffe d'un feutre  large bord 
qui ombrait ses traits violemment fards, et tenait dans la main 
droite la poigne d'argent d'une longue et mince cravache. Hors 
son chapeau, tout ses vtements taient de souple chevreau.
	Elle examina l'apparence de Cyrane en silence, sans l'avoir 
salue, puis hocha la tte d'un air satisfait.
	- Maintenant que vous voil en beaut, doa Cyrane, dit-
elle alors, allons rejoindre votre matresse, laquelle vous attend 
pour une promenade. Et surtout, n'oubliez pas de vous prosterner 
devant elle... si vous ne voulez pas qu'elle m'ordonne de vous 
suspendre par vos mamelles et de vous fouetter les fesses jusqu' 
ce qu'elles suent le sang!
	Cyrane rougit de s'entendre menacer d'un pareil chtiment 
en prsence des esclaves nues, mais elle suivit de son mieux la 
rectrice qui, dj, tournait les talons et sortait de la chambre sans 
lui accorder de faire aucun commentaire, en prenant garde 
surtout  ne pas se tordre douloureusement les chevilles,  viter  
son buste de trop bouger afin de ne pas faire se balancer la chane 
pesant aux bouts de sa poitrine cruellement pincs, ainsi qu' 
conserver les bras et les mains tels qu'il venait de lui tre dit de les 
tenir.
	Mais quoi qu'elle ft, tout lui tait  charge: le collier qui lui 
blessait le cou et la nuque, le corset qui la serrait  la faire 
touffer, les escarpins qui lui brisaient les chevilles et raidissaient 
ses reins, les lobes de ses oreilles et davantage ses ttins mordus 
par les pinces, son fondement qui conservait le souvenir des pines 
raviv par l'rection de la sellette, et jusqu' sa vulve qui,  
prsent qu'elle devait marcher, redevenait d'une sensibilit 
cuisante.

	Scorpionne patientait prs de la porte du donjon, que lui 
tenait ouverte celui qui, cette fois, habill de cuir noir, tait bien 
Pedro.
	Cyrane s'empourpra plus violemment sous ses fards  se 
voir de la sorte offerte aux regards de la brute. Mais sa confusion 
devint encore plus intense quand il lui fallut s'agenouiller devant 
la comtesse, se courber, ouvrir les cuisses et hausser les fesses, afin 
de baiser le pied gauche que celle-ci avanait au-devant de sa 
bouche.
	- Je suis votre esclave trs aimante, trs fidle et trs... trs 
soumise... Matresse... dpendante de votre... volont, murmura-t-
elle sourdement et avec difficult.
	Le visage inhumain de beaut demeura de glace.
	Alors Duea carta le voile qui avait recouvert la croupe de 
Cyrane lorsqu'elle s'tait prosterne, et la cingla de sa cravache  
toute vole.
	La jeune femme hurla en se cabrant.
	- Pourquoi? cria-t-elle dans un hoquet de souffrance.
	- D'abord il te faut te montrer les fesses nues afin que se 
voient bien ton anus et ta vulve; ensuite nous ne t'avons pas 
comprise ni mme entendue, expliqua la rectrice d'un ton 
impassible.
	Pedro se permit un ricanement.
	Cyrane fit un effort et, reprenant la pose humiliante un bref 
instant interrompue, la croupe aussi haute que possible, les cuisses 
bien ouvertes, elle pronona de nouveau la formule d'amour, 
d'attachement et de soumission d'une voix plus forte, encore 
qu'encombre de sanglots.

	- Buenos dias, doa Cyrane, je suis bien heureuse de te voir 
aussi belle, dit alors Scorpionne. Tu peux te relever  prsent et 
venir avec moi. Je vais faire ma visite quotidienne aux Petites 
Ecuries, et je suis persuade que ce que je vais t'y montrer 
t'intressera. Allons!
	Et, tout de suite, elle sortit du donjon et s'en loigna  
grands pas.
	Alecto de Torquemada s'tait toute vtue d'carlate vif et 
de noir, pour partie de cuir fin et pour partie de voile. Elle portait 
une sorte de corset-culotte qui lui prenait les seins, mais 
s'chancrait en pointe profondment, lui tranglait la taille et lui 
enveloppait les fesses, le haut des hanches et le ventre; des bottes 
ajustes, aux talons aiguilles effarants, qui lui montaient en haut 
des cuisses, retenues solidaires de la gaine par des jarretelles; des 
gants qui lui couvraient entirement les bras, tout cela de couleur 
rouge, comme le tour de cou de velours et le feutre pos de biais 
sur sa chevelure noire rassemble en chignon et empanach de 
plumes d'autruche dores. Une large et longue charpe de voile en 
fils de soie noire tait drape et plisse depuis sa taille jusqu'au 
bas de ses hanches et, noue sur ses reins, lui faisait une manire 
de courte jupe serre, avant que de tomber derrire elle en une 
espce de double trane. A l'exemple de Duea, elle tait arme 
d'une fine cravache dont, toutefois, le gros pommeau tait d'or.

	Elle tait somptueuse de beaut et d'orgueilleuse autorit 
dans cette toilette ftichiste de dominatrice qui servait 
admirablement sa silhouette, et dont Cyrane, en arborant ses 
couleurs comme une livre, portait le reflet scandaleusement 
indcent.
	- As-tu bien dormi, mi querida, demanda-t-elle  celle-ci, 
que la rectrice anglaise venait de pousser  sa hauteur et qui ne 
pouvait tout  fait rprimer les grimaces que lui faisaient 
exprimer les grandes difficults qu'elle avait  marcher  la mme 
allure que la sienne.

	- Oui, Matresse, rpondit Cyrane en haletant un peu  
cause de la pression qu'exerait sur elle le corset.
	Maintenant qu'elle tait  l'extrieur du donjon, dans la 
pleine lumire du jour, elle se sentait tout autant ridicule que 
d'une impudeur outrageuse avec ses seins, ses fesses et son ventre 
dont les accessoires vestimentaires qui la paraient ne faisaient 
qu'accentuer la nudit.

	Elles passrent de la sorte  proximit de la courbure du 
lac, virent les cygnes glissant firement  la surface de l'eau 
rendue brillante par l'clat du soleil, dont la position dans le ciel 
apprit  Cyrane qu'il tait beaucoup plus de midi, laissrent le 
petit bosquet ombrag sur leur droite, et se dirigrent vers un 
grand btiment, carr et peu lev.

	Quand elles ne furent plus qu' une dizaine de mtres de la 
grande ouverture qui permettait de pntrer dans l'intrieur de 
celui-ci, trois femmes parurent, entirement nues. Toutes trois, 
piles, mais ayant leur chevelure, belles et de haute taille, avaient 
les seins hypertrophis, le cou et les poignets serrs d'entraves de 
mtal chrom, les mamelons et les lvres du ventre infibuls 
pareillement. Deux taient menes en laisse cte  cte par un 
homme de trs petite stature marchant derrire elles; la troisime, 
dont la poitrine se trouvait tre bien moins dveloppe, tenue de la 
mme faon par un second homme aussi menu que l'autre, avait 
les bracelets de ses poignets fixs sous son menton  l'un des 
anneaux de son collier, alors que les premires conservaient les 
membres libres.

	Cyrane ne demanda pas o l'on conduisait ces femmes et la 
comtesse ne le lui dit pas. Cette dernire rpondit d'une petit signe 
de tte au salut que lui adressaient respectueusement les deux 
hommes  la taille de jockey, semblablement vtus d'une chemise 
 manches bouffantes, d'une culotte de cheval et de courtes bottes 
noires. Quant aux femmes nues, elles se gardrent prudemment de 
lever les yeux du sol.

	Cyrane remarqua toutefois qu'elles n'avaient pas de 
chaussures, qu'elles taient trs bien faites et assez jeunes, qu'elles 
avaient le bas-ventre fltri au fer rouge de la marque de 
Scorpionne, que celle que l'on menait seule, une blonde 
sculpturale et robuste qui n'avait assurment pas vingt-ans, venait 
d'tre rcemment et svrement fouette, sur tout le corps.

	Un instant plus tard, tant passes sous la vote d'une 
entre en forme de tunnel, dans laquelle prenaient,  droite 
comme  gauche, deux larges galeries laisses obscures, elles 
mergrent dans un vaste espace couvert d'une immense verrire, 
au soi entirement constitu par un parquet luisant de cire.
	Cyrane comprit qu'elle se trouvait dans le mange dont lui 
avait parl Joan, et d'autant mieux que, devant elle, ranges sur 
une ligne  la rectitude sans dfaut, avec entre elles un intervalle 
de deux pas, huit femmes splendides, mais accoutres de manire 
encore plus singulire qu'elle ne l'tait elle-mme, attendaient aux 
ordres de Dolfo.

	Ce dernier, vtu comme la veille au soir, vint au-devant de 
la comtesse et s'inclina pour la saluer.
	- Buenos dias, Dolfo, dit gracieusement Alecto de 
Torquemada en esquissant un lger sourire. Comment vont les 
Yeguas aujourd'hui?
	Elle s'tait exprime en espagnol, et ce fut aussi dans cette 
langue que le Matre des Ecuries lui rpondit, non sans avoir, au 
pralable, envelopp Cyrane d'un regard bref mais acr.

	- Elles vont bien, trs bien, Seora condesa, assura Dolfo 
sans sourire. Quant aux nouvelles, que vous venez certainement de 
croiser partant pour la promenade, seule l'Allemands donne 
encore quelques signes de rbellion. Elle a de la peine  admettre 
qu'elle n'est plus la riche fille d'un banquier et qu'il lui faut 
apprendre  obir. Je viens une fois encore de la corriger, mais 
quand je l'aurai dompte et dresse, compte tenu de sa grande 
taille et de sa force, elle fera une excellente monture.
	- Il me tarde de la chevaucher moi-mme et de lui faire un 
peu goter de l'peron, rit Alecto en faisant claquer schement sa 
longue cravache sur le ct de sa botte droite. Voyons celles-l,  
prsent... Ensuite, vous me montrerez comment Mcia s'est mise 
au travail, puis vous ferez atteler Ragmarhi et Saharana afin que 
je puisse emmener doa Cyrane dcouvrir les beauts du parc.
	- La Primera Favorita est tout  fait blouissante. Je crois 
mme n'avoir jamais vu de femme plus belle ni mieux faite, 
exception faite de vous, bien sr, Seora condesa, complimenta 
Dolfo avec une manifeste sincrit. 
	Malgr le trouble qui l'oppressait, il sembla  Cyrane que 
celui-ci prouvait bien autre chose que du respect pour la 
comtesse, et que cette dernire connaissait parfaitement la nature 
des sentiments qu'elle lui inspirait.
	- Et vous la verriez bien galement, sa somptueuse crinire 
rousse dans le vent, secouer de grosses mamelles au bout des rnes 
et vous montrer ses superbes fesses dansantes entre les brancards 
de votre sulky, n'est-ce-pas? insinua Alecto. 
	Le Matre des Ecuries eut un vague hochement de tte en 
fixant Cyrane, laquelle rougit de nouveau d'irrpressible honte.
	Scorpionne et l'homme se regardrent ensuite en silence, et 
puis tous deux, d'un coup, clatrent de rire. Et ce double rire fit 
frmir Cyrane de tout son tre.


(XII) LE PLAISIR SUPREME

	Cyrane avait vu Alecto de Torquemada examiner une  
une, et avec l'attention la plus critique, les huit femmes-cavales 
que le Matre des Ecuries lui prsentait de la sorte chaque jour,  
ce qu'elle croyait avoir compris, pares comme si elles avaient t 
prtes  tre aussitt ensuite quipes, publiquement exhibes et 
engages en course.
	Toutes taient,  peu de chose prs, de la mme et grande 
taille, au moins un mtre soixante-dix sans les talons, quoique 
certaines plus robustes et mieux en chair, avec des seins non moins 
impressionnants que ceux de quasi toutes les femmes esclaves que 
Cyrane avait pu voir jusque-l,  l'exception de l'Allemande que 
Do!fo se faisait fort de mater bientt, superbement faites et 
identiquement nues pour l'essentiel, mais pares d'accessoires de 
cuir, de plumets et de pompons. Que leur peau ft trs blanche, 
rose, mate, ivoirine, ambre ou franchement noire comme l'tait 
celle de l'unique ngresse qui se trouvait parmi elles, et dont le 
buste s'ornait de seins en ogives absolument fabuleux, toutes 
avaient leurs gros mamelons et leurs lvres vaginales percs par 
de lourds anneaux oblongs - ceux de la vulve tant runis par un 
cadenas qui interdisait toute relation sexuelle normale - et 
portaient le haut et pesant collier,  l'attache antrieure duquel 
taient accroches deux chanettes dont la seconde extrmit se 
trouvait fixe  l'un des anneaux infibulant les seins qui, de la 
sorte, se voyaient contraints de se prsenter firement dresss sur 
le torse. Le mtal de ces accessoires tait bleui, gorge de pigeon. 
Elles taient uniformment et intensment maquille de faon 
permanente par tatouage, mais on avait laiss  leurs mamelons et 
leur vulve leur carnation naturelle.
	Pour le reste, elles avaient le pubis marqu au fer rouge des 
armes de la comtesse, taient videmment prives de pilosit sur 
tout le corps, et leurs chevelures s'offraient sous des coiffures 
diffrentes. Deux d'entre elles avaient le crne aux trois-quarts 
ras et ne conservaient, l'une au-dessus du front, l'autre au 
sommet de la nuque, qu'une paisse et longue mche qui, en la 
circonstance, mritait tout  fait de s'entendre dsigner sous 
l'appelation de "queue de cheval"! Deux autres, en revanche, qui 
n'avaient que les cts du crne dnuds, arboraient une sorte de 
coupe  la huron, avec les cheveux raidis par quelque fixateur, 
taills bien plus hauts devant que derrire o ils se prolongeaient 
galement par une longue mche. Deux autres n'taient 
aucunement rases, mais avaient les cheveux en brosse et hrisss. 
Les deux dernires, enfin, dont la ngresse et une Eurasienne 
splendide elle aussi, taient purement et simplement prives de 
tout systme pileux.
	Comme elles se trouvaient tre de la sorte plus ou moins 
apparies par l'aspect de leur crne, elles l'taient galement par 
la couleur de leur harnachement de base, lequel n'intgrait pas les 
ajouts spcifiques de la monte ou de l'attelage, rouge vif pour la 
premire paire, bleu outremer pour la seconde, noir verni pour la 
troisime et blanc pour la quatrime.
	Cet "quipement" se composait tout d'abord de cuissardes, 
qui montaient un peu au-dessus de la mi-cuisse et comportaient un 
laage sur le devant; celles-ci n'auraient pas t remarquables si, 
d'une part elles avaient t pourvues de talons, d'autre part 
n'avaient pas ressembl  leur extrmit  des sabots de cheval 
bien plus qu' des bottes fminines! En effet, les cuissardes se 
terminaient exactement  la faon d'un sabot d'quid, qui seul 
reposait sur le sol. Quant  la semelle, de mtal prform pour 
soutenir comme il se devait la plante du pied ainsi cambr  la 
manire de celui d'une ballerine en chausson et faisant des 
pointes, elle se maintenait de la sorte sans qu'il ft besoin d'un 
talon, dont la prsence eut assurment nui  l'apparence de 
l'ensemble destin  "faire" authentique.
	Il n'tait pas douteux que, pour arriver  se tenir aussi bien 
que le faisaient les femmes qui taient l, marcher et davantage 
encore courir, il devait tre ncessaire de se livrer  de 
nombreuses heures d'un difficile et mme prilleux entranement.
	Hors ces effarantes cuissardes, les Yeguas portaient aussi 
une sorte de serre-taille assez troit, de cuir pais, pourvu 
d'anneaux et de sangles, une espce de camisole de chevreau qui 
leur enfermait les bras replis dans le dos et s'accrochait  
l'attache postrieure de leur collier, un peu  la manire dont 
Cyrane s'tait vue contraindre par Joan, ainsi qu'une espce de 
harnais de tte agrment de grelots ou de pompons. Celui-ci, fait 
de lanires de cuir assembles pour que, ceignant le front et le 
haut de la nuque, soutenu par une bande allant d'une tempe  
l'autre en passant par-dessus le crne et supportant le logement 
dans lequel se plantait le plumet, il pt, au moyen d'une sangle 
entourant les joues et glisse sous le menton, constituer un solide 
support pour les oeillres et les fixations du mors et des rnes.
	Mais, coutant la conversation qu'avaient Scorpionne et le 
Matre des Ecuries, Cyrane avait appris que seules les Yeguas 
montes taient ainsi guides; celles que l'on attelait taient 
menes d'une tout autre faon... les rnes fixes aux anneaux 
perant leurs mamelons!
	Elle put, d'ailleurs, bientt s'en rendre compte par elle-
mme.
	Son inspection termine, Alecto de Torquemada permit  
Dolfo de renvoyer les huit femmes-cavales, puis lui demanda de 
faire venir Mcia. Peu aprs, l'ex-soubrette fut amene par un 
palefrenier, qui ne se priva pas de regarder Cyrane tout son saoul, 
visiblement fascin par son pubis indcemment imberbe.
	Mcia ne portait rien d'autre sur elle que ses entraves, ses 
fers et une paire de cuissardes de Yeguas. Elle avait les bras lis 
retourns dans le dos par des sangles et les poignets assujettis  la 
base de sa nuque par le truchement des bracelets et du collier. Son 
corps conservait les marques de la terrible flagellation que lui 
avait inflige Juan et Pedro, mais de plus rcentes aussi. Sur son 
pubis, la marque frache se voyait en boursouflures violaces; il 
faudrait de nombreux jours encore avant que la brlure se 
cicatrist et que le dessin appart nettement. Comme toutes les 
autres Yeguas, comme les esclaves nues, comme Joan, comme 
Cyrane, et mme Duea et Scorpionne, elle tait violemment 
maquille, mais  l'aide de fards.
	Sur l'ordre d'Alecto, qui n'adressa pas une parole  celle 
qu'elle avait ainsi avili en dpit de leur lien de parent, Dolfo fixa 
une longe d'environ trois mtres au collier de Mcia, se munit 
d'une chambrire au long manche de bois flexible prolong d'une 
lanire troite et interminable, puis, tenant la longe d'une main et 
la chambrire de l'autre, il commanda  l'apprentie cavale de 
tourner autour de lui, d'abord au pas bien scand, puis au petit 
trot saut, au petit galop enfin, tant prvu qu' toutes ces allures 
une Yegua manoeuvrt ses jambes de faons  peu prs similaires. 
Mais c'tait au pas scand que le mouvement se dcomposait le 
mieux et avait le plus de grce, encore que certains amateurs 
prfrassent le petit trot saut. La Yegua devait lever la cuisse 
jusqu' l'horizontale, mais tout en conservant la jambe bien 
perpendiculaire au sol, puis projeter celle-ci en avant, poser son 
sabot bien d'aplomb, et recommencer de l'autre jambe. Tout cela 
en ayant la tte et le tronc parfaitement droits.
	Au pas, cette sorte de marche n'tait pas sans ressembler,  
s'y mprendre, au tristement clbre "Pas de l'oie". Le fait qu'il 
ft pratiqu par une femme jeune, belle et nue, pourvue d'amples 
fesses et de seins formidablement dvelopps, faisait toute la 
diffrence.
	Hlas! La pauvre Mcia n'en tait encore qu'aux premires 
heures de son dressage et ne se montrait pas spcialement doue... 
Aussi la chambrire claqua de nombreuses fois sur sa croupe, la 
faisant bondir et crier, hoqueter et sangloter, puis finalement 
s'abattre lourdement de tout son long sur le parquet o, tout en 
continuant de la retenir par la longe, Dolfo la cingla sur tout le 
corps durant plusieurs minutes. Aprs cela, il la fit ramener par le 
palefrenier en donnant ordre  ce dernier de la mettre au 
tourniquet, attache par les anneaux de ses mamelles, et de la 
faire tourner encore de la sorte une heure durant  l'aide du fouet.
	Ce fut alors que, menes  la main par un autre valet des 
Petites Ecuries, atteles, apparurent Ragmarhi et Saharana, 
lesquelles n'avaient pas t prsentes  la revue et jouissaient 
d'une situation privilgie, puisque toutes deux femmes-cavales 
volontaires.
	Les deux Mujeres-Yeguas particulires de Scorpionne 
taient de somptueuses cratures qui, tant de silhouette que de 
traits, eussent pu sortir tout droit d'un film de Russ Meyer. Ainsi 
que l'avait dit Joan, la premire tait Hindoue, et sa peau avait 
une chaude carnation d'ambre clair; la seconde tait Arabe, 
superbe, et d'un teint  peine plus sombre que sa compagne. Ni 
l'une ni l'autre n'avaient le pubis fltri par la marque au feu ni ne 
portaient les lourds anneaux  la vulve unis par un cadenas; elles 
arboraient, sur leur sexe glabre, comme Joan, le long pendentif 
sur lequel figurait des signes que Cyrane n'avait toujours pu 
dchiffrer. Toutefois, leurs mamelons taient alourdis de fers 
dors, retenus  leur collier par des chanettes, eux aussi de mme 
mtal.

	Magnifiquement bottes, serres, harnaches de cuirs dors 
 guillochures carlates, rases mais portant une sorte de casque, 
galement dor, comme moul sur leur crne, pourvu d'un plumet 
noir et d'une crinire rouge vif, lequel voquait quelque peu la 
coiffure militaire des gardes rpublicains franais monts, elles se 
trouvaient atteles ]'une prs de l'autre, par les anneaux et les 
sangles de leur serre-taille, aux triples brancards d'un lgant 
sulky peint des mmes couleurs noire, carlate et or.
	Ce fut alors que Cyrane vit que les rnes avec lesquelles on 
pouvait les diriger taient fixes, par des mousquetons,  chacun 
des anneaux infibulant les gros mamelons de leurs seins au volume 
ahurissant.
	Scorpionne les flatta  la croupe, que l'une comme l'autre 
avait zbre de quelques marques plissantes, du plat de sa main 
gante, puis grimpa souplement sur le sige du sulky assez large 
pour que, sur son invitation souriante, Cyrane vnt elle aussi s'y 
asseoir, mais en montrant,  cause du corset, beaucoup moins de 
lgret dans l'excution de ses mouvements.
	- Sont-elles pourvues de boules de plaisir? demanda Alecto 
en s'adressant  Dolfo.

	- Elles le sont, Seora condesa, ainsi que vous l'avez 
ordonn, acquiesa celui- ci.

	La comtesse hocha la tte avec satisfaction, adressa un signe 
 l'intention de Duea qui, manifestement, dut savoir comme elle 
devait l'interprter, puis, les quatre rnes bien en main, elle 
claqua de la langue. Les deux Yeguas, dans un accord parfait, 
s'branlrent au pas scand pour entraner derrire elles le sulky, 
sans trahir d'efforts apparents.

	Fige prs de sa matresse souriante et montrant le plaisir 
qu'elle ressentait  ce divertissement, Cyrane se fascina 
immdiatement de l'aisance avec laquelle les deux femmes-
cavales, en se tenant  la perfection, sans se relcher jamais ni se 
dsunir, tiraient la voiture lgre qui roulait pratiquement sans 
bruit sur ses hautes roues cercles de caoutchouc.

	En conservant cette mme allure, assez lente mais trs 
spectaculaire, les Yeguas traversrent le vaste bayle, passrent 
sous la vote perant de part en part le corps principal du 
chteau, puis de l'autre ct, rpondant  une touche lgre du 
fouet de Scorpionne venant envelopper leurs croupes vastes et 
rebondies, se mirent  trotter.
	- Allez, mes belles!... Allez! Allez!... les excita-t-elle.
	A partir de ce moment, le spectacle donn par les deux 
paires de fesses en mouvements, mais galement les mamelles que 
l'on pouvait voir danser et dborder les bustes, devint tout  fait 
exaltant, au point que Cyrane ne prta aucune attention au parc.
	Aprs trois ou quatre cents mtres seulement, les deux 
femmes-cavales firent entendre des gmissements, puis des cris 
exprimant incontestablement la volupt.
	- Ha! tu jouis, ma superbe Ragmarhi!... Et toi aussi, ma 
splendide Saharana!... Tenez, l'une et l'autre, tenez!... Tenez! 
Tenez! Tenez! s'enthousiasma Alecto de Torquemada en les 
cinglant tour  tour de la mche de son fouet.
	Elle expliqua alors  Cyrane que les deux Mujeres-Yeguas 
portaient, dans le vagin et dans l'anus, des boules d'ivoire creuses 
et  demi pleines de mercure, lesquelles taient responsables de 
leurs spasmes voluptueux et continueraient  les faire jouir aussi 
longtemps qu'elles seraient en mouvement.
	Plus tard, la comtesse poussa les deux Yeguas hurlantes, de 
plaisir et de douleur indistinctement, baignes de sueur, jusqu'au 
galop,  grands coups de fouet sur la croupe et les seins, les fit 
changer brusquement de direction en tirant cruellement sur leurs 
mamelons, stopper brutalement, volter, reculer, marquer le pas, 
repartir au trot, puis se lancer encore au galop, cumantes et 
vocifrantes...
	Lorsque le sulky rintgra le mange o attendait toujours 
Dolfo, les deux femmes-cavales avaient les mamelons ensanglants 
et les fesses sillonnes de nervures carlates et cuisantes. Malgr 
cela,  bout de souffle, puises, inondes de transpiration, les 
traits dfaits et plis en dpit du maquillage tatou, les joues 
ruisselantes de larmes, elles n'en restaient pas moins belles et n'en 
paraissaient pas moins heureuses.
	Scorpionne quitta les Petites Ecuries en entranant Cyrane 
 sa suite; puis toutes deux rentrrent au donjon alors que, dj, 
la lumire du jour dclinait.
	En cet instant, Cyrane pu s'apercevoir qu'elle avait fait des 
progrs, supportait presque sans prouver de gne le corset, 
marchait  peu prs correctement avec ses talons, pour elle 
vertigineux, et ne souffrait plus qu' peine de la prsence du 
collier autour de son cou. Seules, cruelles, terribles, lui 
meurtrissant la poitrine, les pinces retenant la chane d'or 
pendant entre ses seins restaient une vritable torture.
	A la porte du donjon, Duea attendait elle aussi, qui la 
reprit en charge aussitt.

	La nuit approchait et, avec elle, de nouvelles preuves et de 
nouveaux plaisirs... peut-tre.

	Cyrane sanglotait et hoquetait entre chacun de ses cris, 
virtuellement pendue par les poignets, incapable maintenant de se 
maintenir debout sur le moyeu de la roue.
	Depuis combien de temps Duea la fouettait-elle?... Depuis 
une demi- heure?... Une heure?... Plus?... Moins?... Elle l'ignorait 
et cela n'avait pas d'importance. Tout son corps tait en feu, 
flambait atrocement. La lanire du fouet l'atteignait de toutes 
parts; elle venait de droite et de gauche, d'avant et d'arrire, bien 
que l'Anglaise, elle, ne bouget pas de place.
	C'tait le tridre qui tournait, et puis la roue, et puis aussi 
Cyrane, entrave entre les deux, bras et jambes carts, retenus 
crucifis en "X".
	Un peu avant qu'elle ne revint en face de Duea, elle vit 
avec terreur cette dernire lever le bras. Le fouet incisa l'espace, 
siffla, cingla. Le cuir lui sabra le buste en diagonale, en mordant 
son sein gauche, claquant sur son estomac, puis remordant sa 
hanche droite.
	Elle hoqueta violemment, chercha dsesprment son 
souffle, puis hurla.
	Elle n'eut pas le temps de terminer son cri.
	Comme elle achevait de tourner le dos  la rectrice, la 
lanire reptilienne remonta entre ses cuisses largement ouvertes.

	Pour la neuf ou dixime fois, peut-tre, elle eut l'atroce 
sensation de chevaucher une barre de mtal chauff  blanc.
	Elle  se cabra dans ses entraves, les yeux hors des orbites, la 
bouche bante sur le cri qui refusait de sortir de sa gorge, hoqueta 
de nouveau avec une effroyable violence, puis beugla comme une 
bte, interminablement.
	Il n'y eut pas de cingle suivante.
	Le menton au contact du lourd collier d'or, secoue de 
frissons nerveux, les seins soulevs par sa poitrine encombre de 
cris et de sanglots incoercibles, elle sentit que Duea librait ses 
chevilles.
	- Comme tu sais bien souffrir, et comme tu es belle, malgr 
tout, lorsque tu as mal! dit la femme d'un ton assourdi en la 
tutoyant soudain, et comme il lui arrivait de le faire parfois. Au 
fond, je t'ai mai juge tout d'abord, et, en dpit de ton ge et de la 
gnrosit de tes formes, tu m'excites en te dbattant, criant et 
pleurant sous la lanire. Je regrette un peu que tu ne 
m'appartiennes pas.
	Sans rpondre, tout en continuant  geindre et pleurer 
doucement, Cyrane se laissa passivement dtacher du tridre, puis 
coucher sur la roue o, peu aprs, Duea acheva de la fixer dans 
une posture identique  la prcdente, mais  l'horizontale cette 
fois et sur le dos.
	Puis elle se mordit les lvres quand la main sche et dure se 
plaqua sur son bas-ventre et commena  la tourmenter. Elle cria 
en se sentant ouverte, tire, carte, et cria de plus en plus fort. 
	- L!... L! ... Tout doux, tout doux!... Il faut bien que je voie 
tout de vous-mme, susurra Duea en continuant de la triturer.
	Cyrane se cabra davantage, tirant sur ses prcieuses 
entraves  s'arracher les chevilles et les poignets. Elle prouvait, 
dans une plnitude fulgurante, le sens exact du terme employ par 
la rectrice. Celle-ci s'occupait de son corps avec minutie, comme si 
elle et dcid de faire s'extraire de son tre la totalit de son 
intimit.
	Autant une volont de caresse avait pu tre dlectable sous 
les doigts de Scorpionne, autant la volont de supplice tait 
ignoble sous ceux de cette femme, autrement dit d'une crature 
bien place pour connatre l'extrme cruaut de la torture inflige 
manuellement.
	Abominablement triture, la vulve de Cyrane ne fut bientt 
plus qu'une masse de muqueuses baignes de feu.
	- Les seins,  prsent! annona Duea avec une sardonique 
gaiet en dlaissant le bas-ventre de sa victime. Ensuite... eh bien, 
ensuite, vous serez fin prte pour prendre le dpart du plus grand 
voyage que vous ayez jamais fait au coeur des arcanes de la 
volupt!
	Cyrane recommena  hurler immdiatement.
	Quand les doigts de Duea abandonnrent sa poitrine, elle 
avait les mamelons violacs, bleuissants, normes, presque aussi 
dforms et congestionns qu'aprs qu'ils eussent t serrs, 
presss et tordus par les pinces. La rectrice avait tir dessus en les 
tenant entre l'index et le pouce,  les arracher, en allant et venant, 
jusqu' faire se cambrer et s'arquer ses reins  la limite de la 
cassure; elle avait tordu  faire s'exsuder le sang,  faire clater la 
peau...

	De nouveau, elle sanglotait sans aucune retenue. Les larmes 
lui coulaient dans la bouche, en s'infiltrant par la commissure de 
ses lvres, et elles l'touffaient. Une infinit de points noirs cercls 
d'or volaient et scintillaient devant ses yeux et des crampes 
abominables lui nouaient l'estomac. Tout son corps n'tait que 
souffrance et s'tait couvert d'une sueur encore plus abondante 
que celle qui l'avait mouille durant qu'elle se cabrait et se vrillait 
dsesprment sous le fouet.
	- Maintenant, vous vous approchez du plaisir, et bientt 
vous serez si heureuse, que vous croirez  peine  la ralit de ce 
que vous ressentirez, promit alors Duea.
	Cyrane avait dj appris  redouter les promesses de la 
rectrice anglaise.
	Ecartele sur la roue, la vulve et le bout des seins plus 
brlants que braises avives par le soufflet, elle vit cette dernire 
se redresser au-dessus d'elle et s'loigner, descendre du praticable, 
puis se rendre  la niche qui recelait tant et tant d'accessoires plus 
dmoniaques et horripilants les uns que les autres.
	Elle songea que, jusqu' prsent, il lui avait t plus pnible 
de souffrir du fait que Scorpionne n'tait pas l pour jouir de sa 
souffrance.
	Puis l'angoisse la reprit en son pouvoir, plus vive que la 
douleur lancinante qui persistait, tant des coups de fouet brlants 
que des manipulations que les doigts de Duea venaient de lui 
infliger.
	Celle-ci revenait vers elle, tenant dans sa main droite une 
ou deux douzaines de longues aiguilles d'or...

	La pose des aiguilles n'tait en rien douloureuse.
	C'tait  peine si,  l'enfoncement de chacune d'elles dans 
sa chair, Cyrane ressentait un petit pincement.
	Bientt, les endroits rputs sensibles de son corps en furent 
lards. Ce furent d'abord les grandes lvres paisses de sa vulve, 
puis ses nymphes, les pointes turgescentes de ses seins puis les 
aroles elles-mmes, ses aisselles, ses plis inguinaux, mais aussi la 
commissure de ses lvres, de ses paupires, le pourtour de son 
clitoris, de son anus enfin.
	Cela prit un moment, mais quand Duea en eut termin, 
elle fut surprise de ne nen eprouver de nouveau encore.
	L'Anglaise comprit parfaitement la muette interrogation de 
son regard encore voil de larmes, son incomprhension, presque 
sa dsillusion.
	- Prenez patience, ma belle!... Cela ne va pas tarder!... 
Quand votre matresse arrivera, vous pourrez la saluer de 
hurlements de jouissance tels que vous n'en avez certainement 
jamais pousss sous les lans d'un amant vous fouissant 
profondment de son vit! Bien sr, je pourrais longuement vous 
expliquer par le dtail comment agissent les aiguilles, mais cela ne 
serait au fond que de peu d'intrt, non?... La chose essentielle est 
que je puisse vous en faire profiter aussi souvent que doa Alecto 
aura la volont de vous faire jouir jusqu'au paroxysme... jouir  
vous en faire devenir folle!
	Cyrane sentit son rythme cardiaque s'acclrer. Son souffle 
devint plus court, plus prcipit.
	- Vous sentez?... Cela commence, sourit Duea.
	Dj, Cyrane ne l'coutait plus.

	Brusquement, une onde de volupt,  l'norme intensit, 
venait de la parcourir comme une sorte de dcharge lectrique. 
Elle se cabra sur la roue, sans plus souffrir des meurtrissures que 
les rais et le moyeu infligeaient  son dos et ses reins, puis elle cria. 
Ses yeux, sa bouche, ses seins, ses aisselles, son sexe et son 
fondement n'taient plus que des foyers de jouissance devenus 
d'une sensibilit intolrable. Incapable de lutter, elle s'abandonna 
de plus en plus, cabre de tout son tre, secoue et tordue,  
l'orgasme forcen qui dferlait en elle  la manire d'un 
maelstrom.
	Elle s'entendit hurler, convulse de spasmes hystriques sur 
la roue qui se remit  tourner lentement.
	Cela dura cinq ou six minutes, mais elle eut la sensation que 
cela durait des sicles. Puis les ondes voluptueuses s'attnurent 
peu  peu, puis se dissolvrent tout  fait. Elle re tomba sur le bois, 
lourdement, sans plus aucune force, ruisselante de sueur... et de 
cyprine abondante.
	Elle chercha  rattraper son souffle, puise, en ayant 
l'impression d'avoir fait l'amour durant tout une nuit sans le 
moindre rpit. Il lui sembla que ses muqueuses s'taient gonfles  
clater. Et pour ce qui tait de ses ttins, au moins, lesquels elle 
pouvait voir, cette impression tait parfaitement en adquation 
avec la ralit. Jamais les pointes de ses mamelons n'avaient t 
plus tumescentes et violemment colores.
	- Parfait! Parfait!... Vous ragissez merveilleusement au 
traitement, apprcia Duea. Je vous laisse donc jouir, chrie, 
autant que vous le voudrez... en fait, autant que vous serez 
capable de le faire avant de perdre conscience. Moi, je vais de ce 
pas avertir Scorpionne qu'il est temps pour elle de venir assister 
au spectacle. Selon ce que je crois, vous devriez recommencer  
jouir d'ici deux ou trois minutes.
	A peine Duea avait-elle quitt les lieux et ferm la porte 
sur elle, que Cyrane sentit que "cela" revenait.
	Le feu sexuel provoqu par les aiguilles recommena  la 
dvorer. Elle se remit  hurler, d'un plaisir immense, colossal, 
inhumain et monstrueux. Puis elle s'abattit pesamment, vide de 
toute nergie, avec le sexe et les seins comme enduits d'acide.
	Elle ne comprit pas alors pourquoi, intense, tenaillante, lui 
revenait la convoitise de la morsure brlante du fouet.

	Cyrane avait atteint puis dpass ce qu'elle pensait tre les 
sommets de la jouissance suprme. Son sexe, son anus, ses seins et 
tout son corps n'taient plus que les centres de typhons 
insupportables qui surgissaient les uns aprs les autres, sans 
presque de cesse ni de rpit maintenant.
	Tout  l'heure, mais peut-tre tait-ce voil mille ans, aprs 
que Scorpionne ft arrive, Duea lui avait fix des pinces sur les 
mamelons, dont elle avait au pralable t une partie des aiguilles. 
Mais en dpit de la douleur atroce, elle avait continu  jouir,  
jouir comme une forcene, et mme lorsque la comtesse, 
calmement, avait pos le bout incandescent d'un cigare sur son 
pubis, juste au-dessus de sa vulve...

	Le sang battait  ses tempes, elle ruisselait de sueur, et si 
cela devait continuer encore elle allait basculer de la volupt 
dlirante dans une absolue horreur.
	Elle haleta, ne respirant qu'avec peine aprs un nouvel 
accs de plaisir monstrueux. Elle avait la sensation de n'tre plus 
rien d'autre qu'une croix traverse par un feu dmoniaque. Son 
pouls battait lentement et, d'un coup, s'emballait jusqu' ce 
qu'elle retombt, sans force, pantelante.

	Elle ne savait plus que venait le plaisir, mais elle le hurlait 
lorsqu'il explosait en elle.

	Puis il y eut comme une immense gerbe de feu dans tout son 
corps, et il lui sembla que quelque chose s'teignait dfinitivement.
	Elle ne sentit pas qu'on lui retirait les aiguilles, qu'on la 
dtachait de la roue, mais qu'on lui laissait les pinces au bout des 
seins, qu'on lui runissait les bracelets de ses poignets dans le dos, 
que Pedro la soulevait dans ses bras et l'emportait hors du donjon, 
vers la courbure du lac o dormaient les cygnes, pour peu de 
temps encore car l'aube n'allait plus tarder  pointer  l'horizon, 
qu'il la dposait dans l'herbe frache et attachait  son collier une 
chane qui, de l'autre ct, tait fixe  un piquet...
	L'orage clata sur elle quand la nuit se mit  grisailler.
	Elle subit la pluie comme un bienfait; l'eau n'tait pas 
froide.
	L'onde dura peu.

	Le soleil qui se leva, tirant dfinitivement les cygnes de leur 
somnolence, lui chauffa bientt le dos et les reins.
	Elle ne souffrait presque plus du martyre de ses seins.
	Plus tard, beaucoup plus tard, tourdissante de beaut dans 
un splendide tailleur gris perle,  veste trs longue et jupe droite 
extrmement courte qui recouvrait tout juste le renforcement plus 
sombre de ses bas fums, Alecto de Torquemada vint la voir.

	- Je t'aime, querida mia, je t'aime, et il m'importe peu au 
fond que toi tu m'aimes ou non, puisque je t'ai en ma possession... 
Cette nuit, tu ne seras pas fouette et tu dormiras peut-tre avec 
moi... ou peut-tre pas, dit-elle en souriant.
	Cyrane aurait voulu lui crier qu'elle aussi l'aimait, de tout 
son tre, mais elle n'en eut ni la force ni le temps.
	Dj, la comtesse s'loignait d'elle pour marcher vers le 
chteau, l'abandonnant l, nue sur l'herbe, enchane  son 
piquet... 

Dominique Saint-Marc - Scorpionne

- 108 -


 Ceci provient du site gratuit des HISTOIRES TABOUES cr en 1999 par Pedinc.

http://www.asstr.org/~histoires/  ou  http://go.to/histoires

Vous y trouverez la plus grande collection d'histoires en franais sur le sujet.

N'oubliez jamais que cela doit rester des fantasmes ...
Forcer un enfant au sexe dans la vie relle mrite la prison !

-------------------------------------------------------------------------------
Cette oeuvre reste la proprit de son auteur.
Sauf si stipul autrement, vous pouvez la republier sur un autre site gratuit
 condition de ne rien modifier et de laisser les notices de dbut et de fin.
-------------------------------------------------------------------------------

