LA PHILOSOPHIE DANS LE BOUDOIR (1->7) (par le Marquis de Sade) (nc)
Ou les Instituteurs Immoraux


title: LA PHILOSOPHIE DANS LE BOUDOIR
part: 1->7 (Complete)
author: le Marquis de Sade
keywords: nc
language: Francais
age: 15 ans
published: 25/04/2000




                                Marquis de Sade

                                 (1740 - 1814)

                          La Philosophie dans le boudoir

                                       ou

                             Les instituteurs immoraux

             DIALOGUES Destins  l'ducation des jeunes Demoiselles

                                       

 


Aux Libertins

(I)	Premier Dialogue
(II)	Deuxime Dialogue
(III)	Troisime Dialogue
(IV) 	Quatrime Dialogue
(V)	Cinquime Dialogue
(VI)	Sixime Dialogue
(VII)	Septime et Dernier Dialogue




 

Saisie et Mise en Ligne - Selva


Aux Libertins

	Voluptueux de tous les ges et de tous les sexes, 
c'est  vous seuls que j'offre cet ouvrage: nourrissez-vous 
de ses principes, ils favorisent vos passions, et ces 
passions, dont de froids et plats moralistes vous effraient, 
ne sont que les moyens que la nature emploie pour faire 
parvenir l'homme aux vues qu'elles a sur lui; n'coutez 
que ces passions dlicieuses; leur organe est le seul qui 
doive vous conduire au bonheur.
	Femmes lubriques, que la voluptueuse Saint-Ange 
soit votre modle; mprisez,  son exemple, tout ce qui 
contrarie les lois divines du plaisir qui l'enchanrent 
toute sa vie.
	Jeunes filles trop longtemps contenues dans les 
liens absurdes et dangereux d'une vertu fantastique et 
d'une religion dgotante, imitez l'ardente Eugnie; 
dtruisez, foulez aux pieds, avec autant de rapidit 
qu'elle, tous les prceptes ridicules inculqus par 
d'imbciles parents. 
	Et vous, aimables dbauchs, vous qui, depuis votre 
jeunesse, n'avez plus d'autres freins que vos dsirs et 
d'autres lois que vos caprices, que le cynique Dolmanc 
vous serve d'exemple; allez aussi loin que lui, si, comme 
lui, vous voulez parcourir toutes les routes de fleurs que 
la lubricit vous prpare; convainquez-vous  son cole 
que ce n'est qu'en tendant la sphre de vos gots et de 
ses fantaisies, que ce n'est qu'en sacrifiant tout  la 
volupt, que le malheureux individu connu sous le nom 
d'homme, et jet malgr lui sur ce triste univers, peut 
russir  semer quelques roses sur les pines de la vie.


(I) Premier Dialogue




 




Madame de Saint-Ange, Le Chevalier de Mirvel.


Mme de Saint-Ange: Bonjour, mon frre. Eh bien, M. 
Dolmanc?

Le Chevalier: Il arrivera  quatre heures prcises, nous 
ne dnons qu' sept; nous aurons, comme tu vois, tout le 
temps de jaser.

Mme de Saint-Ange: Sais-tu, mon frre, que je me 
repens un peu et de ma curiosit et de tous les projets 
obscnes forms pour aujourd'hui? En vrit, mon ami, 
tu es trop indulgent, plus je devrais tre raisonnable, plus 
ma maudite tte s'irrite et devient libertine: tu me passes 
tout, cela ne sert qu' me gter... A vingt-six ans, je 
devrais tre dj dvote, et je ne suis encore que la plus 
dborde des femmes... on n'a pas ide de ce que je 
conois, mon ami, de ce que je voudrais faire. J'imaginais 
qu'en me tenant aux femmes, cela me rendrait sage;... 
que mes dsirs concentrs dans mon sexe ne 
s'exhaleraient plus vers le vtre; projets chimriques, 
mon ami; les plaisirs dont je voulais me priver ne sont 
venus s'offrir qu'avec plus d'ardeur  mon esprit, et j'ai vu 
que quand on tait, comme moi, ne pour le libertinage, 
il devenait inutile de songer  me briser bientt. Enfin, 
mon cher, je suis un animal amphibie; j'aime tout, je 
m'amuse de tous les genres; mais, avoue-le, mon frre, 
n'est-ce pas une extravagance complte  moi que de 
vouloir connatre ce singulier Dolmanc qui, de ses jours, 
dis-tu, n'a pu voir une femme comme l'usage le prescrit, 
qui, sodomite par principe, non seulement est idoltre de 
son sexe, mais ne cde mme pas au ntre que sous la 
clause spciale de lui livrer les attraits chris dont il est 
accoutum de se servir chez les hommes? Vois, mon 
frre, quelle est ma bizarre fantaisie: je veux tre le 
Ganymde de ce nouveau Jupiter, je veux jouir de ses 
gots, des ses dbauches, je veux tre la victime de ses 
erreurs: jusqu' prsent, tu le sais, mon cher, je ne me 
suis livre ainsi qu' toi, par complaisance, ou qu' 
quelqu'un de mes gens qui, pay pour me traiter de cette 
faon, ne s'y prtait que par intrt; aujourd'hui, ce n'est 
plus ni la complaisance ni le caprice, c'est le got seul 
qui me dtermine... Je vois, entre les procds qui m'ont 
asservie et ceux qui vont m'asservir  cette manie bizarre, 
une inconcevable diffrence, et je veux la connatre. 
Peins-moi ton Dolmanc, je t'en conjure, afin que je l'aie 
bien dans la tte avant de le voir arriver; car tu sais que 
je ne le connais que pour l'avoir rencontr l'autre jour 
dans une maison o je ne fus que quelques minutes avec 
lui.

Le Chevalier: Dolmanc, ma soeur, vient d'atteindre sa 
trente-sixime anne; il est grand, d'une fort belle figure, 
des yeux trs vifs et trs spirituels, mais quelque chose 
d'un peu dur et d'un peu mchant se peint malgr lui dans 
ses traits; il a les plus belles dents du monde, un peu de 
mollesse dans la taille et dans la tournure, par l'habitude, 
sans doute, qu'il a de prendre si souvent des airs 
fminins; il est d'une lgance extrme, une jolie voix, 
des talents, et principalement beaucoup de philosophie 
dans l'esprit.

Mme de Saint-Ange: Il ne croit pas en Dieu, j'espre.

Le Chevalier: Ah! que dis-tu l! C'est le plus clbre 
athe, l'homme le plus immoral... Oh! c'est bien la 
corruption la plus complte et la plus entire, l'individu le 
plus mchant et le plus sclrat qui puisse exister au 
monde.

Mme de Saint-Ange: Comme tout cela m'chauffe! Je 
vais raffoler de cet homme. Et ses gots, mon frre?

Le Chevalier: Tu les sais; les dlices de Sodome lui sont 
aussi chers comme agent que comme patient; il n'aime 
que les hommes dans ses plaisirs, et si quelquefois, 
nanmoins, il consent  essayer les femmes, ce n'est 
qu'aux conditions qu'elles seront assez complaisantes 
pour changer de sexe avec lui. Je lui ai parl de toi, je l'ai 
prvenu de tes intentions; il accepte et t'avertit  son tour 
des clauses du march. Je t'en prviens, ma soeur, il te 
refusera tout net si tu prtends l'engager  autre chose: 
"Ce que je consens  faire avec votre soeur est, prtend-
il, une licence... une incartade dont on ne se souille que 
rarement et avec beaucoup de prcautions."

Mme de Saint-Ange: Se souiller!... des prcautions!... 
J'aime  la folie le langage de ces aimables gens! Entre 
nous autres femmes, nous avons aussi de ces mots 
exclusifs qui prouvent, comme ceux-l, l'horreur 
profonde dont elles sont pntres pour tout ce qui ne 
tient pas au culte admis... Eh! dis-moi, mon cher, il t'a 
eu? Avec ta dlicieuse figure et tes vingt ans, on peut, je 
crois, captiver un tel homme!

Le Chevalier: Je ne te cacherai point mes extravagances 
avec lui: tu as trop d'esprit pour les blmer. Dans le fait, 
j'aime les femmes, moi, et je ne me livre  ces gots 
bizarres que quand un homme aimable m'en presse. Il n'y 
a rien que je ne fasse alors. Je suis loin de cette morgue 
ridicule qui faut croire  nos jeunes freluquets qu'il faut 
rpondre par des coups de canne  de semblables 
propositions; l'homme est-il le matre de ses gots? Il faut 
plaindre ceux qui en ont de singuliers, mais ne les 
insulter jamais: leur tort est celui de la nature; ils 
n'taient pas plus les matres d'arriver au monde avec des 
gots diffrents que nous ne le sommes de natre ou 
bancal ou bien fait. Un homme vous dit-il d'ailleurs une 
chose dsagrable en vous tmoignant le dsir qu'il a de 
jouir de vous? Non, sans doute; c'est un compliment qu'il 
vous fait; pourquoi donc y rpondre par des injures ou 
des insultes? Il n'y a que les sots qui puissent penser 
ainsi; jamais un homme raisonnable ne parlera de cette 
matire diffremment que je ne fais, mais c'est que le 
monde est peupl de plats imbciles qui croient que c'est 
leur manquer que de leur avouer qu'on les trouve propres 
 des plaisirs, et qui, gts par les femmes, toujours 
jalouses de ce qui a l'air d'attenter  leurs droits, 
s'imaginent tre les Don Quichotte de ces droits 
ordinaires, en brutalisant ceux qui n'en reconnaissent pas 
toute l'tendue.

Mme de Saint-Ange: Ah! mon ami, baise-moi! Tu ne 
serais pas mon frre si tu pensais diffremment; mais un 
peu de dtails, je t'en conjure, et sur le physique de cet 
homme et sur ses plaisirs avec toi.

Le Chevalier: M. Dolmanc tait instruit par un de mes 
amis du superbe membre dont tu sais que je suis pourvu; 
il engagea le marquis de V...  me donner  souper avec 
lui. Une fois l, il fallut bien exhiber ce que je portais; la 
curiosit parut d'abord tre le seul motif; un trs beau cul 
qu'on me tourna, et dont on me supplia de jouir, me fit 
bientt voir que le got seul avait eu part  cet examen. 
Je prvins Dolmanc de toutes les difficults de 
l'entreprise; rien ne l'effaroucha. "Je suis  l'preuve du 
blier, me dit-il, et vous n'aurez mme pas la gloire d'tre 
le plus redoutable des hommes qui perforrent le cul que 
je vous offre!" Le marquis tait l; il nous encourageait 
en tripotant, maniant, baisant tout ce que nous mettions 
au jour l'un et l'autre. Je me prsente... je veux au moins 
quelques apprts: "Gardez-vous-en bien! me dit le 
marquis; vous teriez la moiti des sensations que 
Dolmanc attend de vous; il veut qu'on le pourfende... il 
veut qu'on le dchire. - Il sera satisfait!" dis-je en me 
plongeant aveuglment dans le gouffre... Et tu crois peut-
tre, ma soeur, que j'eus beaucoup de peine?... Pas un 
mot; mon vit, tout norme qu'il est, disparut sans que je 
m'en doutasse, et je touchai le fond de ses entrailles sans 
que le bougre et l'air de le sentir. Je traitai Dolmanc en 
ami; l'excessive volupt qu'il gotait, ses frtillements, 
ses propos dlicieux, tout me rendit bientt heureux moi-
mme, et je l'inondai. A peine fus-je dehors que 
Dolmanc, se retournant vers moi, chevel, rouge 
comme une bacchante: "Tu vois l'tat o tu m'as mis, 
cher chevalier? me dit-il, en m'offrant un vit sec et mutin, 
fort long et d'au moins six pouces de tour; daigne, je t'en 
conjure,  mon amour! me servir de femme aprs avoir 
t mon amant, et que je puisse dire que j'ai got dans 
tes bras divins tous les plaisirs du got que je chris avec 
tant d'empire." Trouvant aussi peu de difficults  l'un 
qu' l'autre, je me prtai; le marquis, se dculottant  mes 
yeux, me conjura de vouloir bien tre encore un peu 
homme avec lui pendant que j'allais tre la femme de son 
ami; je le traitai comme Dolmanc, qui, me rendant au 
centuple toutes les secousses dont j'accablais notre tiers, 
exhala bientt au fond de mon cul cette liqueur 
enchanteresse dont j'arrosais, presque en mme temps, 
celui de V...

Mme de Saint-Ange: Tu dois avoir eu le plus grand 
plaisir, mon frre,  te trouver ainsi entre deux; on dit 
que c'est charmant.

Le Chevalier: Il est bien certain, mon ange, que c'est la 
meilleure place; mais quoi qu'on en dise, tout cela ce sont 
des extravagances que je ne prfrerai jamais au plaisir 
des femmes.

Mme de Saint-Ange: Eh bien, mon cher amour, pour 
rcompenser aujourd'hui ta dlicate complaisance, je vais 
livrer  tes ardeurs une jeune fille vierge, et plus belle 
que l'Amour.

Le Chevalier: Comment! Avec Dolmanc... tu fais venir 
une femme chez toi?

Mme de Saint-Ange: Il s'agit d'une ducation; c'est une 
petite fille que j'ai connue au couvent l'automne dernier, 
pendant que mon mari tait aux eaux. L, nous ne pmes 
rien, nous n'osmes rien, trop d'yeux taient fixs sur 
nous, mais nous nous prommes de nous runir ds que 
cela serait possible; uniquement occupe de ce dsir, j'ai 
pour y satisfaire, fait connaissance avec sa famille. Son 
pre est un libertin... que j'ai captiv. Enfin la belle vient, 
je l'attends; nous passerons deux jours ensemble... deux 
jours dlicieux; la meilleure partie de ce temps, je 
l'emploie  duquer cette jeune personne. Dolmanc et 
moi nous placerons dans cette jolie petite tte tous les 
principes du libertinage le plus effrn, nous 
l'embraserons de nos feux, de nos dsirs, et comme je 
veux joindre un peu de pratique  la thorie, comme je 
veux qu'on dmontre  mesure qu'on dissertera, je t'ai 
destin, mon frre,  la moisson des myrtes de Cythre, 
Dolmanc  celle des roses de Sodome. J'aurais deux 
plaisirs  la fois, celui de jouir moi-mme de ces volupts 
criminelles et celui d'en donner des leons, d'en inspirer 
les gots  l'aimable innocente que j'attire dans nos filets. 
Eh bien, chevalier, ce projet est-il digne de mon 
imagination?

Le Chevalier: Il ne peut tre conu que par elle; il est 
divin, ma soeur, et je te promets d'y remplir  merveille 
le rle charmant que tu m'y destines. Ah! friponne, 
comme tu vas jouir du plaisir d'duquer cette enfant! 
quelles dlices pour toi de la corrompre, d'touffer dans 
ce jeune coeur toutes les semences de vertu et de religion 
qu'y placrent ses institutrices! En vrit, cela est trop 
rou pour moi.

Mme de Saint-Ange: Il est bien sr que je n'pargnerai 
rien pour la pervertir, pour dgrader, pour culbuter dans 
elle tous les faux principes de morale dont on aurait pu 
l'tourdir; je veux, en deux leons, la rendre aussi 
sclrate que moi... aussi impie... aussi dbauche. 
Prviens Dolmanc, mets-le au fait ds qu'il arrivera, 
pour que le venin des ses immoralits, circulant dans ce 
jeune coeur avec celui que j'y lancerai, parvienne  
draciner dans peu d'instants toutes les semences de 
vertu qui pourraient y germer sans nous.

Le Chevalier: Il tait impossible de mieux trouver 
l'homme qu'il te fallait: l'irrligion, l'impit, 
l'inhumanit, le libertinage dcoulent des lvres de 
Dolmanc, comme autrefois l'onction mystique de celles 
du clbre archevque de Cambrai; c'est le plus profond 
sducteur, l'homme le plus corrompu, le plus 
dangereux... Ah! ma chre amie, que ton lve rponde 
aux soins de l'instituteur, et je te la garantis bientt 
perdue.

Mme de Saint-Ange: Cela ne sera srement pas long 
avec les dispositions que je lui connais...

Le Chevalier: Mais, dis-moi, chre soeur, ne redoutes-tu 
rien des parents? Si cette petite fille venait  jaser quand 
elle retournera chez elle?

Mme de Saint-Ange: Ne crains rien, j'ai sduit le pre... 
il est  moi. Faut-il enfin te l'avouer? je me suis livre  
lui pour qu'il fermt les yeux; il ignore mes desseins, 
mais il n'osera jamais les approfondir... Je le tiens.

Le Chevalier: Tes moyens sont affreux!

Mme de Saint-Ange: Voil comme il les faut pour qu'ils 
soient srs.

Le Chevalier: Eh! dis-moi, je te prie, quelle est cette 
jeune personne?

Mme de Saint-Ange: On la nomme Eugnie, elle est la 
fille d'un certain Mistival, l'un des plus riches traitants de 
la capitale, g d'environ trente-six ans; la mre en a tout 
au plus trente-deux et la petite fille quinze. Mistival est 
aussi libertin que sa femme est dvote. Pour Eugnie, ce 
serait en vain, mon ami, que j'essaierais de te la peindre: 
elle est au-dessus de mes pinceaux; qu'il te suffise d'tre 
convaincu que ni toi ni moi n'avons certainement jamais 
rien vu d'aussi dlicieux au monde.

Le Chevalier: Mais esquisse au moins, si tu ne peux 
peindre, afin que, sachant  peu prs  qui je vais avoir 
affaire, je me remplisse mieux l'imagination de l'idole o 
je dois sacrifier.

Mme de Saint-Ange: Eh bien, mon ami, ses cheveux 
chtains, qu' peine on peut empoigner, lui descendent au 
bas des fesses; son teint est d'une blancheur blouissante, 
son nez est un peu aquilin, ses yeux d'un noir d'bne et 
d'une ardeur!... Oh! mon ami, il n'est pas possible de 
tenir  ces yeux-l... Tu n'imagines point toutes les 
sottises qu'ils m'ont fait faire... Si tu voyais les jolis 
sourcils qui les couronnent... les intressantes paupires 
qui les bordent!... Sa bouche est trs petite, ses dents 
superbes, et tout cela d'une fracheur!... Une de ses 
beauts est la manire lgante dont sa belle tte est 
attache sur ses paules, l'air de noblesse qu'elle a quand 
elle la tourne... Eugnie est grande pour son ge; on lui 
donnerai dix-sept ans; sa taille est un modle d'lgance 
et de finesse, sa gorge dlicieuse... Ce sont bien les deux 
plus jolis ttons!... A peine y a-t-il de quoi remplir la 
main, mais si doux... si frais... si blancs!... Vingt fois j'ai 
perdu la tte en les baisant! et si tu avais vu comme elle 
s'animait sous mes caresses... comme ses deux grands 
yeux me peignaient l'tat de son me!... Mon ami, je ne 
sais pas comment est le reste. Ah! s'il faut en juger par ce 
que je connais, jamais l'Olympe n'eut une divinit qui la 
valt... Mais je l'entends... laisse-nous; sors par le jardin 
pour ne la point rencontrer, et sois exact au rendez-vous.

Le Chevalier: Le tableau que tu viens de me faire te 
rpond de mon exactitude... Oh, ciel! sortir... te quitter 
dans l'tat o je suis!... Adieu... un baiser... un seul 
baiser, ma soeur, pour me satisfaire au moins jusque-l. 
(Elle le baise, touche son vit au travers de sa culotte, et 
le jeune homme sort avec prcipitation.)


(II) Deuxime Dialogue




 




Madame de Saint-Ange, Eugnie.


Mme de Saint-Ange: Eh! bonjour, ma belle; je 
t'attendais avec une impatience que tu devines bien 
aisment, si tu lis dans mon coeur.

Eugnie: Oh! ma toute bonne, j'ai cru que je n'arriverais 
jamais, tant j'avais d'empressement d'tre dans tes bras; 
une heure avant de partir, j'ai frmi que tout changet; 
ma mre s'opposait absolument  cette dlicieuse partie; 
elle prtendait qu'il n'tait pas convenable qu'une jeune 
fille de mon ge allt seule; mais mon pre l'avait si mal 
traite avant-hier qu'un seul de ses regards a fait rentrer 
Mme de Mistival dans le nant; elle a fini par consentir  
ce qu'accordait mon pre, et je suis accourue. On me 
donne deux jours; il faut absolument que ta voiture et 
l'une de tes femmes me ramnent aprs-demain.

Mme de Saint-Ange: Que cet intervalle est court, mon 
cher ange!  peine pourrai-je, en si peu de temps, 
t'exprimer tout ce que tu m'inspires... et d'ailleurs nous 
avons  causer; ne sais-tu pas que c'est dans cette 
entrevue que je dois t'initier dans les plus secrets 
mystres de Vnus? aurons-nous le temps en deux jours?

Eugnie: Ah! si je ne savais pas tout, je resterais... je 
suis venue ici pour m'instruire et je ne m'en irai pas que 
je ne sois savante.

Mme de Saint-Ange, la baisant: Oh! cher amour, que de 
choses nous allons faire et dire rciproquement! Mais,  
propos, veux-tu djeuner, ma reine? Il serait possible que 
la leon ft longue.

Eugnie: Je n'ai, chre amie, d'autre besoin que celui de 
t'entendre; nous avons djeun  une lieue d'ici; 
j'attendrais maintenant jusqu' huit heures du soir sans 
prouver le moindre besoin.

Mme de Saint-Ange: Passons donc dans mon boudoir, 
nous y serons plus  l'aise; j'ai dj prvenu mes gens; 
sois assure qu'on ne s'avisera pas de nous interrompre. 
(Elles y passent dans les bras l'une de l'autre.)


(III) Troisime dialogue




 




La scne est dans un boudoir dlicieux.

Madame de Saint-Ange, Eugnie, Dolmanc.


Eugnie, trs surprise de voir dans ce cabinet un homme 
qu'elle n'attendait pas: Oh! Dieu! ma chre amie, c'est 
une trahison!

Mme de Saint-Ange, galement surprise: Par quel 
hasard ici, monsieur? Vous ne deviez, ce me semble, 
arriver qu' quatre heures?

Dolmanc: On devance toujours le plus qu'on peut le 
bonheur de vous voir, madame; j'ai rencontr monsieur 
votre frre; il a senti le besoin dont serait ma prsence 
aux leons que vous devez donner  mademoiselle; il 
savait que ce serait ici le lyce o se ferait le cours; il m'y 
a secrtement introduit, n'imaginant pas que vous le 
dsaprouvassiez, et pour lui, comme il sait que ses 
dmonstrations ne seront ncessaires qu'aprs les 
dissertations thoriques, il ne paratra que tantt.

Mme de Saint-Ange: En vrit, Dolmanc, voil un 
tour...

Eugnie: Dont je ne suis pas la dupe, ma bonne amie; 
tout cela est ton ouvrage... Au moins fallait-il me 
consulter... Me voil d'une honte  prsent qui, 
certainement, s'opposera  tous nos projets.

Mme de Saint-Ange: Je te proteste, Eugnie, que l'ide 
de cette surprise n'appartient qu' mon frre; mais qu'elle 
ne t'effraie pas: Dolmanc, que je connais pour un 
homme fort aimable, et prcisment du degr de 
philosophie qu'il nous faut pour ton instruction, ne peut 
qu'tre trs utile  nos projets;  l'gard de sa discrtion, 
je te rponds de lui comme de moi. Familiarise-toi donc, 
ma chre, avec l'homme du monde le plus en tat de te 
former, et de te conduire dans la carrire du bonheur et 
des plaisirs que nous voulons parcourir ensemble.

Eugnie, rougissant: Oh! je n'en suis pas moins d'une 
confusion...

Dolmanc: Allons, belle Eugnie, mettez-vous  votre 
aise... la pudeur est une vieille vertu dont vous devez, 
avec autant de charmes, savoir vous passer  merveille.

Eugnie: Mais la dcence...

Dolmanc: Autre usage gothique, dont on fait bien peu 
cas aujourd'hui. Il contrarie si fort la nature! (Dolmanc 
saisit Eugnie, la presse entre ses bras et la baise.)

Eugnie, se dfendant: Finissez donc, monsieur!... En 
vrit, vous me mnagez bien peu!

Mme de Saint-Ange: Eugnie, crois-moi, cessons l'une 
et l'autre d'tre prudes avec cet homme charmant; je ne le 
connais pas plus que toi: regarde comme je me livre  
lui! (Elle le baise lubriquement sur la bouche.) Imite-
moi.

Eugnie: Oh! je le veux bien; de qui prendrais-je de 
meilleurs exemples! (Elle se livre  Dolmanc qui la 
baise ardemment, langue en bouche.)

Dolmanc: Ah! l'aimable et dlicieuse crature!

Mme de Saint-Ange, la baisant de mme: Crois-tu donc, 
petite friponne, que je n'aurai pas galement mon tour? 
(Ici Dolmanc, les tenant l'une et l'autre dans ses bras, 
les langote un quart d'heure toutes deux, et toutes deux 
se le rendent et le lui rendent.)

Dolmanc: Ah! voil des prliminaires qui m'enivrent de 
volupt! Mesdames, voulez-vous m'en croire? Il fait 
extraordinairement chaud: mettons-nous  notre aise, 
nous jaserons infiniment mieux.

Mme de Saint-Ange: J'y consens; revtons-nous de ces 
simarres de gaze: elles ne voileront de nos attraits que ce 
qu'il faut cacher au dsir.

Eugnie: En vrit, ma bonne, vous me faites faire des 
choses!...

Mme de Saint-Ange, l'aidant  se dshabiller: Tout  
fait ridicules, n'est-ce pas?

Eugnie: Au moins bien indcentes, en vrit... Eh! 
comme tu me baises!

Mme de Saint-Ange: La jolie gorge!... c'est une rose  
peine panouie.

Dolmanc, considrant les ttons d'Eugnie, sans les 
toucher: Et qui promet d'autres appas... infiniment plus 
estimables.

Mme de Saint-Ange: Plus estimables?

Dolmanc: Oh! oui, d'honneur! (En disant cela, 
Dolmanc fait mine de retourner Eugnie pour 
l'examiner par-derrire.)

Eugnie: Oh! non, non, je vous en conjure.

Mme de Saint-Ange: Non, Dolmanc... je ne veux pas 
que vous voyiez encore... un objet dont l'empire est trop 
grand sur vous, pour que, l'ayant une fois dans la tte, 
vous puissiez ensuite raisonner de sang-froid. Nous 
avons besoin de vos leons, donnez-nous-les, et les 
myrtes que vous voulez cueillir formeront ensuite votre 
couronne.

Dolmanc: Soit, mais pour dmontrer, pour donner  ce 
bel enfant les premires leons du libertinage, il faut bien 
au moins que vous, madame, vous ayez la complaisance 
de vous prter.

Mme de Saint-Ange: A la bonne heure!... Eh bien, 
tenez, me voil toute nue: dissertez sur moi autant que 
vous voudrez!

Dolmanc: Ah! le beau corps!... C'est Vnus elle-mme, 
embellie par les Grces!

Eugnie: Oh! ma chre amie, que d'attraits! Laissez-moi 
les parcourir  mon aise, laissez-moi les couvrir de 
baisers. (Elle excute.)

Dolmanc: Quelles excellentes dispositions! Un peu 
moins d'ardeur, belle Eugnie; ce n'est que de l'attention 
que je vous demande pour ce moment-ci.

Eugnie: Allons, j'coute, j'coute... C'est qu'elle est si 
belle... si potele, si frache!... Ah! comme elle est 
charmante, ma bonne amie, n'est-ce pas, monsieur?

Dolmanc: Elle est belle, assurment... parfaitement 
belle; mais je suis persuad que vous ne le lui cdez en 
rien... Allons, coutez-moi, jolie petite lve, ou craignez 
que, si vous n'tes pas docile, je n'use sur vous des droits 
que me donne amplement le titre de votre instituteur.

Mme de Saint-Ange: Oh! oui, oui, Dolmanc, je vous la 
livre; il faut la gronder d'importance, si elle n'est pas 
sage.

Dolmanc: Je pourrais bien ne pas m'en tenir aux 
remontrances.

Eugnie: Oh! juste ciel! vous m'effrayez... et 
qu'entreprendriez-vous donc, monsieur?

Dolmanc, balbutiant et baisant Eugnie sur la bouche: 
Des chtiments... des corrections, et ce joli petit cul 
pourrait bien me rpondre des fautes de la tte. (Il le lui 
frappe au travers de la simarre de gaze dont est 
maintenant vtue Eugnie.)

Mme de Saint-Ange: Oui, j'approuve le projet, mais non 
pas le reste. Commenons notre leon, ou le peu de 
temps que nous avons  jouir d'Eugnie va se passer ainsi 
en prliminaires, et l'instruction ne se fera point.

Dolmanc: (Il touche  mesure, sur Mme de Saint-Ange, 
toutes les parties qu'il dmontre.) Je commence. Je ne 
parlerai point de ces globes de chair: vous savez aussi 
bien que moi, Eugnie, que l'on les nomme 
indiffremment gorge, seins, ttons; leur usage est d'une 
grande vertu dans le plaisir; un amant les a sous les yeux 
en jouissant; il les caresse, il les manie, quelques-uns en 
forment mme le sige de la jouissance et, leur membre 
se nichant entre les deux monts de Vnus, que la femme 
serre et comprime sur ce membre, au bout de quelques 
mouvements, certains hommes parviennent  rpandre l 
le baume dlicieux de la vie, dont l'coulement fait tout 
le bonheur des libertins... Mais ce membre sur lequel il 
faudra disserter sans cesse, ne serait-il pas  propos, 
madame, d'en donner dissertation  notre colire?

Mme de Saint-Ange: Je le crois de mme.

Dolmanc: Eh bien, madame, je vais m'tendre sur ce 
canap; vous vous placerez prs de moi, vous vous 
emparerez du sujet, et vous en expliquerez vous-mme 
les proprits  notre jeune lve. (Dolmanc se place et 
Mme de Saint-Ange dmontre.)

Mme de Saint-Ange: Ce sceptre de Vnus, que tu vois 
sous les yeux, Eugnie, est le premier agent des plaisirs 
en amour: on le nomme membre par excellence; il n'est 
pas une seule partie du corps humain dans lequel il ne 
s'introduise. Toujours docile aux passions de celui qui le 
meut, tantt il se niche l (elle touche le con d'Eugnie): 
c'est sa route ordinaire... la plus usite, mais non pas la 
plus agrable; recherchant un temple plus mystrieux, 
c'est souvent ici (elle carte ses fesses et montre le trou 
de son cul) que le libertin cherche  jouir: nous 
reviendrons sur cette jouissance, la plus dlicieuse de 
toutes; la bouche, le sein, les aisselles lui prsentent 
souvent encore des autels o brle son encens; et quel 
que soit enfin celui de tous les endroits qu'il prfre, on 
le voit, aprs s'tre agit quelques instants, lancer une 
liqueur blanche et visqueuse dont l'coulement plonge 
l'homme dans un dlire assez vif pour lui procurer les 
plaisirs les plus doux qu'il puisse esprer de sa vie.

Eugnie: Oh! que je voudrais voir couler cette liqueur!

Mme de Saint-Ange: Cela se pourrait par la simple 
vibration de ma main: vois, comme il s'irrite  mesure 
que je le secoue! Ces mouvements se nomment pollution 
et, en terme de libertinage, cette action s'appelle branler.

Eugnie: Oh! ma chre amie, laisse-moi branler ce beau 
membre.

Dolmanc: Je n'y tiens pas! Laissons-la faire, madame: 
cette ingnuit me fait horriblement bander.

Mme de Saint-Ange: Je m'oppose  cette effervescence. 
Dolmanc, soyez sage; l'coulement de cette semence, en 
diminuant l'activit de vos esprits animaux, ralentirait la 
chaleur de vos dissertations.

Eugnie, maniant les testicules de Dolmanc: Oh! que je 
suis fche, ma bonne amie, de la rsistance que tu mets 
 mes dsirs!... Et ces boules, quel est leur usage, et 
comment les nomme-t-on?

Mme de Saint-Ange: Le mot technique est couilles... 
testicules est celui de l'art. Ces boules renferment le 
rservoir de cette semence prolifique dont je viens de te 
parler, et dont l'jaculation dans la matrice de la femme 
produit l'espce humaine; mais nous appuierons peu sur 
ces dtails, Eugnie, plus dpendants de la mdecine que 
du libertinage. Une jolie fille ne doit s'occuper que de 
foutre et jamais d'engendrer. Nous glisserons sur tout ce 
qui tient au plat mcanisme de la population, pour nous 
attacher uniquement aux volupts libertines dont l'esprit 
n'est nullement populateur.

Eugnie: Mais, ma chre amie, lorsque ce membre 
norme, qui peut  peine tenir dans ma main, pntre, 
ainsi que tu m'assure que cela se peut, dans un trou aussi 
petit que celui de ton derrire, cela doit bien faire une 
grande douleur  la femme.

Mme de Saint-Ange: Soit que cette introduction se fasse 
par-devant, soit qu'elle se fasse par derrire, lorsqu'une 
femme n'y est pas encore accoutume, elle y prouve 
toujours de la douleur. Il a plu  la nature de ne nous 
faire arriver au bonheur que par des peines; mais, une 
fois vaincue, rien ne peut plus rendre les plaisirs que l'on 
gote, et celui qu'on prouve  l'introduction de ce 
membre dans nos culs est incontestablement prfrable  
tous ceux que peut procurer cette mme introduction par-
devant. Que de dangers, d'ailleurs, n'vite pas une femme 
alors! Moins de risque pour sa sant, et plus aucun pour 
la grossesse. Je ne m'tends pas davantage  prsent sur 
cette volupt; notre matre  toutes deux, Eugnie, 
l'analysera bientt amplement, et, joignant la pratique  
la thorie, te convaincra, j'espre, ma toute bonne, que, 
de tous les plaisirs de la jouissance, c'est le seul que tu 
doives prfrer.

Dolmanc: Dpchez vos dmonstrations, madame, je 
vous en conjure, je n'y puis plus tenir; je dchargerai 
malgr moi, et ce redoutable membre, rduit  rien, ne 
pourrait plus servir  vos leons.

Eugnie: Comment! il s'anantirait, ma bonne, s'il 
perdait cette semence dont tu parles!... Oh! laisse-moi la 
lui faire perdre, pour que je voie comme il deviendra... Et 
puis j'aurais tant de plaisir  voir couler cela!

Mme de Saint-Ange: Non, non, Dolmanc, levez-vous; 
songez que c'est le prix de vos travaux, et que je ne puis 
vous le livrer qu'aprs que vous l'aurez mrit.

Dolmanc: Soit, mais pour mieux convaincre Eugnie de 
tout ce que nous allons lui dbiter sur le plaisir, quel 
inconvnient y aurait-il que vous la branliez devant moi, 
par exemple?

Mme de Saint-Ange: Aucun, sans doute, et j'y vais 
procder avec d'autant plus de joie que cet pisode 
lubrique ne pourra qu'aider nos leons. Place-toi sur ce 
canap, ma toute bonne.

Eugnie: O Dieu! la dlicieuse niche! Mais pourquoi 
toutes ces glaces?

Mme de Saint-Ange: C'est pour que, rptant les 
attitudes en mille sens divers, elles multiplient  l'infini 
les mmes jouissances aux yeux de ceux qui les gotent 
sur cette ottomane. Aucune des parties de l'un ou l'autre 
corps ne peut tre cache par ce moyen: il faut que tout 
soit en vue; ce sont autant de groupes rassembls autour 
de ceux que l'amour enchane, autant d'imitateurs de 
leurs plaisirs, autant de tableaux dlicieux, dont leur 
lubricit s'enivre et qui servent bientt  la complter 
elle-mme.

Eugnie: Que cette invention est dlicieuse!

Mme de Saint-Ange: Dolmanc, dshabillez vous-mme 
la victime.

Dolmanc: Cela ne sera pas difficile, puisqu'il ne s'agit 
que d'enlever cette gaze pour distinguer  nu les plus 
touchants attraits. (Il la met nue, et ses premiers regards 
se portent aussitt sur le derrire.) Je vais donc le voir, 
ce cul divin et prcieux que j'ambitionne avec tant 
d'ardeur!... Sacredieu! que d'embonpoint et de fracheur, 
que d'clat et d'lgance!... Je n'en vis jamais un plus 
beau!

Mme de Saint-Ange: Ah! fripon! comme tes premiers 
hommages prouvent tes plaisirs et tes gots!

Dolmanc: Mais peut-il tre au monde rien qui vaille 
cela?... O l'amour aurait-il de plus divins autels?... 
Eugnie... sublime Eugnie, que j'accable ce cul des plus 
douces caresses! (Il le manie et le baise avec transport.)

Mme de Saint-Ange: Arrtez, libertin!... Vous oubliez 
qu' moi seule appartient Eugnie, unique prix des leons 
qu'elle attend de vous; ce n'est qu'aprs les avoir reues 
qu'elle deviendra votre rcompense. Suspendez cette 
ardeur, ou je me fche.

Dolmanc: Ah! friponne! c'est de la jalousie... Eh bien, 
livrez-moi le vtre: je vais l'accabler des mmes 
hommages. (Il enlve la simarre de Mme de Saint-Ange 
et lui caresse le derrire.) Ah! qu'il est beau, mon ange... 
qu'il est dlicieux aussi! Que je les compare... que je les 
admire l'un prs de l'autre: c'est Ganymde  ct de 
Vnus! (Il les accable de baisers tous deux.) Afin de 
laisser toujours sous mes yeux le spectacle enchanteur de 
tant de beauts, ne pourriez-vous pas, madame, en vous 
enchanant l'une  l'autre, offrir sans cesse  mes regards 
ces culs charmants que j'idoltre?

Mme de Saint-Ange: A merveille!... Tenez, tes-vous 
satisfait?... (Elles s'enlacent l'une dans l'autre, de 
manire  ce que leurs deux culs soient en face de 
Dolmanc.)

Dolmanc: On ne saurait davantage: voil prcisment 
ce que je demandais, agitez maintenant ces beaux culs de 
tout le feu de la lubricit; qu'ils se baissent et se relvent 
en cadence; qu'ils suivent les impressions dont le plaisir 
va les mouvoir... Bien, bien, c'est dlicieux!...

Eugnie: Ah! ma bonne, que tu me fais de plaisir!... 
Comment appelle-t-on ce que nous faisons l?

Mme de Saint-Ange: Se branler, ma mie... se donner du 
plaisir; mais, tiens, changeons de posture; examine mon 
con... c'est ainsi que se nomme le temple de Vnus. Cet 
antre que la main couvre, examine-le bien: je vais 
l'entrouvrir. Cette lvation dont tu vois qu'il est 
couronn s'appelle la motte: elle se garnit de poils 
communment  quatorze ou quinze ans, quand une fille 
commence  tre rgle. Cette languette, qu'on trouve au-
dessous, se nomme le clitoris. L gt toute la sensibilit 
des femmes; c'est le foyer de toute la mienne; on ne 
saurait me chatouiller cette partie sans me voir pmer de 
plaisir... Essaie-le... Ah! petite friponne! comme tu y 
vas!... On dirait que tu n'as fait que cela toute ta vie!... 
Arrte!... Arrte!... Non, te dis-je, je ne veux pas me 
livrer!... Ah! contenez-moi, Dolmanc!... sous les doigts 
enchanteurs de cette jolie fille, je suis prte  perdre la 
tte!

Dolmanc: Eh bien! pour attidir, s'il se peut, vos ides 
en les variant, branlez-la vous-mme; contenez-vous, et 
qu'elle seule se livre... L, oui!... dans cette attitude; son 
joli cul, de cette manire, va se trouver sous mes mains; 
je vais le polluer lgrement d'un doigt... Livrez-vous, 
Eugnie; abandonnez tous vos sens au plaisir; qu'il soit le 
seul dieu de votre existence; c'est  lui seul qu'une jeune 
fille doit tout sacrifier, et rien  ses yeux ne doit tre 
aussi sacr que le plaisir.

Eugnie: Ah! rien au moins n'est aussi dlicieux, je 
l'prouve... Je suis hors de moi... je ne sais plus ce que je 
dis ni ce que je fais... Quelle ivresse s'empare de mes 
sens.

Dolmanc: Comme la petite friponne dcharge!... Son 
anus se resserre  me couper le doigt... Qu'elle serait 
dlicieuse  enculer dans cet instant! (Il se lve et 
prsente son vit au trou du cul de la jeune fille.)

Mme de Saint-Ange: Encore un moment de patience. 
Que l'ducation de cette chre fille nous occupe seule!... 
Il est si doux de la former.

Dolmanc: Eh bien! tu le vois, Eugnie, aprs une 
pollution plus ou moins longue, les glandes sminales se 
gonflent et finissent par exhaler une liqueur dont 
l'coulement plonge la femme dans le transport le plus 
dlicieux. Cela s'appelle dcharger. Quand ta bonne amie 
le voudra, je te ferai voir de quelle manire plus 
nergique et plus imprieuse cette mme opration se fait 
dans les hommes.

Mme de Saint-Ange: Attends, Eugnie, je vais 
maintenant t'apprendre une nouvelle manire de plonger 
une femme dans la plus extrme volupt. Ecarte bien tes 
cuisses... Dolmanc, vous voyez que, de la faon dont je 
la place, son cul vous reste! Gamahuchez-le-lui pendant 
que son con va l'tre par ma langue, et faisons-la pmer 
entre nous ainsi trois ou quatre fois de suite, s'il se peut. 
Ta motte est charmante, Eugnie. Que j'aime  baiser ce 
petit poil follet!... Ton clitoris, que je vois mieux 
maintenant, est peu form, mais bien sensible... Comme 
tu frtilles!... Laisse-moi t'carter... Ah! tu es srement 
bien vierge!... Dis-moi l'effet que tu vas prouver ds que 
nos langues vont s'introduire,  la fois, dans tes deux 
ouvertures. (On excute.)

Eugnie: Ah! ma chre, c'est dlicieux, c'est une 
sensation impossible  peindre! Il me serait bien difficile 
de dire laquelle de vos deux langues me plonge mieux 
dans le dlire.

Dolmanc: Par l'attitude o je me place, mon vit est trs 
prs de vos mains, madame; daignez le branler, je vous 
prie, pendant que je suce ce cul divin. Enfoncez 
davantage votre langue, madame, ne vous en tenez pas 
au clitoris; faites pntrer cette langue voluptueuse 
jusque dans la matrice: c'est la meilleure faon de hter 
l'jaculation de son foutre.

Eugnie, se raidissant: Ah! je n'en peux plus, je me 
meurs! Ne m'abandonnez pas, mes amis, je suis prte  
m'vanouir!... (Elle dcharge au milieu de ses deux 
instituteurs).

Mme de Saint-Ange: Eh bien! ma mie, comment te 
trouves-tu du plaisir que nous t'avons donn?

Eugnie: Je suis morte, je suis brise... je suis 
anantie!... Mais expliquez-moi, je vous prie, deux mots 
que vous avez prononcs et que je n'entends pas; d'abord 
que signifie matrice?

Mme de Saint-Ange: C'est une espce de vase, 
ressemblant  une bouteille, dont le col embrasse le 
membre de l'homme et qui reoit le foutre produit chez la 
femme par le suintement des glandes, et dans l'homme 
par l'jaculation que nous te ferons voir; et du mlange 
de ces liqueurs nat le germe, qui produit tour  tour des 
garons ou des filles.

Eugnie: Ah! j'entends; cette dfinition m'explique en 
mme temps le mot foutre que je n'avais pas d'abord bien 
compris. Et l'union des semences est-elle ncessaire  la 
formation du foetus?

Mme de Saint-Ange: Assurment, quoiqu'il soit 
nanmoins prouv que ce foetus ne doive son existence 
qu'au foutre de l'homme; lanc seul, sans mlange avec 
celui de la femme, il ne russirait cependant pas; mais 
celui que nous fournissons ne fait qu'laborer; il ne cre 
point, il aide  la cration, sans en tre la cause. Plusieurs 
naturalistes modernes prtendent mme qu'il est inutile; 
d'o les moralistes, toujours guids par la dcouverte de 
ceux-ci, ont conclu, avec assez de vraisemblance, qu'en 
ce cas l'enfant form du sang du pre ne devait de 
tendresse qu' lui. Cette assertion n'est point sans 
apparence, et, quoique femme, je ne m'aviserais pas de la 
combattre.

Eugnie: Je trouve dans mon coeur la preuve de ce que 
tu me dis, ma bonne, car j'aime mon pre  la folie, et je 
sens que je dteste ma mre.

Dolmanc: Cette prdilection n'a rien d'tonnant: j'ai 
pens tout de mme; je ne suis pas encore consol de la 
mort de mon pre, et lorsque je perdis ma mre, je fis un 
feu de joie... Je la dtestais cordialement. Adoptez sans 
crainte ces mmes sentiments, Eugnie: ils sont dans la 
nature. Uniquement forms du sang de nos pres, nous 
ne devons absolument rien  nos mres; elles n'ont fait 
d'ailleurs que se prter dans l'acte, au lieu que le pre l'a 
sollicit; le pre a donc voulu notre naissance, pendant 
que la mre n'a fait qu'y consentir. Quelle diffrence pour 
les sentiments!

Mme de Saint-Ange: Mille raisons de plus sont en ta 
faveur, Eugnie. S'il est une mre au monde qui doive 
tre dteste, c'est assurment la tienne! Acaritre, 
superstitieuse, dvote, grondeuse... et d'une pruderie 
rvoltante, je gagerais que cette bgueule n'a pas fait un 
faux pas dans sa vie... Ah! ma chre, que je dteste les 
femmes vertueuses!... Mais nous y reviendrons.

Dolmanc: Ne serait-il pas ncessaire,  prsent, 
qu'Eugnie, dirige par moi, apprt  rendre ce que vous 
venez de lui prter, et qu'elle vous branlt sous mes 
yeux?

Mme de Saint-Ange: J'y consens, je le crois mme utile, 
et sans doute que, pendant l'opration, vous voulez aussi 
voir mon cul, Dolmanc?

Dolmanc: Pouvez-vous douter, madame, du plaisir avec 
lequel je lui rendrais mes plus doux hommages?

Mme de Saint-Ange, lui prsentant les fesses: Eh bien, 
me trouvez-vous comme il faut ainsi?

Dolmanc: A merveille! Je puis vous rendre, de cette 
manire, les mmes services dont Eugnie s'est si bien 
trouve. Placez-vous,  prsent, petite folle, la tte bien 
entre les jambes de votre amie, et rendez-lui, avec votre 
jolie langue, les mmes soins que vous venez d'en 
obtenir. Comment donc! mais, par l'attitude, je pourrai 
possder vos deux culs, je manierai dlicieusement celui 
d'Eugnie, en suant celui de sa belle amie. L... bien... 
Voyez comme nous sommes ensemble.

Mme de Saint-Ange, se pmant: Je me meurs, 
sacredieu!... Dolmanc, que j'aime  toucher ton beau vit, 
pendant que je dcharge!... Je voudrais qu'il m'inondt de 
foutre!... Branlez!... sucez-moi, foutredieu!... Ah! que 
j'aime  faire la putain, quand mon sperme jacule ainsi! 
C'est fini, je n'en puis plus... Vous m'avez accable tous 
les deux... Je crois que de mes jours je n'eus tant de 
plaisir.

Eugnie: Que je suis aise d'en tre la cause! Mais un 
mot, chre amie, un mot vient de t'chapper encore, et je 
ne l'entends pas. Qu'entends-tu par cette expression de 
putain? Pardon, mais tu sais? je suis ici pour m'instruire.

Mme de Saint-Ange: On appelle de cette manire, ma 
toute belle, ces victimes publiques de la dbauche des 
hommes, toujours prtes  se livrer  leur temprament 
ou  leur intrt; heureuses et respectables cratures, que 
l'opinion fltrit, mais que la volupt couronne, et qui, 
bien plus ncessaires  la socit que les prudes, ont le 
courage de sacrifier, pour la servir, la considration que 
cette socit ose leur enlever injustement. Vivent celles 
que ce titre honore  leurs yeux! Voil les femmes 
vraiment aimables, les seules vritablement philosophes! 
Quant  moi, ma chre, qui depuis douze ans travaille  
le mriter, je t'assure que loin de m'en formaliser, je m'en 
amuse. Il y a mieux: j'aime qu'on me nomme ainsi quand 
on me fout; cette injure m'chauffe la tte.

Eugnie: Oh! je le conois, ma bonne; je ne serais pas 
fche non plus que l'on me l'adresst, encore bien moins 
d'en mriter le titre; mais la vertu ne s'oppose-t-elle pas  
une telle inconduite, et ne l'offensons-nous pas en nous 
comportant comme nous le faisons?

Dolmanc: Ah! renoncez aux vertus, Eugnie! Est-il un 
seul des sacrifices qu'on puisse faire  ces fausses 
divinits, qui vaille une minute des plaisirs que l'on gote 
en les outrageant? Va, la vertu n'est qu'une chimre, dont 
le culte ne consiste qu'en des immolations perptuelles, 
qu'en des rvoltes sans nombre contre les inspirations du 
temprament. De tels mouvements peuvent-ils tre 
naturels? La nature conseille-t-elle ce qui l'outrage? Ne 
sois pas la dupe, Eugnie, de ces femmes que tu entends 
nommer vertueuses. Ce ne sont pas, si tu veux, les 
mmes passions que nous qu'elles servent, mais elles en 
ont d'autres, et souvent bien plus mprisables... C'est 
l'ambition, c'est l'orgueil, ce sont des intrts particuliers, 
souvent encore la froideur seule d'un temprament qui ne 
leur conseille rien. Devons-nous quelque chose  de 
pareils tres, je le demande? N'ont-elles pas suivi les 
uniques impressions de l'amour de soi? Est-il donc 
meilleur, plus sage, plus  propos de sacrifier  l'gosme 
qu'aux passions? Pour moi, je crois que l'un vaut bien 
l'autre; et qui n'coute que cette dernire voix a bien plus 
de raison sans doute, puisqu'elle est seule organe de la 
nature, tandis que l'autre n'est que celle de la sottise et du 
prjug. Une seule goutte de foutre jacule de ce 
membre, Eugnie, m'est plus prcieuse que les actes les 
plus sublimes d'une vertu que je mprise.

Eugnie: (Le calme s'tant un peu rtabli pendant ces 
dissertations, les femmes, revtues de leurs simarres, 
sont  demi couches sur le canap, et Dolmanc auprs 
d'elle dans un grand fauteuil.) - Mais il est des vertus de 
plus d'une espce; que pensez-vous, par exemple, de la 
pit?

Dolmanc: Que peut tre cette vertu pour qui ne croit 
pas  la religion? et qui peut croire  la religion? Voyons, 
raisonnons avec ordre, Eugnie: n'appelez-vous pas 
religion le pacte qui le lie  son Crateur, et qui l'engage 
 lui tmoigner, par un culte, la reconnaissance qu'il a de 
l'existence reue de ce sublime auteur?

Eugnie: On ne peut mieux le dfinir.

Dolmanc: Eh bien! s'il est dmontr que l'homme ne 
doit son existence qu'aux plans irrsistibles de la nature; 
s'il est prouv qu'aussi ancien sur ce globe que le globe 
mme, il n'est, comme le chne, le lion, comme les 
minraux qui se trouvent dans les entrailles de ce globe, 
qu'une production ncessit par l'existence du globe, et 
qui ne doit la sienne  qui que ce soit; s'il est dmontr 
que ce Dieu, que les sots regardent comme auteur et 
fabricateur unique de tout ce que nous voyons, n'est que 
le nec plus ultra de la raison humaine, que le fantme 
cr  l'instant o cette raison ne voit plus rien, afin 
d'aider  ses oprations; s'il est prouv que l'existence de 
ce Dieu est impossible, et que la nature, toujours en 
action, toujours en mouvement, tient d'elle-mme ce qu'il 
plat aux sots de lui donner gratuitement; s'il est certain 
qu' supposer que cet tre inerte existt, ce serait 
assurment le plus ridicule de tous les tres, puisqu'il 
n'aurait servi qu'un seul jour, et que depuis des millions 
de sicles il serait dans une inaction mprisable; qu' 
supposer qu'il existt comme les religions nous le 
peignent, ce serait assurment le plus dtestable des 
tres, puisqu'il permettrait le mal sur la terre, tandis que 
sa toute-puissance pourrait l'empcher; si, dis-je, tout 
cela se trouvait prouv, comme cela l'est 
incontestablement, croyez-vous alors, Eugnie, que la 
pit qui lierait l'homme  ce Crateur imbcile, 
insuffisant, froce et mprisable, ft une vertu bien 
ncessaire?

Eugnie,  Mme de Saint-Ange: Quoi! rellement, mon 
aimable amie, l'existence de Dieu serait une chimre?

Mme de Saint-Ange: Et des plus mprisables, sans 
doute.

Dolmanc: Il faut avoir perdu le sens pour y croire. Fruit 
de la frayeur des uns et de la faiblesse des autres, cet 
abominable fantme, Eugnie, est inutile au systme de 
la terre; il y nuirait infailliblement, puisque ses volonts, 
qui devraient tre justes, ne pourraient jamais s'allier 
avec les injustices essentielles aux lois de la nature; qu'il 
devrait constamment vouloir le bien, et que la nature ne 
doit le dsirer qu'en compensation du mal qui sert  ses 
lois; qu'il faudrait qu'il agt toujours, et que la nature, 
dont cette action perptuelle est une des lois, ne pourrait 
se trouver en concurrence et en opposition perptuelle 
avec lui. Mais, dira-t-on  cela, Dieu et la nature sont la 
mme chose. Ne serait-ce pas une absurdit? La chose 
cre ne peut tre gale  l'tre crant: est-il possible que 
la montre soit l'horloger? Eh bien, continuera-t-on, la 
nature n'est rien, c'est Dieu qui est tout. Autre btise! Il y 
a ncessairement deux choses dans l'univers: l'agent 
crateur et l'individu cr. Or quel est cet agent crateur? 
Voil la seule difficult qu'il faut rsoudre; c'est la seule 
question  laquelle il faille rpondre. 
	Si la matire agit, se meut, par des combinaisons 
qui nous sont inconnues, si le mouvement est inhrent  
la matire, si elle seule enfin peut, en raison de son 
nergie, crer, produire, conserver, maintenir, balancer 
dans les plaines immenses de l'espace tous les globes 
dont la vue nous surprend et dont la marche uniforme, 
invariable, nous remplit de respect et d'admiration, que 
sera le besoin de chercher alors un agent tranger  tout 
cela, puisque cette facult active se trouve 
essentiellement dans la nature elle-mme, qui n'est autre 
chose que la matire en action? Votre chimre difique 
claircira-t-elle quelque chose? Je dfie qu'on puisse me 
le prouver. A supposer que je me trompe sur les facults 
internes de la matire, je n'ai du moins devant moi qu'une 
difficult. Que faites-vous en m'offrant votre Dieu? Vous 
m'en donnez une de plus. Et comment voulez-vous que 
j'admette, pour cause que je ne comprends pas, quelque 
chose que je comprends encore moins? Sera-ce au moyen 
de dogmes de la religion chrtienne que j'examinerai... 
que je me reprsenterai votre effroyable Dieu? Voyons 
un peu comme elle me le peint... 
Que vois-je dans le Dieu de ce culte infme, si ce n'est 
pas un tre inconsquent et barbare, crant aujourd'hui 
un monde, de la construction duquel il s'en repent 
demain? Qu'y vois-je, qu'un tre faible qui ne peut jamais 
faire prendre  l'homme le pli qu'il voudrait? Cette 
crature, quoique mane de lui, le domine; elle peut 
l'offenser et mriter par l des supplices ternels! Quel 
tre faible que ce Dieu-l! Comment! il a pu crer tout ce 
que nous voyons, et il lui est impossible de former un 
homme  sa guise? Mais, me rpondrez-vous  cela, s'il 
l'et cr tel, l'homme n'et pas eu de mrite. Quelle 
platitude! et quelle ncessit y a-t-il que l'homme mrite 
de son Dieu? En le formant tout  fait bon, il n'aurait 
jamais pu faire le mal, et de ce moment seul l'ouvrage 
tait digne d'un Dieu. C'est tenter l'homme que de lui 
laisser un choix. Or Dieu, par sa prescience infinie, 
savait bien ce qui en rsulterait. De ce moment, c'est 
donc  plaisir qu'il perd la crature que lui-mme a 
forme. Quel horrible Dieu que ce Dieu-l! quel 
monstre! quel sclrat plus digne de notre haine et notre 
implacable vengeance! Cependant, peu content d'une 
aussi sublime besogne, il noie l'homme pour le convertir; 
il le brle, il le maudit. Rien de tout cela ne le change. 
Un tre plus puissant que ce vilain Dieu, le Diable, 
conservant toujours son empire, pouvant toujours braver 
son auteur, parvient sans cesse, par ses sductions,  
dbaucher le troupeau que s'tait rserv l'Eternel. Rien 
ne peut vaincre l'nergie de ce dmon sur nous. 
Qu'imagine alors, selon vous, l'horrible Dieu que vous 
prchez? Il n'a qu'un fils, un fils unique, qu'il possde de 
je ne sais quel commerce; car, comme l'homme fout, il a 
voulu que son Dieu foutt galement; il dtache du ciel 
cette respectable portion de lui-mme. On s'imagine 
peut-tre que c'est sur des rayons clestes, au milieu du 
cortge des anges,  la vue de l'univers entier, que cette 
sublime crature va paratre... Pas un mot: c'est dans le 
sein d'une putain juive, c'est au milieu d'une table  
cochons, que s'annonce le Dieu qui vient sauver la terre! 
Voil la digne extraction qu'on lui prte! Mais son 
honorable mission nous ddommagera-t-elle? Suivons un 
instant le personnage. Que dit-il? que fait-il? quelle 
sublime mission recevons-nous de lui? quel mystre va-t-
il rvler? quel dogme va-t-il nous prescrire? dans quels 
actes enfin sa grandeur va-t-elle clater?
	Je vois d'abord une enfance ignore, quelques 
services, trs libertins sans doute, rendus par ce polisson 
aux prtres du temple de Jrusalem; ensuite une 
disparition de quinze ans, pendant laquelle le fripon va 
s'empoisonner de toutes les rveries de l'cole gyptienne 
qu'il rapporte enfin en Jude. A peine y reparat-il, que sa 
dmence dbute par lui faire dire qu'il est le fils de Dieu, 
gal  son pre; il associe  cette alliance un autre 
fantme qu'il appelle l'Esprit-Saint, et ces trois personnes 
assure-t-il, ne doivent en faire qu'une! Plus ce ridicule 
mystre tonne la raison, plus le faquin assure qu'il y a 
du mrite  l'adopter... de dangers  l'anantir. C'est pour 
nous sauver tous, assure l'imbcile, qu'il a pris chair, 
quoique dieu, dans le sein d'une enfant des hommes; et 
les miracles clatants qu'on va lui voir oprer, en 
convaincront bientt l'univers! Dans un souper 
d'ivrognes, en effet, le fourbe change,  ce qu'on dit, l'eau 
en vin; dans un dsert, il nourrit quelques sclrats avec 
des provisions caches que ses sectateurs prparrent; un 
de ses camarades fait le mort, notre imposteur le 
ressuscite; il se transporte sur une montagne, et l, 
seulement devant deux ou trois de ses amis, il fait un tour 
de passe-passe dont rougirait le plus mauvais bateleur de 
nos jours. 
Maudissant d'ailleurs avec enthousiasme tous ceux qui ne 
croient pas en lui, le coquin promet les cieux  tous les 
sots qui l'couteront. Il n'crit rien, vu son ignorance; 
parle fort peu, vu sa btise; fait encore moins, vu sa 
faiblesse, et, lassant  la fin les magistrats, impatients de 
ses discours sditieux, quoique fort rares, le charlatan se 
fait mettre en croix, aprs avoir assur les gredins qui le 
suivent que, chaque fois qu'ils l'invoqueront, il descendra 
vers eux pour s'en faire manger. On le supplicie, il se 
laisse faire. Monsieur son papa, de Dieu sublime, dont il 
ose dire qu'il descend, ne lui donne pas le moindre 
secours, et voil le coquin trait comme le dernier des 
sclrats, dont il tait si digne d'tre le chef. 
	Ses satellites s'assemblent: "Nous voil perdus, 
disent-ils, et toutes nos esprances vanouies, si nous ne 
nous sauvons par un coup d'clat. Enivrons la garde qui 
entoure Jsus; drobons son corps, publions qu'il est 
ressuscit: le moyen est sr; si nous parvenons  faire 
croire cette friponnerie, notre nouvelle religion s'taie, se 
propage; elle sduit le monde entier... Travaillons!" Le 
coup s'entreprend, il russit. A combien de fripons la 
hardiesse n'a-t-elle pas tenu lieu de mrite! Le corps est 
enlev; les sots, les femmes, les enfants crient, tant qu'ils 
le peuvent, au miracle, et cependant, dans cette ville o 
de si grandes merveilles viennent de s'oprer, dans cette 
ville teinte du sang d'un Dieu, personne ne veut croire  
ce Dieu; pas une conversion ne s'y opre. Il y a mieux: le 
fait est si peu digne d'tre transmis, qu'aucun historien 
n'en parle. Les seuls disciples de cet imposteur pensent 
tirer parti de la fraude, mais non pas dans le moment. 
	Cette considration est encore bien essentielle, ils 
laissent couler plusieurs annes avant de faire usage de 
leur fourberie; ils rigent enfin sur elle l'difice 
chancelant de leur dgotante doctrine. Tout changement 
plat aux hommes. Las du despotisme des empereurs, une 
rvolution devenait ncessaire. On coute ces fourbes, 
leur progrs devient trs rapide: c'est l'histoire de toutes 
les erreurs. Bientt les autels de Vnus et de Mars sont 
changs en ceux de Jsus et de Marie; on publie la vie de 
l'imposteur; ce plat roman trouve des dupes; on lui fait 
dire cent choses auxquelles il n'a jamais pens; quelques-
uns de ses propos saugrenus deviennent aussitt la base 
de sa morale, et comme cette nouveaut se prchait  des 
pauvres, la charit en devient la premire vertu. Des rites 
bizarres s'instituent sous le nom de sacrements, dont le 
plus indigne et le plus abominable de tous est celui par 
lequel un prtre, couvert de crimes, a nanmoins, par la 
vertu de quelques paroles magiques, le pouvoir de faire 
arriver Dieu dans un morceau de pain. 
	N'en doutons pas; ds sa naissance mme, ce culte 
indigne et t dtruit sans ressource, si l'on n'et 
employ contre lui que les armes du mpris qu'il mritait; 
mais on s'avisa de le perscuter: il s'accrut; le moyen tait 
invitable. Qu'on essaie encore aujourd'hui de le couvrir 
de ridicule, il tombera. L'adroit Voltaire n'employait 
jamais d'autres armes, et c'est de tous les crivains celui 
qui peut se flatter d'avoir fait le plus de proslytes. En un 
mot, Eugnie, telle est l'histoire de Dieu et de la religion; 
voyez le cas que ces fables mritent, et dterminez-vous 
sur leur compte.

Eugnie: Mon choix n'est pas embarrassant; je mprise 
toutes ces rveries dgotantes, et ce Dieu mme, auquel 
je tenais encore par faiblesse ou par ignorance, n'est plus 
pour moi qu'un objet d'horreur.

Mme de Saint-Ange: Jure-moi bien de n'y plus penser, 
de ne t'en occuper jamais, de ne l'invoquer en aucun 
instant de ta vie, et de n'y revenir de tes jours.

Eugnie, se prcipitant sur le sein de Mme de Saint-
Ange: Ah! j'en fais le serment dans tes bras! Ne m'est-il 
pas facile de voir que ce que tu exiges est pour mon bien, 
et que tu ne veux pas que de pareilles rminiscences 
puissent jamais troubler ma tranquillit?

Mme de Saint-Ange: Pourrais-je avoir d'autre motif?

Eugnie: Mais, Dolmanc, c'est, ce me semble, l'analyse 
des vertus qui nous a conduits  l'examen des religions? 
Revenons-y. N'existerait-il pas dans cette religion, toute 
ridicule qu'elle est, quelques vertus prescrites par elle, et 
dont le culte pt contribuer  notre bonheur?

Dolmanc: Eh bien! examinons. Sera-ce la chastet, 
Eugnie, cette vertu que vos yeux dtruisent, quoique 
votre ensemble en soit l'image? Rvrerez-vous 
l'obligation de combattre tous les mouvements de la 
nature? les sacrifierez-vous tous au vain et ridicule 
honneur de n'avoir jamais une faiblesse? Soyez juste, et 
rpondez, belle amie: croyez-vous trouver dans cette 
absurde et dangereuse puret d'me tous les plaisirs du 
vice contraire?

Eugnie: Non, d'honneur, je ne veux point de celle-l; je 
ne me sens pas le moindre penchant  tre chaste, mais la 
plus grande disposition au vice contraire; mais, 
Dolmanc, la charit, la bienfaisance, ne pourraient-elles 
pas faire le bonheur de quelques mes sensibles?

Dolmanc: Loin de nous, Eugnie, les vertus qui ne font 
que des ingrats! Mais ne t'y trompe point d'ailleurs, ma 
charmante amie: la bienfaisance est bien plutt un vice 
de l'orgueil qu'une vritable vertu de l'me; c'est par 
ostentation qu'on soulage ses semblables, jamais dans la 
seule vue de faire une bonne action; on serait bien fch 
que l'aumne qu'on vient de faire n'et pas toute la 
publicit possible. Ne t'imagine pas non plus, Eugnie, 
que cette action ait d'aussi bon effets qu'on se l'imagine: 
je ne l'envisage, moi, que comme la plus grande de toutes 
les duperies; elle accoutume le pauvre  des secours qui 
dtriorent son nergie; il ne travaille plus quand il 
s'attend  vos charits, et devient, ds qu'elles lui 
manquent, un voleur ou un assassin. J'entends de toutes 
parts demander les moyens de supprimer la mendicit, et 
l'on fait, pendant ce temps-l, tout ce qu'on peut pour la 
multiplier. Voulez-vous ne pas avoir de mouches dans 
votre chambre? N'y rpandez pas de sucre pour les 
attirer. Voulez-vous ne pas avoir de pauvres en France? 
Ne distribuez aucune aumne, et supprimez surtout vos 
maisons de charit. L'individu n dans l'infortune, se 
voyant alors priv de ces ressources dangereuses, 
emploiera tout le courage, tous les moyens qu'il aura 
reus de la nature, pour se tirer de l'tat o il est n; il ne 
vous importunera plus. Dtruisez, renversez sans aucune 
piti ces dtestables maisons o vous avez l'effronterie de 
receler les fruits du libertinage de ce pauvre, cloaques 
pouvantables vomissant chaque jour dans la socit un 
essaim dgotant de ces nouvelles cratures, qui n'ont 
d'espoir que dans votre bourse. A quoi sert-il, je le 
demande, que l'on conserve de tels individus avec tant de 
soin? A-t-on peur que la France ne se dpeuple? Ah! 
n'ayons jamais cette crainte. 
	Un des premiers vices de ce gouvernement consiste 
dans une population beaucoup trop nombreuse, et il s'en 
faut bien que de tels superflus soient des richesses pour 
l'Etat. Ces tres surnumraires sont comme des branches 
parasites qui, ne vivant qu'aux dpens du tronc, finissent 
toujours par l'extnuer. Souvenez-vous que toutes les fois 
que, dans un gouvernement quelconque, la population 
sera suprieure aux moyens de l'existence, ce 
gouvernement languira. Examinez bien la France, vous 
verrez que c'est ce qu'elle vous offre. Qu'en rsulte-t-il? 
On le voit. Le Chinois, plus sage que nous, se garde bien 
de se laisser dominer ainsi par une population trop 
abondante. Point d'asile pour les fruits honteux de sa 
dbauche: on abandonne ces affreux rsultats comme les 
suites d'une digestion. Point de maisons pour la pauvret: 
on ne la connat point en Chine. L, tout le monde 
travaille: l, tout le monde est heureux; rien n'altre 
l'nergie du pauvre, et chacun y peut dire, comme Nron: 
Quid est pauper?

Eugnie,  Mme de Saint-Ange: Chre amie, mon pre 
pense absolument comme Monsieur: de ses jours il ne fit 
une bonne oeuvre. Il ne cesse de gronder ma mre des 
sommes qu'elle dpense  de telles pratiques. Elle tait 
de la Socit maternelle, de la Socit philantropique:je 
ne sais de quelle association elle n'tait point; il l'a 
contrainte  quitter tout cela, en l'assurant qu'il la 
rduirait  la plus modique pension si elle s'avisait de 
retomber encore dans de pareilles sottises.

Madame de Saint-Ange: Il n'y a rien de plus ridicule et 
en mme temps de plus dangereux, Eugnie, que toutes 
ces associations: c'est  elles, aux coles gratuites et aux 
maisons de charit que nous devons le bouleversement 
horrible dans lequel nous voici maintenant. Ne fais 
jamais d'aumne, ma chre, je t'en supplie.

Eugnie: Ne crains rien; il y a longtemps que mon pre a 
exig de moi la mme chose, et la bienfaisance me tente 
trop peu pour enfreindre, sur cela, ses ordres... les 
mouvements de mon coeur et tes dsirs.

Dolmanc: Ne divisons pas cette portion de sensibilit 
que nous avons reue de la nature: c'est l'anantir que de 
l'tendre. Que me font  moi les maux des autres! N'ai-je 
donc point assez des miens, sans aller m'affliger de ceux 
qui me sont trangers! Que le foyer de cette sensibilit 
n'allume jamais que nos plaisirs! Soyons sensibles  tout 
ce qui les flatte, absolument inflexibles sur tout le reste. 
Il rsulte de cet tat de l'me une sorte de cruaut, qui 
n'est quelquefois pas sans dlices. On ne peut pas 
toujours faire le mal. Privs du plaisir qu'il donne, 
quivalons au moins cette sensation par la mchancet 
piquante de ne jamais faire le bien.

Eugnie: Ah! Dieu! comme vos leons m'enflamment! je 
crois qu'on me tuerait plutt maintenant que de me faire 
faire une bonne action!

Mme de Saint-Ange: Et s'il s'en prsentait une 
mauvaise, serais-tu de mme prte  la commettre?

Eugnie: Tais-toi, sductrice; je ne rpondrai sur cela 
que lorsque tu auras fini de m'instruire. Il me parat que, 
d'aprs tout ce que vous me dites, Dolmanc, rien n'est 
aussi indiffrent sur la terre que d'y commettre le bien ou 
le mal; nos gots, notre temprament doivent seuls tre 
respects?

Dolmanc: Ah! n'en doutez pas, Eugnie, ces mots de 
vice et de vertu ne nous donnent que des ides purement 
locales. Il n'y a aucune action, quelque singulire que 
vous puissiez la supposer, qui soit vraiment criminelle; 
aucune qui puisse rellement s'appeler vertueuse. Tout 
est en raison de nos moeurs et du climat que nous 
habitons; ce qui est crime ici est souvent vertu quelque 
cent lieues plus bas, et les vertus d'un autre hmisphre 
pourraient bien rversiblement tre des crimes pour nous. 
Il n'y a pas d'horreur qui n'ait t divinise, pas une vertu 
qui n'ait t fltrie. De ces diffrences purement 
gographiques nat le peu de cas que nous devons faire 
de l'estime ou du mpris des hommes, sentiments 
ridicules et frivoles, au-dessus desquels nous devons 
nous mettre, au point mme de prfrer sans crainte leur 
mpris, pour peu que les actions qui nous le mritent 
soient de quelques volupt pour nous.

Eugnie: Mais il me semble pourtant qu'il doit y avoir 
des actions assez dangereuses, assez mauvaises en elles-
mmes, pour avoir t gnralement considres comme 
criminelles, et punies comme telles d'un bout de l'univers 
 l'autre?

Mme de Saint-Ange: Aucune, mon amour, aucune, pas 
mme le viol ni l'inceste, pas mme le meurtre ni le 
parricide.

Eugnie: Quoi! ces horreurs ont pu s'excuser quelque 
part?

Dolmanc: Elles y ont t honores, couronnes, 
considres comme d'excellentes actions, tandis qu'en 
d'autres lieux, l'humanit, la candeur, la bienfaisance, la 
chastet, toutes nos vertus, enfin, taient regardes 
comme des monstruosits.

Eugnie: Je vous prie de m'expliquer tout cela; j'exige 
une courte analyse de chacun de ces crimes, en vous 
priant de commencer par m'expliquer d'abord votre 
opinion sur le libertinage des filles, ensuite sur l'adultre 
des femmes.

Mme de Saint-Ange: Ecoute-moi donc, Eugnie. Il est 
absurde de dire qu'aussitt qu'une fille est hors du sein de 
sa mre, elle doit, de ce moment, devenir la victime de la 
volont de ses parents, pour rester telle jusqu' son 
dernier soupir. Ce n'est pas dans un sicle o l'tendue et 
les droits de l'homme viennent d'tre approfondis avec 
tant de soins, que des jeunes filles doivent continuer  se 
croire les esclaves de leurs familles, quand il est constant 
que les pouvoirs de ces familles sur elles sont absolument 
chimriques. Ecoutons la nature sur un objet aussi 
intressant, et que les lois des animaux, bien plus 
rapproches d'elle, nous servent un moment d'exemples. 
Les devoirs paternels s'tendent-ils chez eux au-del des 
premiers besoins physiques? Les fruits de la jouissance 
du mle et de la femelle ne possdent-ils pas toute leur 
libert, tous leurs droits? Sitt qu'ils peuvent marcher et 
se nourrir seuls, ds cet instant, les auteurs de leurs jours 
les connaissent-ils? Et eux, croient-ils devoir quelque 
chose  ceux qui leur ont donn la vie? non, sans doute. 
De quel droit les enfants des hommes sont-ils donc 
astreints  d'autres devoirs? Et qui les fondent, ces 
devoirs, si ce n'est l'avarice ou l'ambition des pres? Or, 
je demande s'il est juste qu'une jeune fille qui commence 
 sentir et  raisonner se soumette  de tels freins. N'est-
ce donc pas le prjug tout seul qui prolonge ces 
chanes? Et y a-t-il rien de plus ridicule que de voir une 
jeune fille de quinze ou seize ans, brle par des dsirs 
qu'elle est oblige de vaincre, attendre, dans des 
tourments pires que ceux des enfers, qu'il plaise  ses 
parents, aprs avoir rendu sa jeunesse malheureuse, de 
sacrifier encore son ge mr, en l'immolant  leur perfide 
cupidit, en l'associant, malgr elle,  un poux, ou qui 
n'a rien pour se faire aimer, ou qui a tout pour se faire 
har? 
	Eh! non, non, Eugnie, de tels liens s'anantiront 
bientt; il faut que, dgageant ds l'ge de raison la jeune 
fille de la maison paternelle, aprs lui avoir donn une 
ducation nationale, on la laisse matresse,  quinze ans, 
de devenir ce qu'elle voudra. Donnera-t-elle dans le vice? 
Eh! qu'importe? Les services que rend une jeune fille, en 
consentant  faire le bonheur de tous ceux qui s'adressent 
 elle, ne sont-ils pas infiniment plus important que ceux 
qu'en s'isolant elle offre  son poux? La destine de la 
femme est d'tre comme la chienne, comme la louve: elle 
doit appartenir  tous ceux qui veulent d'elle. C'est 
visiblement outrager la destination que la nature impose 
aux femmes, que de les enchaner par le lien absurde 
d'un hymen solitaire. 
	Esprons qu'on ouvrira les yeux, et qu'en assurant 
la libert de tous les individus, on n'oubliera pas le sort 
des malheureuses filles; mais si elles sont assez  
plaindre pour qu'on les oublie, que, se plaant d'elles-
mmes au-dessus de l'usage et du prjug, elles foulent 
hardiment aux pieds les fers honteux dont on prtend les 
asservir; elles triompheront bientt alors de la coutume et 
de l'opinion; l'homme devenu plus sage, parce qu'il sera 
plus libre, sentira l'injustice qu'il y aurait  mpriser 
celles qui agiront ainsi et que l'action de cder  la 
nature, regarde comme un crime chez un peuple captif, 
ne peut plus l'tre chez un peuple libre. 
	Pars donc de la lgitimit de ces principes, 
Eugnie, et brise tes fers  quelques prix que ce puisse 
tre; mprise les vaines remontrances d'une mre 
imbcile,  qui tu ne dois lgitimement que de la haine et 
que du mpris. Si ton pre, qui est un libertin, le dsire,  
la bonne heure: qu'il jouisse de toi, mais sans t'enchaner; 
brise le joug s'il veut t'asservir; plus d'une fille ont agi de 
mme avec leur pre. Fous, en un mot, fous; c'est pour 
cela que tu es mise au monde; aucune borne  tes plaisirs 
que celles de tes forces ou de tes volonts; aucune 
exception de lieux, de temps et de personne; toutes les 
heures, tous les endroits, tous les hommes doivent servir 
 tes volupts; la continence est une vertu impossible, 
dont la nature, viole dans ses droits, nous punit aussitt 
par mille malheurs. Tant que les lois seront telles qu'elles 
sont encore aujourd'hui, usons de quelques voiles; 
l'opinion nous y contraint; mais ddommageons-nous en 
silence de cette chastet cruelle que nous sommes 
obliges d'avoir en public. 
	Qu'une jeune fille travaille  se procurer une bonne 
amie qui, libre et dans le monde, puisse lui faire 
secrtement goter les plaisirs; qu'elle tche, au dfaut de 
cela, de sduire les argus dont elle est entoure; qu'elle 
les supplie de la prostituer, en leur promettant tout 
l'argent qu'ils pourront retirer de sa vente, ou ces argus 
par eux-mmes, ou des femmes qu'ils trouveront, et qu'on 
nomme maquerelles, rempliront bientt les vues de la 
jeune fille; qu'elle jette alors de la poudre aux yeux de 
tout ce qui l'entoure, frres, cousins, amis, parents; 
qu'elle se livre  tous, si cela est ncessaire pour cacher 
sa conduite; qu'elle fasse mme, si cela est exig, le 
sacrifice de ses gots et de ses affections; une intrigue 
qui lui aura dplu, et dans laquelle elle ne se sera livre 
que par politique, la mnera bientt dans une plus 
agrable situation, et la voil lance. Mais qu'elle ne 
revienne plus sur les prjugs de son enfance; menaces, 
exhortations, devoirs, vertus, religion, conseils, qu'elle 
foule tout aux pieds; qu'elle rejette et mprise 
opinitrement tout ce qui ne tend qu' la renchaner, tout 
ce qui ne vise point, en un mot,  la livrer au sein de 
l'impudicit. 
	C'est une extravagance de nos parents que ces 
prdictions de malheurs dans la voie du libertinage; il y a 
des pines partout, mais les roses se trouvent au-dessus 
d'elles dans la carrire du vice; il n'y a que dans les 
sentiers bourbeux de la vertu que la nature n'en fait 
jamais natre. Le seul cueil  redouter dans la premire 
de ces routes, c'est l'opinion des hommes; mais quelle est 
la fille d'esprit qui, avec un peu de rflexion, ne se rendra 
pas suprieure  cette mprisable opinion? Les plaisirs 
reus par l'estime, Eugnie, ne sont que des plaisirs 
moraux, uniquement convenables  certaines ttes; ceux 
de la fouterie plaisent  tous, et ces attraits sducteurs 
ddommagent bientt de ce mpris illusoire auquel il est 
difficile d'chapper en bravant l'opinion publique, mais 
dont plusieurs femmes senses se sont moques au point 
de s'en composer un plaisir de plus. Fous, Eugnie, fous 
donc, mon cher ange; ton corps est  toi,  toi, seule; il 
n'y a que toi seule au monde qui aies le droit d'en jouir et 
d'en faire jouir qui bon te semble. 
	Profite du plus heureux temps de ta vie: elles ne 
sont que trop courtes, ces heureuses annes de nos 
plaisirs! Si nous sommes assez heureuses pour en avoir 
joui, de dlicieux souvenirs nous consolent et nous 
amusent encore dans notre vieillesse. Les avons-nous 
perdues?... des regrets amers, d'affreux remords nous 
dchirent et se joignent aux tourments de l'ge, pour 
entourer de larmes et de ronces les funestes approches du 
cercueil... 
	Aurais-tu la folie de l'immortalit? Eh bien, c'est en 
foutant, ma chre, que tu restera dans la mmoire des 
hommes. On a bientt oubli les Lucrce, tandis que les 
Thodora et les Messaline font les plus doux entretiens et 
les plus frquents de la vie. Comment donc, Eugnie, ne 
pas prfrer un parti qui, nous couronnant de fleurs ici-
bas, nous laisse encore l'espoir d'un culte bien au-del du 
tombeau! Comment, dis-je, ne pas prfrer ce parti  
celui qui, nous faisant vgter imbcilement sur la terre, 
ne nous promet aprs notre existence que du mpris et de 
l'oubli?

Eugnie,  Mme de Saint-Ange: Ah! cher amour, comme 
ces discours sducteurs enflamment ma tte et sduisent 
mon me! Je suis dans un tat difficile  peindre... Et, 
dis-moi, pourras-tu me faire connatre quelques-unes de 
ces femmes... (trouble) qui me prostitueront, si je leur 
dis?

Mme de Saint-Ange: D'ici  ce que tu aies plus 
d'exprience, cela ne regarde que moi seule, Eugnie; 
rapporte-t'en  moi de ce soin, et plus encore  toutes les 
prcautions que je prendrai pour couvrir tes garements: 
mon frre et cet ami solide qui t'instruit seront les 
premiers auxquels je veux que tu te livres; nous en 
trouverons d'autres aprs. Ne t'inquite pas, chre amie: 
je te ferai voler de plaisir en plaisir, je te plongerai dans 
une mer de dlices, je t'en comblerai, mon ange, je t'en 
rassasierai!

Eugnie, se prcipitant dans les bras de Mme de Saint-
Ange: Oh! ma bonne, je t'adore; va, tu n'auras jamais une 
colire plus soumise que moi; mais il me semble que tu 
m'as fait entendre, dans nos anciennes conversations, 
qu'il tait difficile qu'une jeune pouse se jette dans le 
libertinage sans que l'poux qu'elle doit prendre aprs ne 
s'en aperoive?

Mme de Saint-Ange: Cela est vrai, ma chre, mais il y a 
des secrets qui raccommodent toutes ces brches. Je te 
promets de t'en donner connaissance, et alors, eusses-tu 
foutu comme Antoinette, je me charge de te rendre aussi 
vierge que le jour que tu vins au monde.

Eugnie: Ah! tu es dlicieuse! Allons, continue de 
m'instruire. Presse-toi donc en ce cas de m'apprendre 
quelle doit tre la conduite d'une femme dans le mariage.

Mme de Saint-Ange: Dans quelque tat que se trouve 
une femme, ma chre, soit fille, soit femme, soit veuve, 
elle ne doit jamais avoir d'autre but, d'autre occupation, 
d'autre dsir que de se faire foutre du matin au soir: c'est 
pour cette unique fin que l'a cre la nature; mais si, pour 
remplir cette intention, j'exige d'elle de fouler aux pieds 
tous les prjugs de son enfance, si je lui prescris la 
dsobissance la plus formelle aux ordres de sa famille, 
le mpris le plus constat de tous les conseils de ses 
parents, tu conviendras, Eugnie, que, de tous les freins  
rompre, celui dont je lui conseillerai le plus tt 
l'anantissement sera bien srement celui du mariage. 
	Considre en effet, Eugnie, une jeune fille  peine 
sortie de la maison paternelle ou de sa pension, ne 
connaissant rien, n'ayant nulle exprience, oblige de 
passer subitement de l dans les bras d'un homme qu'elle 
n'a jamais vu, oblige de jurer  cet homme, aux pieds 
des autels, une obissance, une fidlit d'autant plus 
injuste qu'elle n'a souvent au fond de son coeur que le 
plus grand dsir de lui manquer de parole. Est-il au 
monde, Eugnie, un sort plus affreux que celui-l? 
Cependant la voil lie, que son mari lui plaise ou non, 
qu'il ait ou non pour elle de la tendresse ou des mauvais 
procds; son honneur tient  ses serments: il est fltri si 
elle les enfreint; il faut qu'elle se perde ou qu'elle trane 
le joug, dt-elle en mourir de douleur. Eh! non, Eugnie, 
non, ce n'est point pour cette fin que nous sommes nes; 
ces lois absurdes sont l'ouvrage des hommes, et nous ne 
devons pas nous y soumettre. Le divorce mme est-il 
capable de nous satisfaire? Non, sans doute. Qui nous 
rpond de trouver plus srement dans de seconds liens le 
bonheur qui nous a fuies dans les premiers? 
Ddommageons-nous donc en secret de toute la 
contrainte de noeuds si absurdes, bien certaines que nos 
dsordres en ce genre,  quelques excs que nous 
puissions les porter, loin d'outrager la nature, ne sont 
qu'un hommage sincre que nous lui rendons; c'est obir 
 ses lois que de cder aux dsirs qu'elle seule a placs 
dans nous; ce n'est qu'en lui rsistant que nous 
l'outragerions. L'adultre que les hommes regardent 
comme un crime, qu'ils ont os punir comme tel en nous 
arrachant la vie, l'adultre, Eugnie, n'est donc que 
l'acquit d'un droit  la nature, auquel les fantaisies de ces 
tyrans ne sauraient jamais nous soustraire. Mais n'est-il 
pas horrible, disent nos poux, de nous exposer  chrir 
comme nos enfants,  embrasser comme tels, les fruits de 
vos dsordres? C'est l'objection de Rousseau; c'est, j'en 
conviens, la seule un peu spcieuse dont on puisse 
combattre l'adultre. Eh! n'est-il pas extrmement ais de 
se livrer au libertinage sans redouter la grossesse? N'est-
il pas encore plus facile de la dtruire, si par imprudence 
elle a lieu? Mais, comme nous reviendrons sur cet objet, 
ne traitons maintenant que le fond de la question: nous 
verrons que l'argument, tout spcieux qu'il parat d'abord, 
n'est cependant que chimrique. 
	Premirement, tant que je couche avec mon mari, 
tant que sa semence coule au fond de ma matrice, 
verrais-je dix hommes en mme temps que lui, rien ne 
pourra jamais lui prouver que l'enfant qui natra ne lui 
appartienne pas; il peut tre  lui comme n'y pas tre, et 
dans le cas de l'incertitude il ne peut ni ne doit jamais 
(puisqu'il a coopr  l'existence de cette crature) se 
faire aucun scrupule d'avouer cette existence. Ds qu'elle 
peut lui appartenir, elle lui appartient, et tout homme qui 
se rendra malheureux par des soupons sur cet objet le 
serait de mme quand sa femme serait une vestale, parce 
qu'il est impossible de rpondre d'une femme, et que 
celle qui a t sage peut cesser de l'tre un jour. Donc, si 
cet poux est souponneux, il le sera dans tous les cas: 
jamais alors il ne sera sr que l'enfant qu'il embrasse soit 
vritablement le sien. Or, s'il peut tre souponneux dans 
tous les cas, il n'y a aucun inconvnient  lgitimer 
quelquefois des soupons: il n'en serait, pour son tat de 
bonheur ou de malheur moral, ni plus ni moins; donc il 
vaut tout autant que cela soit ainsi. Le voil donc, je le 
suppose, dans une complte erreur; le voil caressant le 
fruit du libertinage de sa femme: o donc est le crime  
cela? Nos biens ne sont-ils pas communs? En ce cas, 
quel mal fais-je en plaant dans le mnage un enfant qui 
doit avoir une portion de ses biens? Ce sera la mienne 
qu'il aura; il ne volera rien  mon tendre poux; cette 
portion dont il va jouir, je la regarde comme prise sur ma 
dot; donc ni cet enfant ni moi ne prenons rien  mon 
mari. A quel titre, si cet enfant et t de lui, aurait-il eu 
part dans mes biens? N'est-ce point en raison de ce qu'il 
serait man de moi? Eh bien, il va jouir de cette part, en 
vertu de cette mme raison d'alliance intime. C'est parce 
que cet enfant m'appartient que je lui dois une portion de 
mes richesses. 
	Quel reproche avez-vous  me faire? Il en jouit. - 
Mais vous trompez votre mari; cette fausset est atroce. - 
Non, c'est un rendu, voil tout; je suis dupe la premire 
des liens qu'il m'a force de prendre: je m'en venge, quoi 
de plus simple? - Mais il y a outrage rel fait  l'honneur 
de votre mari. - Prjug que cela! Mon libertinage ne 
touche mon mari en rien; mes fautes sont personnelles. 
Ce prtendu dshonneur tait bon il y a un sicle; on est 
revenu de cette chimre aujourd'hui, et mon mari n'est 
plus fltri de mes dbauches que je ne saurais l'tre des 
siennes. Je foutrais avec toute la terre sans lui faire une 
gratignure! Cette prtendue lsion n'est donc qu'une 
fable, dont l'existence est impossible. De deux choses 
l'une: ou mon mari est un brutal, un jaloux, ou c'est un 
home dlicat; dans la premire hypothse, ce que je puis 
faire de mieux est de me venger de sa conduite; dans la 
seconde, je ne saurai l'affliger; puisque je gote des 
plaisirs, il en sera heureux s'il est honnte: il n'y a point 
d'homme dlicat qui ne jouisse au spectacle du bonheur 
de la personne qu'il adore. - Mais si vous l'aimiez, 
voudriez-vous qu'il en ft autant? - Ah! malheur  la 
femme qui s'avisera d'tre jalouse de son mari! Qu'elle se 
contente de ce qu'il lui donne, si elle l'aime; mais qu'elle 
n'essaie pas de le contraindre; non seulement elle n'y 
russirait pas, mais elle s'en ferait bientt dtester. Si je 
suis raisonnable, je ne m'affligerai donc jamais des 
dbauches de mon mari. Qu'il en fasse de mme avec 
moi, et la paix rgnera dans le mnage. 
	Rsumons: Quels que soient les effets de l'adultre, 
dt-il mme introduire dans la maison des enfants qui 
n'appartinssent pas  l'poux, ds qu'ils sont  la femme 
ils ont des droits certains  une partie de la dot de cette 
femme; l'poux, s'il est instruit, doit les regarder comme 
des enfants que sa femme aurait eus d'un premier 
mariage; s'il ne sait rien, il ne saurait tre malheureux, 
car on ne saurait l'tre d'un mal qu'on ignore; si l'adultre 
n'a point de suite, et qu'il soit inconnu du mari, aucun 
jurisconsulte ne saurait prouver, en ce cas, qu'il pourrait 
tre un crime; l'adultre n'est plus de ce moment qu'une 
action parfaitement indiffrente pour le mari, qui ne le 
sait pas, parfaitement bonne pour la femme, qu'elle 
dlecte; si le mari dcouvre l'adultre, ce n'est plus 
l'adultre qui est un mal alors, car il ne l'tait pas tout  
l'heure, et il ne saurait avoir chang de nature; il n'y a 
plus d'autre mal que la dcouverte qu'en a faite le mari; 
or, ce tort-l n'appartient qu' lui seul: il ne saurait 
regarder la femme. 
	Ceux qui jadis ont puni l'adultre taient donc des 
bourreaux, des tyrans, des jaloux, qui, rapportant tout  
eux, s'imaginaient injustement qu'il suffisait de les 
offenser pour tre criminelle, comme si une injure 
personnelle devait jamais se considrer comme un crime, 
et comme si l'on pouvait justement appeler crime une 
action qui, loin d'outrager la nature et la socit, sert 
videmment l'une et l'autre. Il est cependant des cas o 
l'adultre, facile  prouver, devient plus embarrassant 
pour la femme, sans tre pour cela plus criminel; c'est, 
par exemple, celui o l'poux se trouve dans 
l'impuissance ou sujet  des gots contraires  la 
population. Comme elle jouit, et que son mari ne jouit 
jamais, sans doute alors ses dportement deviennent plus 
ostensibles; mais doit-elle se gner pour cela? Non, sans 
doute, La seule prcaution qu'elle doive employer est de 
ne pas faire d'enfants ou de se faire avorter si ces 
prcautions viennent  la tromper. Si c'est par raison de 
gots antiphysiques qu'elle est contrainte  se 
ddommager des ngligences de son mari, il faut d'abord 
qu'elle le satisfasse sans rpugnance dans ses gots, de 
quelque nature qu'ils puissent tre; qu'ensuite elle lui 
fasse entendre que de pareilles complaisances mritent 
bien quelques gards; qu'elle demande une libert entire 
en raison de ce qu'elle accorde. Alors le mari refuse ou 
consent; s'il consent, comme a fait le mien, on s'en donne 
 l'aise, en redoublant de soins et de condescendances  
ses caprices; s'il refuse, on paissit les voiles, et l'on fout 
tranquillement  leur ombre. Est-il impuissant? on se 
spare, mais dans tous les cas on s'en donne; on fout dans 
tous les cas, cher amour, parce que nous sommes nes 
pour foutre, que nous accomplissons les lois de la nature 
en foutant, et que toute loi humaine qui contrarierait 
celles de la nature ne serait faite que pour le mpris. 
Elle est dupe, la femme que des noeuds aussi absurdes 
que ceux de l'hymen empchent de se livrer  ses 
penchants, qui craint ou la grossesse, ou les outrages  
son poux, ou les taches, plus vaines encore,  sa 
rputation! Tu viens de le voir, Eugnie, oui, tu viens de 
sentir comme elle est dupe, comme elle immole 
bassement aux plus ridicules prjugs et son bonheur et 
toutes les dlices de la vie. Ah! qu'elle foute, qu'elle 
foute impunment! Un peu de fausse gloire, quelques 
frivoles esprances religieuses la ddommageront-elles 
de ses sacrifices? Non, non, et la vertu, le vice, tout se 
confond dans le cercueil. Le public, au bout de quelques 
annes, exalte-t-il plus les uns qu'il ne condamne les 
autres? Eh! non, encore une fois, non, non! et la 
malheureuse, ayant vcu sans plaisir, expire, hlas! sans 
ddommagement.

Eugnie: Comme tu me persuades, mon ange! comme tu 
triomphes de mes prjugs! comme tu dtruis tous les 
faux principes que ma mre avait mis en moi! Ah! je 
voudrais tre marie demain pour mettre aussitt tes 
maximes en usage. Qu'elles sont sduisantes, qu'elles 
sont vraies, et combien je les aime! Une chose seulement 
m'inquite, chre amie, dans ce que tu viens de me dire, 
et comme je ne l'entends point, je te supplie de me 
l'expliquer. Ton mari, prtends-tu, ne s'y prend pas, dans 
la jouissance, de manire  avoir des enfants. Que te fait-
il donc, je t'en prie?

Mme de Saint-Ange: Mon mari tait dja vieux quand je 
l'pousai. Ds la premire nuit de ses noces, il me prvint 
de ses fantaisies en m'assurant que de son ct, jamais il 
ne gnerait les miennes. Je lui jurai de lui obir, et nous 
avons toujours, depuis ce temps-l, vcu tous deux dans 
la plus dlicieuse libert. Le got de mon mari consiste  
se faire sucer, et voici le trs singulier pisode qu'il y 
joint: pendant que, courbe sur lui, mes fesses d'aplomb 
sur son visage, je pompe avec ardeur le foutre de ses 
couilles, il faut que je lui chie dans la bouche!... Il 
avale!...

Eugnie: Voil une fantaisie bien extraordinaire!

Dolmanc: Aucune ne peut se qualifier ainsi, ma chre; 
toutes sont dans la nature; elle s'est plu, en crant les 
hommes,  diffrencier leurs gots comme leurs figures, 
et nous ne devons pas plus nous tonner de la diversit 
qu'elle a mise dans nos traits que de celle qu'elle a place 
dans nos affections. La fantaisie dont vient de vous parler 
votre amie est on ne saurait plus  la mode; une infinit 
d'hommes, et principalement ceux d'un certain ge, y 
sont prodigieusement adonns; vous y refuseriez-vous, 
Eugnie, si quelqu'un l'exigeait de vous?

Eugnie, rougissant: D'aprs les maximes qui me sont 
inculques ici, puis-je donc refuser quelque chose? Je ne 
demande grce que pour ma surprise; c'est la premire 
fois que j'entends toutes ces lubricits: il faut d'abord que 
je les conoive; mais de la solution du problme  
l'excution du procd, je crois que mes instituteurs 
doivent tre srs qu'il n'y aurait jamais que la distance 
qu'ils exigeront eux-mmes. Quoi qu'il en soit, ma chre, 
tu gagnas donc ta libert par l'acquiescement  cette 
complaisance?

Mme de Saint-Ange: La plus entire, Eugnie. Je fis de 
mon ct tout ce que je voulus, sans qu'il y mt 
d'obstacles, mais je ne pris point d'amant: j'aimais trop le 
plaisir pour cela. Malheur  la femme qui s'attache! il ne 
faut qu'un amant pour la perdre, tandis que dix scnes de 
libertinage, rptes chaque jour, si elle le veut, 
s'vanouiront dans la nuit du silence aussitt qu'elles 
seront consommes. J'tais riche: je payais des jeunes 
gens qui me foutaient sans me connatre; je m'entourais 
de valets charmants, srs de goter les plus doux plaisirs 
avec moi s'ils taient discrets, certains d'tre renvoys 
s'ils disaient un mot. Tu n'as pas d'ide, cher ange, du 
torrent de dlices dans lequel je me suis plonge de cette 
manire. Voil la conduite que je prescrirai toujours  
toutes les femmes qui voudront m'imiter. Depuis douze 
ans que je suis marie, j'ai peut-tre t foutue par plus 
de dix ou douze mille individus... et on me croit sage 
dans mes socits! Une autre aurait eu des amants, elle 
se serait perdue au second.

Eugnie: Cette maxime est la plus sre; ce sera bien 
dcidment la mienne; il faut que j'pouse, comme toi, 
un homme riche, et surtout un homme  fantaisies... 
Mais, ma chre, ton mari, strictement li  ses gots, 
n'exigea jamais autre chose de toi?

Mme de Saint-Ange: Jamais, depuis douze ans, il ne 
s'est dmenti un seul jour, except lorsque j'ai mes 
rgles. Une trs jolie fille, qu'il a voulu que je prenne 
avec moi, me remplace alors, et les choses vont le mieux 
du monde.

Eugnie: Mais il ne s'en tient pas l, sans doute; d'autres 
objets concourent extrieurement  diversifier ses 
plaisirs?

Dolmanc: N'en doutez pas, Eugnie; le mari de 
madame est un des plus grands libertins de son sicle; il 
dpense plus de cent mille cus par an aux gots 
obscnes que votre amie vient de vous peindre tout  
l'heure.

Mme de Saint-Ange: A vous dire le vrai, je m'en doute; 
mais que me font ses dportements, puisque leur 
multiplicit autorise et voile les miens?

Eugnie: Suivons, je t'en conjure, le dtail des manires 
par lesquelles une jeune personne, marie ou non, peut se 
prserver de la grossesse, car je t'avoue que cette crainte 
m'effarouche beaucoup, soit avec l'poux que je dois 
prendre, soit dans la carrire du libertinage; tu viens de 
m'en indiquer une en me parlant des gots de ton poux; 
mais cette manire de jouir, qui peut tre fort agrable 
pour l'homme, ne me semble pas l'tre autant pour la 
femme, et ce sont nos jouissances exemptes des risques 
que j'y crains, dont je dsire que tu m'entretiennes.

Mme de Saint-Ange: Une fille ne s'expose jamais  faire 
d'enfants qu'autant qu'elle se le laisse mettre dans le con. 
Qu'elle vite avec soin cette manire de jouir; qu'elle 
offre  la place indistinctement sa main, sa bouche, ses 
ttons ou le trou de son cul. Par cette dernire voie, elle 
prendra beaucoup de plaisir, et mme bien davantage 
qu'ailleurs; par les autres manires elle en donnera. 
	On procde  la premire de ces faons, je veux 
dire celle de la main, ainsi que tu l'as vu tout  l'heure, 
Eugnie; on secoue comme si l'on pompait le membre de 
son ami; au bout de quelques mouvements, le sperme 
s'lance; l'homme vous baise, vous caresse pendant ce 
temps-l, et couvre de cette liqueur la partie de votre 
corps qui lui plat le mieux. Veut-on le faire mettre entre 
les seins? on s'tend sur le lit, on place le membre viril au 
milieu des deux mamelles, on l'y presse, et au bout de 
quelques secousses l'homme dcharge de manire  vous 
inonder les ttons et quelquefois le visage. Cette manire 
est la moins voluptueuse de toutes, et ne peut convenir 
qu' des femmes dont la gorge,  force de service, a dj 
acquis assez de flexibilit pour serrer le membre de 
l'homme en se comprimant sur lui. La jouissance de la 
bouche est infiniment plus agrable, tant pour l'homme 
que pour la femme. La meilleure faon de la goter est 
que la femme s'tende  contresens sur le corps de son 
fouteur: il vous met le vit dans la bouche, et, sa tte se 
trouvant entre vos cuisses, il vous rend ce que vous lui 
faites, en vous introduisant sa langue dans le con ou sur 
le clitoris; il faut, lorsqu'on emploie cette attitude, se 
prendre, s'empoigner les fesses et se chatouiller 
rciproquement le trou du cul, pisode toujours 
ncessaire au complment de la volupt. Des amants 
chauds et pleins d'imagination avalent alors le foutre qui 
s'exhale dans leur bouche, et jouissent dlicatement ainsi 
du plaisir voluptueux de faire mutuellement passer dans 
leurs entrailles cette prcieuse liqueur, mchamment 
drobe  sa destination d'usage.

Dolmanc: Cette faon est dlicieuse, Eugnie; je vous 
en recommande l'excution. Faire perdre ainsi les droits 
de la propagation et contrarier de cette manire ce que 
les sots appellent les lois de la nature, est vraiment plein 
d'appas. Les cuisses, les aisselles servent quelquefois 
aussi d'asiles au membre de l'homme, et lui offrent des 
rduits o sa semence peut se perdre, sans risque de 
grossesse.

Mme de Saint-Ange: Quelques femmes s'introduisent 
des ponges dans l'intrieur du vagin, qui, recevant le 
sperme, l'empchent de s'lancer dans le vase qui le 
propagerait; d'autres obligent leurs fouteurs de se servir 
d'un petit sac de peau de Venise, vulgairement nomm 
condom, dans lequel la semence coule, sans risquer 
d'atteindre le but; mais de toutes ces manires, celle du 
cul est la plus dlicieuse sans doute. Dolmanc, je vous 
en laisse la dissertation. Qui doit mieux peindre que vous 
un got pour lequel vous donneriez vos jours, si on les 
exigeait pour sa dfense?

Dolmanc: J'avoue mon faible. Il n'est, j'en conviens, 
aucune jouissance au monde qui soit prfrable  celle-
l; je l'adore dans l'un et l'autre sexe; mais le cul d'un 
jeune garon, il faut en convenir, me donne encore plus 
de volupt que celui d'une fille. On appelle bougres ceux 
qui se livrent  cette passion; or, quand on fait tant que 
d'tre bougre, Eugnie, il faut l'tre tout  fait. Foutre des 
femmes en cul n'est l'tre qu' moiti: c'est dans l'homme 
que la nature veut que l'homme serve cette fantaisie; et 
c'est spcialement pour l'homme qu'elle nous en a donn 
le got. Il est absurde de dire que cette manie l'outrage. 
Cela se peut-il, ds qu'elle nous l'inspire? Peut-elle dicter 
ce qui la dgrade? Non, Eugnie, non; on la sert aussi 
bien l qu'ailleurs, et peut-tre plus saintement encore. 
La propagation n'est qu'une tolrance de sa part. 
Comment pourrait-elle avoir prescrit pour loi un acte qui 
la prive des droits de sa toute-puissance, puisque la 
propagation n'est qu'une suite de ses premires 
intentions, et que de nouvelles constructions, refaites par 
sa main, si notre espce tait absolument dtruite, 
redeviendraient des intentions primordiales dont l'acte 
serait bien plus flatteur pour son orgueil et sa puissance?

Mme de Saint-Ange: Savez-vous, Dolmanc, qu'au 
moyen de ce systme, vous allez jusqu' prouver que 
l'extinction totale de la race humaine ne serait qu'un 
service rendu  la nature?

Dolmanc: Qui en doute, madame?

Mme de Saint-Ange: Oh! juste ciel! les guerres, les 
pestes, les famines, les meurtres ne seraient plus que des 
accidents ncessaires des lois de la nature, et l'homme, 
agent ou patient de ces effets, ne serait donc pas plus 
criminel, dans l'un des cas, qu'il ne serait victime dans 
l'autre?

Dolmanc: Victime, il l'est sans doute, quand il flchit 
sous les coups du malheur; mais criminel, jamais. Nous 
reviendrons sur toutes ces choses; analysons, en 
attendant, pour la belle Eugnie, la jouissance sodomite, 
qui fait maintenant l'objet de notre entretien. La posture 
la plus en usage pour la femme, dans cette jouissance, est 
de se coucher  plat ventre sur le bord du lit, les fesses 
bien cartes, la tte le plus bas possible. Le paillard, 
aprs s'tre un instant amus de la perspective du beau 
cul que l'on prsente, aprs l'avoir claqu, mani, 
quelquefois mme fouett, pinc, mordu, humecte de sa 
bouche le trou mignon qu'il va perforer, et prpare 
l'introduction avec le bout de sa langue; il mouille de 
mme son engin avec de la salive ou de la pommade et le 
prsente doucement au trou qu'il veut percer; il le conduit 
d'une main, de l'autre il carte les fesses de sa jouissance; 
ds qu'il sent son membre pntrer, il faut qu'il pousse 
avec ardeur, en prenant bien garde de perdre du terrain; 
quelquefois la femme souffre alors, si elle est neuve et 
jeune; mais, sans aucun gard des douleurs qui vont 
bientt se changer en plaisirs, le fouteur doit pousser 
vivement son vit par gradations, jusqu' ce qu'il ait enfin 
atteint le but, c'est--dire jusqu' ce que le poil de son 
engin frotte exactement les bords de l'anus de l'objet qu'il 
encule. Qu'il poursuive alors sa route avec rapidit, 
toutes les pines sont cueillies; il ne reste plus que des 
roses. Pour achever de mtamorphoser en plaisir les 
restes de douleur que son objet prouve encore, si c'est 
un jeune garon, qu'il lui saisisse le vit et le branle; qu'il 
chatouille le clitoris, si c'est une fille; les titillations du 
plaisir qu'il fait natre, en rtrcissant prodigieusement 
l'anus du patient, doubleront les plaisirs de l'agent, qui, 
combl d'aise et de volupt, dardera bientt au fond du 
cul de sa jouissance un sperme aussi abondant qu'pais, 
qu'auront dtermin tant de lubriques dtails. Il en est 
d'autres qui ne veulent pas que le patient jouisse; c'est ce 
que nous expliquerons bientt.

Mme de Saint-Ange: Permettez qu'un moment je sois 
colire  mon tour et que je vous demande, Dolmanc, 
dans quel tat il faut, pour le complment des plaisirs de 
l'agent, que se trouve le cul du patient?

Dolmanc: Plein, trs assurment; il est essentiel que 
l'objet qui sert ait alors la plus complte envie de chier, 
afin que le bout du vit du fouteur, atteignant l'tron, s'y 
enfonce et y dpose plus chaudement et plus mollement 
le foutre qui l'irrite et qui le met en feu.

Mme de Saint-Ange: Je craindrais que le patient y prit 
moins de plaisir.

Dolmanc: Erreur! Cette jouissance est telle qu'il est 
impossible que rien lui nuise et que l'objet qui la sert ne 
soit transport au troisime ciel en la gotant. Aucune ne 
vaut celle-l, aucune ne peut aussi compltement 
satisfaire l'un et l'autre des individus qui s'y livrent, et il 
est difficile que ceux qui l'ont gote puissent revenir  
autre chose. Telles sont, Eugnie, les meilleures faons 
de goter le plaisir avec un homme, sans courir les 
risques de la grossesse; car on jouit, soyez-en bien sre, 
non seulement  prter le cul  un homme, ainsi que je 
viens de vous l'expliquer, mais aussi  le sucer,  le 
branler, etc., et j'ai connu des femmes libertines qui 
mettaient souvent plus de charmes  ces pisodes qu'aux 
jouissances relles. L'imagination est l'aiguillon des 
plaisirs; dans ceux de cette espce, elle rgle tout, elle est 
le mobile de tout; or, n'est-ce pas par elle que l'on jouit? 
n'est-ce pas d'elle que viennent les volupts les plus 
piquantes?

Mme de Saint-Ange: Soit; mais qu'Eugnie y prenne 
garde; l'imagination ne nous sert que quand notre esprit 
est absolument dgag de prjugs: un seul suffit  la 
refroidir. Cette capricieuse portion de notre esprit est 
d'un libertinage que rien ne peut contenir; son plus grand 
triomphe, ses dlices les plus minentes consistent  
briser tous les freins qu'on lui oppose; elle est ennemie de 
la rgle, idoltre du dsordre et de tout ce qui porte les 
couleurs du crime; voil d'o vient la singulire rponse 
d'une femme  imagination, qui foutait froidement avec 
son mari; 
	- Pourquoi tant de glace? lui disait celui-ci. 
	- Eh! vraiment, lui rpondit cette singulire 
crature, c'est que ce que vous me faites est tout simple.

Eugnie: J'aime  la folie cette rponse... Ah! ma bonne, 
quelles dispositions je me sens  connatre ces lans 
divins d'une imagination drgle! Tu n'imaginerais pas, 
depuis que nous sommes ensemble... seulement depuis 
cet instant, non, non, ma chre bonne, tu ne concevrais 
pas toutes les ides voluptueuses que mon esprit a 
caresses... Oh! comme le mal est maintenant compris 
par moi!... combien il est dsir de mon coeur!

Mme de Saint-Ange: Que les atrocits, les horreurs, que 
les crimes les plus odieux ne t'tonnent pas davantage, 
Eugnie; ce qu'il y a de plus sale, de plus infme et de 
plus dfendu est ce qui irrite le mieux la tte... c'est 
toujours ce qui nous fait le plus dlicieusement 
dcharger.

Eugnie: A combien d'carts incroyables vous avez d 
vous livrer l'un et l'autre! Que j'en voudrais connatre les 
dtails!

Dolmanc, baisant et maniant la jeune personne: Belle 
Eugnie, j'aimerais cent fois mieux vous voir prouver 
tout ce que je voudrais faire, que de vous raconter ce que 
j'ai fait.

Eugnie: Je ne sais s'il ferait trop bon pour moi de me 
prter  tout.

Mme de Saint-Ange: Je ne te le conseillerais pas, 
Eugnie.

Eugnie: Eh bien, je fais grce  Dolmanc de ses 
dtails; mais toi, ma bonne amie, dis-moi, je t'en conjure, 
ce que tu as fait de plus extraordinaire en ta vie.

Mme de Saint-Ange: J'ai fait la chouette  quinze 
hommes; je fus foutue quatre-vingt-dix fois en vingt-
quatre heures, tant par-devant que par-derrire.

Eugnie: Ce ne sont que des dbauches cela, des tours 
de force: je gage que tu as fait des choses plus 
singulires.

Mme de Saint-Ange: J'ai t au bordel.

Eugnie: Que veut dire ce mot?

Dolmanc: On appelle ainsi des maisons publiques o, 
moyennant un prix convenu, chaque homme trouve de 
jeunes et jolies filles, toutes prtes  satisfaire ses 
passions.

Eugnie: Et tu t'es livre l, ma bonne?

Mme de Saint-Ange: Oui, j'y ai t comme une putain, 
j'y ai satisfait pendant une semaine entire les fantaisies 
de plusieurs paillards, et j'ai vu l des gots bien 
singuliers; par un gal principe de libertinage, comme la 
clbre impratrice Thodora, femme de Justinien [1], 
j'ai raccroch au coin des rues... dans les promenades 
publiques, et j'ai mis  la loterie l'argent venu de ces 
prostitutions.

Eugnie: Ma bonne, je connais ta tte, tu as t 
beaucoup plus loin encore.

Mme de Saint-Ange: Cela se peut-il?

Eugnie: Oh! oui, oui, et voici comme je le conois: ne 
m'as-tu pas dit que nos sensations morales les plus 
dlicieuses nous venaient de l'imagination?

Mme de Saint-Ange: Je l'ai dit.

Eugnie: Eh bien, en laissant errer cette imagination, en 
lui donnant la libert de franchir les dernires bornes que 
voudraient lui prescrire la religion, la dcence, 
l'humanit, la vertu, tous nos prtendus devoirs enfin, 
n'est-il pas vrai que ses carts seraient prodigieux?

Mme de Saint-Ange: Sans doute.

Eugnie: Or, n'est-ce pas en raison de l'immensit de ses 
carts qu'elle nous irritera davantage?

Mme de Saint-Ange: Rien de plus vrai.

Eugnie: Si cela est, plus nous voudrons tre agites, 
plus nous dsirerons nous mouvoir avec violence, plus il 
faudra donner carrire  notre imagination sur les choses 
les plus inconcevables; notre jouissance alors 
s'amliorera en raison du chemin qu'aura fait la tte, et...

Dolmanc, baisant Eugnie: Dlicieuse!

Mme de Saint-Ange: Que de progrs la friponne a faits 
en peu de temps! Mais, sais-tu, ma charmante, qu'on peut 
aller loin par la carrire que tu nous traces?

Eugnie: Je l'entends bien de cette manire, et puisque je 
ne me prescris aucun frein, tu vois o je suppose que l'on 
peut aller.

Mme de Saint-Ange: Aux crimes, sclrate, aux crimes 
les plus noirs et les plus affreux.

Eugnie, d'une voix basse et entrecoupe: Mais tu dis 
qu'il n'en existe pas... et puis ce n'est que pour embraser 
sa tte: on n'excute point.

Dolmanc: Il est pourtant si doux d'excuter ce qu'on a 
conu.

Eugnie, rougissant: Eh bien, on excute... Ne voudriez-
vous pas me persuader, mes chers instituteurs, que vous 
n'avez jamais fait ce que vous avez conu?

Mme de Saint-Ange: Il m'est quelquefois arriv de le 
faire.

Eugnie: Nous y voil.

Dolmanc: Quelle tte!

Eugnie, poursuivant: Ce que je te demande, c'est ce que 
tu as conu, et ce que tu as fait aprs avoir conu.

Mme de Saint-Ange, balbutiant: Eugnie, je te 
raconterai ma vie quelque jour. Poursuivons notre 
instruction... car tu me ferais dire des choses...

Eugnie: Allons, je vois que tu ne m'aimes pas assez 
pour m'ouvrir  ce point ton me; j'attendrai le dlai que 
tu me prescris; reprenons nos dtails. Dis-moi, ma chre, 
quel est l'heureux mortel que tu rendis le matre de tes 
prmices?

Mme de Saint-Ange: Mon frre: il m'adorait depuis 
l'enfance; ds nos plus jeunes ans, nous nous tions 
souvent amuss sans atteindre le but; je lui avais promis 
de me livrer  lui ds que je serais marie; je lui tins 
parole; heureusement que mon mari n'avait rien 
endommag: il cueillit tout. Nous continuons de nous 
livrer  cette intrigue, mais sans nous gner ni l'un ni 
l'autre nous ne nous en plongeons pas moins tous les 
deux, chacun de notre ct, dans les plus divins excs du 
libertinage; nous nous servons mme mutuellement: je 
lui procure des femmes, il me fait connatre des hommes.

Eugnie: Le dlicieux arrangement! Mais l'inceste n'est-
il pas un crime?

Dolmanc: Pourrait-on regarder comme telles les plus 
douces unions de la nature, celle qu'elle nous prescrit et 
nous conseille le mieux! Raisonnez un moment, Eugnie: 
comment l'espce humaine, aprs les grands malheurs 
qu'prouva notre globe, put-elle autrement se reproduire 
que par l'inceste? N'en trouvons-nous pas l'exemple et la 
preuve mme dans les livres respects par le 
christianisme? Les familles d'Adam [2] et de No purent-
elles autrement se perptuer que par ce moyen? Fouillez, 
compulsez les moeurs de l'univers: partout vous y verrez 
l'inceste autoris, regard comme une loi sage et faite 
pour cimenter les liens de la famille. Si l'amour, en un 
mot, nat de la ressemblance, o peut-elle tre plus 
parfaite qu'entre frre et soeur, qu'entre pre et fille? Une 
politique mal entendue, produite par la crainte de rendre 
certaines familles trop puissantes, interdit l'inceste dans 
nos moeurs; mais ne nous abusons pas au point de 
prendre pour loi de la nature ce qui n'est dict que par 
l'intrt ou par l'ambition; sondons nos coeurs: c'est 
toujours l o je renvoie nos pdants moralistes; 
interrogeons cet organe sacr, et nous reconnatrons qu'il 
n'est rien de plus dlicat que l'union chamelle des 
familles; cessons de nous aveugler sur les sentiments 
d'un frre pour sa soeur, d'un pre pour sa fille. En vain 
l'un et l'autre les dguisent-ils sous le voile d'une lgitime 
tendresse: le plus violent amour est l'unique sentiment 
qui les enflamme, c'est le seul que la nature ait mis dans 
leurs coeurs. Doublons, triplons donc, sans rien craindre, 
ces dlicieux incestes, et croyons que plus l'objet de nos 
dsirs nous appartiendra de prs, plus nous aurons de 
charmes  en jouir. 
	Un de mes amis vit habituellement avec la fille qu'il 
a eue de sa propre mre; il n'y a pas huit jours qu'il 
dpucela un garon de treize ans, fruit de son commerce 
avec cette fille; dans quelques annes ce mme jeune 
homme pousera sa mre; ce sont les voeux de mon ami; 
il leur fait un sort analogue  ces projets, et ses 
intentions, je le sais, sont de jouir encore des fruits qui 
natront de cet hymen; il est jeune et peut l'esprer. 
Voyez, tendre Eugnie, de quelle quantit d'incestes et de 
crimes se serait souill cet honnte ami s'il y avait 
quelque chose de vrai dans le prjug qui nous fait 
admettre du mal  ces liaisons. En un mot, sur toutes ces 
choses, je pars, moi, toujours d'un principe: si la nature 
dfendait les jouissances sodomites, les jouissances 
incestueuses, les pollutions, etc., permettrait-elle que 
nous y trouvassions autant de plaisir? Il est impossible 
qu'elle puisse tolrer ce qui l'outrage vritablement.

Eugnie: Oh! mes divins instituteurs, je vois bien que, 
d'aprs vos principes, il est trs peu de crimes sur la 
terre, et que nous pouvons nous livrer en paix  tous nos 
dsirs, quelque singuliers qu'ils puissent paratre aux sots 
qui, s'offensant et s'alarmant de tout, prennent 
imbcilement les institutions sociales pour les divines 
lois de la nature. Mais cependant, mes amis, n'admettez-
vous pas au moins qu'il existe de certaines actions 
absolument rvoltantes et dcidment criminelles, 
quoique dictes par la nature? Je veux bien convenir 
avec vous que cette nature, aussi singulire dans les 
productions qu'elle cre que varie dans les penchants 
qu'elle nous donne, nous porte quelquefois  des actions 
cruelles; mais si, livrs  cette dpravation, nous cdions 
aux inspirations de cette bizarre nature, au point 
d'attenter, je le suppose,  la vie de nos semblables, vous 
m'accorderez bien, du moins je l'espre, que cette action 
serait un crime?

Dolmanc: Il s'en faut bien, Eugnie, que nous puissions 
vous accorder une telle chose. La destruction tant une 
des premires lois de la nature, rien de ce qui dtruit ne 
saurait tre un crime. Comment une action qui sert aussi 
bien la nature pourrait-elle jamais l'outrager? Cette 
destruction, dont l'homme se flatte, n'est d'ailleurs qu'une 
chimre; le meurtre n'est point une destruction; celui qui 
le commet ne fait que varier les formes; s'il rend  la 
nature des lments dont la main de cette nature habile se 
sert aussitt pour rcompenser d'autres tres; or, comme 
les crations ne peuvent tre que des jouissances pour 
celui qui s'y livre, le meurtrier en prpare donc une  la 
nature; il lui fournit des matriaux qu'elle emploie sur-le-
champ, et l'action que des sots ont eu la folie de blmer 
ne devient plus qu'un mrite aux yeux de cette agente 
universelle. C'est notre orgueil qui s'avise d'riger le 
meurtre en crime. Nous estimant les premires cratures 
de l'univers, nous avons sottement imagin que toute 
lsion qu'endurerait cette sublime crature devrait 
ncessairement tre un crime norme; nous avons cru 
que la nature prirait si notre merveilleuse espce venait 
 s'anantir sur ce globe, tandis que l'entire destruction 
de cette espce, en rendant  la nature la facult cratrice 
qu'elle nous cde, lui redonnerait une nergie que nous 
lui enlevons en nous propageant; mais quelle 
inconsquence, Eugnie! Eh quoi! un souverain 
ambitieux pourra dtruire  son aise et sans le moindre 
scrupule les ennemis qui nuisent  ses projets de 
grandeur... des lois cruelles, arbitraires, imprieuses, 
pourront de mme assassiner chaque sicle des millions 
d'individus... et nous, faibles et malheureux particuliers, 
nous ne pourrons pas sacrifier un seul tre  nos 
vengeances ou  nos caprices? Est-il rien de si barbare, 
de si ridiculement trange, et ne devons-nous pas, sous le 
voile du plus profond mystre, nous venger amplement 
de cette ineptie [3]?

Eugnie: Assurment... Ohl comme votre morale est 
sduisante, et comme je la gote!... Mais, dites-moi, 
Dolmanc, l, bien en conscience, ne vous seriez-vous 
pas quelquefois satisfait en ce genre?

Dolmanc: Ne me forcez pas  vous dvoiler mes fautes: 
leur nombre et leur espce me contraindraient trop  
rougir. Je vous les avouerai peut-tre un jour.

Mme de Saint-Ange: Dirigeant le glaive des lois, le 
sclrat s'en est souvent servi pour satisfaire  ses 
passions.

Dolmanc: Puiss-je n'avoir pas d'autres reproches  me 
faire!

Mme de Saint-Ange, lui sautant au col: Homme divin!... 
je vous adore!... Qu'il faut avoir d'esprit et de courage 
pour avoir, comme vous, got tous les plaisirs! C'est  
l'homme de gnie seul qu'est rserv l'honneur de briser 
tous les freins de l'ignorance et de la stupidit. Baisez-
moi, vous tes charmant!

Dolmanc: Soyez franche, Eugnie, n'avez-vous jamais 
souhait la mort  personne?

Eugnie: Oh! oui, oui, et j'ai sous mes yeux chaque jour 
une abominable crature que je voudrais voir depuis 
longtemps au tombeau.

Mme de Saint-Ange: Je gage que je devine.

Eugnie: Qui souponnes-tu?

Mme de Saint-Ange: Ta mre.

Eugnie: Ah! laisse-moi cacher ma rougeur dans ton 
sein!

Dolmanc: Voluptueuse crature! je veux t'accabler  
mon tour des caresses qui doivent tre le prix de l'nergie 
de ton coeur et de ta dlicieuse tte. (Dolmanc la baise 
sur tout le corps, et lui donne de lgres claques sur les 
fesses; il bande; Mme de Saint-Ange empoigne et secoue 
son vit; ses mains, de temps en temps, s'garent aussi sur 
le derrire de Mme de Saint-Ange, qui le lui prte avec 
lubricit; un peu revenu  lui, Dolmanc continue.) Mais 
cette ide sublime, pourquoi ne l'excuterions-nous pas?

Mme de Saint-Ange: Eugnie, j'ai dtest ma mre tout 
autant que tu hais la tienne, et je n'ai pas balanc.

Eugnie: Les moyens m'ont manqu.

Mme de Saint-Ange: Dis le courage.

Eugnie: Hlas! si jeune encore!

Dolmanc: Mais  prsent, Eugnie, que feriez-vous?

Eugnie: Tout... Qu'on me donne les moyens, et l'on 
verra!

Dolmanc: Vous les aurez, Eugnie, je vous le promets; 
mais j'y mets une condition.

Eugnie: Quelle est-elle? ou plutt quelle est celle que je 
ne sois prte  accepter?

Dolmanc: Viens, sclrate, viens dans mes bras: je n'y 
puis plus tenir; il faut que ton charmant derrire soit le 
prix du don que je te promets, il faut qu'un crime paie 
l'autre! Viens!... ou plutt accourez toutes deux teindre 
par des flots de foutre le feu divin qui nous enflamme!

Mme de Saint-Ange: Mettons, s'il vous plat, un peu 
d'ordre  ces orgies, il en faut mme au sein du dlire et 
de l'infamie.

Dolmanc: Rien de si simple: l'objet majeur, ce me 
semble, est que je dcharge, en donnant  cette 
charmante petite fille le plus de plaisir que je pourrai. Je 
vais lui mettre mon vit dans le cul, pendant que, courbe 
dans vos bras, vous la branlerez de votre mieux; au 
moyen de l'attitude o je vous place, elle pourra vous le 
rendre: vous vous baiserez l'une et l'autre. Aprs 
quelques courses dans le cul de cette enfant, nous 
varierons le tableau. Je vous enculerai, madame; 
Eugnie, au-dessus de vous, votre tte entre ses jambes, 
m'offrira son clitoris  sucer: je lui ferai perdre ainsi du 
foutre une seconde fois. Je me replacerai ensuite dans 
son anus; vous me prsenterez votre cul au lieu du con 
qu'elle m'offrait, c'est--dire que vous prendrez, comme 
elle viendra de le faire, sa tte entre vos jambes; je 
sucerai le trou de votre cul, comme je viendrai de lui 
sucer le con, vous dchargerez, j'en ferai autant, pendant 
que ma main, embrassant le joli petit corps de cette 
charmante novice, ira lui chatouiller le clitoris pour la 
faire pmer galement.

Mme de Saint-Ange: Bien, mon cher Dolmanc, mais il 
vous manquera quelque chose.

Dolmanc: Un vit dans le cul? Vous avez raison, 
madame.

Mme de Saint-Ange: Passons-nous-en pour ce matin; 
nous l'aurons ce soir: mon frre viendra nous aider, et 
nos plaisirs seront au comble. Mettons-nous  l'oeuvre.

Dolmanc: Je voudrais qu'Eugnie me branlt un 
moment. (Elle le fait.) Oui, c'est cela... un peu plus vite, 
mon coeur... tenez toujours bien  nu cette tte vermeille, 
ne la recouvrez jamais... plus vous faites tendre le filet, 
mieux vous dcidez l'rection... il ne faut jamais 
recalotter le vit qu'on branle... Bon!... prparez ainsi 
vous-mme l'tat du membre qui va vous perforer... 
Voyez-vous comme il se dcide?... Donnez-moi votre 
langue, petite friponne!... Que vos fesses posent sur ma 
main droite, pendant que ma main gauche va vous 
chatouiller le clitoris.

Mme de Saint-Ange: Eugnie, veux-tu lui faire goter 
de plus grands plaisirs?

Eugnie: Assurment... je veux tout faire pour lui en 
donner.

Mme de Saint-Ange: Eh bien! prends son vit dans ta 
bouche, et suce-le quelques instants.

Eugnie, le fait: Est-ce ainsi?

Dolmanc: Ah! bouche dlicieuse! quelle chaleur!... Elle 
vaut pour moi le plus joli des culs!... Femmes 
voluptueuses et adroites, ne refusez jamais ce plaisir  
vos amants: il vous les enchanera pour jamais... Ah! 
sacredieu!... foutredieu!...

Mme de Saint-Ange: Comme tu blasphmes, mon ami!

Dolmanc: Donnez-moi votre cul, madame... Oui, 
donnez-le-moi, que je le baise pendant qu'on me suce, et 
ne vous tonnez point de mes blasphmes: un de mes 
plus grands plaisirs est de jurer Dieu quand je bande. Il 
me semble que mon esprit, alors mille fois plus exalt, 
abhorre et mprise bien mieux cette dgotante chimre; 
je voudrais trouver une faon ou de la mieux invectiver, 
ou de l'outrager davantage; et quand mes maudites 
rflexions m'amnent  la conviction de la nullit de ce 
dgotant objet de ma haine, je m'irrite et voudrais 
pouvoir aussitt rdifier le fantme, pour que ma rage 
au moins portt sur quelque chose. Imitez-moi, femme 
charmante, et vous verrez l'accroissement que de tels 
discours porteront infailliblement  vos sens. Mais, 
doubledieu!... je le vois, il faut, quel que soit mon plaisir, 
que je me retire absolument de cette bouche divine... j'y 
laisserais mon foutre!... Allons, Eugnie, placez-vous; 
excutons le tableau que j'ai trac, et plongeons-nous 
tous trois dans la plus voluptueuse ivresse. (L'attitude 
s'arrange.)

Eugnie: Que je crains, mon cher, l'impuissance de vos 
efforts! La disproportion est trop forte.

Dolmanc: J'en sodomise tous les jours de plus jeunes; 
hier encore, un petit garon de sept ans fut dpucel par 
ce vit en moins de trois minutes... Courage, Eugnie, 
courage!...

Eugnie: Ah! vous me dchirez!

Mme de Saint-Ange: Mnagez-la, Dolmanc; songez 
que j'en rponds.

Dolmanc: Branlez-la bien, madame, elle sentira moins 
la douleur, au reste, tout est dit maintenant m'y voil 
jusqu'au poil.

Eugnie: Oh! ciel! ce n'est pas sans peine... Vois la sueur 
qui couvre mon front, cher ami... Ah! Dieu! jamais je 
n'prouvai d'aussi vives douleurs!...

Mme de Saint-Ange: Te voil  moiti dpucele, ma 
bonne, te voil au rang des femmes; on peut bien acheter 
cette gloire par un peu de tourment; mes doigts, 
d'ailleurs, ne te calment-ils donc point?

Eugnie: Pourrais-je y rsister sans eux!... Chatouille-
moi, mon ange... je sens qu'imperceptiblement la douleur 
se mtamorphose en plaisir... Poussez!... poussez!... 
Dolmanc... je me meurs!

Dolmanc: Ah! foutredieu! sacredieu! tripledieu! 
changeons, je n'y rsisterais pas... Votre derrire, 
madame, je vous en conjure, et placez-vous sur-le-champ 
comme je vous l'ai dit. (On s'arrange, et Dolmanc 
continue.) J'ai moins de peine ici... Comme mon vit 
pntre!... Mais ce beau cul n'en est pas moins dlicieux, 
madame!...

Eugnie: Suis-je bien ainsi, Dolmanc?

Dolmanc: A merveille! Ce joli petit con vierge s'offre 
dlicieusement  moi. Je suis un coupable, un infracteur, 
je le sais; de tels attraits sont peu faits pour mes yeux; 
mais le dsir de donner  cette enfant les premires 
leons de la volupt l'emporte sur toute autre 
considration. Je veux faire couler son foutre... je veux 
l'puiser, s'il est possible... (Il la gamahuche.)

Eugnie: Ah! vous me faites mourir de plaisir, je n'y puis 
rsister!...

Mme de Saint-Ange: Pour moi, je pars!... Ah! fous!... 
fous!... Dolmanc, je dcharge!...

Eugnie: J'en fais autant, ma bonne... Ah! mon Dieu, 
comme il me suce!...

Mme de Saint-Ange: Jure donc, petite putain!... Jure 
donc!...

Eugnie: Eh bien, sacredieu! je dcharge! Je suis dans la 
plus douce ivresse!...

Dolmanc: Au poste!... au poste, Eugnie! Je serai la 
dupe de tous ces changements de main. (Eugnie se 
replace.) Ah! bien! me revoici dans mon premier gte... 
montrez-moi le trou de votre cul, madame, que je le 
gamahuche  mon aise. Que j'aime  baiser un cul que je 
viens de foutre! Ah! faites-le-moi bien lcher, pendant 
que je vais lancer mon sperme au fond de celui de votre 
amie... Le croiriez-vous, madame? il y est entr cette 
fois-ci sans peine!... Ah! foutre! foutre! vous n'imaginez 
pas comme elle le serre, comme elle le comprime!... 
Sacr foutu dieu, comme j'ai du plaisir!... Ah! c'en est 
fait, je n'y rsiste plus... mon foutre coule... et je suis 
mort!...

Eugnie: Il me fait mourir aussi, ma chre bonne, je te le 
jure...

Mme de Saint-Ange: La friponne! comme elle s'y 
habituera promptement!

Dolmanc: Je connais une infinit de jeunes filles de son 
ge que rien au monde ne pourrait engager  jouir 
diffremment; il n'y a que la premire fois qui cote; une 
femme n'a pas plutt tt de cette manire qu'elle ne veut 
plus faire autre chose... Oh! ciel! je suis puis; laissez-
moi reprendre haleine, au moins quelques instants.

Mme de Saint-Ange: Voil les hommes, ma chre,  
peine nous regardent-ils quand leurs dsirs sont satisfaits; 
cet anantissement les mne au dgot, et le dgot 
bientt au mpris.

Dolmanc, froidement: Ah! quelle injure, beaut divine! 
(Il les embrasse toutes deux.) Vous n'tes faites l'une et 
l'autre que pour les hommages, quel que soit l'tat o l'on 
se trouve.

Mme de Saint-Ange: Au reste, console-toi, mon 
Eugnie; s'ils acquirent le droit de nous ngliger, parce 
qu'ils sont satisfaits, n'avons-nous pas de mme celui de 
les mpriser, quand leur procd nous y force! Si Tibre 
sacrifiait  Capte les objets qui venaient de servir ses 
passions [4], Zingua, reine d'Afrique, immolait aussi ses 
amants [5].

Dolmanc: Ces excs, parfaitement simples et trs 
connus de moi, sans doute, ne doivent pourtant jamais 
s'excuter entre nous: "Jamais entre eux ne se mangent 
les loups", dit le proverbe, et, si trivial qu'il soit, il est 
juste. Ne redoutez jamais rien de moi, mes amies: je vous 
ferai peut-tre faire beaucoup de mal, mais je ne vous en 
ferai jamais.

Eugnie: Oh! non, non, ma chre, j'ose en rpondre: 
jamais Dolmanc n'abusera des droits que nous lui 
donnons sur nous, je lui crois la probit des rous: c'est la 
meilleure; mais ramenons notre instituteur  ses principes 
et revenons, je vous supplie, au grand dessein qui nous 
enflammait, avant que nous ne nous calmassions.

Mme de Saint-Ange: Quoi! friponne, tu y penses 
encore! J'avais cru que ce n'tait l'histoire que de 
l'effervescence de ta tte.

Eugnie: C'est le mouvement le plus certain de mon 
coeur, et je ne serai contente qu'aprs la consommation 
de ce crime.

Mme de Saint-Ange: Oh! bon, bon, fais-lui grce: songe 
qu'elle est ta mre.

Eugnie: Le beau titre!

Dolmanc: Elle a raison; cette mre a-t-elle pens  
Eugnie en la mettant au monde? La coquine se laissait 
foutre parce qu'elle y trouvait du plaisir, mais elle tait 
bien loin d'avoir cette fille en vue. Qu'elle agisse comme 
elle voudra  cet gard; laissons-lui la libert tout entire 
et contentons-nous de lui certifier qu' quelque excs 
qu'elle arrive en ce genre, elle ne se rendra jamais 
coupable d'aucun mal.

Eugnie: Je l'abhorre, je la dteste, mille raisons 
lgitiment ma haine; il faut que j'aie sa vie,  quelque 
prix que ce puisse tre!

Dolmanc: Eh bien, puisque tes rsolutions sont 
inbranlables, tu seras satisfaite, Eugnie, je te le jure; 
mais permets-moi quelques conseils qui deviennent, 
avant que d'agir, de la premire ncessit pour toi. Que 
jamais ton secret ne t'chappe, ma chre, et surtout agis 
seule: rien n'est plus dangereux que les complices; 
mfions-nous toujours de ceux mmes que nous croyons 
nous tre le plus attachs: Il faut, disait Machiavel, ou 
n'avoir jamais de complices, ou s'en dfaire ds qu'ils 
nous ont servi. Ce n'est pas tout: la feinte est 
indispensable, Eugnie, aux projets que tu formes. 
Rapproche-toi plus que jamais de ta victime avant que de 
l'immoler; aie l'air de la plaindre ou de la consoler; 
cajole-la, partage ses peines, jure-lui que tu l'adores; fais 
plus encore, persuade-le-lui: la fausset, dans de tels cas, 
ne saurait tre porte trop loin. Nron caressait Agrippine 
sur la barque mme qui devait l'engloutir: imite cet 
exemple, use de toute la fourberie, de toutes les 
impostures que pourra te suggrer ton esprit. Si le 
mensonge est toujours ncessaire aux femmes, c'est 
surtout lorsqu'elles veulent tromper qu'il leur devient plus 
indispensable.

Eugnie: Ces leons seront retenues et mises en action 
sans doute; mais approfondissons, je vous prie, cette 
fausset que vous conseillez aux femmes de mettre en 
usage; croyez-vous donc cette manire d'tre absolument 
essentielle dans le monde?

Dolmanc: Je n'en connais pas, sans doute, de plus 
ncessaire dans la vie; une vrit certaine va vous en 
prouver l'indispensabilit: tout le monde l'emploie; je 
vous demande, d'aprs cela, comment un individu sincre 
n'chouera pas toujours au milieu d'une socit de gens 
faux! Or s'il est vrai, comme on le prtend, que les vertus 
soient de quelque utilit dans la vie civile, comment 
voulez-vous que celui qui n'a ni la volont, ni le pouvoir, 
ni le don d'aucune vertu, ce qui arrive  beaucoup de 
gens, comment voulez-vous, dis-je, qu'un tel tre ne soit 
pas essentiellement oblig de feindre pour obtenir  son 
tour un peu de la portion de bonheur que ses concurrents 
lui ravissent? Et, dans le fait, est-ce bien srement la 
vertu, ou son apparence, qui devient rellement 
ncessaire  l'homme social? Ne doutons pas que 
l'apparence seule lui suffise: il a tout ce qu'il faut en la 
possdant. Ds qu'on ne fait qu'effleurer les hommes 
dans le monde, ne leur suffit-il pas de nous montrer 
l'corce? Persuadons-nous bien, au surplus, que la 
pratique des vertus n'est gure utile qu' celui qui la 
possde: les autres en retirent si peu que, pourvu que 
celui qui doit vivre avec nous paraisse vertueux, il 
devient parfaitement gal qu'il le soit en effet ou non. La 
fausset, d'ailleurs, est presque toujours un moyen assur 
de russir; celui qui la possde acquiert ncessairement 
une sorte de priorit sur celui qui commerce ou qui 
correspond avec lui: en l'blouissant par de faux dehors, 
il le persuade; de ce moment il russit. M'aperois-je que 
l'on m'a tromp, je ne m'en prends qu' moi, et mon 
suborneur a d'autant plus beau jeu encore que je ne me 
plaindrai pas par orgueil; son ascendant sur moi sera 
toujours prononc; il aura raison quand j'aurai tort; il 
s'avancera quand je ne serai rien, il s'enrichira quand je 
me ruinerai; toujours enfin au-dessus de moi, il captivera 
bientt l'opinion publique; une fois l, j'aurai beau 
l'inculper, on ne m'coutera seulement pas. Livrons-nous 
donc hardiment et sans cesse  la plus insigne fausset; 
regardons-la comme la cl de toutes les grces, de toutes 
les faveurs, de toutes les rputations, de toutes les 
richesses, et calmons  loisir le petit chagrin d'avoir fait 
des dupes par le piquant plaisir d'tre fripon.

Mme de Saint-Ange: En voil, je le pense, infiniment 
plus qu'il n'en faut sur cette matire. Eugnie, 
convaincue, doit tre apaise, encourage: elle agira 
quand elle voudra. J'imagine qu'il est ncessaire de 
continuer maintenant nos dissertations sur les diffrents 
caprices des hommes dans le libertinage; ce champ doit 
tre vaste, parcourons-le; nous venons d'initier notre 
lve dans quelques mystres de la pratique, ne 
ngligeons pas la thorie.

Dolmanc: Les dtails libertins des passions de l'homme 
sont peu susceptibles, madame, de motifs d'instruction 
pour une jeune fille qui, comme Eugnie surtout, n'est 
pas destine  faire le mtier de femme publique; elle se 
mariera et, dans cette hypothse, il y a  parier dix contre 
un que son mari n'aura point ces gots-l; si cela tait 
cependant, la conduite est facile: beaucoup de douceur et 
de complaisance avec lui; d'autre part, beaucoup de 
fausset et de ddommagement en secret: ce peu de mots 
renferme tout. Si votre Eugnie pourtant dsire quelques 
analyses des gots de l'homme dans l'acte du libertinage, 
pour les examiner plus sommairement nous les rduirons 
 trois: la sodomie, les fantaisies sacrilges et les gots 
cruels. La premire passion est universelle aujourd'hui; 
nous allons joindre quelques rflexions  ce que nous en 
avons dj dit. On la divise en deux classes, l'active et la 
passive: l'homme qui encule, soit un garon, soit une 
femme, commet la sodomie active; il est sodomite passif 
quand il se fait foutre. On a souvent mis en question 
laquelle de ces deux faons de commettre la sodomie 
tait la plus voluptueuse: c'est assurment la passive, 
puisqu'on jouit  la fois de la sensation du devant et de 
celle du derrire; il est si doux de changer de sexe, si 
dlicieux de contrefaire la putain, de se livrer  un 
homme qui nous traite comme une femme, d'appeler cet 
homme son amant, de s'avouer sa matresse! Ah! mes 
amies, quelle volupt! Mais, Eugnie, bornons-nous ici  
quelques conseils de dtail, uniquement relatifs aux 
femmes qui, se mtamorphosant en hommes, veulent 
jouir  notre exemple de ce plaisir dlicieux. Je viens de 
vous familiariser avec ces attaques, Eugnie, et j'en ai 
assez vu pour tre persuad que vous ferez un jour bien 
des progrs dans cette carrire. Je vous exhorte  la 
parcourir comme une des plus dlicieuses de l'le de 
Cythre, parfaitement sr que vous accomplirez ce 
conseil. Je vais me borner  deux ou trois avis essentiels 
 toute personne dcide  ne plus connatre que ce genre 
de plaisirs, ou ceux qui leur sont analogues. Observez 
d'abord de vous faire toujours branler le clitoris quand on 
vous sodomise: rien ne se marie comme ces deux 
plaisirs; vitez le bidet ou le frottement de linge, quand 
vous venez d'tre foutue de cette manire: il est bon que 
la brche soit toujours ouverte; il en rsulte des dsirs, 
des titillations qu'teignent aussitt les soins de propret; 
on n'a pas ide du point auquel les sensations se 
prolongent. Ainsi, quand vous serez dans le train de vous 
amuser de cette manire, Eugnie, vitez les acides: ils 
enflamment les hmorrodes et rendent alors les 
introductions douloureuses; opposez-vous  ce que 
plusieurs hommes vous dchargent de suite dans le cul: 
ce mlange de sperme, quoique voluptueux pour 
l'imagination, est souvent dangereux pour la sant; 
rejetez toujours au-dehors ces diffrentes missions  
mesure qu'elles se font.

Eugnie: Mais si elles taient faites par-devant ne serait-
ce pas un crime?

Mme de Saint-Ange: N'imagine donc pas, pauvre folle, 
qu'il y ait le moindre mal  se prter de telle manire que 
ce puisse tre  dtourner du grand chemin la semence de 
l'homme, parce que la propagation n'est nullement le but 
de la nature: elle n'en est qu'une tolrance; et lorsque 
nous n'en profitons pas, ses intentions sont bien mieux 
remplies. Eugnie, sois l'ennemie jure de cette 
fastidieuse propagation, et dtourne sans cesse, mme en 
mariage, cette perfide liqueur dont la vgtation ne sert 
qu' gter nos tailles, qu' mousser dans nous les 
sensations voluptueuses, nous fltrir, nous vieillir et 
dranger notre sant; engage ton mari  s'accoutumer  
ces pertes; offre-lui toutes les routes qui peuvent loigner 
l'hommage du temple; dis-lui que tu dtestes les enfants, 
que tu le supplies de ne point t'en faire. Observe-toi sur 
cet article, ma bonne car, je te le dclare, j'ai la 
propagation dans une telle horreur que je cesserais d'tre 
ton amie  l'instant o tu deviendrais grosse. Si, pourtant, 
ce malheur t'arrive, sans qu'il y ait de ta faute, prviens-
moi dans les sept ou huit premires semaines, et je te 
ferai couler cela tout doucement. Ne crains point 
l'infanticide; ce crime est imaginaire; nous sommes 
toujours les matresses de ce que nous portons dans notre 
sein, et nous ne faisons pas plus de mal  dtruire cette 
espce de matire qu' purger l'autre, par des 
mdicaments, quand nous en prouvons le besoin.

Eugnie: Mais si l'enfant tait  terme?

Mme de Saint-Ange: Ft-il au monde, nous serions 
toujours les matresses de le dtruire. Il n'y a sur la terre 
aucun droit plus certain que celui des mres sur leurs 
enfants. Il n'est aucun peuple qui n'ait reconnu cette 
vrit: elle est fonde en raison, en principe.

Dolmanc: Ce droit est dans la nature... il est 
incontestable. L'extravagance du systme difique fut la 
source de toutes ces erreurs grossires. Les imbciles qui 
croyaient en Dieu:, persuads que nous ne tenions 
l'existence que de lui, et qu'aussitt qu'un embryon tait 
en maturit, une petite me, mane de Dieu, venait 
l'animer aussitt; ces sots, dis-je, durent assurment 
considrer comme un crime capital la destruction de 
cette petite crature, parce que, d'aprs eux, elle 
n'appartenait plus aux hommes. C'tait l'ouvrage de Dieu; 
elle tait  Dieu: en pouvait-on disposer sans crime? 
Mais depuis que le flambeau de la philosophie a dissip 
toutes ces impostures, depuis que la chimre divine est 
foule aux pieds, depuis que, mieux instruits des lois et 
des secrets de la physique, nous avons dvelopp le 
principe de la gnration, et que ce mcanisme matriel 
n'offre aux yeux rien de plus tonnant que la vgtation 
du grain de bl, nous en avons appel  la nature de 
l'erreur des hommes. Etendant la mesure de nos droits, 
nous avons enfin reconnu que nous tions parfaitement 
libres de reprendre ce que nous n'avions donn qu' 
contre-coeur ou par hasard, et qu'il tait impossible 
d'exiger d'un individu quelconque de devenir pre ou 
mre s'il n'en a pas envie; que cette crature de plus ou 
de moins sur la terre n'tait pas d'ailleurs d'une bien 
grande consquence, et que nous devenions, en un mot, 
aussi certainement les matres de ce morceau de chair, 
quelque anim qu'il ft, que nous le sommes des ongles 
que nous retranchons de nos doigts, des excroissances de 
chair que nous extirpons de nos corps, ou des digestions 
que nous supprimons de nos entrailles, parce que l'un et 
l'autre sont de nous, parce que l'un et l'autre sont  nous, 
et que nous sommes absolument possesseurs de ce qui 
mane de nous. En vous dveloppant, Eugnie, la trs 
mdiocre importance dont l'action du meurtre tait sur 
terre, vous avez d voir de quelle petite consquence doit 
tre galement tout ce qui tient  l'infanticide, commis 
sur une crature dj mme en ge de raison; il est donc 
inutile d'y revenir: l'excellence de votre esprit ajoute  
mes preuves. La lecture de l'histoire des moeurs de tous 
les peuples de la terre, en vous faisant voir que cet usage 
est universel, achvera de vous convaincre qu'il n'y aurait 
que de l'imbcillit  admettre du mal  cette trs 
indiffrente action.

Eugnie, d'abord  Dolmanc: Je ne puis vous dire  
quel point vous me persuadez. (S'adressant ensuite  
Mme de Saint-Ange.) Mais, dis-moi, ma toute bonne, t'es-
tu quelquefois servie du remde que tu m'offres pour 
dtruire intrieurement le foetus?

Mme de Saint-Ange: Deux fois, et toujours avec le plus 
grand succs; mais je dois t'avouer que je n'en ai fait 
l'preuve que dans les premiers temps; cependant deux 
femmes de ma connaissance ont employ ce mme 
remde  mi-terme, et elles m'ont assur qu'il leur avait 
galement russi. Compte donc sur moi dans l'occasion, 
ma chre, mais je t'exhorte  ne te jamais mettre dans le 
cas d'en avoir besoin: c'est le plus sr. Reprenons 
maintenant la suite des dtails lubriques que nous avons 
promis  cette jeune fille. Poursuivez, Dolmanc, nous en 
sommes aux fantaisies sacrilges.

Dolmanc: Je suppose qu'Eugnie est trop revenue des 
erreurs religieuses pour ne pas tre intimement persuade 
que tout ce qui tient  se jouer des objets de la pit des 
sots ne peut avoir aucune sorte de consquence. Ces 
fantaisies en ont si peu qu'elles ne doivent, dans le fait, 
chauffer que de trs jeunes ttes, pour qui toute rupture 
de frein devient une jouissance; c'est une espce de petite 
vindicte qui enflamme l'imagination et qui, sans doute, 
peut amuser quelques instants; mais ces volupts, ce me 
semble, doivent devenir insipides et froides, quand on a 
eu le temps de s'instruire et de se convaincre de la nullit 
des objets dont les idoles que nous bafouons ne sont que 
la chtive reprsentation. Profaner les reliques, les 
images de saints, l'hostie, le crucifix, tout cela ne doit 
tre, aux yeux du philosophe, que ce que serait la 
dgradation d'une statue paenne. Une fois qu'on a vou 
ces excrables babioles au mpris, il faut les y laisser, 
sans s'en occuper davantage; il n'est bon de conserver de 
tout cela que le blasphme, non qu'il ait plus de ralit, 
car ds l'instant o il n'y a plus de Dieu,  quoi sert-il 
d'insulter son nom? Mais c'est qu'il est essentiel de 
prononcer des mots forts ou sales, dans l'ivresse du 
plaisir, et que ceux du blasphme servent bien 
l'imagination. Il n'y faut rien pargner; il faut orner ces 
mots du plus grand luxe d'expressions; il faut qu'ils 
scandalisent le plus possible; car il est trs doux de 
scandaliser: il existe l un petit triomphe pour l'orgueil 
qui n'est nullement  ddaigner; je vous l'avoue, 
mesdames, c'est une de mes volupts secrtes: il est peu 
de plaisirs moraux plus actifs sur mon imagination. 
Essayez-le, Eugnie, et vous verrez ce qu'il en rsulte. 
Etalez surtout une prodigieuse impit, lorsque vous vous 
trouvez avec des personnes de votre ge qui vgtent 
encore dans les tnbres de la superstition; affichez la 
dbauche et le libertinage; affectez de vous mettre en 
fille, de leur laisser voir votre gorge; si vous allez avec 
elles dans les lieux secrets, troussez-vous avec 
indcence, laissez-leur voir avec affectation les plus 
secrtes parties de votre corps; exigez la mme chose 
d'elles; sduisez-les, sermonnez-les, faites-leur voir le 
ridicule de leurs prjugs; mettez-les ce qui s'appelle  
mal; jurez comme un homme avec elles; si elles sont plus 
jeunes que vous, prenez-les de force, amusez-vous-en et 
corrompez-les, soit par des exemples, soit par des 
conseils, soit par tout ce que vous pourrez croire, en un 
mot, de plus capable de les pervertir; soyez de mme 
extrmement libre avec les hommes, affichez avec eux 
l'irrligion et l'impudence: loin de vous effrayer des 
liberts qu'ils prendront, accordez-leur mystrieusement 
tout ce qui peut les amuser sans vous compromettre; 
laissez-vous manier par eux, branlez-les, faites-vous 
branler; allez mme jusqu' leur prter le cul; mais, 
puisque l'honneur chimrique des femmes tient  leurs 
prmices antrieures, rendez-vous plus difficile sur cela, 
une fois marie, prenez des laquais, point d'amant, ou 
payez quelques gens srs: de ce moment tout est  
couvert; plus d'atteinte  votre rputation, et sans qu'on 
ait jamais pu vous suspecter, vous avez trouv l'art de 
faire tout ce qui vous a plu. Poursuivons: 
	Les plaisirs de la cruaut sont les troisimes que 
nous nous sommes promis d'analyser. Ces sortes de 
plaisirs sont aujourd'hui trs communs parmi les hommes 
et voici l'argument dont ils se servent pour les lgitimer. 
Nous voulons tre mus, disent-ils, c'est le but de tout 
homme qui se livre  la volupt, et nous voulons l'tre par 
les moyens les plus actifs. En partant de ce point, il ne 
s'agit pas de savoir si nos procds plairont ou dplairont 
 l'objet qui nous sert, il s'agit seulement d'branler la 
masse de nos nerfs par le choc le plus violent possible; 
or, il n'est pas douteux que la douleur affectant bien plus 
vivement que le plaisir, les chocs rsultatifs sur nous de 
cette sensation produite sur les autres seront 
essentiellement d'une vibration plus vigoureuse, 
retentiront plus nergiquement en nous, mettront dans 
une circulation plus violente les esprits animaux qui, se 
dterminant sur les basses rgions par le mouvement de 
rtrogradation qui leur est essentiel alors, embraseront 
aussitt les organes de la volupt et les disposeront au 
plaisir. Les effets du plaisir sont toujours trompeurs dans 
les femmes; il est d'ailleurs trs difficile qu'un homme 
laid ou vieux les produise. Y parviennent-ils? ils sont 
faibles, et les chocs beaucoup moins nerveux. Il faut 
donc prfrer la douleur, dont les effets ne peuvent 
tromper et dont les vibrations sont plus actives. Mais, 
objecte-t-on aux hommes entichs de cette manie, cette 
douleur afflige le prochain; est-il charitable de faire du 
mal aux autres pour se dlecter soi-mme? Les coquins 
vous rpondent  cela qu'accoutums, dans l'acte du 
plaisir,  se compter pour tout et les autres pour rien, ils 
sont persuads qu'il est tout simple, d'aprs les 
impulsions de la nature, de prfrer ce qu'ils sentent  ce 
qu'ils ne sentent point. Que nous font, osent-ils dire, les 
douleurs occasionnes sur le prochain? Les ressentons-
nous? Non; au contraire, nous venons de dmontrer que 
de leur production rsulte une sensation dlicieuse pour 
nous. A quel titre mnagerions-nous donc un individu qui 
ne nous touche en rien? A quel titre lui viterions-nous 
une douleur qui ne nous cotera jamais une larme, quand 
il est certain que de cette douleur va natre un trs grand 
plaisir pour nous? Avons-nous jamais prouv une seule 
impulsion de la nature qui nous conseille de prfrer les 
autres  nous, et chacun n'est-il pas pour soi dans le 
monde? Vous nous parlez d'une voix chimrique de cette 
nature, qui nous dit de ne pas faire aux autres ce que 
nous ne voudrions pas qu'il nous ft fait; mais cet 
absurde conseil ne nous est jamais venu que des 
hommes, et d'hommes faibles. L'homme puissant ne 
s'avisera jamais de parler un tel langage. Ce furent les 
premiers chrtiens qui, journellement perscuts pour 
leur imbcile systme, criaient  qui voulait l'entendre: 
"Ne nous brlez pas, ne nous corchez pas! La nature dit 
qu'il ne faut pas faire aux autres ce que nous ne 
voudrions pas qu'il nous ft fait." Imbciles! Comment la 
nature, qui nous conseille toujours de nous dlecter, qui 
n'imprime jamais en nous d'autres mouvements, d'autres 
inspirations, pourrait-elle, le moment d'aprs, par une 
inconsquence sans exemple, nous assurer qu'il ne faut 
pourtant pas nous aviser de nous dlecter si cela peut 
faire de la peine aux autres? Ah! croyons-le, croyons-le, 
Eugnie, la nature, notre mre  tous, ne nous parle 
jamais que de nous; rien n'est goste comme sa voix, et 
ce que nous y reconnaissons de plus clair est l'immuable 
et saint conseil qu'elle nous donne de nous dlecter, 
n'importe aux dpens de qui. Mais les autres, vous dit-on 
 cela, peuvent se venger... A la bonne heure, le plus fort 
seul aura raison. Eh bien, voil l'tat primitif de guerre et 
de destruction perptuelles pour lequel sa main nous 
cra, et dans lequel seul il lui est avantageux que nous 
soyons. 
	Voil, ma chre Eugnie, comme raisonnent ces 
gens-l, et moi j'y ajoute, d'aprs mon exprience et mes 
tudes, que la cruaut, bien loin d'tre un vice, est le 
premier sentiment qu'imprime en nous la nature. L'enfant 
brise son hochet, mord le tton de sa nourrice, trangle 
son oiseau, bien avant que d'avoir l'ge de raison. La 
cruaut est empreinte dans les animaux, chez lesquels, 
ainsi que je crois vous l'avoir dit, les lois de la nature se 
lisent bien plus nergiquement que chez nous; elle est 
chez les sauvages bien plus rapproche de la nature que 
chez l'homme civilis: il serait donc absurde d'tablir 
qu'elle est une suite de la dpravation. Ce systme est 
faux, je le rpte. La cruaut est dans la nature; nous 
naissons tous avec une dose de cruaut que la seule 
ducation modifie; mais l'ducation n'est pas dans la 
nature, elle nuit autant aux effets sacrs de la nature que 
la culture nuit aux arbres. Comparez dans vos vergers 
l'arbre abandonn aux soins de la nature, avec celui que 
votre art soigne en le contraignant, et vous verrez lequel 
est le plus beau, vous prouverez lequel vous donnera de 
meilleurs fruits. La cruaut n'est autre chose que l'nergie 
de l'homme que la civilisation n'a point encore 
corrompue: elle est donc une vertu et non pas un vice. 
Retranchez vos lois, vos punitions, vos usages, et la 
cruaut n'aura plus d'effets dangereux, puisqu'elle n'agira 
jamais sans pouvoir tre aussitt repousse par les 
mmes voies; c'est dans l'tat de civilisation qu'elle est 
dangereuse, parce que l'tre ls manque presque 
toujours, ou de la force, ou des moyens de repousser 
l'injure; mais dans l'tat d'incivilisation, si elle agit sur le 
fort, elle sera repousse par lui, et si elle agit sur le 
faible, ne lsant qu'un tre qui cde au fort par les lois de 
la nature, elle n'a pas le moindre inconvnient. 
	Nous n'analyserons point la cruaut dans les plaisirs 
lubriques chez les hommes; vous voyez  peu prs, 
Eugnie, les diffrents excs o ils doivent porter, et 
votre ardente imagination doit vous faire aisment 
comprendre que, dans une me ferme et stoque, ils ne 
doivent point avoir de bornes. Nron, Tibre, 
Hliogabale immolaient des enfants pour se faire bander; 
le marchal de Retz, Charolais, l'oncle de Cond, 
commirent aussi des meurtres de dbauche: le premier 
avoua dans son interrogatoire qu'il ne connaissait pas de 
volupt plus puissante que celle qu'il retirait du supplice 
inflig par son aumnier et lui sur de jeunes enfants des 
deux sexes. On en trouva sept ou huit cents d'immols 
dans un de ses chteaux de Bretagne. Tout cela se 
conoit, je viens de vous le prouver. Notre constitution, 
nos organes, le cours des liqueurs, l'nergie des esprits 
animaux, voil les causes physiques qui font, dans la 
mme heure, ou des Titus ou des Nron, des Messaline 
ou des Chantal; il ne faut pas plus s'enorgueillir de la 
vertu que se repentir du vice, pas plus accuser la nature 
de nous avoir fait natre bon que de nous avoir cr 
sclrat; elle a agi d'aprs ses vues, ses plans et ses 
besoins: soumettons-nous. Je n'examinerai donc ici que 
la cruaut des femmes, toujours bien plus active chez 
elles que chez les hommes, par la puissante raison de 
l'excessive sensibilit de leurs organes. 
	Nous distinguons en gnral deux sortes de cruaut: 
celle qui nat de la stupidit, qui, jamais raisonne, 
jamais analyse, assimile l'individu n tel  la bte 
froce: celle-l ne donne aucun plaisir parce que celui 
qui y est enclin n'est susceptible d'aucune recherche; les 
brutalits d'un tel tre sont rarement dangereuses: il est 
toujours facile de s'en mettre  l'abri; l'autre espce de 
cruaut, fruit de l'extrme sensibilit des organes, n'est 
connue que des tres extrmement dlicats, et les excs 
o elle les porte ne sont que des raffinements de leur 
dlicatesse; c'est cette dlicatesse, trop promptement 
mousse  cause de son excessive finesse, qui, pour se 
rveiller, met en usage toutes les ressources de la 
cruaut. Qu'il est peu de gens qui conoivent ces 
diffrences!... Comme il en est peu qui les sentent! Elles 
existent pourtant, elles sont indubitables. Or, c'est ce 
second genre de cruaut dont les femmes sont le plus 
souvent affectes. Etudiez-les bien - vous verrez si ce 
n'est pas l'excs de leur sensibilit qui les a conduites l; 
vous verrez si ce n'est pas l'extrme activit de leur 
imagination, la force de leur esprit qui les rend sclrates 
et froces; aussi celles-l sont-elles toutes charmantes; 
aussi n'en est-il pas une seule de cette espce qui ne fasse 
tourner des ttes quand elle l'entreprend; 
malheureusement, la rigidit ou plutt l'absurdit de nos 
moeurs laisse peu d'aliment  leur cruaut; elles sont 
obliges de se cacher, de dissimuler, de couvrir leur 
inclination par des actes de bienfaisance ostensibles 
qu'elles dtestent au fond de leur coeur; ce ne peut plus 
tre que sous le voile le plus obscur, avec les prcautions 
les plus grandes, aides de quelques amies sres, qu'elles 
peuvent se livrer  leurs inclinations; et, comme il en est 
beaucoup de ce genre, il en est par consquent beaucoup 
de malheureuses. Voulez-vous les connatre? annoncez-
leur un spectacle cruel, celui d'un duel, d'un incendie, 
d'une bataille, d'un combat de gladiateurs: vous verrez 
comme elles accourront; mais ces occasions ne sont pas 
assez nombreuses pour alimenter leur fureur: elles se 
contiennent et elles souffrent. 
	Jetons un coup d'oeil rapide sur les femmes de ce 
genre. Zingua, reine d'Angola, la plus cruelle des 
femmes, immolait ses amants ds qu'ils avaient joui 
d'elle; souvent elle faisait battre des guerriers sous ses 
yeux et devenait le prix du vainqueur; pour flatter son 
me froce, elle se divertissait  faire piler dans un 
mortier toutes les femmes devenues enceintes avant l'ge 
de trente ans [6]. Zo, femme d'un empereur chinois, 
n'avait pas de plus grand plaisir que de voir excuter des 
criminels sous ses yeux;  leur dfaut, elle faisait 
immoler des esclaves pendant qu'elle foutait avec son 
mari, et proportionnait les lans de sa dcharge  la 
cruaut des angoisses qu'elle faisait supporter  ces 
malheureux. Ce fut elle qui, raffinant sur le genre de 
supplice  imposer  ses victimes, inventa cette fameuse 
colonne d'airain creuse que l'on faisait rougir aprs y 
avoir enferm le patient. Thodora, la femme de 
Justinien, s'amusait  voir faire des eunuques; et 
Messaline se branlait pendant que, par le procd de la 
masturbation, on extnuait des hommes devant elle. Les 
Floridiennes faisaient grossir le membre de leurs poux 
et plaaient de petits insectes sur le gland, ce qui leur 
faisait endurer des douleurs horribles; elles les 
attachaient pour cette opration et se runissaient 
plusieurs autour d'un seul homme pour en venir plus 
srement  bout. Ds qu'elles aperurent les Espagnols, 
elles tinrent elles-mmes leurs poux pendant que ces 
barbares Europens les assassinaient. La Voisin, la 
Brinvilliers empoisonnaient pour leur seul plaisir de 
commettre un crime. L'histoire, en un mot, nous fournit 
mille et mille traits de la cruaut des femmes, et c'est en 
raison du penchant naturel qu'elles prouvent  ces 
mouvements que je voudrais qu'elles s'accoutumassent  
faire usage de la flagellation active, moyen par lequel les 
hommes cruels apaisent leur frocit. Quelques-unes 
d'entre elles en usent, je le sais, mais elle n'est pas encore 
en usage, parmi ce sexe, au point o je le dsirerais. Au 
moyen de cette issue donne  la barbarie des femmes, la 
socit y gagnerait; car, ne pouvant tre mchantes de 
cette manire, elles le sont d'une autre, et, rpandant 
ainsi leur venin dans le monde, elles font le dsespoir de 
leurs poux et de leur famille. Le refus de faire une 
bonne action, lorsque l'occasion s'en prsente, celui de 
secourir l'infortune, donnent bien, si l'on veut, de l'essor  
cette frocit o certaines femmes sont naturellement 
entranes, mais cela est faible et souvent beaucoup trop 
loin du besoin qu'elles ont de faire pis. Il y aurait, sans 
doute, d'autres moyens par lesquels une femme,  la fois 
sensible et froce, pourrait calmer ses fougueuses 
passions, mais ils sont dangereux, Eugnie, et je n'oserais 
jamais te les conseiller... Oh! ciel! qu'avez-vous donc, 
cher ange?... Madame, dans quel tat voil votre lve!...

Eugnie, se branlant: Ah! sacredieu! vous me tournez la 
tte... Voil l'effet de vos foutus propos!...

Dolmanc: Au secours, madame, au secours!... 
Laisserons-nous donc dcharger cette belle enfant sans 
l'aider?...

Mme de Saint-Ange: Oh! ce serait injuste! (La prenant 
dans ses bras.) Adorable crature, je n'ai jamais vu une 
sensibilit comme la tienne, jamais une tte si 
dlicieuse!...

Dolmanc: Soignez le devant, madame; je vais avec ma 
langue effleurer le joli petit trou de son cul, en lui 
donnant de lgres claques sur ses fesses; il faut qu'elle 
dcharge entre nos mains au moins sept ou huit fois de 
cette manire.

Eugnie, gare: Ah! foutre! ce ne sera pas difficile!

Dolmanc: Par l'attitude o nous voil, mesdames, je 
remarque que vous pourriez me sucer le vit tour  tour; 
excit de cette manire, je procderais avec bien plus 
d'nergie aux plaisirs de notre charmante lve.

Eugnie: Ma bonne, je te dispute l'honneur de sucer ce 
beau vit. (Elle le prend.)

Dolmanc: Ah! quelles dlices!... quelle chaleur 
voluptueuse!... Mais, Eugnie, vous comporterez-vous 
bien  l'instant de la crise?

Mme de Saint-Ange: Elle avalera... elle avalera, je 
rponds d'elle; et d'ailleurs si, par enfantillage... par je ne 
sais quelle cause enfin... elle ngligeait les devoirs que 
lui impose ici la lubricit...

Dolmanc, trs anim: Je ne lui pardonnerais pas, 
madame, je ne lui pardonnerais pas!... Une punition 
exemplaire... je vous jure qu'elle serait fouette... qu'elle 
le serait jusqu'au sang!... Ah! sacredieu! je dcharge... 
mon foutre coule!... Avale!... avale, Eugnie, qu'il n'y en 
ait pas une goutte de perdue!... Et vous, madame, soignez 
donc mon cul: il s'offre  vous... Ne voyez-vous donc pas 
comme il bille, mon foutu cul?... ne voyez-vous donc 
pas comme il appelle vos doigts?... Foutredieu! mon 
extase est complte... vous les y enfoncez jusqu'au 
poignet!... Ah! remettons-nous, je n'en puis plus... cette 
charmante fille m'a suc comme un ange...

Eugnie: Mon cher et adorable instituteur, je n'en ai pas 
perdu une goutte. Baise-moi, cher amour, ton foutre est 
maintenant au fond de mes entrailles.

Dolmanc: Elle est dlicieuse... et comme la petite 
friponne a dcharg!...

Mme de Saint-Ange: Elle est inonde!... Oh! ciel! 
qu'entends-je!... On frappe: qui peut venir ainsi nous 
troubler?... C'est mon frre... imprudent!...

Eugnie: Mais, ma chre, ceci est une trahison!

Dolmanc: Sans exemple, n'est-ce pas? Ne craignez rien, 
Eugnie, nous ne travaillons que pour vos plaisirs.

Mme de Saint-Ange: Ah! nous allons bientt l'en 
convaincre! Approche, mon frre, et ris de cette petite 
fille qui se cache pour n'tre pas vue de toi. 
___________

[1]	Voyez les anecdotes de Procope. 

[2]	Adam ne fut, comme No, qu'un restaurateur du genre 
humain. Un affreux bouleversement laissa Adam seul sur 
la terre, comme un pareil vnement y laissa No; mais la 
tradition d'Adam se perdit, celle de No se conserva. 

[3]	Cet article se trouvant trait plus loin avec tendue, on s'est 
content de jeter seulement ici quelques bases du systme 
que l'on dveloppera bientt. 

[4]	Voyez Sutone et Dion Cassius de Nice. 

[5]	Voyez l'Histoire de Zingua, reine d'Angola. 

[6]	Voyez l'Histoire de Zingua, reine d'Angola, par un 
missionnaire. 


(IV) Quatrime Dialogue




 




Madame de Saint-Ange, Eugnie, Dolmanc, 
Le Chevalier de Mirvel.


Le Chevalier: Ne redoutez rien, je vous en conjure, de 
ma discrtion, belle Eugnie elle est entire; voil ma 
soeur, voil mon ami, qui peuvent tous les deux vous 
rpondre de moi.

Dolmanc: Je ne vois qu'une chose pour terminer tout 
d'un coup ce ridicule crmonial. Tiens, chevalier, nous 
duquons cette jolie fille, nous lui apprenons tout ce qu'il 
faut que sache une demoiselle de son ge, et pour la 
mieux instruire, nous joignons toujours un peu de 
pratique  la thorie. Il lui faut le tableau d'un vit qui 
dcharge; c'est o nous en sommes: veux-tu nous donner 
le modle?

Le Chevalier: Cette proposition est assurment trop 
flatteuse pour que je m'y refuse, et mademoiselle a des 
attraits qui dcideront bien vite les effets de la leon 
dsire.

Mme de Saint-Ange: Eh bien, allons;  l'oeuvre  
l'instant!

Eugnie: Oh! en vrit, c'est trop fort; vous abusez de 
ma jeunesse  un point... mais pour qui monsieur va-t-il 
me prendre?

Le Chevalier: Pour une fille charmante, Eugnie... pour 
la plus adorable crature que j'aie vue de mes jours. (Il la 
baise et laisse promener ses mains sur ses charmes.) Oh! 
Dieu! quels appas frais et mignons!... quels charmes 
enchanteurs!...

Dolmanc: Parlons moins, chevalier, et agissons 
beaucoup davantage. Je vais diriger la scne, c'est mon 
droit; l'objet de celle-ci est de faire voir  Eugnie le 
mcanisme de l'jaculation; mais, comme il est difficile 
qu'elle puisse observer un tel phnomne de sang-froid, 
nous allons nous placer tous quatre bien en face et trs 
prs les uns des autres. Vous branlerez votre amie, 
madame; je me chargerai du chevalier. Quand il s'agit de 
pollution, un homme s'y entend, pour un homme, 
infiniment mieux qu'une femme. Comme il sait ce qui lui 
convient, il sait ce qu'il faut faire aux autres... Allons, 
plaons-nous. (On s'arrange.)

Mme de Saint-Ange: Ne sommes-nous pas trop prs?

Dolmanc, s'emparant dj du chevalier: Nous ne 
saurions l'tre trop, madame; il faut que le sein et le 
visage de votre amie soient inonds des preuves de la 
virilit de votre frre; il faut qu'il lui dcharge ce qui 
s'appelle au nez. Matre de la pompe, j'en dirigerai les 
flots, de manire  ce qu'elle s'en trouve absolument 
couverte. Branlez-la soigneusement pendant ce temps, 
sur toutes les parties lubriques de son corps. Eugnie, 
livrez votre imagination tout entire aux derniers carts 
du libertinage; songez que vous allez en voir les plus 
beaux mystres s'oprer sous vos yeux; foulez toute 
retenue aux pieds: la pudeur ne fut jamais une vertu. Si la 
nature et voulu que nous cachassions quelques parties 
de nos corps, elle et pris ce soin elle-mme; mais elle 
nous a crs nus; donc elle veut que nous allions nus, et 
tout procd contraire outrage absolument ses lois. Les 
enfants, qui n'ont encore aucune ide du plaisir, et par 
consquent de la ncessit de le rendre plus vif par la 
modestie, montrent tout ce qu'ils portent. On rencontre 
aussi quelquefois une singularit plus grande: il est des 
pays o la pudeur des vtements est d'usage, sans que la 
modestie des moeurs s'y rencontre. A Otati les filles sont 
vtues, et elles se troussent ds qu'on l'exige.

Mme de Saint-Ange: Ce que j'aime de Dolmanc, c'est 
qu'il ne perd pas son temps; tout en discourant, voyez 
comme il agit, comme il examine avec complaisance le 
superbe cul de mon frre, comme il branle 
voluptueusement le beau vit de ce jeune homme... 
Allons, Eugnie, mettons-nous  l'ouvrage! Voil le 
tuyau de la pompe en l'air; il va bientt nous inonder.

Eugnie: Ah! ma chre amie, quel monstrueux 
membre!... A peine puis-je l'empoigner!... Oh! mon 
Dieu! sont-ils tous aussi gros que cela?

Dolmanc: Vous savez, Eugnie, que le mien est bien 
infrieur; de tels engins sont redoutables pour une jeune 
fille; vous sentez bien que celui-l ne vous perforerait 
pas sans danger.

Eugnie, dj branle par Mme de Saint-Ange: Ah! je 
les braverai tous pour en jouir!...

Dolmanc: Et vous auriez raison: une jeune fille ne doit 
jamais s'effrayer d'une telle chose; la nature se prte, et 
les torrents de plaisirs dont elle vous comble vous 
ddommagent bientt des petites douleurs qui les 
prcdent. J'ai vu des filles plus jeunes que vous soutenir 
de plus gros vits encore. Avec du courage et de la 
patience on surmonte les plus grands obstacles. C'est une 
folie que d'imaginer qu'il faille, autant qu'il est possible, 
ne faire dpuceler une jeune fille que par de trs petits 
vits. Je suis d'avis qu'une vierge doit se livrer, au 
contraire, aux plus gros engins qu'elle pourra rencontrer, 
afin que, les ligaments de l'hymen plus tt briss, les 
sensations du plaisir puissent ainsi se dcider plus 
promptement dans elle. Il est vrai qu'une fois  ce 
rgime, elle aura bien de la peine  en revenir au 
mdiocre; mais si elle est riche, jeune et belle, elle en 
trouvera de cette taille tant qu'elle voudra. Qu'elle s'y 
tienne; s'en prsente-t-il  elle de moins gros, et qu'elle 
ait pourtant envie d'employer? qu'elle les place alors dans 
son cul.

Mme de Saint-Ange: Sans doute, et pour tre encore 
plus heureuse, qu'elle se serve de l'un et de l'autre  la 
fois - que les secousses voluptueuses dont elle agitera 
celui qui l'enconne servent  prcipiter l'extase de celui 
qui l'encule, et qu'inonde du foutre de tous deux, elle 
lance le sien en mourant de plaisir.

Dolmanc: (Il faut observer que les pollutions vont 
toujours pendant le dialogue.) Il me semble qu'il devrait 
entrer deux ou trois vits de plus dans le tableau que vous 
arrangez, madame; la femme que vous placez comme 
vous venez de le dire ne pourrait-elle pas avoir un vit 
dans la bouche et un dans chaque main?

Mme de Saint-Ange: Elle en pourrait avoir sous les 
aisselles et dans les cheveux, elle devrait en avoir trente 
autour d'elle s'il tait possible; il faudrait, dans ces 
moments-l, n'avoir, ne toucher, ne dvorer que des vits 
autour de soi, tre inonde par tous au mme instant o 
l'on dchargerait soi-mme. Ah! Dolmanc, quelque 
putain que vous soyez, je vous dfie de m'avoir gale 
dans ces dlicieux combats de la luxure... J'ai fait tout ce 
qu'il est possible en ce genre.

Eugnie, toujours branle par son amie, comme le 
chevalier l'est par Dolmanc: Ah! ma bonne... tu me fais 
tourner la tte!... Quoi! je pourrai me livrer...  tout plein 
d'hommes!... Ah! quelles dlices!... Comme tu me 
branles, chre amie!... Tu es la desse mme du plaisir!... 
Et ce beau vit, comme il se gonfle!... comme sa tte 
majestueuse s'enfle et devient vermeille!...

Dolmanc: Il est bien prs du dnouement.

Le Chevalier: Eugnie... ma soeur... approchez-vous... 
Ah! quelles gorges divines!... quelles cuisses douces et 
poteles!... Dchargez!... dchargez toutes deux, mon 
foutre va s'y joindre!... Il coule!... ah! sacredieu!... 
(Dolmanc, pendant cette crise, a soin de diriger les flots 
de sperme de son ami sur les deux femmes, et 
principalement sur Eugnie, qui s'en trouve inonde.)

Eugnie: Quel beau spectacle!... comme il est noble et 
majestueux!... M'en voil tout  fait couverte... il m'en est 
saut jusque dans les yeux!...

Mme de Saint-Ange: Attends, ma mie, laisse-moi 
recueillir ces perles prcieuses; je vais en frotter ton 
clitoris pour provoquer plus vite ta dcharge.

Eugnie: Ah! oui, ma bonne, ah! oui: cette ide est 
dlicieuse... Excute, et je pars dans tes bras.

Mme de Saint-Ange: Divin enfant, baise-moi mille et 
mille fois!... Laisse-moi sucer ta langue... que je respire 
ta voluptueuse haleine quand elle est embrase par le feu 
du plaisir!... Ah! foutre! je dcharge moi-mme!... Mon 
frre, finis-moi, je t'en conjure!...

Dolmanc: Oui, chevalier... oui, branlez votre soeur.

Le Chevalier: J'aime mieux la foutre: je bande encore.

Dolmanc: Eh bien, mettez-lui, en me prsentant votre 
cul: je vous foutrai pendant ce voluptueux inceste. 
Eugnie, arme de ce godemich, m'enculera. Destine  
jouer un jour tous les diffrents rles de la luxure, il faut 
qu'elle s'exerce, dans les leons que nous lui donnons ici, 
 les remplir tous galement.

Eugnie, s'affublant d'un godemich: Oh! volontiers! 
Vous ne me trouverez jamais en dfaut, quand il s'agira 
de libertinage: il est maintenant mon seul dieu, l'unique 
rgle de ma conduite, la seule base de toutes mes actions. 
(Elle encule Dolmanc.) Est-ce ainsi, mon cher matre?... 
fais-je bien?...

Dolmanc: A merveille!... En vrit, la petite friponne 
m'encule comme un homme!... Bon! il me semble que 
nous voil parfaitement lis tous les quatre: il ne s'agit 
plus que d'aller.

Mme de Saint-Ange: Ah! je me meurs, chevalier!... Il 
m'est impossible de m'accoutumer aux dlicieuses 
secousses de ton beau vit!...

Dolmanc: Sacredieu! que ce cul charmant me donne de 
plaisir!... Ah! foutre! foutre! dchargeons tous les quatre 
 la fois!... Doubledieu! je me meurs! j'expire!... Ah! de 
ma vie je ne dchargeai plus voluptueusement! As-tu 
perdu ton sperme, chevalier?

Le Chevalier: Vois ce con, comme il en est barbouill.

Dolmanc: Ah! mon ami, que n'en ai-je autant dans le 
cul!

Mme de Saint-Ange: Reposons-nous, je me meurs.

Dolmanc, baisant Eugnie: Cette charmante fille m'a 
foutu comme un dieu.

Eugnie: En vrit j'y ai ressenti du plaisir.

Dolmanc: Tous les excs en donnent quand on est 
libertine, et ce qu'une femme a de mieux  faire, est de 
les multiplier au-del mme du possible.

Mme de Saint-Ange: J'ai plac cinq cents louis chez un 
notaire pour l'individu quelconque qui m'apprendra une 
passion que je ne connaisse pas, et qui puisse plonger 
mes sens dans une volupt dont je n'aie pas encore joui.

Dolmanc: (Ici les interlocuteurs, rajusts, ne s'occupent 
plus que de causer.) Cette ide est bizarre et je la 
saisirai, mais je doute, madame, que cette envie 
singulire, aprs laquelle vous courez, ressemble aux 
minces plaisirs que vous venez de goter.

Mme de Saint-Ange: Comment donc?

Dolmanc: C'est qu'en honneur, je ne connais rien de si 
fastidieux que la jouissance du con, et quand une fois, 
comme vous, madame, on a got le plaisir du cul, je ne 
conois pas comment on revient aux autres.

Mme de Saint-Ange: Ce sont de vieilles habitudes. 
Quand on pense comme moi, on veut tre foutue partout 
et, quelle que soit la partie qu'un engin perfore, on est 
heureuse quand on l'y sent. Je suis pourtant bien de votre 
avis, et j'atteste ici  toutes les femmes voluptueuses que 
le plaisir qu'elles prouveront  foutre en cul surpassera 
toujours de beaucoup celui qu'elles prouveront  le faire 
en con. Qu'elles s'en rapportent sur cela  la femme de 
l'Europe qui l'a le plus fait de l'une et de l'autre manire: 
je leur certifie qu'il n'y a pas la moindre comparaison, et 
qu'elles reviendront bien difficilement au devant quand 
elles auront fait l'exprience du derrire.

Le Chevalier: Je ne pense pas tout  fait de mme. Je me 
prte  tout ce qu'on veut, mais, par got, je n'aime 
vraiment dans les femmes que l'autel qu'indiqua la nature 
pour leur rendre hommage.

Dolmanc: Eh bien! mais, c'est le cul! Jamais la nature, 
mon cher chevalier, si tu scrutes avec soin ses lois, 
n'indiqua d'autres autels  notre hommage que le trou du 
derrire; elle permet le reste, mais elle ordonne celui-ci. 
Ah! sacredieu! si son intention n'tait pas que nous 
foutions des culs, aurait-elle aussi justement proportionn 
leur orifice  nos membres? Cet orifice n'est-il pas rond 
comme eux? Quel tre assez ennemi du bon sens peut 
imaginer qu'un trou ovale puisse avoir t cr par la 
nature pour des membres ronds! Ses intentions se lisent 
dans cette difformit; elle nous fait voir clairement par l 
que des sacrifices trop ritrs dans cette partie, en 
multipliant une propagation dont elle ne fait que nous 
accorder la tolrance, lui dplairaient infailliblement. 
Mais poursuivons notre ducation. Eugnie vient de 
considrer tout  l'aise le sublime mystre d'une 
dcharge; je voudrais maintenant qu'elle apprt  en 
diriger les flots.

Mme de Saint-Ange: Dans l'puisement o vous voil 
tous deux, c'est lui prparer bien de la peine.

Dolmanc: J'en conviens, aussi voil pourquoi je 
dsirerais que nous puissions avoir, dans votre maison ou 
dans votre campagne, quelque jeune garon bien robuste, 
qui nous servirait de mannequin, et sur lequel nous 
pourrions donner des leons.

Mme de Saint-Ange: J'ai prcisment votre affaire.

Dolmanc: Ne serait-ce point par hasard un jeune 
jardinier, d'une figure dlicieuse, d'environ dix-huit ou 
vingt ans, que j'ai vu tout  l'heure travaillant  votre 
potager?

Mme de Saint-Ange: Augustin! Oui, prcisment, 
Augustin, dont le membre a treize pouces de long sur 
huit et demi de circonfrence!

Dolmanc: Ah! juste ciel! quel monstre!... et cela 
dcharge?...

Mme de Saint-Ange: Oh! comme un torrent!... Je vais le 
chercher.


(V) Cinquime Dialogue




 




Dolmanc, Le Chevalier, Augustin, Eugnie, 
Madame de Saint-Ange.


Mme de Saint-Ange, amenant Augustin: Voil l'homme 
dont je vous ai parl. Allons, mes amis, amusons-nous; 
que serait la vie sans plaisir?... Approche, bent!... Oh! le 
sot!... Croyez-vous qu'il y a six mois que je travaille  
dbourrer ce gros cochon sans pouvoir en venir  bout?

Augustin: Ma fy! madame, vous dites pourtant 
quelquefois comme a que je commence  ne pas si mal 
aller  prsent, et quand y a du terrain en friche, c'est 
toujours  moi que vous le donnez.

Dolmanc, riant: Ah! charmant!... charmant!... Le cher 
ami, il est aussi franc qu'il est frais... (Montrant 
Eugnie.) Augustin, voil une banquette de fleurs en 
friche; veux-tu l'entreprendre?

Augustin: Ah! tatiguai! monsieux, de si gentils 
morceaux ne sont pas faits pour nous.

Dolmanc: Allons, mademoiselle.

Eugnie, rougissant: Oh, ciel! je suis d'une honte!

Dolmanc: Eloignez de vous ce sentiment pusillanime; 
toutes nos actions, et surtout celles du libertinage, nous 
tant inspires par la nature, il n'en est aucune de 
quelque espce que vous puissiez la supposer, dont nous 
devions concevoir de la honte. Allons, Eugnie, faites 
acte de putanisme avec ce jeune homme; songez que 
toute provocation faite par une fille  un garon est une 
offrande  la nature, et que votre sexe ne la sert jamais 
mieux que quand il se prostitue au ntre: que c'est, en un 
mot, pour tre foutue que vous tes ne, et que celle qui 
se refuse  cette intention de la nature sur elle ne mrite 
pas de voir le jour. Rabaissez vous-mme la culotte de ce 
jeune homme jusqu'au bas de ses belles cuisses, roulez sa 
chemise sous sa veste, que le devant... et le derrire, qu'il 
a, par parenthse, fort beau, se trouvent  votre 
disposition... Qu'une de vos mains s'empare maintenant 
de cet ample morceau de chair, qui, bientt, je le vois, va 
vous effrayer par sa forme, et que l'autre se promne sur 
les fesses, et chatouille ainsi l'orifice du cul... Oui, de 
cette manire... (Pour faire voir  Eugnie ce dont il 
s'agit, il socratise Augustin lui-mme.) Dcalottez bien 
cette tte rubiconde; ne la recouvrez jamais en polluant; 
tenez-la nue... tendez le filet au point de le rompre... Eh 
bien! voyez-vous dj l'effet de mes leons?... Et toi, 
mon enfant, je t'en conjure, ne reste pas ainsi les mains 
jointes, n'y a-t-il donc pas l de quoi les occuper?... 
promne-les sur ce beau sein, sur ces belles fesses...

Augustin: Monsieux, est-ce que je ne pourrions pas 
baiser cette demoiselle qui me fait tant de plaisir?

Mme de Saint-Ange: Eh! baise-la, imbcile, baise-la 
tant que tu voudras; ne me baises-tu pas, moi, quand je 
couche avec toi?

Augustin: Ah! tatiguai! la belle bouche!... Comme a 
vous est frais!... Il me semble avoir le nez sur les roses de 
not' jardin! (Montrant son vit bandant.) Aussi, voyez-
vous, monsieux, v'l l'effet que a produit!

Eugnie: Oh, ciel! comme il s'allonge!...

Dolmanc: Que vos mouvements deviennent  prsent 
plus rgls, plus nergiques... Cdez-moi la place un 
instant, et regardez bien comme je fais. (Il branle 
Augustin.) Voyez-vous comme ces mouvements-l sont 
plus fermes et en mme temps plus moelleux?... L, 
reprenez, et surtout ne recalottez pas... Bon! le voil dans 
toute son nergie; examinons maintenant s'il est vrai qu'il 
l'ait plus gros que le chevalier.

Eugnie: N'en doutons pas; vous voyez bien que je ne 
puis l'empoigner.

Dolmanc mesure: Oui, vous avez raison: treize de 
longueur sur huit et demi de circonfrence. Je n'en ai 
jamais vu de plus gros. Voil ce qu'on appelle un superbe 
vit. Et vous vous en servez, madame?

Mme de Saint-Ange: Rgulirement toutes les nuits 
quand je suis  cette campagne.

Dolmanc: Mais dans le cul, j'espre?

Mme de Saint-Ange: Un peu plus souvent que dans le 
con.

Dolmanc: Ah! sacredieu! quel libertinage!... Eh bien, 
en honneur, je ne sais si je le soutiendrais.

Mme de Saint-Ange: Ne faites donc pas l'troit, 
Dolmanc; il entrera dans votre cul comme dansle mien.

Dolmanc: Nous verrons cela; je me flatte que mon 
Augustin me fera l'honneur de me lancer un peu de 
foutre dans le derrire; je le lui rendrai; mais continuons 
notre leon... Allons, Eugnie, le serpent va vomir son 
venin: prparez-vous; que vos yeux se fixent sur la tte 
de ce sublime membre; et quand, pour preuve de sa 
prompte jaculation, vous allez le voir se gonfler, se 
nuancer du plus beau pourpre, que vos mouvements alors 
acquirent toute l'nergie dont ils sont susceptibles; que 
les doigts qui chatouillent l'anus s'y enfoncent le plus 
avant que faire se pourra; livrez-vous tout entire au 
libertin qui s'amuse de vous; cherchez sa bouche afin de 
le sucer; que vos attraits volent, pour ainsi dire, au-
devant de ses mains... Il dcharge, Eugnie, voil 
l'instant de votre triomphe.

Augustin: Ahe! ahe! ahe! mam'selle, je me meurs!... je 
ne puis plus!... Allez donc plus fort, je vous en conjure... 
Ah! sacrdi! je n'y vois plus clair!...

Dolmanc: Redoublez, redoublez, Eugnie! ne le 
mnagez pas, il est dans l'ivresse... Ah! quelle abondance 
de sperme!... avec quelle vigueur il s'est lanc!... Voyez 
les traces du premier jet: il a saut  plus de dix pieds... 
Foutredieu! la chambre en est pleine!... je n'ai jamais vu 
dcharger comme cela, et il vous a, dites-vous, foutue 
cette nuit, madame?

Mme de Saint-Ange: Neuf ou dix coups, je crois: il y a 
longtemps que nous ne comptons plus.

Le Chevalier: Belle Eugnie, vous en tes couverte.

Eugnie: Je voudrais en tre inonde. (A Dolmanc.) Eh 
bien, mon matre, es-tu content?

Dolmanc: Fort bien, pour un dbut; mais il est encore 
quelques pisodes que vous avez ngligs.

Mme de Saint-Ange: Attendons: ils ne peuvent tre en 
elle que fruit de l'exprience; pour moi, je l'avoue, je suis 
fort contente de mon Eugnie; elle annonce les plus 
heureuses dispositions, et je crois que nous devons 
maintenant la faire jouir d'un autre spectacle. Faisons-lui 
voir les effets d'un vit dans le cul. Dolmanc, je vais vous 
offrir le mien; je serai dans les bras de mon frre: il 
m'enconnera, vous m'enculerez, et c'est Eugnie qui 
prparera votre vit, qui le placera dans mon cul, qui en 
rglera tous les mouvements, qui les tudiera, afin de se 
rendre familire  cette opration, que nous lui ferons 
ensuite subir  elle-mme par l'norme vit de cet hercule.

Dolmanc: Je m'en flatte, et ce joli petit derrire sera 
bientt dchir sous nos yeux par les secousses violentes 
du brave Augustin. J'approuve, en attendant, ce que vous 
proposez, madame, mais si vous voulez que je vous traite 
bien, permettez-moi d'y mettre une clause: Augustin, que 
je vais faire rebander en deux tours de poignet, 
m'enculera pendant que je vous sodomiserai.

Mme de Saint-Ange: J'approuve fort cet arrangement; 
j'y gagnerai, et ce sera pour mon colire deux 
excellentes leons au lieu d'une.

Dolmanc, s'emparant d'Augustin: Viens, mon gros 
garon, que je te ranime... Comme il est beau!... Baise-
moi, cher ami... Tu es encore tout mouill de foutre, et 
c'est du foutre que je te demande... Ah! sacredieu! il faut 
que je lui gamahuche le cul, tout en le branlant!...

Le Chevalier: Approche, ma soeur; afin de rpondre aux 
vues de Dolmanc et aux tiennes, je vais m'tendre sur ce 
lit; tu te coucheras dans mes bras, en lui exposant tes 
belles fesses dans le plus grand cartement possible... 
Oui, c'est cela: nous pourrions toujours commencer.

Dolmanc: Non pas, vraiment: attendez-moi; il faut 
d'abord que j'encule ta soeur, puisque Augustin me 
l'insinue; ensuite je vous marierai: ce sont mes doigts qui 
doivent vous lier. Ne manquons  aucun des principes: 
songeons qu'une colire nous regarde, et que nous lui 
devons des leons exactes. Eugnie, venez me branler 
pendant que je dtermine l'norme engin de ce mauvais 
sujet; soutenez l'rection de mon vit, en le polluant avec 
lgret sur vos fesses... (Elle excute.)

Eugnie: Fais-je bien?

Dolmanc: Il y a toujours trop de mollesse dans vos 
mouvements; serrez beaucoup plus le vit que vous 
branlez, Eugnie; si la masturbation n'est agrable qu'en 
ce qu'elle comprime davantage que la jouissance, il faut 
donc que la main qui y coopre devienne pour l'engin 
qu'elle travaille un local infiniment plus troit qu'aucune 
autre partie du corps... Mieux! c'est mieux, cela!... 
cartez le derrire un peu plus, afin qu' chaque secousse 
la tte de mon vit touche au trou de votre cul... oui, c'est 
cela!... Branle ta soeur en attendant, chevalier: nous 
sommes  toi dans la minute... Ah! bon! voil mon 
homme qui bande... Allons, prparez-vous, madame; 
ouvrez ce cul sublime  mon ardeur impure; guide le 
dard, Eugnie; il faut que ce soit ta main qui le conduise 
sur la brche; il faut que ce soit elle qui le fasse pntrer; 
ds qu'il sera dedans, tu t'empareras de celui d'Augustin, 
dont tu rempliras mes entrailles; ce sont l des devoirs de 
novice, il v a de l'instruction  recevoir  tout cela; voil 
pourquoi je te le fais faire.

Mme de Saint-Ange: Mes fesses sont-elles bien  toi, 
Dolmanc? Ah! mon ange, si tu savais combien je te 
dsire, combien il y a de temps que je veux tre encule 
par un bougre!

Dolmanc: vos voeux vont tre exaucs, madame; mais 
souffrez que je m'arrte un instant aux pieds de l'idole: je 
veux la fter avant que de m'introduire au fond de son 
sanctuaire... Quel cul divin!... Que je le baise!... que je le 
lche mille et mille fois!... Tiens, le voil, ce vit que tu 
dsires!... Le sens-tu coquine? Dis, dis; sens-tu comme il 
pntre?...

Mme de Saint-Ange: Ah! mets-le-moi jusqu'au fond des 
entrailles!... O douce volupt, quel est donc ton empire!

Dolmanc: Voil un cul comme je n'en foutis de mes 
jours; il est digne de Ganymde lui-mme! Allons, 
Eugnie, par vos soins qu'Augustin m'encule  l'instant.

Eugnie: Le voil, je vous l'apporte. (A Augustin.) Tiens, 
bel ange, vois-tu le trou qu'il te faut perforer?

Augustin: Je le voyons bien... Dame! il y a de la place 
l!... J'entrerai mieux l-dedans que chez vous, au moins, 
mam'selle; baisez-moi donc un peu pour qu'il entre 
mieux.

Eugnie, l'embrassant: Oh! tant que tu voudras, tu es si 
frais!... Mais pousse donc!... Comme la tte s'y est 
engloutie tout de suite!... Ah! il me parat que le reste ne 
tardera pas...

Dolmanc: Pousse, pousse, mon ami... dchire-moi s'il le 
faut... Tiens, vois mon cul, comme il se prte... Ah! 
sacredieu! quelle massue!... je n'en reus jamais de 
pareille... Combien reste-t-il de pouces au-dehors, 
Eugnie?

Eugnie: A peine deux!

Dolmanc: J'en ai donc onze dans le cul! Quelles 
dlices!... Il me crve, je n'en puis plus! Allons, 
chevalier, es-tu prt?...

Le Chevalier: Tte, et dis ce que tu en penses.

Dolmanc: Venez mes enfants, que je vous marie... que 
je coopre de mon mieux  ce divin inceste. (Il introduit 
le vit du chevalier dans le con de sa soeur.)

Mme de Saint-Ange: Ah! mes amis, me voil donc 
foutue des deux cts... Sacredieu! quel divin plaisir!... 
Non, il n'en est pas de semblable au monde... Ah! foutre! 
que je plains la femme qui ne l'a pas got!... Secoue-
moi, Dolmanc, secoue-moi... force-moi par la violence 
de tes mouvements  me prcipiter sur le glaive de mon 
frre, et toi, Eugnie, contemple-moi; viens me regarder 
dans le vice; viens apprendre,  mon exemple,  le goter 
avec transport,  le savourer avec dlices... Vois, mon 
amour, vois tout ce que je fais  la fois: scandale, 
sduction, mauvais exemple, inceste, adultre, 
sodomie!... O Lucifer! seul et unique dieu de mon me, 
inspire-moi quelque chose de plus, offre  mon coeur de 
nouveaux carts, et tu verras comme je m'y plongerai!

Dolmanc: Voluptueuse crature! comme tu dtermines 
mon foutre, comme tu en presses la dcharge par tes 
propos et l'extrme chaleur de ton cul!... Tout va me faire 
partir  l'instant... Eugnie, chauffe le courage de mon 
fouteur; presse ses flancs, entrouvre ses fesses; tu 
connais maintenant l'art de ranimer des dsirs 
vacillants... Ta seule approche donne de l'nergie au vit 
qui me fout... Je le sens, ses secousses sont plus vives... 
Friponne, il faut que je te cde ce que je n'aurais voulu 
devoir qu' mon cul... Chevalier, tu t'emportes, je le 
sens... Attends-moi!... attends-nous!... O mes amis, ne 
dchargeons qu'ensemble: c'est le seul bonheur de la 
vie!...

Mme de Saint-Ange: Ah! foutre! foutre! Partez quand 
vous voudrez... pour moi, je n'y tiens plus! Double nom 
d'un dieu, dont je me fous!... Sacr bougre de dieu! je 
dcharge!... Inondez-moi, mes amis... inondez votre 
putain... lancez les flots de votre foutre cumeux jusqu'au 
fond de son me embrase: elle n'existe que pour les 
recevoir!... Ahe! ahe! ahe! foutre!... foutre! quel 
incroyable excs de volupt!... Je me meurs! Eugnie, 
que je te baise, que je te mange, que je dvore ton foutre, 
en perdant le mien!... (Augustin, Dolmanc et le 
chevalier font chorus; la crainte d'tre monotone nous 
empche de rendre des expressions qui, dans de tels 
instants, se ressemblent toutes.)

Dolmanc: Voil une des bonnes jouissances que j'aie 
eues de ma vie. (Montrant Augustin.) Ce bougre-l m'a 
rempli de sperme!... mais je vous l'ai bien rendu, 
madame!...

Mme de Saint-Ange: Ah! ne m'en parlez pas j'en suis 
inonde.

Eugnie: Je n'en peux pas dire autant, moi! (Se jetant en 
foltrant dans les bras de son amie.) Tu dis que tu as fait 
bien des pchs, ma bonne; jamais, pour moi, Dieu 
merci! pas un seul! Ah! si je mange longtemps mon pain 
 la fume comme cela, je n'aurai pas d'indigestion.

Mme de Saint-Ange, clatant de rire: La drle de 
crature!

Dolmanc: Elle est charmante!... Venez ici, petite fille, 
que je vous fouette. (Il lui claque le cul.) Baisez-moi, 
vous aurez bientt votre tour.

Mme de Saint-Ange: Il ne faut  l'avenir s'occuper que 
d'elle seule, mon frre; considre-la, c'est ta proie; 
examine ce charmant pucelage, il va bientt t'appartenir.

Eugnie: Oh! non pas par-devant: cela me ferait trop de 
mal; par-derrire tant que vous voudrez, comme 
Dolmanc me l'a fait tout  l'heure.

Mme de Saint-Ange: La nave et dlicieuse fille! Elle 
vous demande prcisment ce qu'on a tant de peine  
obtenir des autres!

Eugnie: Oh! ce n'est pas sans un peu de remords; car 
vous ne m'avez point rassure sur le crime norme que 
j'ai toujours entendu dire qu'il y avait  cela, et surtout  
le faire d'homme  homme, comme cela vient d'arriver  
Dolmanc et  Augustin. Voyons, Voyons, monsieur, 
comment votre philosophie explique cette sorte de dlit. 
Il est affreux, n'est-ce pas?

Dolmanc: Commencez  partir d'un point, Eugnie, 
c'est que rien n'est affreux en libertinage, parce que tout 
ce que le libertinage inspire l'est galement par la nature; 
les actions les plus extraordinaires, les plus bizarres, 
celles qui paraissent choquer le plus videmment toutes 
les lois, toutes les institutions humaines (car, pour le ciel, 
je n'en parle pas), eh bien, Eugnie, celles-l mme ne 
sont point affreuses, et il n'en est pas une d'elles qui ne 
puisse se dmontrer dans la nature; il est certain que celle 
dont vous me parlez, belle Eugnie, est la mme 
relativement  laquelle on trouve une fable si singulire 
dans le plat roman de l'Ecriture sainte, fastidieuse 
compilation d'un juif ignorant, pendant la captivit de 
Babylone; mais il est faux, hors de toute vraisemblance, 
que ce soit en punition de ces carts que ces villes, ou 
plutt ces bourgades, aient pri par le feu; places sur le 
cratre de quelques anciens volcans, Sodome, Gomorrhe 
prirent comme ces villes de l'Italie qu'engloutirent les 
laves du Vsuve; voil tout le miracle, et ce fut pourtant 
de cet vnement tout simple que l'on partit pour inventer 
barbarement le supplice du feu contre les malheureux 
humains qui se livraient dans une partie de l'Europe  
cette naturelle fantaisie.

Eugnie: Oh! naturelle!...

Dolmanc: Oui, naturelle, je le soutiens; la nature n'a pas 
deux voix, dont l'une laisse journellement le mtier de 
condamner ce que l'autre inspire, et il est bien certain que 
ce n'est que par son organe que les hommes entichs de 
cette manie reoivent les impressions qui les y portent. 
Ceux qui veulent proscrire ou condamner ce got 
prtendent qu'il nuit  la population. Qu'ils sont plats, ces 
imbciles qui n'ont jamais que cette ide de population 
dans la tte, et qui ne voient jamais que du crime  tout 
ce qui s'loigne de l! Est-il donc dmontr que la nature 
ait de cette population un aussi grand besoin qu'ils 
voudraient nous le faire croire? Est-il bien certain qu'on 
l'outrage chaque fois qu'on s'carte de cette stupide 
propagation? Scrutons un instant, pour nous en 
convaincre, et sa marche et ses lois. Si la nature ne faisait 
que crer, et qu'elle ne dtruist jamais, je pourrais croire 
avec ces fastidieux sophistes que le plus sublime de tous 
les actes serait de travailler sans cesse  celui qui produit, 
et je leur accorderais,  la suite de cela, que le refus de 
produire devrait ncessairement tre un crime. Le plus 
lger coup d'oeil sur les oprations de la nature ne 
prouve-t-il pas que les destructions sont aussi ncessaires 
 ses plans que les crations? que l'une et l'autre de ces 
oprations se lient et s'enchanent mme si intimement 
qu'il devient impossible que l'une puisse agir sans l'autre? 
que rien ne natrait, rien ne se rgnrerait sans des 
destructions? La destruction est donc une des lois de la 
nature comme la cration. 
	Ce principe admis, comment puis-je offenser cette 
nature en refusant de crer? ce qui,  supposer un mal  
cette action, en deviendrait un infiniment moins grand, 
sans doute, que celui de dtruire, qui pourtant se trouve 
dans ses lois, ainsi que je viens de le prouver. Si, d'un 
ct, j'admets donc le penchant que la nature me donne  
cette perte, que j'examine, de l'autre, qu'il lui est 
ncessaire et que je ne fais qu'entrer dans ses vues en m'y 
livrant, o sera le crime alors, je vous le demande? Mais, 
vous objectent encore les sots et les populateurs, ce qui 
est synonyme, ce sperme productif ne peut tre plac 
dans vos reins  aucun autre usage que pour celui de la 
propagation: l'en dtourner est une offense. Je viens 
d'abord de prouver que non, puisque cette perte 
n'quivaudrait mme pas  une destruction et que la 
destruction, bien plus importante que la perte, ne serait 
pas elle-mme un crime. Secondement, il est faux que la 
nature veuille que cette liqueur spermatique soit 
absolument et entirement destine  produire; si cela 
tait, non seulement elle ne permettrait pas que cet 
coulement et lieu dans tout autre cas, comme nous le 
prouve l'exprience, puisque nous la perdons, et quand 
nous voulons et o nous voulons, et ensuite elle 
s'opposerait  ce que ces pertes eussent lieu sans cot, 
comme il arrive, et dans nos rves et dans nos souvenirs; 
avare d'une liqueur aussi prcieuse, ce ne serait jamais 
que dans le vase de la propagation qu'elle en permettrait 
l'coulement; elle ne voudrait assurment pas que cette 
volupt dont elle nous couronne alors pt tre ressentie 
quand nous dtournerions l'hommage; car il ne serait pas 
raisonnable de supposer qu'elle consentt  nous donner 
du plaisir mme au moment o nous l'accablerions 
d'outrages. Allons plus loin; si les femmes n'taient nes 
que pour produire, ce qui serait assurment si cette 
production tait si chre  la nature, arriverait-il que, sur 
la plus longue vie d'une femme, il ne se trouve cependant 
que sept ans, toute dduction faite, o elle soit en tat de 
donner la vie  son semblable? Quoi! la nature est avide 
de propagation; tout ce qui ne tend pas  ce but l'offense, 
et sur cent ans de vie le sexe destin  produire ne le 
pourra que pendant sept ans! La nature ne veut que des 
propagations, et la semence qu'elle prte  l'homme pour 
servir ces propagations se perd tant qu'il plat  l'homme! 
Il trouve le mme plaisir  cette perte qu' l'emploi utile, 
et jamais le moindre inconvnient!... 
	Cessons, mes amis, cessons de croire  de telles 
absurdits: elles font frmir le bon sens. Ah! loin 
d'outrager la nature, persuadons-nous bien, au contraire, 
que le sodomite et la tribade la servent, en se refusant 
opinitrement  une conjonction dont il ne rsulte qu'une 
progniture fastidieuse pour elle. Cette propagation, ne 
nous trompons point, ne fut jamais une de ses lois, mais 
une tolrance tout au plus, je vous l'ai dit. Eh! que lui 
importe que la race des hommes s'teigne ou s'anantisse 
sur la terre! Elle rit de notre orgueil  nous persuader que 
tout finirait si ce malheur avait lieu! Mais elle ne s'en 
apercevrait seulement pas. S'imagine-t-on qu'il n'y ait pas 
dj des races teintes? Buffon en compte plusieurs, et la 
nature, muette  une perte aussi prcieuse, ne s'en 
aperoit seulement pas. L'espce entire s'anantirait que 
ni l'air n'en serait moins pur, ni l'astre moins brillant, ni la 
marche de l'univers moins exacte. Qu'il fallait 
d'imbcillit, cependant, pour croire que notre espce est 
tellement utile au monde que celui qui ne travaillerait pas 
 la propager ou celui qui troublerait cette propagation 
deviendrait ncessairement un criminel! Cessons de nous 
aveugler  ce point, et que l'exemple des peuples plus 
raisonnables que nous serve  nous persuader de nos 
erreurs. Il n'y a pas un seul coin sur la terre o ce 
prtendu crime de sodomie n'ait eu des temples et des 
sectateurs. Les Grecs, qui en faisaient pour ainsi dire une 
vertu, lui rigrent une statue sous le nom de Vnus 
Callipyge; Rome envoya chercher des lois  Athnes, et 
elle en rapporta ce got divin. 
Quel progrs ne lui voyons-nous pas faire sous les 
empereurs! A l'abri des aigles romaines, il s'tend d'un 
bout de la terre  l'autre;  la destruction de l'empire, il se 
rfugie prs de la tiare, il suit les arts en Italie, il nous 
parvient quand nous nous polions. Dcouvrons-nous un 
hmisphre, nous y trouvons la sodomie. Cook mouille 
dans un nouveau monde: elle y rgne. Si nos ballons 
eussent t dans la lune elle s'y serait trouve tout de 
mme. Got dlicieux, enfant de la nature et du plaisir, 
vous devez tre partout o se trouveront les hommes, et 
partout o l'on vous aura connu l'on vous rigera des 
autels! O mes amis, peut-il tre une extravagance pareille 
 celle d'imaginer qu'un homme doit tre un monstre 
digne de perdre la vie parce qu'il a prfr dans sa 
jouissance le trou d'un cul  celui d'un con, parce qu'un 
jeune homme avec lequel il trouve deux plaisirs, celui 
d'tre  la fois amant et matresse, lui a paru prfrable  
une fille, qui ne lui promet qu'une jouissance! Il sera un 
sclrat, un monstre, pour avoir voulu jouer le rle d'un 
sexe qui n'est pas le sien! Eh! pourquoi la nature l'a-t-elle 
cr sensible  ce plaisir? 
	Examinez sa conformation; vous y observerez des 
diffrences totales avec celle des hommes qui n'ont pas 
reu ce got en partage; ses fesses seront plus blanches, 
plus poteles; pas un poil n'ombragera l'autel du plaisir, 
dont l'intrieur, tapiss d'une membrane plus dlicate, 
plus sensuelle, plus chatouilleuse, se trouvera 
positivement du mme genre que l'intrieur du vagin 
d'une femme; le caractre de cet homme, encore diffrent 
de celui des autres, aura plus de mollesse, plus de 
flexibilit; vous lui trouverez presque tous les vices et 
toutes les vertus des femmes; vous y reconnatrez jusqu' 
leur faiblesse; tous auront leurs manies et quelques-uns 
de leurs traits. Serait-il donc possible que la nature, en 
les assimilant de cette manire  des femmes, pt s'irriter 
de ce qu'ils ont leurs gots? N'est-il pas clair que c'est 
une classe d'hommes diffrente de l'autre et que la nature 
cra ainsi pour diminuer cette propagation, dont la trop 
grande tendue lui nuirait infailliblement?... Ah! ma 
chre Eugnie, si vous saviez comme on jouit 
dlicieusement quand un gros vit nous remplit le 
derrire; lorsque, enfonc jusqu'aux couillons, il s'y 
trmousse avec ardeur; que, ramen jusqu'au prpuce, il 
s'y renfonce jusqu'au poil! Non, non, il n'est point dans le 
monde entier une jouissance qui vaille celle-l: c'est celle 
des philosophes, c'est celle des hros, ce serait celle des 
dieux, si les parties de cette divine jouissance n'taient 
pas elles-mmes les seuls dieux que nous devions adorer 
sur la terre [1]!

Eugnie, trs anime: Oh! mes amis, que l'on 
m'encule!... Tenez, voil mes fesses... je vous les offre!... 
Foutez-moi, je dcharge!... (Elle tombe, en prononant 
ces mots, dans les bras de Mme de Saint-Ange, qui la 
serre, l'embrasse et offre les reins levs de cette jeune 
fille  Dolmanc.)

Mme de Saint-Ange: Divin instituteur, rsisterez-vous  
cette proposition? Ce sublime derrire ne vous tentera-t-il 
pas? Voyez comme il bille, et comme il s'entrouvre!

Dolmanc: Je vous demande pardon, belle Eugnie; ce 
ne sera pas moi, si vous le voulez bien, qui me chargerai 
d'teindre les feux que j'allume. Chre enfant, vous avez 
 mes yeux le grand tort d'tre femme. J'ai bien voulu 
oublier toute prvention pour cueillir vos prmices; 
trouvez bon que j'en reste l; le chevalier va se charger 
de la besogne. Sa soeur, arme de ce godemich, portera 
au cul de son frre des coups les plus redoutables, tout en 
prsentant son beau derrire  Augustin, qui l'enculera et 
que je foutrai pendant ce temps-l; car, je ne vous le 
cache pas, le cul de ce beau garon me tente depuis une 
heure, et je veux absolument lui rendre ce qu'il m'a fait.

Eugnie: J'adopte le change; mais, en vrit, Dolmanc, 
la franchise de votre aveu n'en soustrait pas l'impolitesse.

Dolmanc: Mille pardons, mademoiselle; mais, nous 
autres bougres, nous ne nous piquons que de franchise et 
d'exactitude dans nos principes.

Mme de Saint-Ange: La rputation de franchise n'est 
pourtant pas celle que l'on donne  ceux qui, comme 
vous, sont accoutums  ne prendre les gens que par-
derrire.

Dolmanc: Un peu tratre, oui, un peu faux; vous 
croyez? Eh bien, madame, je vous ai dmontr que ce 
caractre tait indispensable dans la socit. Condamns 
 vivre avec des gens qui ont le plus grand intrt  se 
cacher  nos yeux,  nous dguiser les vices qu'ils ont, 
pour ne nous offrir que les vertus qu'ils n'encensrent 
jamais, il y aurait  nous le plus grand danger  ne leur 
montrer que de la franchise; car alors il est clair que nous 
leur donnerions sur nous tous les avantages qu'ils nous 
refusent, et la duperie serait manifeste. La dissimulation 
et l'hypocrisie sont des besoins que la socit nous a 
faits: cdons-y. Permettez-moi de m'offrir  vous un 
instant pour exemple, madame: il n'est assurment dans 
le monde aucun tre plus corrompu; eh bien, mes 
contemporains s'y trompent: demandez-leur ce qu'ils 
pensent de moi, tous vous diront que je suis un honnte 
homme, tandis qu'il n'est pas un seul crime dont je n'aie 
fait mes plus chres dlices!

Mme de Saint-Ange: Oh! vous ne me persuaderez pas 
que vous en ayez commis d'atroces.

Dolmanc: D'atroces... en vrit, madame, j'ai fait des 
horreurs.

Mme de Saint-Ange: Eh bien, oui, vous tes comme 
celui qui disait  son confesseur: "Le dtail est inutile, 
monsieur; except le meurtre et le vol, vous pouvez tre 
sr que j'ai tout fait!"

Dolmanc: Oui, madame, je dirai la mme chose, mais  
l'exception prs.

Mme de Saint-Ange: Quoi! libertin, vous vous tes 
permis...?

Dolmanc: Tout, madame, tout; se refuse-t-on quelque 
chose avec mon temprament et mes principes?

Mme de Saint-Ange: Ah! foutons! foutons!... Je ne puis 
plus tenir  ces propos; nous y reviendrons, Dolmanc; 
mais, pour ajouter plus de foi  vos aveux, je ne veux les 
entendre qu' tte frache. Quand vous bandez, vous 
aimez  dire des horreurs, et peut-tre nous donneriez-
vous ici pour des vrits les libertins prestiges de votre 
imagination enflamme. (On s'arrange.)

Dolmanc: Attends, chevalier, attends: c'est moi-mme 
qui vais l'introduire; mais il faut pralablement, j'en 
demande pardon  la belle Eugnie, il faut qu'elle me 
permette de la fouetter pour la mettre en train. (Il la 
fouette.)

Eugnie: Je vous rponds que cette crmonie tait 
inutile... Dites, Dolmanc, qu'elle satisfait votre luxure; 
mais, en y procdant, n'ayez pas l'air, je vous prie, de rien 
faire pour moi.

Dolmanc, toujours fouettant: Ah! tout  l'heure, vous 
m'en direz des nouvelles!... Vous ne connaissez pas 
l'empire de ce prliminaire... Allons, allons, petite 
coquine, vous serez fustige!

Eugnie: Oh! ciel! comme il y va!... Mes fesses sont en 
feu!... Mais vous me faites mal, en vrit!...

Mme de Saint-Ange: Je vais te venger, ma mie; je vais 
le lui rendre. (Elle fouette Dolmanc.)

Dolmanc: Oh! de tout mon coeur; je ne demande qu'une 
grce  Eugnie, c'est de trouver bon que je la fouette 
aussi fort que je dsire l'tre moi-mme; vous voyez 
comme me voil dans la loi de la nature; mais, attendez, 
arrangeons cela: qu'Eugnie monte sur vos reins, 
madame; elle s'accrochera  votre col, comme ces mres 
qui portent leurs enfants sur leur dos; l, j'aurai deux culs 
sous ma main; je les trillerai ensemble; le chevalier et 
Augustin me le rendront en frappant  la fois tous deux 
sur mes fesses... Oui, c'est ainsi... Ah! nous y voil!... 
Quelles dlices!

Mme de Saint-Ange: N'pargnez pas cette petite 
coquine, je vous en conjure, et comme je ne vous 
demande point de grce, je ne veux pas que vous lui en 
fassiez aucune.

Eugnie: Ahe! ahe! ahe! en vrit, je crois que mon sang 
coule.

Mme de Saint-Ange: Il embellira tes fesses en les 
colorant... Courage, mon ange, courage; souviens-toi que 
c'est par les peines qu'on arrive toujours aux plaisirs.

Eugnie: En vrit, je n'en puis plus.

Dolmanc suspend une minute pour contempler son 
ouvrage; puis, reprenant: Encore une soixantaine, 
Eugnie; oui, oui, soixante encore sur chaque cul!... Oh! 
coquines! comme vous allez avoir du plaisir  foutre 
maintenant! (La posture se dfait.)

Mme de Saint-Ange, examinant les fesses d'Eugnie: 
Ah! la pauvre petite, son derrire est en sang!... Sclrat, 
comme tu as du plaisir  baiser ainsi les vestiges de ta 
cruaut!

Dolmanc, se polluant: Oui, je ne le cache pas, et mes 
baisers seraient plus ardents si les vestiges taient plus 
cruels.

Eugnie: Ah! vous tes un monstre!

Dolmanc: J'en conviens!

Le Chevalier: Il y a de la bonne foi, au moins!

Dolmanc: Allons, sodomise-la, chevalier.

Le Chevalier: Contiens ses reins, et dans trois secousses 
il y est.

Eugnie: Oh! ciel! vous l'avez plus gros que 
Dolmanc!... Chevalier, vous me dchirez!... mnagez-
moi, je vous en conjure!...

Le Chevalier: Cela est impossible, mon ange. je dois 
atteindre le but... Songez que je suis ici sous les yeux de 
mon matre: il faut que je me rende digne de ses leons.

Dolmanc: Il y est!... J'aime prodigieusement  voir le 
poil d'un vit frotter les parois d'un anus... Allons, 
madame, enculez votre frre... Voil le vit d'Augustin 
tout prt  s'introduire en vous, et moi, je vous rponds 
de ne pas mnager votre fouteur... Ah! bon! il me semble 
que voil le chapelet form; ne pensons plus qu' 
dcharger maintenant.

Mme de Saint-Ange: Examinez donc cette petite 
gueuse, comme elle frtille.

Eugnie: Est-ce ma faute? je meurs de plaisir!... Cette 
fustigation... ce vit immense... et cet aimable chevalier, 
qui me branle encore pendant ce temps-l!... Ma bonne, 
ma bonne, je n'en puis plus!...

Mme de Saint-Ange: Sacredieu! je t'en livre autant, je 
dcharge!...

Dolmanc: Un peu d'ensemble, mes amis; si vous 
vouliez seulement m'accorder deux minutes, je vous 
aurais bientt atteints, et nous partirions tous  la fois.

Le Chevalier: Il n'est plus temps; mon foutre coule dans 
le cul de la belle Eugnie je me meurs! Ah! sacr nom 
d'un dieu! que de plaisirs!

Dolmanc: Je vous suis, mes amis... je vous suis... le 
foutre m'aveugle galement...

Augustin: Et moi donc!... et moi donc!...

Mme de Saint-Ange: Quelle scne!... Ce bougre-l m'a 
rempli le cul!

Le Chevalier: Au bidet, mesdames, au bidet!

Mme de Saint-Ange: Non, en vrit, j'aime cela, moi, 
j'aime  me sentir du foutre dans le cul: je ne le rends 
jamais quand j'en ai.

Eugnie: En vrit, je n'en puis plus... Dites-moi 
maintenant, mes amis, si une femme doit toujours 
accepter la proposition d'tre ainsi foutue, quand on la lui 
fait?

Mme de Saint-Ange: Toujours, ma chre, toujours; elle 
doit faire plus, mme: comme cette manire de foutre est 
dlicieuse, elle doit l'exiger de ceux dont elle se sert; 
mais si elle dpend de celui avec lequel elle s'amuse, si 
elle espre en obtenir des faveurs, des prsents ou des 
grces, qu'elle se fasse valoir, qu'elle se fasse presser; il 
n'y a pas d'homme de ce got qui, dans pareil cas, ne se 
ruine avec une femme assez adroite pour ne lui faire de 
refus qu'avec le dessein de l'enflammer davantage - elle 
en tirera tout ce qu'elle voudra si elle possde bien l'art 
de n'accorder qu' propos ce qu'on lui demande.

Dolmanc: Eh bien, petit ange, es-tu convertie? cesses-tu 
de croire que la sodomie soit un crime?

Eugnie: Et quand elle en serait un, que m'importe? Ne 
m'avez-vous pas dmontr le nant des crimes? Il est 
bien peu d'actions maintenant qui soient criminelles  
mes yeux.

Dolmanc: Il n'est de crime  rien, chre fille,  quoi que 
ce soit au monde: la plus monstrueuse des actions n'a-t-
elle pas un ct par lequel elle nous est propice?

Eugnie: Qui en doute?

Dolmanc: Eh bien, de ce moment elle cesse d'tre un 
crime; car, pour que ce qui sert l'un en nuisant  l'autre 
ft un crime, il faudrait dmontrer que l'tre ls est plus 
prcieux  la nature que l'tre servi: or tous les individus 
tant gaux aux yeux de la nature, cette prdilection est 
impossible; donc l'action qui sert  l'un en nuisant  
l'autre est d'une indiffrence parfaite  la nature.

Eugnie: Mais si l'action nuisait  une trs grande 
majorit d'individus, et qu'elle ne nous rapportt  nous 
qu'une trs lgre dose de plaisir, ne serait-il pas affreux 
de s'y livrer alors?

Dolmanc: Pas davantage, parce qu'il n'y a aucune 
comparaison entre ce qu'prouvent les autres et ce que 
nous ressentons; la plus forte dose de douleur chez les 
autres doit assurment tre nulle pour nous, et le plus 
lger chatouillement de plaisir prouv par nous nous 
touche; donc nous devons,  quel prix que ce soit, 
prfrer ce lger chatouillement qui nous dlecte  cette 
somme immense des malheurs d'autrui, qui ne saurait 
nous atteindre. Mais s'il arrive, au contraire, que la 
singularit de nos organes, une construction bizarre, nous 
rendent agrables les douleurs du prochain, ainsi que 
cela arrive souvent: qui doute alors que nous ne devions 
incontestablement prfrer cette douleur d'autrui qui 
nous amuse, a l'absence de cette douleur qui deviendrait 
une privation pour nous? La source de toutes nos erreurs 
en morale vient de l'admission ridicule de ce fil de 
fraternit qu'inventrent les chrtiens dans leur sicle 
d'infortune et de dtresse. Contraints  mendier la piti 
des autres, il n'tait pas maladroit d'tablir qu'ils taient 
tous frres. Comment refuser des secours d'aprs une 
telle hypothse? Mais il est impossible d'admettre cette 
doctrine. Ne naissons-nous pas tous isols? je dis plus, 
tous ennemis les uns des autres, tous dans un tat de 
guerre perptuelle et rciproque? Or, je vous demande si 
cela serait dans la supposition que les vertus exiges par 
ce prtendu fil de fraternit fussent rellement dans la 
nature. Si sa voix les inspirait aux hommes, ils les 
prouveraient ds en naissant. Ds lors, la piti, la 
bienfaisance, l'humanit seraient des vertus naturelles, 
dont il serait impossible de se dfendre, et qui rendraient 
cet tat primitif de l'homme sauvage totalement contraire 
 ce que nous le voyons.

Eugnie: Mais si, comme vous le dites, la nature fait 
natre les hommes isols, tous indpendants les uns des 
autres, au moins m'accorderez-vous que les besoins, en 
les rapprochant, ont d ncessairement tablir quelques 
liens entre eux; de l, ceux du sang ns de leur alliance 
rciproque, ceux de l'amour, de l'amiti, de la 
reconnaissance; vous respecterez au moins ceux-l, 
j'espre?

Dolmanc: Pas plus que les autres, en vrit; mais 
analysons-les, je le veux: un coup d'oeil rapide, Eugnie, 
sur chacun en particulier. Direz-vous, par exemple, que 
le besoin de me marier, ou pour voir prolonger ma race, 
ou pour arranger ma fortune, doit tablir des liens 
indissolubles ou sacrs avec l'objet auquel je m'allie? Ne 
serait-ce pas, je vous le demande, une absurdit que de 
soutenir cela? Tant que dure l'acte du cot, je peux, sans 
doute, avoir besoin de cet objet pour y participer; mais 
sitt qu'il est satisfait, que reste-t-il, je vous prie, entre lui 
et moi? et quelle obligation relle enchanera  lui ou  
moi les rsultats de ce cot? Ces derniers liens furent les 
fruits de la frayeur qu'eurent les parents d'tre 
abandonns dans leur vieillesse, et les soins intresss 
qu'ils ont de nous dans notre enfance ne sont que pour 
mriter ensuite les mmes attentions dans leur dernier 
ge. Cessons d'tre la dupe de tout cela: nous ne devons 
rien  nos parents... pas la moindre chose, Eugnie, et, 
comme c'est bien moins pour nous que pour eux qu'ils 
ont travaill, il nous est permis de les dtester, et de nous 
en dfaire mme, si leur procd nous irrite; nous ne 
devons les aimer que s'ils agissent bien avec nous, et 
cette tendresse alors ne doit pas avoir un degr de plus 
que celle que nous aurions pour d'autres amis, parce que 
les droits de la naissance n'tablissent rien, ne fondent 
rien, et qu'en les scrutant avec sagesse et rflexion, nous 
n'y trouverons srement que des raisons de haine pour 
ceux qui, ne songeant qu' leurs plaisirs, ne nous ont 
donn souvent qu'une existence malheureuse ou 
malsaine. 
	Vous me parlez des liens de l'amour, Eugnie; 
puissiez-vous ne les jamais connatre! Ah! qu'un tel 
sentiment, pour le bonheur que je vous souhaite, 
n'approche jamais de votre coeur! Qu'est-ce que l'amour? 
On ne peut le considrer, ce me semble, que comme 
l'effet rsultatif des qualits d'un bel objet sur nous; ces 
effets nous transportent; ils nous enflamment; si nous 
possdons cet objet, nous voil contents; s'il nous est 
impossible de l'avoir, nous nous dsesprons. Mais quelle 
est la base de ce sentiment?... le dsir. Quelles sont les 
suites de ce sentiment?... la folie. Tenons-nous-en donc 
au motif, et garantissons-nous des effets. Le motif est de 
possder l'objet: eh bien! tchons de russir, mais avec 
sagesse; jouissons-en ds que nous l'avons; consolons-
nous dans le cas contraire: mille autres objets 
semblables, et souvent bien meilleurs, nous consoleront 
de la perte de celui-l; tous les hommes, toutes les 
femmes se ressemblent: il n'y a point d'amour qui rsiste 
aux effets d'une rflexion saine. Oh! quelle duperie que 
cette ivresse qui, absorbant en nous le rsultat des sens, 
nous met dans un tel tat que nous ne voyons plus, que 
nous n'existons plus que par cet objet follement ador! 
Est-ce donc l vivre? N'est-ce pas bien plutt se priver 
volontairement de toutes les douceurs de la vie? N'est-ce 
pas vouloir rester dans une fivre brlante qui nous 
absorbe et qui nous dvore, sans nous laisser d'autre 
bonheur que des jouissances mtaphysiques, si 
ressemblantes aux effets de la folie? Si nous devions 
toujours l'aimer, cet objet adorable, s'il tait certain que 
nous ne dussions jamais l'abandonner, ce serait encore 
une extravagance sans doute, mais excusable au moins. 
Cela arrive-t-il? A-t-on beaucoup d'exemples de ces 
liaisons ternelles qui ne se sont jamais dmenties? 
Quelques mois de jouissance, remettant bientt l'objet  
sa vritable place, nous font rougir de l'encens que nous 
avons brl sur ses autels, et nous arrivons souvent  ne 
pas mme concevoir qu'il ait pu nous sduire  ce point. 
	O filles voluptueuses, livrez-nous donc vos corps 
tant que vous le pourrez! Foutez, divertissez-vous, voil 
l'essentiel; mais fuyez avec soin l'amour. Il n'y a de bon 
que son physique, disait le naturaliste Buffon, et ce 
n'tait pas sur cela seul qu'il raisonnait en bon 
philosophe. je le rpte, amusez-vous; mais n'aimez 
point; ne vous embarrassez pas davantage de l'tre: ce 
n'est pas de s'extnuer en lamentations, en soupirs, en 
oeillades, en billets doux qu'il faut; c'est de foutre, c'est 
de multiplier et de changer souvent ses fouteurs, c'est de 
s'opposer fortement surtout  ce qu'un seul veuille vous 
captiver, parce que le but de ce constant amour serait, en 
vous liant  lui, de vous empcher de vous livrer  un 
autre, gosme cruel, qui deviendrait bientt fatal  vos 
plaisirs. Les femmes ne sont pas faites pour un seul 
homme: c'est pour tous que les a cres la nature. 
N'coutant que cette voix sacre, qu'elles se livrent 
indiffremment  tous ceux qui veulent d'elles. Toujours 
putains, jamais amantes, fuyant l'amour, adorant le 
plaisir, ce ne seront plus que des roses qu'elles trouveront 
dans la carrire de la vie, ce ne seront plus que des fleurs 
qu'elles nous prodigueront! Demandez, Eugnie, 
demandez  la femme charmante qui veut bien se charger 
de votre ducation le cas qu'il faut faire d'un homme 
quand on en a joui. (Assez bas pour n'tre pas entendu 
d'Augustin.) Demandez-lui si elle ferait un pas pour 
conserver cet Augustin qui fait aujourd'hui ses dlices. 
Dans l'hypothse o l'on voudrait le lui enlever, elle en 
prendrait un autre, ne penserait plus  celui-ci, et, bientt 
lasse du nouveau, elle l'immolerait elle-mme dans deux 
mois, si de nouvelles jouissances devaient natre de ce 
sacrifice.

Mme de Saint-Ange: Que ma chre Eugnie soit bien 
sre que Dolmanc lui explique ici mon coeur, ainsi que 
celui de toutes les femmes, comme si nous lui en 
ouvrions les replis.

Dolmanc: La dernire partie de mon analyse porte donc 
sur les liens de l'amiti et sur ceux de la reconnaissance. 
Respectons les premiers, j'y consens, tant qu'ils nous sont 
utiles; gardons nos amis tant qu'ils nous servent; 
oublions-les ds que nous n'en tirons plus rien ce n'est 
jamais que pour soi qu'il faut aimer les gens; les aimer 
pour eux-mmes n'est qu'une duperie; jamais il n'est dans 
la nature d'inspirer aux hommes d'autres mouvements, 
d'autres sentiments que ceux qui doivent leur tre bons  
quelque chose; rien n'est goste comme la nature; 
soyons-le donc aussi, si nous voulons accomplir ses lois. 
Quant  la reconnaissance, Eugnie, c'est le plus faible 
de tous les liens sans doute. Est-ce donc pour nous que 
les hommes nous obligent? N'en croyons rien, ma chre; 
c'est par ostentation, par orgueil. N'est-il donc pas 
humiliant ds lors de devenir ainsi le jouet de l'amour-
propre des autres? Ne l'est-il pas encore davantage d'tre 
oblig? Rien de plus  charge qu'un bienfait reu. Point 
de milieu: il faut le rendre ou en tre avili. Les mes 
fires se font mal au poids du bienfait: il pse sur elles 
avec tant de violence que le seul sentiment qu'elles 
exhalent est de la haine pour le bienfaiteur. Quels sont 
donc maintenant,  votre avis, les liens qui supplent  
l'isolement o nous a crs la nature? Quels sont ceux 
qui doivent tablir des rapports entre les hommes? A 
quels titres les aimerons-nous, les chrirons-nous, les 
prfrerons-nous  nous-mmes? De quel droit 
soulagerons-nous leur infortune? O sera maintenant 
dans nos mes le berceau de vos belles et inutiles vertus 
de bienfaisance, d'humanit, de charit, indiques dans le 
code absurde de quelques religions imbciles, qui, 
prches par des imposteurs ou par des mendiants, durent 
ncessairement conseiller ce qui pouvait les soutenir ou 
les tolrer? Eh bien, Eugnie, admettez-vous encore 
quelque chose de sacr parmi les hommes? Concevez-
vous quelques raisons de ne pas toujours nous prfrer  
eux?

Eugnie: Ces leons, que mon coeur devance, me flattent 
trop pour que mon esprit les rcuse.

Mme de Saint-Ange: Elles sont dans la nature, Eugnie: 
la seule approbation que tu leur donnes le prouve;  
peine close de son sein, comment ce que tu sens 
pourrait-il tre le fruit de la corruption?

Eugnie: Mais si toutes les erreurs que vous prconisez 
sont dans la nature, pourquoi les lois s'y opposent-elles?

Dolmanc: Parce que les lois ne sont pas faites pour le 
particulier, mais pour le gnral, ce qui les met dans une 
perptuelle contradiction avec l'intrt, attendu que 
l'intrt personnel l'est toujours avec l'intrt gnral. 
Mais les lois, bonnes pour la socit, sont trs mauvaises 
pour l'individu qui la compose; car, pour une fois qu'elles 
le protgent ou le garantissent, elles le gnent et le 
captivent les trois quarts de sa vie; aussi l'homme sage et 
plein de mpris pour elles les tolre-t-il, comme il fait 
des serpents et des vipres, qui, bien qu'ils blessent ou 
qu'ils empoisonnent, servent pourtant quelquefois dans la 
mdecine; il se garantira des lois comme il fera de ces 
btes venimeuses; il s'en mettra  l'abri par des 
prcautions, par des mystres, toutes choses faciles  la 
sagesse et  la prudence. Que la fantaisie de quelques 
crimes vienne enflammer votre me, Eugnie, et soyez 
bien certaine de les commettre en paix, entre votre amie 
et moi.

Eugnie: Ah! cette fantaisie est dj dans mon coeur!

Mme de Saint-Ange: Quel caprice t'agite, Eugnie? dis-
le-nous avec confiance.

Eugnie, gare: Je voudrais une victime.

Mme de Saint-Ange: Et de quel sexe la dsires-tu?

Eugnie: Du mien!

Dolmanc: Eh bien, madame, tes-vous contente de 
votre lve? ses progrs sont-ils assez rapides?

Eugnie, comme ci-dessus: Une victime, ma bonne, une 
victime!... Oh! dieux! cela ferait le bonheur de ma vie!...

Mme de Saint-Ange: Et que lui ferais-tu?

Eugnie: Tout!... tout!... tout ce qui pourrait la rendre la 
plus malheureuse des cratures. Oh! Ma bonne, ma 
bonne, aie piti de moi, je n'en puis plus!...

Dolmanc: Sacredieu! quelle imagination!... Viens, 
Eugnie, tu es dlicieuse... viens que je te baise, mille et 
mille fois! (Il la reprend dans ses bras.) Tenez, madame, 
tenez, regardez cette libertine comme elle dcharge de 
tte sans qu'on la touche... Il faut absolument que je 
l'encule encore une fois!

Eugnie: Aurai-je aprs ce que je demande?

Dolmanc: Oui, folle!... oui, l'on t'en rpond!

Eugnie: Oh! mon ami, voil mon cul!... faites-en ce que 
vous voudrez!

Dolmanc: Attendez, que je dispose cette jouissance 
d'une manire un peu luxurieuse. (Tout s'excute  
mesure que Dolmanc indique.) Augustin, tends-toi sur 
le bord de ce lit; qu'Eugnie se couche dans tes bras; 
pendant que je la sodomiserai, je branlerai son clitoris 
avec la superbe tte du vit d'Augustin, qui, pour mnager 
son foutre, aura soin de ne pas dcharger; le cher 
chevalier, qui, sans dire un mot, se branle tout doucement 
en nous coutant, voudra bien s'tendre sur les paules 
d'Eugnie, en exposant ses belles fesses  mes baisers: je 
le branlerai en dessous; ce qui fait qu'ayant mon engin 
dans un cul, je polluerai un vit de chaque main; et vous, 
madame, aprs avoir t votre mari, je veux que vous 
deveniez le mien; revtissez-vous du plus norme de vos 
godemichs! (Mme de Saint-Ange ouvre une cassette qui 
en est remplie, et notre hros choisit le plus redoutable.) 
Bon! celui-ci, dit le numro, a quatorze pouces de long 
sur dix de tour; arrangez-vous cela autour des reins, 
madame, et portez-moi maintenant les plus terribles 
coups.

Mme de Saint-Ange: En vrit, Dolmanc, vous tes 
fou, et je vais vous estropier avec cela.

Dolmanc: Ne craignez rien; poussez, pntrez, mon 
ange: je n'enculerai votre chre Eugnie que quand votre 
membre norme sera bien avant dans mon cul!... Il y est! 
il y est, sacredieu!... Ah! tu me mets aux nues!... Point de 
piti, ma belle!... je vais, je te le dclare, foutre ton cul 
sans prparation. Ah! sacredieu! le beau derrire!...

Eugnie: Oh! mon ami, tu me dchires... Prpare au 
moins les voies.

Dolmanc: Je m'en garderai pardieu bien: on perd la 
moiti du plaisir avec ces sottes attentions. Songe  nos 
principes, Eugnie; je travaille pour moi: maintenant, 
victime un moment, mon bel ange, et tout  l'heure 
perscutrice... Ah! sacredieu! il entre!...

Eugnie: Tu me fais mourir!...

Dolmanc: Oh! foutredieu! je touche au but!...

Eugnie: Ah! fais ce que tu voudras  prsent, il y est... 
je ne sens que du plaisir!...

Dolmanc: Que j'aime  branler ce gros vit sur le clitoris 
d'une vierge!... Toi, chevalier, fais-moi beau cul... Te 
branl-je bien, libertin?... Et vous, madame, foutez-moi, 
foutez votre garce... oui, je la suis et je veux l'tre... 
Eugnie, dcharge, mon ange, oui, dcharge!... Augustin, 
malgr lui, me remplit de foutre... je reois celui du 
chevalier, le mien s'y joint... Je n'y rsiste plus... Eugnie, 
agite tes fesses, que ton anus presse mon vit: je vais 
lancer au fond de tes entrailles le foutre brlant qui 
s'exhale... Ah! foutu bougre de dieu! je me meurs! (Il se 
retire; l'attitude se rompt.) Tenez, madame, voil votre 
petite libertine encore pleine de foutre; l'entre de son 
con en est inonde; branlez-la, secouez vigoureusement 
son clitoris tout mouill de sperme: c'est une des plus 
dlicieuses choses qui puissent se faire.

Eugnie, palpitant: Oh! ma mie, que de plaisir tu me 
ferais!... Ah! cher amour, je brle de lubricit! (Cette 
posture s'arrange.)

Dolmanc: Chevalier, comme c'est toi qui vas dpuceler 
cette belle enfant, joins tes secours  ceux de ta soeur 
pour la faire pmer dans tes bras, et par ton attitude 
prsente-moi les fesses: je vais te foutre pendant 
qu'Augustin m'enculera. (Tout se dispose.)

Le Chevalier: Me trouves-tu bien de cette manire?

Dolmanc: Le cul tant soit peu plus haut, mon amour; l, 
bien... sans prparation, chevalier...

Le Chevalier: Ma foi! comme tu voudras; puis-je sentir 
autre chose que du plaisir au sein de cette dlicieuse 
fille? (Il la baise et la branle, en lui enfonant 
lgrement un doigt dans le con, pendant que Mme de 
Saint-Ange chatouille le clitoris d'Eugnie.)

Dolmanc: Pour quant  moi, mon cher, j'en prends, 
sois-en assur, beaucoup davantage avec toi que je n'en 
pris avec Eugnie: il y a tant de diffrence entre le cul 
d'un garon et celui d'une fille!... Encule-moi donc, 
Augustin! Que de peine tu as  te dcider!

Augustin: Dame! monsieux, c'est que a venait de couler 
tout prs du chose de cette gentille tourterelle, et vous 
voulez que a dresse tout d'suite pour vot'cul, qui n'est 
vraiment pas si joli, da!

Dolmanc: L'imbcile! Mais pourquoi se plaindre? Voil 
la nature: chacun prche pour son saint. Allons, allons, 
pntre toujours, vridique Augustin; et quand tu auras 
un peu plus d'exprience, tu me diras si les culs ne valent 
pas mieux que les cons... Eugnie, rends donc au 
chevalier ce qu'il te fait; tu ne t'occupes que de toi: tu as 
raison, libertine; mais pour l'intrt de tes plaisirs mmes, 
branle-le, puisqu'il va cueillir tes prmices.

Eugnie: Eh bien, je le branle, je le baise, je perds la 
tte... Ahe! ahe! ahe! mes amis, je n'en puis plus!... ayez 
piti de mon tat... je me meurs... je dcharge!... 
Sacredieu! je suis hors de moi!...

Dolmanc: Pour moi, je serai sage! Je ne voulais que me 
remettre en train dans ce beau cul; je garde pour Mme de 
Saint-Ange le foutre qui s'y est allum: rien ne m'amuse 
comme de commencer dans un cul l'opration que je 
veux terminer dans un autre. Eh bien, chevalier, te voil 
bien en train... dpucelons-nous?...

Eugnie: Oh! ciel, non, je ne veux pas l'tre par lui, j'en 
mourrais; le vtre est plus petit, Dolmanc: que ce soit  
vous que je doive cette opration, je vous en conjure!

Dolmanc: Cela n'est pas possible, mon ange; je n'ai 
jamais foutu de con de ma vie! vous me permettrez de ne 
pas commencer  mon ge. Vos prmices appartiennent 
au chevalier; lui seul ici est digne de les cueillir: ne lui 
ravissons pas ses droits.

Mme de Saint-Ange: Refuser un pucelage... aussi frais, 
aussi joli que celui-l, car je dfie qu'on puisse dire que 
mon Eugnie n'est pas la plus belle fille de Paris, oh! 
monsieur!... monsieur, en vrit, voil ce qui s'appelle 
tenir un peu trop  ses principes

Dolmanc: Pas autant que je le devrais, madame, car il 
est tout plein de mes confrres qui ne vous enculeraient 
assurment pas... Moi, je l'ai fait et je vais le refaire; ce 
n'est donc point, comme vous m'en souponnez, porter 
mon culte jusqu'au fanatisme.

Mme de Saint-Ange: Allons donc, chevalier! mais 
mnage-la; regarde la petitesse du dtroit que tu vas 
enfiler: est-il quelque proportion entre le contenu et le 
contenant?

Eugnie: Oh! j'en mourrai, cela est invitable... Mais le 
dsir ardent que j'ai d'tre foutue me fait tout hasarder 
sans rien craindre... Va, pntre, mon cher, je 
m'abandonne  toi.

Le Chevalier, tenant  pleine main son vit bandant: Oui 
foutre! il faut qu'il y pntre... Ma soeur, Dolmanc, 
tenez-lui chacun une jambe... Ah! sacredieu! quelle 
entreprise!... Oui, oui, dt-elle en tre pourfendue, 
dchire, il faut, doubledieu, qu'elle y passe!

Eugnie: Doucement, doucement, je n'y puis tenir... (Elle 
crie; les pleurs coulent sur ses joues... ) A mon secours! 
ma bonne amie... (Elle se dbat.) Non, je ne veux pas 
qu'il entre!... je crie au meurtre, si vous persistez!...

Le Chevalier: Crie tant que tu voudras, petite coquine, 
je te dis qu'il faut qu'il entre, en dusses-tu crever mille 
fois!

Eugnie: Quelle barbarie!

Dolmanc: Ah! foutre! est-on dlicat quand on bande?

Le Chevalier: Tenez-la; il y est!... Il y est, sacredieu!... 
Foutre! voil le pucelage du diable... Regardez son sang 
comme il coule!

Eugnie: Va, tigre!... va, dchire-moi si tu veux, 
maintenant, je m'en moque!... baise-moi, bourreau, baise-
moi, je t'adore!... Ah! ce n'est plus rien quand il est 
dedans: toutes les douleurs sont oublies... Malheur aux 
jeunes filles qui s'effaroucheraient d'une telle attaque!... 
Que de grands plaisirs elles refuseraient pour une bien 
petite peine!... Pousse! pousse! chevalier, je dcharge!... 
Arrose de ton foutre les plaies dont tu m'as couverte... 
pousse-le donc au fond de ma matrice... Ah! la douleur 
cde au plaisir... je suis prte  m'vanouir...! (Le 
chevalier dcharge; pendant qu'il a foutu, Dolmanc lui 
a branl le cul et les couilles, et Mme de Saint-Ange a 
chatouill le clitoris d'Eugnie. La posture se rompt.)

Dolmanc: Mon avis serait que, pendant que les voies 
sont ouvertes, la petite friponne ft  l'instant foutue par 
Augustin.

Eugnie: Par Augustin!... un vit de cette taille!... ah! tout 
de suite!... Quand je saigne encore!... Avez-vous donc 
envie de me tuer?

Mme de Saint-Ange: Cher amour, baise-moi... je te 
plains... mais la sentence est prononce; elle est sans 
appel, mon coeur: il faut que tu la subisses.

Augustin: Ah! jardinieu! me voil prt; ds qu'il s'agit 
d'enfiler c'te petite fille, je vinrais, pardieu! de Rome  
pied.

Le Chevalier, empoignant le vit norme d'Augustin: 
Tiens, Eugnie, vois comme il bande... comme il est 
digne de me remplacer!

Eugnie: Ah! juste ciel, quel arrt!... Oh! vous voulez 
me tuer, cela est clair!...

Augustin, s'emparant d'Eugnie: Oh! que non, 
mam'selle: a n'a jamais fait mourir personne.

Dolmanc: Un moment, beau fils, un moment: il faut 
qu'elle me prsente le cul pendant que tu vas foutre... 
Oui, ainsi, approchez-vous, madame de Saint-Ange: je 
vous ai promis de vous enculer, je tiendrai parole; mais 
placez-vous de manire qu'en vous foutant, je puisse tre 
 porte de fouetter Eugnie. Que le chevalier me fouette 
pendant ce temps-l. (Tout s'arrange.)

Eugnie: Ah! foutre! il me crve!... Va donc doucement, 
gros butor!... Ah! le bougre! il enfonce!... l'y voil, le 
jean-foutre!... il est tout au fond!... je me meurs!... Oh! 
Dolmanc, comme vous frappez!... C'est m'allumer des 
deux cts; vous me mettez les fesses en feu.

Dolmanc, fouettant  tour de bras: Tu en auras... tu en 
auras, petite coquine!... Tu n'en dchargeras que plus 
dlicieusement. Comme vous la branlez, Saint-Ange... 
comme ce doigt lger doit adoucir les maux qu'Augustin 
et moi lui faisons!... Mais votre anus se resserre... je le 
vois, madame, nous allons dcharger ensemble... Ah! 
comme il est divin d'tre ainsi entre le frre et la soeur!

Mme de Saint-Ange,  Dolmanc: Fous, mon astre, 
fous!... jamais, je crois, je n'eus tant de plaisir!

Le Chevalier: Dolmanc, changeons de main, passe 
lestement du cul de ma soeur dans celui d'Eugnie, pour 
lui faire connatre les plaisirs de l'entre-deux, et moi 
j'enculerai ma soeur, qui, pendant ce temps, rendra sur 
tes fesses les coups de verges dont tu viens 
d'ensanglanter celles d'Eugnie.

Dolmanc, excutant: J'accepte... Tiens, mon ami, se 
peut-il faire un changement plus leste que celui-l?

Eugnie: Quoi! Tous les deux sur moi, juste ciel!... Je ne 
sais plus auquel entendre; j'avais bien assez de ce 
butor!... Ah! que de foutre va me coter cette double 
jouissance!... Il coule dj. Sans cette sensuelle 
jaculation, je serais, je crois, dj morte... Eh quoi! ma 
bonne, tu m'imites?... Oh! comme elle jure, la coquine!... 
Dolmanc, dcharge... dcharge, mon amour... ce gros 
paysan m'inonde: il me l'lance au fond de mes 
entrailles... Ah! mes fouteurs, quoi! tous deux  la fois, 
sacredieu!... Mes amis, recevez mon foutre: il se joint au 
vtre... je suis anantie... (Les attitudes se rompent.) Eh 
bien! ma bonne, es-tu contente de ton colire?... Suis-je 
assez putain, maintenant?... Mais vous m'avez mise dans 
un tat... dans une agitation... Oh! oui, je jure que, dans 
l'ivresse o me voil, j'irais, s'il le fallait, me faire foutre 
au milieu des rues!...

Dolmanc: Comme elle est belle ainsi!

Eugnie: Je vous dteste, vous m'avez refuse!...

Dolmanc: Pouvais-je contrarier mes dogmes?

Eugnie: Allons, je vous pardonne, et je dois respecter 
des principes qui conduisent  des garements. Comment 
ne les adopterais-je pas, moi qui ne veux plus vivre que 
dans le crime? Asseyons-nous et jasons un instant; je 
n'en puis plus. Continuez mon instruction, Dolmanc, et 
dites-moi quelque chose qui me console des excs o me 
voil livre; teignez mes remords; encouragez-moi.

Mme de Saint-Ange: Cela est juste; il faut qu'un peu de 
thorie succde  la pratique; c'est le moyen d'en faire 
une colire parfaite.

Dolmanc: Eh bien! quel est l'objet, Eugnie, sur lequel 
vous voulez qu'on vous entretienne?

Eugnie: Je voudrais savoir si les moeurs ont vraiment 
ncessaires dans un gouvernement, si leur influence est 
de quelque poids sur le gnie d'une nation.

Dolmanc: Ah! parbleu! en partant ce matin, j'ai achet 
au palais de l'Egalit une brochure qui, s'il faut en croire 
le titre, doit ncessairement rpondre  votre question... 
A peine sort-elle de la presse.

Mme de Saint-Ange: Voyons. (Elle lit.) Franais, 
encore un effort si vous voulez tre rpublicains. Voil, 
sur ma parole, un singulier titre: il promet; chevalier, toi 
qui possdes un bel organe, lis-nous cela.

Dolmanc: Ou je me trompe, ou cela doit parfaitement 
rpondre  la question d'Eugnie.

Eugnie: Assurment!

Mme de Saint-Ange: Sors, Augustin: ceci n'est pas fait 
pour toi; mais ne t'loigne pas; nous sonnerons ds qu'il 
faudra que tu reparaisses.

Le Chevalier: Je commence.


Franais, encore un effort 
si vous voulez tre rpublicains




 





La religion


	Je viens offrir de grande ides: on les coutera, 
elles seront rflchies; si toutes ne plaisent pas, au moins 
en restera-t-il quelques-unes; j'aurais contribu en 
quelque chose au progrs des lumires, et j'en serai 
content. Je ne le cache point, c'est avec peine que je vois 
la lenteur avec laquelle nous tchons d'arriver au but; 
c'est avec inquitude que je sens que nous sommes  la 
veille de le manquer encore une fois. Croit-on que ce but 
sera atteint quand on nous aura donn des lois? Qu'on ne 
l'imagine pas. Que ferions nous de lois, sans religion? Il 
nous faut un culte et un culte fait pour le caractre d'un 
rpublicain, bien loign de jamais pouvoir reprendre 
celui de Rome. Dans un sicle o nous sommes aussi 
convaincus que la religion doit tre appuye sur la 
morale, et non pas la morale sur la religion, il faut une 
religion qui aille aux moeurs, qui en soit comme le 
dveloppement, comme la suite ncessaire, et qui puisse, 
en levant l'me, la tenir perptuellement  la hauteur de 
cette libert prcieuse dont elle fait aujourd'hui son 
unique idole. Or, je demande si l'on peut supposer que 
celle d'un esclave de Titus, que celle d'un vil histrion de 
Jude, puisse convenir  une nation libre et guerrire qui 
vient de se rgnrer? Non, mes compatriotes, non, vous 
ne le croyez pas. Si, malheureusement pour lui, le 
Franais s'ensevelissait encore dans les tnbres du 
christianisme, d'un ct l'orgueil, la tyrannie, le 
despotisme des prtres, vices toujours renaissant dans 
cette horde impure, de l'autre la bassesse, les petites 
vues, les platitudes des dogmes et des mystres de cette 
indigne et fabuleuse religion, en moussant la fiert de 
l'me rpublicaine, l'auraient bientt ramene sous le 
joug que son nergie vient de briser. 
	Ne perdons pas de vue que cette purile religion 
tait une des meilleures armes aux mains de nos tyrans: 
un de ses premiers dogmes tait de rendre  Csar ce qui 
appartient  Csar; mais nous avons dtrn Csar et 
nous ne voulons plus rien lui rendre. Franais, ce serait 
en vain que vous vous flatteriez que l'esprit d'un clerg 
asserment ne doit plus tre celui d'un clerg rfractaire; 
il est des vices d'tat dont on ne se corrige jamais. Avant 
dix ans, au moyen de la religion chrtienne, de sa 
superstition, de ses prjugs, vos prtres, malgr leur 
serment, malgr leur pauvret, reprendraient sur les mes 
l'empire qu'ils avaient envahi; ils vous renchaneraient  
des rois, parce que la puissance de ceux-ci taya toujours 
celle de l'autre, et votre difice rpublicain s'croulerait, 
faute de bases. 
	O vous qui avez la faux  la main, portez le dernier 
coup  l'arbre de la superstition; ne vous contentez pas 
d'laguer les branches; dracinez tout  fait une plante 
dont les effets sont si contagieux; soyez parfaitement 
convaincus que votre systme de libert et d'galit 
contrarie trop ouvertement les ministres des autels du 
Christ pour qu'il en soit jamais un seul, ou qui l'adopte de 
bonne foi ou qui ne cherche pas  l'branler, s'il parvient 
 reprendre quelque empire sur les consciences. Quel 
sera le prtre qui, comparant l'tat o l'on vient de le 
rduire avec celui dont il jouissait autrefois, ne fera pas 
tout ce qui dpendra de lui pour recouvrer et la 
conscience et l'autorit qu'on lui a fait perdre? Et que 
d'tres faibles et pusillanimes redeviendront bientt les 
esclaves de cet ambitieux tonsur! Pourquoi n'imagine-t-
on pas que les inconvnients qui ont exist peuvent 
encore renatre? Dans l'enfance de l'glise chrtienne, les 
prtres n'taient-ils pas ce qu'ils sont aujourd'hui? Vous 
voyez o ils taient parvenus: qui, pourtant, les avaient 
conduits l? N'taient-ce pas les moyens que leur 
fournissait la religion? Or, si vous ne la dfendez pas 
absolument, cette religion, ceux qui la prchent, ayant 
toujours les mmes moyens, arriveront bientt au mme 
but. 
	Anantissez donc  jamais tout ce qui peut dtruire 
un jour votre ouvrage. Songez que, le fruit de vos travaux 
n'tant rservs qu' vos neveux, il est de votre devoir, de 
votre probit, de ne leur laisser aucun de ces germes 
dangereux qui pourraient les replonger dans le chaos 
dont nous avons tant de peine  sortir. Dj nos prjugs 
se dissipent, dj le peuple abjure les absurdits 
catholiques; il a dj supprim les temples, il a culbut 
les idoles, il est convenu que le mariage n'est plus qu'un 
acte civil; les confessionnaux briss servent aux foyers 
publics; les prtendus fidles, dsertant le banquet 
apostolique, laissent les dieux de farine aux souris. 
Franais, ne vous arrtez point: l'Europe entire, une 
main dj sur le bandeau qui fascine ses yeux, attend de 
vous l'effort qui doit l'arracher de son front. Htez-vous: 
ne laissez pas  Rome la sainte, s'agitant en tous sens 
pour rprimer votre nergie, le temps de se conserver 
peut-tre encore quelques proslytes. Frappez sans 
mnagement sa tte altire et frmissante, et qu'avant 
deux mois l'arbre de la libert, ombrageant les dbris de 
la chaire de Saint Pierre, couvre du poids de ses rameaux 
victorieux toutes ces mprisables idoles du christianisme 
effrontment leves sur les cendres des Catons et des 
Brutus. 
	Franais, je vous le rpte, l'Europe attend de vous 
d'tre  la fois dlivre du sceptre et de l'encensoir. 
Songez qu'il vous est impossible de l'affranchir de la 
tyrannie royale sans lui faire briser en mme temps les 
freins de la superstition religieuse: les liens de l'une sont 
trop intimement unis  l'autre pour qu'en laissant 
subsister un des deux vous ne retombiez pas bientt sous 
l'empire de celui que vous aurez nglig de dissoudre. Ce 
n'est plus ni aux genoux d'un tre imaginaire ni  ceux 
d'un vil imposteur qu'un rpublicain doit flchir; ses 
uniques dieux doivent tre maintenant le courage et la 
libert. Rome disparut ds que le christianisme s'y 
prcha, et la France est perdue s'il s'y rvre encore. 
	Qu'on examine avec attention les dogmes absurdes, 
les mystres effrayants, les crmonies monstrueuses, la 
morale impossible de cette dgotante religion, et l'on 
verra si elle peut convenir  une rpublique. Croyez-vous 
de bonne foi que je me laisserais dominer par l'opinion 
d'un homme que je viendrais de voir aux pieds de 
l'imbcile prtre de Jsus? Non, non, certes! Cet homme, 
toujours vil, tiendra toujours, par la bassesse de ses vues, 
aux atrocits de l'ancien rgime; ds lors qu'il put se 
soumettre aux stupidits d'une religion aussi plate que 
celle que nous avions la folie d'admettre, il ne peut plus 
ni me dicter des lois ni me transmettre des lumires; je ne 
le vois plus que comme un esclave des prjugs et de la 
superstition. 
	Jetons les yeux, pour nous convaincre de cette 
vrit, sur le peu d'individus qui restent attachs au culte 
insens de nos pres; nous verrons si ce ne sont pas tous 
des ennemis irrconciliables du systme actuel, nous 
verrons si ce n'est pas dans leur nombre qu'est 
entirement comprise cette caste, si justement mprise, 
de royalistes et d'aristocrates. Que l'esclave d'un brigand 
couronn flchisse, s'il le veut, aux pieds d'une idole de 
pte, un tel objet est fait pour son me de boue; qui peut 
servir des rois doit adorer des dieux! Mais nous, 
Franais, mais nous, mes compatriotes, nous, ramper 
encore humblement sous des freins aussi mprisables? 
plutt mourir mille fois que de nous y asservir de 
nouveau! Puisque nous croyons un culte ncessaire, 
imitons celui des Romains: les actions, les passions, les 
hros, voil quels en taient les respectables objets. De 
telles idoles levaient l'me, elles l'lectrisaient; elles 
faisaient plus: elles lui communiquaient les vertus de 
l'tre respect. L'adorateur de Minerve voulait tre 
prudent. Le courage tait dans le coeur de celui qu'on 
voyait aux pieds de Mars. Pas un seul dieu de ces grands 
hommes n'tait priv d'nergie; tous faisaient passer le 
feu dont ils taient eux-mmes embrass dans l'me de 
celui qui les vnrait; et, comme on avait l'espoir d'tre 
ador soi-mme un jour, on aspirait , devenir au moins 
aussi grand que celui qu'on prenait pour modle. Mais 
que trouvons-nous au contraire dans les vains dieux du 
christianisme? Que vous offre, je le demande, cette 
imbcile religion [2]? Le plat imposteur de Nazareth 
vous fait-il natre quelques grandes ides? Sa sale et 
dgotante mre, l'impudique Marie, vous inspire t-elle 
quelques vertus? Et trouvez-vous dans les saints dont est 
garni son Elyse quelque modle de grandeur, ou 
d'hrosme, ou de vertus? Il est si vrai que cette stupide 
religion ne prte rien aux grandes ides, qu'aucun artiste 
ne peut en employer les attributs dans les monuments 
qu'il lve;  Rome mme, la plupart des 
embellissements ou des ornements du palais des papes 
ont leurs modles dans le paganisme, et tant que le 
monde subsistera, lui seul chauffera la verve des grands 
hommes. 
	Sera-ce dans le thisme pur que nous trouverons 
plus de motifs de grandeur et d'lvation? Sera-ce 
l'adoption d'une chimre qui, donnant  notre me ce 
degr d'nergie essentiel aux vertus rpublicaines, 
portera l'homme  les chrir ou  les pratiquer? Ne 
l'imaginons pas; on est revenu de ce fantme, et 
l'athisme est  prsent le seul systme de tous les gens 
qui savent raisonner. A mesure que l'on s'est clair, on a 
senti que, le mouvement tant inhrent  la matire, 
l'agent ncessaire  imprimer ce mouvement devenait un 
tre illusoire et que, tout ce qui existait devant tre en 
mouvement par essence, le moteur tait inutile; on a senti 
que ce dieu chimrique, prudemment invent par les 
premiers lgislateurs, n'tait entre leurs mains qu'un 
moyen de plus pour nous enchaner, et que, se rservant 
le droit de faire parler seul ce fantme, ils sauraient bien 
ne lui faire dire que ce qui viendrait  l'appui des lois 
ridicules par lesquelles ils prtendaient nous asservir. 
Lycurgue, Numa, Mose, Jsus-Christ, Mahomet, tous 
ces grands fripons, tous ces grands despotes de nos ides, 
surent associer les divinits qu'ils fabriquaient  leur 
ambition dmesure, et, certains de captiver les peuples 
avec la sanction de ces dieux, ils avaient, comme on sait, 
toujours soin ou de ne les interroger qu'-propos, ou de 
ne leur faire rpondre que ce qu'ils croyaient pouvoir les 
servir. 
	Tenons donc aujourd'hui dans le mme mpris et le 
dieu vain que des imposteurs ont prch, et toutes les 
subtilits religieuses qui dcoulent de sa ridicule 
adoption; ce n'est plus avec ce hochet qu'on peut amuser 
des hommes libres. Que l'extinction totale des cultes 
entre donc dans les principes que nous propageons dans 
l'Europe entire. Ne nous contentons pas de briser les 
sceptres; pulvrisons  jamais les idoles: il n'y eut jamais 
qu'un pas de la superstition au royalisme [3]. Il faut bien 
que cela soit, sans doute, puisqu'un des premiers articles 
du sacre des rois tait toujours le maintien de la religion 
dominante, comme une des bases politiques qui devaient 
le mieux soutenir leur trne. Mais ds qu'il est abattu, ce 
trne, ds qu'il l'est heureusement pour jamais, ne 
redoutons point d'extirper de mme ce qui en formait les 
appuis. 
	Oui, citoyens, la religion est incohrente au systme 
de la libert; vous l'avez senti. Jamais l'homme libre ne 
se courbera prs des dieux du christianisme; jamais ses 
dogmes, jamais ses rites, ses mystres ou sa morale ne 
conviendront  un rpublicain. Encore un effort; puisque 
vous travaillez  dtruire tous les prjugs, n'en laissez 
subsister aucun, s'il n'en faut qu'un seul pour les ramener 
tous. Combien devons-nous tre plus certains de leur 
retour si celui que vous laissez vivre est positivement le 
berceau de tous les autres! Cessons de croire que la 
religion puisse tre utile  l'homme. Ayons de bonnes 
lois, et nous saurons nous passer de religion. Mais il en 
faut une au peuple, assure-t-on; elle l'amuse, elle le 
contient. A la bonne heure! 
	Donnez-nous donc, en ce cas, celle qui convient  
des hommes libres. Rendez-nous les dieux du paganisme. 
Nous adorerons volontiers Jupiter, Hercule ou Pallas; 
mais nous ne voulons plus du fabuleux auteur d'un 
univers qui se meut lui-mme; nous ne voulons plus d'un 
dieu sans tendue et qui pourtant remplit tout de son 
immensit, d'un dieu tout-puissant et qui n'excute jamais 
ce qu'il dsire, d'un tre souverainement bon et qui ne 
fait que des mcontents, d'un tre ami de l'ordre et dans 
le gouvernement duquel tout est en dsordre. Non, nous 
ne voulons plus d'un dieu qui drange la nature, qui est le 
pre de la confusion, qui meut l'homme au moment o 
l'homme se livre  des horreurs; un tel dieu nous fait 
frmir d'indignation, et nous le relguons pour jamais 
dans l'oubli, d'o l'infme Robespierre a voulu le sortir 
[4]. 
	Franais,  cet indigne fantme, substituons les 
simulacres imposants qui rendaient Rome matresse de 
l'univers; traitons toutes les idoles chrtiennes comme 
nous avons trait celles de nos rois. Nous avons replac 
les emblmes de la libert sur les bases qui soutenaient 
autrefois des tyrans; rdifions de mme l'effigie des 
grands hommes sur les pidestaux de ces polissons 
adors par le christianisme [5]. Cessons de redouter, pour 
nos campagnes, l'effet de l'athisme; les paysans n'ont-ils 
pas senti la ncessit de l'anantissement du culte 
catholique, si contradictoire aux vrais principes de la 
libert? N'ont-ils pas vu sans effroi, comme sans douleur, 
culbuter leurs autels et leurs presbytres? Ah! croyez 
qu'ils renonceront de mme  leur ridicule dieu. Les 
statues de Mars, de Minerve et de la Libert seront mises 
aux endroits les plus remarquables de leurs habitations; 
une fte annuelle s'y clbrera tous les ans; la couronne 
civique y sera dcerne au citoyen qui aura le mieux 
mrit de la patrie. A l'entre d'un bois solitaire, Vnus, 
l'Hymen et l'Amour, rigs sous un temple agreste, 
recevront l'hommage des amants; l, ce sera par la main 
des Grces que la beaut couronnera la constance. Il ne 
s'agira pas seulement d'aimer pour tre digne de cette 
couronne, il faudra encore avoir mrit de l'tre: 
l'hrosme, les talents, l'humanit, la grandeur d'me, un 
civisme  l'preuve, voil les titres qu'aux pieds de sa 
matresse sera forc d'tablir l'amant, et ceux-l vaudront 
bien ceux de la naissance et de la richesse, qu'un sot 
orgueil exigeait autrefois. Quelques vertus au moins 
cloront de ce culte, tandis qu'il ne nat que des crimes de 
celui que nous avons eu la faiblesse de professer. Ce 
culte s'alliera avec la libert que nous servons; il 
l'animera, l'entretiendra, l'embrasera, au lieu que le 
thisme est par son essence et par sa nature le plus mortel 
ennemi de la libert que nous servons. En cota-t-il une 
goutte de sang quand les idoles paennes furent dtruites 
sous le Bas-Empire? La rvolution, prpare par la 
stupidit d'un peuple redevenu esclave, s'opra sans le 
moindre obstacle. Comment pouvons-nous redouter que 
l'ouvrage de la philosophie soit plus pnible que celui du 
despotisme? Ce sont les prtres seuls qui captivent 
encore aux pieds de leur dieu chimrique ce peuple que 
vous craignez tant d'clairer; loignez-les de lui et le 
voile tombera naturellement. Croyez que ce peuple, bien 
plus sage que vous ne l'imaginez, dgag des fers de la 
tyrannie, le sera bientt de ceux de la superstition. Vous 
le redoutez s'il n'a pas ce frein: quelle extravagance! Ah! 
croyez-le, citoyens, celui que le glaive matriel des lois 
n'arrte point ne le sera pas davantage par la crainte 
morale des supplices de l'enfer, dont il se moque depuis 
son enfance. Votre thisme, en un mot, a fait commettre 
beaucoup de forfaits, mais il n'en arrta jamais un seul. 
S'il est vrai que les passions aveuglent, que leur effet soit 
d'lever sur nos yeux un nuage qui nous dguise les 
dangers dont elles sont environnes, comment pouvons-
nous supposer que ceux qui sont loin de nous, comme le 
sont les punitions annonces par votre dieu, puissent 
parvenir  dissiper ce nuage que ne peut dissoudre le 
glaive mme des lois toujours suspendu sur les passions? 
S'il est donc prouv que ce supplment de freins impos 
par l'ide d'un dieu devienne inutile, s'il est dmontr 
qu'il est dangereux par ses autres effets, je demande  
quel usage il peut donc servir, et de quels motifs nous 
pourrions nous appuyer pour en prolonger l'existence. 
Me dira-t-on que nous ne sommes pas assez mrs pour 
consolider encore notre rvolution d'une manire aussi 
clatante? Ah! mes concitoyens, le chemin que nous 
avons fait depuis 89 tait bien autrement difficile que 
celui qui nous reste  faire, et nous avons bien moins  
travailler l'opinion, dans ce que je vous propose, que 
nous ne l'avons tourmente en tout sens depuis l'poque 
du renversement de la Bastille. Croyons qu'un peuple 
assez sage, assez courageux pour conduire un monarque 
impudent du fate des grandeurs aux pieds de l'chafaud; 
qui dans ce peu d'annes sut vaincre autant de prjugs, 
sut briser tant de freins ridicules, le sera suffisamment 
pour immoler au bien de la chose,  la prosprit de la 
rpublique, un fantme bien plus illusoire encore que ne 
pouvait l'tre celui d'un roi. 
	Franais, vous frapperez les premiers coups: votre 
ducation nationale fera le reste; mais travaillez 
promptement  cette besogne; qu'elle devienne un de vos 
soins les plus importants; qu'elle ait surtout pour base 
cette morale essentielle, si nglige dans l'ducation 
religieuse. Remplacez les sottises difiques, dont vous 
fatiguiez les jeunes organes de vos enfants, par 
d'excellents principes sociaux; qu'au lieu d'apprendre  
rciter de futiles prires qu'ils se feront gloire d'oublier 
ds qu'ils auront seize ans, ils soient instruits de leurs 
devoirs dans la socit; apprenez-leur  chrir des vertus 
dont vous leur parliez  peine autrefois et qui, sans vos 
fables religieuses, suffisent  leur bonheur individuel; 
faites-leur sentir que ce bonheur consiste  rendre les 
autres aussi fortuns que nous dsirons l'tre nous-
mmes. Si vous asseyez ces vrits sur des chimres 
chrtiennes, comme vous aviez la folie de le faire 
autrefois,  peine vos lves auront-ils reconnu la futilit 
des bases qu'ils feront crouler l'difice, et ils deviendront 
sclrats seulement parce qu'ils croiront que la religion 
qu'ils ont culbute leur dfendait de l'tre. En leur faisant 
sentir au contraire la ncessit de la vertu uniquement 
parce que leur propre bonheur en dpend, ils seront 
honntes gens par gosme, et cette loi qui rgit tous les 
hommes sera toujours la plus sre de toutes. Que l'on 
vite donc avec le plus grand soin de mler aucune fable 
religieuse dans cette ducation nationale. Ne perdons 
jamais de vue que ce sont des hommes libres que nous 
voulons former et non de vils adorateurs d'un dieu. Qu'un 
philosophe simple instruise ces nouveaux lves des 
sublimits incomprhensibles de la nature; qu'il leur 
prouve que la connaissance d'un dieu, souvent trs 
dangereuse aux hommes, ne servit jamais  leur bonheur, 
et qu'ils ne seront pas plus heureux en admettant, comme 
cause de ce qu'ils ne comprennent pas, quelque chose 
qu'ils comprendront encore moins; qu'il est bien moins 
essentiel d'entendre la nature que d'en jouir et d'en 
respecter les lois; que ces lois sont aussi sages que 
simples; qu'elles sont crites dans le coeur de tous les 
hommes, et qu'il ne faut qu'interroger ce coeur pour en 
dmler l'impulsion. S'ils veulent qu'absolument vous 
leur parliez d'un crateur, rpondez que les choses ayant 
toujours t ce qu'elles sont, n'ayant jamais eu de 
commencement et ne devant jamais avoir de fin, il 
devient aussi inutile qu'impossible  l'homme de pouvoir 
remonter  une origine imaginaire qui n'expliquerait rien 
et n'avancerait  rien. Dites-leur qu'il est impossible aux 
hommes d'avoir des ides vraies d'un tre qui n'agit sur 
aucun de nos sens. 
	Toutes nos ides sont des reprsentations des objets 
qui nous frappent; qu'est-ce qui peut nous reprsenter 
l'ide de Dieu, qui est videmment une ide sans objet? 
Une telle ide, leur ajouterez-vous, n'est-elle pas aussi 
impossible que des effets sans cause? Une ide sans 
prototype est-elle autre chose qu'une chimre? Quelques 
docteurs, poursuivrez-vous, assurent que l'ide de Dieu 
est inne, et que les hommes ont cette ide ds le ventre 
de leur mre. Mais cela est faux, leur ajouterez-vous; tout 
principe est un jugement, tout jugement est l'effet de 
l'exprience, et l'exprience ne s'acquiert que par 
l'exercice des sens; d'o suit que les principes religieux 
ne portent videmment sur rien et ne sont point inns. 
Comment, poursuivrez-vous, a-t-on pu persuader  des 
tres raisonnables que la chose la plus difficile  
comprendre tait la plus essentielle pour eux? C'est qu'on 
les a grandement effrays; c'est que, quand on a peur, on 
cesse de raisonner; c'est qu'on leur a surtout recommand 
de se dfier de leur raison et que, quand la cervelle est 
trouble, on croit tout et n'examine rien. L'ignorance et la 
peur, leur direz-vous encore, voil les deux bases de 
toutes les religions. L'incertitude o l'homme se trouve 
par rapport  son Dieu est prcisment le motif qui 
l'attache  sa religion. L'homme a peur dans les tnbres, 
tant au physique qu'au moral; la peur devient habituelle 
en lui et se change en besoin: il croirait qu'il lui manque 
quelque chose s'il n'avait plus rien  esprer ou  
craindre. Revenez ensuite  l'utilit de la morale: donnez-
leur sur ce grand objet beaucoup plus d'exemples que de 
leons, beaucoup plus de preuves que de livres et vous en 
ferez de bons citoyens; vous en ferez de bons guerriers, 
de bons pres, de bons poux; vous en ferez des hommes 
d'autant plus attachs  la libert de leur pays qu'aucune 
ide de servitude ne pourra plus se prsenter  leur esprit, 
qu'aucune terreur religieuse ne viendra troubler leur 
gnie. Alors le vritable patriotisme clatera dans toutes 
les mes; il y rgnera dans toute sa force et dans toute sa 
puret, parce qu'il y deviendra le seul sentiment 
dominant, et qu'aucune ide trangre n'en attidira 
l'nergie; alors, votre seconde gnration est sre, et 
votre ouvrage, consolid par elle, va devenir la loi de 
l'univers. Mais si, par crainte ou pusillanimit, ces 
conseils ne sont pas suivis, si l'on laisse subsister les 
bases de l'difice que l'on avait cru dtruire, qu'arrivera-t-
il? On rebtira sur ces bases, et l'on y placera les mmes 
colosses,  la cruelle diffrence qu'ils y seront cette fois 
ciments d'une telle force que ni votre gnration ni 
celles qui la suivront ne russiront  les culbuter. 
	Qu'on ne doute pas que les religions ne soient le 
berceau du despotisme; le premier de tous les despotes 
fut un prtre; le premier roi et le premier empereur de 
Rome, Numa et Auguste, s'associent l'un et l'autre au 
sacerdoce; Constantin et Clovis furent plutt des abbs 
que des souverains; Hliogabale fut prtre du Soleil. De 
tous les temps, dans tous les sicles, il y eut dans le 
despotisme et dans la religion une telle connexit qu'il 
reste plus que dmontr qu'en dtruisant l'un, l'on doit 
saper l'autre, par la grande raison que le premier servira 
toujours de loi au second. Je ne propose cependant ni 
massacres ni exportations; toutes ces horreurs sont trop 
loin de mon me pour oser seulement les concevoir une 
minute. Non, n'assassinez point, n'exportez point: ces 
atrocits sont celles des rois ou des sclrats qui les 
imitrent; ce n'est point en faisant comme eux que vous 
forcerez de prendre en horreur ceux qui les exeraient. 
N'employons la force que pour les idoles; il ne faut que 
des ridicules pour ceux qui les servent: les sarcasmes de 
Julien nuisirent plus  la religion chrtienne que tous les 
supplices de Nron. Oui, dtruisons  jamais toute ide 
de Dieu et faisons des soldats de ses prtres; quelques-
uns le sont dj; qu'ils s'en tiennent  ce mtier si noble 
pour un rpublicain, mais qu'ils ne nous parlent plus ni 
de leur tre chimrique ni de sa religion fabuleuse, 
unique objet de nos mpris. Condamnons  tre bafou, 
ridiculis, couvert de boue dans tous les carrefours des 
plus grandes villes de France, le premier de ces 
charlatans bnis qui viendra nous parler encore ou de 
Dieu ou de religion; une ternelle prison sera la peine de 
celui qui tombera deux fois dans les mmes fautes. Que 
les blasphmes les plus insultants, les ouvrages les plus 
athes soient ensuite autoriss pleinement, afin d'achever 
d'extirper dans le coeur et la mmoire des hommes ces 
effrayants jouets de notre enfance; que l'on mette au 
concours l'ouvrage le plus capable d'clairer enfin les 
Europens sur une matire aussi importante, et qu'un prix 
considrable, et dcern par la nation, soit la rcompense 
de celui qui, ayant tout dit, tout dmontr sur cette 
matire, ne laissera plus  ses compatriotes qu'une faux 
pour culbuter tous ces fantmes et qu'un coeur droit pour 
les har. Dans six mois, tout sera fini: votre infme Dieu 
sera dans le nant; et cela sans cesser d'tre juste, jaloux 
de l'estime des autres, sans cesser de redouter le glaive 
des lois et d'tre honnte homme, parce qu'on aura senti 
que le vritable ami de la patrie ne doit point, comme 
l'esclave des rois, tre men par des chimres; que ce 
n'est, en un mot, ni l'espoir frivole d'un monde meilleur 
ni la crainte de plus grands maux que ceux que nous 
envoya la nature, qui doivent conduire un rpublicain, 
dont le seul guide est la vertu, comme l'unique frein le 
remords.


Les moeurs


	Aprs avoir dmontr que le thisme ne convient 
nullement  un gouvernement rpublicain, il me parat 
ncessaire de prouver que les moeurs franaises ne lui 
conviennent pas davantage. Cet article est d'autant plus 
essentiel que ce sont les moeurs qui vont servir de motifs 
aux lois qu'on va promulguer. 
	Franais, vous tes trop clairs pour ne pas sentir 
qu'un nouveau gouvernement va ncessiter de nouvelles 
moeurs; il est impossible que le citoyen d'un Etat libre se 
conduise comme l'esclave d'un roi despote; ces 
diffrences de leurs intrts, de leurs devoirs, de leurs 
relations entre eux, dterminant essentiellement une 
manire tout autre de se comporter dans le monde; une 
foule de petites erreurs, de petits dlits sociaux, 
considrs comme trs essentiels sous le gouvernement 
des rois, qui devaient exiger d'autant plus qu'ils avaient 
plus besoin d'imposer des freins pour se rendre 
respectables ou inabordables  leurs sujets, vont devenir 
nuls ici; d'autres forfaits, connus sous les noms de 
rgicide ou de sacrilge, sous un gouvernement qui ne 
connat plus ni rois ni religion, doivent s'anantir de 
mme dans un Etat rpublicain. En accordant la libert 
de conscience et celle de la presse, songez, citoyens, qu' 
bien peu de chose prs, on doit accorder celle d'agir, et 
qu'except ce qui choque directement les bases du 
gouvernement, il vous reste on ne saurait moins de 
crimes  punir, parce que, dans le fait, il est fort peu 
d'actions criminelles dans une socit dont la libert et 
l'galit font les bases, et qu' bien peser et bien 
examiner les choses, il n'y a vraiment de criminel que ce 
que rprouve la loi; car la nature, nous dictant galement 
des vices et des vertus, en raison de notre organisation, 
ou plus philosophiquement encore, en raison du besoin 
qu'elle a de l'un ou de l'autre, ce qu'elle nous inspire 
deviendrait une mesure trs incertaine pour rgler avec 
prcision ce qui est bien ou ce qui est mal. Mais, pour 
mieux dvelopper mes ides sur un objet aussi essentiel, 
nous allons classer les diffrentes actions de la vie de 
l'homme que l'on tait convenu jusqu' prsent de 
nommer criminelles, et nous les toiserons ensuite aux 
vrais devoirs d'un rpublicain. 
	On a considr de tout temps les devoirs de 
l'homme sous les trois diffrents rapports suivants: 

1. 	Ceux que sa conscience et sa crdulit lui imposent 
envers l'Etre suprme; 

2. 	Ceux qu'il est oblig de remplir avec ses frres; 

3. 	Enfin ceux qui n'ont de relation qu'avec lui. 

	La certitude o nous devons tre qu'aucun dieu ne 
s'est ml de nous et que, cratures ncessites de la 
nature, comme les plantes et les animaux, nous sommes 
ici parce qu'il tait impossible que nous n'y fussions pas, 
cette certitude sans doute anantit, comme on le voit, tout 
d'un coup la premire partie de ces devoirs, je veux dire 
ceux dont nous nous croyons faussement responsables 
envers la divinit; avec eux disparaissent tous les dlits 
religieux, tous ceux connus sous les noms vagues et 
indfinis d'impit, de sacrilge, de blasphme, 
d'athisme, etc., tous ceux, en un mot, qu'Athnes punit 
avec tant d'injustice dans Alcibiade et la France dans 
l'infortun La Barre. S'il y a quelque chose d'extravagant 
dans le monde, c'est de voir des hommes, qui ne 
connaissent leur dieu et ce que peut exiger ce dieu que 
d'aprs leurs ides bornes, vouloir nanmoins dcider 
sur la nature de ce qui contente ou de ce qui fche ce 
ridicule fantme de leur imagination. Ce ne serait donc 
point  permettre indiffremment tous les cultes que je 
voudrais qu'on se bornt; je dsirerais qu'on ft libre de 
se rire ou de se moquer de tous; que des hommes, runis 
dans un temple quelconque pour invoquer l'Eternel  leur 
guise, fussent vus comme des comdiens sur un thtre, 
au jeu desquels il est permis  chacun d'aller rire. Si vous 
ne voyez pas les religions sous ce rapport, elles 
reprendront le srieux qui les rend importantes, elles 
protgeront bientt les opinions, et l'on ne se sera pas 
plus tt disput sur les religions que l'on se rebattra pour 
les religions [6]; l'galit dtruite par la prfrence ou la 
protection accorde  l'une d'elles disparatra bientt du 
gouvernement, et de la thocratie rdifie renatra 
bientt l'aristocratie. Je ne saurais donc trop le rpter: 
plus de dieux, Franais, plus de dieux, si vous ne voulez 
pas que leur funeste empire vous replonge bientt dans 
toutes les horreurs du despotisme; mais ce n'est qu'en 
vous en moquant que vous les dtruirez; tous les dangers 
qu'ils tranent  leur suite renatront aussitt en foule si 
vous y mettez de l'humeur ou de l'importance. Ne 
renversez point leurs idoles en colre: pulvrisez-les en 
jouant, et l'opinion tombera d'elle-mme. 
	En voil suffisamment, je l'espre, pour dmontrer 
qu'il ne doit tre promulgu aucune loi contre les dlits 
religieux, parce que qui offense une chimre n'offense 
rien, et qu'il serait de la dernire inconsquence de punir 
ceux qui outragent ou qui mprisent un culte dont rien ne 
vous dmontre avec vidence la priorit sur les autres; ce 
serait ncessairement adopter un parti et influencer ds 
lors la balance de l'galit, premire loi de votre nouveau 
gouvernement. 
	Passons aux seconds devoirs de l'homme, ceux qui 
le lient avec ses semblables; cette classe est la plus 
tendue sans doute. 
	La morale chrtienne, trop vague sur les rapports de 
l'homme avec ses semblables, pose des bases si pleines 
de sophismes qu'il nous est impossible de les admettre, 
parce que, lorsqu'on veut difier des principes, il faut 
bien se garder de leur donner des sophismes pour bases. 
Elle nous dit, cette absurde morale, d'aimer notre 
prochain comme nous-mme. Rien ne serait assurment 
plus sublime s'il tait possible que ce qui est faux pt 
jamais porter les caractres de la beaut. Il ne s'agit pas 
d'aimer ses semblables comme soi-mme, puisque cela 
est contre toutes les lois de la nature, et que son seul 
organe doit diriger toutes les actions de notre vie; il n'est 
question que d'aimer nos semblables comme des frres, 
comme des amis que la nature nous donne, et avec 
lesquels nous devons vivre d'autant mieux dans un Etat 
rpublicain que la disparition des distances doit 
ncessairement resserrer les liens. 
	Que l'humanit, la fraternit, la bienfaisance nous 
prescrivent d'aprs cela nos devoirs rciproques, et 
remplissons-les individuellement avec le simple degr 
d'nergie que nous a sur ce point donn la nature, sans 
blmer et surtout sans punir ceux qui, plus froids ou plus 
atrabilaires, n'prouvent pas dans ces liens, nanmoins si 
touchants, toutes les douceurs que d'autres y rencontrent; 
car, on en conviendra, ce serait ici une absurdit palpable 
que de vouloir prescrire des lois universelles; ce procd 
serait aussi ridicule que celui d'un gnral d'arme qui 
voudrait que tous ses soldats fussent vtus d'un habit fait 
sur la mme mesure; c'est une injustice effrayante que 
d'exiger que des hommes de caractres ingaux se plient 
 des lois gales: ce qui va  l'un ne va point  l'autre. 
	Je conviens que l'on ne peut pas faire autant de lois 
qu'il y a d'hommes; mais les lois peuvent tre si douces, 
en si petit nombre, que tous les hommes, de quelque 
caractre qu'ils soient, puissent facilement s'y plier. 
Encore exigerais-je que ce petit nombre de lois ft 
d'espce  pouvoir s'adapter facilement  tous les 
diffrents caractres; l'esprit de celui qui les dirigerait 
serait de frapper plus ou moins, en raison de l'individu 
qu'il faudrait atteindre. Il est dmontr qu'il y a telle vertu 
dont la pratique est impossible  certains hommes, 
comme il y a tel remde qui ne saurait convenir  tel 
temprament. Or, quel sera le comble de votre injustice 
si vous frappez de la loi celui auquel il est impossible de 
se plier  la loi! L'iniquit que vous commettriez en cela 
ne serait-elle pas gale  celle dont vous vous rendriez 
coupable si vous vouliez forcer un aveugle  discerner 
les couleurs? De ces premiers principes il dcoule, on le 
sent, la ncessit de faire des lois douces, et surtout 
d'anantir pour jamais l'atrocit de la peine de mort, 
parce que la loi qui attente  la vie d'un homme est 
impraticable, injuste, inadmissible. Ce n'est pas, ainsi que 
je le dirai tout  l'heure, qu'il n'y ait une infinit de cas 
o, sans outrager la nature (et c'est ce que je 
dmontrerai), les hommes n'aient reu de cette mre 
commune l'entire libert d'attenter  la vie les uns des 
autres, mais c'est qu'il est impossible que la loi puisse 
obtenir le mme privilge, parce que la loi, froide par 
elle-mme, ne saurait tre accessible aux passions qui 
peuvent lgitimer dans l'homme la cruelle action du 
meurtre; l'homme reoit de la nature les impressions qui 
peuvent lui faire pardonner cette action, et la loi, au 
contraire, toujours en opposition  la nature et ne 
recevant rien d'elle, ne peut tre autorise  se permettre 
les mmes carts: n'ayant pas les mmes motifs, il est 
impossible qu'elle ait les mmes droits. Voil de ces 
distinctions savantes et dlicates qui chappent  
beaucoup de gens, parce que fort peu de gens 
rflchissent; mais elles seront accueillies des gens 
instruits  qui je les adresse, et elles influeront, je 
l'espre, sur le nouveau Code que l'on nous prpare. 
	La seconde raison pour laquelle on doit anantir la 
peine de mort, c'est qu'elle n'a jamais rprim le crime, 
puisqu'on le commet chaque jour aux pieds de 
l'chafaud. On doit supprimer cette peine, en un mot, 
parce qu'il n'y a point de plus mauvais calcul que celui de 
faire mourir un homme pour en avoir tu un autre, 
puisqu'il rsulte videmment de ce procd qu'au lieu 
d'un homme de moins, en voil tout d'un coup deux, et 
qu'il n'y a que des bourreaux ou des imbciles auxquels 
une telle arithmtique puisse tre familire. 
	Quoi qu'il en soit enfin, les forfaits que nous 
pouvons commettre envers nos frres se rduisent  
quatre principaux: la calomnie, le vol, les dlits qui, 
causs par l'impuret, peuvent atteindre dsagrablement 
les autres, et le meurtre. Toutes ces actions, considres 
comme capitales dans un gouvernement monarchique, 
sont-elles aussi graves dans un Etat rpublicain? C'est ce 
que nous allons analyser avec le flambeau de la 
philosophie, car c'est  sa seule lumire qu'un tel examen 
doit s'entreprendre. Qu'on ne me taxe point d'tre un 
novateur dangereux; qu'on ne dise pas qu'il y a du risque 
 mousser, comme le feront peut-tre ces crits, le 
remords dans l'me des malfaiteurs; qu'il y a le plus 
grand mal  augmenter par la douceur de ma morale le 
penchant que ces mmes malfaiteurs ont aux crimes: 
j'atteste ici formellement n'avoir aucune de ces vues 
perverses; j'expose les ides qui depuis l'ge de raison se 
sont identifies avec moi et au jet desquelles l'infme 
despotisme des tyrans s'tait oppos tant de sicles. Tant 
pis pour ceux que ces grandes ides corrompraient, tant 
pis pour ceux qui ne savent saisir que le mal dans des 
opinions philosophiques, susceptibles de se corrompre  
tout! Qui sait s'ils ne se gangrneraient peut-tre pas aux 
lectures de Snque et de Charron? Ce n'est point  eux 
que je parle: je ne m'adresse qu' des gens capables de 
m'entendre, et ceux-l me liront sans danger. 
	J'avoue avec la plus extrme franchise que je n'ai 
jamais cru que la calomnie ft un mal, et surtout dans un 
gouvernement comme le ntre, o tous les hommes, plus 
lis, plus rapprochs, ont videmment un plus grand 
intrt  se bien connatre. De deux choses l'une: ou la 
calomnie porte sur un homme vritablement pervers, ou 
elle tombe sur un tre vertueux. On conviendra que dans 
le premier cas il devient  peu prs indiffrent que l'on 
dise un peu plus de mal d'un homme connu pour en faire 
beaucoup; peut-tre mme alors le mal qui n'existe pas 
clairera-t-il sur celui qui est, et voil le malfaiteur mieux 
connu. 
	S'il rgne, je suppose, une influence malsaine  
Hanovre, mais que je ne doive courir d'autres risques, en 
m'exposant  cette inclmence de l'air, que de gagner un 
accs de fivre, pourrai-je savoir mauvais gr  l'homme 
qui, pour m'empcher d'y aller, m'aurait dit qu'on y 
mourait ds en arrivant? Non, sans doute; car, en 
m'effrayant par un grand mal, il m'a empch d'en 
prouver un petit. La calomnie porte-t-elle au contraire 
sur un homme vertueux? qu'il ne s'en alarme pas: qu'il se 
montre, et tout le venin du calomniateur retombera 
bientt sur lui-mme. La calomnie, pour de telles gens, 
n'est qu'un scrutin puratoire dont leur vertu ne sortira 
que plus brillante. Il y a mme ici du profit pour la masse 
des vertus de la rpublique; car cet homme vertueux et 
sensible, piqu de l'injustice qu'il vient d'prouver, 
s'appliquera  mieux faire encore; il voudra surmonter 
cette calomnie dont il se croyait  l'abri, et ses belles 
actions n'acquerront qu'un degr d'nergie de plus. Ainsi, 
dans le premier cas, le calomniateur aura produit d'assez 
bons effets, en grossissant les vices de l'homme 
dangereux; dans le second, il en aura produit 
d'excellents, en contraignant la vertu  s'offrir  nous tout 
entire. Or, je demande maintenant sous quel rapport le 
calomniateur pourra vous paratre  craindre, dans un 
gouvernement surtout o il est si essentiel de connatre 
les mchants et d'augmenter l'nergie des bons? Que l'on 
se garde donc bien de prononcer aucune peine contre la 
calomnie; considrons-la sous le double rapport d'un 
fanal et d'un stimulant, et dans tous les cas comme 
quelque chose de trs utile. Le lgislateur, dont toutes les 
ides doivent tre grandes comme l'ouvrage auquel il 
s'applique, ne doit jamais tudier l'effet du dlit qui ne 
frappe qu'individuellement; c'est son effet en masse qu'il 
doit examiner; et quand il observera de cette manire les 
effets qui rsultent de la calomnie, je le dfie d'y trouver 
rien de punissable; je dfie qu'il puisse placer quelque 
ombre de justice  la loi qui la punirait; il devient au 
contraire l'homme le plus juste et le plus intgre, s'il la 
favorise ou la rcompense. 
	Le vol est le second des dlits moraux dont nous 
nous sommes propos l'examen.
	Si nous parcourons l'antiquit, nous verrons le vol 
permis, rcompens dans toutes les rpubliques de la 
Grce; Sparte ou Lacdmone le favorisait ouvertement; 
quelques autres peuples l'ont regard comme une vertu 
guerrire; il est certain qu'il entretient le courage, la 
force, l'adresse, toutes les vertus, en un mot, utiles  un 
gouvernement rpublicain, et par consquent au ntre. 
J'oserai demander, sans partialit maintenant, si le vol, 
dont l'effet est d'galiser les richesses, est un grand mal 
dans un gouvernement dont le but est l'galit. Non, sans 
doute; car, s'il entretient l'galit d'un ct, de l'autre il 
rend plus exact  conserver son bien. Il y avait un peuple 
qui punissait non pas le voleur, mais celui qui s'tait 
laiss voler, afin de lui apprendre  soigner ses 
proprits. Ceci nous amne  des rflexions plus 
tendues. 
	A Dieu ne plaise que je veuille attaquer ou dtruire 
ici le serment du respect des proprits, que vient de 
prononcer la nation; mais me permettra-t-on quelques 
ides sur l'injustice de ce serment? Quel est l'esprit d'un 
serment prononc par tous les individus d'une nation? 
N'est-il pas de maintenir une parfaite galit parmi les 
citoyens, de les soumettre tous galement  la loi 
protectrice des proprits de tous? Or, je vous demande 
maintenant si elle est bien juste, la loi qui ordonne  celui 
qui n'a rien de respecter celui qui a tout. Quels sont les 
lments du pacte social? Ne consiste-t-il pas  cder un 
peu de sa libert et de ses proprits pour assurer et 
maintenir ce que l'on conserve de l'un et de l'autre? 
	Toutes les lois sont assises sur ces bases; elles sont 
les motifs des punitions infliges  celui qui abuse de sa 
libert. Elles autorisent de mme les impositions; ce qui 
fait qu'un citoyen ne se rcrie pas lorsqu'on les exige de 
lui, c'est qu'il sait qu'au moyen de ce qu'il donne, on lui 
conserve ce qui lui reste; mais, encore une fois, de quel 
droit celui qui n'a rien s'enchanera-t-il sous un pacte qui 
ne protge que celui qui a tout? Si vous faites un acte 
d'quit en conservant, par votre serment, les proprits 
du riche, ne faites-vous pas une injustice en exigeant ce 
serment du "conservateur " qui n'a rien? Quel intrt 
celui-ci a-t-il  votre serment? Et pourquoi voulez-vous 
qu'il promette une chose uniquement favorable  celui 
qui diffre autant de lui par ses richesses? Il n'est 
assurment rien de plus injuste: un serment doit avoir un 
effet gal sur tous les individus qui le prononcent; il est 
impossible qu'il puisse enchaner celui qui n'a aucun 
intrt  son maintien, parce qu'il ne serait plus alors le 
pacte d'un peuple libre: il serait l'arme du fort sur le 
faible, contre lequel celui-ci devrait se rvolter sans 
cesse; or c'est ce qui arrive dans le serment du respect 
des proprits que vient d'exiger la nation; le riche seul y 
enchane le pauvre, le riche seul a intrt au serment que 
prononce le pauvre avec tant d'inconsidration qu'il ne 
voit pas qu'au moyen de ce serment, extorqu  sa bonne 
foi, il s'engage  faire une chose qu'on ne peut pas faire 
vis--vis de lui. 
	Convaincus, ainsi que vous devez l'tre, de cette 
barbare ingalit, n'aggravez donc pas votre injustice en 
punissant celui qui n'a rien d'avoir os drober quelque 
chose  celui qui a tout: votre inquitable serment lui en 
donne plus de droit que jamais. En le contraignant au 
parjure par ce serment absurde pour lui, vous lgitimez 
tous les crimes o le portera ce parjure; il ne vous 
appartient donc plus de punir ce dont vous avez t la 
cause. Je n'en dirai pas davantage pour faire sentir la 
cruaut horrible qu'il y a  punir les voleurs. Imitez la loi 
sage du peuple dont je viens de parler; punissez l'homme 
assez ngligent pour se laisser voler, mais ne prononcez 
aucune espce de peine contre celui qui vole; songez que 
votre serment l'autorise  cette action et qu'il n'a fait, en 
s'y livrant, que suivre le premier et le plus sage des 
mouvements de la nature, celui de conserver sa propre 
existence, n'importe aux dpens de qui. 
	Les dlits que nous devons examiner dans cette 
seconde classe des devoirs de l'homme envers ses 
semblables consistent dans les actions que peut faire 
entreprendre le libertinage, parmi lesquelles se 
distinguent particulirement, comme plus attentatoires  
ce que chacun doit aux autres, la prostitution, l'adultre, 
l'inceste, le viol et la sodomie. Nous ne devons 
certainement pas douter un moment que tout ce qui 
s'appelle crimes moraux, c'est--dire toutes les actions de 
l'espce de celles que nous venons de citer, ne soit 
parfaitement indiffrent dans un gouvernement dont le 
seul devoir consiste  conserver, par tel moyen que ce 
puisse tre, la forme essentielle  son maintien: voil 
l'unique morale d'un gouvernement rpublicain. Or, 
puisqu'il est toujours contrari par les despotes qui 
l'environnent, on ne saurait imaginer raisonnablement 
que ses moyens conservateurs puissent tre des moyens 
moraux; car il ne se conservera que par la guerre, et rien 
n'est moins moral que la guerre. Maintenant, je demande 
comment on parviendra  dmontrer que dans un Etat 
immoral par ses obligations, il soit essentiel que les 
individus soient moraux. Je dis plus: il est bon qu'ils ne le 
soient pas. Les lgislateurs de la Grce avaient 
parfaitement senti l'importante ncessit de gangrener les 
membres pour que, leur dissolution morale influant sur 
celle utile  la machine, il en rsultt l'insurrection 
toujours indispensable dans un gouvernement qui, 
parfaitement heureux comme le gouvernement 
rpublicain, doit ncessairement exciter la haine et la 
jalousie de tout ce qui l'entoure. L'insurrection, pensaient 
ces sages lgislateurs, n'est point un tat moral; elle doit 
tre pourtant l'tat permanent d'une rpublique; il serait 
donc aussi absurde que dangereux d'exiger que ceux qui 
doivent maintenir le perptuel branlement immoral de la 
machine fussent eux-mmes des tres trs moraux, parce 
que l'tat moral d'un homme est un tat de paix et de 
tranquillit, au lieu que son tat immoral est un tat de 
mouvement perptuel qui le rapproche de l'insurrection 
ncessaire, dans laquelle il faut que le rpublicain tienne 
toujours le gouvernement dont il est membre. 
	Dtaillons maintenant et commenons par analyser 
la pudeur, ce mouvement pusillanime, contradictoire aux 
affections impures. S'il tait dans les intentions de la 
nature que l'homme ft pudique, assurment elle ne 
l'aurait pas fait natre nu; une infinit de peuples, moins 
dgrads que nous par la civilisation, vont nus et n'en 
prouvent aucune honte; il ne faut pas douter que l'usage 
de se vtir n'ait eu pour unique base et l'inclmence de 
l'air et la coquetterie des femmes; elles sentirent qu'elles 
perdraient bientt tous les effets du dsir si elles les 
prvenaient, au lieu de les laisser natre; elles conurent 
que, la nature d'ailleurs ne les ayant pas cres sans 
dfauts, elles s'assureraient bien mieux tous les moyens 
de plaire en dguisant ces dfauts par des parures; ainsi 
la pudeur, loin d'tre une vertu, ne fut donc plus qu'un 
des premiers effets de la corruption, qu'un des premiers 
moyens de la coquetterie des femmes. Lycurgue et Solon, 
bien pntrs que les rsultats de l'impudeur tiennent le 
citoyen dans l'tat immoral essentiel aux lois du 
gouvernement rpublicain, obligrent les jeunes filles  
se montrer nues au thtre [7]. Rome imita bientt cet 
exemple: on dansait nu aux jeux de Flore; la plus grande 
partie des mystres paens se clbraient ainsi; la nudit 
passa mme pour vertu chez quelques peuples. Quoi qu'il 
en soit, de l'impudeur naissent des penchants luxurieux; 
ce qui rsulte de ces penchants compose les prtendus 
crimes que nous analysons et dont la prostitution est le 
premier effet. Maintenant que nous sommes revenus sur 
tout cela de la foule d'erreurs religieuses qui nous 
captivaient et que, plus rapprochs de la nature par la 
quantit de prjugs que nous venons d'anantir, nous 
n'coutons que sa voix, bien assurs que, s'il y avait du 
crime  quelque chose, ce serait plutt  rsister aux 
penchants qu'elle nous inspire qu' les combattre, 
persuads que, la luxure tant une suite de ces penchants, 
il s'agit bien moins d'teindre cette passion dans nous que 
de rgler les moyens d'y satisfaire en paix. Nous devons 
donc nous attacher  mettre de l'ordre dans cette partie,  
y tablir toute la sret ncessaire  ce que le citoyen, 
que le besoin rapproche des objets de luxure, puisse se 
livrer avec ces objets  tout ce que ses passions lui 
prescrivent, sans jamais tre enchan par rien, parce 
qu'il n'est aucune passion dans l'homme qui ait plus 
besoin de toute l'extension de la libert que celle-l. 
Diffrents emplacements sains, vastes, proprement 
meubls et srs dans tous les points, seront rigs dans 
les villes; l, tous les sexes, tous les ges, toutes les 
cratures seront offerts aux caprices des libertins qui 
viendront jouir, et la plus entire subordination sera la 
rgle des individus prsents; le plus lger refus sera 
puni aussitt arbitrairement par celui qui l'aura prouv. 
Je dois encore expliquer ceci, le mesurer aux moeurs 
rpublicaines; j'ai promis partout la mme logique, je 
tiendrai parole. 
	Si, comme je viens de le dire tout  l'heure, aucune 
passion n'a plus besoin de toute l'extension de la libert 
que celle-l, aucune sans doute n'est aussi despotique; 
c'est l que l'homme aime  commander,  tre obi,  
s'entourer d'esclaves contraints  le satisfaire; or, toutes 
les fois que vous ne donnerez pas  l'homme le moyen 
secret d'exhaler la dose de despotisme que la nature mit 
au fond de son coeur, il se rejettera pour l'exercer sur les 
objets qui l'entoureront, il troublera le gouvernement. 
Permettez, si vous voulez viter ce danger, un libre essor 
 ces dsirs tyranniques qui, malgr lui, le tourmentent 
sans cesse; content d'avoir pu exercer sa petite 
souverainet au milieu du harem d'icoglans ou de 
sultanes que vos soins et son argent lui soumettent, il 
sortira satisfait et sans aucun dsir de troubler un 
gouvernement qui lui assure aussi complaisamment tous 
les moyens de sa concupiscence. Exercez, au contraire, 
des procds diffrents, imposez sur ces objets de la 
luxure publique les ridicules entraves jadis inventes par 
la tyrannie ministrielle et par la lubricit de nos 
Sardanapales [8]: l'homme, bientt aigri contre votre 
gouvernement, bientt jaloux du despotisme qu'il vous 
voit exercer tout seul, secouera le joug que vous lui 
imposez et, las de votre manire de le rgir, en changera 
comme il vient de le faire. 
	Voyez comme les lgislateurs grecs, bien pntrs 
de ces ides, traitaient la dbauche  Lacdmone,  
Athnes; ils en enivraient le citoyen, bien loin de la lui 
interdire; aucun genre de lubricit ne lui tait dfendu, et 
Socrate, dclar par l'oracle le plus sage des philosophes 
de la terre, passant indiffremment des bras d'Aspasie 
dans ceux d'Alcibiade, n'en tait pas moins la gloire de la 
Grce. Je vais aller plus loin, et quelque contraires que 
soient mes ides  nos coutumes actuelles, comme mon 
objet est de prouver que nous devons nous presser de 
changer ces coutumes si nous voulons conserver le 
gouvernement adopt, je vais essayer de vous convaincre 
que la prostitution des femmes connues sous le nom 
d'honntes n'est pas plus dangereuse que celle des 
hommes, et que non seulement nous devons les associer 
aux luxures exerces dans les maisons que j'tablis, mais 
que nous devons mme en riger pour elles, o leurs 
caprices et les besoins de leur temprament, bien 
autrement ardent que le ntre, puissent de mme se 
satisfaire avec tous les sexes. 
	De quel droit prtendez-vous d'abord que les 
femmes doivent tre exceptes de l'aveugle soumission 
que la nature leur prescrit aux caprices des hommes? et 
ensuite par quel autre droit prtendez-vous les asservir  
une continence impossible  leur physique et absolument 
inutile  leur honneur? 
	Je vais traiter sparment l'une et l'autre de ces 
questions. 
	Il est certain que, dans l'tat de nature, les femmes 
naissent vulgivagues, c'est--dire jouissant des avantages 
des autres animaux femelles et appartenant, comme elles 
et sans aucune exception,  tous les mles; telles furent, 
sans aucun doute, et les premires lois de la nature et les 
seules institutions de premiers rassemblements que les 
hommes firent. L'intrt, l'gosme et l'amour 
dgradrent ces premires vues si simples et si 
naturelles; on crut s'enrichir en prenant une femme, et 
avec elle le bien de sa famille; voil les deux premiers 
sentiments que je viens d'indiquer satisfaits; plus souvent 
encore on enleva cette femme, et on s'y attacha; voil le 
second motif en action et, dans tous les cas, de l'injustice. 
	Jamais un acte de possession ne peut tre exerc 
sur un tre libre; il est aussi injuste de possder 
exclusivement une femme qu'il l'est de possder des 
esclaves; tous les hommes sont ns libres tous sont gaux 
en droit: ne perdons jamais de vue ces principes; il ne 
peut donc tre jamais donn, d'aprs cela, de droit 
lgitime  un sexe de s'emparer exclusivement de l'autre, 
et jamais l'un de ces sexes ou l'une de ces classes ne peut 
possder l'autre arbitrairement. Une femme mme, dans 
la puret des lois de la nature, ne peut allguer, pour 
motif du refus qu'elle fait  celui qui la dsire, l'amour 
qu'elle a pour un autre, parce que ce motif en devient un 
d'exclusion, et qu'aucun homme ne peut tre exclu de la 
possession d'une femme, du moment qu'il est clair qu'elle 
appartient dcidment  tous les hommes. L'acte de 
possession ne peut tre exerc que sur un immeuble ou 
sur un animal; jamais il ne peut l'tre sur un individu qui 
nous ressemble, et tous les liens qui peuvent enchaner 
une femme  un homme, de telle espce que vous 
puissiez les supposer, sont aussi injustes que 
chimriques. 
	S'il devient donc incontestable que nous avons reu 
de la nature le droit d'exprimer nos voeux 
indiffremment  toutes les femmes, il le devient de 
mme que nous avons celui de l'obliger de se soumettre  
nos voeux, non pas exclusivement, je me contrarierais, 
mais momentanment [9]. Il est incontestable que nous 
avons le droit d'tablir des lois qui la contraignent de 
cder aux feux de celui qui la dsire; la violence mme 
tant un des effets de ce droit, nous pouvons l'employer 
lgalement. Eh! la nature n'a-t-elle pas prouv que nous 
avions ce droit, en nous dpartissant la force ncessaire  
les soumettre  nos dsirs? 
	En vain les femmes doivent-elles faire parler, pour 
leur dfense, ou la pudeur ou leur attachement  d'autres 
hommes; ces moyens chimriques sont nuls; nous avons 
vu plus haut combien la pudeur tait un sentiment factice 
et mprisable. L'amour, qu'on peut appeler la folie de 
l'me, n'a pas plus de titres pour lgitimer leur constance; 
ne satisfaisant que deux individus, l'tre aim et l'tre 
aimant, il ne peut servir au bonheur des autres, et c'est 
pour le bonheur de tous, et non pour un bonheur goste 
et privilgi, que nous ont t donnes les femmes. Tous 
les hommes ont donc un droit de jouissance gal sur 
toutes les femmes; il n'est donc aucun homme qui, 
d'aprs les lois de la nature, puisse s'riger sur une 
femme un droit unique et personnel. La loi qui les 
obligera de se prostituer, tant que nous le voudrons, aux 
maisons de dbauche dont il vient d'tre question, et qui 
les y contraindra si elles s'y refusent, qui les punira si 
elles y manquent, est donc une loi des plus quitables, et 
contre laquelle aucun motif lgitime ou juste ne saurait 
rclamer. 
	Un homme qui voudra jouir d'une femme ou d'une 
fille quelconque pourra donc, si les lois que vous 
promulguez sont justes, la faire sommer de se trouver 
dans l'une des maisons dont j'ai parl; et l, sous la 
sauvegarde des matrones de ce temple de Vnus, elle lui 
sera livre pour satisfaire, avec autant d'humilit que de 
soumission, tous les caprices qu'il lui plaira de se passer 
avec elle, de quelque bizarrerie ou de quelque 
irrgularit qu'ils puissent tre, parce qu'il n'en est aucun 
qui ne soit dans la nature, aucun qui ne soit avou par 
elle. Il ne s'agirait plus ici que de fixer l'ge; or je 
prtends qu'on ne le peut sans gner la libert de celui 
qui dsire la jouissance d'une fille de tel ou tel ge. Celui 
qui a le droit de manger le fruit d'un arbre peut 
assurment le cueillir mr ou vert suivant les inspirations 
de son got. Mais, objectera-t-on, il est un ge o les 
procds de l'homme nuiront dcidment  la sant de la 
fille. Cette considration est sans aucune valeur; ds que 
vous m'accordez le droit de proprit sur la jouissance, 
ce droit est indpendant des effets produits par la 
jouissance; de ce moment il devient gal que cette 
jouissance soit avantageuse ou nuisible  l'objet qui doit 
s'y soumettre. N'ai-je pas dj prouv qu'il tait lgal de 
contraindre la volont d'une femme sur cet objet, et 
qu'aussitt qu'elle inspirait le dsir de la jouissance, elle 
devait se soumettre  cette jouissance, abstraction faite 
de tout sentiment goste? Il en est de mme de sa sant. 
Ds que les gards qu'on aurait pour cette considration 
dtruiraient ou affaibliraient la jouissance de celui qui la 
dsire, et qui a le droit de se l'approprier, cette 
considration d'ge devient nulle, parce qu'il ne s'agit 
nullement ici de ce que peut prouver l'objet condamn 
par la nature et par la loi  l'assouvissement momentan 
des dsirs de l'autre; il n'est question, dans cet examen, 
que de ce qui convient  celui qui dsire. Nous 
rtablirons la balance. 
	Oui, nous la rtablirons, nous le devons sans doute; 
ces femmes que nous venons d'asservir si cruellement, 
nous devons incontestablement les ddommager, et c'est 
ce qui va former la rponse  la seconde question que je 
me suis propose. 
	Si nous admettons, comme nous venons de le faire, 
que toutes les femmes doivent tre soumises  nos dsirs, 
assurment nous pouvons leur permettre de mme de 
satisfaire amplement tous les leurs; nos lois doivent 
favoriser sur cet objet leur temprament de feu, et il est 
absurde d'avoir plac et leur honneur et leur vertu dans la 
force antinaturelle qu'elles mettent  rsister aux 
penchants qu'elles ont reus avec bien plus de profusion 
que nous; cette injustice de nos moeurs est d'autant plus 
criante que nous consentons  la fois  les rendre faibles 
 force de sduction et  les punir ensuite de ce qu'elles 
cdent  tous les efforts que nous avons faits pour les 
provoquer  la chute. Toute l'absurdit de nos moeurs est 
grave, ce me semble, dans cette inquitable atrocit, et 
ce seul expos devrait nous faire sentir l'extrme besoin 
que nous avons de les changer pour de plus pures. Je dis 
donc que les femmes, ayant reu des penchants bien plus 
violents que nous aux plaisirs de la luxure, pourront s'y 
livrer tant qu'elles le voudront, absolument dgages de 
tous les liens de l'hymen, de tous les faux prjugs de la 
pudeur, absolument rendues  l'tat de nature; je veux 
que les lois leur permettent de se livrer  autant 
d'hommes que bon leur semblera; je veux que la 
jouissance de tous les sexes et de toutes les parties de 
leur corps leur soit permise comme aux hommes; et, sous 
la clause spciale de se livrer de mme  tous ceux qui le 
dsireront, il faut qu'elles aient la libert de jouir 
galement de tous ceux qu'elles croiront dignes de les 
satisfaire. 
	Quels sont, je le demande, les dangers de cette 
licence? Des enfants qui n'auront point de pres? Eh! 
qu'importe dans une rpublique o tous les individus ne 
doivent avoir d'autre mre que la patrie, o tous ceux qui 
naissent sont tous enfants de la patrie? Ah! combien 
l'aimeront mieux ceux qui, n'ayant jamais connu qu'elle, 
sauront ds en naissant que ce n'est que d'elle qu'ils 
doivent tout attendre! N'imaginez pas de faire de bons 
rpublicains tant que vous isolerez dans leurs familles les 
enfants qui ne doivent appartenir qu' la rpublique. En 
donnant l seulement  quelques individus la dose 
d'affection qu'ils doivent rpartir sur tous leurs frres, ils 
adoptent invitablement les prjugs souvent dangereux 
de ces individus; leurs opinions, leurs ides s'isolent, se 
particularisent et toutes les vertus d'un homme d'Etat leur 
deviennent absolument impossibles. Abandonnant enfin 
leur coeur tout entier  ceux qui les ont fait natre, ils ne 
trouvent plus dans ce coeur aucune affection pour celle 
qui doit les faire vivre, les faire connatre et les illustrer, 
comme si ces seconds bienfaits n'taient pas plus 
importants que les premiers! S'il y a le plus grand 
inconvnient  laisser des enfants sucer ainsi dans leurs 
familles des intrts souvent bien diffrents de ceux de la 
patrie, il y a donc le plus grand avantage  les en sparer; 
ne le sont-ils pas naturellement par les moyens que je 
propose, puisqu'en dtruisant absolument tous les liens 
de l'hymen, il ne nat plus d'autres fruits des plaisirs de la 
femme que des enfants auxquels la connaissance de leur 
pre est absolument interdite, et avec cela les moyens de 
ne plus appartenir qu' une mme famille, au lieu d'tre, 
ainsi qu'ils le doivent, uniquement les enfants de la 
patrie? 
	Il y aura donc des maisons destines au libertinage 
des femmes et, comme celles des hommes, sous la 
protection du gouvernement; l, leur seront fournis tous 
les individus de l'un et l'autre sexe qu'elles pourront 
dsirer, et plus elles frquenteront ces maisons, plus elles 
seront estimes. Il n'y a rien de si barbare et de si ridicule 
que d'avoir attach l'honneur et la vertu des femmes  la 
rsistance qu'elles mettent  des dsirs qu'elles ont reus 
de la nature et qu'chauffent sans cesse ceux qui ont la 
barbarie de les blmer. Ds l'ge le plus tendre [10], une 
fille dgage des liens paternels, n'ayant plus rien  
conserver pour l'hymen (absolument aboli par les sages 
lois que je dsire), au-dessus du prjug enchanant 
autrefois son sexe, pourra donc se livrer  tout ce que lui 
dictera son temprament dans les maisons tablies  ce 
sujet; elle y sera reue avec respect, satisfaite avec 
profusion et, de retour dans la socit, elle y pourra 
parler aussi publiquement des plaisirs qu'elle aura gots 
qu'elle le fait aujourd'hui d'un bal ou d'une promenade. 
Sexe charmant, vous serez libre; vous jouirez comme les 
hommes de tous les plaisirs dont la nature vous fait un 
devoir; vous ne vous contraindrez sur aucun. La plus 
divine partie de l'humanit doit-elle donc recevoir des 
fers de l'autre? Ah! brisez-les, la nature le veut; n'ayez 
plus d'autre frein que celui de vos penchants, d'autres lois 
que vos seuls dsirs, d'autre morale que celle de la 
nature; ne languissez pas plus longtemps dans ces 
prjugs barbares qui fltrissaient vos charmes et 
captivaient les lans divins de vos coeurs [11]; vous tes 
libres comme nous, et la carrire des combats de Vnus 
vous est ouverte comme  nous; ne redoutez plus 
d'absurdes reproches; le pdantisme et la superstition 
sont anantis; on ne vous verra plus rougir de vos 
charmants carts; couronnes de myrtes et de roses, 
l'estime que nous concevrons pour vous ne sera plus 
qu'en raison de la plus grande tendue que vous vous 
serez permis de leur donner. 
	Ce qui vient d'tre dit devrait nous dispenser sans 
doute d'examiner l'adultre; jetons-y nanmoins un coup 
d'oeil, quelque nul qu'il soit aprs les lois que j'tablis. A 
quel point il tait ridicule de le considrer comme 
criminel dans nos anciennes institutions! S'il y avait 
quelque chose d'absurde dans le monde, c'tait bien 
srement l'ternit des liens conjugaux; il ne fallait, ce 
me semble, qu'examiner ou que sentir toute la lourdeur 
de ces liens pour cesser de voir comme un crime l'action 
qui les allgeait; la nature, comme nous l'avons dit tout  
l'heure, ayant dou les femmes d'un temprament plus 
ardent, d'une sensibilit plus profonde qu'elle n'a fait des 
individus de l'autre sexe, c'tait pour elles, sans doute, 
que le joug d'un hymen ternel tait plus pesant. Femmes 
tendres et embrases du feu de l'amour, ddommagez-
vous maintenant sans crainte; persuadez-vous qu'il ne 
peut exister aucun mal  suivre les impulsions de la 
nature, que ce n'est pas pour un seul homme qu'elle vous 
a cres, mais pour plaire indiffremment  tous. 
Qu'aucun frein ne vous arrte. Imitez les rpublicaines de 
la Grce; jamais les lgislateurs qui leur donnrent des 
lois n'imaginrent de leur faire un crime de l'adultre, et 
presque tous autorisrent le dsordre des femmes. 
Thomas Morus prouve, dans son Utopie, qu'il est 
avantageux aux femmes de se livrer  la dbauche, et les 
ides de ce grand homme n'taient pas toujours des rves 
[12]. 
	Chez les Tartares, plus une femme se prostituait, 
plus elle tait honore; elle portait publiquement au col 
les marques de son impudicit, et l'on n'estimait point 
celles qui n'en taient point dcores. Au Pgu, les 
familles elles-mmes livrent leurs femmes ou leurs filles 
aux trangers qui y voyagent: on les loue  tant par jour, 
comme des chevaux et des voitures! Des volumes enfin 
ne suffiraient pas  dmontrer que jamais la luxure ne fut 
considre comme criminelle chez aucun des peuples 
sages de la terre. Tous les philosophes savent bien que ce 
n'est qu'aux imposteurs chrtiens que nous devons de 
l'avoir rige en crime. Les prtres avaient bien leur 
motif, en nous interdisant la luxure: cette 
recommandation, en leur rservant la connaissance et 
l'absolution de ces pchs secrets, leur donnait un 
incroyable empire sur les femmes et leur ouvrait une 
carrire de lubricit dont l'tendue n'avait point de 
bornes. On sait comment ils en profitrent, et comme ils 
en abuseraient encore si leur crdit n'tait pas perdu sans 
ressource. 
	L'inceste est-il plus dangereux? Non, sans doute; il 
tend les liens des familles et rend par consquent plus 
actif l'amour des citoyens pour la patrie; il nous est dict 
par les premires lois de la nature, nous l'prouvons, et la 
jouissance des objets qui nous appartiennent nous sembla 
toujours plus dlicieuse. Les premires institutions 
favorisent l'inceste; on le trouve dans l'origine des 
socits; il est consacr dans toutes les religions; toutes 
les lois l'ont favoris. Si nous parcourons l'univers, nous 
trouverons l'inceste tabli partout. Les ngres de la Cte 
du Poivre et de Rio-Gabon prostituent leurs femmes  
leurs propres enfants; l'an des fils, au royaume de Juda, 
doit pouser la femme de son pre; les peuples du Chili 
couchent indiffremment avec leurs soeurs, leurs filles, 
et pousent souvent  la fois la mre et la fille. J'ose 
assurer, en un mot, que l'inceste devrait tre la loi de tout 
gouvernement dont la fraternit fait la base. Comment 
des hommes. raisonnables purent-ils porter l'absurdit au 
point de croire que la jouissance de sa mre, de sa soeur 
ou de sa fille pourrait jamais devenir criminelle! N'est-ce 
pas, je vous le demande, un abominable prjug que 
celui qui parat faire un crime  un homme d'estimer plus 
pour sa jouissance l'objet dont le sentiment de la nature 
le rapproche davantage? Il vaudrait autant dire qu'il nous 
est dfendu d'aimer trop les individus que la nature nous 
enjoint d'aimer le mieux, et que plus elle nous donne de 
penchants pour un objet plus elle nous ordonne en mme 
temps de nous en loigner! Ces contrarits sont 
absurdes: il n'y a que des peuples abrutis par la 
superstition qui puissent les croire ou les adopter. La 
communaut des femmes que j'tablis entranant 
ncessairement l'inceste, il reste peu de chose  dire sur 
un prtendu dlit dont la nullit est trop dmontre pour 
s'y appesantir davantage; et nous allons passer au viol qui 
semble tre au premier coup d'oeil, de tous les carts du 
libertinage, celui dont la lsion est le mieux tablie, en 
raison de l'outrage qu'il parat faire. Il est pourtant certain 
que le viol, action si rare et si difficile  prouver, fait 
moins de tort au prochain que le vol, puisque celui-ci 
envahit la proprit que l'autre se contente de dtriorer. 
Qu'aurez-vous d'ailleurs  objecter au violateur s'il vous 
rpond qu'en fait, le mal qu'il a commis est bien 
mdiocre, puisqu'il n'a fait que placer un peu plus tt 
l'objet dont il a abus au mme tat o l'aurait bientt mis 
l'hymen ou l'amour? 
	Mais la sodomie, mais ce prtendu crime, qui attira 
le feu du ciel sur les villes qui y taient adonnes, n'est-il 
point un garement monstrueux, dont le chtiment ne 
saurait tre assez fort? Il est sans doute bien douloureux 
pour nous d'avoir  reprocher  nos anctres les meurtres 
judiciaires qu'ils ont os se permettre  ce sujet. Est-il 
possible d'tre assez barbare pour oser condamner  mort 
un malheureux individu dont tout le crime est de ne pas 
avoir les mmes gots que vous? On frmit lorsqu'on 
pense qu'il n'y a pas encore quarante ans que l'absurdit 
des lgislateurs en tait encore l. Consolez-vous, 
citoyens; de telles absurdits n'arriveront plus: la sagesse 
de vos lgislateurs vous en rpond. Entirement clairci 
sur cette faiblesse de quelques hommes, on sent bien 
aujourd'hui qu'une telle erreur ne peut tre criminelle, et 
que la nature ne saurait avoir mis au fluide qui coule 
dans nos reins une assez grande importance pour se 
courroucer sur le chemin qu'il nous plat de faire prendre 
 cette liqueur. 
	Quel est le seul crime qui puisse exister ici? 
Assurment ce n'est pas de se placer dans tel ou tel lieu, 
 moins qu'on ne voult soutenir que toutes les parties du 
corps ne se ressemblent point, et qu'il en est de pures et 
de souilles; mais, comme il est impossible d'avancer de 
telles absurdits, le seul prtendu dlit ne saurait 
consister ici que dans la perte de la semence. Or, je 
demande s'il est vraisemblable que cette semence soit 
tellement prcieuse aux yeux de la nature qu'il devienne 
impossible de la perdre sans crime? Procderait-elle tous 
les jours  ces pertes si cela tait? Et n'est-ce pas les 
autoriser que de les permettre dans les rves, dans l'acte 
de la jouissance d'une femme grosse? Est-il possible 
d'imaginer que la nature nous donnt la possibilit d'un 
crime qui l'outragerait? Est-il possible qu'elle consente  
ce que les hommes dtruisent ses plaisirs et deviennent 
par l plus forts qu'elle? Il est inou dans quel gouffre 
d'absurdits l'on se jette quand on abandonne, pour 
raisonner, les secours du flambeau de la raison! Tenons-
nous donc pour bien assurs qu'il est aussi simple de 
jouir d'une femme d'une manire que de l'autre, qu'il est 
absolument indiffrent de jouir d'une fille ou d'un garon, 
et qu'aussitt qu'il est constant qu'il ne peut exister en 
nous d'autres penchants que ceux que nous tenons de la 
nature, elle est trop sage et trop consquente pour en 
avoir mis dans nous qui puissent jamais l'offenser. 
	Celui de la sodomie est le rsultat de l'organisation, 
et nous ne contribuons pour rien  cette organisation. Des 
enfants de l'ge le plus tendre annoncent ce got, et ne 
s'en corrigent jamais. Quelquefois il est le fruit de la 
satit; mais, dans ce cas mme, en appartient-il moins  
la nature? Sous tous les rapports, il est son ouvrage, et, 
dans tous les cas, ce qu'elle inspire doit tre respect par 
les hommes. Si, par un recensement exact, on venait  
prouver que ce got affecte infiniment plus que l'autre, 
que les plaisirs qui en rsultent sont beaucoup plus vifs, 
et qu'en raison de cela ses sectateurs sont mille fois plus 
nombreux que ses ennemis, ne serait-il pas possible de 
conclure alors que, loin d'outrager la nature, ce vice 
servirait ses vues, et qu'elle tient bien moins  la 
progniture que nous n'avons la folie de le croire? Or, en 
parcourant l'univers, que de peuples ne voyons-nous pas 
mpriser les femmes! Il en est qui ne s'en servent 
absolument que pour avoir l'enfant ncessaire  les 
remplacer. L'habitude que les hommes ont de vivre 
ensemble dans les rpubliques y rendra toujours ce vice 
plus frquent, mais il n'est certainement pas dangereux. 
Les lgislateurs de la Grce l'auraient-ils introduit dans 
leur rpublique s'ils l'avaient cru tel? Bien loin de l, ils 
le croyaient ncessaire  un peuple guerrier. Plutarque 
nous parle avec enthousiasme du bataillon des amants et 
des aims; eux seuls dfendirent longtemps la libert de 
la Grce. Ce vice rgna dans l'association des frres 
d'armes; il la cimenta; les plus grands hommes y furent 
enclins. L'Amrique entire, lorsqu'on la dcouvrit, se 
trouva peuple de gens de ce got. A la Louisiane, chez 
les Illinois, des Indiens, vtus en femmes, se prostituaient 
comme des courtisanes. Les ngres de Benguel 
entretiennent publiquement des hommes; presque tous 
les srails d'Alger ne sont plus aujourd'hui peupls que 
de jeunes garons. On ne se contentait pas de tolrer, on 
ordonnait  Thbes l'amour des garons; le philosophe de 
Chrone le prescrivit pour adoucir les moeurs des 
jeunes gens. 
	Nous savons  quel point il rgna dans Rome: on y 
trouvait des lieux publics, o de jeunes garons se 
prostituaient sous l'habit de filles et des jeunes filles sous 
celui de garons. Martial, Catulle, Tibulle, Horace et 
Virgile crivaient  des hommes comme  leurs 
matresses, et nous lisons enfin dans Plutarque [13] que 
les femmes ne doivent avoir aucune part  l'amour des 
hommes. Les Amasiens de l'le de Crte enlevaient 
autrefois de jeunes garons avec les plus singulires 
crmonies. Quand ils en aimaient un, ils en faisaient 
part aux parents le jour o le ravisseur voulait l'enlever; 
le jeune homme faisait quelque rsistance si son amant 
ne lui plaisait pas; dans le cas contraire, il partait avec 
lui, et le sducteur le renvoyait  sa famille sitt qu'il s'en 
tait servi; car, dans cette passion comme dans celle des 
femmes, on en a toujours trop, ds qu'on en a assez. 
Strabon nous dit que, dans cette mme le, ce n'tait 
qu'avec des garons que l'on remplissait les srails: on les 
prostituait publiquement. 
	Veut-on une dernire autorit, faite pour prouver 
combien ce vice est utile dans une rpublique? Ecoutons 
Jrme le Pripatticien. L'amour des garons, nous dit-
il, se rpandit dans toute la Grce, parce qu'il donnait du 
courage et de la force, et qu'il servait  chasser les tyrans; 
les conspirations se formaient entre les amants, et ils se 
laissaient plutt torturer que de rvler leurs complices; 
le patriotisme sacrifiait ainsi tout  la prosprit de l'Etat; 
on tait certain que ces liaisons affermissaient la 
rpublique, on dclamait contre les femmes, et c'tait une 
faiblesse rserve au despotisme que de s'attacher  de 
telles cratures. 
	Toujours la pdrastie fut le vice des peuples 
guerriers. Csar nous apprend que les Gaulois y taient 
extraordinairement adonns. Les guerres qu'avaient  
soutenir les rpubliques, en sparant les deux sexes, 
propagrent ce vice, et, quand on y reconnut des suites si 
utiles  l'Etat, la religion le consacra bientt. On sait que 
les Romains sanctifirent les amours de Jupiter et de 
Ganymde. Sextus Empiricus nous assure que cette 
fantaisie tait ordonne chez les Perses. Enfin les 
femmes jalouses et mprises offrirent  leurs maris de 
leur rendre le mme service qu'ils recevaient des jeunes 
garons; quelques-uns l'essayrent et revinrent  leurs 
anciennes habitudes, ne trouvant pas l'illusion possible. 
	Les Turcs, fort enclins  cette dpravation que 
Mahomet consacra dans son Alcoran, assurent 
nanmoins qu'une trs jeune vierge peut assez bien 
remplacer un garon, et rarement les leurs deviennent 
femmes avant que d'avoir pass par cette preuve. Sixte-
Quint et Sanchez permirent cette dbauche; ce dernier 
entreprit mme de prouver qu'elle tait utile  la 
propagation, et qu'un enfant cr aprs cette course 
pralable en devenait infiniment mieux constitu. Enfin 
les femmes se ddommagrent entre elles. Cette fantaisie 
sans doute n'a pas plus d'inconvnients que l'autre, parce 
que le rsultat n'en est que le refus de crer, et que les 
moyens de ceux qui ont le got de la population sont 
assez puissants pour que les adversaires n'y puissent 
jamais nuire. Les Grecs appuyaient de mme cet 
garement des femmes sur des raisons d'Etat. Il en 
rsultait que, se suffisant entre elles, leurs 
communications avec les hommes taient moins 
frquentes et qu'elles ne nuisaient point ainsi aux affaires 
de la rpublique. Lucien nous apprend quel progrs fit 
cette licence, et ce n'est pas sans intrt que nous la 
voyons dans Sapho. 
	Il n'est, en un mot, aucune sorte de danger dans 
toutes ces manies: se portassent-elles mme plus loin, 
allassent-elles jusqu' caresser des monstres et des 
animaux, ainsi que nous l'apprend l'exemple de plusieurs 
peuples, il n'y aurait pas dans toutes ces fadaises le plus 
petit inconvnient, parce que la corruption des moeurs, 
souvent trs utile dans un gouvernement, ne saurait y 
nuire sous aucun rapport, et nous devons attendre de nos 
lgislateurs assez de sagesse, assez de prudence, pour 
tre bien srs qu'aucune loi n'manera d'eux pour la 
rpression de ces misres qui, tenant absolument  
l'organisation, ne sauraient jamais rendre plus coupable 
celui qui y est enclin que ne l'est l'individu que la nature 
cra contrefait. 
	Il ne nous reste plus que le meurtre  examiner dans 
la seconde classe des dlits de l'homme envers son 
semblable, et nous passerons ensuite  ses devoirs envers 
lui-mme. De toutes les offenses que l'homme peut faire 
 son semblable, le meurtre est, sans contredit, la plus 
cruelle de toutes puisqu'il lui enlve le seul bien qu'il ait 
reu de la nature, le seul dont la perte soit irrparable. 
Plusieurs questions nanmoins se prsentent ici, 
abstraction faite du tort que le meurtre cause  celui qui 
en devient la victime. 

1. 	Cette action, eu gard aux seules lois de la nature, 
est-elle vraiment criminelle? 

2. 	L'est-elle relativement aux lois de la politique? 

3. 	Est-elle nuisible  la socit? 

4. 	Comment doit-elle tre considre dans un 
gouvernement rpublicain? 

5. 	Enfin le meurtre doit-il tre rprim par le meurtre? 

	Nous allons examiner sparment chacune de ces 
questions: l'objet est assez essentiel pour qu'on nous 
permette de nous y arrter; on trouvera peut-tre nos 
ides un peu fortes: qu'est-ce que cela fait? N'avons-nous 
pas acquis le droit de tout dire? Dveloppons aux 
hommes de grandes vrits: ils les attendent de nous; il 
est temps que l'erreur disparaisse, il faut que son bandeau 
tombe  ct de celui des rois. Le meurtre est-il un crime 
aux yeux de la nature? Telle est la premire question 
pose. 
	Nous allons sans doute humilier ici l'orgueil de 
l'homme, en le rabaissant au rang de toutes les autres 
productions de la nature, mais le philosophe ne caresse 
point les petites vanits humaines; toujours ardent  
poursuivre la vrit, il la dmle sous les sots prjugs de 
l'amour-propre, l'atteint, la dveloppe et la montre 
hardiment  la terre tonne. 
	Qu'est-ce que l'homme, et quelle diffrence y a-t-il 
entre lui et les autres plantes, entre lui et tous les autres 
animaux de la nature? Aucune assurment. Fortuitement 
plac comme eux, sur ce globe, il est n comme eux; il se 
propage, crot et dcrot comme eux; il arrive comme eux 
 la vieillesse et tombe comme eux dans le nant aprs le 
terme que la nature assigne  chaque espce d'animaux, 
en raison de la construction de ses organes. Si les 
rapprochements sont tellement exacts qu'il devienne 
absolument impossible  l'oeil examinateur du 
philosophe d'apercevoir aucune dissemblance, il y aura 
donc alors tout autant de mal  tuer un animal qu'un 
homme, ou tout aussi peu  l'un qu' l'autre, et dans les 
prjugs de notre orgueil se trouvera seulement la 
distance; mais rien n'est malheureusement absurde 
comme les prjugs de l'orgueil. Pressons nanmoins la 
question. Vous ne pouvez disconvenir qu'il ne soit gal 
de dtruire un homme ou une bte; mais la destruction de 
tout animal qui a vie n'est-elle pas dcidment un mal, 
comme le croyaient les pythagoriciens et comme le 
croient encore les habitants des bords du Gange? Avant 
de rpondre  ceci, rappelons d'abord aux lecteurs que 
nous n'examinons la question que relativement  la 
nature; nous l'envisagerons ensuite par rapport aux 
hommes. 
	Or, je demande de quel prix peuvent tre  la nature 
des individus qui ne lui cotent ni la moindre peine ni le 
moindre soin. L'ouvrier n'estime son ouvrage qu'en raison 
du travail qu'il lui cote, du temps qu'il emploie  le 
crer. Or, l'homme cote-t-il  la nature? Et, en 
supposant qu'il lui cote, lui cote-t-il plus qu'un singe ou 
qu'un lphant? Je vais plus loin: quelles sont les 
matires gnratrices de la nature? de quoi se composent 
les tres qui viennent  la vie? Les trois lments qui les 
forment ne rsultent-ils pas de la primitive destruction 
des autres corps? Si tous les individus taient ternels, ne 
deviendrait-il pas impossible  la nature d'en crer de 
nouveaux? Si l'ternit des tres est impossible  la 
nature, leur destruction devient donc une de ses lois. Or, 
si les destructions lui sont tellement utiles qu'elle ne 
puisse absolument s'en passer, et si elle ne peut parvenir 
 ses crations sans puiser dans ces masses de 
destruction que lui prpare la mort, de ce moment l'ide 
d'anantissement que nous attachons  la mort ne sera 
donc plus relle; il n'y aura plus d'anantissement 
constat; ce que nous appelons la fin de l'animal qui a vie 
ne sera plus une fin relle, mais une simple 
transmutation, dont est la base le mouvement perptuel, 
vritable essence de la matire et que tous les 
philosophes modernes admettent comme une de ses 
premires lois. La mort, d'aprs ces principes 
irrfutables, n'est donc plus qu'un changement de forme, 
qu'un passage imperceptible d'une existence  une autre, 
et voil ce que Pythagore appelait la mtempsycose. 
	Ces vrits une fois admises, je demande si l'on 
pourra jamais avancer que la destruction soit un crime. A 
dessein de conserver vos absurdes prjugs, oserez-vous 
me dire que la transmutation est une destruction? Non, 
sans doute; car il faudrait pour cela prouver un instant 
d'inaction dans la matire, un moment de repos. Or, vous 
ne dcouvrirez jamais ce moment. De petits animaux se 
forment  l'instant que le grand animal a perdu le souffle, 
et la vie de ces petits animaux n'est qu'un des effets 
ncessaires et dtermins par le sommeil momentan du 
grand. Oserez-vous dire  prsent que l'un plat mieux  
la nature que l'autre? Il faudrait prouver pour cela une 
chose impossible: c'est que la forme longue ou carre est 
plus utile, plus agrable  la nature que la forme 
oblongue ou triangulaire; il faudrait prouver que, eu 
gard aux plans sublimes de la nature, un fainant qui 
s'engraisse dans l'inaction et dans l'indolence est plus 
utile que le cheval, dont le service est si essentiel, ou que 
le boeuf, dont le corps est si prcieux qu'il n'en est 
aucune partie qui ne serve; il faudrait dire que le serpent 
venimeux est plus ncessaire que le chien fidle. 
	Or, comme tous ces systmes sont insoutenables, il 
faut donc absolument consentir  admettre l'impossibilit 
o nous sommes d'anantir les ouvrages de la nature, 
attendu que la seule chose que nous faisons, en nous 
livrant  la destruction, n'est que d'oprer une variation 
dans les formes, mais qui ne peut teindre la vie, et il 
devient alors au-dessus des forces humaines de prouver 
qu'il puisse exister aucun crime dans la prtendue 
destruction d'une crature, de quelque ge, de quelque 
sexe, de quelque espce que vous la supposiez. Conduits 
plus avant encore par la srie de nos consquences, qui 
naissent toutes les unes des autres, il faudra convenir 
enfin que, loin de nuire,  la nature, l'action que vous 
commettez, en variant les formes de ses diffrents 
ouvrages, est avantageuse pour elle puisque vous lui 
fournissez par cette action la matire premire de ses 
reconstructions, dont le travail lui deviendrait 
impraticable si vous n'anantissiez pas. Eh! laissez-la 
faire, vous dit-on. Assurment, il faut la laisser faire, 
mais ce sont ses impulsions que suit l'homme quand il se 
livre  l'homicide; c'est la nature qui le lui conseille, et 
l'homme qui dtruit son semblable est  la nature ce que 
lui est la peste ou la famine, galement envoyes par sa 
main, laquelle se sert de tous les moyens possibles pour 
obtenir plus tt cette matire premire de destruction, 
absolument essentielle  ses ouvrages. 
	Daignons clairer un instant notre me du saint 
flambeau de la philosophie: quelle autre voix que celle 
de la nature nous suggre les haines personnelles, les 
vengeances, les guerres, en un mot tous ces motifs de 
meurtres perptuels? Or, si elle nous les conseille, elle en 
a donc besoin. Comment donc pouvons-nous, d'aprs 
cela, nous supposer coupables envers elle, ds que nous 
ne faisons que suivre ses vues? 
	Mais en voil plus qu'il ne faut pour convaincre tout 
lecteur clair qu'il est impossible que le meurtre puisse 
jamais outrager la nature. 
	Est-il un crime en politique? Osons avouer, au 
contraire, qu'il n'est malheureusement qu'un des plus 
grands ressorts de la politique. N'est-ce pas  force de 
meurtres que Rome est devenue la matresse du monde? 
N'est-ce pas  force de meurtres que la France est libre 
aujourd'hui? Il est inutile d'avertir ici qu'on ne parle que 
des meurtres occasionns par la guerre, et non des 
atrocits commises par les factieux et les 
dsorganisateurs; ceux-l vous  l'excration publique, 
n'ont besoin que d'tre rappels pour exciter  jamais 
l'horreur et l'indignation gnrales. Quelle science 
humaine a plus besoin de se soutenir par le meurtre que 
celle qui ne tend qu' tromper, qui n'a pour but que 
l'accroissement d'une nation aux dpens d'une autre? Les 
guerres, uniques fruits de cette barbare politique, sont-
elles autre chose que les moyens dont elle se nourrit, dont 
elle se fortifie, dont elle s'taie? et qu'est-ce que la 
guerre, sinon la science de dtruire? Etrange 
aveuglement de l'homme, qui enseigne publiquement l'art 
de tuer, qui rcompense celui qui y russit le mieux et 
qui punit celui qui, pour une cause particulire, s'est 
dfait de son ennemi! N'est-il pas temps de revenir sur 
des erreurs si barbares? 
	Enfin, le meurtre est-il un crime contre la socit? 
Qui put jamais l'imaginer raisonnablement? Ah! 
qu'importe  cette nombreuse socit qu'il y ait parmi elle 
un membre de plus ou de moins? Ses lois, ses moeurs, 
ses coutumes en seront-elles vicies? Jamais la mort d'un 
individu influa-t-elle sur la masse gnrale? Et aprs la 
perte de la plus grande bataille, que dis-je? aprs 
l'extinction de la moiti du monde, de sa totalit, si l'on 
veut, le petit nombre d'tres qui pourrait survivre 
prouverait-il la moindre altration matrielle? Hlas! 
non. La nature entire n'en prouverait pas davantage, et 
le sot orgueil de l'homme, qui croit que tout est fait pour 
lui, serait bien tonn, aprs la destruction totale de 
l'espce humaine, s'il voyait que rien ne varie dans la 
nature et que le cours des astres n'en est seulement pas 
retard. Poursuivons. 
	Comment le meurtre doit-il tre vu dans un Etat 
guerrier et rpublicain? 
	Il serait assurment du plus grand danger, ou de 
jeter de la dfaveur sur cette action, ou de la punir. La 
fiert du rpublicain demande un peu de frocit; s'il 
s'amollit, si son nergie se perd, il sera bientt subjugu. 
Une trs singulire rflexion se prsente ici, mais, 
comme elle est vraie malgr sa hardiesse, je la dirai. Une 
nation qui commence  se gouverner en rpublique ne se 
soutiendra que par des vertus, parce que, pour arriver au 
plus, il faut toujours dbuter par le moins; mais une 
nation dj vieille et corrompue qui, courageusement, 
secouera le joug de son gouvernement monarchique pour 
en adopter un rpublicain, ne se maintiendra que par 
beaucoup de crimes; car elle est dj dans le crime, et si 
elle voulait passer du crime  la vertu, c'est--dire d'un 
tat violent dans un tat doux, elle tomberait dans une 
inertie dont sa ruine certaine serait bientt le rsultat. 
Que deviendrait l'arbre que vous transplanteriez d'un 
terrain plein de vigueur dans une plaine sablonneuse et 
sche? Toutes les ides intellectuelles sont tellement 
subordonnes  la physique de la nature que les 
comparaisons fournies par l'agriculture ne nous 
tromperont jamais en morale. 
	Les plus indpendants des hommes, les plus 
rapprochs de la nature, les sauvages se livrent avec 
impunit journellement au meurtre. A Sparte,  
Lacdmone, on allait  la chasse des ilotes comme nous 
allons en France  celle des perdrix. Les peuples les plus 
libres sont ceux qui l'accueillent davantage. A Mindanao, 
celui qui veut commettre un meurtre est lev au rang 
des braves: on le dcore aussitt d'un turban; chez les 
Caraguos, il faut avoir tu sept hommes pour obtenir les 
honneurs de cette coiffure; les habitants de Borno 
croient que tous ceux qu'ils mettent  mort les serviront 
quand ils ne seront plus; les dvots espagnols mme 
faisaient voeu  Saint-Jacques de Galice de tuer douze 
Amricains par jour; dans le royaume de Tangut, on 
choisit un jeune homme fort et vigoureux auquel il est 
permis, dans certains jours de l'anne, de tuer tout ce 
qu'il rencontre. Etait-il un peuple plus ami du meurtre 
que les Juifs? On le voit sous toutes les formes,  toutes 
les pages de leur histoire. 
	L'empereur et les mandarins de la Chine prennent 
de temps en temps des mesures pour faire rvolter le 
peuple, afin d'obtenir de ces manoeuvres le droit d'en 
faire un horrible carnage. Que ce peuple mou et effmin 
s'affranchisse du joug de ses tyrans, il les assommera  
son tour avec beaucoup plus de raison, et le meurtre, 
toujours adopt, toujours ncessaire, n'aura fait que 
changer de victimes; il tait le bonheur des uns, il 
deviendra la flicit des autres. 
	Une infinit de nations tolrent les assassinats 
publics: ils sont entirement permis  Gnes,  Venise,  
Naples et dans toute l'Albanie;  Kacha, sur la rivire de 
San Domino, les meurtriers, sous un costume connu et 
avou, gorgent  vos ordres et sous vos yeux l'individu 
que vous leur indiquez; les Indiens prennent de l'opium 
pour s'encourager au meurtre; se prcipitant ensuite au 
milieu des rues, ils massacrent tout ce qu'ils rencontrent; 
des voyageurs anglais ont retrouv cette manie  Batavia. 
	Quel peuple fut  la fois plus grand et plus cruel 
que les Romains, et quelle nation conserva plus 
longtemps sa splendeur et sa libert? Le spectacle des 
gladiateurs soutint son courage; elle devenait guerrire 
par l'habitude de se faire un jeu du meurtre. Douze ou 
quinze cents victimes journalires remplissaient l'arne 
du cirque, et l, les femmes, plus cruelles que les 
hommes, osaient exiger que les mourants tombassent 
avec grce et se dessinassent encore sous les convulsions 
de la mort. Les Romains passrent de l au plaisir de voir 
des nains s'gorger devant eux; et quand le culte chrtien, 
en infectant la terre, vint persuader aux hommes qu'il y 
avait du mal  se tuer, des tyrans aussitt enchanrent ce 
peuple, et les hros du monde en devinrent bientt les 
jouets. 
	Partout enfin on crut avec raison que le meurtrier, 
c'est--dire l'homme qui touffait sa sensibilit au point 
de tuer son semblable et de braver la vengeance publique 
ou particulire, partout, dis-je, on crut qu'un tel homme 
ne pouvait tre que trs courageux, et par consquent trs 
prcieux dans un gouvernement guerrier ou rpublicain. 
Parcourrons-nous des nations qui, plus froces encore, ne 
se satisfirent qu'en immolant des enfants, et bien souvent 
les leurs, nous verrons ces actions, universellement 
adoptes, faire mme quelquefois partie des lois. 
Plusieurs peuplades sauvages tuent leurs enfants aussitt 
qu'ils naissent. Les mres, sur les bords du fleuve 
Ornoque, dans la persuasion o elles taient que leurs 
filles ne naissaient que pour tre malheureuses, puisque 
leur destination tait de devenir les pouses des sauvages 
de cette contre, qui ne pouvaient souffrir les femmes, 
les immolaient aussitt qu'elles leur avaient donn le 
jour. Dans la Trapobane et dans le royaume de Sopit, 
tous les enfants difformes taient immols par les parents 
mmes. Les femmes de Madagascar exposaient aux btes 
sauvages ceux de leurs enfants ns certains jours de la 
semaine. Dans les rpubliques de la Grce, on examinait 
soigneusement tous les enfants qui arrivaient au monde, 
et si l'on ne les trouvait pas conforms de manire  
pouvoir dfendre un jour la rpublique, ils taient 
aussitt immols: l l'on ne jugeait pas qu'il ft essentiel 
d'riger des maisons richement dotes pour conserver 
cette vile cume de la nature humaine [14]. Jusqu' la 
translation du sige de l'empire, tous les Romains qui ne 
voulaient pas nourrir leurs enfants les jetaient  la voirie. 
Les anciens lgislateurs n'avaient aucun scrupule de 
dvouer les enfants  la mort, et jamais aucun de leurs 
codes ne rprima les droits qu'un pre se crut toujours sur 
sa famille. Aristote conseillait l'avortement; et ces 
antiques rpublicains, remplis d'enthousiasme, d'ardeur 
pour la patrie, mconnaissaient cette commisration 
individuelle qu'on retrouve parmi les nations modernes; 
on aimait moins ses enfants, mais on aimait mieux son 
pays. Dans toutes les villes de la Chine, on trouve chaque 
matin une incroyable quantit d'enfants abandonns dans 
les rues; un tombereau les enlve  la pointe du jour, et 
on les jette dans une fosse; souvent les accoucheuses 
elles-mmes en dbarrassent les mres, en touffant 
aussitt leurs fruits dans des cuves d'eau bouillante ou en 
les jetant dans la rivire. A Pkin, on les met dans de 
petites corbeilles de jonc que l'on abandonne sur les 
canaux; on cume chaque jour ces canaux, et le clbre 
voyageur Duhalde value  plus de trente mille le 
nombre journalier qui s'enlve  chaque recherche. On ne 
peut nier qu'il ne soit extraordinairement ncessaire, 
extrmement politique de mettre une digue  la 
population dans un gouvernement rpublicain; par des 
vues absolument contraires, il faut l'encourager dans une 
monarchie; l, les tyrans n'tant riches qu'en raison du 
nombre de leurs esclaves, assurment il leur faut des 
hommes; mais l'abondance de cette population, n'en 
doutons, pas, est un vice rel dans un gouvernement 
rpublicain. Il ne faut pourtant pas l'gorger pour 
l'amoindrir, comme le disaient nos modernes dcemvirs: 
il ne s'agit que de ne pas lui laisser les moyens de 
s'tendre au-del des bernes que sa flicit lui prescrit. 
Gardez-vous de multiplier trop un peuple dont chaque 
tre est souverain et soyez bien srs que les rvolutions 
ne sont jamais les effets que d'une population trop 
nombreuse. Si pour la splendeur de l'Etat vous accordez 
 vos guerriers le droit de dtruire des hommes, pour la 
conservation de ce mme Etat, accordez de mme  
chaque individu de se livrer tant qu'il le voudra, puisqu'il 
le peut sans outrager la nature, au droit de se dfaire des 
enfants qu'il ne peut nourrir ou desquels le gouvernement 
ne peut tirer aucun secours; accordez-lui de mme de se 
dfaire,  ses risques et prils, de tous les ennemis qui 
peuvent lui nuire, parce que le rsultat de toutes ces 
actions, absolument nulles en elles-mmes, sera de tenir 
votre population dans un tat modr, et jamais assez 
nombreuse pour bouleverser votre gouvernement. 
Laissez dire aux monarchistes qu'un Etat n'est grand 
qu'en raison de son extrme population: cet Etat sera 
toujours pauvre si sa population excde ses moyens de 
vivre, et il sera toujours florissant si, contenu dans de 
justes bornes, il peut trafiquer de son superflu. 
N'laguez-vous pas l'arbre quand il a trop de branches? 
et, pour conserver le tronc, ne taillez-vous pas les 
rameaux? Tout systme qui s'carte de ces principes est 
une extravagance dont les abus nous conduiraient bientt 
au renversement total de l'difice que nous venons 
d'lever avec tant de peine. Mais ce n'est pas quand 
l'homme est fait qu'il faut le dtruire afin de diminuer la 
population: il est injuste d'abrger les jours d'un individu 
bien conform; il ne l'est pas, je le dis, d'empcher 
d'arriver  la vie un tre qui certainement sera inutile au 
monde. L'espce humaine doit tre pure ds le 
berceau; c'est ce que vous prvoyez ne pouvoir jamais 
tre utile  la socit qu'il faut retrancher de son sein; 
voil les seuls moyens raisonnables d'amoindrir une 
population dont la trop grande tendue est, ainsi que nous 
venons de le prouver, le plus dangereux des abus. 
	Il est temps de se rsumer. 
	Le meurtre doit-il tre rprim par le meurtre? Non, 
sans doute. N'imposons jamais au meurtrier d'autre peine 
que celle qu'il peut encourir par la vengeance des amis 
ou de la famille de celui qu'il a tu. Je vous accorde 
votre grce, disait Louis XV  Charolais, qui venait de 
tuer un homme pour se divertir, mais je la donne aussi  
celui qui vous tuera. Toutes les bases de la loi contre les 
meurtriers se trouvent dans ce mot sublime [15]. 
	En un mot, le meurtre est une horreur, mais une 
horreur souvent ncessaire, jamais criminelle, essentielle 
 tolrer dans un Etat rpublicain. J'ai fait voir que 
l'univers entier en avait donn l'exemple; mais faut-il le 
considrer comme une action faite pour tre punie de 
mort? Ceux qui rpondront au dilemme suivant auront 
satisfait  la question: Le meurtre est-il un crime ou ne 
l'est-il pas? S'il n'en est pas un, pourquoi faire des lois 
qui le punissent? Et s'il en est un, par quelle barbare et 
stupide inconsquence le punirez-vous par un crime 
semblable? 
	Il nous reste  parler des devoirs de l'homme envers 
lui-mme. Comme le philosophe n'adopte ces devoirs 
qu'autant qu'ils tendent  son plaisir ou  sa conservation, 
il est fort inutile de lui en recommander la pratique, plus 
inutile encore de lui imposer des peines s'il y manque. 
	Le seul dlit que l'homme puisse commettre en ce 
genre est le suicide. Je ne m'amuserai point ici  prouver 
l'imbcillit des gens qui rigent cette action en crime: je 
renvoie  la fameuse lettre de Rousseau ceux qui 
pourraient avoir encore quelques doutes sur cela. Presque 
tous les anciens gouvernements autorisaient le suicide 
par la politique et par la religion. Les Athniens 
exposaient  l'Aropage les raisons qu'ils avaient de se 
tuer: ils se poignardaient ensuite. Toutes les rpubliques 
de la Grce tolrrent le suicide; il entrait dans le plan 
des lgislateurs; on se tuait en public, et l'on faisait de sa 
mort un spectacle d'apparat. La rpublique de Rome 
encouragea le suicide: les dvouements si clbres pour 
la patrie n'taient que des suicides. Quand Rome fut prise 
par les Gaulois, les plus illustres snateurs se dvourent 
 la mort; en reprenant ce mme esprit, nous adoptons les 
mmes vertus. Un soldat s'est tu, pendant la campagne 
de 92, de chagrin de ne pouvoir suivre ses camarades  
l'affaire de Jemmapes. Incessamment placs  la hauteur 
de ces fiers rpublicains, nous surpasserons bientt leurs 
vertus: c'est le gouvernement qui fait l'homme. Une si 
longue habitude du despotisme avait totalement nerv 
notre courage; il avait dprav nos moeurs: nous 
renaissons; on va bientt voir de quelles actions sublimes 
est capable le gnie, le caractre franais, quand il est 
libre; soutenons, au prix de nos fortunes et de nos vies, 
cette libert qui nous cote dj tant de victimes; n'en 
regrettons aucune si nous parvenons au but; elles-mmes 
se sont toutes dvoues volontairement; ne rendons pas 
leur sang inutile; mais de l'union... de l'union, ou nous 
perdrons le fruit de toutes nos peines; asseyons 
d'excellentes lois sur les victoires que nous venons de 
remporter; nos premiers lgislateurs, encore esclaves du 
despote qu'enfin nous avons abattu, ne nous avaient 
donn que des lois dignes de ce tyran, qu'ils encensaient 
encore: refaisons leur ouvrage, songeons que c'est pour 
des rpublicains et pour des philosophes que nous allons 
enfin travailler; que nos lois soient douces comme le 
peuple qu'elles doivent rgir. 
	En offrant ici, comme je viens de le faire, le nant, 
l'indiffrence d'une infinit d'actions que nos anctres, 
sduits par une fausse religion, regardaient comme 
criminelles, je rduis notre travail  bien peu de chose. 
Faisons peu de lois, mais qu'elles soient bonnes. Il ne 
s'agit pas de multiplier les freins: il n'est question que de 
donner  celui qu'on emploie une qualit indestructible. 
Que les lois que nous promulguons n'aient pour but que 
la tranquillit du citoyen, son bonheur et l'clat de la 
rpublique. Mais, aprs avoir chass l'ennemi de vos 
terres, Franais, je ne voudrais pas que l'ardeur de 
propager vos principes vous entrant plus loin; ce n'est 
qu'avec le fer et le feu que vous pourrez les porter au 
bout de l'univers. Avant que d'accomplir ces rsolutions, 
rappelez-vous le malheureux succs des Croisades. 
Quand l'ennemi sera de l'autre ct du Rhin, croyez-moi, 
gardez vos frontires et restez chez vous; ranimez votre 
commerce, redonnez de l'nergie et des dbouchs  vos 
manufactures; faites refleurir vos arts, encouragez 
l'agriculture, si ncessaire dans un gouvernement tel que 
le vtre et dont l'esprit doit tre de pouvoir fournir  tout 
le monde sans avoir besoin de personne; laissez les 
trnes de l'Europe s'crouler d'eux-mmes: votre 
exemple, votre prosprit les culbuteront bientt, sans 
que vous ayez besoin de vous en mler. 
	Invincibles dans votre intrieur et modles de tous 
les peuples par votre police et vos bonnes lois, il ne sera 
pas un gouvernement dans le monde qui ne travaille  
vous imiter, pas un seul qui ne s'honore de votre alliance; 
mais si, pour le vain honneur de porter vos principes au 
loin, vous abandonnez le soin de votre propre flicit, le 
despotisme qui n'est qu'endormi renatra, des dissensions 
intestines vous dchireront, vous aurez puis vos 
finances et vos soldats, et tout cela pour revenir baiser les 
fers que vous imposent les tyrans qui vous auront 
subjugus pendant votre absence. Tout ce que vous 
dsirez peut se faire sans qu'il soit besoin de quitter vos 
foyers; que les autres peuples vous voient heureux, et ils 
courront au bonheur par la mme route que vous leur 
aurez trace [16].

Eugnie,  Dolmanc: Voil ce qui s'appelle un crit trs 
sage, et tellement dans vos principes, au moins sur 
beaucoup d'objets, que je serais tente de vous en croire 
l'auteur.

Dolmanc: Il est bien certain que je pense une partie de 
ces rflexions, et mes discours, qui vous l'ont prouv, 
donnent mme  la lecture que nous venons de faire 
l'apparence d'une rptition...

Eugnie, coupant: Je ne m'en suis pas aperue, on ne 
saurait trop dire les bonnes choses; je trouve cependant 
quelques-uns de ces principes un peu dangereux.

Dolmanc: Il n'y a de dangereux dans le monde que la 
piti et la bienfaisance; la bont n'est jamais qu'une 
faiblesse dont l'ingratitude et l'impertinence des faibles 
forcent toujours les honntes gens  se repentir. Qu'un 
bon observateur s'avise de calculer tous les dangers de la 
piti, et qu'il les mette en parallle avec ceux d'une 
fermet soutenue, il verra si les premiers ne l'emportent 
pas. Mais nous allons trop loin, Eugnie; rsumons pour 
votre ducation l'unique conseil qu'on puisse tirer de tout 
ce qui vient d'tre dit: n'coutez jamais votre coeur, mon 
enfant; c'est le guide le plus faux que nous ayons reu de 
la nature; fermez-le avec grand soin aux accents 
fallacieux de l'infortune; il vaut beaucoup mieux que 
vous refusiez  celui qui vraiment serait fait pour vous 
intresser, que de risquer de donner au sclrat,  
l'intrigant et au cabaleur: l'un est d'une trs lgre 
consquence, l'autre du plus grand inconvnient.

Le Chevalier: Qu'il me soit permis, je vous en conjure, 
de reprendre en sous-oeuvre et d'anantir, si je peux, les 
principes de Dolmanc. Ah! qu'ils seraient diffrents, 
homme cruel, si, priv de cette fortune immense o tu 
trouves sans cesse les moyens de satisfaire tes passions, 
tu pouvais languir quelques annes dans cette accablante 
infortune dont ton esprit froce ose composer des torts 
aux misrables! Jette un coup d'oeil de piti sur eux, et 
n'teins pas ton me au point de l'endurcir sans retour 
aux cris dchirants du besoin! Quand ton corps, 
uniquement las de volupts, repose languissamment sur 
des lits de duvet, vois le leur, affaiss des travaux qui te 
font vivre, recueillir  peine un peu de paille pour se 
prserver de la fracheur de la terre, dont ils n'ont, 
comme les btes, que la froide superficie pour s'tendre; 
jette un regard sur eux, lorsque, entour de mets 
succulents dont vingt lves de Comus rveillent chaque 
jour ta sensualit, ces malheureux disputent aux loups, 
dans les bois, la racine amre d'un sol dessch; quand 
les jeux, les grces et les ris conduisent  ta couche 
impure les plus touchants objets du temple de Cythre, 
vois ce misrable tendu prs de sa triste pouse et, 
satisfait des plaisirs qu'il cueille au sein des larmes, ne 
pas mme en souponner d'autres; regarde-le, quand tu 
ne te refuses rien, quand tu nages au milieu du superflu; 
regarde-le, te dis-je, manquer mme opinitrement des 
premiers besoins de la vie; jette les yeux sur sa famille 
dsole - vois son pouse tremblante se partager avec 
tendresse entre les soins qu'elle doit  son mari, 
languissant auprs d'elle, et  ceux que la nature 
commande pour les rejetons de son amour, prive de la 
possibilit de remplir aucun de ces devoirs si sacrs pour 
son me sensible; entends-la sans frmir, si tu peux, 
rclamer prs de toi ce superflu que ta cruaut lui refuse! 
	Barbare, ne sont-ce donc pas des hommes comme 
toi? et s'ils te ressemblent, pourquoi dois-tu jouir quand 
ils languissent? Eugnie, Eugnie, n'teignez jamais dans 
votre me la voix sacre de la nature: c'est  la 
bienfaisance qu'elle vous conduira malgr vous, quand 
vous sparerez son organe du feu des passions qui 
l'absorbe. Laissons l les principes religieux, j'y consens; 
mais n'abandonnons pas les vertus que la sensibilit nous 
inspire; ce ne sera jamais qu'en les pratiquant que nous 
goterons les jouissances de l'me les plus douces et les 
plus dlicieuses. Tous les garements de votre esprit 
seront rachets par une bonne oeuvre; elle teindra dans 
vous les remords que votre inconduite y fera natre, et, 
formant dans le fond de votre conscience un asile sacr 
o vous vous replierez quelquefois sur vous-mme, vous 
y trouverez la consolation des carts o vos erreurs vous 
auront entrane. Ma soeur, je suis jeune, je suis libertin, 
impie, je suis capable de toutes les dbauches de l'esprit, 
mais mon coeur me reste, il est pur, et c'est avec lui, mes 
amis, que je me console de tous les travers de mon ge.

Dolmanc: Oui, chevalier, vous tes jeune, vous le 
prouvez par vos discours; l'exprience vous manque; je 
vous attends quand elle vous aura mri; alors, mon cher, 
vous ne parlerez plus si bien des hommes, parce que 
vous les aurez connus. Ce fut leur ingratitude qui scha 
mon coeur, leur perfidie qui dtruisit dans moi ces vertus 
funestes pour lesquelles j'tais peut-tre n comme vous. 
Or, si les vices des uns rendent dans les autres ces vertus 
dangereuses, n'est-ce donc pas un service  rendre  la 
jeunesse que de les touffer de bonne heure en elle? Que 
me parles-tu de remords, mon ami? Peuvent-ils exister 
dans l'me de celui qui ne connat de crime  rien? Que 
vos principes les touffent si vous en craignez l'aiguillon: 
vous sera-t-il possible de vous repentir d'une action de 
l'indiffrence de laquelle vous serez profondment 
pntr? Ds que vous ne croirez plus de mal  rien, de 
quel mal pourrez-vous vous repentir?

Le Chevalier: Ce n'est pas de l'esprit que viennent les 
remords, ils ne sont les fruits que du coeur, et jamais les 
sophismes de la tte n'teignirent les mouvements de 
l'me.

Dolmanc: Mais le coeur trompe, parce qu'il n'est jamais 
que l'expression des faux calculs de l'esprit; mrissez 
celui-ci, l'autre cdera bientt; toujours de fausses 
dfinitions nous garent lorsque nous voulons raisonner; 
je ne sais ce que c'est que le coeur, moi; je n'appelle ainsi 
que les faiblesses de l'esprit. Un seul et unique flambeau 
luit en moi; quand je suis sain et ferme, il ne me fourvoie 
jamais; suis-je vieux, hypocondre ou pusillanime? il me 
trompe; alors je me dis sensible, tandis qu'au fond je ne 
suis que faible et timide. Encore une fois, Eugnie, que 
cette perfide sensibilit ne vous abuse pas; elle n'est, 
soyez-en bien sre, que la faiblesse de l'me; on ne 
pleure que parce que l'on craint, et voil pourquoi les rois 
sont des tyrans. Rejetez, dtestez donc les perfides 
conseils du chevalier; en vous disant d'ouvrir votre coeur 
 tous les maux imaginaires de l'infortune, il cherche  
vous composer une somme de peines qui, n'tant pas les 
vtres, vous dchireraient bientt en pure perte. Ah! 
croyez, Eugnie, croyez que les plaisirs qui naissent de 
l'apathie valent bien ceux que la sensibilit vous donne; 
celle-ci ne sait qu'atteindre dans un sens le coeur que 
l'autre chatouille et bouleverse de toutes parts. Les 
jouissances permises, en un mot, peuvent-elles donc se 
comparer aux jouissances qui runissent  des attraits 
bien plus piquants ceux, inapprciables, de la rupture des 
freins sociaux et du renversement de toutes les lois?

Eugnie: Tu triomphes, Dolmanc, tu l'emportes! Les 
discours du chevalier n'ont fait qu'effleurer mon me, les 
tiens la sduisent et l'entranent! Ah! croyez-moi, 
chevalier, adressez-vous plutt aux passions qu'aux 
vertus quand vous voudrez persuader une femme.

Mme de Saint-Ange, au chevalier: Oui, mon ami, fous-
moi bien, mais ne nous sermonne pas: tu ne nous 
convertiras point, et tu pourrais troubler les leons dont 
nous voulons abreuver l'me et l'esprit de cette 
charmante fille.

Eugnie: Troubler? Oh! non, non! votre ouvrage est fini; 
ce que les sots appellent la corruption est maintenant 
assez tabli dans moi pour ne laisser mme aucun espoir 
de retour, et vos principes sont trop bien tays dans mon 
coeur pour que les sophismes du chevalier parviennent 
jamais  les dtruire.

Dolmanc: Elle a raison, ne parlons plus de cela, 
chevalier; vous auriez des torts, et nous ne voulons vous 
trouver que des procds.

Le Chevalier: Soit; nous sommes ici pour un but trs 
diffrent, je le sais, que celui o je voulais atteindre; 
marchons droit  ce but, j'y consens; je garderai ma 
morale pour ceux qui, moins ivres que vous, seront plus 
en tat de l'entendre.

Mme de Saint-Ange: Oui, mon frre, oui, oui, ne nous 
donne ici que ton foutre; nous te faisons grce de la 
morale; elle est trop douce pour des rous de notre 
espce.

Eugnie: Je crains bien, Dolmanc, que cette cruaut, 
que vous prconisez avec chaleur, n'influence un peu vos 
plaisirs; j'ai dj cru le remarquer, vous tes dur en 
jouissant; je me sentirais bien aussi quelques dispositions 
 ce vice. Pour dbrouiller mes ides sur tout cela, dites-
moi, je vous prie, de quel oeil vous voyez l'objet qui sert 
vos plaisirs.

Dolmanc: Comme absolument nul, ma chre; qu'il 
partage ou non mes jouissances, qu'il prouve ou non du 
contentement, de l'apathie ou mme de la douleur, 
pourvu que je sois heureux, le reste m'est absolument 
gal.

Eugnie: Il vaut mme mieux que cet objet prouve de la 
douleur, n'est-ce pas?

Dolmanc: Assurment, cela vaut beaucoup mieux; je 
vous l'ai dj dit: la rpercussion, plus active sur nous, 
dtermine bien plus nergiquement et bien plus 
promptement alors les esprits animaux  la direction qui 
leur est ncessaire pour la volupt. Ouvrez les srails de 
l'Afrique, ceux de l'Asie, ceux de votre Europe 
mridionale, et voyez si les chefs de ces harems clbres 
s'embarrassent beaucoup, quand ils bandent, de donner 
du plaisir aux individus qui leur servent; ils commandent, 
on leur obit; ils jouissent, on n'ose leur rpondre; sont-
ils satisfaits, on s'loigne. Il en est parmi eux qui 
puniraient comme un manque de respect l'audace de 
partager leur jouissance. Le roi d'Achem fait 
impitoyablement trancher la tte  la femme qui a os 
s'oublier en sa prsence au point de jouir, et trs souvent, 
il la lui coupe lui-mme. Ce despote, un des plus 
singuliers de l'Asie, n'est absolument gard que par des 
femmes; ce n'est jamais que par signes qu'il leur donne 
ses ordres; la mort la plus cruelle est la punition de celles 
qui ne l'entendent pas, et les supplices s'excutent 
toujours ou par sa main ou sous ses yeux. 
	Tout cela, ma chre Eugnie, est absolument fond 
sur des principes que je vous ai dj dvelopps. Que 
dsire-t-on quand on jouit? Que tout ce qui nous entoure 
ne s'occupe que de nous, ne pense qu' nous, ne soigne 
que nous. Si les objets qui nous servent jouissent, les 
voil ds lors bien plus srement occups d'eux que de 
nous, et notre jouissance consquemment drange. Il 
n'est point d'homme qui ne veuille tre despote quand il 
bande: il semble qu'il a moins de plaisir si les autres 
paraissent en prendre autant que lui. Par un mouvement 
d'orgueil bien naturel en ce moment, il voudrait tre le 
seul au monde qui ft susceptible d'prouver ce qu'il 
sent; l'ide de voir un autre jouir comme lui le ramne  
une sorte d'galit qui nuit aux attraits indicibles que fait 
prouver le despotisme alors [17]. Il est faux d'ailleurs 
qu'il y ait du plaisir  en donner aux autres; c'est les 
servir, cela, et l'homme qui bande est loin du dsir d'tre 
utile aux autres. En faisant du mal, au contraire, il 
prouve tous les charmes que gote un individu nerveux 
 faire usage de ses forces; il domine alors, il est tyran. 
Et quelle diffrence pour l'amour-propre! Ne croyons 
point qu'il se taise en ce cas. 
	L'acte de la jouissance est une passion qui, j'en 
conviens, subordonne  elle toutes les autres, mais qui les 
runit en mme temps. Cette envie de dominer dans ce 
moment est si forte dans la nature qu'on la reconnat 
mme dans les animaux. Voyez si ceux qui sont en 
esclavage procrent comme ceux qui sont libres. Le 
dromadaire va plus loin: il n'engendre plus s'il ne se croit 
pas seul. Essayez de le surprendre, et par consquent de 
lui montrer un matre, il fuira et se sparera sur-le-champ 
de sa compagne. Si l'intention de la nature n'tait pas que 
l'homme et cette supriorit, elle n'aurait pas cr plus 
faibles que lui les tres qu'elle lui destine dans ce 
moment-l. Cette dbilit o la nature condamna les 
femmes prouve incontestablement que son intention est 
que l'homme, qui jouit plus que jamais alors de sa 
puissance, l'exerce par toutes les violences que bon lui 
semblera, par des supplices mme, s'il le veut. La crise 
de la volupt serait-elle une espce de rage si l'intention 
de cette mre du genre humain n'tait pas que le 
traitement du cot ft le mme que celui de la colre? 
Quel est l'homme bien constitu, en un mot, l'homme 
dou d'organes vigoureux, qui ne dsirera pas, soit d'une 
faon, soit d'une autre, de molester sa jouissance alors? 
je sais bien qu'une infinit de sots, qui ne se rendent 
jamais compte de leurs sensations, comprendront mal les 
systmes que j'tablis; mais que m'apportent ces 
imbciles? ce n'est pas  eux que je parle. Plats 
adorateurs des femmes, je les laisse, aux pieds de leur 
insolente dulcine, attendre le soupir qui doit les rendre 
heureux, et, bassement esclaves du sexe qu'ils devraient 
dominer, je les abandonne aux vils charmes de porter des 
fers dont la nature leur donne le droit d'accabler les 
autres. Que ces animaux vgtent dans la bassesse qui les 
avilit: ce serait en vain que nous les prcherions. Mais 
qu'ils ne dnigrent pas ce qu'ils ne peuvent entendre, et 
qu'ils se persuadent que ceux qui ne veulent tablir leurs 
principes en ces sortes de matires que sur les lans 
d'une me vigoureuse et d'une imagination sans frein, 
comme nous le faisons, vous et moi, madame, seront 
toujours les seuls qui mriteront d'tre couts, les seuls 
qui seront faits pour leur prescrire des lois et pour leur 
donner des leons!... 
	Foutre! je bande!... Rappelez Augustin, je vous 
prie. (On sonne; il entre.) Il est inou comme le superbe 
cul de ce beau garon m'occupe la tte depuis que je 
parle! Toutes mes ides semblaient involontairement se 
rapporter  lui... Montre  mes yeux ce chef-d'oeuvre, 
Augustin... que je le baise et caresse un quart d'heure! 
Viens, bel amour, viens, que je me rende digne, dans ton 
beau cul, des flammes dont Sodome m'embrase. Il a les 
plus belles fesses... les plus blanches! Je voudrais 
qu'Eugnie,  genoux, lui sut le vit pendant ce temps-
l! Par l'attitude, elle exposerait son derrire au chevalier 
qui l'enculerait, et Mme de Saint-Ange,  cheval sur les 
reins d'Augustin, me prsenterait ses fesses  baiser; 
arme d'une poigne de verges, elle pourrait au mieux, ce 
me semble, en se courbant un peu, fouetter le chevalier, 
que cette stimulante crmonie engagerait  ne pas 
pargner notre colire. (La posture s'arrange.) Oui, c'est 
cela; tout au mieux, mes amis! en vrit, c'est un plaisir 
que de vous commander des tableaux; il n'est pas un 
artiste au monde en tat de les excuter comme vous!... 
Ce coquin a le cul d'un troit!... C'est tout ce que je peux 
faire que de m'y loger... Voulez-vous bien me permettre, 
madame, de mordre et pincer vos belles chairs pendant 
que je fous?

Mme de Saint-Ange: Tant que tu voudras, mon ami; 
mais ma vengeance est prte, je t'en avertis; je jure qu' 
chaque vexation, je te lche un pet dans la bouche.

Dolmanc: Ah sacredieu! quelle menace!... C'est me 
presser de t'offenser, ma chre. (Il la mord.) Voyons si tu 
tiendras parole! (Il reoit un pet.) Ah! foutre! dlicieux! 
dlicieux!... (Il la claque et reoit sur-le-champ un autre 
pet.) Oh! c'est divin, mon ange! Garde-m'en quelques-
uns pour l'instant de la crise... et sois sre que je te 
traiterai alors avec toute la cruaut... toute la barbarie... 
Foutre!... je n'en puis plus... je dcharge!... (Il la mord, la 
claque, et elle ne cesse de pter.) Vois-tu comme je te 
traite, coquine!... comme je te matrise... Encore celle-
ci... et celle-l... et que la dernire insulte soit  l'idole 
mme o j'ai sacrifi! (Il lui mord le trou du cul; 
l'attitude se rompt.) Et vous autres, qu'avez-vous fait, 
mes amis?

Eugnie, rendant le foutre qu'elle a dans le cul et dans 
la bouche: Hlas! mon matre... vous voyez comme vos 
lves m'ont accommode! J'ai le derrire et la bouche 
pleins de foutre, je ne dgorge que du foutre de tous les 
cts!

Dolmanc, vivement: Attendez, je veux que vous me 
rendiez dans la bouche celui que le chevalier vous a mis 
dans le cul.

Eugnie, se plaant: Quelle extravagance!

Dolmanc: Ah! rien n'est bon comme le foutre qui sort 
du fond d'un beau derrire!... C'est un mets digne des 
dieux. (Il l'avale.) Voyez le cas que j'en fais. (Se 
reportant au cul d'Augustin, qu'il baise.) Je vais vous 
demander, mesdames, la permission de passer un instant 
dans un cabinet voisin avec ce jeune homme.

Mme de Saint-Ange: Ne pouvez-vous donc pas faire ici 
tout ce qu'il vous plat avec lui?

Dolmanc, bas et mystrieusement: Non; il est de 
certaines choses qui demandent absolument des voiles.

Eugnie: Ah! parbleu! mettez-nous au fait, au moins.

Mme de Saint-Ange: Je ne le laisse pas sortir sans cela.

Dolmanc: Vous voulez le savoir?

Eugnie: Absolument!

Dolmanc, entranant Augustin: Eh bien, mesdames, je 
vais... mais, en vrit, cela ne peut pas se dire.

Mme de Saint-Ange: Est-il donc une infamie dans le 
monde que nous ne soyons dignes d'entendre et 
d'excuter?

Le Chevalier: Tenez, ma soeur, je vais vous le dire. (Il 
parle bas aux deux femmes.)

Eugnie, avec l'air de la rpugnance: Vous avez raison, 
cela est horrible.

Mme de Saint-Ange: Oh! je m'en doutais.

Dolmanc: Vous voyez bien que je devais vous taire 
cette fantaisie et vous concevez  prsent qu'il faut tre 
seul et dans l'ombre pour se livrer  de pareilles 
turpitudes.

Eugnie: Voulez-vous que j'aille avec vous? je vous 
branlerai, pendant que vous vous amuserez d'Augustin?

Dolmanc: Non, non, ceci est une affaire d'honneur et 
qui doit se passer entre hommes: une femme nous 
drangerait... A vous dans l'instant, mesdames. (Il sort, 
en entranant Augustin.)
___________

[1]	La suite de cet ouvrage nous promettant une dissertation 
bien plus tendue sur cette matire, on s'est born ici  la 
plus lgre analyse.

[2]	Si quelqu'un examine attentivement cette religion, il 
trouvera que les impits dont elle est remplie viennent en 
partie de la frocit et de l'innocence des Juifs, et en partie 
de l'indiffrence et de la confusion des gentils; au lieu de 
s'approprier ce que les peuples de l'antiquit pouvaient 
avoir de bon, les chrtiens paraissent n'avoir form leur 
religion que du mlange des vices qu'ils ont rencontrs 
partout.

[3]	Suivez l'histoire de tous les peuples: vous ne les verrez 
jamais changer le gouvernement qu'ils avaient pour un 
gouvernement monarchique, qu'en raison de l'abrutissement 
o la superstition les tient; vous verrez toujours les rois 
tayer la religion, et la religion sacrer des rois. On sait 
l'histoire de l'intendant et du cuisinier: Passez-moi le 
poivre, je vous passerai le beurre. Malheureux humains, 
tes-vous donc toujours destins  ressembler au matre de 
ces deux fripons?

[4]	Toutes les religions s'accordent  nous exalter la sagesse et 
la puissance intimes de la divinit; mais ds qu'elles nous 
exposent sa conduite, nous n'y trouvons qu'imprudence, 
que faiblesse et que folie. Dieu, dit-on, a cr le monde 
pour lui-mme, et jusqu'ici il n'a pu parvenir  s'y faire 
convenablement honorer; Dieu nous a crs pour l'adorer, 
et nous passons nos jours  nous moquer de lui! Quel 
pauvre dieu que ce dieu-l!

[5]	Il ne s'agit ici que de ceux dont la rputation est faite 
depuis longtemps.

[6]	Chaque peuple prtend que sa religion est la meilleure et 
s'appuie, pour le persuader, sur une infinit de preuves, non 
seulement discordantes entre elles, mais presque toutes 
contradictoires. Dans la profonde ignorance o nous 
sommes, quelle est celle qui peut plaire  Dieu,  supposer 
qu'il y ait un Dieu? Nous devons, si nous sommes sages, ou 
les protger toutes galement ou les proscrire toutes de 
mme; or, les proscrire est assurment le plus sr, puisque 
nous avons la certitude morale que toutes sont des 
mmeries, dont aucune ne peut plaire plus que l'autre  un 
dieu qui n'existe pas.

[7]	On a dit que l'intention de ces lgislateurs tait, en 
moussant la passion que les hommes prouvent pour une 
fille nue, de rendre plus active celle que les hommes 
prouvent quelquefois pour leur sexe. Ces sages faisaient 
montrer ce dont ils voulaient que l'on se dgott et cacher 
de qu'ils croyaient fait pour inspirer de plus doux dsirs; 
dans tous les cas, ne travaillaient-ils pas au but que nous 
venons de dire? Ils sentaient, on le voit, le besoin de 
l'immoralit dans les moeurs rpublicaines.

[8]	On sait que l'infme et sclrat Sartine composait  Louis 
XV des moyens de luxure, en lui faisant lire trois fois par 
semaine, par la Dubarry, le dtail priv et enrichi par lui de 
tout ce qui se passait dans les mauvais lieux de Paris. Cette 
branche de libertinage du Nron franais cotait trois 
millions  l'Etat!

[9]	Qu'on ne dise pas ici que je me contrarie, et qu'aprs avoir 
tabli plus haut que nous n'avions aucun droit de lier une 
femme  nous, je dtruis ces principes en disant maintenant 
que nous avons le droit de la contraindre; je rpte qu'il ne 
s'agit ici que de la jouissance et non de la proprit; je n'ai 
nul droit  la proprit de cette fontaine que je rencontre 
dans mon chemin, mais j'ai des droits certains  sa 
jouissance; j'ai le droit de profiter de l'eau limpide qu'elle 
offre  ma soif; je n'ai de mme aucun droit rel  la 
proprit de telle ou telle femme, mais j'en ai 
d'incontestables  sa jouissance; j'en ai de la contraindre  
cette jouissance si elle me la refuse par tel motif que ce 
puisse tre.

[10]	Les Babyloniennes n'attendaient pas sept ans pour porter 
leurs prmices au temple de Vnus. Le premier mouvement 
de concupiscence qu'prouve une jeune fille est l'poque 
que la nature lui indique pour se prostituer, et, sans aucune 
autre espce de considration, elle doit cder ds que sa 
nature parle; elle en outrage les lois si elle rsiste.

[11]	Les femmes ne savent pas  quel point leurs lascivits les 
embellissent. Que l'on compare deux femmes d'ge et de 
beaut  peu prs semblables, dont l'une vit dans le clibat 
et l'autre dans le libertinage], on verra combien cette 
dernire l'emportera d'clat et de fracheur; toute violence 
faite  la nature use bien plus que l'abus des plaisirs; il n'y a 
personne qui ne sache que les couches embellissent une 
femme.

[12]	Le mme voulait que les fiancs se vissent tout nus avant 
de s'pouser. Que de mariages manqueraient si cette loi 
s'excutait! On avouera que le contraire est bien ce qu'on 
appelle acheter de la marchandise sans la voir.

[13]	Oeuvres morales, Trait de l'amour.

[14]	Il faut esprer que la nation rformera cette dpense, la plus 
inutile de toutes; tout individu qui nat sans les qualits 
ncessaires pour devenir un jour utile  la rpublique n'a 
nul droit  conserver la vie, et ce qu'on peut faire de mieux 
est de la lui ter au moment o il la reoit.

[15]	La loi salique ne punissait le meurtre que d'une simple 
amende, et comme le coupable trouvait facilement les 
moyens de s'y soustraire, Childebert, roi d'Austrasie, 
dcerna, par un rglement fait  Cologne, la peine de mort 
non contre le meurtrier, mais contre celui qui se soustrairait 
 l'amende dcerne contre le meurtrier. La loi ripuaire 
n'ordonnait de mme contre cette action qu'une amende, 
proportionne  l'individu qu'il avait tu. Il en cotait fort 
cher pour un prtre: on faisait  l'assassin une tunique de 
plomb de sa taille, et il devait quivaloir en or le poids de 
cette tunique,  dfaut de quoi le coupable et sa famille 
demeuraient esclaves de l'Eglise.

[16]	Qu'on se souvienne que la guerre extrieure ne fut jamais 
propose que par l'infme Dumouriez.

[17]	La pauvret de la langue franaise nous contraint  
employer des mots que notre heureux gouvernement 
rprouve aujourd'hui avec tant de raison; nous esprons que 
nos lecteurs clairs nous entendront et ne confondront 
point l'absurde despotisme politique avec le trs luxurieux 
despotisme des passions de libertinage.


(VI) Sixime Dialogue




 




Madame de Saint-Ange, Eugnie, Le Chevalier


Mme de Saint-Ange: En vrit, mon frre, ton ami est 
bien libertin.

Le Chevalier: Je ne t'ai donc pas trompe en te le 
donnant pour tel.

Eugnie: je suis persuade qu'il n'a pas son gal au 
monde... Oh! ma bonne, il est charmant! voyons-le 
souvent, je t'en prie.

Mme de Saint-Ange: On frappe... Qui cela peut-il 
tre?... J'avais dfendu ma porte... Il faut que cela soit 
bien press... Vois ce que c'est, chevalier, je t'en prie.

Le Chevalier: Une lettre qu'apporte Lafleur; il s'est 
retir bien vite, en disant qu'il se souvenait des ordres 
que vous lui aviez donns, mais que la chose lui avait 
paru aussi importante que presse.

Mme de Saint-Ange: Ah! ah! qu'est-ce que c'est que 
ceci?... C'est de votre pre, Eugnie!

Eugnie: Mon pre!... Ah! nous sommes perdues!...

Mme de Saint-Ange: Lisons avant que de nous 
dcourager. (Elle lit.) 
	Croiriez-vous, ma belle dame, que mon 
insoutenable pouse, alarme du voyage de ma fille chez 
vous, part  l'instant pour aller la rechercher? Elle 
s'imagine tout plein de choses... qui,  supposer mme 
qu'elles fussent, ne seraient en vrit que fort simples. Je 
vous prie de la punir rigoureusement de cette 
impertinence; Je la corrigeai hier pour une semblable: 
la leon n'a pas suffi. Mystifiez-la donc d'importance, je 
vous le demande en grce, et croyez qu' quelque point 
que vous portiez les choses, je ne m'en plaindrai pas... Il 
y a si longtemps que cette catin me pse... qu'en vrit... 
Vous m'entendez? Ce que vous ferez sera bien fait, c'est 
tout ce que je peux vous dire. Elle va suivre ma lettre de 
trs prs; tenez-vous donc sur vos gardes. Adieu; je 
voudrais bien tre des vtres. Ne me renvoyez Eugnie 
qu'instruite, je vous en conjure. Je veux bien vous laisser 
faire les premires rcoltes, mais soyez assure 
cependant que vous aurez un peu travaill pour moi... 
	Eh bien! Eugnie, tu vois qu'il n'y a point trop de 
quoi s'effrayer? Il faut convenir que voil une petite 
femme bien insolente.

Eugnie: La putain!... Ah! ma chre, puisque mon papa 
nous donne carte blanche, il faut, je t'en conjure, recevoir 
cette coquine-l comme elle le mrite.

Mme de Saint-Ange: Baise-moi, mon coeur. Que je suis 
aise de te voir dans de telles dispositions!... Va, 
tranquillise-toi je rponds que nous ne l'pargnerons pas. 
Tu voulais une victime, Eugnie? en voil une que te 
donnent  la fois la nature et le sort.

Eugnie: Nous en jouirons, ma chre, nous en jouirons, 
je te le jure!

Mme de Saint-Ange: Ah! qu'il me tarde de savoir 
comment Dolmanc va prendre cette nouvelle!

Dolmanc, rentrant avec Augustin: le mieux du monde, 
mesdames; je n'tais pas assez loin de vous pour ne pas 
vous entendre; je sais tout... Mme de Mistival arrive on 
ne saurait plus  propos... Vous tes bien dcide, 
j'espre,  remplir les vues de son mari?

Eugnie,  Dolmanc: Les remplir?... les outrepasser, 
mon cher!... Ah! que la terre s'effondre sous moi si vous 
me voyez faiblir, quelles que soient les horreurs 
auxquelles vous condamniez cette gueuse!... Cher ami, 
charge-toi de diriger tout cela, je t'en prie.

Dolmanc: Laissez faire votre amie et moi; obissez 
seulement, vous autres, c'est tout ce que nous vous 
demandons... Ah! l'insolente crature! Je n'ai jamais rien 
vu de semblable!...

Mme de Saint-Ange: C'est d'un maladroit!... Eh bien, 
nous remettons-nous un peu plus dcemment pour la 
recevoir?

Dolmanc: Au contraire; il faut que rien, ds qu'elle 
entrera, ne puisse l'empcher d'tre sre de la manire 
dont nous faisons passer le temps  sa fille. Soyons tous 
dans le plus grand dsordre.

Mme de Saint-Ange: J'entends du bruit; c'est elle. 
Allons, courage, Eugnie! rappelle-toi bien nos 
principes... Ah! sacredieu! la dlicieuse scne!...






 


(VII) Septime et Dernier Dialogue




 




Madame de Saint-Ange, Eugnie, Le Chevalier, 
Augustin, Dolmanc, Madame de Mistival


Mme de Mistival,  Mme de Saint-Ange: Je vous prie de 
m'excuser, madame, si j'arrive chez vous sans vous 
prvenir; mais on dit que ma fille y est, et, comme son 
ge ne permet pas encore qu'elle aille seule, je vous prie, 
madame, de vouloir bien me la rendre et de ne pas 
dsapprouver ma dmarche.

Mme de Saint-Ange: Cette dmarche est des plus 
impolies, madame; on dirait,  vous entendre, que votre 
fille est en mauvaises mains.

Mme de Mistival: Ma foi! S'il faut en juger par l'tat o 
je la trouve, elle, vous et votre compagnie, madame, je 
crois que je n'ai pas grand tort de la juger fort mal ici.

Dolmanc: Ce dbut est impertinent, madame, et, sans 
connatre prcisment des degrs de liaison qui existent 
entre Mme de Saint-Ange et vous, je ne vous cache pas 
qu' sa place je vous aurais dj fait jeter par les fentres.

Mme de Mistival: Qu'appelez-vous jeter par les 
fentres? Apprenez, monsieur, qu'on n'y jette pas une 
femme comme moi! J'ignore qui vous tes, mais aux 
propos que vous tenez,  l'tat dans lequel vous voil, il 
est ais de juger vos moeurs. Eugnie, suivez-moi!

Eugnie: Je vous demande pardon, madame, mais je ne 
puis avoir cet honneur.

Mme de Mistival: Quoi! ma fille me rsiste!

Dolmanc: Elle vous dsobit formellement mme, 
comme vous le voyez, madame. Croyez-moi, ne souffrez 
point cela. Voulez-vous que j'envoie chercher des verges 
pour corriger cette enfant indocile?

Eugnie: J'aurais bien peur, s'il en venait, qu'elles ne 
servissent plutt  madame qu' moi!

Mme de Mistival: L'impertinente crature!

Dolmanc, s'approchant de Mme de Mistival: 
Doucement, mon coeur, point d'invectives ici; nous 
protgeons tous Eugnie, et vous pourriez vous repentir 
de vos vivacits avec elle.

Mme de Mistival: Quoi! ma fille me dsobirait et je ne 
pourrais pas lui faire sentir les droits que j'ai sur elle!

Dolmanc: Et quels sont-ils, ces droits, je vous prie 
madame? Vous flattez-vous de leur lgitimit? Quand M. 
de Mistival, ou je ne sais qui, vous lana dans le vagin 
les gouttes de foutre qui firent clore Eugnie, l'aviez-
vous en vue pour lors? Non, n'est-ce pas? Eh bien, quel 
gr voulez-vous qu'elle vous sache aujourd'hui pour avoir 
dcharg quand on foutait votre vilain con? Apprenez, 
madame, qu'il n'est rien de plus illusoire que les 
sentiments du pre ou de la mre pour les enfants, et de 
ceux-ci pour les auteurs de leurs jours. Rien ne fonde, 
rien n'tablit de pareils sentiments, en usage ici, dtests 
l, puisqu'il est des pays o les parents tuent leurs 
enfants, d'autres o ceux-ci gorgent ceux de qui ils 
tiennent la vie. Si les mouvements d'amour rciproque 
taient dans la nature, la force du sang ne serait plus 
chimrique, et sans s'tre vus, sans s'tre connus 
mutuellement, les parents distingueraient, adoreraient 
leurs fils, et, rversiblement, ceux-ci, au milieu de la plus 
grande assemble, discerneraient leurs pres inconnus, 
voleraient dans leurs bras, et les adoreraient. Que 
voyons-nous au lieu de tout cela? Des haines rciproques 
et invtres; des enfants qui, mme avant l'ge de 
raison, n'ont jamais pu souffrir la vue de leurs pres; des 
pres loignant leurs enfants d'eux parce que jamais ils 
ne purent en soutenir l'approche! Ces prtendus 
mouvements sont donc illusoires, absurdes; l'intrt seul 
les imagina, l'usage les prescrivit, l'habitude les soutint, 
mais la nature jamais ne les imprima dans nos coeurs. 
Voyez si les animaux les connaissent; non, sans doute; 
c'est pourtant toujours eux qu'il faut consulter quand on 
veut connatre la nature. O pres! soyez donc bien en 
repos sur les prtendues injustices que vos passions ou 
vos intrts vous conduisent  faire  ces tres, nuls pour 
vous, auxquels quelques gouttes de votre sperme ont 
donn le jour; vous ne leur devez rien, vous tes au 
monde pour vous et non pour eux; vous seriez bien fous 
de vous gner, ne vous occupez que de vous: ce n'est que 
pour vous que vous devez vivre; et vous, enfants, bien 
plus dgags, s'il se peut encore, de cette pit filiale 
dont la base est une vraie chimre, persuadez-vous de 
mme que vous ne devez rien non plus  ces individus 
dont le sang vous a mis au jour. Piti, reconnaissance, 
amour, aucun de ces sentiments ne leur est d; ceux qui 
vous ont donn l'tre n'ont pas un seul titre pour les 
exiger de vous; ils ne travaillaient que pour eux, qu'ils 
s'arrangent; mais la plus grande de toutes les duperies 
serait de leur donner ou des soins ou des secours que 
vous ne leur devez sous aucun rapport; rien ne vous en 
prescrit la loi, et, si par hasard, vous vous imaginiez en 
dmler l'organe, soit dans les inspirations de l'usage, soit 
dans celles des effets moraux du caractre, touffez sans 
remords des sentiments absurdes... des sentiments 
locaux, fruits des moeurs climatrales que la nature 
rprouve et que dsavoua toujours la raison!

Mme de Mistival: Eh quoi! les soins que j'ai eus d'elle, 
l'ducation que je lui ai donne!...

Dolmanc: Oh! pour les soins, ils ne sont jamais les 
fruits que de l'usage ou de l'orgueil; n'ayant rien fait de 
plus pour elle que ce que prescrivent les moeurs du pays 
que vous habitez, assurment Eugnie ne vous doit rien. 
Quant  l'ducation, il faut qu'elle ait t bien mauvaise, 
car nous sommes obligs de refondre ici tous les 
principes que vous lui avez inculqus; il n'y en a pas un 
seul qui tienne  son bonheur, pas un qui ne soit absurde 
ou chimrique. Vous lui avez parl de Dieu, comme s'il y 
en avait un; de vertu, comme si elle tait ncessaire; de 
religion, comme si tous les cultes religieux taient autre 
chose que le rsultat de l'imposture du plus fort et de 
l'imbcillit du plus faible; de Jsus-Christ, comme si ce 
coquin-l tait autre chose qu'un fourbe et qu'un sclrat! 
Vous lui avez dit que foutre tait un pch, tandis que 
foutre est la plus dlicieuse action de la vie; vous avez 
voulu lui donner des moeurs, comme si le bonheur d'une 
jeune fille n'tait pas dans la dbauche et l'immoralit, 
comme si la plus heureuse de toutes les femmes ne devait 
pas tre incontestablement celle qui est la plus vautre 
dans l'ordure et le libertinage, celle qui brave le mieux 
tous les prjugs et qui se moque le plus de la rputation! 
Ah! dtrompez-vous, dtrompez-vous, madame! vous 
n'avez rien fait pour votre fille, vous n'avez rempli  son 
gard aucune obligation dicte par la nature: Eugnie ne 
vous doit donc que de la haine.

Mme de Mistival: Juste ciel! mon Eugnie est perdue, 
cela est clair... Eugnie, ma chre Eugnie, entends pour 
la dernire fois les supplications de celle qui t'a donn la 
vie; ce ne sont plus des ordres, mon enfant, ce sont des 
prires; il n'est malheureusement que trop vrai que tu es 
ici avec des monstres; arrache-toi de ce commerce 
dangereux, et suis-moi, je te le demande  genoux! (Elle 
s'y jette.)

Dolmanc: Ah! bon! voil une scne de larmes!... 
Allons, Eugnie, attendrissez-vous!

Eugnie,  moiti nue, comme on doit s'en souvenir: 
Tenez, ma petite maman, je vous apporte mes fesses... 
les voil positivement au niveau de votre bouche; baisez-
les, mon coeur, sucez-les, c'est tout ce qu'Eugnie peut 
faire pour vous... Souviens-toi, Dolmanc, que je me 
montrerai toujours digne d'tre ton lve.

Mme de Mistival, repoussant Eugnie avec horreur: 
Ah! monstre! Va, je te renie  jamais pour ma fille!

Eugnie: Joignez-y mme votre maldiction, ma trs 
chre mre, si vous le voulez, afin de rendre la chose 
plus touchante, et vous me verrez toujours du mme 
flegme.

Dolmanc: Oh! doucement, doucement, madame; il y a 
une insulte ici; vous venez  nos yeux de repousser un 
peu trop durement Eugnie; je vous ai dit qu'elle tait 
sous notre sauvegarde; il faut une punition  ce crime; 
ayez la bont de vous dshabiller toute nue pour recevoir 
celle que mrite votre brutalit.

Mme de Mistival: Me dshabiller!...

Dolmanc: Augustin, sers de femme de chambre  
madame, puisqu'elle rsiste. (Augustin se met 
brutalement  l'ouvrage; elle se dfend.)

Mme de Mistival,  Mme de Saint-Ange: Oh! ciel! o 
suis-je? Mais, madame, songez-vous donc  ce que vous 
permettez qu'on me fasse chez vous? Imaginez-vous 
donc que je ne me plaindrai pas de pareils procds?

Mme de Saint-Ange: Il n'est pas bien certain que vous le 
puissiez.

Mme de Mistival: Oh! grand Dieu! l'on va donc me tuer 
ici!

Dolmanc: Pourquoi pas?

Mme de Saint-Ange: Un moment, messieurs. Avant que 
d'exposer  vos yeux le corps de cette charmante beaut, 
il est bon que je vous prvienne de l'tat dans lequel vous 
allez le trouver. Eugnie vient de me tout dire  l'oreille: 
hier, son mari lui donna le fouet  tour de bras, pour 
quelques petites fautes de mnage... et vous allez, 
m'assure Eugnie, trouver ses fesses comme du taffetas 
chin.

Dolmanc, ds que Mme de Mistival est nue: Ah! 
parbleu: rien n'est plus vritable. Je ne vis, je crois, 
jamais un corps plus maltrait que celui-l... Comment, 
morbleu! mais elle en a autant par-devant que par-
derrire!... Voil pourtant un fort beau cul. (Il le baise et 
le manie.)

Mme de Mistival: Laissez-moi, laissez-moi, ou je vais 
crier au secours!

Mme de Saint-Ange, s'approchant d'elle et la saisissant 
par le bras: Ecoute, putain! je vais  la fin t'instruire!... 
Tu es pour nous une victime envoye par ton mari mme; 
il faut que tu subisses ton sort; rien ne saurait t'en 
garantir... Quel sera-t-il? je n'en sais rien! peut-tre seras-
tu pendue, roue, cartele, tenaille, brle vive; le 
choix de ton supplice dpend de ta fille; c'est elle qui 
prononcera ton arrt. Mais tu souffriras, catin! Oh! oui, 
tu ne seras immole qu'aprs avoir subi une infinit de 
tourments pralables. Quant  tes cris, je t'en prviens, ils 
seraient inutiles: on gorgerait un boeuf dans ce cabinet 
que ses beuglements ne seraient pas entendus. Tes 
chevaux, tes gens, tout est dj parti. Encore une fois, ma 
belle, ton mari nous autorise  ce que nous faisons, et la 
dmarche que tu fais n'est qu'un pige tendu  ta 
simplicit, et dans lequel tu vois qu'il est impossible de 
mieux tomber.

Dolmanc: J'espre que voil madame parfaitement 
tranquillise, maintenant.

Eugnie: La prvenir  ce point est assurment ce qui 
s'appelle avoir des gards!

Dolmanc, lui palpant et lui claquant toujours les fesses: 
En vrit, madame, on voit que vous avez une amie 
chaude dans Mme de Saint-Ange... O en trouver 
maintenant de cette franchise? C'est qu'elle vous parle 
avec une vrit!... Eugnie, venez mettre vos fesses  
ct de celles de votre mre... que je compare vos deux 
culs. (Eugnie obit.) Ma foi le tien est beau ma chre; 
mais pardieu! celui de la maman n'est pas mal encore... Il 
faut qu'un instant je m'amuse  les foutre tous les deux... 
Augustin, contenez madame.

Mme de Mistival: Ah! juste ciel, quel outrage!

Dolmanc, allant toujours son train et commenant par 
enculer la mre: Eh! point du tout, rien de plus simple... 
Tenez,  peine l'avez-vous senti!... Ah! comme on voit 
que votre mari s'est souvent servi de cette route! A ton 
tour, Eugnie... Quelle diffrence!... L, me voil 
content; je ne voulais que peloter, pour me mettre en 
train... Un peu d'ordre, maintenant. Premirement, 
mesdames, vous, Saint-Ange, et vous, Eugnie, ayez la 
bont de vous armer de godemichs afin de porter tour  
tour  cette respectable dame, soit en con, soit en cul, les 
plus redoutables coups. Le chevalier, Augustin et moi, 
agissant de nos propres membres, nous vous relaierons 
avec exactitude. Je vais commencer, et comme vous le 
croyez bien, c'est encore une fois son cul qui va recevoir 
mon hommage. Pendant la jouissance, chacun sera 
matre de la condamner  tel supplice que bon lui 
semblera, en observant d'aller par gradation, afin de ne la 
point crever tout d'un coup... Augustin, console-moi, je 
t'en prie, en m'enculant, de l'obligation o je suis de 
sodomiser cette vieille vache. Eugnie, fais-moi baiser 
ton beau derrire, pendant que je fous celui de ta maman, 
et vous, madame, approchez le vtre, que je le manie... 
que je le socratise... Il faut tre entour de culs, quand 
c'est un cul qu'on fout.

Eugnie: Que vas-tu faire, mon ami, que vas-tu faire  
cette garce? A quoi vas-tu la condamner, en perdant ton 
sperme?

Dolmanc, toujours fouettant: La chose du monde la 
plus naturelle: je vais l'piler et lui meurtrir les cuisses  
force de pinures.

Mme de Mistival, recevant cette vexation: Ah! le 
monstre! le sclrat! il m'estropie!... juste ciel!...

Dolmanc: Ne l'implore pas, ma mie: il sera sourd  ta 
voix, comme il l'est  celle de tous les hommes; jamais ce 
ciel puissant ne s'est ml d'un cul.

Mme de Mistival: Ah! comme vous me faites mal!

Dolmanc: Incroyables effets des bizarreries de l'esprit 
humain!... Tu souffres, ma chre, tu pleures, et moi je 
dcharge... Ah! double gueuse! je t'tranglerais, si je n'en 
voulais laisser le plaisir aux autres. A toi, Saint-Ange. 
(Mme de Saint-Ange l'encule et l'enconne avec son 
godemich; elle lui donne quelques coups de poing; le 
chevalier succde; il parcourt de mme les deux routes, 
et la soufflette en dchargeant. Augustin vient ensuite; Il 
agit de mme et termine par quelques chiquenaudes, 
quelques nasardes. Dolmanc, pendant ces diffrentes 
attaques, a parcouru de son engin les culs de tous les 
agents, en les excitant de ses propos.) Allons, belle 
Eugnie, foutez votre mre; enconnez-la d'abord!

Eugnie: Venez, belle maman, venez, que je vous serve 
de mari. Il est un peu plus gros que celui de votre poux, 
n'est-ce pas, ma chre? N'importe, il entrera... Ah! tu 
cries, ma mre, tu cries, quand ta fille te fout!... Et toi, 
Dolmanc, tu m'encules!... Me voil donc  la fois 
incestueuse, adultre, sodomite, et tout cela pour une fille 
qui n'est dpucele que d'aujourd'hui!... Que de progrs, 
mes amis!... avec quelle rapidit je parcours la route 
pineuse du vice!... Oh! je suis une fille perdue!... Je 
crois que tu dcharges, ma douce mre?... Dolmanc, 
vois ses yeux!... n'est-il pas certain qu'elle dcharge?... 
Ah, garce! je vais t'apprendre  tre libertine!... Tiens, 
gueuse! tiens!... (Elle lui presse et fltrit la gorge.) Ah! 
fous, Dolmanc... fous, mon doux ami, je me meurs!... 
(Eugnie donne, en dchargeant, dix ou douze coups de 
poing sur le sein et dans les flancs de sa mre.)

Mme de Mistival, perdant connaissance: Ayez piti de 
moi, je vous en conjure... Je me trouve mal... je 
m'vanouis... (Mme de Saint-Ange veut la secourir; 
Dolmanc s'y oppose.)

Dolmanc: Eh! non, non, laissez-la dans cette syncope: il 
n'y a rien de si lubrique  voir qu'une femme vanouie; 
nous la fouetterons pour la rendre  la lumire... Eugnie, 
venez vous tendre sur le corps de la victime... C'est ici 
o je vais reconnatre si vous tes ferme. Chevalier, 
foutez-la sur le sein de sa mre en dfaillance, et qu'elle 
nous branle Augustin et moi, de chacune de ses mains. 
Vous, Saint-Ange, branlez-la pendant qu'on la fout.

Le Chevalier: En vrit, Dolmanc, ce que vous nous 
faites faire est horrible; c'est outrager  la fois la nature, 
le ciel et les plus saintes lois de l'humanit.

Dolmanc: Rien ne me divertit comme les solides lans 
de la vertu du chevalier. O diable voit-il dans tout ce 
que nous faisons le moindre outrage  la nature, au ciel et 
 l'humanit? Mon ami, c'est de la nature que les rous 
tiennent les principes qu'ils mettent en action. je t'ai dj 
dit mille fois que la nature, qui, pour le parfait maintien 
des lois de son quilibre, a tantt besoin de vices et tantt 
besoin de vertus, nous inspire tour  tour le mouvement 
qui lui est ncessaire; nous ne faisons donc aucune 
espce de mal en nous livrant  ces mouvements, de telle 
sorte que l'on puisse les supposer. A l'gard du ciel, mon 
cher chevalier, cesse donc, je te prie, d'en craindre les 
effets: un seul moteur agit dans l'univers, et ce moteur, 
c'est la nature. Les miracles, ou plutt les effets 
physiques de cette mre du genre humain, diffremment 
interprts par les hommes, ont t difis par eux sous 
mille formes plus extraordinaires les unes que les autres; 
des fourbes ou des intrigants, abusant de la crdulit de 
leurs semblables, ont propag leurs ridicules rveries: et 
voil ce que le chevalier appelle le ciel, voil ce qu'il 
craint d'outrager!... Les lois de l'humanit, ajoute-t-il, 
sont violes par les fadaises que nous nous permettons! 
Retiens donc une fois pour toutes, homme simple et 
pusillanime, que ce que les sots appellent l'humanit n'est 
qu'une faiblesse ne de la crainte et de l'gosme; que 
cette chimrique vertu, n'enchanant que les hommes 
faibles, est inconnue de ceux dont le stocisme, le 
courage et la philosophie forment le caractre. Agis 
donc, chevalier, agis donc sans rien craindre; nous 
pulvriserions cette catin qu'il n'y aurait pas encore le 
soupon d'un crime. Les crimes sont impossibles  
l'homme. La nature, en lui inculquant l'irrsistible dsir 
d'en commettre, sut prudemment loigner d'eux les 
actions qui pouvaient dranger ses lois. Va, sois sr, mon 
ami, que tout le reste est absolument permis et qu'elle n'a 
pas t absurde au point de nous donner le pouvoir de la 
troubler ou de la dranger dans sa marche. Aveugles 
instruments de ses inspirations, nous dictt-elle 
d'embraser l'univers, le seul crime serait d'y rsister, et 
tous les sclrats de la terre ne sont que les agents de ses 
caprices... Allons, Eugnie, placez-vous... Mais, que 
vois-je!... elle plit!...

Eugnie, s'tendant sur sa mre: Moi, plir! Sacredieu! 
vous allez bien voir que non! (L'attitude s'excute; Mme 
de Mistival est toujours en syncope. Quand le chevalier a 
dcharg, le groupe se rompt.)

Dolmanc: Quoi! la garce n'est pas encore revenue! Des 
verges! des verges!... Augustin, va vite me cueillir une 
poigne d'pines dans le jardin. (En attendant, il la 
soufflette et lui donne des camouflets.) Oh! par ma foi, je 
crains qu'elle ne soit morte: rien ne russit.

Eugnie, avec humeur: Morte! morte! Quoi! il faudrait 
que je portasse le deuil cet t, moi qui ai fait faire de si 
jolies robes!

Mme de Saint-Ange, clatant de rire: Ah! le petit 
monstre!...

Dolmanc, prenant les pines de la main d'Augustin, qui 
rentre: Nous allons voir l'effet de ce dernier remde. 
Eugnie, sucez mon vit pendant que je travaille  vous 
rendre une mre, et qu'Augustin me rende les coups que 
je vais porter. Je ne serais point fch, chevalier, de te 
voir enculer ta soeur: tu te placeras de manire  ce que 
je puisse te baiser les fesses pendant l'opration.

Le Chevalier: Obissons, puisqu'il n'est aucun moyen de 
persuader ce sclrat que tout ce qu'il nous fait faire est 
affreux. (Le tableau s'arrange;  mesure que Mme de 
Mistival est fouette, elle revient  la vie.)

Dolmanc: Eh bien! voyez-vous l'effet de mon remde? 
Je vous avais bien dit qu'il tait sr.

Mme de Mistival, ouvrant les yeux: Oh! ciel! pourquoi 
me rappelle-t-on du sein des tombeaux? Pourquoi me 
rendre aux horreurs de la vie?

Dolmanc, toujours flagellant: Eh! vraiment, ma petite 
mre, c'est que tout n'est pas dit. Ne faut-il pas que vous 
entendiez votre arrt?... ne faut-il pas qu'il s'excute?... 
Allons, runissons-nous autour de la victime, qu'elle se 
tienne  genoux au milieu du cercle et qu'elle coute en 
tremblant ce qui va lui tre annonc. Commencez, 
madame de Saint-Ange. Les prononcs suivants se font 
pendant que les acteurs sont toujours en action.

Mme de Saint-Ange: Je la condamne  tre pendue.

Le Chevalier: Coupe, comme chez les Chinois, en 
vingt-quatre mille morceaux.

Augustin: Tenez, moi, je la tiens quitte pour tre rompue 
vive.

Eugnie: Ma belle petite maman sera larde avec des 
mches de soufre, auxquelles je me chargerai de mettre 
le feu en dtail. (Ici l'attitude se rompt.)

Dolmanc, de sang-froid: Eh bien, mes amis, en ma 
qualit de votre instituteur, moi j'adoucis l'arrt; mais la 
diffrence qui va se trouver entre mon prononc et le 
vtre, c'est que vos sentences n'taient que les effets 
d'une mystification mordante, au lieu que la mienne va 
s'excuter. J'ai l-bas un valet muni d'un des plus beaux 
membres qui soient peut-tre dans la nature, mais 
malheureusement distillant le virus et rong d'une des 
plus terribles vroles qu'on ait encore vues dans le 
monde. Je vais le faire monter: il lancera son venin dans 
les deux conduits de la nature de cette chre et aimable 
dame, afin qu'aussi longtemps que dureront les 
impressions de cette cruelle maladie, la putain se 
souvienne de ne pas dranger sa fille quand elle se fera 
foutre. (Tout le monde applaudit; on fait monter le valet. 
Dolmanc au valet:) Lapierre, foutez cette femme-l; 
elle est extraordinairement saine; cette jouissance peut 
vous gurir: le remde n'est pas sans exemple.

Lapierre: Devant tout le monde, monsieur?

Dolmanc: As-tu peur de nous montrer ton vit?

Lapierre: Non, ma foi! car il est fort beau... Allons, 
madame, ayez la bont de vous tenir, s'il vous plat.

Mme de Mistival: Oh! juste ciel! quelle horrible 
condamnation!

Eugnie: Cela vaut mieux que de mourir, maman; au 
moins, je porterai mes jolies robes cet t!

Dolmanc: Amusons-nous pendant ce temps-l; mon 
avis serait de nous flageller tous: Mme de Saint-Ange 
trillera Lapierre, pour qu'il enconne fermement Mme de 
Mistival; j'trillerai Mme de Saint-Ange, Augustin 
m'trillera, Eugnie trillera Augustin et sera fouette 
elle-mme trs vigoureusement par le chevalier. (Tout 
s'arrange. Quand Lapierre a foutu le con, son matre lui 
ordonne de foutre le cul, et il le fait. Dolmanc, quand 
tout est fini:) Bon! sors, Lapierre. Tiens, voil dix louis. 
Oh! parbleu! voil une inoculation comme Tronchin n'en 
fit de ses jours!

Mme de Saint-Ange: Je crois qu'il est maintenant trs 
essentiel que le venin qui circule dans les veines de 
madame ne puisse s'exhaler; en consquence, il faut 
qu'Eugnie vous couse avec soin et le con et le cul, pour 
que l'humeur virulente, plus concentre, moins sujette  
s'vaporer, vous calcine les os plus promptement.

Eugnie: L'excellente chose! Allons, allons, des 
aiguilles, du fil!... Ecartez vos cuisses, maman, que je 
vous couse, afin que vous ne me donniez plus ni frres ni 
soeurs. (Mme de Saint-Ange donne  Eugnie une 
grande aiguille, o tient un gros fil rouge cir; Eugnie 
coud.)

Mme de Mistival: Oh! ciel! quelle douleur!

Dolmanc, riant comme un fou: Parbleu! l'ide est 
excellente; elle te fait honneur, ma chre; je ne l'aurais 
jamais trouve.

Eugnie, piquant de temps en temps les lvres du con, 
dans l'intrieur et quelquefois le ventre et la motte: Ce 
n'est rien que cela, maman; c'est pour essayer mon 
aiguille.

Le Chevalier: La petite putain va la mettre en sang!

Dolmanc, se faisant branler par Mme de Saint-Ange, 
en face de l'opration: Ah! sacredieu! comme cet cart-l 
me fait bander! Eugnie, multipliez vos points, pour que 
cela tienne mieux.

Eugnie: J'en ferai plus de deux cents, s'il le faut... 
Chevalier, branlez-moi pendant que j'opre.

Le Chevalier, obissant: Jamais on ne vit une petite fille 
aussi coquine que cela!

Eugnie, trs enflamme: Point d'invectives, chevalier, 
ou je vous pique! Contentez-vous de me chatouiller 
comme il faut. Un peu le cul, mon ange, je t'en prie; n'as-
tu donc qu'une main? Je n'y vois plus, je vais faire des 
points tout de travers... Tenez, voyez jusqu'o mon 
aiguille s'gare jusque sur les cuisses, les ttons... Ah! 
foutre! quel plaisir!...

Mme de Mistival: Tu me dchires, sclrate!... Que je 
rougis de t'avoir donn l'tre!

Eugnie: Allons, la paix, petite maman! Voil qui est 
fini.

Dolmanc, sortant bandant des mains de Mme de Saint-
Ange: Eugnie, cde-moi le cul, c'est ma partie.

Mme de Saint-Ange: Tu bandes trop, Dolmanc, tu vas 
la martyriser.

Dolmanc: Qu'importe! n'en avons-nous pas la 
permission par crit? (Il la couche sur le ventre, prend 
une aiguille et commence  lui coudre le trou du cul.)

Mme de Mistival, criant comme un diable: Ahe! ahe! 
ah!...

Dolmanc, lui plantant trs avant dans les chairs: Tais-
toi donc, garce! ou je te mets les fesses en marmelade... 
Eugnie, branle-moi!...

Eugnie: Oui, mais  condition que vous piquerez plus 
fort, car vous conviendrez que c'est la mnager beaucoup 
trop. (Elle le branle.)

Mme de Saint-Ange: Travaillez-moi donc un peu ces 
deux grosses fesses-l!

Dolmanc: Patience, je vais bientt la larder comme une 
culotte de boeuf; tu oublies tes leons, Eugnie, tu 
recalottes mon vit!

Eugnie: C'est que les douleurs de cette gueuse-l 
enflamment mon imagination, au point que je ne sais plus 
exactement ce que je fais.

Dolmanc: Sacr foutredieu! je commence  perdre la 
tte. Saint-Ange, qu'Augustin t'encule devant moi, je t'en 
prie, pendant que ton frre t'enconnera, et que je voie des 
culs, surtout: ce tableau-l va m'achever. (Il pique les 
fesses, pendant que l'attitude qu'il a demande 
s'arrange.) Tiens, chre maman, reois celle-ci, et encore 
celle-l!... (Il la pique en plus de vingt endroits.)

Mme de Mistival: Ah! pardon, monsieur! mille et mille 
fois pardon! vous me faites mourir!

Dolmanc, gar par le plaisir: Je le voudrais... Il y a 
longtemps que je n'ai si bien band; je ne l'aurais pas cru 
aprs tant de dcharges.

Mme de Saint-Ange, excutant l'attitude demande: 
Sommes-nous bien ainsi, Dolmanc?

Dolmanc: Qu'Augustin tourne un peu  droite; je ne 
vois pas assez le cul; qu'il se penche je veux voir le trou.

Eugnie: Ah! foutre! voil la bougresse en sang!

Dolmanc: Il n'y a pas de mal. Allons, tes-vous prts, 
vous autres? Pour moi dans un instant, j'arrose du baume 
de la vie les plaies que je viens de faire.

Mme de Saint-Ange: Oui, Oui, mon coeur, je 
dcharge... nous arrivons au but en mme temps que toi.

Dolmanc, qui a fini son opration, ne fait que 
multiplier ses piqres sur les fesses de la victime, en 
dchargeant: Ah! triple foutredieu! mon sperme coule... 
il se perd, sacredieu... Eugnie, dirige-le donc sur les 
fesses que je martyrise... Ah! foutre! foutre! c'est fini... je 
n'en puis plus!... Pourquoi faut-il que la faiblesse succde 
 des passions si vives!

Mme de Saint-Ange: Fous! fous-moi, mon frre, je 
dcharge!... (A Augustin:) Remue-toi donc, jean-foutre! 
Ne sais-tu donc pas que c'est quand je dcharge qu'il faut 
entrer le plus avant dans mon cul?... Ah! sacr nom d'un 
dieu! qu'il est doux d'tre ainsi foutue par deux hommes! 
(Le groupe se rompt.)

Dolmanc: Tout est dit. (A Mme de Mistival.) Putain! tu 
peux te rhabiller et partir maintenant quand tu le voudras. 
Apprends que nous tions autoriss par ton poux mme 
 tout ce que nous venons de faire. Nous te l'avons dit, tu 
ne l'as pas cru: lis-en la preuve. (Il lui montre la lettre.) 
Que cet exemple serve  te rappeler que ta fille est en 
ge de faire ce qu'elle veut; qu'elle aime  foutre, qu'elle 
est ne pour foutre, et que, si tu ne veux pas tre foutue 
toi-mme, le plus court est de la laisser faire. Sors; le 
chevalier va te ramener. Salue la compagnie, putain! 
Mets-toi  genoux devant ta fille, et demande-lui pardon 
de ton abominable conduite envers elle... Vous, Eugnie, 
appliquez deux bons soufflets  madame votre mre et, 
sitt qu'elle sera sur le seuil de la porte, faites-le-lui 
passer  grands coups de pied dans le cul. (Tout 
s'excute.) Adieu, chevalier; ne va foutre madame en 
chemin, souviens-toi qu'elle est cousue et qu'elle a la 
vrole. (Quand tout est sorti.) Pour nous, mes amis, 
allons nous mettre  table et, de l, tous quatre dans le 
mme lit. Voil une bonne journe! Je ne mange jamais 
mieux, je ne dors jamais plus en paix que quand je me 
suis suffisamment souill dans le jour de ce que les sots 
appellent des crimes.

LA PHILOSOPHIE DANS LE BOUDOIR

- Page 261 -


 Ceci provient du site gratuit des HISTOIRES TABOUES cr en 1999 par Pedinc.

http://www.asstr.org/~histoires/  ou  http://go.to/histoires

Vous y trouverez la plus grande collection d'histoires en franais sur le sujet.

N'oubliez jamais que cela doit rester des fantasmes ...
Forcer un enfant au sexe dans la vie relle mrite la prison !

-------------------------------------------------------------------------------
Cette oeuvre reste la proprit de son auteur.
Sauf si stipul autrement, vous pouvez la republier sur un autre site gratuit
 condition de ne rien modifier et de laisser les notices de dbut et de fin.
-------------------------------------------------------------------------------

