LA NOUVELLE JUSTINE (par le Marquis de Sade) (nc)
Ou les Infortunes de la Vertu


title: LA NOUVELLE JUSTINE
part: Complete
author: le Marquis de Sade
keywords: nc
language: Francais
age: 14 ans
published: 15/11/2002


Histoire envoye  notre site des 'Histoires Taboues' le 10 octobre 2002.
( http://www.asstr.org/~histoires/ ou http://go.to/histoires )


Virtuous Justine's debaucheries add up to the most obscene book in its time.
The poor girl even cums...




I	INTRODUCTION - JUSTINE LANCEE

II	NOUVEAUX OUTRAGES DIRIGES CONTRE LA VERTU DE JUSTINE - COMMENT LA MAIN DU CIEL 
LA RECOMPENSE DE SON INVIOLABLE ATTACHEMENT A SES DEVOIRS

III	EVENEMENT QUI BRISE LES FERS DE JUSTINE - QUELLE EST LA SOCIETE QUI L'ENTRAINE - 
NOUVEAUX DANGERS QUE COURT SA PUDEUR - INFAMIES DONT ELLE EST TEMOIN - COMMENT 
ET AVEC QUI ELLE ECHAPPE AUX SCELERATS AUXQUELS SON ETOILE L'ENCHAINAIT

IV	INGRATITUDE - SPECTACLE SINGULIER - RENCONTRE INTERESSANTE - UNE NOUVELLE PLACE - 
IRRELIGION - IMMORALITE - IMPIETE FILIALE - ETAT DU COEUR DE JUSTINE

V	PROJET D'UN CRIME EXECRABLE - EFFORTS POUR LE PREVENIR - SOPHISMES DE CELUI QUI 
LE CONOIT - PRELIMINAIRES, EXECUTION DE CETTE HORREUR - JUSTINE S'ECHAPPE.

VI	CE QUE C'EST QUE LE NOUVEL ASILE OFFERT A NOTRE INFORTUNEE - SORTE D'HOSPITALITE 
QU'ELLE REOIT - AVENTURE EPOUVANTABLE

VII	SUITE DE LA MALHEUREUSE ETOILE DE JUSTINE - RECONNAISSANCE - COMMENT L'ETRE 
SUPREME LA DEDOMMAGE DE SES PROJETS PIEUX

VIII	PORTRAITS - DETAILS - INSTALLATION

IX	SUITE DE DETAILS - LOIS, MOEURS, USAGES DE LA MAISON OU JUSTINE SE TROUVE

X	DISSERTATION PHILOSOPHIQUE - SUITE DES AVENTURES DU COUVENT

XI	HISTOIRE DE JEROME

XII	FIN DES AVENTURES DU COUVENT - COMMENT JUSTINE LE QUITTE - AUBERGE OU LES 
VOYAGEURS FERONT BIEN DE NE PAS S'ARRETER

XIII	SUITE ET FIN DES AVENTURES DE L'AUBERGE - RECONNAISSANCE - DEPART

XIV	CE QUI SE PASSE AU CHATEAU - DISSERTATION SUR LES FEMMES

XV	PORTRAITS DE CES PERSONNAGES - ORGIES D'UN GENRE NEUF

XVI	FIN DES ORGIES - DISSERTATION - COMMENT LA SOCIETE SE SEPARE - FUITE DE JUSTINE

XVII	RENCONTRE SINGULIERE - PROPOSITION REFUSEE - COMMENT JUSTINE EST RECOMPENSEE 
D'UNE BONNE OEUVRE - ASILE D'UNE TROUPE DE MENDIANTS - MOEURS ET COUTUMES DE CES 
INDIVIDUS

XVIII	HISTOIRE DE SERAPHINE - COMMENT JUSTINE QUITTE LES MENDIANTS - NOUVEL ACTE DE 
BIENFAISANCE DONT ON VERRA LE SUCCES - CE QU'EST ROLAND - SEJOUR CHEZ LUI

XIX	RENCONTRE INATTENDUE - DISSERTATION PHILOSOPHIQUE - NOUVEAU PROTECTEUR - LES 
MONSTRUOSITES D'UNE FEMME DEJA CONNUE DETRUISENT TOUT - ETRANGE PASSION D'UN 
HOMME PUISSANT - DEPART DE GRENOBLE

XX	AVENTURES DE VILLEFRANCHE - PRISON - CE QUE RETIRE JUSTINE DES AMIS QU'ELLE ENVOIE 
CHERCHER - COMME SES JUGES LA TRAITENT - EVASION - VOYAGE DE PARIS - QUI ELLE 
RETROUVE




 

Saisie et mise en ligne - Selva
Dessin de couverture - Buzzelli
Figurants - Mitterrand & Marchais



 

CHAPITRE PREMIER

INTRODUCTION - JUSTINE LANCEE

	Le chef-d'oeuvre de la philosophie serait de 
dvelopper les moyens dont la fortune se sert pour 
parvenir aux fins qu'elle se propose sur l'homme et de 
tracer d'aprs cela quelques plans de conduite qui 
puissent faire connatre  ce malheureux individu bipde 
la manire dont il faut qu'il marche dans la carrire 
pineuse de la vie, afin de prvenir les caprices bizarres 
de cette fortune qu'on a nomme tour  tour Destin, Dieu, 
Providence, Fatalit, Hasard, toutes dnominations aussi 
vicieuses, aussi dnues de bon sens les unes que les 
autres, et qui n'apportent  l'esprit que des ides vagues 
et purement subjectives.
	Si, pleins d'un respect vain, ridicule et superstitieux 
pour nos absurdes conventions sociales, il arrive malgr 
cela que nous n'ayons rencontr que des ronces, o les 
mchants ne cueillaient que des roses, les gens 
naturellement vicieux par systme, par got, ou par 
temprament, ne calculeront-ils pas, avec assez de 
vraisemblance, qu'il vaut mieux s'abandonner au vice que 
d'y rsister? Ne diront-ils pas, avec quelque apparence de 
raison, que la vertu, quelque belle qu'elle soit, devient 
pourtant le plus mauvais parti qu'on puisse prendre, 
quand elle se trouve trop faible pour lutter contre le vice, 
et que, dans un sicle absolument corrompu, comme 
celui dans lequel nous vivons, le plus sr est de faire 
comme les autres? Un peu plus philosophes, si l'on veut, 
ne diront-ils pas, avec l'ange Jesrad de Zadig, qu'il n'y a 
aucun mal dont il ne naisse un bien, et qu'ils peuvent, 
d'aprs cela, se livrer au mal tant qu'ils voudront, 
puisqu'il n'est, dans le fait, qu'une des faons de faire le 
bien? N'ajouteront-ils pas, avec quelque certitude, qu'il 
est indiffrent au plan gnral, que tel ou tel soit bon ou 
mchant de prfrence; que si le malheur perscute la 
vertu, et que la prosprit accompagne le crime, les 
choses tant gales aux intentions de la nature, il vaut 
infiniment mieux prendre parti parmi les mchants qui 
prosprent, que parmi les vertueux qui chouent?
	C'est, nous ne le dguisons plus, pour appuyer ces 
systmes, que nous allons donner au public l'histoire de 
la vertueuse Justine. Il est essentiel que les sots cessent 
d'encenser cette ridicule idole de la vertu, qui ne les a 
jusqu'ici pays que d'ingratitude, et que les gens d'esprit, 
communment livrs par principe aux carts dlicieux du 
vice et de la dbauche, se rassurent en voyant les 
exemples frappants de bonheur et de prosprit qui les 
accompagnent presque invitablement dans la route 
dborde qu'ils choisissent. Il est affreux sans doute 
d'avoir  peindre, d'une part, les malheurs effrayants dont 
le ciel accable la femme douce et sensible qui respecte le 
mieux la vertu; d'une autre, l'influence des prosprits 
sur ceux qui tourmentent ou qui mortifient cette mme 
femme. Mais l'homme de lettres, assez philosophe pour 
dire le vrai, surmonte ces dsagrments; et, cruel par 
ncessit, il arrache impitoyablement d'une main les 
superstitieuses parures dont la sottise embellit la vertu, et 
montre effrontment de l'autre,  l'homme ignorant que 
l'on trompait, le vice au milieu des charmes et des 
jouissances qui l'entourent et le suivent sans cesse.
	Tels sont les sentiments qui vont diriger nos 
travaux; et c'est en raison de ces motifs, qu'unissant le 
langage le plus cynique aux systmes les plus forts et les 
plus hardis, aux ides les plus immorales et les plus 
impies, nous allons, avec une courageuse audace, peindre 
le crime comme il est, c'est--dire, toujours triomphant et 
sublime, toujours content et fortun et la vertu comme on 
la voit galement, toujours maussade et toujours triste, 
toujours pdante et toujours malheureuse.
	Juliette et Justine, toutes deux filles d'un trs riche 
banquier de Paris, furent leves jusqu' l'ge de 
quatorze et quinze ans dans l'une des plus clbres 
abbayes de Paris. L, aucuns conseils, aucuns livres, 
aucuns matres ne leur avaient t refuss; et la morale, 
la religion, les talents semblaient,  l'envie l'un de l'autre, 
avoir form ces jeunes personnes.
	A cette poque fatale pour la vertu des deux jeunes 
filles, tout leur manqua dans un seul jour. Une 
banqueroute affreuse prcipita leur pre dans une 
situation si cruelle, qu'il en prit de chagrin; sa femme le 
suivit un mois aprs. Deux parents froids et loigns 
dlibrrent sur ce qu'ils feraient des jeunes orphelines. 
Leur part d'une succession absorbe par les crances se 
montait  cent cus pour chacune. Personne ne se 
souciant de s'en charger, on leur ouvrit la porte du 
couvent, et on leur remit leur dot, en les laissant libres de 
devenir ce qu'elles voudraient.
	Juliette, vive, tourdie, fort jolie, mchante, 
espigle, et l'ane des deux, ne parut touche que du 
plaisir de ne plus vgter dans un clotre sans rflchir au 
cruel revers qui brisait ses chanes. Justine, plus nave, 
plus intressante, ge, comme nous l'avons dit, de 
quatorze ans, ayant reu de la nature un caractre sombre 
et romantique, sentit bien mieux toute l'horreur de sa 
destine; doue d'une tendresse, d'une sensibilit 
surprenante, au lieu de l'art et de la finesse de son ane, 
elle n'avait qu'une ingnuit, une candeur qui devait la 
faire tomber dans bien des piges.
	Cette jeune fille,  tant de qualits, joignait la 
beaut de ces belles vierges de Raphal. De grands yeux 
bruns pleins d'me et d'intrt, une peau douce et 
blouissante, une taille souple et flexible, des formes 
arrondies et dessines par les mains de l'Amour mme, 
un organe enchanteur, la bouche charmante, et les plus 
beaux cheveux du monde: voil l'esquisse de cette 
cadette dlicieuse, dont les grces enchanteresses et les 
traits dlicats sont au-dessus de nos pinceaux. Que nos 
lecteurs se reprsentent tout ce que l'imagination peut 
crer de plus sduisant, et ils seront au-dessous de la 
ralit.
	On leur avait donn vingt-quatre heures  l'une et  
l'autre pour quitter l'abbaye. Juliette voulut essuyer les 
pleurs de Justine. Vouant qu'elle ne russissait pas, elle 
se mit  la gronder au lieu de la consoler. Elle lui 
reprocha sa sensibilit; elle lui dit, avec une philosophie 
trs an-dessus de son ge, et qui prouvait en elle les plus 
singuliers efforts de la nature, qu'il ne fallait s'affliger de 
rien dans ce monde-ci, qu'il tait possible de trouver en 
soi des sensations physiques d'une assez piquante volupt 
pour teindre toutes les affections morales dont le choc 
pouvait tre douloureux; que ce procd devenait 
d'autant plus essentiel  mettre en pratique, que la 
vritable sagesse consistait infiniment plus  doubler la 
somme de ses plaisirs qu' multiplier celle de ses peines; 
qu'il n'y avait rien qu'on ne dt faire, en un mot, pour 
touffer dans soi cette perfide sensibilit, dont les autres 
seuls profitaient, tandis qu'elle ne nous apportait  nous 
que des chagrins.
	- Tiens, dit-elle, en se jetant sur un lit, aux yeux de 
sa soeur, et se troussant jusqu'au-dessus du nombril, voil 
comme je fais, Justine, quand j'ai du chagrin. Je me 
branle... je dcharge... et cela me console.
	La sage et vertueuse Justine eut horreur de cette 
action; elle dtourna les yeux; et Juliette, tout en 
secouant sa jolie petite motte, lui dit
	- Justine, tu es une bte; tu es plus belle que moi, 
mais tu ne seras jamais si heureuse.
	Poursuivant ensuite son opration la putain soupira; 
et son jeune foutre, jacul sous les yeux baisss de la 
vertu, tarit la source des larmes que, sans cette opration 
elle et peut-tre verses comme sa soeur.
	- Tu es folle de t'inquiter, poursuivit cette 
voluptueuse fille, en venant se rasseoir prs de Justine; 
avec la figure et l'ge que nous avons toutes les deux, il 
est impossible que nous mourions de faim.
	Elle lui cita,  cette occasion, la fille d'une de leurs 
voisines, qui, s'tant chappe de la maison paternelle, 
tait aujourd'hui richement entretenue, et bien plus 
heureuse, sans doute, que si elle ft reste dans le sein de 
sa famille.
	- Il faut bien se garder de croire, ajouta-t-elle, que 
ce soit le mariage qui rende une jeune fille heureuse. 
Captive sous la loi de l'hymen, elle a, avec beaucoup 
d'humeur  souffrir, une trs lgre dose de plaisir  
attendre; au lieu que, livre au libertinage, elle peut 
toujours se garantir des mauvais procds de l'amant, on 
s'en consoler par le nombre.
	Justine frmit de ces discours. Elle dit qu'elle 
prfrerait la mort  l'ignominie; et, quelques nouvelles 
instances que pt lui faire sa soeur, elle refusa 
constamment de loger avec elle, ds qu'elle la vit 
dtermine  une conduite qui lui faisait horreur.
	Les deux jeunes filles se sparrent donc, sans 
aucune promesse de se revoir, ds que leurs intentions 
taient si diffrentes. Juliette, qui allait devenir une 
grande dame, consentirait-elle  recevoir une petite fille 
dont les inclinations vertueuses mais basses, seraient 
capables de la dshonorer? Et, de son ct, Justine 
voudrait-elle risquer ses moeurs dans la socit d'une 
crature perverse, qui allait devenir victime de la crapule 
et de la dbauche publique?
	Nous allons, avec la permission du lecteur quitter 
quelque temps cette petite libertine, pour ne nous 
attacher maintenant qu' transmettre au public les 
anecdotes de la vie de notre pudibonde hrone.
	On a beau dire: il faut un peu de vertu dans le 
monde; et il est bien plus doux pour un biographe (1) de 
peindre, dans le hros dont il transmet l'histoire, des traits 
de candeur et de bienfaisance, que de tenir sans cesse 
l'esprit fix sur des dbauches et des atrocits, comme 
sera oblig de le faire, sans doute, celui qui nous donne 
par suite de cet ouvrage-ci la trs scandaleuse et trs 
libertine histoire de l'impudique Juliette.
	Justine, caresse ds son enfance par la couturire 
de sa mre, croit que cette femme sera sensible  son 
malheur; elle va la trouver, elle lui fait part de ses 
infortunes, elle lui demande de l'ouvrage... A peine la 
reconnat-on; elle est renvoye durement. O ciel! dit cette 
pauvre crature, faut-il que les premiers pas que je fais 
dans le monde soient dj marqus par des chagrins!... 
Cette femme m'aimait autrefois, pourquoi me rejette-t-
elle aujourd'hui? Hlas! c'est que je suis orpheline et 
pauvre, c'est que je n'ai plus de ressources sur la terre, et 
que l'on n'estime les gens qu'en raison des secours et des 
agrments que l'on s'imagine en recevoir.
	Justine en larmes va trouver son cur; elle lui peint 
son tat avec l'nergie de son ge. Elle tait en petit 
fourreau blanc; ses beaux cheveux ngligemment replis 
sous un grand mouchoir de Madras; sa gorge  peine 
indique ne se distinguait presque pas sous la double 
gaze qui la drobait  l'oeil libertin; sa jolie mine un peu 
ple  cause des chagrins qui la dvoraient; quelques 
larmes roulaient dans ses yeux, et leur prtaient encore 
plus d'expression... Il tait impossible d'tre plus belle.
	- Vous me voyez, monsieur, dit-elle au saint 
ecclsiastique... oui, vous me voyez dans une position 
bien affligeante pour une jeune fille. J'ai perdu mon pre 
et ma mre; le ciel me les enlve dans l'ge o j'ai le plus 
besoin de leurs secours. Ils sont morts ruins, monsieur; 
je n'ai plus rien; voil tout ce qu'ils m'ont laiss, 
continua-t-elle, en montrant les douze louis, et pas un 
coin pour reposer ma pauvre tte; vous aurez piti de 
moi, n'est-ce pas, monsieur? Vous tes le ministre de la 
religion, et la religion est le foyer de toutes les vertus. Au 
nom de Dieu qu'elle enseigne et que j'adore de toutes les 
forces de mon me, au nom de l'Etre suprme dont vous 
tes l'organe, dites-moi, comme un second pre, ce qu'il 
faut que je fasse, ce qu'il faut que je devienne?
	Le charitable prtre rpondit en lorgnant Justine, 
que la paroisse tait bien CHARGEE, qu'il tait difficile 
qu'elle pt EMBRASSER de nouvelles aumnes: mais 
que si Justine voulait le servir, que si elle voulait FAIRE 
LE GROS OUVRAGE, il y aurait toujours dans sa 
cuisine un morceau de pain pour elle. Et comme en 
disant cela LE FAISEUR DE DIEUX lui avait tant soit 
peu press le jupon sur les fesses, comme pour se donner 
une lgre ide de leur coupe, Justine, qui devina 
l'intention, le repoussa, en lui disant: 
	- Monsieur, je ne vous demande ni l'aumne, ni une 
place de servante. Il y a trop peu de temps que je quitte 
un tat au-dessus de celui qui peut faire dsirer ces deux 
grces, pour tre rduite  les implorer; je sollicite les 
conseils dont ma jeunesse et mes malheurs ont besoin, et 
vous voulez me les faire acheter trop cher.
	LE SERVITEUR DE CHRIST, honteux d'tre 
dvoil, se lve en colre; il appelle sa nice et sa 
servante: 
	- Chassez-moi cette petite coquine, leur crie-t-il; 
vous n'imagineriez pas ce qu'elle vient de me proposer... 
Tant de vices  cet ge!... et  un homme comme moi!... 
Qu'elle sorte... qu'elle sorte, ou je la fais arrter dans 
l'instant!...
	Et la malheureuse Justine, repousse, calomnie, 
insulte ds le premier jour qu'elle est condamne  
l'isolisme, entre dans une maison o elle voit un criteau, 
loue un petit cabinet garni au cinquime, le paye 
d'avance, et s'y livre  des larmes d'autant plus amres, 
qu'elle est naturellement trs sensible, et que sa fiert 
vient d'tre cruellement compromise.
	Justine n'tait pas au bout de toutes les petites 
durets que devaient lui faire sentir ses dsastres. Il y a 
une infinit de sclrats dans le monde, qui, loin de 
s'attendrir sur les malheurs d'une fille sage, ne cherchent 
qu' les redoubler pour la mieux contraindre  servir des 
passions o son indigence la condamne. Mais de tous les 
dsagrments qu'elle eut  essuyer dans les 
commencements de sa malheureuse histoire, nous ne 
citerons que celui qu'elle prouva chez Dubourg, un des 
plus durs, comme l'un des plus riches traitants de la 
capitale. La femme chez qui Justine logeait, l'avait 
adresse chez lui comme chez quelqu'un dont le crdit et 
les richesses pouvaient le plus srement adoucir la 
rigueur de son sort. Aprs avoir attendu trs longtemps 
dans l'antichambre, on introduisit  la fin Justine. M. 
Dubourg, gros, court, et insolent comme tous les 
financiers, sortait de son lit, entortill d'une robe de 
chambre flottante qui cachait  peine son dsordre. On 
s'apprtait  le coiffer. Il fit retirer son monde; et, 
s'adressant  la jeune fille: 
	- Que me voulez-vous, mon enfant? lui dit-il.
	- Monsieur, lui rpondit notre petite niaise, toute 
confuse, je suis une pauvre orpheline  peine ge de 
quatorze ans, et qui connat dj toutes les nuances de 
l'infortune; j'implore votre commisration; ayez piti de 
moi, je vous conjure.
	Et Justine, les larmes aux yeux, dtaille avec intrt 
au vieux sclrat les maux qu'elle endure, les difficults 
qu'elle a de trouver une place... jusqu' la rpugnance 
qu'elle prouve mme  en prendre une, n'tant pas ne 
pour cet tat. Elle peint, en redoublant ses pleurs, l'effroi 
qu'elle a de l'avenir; termine, en balbutiant, par l'espoir 
o elle est, qu'un homme aussi riche et aussi estimable 
que M. Dubourg lui procurera sans doute les moyens 
d'exister; et tout cela avec cette loquence du malheur, 
toujours rapide dans une me sensible, toujours  charge 
 l'opulence.
	Dubourg tait  peindre pendant ce rcit. 
Commenant  s'chauffer pour cette jeune personne, il 
se branlotait d'une main sous sa robe de chambre, 
braquant de l'autre une lorgnette sur les attraits offerts  
ses regards. En l'observant avec attention, on distinguait 
les gradations de la lubricit contourner graduellement 
les muscles de sa vieille figure, en raison du plus ou du 
moins de pathtique que mettait Justine  se plaindre.
	Ce Dubourg tait un libertin trs endurci, grand 
amateur de petites filles, et soudoyant de tous cts des 
femmes en tat de lui procurer de semblable gibier. Peu 
en tat d'en jouir, Dubourg s'en tenait ordinairement avec 
elles  une fantaisie aussi brutale que singulire. Son 
unique passion consistait  voir pleurer les enfants qu'on 
lui procurait; et, pour les amener l, il faut en convenir, 
personne au monde n'avait un si rare talent. Ce 
malheureux coquin avait tant de mchancet, tant de 
taquinerie dans l'esprit, qu'il tait impossible qu'une fille 
tnt aux mauvais propos dont il l'accablait. Les larmes 
coulaient en abondance, et Dubourg, heureux, joignait 
promptement quelques petits supplices matriels  la 
douleur morale qu'il venait d'exciter; les pleurs coulaient 
alors avec plus de violence, et le barbare aux nues 
dchargeait, en couvrant de baisers le visage que ses 
procds venaient d'inonder.
	- Avez-vous toujours t sage, dit Dubourg  
Justine, pour en venir cette fois  son but?
	- Hlas! monsieur, rpondit celle-ci, je ne serais ni 
aussi pauvre, ni aussi embarrasse, si j'avais voulu cesser 
de l'tre.
	- Mais  quel titre alors prtendez-vous donc que 
des gens riches vous soulagent, si vous ne les servez en 
rien?
	- Oh! monsieur, je ne demande pas mieux que de 
rendre tous les services que la dcence et ma jeunesse 
me permettent de remplir.
	- Je ne parle pas de servir, moi: vous n'tes ni d'ge 
ni de tournure  cela; je vous parle d'tre utile aux 
plaisirs des hommes. Cette vertu, dont vous faites un si 
grand talage, ne sert  rien dans le monde; vous aurez 
beau flchir aux pieds de ses autels, son vain encens ne 
vous nourrira point: la chose qui flatte le moins les 
hommes, celle dont ils font le moins de cas, celle qu'ils 
mprisent le plus souverainement, c'est la sagesse de 
votre sexe. On n'estime aujourd'hui, mon enfant, que ce 
qui rapporte ou ce qui dlecte; et de quel profit ou de 
quelle jouissance peut nous tre la vertu des femmes? Ce 
sont leurs dsordres qui nous plaisent et qui nous 
amusent; mais leur chastet nous ennuie. Quand des gens 
de notre sorte donnent, ce n'est jamais que pour recevoir. 
Or, comment une petite fille comme vous, assez laide, 
assez bte d'ailleurs, peut-elle reconnatre ce qu'on fait 
pour elle, si ce n'est par l'abandon de son corps? Allons, 
troussez-vous, si vous voulez que je vous donne de 
l'argent.
	Et Dubourg allongeait son bras pour saisir Justine 
et la placer entre ses jambes. Mais l'intressante crature 
se retirant: 
	- Oh! monsieur, s'cria-t-elle en larmes, il n'y a 
donc plus ni probit ni bienfaisance chez les hommes?
	- Ma foi, trs peu, rpond Dubourg, dont les 
mouvements masturbatifs redoublaient en raison des 
pleurs que faisaient couler ses propos, fort peu en vrit. 
On est revenu de cette manie d'obliger gratuitement les 
autres; on a reconnu que les plaisirs de la bienfaisance 
n'taient que les volupts de l'orgueil; et comme rien n'est 
aussi fragile, l'on a voulu des sensations plus relles. On 
a vu, qu'avec un enfant comme vous, par exemple, il 
valait infiniment mieux retirer pour fruit de ses avances 
tous les plaisirs que peut offrir la luxure, que ceux trs 
froids de la reconnaissance. La rputation d'un homme 
libral, aumnier, gnreux, ne vaut pas, mme  l'instant 
o l'on en jouit le mieux, le plus lger plaisir des sens.
	- Ah! monsieur, avec de pareils principes, il faut 
donc que l'infortun prisse!
	- Qu'importe! Il y a plus d'individus qu'il ne faut 
dans le monde; pourvu que la machine ait toujours la 
meure lasticit, que fait  l'Etat le plus ou le moins de 
bras qui la pressent?
	- Mais croyez-vous que des enfants respectent leur 
pre quand ils en sont maltraits?
	- Que fait  un pre l'amour des enfants qui le 
gnent!
	- Il vaudrait donc mieux qu'on nous et touffs ds 
le berceau?
	- Assurment. C'est l'usage dans beaucoup de pays; 
c'tait la coutume des Grecs; c'est celle des Chinois. L, 
les enfants malheureux s'exposent ou se mettent  mort. 
A quoi bon laisser vivre des cratures comme vous, qui, 
ne pouvant plus compter sur les secours de leurs parents, 
ou parce qu'ils en sont privs ou parce qu'ils n'en sont pas 
reconnus, ne servent plus ds lors qu' surcharger l'Etat 
d'une denre dont il regorge? Les btards, les orphelins, 
les enfants mal constitus, devraient tre condamns  la 
mort ds leur naissance. Les premiers et les seconds, 
parce que, n'ayant plus personne qui veuille ou qui puisse 
prendre soin d'eux, ils souillent la socit d'une lie qui ne 
peut que lui devenir funeste un jour; et les troisimes, 
parce qu'ils ne peuvent lui tre d'aucune utilit. L'une et 
l'autre de ces classes sont  la socit comme ces 
excroissances de chair, qui, se nourrissent du suc des 
membres sains, les dgradent et les affaiblissent; ou, si 
vous l'aimez mieux, comme ces vgtaux parasites, qui, 
se liant aux bonnes plantes, les dtriorent et les rongent 
en s'adaptant leur substance nourricire. Abus criants que 
ces aumnes destines  alimenter une telle cume... que 
ces maisons richement dotes, qu'on a l'extravagance de 
leur btir, comme si l'espce des hommes tait tellement 
rare... tellement prcieuse, qu'il en fallt conserver 
jusqu' la plus vile portion; comme s'il n'y avait pas plus 
d'hommes, en un mot, qu'il n'en faut sur le globe, et 
comme s'il n'tait pas plus ncessaire  la politique et  la 
nature, de dtruire que de conserver.
	Et ici Dubourg, cartant la robe qui couvrait ses 
mouvements, fit voir  Justine qu'il commenait  tirer un 
assez bon parti du petit engin sec et noir que sa main 
secouait depuis si longtemps.
	- Allons, dit-il brusquement alors, allons, finissons 
des discours o tu n'entends rien, et cesse de te plaindre 
de la fortune, quand il ne tient qu' toi d'y remdier.
	- A quel prix, juste ciel!
	- Au plus mdiocre, puisqu'il ne s'agit que de se 
trousser et de me faire voir  l'instant ce qui est sous tes 
jupes... Appas bien minces, sans doute, et que tu ne 
devrais pas autant faire valoir. Allons, foutre, dcide-toi; 
je bande; je veux voir de la chair; qu'on m'en montre  
l'instant, ou je me fche.
	- Mais, monsieur...
	- Absurde crature... imbcile putain, crois-tu que 
je te ferai plus de grce qu'aux autres!
	Et, se levant avec fureur, il barricade sa porte, et 
saute sur Justine, dont les pleurs coulaient avec 
abondance. Le libertin les baise... il dvore ces larmes 
prcieuses qui devaient lui donner l'ide de celles de la 
rose sur la feuille du lis ou de la rose; puis, retroussant 
lui-mme les jupes d'une main, il les entortille et les 
contient autour des bras de Justine, tandis que l'autre va 
pour la premire fois souiller ce que la nature avait 
depuis longtemps form de plus parfait.
	- Homme odieux, s'crie Justine, en faisant alors un 
mouvement terrible pour s'chapper; homme froce, 
poursuit-elle, en dverrouillant la porte et se sauvant, 
puisse le ciel te punir un jour, comme tu le mrites, de 
ton excrable endurcissement! Tu n'es digne ni de ces 
richesses dont tu fais un aussi vil usage, ni de l'air mme 
que tu ne respires que pour le corrompre par tes 
brutalits et tes sclratesses. Elle sort.
	La malheureuse, rentre chez elle, n'a rien de plus 
press que de se plaindre  son htesse de la rception 
qu'on lui a faite chez l'homme o celle-ci l'avait envoye. 
Mais quelle fut sa surprise de voir cette misrable 
l'accabler de reproches, au lieu de partager sa douleur.
	- Pauvre sotte, lui dit-elle en colre, imagines-tu 
que les hommes soient assez dupes pour faire l'aumne  
de petites gueuses comme toi, sans exiger l'intrt de leur 
argent? M. Dubourg est trop bon d'avoir agi comme il l'a 
fait; je veux que le diable m'emporte si  sa place je 
t'avais laisse sortir de chez moi sans m'tre contente. 
Mais, puisque tu ne veux pas profiter des secours que ma 
bienfaisance t'offrait, arrange-toi comme il te plaira. Tu 
me dois; de l'argent tout  l'heure, ou demain la prison.
	- Madame, ayez piti.
	- Oui, oui, piti; on meurt de faim avec de la piti. 
Il te convient bien de faire la difficile. Sur cinq cents 
petites filles comme toi que j'ai procures  cet honnte 
homme, depuis que je le connais, tu es la premire qui 
m'ait jou un pareil tour... Quel dshonneur pour moi! 
Cet homme si honnte dira que je ne sais pas mon mtier, 
et il aura raison... Allons, allons, mademoiselle, il faut 
retourner chez Dubourg; il faut le satisfaire; il faut me 
rapporter de l'argent... Je le verrai, je le prviendrai, je 
raccommoderai, si je puis, vos sottises; je lui ferai vos 
excuses; mais songez  vous mieux conduire.
	Justine, seule, se plongea dans les rflexions les 
plus tristes... Non, se disait-elle en pleurant, non, je ne 
retournerai certainement pas chez ce libertin. Je ne suis 
pas encore dnue de ressources; mon argent me reste 
presque entier, et il me suffit pour vivre encore 
longtemps; je trouverai peut-tre jusque-l des mes 
moins dures, des coeurs plus compatissants. Et, en 
prononant ces paroles, le premier mouvement de Justine 
fut de compter son petit trsor. Elle ouvre la commode... 
Oh! ciel! elle est vole... Il ne lui reste que ce qu'elle a 
dans sa poche, arrivant  peine  six livres. Je suis 
perdue! s'cria-t-elle. Ah! je vois trop d'o le coup part. 
Cette crature indigne veut, en me privant de toutes mes 
ressources, me contraindre  me jeter dans le sein du 
crime; mais... que dis-je? Hlas! poursuivait-elle en 
larmes, n'est-il donc pas trop vrai qu'il ne me reste plus 
d'autre moyen de prolonger ma vie! et, dans le cruel tat 
o je suis, ce malheureux ou quelque autre peut-tre plus 
mchant encore, ne deviennent-ils pas les seuls tres dont 
je puisse attendre quelques secours?
	Justine au dsespoir descend chez son htesse.
	- Madame, lui dit-elle, je suis vole; c'est chez vous 
que s'est fait le coup; c'est dans un meuble  vous que 
l'argent a t pris. Hlas! c'est tout ce que je possdais; 
c'tait le reste infortun de la succession de mon pre; 
prive de cette faible ressource, il ne me reste plus que la 
mort. Oh! madame, rendez-le moi, je vous conjure...
	- Petite insolente, rpond brusquement Mme 
Desroches, avant que de me porter pareilles plaintes, 
vous devriez connatre ma maison. Apprenez qu'elle est 
assez bien fame  la police, pour que, d'aprs le seul 
soupon que vous venez de me tmoigner je puisse  
l'instant vous faire punir, si je voulais.
	- Soupon, madame, je n'en ai aucun; ce ne sont 
point des soupons que je vous tmoigne, ce sont des 
plaintes que je vous porte; elles sont permises  
l'infortune. Oh! madame, que faut-il que je devienne, 
aprs avoir perdu cette unique ressource?
	- Ma foi, vous deviendrez ce que vous voudrez, cela 
ne me regarde pas; il y aurait des moyens de rparer, 
mais vous ne voulez pas en profiter.
	Et ce peu de mots acheva de porter le dernier trait 
de lumire sur un esprit aussi pntrant que l'tait celui 
de Justine.
	- Mais, madame, je puis servir, rpondit cette 
infortune toute en pleurs; il n'est pas dit qu'il ne doive 
plus rester  la misre d'autre ressource que celle du 
crime.
	- Ma foi, c'est la seule bonne aujourd'hui. Que 
gagnerez-vous en service? Dix cus par an: vous 
entretiendrez-vous avec cela? Eh! croyez-moi, ma mie, 
celles qui servent sont elles-mmes obliges d'avoir 
recours au libertinage pour se soutenir; j'en fournis tous 
les jours de cette espce. Telle que vous me voyez, je 
suis, j'ose le dire, une des meilleures maquerelles de 
Paris; il n'y a pas de jour o il ne me passe vingt-cinq  
trente filles par les mains. Aussi, cela me rapporte... Dieu 
sait! Je suis sre qu'il n'y a pas une femme de mon tat en 
France qui fasse aussi joliment ses affaires que moi. 
Tenez, continua-t-elle, en talant aux yeux de cette 
infortune cinq ou six cents louis, pour presque autant de 
bijoux, et la plus belle armoire de linge et de robes, ce 
n'est pourtant qu' ce libertinage qui vous effraie que je 
dois tout cela. Sacredieu, ma fille, il n'y a que ce mtier-
l aujourd'hui; allez, croyez-moi, franchissez le pas... Et 
puis, c'est un brave homme que Dubourg; il ne vous 
dpucellera pas, au moins: il ne bande plus, comment 
voudriez-vous qu'il foutt! Quelques petites claques sur le 
cul, quelques lgers soufflets sur les joues. Et, si vous 
vous comportez bien avec lui, en moins de deux ans, 
avec l'ge et la figure que vous avez, si vous joignez  
cela de la complaisance, vous mettront en tat de rouler 
carrosse  Paris.
	- Je n'ai pas de vues si leves, madame, rpondit 
Justine. Ce n'est point une fortune que je veux, surtout 
s'il me la faut payer au prix de mon honneur. Je ne 
demande que la vie; et j'offre  celui qui me la donnera 
tous les services qui pourront dpendre de mon ge,  
ct de la reconnaissance la plus vive. Hlas! madame, 
puisque vous tes si riche, daignez compatir  mon sort. 
Je n'implore pas le prt d'une aussi forte somme que celle 
que j'ai perdue chez vous; donnez-moi seulement un 
louis, en attendant que je trouve une place; je vous le 
rendrai, soyez-en bien sre, je vous le rendrai sur le 
premier argent que je gagnerai.
	- Je ne te donnerai seulement pas deux sous, dit 
Mme Desroches, trop aise de voir sa victime o sa 
sclratesse venait de la rduire, non, pas deux sous. Je 
t'offre les moyens d'en gagner, profites-en, ou  l'hpital. 
Prcisment, M. Dubourg est un des administrateurs de 
cette maison; il lui sera facile de t'y faire mettre. Bonjour, 
ma mie, poursuivit la cruelle Desroches,  une grande et 
jolie fille qui venait sans doute chercher quelque pratique 
chez elle; et pour toi, ma fille, bonsoir... De l'argent 
demain, ou la prison.
	- Eh bien, madame, dit Justine en larme, voyez M. 
Dubourg. Je retournerai chez lui, puisque vous me 
rpondez qu'il me respectera. Oui, j'y retournerai; mon 
malheur m'en impose la loi. Mais, en flchissant sous le 
coup du destin, souvenez-vous, madame, qu'il me restera 
du moins le droit de vous mpriser  jamais.
	- Impertinente crature, dit la Desroches en lui 
fermant la porte sur le dos, tu mriterais que je ne me 
mlasse plus de ce qui te regarde. Mais ce n'est pas pour 
toi que je le fais; ainsi, tes sentiments me sont gaux. 
Adieu.
	Il est inutile de peindre la nuit dsolante que passa 
Justine. Vivement attache  des principes de religion, de 
pudeur et de vertu, qu'elle avait, pour ainsi dire, sucs 
avec le lait, elle n'entrevoyait pas l'instant d'y renoncer, 
sans la plus dchirante affliction. Occupe des plus 
tristes penses, repassant mille fois sans succs dans sa 
tte tous les moyens de se tirer d'embarras sans crime, le 
dernier parti qu'elle allait prendre tait de se sauver 
furtivement de chez Mme Desroches, lorsque celle-ci 
vint frapper  sa porte.
	- Descends, Justine, lui dit-elle brusquement; viens 
djeuner avec une de mes amies, et rends-moi grces de 
mon ambassade. J'ai russi; M. Dubourg, sous la 
promesse que je lui ai faite de ta soumission, consent  te 
revoir.
	- Mais, madame...
	- Allons, ne fais pas l'enfant; le chocolat est prt; 
suis-moi.
	Justine descend. L'imprudence est la compagne du 
malheur; Justine n'coute que sa misre. Une trs jolie 
femme, d'environ vingt-huit ans, tait le tiers avec qui la 
Desroches faisait djeuner Justine. Cette femme, pleine 
d'esprit, et de moeurs trs corrompues, aussi riche 
qu'aimable, aussi adroite que belle, allait bientt, comme 
on va le voir, devenir celle que Dubourg emploierait avec 
le plus de fruit pour achever de dterminer notre aimable 
enfant. On djeune.
	- Voil une charmante fille, dit Mme Delmonse, en 
vrit, je flicite bien sincrement celui qui sera assez 
heureux pour la possder.
	- Vous tes bien bonne, madame, reprit tristement 
Justine.
	- Allons donc, mon coeur, ne rougissez pas ainsi; la 
pudeur est un enfantillage qu'il faut carter 
soigneusement ds qu'on atteint l'ge de raison.
	- Oh! je vous supplie, madame, dit la Desroches, de 
former un peu cette petite fille; elle se croit perdue parce 
que je lui rends le service de la procurer  un homme.
	- Ah! bon Dieu, quelle extravagance! reprit Mme 
Delmonse, Justine vous devez, au contraire, une 
reconnaissance infinie  celle qui vous y invite. Quelle 
fausse ide, chre fille, avez-vous donc de la sagesse; et 
comment pouvez-vous croire qu'une jeune personne y 
manque en se livrant  ceux qui veulent d'elle? La 
continence dans une femme est une vertu impraticable, 
mon enfant; ne vous flattez jamais de l'atteindre. Lorsque 
les passions s'allumeront dans votre me, vous verrez que 
cette manire d'tre nous est impossible. Toujours en 
butte  la sduction, comment veut-on qu'une femme 
puisse rsister aux attraits du plaisir perptuellement 
offerts  ses sens? Et comment lui faire un crime de 
succomber, quand tout ce qui l'environne sme des fleurs 
sur l'abme et l'invite  s'y prcipiter? Ne vous y trompez 
pas, Justine, ce n'est pas la vertu que l'on exige de nous, 
ce n'est que son masque; et, pourvu que nous sachions 
feindre, on ne nous demande rien de plus. Celle d'entre 
nous qui serait sage, avec le renom d'une coquine, serait 
infiniment moins heureuse que celle qui se livrerait  
tous les excs de la dbauche, en conservant la rputation 
d'une honnte femme; car, encore une fois, ce n'est pas le 
sacrifice qu'on fait de ses sens  la vertu qui rend 
heureux; sans doute il ne peut y avoir de flicit dans une 
telle contrainte. Ce qui conduit au vrai bonheur n'est 
donc que l'apparence de cette vertu o les prjugs 
ridicules de l'homme ont condamn notre sexe. Je 
pourrais me donner comme exemple  toi, Justine. Il y a 
quatorze ans que je suis marie; jamais je n'ai perdu la 
confiance de mon poux; il protesterait de ma sagesse et 
de ma vertu sur sa propre vie; et, jete dans le libertinage 
ds les premires annes de mon hymen, il n'existe pas 
dans Paris une femme plus corrompue que moi; il n'y a 
pas de jours que je ne me prostitue  sept ou huit 
hommes, et souvent  trois  la fois; il n'est pas une 
maquerelle qui ne me serve, pas un joli homme qui ne 
m'ait foutue: et mon poux te jurera, quand tu voudras, 
que Vesta fut moins pure. La retenue la plus entire, 
l'hypocrisie la plus scrupuleuse, beaucoup d'art... de 
fausset: voil les moyens qui me dguisent, voil les 
ligaments du masque que la prudence place sur mon 
front; et j'en impose  tout le monde. Je suis putain 
comme Messaline: on me croit sage comme Lucrce; 
athe comme Vanimi: on me croit dvote comme sainte 
Thrse; fausse comme Tibre: on me croit franche 
comme Socrate; sobre comme Diogne: Apicius fut 
moins intemprant que moi. J'idoltre, en un mot, tous les 
vices; je dteste toutes les vertus; et si tu consultais mon 
poux, si tu interrogeais ma famille, on te dirait: 
Delmonse est un ange: tandis que le prince des tnbres 
lui-mme fut enclin  moins de dsordres. C'est la 
prostitution qui t'effraie! Eh, mon enfant, quelle 
extravagance! Examinons-la dans tous ses rapports, et 
voyons sous lequel on pourrait la croire dangereuse.
	Est-ce  elle-mme qu'une jeune fille peut faire tort, 
tant libertine? Non, sans doute; car elle ne fait que cder 
aux plus doux mouvements de la nature, qui, certes, ne 
les lui suggrerait pas, s'ils devaient lui nuire. N'a-t-elle 
pas mis dans elle le dsir de se prostituer  tous les 
hommes au nombre des premires ncessits de la vie? et 
y a-t-il une seule femme qui puisse dire qu'elle n'prouve 
pas le besoin de foutre, aussi imprieusement que ceux 
de boire et de manger? Or, je te demande, Justine, 
comment la nature pourrait faire un crime  une femme 
de cder  des dsirs qui composent la plus sublime 
partie de son existence? Considrons-nous le libertinage 
d'un tre de notre espce, relativement  la socit? 
Certes, je crois qu'il est rare de trouver une action plus 
agrable au sexe qui partage avec nous le monde, que 
celle de la prostitution d'une jolie femme. Et o en serait-
il, ce sexe, si toutes, entiches de faux systmes de vertu 
que des imbciles nous prchent, s'obstinaient  ne 
jamais offrir que des refus aux dsirs effrns des 
hommes? Rduits  se branler ou  s'enculer entre eux, il 
faudrait donc qu'ils renonassent totalement  notre 
commerce? Car, tu m'avoueras que le mariage ne saurait 
fixer: il est tout aussi impossible  un homme de s'en 
tenir  une seule femme, qu' celle-ci de se contenter 
d'un seul homme. La nature dteste, abjure, contrarie 
tous ces dogmes de votre absurde civilisation; et le tort 
de votre logique imbcile ne devient pas celui de ses lois: 
n'coutons qu'elle, et nous ne serons jamais tromps. En 
un mot, Justine, crois-en quelqu'un qui a de l'exprience, 
de l'rudition, des principes, et sois persuade que ce 
qu'une jeune fille peut faire de mieux et de plus 
raisonnable dans le monde, c'est de se prostituer  tous 
ceux qui veulent d'elle, en conservant, comme je viens de 
le dire, des dehors qui puissent imposer. Tu as grond 
hier cette brave et honnte Desroches de l'intrt qu'elle 
prenait  toi. Eh! ma pauvre Justine, que ferions-nous 
sans ces serviables cratures? Que d'obligations ne leur 
avons-nous pas des soins qu'elles veulent bien prendre de 
nos plaisirs ou de nos intrts? Est-il un mtier au monde 
plus estimable et plus ncessaire que celui d'une 
maquerelle? Cette honnte fonction fut estime de tous 
les peuples; toutes les nations la vnrent. Les Grecs et 
les Romains lui rigrent des temples; le sage Caton 
maquerella sa femme; Nron et Hliogabale retiraient un 
tribut des bordels qu'ils avaient au sein de leurs palais. 
Les lments sont maquereaux; la nature elle-mme l'est 
 tous les instants. Ce talent bien exerc est, en un mot, le 
plus prcieux... le plus cher  la socit; et les charitables 
gens qui l'exercent avec honneur devraient tre 
encourags par des rcompenses.
	- Vous tes bien honnte, madame, dit Desroches, 
toute glorieuse de voir prendre ainsi son parti.
	- Eh non, je dis ce que je pense, reprit Delmonse; 
c'est mon coeur qui se peint ici; et, aprs avoir fait l'loge 
du mtier en gnral, je fliciterai Justine du bonheur 
particulier qu'elle a de vous avoir rencontre pour la 
conduire dans la carrire voluptueuse des plaisirs de la 
vie. Qu'elle se livre aveuglment  vos conseils, madame; 
qu'elle n'coute que vous; et je lui garantis bientt,  ct 
de la fortune la plus agrable, les plus dlicats plaisirs de 
la vie.
	Cette sduisante conversation n'tait pas finie qu'on 
frappa  la porte.
	- Ah! dit Mme Desroches, en ouvrant, c'est le jeune 
homme que tu m'as demand, Delmonse.
	Et aussitt un superbe cavalier de cinq pieds dix 
pouces, fait comme Hercule et beau comme l'Amour, se 
prsente dans le salon.
	- Il est charmant, dit notre libertine, en le 
considrant; il ne s'agit plus que de savoir s'il sera aussi 
vigoureux que sa figure le promet. C'est qu'il y a 
longtemps que je ne me suis sentie si bien en train de 
foutre: vois mes yeux, Desroches, vois les flammes 
ardentes qu'ils exhalent. Ah sacre-dieu! poursuivit la 
garce, en baisant le jeune homme avec effronterie; 
sacrefoutredieu, je n'en puis plus.
	- Il fallait donc me prvenir, dit Desroches, je t'en 
aurais donn trois ou quatre.
	- Allons, voyons toujours celui-l.
	Et l'impudente, passant un de ses bras autour de ce 
jeune homme qu'elle n'avait vu de ses jours, dboutonne 
de l'autre main sa culotte, sans le moindre respect pour 
l'innocence et pour la pudeur qu'un tel cynisme 
scandalisait aussi vivement.
	- Madame, dit Justine toute rouge, permettez que je 
me retire.
	- Non, non, pardieu, dit Delmonse, non, non. 
Desroches, oblige-la de rester; je veux lui donner une 
leon de pratique, aprs lui en avoir donn une de 
thorie; je veux qu'elle soit tmoin de mes plaisirs, c'est 
l'unique moyen de lui en inspirer promptement le got. 
Pour toi, Desroches, tu es un tmoin ncessaire  mes 
orgies; dsirant te voir exercer ton mtier jusqu'au bout, 
tu sais, ma bonne, que l'introduction du membre viril ne 
m'est vraiment agrable que quand elle est dirige par tes 
mains; tu me branles d'ailleurs si bien quand je fous, tu 
as tant de soin de mes hanches, de mon clitoris, de mon 
cul! Ah! Desroches, tu es la cheville ouvrire de mes 
plaisirs. Allons, allons, mettons-nous en train. Justine, 
asseyez-vous l devant nous, et ne nous perdez pas un 
moment de vue.
	- Oh! quel supplice, madame, s'crie l'orpheline en 
pleurant; laissez-moi me retirer, je vous en conjure, et 
croyez-moi que le spectacle des horreurs que vous allez 
commettre ne me causera jamais que des dgots.
	Mais la Delmonse, entire dans ses dsordres, et 
trouvant, avec assez de raison, que ses plaisirs gagnaient 
infiniment  scandaliser ainsi la vertu, s'oppose fortement 
 ce que Justine se retire, et la scne s'ouvre.
	Tous les dtails de la plus piquante luxure sont 
offerts aux yeux de notre pudique enfant. A la place de 
Desroches elle est contrainte  saisir le vit monstrueux du 
jeune homme, qu' peine ses deux petites mains peuvent 
empoigner, et  le prsenter au con de la Delmonse,  l'y 
introduire,  se prter, malgr ses rpugnances, aux 
caresses de cette femme impure, qui, raffinant tous ses 
plaisirs, trouve un accroissement indicible  leur volupt, 
dans les baisers luxurieux qu'elle applique sur la bouche 
innocente de cette enfant, pendant que le vigoureux 
athlte la fait pmer cinq fois de suite sous les prodigieux 
efforts de son vit.
	- Bougre-de-Dieu, dit la Messaline en se relevant 
de l comme une bacchante; oh foutre-dieu, que j'ai eu 
de plaisir! Sais-tu, Desroches, quelle serait maintenant 
mon envie? Je veux faire dpuceler cette petite mijaure 
par le monstrueux vit qui vient de me foutre. Que dis-tu 
du projet?
	- Non, non, rpondit celle-ci; nous la tuerions; et je 
n'y gagnerais pas.
	Cependant nos deux combattants reprennent leurs 
forces; d'amples libations de vin de Champagne, 
quelques ptisseries et des truffes les leur rendent 
bientt. Delmonse se replace et dfie son vainqueur. 
Justine, condamne aux mmes soins, est oblige de 
rengainer une seconde fois l'instrument. Il faut voir avec 
quelle peine... avec quelle rpugnance elle excute ce 
dont on la charge. La putain veut cette fois-ci qu'elle lui 
branle le clitoris. Desroches lui guide la main; mais la 
gaucherie de l'colire dgote bientt la fougueuse 
Delmonse.
	- Secoue-moi, secoue-moi, Desroches, s'crie-t-elle; 
je m'aperois que si la corruption de l'innocence flatte le 
moral, la dbilit de ses moyens ne vaut rien au physique, 
surtout avec une libertine comme moi, qui fatiguerait 
dans ses transports dix mains comme celle de Sapho, et 
dix vits comme celui d'Hercule.
	Cette seconde sance termine comme la premire 
par d'amples sacrifices  Vnus, Delmonse se rajuste; 
son fouteur sort; et la Desroches, se htant de prendre un 
mantelet, fait des excuses  son amie sur ce que le 
rendez-vous qu'elle a pris avec Dubourg, l'empche de 
lui tenir plus longtemps compagnie.
	- Desroches, dit ici Mme Delmonse, au bout de 
quelques minutes de rflexion, plus je suis foutue, plus je 
deviens libertine; une action chez moi dtermine une 
ide, et cette nouvelle ide une action diffrente. Laisse-
moi t'accompagner chez Dubourg; j'ai la plus extrme 
envie de voir tout ce que ce vieux coquin inventera pour 
se ranimer avec cette petite fille; si mes soins lui sont 
ncessaires, je les lui donnerai; tu sais que ce n'est pas la 
premire fois que tu me procures de telles pratiques, et 
que sans vanit je les conduis au but tout aussi srement 
qu'une Agns. Souvent ces vieux sclrats me prfrent, 
tu le sais bien encore; et l'art chez moi supplant  la 
jeunesse, je les fais souvent dcharger bien plus vite que 
ne le ferait Hb mme.
	- Ce que tu me demandes est possible, dit 
Desroches; je connais assez mon Dubourg pour tre bien 
sre que je ne lui dplairai point en lui amenant une jolie 
femme de plus; allons.
	Un fiacre arrive; la modeste Justine, toujours 
effraye, y monte la premire, et l'on part.
	Dubourg tait seul. Il attendait ces dames dans un 
tat encore bien plus indcent que la veille: la brutalit, 
le libertinage, tous les caractres de la luxure la plus 
effrne clataient dans ses regards sournois.
	- Vous ne comptiez que sur une femme aujourd'hui, 
monsieur, lui dit la Desroches en entrant, eh bien, j'ai cru 
ne pas vous dplaire en vous en amenant deux; l'une 
d'ailleurs ne se prtant qu'avec beaucoup de peine  vos 
plaisirs, j'ai imagin qu'il n'y aurait nul inconvnient de 
vous en conduire une seconde, pour encourager et 
contenir la premire.
	- Et quelle est cette fille? dit Dubourg sans se 
dranger, en jetant sur la Delmonse un coup d'oeil ml 
de cynisme et d'indiffrence.
	- Une jolie femme de mes amies, rpondit la 
Desroches, dont l'excessive complaisance gale les 
charmes, et qui va nous devenir peut-tre aussi utile dans 
les plaisirs que vous vous promettez pour le moment, que 
dans ceux que vous projetez pour la suite avec la belle et 
l'intressante Justine.
	- Comment, dit Dubourg, tu crois qu'une sance ne 
terminera pas tout ceci?
	- Il serait possible, reprit Desroches; et c'est dans 
cette apprhension que j'ai cru que l'intervention de mon 
amie pourrait toujours devenir ncessaire.
	- Allons, nous verrons, dit Dubourg. Sortez, 
Desroches, sortez; vous mettrez tout cela sur le mmoire. 
Comment sommes-nous ensemble?
	- Mais, monsieur, dit Desroches, depuis trois mois 
que vous n'avez compt, il y a bien prs de cent mille 
francs.
	- Cent mille francs! juste ciel!
	- Mais monsieur songe-t-il que je lui ai fourni plus 
de huit cents filles depuis cette poque; elles sont toutes 
crites... monsieur sait bien comme je pense, il sait bien 
que je serais fche de le tromper d'un sou.
	- Allons, allons, nous verrons tout cela; sors, 
Desroches; je sens que la nature me presse, l'ai besoin 
d'tre seul avec ces deux femmes. Et vous, Justine, avant 
que votre protectrice ne s'en aille, remerciez-la de ce que 
je veux bien en sa faveur vous rendre un instant mes 
bonts. Vous devez sentir, petite fille,  quel point vous 
en tes indigne d'aprs votre conduite d'hier; et si vous 
opposez encore la plus lgre rsistance  mes dsirs, 
deux hommes vous attendent dans mon antichambre, 
pour vous conduire en un lieu dont vous ne sortirez de 
vos jours.
	Ici Desroches sortit.
	- O monsieur! dit Justine en pleurant, en se 
prcipitant aux pieds de cet homme barbare, laissez-vous 
flchir, je vous en conjure; soyez assez gnreux pour 
me secourir sans exiger de moi ce qui me cote assez 
cher pour vous offrir plutt ma vie que de m'y soumettre. 
Oui, reprit-elle avec l'lan de la plus profonde sensibilit, 
oui, j'aime mieux mourir mille fois que d'enfreindre les 
principes de morale et de vertu dont on a nourri mon 
enfance; monsieur, monsieur, ne me contraignez pas, je 
vous en supplie. Pouvez-vous concevoir le bonheur au 
sein des dgots et des larmes? Osez-vous souponner le 
plaisir o vous ne verrez que des rpugnances? Vous 
n'aurez pas plutt consomm votre crime, que le 
spectacle de mon dsespoir vous accablera de remords.
	Mais ce qui se passait empcha la malheureuse de 
poursuivre. La Delmonse, en femme adroite, devinant sur 
le front de Dubourg les mouvements de son me de fer, 
s'tait agenouille prs de son fauteuil, et le branlait 
voluptueusement d'une main en le socratisant de l'autre 
(2), afin de le rendre insensible  la jrmiade.
	- Sacredieu, dit Dubourg, vigoureusement chauff 
de l'pisode, et fourrageant dj la complaisante 
Delmonse, oh foutredieu! moi te faire grce! j'aimerais 
mieux t'trangler, garce.
	Il se lve  ces mots comme un furieux; et, faisant 
voir un petit vit sec et noir, il saisit sa proie avec 
brutalit, enlve impunment les voiles qui drobent 
encore  ses yeux libertins ce dont il brle de jouir. Tour 
 tour, il injurie, il flatte, il maltraite, il caresse. Ah! quel 
tableau, grand Dieu! Il semblait que la nature voult, 
dans cette premire circonstance de la vie de Justine, 
imprimer  jamais dans elle, par ce spectacle, toute 
l'horreur qu'elle devait avoir pour un genre de crime d'o 
devait natre l'affluence des maux dont elle tait 
menace. Justine nue fut jete sur un lit; et, pendant que 
la Delmonse l'y contient, le libertin Dubourg inventorie 
les appas de celle qui, dans ce moment critique, veut bien 
lui servir de maquerelle.
	- Attendez, dit la coquine; je sens que mes jupes 
vous gnent; je vais promptement vous livrer  nu l'objet 
qui, ce me semble, attire ici tous vos hommages; c'est 
mon cul que vous voulez voir; je connais... je respecte ce 
got-l dans les gens de votre ge (3). Tenez, mon ami, 
le voil; il est un peu plus rempli que celui de cette 
enfant; mais ce contraste vous amusera; voulez-vous les 
voir tous deux l'un prs de l'autre?
	- Oui, sacredieu, dit Dubourg; montez sur ses 
paules pour la contenir, j'essayerai de l'enculer en vous 
baisant les fesses.
	- Ah! je vois ce qu'il vous faut, libertin, dit 
Delmonse, en se huchant  cheval sur les reins de 
Justine, qu'elle fixe par ce moyen perfide aux luxures 
brutales de Dubourg.
	- Vraiment oui, c'est cela, rpond le libertin en 
faisant prcder quelques claques assez bien appliques 
et sur l'un et sur l'autre cul qu'on offre  ses passions; oui, 
c'est cela; voyons si je pourrai essayer du sodome.
	Le bougre tente; mais ses feux trop ardents 
s'teignent dans l'effervescence de l'entreprise. Le ciel 
venge Justine des outrages o le monstre veut la livrer; et 
la perte des forces de ce libertin, avant le sacrifice, 
prserve cette malheureuse enfant d'en devenir la triste 
victime.
	Dubourg n'en devient que plus insolent. Il accuse 
Justine des torts de sa faiblesse; il veut les rparer par de 
nouvelles injures et par des invectives encore plus 
mortifiantes; il n'est rien qu'il ne dise, rien qu'il ne tente, 
rien que sa perfide imagination, la duret de son 
caractre, la dpravation de ses moeurs ne lui fasse 
entreprendre. La maladresse de Justine l'impatiente; elle 
est loin de vouloir agir, c'est beaucoup pour elle que de 
se prter. Cependant rien ne russit. La Delmonse elle-
mme, avec tout son art, ne parvient pas  rendre  la vie 
cet engin nerv par une abondante dcharge; elle a beau 
presser, secouer, sucer cet instrument mollet, rien ne 
lve. Dubourg lui-mme a beau passer avec ces deux 
femmes de la tendresse  la rigueur, de l'esclavage  la 
tyrannie, de l'air de la dcence aux excs les plus 
crapuleux; tous les trois excds ne russissent pas mme 
 faire retrouver  ce malheureux engin l'air majestueux 
qu'il faudrait pour entreprendre de nouvelles attaques. 
Dubourg y renonce; il fait promettre  Justine de revenir 
le lendemain; et, pour l'y mieux dterminer, il ne veut pas 
absolument lui donner un sou. On la remet entre les 
mains de la Desroches; et la Delmonse reste chez 
Dubourg, qui, restaur par un excellent repas, se vengea 
bientt sur cette jolie femme de l'impossibilit o la 
nature l'avait mis de consommer son crime avec la petite 
fille. Il en cota quelques vexations mutuelles, beaucoup 
d'efforts d'un ct, de complaisance de l'autre; mais le 
sacrifice se consomma, et le superbe cul de la Delmonse 
reut l'offrande infructueusement destine  celui bien 
plus frais de Justine. Celle-ci, de retour  la maison, 
certifia  son htesse que, dut-elle expirer de besoin, elle 
ne s'exposerait plus  pareille scne; elle accabla de 
nouveaux reproches le sclrat capable d'abuser aussi 
cruellement de sa misre. Mais le crime heureux et 
triomphant se rit des imprcations de l'infortune; ses 
succs l'enhardissent, et sa marche rapide s'acclre en 
raison des maldictions qu'il reoit. Voil les perfides 
exemples qui laissent l'homme en suspens entre le vice et 
la vertu, et qui le plus souvent ne le dterminent qu'au 
vice, parce qu' ses yeux l'exprience y prsente toujours 
le bonheur. 

	(1)	On nomme ainsi l'homme de lettres qui 
consacre sa plume  crire la vie des personnes 
illustres. 

	(2)	Tous les libertins savent qu'on appelle ainsi 
l'action de mettre un ou plusieurs doigts dans le 
trou du cul du patient. Cet pisode, l'un des 
plus essentiels en lubricit, convient surtout 
aux vieillards ou aux gens uss; il dtermine 
promptement l'rection, et devient d'une 
volupt incroyable  instant de l'jaculation; 
ceux qui pourtant pourront le suppler par un 
vit, y trouveront sans doute des plaisirs 
infiniment plus vifs et la diffrence excessive 
de l'illusion  la ralit. Il est de fait qu'il n'est 
point de lubricit plus vive dans le monde que 
celle de se faire foutre en foutant.

	(3)	Il n'est aucun ge pour ce got dlicieux. Le 
jeune Alcibiade l'aima comme le vieux 
Socrate; des peuples entiers ont prfr cette 
dlicieuse partie  toutes les autres beauts du 
corps d'une femme; et, dans le fait, il n'en est 
aucune qui, par sa blancheur, sa rondeur, sa 
conformation, sa forme enchanteresse, et les 
dlicats plaisirs qu'elle promet puisse mriter 
plus que celle-l les voluptueux hommages 
d'un vritable libertin. Malheur  qui n'a pas 
foutu un garon, ou qui n'a pas fait un garon 
de sa matresse! il est encore bien neuf en 
volupt, celui qui n'a pas os l'un ou l'autre.



 

CHAPITRE II

NOUVEAUX OUTRAGES DIRIGES CONTRE LA 
VERTU DE JUSTINE - COMMENT LA MAIN DU
CIEL LA RECOMPENSE DE SON INVIOLABLE 
ATTACHEMENT A SES DEVOIRS

	Avant que de poursuivre, il nous parat essentiel de 
mettre nos lecteurs au fait. Les moins clairvoyants ont 
dj prsum sans doute que le vol de l'infortune Justine 
tait bien certainement l'ouvrage de la Desroches; mais 
ce dont ils ne sont peut-tre pas convaincus, c'est de la 
part tonnante qu'avait Dubourg  cette scandaleuse 
affaire. C'tait par les conseils de ce sclrat que la 
Desroches avait opr.
	- Elle est  nous infailliblement, si nous lui 
enlevons toutes ses ressources, avait-il dit cruellement; 
or, ce que je veux, c'est qu'elle soit  nous: donc il faut la 
rduire  l'aumne; et, tel dur que pt tre ce calcul, il 
tait nanmoins infaillible.
	Dans le dner que Dubourg avait fait avec 
Delmonse, il lui avait avou cette petite horreur. La tte 
de celle-ci, fertile en tours de cette espce, s'en tait 
vivement allume. Le rsultat de la conspiration tait que 
la Delmonse ferait l'impossible pour placer Justine chez 
elle pendant les trois mois que son mari devait encore 
tre  la campagne; que pendant cet intervalle Dubourg 
essaierait de nouvelles tentatives, favorises par 
Delmonse; et qu'enfin si rien ne russissait, on en tirerait 
une vengeance clatante, afin, disait Dubourg, que la 
vertu se trouve dans cette aventure, aussi moleste, aussi 
dgrade qu'elle doit toujours l'tre, chaque fois qu'elle 
ose combattre le vice  visage dcouvert. Ce joli complot 
dcid, le millionnaire, ainsi que nous l'avons dit, le 
signa de son foutre au fond du beau cul de la Delmonse; 
et, ds le lendemain, cette aimable amie travailla sans 
relche  la russite du projet. Assez mchante pour 
avoir pris grand plaisir  l'ide de perdre la malheureuse 
Justine, elle ne manqua pas de revenir le lendemain 
djeuner chez Desroches.
	- Vous m'intresstes hier, mon enfant, dit 
l'hypocrite Delmonse  Justine, je ne croyais pas que l'on 
pt porter aussi loin la sagesse; en vrit, vous tes un 
ange arriv tout exprs du ciel pour la conversion des 
humains. Je ne me suis, jusqu' ce moment-ci, offerte  
vos regards que comme une libertine, mais je dois en 
convenir,  vous seule est d le changement subit qui 
vient de s'oprer en moi; et c'est sur votre sein que je le 
jure, mon aimable modle, vous ne me verrez plus que 
repentante et vertueuse. O Justine!  toi qui deviens si 
ncessaire  ma conversion! voudrais-tu consentir  venir 
partager ma retraite? Je t'aurais sous mes yeux; et les 
grands exemples que je recevrai sans cesse de toi 
perfectionneront bientt l'ouvrage de la rflexion.
	- Hlas! madame, rpondit Justine, je ne suis pas 
faite pour donner des exemples; et si votre conversion est 
relle, c'est  l'Etre suprme que vous le devez et non pas 
 moi. Faible et fragile crature, je suis bien loin de ce 
qu'il faut pour devenir un modle; et c'est vous, madame, 
vous qui m'en servirez, si vous coutez jusqu'au bout la 
voix du ciel qui tonne dans votre me. Je vous remercie 
de l'asile que vous m'offrez; tant que je pourrai vous tre 
utile, madame, sans contrarier mes principes, ordonnez, 
je suis  vos ordres; et ma reconnaissance et mes faibles 
services acquitteront, s'il se peut, vos bienfaits.
	La Desroches, prvenue par Delmonse, eut assez de 
sang-froid pour ne pas clater  cette comdie; elle 
flicita Justine de son bonheur. Ce que devait la jeune 
personne est aussitt acquitt, et l'on part.
	Mme Delmonse occupait une maison dlicieuse. 
Des valets, du train, des chevaux, les meubles les plus 
riches apprirent bientt  Justine qu'elle tait chez une 
des femmes les plus opulentes de Paris.
	- Par reconnaissance pour de plus anciens 
domestiques, dit la Delmonse, ds qu'elle tint Justine, il 
ne m'est pas possible de vous lever sur-le-champ aux 
premiers emplois de ma maison; mais vous y 
parviendrez, mon ange, et quelque subalterne que soit, en 
attendant, celui que je vous donne, croyez que je n'en 
aurai pas moins de considration pour vous.
	- Je ferai tout, madame, dit Justine; trop heureuse 
de trouver au moins la vie et l'honneur de votre maison.
	- Vous serez ma fille de garde-robe, mon enfant, 
reprit la Delmonse; tout ce qui tient  la propret de cette 
partie vous regardera, et, si vous vous conduisez bien, 
avant un an je vous lve au poste de ma troisime 
femme.
	- Oh! madame, rpondit Justine confuse... je 
n'aurais pas cru...
	- Ah! je le vois, de l'orgueil, Justine, sont-ce donc l 
les vertus que j'attendais de vous?
	- Vous avez raison, madame, l'humilit doit tre la 
premire; c'est celle au moins de mon tat et de mes 
malheurs: ordonnez qu'on me mette au fait de mes 
devoirs, et soyez sre de mon exactitude  les remplir.
	- Je vais vous y mettre moi-mme, ma chre fille, 
rpondit la Delmonse, en conduisant Justine dans deux 
cabinets pratiqus derrire la niche de glace du boudoir 
lgant de cette sybarite. Tenez, voil les lieux dont le 
soin vous regarde. Celui-ci, continua-t-elle, en lui 
ouvrant un de ces deux cabinets, orn de bidets et de 
baignoires, celui-ci n'est que de propret; il ne s'agit que 
de vider et de remplir. Cet autre, continue Delmonse, en 
ouvrant le second, est d'un dtail un peu moins honnte; 
vous le voyez, c'est une chaise perce, voil bien des 
lieux  l'anglaise, mais je prfre ce fauteuil; vous 
devinez, ma fille, le soin que vous devez en avoir, ainsi 
que des autres vases en porcelaine, destins  de plus 
minces soins. Il y a encore une chose dont il faut que je 
vous prvienne. C'est une dlicatesse, je le sais, mais elle 
est devenue habitude chez moi, et je ne m'en priverai pas 
sans chagrin.
	- Et de quoi s'agit-il, madame?
	- Il faut tre toujours l quand j'opre, et... je vais te 
dire le reste  l'oreille, mon enfant; car, quand on est 
vertueuse, on rougit de l'obligation o l'on est de faire de 
semblables aveux. Il faut, avec le coton que tu vois dans 
cette armoire de bois d'acajou, purifier... nettoyer les 
taches qu'entranent ncessairement avec elles ces sales 
ncessits de la nature.
	- Moi-mme, madame!
	- Oui, mon enfant, toi-mme. Celle qui t'a devance 
faisait bien pis; mais, toi, ma chre Justine, je te respecte; 
tu es vertueuse, cela m'en impose.
	- Eh! que faisait-elle donc, celle qui tait avant 
moi?
	- La mme chose avec sa langue.
	- Ah! madame.
	- Oui, je sens bien que c'est dur. Voil o nous 
conduisent le luxe, la mollesse, et l'oubli de tous les 
devoirs sociaux. Quand on en est l, on s'accoutume  ne 
regarder tout ce qui nous entoure que comme des objets 
faits pour nous tre asservis... Un grand nom, cent mille 
livres de rente, de la considration, du crdit: voil ce qui 
nous mne  ces derniers degrs de la corruption 
rflchie. Mais je me corrige, ma chre; je me convertis, 
en honneur; et ton sublime exemple va consolider le 
miracle. Vous serez nourrie, Justine; vous mangerez avec 
mes femmes; et vous gagnerez cent cus par an; cela 
vous arrange-t-il?
	- Hlas! madame, dit Justine, l'infortune ne 
marchande jamais: tous les secours qui lui sont offerts 
conviennent. Mais sa reconnaissance se proportionne et  
l'espce des services qu'on lui rend, et  la manire dont 
ils sont rendus.
	- Oh! vous serez contente de tout cela, Justine, je 
vous le promets, rpondit Delmonse; il n'y a que mes 
habitudes auxquelles je vous prie de ne pas me faire 
renoncer... Ah! j'oubliais de vous montrer votre chambre; 
elle tient  ces deux cabinets, absolument retranche 
derrire eux; c'est une espce de forteresse... d'ailleurs 
jolie, un bon lit... ma sonnette en cas de besoin. Vous le 
voyez, je vous laisse chez vous, mon coeur, en me 
flicitant d'avoir pu faire quelque chose qui vous soit 
agrable.
	Justine ne fut pas plus tt seule, que sa profonde 
sensibilit lui arracha des larmes. Eh quoi! disait-elle, en 
voyant l'avilissement de son sort, cette femme, qui me 
retire,  ce qu'elle prtend, dans sa maison par estime 
pour ma vertu, se plat pourtant  m'avilir au point de me 
destiner un emploi aussi bas que celui que sa fiert me 
propose! Et pourquoi donc ds que tous les individus se 
ressemblent, faut-il qu'il y en ait de condamns  rendre 
aux autres des services aussi humiliants que ceux-l? O 
douce galit de la nature! ne rgnerez-vous donc jamais 
chez les hommes?
	On appelle Justine pour dner; elle fait 
connaissance avec ses trois compagnes, toutes trois jolies 
comme des anges. Le soir, elle commence ses honorables 
fonctions. D'abord la garde-robe, ensuite le bidet. Justine 
conduisait l'ponge, imbibait, lavait, nettoyait; et tout 
cela dans un silence qui lui parut fort extraordinaire. Il 
semblait que la dignit de madame la comtesse 
Delmonse se ft compromise en conversant avec sa 
servante; ou peut-tre, et c'est ce que nous avons cru de 
prfrence, madame Delmonse se taisait-elle pour ne pas 
compromettre le grand secret qui concernait sa chtive 
esclave.
	Cependant, l'observatrice et judicieuse orpheline ne 
fut pas longtemps sans s'apercevoir que les exemples de 
vertu qu'on lui avait assur vouloir prendre d'elle 
n'avaient pas encore fait une sainte de sa respectable 
matresse. Profitant de l'absence de son mari, la coquine 
s'en donnait sans mnagement; et les orgies qui se 
clbraient dans le voluptueux boudoir attenant aux deux 
pices confies aux soins de Justine la convainquirent 
bientt du peu de sincrit de la conversion de cette 
femme. Une fois mme, deux ou trois jeunes gens 
s'chapprent dans ces cabinets de propret, et 
insultrent assez vivement Justine qui y procdait  ses 
fonctions. Elle se plaignit. A peine eut-on l'air de 
l'entendre; et la vertueuse crature, en projetant de 
quitter bientt cette maison, se dtermina nanmoins par 
prudence  patienter quelque temps encore Un jour elle 
crut entendre la voix de Dubourg; elle prte l'oreille, et 
ne distingue rien. C'tait lui; mais les prcautions taient 
bien prises pour que tout ce qui se tramait contre elle ft 
toujours revtu des voiles du plus incroyable mystre.
	Il y avait environ deux mois qu'elle menait dans 
cette maison une vie aussi tranquille qu'uniforme lorsque 
madame Delmonse, ne pouvant plus tenir aux feux de sa 
luxure, passa un soir dans sa garde-robe, fort chauffe 
de vin et de paillardise.
	- Justine, dit-elle d'un air un peu moins grave, la 
place de ma troisime femme sera bientt vacante; 
Suzanne qui l'occupe est devenue amoureuse de mon 
premier laquais; je les marie. Mais, mon enfant, pour 
monter  cette place, j'exige de toi des complaisances 
bien diffrentes de celles qui viennent de constituer les 
bases de ton devoir.
	- Et de quoi s'agit-il, madame?
	- Il faut que nous couchions ensemble, Justine; il 
faut que tu me branles...
	- Oh! madame, est-ce l cette vertu?...
	- Comment! tu n'es pas encore revenue de tes 
chimres?
	- Chimres, madame?... la vertu une chimre!
	- Assurment, mon ange, il n'en est pas de plus 
mprisable. Les vertus, les religions, tout cela sont des 
freins populaires dont les philosophes se moquent et 
qu'ils se font un jeu d'enfreindre. Les seules lois de la 
nature sont nos passions; et ds qu'elles contrarient la 
vertu, celle-ci n'a donc plus rien de rel. Un moment j'ai 
cru pouvoir vaincre le violent amour que tu m'inspires. 
Contente de t'avoir, je crus que ta prsence adoucirait les 
maux que tes yeux faisaient  mon coeur; et si je t'ai 
soumise aux emplois que tu exerces, c'est qu'ils me 
procuraient le plaisir de me montrer souvent nue devant 
toi. Mais ton insensibilit me rvolte; je ne puis plus 
imposer silence  mes passions, il faut qu'elles se 
satisfassent  tel prix que ce puisse tre. Viens, suis-moi, 
fille cleste.
	Et Delmonse, malgr les rsistances de Justine, 
l'entrane dans son appartement. Il n'y eut rien alors que 
cette sductrice n'employt pour achever de corrompre la 
vertu de cette jeune personne: prsents, promesses, 
discours flatteurs, tout fut mis en usage, mais en vain; et 
les fermes rsistances de Justine convainquirent Mme 
Delmonse que les prjugs de la vertu dans une jeune 
fille peuvent avoir assez de force pour rsister  toutes 
les attaques du crime. De ce moment, la mgre ne se 
contient plus: la luxure se change aisment en fureur 
dans des mes de cette trempe (1).
	- Perfide crature, lui dit-elle au comble de la rage, 
je saurai t'arracher de force ce que tu refuses de bon gr 
 mes passions.
	Elle sonne. Deux de ses femmes paraissent; elles 
taient prvenues. Esclaves des fantaisies de leur 
matresse, elles taient depuis longtemps accoutumes  
les favoriser et  les servir. Presque nues comme elle et 
cheveles, ressemblantes toutes trois  des bacchantes, 
elles saisissent Justine, la dshabillent; et pendant que les 
deux acolytes l'exposent aux caresses impures de leur 
luxurieuse patronne, celle-ci, agenouille devant l'autel 
des plaisirs, effraie la pudeur, en chasse la vertu pour y 
substituer la dbauche et le libertinage le plus 
recherch... Le croirait-on?... l'infme; elle gamahuchait 
Justine en lui enfonant un doigt dans le trou du cul. 
L'une des femmes tait charge de chatouiller le clitoris; 
l'autre, les deux jolis petits ttons  peine clos de cette 
fille enchanteresse. Mais la nature n'avait encore rien dit 
au coeur naf de notre intressante orpheline. Froide, 
insensible  toutes les entreprises essayes sur elle, elle 
ne rpondait que par des soupirs et des larmes aux efforts 
multiplis de ces tribades. Les postures varient. 
L'impudente Delmonse se met  cheval sur la poitrine de 
cette belle enfant; elle lui pose le con sur la bouche; une 
de ses femmes la branle  la fois par devant et par 
derrire; une seconde continue de polluer Justine, dont le 
beau visage est inond deux fois de suite de jets 
multiplis de la semence impure de Delmonse, qui 
dcharge,  ce qu'on prtend, comme un homme. Tout 
fait horreur  Justine; rien ne l'meut, tout lui rpugne. 
Irrite de tant de rsistance, la Delmonse se met dans une 
inconcevable fureur. Elle saisit Justine par les cheveux; 
elle l'entrane dans sa chambre, l'y enferme et la laisse 
jener plusieurs jours au pain et  l'eau.
	Cependant, jusqu'ici Mme Delmonse n'avait song 
qu' satisfaire sa passion; elle avait presque perdu de vue 
ce dont elle tait convenue avec Dubourg, qui, de son 
ct s'occupant de nouveaux plaisirs, paraissait oublier 
ceux-l. L'espoir de la vengeance ramne Delmonse  ses 
promesses; elle jouit de l'ide dlicieuse de trouver un 
ennemi de plus  cette infortune; et le rcit de ce qui se 
passa va dvoiler les trames que ces sclrats 
employrent.
	Le huitime jour, Delmonse rendit  Justine sa 
libert.
	- Reprenez votre ouvrage, lui dit-elle gravement, et, 
si vous vous conduisez bien, je pourrai peut-tre oublier 
vos torts.
	- Madame, rpondit Justine, je dsirerais bien qu'il 
vous plt de prendre quelqu'un  ma place. Je ne 
m'aperois que trop que je n'ai pas ce qu'il faut pour vous 
plaire; et j'aime mieux une condition moins lucrative, et 
qui ne me compromettra pas autant.
	- J'ai besoin de quinze jours pour cela, dit aigrement 
Mme Delmonse; faites votre service trs exactement 
jusqu' cette poque; et, si vous tes alors dans les 
mmes intentions, je vous remplacerai.
	Justine accepte, et tout se calme.
	Environ cinq jours avant l'chance de ce dlai, 
Mme Delmonse, au moment de se coucher, ordonne  
Justine de passer dans son appartement.
	- N'ayez pas peur, mademoiselle, lui dit-elle en la 
voyant mue, je n'ai pas envie de m'exposer une seconde 
fois  vos humiliations; je suis plus faite aux prfrences 
qu'aux refus. C'est pour mon service que je vous 
demande, et non pour autre chose.
	Justine entre. Mais quelle est sa surprise, quand elle 
voit Dubourg presque nu, au milieu des deux femmes de 
la Delmonse, empresses l'une et l'autre  servir les 
passions de ce libertin. Que devient-elle quand elle 
entend les portes se fermer, et que le ton, les discours, la 
physionomie de celle  qui elle a affaire ne lui prsagent 
plus que des malheurs?
	- O madame! s'crie-t-elle en tombant aux pieds de 
cette femme perfide, quel est donc le nouveau pige que 
vous me prparez? Est-il possible qu'une matresse abuse 
aussi cruellement de l'impuissance et de la misre d'une 
malheureuse domestique! Oh! quelle horreur, grand 
Dieu! et quel crime vous commettez envers toutes les lois 
divines et humaines.
	- Oh, nous allons bientt, j'espre, nous souiller 
plus nergiquement, dit Dubourg en se relevant et collant 
ses lvres impures sur la bouche dlicate de Justine qui 
se retire avec dgot... Oh! oui, oui, poursuit ce monstre, 
nous allons nous livrer bientt  d'autres crimes; et 
j'espre qu' la fin cette fire vertu ne trouvera plus de 
dfense.
	En mme temps Justine est saisie, dpouille, et 
offerte  l'instant, toute nue, par les femmes de 
Delmonse, aux immodestes projets du financier.
	Dubourg, presque sr,  ce qu'il prtend, de foutre 
au moins deux coups cette fois-ci, rserve pour le dernier 
celui des deux pucelages de Justine dont il fait le plus de 
cas, et c'est celui du con que l'on prsente  ses premiers 
feux. Le sclrat s'avance; c'est Delmonse elle-mme qui 
le conduit, et qui, le glaive du paillard  la main, 
s'apprte  l'enfoncer au sein de la victime. Mais 
Dubourg, toujours partisan des dtails, veut prluder par 
quelques-uns de ces petits supplices libidineux dont les 
jouissances ont tant d'empire sur ces sens engourdis. 
Idoltre du cul le coquin veut le voir; celui de Justine est 
si joli! On le lui expose; il le claque, refait placer, 
soufflette la victime, lui manie brutalement la motte, lui 
pince les ttons, s'gare sur les trois beauts qui 
l'entourent, L'une des femmes de Delmonse surtout, 
grande crature de dix-sept ans, faite  peindre, et belle 
comme un ange, parait l'chauffer incroyablement. Par 
malheur on le branle, et trs adroitement, pendant qu'il 
prlude: hlas! le mme accident qu' la premire sance 
arrive encore  celle-ci. Dubourg n'a que le temps de se 
jeter sur Justine. Les voies bien imbibes lui sont 
prsentes entrouvertes; mais l'arme plie  mesure que 
s'en exhale la liqueur qui la tient en arrt. Dubourg, dont 
la dcharge est imptueuse, perd la tte en y procdant; il 
n'a plus ni assez de prsence d'esprit, ni assez de force 
pour enfiler droit.
	- Ah! foutre-dieu, sacr nom d'un dieu, s'crie-t-il, 
en accablant de soufflets et de coups de poing la pauvre 
Justine, et lui barbouillant le con de foutre, ah! double 
foutredieu que j'abhorre, mon projet est manqu.
	- Ne t'effraie pas, Dubourg, dit Delmonse; le Dieu 
ou le Diable qui protge cette petite garce ne sera pas 
toujours vainqueur: elle succombera. Rpare tes forces, 
j'ai de quoi te les rendre ici.
	Elle lui frotte en mme temps les couilles avec une 
liqueur dont elle connat la vertu, lui fait servir un 
bouillon compos d'aromates et d'pices, dont l'effet est, 
dit-elle, assur. De nouvelles provocations des trois 
femmes se joignent  ces stimulants; il n'est rien que les 
coquines ne fassent, rien que leur lubricit n'invente, 
aucun got qu'elles ne prviennent, aucune passion 
qu'elles n'chauffent; tantt victimes, et tantt prtresses, 
elles reoivent actuellement ce qu'elles viennent de 
donner tout  l'heure; et le joli corps de Justine toute nue, 
qu'on ne cesse d'offrir au paillard, les larmes, les 
lamentations, de cette belle fille, achvent de donner  la 
scne tout le piquant qu'elle peut avoir. Dubourg bande; 
il se rapproche de son objet. Comme c'est le con qu'il a 
voulu attaquer, on lui suppose les mmes desseins, on le 
lui reprsente.
	- Eh! non, non, donnez-moi le cul! s'crie-t-il; c'est 
ce foutu con qui m'a port malheur, je le dteste. Un 
pucelage m'a tent; mais on ne compose point avec la 
nature; ne m'offrez que le cul, mes amies, c'est le cul seul 
que je veux foutre.
	Les charmantes petites fesses de Justine lui sont 
aussitt montres; le paillard dbute par des baisers qui 
prouvent  quel point cette dlicieuse partie du corps 
d'une femme a d'empire sur lui. Delmonse, pendant que 
ses deux acolytes cartent les fesses, continue de diriger 
l'instrument. Dj les premires atteintes ont fait pousser 
un cri furieux  Justine; mais le mouvement drange 
l'attaque. Dubourg veut s'y reprsenter; Justine effraye 
se dmne avec tant de violence et d'agilit, qu'elle 
chappe aux bras qui la captivent, et se prcipite sous le 
lit en poussant d'affreux hurlements. L, comme dans une 
forteresse; notre hrone retranche proteste que ni 
prires ni menaces ne seront capables de la faire 
dguerpir, et qu'elle prira plutt que de se rendre. Le 
froce Dubourg la pointe  coups de canne. Plus leste 
qu'une anguille, Justine vite tout.
	- Il faut l'craser, dit Dubourg; il faut enfoncer le 
lit, et l'touffer sous les matelas.
	Mais comme le paillard ne cesse de se faire branler 
en formant tous ces plans affreux, comme il manie de 
droite et de gauche tous les attraits qui lui sont offerts, la 
nature trompe une seconde fois son espoir criminel; il n'a 
que le temps de se plonger dans le cul de la jolie fille de 
dix-sept ans, dont nous avons parl tout  l'heure, o ses 
feux s'apaisent de manire  faire esprer  la triste 
Justine d'tre tranquille au moins le reste de la nuit. Mais 
l'infortune est toujours frmissante. Rien ne peut 
dterminer notre aimable enfant  quitter sa retraite, 
avant qu'elle ne soit certaine de celle de Dubourg. Alors 
elle gagne sa chambre en tremblant, et en renouvelant  
sa matresse les plus vives insistances de la laisser sortir 
d'une maison o sa vertu se trouve  chaque instant aussi 
cruellement compromise. Delmonse furieuse ne rpond 
que par des mpris.
	Justine, un peu rassure par ses compagnes, 
reprend ses occupations, sans rflchir qu'aprs les torts 
que ces sclrats ont  lui reprocher les vengeances les 
plus clatantes doivent ncessairement s'amonceler sur sa 
tte.
	Mme Delmonse avait pour habitude, quand elle 
venait  sa garde-robe, de poser sur une chiffonnire une 
superbe montre enrichie de diamants; ds qu'elle avait 
fini, elle la reprenait, l'oubliait quelquefois, et Justine, 
pour lors, la lui reportait aussitt.
	Trois jours aprs l'vnement que nous venons de 
raconter, la montre de Mme Delmonse s'gare, et cette 
fois-ci ne se retrouve plus. On interroge Justine, qui 
rpond de son exactitude, et en donne pour preuve celle 
dont elle a fait profession jusqu' ce moment-ci. 
Delmonse ne dit mot; mais le lendemain au soir,  peine 
Justine, retire dans sa chambre, vient-elle de se jeter sur 
sa couche inonde de larmes pour y goter quelques 
instants de repos, qu'elle entend enfoncer sa porte... Juste 
ciel! c'est sa matresse mme, conduisant un 
commissaire... des archers.
	- Faites votre devoir, monsieur, dit-elle  l'homme 
de justice. Cette malheureuse a vol ma montre; vous la 
trouverez sur elle ou dans sa chambre...
	- Moi, vous avoir vol, madame, dit Justine 
confondue, en se jetant en dsordre au bas de son lit; ah! 
qui doit tre plus pntre que vous de mon innocence et 
de ma probit?
	Ici les yeux effrays de Justine tombent 
machinalement sur l'un des quatre recors qui servent 
d'escorte au commissaire. Oh! grand Dieu! elle reconnat 
Dubourg; c'est lui, c'est cet insatiable libertin, qui, non 
content de l'excration o sa sclratesse le livre, vient 
de porter la frocit au point de venir lui-mme, sous ce 
dguisement, saisir, sur les traits renverss de sa 
malheureuse victime, toutes les progressions de la 
douleur et du dsespoir o sa mchancet la plonge; 
raffinement excrable, sans doute, mais dont l'effet 
devait tre bien vif sur une me aussi dprave.
	- Je suis perdue, dit Justine en le reconnaissant.
	Elle veut parler; mais la Delmonse fait tant de bruit 
que notre malheureuse orpheline n'est point entendue. 
Les perquisitions se continuent. La montre se retrouve. 
Dubourg, qui vient de la placer lui-mme, la fait voir au 
commissaire, sous un matelas. Avec des preuves de cette 
force, il n'y a rien  rpliquer. Justine est saisie. Dubourg 
dispute  ses confrres l'honneur de la garrotter lui-
mme. Des cordes grossires, appliques par la main du 
vice, dchirent, blessent inhumainement les mains de la 
candeur et de l'innocence. On dit mme que tout en 
agissant, le sclrat a l'audace de rapprocher de sa culotte 
ces mains qu'il enchane, de leur faire sentir tout l'effet 
que cette scne atroce produit sur ses sens mus.
	Sans pouvoir s'expliquer, enfin, Justine est jete 
dans un fiacre. C'est Dubourg et son valet de chambre, 
dguis sous le costume de l'un des autres soldats, qui 
l'accompagnent pour la consigner dans des cachots o 
ces monstres eussent bien mieux figur eux-mmes. Une 
fois dans la voiture avec son complice, on ne se figure 
pas les atrocits que Dubourg entreprend. Quelle dfense 
offrira Justine? elle est lie; et ce qu'il y a de bien 
extraordinaire, c'est que Thmis assure elle-mme, cette 
fois, les projets dsastreux du crime. Le valet de chambre 
contient; Justine est trousse, parcourue, baise, 
fourrage partout. Mais le libertin, trop mu, ne reoit 
heureusement point de la nature les forces ncessaires  
consommer son crime; et l'autel est encore une fois 
arros de l'hommage que trop d'ardeur empche de 
s'pancher au sanctuaire. Le fiacre arrive; on descend; et 
notre innocente hrone est croue comme voleuse, sans 
qu'il lui soit possible de faire entendre un seul mot pour 
sa justification.
	Le procs d'un infortun, qui n'a ni crdit, ni 
protection, est promptement fait, dans un pays o l'on 
croit la vertu incompatible avec la misre... o le malheur 
est une preuve complte contre l'accus. L, une injuste 
prvention fait croire que celui qui a pu commettre le 
crime l'a commis; les sentiments se mesurent  l'tat o 
l'on trouve le coupable; et sitt que l'or ou des titres 
n'tablissent pas sa puret, l'impossibilit qu'il puisse tre 
innocent devient alors dmontre (2).
	Justine eut beau se dfendre; elle eut beau fournir 
les meilleurs moyens  l'avocat de forme qu'on lui donna 
pour un instant; sa matresse l'accusait; la montre s'tait 
trouve dans sa chambre: il tait clair qu'elle l'avait 
vole. Lorsqu'elle voulut citer les sductions, les attentats 
dirigs contre son honneur; la mascarade de Dubourg, 
ses entreprises pendant la conduite, on traita ses plaintes 
de rcriminations: on lui dit que M. Dubourg et Mme 
Delmonse taient depuis longtemps connus pour des gens 
intgres incapables de telles horreurs. Elle fut donc 
transfre  la conciergerie, o elle se vit au moment de 
payer de ses jours le refus de partager une horreur. Un 
nouveau dlit pouvait seul la sauver. La Providence 
voulut que le crime servt au moins une fois d'gide  la 
vertu, qu'il la prservt de l'abme o l'allaient engloutir 
la mchancet des hommes et l'imbcillit des juges. 
Justine se permit quelques plaintes amres contre les 
coquins qui la perdaient aussi cruellement; mais ces 
imprcations, loin d'attirer sur eux la colre du ciel, ne 
servirent qu' leur porter bonheur. Delmonse hrita peu 
de jours aprs d'un oncle mort aux les, qui lui laissa 
cinquante mille livres de rente; et Dubourg obtint du 
gouvernement une rgie gnrale, qui, dans le mme 
mois, augmenta son revenu de quatre cent mille francs 
annuels.
	Il est donc vrai que la prosprit peut accompagner 
et couronner le crime, et qu'au milieu du dsordre et de la 
corruption, tout ce que les hommes appellent le bonheur 
peut se rpandre sur la vie. Que d'exemples de cette triste 
vrit il nous resta  offrir encore (3)!

	(1)	Dans toutes, la frocit est toujours ou le 
complment ou le moyen de la luxure: toutes 
les recherches outres du libertinage sont des 
actes de frocit. Il n'est pas un seul homme 
cruel qui n'ait t un trs grand libertin; et 
rversiblement un libertin qui ne devienne 
froce. Au reste, la frocit n'est, comme la 
douleur, qu'un mode de l'me absolument 
indpendant de nous; et nous ne devons, ni 
plus rougir, ni plus nous glorifier de l'un que de 
l'autre. L'homme ne travaille jamais qu' sa 
flicit: quelle que soit la route qu'il adopte 
dans la carrire de la vie, c'est toujours pour 
courir au bonheur, mais  sa manire. Et Nron 
trouvait autant de plaisir  gorger ses 
victimes, que Titus  ne pas voir s'couler un 
jour, qu'il n'et fait un heureux. 

	(2)	Sicles  venir, vous ne verrez plus ce comble 
d'horreurs et d'infamie. (Note de l'diteur).

	(3)	Cette vrit est dcourageante, disent les sots; 
il ne faut pas l'offrir aux hommes. Mais sitt 
que c'est une vrit, d'o vient donc la cacher? 
o donc est la ncessit de tromper les 
hommes? Si ce plat rle est ncessaire, est-ce 
donc  la philosophie  le remplir? Non: son 
flambeau, comme celui de l'astre du jour, doit 
dissiper toutes les tnbres. C'est mal aimer les 
hommes, que de leur dguiser des vrits aussi 
essentielles, quels que puissent en tre les 
rsultats. (Note de l'diteur.)



 

CHAPITRE III

EVENEMENT QUI BRISE LES FERS DE JUSTINE - 
QUELLE EST LA SOCIETE QUI
L'ENTRAINE - NOUVEAUX DANGERS QUE 
COURT SA PUDEUR - INFAMIES DONT ELLE EST
TEMOIN - COMMENT ET AVEC QUI ELLE 
ECHAPPE AUX SCELERATS AUXQUELS SON
ETOILE L'ENCHAINAIT

	Justine avait pour voisine dans sa prison une femme 
d'environ trente-cinq ans, aussi clbre par sa beaut, par 
son esprit, que par l'espce et la multitude de ses forfaits. 
On la nommait Dubois; et elle tait, ainsi que Justine,  
la veille de subir son jugement de mort. Le genre seul 
embarrassait les juges. S'tant souille de tous les crimes 
imaginables, on se trouvait contraint, ou  inventer pour 
elle un supplice, ou  lui en faire subir un dont la loi 
excepte les femmes. Justine avait inspir une sorte 
d'intrt  cette crature, intrt bas sur le crime, et qui 
pourtant dlivra la vertu.
	Un soir, deux jours peut-tre avant celui o toutes 
les deux devaient perdre la vie, la Dubois dit  Justine de 
ne point se coucher, et de se tenir avec elle, sans 
affectation, le plus prs possible du guichet. Erreur ! Source du 
renvoi introuvable.
	Par un de ces caprices inexplicables du sort, sa 
main, qui venait de punir l'innocence dans notre hrone, 
servit le crime dans sa protectrice. Le feu prit; l'incendie 
fut horrible; il y eut soixante personnes de brles. Mais 
Justine, la Dubois et ses complices se sauvrent, et 
gagnrent, ds la mme nuit, la cabane d'un braconnier 
de la fort de Bondy intime ami de la bande.
	- Te voil libre, Justine, dit alors la Dubois; tu peux 
maintenant choisir tel genre de vie qu'il te plaira. Mais si 
tu suis mes conseils, mon enfant, tu renonceras  ces 
pratiques de vertu, qui, comme tu vois, ne t'ont jamais 
russi. Une dlicatesse dplace puisqu'il ne s'agissait 
que d'tre foutue, et que tu ne dois pas douter, d'aprs les 
rcits que tu m'as faits, que la Delmonse et Dubourg ne 
soient les agents de ta perte; une dlicatesse ridicule, dis-
je, te conduit aux pieds de l'chafaud: un crime affreux 
m'en sauve. Regarde  quoi les bonnes actions servent 
dans le monde, et si c'est bien la peine de s'immoler pour 
elles. Tu es jeune et jolie, Justine: en deux ans je me 
charge de ta fortune. Mais n'imagine pas que je te 
conduise au sanctuaire de son temple par les sentiers de 
la sagesse: il faut, quand on veut faire ce chemin, 
entreprendre plus d'un mtier, et servir plus d'une 
intrigue. Le vol, le meurtre, le pillage, l'incendie, le 
putanisme, la prostitution, la dbauche; voil les vertus 
de notre tat; nous n'en admmes jamais d'autres. 
Consulte-toi, chre fille, et donne-nous promptement ta 
rponse; car il est peu de sret pour nous dans cette 
chaumire; il faut que nous en partions avant le jour.
	- Oh! madame, rpondit Justine, je vous ai de 
grandes obligations; je suis loin de vouloir m'y soustraire: 
vous m'avez sauv la vie; il est affreux pour moi que ce 
soit par un crime. Croyez que, s'il me l'et fallu 
commettre, j'eusse prfr mille morts  la douleur d'y 
participer. Je sens tous les dangers que j'ai courus pour 
m'tre abandonne aux sentiments honntes qui resteront 
toujours dans mon coeur; mais, quels que soient, 
madame, les dangers de la vertu je les prfrerai sans 
cesse aux dtestables faveurs qui accompagnent le crime. 
Il existe dans moi des principes de morale et religion, 
qui, grce au ciel, ne m'abandonneront jamais. Si la main 
de Dieu me rend l'existence pnible, c'est pour m'en 
ddommager dans un monde meilleur. Cet espoir me 
console; il adoucit mes chagrins; il apaise mes plaintes; il 
me fortifie dans la dtresse, et me fait braver tous les 
maux qu'il plaira  la Providence de m'envoyer. Cette 
joie douce s'teindrait aussitt dans mon me, si je venais 
 me souiller d'un crime; et, avec la crainte des 
chtiments de ce monde, j'aurais le douloureux aspect 
des supplices de l'autre, qui ne me laisserait pas un 
instant de calme dans la vie.
	- Oh, foutre! s'cria la Dubois, en fronant le 
sourcil, voil des systmes absurdes qui te conduiront  
l'hpital. Laisse l ton infme Dieu, ma fille. Sa justice 
cleste, ses chtiments ou ses rcompenses, toutes ces 
platitudes-l ne sont bonnes que pour des imbciles et tu 
as trop d'esprit pour y croire. O Justine! la duret des 
riches lgitime la mauvaise conduite des pauvres. Que 
leurs trsors s'ouvrent  nos besoins, que l'humanit 
rgne dans leur coeur, et les vertus pourront s'tablir dans 
le ntre. Mais tant que notre infortune, notre patience  la 
supporter, notre bonne foi et notre asservissement ne 
serviront qu' doubler nos fers, nos crimes deviendront 
leur ouvrage. Eh! nous serions bien dupes de nous les 
refuser, quand ils peuvent amoindrir le joug dont leur 
cruaut nous surcharge. La nature nous a crs tous 
gaux, Justine; si les injustes rigueurs du sort se plaisent 
 dranger ce premier plan des lois gnrales, c'est  
nous d'en corriger les caprices, et de rparer par notre 
adresse les usurpations du plus fort. J'aime  les 
entendre, ces gens riches, ces gens titrs, ces magistrats, 
ces prtres; j'aime  les voir nous prcher la vertu. Il est 
bien difficile de se garantir du vol, quand on a trois fois 
plus qu'il ne faut pour vivre! bien malais de ne jamais 
concevoir le meurtre, lorsque, entour sans cesse de 
flatteurs, rien ne peut exciter  la vengeance! bien 
pnible en vrit d'tre temprant et sobre, quand on est  
chaque heure entour des mets les plus succulents! Ils 
ont bien du mal  tre sincres, ces gens opulents et 
oisifs, quand il ne se prsente pour eux aucun intrt de 
mentir; bien du mrite  ne pas dsirer la femme des 
autres, quand tout ce que la lubricit peut avoir de plus 
vif, est sans cesse offert  leurs sens. Mais nous, Justine, 
nous que cette Providence barbare, que ce Dieu vain et 
ridicule, dont tu as la folie de faire ton idole, a 
condamns  ramper dans l'humiliation, comme le 
serpent dans l'herbe; nous, qu'on ne voit qu'avec ddain, 
parce que nous sommes pauvres; qu'on tyrannise parce 
que nous sommes faibles; nous dont les lvres ne sont 
abreuves que de fiel, et dont les pas ne pressent que des 
ronces! tu veux que nous nous dfendions du crime, 
quand sa main seule nous ouvre les portes de la vie, nous 
y maintient, nous y conserve, et nous empche de la 
perdre! tu veux que, perptuellement soumis et dgrads, 
pendant que cette classe qui nous matrise a pour elle 
toutes les faveurs de la fortune, nous ne nous rservions 
que la peine, l'abattement et la douleur, que le besoin et 
que les larmes, que les fltrissures et l'chafaud! Non, 
non, Justine, non, ou ce Dieu que tu as la btise de croire 
n'est fait que pour nos mpris ou ce ne sont point l ses 
volonts. Va, mon enfant, quand la nature nous place 
dans une situation o le mal nous devient ncessaire, et 
qu'elle nous laisse en mme temps la facult de l'exercer, 
c'est que le mal sert  ses lois comme le bien, et qu'elle 
gagne autant  l'un qu' l'autre. L'tat o elle nous a 
crs, c'est l'galit. Celui qui drange cet tat, n'est pas 
plus coupable que celui qui cherche  le rtablir; tous 
deux agissent d'aprs des impressions reues; tous deux 
doivent les suivre et jouir en paix."
	L'loquence de la Dubois tait autrement rapide que 
celle de la Delmonse. A moyens gaux, la cause du crime 
est bien mieux dfendue par celui qui le commet par 
besoin, que par celui qui ne s'y livre que par libertinage; 
et Justine tourdie pensa devenir la victime des 
sductions de cette femme adroite. Mais une voix plus 
forte combattant dans son coeur, elle dclare  sa 
corruptrice qu'elle est dcide  ne se jamais rendre, que 
le crime lui fait horreur, et qu'elle prfre la mort la plus 
affreuse  l'horrible obligation de le commettre.
	- Eh bien, rpondit la Dubois, deviens ce que tu 
voudras; je t'abandonne  ton mauvais sort. Mais, si 
jamais tu te fais pendre, ce qui ne peut te fuir par la 
fatalit qui sauve le crime en immolant toujours la vertu, 
souviens-toi du moins de ne jamais parler de nous."
	Pendant ce dialogue, les quatre compagnons de la 
Dubois buvaient avec le braconnier; et comme le vin 
dispose ordinairement l'me du malfaiteur  des excs 
plus grands, les sclrats n'apprirent pas plus tt les 
rsolutions de notre infortune, qu'ils se dcidrent  
faire d'elle une victime, ne pouvant en faire une 
complice. Leurs principes, leur profession (c'taient des 
voleurs de grands chemins), leurs moeurs, l'tat actuel de 
leur physique (on bande bien aprs trois mois de prison), 
le sombre rduit o ils taient, l'paisseur de la nuit, 
l'espce de scurit dans laquelle ils se trouvaient, leur 
ivresse, l'innocence de Justine, son ge, les attraits divins 
dont l'avait embellie la nature: tout les lectrise, tout les 
encourage. Ils se lvent de table; tiennent conseil; et le 
rsultat est un ordre  Justine de se prter sur-le-champ  
satisfaire les dsirs de chacun des quatre, ou de bonne 
grce ou de force. Si elle se prostitue de bonne volont, 
ils lui donneront chacun un cu pour la conduire o elle 
voudra. S'il leur faut employer la violence, la chose se 
fera de mme. Mais pour que le secret soit gard, ils la 
poignarderont aprs s'tre satisfaits, et l'enterreront au 
pied d'un arbre.
	Il est inutile de peindre l'effet que cette cruelle 
dlibration produisit sur l'me de Justine; nos lecteurs le 
comprennent aisment. Elle se jette aux genoux de la 
Dubois; elle la conjure d'tre une seconde fois sa 
protectrice. Mais la coquine ne fait que rire de ses 
larmes.
	- Triple-dieu! lui dit-elle, te voil bien malheureuse; 
tu frmis de l'obligation d'tre successivement foutue par 
quatre beaux garons comme ceux-l! Tiens, lui dit-elle 
en les lui prsentant tour  tour, vois celui-ci: il s'appelle 
Brise-Barbe; vingt-cinq ans, ma fille, et un membre... 
qu'on admirerait, sans celui de mon frre que voici: c'est 
Coeur-de-Fer, trente ans; vois comme il est tourn; et ce 
vit! je gage que tes deux mains ne l'empoignent pas; ce 
troisime est Sans-Quartier; regarde ses moustaches; 
vingt-six ans; (puis bas), Justine, la veille de notre 
incarcration, il m'avait foutue onze coups dans une 
soire. Oh! pour le quatrime, tu m'avoueras que c'est un 
ange; il est trop beau pour faire ce mtier; vingt et un 
ans; nous l'appelons le Rou et il le sera; avec les 
dispositions qu'il a pour le crime, un tel sort ne peut lui 
manquer; mais c'est son vit Justine, c'est son vit qu'il faut 
que tu voies; on ne se fait pas d'ide d'un engin de cette 
espce; vois comme c'est long, comme c'est gros, comme 
c'est dur; cette tte, comme elle est vermeille! Va, je 
t'assure que quand j'ai cela dans mes entrailles, je me 
crois mieux foutue que ne le ft jamais Messaline. Mais 
sais-tu, ma fille, qu'il y a dix mille femmes  Paris qui 
donneraient la moiti de leur or ou de leurs bijoux, pour 
tre  ta place. Ecoute, ajouta-t-elle pourtant, aprs un 
peu de rflexion, j'ai assez d'empire sr ces drles-l 
pour obtenir ta grce, aux conditions que tu t'en rendras 
digne.
	- Hlas! madame, que faut-il faire? Ordonnez-moi, 
je suis toute prte.
	- Nous suivre, tuer, voler, empoisonner, massacrer, 
incendier, piller, ravager, comme nous;  ce prix, je te 
sauve le reste.
	Ici Justine ne crut pas devoir balancer. En acceptant 
cette cruelle condition, elle courait, il est vrai, de 
nouveaux dangers, mais ils taient moins pressants que 
ceux dont elle tait subitement menace.
	- Eh bien! madame, j'irai partout, s'cria-t-elle, 
partout, je vous le promets; sauvez-moi de la fureur de 
ces hommes, et je ne vous quitterai de la vie.
	- Enfants, dit la Dubois, cette fille est de la troupe; 
je l'y reois; je vous prie de ne lui point faire de violence; 
ne la dgotez pas du mtier; son ge et sa figure 
peuvent attirer des dupes dans nos filets; servons-nous-
en, et ne la sacrifions pas  nos plaisirs.
	Mais les passions ont un degr d'nergie dans 
l'homme, o rien ne peut les captiver: plus on essaie alors 
de leur faire entendre la voix de la raison, plus leur 
perversit comprime cette voix; et presque toujours alors 
les moyens prsents pour teindre l'embrasement ne 
servent qu' lui donner plus d'activit. Les camarades de 
la Dubois se trouvaient dans ce malheureux cas. Tous les 
quatre, le vit  la main, n'attendaient que le sort qu'ils 
consultaient avec des ds, pour savoir auquel d'entre eux 
seraient destins les prmices. Les coquins buvaient, 
jouaient et bandaient. Or, des refus ou des raisons 
pntrent bien difficilement dans des mes ainsi 
disposes.
	- Non, sacredieu, dit Brise-Barbe, il faut que la 
bougresse y passe; il n'y a plus de moyens de la sauver. 
Ne dirait-on pas qu'il faut faire preuve de vertu pour tre 
reue dans une troupe de voleurs, et qu'il faut avoir son 
pucelage pour aller tuer sur les grands chemins! Double 
bougre de dieu! je veux foutre, s'cria Sans-Quartier, 
s'avanant vers Justine, le vit  la main et prt  l'enfiler; 
oui, foutu nom d'un dieu dont je me fous, je veux la 
foutre, ou l'gorger; qu'elle choisisse.
	Douce et tremblante victime, notre malheureuse 
enfant frmissait;  peine avait-elle la force de respirer: 
A genoux devant ces quatre bandits, ses faibles bras 
s'levaient pour les implorer; et le Dieu que profanaient 
leurs blasphmes tait saintement invoqu par elle.
	- Un moment, dit Coeur-de-Fer, qui, par sa qualit 
de frre de la Dubois avait l'honneur de commander la 
troupe, un moment, mes amis. Je bande comme vous; 
vous le voyez, continua-t-il, en frappant de son vit sur la 
table, et cassant une noix avec; comme vous, je veux 
dcharger; et je crois nanmoins qu'il est possible de se 
satisfaire en rendant tout le monde content. Puisque cette 
petite putain tient tant  la vertu, et que, comme le 
remarque fort sagement ma soeur, cette qualit 
diffremment mise en action, pourra nous devenir 
ncessaire, laissons-lui son pucelage. Mais il faut que 
nous soyons apaiss; les ttes n'y sont plus; et, dans l'tat 
o nous sommes, tu le vois ma soeur, nous vous 
gorgerions peut-tre toutes les deux, si vous rsistiez  
nos projets. Les passions de l'homme sans frein sont 
terribles; c'est un fleuve qui dborde, et qui ravage tous 
les environs, si on ne lui ouvre pas une issue. Tu dois te 
souvenir, Dubois, de nous avoir vus souvent massacrer 
des femmes qui nous rsistaient; et ce qu'il y a de fort 
particulier, tu as vu le rsultat de ces crimes devenir le 
mme que celui de la luxure, et notre foutre couler sur le 
sang, comme s'il et coul dans les cons. Ne nous arrte 
donc pas, je te le conseille; contente-toi de nous diriger. 
Voici donc ce que je propose: 
	Il faut que Justine se mette aussi nue que le jour 
qu'elle est venue au monde. J'exige qu'en cet tat elle se 
prte tour  tour aux diffrents caprices luxurieux qu'il 
nous plaira de passer avec elle, pendant que la Dubois, 
apaisant nos ardeurs, fera brler l'encens sur les autels 
dont cette extravagante nous refuse l'entre.
	- Me mettre nue, s'cria Justine!... me dshabiller 
devant des hommes! Oh! juste ciel, qu'exigez-vous? Et 
quand je serai livre de cette manire  vos regards, qui 
me garantira de vos insultes?
	- Mais, qui t'en garantit  prsent, putain? dit le 
Rou, en passant sa main sous les jupes de Justine, et lui 
collant ses lvres sur la bouche.
	- Oui, foutredieu, qui t'en garantit? dit Sans-
Quartier en saisissant le revers de la mdaille que palpait 
le Rou; tu vois bien que tu es  nous; tu vois bien que la 
soumission est le seul parti que tu aies  prendre; obis 
donc, ou tu es morte.
	- Allons, laissez-la, dit Coeur-de-Fer, en l'arrachant 
des mains de ses camarades; laissez-la procder 
tranquillement aux dispositions exiges.
	- Non, dit Justine.en se voyant libre, non, vous ferez 
de moi ce que vous voudrez, vous tes les plus forts; 
mais vous n'obtiendrez rien de bon gr.
	- Eh bien, garce, lui dit Coeur-de-Fer, en lui 
appliquant un soufflet qui la renverse sur le lit, ce sera 
donc nous qui te dshabillerons.
	Et, lui passant aussitt ses jupes par-dessus la tte, 
il les fend, avec son couteau, d'une si horrible manire 
que l'on crut un moment que c'tait le ventre de cette 
malheureuse que le coquin partageait en deux. En un 
instant le plus beau corps du monde fut une seconde fois 
expos  tout ce que la luxure peut avoir de plus 
monstrueux.
	- Disposons-nous, dit Coeur-de-Fer. Ma soeur, 
tends-toi sur ce lit, que Brise-Barbe t'enconne. Justine,  
califourchon sur Dubois, avancera son con vers la face 
de Brise-Barbe, et lui pissera dans la bouche; je connais 
ses gots.
	- Oh! foutre, dit le paillard, en s'adaptant fort vite 
au con de la Dubois, je n'ai point de jouissance plus vive 
que celle-l, et je te remercie de l'ide.
	Il enconne, on pisse, il dcharge, et Sans-Quartier 
se met  l'ouvrage.
	- Pendant que je foutrai ta soeur, dit-il au chef, 
contiens devant moi cette gueuse.
	On obit. Il frappe  main ouverte, et d'une manire 
trs nerveuse, tantt les joues, tantt le sein de Justine; 
quelquefois il la baise sur la bouche et lui mord le bout 
de la langue; dans d'autres moments, les deux fraises du 
sein de notre malheureuse enfant sont tellement 
froisses, qu'elle est prte  s'en vanouir. Elle souffre, 
elle demande grce; les larmes coulent de ses yeux, et 
n'enflamment que plus ardemment ce sclrat, qui, se 
sentant enfin prs de sa dcharge, tout en foutant, la 
prend  bras le corps, et la jette  dix pas de lui.
	C'est le tour du Rou. Il enconne Dubois.
	- Attends, dit Coeur-de-Fer, je vais t'enculer, mon 
fils; nous mettrons cette gueuse au milieu de nous; tu lui 
molesteras le ton, moi le cul.
	Et la malheureuse Justine, pousse, repousse par 
ces deux brigands, ressemble au jeune saule battu par 
deux orages. Dj cette mousse dlicate qui cache le 
mont de Vnus est impitoyablement arrache d'une part, 
pendant que de l'autre les deux plus jolies petites fesses 
qu'ait jamais cres la nature paraissent toutes meurtries 
des pinons qu'impriment  plaisir, sur elles, les ongles 
crochus de Coeur-de-Fer; lorsque les deux fouteurs, 
changeant lestement d'autel, substituent l'inceste  la 
sodomie, et deviennent, par cette inconstance lubrique, 
l'un le mari de sa soeur, l'autre l'amant de son beau-frre. 
Mais Justine n'y gagne pas. Coeur-de-Fer, mieux irrit, 
n'en devient que plus cruel.
	- Voyons  qui frappera le plus fort, dit-il en 
claquant les joues; toi, frappe le cul, mon frre.
	Hlas! c'est l'histoire du marteau sur l'enclume. 
Justine est si moleste, que des flots de sang lui sortent 
des narines.
	- Voil ce que je voulais, dit Coeur-de-Fer, en 
mettant sa bouche au-dessous. Brise-Barbe, tu veux de 
l'urine, moi du sang. Il reoit, il avale, il dcharge; son 
fouteur le suit de bien prs; la volupt les couronne tous 
deux; et le calme renat dans la troupe.
	- Dans tout ceci, dit la Dubois en se relevant, il me 
semble que c'est moi qui ai le plus gagn.
	- Oh! tes marchs sont toujours comme cela, dit son 
frre; c'est pour tre foutue toi-mme, que tu n'as pas 
voulu que nous dpucelions cette petite fille; mais, 
patience, elle n'y perdra rien.
	Il fut question de se remettre en route; et, ds la 
mme nuit, la troupe gagna le Tremblai, avec l'intention 
de l'approcher des bois de Chantilly, o elle s'attendait  
quelques bons coups.
	Rien n'galait le dsespoir de Justine. Nous la 
croyons maintenant suffisamment connue de nos 
lecteurs, pour tre bien certain qu'il est inutile de leur 
peindre tout ce qui lui faisait prouver l'obligation de 
suivre de telles gens; et si elle le fit, on s'imagine bien 
que ce ne fut qu'avec la ferme rsolution de les quitter 
ds qu'elle le pourrait.
	Nos sclrats couchrent aux environs de Louvres 
sous des meules de foin. L'intention de notre sage 
orpheline aurait t de se rapprocher de la Dubois, pour 
passer la nuit  ses cts; mais la coquine avait d'autres 
projets que celui de s'employer  dfendre la vertu des 
autres. Trois bandits l'entourrent; et l'abominable 
crature se livra  tous les trois en mme temps. Le 
quatrime s'approcha de Justine; c'tait Coeur-de-Fer.
	- Bel enfant, lui dit-il, j'espre que vous ne me 
refuserez pas au moins de passer la nuit prs de vous. Et 
comme il s'aperut de son extrme rpugnance: Erreur ! 
Source du renvoi introuvable. Je ne blme point la proposition de 
ce pacte; mais je soutiens qu'il existe deux sortes 
d'individus qui ne durent jamais s'y soumettre: ceux qui, 
se sentant les plus forts, n'avaient pas besoin de rien 
cder pour tre heureux; et ceux qui, tant les plus 
faibles, se trouvaient cder infiniment plus qu'on ne leur 
assurait. Cependant, la socit n'est compose que d'tres 
faibles et d'tres forts. Or, si le pacte doit dplaire aux 
forts et aux faibles, il s'en fallait donc de beaucoup qu'il 
convnt  la socit; et l'tat de guerre, qui existait avant, 
devait se trouver infiniment prfrable, puisqu'il laissait  
chacun le libre exercice de ses forces et de son industrie, 
dont il se trouvait priv par le pacte injuste d'une socit 
enlevant toujours trop  l'un, et n'accordant jamais assez 
 l'autre. Donc l'tre vraiment sage est celui qui, au 
hasard de reprendre l'tat de guerre qui rgnait avant le 
pacte, se dchane imprieusement contre ce pacte, le 
viole autant qu'il le peut, certain que ce qu'il retirera de 
ces lsions sera toujours suprieur  ce qu'il pourra 
perdre, s'il se trouve le plus faible; car il l'tait de mme 
en respectant le pacte; il peut devenir le plus fort en le 
violant; et, si les lois le ramnent  la classe dont il a 
voulu sortir, le pis-aller est qu'il perdra la vie, ce qui est 
un malheur infiniment moins grand que celui d'exister 
dans l'opprobre et dans la misre. Voil donc deux 
chances pour nous: ou le crime qui rend heureux, ou 
l'chafaud qui nous empche d'tre malheureux. Je le 
demande, y a-t-il  balancer? et votre esprit, Justine, 
trouvera-t-il un raisonnement qui puisse combattre celui-
l?
	- Il y en a mille, monsieur, il y en a mille, reprit 
Justine avec vivacit. Mais cette vie, d'ailleurs, est-elle 
donc l'unique objet de l'homme? y est-il autrement que 
comme dans un passage, dont chaque degr qu'il parcourt 
ne doit, s'il est raisonnable, le conduire qu' cette 
ternelle flicit, prix assur de la vertu? Je suppose avec 
vous, ce qui pourtant est rare, ce qui choque bien 
srement toutes les lumires de la raison, mais 
qu'importe, je vous accorde un instant que le crime 
puisse rendre heureux ici-bas le sclrat qui s'y adonne; 
vous imaginez-vous que la justice de ce Dieu, qui existe 
quoique vous le mconnaissiez, croyez-vous, dis-je, que 
cette justice ternelle n'attende pas ce malhonnte 
homme dans un autre monde pour venger celui-ci?... Ah! 
ne soutenez pas le contraire, monsieur, je vous en 
conjure; c'est la seule consolation de l'infortune, ne la lui 
enlevez pas. Ds que les hommes nous dlaissent, qui 
nous vengera, si ce n'est Dieu?
	- Qui? personne, Justine, personne absolument; il 
n'est nullement ncessaire que l'infortune soit venge. 
Elle l'espre, parce qu'elle le dsire; elle s'en flatte, parce 
qu'elle le veut. Cette ide gigantesque la console; mais 
elle n'en est pas moins fausse. Il y a mieux. Il est 
essentiel que l'infortune souffre; son humiliation, ses 
douleurs sont au rang des lois de la nature, et son 
existence est utile au plan gnral, comme celle de la 
prosprit qui l'crase: telle est la vrit qui doit touffer 
les remords dans l'me du sclrat et du malfaiteur. 
Qu'ils ne se contraignent donc pas, qu'ils se livrent 
aveuglment  toutes les lsions dont les vues politiques 
de la nature suggrent les ides en eux; c'est la seule 
faon dont cette mre universelle sait nous rendre les 
agents de ses lois. Quand ses inspirations secrtes nous 
disposent au mal, c'est que le mal lui est ncessaire; c'est 
qu'elle le veut; c'est qu'elle en a besoin; c'est que la 
somme des crimes tant incomplte... insuffisante aux 
lois de l'quilibre, seules lois dont elle soit rgie, elle 
exige ceux-l de plus au complment de la balance. Qu'il 
ne s'effraie donc ni ne s'arrte, celui dont l'me est porte 
au mal; qu'il le commette sans crainte, ds qu'il a senti 
l'impulsion; ce n'est qu'en y rsistant qu'il outragerait la 
nature. Mais, puisque vous revenez encore une fois, 
Justine, sur les fantmes difiques, et sur le culte que 
vous imaginez leur tre d, apprenez, jeune innocente, 
que cette religion sur laquelle vous vous appuyez 
follement sans cesse n'tant que le rapport de l'homme  
Dieu, l'hommage que la crature croit devoir  son auteur 
s'anantit aussitt que l'existence de cet auteur est elle-
mme prouve chimrique. Ecoutez donc, une dernire 
fois, ce que j'ai  vous objecter sur cet article.
	Les premiers hommes, effrays des phnomnes 
qui les frapprent, durent croire ncessairement qu'un 
agent sublime et inconnu d'eux en avait dirig la marche 
et l'influence: le caractre de la faiblesse est de supposer 
ou de craindre la force. L'esprit de l'homme, encore trop 
dans l'enfance pour trouver dans le sein de la nature les 
lois du mouvement, seuls ressorts de tout le mcanisme 
dont il s'tonnait, crut plus simple de supposer un moteur 
 cette nature, que de la croire motrice elle-mme; et, 
sans rflchir qu'il aurait encore plus de peine  difier,  
dfinir ce matre gigantesque,  concilier avec les 
qualits qu'il lui prtait tous les dfauts que ses 
oprations nous dmontrent; qu'il aurait, dis-je, plus de 
peine  tout cela, qu' trouver dans l'tude de la nature la 
cause de ce qui le surprenait, il s'tourdit, il s'aveugla au 
point d'admettre ce premier tre, et de lui riger des 
cultes. De ce moment, chaque nation s'en composa 
d'analogues  ses moeurs,  ses connaissances et  son 
climat. Il y eut bientt sur la terre autant de religions que 
de peuples, autant de dieux que de familles. Sous toutes 
ces dgotantes idoles, il tait cependant facile de 
reconnatre ce fantme absurde, premier fruit de 
l'aveuglement humain; le mime tait diffremment 
costum, mais c'tait toujours le mme farceur; on le 
servait par des simagres diffrentes, mais c'tait 
toujours le mme culte. Or, que prouve cette unanimit, 
sinon l'gale btise de tous les hommes, et l'universalit 
de leur faiblesse? S'ensuit-il de l que je doive imiter leur 
ineptie! Si de plus profondes tudes, si un esprit plus mr 
et plus rflchi me contraint  reconnatre,  pntrer les 
secrets de la nature,  me convaincre enfin, comme je 
vous le disais tout  l'heure, que, ds que le mouvement 
est en elle, le besoin du moteur devient nul; dois-je ds 
lors, m'assoupissant comme vous sous le joug honteux de 
cette dgotante chimre, renoncer, pour lui tre 
agrable, aux plus douces jouissances de la vie? Non, 
Justine, non, je serais un extravagant, si je me comportais 
ainsi; je serais un fou indigne de cette raison que la 
nature m'accorde pour dmler les piges que 
l'imbcillit ou la fourberie des hommes me tendent 
chaque jour. Cesse de croire  ce Dieu fantastique, mon 
enfant; il n'exista jamais. La nature se suffit  elle-mme; 
elle n'a nullement besoin d'un moteur; ce moteur, 
gratuitement suppos, n'est qu'une dcomposition de ses 
propres forces, n'est que ce que nous appelons dans 
l'cole une ptition de principes. Un Dieu suppose une 
cration, c'est--dire, un instant o il n'y eut rien, ou bien 
un instant o tout fut dans le chaos. Si l'un ou l'autre de 
ces tats tait un mal, pourquoi votre imbcile Dieu le 
laissa-t-il subsister? Etait-ce un bien? pourquoi le 
changea-t-il? Mais si tout est bien maintenant, votre Dieu 
n'a plus rien  faire; or, s'il est inutile, peut-il tre 
puissant? et s'il n'est pas puissant, peut-il tre Dieu? peut-
il mriter nos hommages? Si la nature se meut 
perptuellement, en un mot,  quoi sert le moteur? et si le 
moteur agit sur la matire en la mouvant, comment n'est-
il pas matire lui-mme? Concevez-vous l'effet de l'esprit 
sur la matire, et la matire mue par l'esprit, qui, lui-
mme, n'a point de mouvement? Vous dites que votre 
Dieu est bon; et cependant, selon vous, malgr son 
alliance avec les hommes, malgr le sang de son cher 
fils, venu pour se faire pendre en Jude, dans la seule vue 
de cimenter cette alliance, malgr tout cela, dis-je, il y 
aura encore les deux tiers et demi du genre humain de 
condamns aux flammes ternelles, parce qu'ils n'auront 
pas reu de lui la grce qu'ils lui demandent pourtant tous 
les jours. Vous dites qu'il est juste, ce Dieu! Est-il bien 
quitable de n'accorder la connaissance d'un culte qui lui 
plat qu' une trentime partie de l'univers, pendant qu'il 
abandonne le reste dans une ignorance qu'il punira du 
dernier supplice? Que diriez-vous d'un homme qui serait 
juste  la manire de votre Dieu? Il est tout-puissant, 
ajoutez-vous. Mais, en ce cas, le mal lui plat donc, car il 
en existe sur la terre infiniment plus que de bien; et 
cependant, il le laisse subsister. Il n'y a donc pas de 
milieu ici; ou ce mal lui plat, ou il n'a pas le pouvoir de 
s'y opposer; et, dans l'un ou l'autre cas, je ne dois pas me 
repentir d'y tre enclin; car, s'il ne peut l'empcher, 
certainement je ne puis tre plus fort que lui; et s'il lui 
plat, je ne dois pas l'anantir en moi. Il est immuable, 
dites-vous encore: et cependant je le vois changer cinq  
six fois de peuples, de lois, de volonts, de sentiments. 
D'ailleurs l'immuabilit suppose l'impassibilit: or, un 
tre impassible ne peut pas tre vindicatif; et vous 
prtendez pourtant que votre Dieu se venge. On frmit, 
en horreur, quand on voit la quantit de ridicules et 
d'inconsquences que vous prtez  ce fantme; quand 
on examine  loisir toutes les qualits ridicules si 
contradictoires dont ses partisans sont obligs de le 
revtir, pour en composer un tre admissible, sans 
rflchir que, plus ils le compliquent, plus ils le rendent 
inconcevable, et que, plus ils le justifient, plus ils 
l'avilissent. Vrifiez, Justine, vrifiez comme tous ses 
attributs se dtruisent et s'absorbent mutuellement; et 
vous reconnatrez que cet tre excrable, n de la crainte 
des uns, de la fourberie des autres, et de l'ignorance de 
tous, n'est qu'une platitude rvoltante, qui ne mrite de 
nous, ni un instant de foi, ni un moment de respect; une 
extravagance pitoyable, qui rpugne  l'esprit, qui rvolte 
le coeur, et qui n'est sortie des tnbres que pour le 
tourment et l'humiliation des hommes. Excrez cette 
chimre; elle est pouvantable; elle ne peut exister que 
dans l'troite cervelle des imbciles ou des frntiques: il 
n'en est point de plus dangereuse au monde; aucune qui 
doive tre  la fois plus redoute... plus abhorre des 
humains.
	Que l'espoir ou la crainte d'un monde  venir, fruit 
de ces premiers mensonges, ne vous inquite donc point, 
Justine; cessez, surtout, de vouloir vous en composer des 
freins. Faible portion d'une matire vile et brute,  notre 
mort, c'est--dire  la runion des lments qui nous 
composent aux lments de la masse gnrale, anantis 
pour jamais, quelle qu'ait t notre conduite, nous 
passerons un instant dans le creuset de la nature, pour en 
rejaillir sous d'autres formes; et cela sans qu'il y ait plus 
de prrogatives pour celui qui aura follement encens la 
vertu toute sa vie, que pour celui qui se sera vautr dans 
les crimes les plus affreux, parce qu'il n'est rien dont la 
nature s'offense, et que tous les hommes, galement 
sortis de son sein, et n'ayant agi, quand ils taient sur 
terre, que d'aprs les impulsions de cette mre commune, 
retrouveront tous, aprs leur existence, et la mme fin et 
le mme sort.
	- Oh! monsieur, rpondit Justine, confondue de ces 
raisonnements, quoi, vous croyez que si, pendant 
qu'abusant hier de votre force pour violer et assassiner un 
malheureux enfant, un autre individu, prs de l, se ft 
occup de soulager l'infortune, ce dernier n'aurait pas 
mrit le ciel, pendant que vous vous rendiez digne de 
toute sa colre?
	- Non, certes, il n'et pas mrit davantage, Justine. 
Premirement, parce qu'il n'existe ni peines ni 
rcompenses  venir; et, secondement, parce que 
l'homme bienfaisant, que vous venez de mettre en 
parallle avec moi, n'ayant agi que d'aprs les mmes 
impulsions de la nature, n'a pu se rendre,  ses regards, ni 
plus coupable, ni plus mritant. Diverses circonstances 
nous auraient dtermins l'un et l'autre; divers organes, 
diffrentes combinaisons de ces organes auraient produit 
le crime en moi, et la vertu dans lui; mais nous aurions 
agi tous deux, comme il convenait  la nature que nous 
agissions; lui, en faisant une bonne oeuvre, parce qu'elle 
tait utile aux plans actuels de la nature; moi, en 
commettant un crime, parce qu'il fallait un contre-poids 
dans la balance; et que, si ce parfait quilibre n'existait 
pas, et que l'un ou l'autre de ces modes vint  l'emporter, 
le cours des astres serait interrompu, et le mouvement 
absolument dtruit dans l'univers... qui, purement 
matriel et mcanique, ne peut se juger, se combiner, 
s'observer, que d'aprs des donnes mcaniques, toujours 
suffisantes  en dcouvrir les mystres.
	- Oh! monsieur, dit Justine, ces systmes sont 
pouvantables.
	- Oui, pour vous, qui craignez d'en devenir la 
victime, jamais pour moi qui suis le sacrificateur.
	- Et si la chance tourne?
	- Alors je me soumettrai, sans changer d'opinion; et 
la philosophie me consolera, parce qu'elle m'assure un 
nant ternel, et que je le prfre  l'incertitude des 
peines ou des rcompenses que vos religions me 
proposent. Les premires me rvoltent, elles me font 
horreur; les secondes ne me touchent point. Il n'y a 
aucune espce de proportion entre ces peines et ces 
rcompenses: de ce moment elles sont ridicules; et s'il est 
certain qu'elles soient telles, elles ne peuvent plus ds 
lors tre l'ouvrage d'un Dieu. A l'exemple de quelques 
docteurs, ne pouvant concilier les tourments physiques 
de l'enfer avec la bienfaisance de leur Dieu, me direz-
vous que mon unique tourment sera d'tre priv de sa 
vue? Et que m'importe? Pourrai-je jamais tre puni de ne 
point voir ce dont je n'ai nulle ide? Mais il se prsentera 
un moment  mes yeux pour me faire sentir tout le prix 
de sa perte. En ce cas, elle sera lgre; car il n'est pas 
dans la nature que je puisse jamais regretter la perte d'un 
tre qui viendra de sang-froid me condamner  un 
tourment ternel pour des fautes finies: cette seule 
injustice me le fait prendre dans une telle haine, 
qu'assurment je ne le regretterai pas quand il aura 
prononc son jugement.
	- Ah! je le vois, monsieur, dit Justine, votre 
conversion est impossible.
	- Tu as raison, mon ange, ne l'entreprends pas, ce 
serait en vain; laisse-moi bien plutt travailler  la tienne; 
et crois que tu auras cent fois plus de mrite  te 
corrompre  mon exemple, qu' vouloir me sanctifier au 
tien...
	- Il faut la foutre, mon frre, dit la Dubois, et la 
bien foutre; je ne vois que ce moyen pour la convertir: il 
est inou comme une femme adopte vite les principes de 
celui qui la fout. L'lment du flambeau de la 
philosophie, c'est le foutre. Tous les principes de morale 
et de religion s'anantissent bientt devant les passions: 
rveille donc les siennes si tu veux l'duquer avec fruit.
	Et Coeur-de-Fer, la prenant dj dans ses bras, 
allait, je crois, mettre promptement en action les conseils 
de la Dubois, quand le bruit d'un homme  cheval se fit 
entendre auprs de la troupe.
	- Aux armes! s'crie Coeur-de-Fer, en enfonant de 
son mieux dans sa culotte le vit norme dont il menaait 
dj, pour la seconde fois, les fesses de l'infortune 
Justine; aux armes! mes amis, nous penserons aprs au 
plaisir. On vole; et, au bout d'un instant, on amne un 
malheureux voyageur dans le bosquet o se trouvait le 
camp de nos bandits.
	Interrog sur le motif qui le faisait voyager seul et 
si matin dans une route carte, sur son ge, sur sa 
profession, le cavalier rpondit qu'il se nommait Saint-
Florent, l'un des premiers ngociants de Lyon, qu'il avait 
trente-cinq ans, qu'il revenait de Flandre pour des 
affaires relatives  son commerce, qu'il avait peu d'argent 
sur lui, mais beaucoup de papiers; il ajouta que son 
domestique l'avait quitt la veille, et que, pour viter la 
chaleur, il marchait de grand matin, avec le projet 
d'arriver le mme jour  Paris, o il conclurait une partie 
de ses affaires, pour repartir peu de jours aprs; qu'au 
surplus, s'il suivait un sentier solitaire, il fallait 
apparemment qu'il se ft gar, en s'endormant, sur son 
cheval; et, cela dit, il demanda la vie, offrant lui-mme 
tout ce qu'il possdait: On examine son portefeuille; on 
compte son argent. La prise ne pouvait tre meilleure. 
Saint-Florent avait prs de quatre cent mille francs 
payables  vue sur la capitale, quelques bijoux, et 
environ cent louis comptant.
	- Ami, lui dit Coeur-de-Fer, en lui prsentant le 
bout d'un pistolet sous le nez, vous comprenez qu'avec de 
telles richesses nous ne pouvons vous laisser la vie; nous 
serions bientt dnoncs.
	- Oh! monsieur, s'cria Justine, en se prcipitant 
aux pieds de ce brigand, je vous conjure de ne pas me 
donner,  ma rception dans votre troupe, l'horrible 
spectacle de la mort de ce malheureux; laissez-lui la vie; 
ne me refusez pas la premire grce que je vous 
demande.
	Et recourant tout de suite  une ruse assez 
singulire pour lgitimer l'intrt qu'elle paraissait 
prendre  cet homme: 
	- Le nom que vient de se donner monsieur me fait 
croire que je lui appartiens d'assez prs. Ne vous tonnez 
pas, dit-elle, en s'adressant au voyageur, de trouver une 
parente dans cette situation; je vous expliquerai tout cela. 
A ce titre, poursuivit-elle avec chaleur, en implorant de 
nouveau Coeur-de-Fer,  ce titre, monsieur, accordez-
moi la vie de cet infortun; je reconnatrai cette faveur 
par le dvouement le plus entier  tout ce qui pourra 
servir vos intrts.
	- Vous savez  quelle condition je puis vous 
accorder la grce que vous me demandez, Justine, 
rpondit Coeur-de-Fer; vous n'ignorez pas ce que j'exige 
de vous.
	- Eh bien! monsieur, je ferai tout, s'cria-t-elle, en 
se prcipitant entre ce malheureux et le voleur, toujours 
prt  assassiner sa victime; oui, oui, je consens  tout; 
sauvez-le, je vous en supplie.
	- Viens donc, dit alors Coeur-de-Fer  Justine; c'est 
sur l'heure mme que je veux que tu accomplisses ta 
parole.
	Et, en disant cela, il l'entrane avec le captif dans un 
taillis voisin. Il attache Saint-Florent  un arbre, et, 
faisant mettre Justine  quatre pattes au pied de ce mme 
arbre, il la retrousse, et se prpare  consommer son 
crime, en tenant toujours le bout de son pistolet sous la 
gorge du pauvre voyageur, dont la vie dpend de la 
soumission de Justine, qui, confuse et tremblante, se 
prte, en frmissant et en embrassant les genoux du 
captif,  tout ce qu'il va plaire  son bourreau de lui faire 
prouver. Mais un Dieu vint prserver encore une fois 
Justine des malheurs qui lui sont rservs; et la nature, 
aux ordres de ce Dieu, quel qu'il soit, trompa si 
cruellement ici les dsirs du brigand, que son fougueux 
engin mollit aux pristyles du temple, et que, quels que 
pussent tre ses efforts, aucun ne russit  lui redonner le 
degr d'nergie ncessaire  la consommation du forfait 
qu'il a projet.
	- Oh! double-dieu, s'crie-t-il en fureur, je suis trop 
chauff; rien ne vient... ou, peut-tre, est-ce mon 
indulgence qui me perd: je serais bien plus sr de bander, 
si je tuais ce bougre-l.
	- Oh! non, non, monsieur, dit Justine, en se 
retournant vers le voleur.
	- Ne bouge donc pas, putain, dit celui-ci, en lui 
appliquant deux ou trois coups de poing sur les paules; 
ce sont tes foutues simagres qui me drangent; j'ai bien 
affaire de voir un visage, lorsque c'est un cul qu'il me 
faut.
	Et le paillard se remet en train. Mmes obstacles; la 
nature s'obstine  tromper ses dsirs; il y faut renoncer.
	- Allons, dit-il enfin, en prenant son parti, je vois 
bien que je suis excd ce soir; reposons-nous tous trois; 
rentrons. Justine, dit-il, ds qu'il fut dans le cercle, 
souvenez-vous de votre promesse, si vous voulez que je 
tienne la mienne, et rflchissez que je tuerai ce gueux-
l, tout aussi bien demain qu'aujourd'hui. Enfants, 
poursuit-il en s'adressant  ses camarades, vous me 
rpondez de l'un et de l'autre; et vous, Justine, allez 
dormir auprs de ma soeur; je vous appellerai quand il en 
sera temps; songez surtout que la vie de ce faquin, si 
vous balancez, me vengera de votre fourberie.
	- Dormez, monsieur, dormez, dit Justine, et croyez 
que celle que vous avez remplie de reconnaissance, n'a 
d'autre empressement que de s'acquitter envers vous.
	Il s'en fallait pourtant bien que tel ft le projet de 
Justine; et voici, sans doute, un de ces cas particuliers, o 
la vertu mme a besoin de s'tayer du vice: il est donc 
quelquefois ncessaire, puisque mme les meilleures 
actions ont si souvent besoin de lui. Justine imagina que 
si jamais la feinte dt lui tre permise, ce devait tre dans 
cette occasion. Se trompa-t-elle? nous le prsumons. La 
circonstance tait dlicate, cela est vrai; le premier 
devoir de la probit est d'tre inviolablement attach  sa 
parole: et jamais une bonne action, paye par un crime ne 
saurait devenir une vertu. On lui assurait la vie d'un 
homme au prix de sa prostitution; en ne consentant point, 
ou en trompant, elle compromettait les jours de cet 
homme; or, je demande si elle ne faisait pas un beaucoup 
plus grand mal, en risquant ainsi les jours de ce 
malheureux, qu'en les assurant par sa complaisance. 
Justine dcida la question en dvote; nous aurions 
prononc en moraliste. C'est  nos lecteurs  nous dire 
maintenant lequel vaut mieux en socit, ou d'une 
religion qui nous fait, malgr tout, prfrer nos intrts  
ceux des autres, ou d'une morale qui nous ordonne tous 
les sacrifices, ds qu'il s'agit d'tre utile aux hommes.
	Quoi qu'il en soit, nos fripons, remplis d'une trop 
grande confiance, mangent, boivent et s'endorment, 
laissant leur prisonnier au milieu d'eux, et Justine en 
pleine libert prs de la Dubois, qui, ivre comme le reste 
de la troupe, ferma bientt galement les yeux.
	Saisissant alors avec vivacit le premier moment de 
sommeil de ces sclrats: 
	- Monsieur, dit Justine au voyageur, la plus affreuse 
catastrophe m'a jete parmi ces gens-ci; je dteste, et 
eux, et l'instant fatal qui m'a conduite dans leur troupe. Je 
n'ai vraisemblablement pas l'honneur de vous appartenir, 
continua Justine, en disant le nom de son pre, car voil 
qui je suis, mais...
	- Quoi! mademoiselle, interrompit Saint-Florent. 
Quoi! c'est l votre nom?
	- Oui.
	- Ah! c'est donc le ciel qui vous a suggr cette 
ruse... Vous ne vous tes point trompe, Justine; vous 
tes ma nice: ma premire femme, celle que je perdis il 
y a cinq ans, tait la soeur de votre pre. Oh! combien je 
me flicite de l'heureux hasard qui nous runit! Si j'avais 
connu vos malheurs, avec quel empressement je les 
aurais rpars!
	- Monsieur, monsieur, rpond Justine avec vivacit, 
que de motifs de me savoir gr  moi-mme de ce que 
j'entreprends pour vous; oh! monsieur, profitons du 
moment o ces montres reposent, et sauvons-nous. Elle 
aperoit, en disant cela, le portefeuille de son oncle, 
imprudemment laiss dans la poche de l'une des 
sclrats; elle saute dessus, l'emporte... Partons, 
monsieur, dit-elle  Saint-Florent; renonons au reste; 
nous ne l'enlverions pas sans danger. Oh! mon cher 
oncle, je me remets maintenant en vos mains; prenez 
piti de mon sort; devenez le protecteur de mon 
innocence; je me livre  vous; sauvons-nous.
	On rendrait mal l'tat dans lequel se trouvait Saint-
Florent. L'agitation que produisait en lui la multitude des 
mouvements divers dont il tait  la fois remu, cette 
reconnaissance trs relle et sur laquelle il n'en imposait 
nullement, cette gratitude qu'il devait jouer, au moins s'il 
ne la ressentait pas, tous ces sentiments l'agitaient au 
point qu' peine il pouvait prononcer un seul mot. Eh 
quoi! disent quelques-uns de nos lecteurs, cet homme 
n'tait pas d'avance pntr de la plus sincre amiti pour 
une telle bienfaitrice; il pouvait penser  autre chose qu' 
se prosterner  ses genoux!... Et bien, osons donc le 
confier ici tout bas: Saint-Florent, bien plus fait pour 
rester avec cette troupe infme, que pour en tre retir 
par les mains mmes de la vertu, n'tait gure digne de 
tous les secours que lui procurait, avec tant de zle, sa 
vertueuse et charmante nice; et nous craignons bien que 
la suite n'apprenne que, si Justine chappait  un danger 
en se dbarrassant de la Dubois et de ses compagnons, ce 
n'tait que pour tomber peut-tre dans un plus rel, en se 
livrant  son cher oncle... Oh Dieu! aprs d'aussi grands 
services!... Eh! n'est-il pas des mes assez dpraves 
pour n'tre contenues par aucune espce de frein, et pour 
qui la multiplicit des entraves ne devient qu'un attrait de 
plus? Mais n'empitons pas sur les vnements: il suffit 
que l'on sache que Saint-Florent, tant soit peu libertin, et 
fort sclrat, n'avait pas vu, sans une trs chatouilleuse 
motion, et le mauvais exemple qu'il venait de recevoir, 
et la multitude d'attraits dont la nature semblait n'avoir 
embelli Justine que pour autoriser ces mauvais exemples, 
en allumant le dsir du crime dans tous ceux qui devaient 
les voir.
	Les barrires franchies, nos deux fuyards pressent 
leurs pas sans se dire un mot, et l'aurore les retrouve 
bientt hors de tous dangers, quoique toujours dans le 
milieu de la fort.
	Ce fut alors, ce fut  l'instant o l'astre vint se 
rflchir sur les traits enchanteurs de Justine, que le 
coquin qui la suivait s'embrasa de toutes les flammes de 
la lubricit la plus incestueuse. Un moment il la prit pour 
la desse des fleurs, allant avec les premiers feux du 
soleil entrouvrir le calice des roses dont ses attraits 
taient l'image; quelquefois pour un rayon mme du jour 
dont la nature embellissait le monde. Elle marchait avec 
rapidit; les plus belles couleurs animaient son teint: ses 
beaux cheveux blonds flottaient en dsordre; rien ne 
dguisait sa taille souple et lgre; et sa belle tte se 
retournait de temps en temps avec grce pour offrir au 
compagnon de sa fuite une physionomie enchanteresse,  
la fois embellie par le calme, par l'espoir de la flicit, et 
par cette nuance, plus dlicate encore, qu'empreint sur la 
figure d'une jeune personne honnte le bonheur d'une 
belle action.
	S'il est vrai que nos traits soient le fidle miroir de 
notre me, ceux de Saint-Florent ne devaient pas tre 
contourns dans le mme genre. D'horribles dsirs 
bouleversaient son coeur; d'affreux desseins germaient 
dans son esprit: mais il souriait en se dguisant; et, jouant 
au mieux la reconnaissance, il n'entretenait notre hrone 
que du plaisir d'avoir retrouv une nice malheureuse, 
dont sa fortune allait lui permettre de terminer  jamais 
les peines; et son oeil pntrant et lascif achevait de 
deviner, sous les voiles de la pudeur dont Justine tait 
entoure, l'entire collection des charmes dont il n'avait 
aperu que de lgers traits.
	Tel est l'tat o tous deux entrrent dans Luzarches. 
Une htellerie se prsente... on s'y repose.

	(1)	On sait que le mot boulgre ou bougre drive de 
celui de Bulgare. Voyez  ce sujet la savante 
dissertation qui se trouve dans Vnus dvoile 
du mme auteur. 

	(2)	Elle se retrouvera dans l'histoire de Juliette.



 

CHAPITRE IV

INGRATITUDE - SPECTACLE SINGULIER - 
RENCONTRE INTERESSANTE - UNE NOUVELLE
PLACE - IRRELIGION - IMMORALITE - IMPIETE 
FILIALE - ETAT DU COEUR DE JUSTINE

	Il y a des moments dans la vie o l'on se trouve fort 
riche, sans avoir pourtant de quoi vivre: c'tait l'histoire 
de Saint-Florent. Il avait quatre cent mille francs dans 
son portefeuille, et pas un cu dans sa bourse. Cette 
rflexion l'avait arrt avant que d'entrer dans l'auberge.
	- Tranquillisez-vous, mon oncle, lui dit Justine, en 
riant de son embarras, les voleurs que je quitte ne m'ont 
pas laisse sans argent. Voil vingt louis; prenez-les, je 
vous conjure, usez-en, donner le reste aux pauvres; je ne 
voudrais, pour rien au monde, garder de l'or acquis par 
des meurtres.
	Saint-Florent, qui jouait la dlicatesse, quoique bien 
loin pourtant de celle que lui supposait Justine, ne voulut 
accepter le don qu'on lui offrait que sous l'exacte 
condition que Justine recevrait, de son ct, pour cent 
mille francs de lettres de change, qu'il la contraignit de 
mettre dans sa poche.
	- Vous garderez cette somme, lui dit Saint-Florent; 
elle est  vous, ma chre nice; c'est une bien faible 
rcompense des grands services que vous m'avez rendus; 
mais acceptez toujours cela, et croyez que je ne vous 
abandonnerai de ma vie.
	On dna. Justine tomba bientt, malgr elle, dans 
des rveries... dans des inquitudes qui altrrent la 
srnit de ses traits. Saint-Florent lui en demanda la 
raison. Sans s'expliquer davantage, elle voulut rendre 
l'argent.
	- Monsieur, dit-elle  son oncle, je n'ai point mrit 
une telle marque de reconnaissance; et ma dlicatesse ne 
me permet pas d'accepter un prsent aussi considrable.
	Saint-Florent, plein d'esprit, ne manqua pas de 
raisons pour vaincre Justine; et l'argent, malgr elle. fut 
remis dans sa poche, sans que les craintes de cette 
intressante fille parussent diminuer un instant. Pour les 
dissiper, on se donnait l'air de ne les pas voir, Saint-
Florent pria sa chre nice de lui raconter ses aventures; 
et celle-ci, l'ayant satisfait, termina son rcit, en 
tmoignant  son oncle l'inquitude que lui donnait le 
projet de rentrer  Paris.
	- Eh bien, rpondit le ngociant, tout peut 
s'arranger. J'ai prs d'ici une parente que nous irons voir: 
je vous prsenterai  elle; je la supplierai de vous garder 
jusqu' ce que j'aie eu le temps d'arranger moi-mme 
votre affaire. C'est la plus honnte femme du monde, et 
vous serez l comme chez une mre. Elle habite une 
campagne charmante prs de Bondy. Il est de bonne 
heure... le plus beau temps possible; tes-vous en train de 
marcher?
	- Oui, Monsieur.
	- Partons, Justine, partons. Ce qui peut vous peindre 
ma reconnaissance est un besoin si pressant de mon 
coeur, que tout retard  l'excution devient un supplice 
pour moi.
	Justine, mue, se jette dans les bras de Saint-
Florent.
	- Oh! mon oncle, lui dit-elle en larmes, que votre 
me est sensible et combien la mienne y rpond!
	Le monstre a la cruaut de voir la pudeur dans son 
sein exhaler les plus tendres expressions de la 
reconnaissance sur un coeur endurci par le crime, et qui 
ne palpite que de lubricit sous les douces caresses de 
l'innocence et de la vertu noye de larmes.
	Une lgre circonstance, que nous croyons ne 
devoir point oublier, afin de mettre nos lecteurs  mme 
de mieux juger le personnage, et dvoil sans doute 
Saint-Florent aux yeux de sa nice, si celle-ci, moins 
confiante, et jet sur son oncle un regard plus 
philosophique: mais la vertu paisible et douce est 
toujours loin de souponner le crime. Justine, au sortir de 
table, et besoin de passer dans un cabinet d'aisance. Elle 
y entra, sans trop remarquer d'abord que Saint-Florent la 
suivait, et s'tablissait lui-mme dans une loge voisine, de 
laquelle, en montant, comme le fit Saint-Florent, sur le 
sige, on dcouvrait en plein tout ce qui se passait dans 
celle o s'tait mise Justine, qui, ne se doutant de rien, 
s'offrit aux regards furtifs de ce libertin, dans cet tat 
d'abandon et de nudit o l'on se met pour de tels 
besoins. Les plus belles fesses du monde furent donc une 
seconde fois offertes  Saint-Florent, qui acheva l de 
s'irriter et de comploter avec acharnement contre 
l'innocence et la pudeur de cette intressante crature. 
Justine crut s'apercevoir de quelque chose. Elle rentra 
prcipitamment, sans pouvoir s'empcher de tmoigner 
un peu de surprise. Saint-Florent se dfendit: quelques 
caresses ramenrent la confiance; et l'on se mit en route.
	Il tait environ quatre heures du soir. A cette petite 
scne prs, Saint-Florent ne s'tait pas encore dmenti: 
mme honntet, mmes prvenances, mme dlicatesse; 
et-il t le pre de Justine, elle ne se serait pas cru plus 
en sret; tous ses soupons se dissipaient. Notre 
infortune ne savait pas que c'est l'usage quand le danger 
approche.
	Bientt les ombres de la nuit commencent  
rpandre dans la fort cette sorte de terreur religieuse, 
qui fait natre  la fois la crainte dans les mes timides, le 
projet du crime dans les coeurs froces. Nos voyageurs 
ne suivaient que des sentiers. Justine marchait la 
premire. Elle se retourne pour demander  Saint-Florent 
si ces routes cartes sont rellement celles qu'il faut 
suivre... s'il croit enfin que l'on doive arriver bientt. Ici 
l'garement du libertin tait  son comble: ses fougueuses 
passions venaient de briser tous les freins... Il faisait nuit. 
Le silence des bois, l'obscurit qui les enveloppait, tout 
irritait dans lui des dsirs qu'il se voyait enfin le matre 
de satisfaire. Le paillard, en bandant, rappelait  son 
imagination lascive ce que le hasard ou ses supercheries 
lui avaient dvoil de charmes dans cette dlicieuse 
enfant. Il ne se contenait plus.
	- Allons, sacredieu, dit-il  sa nice, c'est ici qu'il 
faut que je foute; il y a trop longtemps que je bande pour 
toi, putain, il faut que je dcharge. Il la saisit par les 
paules, il lui fait perdre l'quilibre. La malheureuse jette 
un cri.
	- Ah! garce, lui dit Saint-Florent, en fureur, n'espre 
pas que je te laisse la facult de faire entendre tes 
plaintes.
	Et il achve de la renverser  terre, en lui 
appliquant sur la tte un vigoureux coup de canne, qui 
l'tend sans connaissance au pied d'un arbre. Les dieux 
furent sourds. On n'a pas d'ide de l'indiffrence qu'ils 
ont pour les hommes, mme quand ceux-ci veulent les 
outrager; on et dit que, loin de venger cet horrible 
attentat, ils redoublaient  plaisir les ombres de la nuit, 
comme pour mieux envelopper... pour favoriser 
davantage les odieuses entreprises du crime sur la pudeur 
et sur l'innocence.
	Saint-Florent, matre de Justine, la trousse... sort un 
vit monstrueux, enflamm de luxure et de rage, s'tend 
sur la victime, la presse de son poids, carte les cuisses 
de cette malheureuse enfant sans dfense, darde avec une 
inexprimable fureur son glaive aux bords de ces 
prmices dlicats, qui, destins  n'tre que le prix des 
amours, paraissent repousser avec horreur les excrables 
entreprises de la sclratesse et du crime. Il triomphe  la 
fin; Justine est dpucele. Oh! quelle carrire le sclrat 
remplit! C'est le tigre en courroux dpeant la jeune 
brebis. Il lime, il pourfend, il blasphme; le sang coule et 
rien ne l'arrte. Une imptueuse dcharge apaise  la fin 
ses dsirs, et le libertin, chancelant, s'loigne, en 
regrettant qu'un crime, qui vient de lui donner autant de 
plaisir, ne puisse pas durer un sicle. A dix pas de l, ses 
sens se raniment. Il prouve le remords singulier qui 
bouleverse l'me du sclrat, s'imaginant n'avoir commis 
qu' moiti le forfait qu'il pouvait tendre. Il se souvient 
qu'il a laiss dans les poches de Justine les cent mille 
francs qu'il lui avait remis; il vient les lui voler. Mais 
Justine, assise sur ses poches, ne peut tre fouille sans 
qu'on la retourne. Ciel! que de nouveaux charmes 
s'offrent, malgr l'obscurit, aux regards enflamms de 
l'incestueux Saint-Florent!
	- Quoi! dit-il, en considrant ce cul dlicieux et 
frais qui le premier l'avait si vivement excit eh quoi! j'ai 
pu ngliger de tels appas! Cette superbe fille a d'autres 
prmices que je n'ai pas os cueillir! Dtestable 
pusillanimit! Foutons, foutons ce cul divin, qui me 
donnera cent fois plus de plaisir que le con; entrouvrons-
le, dchirons-le, sacredieu, sans aucune piti.
	Matre absolu d'excuter tout ce qu'il veut sur un 
corps inanim... sans dfense, le coquin place sa victime 
dans l'attitude propice  ses perfides desseins. 
Considrant le trou mignon qu'il va perforer, sa 
mchancet s'irrite de la disproportion; il braque 
l'instrument, sans le mouiller: toutes ces prcautions, 
nes de la peur ou de l'humanit, sont mconnues du 
crime et de la vraie luxure; et pourquoi donc empcher 
de souffrir l'objet dont la douleur augmente nos 
jouissances! Le sclrat encule; une demi-heure entire 
l'indigne se plat  cet outrage; il y serait peut-tre 
encore, si la nature n'et, en le comblant de ses faveurs, 
pos le terme  ses plaisirs.
	Le perfide s'loigne  la fin, laissant la malheureuse 
victime de son libertinage  terre, sans ressources, sans 
honneur, et presque sans vie.
	O homme! te voil donc, quand tu n'coutes que 
des passions!
	Justine, revenue  elle, et reconnaissant l'horrible 
tat dans lequel elle est, veut terminer ses jours.
	- Le monstre! s'crie-t-elle, que lui ai-je fait? Par o 
ai-je mrit de sa part un aussi cruel traitement? Je lui 
sauve la vie, je lui rends sa fortune; il m'arrache ce que 
j'ai de plus cher: des tigres, au fond des plus sauvages 
forts, n'eussent point os de tels crimes...
	Quelques minutes d'abattement succdrent  ces 
premiers lans de la douleur; ses beaux yeux, remplis de 
larmes, se tournent machinalement vers le ciel; son coeur 
s'lance aux pieds du matre que son infortune y suppose. 
Cette vote pure et brillante, ce silence imposant de la 
nuit... cette image de la nature en paix, prs du 
bouleversement de son me gare, tout rpand une 
tnbreuse horreur autour d'elle, d'o nat bientt le 
besoin de prier; elle se prcipite aux genoux de ce Dieu 
puissant, ni par la sagesse, et cru par le malheur.
	Erreur ! Source du renvoi introuvable.
	La prire console le malheureux; le ciel est sa 
chimre, il devient plus fort aprs l'avoir caresse. 
Difficilement nanmoins tirerait-on de cet effet physique 
quelques inductions en faveur d'un Dieu: l'tat du 
malheur est celui du dlire; et les enfants de la folie 
peuvent-ils en imposer  la raison? Justine se lve, se 
rajuste, et s'loigne.
	De bien diffrentes ides nourrissaient l'esprit de 
Saint-Florent. Il existe des mes dans le monde pour qui 
le crime a tant de charmes, qu'elles ne peuvent jamais 
s'en rassasier; un premier dlit n'est pour elles qu'une 
amorce de plus au second; et leur satisfaction n'est 
complte, que quand la mesure est remplie.
	- Quel jolie pucelage je viens de cueillir, se disait 
ce tratre, assis contre un arbre,  deux cents pas de 
l'arne o sa victime tait immole!... Quelle innocence! 
quelle fracheur! que de grces et que de beauts!... 
comme elle m'embrasait!... comme elle irritait mes 
sens!... Je l'aurais trangle, si elle et t capable de 
m'opposer quelque rsistance... Peut-tre ai-je tort de lui 
laisser la vie... Si elle rencontre quelqu'un, elle se 
plaindra de moi... On peut m'atteindre, on peut me 
perdre. Qui ne sait jusqu'o peut aller la vengeance d'une 
fille irrite?... Allons l'achever... Cette chtive crature 
de plus ou de moins dans l'univers n'y fera pas la plus 
lgre altration; c'est un ver que j'crase en passant; 
c'est un animal venimeux qui dirige vers moi son dard, et 
que j'empche de me blesser; il y a bien peu de mal  se 
dbarrasser de ceux qui veulent nous nuire... retournons.
	Mais la malheureuse Justine, destine par la main 
du ciel  parcourir toute entire la route pineuse de 
l'infortune, ne devait pas succomber si jeune. Saint-
Florent s'emporte en ne la trouvant plus; il l'appelle; elle 
l'entend, elle fuit avec plus de force.
	Laissons ici ce sclrat se dsesprer seul de n'avoir 
pas mieux russi; laissons-le reprendre son chemin; peut-
tre le retrouverons-nous un jour. L'ordre des faits ne 
nous permet maintenant que de suivre le fil des aventures 
de notre intressante Justine.
	- Le voil encore, ce monstre, dit-elle en doublant 
sa marche; que peut-il me vouloir? ne m'a-t-il donc pas 
suffisamment outrage? que lui reste-t-il  entreprendre?
	Et elle s'enfonce dans un taillis pour se soustraire 
aux recherches d'un homme qui ne l'aurait rejointe que 
pour l'assassiner. Elle y passa le reste de la nuit dans des 
inquitudes horribles.
	- Eh bien! pensa-t-elle quand le jour parat, il est 
donc vrai qu'il y a des cratures humaines que la nature 
ravale au mme sort que celui des btes froces; caches 
dans leur rduit, fuyant des hommes  leur exemple, 
quelle diffrence y a-t-il maintenant entre elles et moi? 
Est-ce donc la peine de natre pour un sort aussi 
pitoyable?
	Et des ruisseaux de larmes coulaient de ses beaux 
yeux, en se livrant  d'aussi cruelles rflexions.
	A peine les finissait-elle, qu'un bruit imprvu se fit 
entendre.
	- Oh! Dieu, le voil peut-tre encore, le barbare, 
dit-elle en frmissant; il me poursuit, il veut ma perte, il a 
conjur contre mes jours; je suis une fille perdue. Et, tout 
en se renfonant dans le taillis qui la couvre, elle a 
pourtant le courage de prter l'oreille.
	Deux hommes occasionnaient ce bruit.
	- Viens, mon ami, disait celui qui paraissait le 
matre, au jeune garon qui le suivait, viens, nous serons 
 merveille ici. La cruelle et fatale prsence d'une mre 
que j'abhorre, ne m'empchera pas du moins, dans ce lieu 
sauvage, de goter un moment avec toi des plaisirs qui 
me sont si doux.
	Ils s'approchent, en disant cela, se placent tellement 
en face de Justine, qu'aucun de leurs propos, aucun de 
leurs mouvements ne peut lui chapper. Alors le matre, 
qui parait g de vingt-quatre ans, dculotte l'autre, dont 
l'ge est de quatre lustres au plus, le branle, lui suce le 
vit, et le fait bander. La scne est longue... scandaleuse, 
remplie d'pisodes... entremle de luxures et de salets 
bien faites pour scandaliser celle qui gmit encore 
d'outrages  peu prs semblables. Mais quelles taient 
ces infamies?
	Nous voyons d'ici quelques lecteurs plus curieux de 
ces obscnits que des dtails vertueux de l'intressante 
Justine, nous supplier de leur dvoiler ces horreurs. Eh 
bien, nous leur dirons, pour les satisfaire, que le jeune 
matre, nullement effray du dard monstrueux dont on le 
menace, l'excite, le couvre de baisers, s'en saisit, s'en 
pntre, se pme en l'introduisant dans son cul. 
Enthousiasm de ces sodomites caresses, le coquin se 
dbat sous le vit qui le fout, regrettant qu'il ne soit pas 
plus gros encore; il en brave les coups, les prvient, les 
repousse. Deux tendres et lgitimes poux se 
caresseraient avec moins d'ardeur; leurs bouches se 
pressent, leurs langues s'entrelacent, leurs soupirs se 
confondent; et tous deux, enivrs de luxure, trouvent 
dans une mutuelle dcharge le complment de leurs 
voluptueuses orgies. L'hommage se renouvelle, et, pour 
en rallumer l'encens, rien n'est pargn par celui qui 
l'exige: baisers, attouchements, pollutions, raffinements 
de la plus insigne dbauche, tout s'emploie  dessein de 
renouveler des forces qui s'teignent, et tout russit  les 
ranimer cinq fois de suite, mais sans qu'aucun des deux 
changet de rle; le jeune matre fut toujours femme; et, 
quoiqu'il fit paratre un fort beau vit, que branlait le 
laquais, tout en le foutant, et qu'il pt par consquent 
devenir homme  son tour, il n'eut pas mme l'air d'en 
concevoir un instant le dsir. S'il visita l'engin de son 
fouteur, s'il le branla, s'il le sua, ce fut pour l'exciter... 
pour le faire bander; mais jamais nul projet d'agence 
n'eut mme l'air d'entrer dans son plan.
	Oh! que ce temps parut long  Justine! et combien 
l'obligation de contempler le crime est dchirante pour la 
vertu.
	Enfin, rassasis sans doute, les scandaleux acteurs 
de cette scne, se lvent pour regagner le chemin qui doit 
les conduire chez eux lorsque le matre, s'approchant du 
buisson pour y dposer le foutre dont son cul vient d'tre 
inond, aperoit, en se relevant, la pointe du mouchoir 
dont est enveloppe la tte de Justine.
	- Jasmin, dit-il  son valet... nous sommes trahis... 
nous sommes dcouverts... Une femme... un tre impur a 
vu nos mystres... Approchons... sortons de l cette catin, 
et sachons la raison qui l'y place.
	Mais la tremblante Justine ne leur donne pas le 
temps de l'enlever de sa retraite; elle s'en arrache aussitt 
elle-mme. Et, tombant aux pieds de ceux qui l'ont 
dcouverte: 
	- O messieurs! s'crie-t-elle, en tendant les bras 
vers eux, daignez avoir piti d'une malheureuse, dont le 
sort est plus  plaindre que vous ne le pensez; il est bien 
peu de revers qui puissent galer les miens. Que la 
situation o vous m'avez trouve ne vous fasse natre 
aucun soupon sur moi; elle est la suite de la misre, bien 
plutt que de mes torts. Loin d'augmenter les maux qui 
m'accablent, veuillez les diminuer, en me facilitant les 
moyens d'chapper aux flaux qui me poursuivent.
	Monsieur de Bressac, c'tait le nom du jeune 
homme entre les mains de qui tombait Justine, avec un 
grand fond de mchancet et de libertinage, n'tait pas 
pourvu d'une dose trs abondante de commisration. Il 
n'est malheureusement que trop commun de voir la 
luxure teindre la piti dans le coeur de l'homme. Son 
effet ordinaire est d'endurcir, soit que la plus grande 
partie de ses carts ncessite l'apathie de l'me, soit que 
la secousse violente que cette passion imprime  la masse 
des nerfs, diminue la force de leur action, toujours est-il 
qu'un libertin est rarement un homme sensible (1). Mais 
 cette duret naturelle dans l'espce de gens dont nous 
parlons, il se joignait encore dans Bressac un profond 
dgot pour les femmes... une haine si invtre pour 
tout ce qui caractrisait ce sexe, qu'il appelait infme, 
que bien difficilement Justine ft parvenue  placer dans 
lui les sentiments dont elle avait intrt de l'mouvoir.
	- Tourterelle des Bois, lui dit Bressac avec duret, 
si tu cherches des dupes, adresse-toi mieux: ni mon ami, 
ni moi, ne touchons point de femmes; elles nous font 
horreur, et nous les fuyons avec soin. Si c'est l'aumne 
que tu demandes, cherche des gens qui aiment les bonnes 
oeuvres; nous n'en faisons jamais que de mauvaises. 
Mais parle, misrable, as-tu vu ce qui s'est pass entre ce 
jeune homme et moi?
	- Je vous ai vus causer sur l'herbe, dit la prudente 
Justine; rien de plus, messieurs, je vous le jure.
	- Je veux le croire, dit Bressac, et cela pour ton 
bien. Si j'imaginais que tu eusses pu voir autre chose, tu 
ne sortirais jamais de ce buisson... Jasmin, il est de bonne 
heure, nous avons le temps d'our les aventures de cette 
fille; coutons-les, et nous verrons aprs ce qu'il en 
faudra faire.
	Les jeunes gens s'asseyent; Justine se met auprs 
d'eux, et leur raconte, avec son ingnuit ordinaire, tous 
les malheurs qui l'accablent depuis qu'elle est au monde.
	- Allons, Jasmin, dit Bressac, en se relevant, soyons 
justes une fois. L'quitable Thmis a condamn cette 
crature; ne souffrons pas que les vues de la desse 
soient aussi cruellement frustres; faisons subir  la 
dlinquante l'arrt de mort qu'elle aurait encouru. Ce 
petit meurtre, bien loin d'tre un crime, ne deviendra 
qu'une rparation dans l'ordre moral: puisque nous avons 
le malheur de le dranger quelquefois, rtablissons-le 
courageusement quand l'occasion s'en prsente...
	Et les cruels, ayant enlev cette malheureuse de sa 
place, la tranent dj vers le milieu du bois, riant de ses 
pleurs et de ses cris.
	- Dshabillons-la primitivement, dit Bressac, en 
faisant disparatre tous les voiles de la dcence et de la 
pudeur, et sans que les attraits que l'opration lui 
dcouvre attendrissent un homme endurci  toutes les 
sductions d'un sexe qu'il mprise. Le vilain tre qu'une 
femme, disait-il en la tournant et la retournant  terre 
avec son pied;  Jasmin! le vilain animal. Puis, crachant 
dessus: Dis, mon mignon, jouirais-tu de cette bte?...
	- Pas mme en cul, dit le valet.
	- Eh bien! voil pourtant ce que les sots appellent 
leur divinit; voil ce que les imbciles adorent... Vois, 
vois donc ce ventre perc... vois cet infme con; voil le 
temple o l'absurdit sacrifie; voil l'atelier de la 
rgnration humaine. Allons, point de piti; attachons 
cette coquine...
	Et la pauvre fille est  l'instant lie d'une corde que 
ces monstres ont forme de leurs cravates et de leurs 
mouchoirs: ils la placent alors entre quatre arbres, un 
membre fortement attach  chacun; et, dans cette cruelle 
attitude, qui laisse pencher son estomac sans soutien vers 
la terre, ses douleurs sont si vives, qu'une soeur froide 
dcoule de son front; elle n'existe plus que par la 
violence du tourment; elle expirerait, si l'on cessait de 
comprimer ses nerfs. Plus cette malheureuse souffre, et 
plus nos jeunes gens paraissent se divertir du spectacle. 
Ils la contemplent avec volupt; ils saisissent avec 
empressement, sur son visage, chacune des contorsions 
que lui arrachent ses brlantes angoisses, et modlent 
leur affreuse joie sur le plus ou le moins de violence 
observe dans ces contorsions.
	- En voil assez, dit Bressac; je consens, pour cette 
fois, qu'elle en soit quitte pour la peur.
	- Justine, continua-t-il, en lchant ses liens, et lui 
ordonnant de se rhabiller, soyez discrte, et suivez-nous; 
si vous vous attachez  moi, vous n'aurez pas lieu de vous 
en repentir. Il faut une seconde femme  ma mre; je vais 
vous prsenter  elle; et, sur la foi de vos rcits, je lui 
rpondrai de votre conduite. Mais si vous abusez de mes 
bonts, si vous trahissez ma confiance, ou que vous ne 
vous soumettiez pas  mes intentions, regardez ces quatre 
arbres, Justine; examinez le terrain qu'ils ombragent et 
qui devait vous servir de spulture; souvenez-vous que ce 
funeste endroit n'est qu' une lieue du chteau o je vous 
conduis et qu' la plus lgre faute, vous y serez aussitt 
ramene.
	La plus frivole apparence de bonheur est  
l'infortun, ce que la bienfaisante rose du matin est  la 
fleur dessche de la veille par les feux brlants de l'astre 
du jour. Justine se jette en larmes aux genoux de celui 
qui parat la protger; elle jure d'tre soumise et de se 
bien conduire. Mais le barbare Bressac, aussi insensible 
 la joie qu' la douleur de cette chre enfant, lui dit 
durement: 
	- Nous verrons... Et l'on marche.
	Jasmin et son matre causaient bas ensemble; 
Justine les suivait humblement, sans dire un mot. Cinq 
quarts d'heure suffirent  les rendre au chteau de 
madame de Bressac, dont le luxe et la magnificence 
firent voir  Justine que, quel que pt tre le poste qui lui 
ft destin dans cette maison, il ne pouvait srement 
qu'tre avantageux pour elle, si la main malfaisante qui 
ne cessait de la tourmenter ne venait encore troubler ici 
les apparences flatteuses qui paraissaient s'offrir  ses 
yeux.
	Une demi-heure aprs son arrive, le jeune homme 
la prsente  sa mre.
	Madame de Bressac tait une femme de quarante-
cinq ans, belle encore, honnte, sensible, mais d'une 
tonnante svrit des moeurs. Orgueilleuse de n'avoir 
jamais fait un faux pas de sa vie, elle ne pardonnait pas 
une faiblesse aux autres: et, par ce rigorisme outr, loin 
d'attirer la tendresse de son fils, elle l'avait, pour ainsi 
dire, repouss de son sein. Bressac avait bien des torts, 
nous en convenons; mais o l'indulgence rigera-t-elle 
son temple, si ce n'est dans le coeur d'une mre? Veuve 
depuis deux ans du pre de ce jeune homme, madame de 
Bressac possdait cent mille cus de rente, qui, runis  
plus du double provenant de la fortune du pre, 
assuraient un jour, comme on voit, prs d'un million de 
revenu annuel au sclrat dont il s'agit. Malgr d'aussi 
grandes esprances, madame de Bressac donnait peu  
son fils; une pension de vingt-cinq mille francs pouvait-
elle suffire  payer ses plaisirs? Rien d'aussi cher que ce 
genre de volupt. Les hommes, on en convient, cotent 
moins que les femmes. Mais les lubricits que l'on gote 
avec eux, se renouvellent bien plus souvent; on est bien 
plus foutu que l'on ne fout.
	Rien n'avait pu dterminer le jeune Bressac au 
service; tout ce qui l'cartait de son libertinage tait si 
insupportable  ses yeux, qu'il ne pouvait en adopter la 
chane.
	Madame de Bressac habitait, trois mois de l'anne, 
cette terre o Justine la trouva; elle passait le reste du 
temps  Paris. Mais, pendant cette campagne de trois 
mois, elle exigeait que son fils ne la quittt point. Quel 
supplice pour un homme abhorrant sa mre, et regardant 
comme perdus tous les moments qu'il passait loign 
d'une ville o se trouvait pour lui le centre des plaisirs!
	Bressac ordonne  Justine de raconter  sa mre les 
choses dont elle lui avait fait part. Et ds qu'elle a fini: 
	- Votre candeur et votre navet, lui dit cette femme 
respectable, ne me permettent pas de douter que vous ne 
soyez vraie; je ne prendrai d'autres informations sur 
vous, que celle de savoir si vous tes vraiment la fille de 
l'homme que vous m'indiquez. Si cela est, j'ai connu 
votre pre, et ce sera pour moi une raison de plus de 
m'intresser  vous. Quant  l'affaire de la Delmonse, je 
me charge de l'arranger, en deux visites. chez le 
chancelier, mon ami depuis des sicles; cette crature, 
d'ailleurs, est une femme perdue de dbauches et de 
rputation, et que je ferais enfermer si je voulais. Mais, 
rflchissez bien, Justine, ajouta madame de Bressac, 
que ce que je vous promets ici n'est qu'au prix d'une 
conduite intacte. Ainsi, vous voyez que les effets de la 
reconnaissance que j'exige, tourneront toujours  votre 
profit.
	Justine se jette aux pieds de sa bienfaitrice; elle 
assure qu'on aura lieu d'tre contente d'elle; et sur-le-
champ on la met en possession de sa place.
	Au bout de trois jours, les informations faites par 
madame de Bressac arrivrent; on en fut content. Justine 
fut loue de sa franchise; et toutes les ides du malheur 
s'vanouirent de son esprit, pour y faire place  l'espoir le 
plus doux. Mais il n'tait pas crit dans le ciel que cette 
chre fille dt jamais tre heureuse, et si quelques 
instants de calme naissaient fortuitement pour elle, ce 
n'tait que pour lui rendre plus amers ceux d'horreur qui 
devaient les suivre.
	A peine fut-on de retour  Paris, que madame de 
Bressac s'empressa de travailler pour sa femme de 
chambre. Les calomnies de la Delmonse furent 
reconnues; mais on ne put l'atteindre. Partie depuis 
quelques jours pour aller recueillir en Amrique une 
riche succession qui venait de lui choir, le ciel voulut 
qu'elle jout de son crime en paix. Il y a tout plein 
d'occasions o son inconsquente quit ne s'appesantit 
que sur la vertu. Il ne faut pas oublier que nous ne 
publions ces faits que pour convaincre de cette vrit. 
Elle est triste; mais il n'en est pas moins essentiel qu'elle 
soit dvoile, afin que chacun puisse rgler sur elle sa 
conduite dans les vnements de la vie.
	A l'gard de l'incendie des prisons du palais, on se 
convainquit que, si Justine avait profit de cet 
vnement, au moins n'y avait-elle particip en rien; et sa 
procdure s'anantit, lui assura-t-on, sans que les 
magistrats qui s'en mlrent crussent devoir y employer 
d'autres formalits. La pauvre fille n'en savait pas 
davantage.
	Pour peu qu'on ait acquis jusqu' prsent une 
connaissance assez tendue de l'me de notre hrone, on 
se figure aisment combien de pareils procds, 
l'attachaient  madame de Bressac. Justine, jeune, faible 
et sensible, ouvrait avec plaisir son coeur aux sentiments 
de la reconnaissance. Follement persuade qu'un bienfait 
doit lier celui qui le reoit  celui de qui il mane, la 
pauvre fille panchait  loisir dans le culte de ce 
sentiment puril toute l'activit de son me ingnue. Il 
s'en fallait bien que l'intention du jeune homme ft 
pourtant d'enchaner Justine si fortement aux intrts 
d'une mre qu'il ne pouvait souffrir. Mais nous croyons 
que c'est ici le cas de peindre ce nouveau personnage.
	Bressac runissait aux charmes de la jeunesse la 
figure la plus sduisante. Si sa taille ou ses traits avaient 
quelques dfauts c'tait parce qu'ils se rapprochaient un 
peu de cette nonchalance... de cette mollesse qui 
n'appartenait qu'aux femmes; il semblait qu'en lui prtant 
les attributs de ce sexe, la nature lui en et galement 
inspir les gots. Quelle me cependant tait enveloppe 
sous ces appas fminins! On y rencontrait tous les vices 
qui caractrisent celles des plus grands sclrats; on ne 
porta jamais plus loin la mchancet, la vengeance, la 
cruaut, l'athisme, la dbauche, l'oubli de tous les 
devoirs, et principalement de ceux dont les mes moins 
nergiquement prononces paraissent faire leurs dlices. 
La premire manie de cet homme singulier tait de 
dtester souverainement sa mre, et malheureusement 
cette haine, fonde en principe, s'tayait chez lui, et sur 
des raisonnements sans rplique, et sur l'intrt puissant 
qu'il devait ncessairement avoir d'en tre fort vite 
dbarrass. Madame de Bressac faisait tout pour ramener 
son fils dans les sentiers de la vertu; mais elle y 
employait trop de rigueur. Il en rsultait que le jeune 
homme, plus enflamm par les effets mmes de cette 
svrit, ne se livrait  ses gots qu'avec une plus grande 
imptuosit, et que la pauvre dame ne recueillait de ses 
perscutions qu'une dose de haine infiniment plus forte.
	- Ne vous imaginez pas, disait un jour Bressac  
Justine, que ce soit d'elle-mme que ma mre agisse dans 
tout ce qui vous concerne. Croyez que si je ne la 
perscutais pas  tout instant, elle se rappellerait  peine 
les soins qu'elle vous a promis; elle vous fait valoir tous 
ses pas, tandis qu'ils ne sont que mon ouvrage. Oui, 
Justine,  moi seul est due cette reconnaissance que vous 
prodiguez  ma mre; et celle que j'exige de vous doit 
vous paratre d'autant plus dsintresse, que quelque 
jeune et jolie que vous puissiez tre, vous savez bien que 
je ne prtends pas  vos faveurs; non, chre fille, non; 
dou du plus profond mpris pour tout ce qu'on peut 
obtenir d'une femme... pour son personnel mme, les 
services que je vous demande sont d'un tout autre genre; 
et quand vous serez bien convaincue de ce que j'ai fait 
pour votre tranquillit, j'espre que je trouverai dans 
votre me tout ce que je suis en droit d'en attendre.
	Ces discours, souvent rpts, paraissaient si 
obscurs  Justine, qu'elle ne savait comment y rpondre: 
elle le faisait pourtant, et peut-tre avec trop de vivacit. 
Faut-il l'avouer? Hlas! oui; dguiser les torts de Justine, 
serait tromper la confiance du lecteur, et mal rpondre  
l'intrt que ses revers ont inspir jusqu' ce moment.
	Quels qu'eussent t les indignes procds de 
Bressac pour elle, ds le premier jour qu'elle l'avait vu, il 
lui avait t impossible de se dfendre d'un mouvement 
violent de tendresse pour lui. La reconnaissance 
augmentait dans son coeur cet involontaire penchant, 
auquel la frquentation perptuelle de l'objet chri prtait 
chaque jour de nouvelles forces; et dfinitivement la 
pauvre Justine adorait ce sclrat malgr elle, avec la 
mme ardeur qu'elle idoltrait son Dieu, sa religion... la 
vertu. Elle avait fait mille rflexions sur la cruaut de cet 
homme, sur son loignement pour les femmes, sur la 
dpravation de ses gots, sur les distances morales qui 
les sparaient; et rien, rien au monde ne pouvait teindre 
cette passion naissante. Si Bressac lui et demand sa 
vie, s'il et voulu son sang, Justine et tout donn, tout 
rpandu, dsole de ne pouvoir encore  son gr faire de 
plus grands sacrifices  l'unique objet de son coeur. Voil 
l'amour, voil pourquoi les Grecs le peignirent avec un 
bandeau. Mais Justine n'avait jamais parl; et l'ingrat 
Bressac tait loin de dmler la cause des pleurs qu'elle 
versait journellement pour lui. Il tait bien difficile 
pourtant qu'il ne se doutt pas du dsir qu'elle avait de 
voler au-devant de tout ce qui pouvait lui plaire; qu'il 
n'entrevt pas des prvenances assez fortes, assez 
aveugles pour servir mme ses erreurs, autant que la 
dcence pouvait le permettre, et le soin qu'elle avait de 
les dguiser toujours  sa mre. Justine par cette conduite 
si naturelle  un coeur sduit, avait mrit la confiance 
entire du jeune Bressac; et tout ce qui venait de cet 
amant chri paraissait d'un tel prix aux yeux de Justine, 
que bien souvent l'infortune s'imaginait avoir obtenu de 
l'amour ce que lui accordait uniquement le libertinage... 
la mchancet, ou, peut-tre plus srement encore, le 
besoin dont il la croyait aux affreux projets de son coeur.
	Croirait-on qu'un jour il osa lui dire: 
	- Parmi les jeunes gens que je dbauche, Justine, il 
en est quelques-uns qui ne se livrent  moi que par 
complaisance; ceux-l auraient besoin de voir  nu les 
attraits d'une jeune fille. Cette ncessit offense mon 
orgueil: j'aimerais bien mieux que cet tat o je les dsire 
ne ft dit qu' moi. Cependant comme il m'est 
indispensable, je prfrerais, mon ange, le devoir  toi 
qu' toute autre. Je ne me douterais de rien; tu les 
disposerais dans mon cabinet, et je ne les ferais passer 
dans ma chambre que quand ils seraient en tat.
	- Oh! monsieur, rpondit Justine en larmes, pouvez-
vous me proposer de pareilles choses? et les horreurs o 
vous vous livrez...
	- Ah! Justine, interrompit Bressac, peut-on jamais 
se corriger de ce penchant!... si tu pouvais en connatre 
les charmes; si tu pouvais comprendre ce qu'on prouve  
la douce illusion de n'tre plus qu'une femme! Incroyable 
illusion de l'esprit: on abhorre ce sexe, et l'on veut 
l'imiter! Ah! qu'il est doux d'y russir, qu'il est dlicieux 
d'tre la putain de tous ceux qui veulent de vous; et 
portant sur ce point au dernier priode le dlire et la 
prostitution, d'tre successivement, dans le mme jour, la 
matresse d'un crocheteur, d'un valet, d'un soldat, d'un 
cocher; d'en tre tour  tour chri, caress, jalous, 
menac, battu; tantt victorieux dans leurs bras, et tantt 
victime  leurs pieds, les attendrissant par des caresses, 
les ranimant par des excs. Eh! non, non, Justine, tu ne 
comprends pas quel est ce plaisir pour une tte organise 
comme la mienne. Mais, le moral  part, si tu te 
reprsentais quelles sont les titillations voluptueuses de 
ce divin got, ce qu'il fait sentir... prouver, il est 
impossible d'y tenir. C'est un chatouillement si vif... des 
mouvements de lubricit si piquants... un dlire si 
complet... on perd l'esprit, on draisonne; mille baisers 
plus ardents les uns que les autres, n'expriment pas 
encore avec assez d'ardeur l'ivresse o nous plonge 
l'agent. Enlac dans ses bras, les bouches colles l'une 
sur l'autre, nous voudrions que notre existence entire pt 
s'incorporer  la sienne; nous ne voudrions faire avec lui 
qu'un seul tre. Si nous osons nous plaindre, c'est d'tre 
ngligs; nous voudrions que, plus robuste qu'Hercule, 
notre fouteur nous pntrt, nous largt; que cette 
semence prcieuse, lance brlante au fond de nos 
entrailles, ft, par sa chaleur et sa force, jaillir la ntre 
dans ses mains; nous voudrions n'tre que foutre, quand 
il nous arrose du sien. Ne t'imagine pas que nous soyons 
faits comme les autres hommes; c'est une construction 
toute diffrente: et cette membrane chatouilleuse 
tapissant l'intrieur de vos infmes cons, le ciel, en nous 
crant, en orna les autels o nos cladons sacrifient. 
Nous sommes aussi certainement femmes l, que vous 
l'tes  l'atelier de la rgnration. Il n'est pas un de vos 
plaisirs qui ne nous soit connu, pas un dont nous ne 
sachions jouir. Mais nous avons de plus les ntres; et 
c'est cette runion dlicieuse qui fait de nous les hommes 
de la terre les plus sensibles  la volupt... les mieux 
crs pour la sentir. C'est cette runion enchanteresse qui 
rend impossible la correction de nos gots... qui ferait de 
nous des enthousiastes et des frntiques, si l'on avait 
encore la stupidit de nous punir... qui nous fait adorer 
jusqu' la mort, enfin, le dieu charmant qui nous 
enchane.
	Ainsi s'exprimait monsieur de Bressac, en 
prconisant ses dsirs. Justine essayait-elle de lui parler 
de la respectable femme  laquelle il devait le jour, et des 
chagrins que de pareils dsordres devaient lui donner, 
elle n'aperoit plus dans ce jeune homme que du dpit, 
de l'humeur, et surtout beaucoup d'impatience de voir si 
longtemps en de telles mains des richesses qui, selon 
Bressac, auraient dj d lui appartenir; elle n'y voyait 
plus que la haine la plus invtre contre cette femme si 
honnte et si vertueuse; la rvolte la plus constate contre 
tout ce que les sots appellent les sentiments de la nature, 
et qui, bien analyss, ne sont que de purs effets de 
l'habitude.
	Il est donc vrai que quand on est parvenu  
transgresser aussi formellement dans ses gots l'instinct 
de cette prtendue loi, la suite ncessaire de ce premier 
cart soit un penchant des plus violents  se prcipiter 
bientt dans mille autres.
	Quelquefois l'ardente Justine employait des moyens 
pieux. Souvent console par ceux-l, parce qu'il est du 
caractre de la faiblesse de se contenter toujours des 
chimres, elle essayait de faire passer leurs illusions dans 
l'me de ce pervers. Mais Bressac, ennemi dclar des 
mystres de la religion, frondeur opinitre de ses dogmes, 
antagoniste outr de son auteur, au lieu de se laisser 
dominer par les opinions de Justine, s'effora bientt de 
les subjuguer par les siennes. Il estimait assez l'esprit de 
cette jeune personne, pour dsirer d'y porter le flambeau 
de la philosophie: il avait besoin d'ailleurs de dtruire en 
elle tous les prjugs. Voici donc comment il combattit 
ceux du culte: 
	- Toutes les religions partent d'un principe faux, 
Justine, lui disait-il un jour; toutes supposent comme 
ncessaire l'admission d'un tre crateur, dont l'existence 
est impossible. Rappelle-toi, sur cela, les prceptes 
senss de ce certain Coeur-de-Fer, qui, dis-tu, avait 
comme moi travaill ton esprit. Rien de plus sage que les 
principes de ce brigand; je le vois comme un homme de 
beaucoup d'esprit; et l'avilissement dans lequel on a la 
sottise de le tenir ne lui te pas le droit de bien raisonner.
	Si toutes les productions de la nature sont des effets 
rsultatifs des lois qui la captivent; si son action et sa 
raction perptuelles supposent le mouvement ncessaire 
 son essence, que devient le souverain matre que lui 
prtent gratuitement ceux qui ont quelque intrt  
l'adopter? Voil ce que te disait ce sage instituteur, chre 
fille. Que sont donc les religions, d'aprs cela, sinon le 
frein dont la tyrannie du plus fort voulut captiver le plus 
faible? Rempli de ce dessein, il osa dire,  celui qu'il 
prtendait dominer, qu'un Dieu forgeait les fers dont sa 
cruaut l'entourait; et celui-ci, abruti par sa misre, crut 
indistinctement tout ce que voulut l'autre. Les religions, 
nes de ces fourberies, peuvent-elles donc mriter 
quelque respect? En est-il une seule qui ne porte 
l'emblme de l'imposture et de la stupidit? Que vois-je 
dans toutes? Des mystres qui font frmir la raison, des 
dogmes outrageant la nature, des crmonies grotesques 
qui n'inspirent que la drision et le dgot. Mais si, de 
toutes, deux mritent plus particulirement notre mpris 
et notre haine,  Justine, ne sont-ce pas celles qui 
s'appuient sur ces deux romans imbciles, connus sous le 
nom d'ancien et de nouveau testament! Parcourons un 
moment cet assemblage ridicule d'impertinences, de 
mensonges et de balourdises, et voyons le cas qu'il en 
faut faire. Ce seront des questions que je te ferai; tu y 
rpondras, si tu peux.
	Comment d'abord faut-il que je m'y prenne pour 
prouver que les Juifs, brls  l'inquisition par milliers, 
furent pendant quatre mille ans les favoris de Dieu? 
Comment, vous qui adorez leur loi, les faites-vous mourir 
parce qu'ils suivent leur loi? Comment votre barbare et 
ridicule Dieu a-t-il t assez injuste, pour prfrer au 
monde entier la petite horde juive, et quitter ensemble ce 
peuple favori, pour une autre caste infiniment plus petite 
et plus misrable?
	Pourquoi ce Dieu-l a-t-il fait autrefois tant de 
miracles? Et pourquoi n'en veut-il plus faire pour nous, 
quoique nous ayons remplac ce peuple, en faveur 
duquel il en oprait de si charmants jadis?
	Comment concilierez-vous la chronologie des 
Chinois, des Chaldens, des Phniciens, des Egyptiens 
avec celle des Juifs? et comment accorderez-vous entre 
elles quarante manires diffrentes de supputer le temps 
chez les commentateurs? Si je dis que Dieu dicte ce 
livre, ne me rpondra-t-on pas qu'alors ce Dieu est donc 
un fier ignorant?
	Ne le voil-t-il pas tel encore quand j'avancerai 
qu'il dit que Mose crivit dans le dsert au del du 
Jourdain? comment cela se fait-il, puisque Mose ne 
passa jamais le Jourdain?
	Le livre de Josu vous dit que Dieu fit graver le 
recueil des lois juives sur du mortier: or, tous les 
crivains de ce temps vous apprennent qu'alors on ne 
gravait que sur la pierre et la brique. N'importe, 
admettons l'ide. Je demande comment, dans cette 
hypothse, on a pu conserver ce recueil grav sur du 
mortier, et comment un peuple, qui manquait de tout 
dans le dsert, qui n'avait ni habits ni souliers, pouvait 
s'occuper de graver des lois?
	Comment se trouve-t-il, dans un livre dict par 
votre Dieu, des noms de villes qui n'existrent jamais, 
des prceptes pour les lois que les Juifs avaient en 
horreur, et qui ne les gouvernaient pas encore... enfin une 
fourmilire de pareilles contradictions? Votre Dieu est 
donc  la fois un imbcile et un inconsquent. J'aimerais 
autant n'en point avoir, que d'tre rduit  en adorer un de 
cette tournure.
	Comment prenez-vous l'histoire burlesque de la 
cte d'Adam? est-elle physique ou allgorique? Comment 
Dieu cra-t-il la lumire avant le soleil? Comment divisa-
t-il la lumire des tnbres, puisque les tnbres ne sont 
autre chose que la privation de la lumire? Comment fit-
il le jour avant que le soleil ft fait? Comment le 
firmament fut-il form au milieu des eaux, puisqu'il n'y a 
point de firmament (2)? N'est-il pas clair que votre plat 
Dieu est aussi mauvais physicien que dtestable 
gographe et ridicule chronologiste?
	Voulez-vous une nouvelle preuve de sa sottise? 
Avec quel dgot ne lisez-vous pas, dans les livres qu'il 
dicte, que quatre fleuves, distants de mille lieues l'un de 
l'autre, prennent pourtant leur source dans le paradis 
terrestre! Quelle est cette ridicule dfense de manger du 
fruit d'un arbre dans un jardin dont on dispose? Il y a 
bien de la mchancet  Dieu de faire une pareille 
dfense; car il savait bien que l'homme succomberait: 
c'est donc un pige qu'il lui tendait. Quel vil coquin que 
votre Dieu! je ne le voyais que comme un imbcile; mais, 
en le suivant d'un peu prs, je le trouve un bien grand 
sclrat.
	Comment trouvez-vous ce grand bent d'Eternel qui 
vient se promener, tte--tte avec Adam, Eve et le 
serpent, tous les jours  midi, et cela, dans le pays o le 
soleil est alors dans sa plus grande activit? Pourquoi, 
quelque temps aprs, cet original-l ne veut-il plus qu'on 
prenne l'air dans son parc, et met-il prs de la porte, pour 
en empcher, un boeuf (3), l'pe flamboyante  la main? 
Peut-on rien voir de plus plat et de plus ridicule que cette 
collection d'anecdotes?
	De quelle manire m'expliquerez-vous l'histoire des 
anges qui baisent les filles de l'homme, et qui engendrent 
des gants? Si tout cela est allgorique, c'est en vrit 
bien beau, et il y a un furieux effort de gnie  avoir 
trouv tout cela.
	Comment vous tirerez-vous  prsent du dluge, 
qui, s'il ne dura que quarante jours, comme Dieu le dit, 
ne dut pourtant donner que dix-huit pouces d'eau sur la 
terre? Comment m'expliquerez-vous les cataractes du 
ciel, les animaux arrivant des quatre parties du monde 
pour tre enferms dans un grand coffre, o il ne 
tiendront seulement pas, d'aprs les proportions que vos 
livres divins en donnent, ce que contient la mnagerie du 
grand seigneur? Et comment la famille de No, qui n'tait 
compose que de huit personnes, put-elle alimenter et 
soigner toutes ces cratures! O puissant Dieu des Juifs! 
je suis bien certain que parmi toutes ces btes, il n'y en 
avait pas une plus borne que toi.
	Et la tour de Babel, comment vous en tirerez-vous? 
Elle tait sans doute beaucoup plus haute que les 
pyramides d'Egypte, puisque Dieu laissa subsister ces 
pyramides. La seule analogie que je trouve ici, c'est la 
confusion des langues avec les fabricateurs de votre 
Dieu; il y a certes une grande ressemblance entre les 
gens qui ne s'entendent plus en formant un colosse 
matriel, et ceux qui draisonnent en en difiant un 
moral.
	Et le bon Abraham, qui,  l'ge de cent trente-cinq 
ans, fait passer Sara pour sa soeur, de peur qu'on ne la 
dbauche, ne vous amusera-t-il pas un peu? J'aime assez 
Abraham, moi, mais je le voudrais un peu moins 
menteur... plus soumis, et que quand Dieu veut que sa 
postrit se fasse circoncire, le pauvre Abraham ne s'y 
oppose pas.
	Ce qui me plat infiniment, Justine, c'est le gaillard 
pisode des Sodomistes, qui veulent enculer des anges, et 
le bon Loth, qui aime mieux leur voir enculer ses filles, 
ce qui ne devait pas tre la mme chose aux yeux de gens 
aussi connaisseurs en cette partie, que les riverains du lac 
Asphaltite.
	Mais la question que vous allez rsoudre sur-le-
champ sans doute, c'est comment la statue de sel en 
laquelle fut change la femme de Loth, pt rsister si 
longtemps  la pluie?
	Comment justifierez-vous les bndictions tombes 
sur Jacob, qui trompe Isaac son pre, et qui vole Laban 
son beau-pre? Comment arrangerez-vous l'apparition de 
Dieu sur une chelle, et le duel de Jacob avec un ange? 
Oh! comme cela est joli! comme cela est intressant!
	Mais dites-moi comment vous vous tirerez de la 
petite erreur de calcul de cent quatre-vingt-quinze ans, 
que l'on trouve en vrifiant le sjour des Juifs en Egypte? 
Comment vous arrangerez le bain des filles de Pharaon 
dans le Nil, o jamais personne ne se baigne  cause des 
crocodiles?
	Mose ayant pous la fille d'un idoltre, comment 
Dieu, qui n'aimait pas les idoltres, le prit-il nanmoins 
pour son prophte? Comment les magiciens de Pharaon 
firent-ils les mmes miracles que Mose? Comment 
Mose, guid par votre puissant Dieu, et se trouvant 
(suivant Dieu)  la tte de six cent trente mille 
combattants, s'enfuit-il avec son peuple, au lieu de 
s'emparer de l'Egypte, dont tous les premiers ns avaient 
t mis  mort par Dieu mme? Comment la cavalerie de 
Pharaon poursuivit-elle ce peuple dans un pays o jamais 
cavalerie ne put agir? et comment d'ailleurs Pharaon 
avait-il une cavalerie, puisque, dans la cinquime plaie 
de l'Egypte, Dieu avait spirituellement fait prir tous les 
chevaux?
	Comment un veau d'or put-il tre form dans huit 
jours? et comment Mose rduisit-il ce veau d'or en 
cendre? Vous parat-il encore bien naturel que vingt-trois 
mille hommes, dans le fond d'un dsert, se laissent 
gorger par une seule tribu?
	Et que penserez-vous de l'quit divine, quand vous 
verrez que Dieu ordonne  Mose, qui a pour femme une 
Madianite, de tuer vingt-quatre mille hommes, parce 
qu'un seul d'entre eux a couch avec une Madianite? Ces 
Hbreux, qu'on nous peint si froces, n'taient-ils pas 
nanmoins de bonnes gens de se laisser gorger ainsi 
pour les filles? Mais, dites-moi, je vous prie, peut-on 
s'empcher de rire, en voyant que Mose trouve trente-
deux mille pucelles dans le camp madianite, avec 
soixante et un mille nes? Il fallait au moins deux nes 
par pucelle; il n'y a pas d'honnte crature qui ne soit 
flatte, en pareil cas, d'en avoir un par devant, et l'autre 
par derrire.
	Mais Dieu, bte, ignorant, mauvais gographe, 
affreux chronologiste, dtestable physicien, sera-t-il 
meilleur naturaliste? Non vraiment; car il nous assure 
qu'il ne faut pas manger du livre, parce qu'il rumine et 
qu'il n'a pas le pied fourchu; tandis qu'il n'y a pas 
d'colier de huitime qui ne sache que le livre a le pied 
fendu et qu'il ne rumine pas. Mais c'est quand il fait le 
lgislateur, votre sublime Dieu, qu'il devient rellement 
superbe. Y a-t-il rien de si sage, de si essentiel que de 
recommander aux maris de ne point coucher avec leurs 
femmes quand elles ont leurs rgles, et de les punir de 
mort si cela leur arrive; de prescrire la manire dont il 
faut se laver, se torcher le cul?... En vrit, tout cela est 
du plus grand genre; et s'il est ais de reconnatre  tout 
la main de l'Eternel... il est assurment bien facile 
d'aimer un Eternel qui prescrit de si belles choses.
	Comment me prouverez-vous la ncessit d'un 
miracle pour passer le Jourdain, qui n'a pas quarante 
pieds de large?
	Comment arrangerez-vous qu'il n'y ait que les murs 
de Jricho qui puissent tomber au son de la trompette?
	Comment excuserez-vous l'action de la putain 
Rahab qui trahit Jricho sa patrie? En quoi cette trahison 
tait-elle ncessaire, puisqu'il suffisait d'un petit air de 
trompette pour se rendre matre de la ville?
	Pourquoi faut-il maintenant que ce soit des flancs 
de cette putain Rahab que Dieu veuille que son cher fils 
tire son origine?
	Pourquoi faut-il qu'enfant du crime et de la 
trahison, votre Jsus, sur le compte duquel nous allons 
bientt revenir, tire galement son origine de l'inceste de 
Thamar et de Juda, et de l'adultre de David et de 
Bethsabe? Oh! comme les voies de Dieu sont 
incomprhensibles, et comme un tre incomprhensible 
est aimable?
	De quel oeil verrez-vous Josu faire pendre trente 
et une personnes, seulement parce qu'il avait envie 
d'avoir leur bien?
	Comment parlerez-vous de la bataille de Josu 
contre les Amorrhens, pendant laquelle le Seigneur 
Dieu, toujours trs humain, fait tomber pendant cinq 
heures de suite des quartiers de rochers sur les ennemis 
du peuple juif?
	Comment concilierez-vous, avec la connaissance 
que vous avez maintenant des astres, l'ordre de Josu au 
soleil de s'arrter, pendant que le soleil est fixe, et que 
c'est la terre qui tourne? Eh! vraiment, allez-vous me 
rpondre, c'est que Dieu ne savait pas encore le progrs 
que nous ferions en astronomie. C'est un grand gnie que 
votre Dieu!
	Que penserez-vous de Jepht qui immole sa fille, et 
qui fait gorger quarante-deux mille Juifs, seulement 
parce que leur langue n'est pas assez dlie pour 
prononcer le mot SHIBOLET?
	Pourquoi, dans votre nouvelle loi, me parlez-vous 
du dogme de l'enfer et de celui de l'immortalit de l'me, 
tandis que l'ancienne, sur laquelle la nouvelle est 
calque, ne dit pas un mot de ces dgotantes absurdits?
	Comment adoucirez-vous l'immoralit du joli petit 
conte de ce Lvite venu sur son ne  Gaba, et que les 
gens de cette ville veulent enculer? Le pauvre diable 
abandonne sa femme pour se tirer d'affaire; mais, comme 
les femmes sont plus dlicates que nous, la malheureuse 
meurt dans l'opration sodomite. Ah! je vous en prie, 
dites-moi l'utilit de pareilles gentillesses dans un livre 
dict par l'esprit de Dieu?
	Mais ce que j'espre au moins que vous 
m'expliquerez, c'est le dix-neuvime verset du premier 
chapitre des Juges, par lequel il est dit que Dieu qui 
accompagne Juda, ne peut gagner une victoire, attendu 
que les ennemis ont des chariots arms de faux. 
Comment se peut-il qu'un Dieu qui arrte le soleil, qui 
change tant de fois le cours de la nature, ne puisse venir 
 bout de vaincre les ennemis de son peuple, parce qu'ils 
ont des chariots arms de faux? Ne se pourrait-il pas que 
les Juifs, infiniment plus athes que nous le croyons, 
n'eussent jamais regard leur Dieu que comme une 
Divinit locale et protectrice, qui tantt tait plus 
puissante que les dieux ennemis, et tantt tait subjugue 
par eux? Cette opinion n'est-elle pas prouve par cette 
rponse de Jepht... Erreur ! Source du renvoi introuvable. 
Maintenant je pourrais vous demander encore comment 
il se trouvait un si grand nombre de chariots arms de 
faux dans un pays si montagneux, qu'on ne pouvait y 
voyager qu'avec des nes?
	Vous devriez bien m'expliquer aussi comment il est 
possible que, dans un pays dnu de bois, Samson ait mis 
le feu aux moissons philistines, en attachant des 
flambeaux  la queue de trois cents renards, qui, 
communment, n'habitent que les bois; comment il tua 
mille Philistins avec une mchoire d'ne; et comment il 
sortit d'une des dents de cette mchoire une fontaine 
d'eau limpide. Convenez que soi-mme il faut tre un peu 
MACHOIRE D'ANE pour avoir invent une telle fable, 
ou pour y croire.
	Je vous demande les mmes claircissements sur le 
bonhomme Tobie, qui dormait les yeux ouverts, et qui fut 
aveugl par une ordure d'hirondelle... sur l'ange qui 
descendit exprs de ce qu'on appelle l'empire, pour aller 
chercher avec Tobie de l'argent que le Juif Gabel devait 
au pre de ce Tobie... sur la femme de ce mme Tobie, 
qui avait eu sept maris  qui le diable avait tordu le cou... 
et sur la manire de rendre la vue aux aveugles avec le 
fiel d'un poisson. Ces histoires sont vraiment curieuses; 
et je ne connais rien de plus joli, aprs le roman du petit 
Poucet.
	Mais pourrais-je, sans votre secours, interprter le 
texte sacr, qui dit que la belle Judith descendait de 
Simon, fils de Ruben, quoique Simon soit le frre de 
Ruben, suivant le mme texte sacr, qui ne peut mentir? 
J'aime beaucoup Esther, et je trouve Assurus fort sens 
d'pouser une Juive et de coucher six mois avec elle sans 
savoir qui elle est.
	Lorsque Sal fut dclar roi, les Juifs taient 
esclaves des Philistins, et l'on ne leur permettait aucune 
arme; ils taient mme obligs d'aller chez les Philistins 
pour aiguiser leurs fers de mnage et d'agriculture. 
Comment se peut-il donc, d'aprs cela, que Sal,  la tte 
de trois cent mille combattants, dans un pays qui ne peut 
nourrir trente mille mes, gagne cependant une 
mmorable victoire sur ces Philistins!
	Votre David m'embarrasse au moins tout autant. Je 
vois avec peine, dans un tel sclrat, la tige de votre Dieu 
Jsus. Il est dur, pour un individu qui se mle d'tre Dieu, 
de ne tenir son origine que d'un assassin, d'un adultre, 
d'un ravisseur de femme, d'un vrol, d'un coquin, en un 
mot, qui et t rou vingt fois si nos lois d'Europe 
eussent pu l'atteindre.
	A l'gard de ses richesses et de celles de Salomon, 
vous conviendrez qu'elles paraissent difficiles  concilier 
avec la pauvret du pays. On arrange difficilement que 
Salomon, comme dit votre texte sacr, ait eu quatre cent 
mille chevaux dans un pays o il n'y eut jamais que des 
nes.
	Comment accorderez-vous, je vous prie, les 
magnifiques promesses des prophtes juifs avec le 
perptuel esclavage de ce malheureux peuple, qui tantt 
languit sous les Phniciens, les Babyloniens, tantt sous 
les Perses, sous les Syriens, sous les Romains, etc.?
	Votre Ezchiel me parait, ou un grand cochon ou 
un grand libertin, quand il mange de la merde; et il me 
scandalise quand il dit  une fille: Erreur ! Source du renvoi 
introuvable. Oh! pudique Justine, tout cela, selon vous, est-il 
trs-honnte? un tel livre doit-il tre nomm saint, et 
faire la pture des jeunes filles?
	L'histoire de votre Jonas, enferm trois jours dans le 
ventre d'une baleine, n'est-elle pas tout aussi dgotante! 
n'est-elle pas visiblement copie d'aprs celle d'Hercule, 
galement captif dans les flancs d'une pareille bte; mais 
qui, plus adroit que votre prophte, eut l'esprit de manger 
sur le gril le foie de la baleine?
	Faites-moi comprendre, je vous prie, les premiers 
versets du prophte Ose. Dieu lui ordonne expressment 
de prendre une putain et de lui faire des fils de putain. Le 
malheureux obit. Dieu n'est pas encore content; il veut 
qu'il prenne une femme qui ait fait son mari cocu. Le 
prophte obit encore. Dites-moi, je vous prie,  quoi bon 
tout cela dans un livre saint?... quel genre d'dification il 
revient aux fidles croyants de ces rvoltantes 
absurdits? Mais c'est sur le nouveau testament que vos 
instructions me deviennent plus ncessaires. J'ai peur 
d'tre embarrass quand il faudra que j'accorde les deux 
gnalogies de Jsus. On me dira que Mathieu donne 
Jacob pour pre  Joseph, et que Luc le fait fils d'Elie. 
On me demandera comment l'un compte cinquante-six 
gnrations, et comment l'autre n'en compte que 
quarante-deux. Pourquoi enfin cet arbre gnalogique est 
celui de Joseph, qui n'tait pas le pre de Jsus. Serez-
vous de l'avis de saint Ambroise, qui dit que l'ange fit  
Marie un enfant par l'oreille (Maria per aurem 
impraegnata est.)? ou du jsuite Sanchs qui assure 
qu'elle dchargea pendant que l'ange la foutait!
	Si j'ose parler d'aprs saint Luc, du dnombrement 
de toute la terre, ordonn par Auguste pendant que 
Cyrnius gouvernait la Jude, ce qui fut cause de la fuite 
en Egypte, on me rira au nez; car il n'est personne qui ne 
sache qu'il n'y eut jamais de dnombrement dans 
l'empire, et que c'tait Barus et non Cyrnius qui 
gouvernait pour lors en Syrie.
	Quand je parlerai, d'aprs Matthieu, de cette fuite 
en Egypte, on me dira que cette fuite est un roman, 
qu'aucun des autres vanglistes n'en parle; et, si 
j'accorde alors que la sainte famille resta en Jude, on me 
soutiendra qu'elle a t en Egypte.
	Et croyez-vous que les astronomes ne se moqueront 
pas de moi, si je leur parle de l'toile qui conduisit trois 
rois dans une table? Comment  la suite de ce conte, 
arrangerez-vous qu'Hrode, le plus despote des hommes, 
ait pu craindre un moment tre supplant par le btard 
d'une putain, venu au monde dans une table? Il est 
fcheux qu'aucun historien ne vienne  l'appui de votre 
prtendu massacre des innocents; il serait fort  dsirer 
pour l'humanit, que ceux de la Saint-Barthlemy, de 
Mrindol, de Cabrires, etc., etc., fussent aussi douteux 
que celui-l.
	Mais ce que j'espre me voir expliquer par vous, 
c'est la manire charmante dont le diable emporte Dieu, 
et le perche sur une montagne, d'o l'on voyait toute la 
terre. Le diable, qui promet tous ces biens  Dieu, pourvu 
que Dieu adore le diable, pourra peut-tre scandaliser 
beaucoup d'honntes gens pour lesquels je vous demande 
un mot de recommandation.
	Quand vous vous marierez, Justine, vous voudrez 
bien me dire de quelle manire Dieu, qui allait ainsi  la 
noce, s'y prenait pour changer l'eau en vin, en faveur de 
gens qui taient dj ivres.
	En mangeant des figues  votre djeuner  la fin de 
juillet, vous voudrez bien me dire aussi pourquoi Dieu, 
ayant faim, cherche aussi des figues au mois de mars, 
quand ce n'est pas le temps des figues.
	Aprs ces claircissements, il m'chappera pourtant 
encore quelques btises. Il faudra que je dise, par 
exemple, que Dieu a t condamn  tre pendu pour le 
pch originel. Si on me rpond qu'il ne fut jamais 
question de pch originel ni dans l'ancien ni dans le 
nouveau testament, qu'il est seulement dit qu'Adam fut 
condamn  mourir le jour qu'il aurait mang du fruit de 
l'arbre de la science, mais qu'il n'en mourut pas; si on me 
traite de fou pour oser dire que Dieu a t pendu pour 
une pomme mange quatre mille ans avant sa mort, je 
vous assure que la rponse m'embarrassera.
	Dirai-je, avec Luc que c'est du petit village de 
Bthanie que Jsus s'lana vers le ciel; ou bien, avec 
Matthieu, que ce fut de la Galile? prfrerai-je l'opinion 
d'un docteur, qui, pour tout concilier, prtend que Dieu 
avait un pied en Galile et l'autre en Bthanie?
	Instruisez-moi pourquoi le credo, qu'on appelle le 
symbole des aptres, ne fut que du temps de Jrme et de 
Rufin, quatre cents ans aprs les aptres? Dites-moi 
pourquoi les premiers pres de l'Eglise ne citent jamais 
que les vangiles appels apocryphes? n'est-ce pas une 
preuve vidente que les quatre canoniques n'taient pas 
encore faits?
	Et toutes ces fraudes, pices o le mensonge et la 
fourberie sont obligs de recourir pour tayer vos 
absurdits chrtiennes, ne sera-ce pas avec un peu de 
peine que vous les lgitimerez  mes yeux?
	Dites-moi pourquoi Jsus n'ayant point institu sept 
sacrements, votre religion en admet pourtant sept? 
Pourquoi Jsus n'ayant jamais parl de la Trinit, vous 
adorez pourtant la Trinit! En un mot, pourquoi votre 
Dieu runissant autant de puissance, n'a pourtant pas 
celles de nous instruire de toutes ces vrits si 
essentielles  notre salut?
	Abandonnons un instant tout ce qu'on dit de votre 
Christ; jugeons-le sur ses paroles et sur ses actions, plus 
que sur les relations de ceux qui nous en parlent. 
Comment, je vous en prie, des hommes raisonnables 
peuvent-ils encore ajouter quelque croyance aux paroles 
obscures, aux prtendus miracles du vil instituteur de ce 
culte effrayant? Existera-t-il jamais un bateleur plus fait 
pour l'indignation publique? Qu'est-ce qu'un Juif lpreux, 
qui, n d'une catin et d'un soldat, dans le plus chtif coin 
de l'univers, ose se faire passer pour l'organe de celui qui, 
dit-on, a cr le monde? Avec des prtentions si releves, 
vous conviendrez, Justine, qu'il fallait au moins quelques 
titres? Quels sont ceux de ce ridicule ambassadeur? Que 
va-t-il faire pour prouver sa mission? La terre va-t-elle 
changer de face? Les flaux qui l'affligent vont-ils 
s'anantir? Le soleil va-t-il l'clairer nuit et jour? Les 
vices ne la souilleront-ils plus? N'allons-nous voir enfin 
rgner que le bonheur? Pas un mot: c'est par des tours de 
passe-passe, par des gambades et par des calembours (4), 
que l'envoy de Dieu s'annonce  l'univers; c'est dans la 
socit respectable de manoeuvres, d'artisans et de filles 
publiques, que le ministre du ciel vient manifester sa 
grandeur; c'est en buvant avec les uns, foutant avec les 
autres, que l'ami de Dieu, Dieu mme, vient soumettre  
ses lois le pcheur endurci; c'est en n'inventant, pour ses 
farces, que ce qui peut satisfaire ou son luxe, ou sa 
gourmandise, que l'imposteur prouve sa mission. Quoi 
qu'il en soit, il fait fortune; de plats coquins se joignent  
ce fripon; une secte se forme;les dogmes de cette canaille 
parviennent  sduire quelques Juifs. Esclaves de la 
puissance romaine, ils devaient embrasser avec joie une 
religion qui, les dgageant de leur fers, ne les 
assouplissaient qu'au frein religieux. Leur motif se 
devine; on arrte les sditieux; leur chef prit, mais d'une 
manire trop douce, sans doute, pour son genre de crime, 
et, par un impardonnable dfaut de politique, on laisse 
disperser les disciples de ce malotru, au lieu de les 
gorger avec lui. Le fanatisme s'empare des esprits; des 
femmes crient, des fous se dbattent, des imbciles 
croient: et voil le plus mprisables des tres, le plus 
maladroit fripon, le plus lourd imposteur qui ait encore 
paru, le voil Dieu, le voil fils de Dieu, gal  son pre; 
voil toutes ses rveries consacres, toutes ses paroles 
devenues des dogmes, et ses balourdises des mystres. 
Le sein de son fabuleux papa s'ouvre pour le recevoir; et 
ce crateur, jadis simple, le voil devenu triple, pour 
complaire  ce fils si digne de sa grandeur. Mais ce saint 
Dieu en restera-t-il l? Non, sans doute; c'est  de plus 
grandes faveurs que se prtera sa puissance. A la volont 
d'un prtre, c'est--dire, d'un gredin couvert de 
mensonges et de crimes, ce grand Dieu, crateur de tout 
ce que nous voyons, s'abaissera jusqu' descendre dix ou 
douze millions de fois par matine dans un morceau de 
pte, qui, devant tre digr par les fidles, va se 
transmuer bientt, au fond de leurs entrailles, dans les 
excrments les plus vils; et cela, pour la satisfaction de 
ce tendre fils, inventeur odieux de cette impit 
monstrueuse dans un souper de cabaret. Il l'a dit, il faut 
que cela soit; il a dit: Ce pain que vous voyez sera ma 
chair, vous le digrerez comme tel: or, je suis Dieu; donc 
Dieu sera digr par vous; donc le crateur du ciel et de 
la terre se changera en merde, parce que je l'ai dit; et 
l'homme mangera et chiera son Dieu, parce que ce Dieu 
est bon et qu'il est tout-puissant.
	Cependant les inepties s'tendent. On attribue leur 
accroissement  leur sublimit,  la puissance de celui 
qui les introduit, tandis que les causes les plus simples 
doublent leurs existences; tandis que l'accroissement de 
l'erreur ne prouve jamais que des filous d'une part, et des 
imbciles de l'autre.
	Elle arrive enfin sur le trne, cette infme religion; 
et c'est un empereur faible, cruel, ignorant, fanatique, 
qui, l'enveloppant du bandeau royal, en souille ainsi les 
deux bouts de la terre. O Justine! de quel poids doivent 
tre ces raisons sur un esprit examinateur et philosophe! 
Le sage peut-il voir autre chose, dans ce ramas de fables 
pouvantables, que le fruit dgotant de l'imposture de 
quelques hommes et de la fausse crdulit d'un plus 
grand nombre? Si Dieu avait voulu que nous eussions 
une religion quelconque et s'il tait rellement puissant, 
ou, pour mieux dire, s'il y avait vritablement un Dieu, 
serait-ce par des moyens aussi absurdes qu'il nous et fait 
part de ses ordres? Serait-ce par l'organe d'un bandit 
mprisable qu'il nous et montr comment il fallait le 
servir? S'il est suprme, s'il est puissant, s'il est juste, s'il 
est bon, ce Dieu dont vous me parlez, sera-ce par des 
nigmes ou des farces qu'il voudra m'apprendre  le 
servir ou  le connatre! Souverain moteur des astres et 
du coeur de l'homme, ne peut-il nous instruire en se 
servant des uns, ou nous parler en se gravant dans 
l'autre? Qu'il imprime, un jour, en traits de feu, au centre 
du soleil, la loi qui peut lui plaire et qu'il veut nous 
donner: d'un bout de l'univers  l'autre, tous les hommes 
la lisant, la voyant  la fois, deviendront coupables s'ils 
ne la suivent pas alors; aucune excuse ne pourra 
lgitimer leur incrdulit. Mais n'indiquer ses dsirs que 
dans un coin ignor de l'Asie; ne choisir, pour sectateur, 
que le peuple le plus fourbe et le plus visionnaire; pour 
substitut, que le plus vil artisan, le plus absurde et le plus 
fripon; embrouiller si bien la doctrine, qu'il est 
impossible de la comprendre; en absorber la 
connaissance chez un petit nombre d'individus; laisser les 
autres dans l'erreur, et les punir d'y tre rests: eh non, 
Justine, non, non, toutes ces atrocits-l ne sont pas faites 
pour nous guider; j'aimerais mieux mourir mille fois, que 
de les croire. Il n'y a point de Dieu, il n'y en eut jamais. 
Cet tre chimrique n'exista que dans la tte des fous; 
aucun tre raisonnable ne pourra ni le dfinir, ni 
l'admettre; et il n'y a qu'un sot qui puisse adopter une 
ide si prodigieusement contraire  la raison. Mais la 
nature, me direz-vous, est inconcevable sans un Dieu. 
Ah! j'entends; c'est--dire, que pour m'expliquer ce que 
vous comprenez fort peu, vous avez besoin d'une cause 
o vous ne comprenez rien du tout; vous prtendez 
dmler ce qui est obscur, en redoublant l'paisseur des 
voiles; vous croyez briser un lien, en multipliant les 
entraves. Physiciens crdules et enthousiastes, pour nous 
prouver l'existence d'un Dieu, copiez des traits de 
botanique; entrez, comme Fnelon, dans un dtail 
minutieux des parties de l'homme; lancez-vous dans les 
airs, pour admirer le cours des astres; extasiez-vous 
devant des papillons, des insectes, des polypes, des 
atomes organiss, dans lesquels vous croyez trouver la 
grandeur de votre vain Dieu: toutes ces choses, vous 
aurez beau dire, ne dmontreront jamais l'existence de 
cet tre absurde et imaginaire; elles prouveront 
seulement que vous n'avez pas les ides que vous devez 
avoir de l'immense varit des matires et des effets que 
peuvent produire des combinaisons diversifies  l'infini, 
dont l'univers est l'assemblage; elles prouveront que vous 
ignorez ce qu'est la nature, que vous n'avez aucune ide 
de ses forces, lorsque vous les jugez incapables de 
produire une foule de formes et d'tres dont vos yeux, 
mme arms de microscopes, ne voient jamais la 
moindre partie; elles prouveront enfin que, faute de 
connatre les agents sensibles, vous trouverez plus court 
d'avoir recours  un mot sous lequel vous dsignez un 
agent spirituel dont il vous sera toujours impossible 
d'avoir une ide sre.
	On nous dit gravement qu'il n'y a point d'effet sans 
cause; on nous rpte  tout moment que le monde ne 
s'est pas fait lui-mme. Mais l'univers est une cause, il 
n'est point un effet, il n'est point un ouvrage; il n'a point 
t cr, il a toujours t ce que nous le voyons; son 
existence est ncessaire; il est sa cause lui-mme. La 
nature, dont l'essence est visiblement d'agir et de 
produire, pour remplir ses fonctions, comme elle fait sous 
nos yeux, n'a pas besoin d'un moteur invisible, bien plus 
inconnu qu'elle-mme. La matire se meut par sa propre 
nergie, par une suite ncessaire de son htrognit; la 
diversit des mouvements ou des faons d'agir constitue 
seule la diversit des matires; nous ne distinguons les 
tres les uns des autres que par la diffrence des 
impressions ou des mouvements qu'ils communiquent  
nos organes. Quoi! vous voyez que tout est en action 
dans la nature, et vous prtendez que la nature est sans 
nergie! Vous croyez imbcilement que ce tout, agissant 
essentiellement, peut avoir besoin d'un moteur? Et quel 
est-il donc, ce moteur? Un esprit, c'est--dire un tre nul. 
Persuadez-vous donc, au contraire, que la matire agit 
par elle-mme et cessez de raisonner sur votre amour 
spirituel, qui n'a rien de ce qu'il faut pour la mettre en 
action. Revenez de vos incursions inutiles; rentrez d'un 
monde imaginaire dans un monde rel; tenez-vous-en 
aux causes secondes; laissez aux thologiens leur cause 
premire, dont la nature n'a nullement besoin pour 
produire tout ce que vous voyez. Oh! Justine, comme 
j'abhorre, comme je dteste cette ide d'un Dieu! comme 
elle choque ma raison et dplat  mon coeur! Quand 
l'athisme voudra des martyrs, qu'il le dise, et mon sang 
est tout prt.
	Dtestons ces horreurs, chre fille; que les outrages 
les mieux constats cimentent le mpris qui leur est si 
bien d. A peine avais-je les yeux ouverts que j'abhorrais 
ces rveries grossires: je me fis ds lors une loi de les 
fouler aux pieds... un serment de n'y plus revenir. Imite-
moi, si tu veux tre heureuse; dteste, abjure, profane, 
ainsi que moi, et l'objet odieux de ce culte effrayant, et ce 
culte lui-mme, cr pour des chimres, fait, comme 
elles, pour tre avili de tout ce qui prtend  la sagesse. 
Mais, vous disent  cela les sots, plus de morale, si vous 
n'avez plus de religion. Imbciles! quelle est-elle donc, 
cette morale que vous prchez? Je n'en connais qu'une, 
moi, mon enfant, celle de se rendre heureux, n'importe 
aux dpens de qui; celle de ne se rien refuser de tout ce 
qui peut augmenter notre bonheur ici-bas, fallt-il mme, 
pour y russir, troubler, dtruire, absorber absolument 
celui des autres. La nature, qui nous fit natre seuls, ne 
nous commande nulle part de mnager notre prochain: si 
nous le faisons, c'est par politique; je dis plus, c'est par 
gosme. Nous ne nous nuisons point, de peur qu'on nous 
nuise; mais celui qui sera assez fort pour pouvoir nuire 
sans craindre le retour, nuira beaucoup, s'il n'coute que 
ses penchants, parce qu'il n'en est aucun de plus 
caractris, de plus violent dans l'homme que celui de 
faire du mal et de despotiser. Ces mouvements nous 
viennent de la nature; la seule obligation de vivre en 
socit les modifie. Mais cette ncessit o la civilisation 
nous met de nous contraindre n'rige pas cette contrainte 
en vertu; elle n'empche pas que la volupt la plus 
grande pour l'homme existe  en franchir toutes les lois.
	N'est-ce pas une ridiculit, je le demande, que 
d'oser dire qu'il faut aimer les autres hommes comme soi-
mme? et ne reconnat-on pas,  l'absurdit de ce 
commerce, toute la faiblesse d'un lgislateur fourbe et 
pauvre? Eh! que m'importe  moi le sort de mes 
semblables, pourvu que je me dlecte? En quoi tiens-je  
cet individu, si ce n'est par les formes? Or, je vous prie 
de me dire s'il faut que j'aime un tre seulement parce 
qu'il existe, ou qu'il me ressemble, et que, sous ces 
uniques rapports, je le prfre subitement  moi. Si c'est 
l ce que vous appelez de la morale, en vrit, Justine, 
votre morale est bien ridicule; et ce que je puis faire de 
mieux est, en l'assimilant  votre religion absurde, de la 
mpriser galement. Il n'est qu'un motif qui puisse 
engager raisonnablement un homme  contraindre ses 
gots, ses habitudes ou ses penchants, pour plaire  un 
autre homme. Je le rpte, s'il le fait, c'est par faiblesse 
ou par gosme; il ne le fera jamais, s'il est le plus fort. 
D'o je conclus que toutes les fois que la nature donnera 
plus de puissance ou plus de moyens  un autre qu' moi, 
cet tre fera trs bien de me sacrifier  ses penchants, 
tout comme il peut tre sr que je ne le mnagerai pas, si 
c'est moi qui l'emporte, parce que, se rendre heureux, 
abstraction faite de toute considration de quelque 
espce qu'on puisse la supposer, est, en un mot, la seule 
et unique loi que nous impose la nature. Je connais toute 
l'tendue de ce principe; je sais jusqu' quel point il peut 
conduire les hommes. Mais des hommes  qui je 
n'assigne d'autres barrires que celles de la nature, 
peuvent aller impunment  tout, et, s'ils sont vraiment 
raisonnables, ils ne mettront jamais  leurs actions 
d'autres bornes que leurs dsirs, que leurs volonts, leurs 
passions. Ce qu'on nomme vertu est un tre chimrique 
pour moi; ce mode insignifiant et mobile, qui varie de 
climat en climat, ne m'inspire aucune grande ide. La 
vertu d'un peuple ne sera jamais que celle de son sol ou 
de ses lgislateurs; celle de l'homme vraiment philosophe 
doit tre la jouissance de ses dsirs, ou le rsultat de ses 
passions. Le mot crime, galement arbitraire, ne m'en 
impose pas davantage. Il n'est,  mes yeux, de crime  
rien, parce qu'il n'est aucune des actions que vous 
nommez criminelles, qui n'ait t jadis couronne 
quelque part. Ds qu'aucune action ne peut tre 
universellement regarde comme crime, l'existence du 
crime, purement gographique, devient absolument nulle, 
et l'homme qui s'abstient d'en commettre, quand il en a 
reu le penchant de la nature, n'est qu'un sot qui 
s'aveugle  plaisir sur les premires impressions de cette 
nature, dont il mconnat les principes. O Justine! mon 
unique morale consiste  faire absolument tout ce qui me 
plait,  ne jamais rien refuser  mes dsirs. Mes vertus 
sont vos vices, mes crimes vos bonnes actions; ce qui 
vous semble honnte est vraiment dtestable  mes yeux; 
vos bonnes oeuvres me font horreur. Et si je n'en suis pas 
encore, comme Coeur-de-Fer, au point d'aller assassiner 
sur les grands chemins, ce n'est pas que je n'en aie 
souvent conu le dsir; ce n'est pas que, par unique 
volupt, je ne l'aie peut-tre excut quelquefois; mais 
c'est que je suis riche, Justine, et que je peux jouir et 
faire pour le moins autant de mal, sans me donner autant 
de peines, et sans courir autant de dangers.
	La sensible Justine rfutait mal des argument de 
cette force; mais ses larmes coulaient en abondance. 
C'est la ressource du faible, en se voyant ravir la chimre 
qui le consolait. Il n'ose la rditer aux yeux du 
philosophe qui la pulvrise; mais il la regrette; le vide 
l'effraie; n'ayant pas, comme l'homme puissant, les doux 
plaisirs du despotisme, il frmit du rle d'esclave, et le 
voit d'autant plus horrible que son tyran n'a plus de frein.
	Chaque jour Bressac employait  peu prs les 
mmes armes pour tcher de corrompre Justine; mais il 
ne pouvait en venir  bout. Le pauvre tient  la vertu par 
besoin; la fortune, en lui refusant les moyens du crime, 
lui te en mme temps tout intrt  secouer le joug qu'il 
ne verrait ravir  la socit qu'aux dpens de sa triste 
existence. Voil tout le secret de la vertueuse misre.
	Madame de Bressac, remplie de sagesse et de pit, 
n'ignorait pas que son fils lgitimait, par des systmes 
indestructibles, tous les vices dont il se souillait; elle en 
rpandait, des larmes bien amres dans le sein de la 
tendre Justine; lui trouvant de l'esprit de la sensibilit, et 
cet ge naf o la vertu sduit et trompe  la fois les 
hommes, elle aimait  lui confier ses chagrins.
	Il n'tait pourtant plus de bornes aux mauvais 
procds de son fils pour elle; le comte tait au point de 
ne plus se cacher. Non seulement il avait entour sa mre 
de toute cette canaille servant  ses plaisirs; mais il avait 
mme port l'insolence et le dlire, au point de dclarer  
cette femme respectable que si elle s'avisait encore de 
contrarier ses gots, il la convaincrait des charmes dont 
ils taient accompagns, en s'y livrant  ses yeux mmes.
	C'est o l'exactitude dont nous nous sommes fait 
une loi pse horriblement  notre coeur vertueux. Mais il 
faut peindre; nous avons promis d'tre vrai; toute 
dissimulation, toute gaze deviendrait une lsion faite  
nos lecteurs, de qui l'estime nous est plus chre que tous 
les prjugs de la dcence.
	Madame de Bressac, dont l'usage tait de venir tous 
les ans faire ses pques  la paroisse de sa terre, et parce 
qu'elle y tait plus tranquille, et parce que le pasteur de 
ce village plaisait mieux  son me douce et peut-tre un 
peu timore, madame de Bressac, disons-nous, venait 
d'arriver dans cette intention, et n'avait amen, pour ce 
voyage, que deux ou trois valets, et Justine. Mais son fils, 
peu sensible  ces considrations, et n'ayant pas le projet 
de s'ennuyer pendant que sa mre allait s'extasier devant 
un Dieu de pain, auquel il ne croyait gure, avait  peu 
prs men le mme train qu' tous les voyages: valets de 
chambre, laquais, coureurs, secrtaire, jockeys, tout, en 
un mot, ce qui servait ordinairement ses plaisirs. Ce peu 
d'gards donna de l'humeur  madame de Bressac. Elle 
osa reprsenter  son fils que, pour une course de huit 
jours, ce n'tait pas la peine d'avoir tant de monde. Et, sur 
l'insouciance du jeune homme  d'aussi sages 
reprsentations, elle employa le ton d'autorit.
	- Ecoute, dit Bressac  Justine, devenue trs  
contrecoeur dans cette occasion l'organe des volonts de 
sa matresse, va dire  ma mre que le ton qu'elle prend 
avec moi me dplat, qu'il est temps que je l'en corrige et 
que malgr les bonnes oeuvres, les devoirs pieux dont 
elle s'est acquitte ce matin avec toi (car je sais qu'en 
dpit de ce que j'ai fait pour te persuader des ridicules de 
la religion chrtienne, il n'est pas de jour o tu n'en 
remplisses les infmes devoirs), que malgr tout cela, 
dis-je, je vais dans un instant lui donner une petite leon 
sous tes yeux, dont j'espre qu'elle profitera pour ne plus 
me faire de remontrances.
	- Oh! monsieur.
	- Obis, et ne t'avise jamais de rpliquer quand c'est 
de moi que tu reois des ordres.
	Le chteau se ferme; deux gardes, laisss au 
dehors, ont ordre de dire  tous ceux qui se prsenteront, 
que madame vient de retourner  Paris.
	Et Bressac remontant dans l'appartement de sa 
mre, avec son fidle Jasmin, un autre de ses gens 
nomm Joseph, beau comme un ange, insolent comme le 
bourreau, et membr comme Hercule.
	- Madame, lui dit-il en entrant, il faut que je vous 
tienne enfin la parole que je vous ai donne de vous faire 
juger par vous-mme de l'excs des plaisirs qui me 
transportent quand je me livre  la bougrerie, afin que 
vous ne cherchiez plus  les traverser dsormais.
	- En vrit, mon fils...
	- Taisez-vous, madame; ne vous imaginez pas que 
cette qualit illusoire de mre vous laisse aucun droit sur 
moi. Ce n'est pas un titre  mes yeux que de vous tre fait 
foutre pour me mettre au monde; et ces liens absurdes de 
la nature n'ont aucune puissance sur des mes, comme la 
mienne, Vous allez voir de quoi il s'agit, madame; quand 
vous aurez jug mes plaisirs, je suis persuad que vous 
les respecterez, vous les trouverez trop piquants pour 
oser me les interdire; et, pntre de votre injustice, vous 
prfrerez, je l'espre, les doux effets de mes passions  
ceux de votre ridicule autorit.
	Bressac, en disant cela, ferme portes et fentres; 
puis, s'approchant du lit sur lequel sa mre venait de se 
jeter un instant pour se reposer des saintes fatigues du 
matin, il saisit brutalement la dame, ordonne  Joseph de 
la contenir sous ses yeux, et se fait enculer tout prs 
d'elle par Jasmin.
	- Observez, madame, disait le sclrat, observez 
avec soin ces mouvements, je vous conjure, regardez 
l'extase o me plongent les lans vigoureux de mon 
fouteur; voyez mon vit, comme il se dresse... Attendez, 
tout en vous contenant d'une main, Joseph peut me 
branler de l'autre et faire dgorger sur vos cuisses 
charnues le sperme que vont dcider les haut-le-corps de 
mon amant; vous serez mouille de mon foutre, madame, 
vous en serez inonde; cela vous rappellera l'heureux 
temps o mon trs honor pre vous en barbouillait le 
nombril... Mais que vois-je, Justine! tu te dtournes; 
place-toi comme ta matresse, et contiens-la comme 
Joseph.
	Il n'est pas ais de peindre  la fois ce 
qu'prouvaient ici nos diffrents personnages. 
L'infortune Justine pleurait en obissant; madame de 
Bressac se dpitait; Joseph, enflamm de libertinage, 
donnait l'essor  un vit monstrueux, qui n'attendait pour 
se nicher que de trouver une place vide; Jasmin foutait 
comme un dieu; et le mchant Bressac, en dvorant avec 
volupt les larmes de sa mre, paraissait prt  la couvrir 
de foutre.
	- Un moment, dit-il, en se retirant, je crois qu'on 
peut ajouter ici quelques pisodes. Joseph, prends ces 
verges, et fais-moi le plaisir d'triller ma mre devant 
moi; ne la mnage pas, je t'en prie. Vous Justine, venez 
me branler, et dirigez bien  plomb mon foutre sur les 
fesses de votre patronne, en observant de mnager vos 
secousses, afin que les flots n'jaculent qu'au moment o 
ce cul respectable sera suffisamment ensanglant par les 
soins de mon cher Joseph, qui, j'espre n'pargnera pas 
madame, et la traitera d'autant plus rigoureusement, qu'il 
est essentiel de joindre un peu de macrations aux 
bonnes oeuvres dont elle s'est sanctifie ce matin.
	Hlas! tout se dispose et s'excute avec rigueur, 
Madame de Bressac a beau crier, le cruel Joseph la 
dchire; elle est en sang; et Jasmin, qui dcharge avant 
celui qu'il sodomise, va fouetter  son tour la pauvre 
maman, pendant que Joseph vient enculer son matre, et 
que Justine, avec autant de pudeur que de maladresse, 
continue de le masturber de son mieux.
	- Monsieur! oh! monsieur, s'crie madame de 
Bressac, vous me faites une insulte que je n'oublierai de 
la vie.
	- Je l'espre, madame; mon intention est que vous 
vous souveniez de cette scne, afin que vous ne me 
mettiez plus  l'avenir dans le cas de la renouveler.
	Et en ce moment, comme le derrire de madame de 
Bressac se trouvait tonnamment corch, que notre 
libertin, press par tout le sel de cette scne piquante, ne 
pouvait plus se contenir:
	- Vos fesses!... vos fesses!... madame, s'crie-t-il; je 
sens qu'il est ncessaire de pousser encore les choses 
plus loin, et je prtends, en votre faveur, faire un effort 
unique. Ce cul trs blanc et beaucoup plus beau que je ne 
l'aurais cru me dtermine  une infidlit... mais il faut 
que je le fustige avant.
	Le sclrat prend les verges; il dchire sa mre, 
pendant que l'on continue de le foutre; puis, jetant les 
instruments de ce supplice, et s'engloutissant dans l'anus: 
	- Oui, en vrit, madame, lui dit-il, oui, d'honneur, 
c'est un effort, c'est un pucelage. Oh! foutre, qu'il est 
divin, d'enculer sa mre! Approchez, Justine, approchez, 
puisque je suis en train d'outrager mon culte! venez 
partagez l'offense, faites-moi manier vos fesses.
	Justine rougit; mais comment rsister  ce qu'on 
aime? N'est-ce pas toujours une faveur que la pauvre fille 
en obtient? Son cul mignon s'offre aux intemprances de 
tous ces libertins; tous le palpent et l'admirent  l'envie. 
Elle est condamne  poursuivre son opration 
masturbante; il faut qu'elle branle la racine de ce vit 
nich dans le cul maternel, et de ses doigts dlicats 
s'chappent enfin des torrents de sperme dans les 
entrailles de madame de Bressac qui s'vanouit  cette 
horreur.
	Le jeune homme sort sans s'inquiter de l'tat de la 
respectable femme qu'il vient d'outrager, et Justine 
s'enferme avec elle pour la consoler, s'il se peut.
	Nos lecteurs imaginent facilement ici que cette 
conduite faisait frmir notre malheureuse hrone, et 
qu'elle tchait d'en rsoudre des motifs personnels pour 
touffer dans son me la terrible passion dont elle tait 
travaille; mais l'amour est-il donc un mal dont on puisse 
gurir? Tout ce qu'on cherche  lui opposer n'attise que 
plus vivement sa flamme; le perfide Bressac ne paraissait 
jamais plus aimable aux yeux de cette pauvre fille, que 
quand sa raison avait runi devant elle tout ce qui devait 
l'engager  le har.

	(1)	Et cela, par la seule raison que la sensibilit 
prouve la faiblesse, et le libertinage la force. 

	(2)	Cette notion de firmament n'est qu'une fable 
grecque. 

	(3)	Chrubin veut dire boeuf. 

	(4)	Bivre en fit-il jamais un qui valt celui du 
Nazaren  ses disciples: Erreur ! Source du renvoi 
introuvable. Et qu'on vienne nous dire que les 
calembours sont de notre sicle!



 

CHAPITRE V

PROJET D'UN CRIME EXECRABLE - EFFORTS 
POUR LE PREVENIR - SOPHISMES DE
CELUI QUI LE CONOIT - PRELIMINAIRES, 
EXECUTION DE CETTE HORREUR - JUSTINE
S'ECHAPPE.

	Il y avait deux ans que Justine tait dans cette 
maison, toujours perscute par les mmes chagrins, 
toujours console par le mme espoir, lorsque l'infme 
Bressac, se croyant  la fin sr d'elle, osa lui dvoiler ses 
perfides desseins.
	On tait pour lors  la campagne, et Justine seule 
auprs de sa matresse, la premire femme ayant obtenu 
de passer l't  Paris pour quelques affaires de son mari. 
Un soir, peu aprs que cette belle fille ft retire, tout  
coup Bressac frappe  la porte et la prie de le laisser un 
instant causer avec elle: hlas! tous ceux que lui 
accordait le cruel auteur de ses maux lui paraissaient trop 
prcieux pour qu'elle ost en refuser aucun. Il entre, 
ferme avec soin la porte, et se jetant  ses cts, dans un 
fauteuil: 
	- Ecoute-moi, Justine, lui dit-il, avec un peu 
d'embarras; j'ai des choses de la plus grave consquence 
 te dire; jure-moi que tu n'en rvleras jamais rien.
	- Oh! monsieur, pouvez-vous me croire capable 
d'abuser de votre confiance?
	- Tu ne sais pas ce que tu risquerais si tu venais  
me prouver que je me suis tromp en te l'accordant.
	- Le plus affreux de tous mes chagrins serait de 
l'avoir perdue, et je n'ai pas besoin de plus grandes 
menaces.
	- Ma chre, poursuivit Bressac, en saisissant les 
mains de Justine, cette mre que je dteste, eh bien! je 
l'ai condamne  mort... et c'est toi qui dois me servir...
	- Moi! s'cria Justine, en reculant d'horreur... 
N'esprez pas.. Oh! monsieur, avez-vous pu concevoir un 
semblable projet! Non, non, disposez de ma vie s'il vous 
la faut; mais n'imaginez jamais obtenir la complicit du 
crime affreux que vous avez conu.
	- Ecoute, Justine, poursuivit Bressac, en la 
ramenant avec douceur, je me suis bien dout de tes 
rpugnances; mais, comme tu as de l'esprit, je me suis 
flatt de les vaincre, de te prouver que ce crime qui te 
parat si norme, n'est au fond qu'une chose toute simple.
	Deux forfaits s'offrent ici, Justine,  tes yeux peu 
philosophiques: la destruction d'une crature qui nous 
ressemble, et le mal dont cette destruction s'augmente, 
selon toi, quand cette crature nous tient d'aussi prs. A 
l'gard du crime de la destruction de son semblable, sois-
en certaine, chre fille, ce crime est purement 
chimrique: le pouvoir de dtruire n'est pas accord  
l'homme; il a tout au plus celui de varier des formes, 
mais il n'a pas celui de les anantir. Or, toute forme est 
gale aux yeux de la nature; rien ne se perd dans le 
creuset immense o ses variations s'excutent; toutes les 
portions de matire qui y tombent en rejaillissent 
incessamment sous d'autres figures; et, quels que soient 
nos procds sur cela, aucun ne l'outrage sans doute, 
aucun ne saurait l'offenser. Nos destructions raniment 
son pouvoir; elles entretiennent son nergie, mais aucune 
ne l'attnue; elle n'est contrarie par aucune. Et 
qu'importe  sa main cratrice que cette masse de chair 
conformant aujourd'hui l'individu bipde, se produise 
demain sous la forme de mille insectes diffrents! Osera-
t-on dire que la construction de cet animal  deux pieds 
lui cote plus que celle du vermisseau, et qu'elle doit y 
prendre un plus grand intrt? Si donc ce degr 
d'attachement, ou bien plutt d'indiffrence, est le mme, 
que peut lui faire que, par le glaive d'un homme, un autre 
homme soit chang en mouche ou en herbe? Quand on 
m'aura convaincu de la sublimit de notre espce, quand 
on m'aura dmontr qu'elle est tellement importante  la 
nature, que ncessairement ses lois s'irritent de cette 
transmutation, je pourrai croire alors que le meurtre est 
un crime; mais quand l'tude la plus rflchie m'aura 
prouv que tout ce qui vgte sur ce globe, le plus 
imparfait des ouvrages de la nature, est d'un gal prix  
mes eux, je n'admettrai jamais que le changement d'un de 
ces tres en mille autres, puisse en rien dranger ses 
vues. Je me dirai: Tous les animaux, toutes les plantes 
croissant, se nourrissant, se dtruisant, se reproduisant 
par les mmes moyens, ne recevant jamais une mort 
relle, mais une simple variation dans ce qui les modifie, 
tous, dis-je, paraissant aujourd'hui sous une forme, et 
quelques annes aprs sous une autre, peuvent, au gr de 
l'tre qui veut les mouvoir, changer mille et mille fois 
dans un jour, sans qu'aucune loi de la nature en soit un 
instant affecte. Que dis-je! sans que ce transmutateur ait 
produit autre chose qu'un bien, puisqu'en dcomposant 
des individus dont les bases redeviennent ncessaires  la 
nature, il ne fait que lui rendre, par cette action 
improprement appele criminelle, l'nergie cratrice dont 
le prive ncessairement celui qui, par une stupide 
indiffrence, n'ose entreprendre aucun bouleversement. 
C'est le seul orgueil de l'homme qui rigea le meurtre en 
crime: cette vaine crature s'imaginant tre la plus 
sublime du globe, se croyant la plus essentielle, partit de 
ce faux principe pour assurer que l'action qui la dtruisait 
ne pouvait qu'tre horrible; mais sa vanit, sa dmence 
ne change rien aux lois de la nature; il n'y a point d'tre 
qui n'prouve au fond de son coeur le dsir le plus 
vhment d'tre dfait de ceux qui le gnent, ou dont la 
mort peut lui tre avantageuse; et de ce dsir  l'effet, 
Justine, imagines-tu que la diffrence soit bien grande? 
Or, si ces impressions nous viennent de la nature, est-il 
prsumable qu'elles l'irritent? Nous inspirerait-elle ce qui 
la dgraderait? Ah! tranquillise-toi, chre fille: nous 
n'prouvons rien qui ne lui serve. Tous les mouvements 
qu'elle place en nous sont les organes de ses lois; les 
passions de l'homme ne sont que les moyens quelle 
emploie pour acclrer ses desseins. A-t-elle besoin 
d'individus; elle nous inspire l'amour: voil des crations. 
Les destructions lui deviennent-elles ncessaires; elle 
place dans nos coeurs la vengeance, l'avarice, la luxure, 
l'ambition: voil des meurtres. Mais elle a toujours 
travaill pour elle, et nous sommes devenus, sans nous en 
douter, les dbiles agents de ses moindres caprices.
	Tout dans l'univers est subordonn aux lois de la 
nature. Si d'un ct les lments agissent sans aucun 
gard aux intrts particuliers des hommes, de mme les 
hommes sont livrs  leurs propres jugements dans les 
diffrents chocs de la matire et peuvent employs toutes 
les facults dont ils sont dous,  pourvoir  leur 
conservation et  leur bonheur. Comment ose-t-on dire, 
d'aprs cela, qu'un homme qui se dfait, ou de celui qui 
l'a outrag, ou de celui que ses passions condamnent, 
puisse encourir, par ce procd, l'indignation de la 
nature, qui elle-mme lui a suggr ce mouvement? 
Comment peut-on dire, qu'aveugle instrument des 
volonts de la nature, il puisse en usurper les droits? 
Disons-nous qu'elle s'est rserv, d'une manire spciale, 
celui de disposer de la vie des hommes, et qu'elle n'a pas 
soumis cet vnement, ainsi que les autres, aux lois 
gnrales par lesquelles sa main rgle l'univers? La vie 
de l'homme, persuadons-nous le bien, dpend des mmes 
lois que celle des animaux; l'une et l'autre de ces 
existences sont soumises aux lois gnrales de la matire 
et du mouvement. Or, comment ose-t-on dire que 
l'homme peut disposer de la vie des btes et qu'il ne le 
peut de celle de son semblable! Comment lgitimer ces 
sophismes autrement que par les plus absurdes 
raisonnements de l'amour-propre et de l'orgueil! Tous les 
animaux, abandonns dans le monde  leur propre 
prudence, sont tous galement,  leur tour, tantt 
victimes et tantt meurtriers; ils ont tous galement reu 
de la nature le droit d'altrer les oprations de cette 
nature, autant que leur facults peuvent le leur permettre. 
Rien n'existerait dans l'univers sans l'exercice absolu de 
ce droit: tous les mouvements, toutes les actions des 
hommes changent l'ordre de quelque portion de la 
matire, et dtournent de leur cours usit les lois 
gnrales du mouvement. En rapprochant ces 
consquences, nous trouverons donc que la vie de 
l'homme dpend des lois gnrales du mouvement et que 
ce n'est point outrager la nature que de troubler ou que 
d'altrer ces lois gnrales, en quelque manire que ce 
puisse tre. Il est donc clair que, d'aprs cela, chaque 
homme a le droit de disposer de la vie de son semblable 
et d'user librement d'une puissance que lui a dlgue la 
nature. Il n'y a que les lois qui n'ont pas ce privilge, et 
cela, pour deux excellentes raisons. La premire, parce 
que leurs motifs ne sont pas puiss dans l'gosme, la 
plus puissante et la plus lgitime de toutes les excuses; la 
seconde, parce qu'elles agissent toujours de sang-froid et 
de leur propre gr, au lieu que le meurtrier est toujours 
entran par ses passions, toujours l'aveugle instrument 
des volonts d'une nature qui le fait agir malgr lui. D'o 
il rsulte que le spectacle de l'excution d'un criminel 
n'offre  l'oeil philosophique qui l'observe, que le crime, 
o les sots respectent la loi; et, dans l'autre cas, que la 
justice, o ils n'aperoivent que le forfait et l'infamie (1).
	O Justine! persuade-toi donc bien que la vie du plus 
sublime des hommes n'est pas  la nature d'une plus 
grande importance que celle d'une hutre, et qu'elle nous 
est abandonne tout de mme. Si la nature s'tait rserv 
le soin particulier de disposer de la vie des hommes, de 
manire que ce ft usurper son droit que d'oser en jouir 
comme elle, il serait aussi mal d'agir pour se conserver 
que pour se dtruire, et l'action que je ferais en 
dtournant la pierre prte  craser mon voisin, 
deviendrait aussi criminelle que celle que je commettrais 
en lui enfonant un poignard dans le sein; de ce moment 
je troublerais les lois de la nature; de ce moment je 
m'arrogerais ses droits, en prolongeant au-del du terme 
une vie dont sa main puissante avait marqu les limites. 
Un cheveu, une mouche, un insecte suffit  dtruire cet 
tre puissant, dont la vie nous parait d'une si grande 
importance. Y a-t-il donc une absurdit  croire que nos 
passions puissent de mme disposer lgitimement d'une 
chose dpendante de causes si frivoles? Ces passions ne 
sont-elles pas des agents de la nature, comme l'insecte 
qui tue l'homme, ou la plante qui l'empoisonne? et ne 
sont-elles pas galement diriges par les mmes volonts 
de la nature? Eh quoi! je ne serais pas coupable en 
arrtant, si j'en avais le pouvoir, le cours du Nil ou du 
Danube, et je le serais en dtournant quelques onces de 
sang de leurs canaux naturels? Quelle imbcillit! Il n'y a 
aucun tre dans le monde qui ne tienne de la nature toute 
la puissance, toutes les facults dont il jouit; il n'en est 
aucun qui, par une action, quelque tendue qu'elle soit, 
quelque irrgulire qu'elle paraisse, puisse empiter sur 
les plans de la nature, puisse troubler l'ordre de l'univers. 
Les oprations de ce sclrat sont l'ouvrage de la nature, 
comme la chane des vnements qu'il croit dranger; et 
quel que soit le principe qui le fasse agir, nous pouvons, 
par cette raison mme, le regarder comme celui que la 
nature favorise davantage. Rien de ce qui met nos forces 
en activit ne saurait outrager celle de qui nous tenons 
ces forces, parce qu'il n'est ni prsumable, ni possible, 
qu'elle nous en ait donn au-del de ce qui peut la servir: 
certes, nous n'avons srement pas reu d'elle la dose 
ncessaire  lui nuire. Quand l'individu que j'aurai 
dsorganis sera mort, les lments qui le forment ne 
tiendront-ils pas toujours leur place dans l'univers et ne 
seront-ils pas tout aussi utiles dans la grande machine, 
que lorsqu'ils composaient l'tre que j'ai dtruit? Que cet 
homme soit mort ou qu'il soit vivant, rien ne change dans 
l'univers, rien n'en est distrait. C'est donc un vritable 
blasphme que d'oser dire qu'une chtive crature 
comme nous puisse, en quoi que ce soit, troubler l'ordre 
du monde, ou usurper l'office de la nature; c'est lui 
supposer un pouvoir qu'il serait impossible que lui 
transmit cette mre commune. L'homme est isol dans le 
monde; le fer qui le poignarde n'atteint matriellement 
que lui; celui qui dirige ce fer ne trouble en rien les lois 
d'une socit  laquelle la victime n'tait lie que 
moralement. En convenant une minute, si vous le voulez, 
que l'obligation de faire le bien soit perptuelle, elle doit 
ncessairement avoir quelque borne: le bien qui rsultait 
pour la socit de l'existence qu'il m'a plu de troubler, 
n'quivalait certainement pas aux maux que je ressentais 
de la prolongation des jours de cet homme; pourquoi 
donc allongerai-je ses jours, quand ils sont d'une si 
mdiocre importance pour les autres, et d'un poids si 
funeste pour moi? Je vais plus loin. Si le meurtre est un 
mal, il l'est dans tous les cas, dans toutes les 
suppositions; alors les souverains, les nations qui 
exposent la vie des hommes pour leurs passions ou pour 
leurs intrts, toutes ces mains, en un mot, qui dirigent 
sur lui des glaives homicides, sont toutes galement 
criminelles, ou toutes galement innocentes (2). Si elles 
sont criminelles je puis l'tre  leur exemple; car la 
somme des passions et des intrts d'une nation n'est que 
le rsultat des intrts et des passions particulires; et il 
ne doit tre permis  une nation de tout sacrifier  ses 
intrts ou  ses passions, qu'autant qu'elle sera assez 
juste pour permettre que les individus qui la composent 
puissent, dans de pareils cas, faire des sacrifices gaux. 
Embrassons-nous la seconde branche de l'hypothse; 
toutes ces actions sont-elles innocentes; que risquerai-je 
alors de m'en souiller toutes les fois que mon plaisir ou 
mon intrt l'exigeront? et de quel oeil regarderai-je 
l'individu qui osera les trouver criminelles?
	Eh! non, non, Justine, la nature ne laisse pas dans 
nos mains la possibilit des crimes qui troubleraient son 
conomie. Peut-il tomber sous le sens que le plus faible 
ait la puissance d'offenser le plus fort? Que sommes-nous 
relativement  la matire? Peut-elle, en nous crant, avoir 
plac dans nous ce qui serait capable de lui nuire? Cette 
imbcile supposition s'accorde-t-elle avec la manire 
sublime et sre dont nous la voyons parvenir  ses fins? 
Ah! si le meurtre n'tait pas une des actions de l'homme 
qui remplisse le mieux ses intentions, permettrait-elle 
qu'il s'oprt? L'homme ne serait-il pas impassible aux 
coups de l'homme? Peut-elle s'offenser de voir l'homme 
faire  son semblable ce qu'elle lui fait elle-mme tous 
les jours? Puisqu'il est dmontr qu'elle ne peut se 
reproduire que par des destructions, n'est-ce pas agir 
d'aprs ses vues que de les multiplier sans cesse? n'est-ce 
pas lui tre agrable, que de cooprer  ses plans? Et 
sous ce rapport, l'homme qui se livrera le plus 
ardemment et le plus souvent au meurtre, ne sera-t-il pas 
celui qui la servira le mieux, puisqu'il deviendra celui qui 
remplira le plus nergiquement des desseins qu'elle 
manifeste  tous les instants? La premire et la plus belle 
qualit de la nature est le mouvement qui l'agite sans 
cesse; mais ce mouvement n'est qu'une suite perptuelle 
de crimes; ce n'est que par des crimes qu'elle le conserve; 
elle ne vit, elle ne s'entretient, elle ne se perptue qu' 
force de destructions. L'tre qui en produira davantage, 
celui qui lui ressemblera le mieux, celui qui sera le plus 
parfait, sera donc infailliblement celui dont l'agitation la 
plus active deviendra la cause d'un plus grand nombre de 
crimes; celui qui, sans aucun effroi, sans aucune retenue, 
sacrifiera indistinctement tout ce que son intrt ou ses 
passions pourront lui prsenter de victimes, de quelque 
genre ou de quelque nature que ce puisse tre. Tandis, je 
le rpte, que l'tre inactif ou indolent, c'est--dire l'tre 
vertueux, doit tre  ses regards le moins parfait sans 
doute, puisqu'il ne tend qu' l'apathie, qu' la tranquillit, 
qui replongerait incessamment tout dans le chaos, si son 
ascendant l'emportait. Il faut que l'quilibre se conserve: 
il ne peut tre que par des crimes. Les crimes servent 
donc la nature. S'ils la servent, si elle les exige, si elle les 
dsire, peuvent-ils l'offenser? Et qui peut l'tre, si elle ne 
l'est pas?
	Mais la crature que je dtruis est ma mre. C'est 
donc sous ce second rapport que nous allons examiner le 
meurtre.
	On ne saurait douter assurment que la volupt 
attendue par la mre, dans l'acte conjugal, ne soit 
l'unique motif qui l'y dtermine. Ce fait tabli, je 
demande par o la reconnaissance peut natre dans le 
coeur du fruit de cet acte goste. La mre, en s'y livrant, 
a-t-elle alors travaill pour elle ou pour son enfant? Je ne 
crois pas qu'une telle chose puisse se mettre en question. 
Cependant l'enfant nat; la mre le nourrit. Sera-ce dans 
cette seconde opration que nous dcouvrirons le motif 
du sentiment de reconnaissance que nous cherchons? 
Assurment non. Si la mre rend ce service  son enfant, 
ne doutons point qu'elle n'y soit entrane par le 
sentiment naturel qui la porte  se dgager d'une 
scrtion, qui, sans cela, pourrait lui devenir dangereuse; 
elle imite les femelles des btes que le lait tuerait comme 
elle, si, comme elles, ce procd ne l'en dgageait 
aussitt. Or, les unes et les autres peuvent-elles s'en 
dgager autrement qu'en le laissant sucer  l'animal qui le 
dsire, et qu'un autre mouvement naturel rapproche 
galement du sein? Ainsi, ce n'est point un service que la 
mre rend  l'enfant quand elle le nourrit; c'est, au 
contraire, celui-ci qui en rend un trs grand  sa mre, 
oblige sans cela d'avoir recours  des moyens artificiels, 
qui la plongeraient bientt au cercueil. Voici donc 
l'enfant n et nourri, sans que nous ayons encore 
dcouvert, ni dans l'une ni dans l'autre de ces oprations, 
aucun motif de reconnaissance envers celle qui lui donna 
le jour, et qui le lui conserve. Me parlerez-vous des soins 
qui suivent ceux de l'enfance? Ah! n'y voyez d'autres 
motifs que ceux de l'orgueil de la mre. Ici la nature 
muette ne lui commande pas plus qu'elle ne le fait aux 
autres femelles animales. Au-del des soins ncessaires  
la vie de l'enfant, et la sant de la mre, mcanisme qui 
n'est pas plus extraordinaire que celui du mariage de la 
vigne  l'ormeau; au-del de ces soins, dis-je, la nature ne 
dicte plus rien, et la mre peut abandonner l'enfant. Il 
s'lvera et se fortifiera sans elle; ses secours sont 
absolument superflus: ceux des animaux souffrent-ils ds 
qu'ils ont quitt le tton? C'est par habitude, par vanit; 
que les femmes prolongent ces soins; et, loin d'tre utiles 
 l'enfant, ils affaiblissent son instinct, ils le dgradent, 
ils lui font perdre son nergie; on dirait qu'il a toujours 
besoin d'tre conduit. Je vous demande maintenant si, 
parce que la mre continue de prendre des soins dont 
l'enfant peut se passer, et qui ne sont avantageux qu' 
elle, cet enfant doit se tenir engag par la reconnaissance. 
Quoi! je devrais quelque chose  quelqu'un, parce que ce 
quelqu'un a fait pour moi ce dont je puis me passer  
merveille, et ce dont lui seul a besoin? Vous conviendrez 
qu'une telle faon de penser serait une affreuse 
extravagance. Voil donc l'enfant parvenu  l'ge de 
pubert, sans que nous ayons encore aperu dans lui le 
plus lger motif de gratitude pour sa mre; que rsultera-
t-il de ses rflexions, s'il en fait alors? Ose-t-on le dire: 
de l'loignement, de la haine pour celle qui lui a donn le 
jour. Elle lui a transmis ses infirmits, les mauvaises 
qualits de son sang, ses vices, une existence, enfin, qu'il 
n'a reue que pour tre malheureux. Y a-t-il l, je vous le 
demande, de trs grands motifs de reconnaissance, et 
n'en voyez-vous pas bien plutt de la plus forte 
antipathie? Il est donc clair que dans toutes les occasions 
de sa vie, o l'enfant sera le matre de disposer des jours 
de sa mre, il le pourra sans le plus petit scrupule, il le 
devra mme dcidment, parce qu'il ne peut que dtester 
une telle femme; que la vengeance est le fruit de la haine, 
et le meurtre, le moyen de la vengeance. Qu'il immole 
donc sans piti cet individu auquel il s'imagine  tort 
devoir autant d'obligations; qu'il dchire, sans aucun 
gard, ce sein qui l'a nourri; il ne fera pas un mal plus 
grand que celui qu'il commettrait avec une autre crature, 
et plus lger, sans doute, s'il n'a pas avec cette autre 
crature autant de raisons de haine et d'loignement 
qu'avec celle-ci. Les animaux marchandent-ils autant les 
tres dont ils tiennent la vie? Ils en jouissent, ils les 
immolent; et la nature ne dit mot. Mesurez tous les autres 
prtendus devoirs de l'homme  celui-l; toisez-les tous  
ces rflexions; et prononcez ensuite sur vos prtendus 
devoirs envers votre pre, votre femme,votre poux, vos 
enfants, etc. Une fois bien,pntr de cette philosophie, 
vous verrez que vous tes seul dans l'univers; que tous 
les liens chimriques que vous vous tes forgs sont 
l'ouvrage des hommes, qui, naturellement ns faibles, 
cherchent  s'tayer de ces liens. Un fils croit avoir 
besoin de son pre; le pre,  son tour, s'imagine avoir 
besoin de son fils; voil le ciment de ces prtendus liens, 
de ces devoirs sacrs; mais je dfie qu'on les trouve dans 
la nature. Laisse donc l tes prjugs, Justine, et sers-
moi; ta fortune est faite.
	- Oh! monsieur, rpondit cette pauvre fille tout 
effraye, cette indiffrence que vous supposez dans la 
nature, n'est encore ici que le rsultat des sophismes de 
votre esprit. Ecoutez plutt votre coeur, et vous 
entendrez comme il condamnera tous ces faux arguments 
du vice et du libertinage; ce coeur, au tribunal duquel je 
vous renvoie, n'est-il donc pas le sanctuaire o cette 
nature que vous outragez, veut qu'on l'coute et qu'on le 
respecte? Si elle y grave la plus forte horreur pour le 
crime que vous mditez, m'accorderez-vous qu'il est 
condamnable? Les passions, je le sais, vous aveuglent  
prsent; mais aussitt qu'elles se tairont,  quel point le 
remords vous rendra malheureux: plus est active votre 
sensibilit, plus l'aiguillon du repentir vous tourmentera. 
Oh! monsieur, conservez, respectez les jours de cette 
tendre et prcieuse amie; ne la sacrifiez point, vous en 
pririez de dsespoir. Chaque jour,  chaque instant, 
vous la verriez devant vos yeux, cette mre chrie 
qu'aurait plonge dans le tombeau votre aveugle fureur; 
vous entendriez sa voix plaintive, prononcer encore ces 
doux noms qui faisaient la joie de votre enfance; elle 
apparatrait dans vos veilles, elle vous tourmenterait dans 
vos songes, elle ouvrirait de ses doigts sanglants les 
blessures dont vous l'auriez dchire. Pas un moment 
fortun ds lors ne luirait pour vous sur la terre; tous vos 
plaisirs seraient souills, toutes vos ides se 
troubleraient; une main cleste, dont vous mconnaissez 
le pouvoir, vengerait les jours que vous auriez dtruits, 
en empoisonnant tous les vtres. Et, sans avoir joui de 
vos forfaits, vous pririez du regret mortel d'avoir os les 
accomplir.
	Justine tait en larmes en prononant ces derniers 
mots; elle tait  genoux aux pieds de cet homme froce, 
qui l'coutait avec un air ml de rage et de mpris; elle 
le suppliait, par tout ce qu'il pouvait avoir de plus sacr, 
d'oublier un projet infme qu'elle lui jurait de cacher 
toute sa vie. Mais elle ne connaissait pas le monstre 
auquel elle avait affaire; elle ne savait pas, l'innocente 
crature,  quel point les passions tayent et fortifient le 
crime dans une me telle que celle de Bressac; elle 
ignorait que tout ce que la vertu, la sensibilit peuvent 
inspirer dans pareille circonstance, devient, dans le coeur 
du sclrat, comme autant d'aiguillons dont les piqres 
acres dterminent l'horreur projete avec encore plus 
de violence. Le vritable libertin aime jusqu'au 
dshonneur, jusqu'aux fltrissures, jusqu'aux reproches 
que lui mritent ses excrables procds; ce sont des 
jouissances pour son me perverse. N'en a-t-on pas vu 
qui aimaient jusqu'aux supplices que la vengeance 
humaine leur prparait? qui les subissaient avec joie? qui 
regardaient l'chafaud comme un trne de gloire, o ils 
eussent t bien fchs de ne pas prir avec le mme 
courage qui les avait anims dans l'excrable exercice de 
leurs forfaits et de leurs attentats? Voil l'homme au 
dernier degr de la corruption rflchie; voil Bressac. Il 
se lve froidement.
	- Je vois bien, dit-il  Justine, que je m'tais tromp; 
j'en suis plus fch pour vous que pour moi; n'importe, je 
trouverai d'autres moyens, et vous aurez beaucoup perdu 
sans que votre matresse y ait rien gagn.
	Une telle menace changea toutes les ides de 
Justine. En n'acceptant pas le crime qu'on lui proposait, 
elle risquait beaucoup pour son compte, et sa matresse 
prissait infailliblement; en consentant  la complicit, 
elle se mettait  couvert du courroux de Bressac, et 
sauvait certainement la marquise. Cette rflexion, qui fut 
en elle l'ouvrage d'un instant, la dtermine  tout 
accepter; mais, comme un retour si prompt l'et 
infailliblement fait souponner de fraude, elle mnagea 
quelque temps sa dfaite, et mit Bressac dans le cas de 
lui rpter souvent ses maximes. Insensiblement, elle eut 
l'air de ne plus savoir que rpondre. Bressac la croit 
convertie; il se prcipite dans ses bras. Quelle jouissance 
pour Justine, si ce mouvement et eu la sagesse pour 
cause!... Mais il n'tait plus temps; l'horrible conduite de 
cet homme, ses desseins parricides, avaient ananti tous 
les sentiments conus par le faible coeur de cette pauvre 
fille; et maintenant, calme, elle ne voyait plus dans 
l'ancienne idole de son coeur qu'un sclrat indigne d'y 
rgner, mme un seul instant.
	- Tu es la premire femme que j'embrasse, lui dit 
Bressac en la pressant avec ardeur; tu es dlicieuse, mon 
enfant; un rayon de philosophie a donc pntr ton 
esprit? Est-il possible que cette tte charmante soit si 
longtemps reste dans d'affreux prjugs!... O Justine! le 
flambeau de la raison dissipe donc les tnbres o la 
superstition te plongeait; tu vois clair, tu conois le nant 
des crimes, et les devoirs sacrs de l'intrt personnel 
l'emportent  la fin sur les frivoles considrations de la 
vertu; viens, tu es un ange, je ne sais  quoi il tient que tu 
ne me fasses  l'instant changer de got.
	Effectivement, Bressac, anim bien plus par la 
certitude actuelle de son projet que par les attraits de 
Justine, la jette  plat ventre sur un lit, la trousse 
jusqu'au-dessus des reins, malgr ses dfenses, et dit: 
	- Oui, foutre, voil le plus beau cul du monde, mais 
malheureusement un con se trouve l... quel obstacle 
invincible!...
	Et la recouvrant: 
	- Viens, Justine, convenons de nos faits; en 
t'coutant, l'illusion se soutient, elle se dtruit quand je te 
vois.
	Et, continuant de bander, d'obliger mme Justine  
presser son vit...  le balloter dans ses jolis doigts: 
	- Ma courageuse amie, lui dit-il, tu empoisonneras 
donc ma mre; je puis y compter. Tiens, voil le venin 
subtil que tu jetteras dans l'eau de tilleul qu'elle prend 
chaque matin pour sa sant; il est infaillible, et n'a nul 
got; j'en ai fait mille expriences...
	- Mille, monsieur!
	- Oh! oui, Justine; je me sers souvent de ces 
moyens-l, ou pour me dbarrasser de ceux qui me 
gnent, ou par unique lubricit. Je trouve qu'il est 
dlicieux d'tre tratreusement ainsi le matre de la vie 
des autres; et j'ai bien souvent fait des proscriptions, dans 
la seule vue d'amuser ma tte. Tu agiras donc, Justine... 
oui, tu agiras; je te garantis toutes les suites, et je te 
donne pour rcompense, un contrat pour deux mille cus 
de rente le jour mme de l'excution.
	Ces promesses furent signes sans expression de 
motifs. Bressac sonne; un beau giton parat.
	- Que voulez-vous, monsieur?
	- Votre cul, mon enfant, Justine, dculottez-le, 
branlez mon vit, et conduisez-le au trou.
	Bressac, servi comme il le dsire, fout son homme, 
et dcharge en fureur.
	- O Justine! dit-il en se retirant, ce n'est qu' toi 
qu'est d cet hommage. Tes autels ne pouvaient le 
recevoir, tu le sais; mais ton acquiescement au forfait 
dsir a seul allum l'encens; il n'a donc brl que pour 
toi.
	Il arriva, sur ces entrefaites, quelque chose de trop 
singulier... de trop capable de dvoiler l'me atroce du 
monstre dont nous entretenons nos lecteurs, pour ne pas 
interrompre une minute le rcit qu'ils attendent de 
l'aventure o sa sclratesse vient d'engager notre 
hrone.
	Le surlendemain du pacte criminel dont nous 
venons de parler, Bressac apprit qu'un oncle, sur la 
succession duquel il ne comptait nullement, venait de lui 
laisser cinquante mille cus de rente. Oh ciel! se dit 
Justine en apprenant cette nouvelle, est-ce donc ainsi que 
la main de l'Etre suprme punit le complot du forfait?...
	Et, se repentant bientt de ce blasphme envers la 
Providence, elle se jette  genoux, implore son pardon, et 
se flatte que cet vnement inattendu va du moins 
changer les projets de Bressac. Quelle est son erreur!
	- Oh! ma chre Justine, s'cria-t-il, en accourant le 
mme soir dans sa chambre, comme les prosprits 
pleuvent sur moi! Je te l'ai dit souvent, l'ide d'un crime 
ou son excution sont les plus srs moyens d'attirer le 
bonheur; il n'en est plus que pour les sclrats.
	- Eh quoi! monsieur, rpondit Justine, cette fortune 
sur laquelle vous ne comptiez pas... la main qui vous la 
donne... oui, monsieur, madame m'a tout dit: sans elle 
votre oncle disposait ailleurs de son bien. Vous le savez, 
il ne vous aimait pas; ce n'est qu' madame votre mre 
que vous devez cette dernire disposition; elle seule l'a 
contraint  la signer... et votre ingratitude...
	- Tu me fais rire, interrompt Bressac. Que signifie 
donc cette reconnaissance que tu m'imposes? en vrit 
rien n'est aussi plaisant. Eh quoi! tu ne comprendras 
jamais, Justine, qu'on ne doit rien au bienfaiteur, puisqu'il 
s'est satisfait en obligeant; et pourquoi donc faut-il que je 
rcompense un individu quelconque du plaisir qu'il lui a 
plu de se faire  lui-mme? Et je diffrerais mes desseins 
pour rendre grces  Mme de Bressac? et j'attendrais le 
reste de ma fortune pour remercier Mme de Bressac du 
grand service qu'elle m'a rendu!... Oh! Justine, que tu me 
connais mal! Faut-il t'en dire plus: cette nouvelle mort est 
mon ouvrage; j'essayai sur le frre le poison dont je veux 
trancher les jours de la soeur... Ose  prsent exiger des 
dlais... Eh! non, non, Justine, htons-nous, loin de 
diffrer, demain, aprs-demain au plus tard, il me tarde 
dj de compter un quartier de tes rentes, de te mettre en 
possession de l'acte qui te les assure. Justine frmit, mais 
cacha son trouble, et vit qu'avec un tel homme il tait 
sage de reprendre ses rsolutions de la veille. Il lui restait 
la voie de la dnonciation; mais rien au monde n'aurait 
dtermin la sensible Justine  des moyens qui 
n'empchent une premire horreur qu'en en commettant 
une seconde. Elle se dtermina donc  prvenir sa 
matresse; de tous les partis possibles, celui-l parut le 
meilleur; elle s'y livra.
	- Madame, lui dit-elle, le lendemain de sa dernire 
entrevue avec le jeune comte, j'ai quelque chose de la 
plus grande importance  vous rvler. Mais,  quel point 
que cela vous intresse, je suis dcide au silence, si 
vous ne me donnez votre parole avant, de ne tmoigner 
aucun ressentiment  votre fils; vous agirez, madame, 
vous prendrez les meilleurs moyens, mais vous ne direz 
mot. Daignez me le promettre, ou je me tais.
	Mme de Bressac, qui crut qu'il ne s'agissait ici que 
de quelque extravagance ordinaire  son fils, s'engagea 
par le serment qu'exigeait Justine, et celle-ci rvla tout.
	- L'infme! s'cria cette malheureuse mre, qu'ai-je 
jamais fait que pour son bien! Ah! Justine, Justine, 
prouve-moi la vrit de ce projet; mets-moi dans la 
situation de n'en pouvoir douter; j'ai besoin de tout ce qui 
peut achever d'teindre en moi les sentiments que mon 
coeur aveugle ose encore garder de ce monstre.
	Et alors Justine montra le paquet: il tait difficile 
d'tablir une meilleure preuve. Mme de Bressac, qui 
dsirait toujours l'illusion, voulut faire des essais; on en 
fit avaler sur-le-champ une lgre dose  un chien, qui 
mourut au bout de deux heures, dans d'effroyables 
convulsions. Mme de Bressac ne pouvant plus douter, 
prit un parti; elle ordonna  Justine de lui donner le reste 
du poison, et crivit sur-le-champ  M. de Sonzeval, son 
parent, de se rendre en secret chez le ministre, d'y 
dvelopper l'atrocit d'un fils dont elle tait  la veille de 
devenir victime, de se munir d'une lettre de cachet, et 
d'accourir  sa terre la dlivrer, le plus tt possible, du 
monstre qui complotait aussi cruellement contre ses 
jours.
	Mais cet abominable crime devait se consommer; il 
fallait encore cette fois-ci que, par une inconcevable 
permission du ciel, la vertu cdt aux efforts de la 
sclratesse. L'animal sur lequel on avait opr dcouvrit 
tout. Bressac l'entendit hurler; il demanda ce qu'on lui 
avait fait. Ceux auxquels il s'adressait, ignorant tout, ne 
rpondirent rien de positif. De ce moment, ses soupons 
s'accrurent; il ne dit mot, mais il se troubla. Justine fit 
part de cet tat  la marquise, qui s'en inquita davantage, 
sans pouvoir nanmoins imaginer autre chose que de 
presser le courrier, et de mieux cacher encore, s'il tait 
possible, l'objet de sa mission. Elle dit  son fils qu'elle 
envoyait en diligence  Paris, prier M. de Sonzeval de se 
mettre  la tte de la succession de l'oncle dont on venait 
d'hriter, parce que, si personne ne paraissait sur-le-
champ, il y aurait des procs  craindre. Elle ajouta 
qu'elle engageait ce parent  venir lui rendre compte de 
la ngociation, afin qu'elle se dcidt  partir elle-mme 
avec son fils, si l'affaire l'exigeait.
	Mais Bressac, trop bon physionomiste pour ne pas 
dmler l'embarras qui rgnait sur le visage de sa mre, 
pour ne pas observer un peu de confusion sur celui de 
Justine, se paya de tout, et ne crut rien. Sous le prtexte 
d'une chasse, il s'loigne du chteau; il attend le courrier 
dans un lieu o il doit ncessairement passer. Cet 
homme, bien plus  lui qu' sa mre, ne fait aucune 
difficult de lui remettre ses dpches; et Bressac, 
convaincu de la trahison de Justine, donne cent louis au 
courrier, avec ordre de ne jamais reparatre chez sa mre. 
Il revient, la rage dans le coeur; renvoie tous les 
domestiques  Paris, et ne garde au chteau que Jasmin, 
Joseph et Justine. A la fureur qui rgnait dans les yeux de 
ce sclrat, notre malheureuse orpheline pressentit 
bientt tous les malheurs dont sa matresse et elle allaient 
tre accables. Cependant, Bressac ne perd point de 
temps. Les portes se ferment, tout se barricade, des 
gardes-chasse interdisent l'entre  tout le monde.
	- Un grand crime vient de se commettre, dit 
Bressac; il faut que j'en dmle les auteurs... Vous saurez 
tout, mes amis, quand j'aurai trouv le coupable; je ne 
garde  l'intrieur que les tmoins avec celui que je 
souponne...
	Hlas! il n'tait pas commis, ce crime atroce; mais 
le sclrat allait le consommer, il allait... Nous 
frmissons de la ncessit de transmettre ces faits 
odieux; mais nous avons promis d'tre exact, et nous le 
devons, aux dpens mme de notre pudeur.
	- Excrable crature, dit le jeune homme en 
abordant Justine, tu m'as trahi; mais tu t'envelopperas toi-
mme dans les piges que tu me prparais. Pourquoi me 
promettais-tu le service que je te demandais, ds que tu 
n'avais dessein que de me tromper? et comment as-tu 
imagin de servir la vertu en risquant la libert, la vie 
peut-tre de celui auquel tu devais le bonheur? 
Ncessairement place entre deux crimes, pourquoi as-tu 
choisi le plus abominable? Il fallait refuser, putain! oui, 
refuser, et ne pas accepter pour me trahir.
	Alors Bressac dit  Justine tout ce qu'il avait fait 
pour surprendre les dpches de la marquise, et comment 
tait n le soupon qui l'avait engag  les dtourner.
	- Qu'as-tu fait, par ta fausset, imbcile crature? 
continue Bressac; tu as risqu tes jours, sans sauver ceux 
de ta matresse; car elle mourra de mme, et ce sera sous 
tes yeux; tu la suivras. Je te convaincrai, Justine, que la 
route de la vertu n'est pas constamment la meilleure, et 
qu'il y a des circonstances dans le monde o la 
complicit du crime est prfrable  sa dlation.
	Bressac revole de l chez sa mre.
	- Votre arrt est port, madame, lui dit ce monstre, 
il faut le subir. Peut-tre auriez-vous mieux fait, 
connaissant mes desseins et ma haine pour vous, d'avaler 
tout simplement le breuvage: en vitant une mort douce, 
vous vous en tes prpar une cruelle. Allons, madame, 
plus de dlai.
	- Barbare, de quoi m'accuses-tu?
	- Lisez votre lettre.
	- Ds que tu conspirais contre mes jours, ne devais-
je me dfendre de toi?
	- Non, tu n'es plus qu'un tre inutile sur la terre; tes 
jours m'appartiennent, et les miens sont sacrs.
	- Oh! sclrat, la passion t'aveugle.
	- Socrate avala sans rsistance le poison qui lui est 
prsent; on t'en a offert de ma part, pourquoi ne l'as-tu 
pas pris?
	- Oh! mon cher fils, comment peux-tu traiter avec 
tant de rigueur celle qui t'a port dans son sein?
	- Ce service est nul pour moi; tu ne m'avais pas 
pour objet en travaillant  mon existence; et le rsultat 
d'un procd qui n'a satisfait qu'un con, ne saurait avoir 
nul mrite  mes yeux. Suis-moi, suis-moi, et ne 
raisonnons plus.
	A ces mots, il la saisit, l'entrane par les cheveux 
jusque dans un petit jardin plant de cyprs et entour de 
hauts murs, asile impntrable, et dans lequel, avec 
l'obscurit des tombeaux, rgnait le silence affreux de la 
mort. L, Justine, conduite par Jasmin et Joseph, 
attendait, en tremblant, le sort qui lui tait rserv. Les 
premiers objets qui s'offrent aux yeux de Mme de 
Bressac, sont, d'un ct, un large trou, prpar pour la 
recevoir; de l'autre, quatre dogues monstrueux, cumant 
de rage, et qu'on laissait jener,  cette intention, depuis 
la dcouverte du malheureux secret. Parvenu dans ce lieu 
d'horreur, Bressac lui-mme trousse sa mre; ses mains 
impures se portent avec lascivit sur les chastes attraits 
de cette respectable femme. Le sein qui l'allaita excite sa 
fureur; il le ptrit dans ses doigts matricides.
	- Apporte, dit-il  l'un de ses dogues, en lui 
dsignant un tton; le chien s'lance, et ses dents, 
imprgnes de cette chair blanche et dlicate, en font 
aussitt jaillir le sang. Ici, reprend Bressac, en pinant la 
motte et l'offrant au mtin; nouvelle morsure. Ils la 
dchireront, ils la dvoreront, je l'espre, continue le 
monstre; attachons et voyons l'effet.
	- Quoi! tu n'encules pas, dit Jasmin; mets-lui donc 
ton vit dans le cul; je lui ferai mordre les fesses, pendant 
que tu la sodomiseras.
	- La bonne ide, dit Bressac.
	Et le drle s'excute. Il encule sa mre, pendant que 
Jasmin, prenant des pinces sur le milieu des fesses, les 
offre alternativement au chien, qui les dvore aussitt 
qu'il les voit.
	- Fais-lui dchirer encore les ttons pendant que je 
fous, dit Bressac au mignon, et que Joseph m'encule, en 
maniant Justine.
	Quel spectacle! Eloign de la vue des hommes, toi 
seul pouvais le voir, oh! Grand Dieu! Et tu ne tonnas 
point! et ta foudre impuissante demeura suspendue! ton 
insouciance sur les crimes des hommes est donc vraie, 
puisque ta colre tait nulle en voyant consommer celui-
l!
	- Retirons-nous, je dchargerais, dit l'infme, au 
bout d'une courte carrire, et lions cette garce  des 
arbres.
	Il la dpouille, et l'y attache lui-mme, par le moyen 
d'une corde qui, prenant le long de ses reins, lui laisse les 
bras libres, et la possibilit d'avancer et de reculer dans 
un espace d'environ six pieds.
	- Les belles fesses, dit le sclrat, en retouchant le 
cul, dj tout en sang, de sa malheureuse mre! les 
superbes chairs! l'excellent djeuner pour mes chiens! 
Ah! garce, ce sont des chiens qui m'ont dcouvert, ce 
seront des chiens qui te puniront.
	Et,  la manire brutale dont il manie les cuisses, le 
sein et toutes les parties charnues de sa mre, il semble 
que ses mains meurtrires voudraient le disputer de rage 
 la dent acre de ses dogues.
	- Allons, Jasmin, pique ces animaux; toi, Joseph, 
encule Justine; nous la ferons dvorer aprs. Il faut que 
cette fidle domestique prisse de la mme mort que sa 
chre matresse; il faut qu'un mme tombeau les 
runisse... Tu vois comme il est profond, je l'ai fait 
creuser  dessein.
	Et la tremblante Justine pleurait, demandait grce, 
et n'obtenait de ses bourreaux que des mpris et des 
clats de rire.
	Les chiens, enfin, environnent la malheureuse 
Bressac; excits par Jasmin, ils se jettent  la fois sur le 
corps sans dfense de cette mre infortune et la 
dvorent  belles dents. Elle a beau les repousser, elle a 
beau multiplier ses efforts pour viter leurs dents 
cruelles, tous ses mouvements ne servent qu' les animer 
davantage; et des ruisseaux de sang inondent le gazon. 
Bressac encule Jasmin, pendant que Joseph sodomise 
Justine; il se repat des excrations qu'il fait excuter. Les 
cris de notre pauvre orpheline se mlent  ceux de sa 
matresse; peu faite au traitement qu'elle endure, il faut 
toutes les forces de Joseph pour l'y contenir. Ce duo de 
gmissements, de cris, dtermine bientt l'extase du 
jeune homme; il fout, il excite les chiens, il encourage 
Joseph. Sa mre est prte d'expirer, Justine s'vanouit; et 
l'extase la plus dlicieuse vient combler la sclratesse 
du gnie le plus extraordinaire qu'ait encore cr la 
nature.
	- Allons, dit Bressac, ramenons ces dindes; il faut 
achever l'une et dterminer le sort de l'autre.
	On ramne Mme de Bressac dans son appartement; 
on la jette sur son lit. Et son indigne fils, voyant qu'elle 
vit encore, arme d'un poignard la main de Justine, lui 
saisit le bras qui tient le fer, le conduit, en dpit de toutes 
les rsistances de cette malheureuse, dans le coeur de la 
triste Bressac, qui expire en demandant  Dieu la grce 
de son fils.
	- Tu vois le meurtre que tu viens de commettre, dit 
le barbare Bressac  Justine, presque sans connaissance, 
et mouille du sang de sa matresse: tu le vois, peut-il 
exister au monde une plus effrayante action? Tu en seras 
punie, il le faut, tu seras roue vive, tu seras brle.
	Et la poussant dans une chambre voisine, il l'y 
enferme, en plaant le poignard tout sanglant auprs 
d'elle. Il ouvre ensuite le chteau, joue la douleur et les 
larmes, dit qu'un monstre vient d'assassiner sa mre, qu'il 
a trouv l'arme dans la chambre de cette sclrate, qu'il 
l'y tient enferme, et qu'il rclame avec diligence tous les 
secours de la justice.
	Mais un Dieu protecteur sauve ici l'innocence. La 
mesure n'tait pas remplie, et c'tait par d'autres preuves 
que la malheureuse Justine devait accomplir ses destins. 
Bressac, gar, croit avoir bien ferm la porte; elle ne 
l'est pas. Justine profite du moment o tout ce train est 
dans la cour du chteau; elle sort rapidement, s'vade par 
les jardins, trouve la porte du parc entrouverte; et la voil 
dans la fort.
	Entirement livre  sa douleur, Justine se jette au 
pied d'un arbre, et l, lui donnant le plus libre cours, elle 
fait retentir le bois de ses gmissements; elle presse la 
terre de son malheureux corps, elle arrose l'herbe de ses 
larmes.
	- O mon Dieu! s'crie-t-elle, vous l'avez voulu; il 
tait crit dans vos dcrets ternels que l'innocence 
devint la proie du coupable; disposez de moi, Seigneur; 
je suis encore bien loin des maux que vous avez soufferts 
pour nous. Puissent ceux que j'endure en vous adorant, 
me rendre digne un jour des rcompenses que vous 
promettez au faible, quand il vous a pour objet dans ses 
tribulations, et qu'il vous glorifie dans ses peines.
	La nuit tombait: Justine n'ose aller plus loin. Elle 
craint, en vitant un danger, de tomber dans un autre. 
Elle jette les yeux autour d'elle; elle aperoit le fatal 
buisson o elle avait couch deux ans auparavant, dans 
une situation tout aussi malheureuse; elle s'y trane; et, 
s'tant mise  la mme place, accable d'inquitude et de 
chagrins, elle y passe la plus cruelle nuit qu'il soit 
possible d'exprimer.
	Cependant,  peine le jour parut-il, que son 
inquitude redoubla. Que de dangers n'y avait-il pas pour 
elle, en se trouvant encore dans la dpendance du 
chteau de Bressac! Elle se lve; elle fuit  grands pas, 
elle quitte la fort, et, rsolue de gagner,  tout hasard, la 
premire habitation qui s'offrirait  elle, elle entre dans le 
bourg de Saint-Marcel, loign de Paris d'environ cinq 
lieues. Une superbe maison se prsente  l'entre du 
village. Elle s'informe: on lui dit que c'est une clbre 
cole, o les enfants des deux sexes viennent de plus de 
vingt lieues recevoir la meilleure ducation; o le matre, 
homme trs instruit dans toutes les sciences, et 
principalement dans celles de la mdecine et celles de la 
chirurgie, donne lui-mme  ses lves, et tous les 
secours que le physique exige, et toute l'ducation la plus 
soigne.
	- Entrez, dit  Justine la personne qui l'instruisait; 
si, comme je le suppose, vous cherchez une place, il y en 
a toujours de vacantes dans cette maison. M. Rodin, le 
matre du logis, se fera, j'en suis sr, le plus grand plaisir 
de vous tre utile; c'est un parfait honnte homme, 
extrmement aim dans Saint-Marcel, et qui jouit de la 
considration gnrale.
	Justine ne balance point; elle frappe. Et ce qu'elle 
vit, ce qu'elle entendit, ce qu'elle fit dans cette nouvelle 
maison, fera la matire du chapitre suivant.

	(1)	Que font les lois en punissant l'infracteur du 
pacte social? Elles vengent des intrts 
particuliers. Si le crime qu'elles commettent 
alors en ma faveur est nul, celui que je 
commettrai dans les mmes vues doit 
assurment l'tre de mme. 

	(2)	Ce qui a t dit des lois, tout  l'heure, les fait 
rentrer dans cette hypothse.



 

CHAPITRE VI

CE QUE C'EST QUE LE NOUVEL ASILE OFFERT A 
NOTRE INFORTUNEE - SORTE
D'HOSPITALITE QU'ELLE REOIT - AVENTURE 
EPOUVANTABLE

	Notre hrone avait dix-sept ans lorsqu'elle se 
prsenta chez M. Rodin, matre de la pension de Saint-
Marcel. Ses attraits, mieux dvelopps, offraient encore 
plus de charmes; toute sa personne avait, malgr ses 
chagrins, acquis un genre de perfection qui la rendait 
vraiment une des plus jolies filles qu'il ft possible de 
voir.
	- Mademoiselle, lui dit Rodin, en la recevant trs 
honntement, vous me trompez sans doute, en vous 
prsentant  moi comme domestique; ce n'est ni avec une 
aussi jolie taille, ni avec une peau aussi belle, des yeux 
aussi brillants, des cheveux si superbes, une manire de 
s'exprimer aussi pure, ce n'est pas, sans doute, avec 
toutes ces grces que l'on se trouve rduite  servir. Si 
bien traite par la nature, vous ne sauriez tre la victime 
du sort; et je dois bien plutt attendre des ordres de vous, 
qu'il ne m'appartient de vous en donner.
	- Oh! monsieur,  quel degr pourtant je dois me 
plaindre de la fortune!
	- Eh bien, c'est une injustice; nous la rparerons, 
mademoiselle; et, l-dessus, Justine encourage, raconta 
ses malheurs  Rodin.
	- Voil qui est affreux, dit l'adroit imposteur; ce M. 
de Bressac est un monstre, connu depuis longtemps par 
ses excessives dbauches, et je vous regarde comme trs 
heureuse d'tre sortie de ses mains. Mais, belle Justine, je 
persiste  vous dire que vous n'tes pas cre pour servir: 
celle aux genoux de qui devrait tre l'univers, celle qui 
pourrait l'enchaner par ses yeux, ne doit exister que pour 
tre libre. J'ai une fille qui vient d'atteindre sa 
quatorzime anne, elle sera trop heureuse d'avoir une 
socit comme la vtre; vous mangerez avec nous; vous 
partagerez nos peines pour cette classe intressante de 
l'humanit, que la France entire daigne confier  mes 
soins attentifs; comme nous, vous contribuerez  l'oeuvre 
mritoire de cultiver les talents de la jeunesse; et, comme 
nous, vous travaillerez  la perfection de ses moeurs.
	Etait-il au monde un rle plus analogue au 
caractre doux, pieux et sensible de notre intressante 
orpheline? en tait-il un qui dut lui convenir davantage? 
Des larmes coulrent de ses yeux; elle pressa la main de 
son bienfaiteur, la couvrit des baisers de sa 
reconnaissance. Mais l'adroit Rodin se soustrait  des 
tmoignages qu'il sent bien mriter aussi peu. On fait 
venir Rosalie; Justine lui est prsente; et les liens de la 
plus vive tendresse runissent bientt ces deux 
charmantes personnes.
	Avant que d'aller plus loin, nous devons, il semble, 
rendre compte des premiers devoirs que Justine crut 
ncessaire  remplir. Elle dsirait avec ardeur savoir ce 
qui s'tait pass au chteau de Bressac depuis l'poque de 
sa fuite. Elle jette les yeux pour cette commission sur une 
jeune paysanne vive, spirituelle, qui lui promet de 
prendre au plus tt sous main toutes les informations 
capables de l'instruire. Malheureusement, Jeannette est 
souponne; on la questionne, elle se coupe, et la seule 
chose qu'elle a la prudence de taire, est le lieu de la 
retraite de celle qui l'envoie.
	- Eh bien! gardez votre secret, dit Bressac; mais, en 
quelque lieu que soit cette coquine, remettez-lui cette 
lettre, et dites-lui de prendre garde  elle.
	Jeannette effraye revient en hte, et voici la lettre 
qu'elle rend  Justine: 

	Erreur ! Source du renvoi introuvable.

	Justine pensa s'vanouir en voyant ce billet; elle le 
porte  Rodin qui la rassure; et la chre innocente revient 
questionner Jeannette. En se retirant, l'adroite 
commissionnaire avait donn le change; et, dans la 
crainte d'tre poursuivie, elle tait entre dans Paris; elle 
y avait couch et en tait sortie le lendemain  la peinte 
du jour. Tout d'ailleurs, tait dans le trouble au chteau 
de Bressac; les parents taient l, la justice venait 
d'accourir; et le fils, qui jouait la dsolation, n'accusait 
que Justine du malheur arriv. Plusieurs vols prcdents, 
dont Bressac chargeait galement la malheureuse Justine, 
jetaient du jour sur le second crime; et,  moins que de 
l'avoir vu commettre, il devenait certain qu'on ne pouvait 
en souponner d'autres.
	Jasmin, Joseph avaient dpos; on les croyait; 
Justine devait frmir. Bressac devenait d'ailleurs, au 
moyen de cette nouvelle succession, beaucoup plus riche 
qu'on ne l'avait cru. Le coffre-fort, le portefeuille, le 
mobilier, les bijoux mettaient ce jeune homme, 
indpendamment des revenus, en possession de plus d'un 
million comptant. A travers sa douleur affecte, il avait, 
disait-on, bien de la peine  cacher sa joie; et les parents, 
convoqus pour l'examen du cadavre, en dplorant le sort 
de la victime, avaient jur de la venger. Les morsures, un 
moment, avaient embarrass l'artiste examinateur; mais 
Bressac, en prouvant qu'un chien tait rest par mgarde 
enferm pendant vingt-quatre heures auprs du cadavre, 
avant qu'on et eu le temps d'appeler les prtres de Paris, 
avait par cet adroit mensonge dissip la surprise du 
chirurgien.
	- Eh bien! dit Justine, voil donc encore une croix 
que la main du ciel me prsente! Par une inconcevable 
fatalit du destin, je serai suspecte, accuse, peut-tre 
mme punie d'un crime dont j'ai dtest jusqu' l'ide; et 
celui qui me l'a fait commettre, celui qui a guid mon 
bras, celui qui seul est coupable du plus infme matricide 
dont la terre ait t souille; celui-l, dis-je, est heureux, 
il est riche, il est combl des bienfaits de la fortune; et je 
n'ai pas, moi, dans le monde, un seul coin o je puisse me 
reposer en paix. Etre suprme! poursuivit-elle en larmes, 
je me soumets  tes desseins sur moi; que ta volont 
s'accomplisse, je ne suis ne que pour la remplir...
	Et, pendant que l'intressante crature fait de 
profondes rflexions sur la mchancet des hommes et 
surtout sur celle des libertins assez dpravs pour 
sacrifier tout au plaisir d'jaculer leur foutre un peu plus 
chaudement, nous allons donner au lecteur une ide 
succincte et du personnage chez lequel elle tait, et des 
motifs de l'agrable rception qu'elle avait reue.
	Rodin, matre du logis, tait un homme de trente-six 
ans, brun, le sourcil pais, l'oeil vif, l'air vigoureux, 
bandant fort dur, la taille haute, bien prise, l'air de la 
force et de la sant, mais en mme temps du libertinage. 
Trs au-dessus de son tat, Rodin, n'exerant la chirurgie 
que par got, et l'institution que par raison de luxure, 
possdait, indpendamment des fruits de sa profession, 
environ vingt mille francs de rente. Une soeur belle 
comme un ange, et dont nous allons parler tout  l'heure, 
remplaait prs de lui, dans toute l'tendue du terme, 
l'aimable pouse que depuis prs de dix ans lui avait 
enleve la mort. Une trs jolie gouvernante et Rosalie, sa 
fille, partageaient les faveurs de cet impudique. 
Essayons, s'il se peut, de peindre ces objets.
	Clestine, soeur de Rodin, ge de trente ans, tait 
grande, mince, bien faite; les yeux les plus expressifs et 
la physionomie la plus lubrique qu'il ft possible de 
possder; brune, trs velue, le clitoris fort long, le cul 
coup  la manire des hommes, peu de gorge, un 
temprament excessif, beaucoup de mchancet et de 
libertinage dans l'esprit; ayant tous les gots, mais 
principalement celui des femmes, et celui plus 
extraordinaire encore pour une femme, de n'aimer  se 
prter aux hommes que de cette manire que les sots 
proscrivent, et dont la nature a fait si dlicieusement le 
plus divin des carts de l'amour (1).
	Marthe tait le nom de la gouvernante; elle avait 
dix-neuf ans, une figure ronde et frache, de beaux yeux 
bleus, blanche comme un cygne, toutes les formes de la 
plus agrable proportion, et le plus beau cul qu'il ft 
possible de voir.
	Pour Rosalie, on peut dire avec vrit que c'tait 
une de ces filles clestes que la nature offre trs rarement 
 l'hommage des mortels. Atteignant  peine sa 
quatorzime anne, Rosalie runissait  tous des charmes 
les plus capables de faire sensation, une taille de 
nymphe, des yeux pleins du plus tendre intrt, des traits 
mignons et piquants, la plus jolie bouche, de superbes 
cheveux chtains, tombant au bas de sa ceinture, la peau 
d'un clat, une finesse... dj la plus jolie gorge du 
monde et le plus beau cul... O divins amateurs de cette 
dlicieuse partie! il n'en est pas un de vous qui ne se ft 
enthousiasm  l'aspect de ces fesses divines, pas un qui 
ne leur et rendu le culte le plus saint; il n'y avait peut-
tre que celles de Justine au monde qui pussent leur tre 
compares.
	M. Rodin, comme nous l'avons dit, tenait chez lui 
une pension des deux sexes. Il en avait obtenu le 
privilge du vivant de sa femme; et sa soeur remplaant 
la matresse du logis, les choses n'avaient point chang. 
Les lves de Rodin taient nombreux et choisis. Il y 
avait toujours chez lui deux cents pensionnaires, moiti 
filles et moiti garons; jamais il ne les prenait au-
dessous de douze ans; ils taient toujours renvoys  dix-
sept. Rien n'tait joli comme les lves qu'il admettait. Si 
on lui en prsentait un qui et quelques dfauts corporels 
ou de vilains traits, il tait aussitt rejet sous vingt 
prtextes colors de sophismes toujours indestructibles. 
Par ce moyen, ou le nombre de ses pensionnaires n'tait 
pas complet, ou ce qu'il possdait tait toujours 
charmant.
	Rodin donnait lui-mme les leons aux jeunes gens; 
il leur enseignait les sciences et les arts, et Clestine, sa 
soeur, en faisait autant chez les filles; aucun matre 
tranger n'entrait. Par ce moyen, tous les petits mystres 
lubriques de la maison, toutes les iniquits secrtes se 
concentraient dans l'intrieur.
	Ds que Justine vit clair, son esprit pntrant ne put 
s'empcher de se livrer  bien des rflexions.; et l'intimit 
qu'on lui laissait avec Rosalie la mit bientt  mme de 
tout claircir avec elle. La charmante fille de Rodin ne fit 
d'abord que sourire aux questions de Justine; et, ce 
procd redoublant l'inquitude de notre jeune 
aventurire, elle n'en pressa Rosalie de s'claircir qu'avec 
infiniment plus d'insistances.
	- Ecoute, lui dit cette charmante fille, avec toute la 
candeur de son ge et toute la navet de son aimable 
caractre, coute, Justine, je vais tout t'apprendre; je vois 
que tu es incapable de trahir les secrets que j'ai  te 
rvler, et je ne veux plus en avoir pour toi.
	Assurment, ma chre amie, mon pre, ainsi que tu 
l'observes fort bien, pourrait se passer du mtier qu'il 
exerce; et s'il tient  l'une et  l'autre de ces professions, 
deux motifs que je vais te dvelopper en sont causes. Il 
exerce la chirurgie par got, pour le seul plaisir de faire 
de nouvelles dcouvertes; il les a tellement multiplies, il 
a donn sur cette partie des ouvrages si gots, qu'il 
passe pour le plus habile homme qu'il y ait maintenant en 
France; il a travaill quelques annes  Paris, et c'est 
pour son agrment qu'il s'est retir dans cette campagne; 
le vritable chirurgien de Saint-Marcel est un nomm 
Rombeau qu'il a pris sous sa protection, et qu'il associe  
ses expriences. Tu veux savoir,  prsent, ce qui 
l'engage  tenir pension? Le libertinage, ma chre, le seul 
libertinage, passion porte  l'extrme en lui. Mon pre et 
ma tante, aussi dbauchs l'un que l'autre, trouvent tous 
deux dans leurs coliers mles ou femelles des objets que 
la faiblesse et la dpendance soumettent  leur luxure; et 
ils en profitent. Leurs gots se ressemblent, leurs 
penchants sont les mmes; ils se servent si bien l'un et 
l'autre, qu'il n'est pas une fille que Rodin ne donne  sa 
soeur, et pas un garon que celle-ci ne fournisse  son 
frre.
	- Et les suites de cette abominable intrigue, dit 
Justine, tablissent sans doute entre eux l'inceste le plus 
effrayant?
	- Plt au ciel qu'ils en restassent l! dit Rosalie.
	- Dieu! tu m'effraies.
	- Tu sauras tout, mon ange, reprit l'aimable fille de 
Rodin... oui, je t'apprendrai tout. Viens, suis-moi; nous 
sommes  vendredi, c'est prcisment un des jours o 
l'instituteur corrige les coupables; telle est la source des 
plaisirs de Rodin; c'est en infligeant ces tourments qu'il 
se dlecte. Suis-moi, te dis-je, tu vas voir comment il 
opre. On peut tout observer du cabinet de ma chambre, 
voisin de ces expditions; rendons-nous-y sans bruit; et 
garde-toi surtout de jamais ouvrir la bouche de tout ce 
que je te dis et de tout ce que je te fais voir.
	Il tait important pour Justine de connatre les 
moeurs du nouveau personnage qui lui offrait un asile; 
elle le sentit; et, ne voulant rien ngliger de tout ce qui 
pouvait les lui dvoiler, elle suit les pas de Rosalie, qui la 
place prs d'une cloison assez mal jointe pour laisser, 
entre les planches qui la forment, un jour suffisant  
distinguer et  entendre tout ce qui se dit et tout ce qui se 
fait dans la chambre voisine.
	Mlle Rodin et son frre y taient dj. Nous allons 
rendre le compte le plus exact de tout ce qu'ils se dirent, 
du moment o Justine put les entendre; et, comme ils ne 
faisaient que d'entrer, vraisemblablement ils ne s'taient 
pas encore dit grand-chose.
	- Qui fouettes-tu, mon frre? dit la demoiselle.
	- Je voudrais que ce ft Justine.
	- Cette jolie fille t'chauffe terriblement la tte?
	- Tu l'as vu, ma soeur; je t'ai foutue cette nuit deux 
coups, et je ne dchargeais que pour elle... je lui crois le 
plus dlicieux cul... tu n'imaginerais pas le dsir que j'ai 
de le voir.
	- Il me semble que cela n'est pas difficile.
	- Plus que tu ne le penses... de la vertu, de la 
religion, des prjugs: voil tous les monstres que J'ai  
combattre. Si je ne prends pas la citadelle d'assaut, je 
n'en serais jamais le matre.
	- Oh! pardieu, s'il ne faut que la violer, je te 
promets mon aide; sois bien certain que nous en 
viendrons  bout, ou par sduction ou par force; il faudra 
bien que la putain y passe.
	- Est-ce qu'elle ne t'inspire rien, ma soeur?
	- Elle est charmante, mais je lui crois peu de 
temprament; et je ne m'tonne point qu'avec sa tournure 
elle chauffe plus facilement un homme qu'une femme.
	- Tu as raison; mais elle m'irrite beaucoup, moi... 
Oh! tonnamment.
	Et ici Rodin leva par derrire les jupons de sa 
soeur, et lui claqua les fesses assez fortement  plusieurs 
reprises.
	- Branle-moi, Clestine, lui dit-il; mets-moi en 
train.
	Et notre homme, s'asseyant sur un fauteuil, place 
son vit mollet dans les mains de sa soeur, qui, en deux ou 
trois tours de main, lui rendit bientt toute son nergie. 
Pendant ce temps, Rodin, tenant toujours les jupes de sa 
soeur releves, exposait  ses yeux paillards les fesses de 
la libertine. Il les maniait, il les entrouvrait; il tait mme 
facile de distinguer, par le genre de baisers dont il les 
accablait,  quel point ce trne de l'amour avait d'empire 
sur ses sens.
	- Prends des verges, dit Rodin en se relevant, et 
viens t'gayer sur mon cul; il n'est point de crmonies au 
monde qui me mette plus en train que celle-l. J'ai besoin 
d'y tre ce matin; mon imagination est trs allume et je 
sens que mes forces ne la soutiennent pas.
	Clestine ouvre une armoire, en tire une douzaine 
de poignes de verges, qu'elle tale sur une commode, et, 
choisissant la meilleure, elle vient en flageller son frre, 
qui se branle, qui s'extasie sous les coups qu'on lui porte, 
en s'criant toujours  voix basse: 
	- Ah! Justine, si je te tenais... mais je te tiendrai, 
Justine, tu y passeras; il ne sera pas dit que je t'ai donn 
l'hospitalit pour rien... je brle de voir ton cul, je le 
verrai... je le fouetterai, je le fouetterai, ce beau cul, 
Justine; tu ne sais pas ce que sont mes dsirs, quand le 
libertinage les allume.
	Et Clestine, cessant un moment de flageller son 
frre, vint s'appuyer les mains sur les bras du fauteuil,les 
fesses en l'air, en le provoquant au combat; mais Rodin, 
qui ne voulait qu'essayer ses forces, et non les perdre, se 
contente de quelques claques, de deux ou trois morsures, 
et prie sa soeur d'aller lui chercher tour  tour les enfants 
de l'un et de l'autre sexe que son destin est d'expdier.
	En ce moment de repos, Justine se jette dans les 
bras de son amie.
	- Oh! Dieu, dit-elle, as-tu donc entendu la 
conjuration forme contre moi?
	- Ah! ma chre fille, s'cria Rosalie, je crains bien 
que tu ne t'en tires pas; tu serais la seule qui serait sortie 
intacte de cette maison.
	- Je me sauverai, dit Justine.
	- Cela est impossible, reprit Rosalie: sa profession 
lui donne le droit de fermer ses portes; cette maison est 
comme un couvent. Une vasion, en te faisant traiter de 
sductrice ou de voleuse, pourrait te conduire  Bictre. 
Prends patience, ma chre, c'est le plus court.
	Et le bruit que nos deux espions entendirent les 
obligea de se remettre au trou. Clestine amenait avec 
elle.une jeune fille de quatorze ans, blonde et jolie 
comme l'Amour. La pauvre enfant, tout en larmes, trop 
malheureusement au fait de ce qui l'attend n'approche 
qu'en gmissant de son instituteur; elle se jette  ses 
pieds; elle implore sa grce. Mais Rodin, inflexible, 
allume, dans cette svrit mme, les premires 
tincelles de son plaisir, elles jaillissent dj de son coeur 
par ses regards farouches.
	- Oh! non, s'crie-t-il, non, non, voil trop de fois 
que cela vous arrive, Julie; je me repens de mes bonts, 
elles n'ont servi qu' vous plonger dans de nouvelles 
fautes; la gravit de celle-ci, d'ailleurs, pourrait-elle me 
permettre la clmence,  supposer que je le voulusse?
	- Gardez-vous-en, mon frre, s'crie Clestine; ce 
serait encourager cette fille au mal; l'exemple en serait 
pernicieux dans la maison. Oubliez-vous donc que cette 
petite coquine a donn hier un billet  un garon, en 
entrant dans la classe?...
	- Je vous proteste que non, dit la charmante Agns 
en larmes; oh! rien n'est plus faux, monsieur, croyez-
moi... croyez-moi, j'en suis incapable.
	- Ne sois pas la dupe de ces reproches, dit 
promptement Rosalie  Justine; toutes ces fautes sont 
imagines  dessein de consolider ses prtextes: cette 
petite fille est un ange; c'est parce qu'elle lui rsiste, qu'il 
la traite avec duret.
	Et, pendant ce temps, la soeur de Rodin, lchant le 
cordon des jupes, les fait couler au bas des jambes, et, 
relevant la chemise de l'enfant autour des reins, expose 
aux yeux de son frre le petit corps le plus voluptueux 
qu'il ft possible de voir. Le paillard, pendant ce temps-
l, saisit les mains de la jeune fille, les attache  l'anneau 
du pilier plac  ce dessein dans le milieu de la chambre 
de correction, s'empare d'une poigne de verges, prise 
cette fois au sein d'une cuve remplie de vinaigre, o elles 
acquirent, par cette leon, plus de verdeur et plus de 
piquant, met son vit entre les mains de sa soeur qui, 
agenouille devant lui, le branle, pendant qu'il va oprer 
et se prpare  la plus rigoureuse...  la plus sanglante 
opration.
	Six coups, assez lgrement appuys, sont les 
prliminaires de l'orage. Julie frmit... La malheureuse, 
elle n'a plus de dfenses... plus d'autres que sa belle tte 
languissamment tourne vers son bourreau... de superbes 
cheveux en dsordre, et des pleurs inondant le plus beau 
visage du monde, le plus doux, le plus intressant. Rodin 
considre le tableau, il s'en embrase, sa bouche effleure 
celle de la victime; il n'ose la baiser, il n'ose dvorer les 
pleurs dont sa frocit s'lectrise; une de ses mains, plus 
hardie, parcourt les fesses... Que de blancheur! que de 
beaut! ce sont des roses effeuilles sur des lis par la 
main mme des grces! Quel est-il donc l'tre assez dur 
pour condamner aux tourments des appas si frais, si 
mignons? Quel monstre peut chercher le plaisir au sein 
des larmes et de la douleur? Rodin contemple; son oeil 
gar parcourt, ses mains osent profaner les fleurs que sa 
cruaut veut fltrir. Tantt le libertin entrouvre, et tantt 
il resserre ces attraits divins qui l'enchantent; il les offre, 
sous toutes les formes,  son oeil examinateur. Mais c'est 
 ceux-l seuls qu'il s'en tient; quoique le vrai temple de 
l'amour soit  sa porte, Rodin, fidle  son culte, n'y 
jette pas mme ses regards; il en craint jusqu'aux 
apparences. Si l'attitude les expose, il les dguise; le plus 
lger cart troublerait son hommage, il ne veut pas qu'on 
le distraie.
	Enfin sa fureur n'a plus de bornes; il l'exprime par 
des invectives; il accable de sottises et de menaces cette 
pauvre petite malheureuse, tremblante sous les coups 
dont elle se voit prte  tre dchire. Rodin que l'on 
branle toujours, est aveugl par le plaisir.
	- Allons, dit-il, prparez-vous, il faut souffrir.
	Et le cruel laissant, d'un bras vigoureux, tomber ses 
faisceaux d'aplomb sur toutes les parties qui lui sont 
offertes, en applique cette fois-ci vingt coups, qui 
changent bientt en vermillon le tendre et divin incarnat 
de cette peau si frache. Julie pousse des cris, des pleurs 
coulent de ses beaux yeux, et se rpandent en perles sur 
sa jolie gorge. Rodin n'en devient que plus furieux; il 
porte brutalement ses mains sur les parties molestes, les 
touche, les comprime, semble les prparer  de nouveaux 
assauts. Rodin recommence, sa soeur l'excite.
	- Tu la mnages, lui crie cette mgre.
	- Eh non, non, dit Rodin, n'appuyant plus un seul 
coup qui ne soit prcd d'une invective, d'une menace 
ou d'un reproche.
	Le sang parat. Rodin s'extasie; il se dlecte  
contempler les preuves parlantes de sa frocit; il ne peut 
plus se contenir; son vit distille le foutre; il s'approche de 
l'enfant, contenue par Clestine, qui fait voir  son frre 
le cul qu'il dsire. Le bougre, en furieux, se prsente  la 
brche.
	- Fais-le entrer, dit-il tout bas  sa soeur.
	Et, du bout de la tte de l'norme machine, il 
attaque lgrement le petit trognon de rose qui se 
prsente  lui. Que ne donnerait-il pas pour aller plus 
avant! mais il n'ose.
	Clestine le secoue de nouveau; et le cruel, 
recommenant  frapper, achve d'entrouvrir,  force de 
cinglons, cet asile des grces et de la volupt. Il ne sait 
plus o il en est; son ivresse est au point qu'il perd l'usage 
de la raison. Il jure, il blasphme, il tempte. Tout ce 
qu'il voit de charmes est trait avec la mme rigueur; les 
reins, les cuisses, les fesses, ce qu'il peut saisir en-
dessous du plus joli petit con vierge, tout se dchire, tout 
se flagelle en dtail; rien n'est soustrait  ses barbares 
coups. A la violence dont sa soeur le pollue, on dirait 
qu'elle pompe une citerne. Le sclrat s'arrte cependant; 
il sent l'impossibilit de passer outre sans risquer de 
perdre des forces qui lui deviennent utiles pour de 
nouvelles oprations.
	- Rhabillez-vous, dit-il  Julie, en la dtachant, et se 
rajustant lui-mme; et si pareille chose vous arrive 
encore, songez que vous n'en serez pas quitte pour si peu.
	Julie sort, et rentre dans sa classe.
	- Tu me branlais trop vite, dit Rodin  sa soeur, peu 
ne s'en est fallu que je ne dchargeasse; il ne faut faire 
que peloter et me sucer de temps en temps. Elle est jolie 
cette petite fille, l'as-tu eue?
	- Et quelle est celle qui ne m'a point pass par les 
mains?
	- Mais tu ne t'attendris pas quand je les fouette.
	- Que m'importe le sort d'une putain qui m'a fait 
dcharger! je la dchirerais moi-mme. Ah! tu ne connais 
pas mon coeur! il est encore plus froce que le tien. Entre 
un instant dans mon cul, Rodin; je brle.
	Et, se remettant  la mme place o elle s'tait 
prsente avant la fustigation de Julie, elle relve ses 
jupes et prsente ses fesses. Rodin s'y plonge sans 
prparation; il la lime un demi-quart d'heure; la coquine 
se branle, dcharge, et, contente sans tre apaise, elle va 
chercher de nouvelles victimes.
	Celle qu'on prsente cette fois-ci est une fille de 
l'ge de Justine; elle lui ressemblerait mme un peu, s'il 
tait possible d'admettre que la nature et pu refaire deux 
fois un aussi parfait modle de grces et de beauts.
	- Aime, lui dit Rodin, il est singulier qu' votre ge 
vous vous mettiez dans le cas d'tre fouette comme une 
enfant.
	- Mon ge et ma conduite ne devraient pas 
m'exposer  un tel affront, monsieur, rpondit firement 
cette charmante fille: mais quand on est la plus faible, on 
a toujours tort.
	- Voil une rponse bien insolente, mademoiselle, 
dit Clestine: je me flatte qu'elle n'excitera pas beaucoup 
d'indulgence dans l'me de mon frre.
	- Elle en peut tre sre, dit Rodin, en dnouant les 
jupes avec brutalit.
	- Mais, monsieur, je ne croyais...
	Et le paillard, achevant de dtacher promptement 
tous ce qui le gne, met au jour le cul le plus frais, le plus 
apptissant qu'il et encore vu.
	- Aime, lui dit Rodin en la courbant sur un 
fauteuil, vous m'avez dit que vous souffriez cruellement 
d'hmorrodes; pendant que j'y suis, je vais examiner, et 
si vraiment ce mal paraissait de quelque importance, je 
vous traiterais avec plus de douceur.
	- Jamais, monsieur, rpondit modestement Aime, 
non, jamais je ne me suis plainte d'une telle chose...
	- N'importe, poursuivit Rodin, en continuant de 
courber, cela pourrait venir; il est bon que j'observe.
	Et, comme Clestine aidait  la chose, la pauvre 
Aime, sans pouvoir s'en dfendre, fut bientt mise  
quatre pattes.
	Et voil Rodin examinant, parcourant, maniant tout 
 l'aise les plus belles chairs, les plus divins attraits.
	- Non, vraiment, il n'y a rien de ce que je croyais, 
dit Rodin, tout cela est en bon tat; allons, nous pouvons 
chtier.
	Les mains se saisissent, on les attache, et la belle 
Aime reste en proie aux sclratesses de ces monstres.
	- Commence-la, ma soeur, dit Rodin; je veux voir si 
la piti ne te fera pas enfreindre ton devoir.
	Clestine prend les verges; son frre examine en 
face: il veut jouir des contorsions que la frayeur arrache: 
il n'ose se branler, il est vu; mais sa main frotte la cuisse 
sur laquelle repose l'engin tout dress. L'opration 
commence; et Mlle Rodin, tout aussi cruelle que son 
frre, frappe pour le moins avec autant de force. 
Cependant, celui-ci, qui veut tout voir, tout saisir, passe 
auprs de sa soeur, pour mieux juger de l'effet des coups 
sur les belles masses qu'ils ensanglantent. Ne pouvant 
plus se contenir, il se saisit d'une nouvelle poigne, 
loigne sa soeur et flagelle avec une telle violence, que le 
sang parat aussitt. La pauvre infortune ne souffle pas: 
on ne se doutait de ses douleurs que par un mouvement 
convulsif de ses deux fesses qui s'entrouvraient quand on 
ne frappait point et se resserraient  l'approche du coup. 
Mme tentative  celle-ci qu' l'autre. Rodin se prsente 
au combat; Aime le devine et resserre le cul. Rodin de 
rage lui assne un coup de poing dans les reins qui la fait 
aussitt courber. Il se reprsente; mais Aime se relve et 
par ce mouvement le fait reglisser encore.
	- Tout cela, monsieur, dit-elle  la fin, ne me parat 
pas tenir  la pnitence que vous avez dessein de 
m'infliger; je vous supplie donc de finir.
	Rodin furieux refouette de nouveau; et deux cents 
coups de fouet, appliqus d'un bras sr, calment  peine 
sa colre o le plongent les refus qu'il prouve. Son engin 
furieux semble menacer le ciel; Clestine veut le saisir et 
le diriger vers l'inattaquable forteresse.
	- Non, dit Rodin, qu'on l'loigne de mes yeux... 
Emmenez, emmenez cette fille rebelle; je veux qu'elle 
soit huit jours enferme au pain et  l'eau, pour lui 
apprendre  me manquer.
	Aime sort en baissant les yeux, et le froce 
instituteur demande un garon.
	Celui que Clestine amne est un colier de quinze 
ans, plus beau que l'Amour mme.
	Rodin le gronde. Plus  l'aise avec lui, sans doute, il 
le cajole, il le baise, en le sermonnant.
	- Vous avez mrit d'tre puni, lui dit-il, et vous 
allez l'tre.
	A ces mots, la culotte est  bas. Mais tout l'intresse 
ici; rien n'est exclu; les voiles se relvent; tout se palpe 
indistinctement: le cul, le vit, les couilles, le ventre, les 
cuisses, la bouche, tout se baise, tout se dvore. Rodin 
menace, il cajole, il invective, il flatte: il est dans ce 
dsordre dlicieux de la luxure, o les passions 
n'coutent plus que leur organe, o le voluptueux ne se 
plaint que de l'impossibilit dans laquelle il est de ne 
pouvoir multiplier ses outrages. Ses doigts obscnes 
cherchent  faire natre dans ce jeune garon les mmes 
sentiments de lubricit qu'il en reoit; il le branle.
	- Eh bien, dit le satyre en voyant ses succs, vous 
voil pourtant dans cet tat impur que je vous ai si 
svrement dfendu; je gage qu'avec deux mouvement de 
plus tout partirait sur moi.
	Trop sr des titillations qu'il produit, le libertin 
s'avance pour en recueillir l'hommage, et sa bouche est le 
temple offert  ce divin encens; ses mains en excitent les 
jets, il les attire, il les dvore, lui-mme est tout prt 
d'clater; mais il veut en venir au but.
	- Ah! je vais vous punir, dit-il en se relevant, les 
lvres encore inondes du foutre qu'il avale, oui, fripon, 
je vais vous punir.
	Il prend les mains du jeune homme; il les captive; 
s'offre en entier l'autel o il veut sacrifier sa fureur, il 
l'entrouvre, ses baisers le parcourent, sa langue s'y 
enfonce, elle s'y perd. Rodin, ivre d'amour et de frocit, 
remle encore les expressions et les sentiments de tous 
deux.
	- Ah! petit fripon, s'crie-t-il, il faut que je me 
venge de l'impression que tu me fais.
	Les verges se prennent; Clestine suce son frre, 
celui-ci fouette. Plus excit sans doute qu'avec la vestale, 
ses coups deviennent plus forts et bien plus nombreux. 
L'enfant pleure; Rodin s'extasie. Mais de nouveaux 
plaisirs l'appellent. On dtache l'colier; d'autres 
surviennent.
	Une petite fille de douze ans, belle comme le jour, 
succde au garon;  celle-ci un colier de seize, suivi 
d'une fille de quatorze. Rodin, toujours servi, toujours 
aid par sa soeur, en fustige soixante dans sa matine, 
trente-cinq filles et vingt-cinq garons.
	Le dernier est un Adonis de quinze ans, d'une 
figure vraiment enchanteresse. Rodin n'y tient plus; en 
venant de le mettre en sang, il veut le foutre; sa soeur 
aide  ce viol affreux; elle contient le patient aux dsirs 
effrns de son frre. Rodin encule, il sacre, il pourfend, 
il dchire et darde bientt au fond du cul de ce bel ange 
les jets cumeux de sa flamme. On console l'enfant; il est 
excori; on lui donne des bonbons, il se tait.
	Et voil comme ce libertin abusait de la confiance 
que l'on avait en lui; voil comme il trompait les parents, 
qui, ne voyant que les progrs vraiment rapides de cette 
cole, fermaient imbcilement les yeux sur les dangers 
dont elle tait remplie.
	- O ciel! dit Justine, quand ces orgies furent 
termines, comment ose-t-on se livrer  de tels excs? 
Comment peut-on trouver des plaisirs dans les tourments 
que l'on inflige?
	- Ah! tu ne sais pas tout, rpondit Rosalie. Ecoute, 
lui dit-elle en repassant dans sa chambre; ce que tu as vu 
a pu te faire comprendre que, lorsque mon pre trouve 
quelques facilits dans les jeunes filles, il agit avec elles 
de la mme manire qu'il vient de traiter ce jeune garon. 
Les filles, au moyen de cette prcaution ne sont point 
dshonores, poursuivit Rosalie: point de grossesse  
craindre; et rien ds lors ne peut les empcher de trouver 
des poux. Il n'y a point d'annes o il ne jouisse ainsi de 
plus de la moiti des garons ou des filles. O Justine, 
poursuivit cette chre enfant en se prcipitant dans les 
bras de son amie, et moi-mme, j'ai t victime de son 
libertinage;  sept ans il m'avait viole, et presque tous 
les jours depuis...
	- Mais, interrompit Justine, depuis que tu as atteint 
un ge plus mr, la religion t'offrait un recours; que ne 
consultais-tu un directeur?
	- Hlas! ignores-tu donc, reprit vivement Rosalie, 
qu'il touffe dans nous toutes les semences de la religion, 
 mesure qu'il nous pervertit et qu'il nous en dfend tous 
les actes. D'ailleurs, j'ignore ma religion;  peine m'en a-
t-il instruite. Le peu qu'il m'a dit sur ces matires n'a 
jamais t que dans la crainte que mon ignorance ne 
traht son impit; mais je n'ai jamais t  confesse, je 
n'ai jamais fait ma premire communion. Il jette un si 
grand ridicule sur toutes ces choses, il en absorbe si bien 
dans nous jusqu'aux moindres ides, qu'il loigne  
jamais de ces devoirs celles dont il a joui; ou, si elles sont 
contraintes  les remplir,  cause de leur famille, c'est 
avec une tideur, une indiffrence, un mpris tel qu'il ne 
redoute rien de leurs indiscrtions avec les confesseurs. 
Quelquefois il runit les jeunes personnes de l'un et de 
l'autre sexe dont il est sr; et l, il leur fait des 
confrences dont le but est d'anantir totalement en elles 
tous les germes de religion et toutes les semences de la 
vertu. Mais il en est qui ne participent jamais  ces 
faveurs, soit  cause de leur trop de faiblesse, ou de leur 
ridicule attachement aux prjugs dont leur famille les 
empoisonne.
	- Que de prudence! dit Justine.
	- Il en faut, rpondu Rosalie, pour maintenir le 
calme qu'il veut goter au milieu des orages qui doivent 
ncessairement s'lever sans cesse sur l'atmosphre d'une 
route semblable; et c'est  cette politique tonnante qu'est 
due la tranquillit dont il jouit depuis dix ans.
	- Viens, dit Rosalie quelques jours aprs cette 
scne, viens juger par tes propres yeux de tout ce 
qu'entreprend mon pre avec sa soeur, avec moi, sa 
gouvernante et quelques-uns de ses favoris. Ces horreurs, 
je l'espre, te convaincront de ce que je t'ai dit: elles te 
prouveront ce que doit souffrir une fille honnte comme 
moi,  laquelle la nature semble avoir donn de l'horreur 
pour tout ce  quoi son devoir la soumet.
	- Son devoir! jamais; dis son malheur.
	- Hlas! le cruel me compose des devoirs de mes 
malheurs, et je serais perdue si je rsistais. Pressons-
nous, poursuivit Rosalie, voil la classe qui se ferme; 
c'est l'heure o, chauff des prliminaires, il va venir se 
ddommager de la contrainte que lui impose quelquefois 
sa prudence. Remets-toi o je t'avais place l'autre jour et 
tes yeux vont tout dcouvrir.
	Pour peindre  nos lecteurs la scne libidineuse 
dont Justine fut tmoin, il faut d'abord leur indiquer les 
acteurs.
	Ces personnages taient Marthe, gouvernante de 
Rodin, ge, comme nous l'avons dit, de dix-neuf ans, et 
jolie comme un ange; Clestine, soeur du mme; Rosalie, 
sa fille; un jeune colier de seize ans, nomm Fierval; et 
sa soeur, ge de quinze ans, que l'on appelait Lonore; 
couple enchanteur qui semblait se disputer de grces de 
figure, de taille et d'agrments. Tous deux se 
ressemblaient beaucoup, tous deux s'aimaient, et l'on va 
voir jusqu' quel degr notre lubrique instituteur 
favorisait cette incestueuse passion.
	- Nous voil tranquilles, dit Rodin en fermant 
soigneusement toutes les portes; ne nous occupons que 
de paillardises; les fustigations de ce matin m'ont mis 
dans un tat... Vous le voyez, dit-il en mettant sur la table 
un vit dur et bandant qui paraissait dj menacer tous les 
culs...
	Oui, tous les culs; il faut que nos lecteurs se 
familiarisent ici avec l'ide de ne voir fter  Rodin que 
cet unique temple; soit prdilection, soit sagesse, le bon 
Rodin s'interdisait toute autre jouissance, et ce n'est que 
dans celle-ci que nous allons le voir s'escrimer.
	- Viens, cher petit ange, dit-il  Fierval en lui 
dardant sa langue dans la bouche; viens que je 
commence par toi, tu sais que je t'idoltre. Lonore, 
venez dculotter votre frre; vous savez que ce soin vous 
regarde; que ce soient vos mains qui prsentent  mes 
baisers le sublime cul de ce bel enfant...
	A merveille! voil prcisment ce que je veux... Et 
le coquin baisait, palpait, entrouvrait, suait le plus joli 
derrire qu'on pt imaginer. Ma soeur, poursuivit Rodin, 
pendant que je gamahuche ce beau jeune homme, 
agenouille-toi devant lui et suce-le; toi, Marthe, viens 
trousser Lonore; je veux baiser son cul prs de celui de 
son frre; cette runion m'excitera... oui, voil ce que 
c'est. Mais il manque quelque chose au tableau. Rosalie, 
trousse Marthe et place-toi de faon  ce que je puisse 
manier  la fois vos deux culs.
	Un instant le tableau reste fixe. Mais Rodin avait 
trop de dsirs, trop d'imagination, pour ne pas le varier 
promptement.
	Voil comment le second s'arrange: 
	Sa soeur, agenouille devant lui, suce son vit; 
Lonore et Fierval se placent par chelons en face de sa 
bouche, en telle sorte qu'il puisse baiser  la fois et celle 
du jeune homme et le trou du cul de la soeur; de droite et 
de gauche il manie les fesses de Marthe et de Rosalie.
	- Essayons autre chose, dit-il encore au bout d'un 
instant; il faut que je fouette; ce plaisir est inou pour 
moi, je ne puis m'en rassasier. Lonore, voyons votre 
beau cul; les baisers dont je viens de le couvrir n'ont fait 
qu'irriter en moi le dsir de le traiter avec fureur; mais je 
voudrais que votre frre comment l'opration. Plac 
derrire lui, les verges  la main je le traiterai durement, 
s'il a le malheur de vous mnager.
	L'attitude s'arrange; mais Rodin, pendant qu'il 
opre, veut que sa soeur le branle sur les fesses de sa fille 
et que Marthe le fouette. Qui le croirait! Fierval, digne 
lve de Rodin, n'annonce aucune envie de mnager sa 
soeur; excit par les coups qu'il reoit lui-mme, le petit 
libertin la frappe  tour de bras.
	- Allons, mon ami, dit Rodin, fous ta soeur, encule-
la; rien n'est dlicieux comme de foutre un cul qu'on 
vient de fouetter; viens, que je conduise, que je devienne 
le premier agent de ton voluptueux inceste.
	Et, le saisissant par le vit, il l'attire prs du derrire 
de Lonore, mouille lui-mme avec sa bouche, et le vit 
du jeune homme et le cul de la victime, les unit, leur 
apprend  se baiser en se foutant de cette manire, place 
la main du jeune homme au clitoris de la patiente et se 
dispose alors  sodomiser lui-mme le fouteur.
	- Monte sur les reins de Fierval, dit-il  Rosalie; je 
gamahucherai ton cul en foutant celui de cet Amour; 
Marthe, continue de me fouetter et que ma soeur 
remplisse ma main de ses belles fesses.
	- Oh, foutre! quelle jouissance! s'crie le paillard en 
la savourant; en peut-il tre de plus dlicieuse!... Oui 
sans doute il en est, reprend-il; Rosalie, tu vas me le 
prouver. Drangeons tout cela; c'est ma fille que je veux 
foutre.
	- Inconstant, lui dit Clestine tu n'es satisfait de 
rien.
	- Eh! ma soeur, l'est-on jamais avec une tte aussi 
dprave que la mienne? Mais est-ce  toi de te 
surprendre! et la plus lubrique des filles doit-elle donc 
s'tonner de quelques caprices libertins?
	- Attendez, dit le paillard, avant que de former le 
groupe qui me cotera srement du sperme, papillonnons 
encore une minute. Placez-vous tous  genoux, appuys 
contre ce canap, de manire  ce que Lonore m'offre 
un cul, Fierval une bouche, ma soeur un cul, Marthe une 
bouche. Rosalie, tenant mon engin, me conduira d'autel 
en autel et j'offrirai mon hommage  chacun. Aussitt 
qu'elle m'aura nich, elle s'lancera sur le sofa, 
s'accroupira sur mon visage et me fera baiser, comme 
malgr moi, ses fesses et le trou mignon de son cul...
	- Ah! petite coquine, dit-il  Rosalie, quand il fut au 
bout de la file, c'est--dire dans la bouche de Marthe, ah! 
petite gueuse, vous allez tre punie de l'indcence que 
vous venez de commettre... Faire baiser votre cul  celui 
dont vous tenez le jour! osez lui en toucher le nez! 
impudente crature!... Je vais vous faire voir si l'on se 
moque ainsi de son pre.
	Et il la saisit, tout en se faisant sucer par Marthe; il 
la fouette, il la dchire avec un martinet arm de 
camions. Rien n'est pargn; la malheureuse est en sang, 
depuis le milieu des reins jusqu'au bas des cuisses. Les 
branches de son cruel instrument ne s'impriment nulle 
part, que ses lvres ne s'y collent aussitt; et l'intrieur de 
l'autel, et la bouche de la victime, tout, except le devant, 
tout est dvor de suons. Bientt, sans varier l'attitude, 
se contentant de se la rendre plus propice, Rodin pntre 
dans l'asile troit des plaisirs. Le sclrat encule sa fille; 
Fierval le sodomise; la perspective est le dlicieux cul de 
Lonore, que Rodin couvre de baisers;  droite et  
gauche, sous ses mains, les culs de sa gouvernante et de 
sa soeur. Que pouvait-il dsirer davantage? Il touche, il 
baise, il pourfend, il dchire; on l'encule, mille suons 
plus chauds les uns que les autres expriment son ardeur 
sur ce qu'on offre  sa luxure. La bombe clate, c'est le 
cul de sa fille qu'il inonde de foutre; et le libertin, enivr, 
ose goter les plus doux plaisirs au sein de l'inceste et de 
l'infamie.
	Un moment de repos succde  ces orgies. On 
entoure Rodin, on le caresse; l'une s'efforce  le rendre  
la vie par la chaleur de ses baisers lascifs; celle-ci presse 
son vit, le dcalotte et le secoue lgrement, pendant 
qu'une troisime chatouille le trou de son cul et qu'une 
quatrime offre son beau derrire  toutes les caresses 
qu'il lui plat d'inventer; le jeune Fierval lui fait sucer son 
vit. Tant de soins raniment bientt notre moribond. 
Marthe qui le branlait, en montrant l'tat du patient, 
flicite chacun de ses succs.
	- Vous voulez me tuer  force de plaisirs, dit Rodin; 
et bien, j'y consens; il est doux d'expirer ainsi. Clestine, 
fous sous mes veux, je t'en prie, avec le jeune Fierval; et 
que Lonore, sa soeur, agenouille entre tes jambes, suce 
ton clitoris; pendant ce temps-l, Rosalie et Marthe me 
branleront, l'une le cul, l'autre le vit, en face de 
l'opration, et sois sr que ton foutre aura bientt 
dtermin le mien.
	Mais Rodin augurait beaucoup trop de ses forces; 
sa soeur avait dj dcharg six fois, avant que le triste 
vit de Rodin et seulement acquis le quart de consistance 
ncessaire  l'jaculation qu'il projette.
	- Venez, dit-il, venez tous me sucer les uns aprs 
les autres; pendant qu'une de vos bouches comprimera 
mon vit, qu'une autre s'adapte sur mes lvres, qu'une 
troisime gamahuche mon cul; afin que je sois chatouill 
par des langues aux endroits les plus lascifs de mon corps 
et que ce ne soit qu' des langues que mon jaculation 
soit due.
	Le projet tait bien senti; mais Rodin n'en avait pas 
calcul la dure. On fut une heure  le mordiller,  le 
pressurer,  le sucer dans tous les sens, lorsque la nature 
revche le comble enfin de ses faveurs; il dcharge dans 
la bouche de sa fille, ayant celle de Lonore sur la 
sienne, celle de Fierval au trou de son cul, et sous ses 
mains, de droite et de gauche, les fesses de sa soeur et de 
Marthe.
	- S'il est quelque chose de dlicieux dans le monde, 
dit Rodin ds qu'il fut tranquille, assurment c'est le 
libertinage. O trouver une passion qui tienne tous nos 
sens dans un chatouillement plus lascif! Est-il rien sur la 
terre qui rende plus heureux? C'est le libertinage qui 
brise les hochets de l'enfance; c'est lui qui allume le 
flambeau de la raison, qui donne de l'nergie  l'homme. 
Et si cela est, ne doit-il pas induire de l que c'est pour ce 
seul plaisir que l'a cr la nature? Qu'il mette tous les 
autres en parallle avec celui-ci, il verra quelle 
diffrence: il sentira s'il en est un seul qui l'embrase avec 
autant d'ardeur. Son empire est tel sur une me 
qu'aussitt qu'elle en est remplie elle ne peut plus penser 
 autre chose. Examinez un homme vraiment libertin, 
vous le verrez toujours occup ou de ce qu'il a fait, ou de 
ce qu'il projette de faire. Dans une parfaite insouciance 
sur tout ce qui ne tient pas  ses plaisirs, vous le verrez 
pensif, concentr dans lui-mme et comme s'il craignait 
de donner accs  un mouvement qui pt le distraire une 
minute des libidineuses ides qui l'enflamment; on dirait 
qu'une fois enchan au culte de ce dieu, il lui devient 
absolument impossible d'tre mu par quoi que ce puisse 
tre et que rien n'est capable de distraire son me de la 
dlicieuse passion qui la captive. C'est donc  elle seule 
que nous devons tout sacrifier; il ne doit tre qu'elle seule 
de respectable  nos yeux. Mprisons souverainement 
tout ce qui s'en loigne ou la combat; et, pour mieux lui 
prouver notre hommage, plongeons-nous aveuglment 
dans tous les carts de ses vices; que rien ne soit sacr 
pour nous que ce qui la caractrise ou la sert; ne sentons, 
n'existons, ne respirons que pour elle; il n'y a que les sots 
qui la trouvent dangereuse. Eh! comment pourrait jamais 
l'tre un raffinement de jouissance? Le libertinage est-il 
autre chose? Non, sans doute. Eh bien, comment ce qu'il 
y a de meilleur peut-il avoir des inconvnients? Je dis 
plus, ces inconvnients mme, existassent-ils, ne 
seraient-ils pas prfrables encore  tous les dangers de 
la temprance...  tout l'ennui de la sagesse? L'tat 
d'inertie de l'homme sobre n'est pas l'image du sommeil 
de la mort? L'homme froid et indiffrent est le repos de 
la nature,  quoi sert-il dans l'univers? que met-il en 
mouvement? qu'excute-t-il?  quoi son pdantisme est-il 
bon? S'il est nul, n'est-il pas condamnable? et n'est-il pas 
ds lors  charge de la socit? Si la temprance et la 
sobrit dominaient malheureusement dans le monde, 
tout y languirait, tout y vgterait; il n'y aurait plus ni 
mouvement ni force, et tout retomberait dans le chaos.
	Voil ce que nos moralistes ne veulent point 
comprendre, parce qu'tayant sans cesse leurs principes 
sur les bases religieuses, ils ne peuvent concevoir un tat 
au-del des plans de leur divinit, et que ce monstre de 
l'imagination chauffe des hommes ne peut jamais 
entrer pour rien dans les calculs de la philosophie. Mais 
une chose bien singulire, c'est que les freins que 
l'homme oppose au libertinage ne sont que les aiguillons 
du libertinage mme: la pudeur, le premier de ces freins, 
n'est-elle pas un des stimulants les plus actifs de cette 
passion? elle est essentielle  la luxure. On est fch 
qu'un autre sache nos fantaisies; il semble qu'elles ne 
devraient tre entendues que de nous, et que tout ce qui 
n'est pas nous ne devrait pas avoir l'esprit de les 
comprendre. Tel fut le premier motif qui fit jeter des 
gazes sur les actions impures; on ne voulut pas faire 
devant tout le monde ce qu'il ne paraissait pas que tout le 
monde dt savoir; mais le rideau ne fut tir que pour 
redoubler ses excs. Ne doutons pas qu'il n'y et moins 
de libertins, si le cynisme tait  la mode. On ne se cache 
que parce qu'on veut sortir de la rgle ordinaire; et le 
premier qui, dans l'enfance des socits, fit passer sa 
matresse derrire un buisson, fut le plus libertin de la 
peuplade. Corrompons-nous donc, mes enfants; 
souillons-nous donc de toutes les impurets possibles; 
foutons sans rgle et sans mesure; lchons la bride  tous 
nos penchants; chrissons nos gots; et soyons certains 
que, plus nous nous livrerons  la dbauche des sens, et 
plus nous approcherons du bonheur dont la lubricit 
couronnera toujours ceux qui la chrissent et la servent.
	Ici le jeune Fierval tmoigna le dsir de foutre 
Rosalie; il tait prs d'elle, il la baisait, il la maniait.
	- Encule donc, imbcile, lui dit Rodin; ne semble-t-
il pas que tu craignes de cder  tes dsirs! Sont-ce donc 
l les fruits du sermon que je viens de te faire. Viens 
sodomiser ma fille dans mes bras, je vais la tenir: j'aime 
l'ide d'tre son maquereau. Ma soeur, branle-lui le cul 
pendant qu'il fout ma fille; et toi, Marthe, fais-lui baiser 
ton joli derrire; il faut environner de plaisirs ce joli petit 
ange, il faut l'en rassasier.
	Et Rosalie, soumise, fut encore oblige de soutenir 
cet assaut... elle dont la vertu composait l'existence! elle 
qui, consulte, n'et voulu pour bonheur qu'un couvent et 
qu'un Dieu!
	Fierval ne fut pas long; aussi vivement excit, le 
petit libertin dchargea bientt. Rodin, qui, en tenant sa 
fille sur ses genoux, avait pris plaisir  lui sucer la 
bouche pendant l'opration, voulut aussi sucer le vit du 
jeune homme au sortir du cul de sa fille. Il en exprima 
jusqu' la dernire goutte de foutre; et ces pisodes 
l'ayant fait rebander, il encule Lonore et sa fille 
alternativement; il baise le cul de Fierval; Clestine et 
Marthe le fouettent tour  tour; et c'est dans le derrire de 
sa fille qu'il dcharge, en trillant  tour de bras les 
dlicieuses fesses de Lonore.
	Le brave instituteur va se mettre  table aprs de 
tels exploits; et Justine, afflige, honteuse de tout ce 
qu'elle a vu, s'crie, en se repliant sur la puret de sa 
conscience: O mon Dieu! ne suis-je donc ne que pour 
vivre au milieu du crime et de l'infamie? et serait-ce pour 
exercer ma patience que votre quit me condamne  de 
si cruelles preuves?
	Sans l'extrme amiti qu'elle portait  sa jeune 
compagne, on ne doit pas douter que Justine ne se fut 
vade sur-le-champ. Mais, pleine de cette force que 
donne la vertu, elle aspirait  l'honneur d'arracher Rosalie 
au libertinage. Cet espoir la dterminait  la patience, 
lorsque Rodin, las d'en avoir autant, se dcide  savoir ce 
qu'il doit attendre de sa nouvelle acquisition.
	Il y avait environ quinze jours que notre hrone 
tait dans cette maison, lorsque Rodin, enflamm du 
dsir que nous venons de peindre, se prsente un matin 
chez elle. Aprs quelques instants de conversation 
gnrale, Rodin fit parler ses dsirs. Peu accoutum aux 
prliminaires d'un sentiment dont le coquin n'prouve 
que le besoin physique, il saisit Justine  brasse-corps et 
veut la culbuter sur un lit.
	- Laissez-moi, monsieur, dit cette vertueuse fille, 
laissez-moi ou j'appelle toute la maison en tmoignage de 
l'horreur que vous me proposez. Et  quel titre, je vous 
prie, prtendez-vous faire de moi la victime de votre 
brutalit? est-ce parce que vous m'avez reue chez vous? 
Mais je m'y rends utile, j'y gagne ma vie; et quand je m'y 
conduis bien j'y dois tre  l'abri de vos insultes. 
Souvenez-vous qu'il ne sera jamais rien dans le monde 
qui puisse m'y soumettre; ma reconnaissance vous est 
due, mais je ne l'acquitterai pas au prix de mon honneur.
	Rodin, confondu d'une rsistance  laquelle il ne 
s'attendait point avec une fille tellement dnue de 
ressources, et que d'aprs l'injustice ordinaire aux 
hommes, il ne devait pas supposer si sauvage, Rodin, dis-
je, regarda Justine avec attention.
	- Mon coeur, lui dit-il au bout d'un instant, c'est 
assez mal  propos que tu fais la vestale avec moi; 
j'avais, ce me semble, quelque droit  des complaisances 
de ta part. N'importe, ne me quitte pas pour cette 
bagatelle; je suis bien aise d'avoir une fille sage dans ma 
maison: celles qui m'entourent le sont si peu! Puisque tu 
affiches tant de vertu dans ce cas-ci, tu en montreras, 
j'espre, dans tous: mes intrts y gagneront. Ma fille 
t'aime, elle me supplie de t'engager  ne nous jamais 
quitter; reste donc prs de nous, je t'y invite.
	- Monsieur, rpondit Justine, je n'y serai pas 
heureuse; on ne m'y verra pas sans jalousie, et je serai 
bientt contrainte  vous quitter.
	- Ne l'apprhende pas, dit Rodin, ne crains nul effet 
de la jalousie de ma soeur ou de ma gouvernante; celle-ci 
te sera toujours subordonne, et je sais que ma soeur 
t'aime. Sois donc sre que ma protection et ma confiance 
te seront toujours accordes; mais, pour continuer d'en 
tre digne, il est bon que tu saches qu'une discrtion  
toute preuve est la premire qualit que j'exige de toi. Il 
se passe ici beaucoup de choses qui contrarieront tes 
principes; il faut tout voir et tout entendre, sans te 
permettre mme une rflexion... Oh! oui, oui, Justine, 
poursuivit chaleureusement Rodin,  ces conditions ne 
me quitte jamais; au sein des vices multiplis o 
m'emporte un temprament de feu, un coeur trs 
gangren, j'aurai du moins la consolation de possder un 
tre vertueux prs de moi, et dans les bras duquel je me 
jetterai comme aux pieds d'un Dieu, quand je serai 
rassasi de mes dbauches.
	Eh bien! pensa Justine en ce moment, la vertu est 
donc ncessaire, elle est donc indispensable  l'homme, 
puisque le vicieux lui-mme est oblig de se rassurer par 
elle. Et notre aimable fille, se rappelant alors les 
instances que Rosalie lui avait faites pour ne la point 
quitter, croyant reconnatre quelques bons principes dans 
Rodin, s'engagea dcidment avec lui.
	- Justine, lui dit Rodin, c'est bien dcidment auprs 
de ma fille que je vais te placer  prsent; tu n'auras rien 
 dmler avec mes autres femmes et je te donne quatre 
cents livres d'appointements.
	Une telle place devenait une fortune dans la 
position de notre malheureuse orpheline. Enflamme du 
dsir de ramener Rosalie au bien, et peut-tre mme son 
pre, si elle acqurait quelque empire sur lui, elle ne se 
repentit point de ce qu'elle venait de faire. Rodin la 
prsente  sa fille.
	- Rosalie, lui dit-il, je n'avais jusqu' ce moment 
qu'un dsir vague de lier ternellement Justine  toi; cette 
intention fait aujourd'hui le charme et la consolation de 
ma vie; daigne accepter ce prsent de ma main.
	Les deux jeunes filles s'embrassent, et voil Justine 
installe.
	Il ne se passa pas huit jours sans que cette sage et 
vertueuse fille ne comment  travailler aux conversions 
qu'elle dsirait; mais l'endurcissement de Rodin rompait 
toutes ses mesures.
	- Ne crois pas, rpondit-il un jour aux sages 
conseils de cette vertueuse crature, que l'espce 
d'hommage que j'offre  la vertu, dans toi, soit une 
preuve, ou que j'estime la vertu, ou que j'aie envie de la 
prfrer au vice; non, Justine, ne l'imagine pas, tu 
t'abuserais. Ceux qui, partant de mon procd pour toi, 
soutiendraient, d'aprs lui, qu'il prouve, ou l'importance, 
ou la ncessit de la vertu, tomberaient dans une grande 
erreur! et je serais bien fch que tu crusses que telle est 
ma faon de penser. La masure qui me sert d'abri  la 
chasse, quand les rayons trop ardents du soleil dardent 
d'aplomb sur mon individu, n'est assurment pas un 
monument utile; sa ncessit n'est bien srement que de 
circonstance. Je m'expose  une sorte de danger, je 
trouve quelque chose qui m'en garantit, je m'en sers. 
Mais ce quelque chose est-il moins inutile? en doit-il tre 
moins mprisable? Dans une socit totalement vicieuse, 
la vertu ne servirait  rien: nos associations n'tant pas de 
ce genre, il faut absolument ou jouer la vertu ou s'en 
servir, afin d'tre moins redout de ceux qui la suivent. 
Que personne ne l'adopte, elle deviendra inutile. Je n'ai 
donc pas tort, quand je soutiens que sa ncessit n'est que 
d'opinion ou de circonstance. La vertu, ne nous y 
trompons pas, n'est pas d'un prix incontestable; elle n'est 
qu'une manire de se conduire, qui varie suivant chaque 
climat, et qui, par consquent, n'a rien de plus rel que 
les modes usites dans telle province, et inadoptes dans 
d'autres. Il n'y a que ce qui est utile  tous les ges,  tous 
les peuples,  tous les pays, qui soit rellement bon; ce 
qui n'a pas une utilit dmontre, et ce qui change 
perptuellement, ne saurait prtendre  un caractre de 
bont. Voil d'o vient que les thistes, en tablissant une 
chimre, mirent l'immuabilit au rang des perfections de 
leur Dieu. Mais la vertu est absolument prive de ce 
caractre. Non seulement il y a des vertus de religion, de 
mode, de circonstance, de temprament, de climat, mais 
il y en a aussi de gouvernement. Les vertus d'une 
rvolution, par exemple, sont bien loignes d'tre celles 
d'un gouvernement tranquille. Brutus, le plus grand des 
hommes en rpublique, et t rou dans une monarchie; 
Labarre, excut sous Louis XV, et peut-tre mrit des 
couronnes quelques annes plus tard. En gnral, il n'est 
pas deux peuples sur la surface de la terre qui soient 
vertueux de la mme faon; donc la vertu n'a rien de rel, 
rien de bon intrinsquement, et ne mrite en rien notre 
culte. Il faut s'en servir comme d'tai, adopter 
hypocritement celle du pays o l'on vit, afin que ceux qui 
la pratiquent par got, ou qui doivent la rvrer par tat, 
vous laissent en repos; et afin aussi que cette vertu 
respecte, o vous tes, vous garantisse, par sa 
prpondrance de convention, des attentats de ceux qui 
professent le vice. Mais, encore une fois, tout cela est de 
circonstance, et rien de tout cela n'assigne un mrite rel 
 la vertu. Il est telle vertu... d'ailleurs impossible  
certains hommes. Recommandez la chastet  un libertin, 
la temprance  un ivrogne, la bienfaisance  un homme 
froce; la nature, plus forte que vos recommandations et 
vos lois, rompra tous les freins que vous voudrez 
imposer; et vous serez force de convenir qu'une vertu 
qui contrarie ou qui combat les passions, ne peut tre que 
trs dangereuse. Ce sera assurment, chez les hommes 
que je viens de citer, les vices opposs  ces vertus qui 
deviendront prfrables, puisque ce seront les seuls 
modes, les seules manires d'tre qui s'arrangeront le 
mieux  leur physique ou  leurs organes. Il y aura donc, 
dans cette hypothse, des vices trs utiles. Or, comment 
la vertu le serait-elle, s'il est dmontr que ses contraires 
puissent l'tre? On vous dit  cela: la vertu est utile aux 
autres, et, sous ce rapport, elle est bonne; car, s'il est reu 
de ne faire que ce qui est bon aux autres,  mon tour je 
ne recevrai que du bien. Prenons-y bien garde, ce 
raisonnement n'est qu'un sophisme. Pour le peu de bien 
que je reois des autres, en raison de ce qu'ils pratiquent 
la vertu, par l'obligation de la pratiquer  mon tour, je 
fais un million de sacrifices qui ne me ddommagent 
nullement; recevant moins que je ne donne, je fais donc 
un mauvais march; j'prouve beaucoup plus de mal des 
privations que j'endure pour tre vertueux, que je ne 
reois de bien de ceux qui le sont. Le pacte n'tant point 
gal, je ne dois donc pas m'y soumettre; et sr, tant 
vertueux, de ne pas faire aux autres autant de bien que je 
recevrai de peine, en me contraignant  l'tre, ne vaudra-
t-il donc pas mieux que je renonce  leur procurer un 
bonheur qui doit me coter autant de mal? Reste 
maintenant le tort que je peux faire aux autres tant 
vicieux, et le mal que je recevrai  mon tour, si tout le 
monde me ressemble. En admettant une entire 
circulation de vices, je risque assurment, j'en conviens; 
mais le chagrin prouv par ce que je risque est 
compens par le plaisir de ce que je fais risquer aux 
autres. Ds lors, tout le monde est  peu prs galement 
heureux; ce qui n'est pas, et ce qui ne saurait tre, dans 
une socit o les uns sont bons et les autres mchants, 
parce qu'il rsulte de ce mlange des piges perptuels, 
qui n'existent point dans l'autre cas. Dans la socit 
mlange, tous les intrts sont divers; voil la source 
d'une infinit de malheurs: dans l'association totalement 
vicieuse tous les intrts sont gaux; chaque individu qui 
la compose est dou des mmes gots, des mmes 
penchants, tous marchent au mme but, tous sont 
heureux. Mais, vous disent les sots, le mal ne rend point 
heureux; non, quand on est convenu d'encenser le bien. 
Mais, mprisez, avilissez ce que vous appelez le bien; ne 
rvrez plus que ce que vous avez la btise d'appeler le 
mal, et tous les hommes auront du plaisir  le commettre, 
non point parce qu'il sera permis (ce serait souvent une 
raison pour en diminuer l'attrait), mais c'est que les lois 
ne le punissent plus, et qu'elles diminuent, par la crainte 
qu'elles inspirent, le plaisir qu'a plac la nature au crime.
	Je suppose une socit o il sera convenu que 
l'inceste (adoptons ce dlit moral comme tout autre), que 
l'inceste, dis-je, soit un crime. Ceux qui s'y livreront 
seront malheureux, parce que l'opinion, les lois, le culte, 
tout viendra glacer leurs plaisirs; ceux qui dsireront de 
commettre ce mal, ou qui ne l'oseront d'aprs ces freins, 
seront galement malheureux: ainsi la loi qui proscrira 
l'inceste n'aura fait que des infortuns. Que, dans la 
socit voisine, l'inceste ne soit pas un crime; ceux qui ne 
le dsireront pas ne seront point malheureux, et ceux qui 
le dsireront seront heureux; donc, la socit qui aura 
permis cette action conviendra mieux aux hommes que 
celle qui aura rig cette mme action en crime. Il en est 
de mme de toutes les autres choses maladroitement 
considres comme criminelles. En les observant sous ce 
point de vue, vous faites une foule de malheureux; en les 
permettant, personne ne se plaint: car celui qui aime cette 
chose quelconque s'y livre en paix; et celui qui ne s'en 
soucie pas, ou reste dans une sorte d'indiffrence qui 
n'est nullement douloureuse, ou se ddommage de la 
lsion qu'il a pu recevoir par une foule d'autres lsions 
dont il grve  son tour ceux qu'il n'aime pas. Donc tout 
le monde, dans une socit criminelle, se trouve ou trs 
content, ou dans un tat d'insouciance qui n'a rien de 
pnible: par consquent, rien de bon, rien de respectable, 
rien de fait pour rendre heureux dans ce qu'on appelle la 
vertu. Que ceux qui la suivent ne s'enorgueillissent donc 
pas de cette sorte d'hommage que le genre de constitution 
de nos socits nous force  lui rendre: c'est une affaire 
purement de circonstance. Mais, dans le fait, ce culte est 
ridicule, il est chimrique; et la vertu qui l'obtient un 
instant n'en est pas pour cela plus belle. Le vice, au 
contraire, est rempli d'agrments; dans sa seule pratique 
est tout le bonheur de la vie; lui seul enflamme, chauffe 
les passions; et celui qui a pris comme moi l'habitude d'y 
vivre, n'a mme plus la facult d'adopter une autre 
carrire. Je sais que les prjugs le combattent, que 
l'opinion en triomphe quelquefois; mais y a-t-il rien de 
plus mprisable au monde que les prjugs, et rien qui 
mrite d'tre brav comme l'opinion? L'opinion, a dit 
Voltaire, est la reine du monde: n'est-ce pas avouer 
qu'elle n'a, comme les reines, qu'une puissance de 
convention, qu'une arbitraire autorit? Et que me fait  
moi l'opinion des hommes! que m'importe ce qu'ils 
pensent de mon individu! pourvu que je trouve le 
bonheur dans les principes que je me suis faits. De deux 
choses l'une: ou ils me cachent cette opinion, de ce 
moment elle ne me fait aucun mal; ou ils me la 
tmoignent, et j'prouve ds lors une jouissance de plus. 
Oui sans doute, une jouissance; le mpris des sots en est 
une pour le philosophe; il est dlicieux de braver 
l'opinion publique; et le comble de la sagesse, sans doute, 
est de la rduire au silence. On nous vante l'estime 
gnrale: et que gagne-t-on, je vous prie,  tre estim 
des autres? Ce sentiment cote  l'homme; il offense 
l'orgueil: j'aimerai quelquefois celui que je mprise, 
jamais celui que je rvre; ce dernier aura toujours un 
grand nombre d'ennemis, quand on prendra  peine garde 
 l'autre. Ne balanons donc point entre deux modes, 
dont l'un, la vertu, ne conduit qu' l'inaction la plus 
stupide et la plus monotone, et l'autre, le vice,  tout ce 
que l'homme peut esprer de plus dlicieux sur la terre.
	Telle tait la logique infernale des malheureuses 
passions de Rodin. L'loquence douce et naturelle de 
Justine n'en pouvait saper les sophismes. Mais Rosalie, 
plus douce et moins corrompue, Rosalie dtestant les 
horreurs auxquelles on la soumettait, se livrait plus 
facilement aux conseils prudents de son amie. Cette sage 
directrice dsirait avec ardeur faire remplir  son lve 
les premiers devoirs de la religion. Il aurait fallu, pour 
cela, mettre un prtre dans la confidence; et Rodin n'en 
voulait aucun dans sa maison: il les dtestait tous aussi 
cordialement que le culte qu'ils professaient; pour rien au 
monde il n'en et souffert un prs de sa fille. Conduire 
cette jeune personne  un confesseur tait galement 
impossible: Rodin ne laissait jamais sortir Rosalie sans 
qu'elle ft accompagne. Il fallait donc attendre que 
quelque occasion se prsentt; et, pendant ce dlai, 
Justine instruisait toujours son lve; en lui donnant le 
got des vertus, elle lui inspirait celui de la religion; elle 
lui en expliquait les dogmes, elle lui en dvoilait les 
mystres, et liait tellement ces deux sentiments dans son 
jeune coeur qu'elle les rendait indispensables au bonheur 
de sa vie.
	- O mademoiselle! lui disait-elle un jour, en 
recueillant les larmes de sa componction, l'homme peut-il 
s'aveugler au point de croire qu'il ne soit pas destin  
une meilleure fin? Ne suffit-il pas qu'il ait t dou du 
pouvoir et de la facult de connatre son Dieu, pour 
s'assurer que ces dons ne lui ont t accords que pour 
remplir les devoirs qu'ils imposent? Or, qu'y a-t-il au 
monde de plus capable de plaire  l'Eternel, si ce n'est la 
vertu dont lui-mme est l'exemple? Le crateur de tant de 
merveilles peut-il avoir d'autres lois que le bien? et nos 
coeurs pourraient-ils lui plaire, si la bont, la 
bienfaisance et la sagesse n'en taient pas les premiers 
lments? Il me semble, poursuivait la crdule orpheline, 
qu'avec les mes sensibles il ne faudrait jamais employer 
d'autres motifs d'amour envers cet Etre suprme, que 
ceux qu'inspire la reconnaissance. N'est-ce pas une 
faveur que de nous avoir fait jouir des beauts de cet 
univers? et ne lui devons-nous pas quelque gratitude pour 
un tel bienfait? Mais une raison, plus forte encore, 
tablit, constate la chane universelle de nos devoirs: 
pourquoi refuserions-nous de remplir ceux qu'exige sa 
loi, puisque ce sont les mmes que ceux qui consolident 
notre bonheur avec les hommes? N'est-il pas doux de 
sentir qu'on se rend agrable  l'Etre suprme, rien qu'en 
se livrant aux vertus qui doivent contribuer  notre 
flicit sur la terre; et que les moyens qui nous rendent 
propres  vivre avec nos semblables sont les mmes que 
ceux qui nous donnent, aprs cette vie, l'assurance de 
renatre au sein de l'Eternel? Ah! Rosalie, comme ils 
s'aveuglent ceux qui voudraient nous ravir cet espoir! 
Sduits, tromps par leurs misrables passions, ils aiment 
mieux nier les vrits ternelles que d'abandonner ce qui 
les rend indignes; ils aiment mieux dire: on nous abuse, 
que d'avouer qu'ils s'abusent eux-mmes. L'ide des 
pertes qu'ils se prpareraient ainsi troublerait leurs 
affreuses volupts; il leur parait moins terrible d'anantir 
l'espoir du ciel que de s'assujettir  ce qui doit le leur 
acqurir. Mais quand ces tyranniques passions 
s'affaiblissent en eux, quand le voile se dchire, quand 
rien ne balance plus, dans leur coeur corrompu, cette 
voix imprieuse du Dieu que mconnaissait leur dlire, 
quel il doit tre,  Rosalie! le cruel retour sur eux-
mmes, et combien le remords qui l'accompagne doit leur 
faire payer cher l'instant d'erreur qui les aveuglait! Voil 
l'tat o il faut juger l'homme pour rgler sa propre 
conduite. Ce n'est ni dans l'ivresse, ni dans le transport 
d'une fivre ardente, que nous devons croire  ce qu'il 
dit; c'est lorsque sa raison, calme, jouissant de toute son 
nergie, cherche la vrit, la souponne et la voit. Nous 
le dsirons de nous-mmes alors, cet Etre saint, autrefois 
mconnu; nous l'implorons, il nous console; nous le 
prions, il nous coute. Et pourquoi le nierions-nous? 
pourquoi le mconnatrions-nous, cet objet si ncessaire 
au bonheur? pourquoi prfrerions-nous de dire, avec 
l'homme gar: il n'est point de Dieu, tandis que le coeur 
de l'homme raisonnable nous offre  tout instant des 
preuves de l'existence de cet tre divin? Vaut-il donc 
mieux rver avec les fous, que de penser juste avec les 
sages? Tout dcoule nanmoins de ce premier principe: 
ds qu'il existe un Dieu, ce Dieu mrite notre culte; et la 
premire base de ce culte est incontestablement la vertu.
	De ces premires vrits Justine dduisait 
facilement les autres; et Rosalie, diste, tait bientt 
chrtienne. Mais quel moyen de joindre un peu de 
pratique  la thorie? Rosalie, contrainte d'obir  son 
pre, ne pouvait tout au plus que montrer du dgot  
porter la chane qu'il lui imposait; et, avec un homme 
comme Rodin, cela ne pouvait-il pas devenir dangereux? 
Il tait intraitable; aucun des systmes pieux et moraux 
de Justine ne tenait contre lui. Mais si elle ne russissait 
pas  le convaincre, au moins ne l'branlait-il pas.
	Pendant que Justine cherchait  convertir la fille de 
la maison o elle tait, Rodin ne perdait pas l'espoir de 
faire,  son tour, une proslyte de Justine. Au nombre 
d'une infinit de petits piges tendus pour se procurer le 
plaisir d'examiner les corps de ceux des pensionnaires 
que Rodin voulait connatre avant que de sduire, ou 
dont il voulait simplement se procurer la vue, sentant 
l'impossibilit d'aller plus loin avec ces sujets-l, il y 
avait un cabinet d'aisance trs lgant, et dont on ne 
donnait la clef qu'aux individus dont on voulait drober 
les charmes. Le sige de ce cabinet d'aisance tait 
pratiqu de manire que, quand la personne qui s'y 
plaait tait assise, tout son postrieur se trouvait  la 
vue,  la porte de Rodin, commodment assis dans un 
cabinet contigu. L'enfant se doutait-il de quelque chose, 
se levait-il pour regarder; une trappe  ressort se fermait 
soudain sans le moindre bruit, et l'oprant, tranquille, se 
replaait en paix. La trappe se rouvrait alors; et Rodin, le 
nez prs du cul, le voyait chier tout  l'aise. Ce qu'il avait 
drob lui plaisait-il, on tait bientt condamn au fouet, 
et du fouet  la sodomie.
	On imagine bien que la clef de ce cabinet magique 
fut bientt confie  Justine, et que notre paillard, 
lectris de ce qu'il surprit chez cette aimable enfant, 
complota bientt contre ses charmes, d'une manire plus 
certaine et plus dcide qu'il ne l'avait fait jusqu'alors.
	- Oh Dieu! ma soeur, s'cria-t-il en revoyant 
Clestine au retour de l'une de ces expditions, oh! juste 
ciel! tu n'as pas d'ide des divins appas de cette fille; non, 
il n'est rien ici qui la vaille; il n'est pas un seul cul qui 
ressemble au sien... Justine me tourne la tte... elle me 
met hors de moi... il faut que je l'aie, ma soeur; il faut 
que j'en jouisse,  tel prix que ce puisse tre. Essaie, 
tente, promets, sduis; mais triomphe, ou la rage, 
remplaant dans mon coeur le sentiment que Justine y 
fait natre, me portera peut-tre  des excs... dont tu sais 
que je suis capable, quand les difficults me matrisent.
	Clestine mit tout en usage; quinze jours entiers 
s'employrent  ces sductions, sans que la sirne en 
recueillit d'autres certitudes que celle de voir avorter tous 
ses plans.
	- Certes, disait-elle un jour  Justine, tu es bien 
dupe de prfrer au bonheur certain qui t'attend le 
systme idal de sagesse que nourrit ton extravagance. 
Comment, avec l'esprit que je te connais, peux-tu 
imaginer que cette puret de moeurs dont tu fais ici tant 
d'talage, puisse jamais tre bonne  quelque chose? 
Quel gr crois-tu que te sauront les hommes de te 
conserver pure avec eux? Cette fiert, qui tonne un 
moment, en blessant celle des autres, finit bientt par 
n'obtenir d'eux que des mpris; et tu auras pass l'ge de 
plaire, sans tirer le moindre parti des dons prcieux que 
t'a prodigus la nature; tu l'outrages, en ngligeant ses 
dons; et quel mal crois-tu donc faire, en prtant ton corps 
 celui qui le dsire? Ce mouvement, dans lui, n'est-il pas 
celui de la nature? Tu l'offenses en n'y cdant pas; tu 
t'opposes au vritable but de cette mre sage, qui, 
destinant aux plaisirs des hommes les attraits qu'elle 
plaa dans toi, doit te punir tt ou tard de l'opposition que 
ta vertu met  ses desseins. Cette chastet ridicule,  
laquelle tu attaches un si grand mrite, n'est donc plus, 
comme tu le vois, qu'une criminelle rsistance aux 
intentions qu'elle a sur toi. Ah! crois-moi, mon ange, les 
hommes ne nous estiment qu'en raison des plaisirs qu'ils 
reoivent de nous; si nous les refusons, ils nous 
dlaissent; et, replis sur nous-mmes, alors, il ne nous 
reste plus pour jouissance que le petit orgueil d'avoir 
rsist. De tels triomphes valent-ils ceux que je t'offre?... 
Oh! mon enfant, est-il rien de plus doux que les volupts 
sensuelles? est-il rien qui dlecte aussi puissamment tout 
notre tre... qui donne des jouissances aussi vives... aussi 
prolonges!... Ah! oui, oui, mon ange, n'en doute pas; un 
instant au sein de l'amour vaut mieux que mille ans de 
vertu. Cde Justine, cde; ta vanit en sera satisfaite 
galement. Rodin te prfre  tout ce qui est ici. Cette 
douce victoire de l'amour-propre ne vaut-elle pas tous les 
sacrifices faits  la vertu? et, couronne par la main des 
grces, ne seras-tu pas plus heureuse en cdant aux 
plaisirs, qu'en rsistant  la nature? Qu'elle est imbcile, 
celle qui croit s'lever au-dessus des autres par la sotte 
pratique des bonnes moeurs! Que lui arrive-t-il aprs des 
sicles de privation? tout le monde oublie les vertus par 
lesquelles elle croyait s'immortaliser; et les hommes, 
partags en deux classes sur ce qui la concerne, offrent 
une moiti d'individus qui la mprise, prs d'une seconde 
partie qui se refuse  l'admission de sa sagesse; mais pas 
un tre en sa faveur, pas un qui lui sache gr de ce qu'elle 
n'a fait que pour elle seule... Me parles-tu du 
contentement de soi-mme? Ah! Justine, quelle triste 
jouissance! et que celle qui ne se rend heureuse que par 
de telles chimres est au-dessous de l'tre charmant qui 
ne trouve sa flicit que dans le sein du libertinage. 
Gote, gote un instant ces plaisirs contre lesquels tes 
prjugs se rvoltent et tu ne voudras plus exister que 
pour eux seuls. Mon frre t'adore; il fera tout pour toi; 
oublies-tu ce qu'il a dj fait? le premier devoir d'une 
me sensible n'est-il pas la reconnaissance? tu y 
manques,  ce devoir sacr tu y manques, Justine, en 
rsistant  ton bienfaiteur.
	Mais rien ne persuadait cette fille anglique, et, 
trouvant dans son honnte coeur des armes pour 
repousser de telles sductions, elle persistait  n'offrir  
ses htes que de la rsistance et des refus, lorsque ce 
libertin, persuad du peu de succs de ses premires 
dmarches, se dcide enfin  l'excution d'une ruse 
infernale, dont il n'y avait au monde qu'une tte comme 
la sienne qui pt avoir conu le projet.
	Aid d'un trou qu'il avait pratiqu dans l'une des 
cloisons qui entouraient la chambre de Justine, il avait 
remarqu que, dans les grandes chaleurs, cette chre fille 
aimait  coucher toute nue. Elle se dshabillait ds 
qu'elle se croyait bien enferme, et se jetait 
imprudemment de cette manire sur son lit, pour y 
reposer plus au frais. Rodin fit promptement et 
mystrieusement excuter une trappe, au moyen de 
laquelle le lit de Justine pouvait s'enlever dans la 
chambre qui tait au-dessus. Il s'empare de cette 
chambre; et, une belle nuit, ds qu'il croit sa victime dans 
les bras du sommeil, la trappe joue; et voil notre 
infortune toute nue, et sans la plus lgre dfense, au 
pouvoir de ce sclrat, bien ferm, bien barricad dans la 
chambre o il croit enfin russir.
	- Ah! je te tiens, coquine, s'crie-t-il en se jetant sur 
sa proie; tu ne m'chapperas plus maintenant.
	Et le paillard, en disant cela, clair par six 
bougies, places avec intention dans cette chambre, jouit 
 la fois, et du plaisir de considrer le corps sublime de la 
jeune innocente, et de la volupt plus grande encore de le 
couvrir de ses baisers. Nous n'avons pas besoin de 
peindre son tat. On se reprsente aisment celui d'un 
libertin qui possde enfin ce qu'il dsire, aprs l'avoir 
attendu des sicles. Mais, quelque vigueur que cet tat 
lui prte, il n'en acquiert aucune supriorit sur Justine. 
Plus forte de sa vertu que Rodin ne l'est de son crime, 
elle s'lance; lgre et souple comme une anguille, elle se 
glisse, chappe au bras qui la retient, ouvre une fentre et 
crie au secours. On ne songe pas  tout, quand on 
combine une mauvaise action; aveugl par les dlices 
que sa jouissance nous promet, on nglige presque 
toujours les soins les plus importants. Rodin ne s'tait pas 
souvenu que cette maudite fentre donnait prcisment 
sur le dortoir des jeunes filles et que l'esclandre que 
faisait Justine allait peut-tre le perdre pour la vie.
	- Arrte, malheureuse, arrte, lui crie-t-il; sors, je 
vais t'ouvrir; ne dis mot; au nom du ciel, ne me perds 
pas!
	- Eh bien, ouvrez-moi la porte, dit Justine; je 
cesserai de crier, ds que je la verrai ouverte.
	Il fallut obir, la prudence l'exigeait. Justine sort; et 
le crime, encore une fois repouss par l'nergie de la 
vertu, ne retire de ses entreprises que le regret de les 
avoir aussi mal excutes.
	C'tait bien ici le cas de quitter la maison de Rodin; 
et Justine et sans doute profit de la circonstance, si elle 
ne se ft pas trouve positivement alors dans la crise la 
plus importante de la conversion de Rosalie. Mais il faut, 
avant que de dvelopper l'vnement affreux produit par 
ce projet, remonter aux premires dmarches de Justine 
pour en oprer le succs.
	Cette fille, plus libre de sortir que Rosalie, avait 
trouv le moyen de confier  un jeune prtre de la 
paroisse tout le plan invent par elle, pour initier son 
amie aux grands mystres d'une religion dont on lui 
cachait les trsors. L'abb Delne, passionn serviteur du 
Christ, avait saisi avec empressement la sainte et sublime 
ide de faire rentrer au giron de l'Eglise une douce brebis 
qu'on en voulait distraire. Depuis trois semaines, par 
l'entremise de Justine, Delne avait avec Rosalie des 
confrences pieuses; et c'tait dans la chambre mme de 
Rosalie que se tenaient ces conciliabules. La fille de 
Rodin suffisamment instruite, pleine du plus ardent dsir 
de s'approcher d'un sacrement dont on lui dguisait la 
grandeur, devait s'chapper un matin,  la pointe du jour, 
pour voler promptement  l'glise, s'acquitter d'un si saint 
devoir et rentrer ensuite mystrieusement. Tout 
promettait le plus entier succs, et Rosalie, arrache au 
libertinage de son pre, devait clater ensuite, et se faire 
obtenir un couvent; lorsque cette fois-ci le ciel ne permit 
pas, comme dans la scne prcdente, que la vertu 
triompht du vice. Une imprudence perdit tout; et le 
crime rentra dans ses droits.
	Justine ordinairement n'assistait pas  ces mystiques 
exhortations. Elle faisait le guet; et son rle tait d'avertir 
si Rodin venait  paratre.
	Se croyant tous les trois au port, on se ngligea 
cette fois. Justine est appele chez Rosalie; on l'invite  
partager l'extase o sa compagne va se plonger; et nos 
trois anges s'lanaient de concert vers la vote du ciel, 
lorsque Rodin, plus rapproch des objets terrestres, et 
tout naturellement dvor du dsir d'enculer sa fille, la 
cherchait le vit  la main. Il entre dans sa chambre, 
croyant la trouver au lit. Dieu! quelle est sa surprise de la 
voir aux genoux d'un prtre, et le crucifix  la main? Un 
moment Rodin croit rver; tour  tour il avance et recule 
d'effroi: enfin, il appelle  lui.
	- Ma soeur, dit-il  Clestine qui s'avance avec 
Marthe, vous voyez comme on me trahit. Justine, il m'est 
ais de voir  qui je dois le plan de cette sduction 
infme: retirez-vous, je ne vous en veux point; mes 
sentiments pour vous sont tels, qu'eussiez-vous attent  
mes jours, je crois que je vous pardonnerais encore. Mais 
pour toi, sclrat, dit-il en saisissant l'ecclsiastique au 
collet, pour toi, suborneur atroce, indigne satellite d'une 
religion que j'abhorre, tu ne sortiras pas d'ici, sois-en sr, 
aussi facilement que tu y es entr: un cachot va me 
rpondre de toi; je t'apprendrai  venir souiller de ton 
souffle impur les principes de philosophie que je rpands 
dans cette maison. Sortez, Rosalie; allez chez votre tante, 
et n'en sortez pas sans mes ordres.
	Rodin entrane alors l'abb, tout interdit; et, aid de 
sa soeur et de sa gouvernante, il le plonge dans un caveau 
de sa maison, o jamais le jour n'avait pntr. Il revient 
de l chercher Rosalie, pour l'enfermer dans un autre 
cachot. Rodin sort; il parcourt le village.
	- On vient d'enlever ma fille, dit-il  tout le monde, 
et je souponne l'abb Delne...
	On vole chez lui: l'abb ne s'y trouve point.
	- Voil mon malheur clairci, dit Rodin; je n'avais 
que des soupons: d'affreuses vrits m'clairent... C'est 
ma faute; j'avais vu commencer cette intrigue; que ne la 
troublai-je ds les premiers jours.
	Tout le monde donna dans le pige; et ds qu'au 
moyen de cette ruse Rodin se voit matre de son homme, 
il n'ouvre sa prison que pour la changer en tombeau; et, 
par un raffinement bien digne d'un tel monstre, sitt que 
Delne a rendu l'me, son corps est clou sur les murs du 
cachot; et c'est dans ce cercueil que le barbare Rodin 
vient replacer sa fille...
	- Je veux que ton sducteur soit toujours sous tes 
yeux, lui dit-il, jusqu' ce que ton sang ait lav ton crime.
	Tel tait l'tat des choses, lorsque Justine,  laquelle 
Rodin n'avait encore rien dit, se croyant  couvert de 
tout, en raison de l'amour qu'elle inspirait  ce barbare, 
entreprit l'impossible pour dcouvrir le sort de son amie, 
bien sre que, si elle la trouvait, elle saurait aussi ce que 
Delne tait devenu. Profitant de tous les moments o elle 
croyait n'tre pas surveille, elle parcourt les plus secrets 
recoins de la maison. Elle croit entendre quelques 
gmissements au fond d'une cour trs obscure; elle 
s'approche... un tas de bois parat boucher une porte 
troite et recule; elle avance en cartant tous les 
obstacles... de nouvelles plaintes se font entendre...
	- O Justine! est-ce toi?
	- Oui, chre et tendre amie, s'crie-t-elle, en 
reconnaissant la voix de Rosalie; oui, c'est Justine que le 
ciel t'envoie pour te secourir.
	Et les questions multiplies de cette tendre fille 
laissent  peine  celle de Rosalie le temps de rpondre. 
Ce fut alors que Justine apprit, et l'horrible situation o 
tait Rosalie, et le meurtre commis par son pre en la 
personne du pauvre abb Delne, mais dont Rosalie 
ignorait les dtails; la seule chose dont elle paraissait 
sre, c'est que Rodin avait eu pour complices, et sa soeur 
et sa gouvernante, et que la victime, sans doute, avait 
beaucoup souffert, s'il en fallait juger par ses cris et par 
les coups de couteau dont son cadavre paraissait perc.
	- C'est mon tour. ajouta Rosalie: hier soir mon pre 
entra dans ma prison, suivi de Rombeau, le chirurgien de 
ce village, et dont je t'ai dj dit les liaisons avec Rodin; 
tous deux se sont permis des horreurs avec moi. Mon 
pre a voulu (ce qui jamais ne lui avait pass par la tte), 
il a exig que je servisse aux passions effrnes de son 
confrre; mon pre mme me tenait pendant cette 
affreuse scne... Ensuite il leur est chapp des propos 
qui ne me laissent plus douter de mon malheureux sort. O 
Justine! je suis perdue, si tu ne parviens pas  me 
dlivrer; tout, ma chre amie, tout me prouve que ces 
monstres vont me faire servir  quelques-unes de leurs 
expriences.
	- Oh ciel! dit Justine, en interrompant la fille de 
Rodin, est-ce que pareille chose leur est dj arrive?
	- J'ai de fortes raisons pour le croire. Quand ils 
tiennent ici des jeunes personnes de l'un ou de l'autre 
sexe, qui n'ont ni pre ni mre...
	- Eh bien? Tu me fais trembler...
	- Elles disparaissent sans qu'il soit possible de 
savoir ce qu'elles sont devenues. Il n'y a pas un mois 
qu'une jeune fille de quatorze ans, belle comme le jour, 
disparut ainsi; et je me souviens trs bien que ce jour-l 
j'entendis des cris touffs dans le cabinet de mon pre; 
le lendemain on dit qu'elle s'tait sauve. Quelque temps 
aprs, un jeune orphelin de quinze ans s'clipsa de 
mme, et on n'en a pas reparl davantage. Je frmis, en 
un mot, ma chre, si tu ne russis pas  me tirer 
promptement de ce cachot.
	Justine demanda  son amie si elle savait o l'on 
mettait les clefs de cette cave. Rosalie l'ignorait; elle ne 
croyait pourtant pas que l'on et l'habitude de les 
emporter. Justine les cherche, mais en vain; et l'heure de 
reparatre arriva, sans qu'elle pt donner  cette chre 
enfant d'autres secours que des consolations, quelques 
esprances et des pleurs. Rosalie fit jurer  Justine qu'elle 
viendrait la voir le lendemain; et celle-ci le lui promit, en 
l'assurant mme que, si  cette poque elle n'avait rien 
dcouvert de satisfaisant sur ce qui la regardait, elle irait 
sur-le-champ porter ses plaintes en justice, pour 
soustraire cette malheureuse,  tel prix que ce pt tre, au 
sort affreux qui la menaait.
	Justine remonte. Rombeau, ce soir-l, soupait avec 
Rodin. Dtermine  tout pour claircir le sort de son 
amie, elle se cache dans un cabinet  issue particulire, et 
tenant  la chambre o soupaient ces deux sclrats. L, 
leur conversation la convainquit bientt, et des forfaits 
dj commis, et de ceux que devait redouter encore son 
infortune Rosalie.
	- Je suis dsespr, dit Rodin  son confrre, de ne 
t'avoir pas associ  ma vengeance. Oh! mon ami, tu ne 
saurais imaginer les plaisirs que j'ai recueillis du 
sacrifice offert  cette passion chrie de mon me.
	- Il est certain qu'un plus sensible tait difficile  te 
faire... Ta fille  ses genoux!... Le sclrat! il aurait 
bientt pass de ses exhortations mystiques  des 
entretiens plus flatteurs: il ne voulait qu'enfiler ta fille; tu 
peux, je crois, en tre bien certain.
	- Je crois que je lui aurais plutt pardonn cette 
injure, que celle de lui gter l'esprit. L'infme! il l'aurait 
confesse, communie; il aurait perdu cette crature.
	- Que tu dois te savoir de gr d'avoir coup net  
tout cela! Et qu'elle mort lui as-tu fait subir?
	- Oh! c'est une scne unique. Marthe et ma soeur 
m'aidaient. J'ai fait excuter devant lui vingt postures 
plus lubriques les unes que les autres. Elles l'ont suc, 
branl; je l'ai fait puiser avant que de l'envoyer dans 
l'autre monde; et je te rponds que si les furies s'en 
emparent, elles auront de la peine  le faire bander.
	- Et enfin?
	- Je l'ai fait crucifier. J'ai voulu que le valet expirt 
de la mme mort que son matre; et pendant les quatre 
heures qu'il a langui sur cette croix, il n'est pas de 
supplice que je ne lui aie fait prouver. Je l'y ai foutu; je 
l'y ai fouett; je lui ai vingt fois enfonc mon couteau 
dans le corps. Oh! combien j'aurais voulu que tu me 
servisses dans cette dlicieuse opration! Mais tu n'y 
tais pas et j'tais press: on ne vit pas tant qu'un ennemi 
respire.
	- Et ta coupable fille, n'y passera-t-elle donc pas? 
Songe, Rodin, songe  quel point un pareil sujet peut tre 
utile  l'anatomie; jamais elle ne sera  son dernier degr 
de perfection, que l'examen des vaisseaux ne soit fait sur 
un enfant de quatorze ou quinze ans, expir d'une mort 
cruelle. Ce n'est que de cette contraction que nous 
pourrons obtenir une analyse complte d'une partie aussi 
intressante. Il en est de mme de la membrane qui 
assure la virginit; il faut ncessairement une jeune fille 
pour cet examen. Qu'observe-t-on dans l'ge de la 
pubert? Rien, les menstrues dchirent l'hymen; et toutes 
les recherches deviennent inexactes. L'ge de ta fille est 
prcisment celui qu'il nous faut; elle n'est pas rgle; 
nous ne l'avons vue que par derrire; de telles attaques 
n'endommagent nullement cette membrane, et nous 
l'tudierons tout  l'aise. J'espre que tu te dtermineras.
	- Sacredieu! je le suis, reprit Rodin. Il est odieux 
que de futiles considrations arrtent ainsi le progrs des 
sciences. Les grands hommes se sont-ils laiss captiver 
par d'aussi mprisables liens? Tous nos matres en l'art 
d'Hippocrate ont fait des expriences dans les hpitaux. 
Mon instituteur en chirurgie dissquait tous les ans des 
cratures vivantes de l'un et l'autre sexe; et nous n'avons 
tous deux rectifi les bvues de nos prdcesseurs, que 
par de semblables oprations. Pour une douzaine de 
sacrifices. nous avons sauv la vie  plus de deux mille 
individus; et je demande si l'on doit jamais balancer en 
tel cas. Tous les artistes ont pens de mme. Quand 
Michel-Ange voulut rendre un Christ au naturel, se fit-il 
un cas de conscience de crucifier un jeune homme et de 
le copier dans les angoisses? La sublime Madeleine en 
pleurs du Guide, fut prise sur une belle fille que les 
lves de ce grand homme avaient flagelle  outrance; 
tout le monde sait qu'elle en mourut. Mais quand il s'agit 
des progrs de notre art, de quelle ncessit ne doivent 
pas tre ces mmes moyens! et combien y a-t-il un 
moindre mal  se le permettre? Le meurtre opr par les 
lois est-il d'une autre espce? et l'objet de ces lois qu'on 
trouve si sages, n'est-il pas le sacrifice d'un pour en 
sauver mille? On nous devrait, au contraire, des 
rcompenses, quand nous sommes assez courageux pour 
vaincre ainsi la nature au profit de l'humanit.
	- Oh! la victoire n'est pas bien grande, dit 
Rombeau; je ne te conseille pas de t'en faire un mrite 
aux yeux de ceux qui connaissent le chatouillement 
excessif que produisent ces sortes d'actions.
	- Je ne te cache pas qu'elles m'aiguillonnent 
infiniment. En gnral, toutes les douleurs, que je 
produis sur les autres, soit en oprant, soit en flagellant, 
soit en dissquant sur le cru (2) mettent les animaux 
spermatiques dans une telle discordance en moi, qu'il en 
rsulte un prurit manifeste, et une rection involontaire, 
laquelle, sans me toucher, me conduit plus ou moins vite 
 l'jaculation, en raison du degr de souffrance imprim 
sur le sujet. Tu te rappelles m'avoir vu dcharger, sans 
que personne ne me toucht, la dernire fois que nous 
oprmes ensemble sur ce jeune garon dont j'ouvris le 
flanc gauche pour observer les palpitations du coeur. 
Quand j'en fus  couper les ligaments qui captivent ce 
viscre, et que j'enlevais par consquent la vie au sujet, 
tu te souviens que mon foutre partit malgr moi, et que tu 
fus oblig de m'achever; tu te rappelles de mme que les 
dernires gouttes de sperme n'taient pas lances du 
canal, que je rebandais encore. Au reste, ne nous 
chicanons pas; j'ai assez de preuves, mon cher, du 
rapport de tes gots aux miens, pour que nous n'ayons 
aucune querelle  nous chercher mutuellement sur cet 
objet.
	- Je l'avoue, dit Rombeau, j'prouve les mmes 
mouvements, et je ne conois point par quelle 
inexplicable contradiction la mystrieuse nature inspire 
tous les jours  l'homme le got de la destruction de ses 
oeuvres.
	- Je l'entends parfaitement, moi, dit Rodin; ces 
portions de matire, dsorganises et jetes par nous dans 
le creuset de ses oeuvres, lui donnent le plaisir de recrer 
sous d'autres formes; et si la jouissance de la nature est la 
cration, celle de l'homme qui dtruit doit infiniment 
flatter la nature. Or, elle ne russit  ses crations que par 
des destructions. Il faut donc tonnamment dtruire des 
hommes pour lui composer la voluptueuse jouissance 
d'en crer.
	- Aussi, le meurtre est un plaisir.
	- Je dis plus; il est un devoir; il est un des moyens 
dont la nature se sert pour parvenir aux fins qu'elle se 
propose sur nous. Et n'et-il pas mme un but important, 
comme celui qu'il acquiert par nos expriences, ne ft-il 
commis que par le seul effet des passions, il serait 
toujours une bonne oeuvre; car ces passions, n'en doute 
pas, mon ami, ne sont places par la nature dans nous, 
que pour adoucir les rpugnances que ses volonts nous 
inspireraient sans cela. Ne dt-il donc s'agir que de ma 
seule fantaisie, je regarderais la chose comme toute 
simple;  plus forte raison quand elle devient ncessaire  
un art aussi utile aux hommes, quand elle peut fournir 
d'aussi grandes lumires. Ds lors, ce meurtre devient la 
plus belle, la plus sage de toutes les actions, et ce ne 
serait qu' se la refuser qu'il pourrait exister du crime. 
C'est le prix ridicule que nous attachons  cette vie, qui 
nous fait ternellement draisonner sur le genre d'action 
qui engage un homme  se dlivrer de son semblable. 
Croyant que l'existence est le plus grand des biens, nous 
nous imaginons stupidement faire un crime, en 
soustrayant ceux qui en jouissent. Mais la cessation de 
cette existence, ou du moins ce qui la suit, n'est pas plus 
un mal que la vie n'est un bien; ou plutt, si rien ne 
meurt, si rien ne se dtruit, si rien ne se perd dans la 
nature, si toutes les parties dcomposes d'un corps 
quelconque n'attendent que la dissolution pour reparatre 
aussitt sous des formes nouvelles, quelle indiffrence 
n'y aura-t-il pas dans l'action du meurtre? et qu'il serait 
imbcile l'tre qui oserait y trouver un crime!
	- A la bonne heure, dit Rombeau. Mais faut-il te 
l'avouer? En raison des liens qui t'enchanent  cette 
crature, je craignais que tu ne balanasses.
	- Et quelle puissance t'imagines-tu que le titre de 
fille puisse jamais avoir sur mon coeur? Sois donc 
persuad, mon ami, que je regarde un peu de foutre clos 
du mme oeil (au poids prs) que celui qu'une putain fait 
jaculer de mon vit; je n'ai jamais fait plus de cas de l'un 
que de l'autre. On est le matre de reprendre ce qu'on a 
donn; jamais le droit de disposer de ses enfants ne fut 
contest chez aucun peuple. Les Perses, les Mdes, les 
Armniens, les Grecs en jouissaient dans la plus extrme 
latitude; les lois de Lycurgue, le modle des lgislateurs, 
non seulement laissaient aux pres tous droits sur leurs 
enfants, mais condamnaient mme  la mort ceux que les 
parents ne voulaient pas nourrir ou qui se trouvaient mal 
conforms. Une grande partie des sauvages tuent leurs 
enfants aussitt qu'ils naissent. Presque toutes les 
femmes de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amrique se font 
avorter sans encourir de blme. Cook retrouva cet usage 
dans toutes les les de la mer du Sud. Romulus permit 
l'infanticide; la loi des douze tables le tolre de mme; et, 
jusqu' Constantin, les Romains exposaient ou tuaient 
impunment leurs enfants. Aristote conseille ce prtendu 
crime; la secte des stociens le regardait comme louable. 
Il est encore trs en usage en Chine; chaque jour on 
trouve, et dans les rues et sur les canaux de Pkin, plus 
de dix mille individus immols ou abandonns par leurs 
parents, et quel que soit l'ge d'un enfant dans ce sage 
empire, un pre, pour s'en dbarrasser, n'a besoin que de 
le mettre entre les mains d'un juge. D'aprs les lois des 
Parthes, on tuait son fils, sa fille, sa soeur, son frre, sans 
encourir la moindre peine. Csar trouva cette coutume 
gnralement tablie dans les Gaules. Plusieurs passages 
du Pentateuque prouvent qu'il tait permis de tuer ses 
enfants chez le peuple de Dieu; et Dieu lui-mme enfin 
l'exigea d'Abraham. L'on crut longtemps, dit un clbre 
moderne, que la prosprit des empires dpendait de 
l'esclavage des enfants; cette opinion tait fonde sur les 
principes de la plus saine raison. Eh quoi! un 
gouvernement quelconque se croira autoris  sacrifier 
vingt ou trente mille de ses sujets dans un jour, pour sa 
propre cause; et un pre ne pourra, lorsqu'il le jugera 
convenable, devenir le matre de la vie de ses enfants? 
Quelle absurdit! Quelle inconsquence! et quelle 
faiblesse dans ceux qui sont contenus par de telles 
chanes! L'autorit du pre sur ses enfants, la seule relle, 
la seule qui ait servi de base ou de modle  toutes les 
autres, nous est dicte par la voix de la nature mme; et 
l'tude rflchie de ses oprations nous en offre  
l'instant des exemples. Le tzar Pierre ne doutait 
nullement de ce droit et il en usa. Il adressa une 
dclaration publique  tous les ordres de son empire, par 
laquelle il disait que, d'aprs les lois divines et humaines, 
un pre avait le droit absolu de juger ses enfants  mort, 
sans appel et sans prendre l'avis de qui que ce ft. Il n'y a 
que dans notre France barbare o une fausse et ridicule 
piti crut devoir enchaner ce droit. Non, poursuivit 
Rodin avec chaleur, non, mon ami, je ne comprendrai 
jamais qu'un pre qui voult bien donner la vie, ne soit 
pas libre de donner la mort; je n'entendrai jamais que 
l'tre qu'il a cr ne lui appartienne pas; il ne peut exister 
au monde une proprit plus sacre; or, si cette proprit 
est bien tablie, la possibilit d'en disposer  son gr en 
devient une suite ncessaire. Combien de races parmi les 
animaux nous donnent l'exemple de l'infanticide. 
Combien en est-il qui, comme le lapin, n'ont pas de plus 
grand plaisir que celui de dvorer leurs enfants! Je vais 
plus loin, mon ami; je suis affirmativement convaincu 
qu'une des meilleures actions qu'un pre ou qu'une mre 
puisse faire consiste  se dbarrasser de ses enfants; nous 
n'avons point de plus grands ennemis dans le monde. Et 
n'est-il donc pas bien fait, d'aprs cela, de s'en dlivrer 
avant qu'ils soient en ge de nous nuire? La propagation 
est d'ailleurs infiniment trop nombreuse en Europe; elle 
excde infiniment ses moyens de subsistance: le meurtre 
de ses enfants est donc encore une excellente action, 
considre sous ce nouveau point de vue. Qui pourrait 
donc me retenir? l'humanit? O mon ami, je ne connais 
pas, je l'avoue, une plus fausse vertu. L'humanit, je le 
prouverai quand on voudra, n'est qu'une manire d'tre, 
qui, prise dans le sens que les moralistes lui donnent, 
bouleverserait bientt l'univers (3).
	- Ah! dit Rombeau, plein d'enthousiasme pour 
d'aussi effrayantes maximes, je t'approuve, mon cher; ta 
sagesse m'enchante, mais ton indiffrence m'tonne: je te 
croyais amoureux de ta fille.
	- Moi, mon cher, amoureux d'une femme!... Ah! 
Rombeau, je me supposais mieux connu de toi, de toi qui 
connais si parfaitement mes gots, de toi qui dois tre si 
pntr de l'horreur que m'inspire un sexe dont je me sers 
par libertinage, et jamais par penchant. Le got 
prodigieux que j'ai pour les culs, l'ivresse o me met un 
derrire, m'oblige  fter indistinctement tous les tres en 
qui je suppose de la supriorit dans cette partie; et c'est 
pour multiplier mes hommages que je ne mets jamais de 
distinction, ni entre les ges, ni entre les sexes. N'as-tu 
pas la preuve de ce que je dis, Rombeau? et, malgr tes 
quarante-cinq ans, la sublimit de tes fesses ne m'engage-
t-elle pas, tu le sais,  t'enculer de temps en temps? Voil 
du libertinage, mais de l'amour, jamais. Ce sentiment 
pusillanime fut toujours inconnu de mon coeur. Il y a 
mieux: c'est que pour peu qu'une jeune fille ou qu'un 
jeune garon ait malheureusement nourri mon illusion 
trop longtemps, le dgot s'annonce avec nergie; et je 
n'ai jamais connu qu'un moyen d'y satisfaire 
dlicieusement, c'est de tuer, mon ami, de tuer, il n'y a 
que cela; c'est, j'en conviens, le dernier plaisir que peut 
nous donner un objet de luxure, mais c'est bien aussi le 
meilleur. Il y a sept ans que ma fille sert  mes plaisirs; il 
est temps qu'elle paie la cessation de mon ivresse par 
celle de son existence...
	Et Rodin, qui bandait fort dur, mit en ce moment 
son vit entre les mains de son ami, qui ne tarda pas  lui 
faire empoigner le sien.
	- Il me semble, dit Rombeau, que nous sommes fort 
en tat de remplir les intentions conues.
	- Oui, voil des vits trs en l'air, dit Rodin; lve-toi 
donc, que je manie ton cul, je ne m'en rassasie jamais.
	Et le paillard, dculottant son ami, se met  lui 
palper,  lui claquer,  lui mordre les fesses un quart 
d'heure. Rombeau le rend  son camarade; et les deux 
vilains se mettent dans une telle posture, qu'ils peuvent  
la fois se branler le vit, en se gamahuchant le trou du cul. 
Rodin n'y tient pas; il courbe son camarade sur un 
canap, et lui plante le vit dans le derrire jusqu'aux 
couilles, en le polluant  pleines mains.
	- Si tu tais, dit-il, aussi sr que moi de ne pas 
dcharger (car il faut rserver ses forces), oui, si tu tais 
aussi ferme que je vais l'tre, quoiqu'en te foutant, je 
t'enverrais chercher quelqu'un pour te mettre en train, et, 
aprs une heure d'pouvantables paillardises, nous irions 
prendre la victime.
	- Je te rponds de moi, dit Rombeau, il n'y a 
personne au monde qui soit plus matre de son foutre.
	- Eh bien! qui veux-tu?
	- Des garons...
	Et ici Rodin, ayant dcid son ami, sonna sa 
gouvernante, qui vint aussitt prendre ses ordres
	Justine ne croit pas devoir rester plus longtemps; si 
elle a tant tard, c'est pour claircir le sort de Rosalie. Il 
ne lui est que trop dvoil maintenant; il n'est plus 
question que de la secourir. Notre hrone y vole, rsolue 
de prir, ou de dlivrer son amie.
	- Infortune! lui crie-t-elle, pas un moment  
perdre... Les monstres!... tu n'avais que trop raison... c'est 
pour ce soir... ils vont venir.
	Et, en prononant ces mots entrecoups, la trop 
compatissante Justine fait l'impossible pour enfoncer la 
porte. Une de ses secousses fait tomber quelque chose; 
elle y porte la main, c'est la clef; elle la ramasse, elle se 
hte d'ouvrir, elle embrasse son amie, la presse de fuir, 
lui rpond de suivre ses pas. Un moment Rosalie veut 
faire voir  Justine l'horreur du cachot qu'elle habite, le 
cadavre dont il est tapiss. Ce malheureux retard fait 
perdre tout le succs de l'entreprise. Le temps se perd. 
Rosalie, qui s'en aperoit, s'lance  la fin. Juste ciel! il 
tait encore dit que la vertu devait succomber, et que les 
sentiments de la plus juste et de la plus tendre 
commisration allaient tre durement punis. Rodin et 
Rombeau, clairs par la gouvernante, tous trois dans un 
dsordre suffisant  prouver le genre des actions o ils 
viennent de se livrer, paraissent tout  coup. Rodin saisit 
sa fille au moment o elle franchit le seuil de la porte, 
au-del duquel elle n'avait plus que quelques pas  faire 
pour se trouver libre.
	- O vas-tu? s'crie ce pre furieux en arrtant 
Rosalie, pendant que Rombeau s'empare de Justine. Ah, 
ah! continua-t-il en regardant celle-ci, c'est cette putain 
qui favorise la fuite... Sclrate, ajouta-t-il en sacrant, 
voil donc l'effet de vos grands principes de vertu!... 
Enlever une fille  son pre! Et voil la rcompense des 
bonts que j'ai eues de ne t'avoir pas poignarde, l'autre 
jour, quand je vis, par tes soins, ma fille aux pieds d'un 
prtre!
	- J'ai d faire tout ce que j'ai fait, rpond fermement 
Justine. Quand un pre est assez barbare pour vouloir 
assassiner sa fille, il n'est rien qu'on ne doive 
entreprendre pour prvenir un pareil forfait.
	- Bon! dit Rodin, de l'espionnage et de la sduction: 
tous les vices les plus dangereux dans une domestique. 
Montons, montons; il est trs important de juger cette 
affaire.
	Et Rosalie, suivie de Justine, toutes deux tranes 
par ces sclrats, regagnent l'intrieur de la maison. 
Clestine, qu'elles y trouvent, presque nue, les reoit en 
les accablant d'injures. Marthe ferme soigneusement 
toutes les portes, revient se mettre au rang des actrices. 
Et la plus effrayante,la plus abominable, la plus cruelle 
des scnes se prpare.
	Essayons de la peindre. Au dfaut de l'nergie dont 
elle serait susceptible, sous d'autres pinceaux que les 
ntres, mettons-y du moins de la vrit.
	- Commenons par boire, dit Rodin; je n'aime pas  
me mettre en semblable besogne, sans avoir la tte un 
peu prise.
	Gomme la table est encore dresse, il n'est question 
que de faire sauter des bouchons; et six bouteilles du 
meilleur champagne sont avales dans un quart d'heure.
	- Donnez-en six autres, dit Rodin  sa soeur; nous 
les expdierons en travaillant. Ah! mademoiselle Justine, 
dit le sclrat, en se rapprochant de cette chre fille tout 
en larmes, et ne prvoyant que trop le sort qui l'attend, 
c'est donc ainsi que vous dbauchez les filles de chez 
leur pre, vous qui jouez si bien la vestale... Crois-tu, 
Rombeau, que j'ai fait l'impossible pour avoir cette fille-
l, et que je n'ai pu russir. Mais nous la tenons, 
sacredieu, nous la tenons, je lui dfie maintenant de nous 
chapper. Et vous, petite putain, continue-t-il, en attirant 
sa fille  lui, et lui appliquant un soufflet  tour de bras, 
vous vous laissez donc sduire par cette coquine?... 
Rombeau, il faut les dissquer toutes deux: nous ferons 
sur ma fille les expriences de l'hymen, celles des 
battements du coeur sur Justine.
	- Je ferai tout ce qu'on voudra de cette poulette, dit 
Rombeau,  moiti ivre, en venant manier brutalement la 
gorge de Justine. Il y a longtemps que la garce 
m'chauffe la cervelle. Depuis que je te la connais, je me 
suis dj branl deux ou trois fois en sa faveur.
	Et, tout en discourant, Rombeau travaille  faire 
disparatre les gazes qui gnent leur luxure. Ces deux 
pauvres enfants furent bientt dans l'tat le plus complet 
de nudit; mais comme on connaissait Rosalie, c'est sur 
le beau corps de notre aventurire que tous les regards se 
dirigent. Clestine s'approche. Et, la saisissant dans ses 
bras: 
	- Oh! foutre, la belle fille, s'crie-t-elle.
	- Eh bien! branlez-vous, dit Rodin. Rombeau, 
amusons-nous de ce spectacle prliminaire; j'aime assez 
 contraindre une fille qui pleure  dcharger malgr elle.
	Mlle Rodin emporte Justine, en larmes, sur un 
canap; et, pendant qu'elle la pollue avec tout l'art 
possible, Rodin, agenouill devant les fesses de cette 
belle fille, que sa soeur avait soin de lui prsenter, 
accablait ce beau cul des plus ardents baisers. Rombeau, 
plac devant le couple, escroquait des suons  Justine, 
pendant que Marthe ptrissait le cul de son matre, qui, 
de l'une de ses mains, traitait assez brutalement celui de 
sa fille.
	Clestine triomphe; la gueuse y met tant d'adresse 
et tant d'nergie, que le plaisir l'emporte sur la douleur, et 
que notre innocente dcharge...
	- La putain a donn du foutre, dit Rombeau, je m'en 
suis aperu au resserrement de son anus; je le lchais 
pendant ce temps-l...
	- Oui, il y a eu du foutre, dit Mlle Rodin, j'en ai les 
doigts mouills.
	Et la garce les suce; en baisant Justine sur la 
bouche.
	- Mon enfant, dit Rodin  cette charmante fille, je 
suis fort content de ce que vous venez de faire; croyez-
moi, continuez d'tre de la plus extrme complaisance 
avec nous; peut-tre regagnerez-vous, par ce procd, ce 
que vous ont fait perdre vos sottises. Ah! tripledieu! 
comme elle est belle dans ce mlange de plaisir et de 
douleur!
	- Oh! monsieur, qu'exigez-vous donc de moi? dit 
Justine.
	- Rien que nous ne puissions obtenir de force, et 
rien qui, je vous le rpte, n'adoucisse votre sort, si vous 
nous l'accordez de bonne grce. Par exemple,  prsent 
nous voulons que vous branliez ma soeur avec la langue. 
Elle va se poster de manire  vous offrir  la fois son 
con et son cul; Rosalie lchera le cul et vous le con.
	Il fallut obir; y avait-il moyen de rsister  des 
demandes si faciles  changer en ordres! Le tableau 
s'arrange. Rodin, pour en complter l'ordonnance, s'tend 
 la droite de sa soeur; Rombeau,  gauche. Ils sont 
arrangs de faon que leurs vits soient  la porte de la 
bouche de Justine, et leurs culs  celle de la langue de 
Rosalie, qui toutes deux reoivent l'injonction de les 
gamahucher et de les sucer, en mme temps que 
Clestine. Marthe parcourt les rangs; elle patine les 
couilles; elle veille  ce que les bouches travaillent 
alternativement les parties qui leur sont confies, et 
montre ses belles fesses tous  tour  chacun des deux 
libertins. Rosalie, plus au fait, se soumet avec une 
rsignation plus entire,  des horreurs qui rpugnent  
Justine, et que, comme elle nanmoins, elle n'excute 
qu'en gmissant. Ces prambules lectrisent nos 
paillards.
	- Rombeau, dit Rodin, enculons Justine; tu 
n'imagines pas  quel point la supriorit de ses fesses 
embrase ma tte. Il n'y a peut-tre pas en France un 
homme qui ait autant vu de culs que moi; je te jure, mon 
ami, qu'il ne m'en est jamais tomb sous la main de plus 
beaux, de mieux coups, de plus blancs, de plus fermes, 
de plus apptissants que celui de cette petite garce-l. Et 
chacun de ces loges se gravait en baisers de feu sur 
l'idole fte.
	Justine, entendant son arrt, se jette aux pieds de 
ses bourreaux. C'est avec les accents les plus nergiques 
de la douleur et du dsespoir que la malheureuse implore 
sa grce.
	- Oh! prenez ma vie, leur dit-elle, et laissez-moi 
l'honneur.
	- Mais tu ne seras coupable de rien, dit Rombeau: 
nous allons te violer.
	- Sans doute, dit Rodin, de ce moment, plus de 
pch sur ta conscience; ce sera la force qui t'aura tout 
ravi.
	Et l'infme, en consolant Justine de cette cruelle 
manire, la plaait dj sur un canap.
	- Le beau cul! poursuivait-il en l'examinant. Tiens, 
Rombeau, prends cette poigne, ne frappe que la fesse 
gauche, moi la droite; celui des deux qui fera paratre la 
premire goutte de sang aura l'honneur de la sodomiser 
avant l'autre. Rosalie, venez ici, mettez-vous  genoux 
devant Rombeau; sucez-lui le vit, pendant qu'il flagelle; 
vous, Marthe, sucez le mien.
	Justine tait couche dans les bras de Clestine, qui 
la branlait en dessous pour lui faire oublier ses peines; 
mais Rodin, s'en tant aperu, rprimanda sa soeur.
	- Laisse-la donc souffrir, dit-il durement: ce ne sont 
pas des plaisirs que nous voulons qu'elle ressente, ce sont 
des douleurs; et tu troubles, tu changes absolument 
l'esprit de nos projets, en drangeant l'tat de son 
physique. Les coups se donnent; chacun devait en 
distribuer cinquante. Ceux de Rombeau furent 
vigoureux; mais Rodin, plus habitu  cet exercice, fit 
jaillir le sang au trentime, et n'en finit pas moins la 
reprise.
	- Allons, dit-il, tu vois que c'est  moi.
	- Oui, dit Rombeau; mais prends garde de 
dcharger; songe au besoin que nous avons de nos forces; 
 ta place, je me contenterais de quelques dtails, et je 
me rserverais pour la grande expdition.
	- Eh! non, non, foutredieu, dit Rodin, en cartant 
les fesses de Justine et y prsentant son hochet plus dur 
qu'une barre de fer; non, non, il ne pourrait exister 
aucune considration dans le monde qui pt m'empcher 
d'enculer cette belle crature;. il y a trop longtemps que 
je la dsire, il faut qu'elle y passe, elle y passera, la 
putain. Et dj la tte du fougueux instrument brchait 
le trou dlicat et mignon de notre infortune, qui, n'ayant 
jamais t attaqu qu'une fois, avait repris toute sa 
fracheur et toute sa dlicatesse. Un cri terrible, suivi 
d'un mouvement violent, drange un instant Rodin, qui, 
trop accoutum  ce genre d'attaque pour se laisser ainsi 
dsaronner, saisit fortement les reins de la jeune fille, 
pousse avec violence, et disparat jusqu'aux couillons, 
dans ce cul frais et voluptueux.
	- Ah! bougre de dieu! s'crie-t-il, m'y voil; je dfie 
Dieu ou ses foutus agents de m'empcher de la sodomiser 
 prsent: elle est foutue, la garce... Oh! mon ami, le 
beau cul... il est d'un chaud... d'un troit... Et sans les 
prcautions de Clestine pour s'opposer aux cris de la 
patiente, on les aurait entendus d'une lieue.
	- Rombeau, dit Rodin, encule ma fille sous mes 
yeux, et place-toi de manire  ce que je puisse manier 
ton cul pendant que tu foutras; Marthe nous trillera tous 
les deux.
	- Attends, dit Rombeau, drange-toi un instant; c'est 
le plaisir d'une seconde attaque que je te prpare. Voici 
ce que je dsire: il faut placer ces deux demoiselles l'une 
sur l'autre; Justine va se mettre  quatre pattes, les reins 
en l'air; j'tablirai ta fille sur cette base; les deux trous 
seront opposs, et nous les sonderons tous deux, en 
passant alternativement de l'une  l'autre. Marthe, comme 
tu le disais tout  l'heure, nous fustigera pendant 
l'opration; et ta soeur fixera l'attitude...
	- De par tous les foutus Dieux du christianisme, 
rien n'est bon comme cette manire de foutre, dit Rodin, 
ds qu'il en eut tt; mais nous pourrions faire mieux, ce 
me semble: mettons ma soeur et Marthe dans la mme 
posture, cela doublera la somme de nos jouissances.
	Une heure entire nos paillards s'amusent  sonder 
ainsi ces quatre culs; ils les tournaient avec une telle 
rapidit, qu'on les et pris pour les ailes d'un moulin  
vent. Ils en laissrent le nom  cette attitude, que nous 
conseillons  tout libertin d'essayer. Ils s'en lassent enfin. 
Rien n'est inconstant comme la luxure; avide de 
jouissances, elle s'imagine toujours que ce qu'elle conoit 
vaut mieux que ce qu'elle quitte, et ce n'est jamais qu'au-
del des bornes qu'elle suppose la volupt.
	L'irritation de nos deux libertins devint telle, qu'on 
voyait des flammes sortir de leurs yeux; leurs engins, 
colls sur le ventre, paraissaient menacer le ciel. Rodin, 
spcialement acharn sur Justine, semblait conjurer sa 
perte; il la baisait, la pinait, la claquait. Incroyable 
mlange de caresses et d'invectives, de dlicatesse et 
d'horreur! le coquin avait l'air de ne savoir qu'inventer 
pour fter et dgrader tour  tour la divinit de sa luxure. 
Pudique de notre naturel, nous rougirions de dvoiler les 
obscnits o il se livra.
	- Eh bien! dit-il enfin  Justine, tu vois, ma chre, 
qu'il y a pourtant toujours quelque chose  gagner avec 
les bougres; ton honneur est intact: des libertins moins 
vertueux l'eussent impitoyablement fltri, nous le 
respectons. Ne crains point que Rombeau ni moi 
concevions seulement le dsir d'y porter atteinte; mais ce 
cul, ce beau cul. mon ange, il sera souvent perfor: il est 
si frais, si bien coup, si joli... Et le coquin le branlait en 
disant cela, il le baisait, il y introduisait quelquefois son 
vit. Enfin, les grands coups se portrent. Rodin saisit sa 
fille; il lui lance des regards furieux; l'arrt de cette 
infortune est crit dans ses yeux barbares.
	- Oh! mon pre, s'crie la malheureuse en pleurs, 
qu'ai-je donc fait pour mriter un tel sort?...
	- Ce que tu as fait, dit Rodin, peux-tu le demander? 
tes crimes ne sont-ils donc pas assez noirs? tu as voulu 
connatre un Dieu, putain, comme s'il en devait exister 
d'autres pour toi que mes volupts et mon vit.
	Et il le lui faisait baiser en disant cela; il lui en 
frottait le visage, ainsi que de son derrire, duquel il 
semblait fltrir voluptueusement les roses de ce teint 
d'albtre. Il la souffletait, il l'invectivait, en blasphmant 
comme un sclrat. Et Rombeau, voyant tout cela, se 
branlait sur les fesses de Justine, en encourageant son 
ami. Enfin, la pauvre fille de Rodin est assise sur un petit 
rond troit, lev de deux pieds, sur lequel porte sa 
croupe seule. Quatre cordes descendaient du plafond; on 
y attache les membres de Rosalie dans le plus grand 
cartement possible. Rodin tablit sa soeur entre les 
cuisses de la victime, et les fesses tournes vers lui. 
Marthe devait servir l'opration; et Rombeau, bien en 
face, devait enculer Justine. L'infernal Rombeau, voyant 
que la tte de Rosalie penche et n'est soutenue par rien, 
imagine de l'appuyer sur ses fesses, de manire qu' 
chaque coup de reins qu'il donnera en enculant Justine, il 
fasse rebondir cette tte sur son cul, comme une balle sur 
une raquette. Cette ide divertit infiniment le cruel 
Rodin, qui, pendant ce temps, apprte bien d'autres 
supplices  sa malheureuse fille. Le vilain encule sa 
soeur: il semble que ce ne soit qu'au sein de l'inceste et 
de la sodomie qu'il veuille arriver  l'infanticide.
	Marthe lui remet un scalpel, et il instrumente. On 
juge des cris de la victime. Mais les prcautions sont 
prises de manire  ce qu'il n'en puisse rien rsulter de 
fcheux. Cependant Rombeau veut voir oprer son 
confrre; il emporte sa fouteuse avec lui, et vient se 
placer tout prs de l'opration. Le bas-ventre s'ouvre. 
Rodin, tout en foutant, taille, dchire, dtache, et dpose 
dans une assiette, sous les yeux de son confrre et la 
matrice et l'hymen, et tout ce qui s'ensuit. Les sclrats 
dculent pour faire leurs oprations. Rosalie, 
languissante, lve des yeux teints vers son pre, et 
semble lui reprocher sa barbarie. Mais la voix de la piti 
pntre-t-elle dans une me semblable! Le froce Rodin 
met son vit dans la blessure, il aime  s'inonder de sang. 
Rombeau l'excite. Marthe et Clestine clatent de rire. La 
seule Justine ose donner des secours et des larmes  sa 
trop malheureuse amie. On lui reproche cette 
commisration; on s'y oppose, on maltraite celle qui s'y 
livre. Rodin, pour la punir, l'oblige  sucer le vit tout 
barbouill du sang de celle qu'elle pleure; puis, la faisant 
contenir, la tte courbe sur la plaie, il la fustige en cet 
horrible tat. On le fouette lui-mme. Il n'y tient plus, 
tant de frocits l'entranent; il n'a que le temps de se 
replonger dans le cul de Justine, qu'on tend, par ses 
ordres, sur le chevalet de Rosalie, en telle sorte que da 
tte de celle-ci est entre les jambes de notre hrone, et 
que la sienne est appuye contre la plaie vaste et 
sanglante que son fer infanticide vient de faire. Il 
dcharge; Rombeau l'imite dans le cul de Clestine, en 
baisant les fesses de Marthe; et nos deux sclrats 
puiss retombent langoureusement sur des fauteuils.
	Cependant Rosalie vit encore. Justine ose prier pour 
elle.
	- Imbcile, lui dit Rodin, tu vois bien qu'elle n'en 
peut revenir.
	- Oh, monsieur! dit Justine gare, peut-tre 
qu'avec des soins... La malheureuse, que vous avait-elle 
fait?
	- Rtablissons promptement dans nous l'irritation 
spermatique, dit Rombeau en maniant assez 
grossirement des ttons de Marthe, car ces deux putains 
m'tourdissent, l'une par ses cris, l'autre par ses 
supplications.
	- Eh bien! dit Rodin, buvons ces six bouteilles de 
champagne, et que Marthe et Clestine nous branlent, 
tout en les sablant.
	On opre.
	- Et que ferons-nous aprs? dit Rombeau, que les 
secousses de Marthe et les rasades de champagne 
commencent  faire bander...
	- Ce que nous ferons?... le voici, dit Rodin. Nous 
attacherons Justine sur le cadavre de son amie; tu 
m'enculeras en la dissquant toute vive; et moi, plac 
vers la bouche de ma fille, je recueillerai, branl par ma 
soeur, les derniers soupirs de notre victime...
	- Non, dit Rombeau, il me vient une tout autre ide 
pour punir ta Justine. Le plaisir de tuer une femme est 
bientt pass; elle n'prouve plus rien ds qu'elle est 
morte; les dlices de la faire souffrir disparaissent avec 
sa vie, il n'en reste plus que le souvenir. Faisons mieux, 
poursuit Rombeau, en mettant un fer au feu, punissons-la 
mille fois davantage que si nous lui drobions la vie; 
marquons-la, fltrissons-la; cet avilissement, joint  
toutes les mauvaises affaires qu'elle a sur le corps, la fera 
pendre, ou mourir de faim; elle souffrira du moins 
jusqu'au dernier moment de sa vie; et notre luxure, 
infiniment plus prolonge, en deviendra plus dlicieuse. 
Il dit; Rodin s'empare de Justine; et l'abominable 
Rombeau lui applique derrire l'paule le fer ardent dont 
on marque les voleurs.
	- Qu'elle ose paratre  prsent, dit ce monstre; 
qu'elle l'essaie; et, en montrant cette lettre ignominieuse, 
nous lgitimerons suffisamment les raisons qui l'auront 
fait renvoyer avec tant de mystre et de promptitude.
	- Soit, dit Rodin; mais il faut s'en rassasier avant: 
nous rebandons; livrons-nous avec elle  quelques 
dernires horreurs.
	Une norme poigne de verges tombe sous les 
mains du barbare.
	- Prends-la sur tes paules, continue ce monstre, je 
vais la fouetter sur ton dos; et de temps en temps je 
laisserai retomber les coups sur tes fesses; que ma soeur 
te suce pendant ce temps-l; Marthe me rendra les coups 
que je vous porterai  tous deux; et le supplice de Justine 
finira par une enculade.
	On excute. Rodin ne mnage pas; et le sang qui 
coule des fesses de notre hrone retombant en perles sur 
celles de Rombeau, lui cause un inexprimable 
chatouillement.
	- A mon tour, dit ce coquin-ci, mais je veux qu'en la 
prenant sur tes reins, elle y soit diffremment poste. 
C'est son con que je veux flageller; ce sont ses cuisses, 
son ventre, sa motte, toutes ces horribles attenances d'un 
devant que j'abhorre.
	- Oh! double foutu dieu! s'crie Rodin, pourquoi 
cette ide ne m'est-elle pas venue? je suis dsespr que 
tu l'aies plus tt conue que moi.
	Cette nouvelle lubricit s'excute; toutes les parties 
antrieures de notre hrone sont cruellement lacres; le 
cul de Rodin l'est aussi. Marthe, en ce moment, lui suce 
le vit; Justine est enfin place sur un canap; et les deux 
amis, chacun fustig l'un par Marthe, l'autre par 
Clestine, laissent au fond du cul de l'orpheline les 
dernires preuves de leur dtestable luxure.
	Ici Rosalie, que ces sclrats avaient continu 
d'exposer  leurs regards pour s'exciter par cet affreux 
spectacle, tourne ses yeux mourants vers Justine, et rend 
l'me. Les monstres l'entourent, ils l'observent encore 
d'un oeil froce, ils la touchent, ils la manient; et le 
froce Rodin plante avec volupt ses dents au milieu des 
chairs encore palpitantes du triste rsultat de ses 
anciennes amours. Son cadavre est enfin jet dans un 
trou du jardin, o reposaient sans doute bien d'autres 
victimes de la sclratesse de Rodin; et Justine rhabille 
est reconduite aux bords de la fort, o on l'abandonne  
son mauvais sort, en lui laissant entrevoir le danger d'une 
rcrimination, si elle ose l'entreprendre dans le funeste 
tat o elle se trouve.

	(1)	Presque toutes les tribades en sont l. En 
imitant les passions des hommes, elles en 
chrissent les raffinements; et comme celui de 
la sodomie est le plus dlicat de tous, il est tout 
simple qu'elles en composent un de leurs plus 
divins plaisirs. 

	(2)	Terme de l'art, que ces messieurs emploient 
pour exprimer leurs oprations sur les sujets 
pleins de vie. 

	(3)	Cette dissertation se verra dans Juliette.



 

CHAPITRE VII

SUITE DE LA MALHEUREUSE ETOILE DE 
JUSTINE - RECONNAISSANCE - COMMENT
L'ETRE SUPREME LA DEDOMMAGE DE SES 
PROJETS PIEUX

	Une autre crature que la tremblante Justine se ft 
trs peu soucie de cette menace; ds qu'il lui tait 
possible de prouver que le traitement qu'elle venait de 
souffrir n'tait l'ouvrage d'aucuns tribunaux, qu'avait-elle 
 craindre? mais sa faiblesse, sa timidit naturelle, le 
poids de ses malheurs, tout l'tourdit, tout l'effraya; elle 
ne pensa plus qu' fuir.
	A cela prs de cette marque fltrissante... de 
quelques vestiges de verges qui, grce  la puret de son 
sang disparurent bientt... de quelques attaques 
sodomistes qui, diriges par des membres ordinaires, ne 
la dformaient nullement;  tout cela prs, disons-nous, 
notre hrone, ge de dix-huit ans, lorsqu'elle sortit de 
chez Rodin, y ayant d'ailleurs t bien soigne, bien 
nourrie, n'avait encore rien perdu, ni de ses forces, ni de 
sa fracheur, elle entrait dans cet ge heureux o il 
semble que la nature fasse un dernier effort pour embellir 
celle que sa main destine aux plaisirs des hommes. Sa 
taille tait mieux prononce, ses cheveux plus pais, plus 
longs, sa peau plus frache, plus apptissante; et sa gorge 
trs mnage par des gens peu friands de cette partie, 
avait acquis plus d'embonpoint et de rondeur. C'tait 
donc une trs belle fille que Justine, une crature bien 
capable d'allumer, chez des libertins, les plus violents 
dsirs... les plus irrguliers... les plus lascifs.
	Ainsi, plus irrite, plus afflige, que physiquement 
maltraite, Justine se mit en marche ds le mme soir: 
mais, se guidant mal, et ne demandant rien, elle ne fit 
que tourner autour de Paris, et le quatrime jour de son 
voyage elle ne se trouvait encore qu' Lieur-Saint. 
Sachant que cette route pouvait la conduire vers les 
provinces mridionales, elle rsolut de la suivre, et de 
gagner ainsi, comme elle le pourrait, ces pays loigns, 
persuade que le repos et la paix, qui lui taient si 
cruellement refuss dans sa patrie, l'attendaient peut-tre 
au bout de la France: fatale erreur! Que de chagrins il lui 
restait  dvorer encore!
	Quelles qu'eussent t ses peines, son innocence lui 
restait au moins jusque-l. Uniquement victime des 
attentats de deux ou trois libertins, elle pouvait (puisque 
jamais rien ne s'tait pass de son gr) se ranger encore 
dans la classe des honntes filles; elle n'avait rien  se 
reprocher; son coeur tait pur. Elle en devint trop 
glorieuse, et sa prsomption fut punie. Elle avait toute sa 
fortune avec elle, c'est--dire prs de 500 livres, somme 
rsultative de ce qu'elle avait gagn chez Bressac et chez 
Rodin. Elle se flicitait d'avoir au moins pu conserver ces 
secours, et se flattait qu'avec de la frugalit, de la 
temprance et de l'conomie, cet argent lui suffirait au 
moins jusqu' ce qu'elle ft en situation de pouvoir 
trouver quelque place. Sa terrible marque ne paraissait 
point; elle imaginait pouvoir la dguiser toujours, et que 
cet accident ne l'empcherait pas de gagner sa vie. Pleine 
d'espoir et de courage, elle poursuivit sa route jusqu' 
Sens, o elle se reposa quelques jours. Peut-tre aurait-
elle trouv quelque chose dans cette ville; mais, pntre 
de la ncessit de s'loigner, elle se remit en marche avec 
le dessein de chercher fortune en Dauphin. Elle avait 
entendu beaucoup parler de ce pays, elle croyait y 
trouver le bonheur. Nous allons voir de quel genre tait 
celui que le destin lui rservait.
	Sur le soir de la premire journe, c'est--dire,  
environ six ou sept lieues de Sens, Justine, s'tant carte 
du chemin pour satisfaire  quelques besoins de la 
nature, ne put s'empcher de s'asseoir un moment au bord 
d'un vaste tang, dont les entours lui parurent d'une 
fracheur dlicieuse. La nuit commenait  tendre ses 
voiles sur le flambeau de l'univers; et notre hrone, 
sachant qu'il n'y avait qu'une trs lgre distance du lieu 
o elle tait  celui o elle devait passer la nuit, ne se 
pressait pas d'interrompre les rflexions solitaires et 
douces que lui inspirait le site agreste o elle reposait, 
lorsqu'elle entendit tout  coup une masse assez 
volumineuse tomber dans l'eau,  dix pas d'elle. Elle 
tourne les yeux, et s'aperoit que cette masse est lance 
du milieu d'un buisson pais, au pied duquel flottent les 
eaux de l'tang, et que, par leur position respective, ni 
elle, ni l'agent de l'action qui venait d'tre commise, ne 
pouvaient s'entrevoir. Son second mouvement se porte 
avec rapidit sur la masse tombe; elle croit entendre des 
cris; elle s'aperoit que cette masse ne s'enfonce pas tout 
d'un coup, mais qu'elle est pourtant prte  disparatre. 
Ne doutant pas qu'une crature humaine ne ft renferme 
dans l'espce de panier qu'elle distingue, elle n'coute 
que le premier mouvement de la nature. Sans prendre 
garde aux dangers qu'elle court, elle se prcipite dans 
l'tang, est assez heureuse pour ne pas perdre pied, et 
pour saisir la manne flottante que le vent dirige de son 
ct. Elle revient sur ses pas, attirant aprs elle ce 
prcieux fardeau; elle se hte de le dvelopper: grand 
Dieu! c'est un enfant... une charmante petite fille de dix-
huit mois, nue, garrotte, que son bourreau, sans doute, 
croyait ensevelir avec son crime dans les eaux de cet 
tang. Justine se hte de briser les liens; elle fait respirer 
cet enfant, dont les petites mains timides s'lvent vers sa 
bienfaitrice, comme pour la remercier de ses soins, et l'en 
rcompenser par tout ce que la nature permet 
d'expression  sa reconnaissance. La sensible Justine 
embrasse cette charmante infortune.
	- Pauvre petite, lui dit-elle, tu n'es venue au monde 
que comme la malheureuse Justine, pour en connatre les 
douleurs et jamais les plaisirs! Peut-tre la mort et-elle 
t un bien pour toi! je te rends peut-tre un mauvais 
service, en te retirant du sein de l'oubli pour te replacer 
sur le thtre du dsespoir et des revers! Eh bien! je 
rparerai cette faute en ne t'abandonnant jamais; nous 
cueillerons ensemble toutes les pines de la vie: foules 
par toutes deux, elles nous paratront peut-tre moins 
aigus, et, devenues plus fortes par notre union, nous les 
mousserons avec moins de peine. Bont du ciel, je te 
remercie du prsent que tu me fais; c'est un objet sacr 
sur lequel ma sensibilit s'exercera sans cesse. Assez 
heureuse pour lui avoir sauv la vie, je prendrai soin de 
ses jours, de son ducation, de ses moeurs; elle ne me 
quittera plus; je travaillerai pour la nourrir: plus jeune 
que moi, elle me le rendra dans la vieillesse; c'est une 
amie, c'est un secours que la main de l'Eternel m'envoie. 
Par quelles actions de grces pourrai-je lui peindre toute 
ma reconnaissance?
	- C'est moi qui vais m'en charger, putain, dit un 
homme  voix de Stentor, en saisissant la malheureuse 
Justine au collet, et la renversant sur le gazon; oui, c'est 
moi qui vais te punir, pour t'apprendre  te mler de ce 
qui ne te regarde pas: et l'inconnu, se remparant aussitt 
de la petite fille, la rentre dans son panier, l'y attache, et 
la replonge au milieu des eaux... Le sort que vient 
d'prouver cette enfant, tu le mriterais, garce, continue 
ce sauvage; et je ne balancerai pas  te le faire ressentir, 
si je ne m'apercevais  ta tournure, qu'en te rservant  de 
plus cruels flaux, tu me procureras peut-tre de plus 
grands plaisirs. Suis-moi, sans dire un mot; ce poignard 
que tu vois lev sur ton sein s'y plonge au premier 
mouvement qui t'chappe.
	Nous renonons  peindre ici la surprise, la frayeur, 
tous les diffrents mouvements qui agitrent l'me de 
Justine. N'osant rpondre, elle se lve en tremblant, et 
suit son bourreau.
	Aprs deux grandes heures de marche, on arrive 
enfin dans un chteau, situ au fond d'un large vallon, 
environn de hautes futaies, donnant  cette habitation 
l'air du monde le plus sombre et le plus sauvage. La porte 
de cette maison tait tellement masque par des massifs 
de bois et de charmilles, qu'il tait impossible de la 
deviner. Ce fut l que Justine, guide par le matre mme 
du lieu, pntra sur les dix heures du soir. Pendant que, 
place tout de suite dans une chambre o on la verrouille 
avec soin, cette pauvre crature cherche  trouver un peu 
de repos au milieu des nouvelles horreurs qui 
l'environnent, dveloppons ce qu'il faut qu'on sache de 
cette aventure, pour y prendre un peu d'intrt.
	M. de Bandole, homme fort riche et jadis de robe, 
tait le seigneur du chteau, dans lequel lui-mme venait 
d'introduire Justine. Retir du monde ds l'poque o il 
avait hrit de son pre, Bandole, depuis plus de quinze 
ans, se livrait dans cette solitaire habitation, aux gots 
bizarres qu'il avait reus de la nature; et certes, ces gots, 
que nous allons peindre, effraieront sans doute nos 
lecteurs. Peu d'hommes avaient un temprament plus 
vigoureux que Bandole; quoiqu'g de quarante ans, il 
foutait encore rgulirement ses quatre coups par jour, et 
dans sa jeunesse il avait t jusqu' dix. Grand, mince, 
d'un temprament bilieux et sec, possdant un vit noir et 
mutin de neuf pouces de long sur six de tour, velu sur 
tout son corps comme un ours; Bandole, tel que nous 
venons de l'esquisser, n'aimait les femmes que pour en 
jouir; en tait-il rassasi, il tait impossible de les 
mpriser davantage. Ce qu'il y avait de trs singulier, 
c'est qu'il ne s'en servait jamais que pour leur faire des 
enfants, et que jamais il ne manquait son coup; mais, 
c'est l'usage qu'il faisait de ce fruit qui sans doute tait 
plus extraordinaire encore: on l'levait jusqu' dix-huit 
mois; les avait-il atteints, le funeste tang, o nous 
venons de le voir plonger un de ses fruits, devenait le 
cercueil universel de tous.
	Pour la satisfaction de cette bizarre manie, Bandole 
avait trente filles enfermes dans son chteau, de l'ge de 
dix-huit  vingt-cinq ans, et toutes de la plus grande 
beaut; quatre vieilles femmes taient charges de la 
tenue de ce srail; une cuisinire et deux filles de cuisine 
achevaient de composer toute la maison de ce libertin. 
Grand ennemi du faste et de la somptuosit, absolument 
dans les principes d'Epicure, notre singulier personnage 
prtendait que, pour conserver longtemps sa vigueur, il 
fallait manger peu, ne boire que de l'eau, et que, pour 
qu'une femme devint promptement fconde, il fallait de 
mme qu'elle ne prt qu'une nourriture saine et lgre; en 
consquence, jamais Bandole ne faisait qu'un repas 
compos de quelques vgtaux, et ses femmes deux, o 
jamais il n'tait servi que des lgumes et des fruits. Il est 
certain qu'avec ce rgime Bandole jouissait de la 
meilleure sant, et ses femmes d'une tonnante fracheur; 
elles pondaient comme des poules, et il n'y avait pas 
d'anne que chacune d'elles ne lui donnt au moins un 
enfant. Voici d'ailleurs quels taient les procds de ce 
paillard: Dans un boudoir, prpar  cet effet, se trouvait 
une machine sur laquelle la femme, mollement tendue 
et vigoureusement garrotte, prsentait  ce libertin le 
temple de Vnus au dernier degr d'cartement possible; 
il enfilait, on ne bougeait pas: cette clause, d'aprs 
Bandole, tait la plus essentielle  la consommation de 
l'acte; et ce n'tait que pour l'obtenir plus srement, qu'il 
exigeait des liens: trois ou quatre fois dans la journe la 
mme femme tait replace sur la machine, ensuite tenue 
dans son lit neuf jours la tte basse et les pieds trs haut. 
Soit que les moyens de Bandole fussent bons, soit que 
son sperme et une vritable vertu prolifique; toujours 
est-il certain qu'il n'en manquait gure: au bout de neuf 
mois l'enfant paraissait; on le soignait pendant dix-huit; 
on le noyait enfin. Et c'tait (cette circonstance est digne 
de remarque), c'tait toujours Bandole lui-mme qui 
terminait cette opration, seul procd dont il obtenait 
l'rection ncessaire  procrer de nouvelles victimes.
	A chaque couche on rformait celle des femmes qui 
venait de produire: en telle sorte qu'une sultane n'tait 
jamais garde qu'en cas de strilit; ce qui les plaait 
ncessairement dans l'affreuse alternative, ou de passer 
l leur vie, ou de faire un enfant avec ce monstre. Et 
comme elles ignoraient d'ailleurs exactement ce qu'on 
faisait de leur progniture, Bandole ne voyait aucune 
difficult  leur rendre leur libert entire; on les 
ramenait dans le mme lieu o elles avait t prises, avec 
mille cus de ddommagement. Mais notre homme, 
surpris cette fois par Justine, avec le projet de la 
soumettre  ses plaisirs ordinaires, n'avait pourtant, 
quelque quantit d'enfants qu'elle pt lui donner, nulle 
envie de lui rendre une libert dont elle et pu abuser 
pour la trahir. A l'gard des imprudences intrieures, 
comme ces femmes taient toutes enfermes sparment, 
et qu'elles ne se communiquaient jamais entre elles, 
Justine, en subissant le mme sort, se trouvait hors d'tat 
de rien rvler. Il n'y avait de danger qu' sa dlivrance; 
et Bandole tait bien fermement rsolu  ne la lui 
accorder jamais.
	Nous nous flattons, au reste, qu'on doit s'imaginer 
facilement que la manire de procder  l'acte de 
jouissance, dans un tel homme, devait se ressentir un peu 
de la frocit de ses gots: ne cherchant absolument que 
son unique satisfaction, de ses jours Bandole n'avait 
ressenti les feux de l'amour. Une des vieilles garrottait 
sur la machine celle qui devait passer ce jour-l; on 
l'avertissait, il ouvrait la porte du cabinet, se branlait un 
moment en face du con, invectivait la femme, jurait, 
haletait, enconnait, poussait de trs grands cris pendant la 
jouissance, et finissait par beugler comme un taureau  
l'instant de l'jaculation. Il sortait de l sans jeter 
seulement un regard sur la femme, et recommenait ainsi 
trois ou quatre fois dans les vingt-quatre heures, toujours 
avec la mme. Le lendemain, une autre succdait, et ainsi 
de suite. Quant aux pisodes, ils se ressemblaient 
galement: un grand flegme, une jouissance fort longue, 
des cris, des blasphmes et du foutre; c'tait toujours la 
mme chose.
	Voil donc l'homme qui allait cueillir une rose... un 
peu fltrie, on s'en souvient, au moyen des cruelles 
tentatives de Saint-Florent; mais bien rafrachie, bien 
referme par l'effet d'une aussi longue abstinence, ce qui 
sous plus d'un rapport, pouvait encore donner  cette jolie 
fleur toute la physionomie d'un pucelage. Bandole faisait 
grand cas de cette manire d'tre dans une fille; ses 
agents avaient pour principale consigne de les amener 
toujours vierges: on n'tait point reu sans cette clause.
	D'ailleurs, Bandole ne voyait absolument qui que ce 
ft. La vie la plus solitaire et la plus retire tait celle qui 
lui convenait. Quelques livres et des promenades, voil 
les seules diversions par lesquelles il entrecoupait ses 
luxures. De l'esprit, un caractre ferme et prononc, 
aucuns prjugs, point de religion, nuls principes, 
tonnamment despote au fond de son srail, sans pudeur, 
sans humanit, prconisant ses vices; tel tait Bandole et 
son repaire; tel tait le tombeau que la main du ciel 
prparait  Justine, pour la rcompenser d'avoir voulu 
sauver une des victimes de ce sclrat.
	Quinze jours entiers s'coulrent sans que notre 
malheureuse entendit parler de son perscuteur: une des 
vieilles lui apportait la nourriture de la maison; Justine la 
questionnait, et celle-ci, rpondant froidement: 
	- Vous aurez bientt l'honneur de voir monsieur; 
vous serez instruite alors.
	- Mais, ma bonne, pourquoi suis-je ici?
	- Pour les plaisirs de monsieur.
	- Oh! juste ciel! comment, il voudra me forcer  des 
choses... dont la seule ide me fait horreur?
	- Vous ferez comme les autres, et vous ne serez pas 
plus  plaindre qu'elles.
	- Les autres? Comment, il y en a d'autres ici?
	- Assurment, vous n'tes pas la seule; allons, 
allons, du courage, de la patience: et la porte se 
refermait.
	Le seizime jour enfin, on avertit Justine de se tenir 
prte pour une crmonie pralable, sur laquelle on ne 
l'avait nullement prvenue. Les portes s'ouvrent avec 
fracas; Bandole, suivi d'une vieille, entre dans la 
chambre: Faites-moi voir le con, dit-il  la matrone; et 
Justine sans pouvoir s'en dfendre, est aussitt saisie et 
trousse.
	- Ah! ah! dit Bandole avec ngligence, n'est-ce pas 
celle qui doit mourir ici... celle qui s'est avise de me 
surprendre?
	- Oui, rpond-on.
	- Puisque c'est ainsi, je n'ai pas besoin de grands 
mnagements avec elle... Le pucelage y est-il? Alors la 
vieille, le nez affubl de lunettes, se courbe pour 
examiner.
	- Cela a t attaqu, dit-elle au bout d'un instant; 
mais il y a de l'troit, de la fracheur... il y a de quoi 
donner du plaisir.
	- Ecartez... que je voie  mon tour, dit Bandole... et 
le vilain, agenouill devant le con ouvert, y fourre  la 
fois ses doigts, son nez et sa langue. Ttez-lui les reins, 
dit-il  la vieille en se relevant, et dites-moi si vous 
supposez que la ponte pourra se faire avec succs.
	- Oui, dit la vieille en palpant, le sujet est bien 
constitu; je vous rponds d'un excellent produit dans 
neuf mois.
	- Oh! ciel! s'cria Justine, quand je serais une bte 
de somme, on ne m'analyserait pas avec plus de mpris; 
et qu'ai-je donc fait, Monsieur, pour mriter l'outrage que 
vous me destinez? o sont les titres de votre autorit sur 
moi?
	- Les voil, dit Bandole, en montrant son vit; je 
bande et je veux foutre.
	- Cette affreuse logique des passions s'allie-t-elle  
l'humanit?
	- Et qu'est-ce que l'humanit, ma fille, je vous prie?
	- La vertu qui vous assurera des secours si jamais 
vous devenez malheureux vous-mme.
	- On ne l'est jamais avec cinq cent mille livres de 
rente, quand on y joint mes principes et ma sant.
	- On l'est toujours, quand on fait le malheur des 
autres.
	- Voil une crature qui raisonne, dit Bandole, en 
remettant sa culotte; le peu d'habitude o je suis d'en 
trouver de cette espce, me fait dsirer de jaser avec elle: 
retirez-vous, continua-t-il, en s'adressant  la vieille: et 
l'on s'assit de part et d'autre.
	- O prends-tu, je te prie, mon enfant, poursuivit 
Bandole, qu'aussitt que la nature m'a cr le plus fort, et 
par mon physique, et par mon moral, je n'aie pas reu 
d'elle, avec ces premiers dons, le pouvoir de traiter mes 
infrieurs d'aprs les seules rgles de ma volont?
	- Ces prsents dont vous vous targuez, ne devraient 
tre pour vous que des motifs de plus d'honorer la vertu 
et de soulager l'infortune; vous en tes indigne, ds que 
vous ne les employez pas  cet usage.
	- A mon tour, je dirai, chre fille, que cette manire 
de raisonner est loin de mon coeur. Pour que je puisse 
faire de ton existence le mme cas que je fais de la 
mienne, il faudrait que je trouvasse dans cette existence 
trangre, des relations qui s'enchanassent  moi aussi 
intimement que mes gots ou que mes passions... Cela 
est-il? Je dis plus, cela peut-il tre? Ne pouvant donc 
envisager ton existence que comme absolument 
trangre, ou, si tu l'aimes mieux, comme passive, 
l'estime que j'aurai pour toi ne pourra jamais tre qque 
relative, ou, pour m'explquer plus clairement, qu'une 
estime proportionne au degr d'utilit que je recevrai de 
toi; or, cette utilit, du moment que je suis le plus fort, ne 
peut plus consister que dans les actes d'esclavage les 
mieux constats de ta part. Alors seulement nous aurons 
tous deux parfaitement rempli les rles pour lesquels 
nous a crs la nature; moi, lorsque je t'assouplis  mes 
passions, de quelque genre ou de quelque nature que ce 
puisse tre; toi, lorsque tu en subis les effets. Tes 
dfinitions de l'humanit, Justine, ne sont le fruit que des 
sophismes du faible: l'humanit bien entendue ne 
consiste pas  donner tous ses soins aux autres; mais  se 
conserver, soi,  se dlecter aux dpens de qui que ce 
puisse tre. Ne confondons jamais la civilisation avec 
l'humanit: celle-ci est fille de la nature; scrutons-la sans 
prjugs, nous ne nous tromperons jamais sur sa voix: 
l'autre est l'ouvrage des hommes et, par consquent, de 
toutes les passions et de tous les intrts runis. Jamais la 
nature ne nous inspire que ce qui peut lui plaire ou lui 
tre utile: toutes les fois qu'en prouvant un de ses dsirs 
nous nous sentons arrts par quelque chose, soyons bien 
srs que la barrire est leve par la main des hommes. 
Pourquoi respecterions-nous ce frein? Si nous nous 
dgradons jusque-l, n'en accusons que la crainte ou que 
notre faiblesse; ne nous en prenons jamais  notre 
raison... tout se franchit quand on l'coute. Serait-il donc 
vraisemblable que la nature pt tablir  la fois dans 
nous, et le dsir d'une action quelconque, et la possibilit 
que cette action pt outrager celle qui nous en donne 
l'envie? Rien d'aussi bizarre que mes gots, tu le vois 
Justine: je n'aime point les femmes; leur jouissance est la 
chose du monde la plus insipide pour moi; mais le plaisir 
de les engrosser, et de fltrir aprs le fruit que j'ai fait 
germer dans leurs seins, est une action dlicieuse; il n'en 
serait point, sans doute, qui me rendt plus coupable aux 
yeux de mes semblables: eh bien, sera-ce une raison pour 
moi de m'en corriger? Non, sans doute: et que m'importe 
l'estime ou l'opinion des hommes, de quel poids peuvent 
tre ces chimres, prs de mes gots ou de mes passions? 
Ce que je perds avec eux. et le rsultat de leur gosme; 
ce que je leur prfre, sont les plus douces jouissances de 
la vie.
	- Les plus douces, monsieur!
	- Oui, les plus douces, Justine; elles ne sont jamais 
plus dlicieuses, que quand elles s'cartent le plus des 
usages reus et des moeurs habituelles; ce n'est que la 
destruction de toutes ces digues, que consiste la plus 
suprme volupt.
	- Mais, monsieur, elles deviennent des crimes.
	- Mot vide de sens ma chre; il n'y a point de crime 
dans la nature: les hommes y croient, cela est tout simple, 
ils ont d caractriser de dlit tout ce qui troublait leur 
tranquillit: ainsi l'ouvrage qu'un homme se permet sur 
un autre, peut vritablement exister individuellement 
parlant... jamais aux yeux de la nature...
	Et ici Bandole rpta, avec quelques expressions 
diffrentes, tout ce que Rodin avait dit sur le nant du 
dlit de l'infanticide; il lui prouva, pour le moins avec 
autant d'nergie, qu'il n'y avait aucune espce de mal  
disposer du fruit qu'on avait plant, et que nous n'avions 
sur aucune proprit des droits mieux fonds que sur 
celle-l.
	- L'intention de la nature est remplie, ds que la 
femme est enceinte, poursuivit Bandole; mais il lui est 
gal que le fruit mrisse o qu'il soit cueilli dans sa 
verdeur.
	- Oh! monsieur, vous ne tirerez jamais de justes 
comparaisons de la chose inanime  l'tre possdant une 
me.
	- Une me? dit Bandole, en clatant de rire; ah! dis-
moi, je t'en prie, ma chre, ce que tu entends par cette 
expression.
	- Elle me donne l'ide du principe vivifiant et 
ternel, sublime et grande manation de la Divinit, qui 
nous rapproche d'elle, qui nous unit  elle, et qui, par la 
perfection de son essence, nous distingue de tous les 
animaux.
	Et ici Bandole, ayant clat de rire une seconde 
fois, dit  Justine: 
	- Ecoute, mon enfant; je m'aperois que tu as 
quelque mrite, et je veux bien consentir  t'clairer, un 
peu d'attention, et suis-moi.
	Il n'est rien d'aussi absurde, sans doute, que le 
systme des gens qui s'acharnent  dire que l'me est une 
substance diffrente du corps; leur erreur vient de 
l'orgueil qu'ils mettent  supposer que cet organe 
intrieur a le pouvoir de tirer des ides de son propre 
fonds. Sduits par cette premire illusion, quelques-uns 
d'entre eux ont port l'extravagance au point de croire 
que nous apportons en naissant des ides innes. D'aprs 
cette ridicule hypothse, ils ont fait de la partie qu'ils ont 
nomme AME une substance isole, et lui ont accord le 
droit imaginaire de penser abstractivement de la matire 
dont elle mane uniquement. Ces opinions monstrueuses 
ne se justifiaient qu'en disant que les ides sont les seuls 
objets de la pense, comme s'il n'tait pas prouv qu'elles 
ne peuvent nous venir que des objets extrieurs, qui, en 
agissant sur nos sens, ont modifi notre cerveau. Chaque 
ide sans doute est un effet; mais, quelque difficile qu'il 
soit de remonter  sa cause, pouvons-nous supposer 
qu'elle ne soit pas due  une cause? Si nous ne pouvons 
acqurir d'ides que par des substances matrielles, 
comment pouvons-nous supposer que la cause de nos 
ides puisse tre immatrielle? Oser soutenir que nous 
pouvons avoir des ides sans les sens, serait aussi 
absurde que de dire qu'un aveugle de naissance pourrait 
avoir une ide des couleurs. Eh! non, Justine, non; ne 
croyons pas que notre me puisse agir d'elle-mme ou 
sans cause, dans aucun des instants de notre vie: 
absolument lie aux lments matriels qui composent 
notre existence, entirement dpendante d'eux, toujours 
soumise aux impressions des tres qui agissent en nous 
ncessairement, et d'aprs leurs proprits, les 
mouvements secrets de ce principe, vulgairement appel 
AME, sont dus  des causes caches au-dedans de nous-
mmes. Nous croyons que cette me se meut, parce que 
nous ne voyons pas les ressorts qui la remuent, ou parce 
que nous supposons ces mobiles incapables de produire 
les effets que nous admirons. La source de nos erreurs 
vient de ce que nous regardons notre corps comme de la 
matire brute et inerte, tandis que ce corps est une 
machine sensible, qui a ncessairement la conscience 
momentane de l'impression qu'il reoit, et la conscience 
du moi par le souvenir des impressions successivement 
prouves. Retiens-le, Justine: ce n'est jamais que par 
nos sens que les tres nous sont connus, ou produisent 
des ides en nous; ce n'est qu'en consquence des 
mouvements imprims  notre corps que notre cerveau se 
modifie ou que notre me pense, veut et agit. Notre esprit 
pourrait-il donc s'exercer sur autre chose que ce qu'il 
connat? et peut-il connatre autre chose que ce qu'il a 
senti? Tout nous prouve, de la manire la plus 
convaincante, que l'me agit et se meut d'aprs les 
mmes lois que celles des autres tres de la nature: 
qu'elle ne peut tre distingue du corps; qu'elle nat, 
s'accrot, se modifie dans les mmes progressions que lui 
et que, par consquent, elle prit avec lui. Toujours 
dpendante du corps, vous la voyez passer par les mmes 
gradations: inepte dans l'enfance, vigoureuse dans l'ge 
mr, glace dans la vieillesse, sa raison ou son dlire, ses 
vertus ou ses vices, ne sont jamais que le rsultat des 
objets extrieurs et de leurs effets sur les organes 
matriels. Comment, avec d'aussi fortes preuves de 
l'identit de l'me avec le corps, a-t-on jamais pu 
s'imaginer que cette portion d'un mme individu jouissait 
de l'immortalit, pendant que l'autre prissait. Les 
imbciles, aprs avoir fait de cette me qu'ils 
fabriquaient  leur guise un tre simple, intendu, 
dpourvu de parties, absolument diffrent, en un mot, de 
tout ce que nous connaissons, prtendirent qu'elle n'tait 
point sujette aux lois que nous trouvons dans tous les 
tres dont l'exprience nous montre la dcomposition 
perptuelle; ils partirent de ces faux principes pour se 
persuader que le monde avait aussi une me spirituelle, 
universelle, et ils donnrent le nom de Dieu  cette 
nouvelle chimre dont celle de leur corps devenait une 
manation. De l, les religions, et toutes les fables 
absurdes qui en dcoulrent, tous les systmes 
gigantesques et fabuleux qui devaient ncessairement 
rsulter de cette premire extravagance: de l, les ides 
romanesques de peines, des rcompenses aprs cette vie: 
absurdit la plus rvoltante de toutes; car, si l'me 
humaine tait une manation de l'me universelle, c'est-
-dire, du Dieu de l'univers; comment pouvait-elle 
mriter ou dmriter? comment, perptuellement 
enchane  l'tre dont elle manait, pouvait-elle tre 
libre? et, d'aprs cela punie ou rcompense comme 
telle? Que les sectateurs de l'imbcile systme de 
l'immortalit de l'me n'aillent pas nous donner son 
universalit pour preuve de sa ralit. Rien n'est aussi 
simple que la prodigieuse tendue de cette opinion: elle 
contient le fort, elle console le faible; en fallait-il plus 
pour la propager? Partout les hommes se ressemblent, et 
partout avec les mmes faiblesses ils doivent avoir les 
mmes erreurs. La nature ayant inspir  tous les 
hommes le plus vif amour pour leur existence, l'ternit 
de cette existence devient un dsir ncessaire; ce dsir se 
convertit bien en certitude, et plus promptement encore 
en dogme. Il tait facile de prsumer que des hommes 
ainsi disposs devaient couter avidement tout ce que 
leur annonait ce systme. Mais le dsir d'une chimre 
peut-il jamais devenir la preuve incontestable de la 
ralit de cette chimre? Nous dsirons de mme la vie 
ternelle des corps; et, cependant, ce dsir est frustr: 
pourquoi celui de la vie de notre me ne le serait-il pas 
de mme? Les rflexions les plus simples sur la nature de 
cette me devraient nous convaincre que l'ide de son 
immortalit n'est qu'une illusion. Qu'est-ce, en effet, que 
cette me, sinon le principe de la sensibilit? qu'est-ce 
que penser, jouir, souffrir, sinon sentir? qu'est-ce que la 
vie, sinon l'assemblage de ces diffrents mouvements 
propres  tre organiss? Ainsi ds que le corps cesse de 
vivre, la sensibilit ne peut plus s'exercer; il ne peut plus 
y avoir d'ides, ni, par consquent, de penses: les ides 
ne peuvent donc nous venir que des sens; or, comment 
veut-on qu'une fois privs de ces sens, nous ayons encore 
des ides? Puisqu'on fait de l'me un tre spar du corps 
animal, pourquoi n'a-t-on pas fait de la vie un tre 
distingu du corps vivant? la vie est la somme des 
mouvements de tout le corps; le sentiment et la pense 
font une partie de ces mouvements: ainsi dans l'homme 
mort ces mouvements cesseront comme tous les autres. 
Et par quel raisonnement, en effet, prtendrait-on nous 
prouver que cette me, qui ne peut sentir, penser, vouloir, 
agir, qu' l'aide de ses organes, puisse avoir de la douleur 
ou du plaisir, ou mme avoir la conscience de son 
existence, lorsque les organes qui l'en avertissaient seront 
dcomposs? N'est-il pas vident que l'me dpend de 
l'arrangement des parties du corps, et de l'ordre suivant 
lequel ces parties concourent  faire leurs fonctions? 
Ainsi, la structure organique une fois dtruite, nous ne 
pouvons douter que l'me ne le soit aussi. Ne voyons-
nous pas, durant tout le cours de notre vie, que cette me 
est altre, drange, trouble par tous les changements 
qu'prouvent nos organes? et l'on a l'extravagance 
d'imaginer qu'il faut que cette me agisse, pense, 
subsiste, lorsque ces mmes organes auront entirement 
disparu! quelle absurdit!
	L'tre organis peut se comparer  une horloge qui, 
brise une fois, n'est plus propre aux usages auxquels elle 
tait destine. Dire que l'me sentira, pensera, jouira, 
souffrira aprs la mort du corps, c'est prtendre qu'une 
horloge, casse en mille pices, peut continuer  marquer 
les heures. Ceux qui nous disent que notre me peut 
subsister, nonobstant la destruction du corps, soutiennent 
videmment que la modification d'un corps pourra se 
conserver, aprs que le sujet en aura t dtruit.
	O mon enfant! persuade-toi donc bien qu'aprs ta 
mort tes yeux ne verront plus, tes oreilles n'entendront 
plus; du fond de ton cercueil, tu ne seras plus le tmoin 
de ces scnes que ton imagination te reprsente 
aujourd'hui sous des couleurs si noires; tu ne prendras 
plus de part  ce qui se passera dans le monde; tu ne 
seras pas plus occupe de ce qu'on fera de tes cendres, 
que tu ne pouvais l'tre, la veille de ta naissance, de la 
sorte d'organes que tu allais recevoir de la nature. 
Mourir, c'est cesser de penser, de sentir, de jouir, de 
souffrir: tes ides priront avec toi; tes peines et tes 
plaisirs ne te suivront point dans la tombe: envisage donc 
la mort d'un oeil paisible, non pour alimenter tes craintes 
et ta mlancolie, mais pour t'accoutumer  la voir d'un 
oeil calme, et pour te rassurer contre les fausses terreurs 
que les ennemis de ton repos travaillent  t'inspirer.
	- Oh! monsieur, dit Justine, combien ces ides sont 
tristes! celles que j'ai reues dans mon ducation ne sont-
elles pas plus consolantes?
	- Mais la philosophie, Justine, n'est point l'art de 
consoler les faibles; elle n'a d'autre but que de donner de 
la justesse  l'esprit, et d'en draciner les prjugs. Je ne 
suis point consolant, moi, Justine; je suis vrai. Si j'avais 
envie de te consoler, je te dirais, par exemple, qu'ainsi 
qu'aux autres femmes de mon srail, les portes te seront 
ouvertes aussitt que tu m'auras fait un enfant. Je ne te le 
dis pas, parce que je ne veux point te tromper; tu tiens 
mon secret, ce malheur-l t'assure une ternelle captivit. 
Regarde-toi donc ma chre, comme dj dans le cercueil 
que je te peignais tout  l'heure; tu ne reverras jamais le 
seuil de la porte par laquelle tu es entre.
	- Oh! monsieur.
	- Justine, je bande, descendons; c'est assez 
raisonner; je veux foutre.
	La vieille est rappele; Justine conduite au cabinet 
destin  ces sortes de sacrifices, on garrotte notre 
malheureuse fille sur le sige banal, et la matrone se 
retire.
	- Mprisable crature! dit alors le vieux faune avec 
brutalit, vous voyez ce qu'on gagne  vouloir faire une 
bonne action; j'ai toujours vu que la vertu s'enveloppait 
dans ses propres piges, et qu'elle tait sans cesse la dupe 
du vice. Vous n'aviez qu' laisser noyer cet enfant je 
n'aurais seulement pas pris garde  vous.
	- Oh! monsieur... moi laisser commettre un crime 
aussi pouvantable!
	- Tais-toi, putain: je te l'ai dj dmontr; y a-t-il 
quelque chose dont nous soyons plus matres que du 
morceau de foutre que nous avons ptri? Allons coquine, 
donne-m'en un, et je l'expdierai devant toi.
	- Au nom du ciel, monsieur, faites-moi grce; 
aussitt que votre passion sera satisfaite, je ne serai plus 
pour vous d'aucune utilit; vous me mpriserez, vous 
m'abandonnerez; et, si vous vouliez m'employer  autre 
chose dans votre maison, je serais bien sre de pouvoir 
vous y rendre de bien grands services.
	- Et quels services? disait Bandole, tout en palpant 
avec grossiret la motte et le sein de Justine. Une garce 
comme vous n'est bonne qu' tre foutue; et c'est  cet 
unique objet que je vais vous employer: la seule 
diffrence que je ferai de vous aux autres, sera de vous 
maltraiter infiniment davantage, parce que les autres 
sortent, et que vous tes ici pour votre vie; et Bandole, 
suffisamment chauff, se met  l'ouvrage.
	Mais Bandole, comme tous les philosophes... 
comme tous les gens d'esprit, avait des manies 
prliminaires. Celle d'un homme qui aime le con, est de 
le baiser: notre libertin faisait plus; il le suait, il mordait 
le clitoris, et se divertissait infiniment  piler une motte 
avec ses dents. Ces prludes acquraient plus ou moins 
de violence, en raison de la fracheur ou de la beaut de 
l'objet offert; et comme Bandole n'en recevait pas 
souvent d'aussi joli que Justine, il se livra. Le pauvre 
petit con de notre infortune fut vigoureusement mordu; 
ses belles cuisses reurent aussi l'empreinte des dents de 
ce libertin, qui, bien dcid  l'opration, allait y 
procder enfin tout de bon, lorsqu'on vint lui annoncer 
prcipitamment qu'une des femmes du srail allait 
enfanter. C'tait l'usage: ds que la ponte avait lieu, on 
avertissait le sultan, qui, dans pareil cas, se conduisait de 
manire que nous allons dtailler.
	- Vous auriez bien pu attendre un instant, dit-il 
d'abord  la vieille qui l'interrompait, j'allais foutre... 
N'importe: vos ordres sont de m'avertir; vous les 
excutez, je n'ai rien  dire. Dtachez cette fille, elle me 
suivra; destine  vous remplacer un jour, je veux qu'elle 
apprenne  me servir.
	Justine, la vieille et Bandole se transportent donc 
dans la cellule de celle qui tait sur le point d'accoucher. 
C'tait une jeune fille de dix-neuf ans, belle comme le 
jour, dj dans les crises de la premire douleur. Bandole 
et la vieille la saisissent, la placent sur une machine 
diffrente de celle o on les attachait pour tre foutues, 
mais pour le moins aussi incommode. L, la victime, 
tendue sur une planche en bascule, avait le chef et les 
pieds fort bas; ses reins seuls taient levs: son 
accouchement ainsi ne pouvait tre que trs prilleux; et 
cette circonstance n'tait pas une de celles qui flattaient 
le moins notre libertin. A peine cette belle fille fut-elle 
assise sur ce lit de misre, qu'elle commena  jeter les 
hauts cris.
	- Ah! dit Bandole en la palpant, l'accouchement 
sera difficile, je le vois; je suis bien aise, Justine, de cette 
occasion pour te faire admirer mon adresse.
	Afin de s'assurer encore mieux de l'tat de la 
patiente, il lui enfonce un doigt dans la matrice: 
	- Cela est certain, elle souffrira, dit-il avec joie; 
c'est par les pieds que veut se dgager l'enfant; nous 
serons obligs d'avoir recours  des moyens terribles.
	Puis, au bout d'un instant, voyant que les mmes 
symptmes se prolongent...
	- Allons, poursuit-il, il n'y a plus d'autre moyen; il 
faut que la mre prisse, si je veux sauver l'enfant; et 
comme celui-ci peut encore me donner un trs grand 
plaisir, et que l'autre ne me sert plus  rien, je serais un 
fou de balancer...
	Et la malheureuse entendait son arrt; le brutal ne 
prenait aucune prcaution pour lui en dguiser l'horreur.
	- Je n'ai plus de ressources que dans l'opration 
csarienne, continua-t-il, et j'y vais procder.
	Il dveloppe, prpare tous ses instruments, et se met 
en devoir d'inciser le flanc: l'ouverture faite, il veut saisir 
l'enfant, il y parvient; la mre expire; mais l'embryon 
n'arrive qu'en morceaux.
	- Certes, monsieur, dit la vieille, vous avez fait l 
une belle opration.
	- Elle est manque, dit Bandole, c'est ta faute; 
pourquoi diable viens-tu me chercher quand je bande; tu 
sais bien que je ne puis rien faire quand je suis aveugl 
par le foutre; en voil la preuve. N'importe: branle-moi, 
Justine... oui, dirige les flots de mon sperme sur les restes 
sanglants de ces victimes.
	Justine, effraye... couverte de pleurs, obit en 
tremblant: en deux secousses la bombe clate; il semblait 
que le paillard n'et jamais t plus dlicieusement 
chatouill; et la mre et l'enfant sont inonds des preuves 
parlantes de sa vigueur. Le calme renat; il se retire.
	- Qu'on enterre tout cela, dit-il  la vieille, et qu'on 
me mette cette fille-l en lieu sr; plus elle sait mes 
secrets, plus je la crains; je n'ai plus de mnagements  
garder avec elle; c'est donc dans les prisons que je veux 
qu'elle soit mise: et l'ordre est excut.
	Ces prisons taient des tourelles leves o l'air 
tait fort pur, mais o l'on tait grill de toutes parts, et 
desquelles il tait impossible de s'vader. Verrouille l, 
et abandonne  elle-mme, la sensible Justine 
commena  former quelques rflexions sur son sort.
	- O Dieu! s'cria-t-elle, pourquoi donc faut-il que je 
sois aussi cruellement maltraite, quand je n'ai eu d'autre 
sort que celui de m'tre oppose  un crime! que 
d'exemples, quoique bien jeune encore, je reois de cette 
funeste fatalit de mon toile!
	Un instant d'abrutissement succda. Justine tait 
immobile;  peine respirait-elle; on et dit que toutes les 
facults de sa cruelle existence taient enchanes par la 
douleur: quelques larmes involontaires coulaient de ses 
beaux yeux; et une violente palpitation de coeur devenait 
la seule preuve de ses liens  la vie. Plusieurs jours se 
passrent ainsi, sans que cette malheureuse reut aucune 
consolation, sans que qui que ce ft pntrt dans sa 
chambre, que les vieilles charges de la nourrir.
	Enfin, Bandole reparut un soir.
	- Mon enfant, dit-il  cette infortune, je viens te 
prvenir que c'est aprs-demain, sans faute, que je 
t'accorde les honneurs de ma couche... et sur un 
mouvement affreux de Justine: Quoi! cette nouvelle ne te 
comble pas de plaisir?
	- Elle me fait horreur. Oh! monsieur, croyez-vous 
que des femmes puissent vous aimer?
	- M'aimer! rpondit Bandole, je serais au dsespoir 
qu'une femme s'en avist: l'homme qui veut jouir 
dlicieusement ne recherchera jamais le coeur d'une 
femme; avec de tels procds, on ne deviendrait que son 
esclave et, par consquent, trs malheureux. Une femme 
n'est vraiment dlicieuse  foutre que quand elle vous 
dteste cordialement; et l'homme qui voudra connatre 
tout le piquant d'une jouissance, ne doit rien ngliger 
pour imprimer  la femme qu'il fout le plus de motifs de 
haine qu'il lui sera possible. Crois-tu que les Asiatiques, 
si experts en volupt, ne savent pas bien ce qu'ils font, 
quand ils enferment leurs femmes? N'imagine pas, 
Justine, que la jalousie influence en rien leur manire 
d'agir  cet gard. Serait-il prsumable qu'un homme qui 
a cinq ou six femmes puisse les aimer toutes, au point 
d'en tre jaloux? ce n'est point pour cela qu'il les 
enferme: le seul motif qui le dtermine  cette clture, est 
qu'il y gagne par l le moyen de les vexer plus  l'aise; 
dsir qui nat en lui de la certitude o il est qu'une femme 
aigrie, tourmente, qu'une femme qui dteste l'homme 
qui doit avoir affaire  elle, devient ncessairement pour 
lui la plus dlicieuse des jouissances.
	- Il y a bien peu de dlicatesse  cela.
	- Et que fait la dlicatesse en amour? Ajoute-t-elle 
un chatouillement de plus au plaisir? Non, sans doute: au 
contraire, elle en diminue les sensations, en contraignant 
l'homme  des sacrifices matriels en faveur du moral; 
sacrifices toujours faits aux dpens de la volupt. La 
dlicatesse est la chimre de l'amour; la jouissance en est 
l'lment. Tous les amants dlicats sont de mauvais 
fouteurs, Justine; ils croient ddommager une femme en 
belles paroles, de ce dont ils la privent en effet. Pour moi, 
je l'avoue, si j'tais de votre sexe, j'aimerais mieux tre 
moleste et bien foutue, que de m'entendre dire tous les 
jours des choses dlicieuses par un bande--l'aise (1). 
Allons, Justine, prends ton parti; le rle du plus faible est 
de cder: si les circonstances viennent  changer, peut-
tre deviendras-tu la matresse  ton tour; alors je 
t'obirai.
	Bandole sortit, et laissa la pauvre Justine dans 
l'attente du plus affreux outrage que sa pudeur pt 
redouter. Elle y rflchissait, appuye sur sa fentre, ne 
pouvant se dterminer  se mettre au lit, lorsqu'elle crut 
entendre du bruit dans les broussailles qui environnaient 
sa tour; elle coute.
	- Ouvrez, lui crie-t-on, et n'ayez pas peur; on a des 
choses importantes  vous dire.
	Justine avance la tte, elle prte l'oreille; tout ce qui 
ressemble au soulagement est si prcieux dans la cruelle 
situation o elle est! on lui rpte les mmes choses. 
Dieu! qu'elle est sa surprise en reconnaissant la voix de 
Coeur-de-Fer, ce clbre capitaine de voleurs, avec 
lequel elle tait sortie de la conciergerie.
	- Malheureux, lui dit-elle, que cherchez-vous dans 
les abords de cette affreuse maison?
	- Nous venons en arracher une femme qui nous 
intresse; c'est notre unique but: Bandole est un sclrat 
comme nous; d'aprs cela, ses gots, ses proprits, ses 
plaisirs, tout sera respect; mais il nous faut la femme 
que ses missaires nous ravirent il y a un mois, et il nous 
la faut pour l'immoler, parce qu'elle nous a trahi de la 
plus cruelle faon.
	- Hlas! monsieur, dit Justine, n'ai-je pas  peu prs 
les mmes reproches  me faire? et quand je serai dans 
vos mains, ne me devrez-vous pas autant de rigueur?
	- Ne le crains pas, dit Coeur-de-Fer; fais-nous avoir 
celle qu'il nous faut, et nous te jurons sret, protection 
et secours.
	- Oh! juste ciel! vous voulez que je vous livre une 
infortune pour lui donner la mort!
	- Elle la recevra de mme o elle est.
	- Non, elles sortent quand il en est las.
	- Eh bien si tu ne nous sers point, nous pntrerons 
de mme, et tu deviendras notre premire victime.
	- Allons, dit Justine, qui vit bien qu'en se tirant du 
pril o elle tait, elle parviendrait toujours (qu'on lui tnt 
parole ou non)  s'chapper des nouveaux piges qui lui 
seraient tendus, et que, quant  la femme que sa 
dmarche allait livrer, elle ferait tant qu'elle en 
obtiendrait la grce, allons, me voil prte  vous servir; 
fournissez-m'en les moyens, et j'espre que nous 
russirons.
	- Avez-vous une corde?
	- Non.
	- Coupez vos draps, formez-en une bande, et 
descendez-nous-la.
	Justine excute.
	- Tirez, lui dit-on.
	Une lime et une chelle de soie taient au bout de la 
corde: un billet s'y prsente; elle y lit ces mots: 

	Erreur ! Source du renvoi introuvable.

	Justine voulut encore faire quelques observations; 
on n'y tait plus. Ses rflexions furent bientt faites; nous 
venons de dire ce qui les appuyait.
	Entirement dcide, elle lime ses barreaux attache 
son chelle, et attend l'heure prescrite avec un incroyable 
empressement; une pendule la lui fait entendre. Justine 
monte sur sa fentre, et se laisse lgrement glisser le 
long de l'chelle; souple, lgre et adroite, elle est bientt 
aux pieds de la tour.
	- Oh! Justine, reconnais-moi, lui dit Coeur-de-Fer, 
en la serrant dans ses bras... reconnais un homme qui n'a 
jamais cess de t'adorer, et que tu as trait bien 
durement... Dlicieuse crature! comme te voil grande 
et belle maintenant! Eh bien, seras-tu toujours aussi 
cruelle?
	- Oh! monsieur, pressons-nous; le jour va paratre, 
et nous serions perdus, si l'on nous apercevait ici...
	- Mais pourras-tu retrouver cette porte?
	- Oui, si vous jurez une chose.
	- Et quoi?
	- La vie de la malheureuse que vous voulez 
immoler, et ma libert sitt que vous aurez touch le 
seuil de cette porte.
	- Ta libert est sre, dit le voleur, mais le premier 
point est impossible.
	- Ah! dans quel cruel embarras vous me mettez! 
Pourquoi suis-je descendue?
	- Le jour va paratre, Justine, tu l'observais toi-
mme tout  l'heure; il ne faut donc pas perdre une 
minute...
	Et Justine, tremblante, avana.
	- Voil un peuplier qui me guide, dit-elle, je passai 
dessous pour entrer; la porte en doit tre voisine.
	Coeur-de-Fer et ses gens saisissent cette indication, 
et aperoivent enfin une porte... Ils y conduisent Justine.
	- Est-ce l? lui demandent-ils.
	- Une petite porte verte?
	- Oui, la voil.
	- Oh! monsieur, renvoyez-moi maintenant.
	- Cela doit tre, dit Coeur-de-Fer; nous te tiendrons 
la parole que nous t'avons donne; voil dix louis; 
embrasse-moi, chre fille. Je pourrais exiger de toi des 
faveurs... si longtemps attendues... je pourrais te punir 
d'une grande faute commise envers la troupe; mais cette 
faute, bien infrieure  celle dont nous allons nous 
venger, dans l'instant, a son excuse dans ta vertu; l'intrt 
seul fut le motif de l'autre. Tout brigands que nous 
sommes, ces profondes considrations tablissent de 
grandes diffrences dans le traitement. Pars, Justine; 
mais ta compagne va tre immole... Adieu; tche de 
devenir plus heureuse que tu ne me parais l'avoir t 
jusqu' ce moment-ci, et souviens-toi que tu auras 
toujours des amis dans Coeur-de-Fer et dans sa troupe.
	Eh bien, dit Justine en s'loignant, voil-t-il encore 
un caprice du ciel bien inexplicable? Je veux sauver un 
enfant de la rage d'un monstre, ce sclrat m'enferme et 
veut me violer. Je livre une de mes compagnes  la fureur 
d'un autre anthropophage... cette dtestable action... cette 
trahison abhorre... qui me couvrira de remords toute ma 
vie, me vaut la libert, de l'argent, et la fin de mes 
craintes. Justice divine, manifeste-toi donc  mes yeux 
d'une manire moins incomprhensible, ou je vais tomber 
dans des doutes qui t'outrageront peut-tre; et la 
malheureuse s'loigne. Le jour luit; elle se reconnat, elle 
voit le funeste tang, et prs de l l'hospice o elle devait 
aller reposer trois mois auparavant; elle s'y arrte, elle y 
djeune, et reprend la route d'Auxerre, dont elle repart le 
7 aot, toujours dans la ferme rsolution de gagner le 
Dauphin, o son imagination romanesque lui faisait 
constamment esprer le bonheur.
	Elle avait fait environ deux lieues; la chaleur 
commenait  l'incommoder, elle monte sur une petite 
minence couverte d'un bouquet de bois peu loign de 
la route, avec le dessein de s'y rafrachir et d'y 
sommeiller une couple d'heures,  moins de frais que 
dans une auberge, et plus en sret qu'au bord du grand 
chemin; elle s'tablit au pied d'un chne, et, aprs un 
djeuner frugal, elle se livre aux douceurs du sommeil. 
L'infortune en avait joui avec assez de calme, lorsque 
ses yeux se rouvrant  la lumire, elle se plut  
considrer le paysage agrable qui se dessinait devant 
elle: du milieu d'une fort qui s'tendait vers la droite, 
elle crut apercevoir, dans le lointain, un petit clocher 
s'lever modestement vers les nues. Aimable solitude, se 
dit-elle, que ton sjour me fait envie, tu dois tre la 
demeure de quelques douces et vertueuses recluses qui 
ne s'occupent que de Dieu... que de leurs devoirs; ou 
peut-tre,  solitude heureuse! tu sers d'asile  quelques 
saints ermites, uniquement consacrs  la religion, 
loigns de cette socit pernicieuse o le crime, veillant 
sans cesse autour de l'innocence, la dgrade et l'anantit. 
Ah! toutes les vertus doivent habiter l, j'en suis sre; et 
quand la perversit de l'homme les exile de dessus la 
terre, c'est l, c'est dans cette retraite paisible qu'elles 
vont s'ensevelir au sein des tres fortuns qui les 
chrissent et qui les cultivent chaque jour. Cette vue 
chauffait d'autant plus vivement l'imagination de 
Justine, que les sentiments de la plus ardente pit ne 
l'avaient abandonne dans aucune circonstance de sa vie: 
mprisant les sophismes d'une fausse philosophie; les 
croyant tous mans du libertinage, bien plus que d'une 
intime persuasion; elle leur opposait sa conscience et son 
coeur, et trouvait, au moyen de l'un et de l'autre, tout ce 
qu'il fallait pour y rpondre. Souvent contrainte par ses 
malheurs de ngliger les devoirs de sa religion, elle 
rparait ce tort avec empressement ds qu'elle en avait 
les moyens. Pleine des ides que nous venons de lui voir, 
elle interroge, sur l'habitation qui s'offre  elle, une jeune 
fille de seize  dix-sept ans, qu'elle aperoit gardant des 
moutons; elle lui demande quel est ce couvent.
	- C'est une abbaye de bndictins, lui rpond la 
bergre, occupe par six religieux dont rien n'gale la 
pit, la continence et les moeurs: on y va, poursuit la 
jeune fille, une fois par an en plerinage, prs d'une 
vierge miraculeuse dont les gens pieux obtiennent tout ce 
qu'ils veulent; allez-y, mademoiselle, allez-y, vous n'en 
reviendrez pas sans vous sentir meilleure.
	Singulirement mue de cette rponse, Justine 
conoit aussitt le dsir le plus vhment d'aller implorer 
quelque secours aux pieds de cette sainte mre de Dieu. 
Je la verrai, s'crie-t-elle avec componction, je l'adorerai 
celle  qui l'Etre suprme accorda la grce d'enfanter un 
Dieu; je me prosternerai aux pieds de cette source de 
puret, de virginit, de candeur et de modestie. Ah! 
volons; chaque instant de retard est un crime dont ma 
religion s'effarouche.
	Justine voulait que son institutrice la suivit; elle l'en 
prie, lui offre mme de l'argent, mais sans rien obtenir: la 
jeune fille objecte des occupations qui lui laissent  peine 
le temps de vaquer  ses devoirs.
	- Eh bien! dit Justine, j'irai donc seule; indiquez-
moi la route.
	On la lui montre; on l'assure qu'elle a plus de temps 
qu'il ne lui en faut pour arriver de bonne heure; on lui 
certifie que le suprieur de cette maison, le plus 
respectable et le plus saint des hommes, la recevra 
parfaitement bien, qu'il lui donnera tous les secours qui 
lui seront ncessaires. Il se nomme Dom Svrino, 
ajoute-t-on, il est italien; proche parent du pape, qui le 
comble de bienfaits; il est doux, honnte, serviable, g 
de cinquante-cinq ans, dont il a pass les deux tiers en 
France. Et, toutes ces indications reues, Justine 
s'achemine vers la sainte retraite que l'Eternel parat lui 
assurer d'aussi douces consolations.
	A peine est-elle descendue de l'minence sur 
laquelle elle tait monte qu'elle n'aperut plus le 
clocher. N'ayant plus pour guide que la fort, elle 
commence a croire que l'loignement, dont elle a oubli 
de s'informer, est bien autre que l'estimation qu'elle en a 
faite: mais rien ne la dcourage; elle parvient au bord du 
bois; et, voyant qu'il lui reste encore assez de jour, elle se 
dtermine  s'y enfoncer, ne cessant de croire qu'elle pt 
arriver avant la nuit. Cependant, nulle trace humaine ne 
se prsente  ses yeux: pas une maison, et pour tout 
chemin un sentier hriss de broussailles, et qui 
paraissent ne devoir servir qu' des btes fauves. Elle 
avait dj fait au moins cinq lieues sans rien voir qui lui 
annont ce qu'elle cherchait, lorsque, l'astre ayant 
absolument cess d'clairer l'univers, il lui semble our le 
son d'une cloche: l'espoir remit, elle coute, elle marche 
vers le bruit; elle se hte, pntre enfin dans un taillis 
obscur, qui, par un sentier bien plus troit que celui 
qu'elle avait suivi,jusqu'alors, la conduit  la fin au 
couvent de Sainte-Marie-des-Bois. C'est ainsi que se 
nommait cette habitation.
	Si Justine avait cru les abords du chteau de 
Bandole d'un agreste effrayant, certes elle dut trouver 
ceux de cette abbaye bien plus sauvages encore. La plus 
prochaine habitation tait  six lieues de celle-ci, et des 
bois immenses semblaient la drober aux regards des 
hommes: elle tait situe dans une large et profonde 
valle, que des chnes antiques environnaient de toutes 
parts; telle tait la raison qui avait fait perdre  Justine le 
clocher de vue, ds qu'elle s'tait trouve dans la plaine. 
Aprs avoir descendu prs de trois quarts d'heure, notre 
hrone arrive enfin prs d'une cahute, situe sous le 
porche de l'glise: elle sonne; un vieux frre parat.
	- Que voulez-vous? dit-il brusquement.
	- Ne peut-on parler au suprieur?
	- Qu'avez-vous  lui dire?
	- Un saint devoir m'amne, m'est-il permis de le 
remplir? je serai remise de toutes les fatigues que j'ai 
essuyes pour parvenir en cette solitude, si je peux me 
jeter aux pieds de la miraculeuse vierge dont on y 
conserve l'image.
	Le frre ouvre et pntre seul; mais, comme il est 
tard et que les pres soupent, il ne revient pas d'une 
demi-heure.
	- Tenez, dit-il en reparaissant, suivi d'un religieux, 
voil Dom Clment, l'conome; il vient voir si ce que 
vous dsirez vaut la peine d'interrompre le suprieur.
	Clment, dont le nom peignait on ne saurait moins 
la figure, tait un homme de quarante-cinq ans, d'une 
grosseur norme, d'une taille gigantesque; le sourcil noir 
et pais; la barbe fort rude; le regard sombre, farouche, 
mchant, sournois, ne s'exprimant qu'avec des mots durs 
lancs par un organe rauque; une vraie figure de 
satyre... Il fit trembler Justine; et, sans qu'il lui ft 
possible de s'en dfendre, le souvenir de ses anciens 
malheurs vint s'offrir en traits de sang  sa mmoire 
trouble...
	- Que voulez-vous? lui dit le moine, du ton le plus 
rbarbatif: est-ce l l'heure de venir dans une glise? 
Vous avez bien l'air d'une aventurire; votre ge, votre 
dsordre, votre tournure, le moment o vous paraissez 
ici, tout cela n'annonce rien de trop bon! quoi qu'il en soi, 
parlez, que voulez-vous?
	- Saint homme, rpondit Justine; mon dsordre est 
l'effet de la fatigue que j'ai prouve pour me rendre ici. 
A l'gard de l'heure, j'avais cru qu'il tait toujours temps 
de se prsenter dans la maison de Dieu: j'accours de bien 
loin pour m'y rendre, pleine de ferveur et de dvotion. Je 
demande  me confesser s'il est possible; et, quand 
l'intrieur de ma conscience vous sera connu, vous 
jugerez si je suis digne ou non de me prosterner aux 
pieds de la sainte image.
	- Mais ce n'est pas l'heure de se confesser, dit le 
moine, en se radoucissant, vous ne le pouvez que demain 
matin; o coucherez-vous, en attendant? nous n'avons 
point d'hospice; et Clment,  ces mots, quitte 
brusquement notre voyageuse, en lui disant qu'il va 
rendre compte au suprieur.
	Quelques temps aprs, l'glise s'ouvre; le suprieur, 
Dom Svrino, s'avance lui-mme, et invite Justine  
entrer dans le temple dont les portes se verrouillent 
aussitt sur elle.
	Dom Svrino, duquel il est bon de donner une ide 
tout de suite, tait un homme de cinquante-cinq ans, 
d'une belle physionomie, l'air frais encore, taill en 
homme vigoureux, membr comme Hercule, et tout cela 
sans duret; une sorte d'lgance et de moelleux rgnait 
mme dans son ensemble, et faisait voir qu'il avait d 
possder dans sa jeunesse tous les attraits qui forment un 
bel homme. Il avait les plus beaux yeux du monde, de la 
noblesse dans les traits, le ton le plus honnte et le plus 
sducteur: un peu d'accent faisait reconnatre sa patrie; 
mais ne donnait  son langage que plus d'agrment et de 
grce. Justine, il en faut convenir, avait besoin de 
l'aimable extrieur de ce second moine, pour revenir de 
toute la frayeur qui lui avait cause le premier.
	- Ma chre fille, dit gracieusement Svrino, 
quoique l'heure soit indue, et que nous ne soyons point 
dans l'usage de recevoir si tard, j'entendrai pourtant votre 
confession, et nous aviserons aprs au moyen de vous 
faire passer dcemment la nuit, jusqu'au moment o vous 
pourrez demain saluer la sainte image qui vous attire ici.
	Alors arriva dans l'glise, par le choeur, un jeune 
garon de quinze ans, de la plus jolie figure du monde, et 
vtu d'une manire si indcente que Justine en et conu 
quelque soupon, si elle l'eut observ. Mais, tout occupe 
de son examen de conscience, entirement recueillie en 
elle-mme, elle ne prit garde  rien. Le jeune enfant 
alluma des cierges, et vint, sans que Justine s'en aperut 
encore, se placer dans le mme fauteuil que devait 
occuper le suprieur, en confessant notre pnitente. 
Justine se met de l'autre ct; cette position l'empche de 
voir ce qui se passe dans la partie o se trouve Dom 
Svrino; et, pleine de confiance, elle dbite ses 
peccadilles, que le suprieur coute, en caressant le jeune 
enfant nich prs de lui, en lui maniant les fesses, en lui 
livrant son vit, que le Ganymde branle, patine, secoue, 
suce, le tout au gr du moine, qui lui indique de ses 
mains les diffrentes manires dont il doit cooprer  
l'embrasement que les rcits nafs de Justine vont 
produire sur son genre nerveux.
	Notre pieuse aventurire avoue ses fautes avec une 
candeur... une ingnuit, qui, comme on l'imagine 
aisment, allume bientt tous les sens du libertin qui 
l'coute. Elle lui fait part de ses malheurs... elle lui 
dvoile jusqu' la marque fltrissante que lui imprima le 
barbare Rombeau. Le moine prte  tout la plus grande 
attention; il fait mme rpter  Justine plusieurs 
pisodes, qu'il coute avec l'air de la piti et de l'intrt, 
tandis que la curiosit la plus libidineuse, la paillardise la 
plus effrne guident seules ses interrogations. 
Cependant, si Justine et t moins aveugle, aux 
mouvements du pre,  ses soupirs entrecoups, au bruit 
assez violent qu'il fit en courbant le jeune homme pour 
l'enculer, assurment elle et cess d'tre dupe; mais 
l'enthousiasme religieux est une passion qui trouble 
l'esprit comme toutes les autres; la malheureuse ne prit 
garde  rien. Svrino, qui foutait, s'appesantit sur les 
dtails; Justine rpondit  tout avec innocence. Il porta la 
hardiesse au point de lui demander, crment, s'il tait 
vrai que les diffrents hommes avec qui elle avait eu 
affaire, ne l'eussent jamais enconne, et combien de fois 
en tout elle avait t encule; si les vits qui l'avaient 
foutue de cette manire taient gros; s'ils avaient 
dcharg dans le cul. A ces indcentes questions Justine 
se contenta de rpondre navement, que ce dernier crime 
n'avait t commis sur elle que trois ou quatre fois en 
tout.
	- Vraiment, dit Svrino, ivre de luxure, et qui 
continuait de foutre le plus joli cul du monde; vraiment, 
mon ange, je vous demande cela, parce que vous m'avez 
l'air d'avoir les plus belles fesses possibles, et que ces 
criminels attraits sduisent beaucoup de libertins. Il faut 
y prendre garde, continuait-il en balbutiant: un joli 
derrire est la pomme dont le serpent tenta Eve; c'est la 
route de perdition; et vous voyez que ceux qui l'ont 
fraye avec vous sont au rang des plus grands sclrats 
que vous ayez connus. Ce crime perdit Sodome et 
Gomorrhe, mon enfant, vous le savez; il est puni partout 
de la peine du feu; il n'en est point qui irrite autant la 
bont et la justice de l'Eternel; il n'en est aucun dont une 
fille sage doive se garantir avec autant de soin. Et, dites-
moi, n'prouvtes-vous aucune sensation voluptueuse 
pendant cette perfide introduction?
	- La premire fois, mon pre? Comment cela se 
serait-il pu, puisque j'tais vanouie?
	- Et les autres?
	- Dtestant, abhorrant toutes ces horreurs, il aurait 
t bien difficile que j'y pusse prendre la moindre part.
	Enfin, les principales questions du moine, toujours 
enculant le bardache, portrent sur les points suivants: 

1 	S'il tait bien vrai qu'elle ft orpheline et ne  
Paris; 
2 	S'il tait certain qu'elle n'et plus ni parents, ni ami, 
ni protection, ni personne, en un mot,  qui elle pt 
crire; 
3 	Si elle n'avait confi qu' la bergre, qui lui avait 
parl du couvent, le dessein qu'elle avait d'y venir, 
et si elle ne lui avait point donn de rendez-vous au 
retour; 
4 	Si elle ne craignait pas d'avoir t suivie, et si elle 
tait bien sre que personne ne l'et vue entrer au 
couvent. 

	Ensuite, Svrino, s'informant avec soin de l'ge et 
de la tournure de la petite bergre, fit quelques reproches 
 Justine de ne l'avoir point amene.
	- Vous doubliez, lui dit-il, le mrite de votre bonne 
action, en vous associant une compagne; elle nous et 
difis comme vous, et nous l'aurions reue comme vous.
	Ces pieuses dissertations termines, le moine 
dcula son giton; et se retirant, le vit trs en l'air et les 
passions trs en feu: 
	- Mon enfant, dit-il  Justine, il faut maintenant 
recevoir la pnitence due  vos pchs, et ce ne peut tre 
que dans le plus parfait tat d'humiliation que je puis 
vous imposer cette peine. Passons dans le sanctuaire; les 
deux cierges vont tre apports prs de l'image 
miraculeuse; elle sera dvoile devant vous: vous 
l'imiterez, Justine; vous vous dpouillerez comme elle; et 
vous sentirez que cette complte nudit que j'exige de 
vous laquelle serait peut-tre un crime aux yeux des 
hommes, ne devient aux ntres qu'un moyen de 
justification de plus.
	Alors le jeune garon sort en dsordre du 
confessionnal, prend les cierges, les pose sur l'autel, y 
grimpe, et dvoile l'image. Justine, blouie par les 
illusions de son ardente pit, n'entend rien, ne voit rien, 
et se prosterne; mais Svrino, la relevant avec duret, 
lui dit: 
	- Non, vous n'aurez ce droit-l que quand nous 
serez nue; il faut ici l'humiliation la plus grande... la plus 
complte.
	- Oh! mon pre, pardon: et, dans l'instant, la pieuse 
Justine n'offre plus que les beauts de la nature aux yeux 
libertins de son cafard.
	A peine a-t-il aperu ce beau corps, qu'il hennit de 
lubricit: il le tourne et le retourne de toutes parts; et, 
sous le prtexte d'examiner la place fltrissante, le 
coquin observe en dtail la superbe chute de reins et les 
dlicieuses fesses de Justine.
	- Allons, lui dit-il, agenouillez-vous maintenant, si 
vous voulez faire votre prire, et ne vous inquitez point 
de ce qui se passera pendant que vous serez en oraison: 
songez, ma fille, que si je m'aperois que votre esprit ne 
soit pas entirement dgag de la matire; que si je crois 
voir qu'il tienne encore aux choses mondaines, et qu'il 
n'appartienne pas entirement  Dieu; songez, dis-je, que, 
rglant alors ma pnitence sur vos nouveaux torts, elle 
sera funeste et sanglante; oubliez-vous donc, et laissez-
vous faire.
	De ce moment, le paillard n'coute plus que sa 
passion: sentant bien que l'tat o est Justine, et la 
position dans laquelle il la tient, le dispense de toute 
prcaution, il se place derrire elle, ayant son giton 
auprs de lui; et, pendant que celui-ci le chatouille et le 
branle, le moine promne luxurieusement ses mains sur 
les fesses qui lui sont offertes, en y laissant, de temps en 
temps, avec ses ongles, des preuves sanglantes de ses 
cruelles caresses.
	Justine, immobile, fermement persuade que tout ce 
qu'on lui fait n'a d'autre but que de la conduire pas  pas 
vers la perfection cleste, souffre tout avec une indicible 
rsignation; pas une plainte... pas un mouvement ne lui 
chappe; son esprit tait tellement lev vers les choses 
clestes, que le bourreau l'et dchir, sans qu'elle et 
seulement os s'en plaindre (2).
	Encourag par un tel engourdissement de la part de 
sa pnitente, le moine devint plus entreprenant: couvrant 
de sa main tendue les deux belles fesses de cet ange, il 
la laissa ensuite retomber avec vigueur, et lui appliqua 
ainsi une douzaine de claques, si violentes, que les 
votes de l'glise en retentirent, et que les reins de la 
faible victime se plirent comme le lis que l'aquilon 
agite. Alors il repasse devant elle; et, n'observant plus de 
mesure, il lui laissa voir un engin menaant le ciel, plus 
que suffisant  dchirer le bandeau, si celui de la 
superstition pouvait l'tre; il lui touche la gorge, le 
sclrat la baise; s'enhardissant de plus en plus, il ose 
imprimer ses lvres impies sur celles o reposaient la 
vertu, la candeur et la vrit. Douces motions des mes 
sensibles! Vous dispartes  cet attentat. Ici Justine 
voulut se soustraire.
	- Laissez donc, lui dit durement le moine en feu; ne 
vous ai-je pas dit que votre salut dpendait de votre 
entire rsignation, et que ce qui paraissait souillure chez 
les autres hommes, n'tait que puret, chastet, dvotion, 
chez nous!
	Contenant d'une main la tte de la victime, il lui 
glisse en disant cela sa langue dans la bouche, et la 
presse tellement, qu'il lui est impossible de ne pas sentir 
le vit du moine polluer sa motte; mais l'Italien, comme 
effray de cette infidlit  son culte de choix, se replace 
aussitt par derrire, appuie enfin le baiser le plus 
ardent... le plus chaud sur ces fesses enlumines des 
vigoureuses claques dont il les a meurtries, les carte, 
darde sa langue au trou mignon, savoure la volupt sous 
tous les aspects, se gorge de lubricit tnbreuses, 
toujours branl par son giton, qui ne l'a pas quitt depuis 
le commencement de cet acte scandaleux, et qui est au 
moment de le faire dcharger, lorsque s'apercevant que, 
sans manquer  ses confrres, il lui devient impossible 
d'aller plus avant, il dit  Justine de se relever... de le 
suivre, et que le reste de la pnitence s'achvera dans 
l'intrieur...
	- Faut-il rester nue, mon pre? dit Justine un peu 
inquite.
	- Assurment, rpond le suprieur; y a-t-il plus de 
danger  tre nue dans la maison que dans l'glise? Votre 
pnitence ne pouvant s'achever ici, il faut bien que je 
vous conduise aux seuls lieux o nous la puissions 
terminer.
	- Je vous suis, mon pre.
	Et le jeune homme, teignant les cierges, emporte 
les habits. Justine n'tait plus claire que par une petite 
bougie, porte par Svrino qui marchait devant, et le 
giton derrire: c'est dans cet ordre qu'elle pntre dans la 
sacristie. Une porte, cache dans la menuiserie, s'ouvre 
au moyen d'un secret; un boyau noir et obscur se 
prsente, on s'y introduit, la porte se referme.
	- O mon pre, dit ici Justine toute tremblante, o me 
menez-vous donc?
	- Dans un lieu sr, dit le moine... dans un endroit 
dont il est vraisemblable que tu ne sortiras pas de sitt.
	- Grand Dieu! dit Justine en voulant rtrograder...
	- Marchons, marchons, dit fermement le suprieur 
en la mettant en avant de lui pour la faire passer la 
premire... oh, foutre! il n'est plus temps de reculer; et tu 
vas bientt te convaincre, ma fille, que si tu ne trouves 
pas de grands plaisirs dans le local o je te mne, au 
moins y apprendras-tu promptement l'art de servir les 
ntres.
	Ces terribles paroles firent tressaillir Justine; une 
sueur froide s'empara d'elle; son imagination effraye lui 
fit voir la mort balanant la faux sur sa tte; ses genoux 
flchissent, elle est prte  tomber.
	- Bougresse, lui dit le moine en lui donnant un 
vigoureux coup de genoux dans les reins, pour la relever, 
allons marche et n'essaie ici ni plaintes, ni rsistance, tout 
serait inutile.
	Ces mots cruels raniment notre infortune; elle sent 
qu'elle est perdue si elle faiblit: 
	- O juste Dieu! dit-elle en se relevant, faut-il donc 
que je sois toujours la victime de ma candeur, et que le 
saint dsir de m'approcher de ce que la religion a de plus 
respectable, soit encore au moment d'tre puni comme un 
forfait!
	Cependant la marche se poursuit; on tait environ 
au milieu du long boyau qu'il fallait parcourir, lorsque le 
moine souffla la lumire. Ds lors aucun mnagement: 
plus Svrino s'aperoit du redoublement de frayeur que 
son procd donne  Justine, moins il mnage et les 
propos et les actions; c'est en lui pinant ou lui piquant 
les fesses, que son conducteur la fait avancer.
	- Cours donc, coquine, lui disait-il, veux-tu que je 
t'encule et que je t'apporte au bout de mon vit!
	Et, en prononant ces paroles, il lui faisait sentir 
combien est aiguis le dard dont il la menace. Tout  
coup, Justine, qui n'avait que ses mains pour se guider, 
frappe contre une herse garnie de pointes de fer, 
auxquelles sa main droite s'corche; elle jette un cri... Un 
bruit sourd se fait entendre; la barrire s'ouvre.
	- Prends garde, dit le moine; saisis le garde-fou, tu 
es sur un pont, le moindre faux pas te prcipiterait dans 
un abme, duquel aucun effort ne saurait te tirer.
	Au bas, notre hrone trouve un escalier tournant et, 
au bout de trente marches, une chelle sur le haut de 
laquelle on l'oblige de monter. Un moment, durant cette 
ascension, le nez du moine se trouve au cul de Justine; le 
coquin baise et mord ce qu'il trouve; une trappe se 
prsente enfin: 
	- Pousse avec ta tte, dit le suprieur: des reflets de 
lumire viennent aussitt frapper les yeux de Justine; des 
mains la soulvent; des clats de rire se font entendre; et 
voil l'infortune et ses guides dans une salle charmante 
et magnifiquement claire, o paraissent  table cinq 
moines, dix filles et cinq garons, dans le plus grand 
dsordre, et servis par six femmes nues. Ce spectacle fait 
frmir Justine; elle veut encore fuir; il n'est plus temps, la 
trappe est referme.
	- Mes amis, dit Svrino en entrant, permettez-moi 
de vous prsenter un vritable phnomne. Voici une 
Lucrce qui porte  la fois sur ses paules la marque du 
crime, et dans le coeur toute la navet d'une vierge. 
D'ailleurs, vous le voyez, une superbe fille. Examinez 
cette taille, la blancheur de cette peau, la fermet de cette 
gorge, la sublimit de ces cuisses, la rondeur de ce cul, la 
beaut de ces cheveux, le dlicieux ensemble de ces 
traits, le feu divin de ces regards. J'espre que, quoique 
celle-ci ne soit pas absolument neuve, vous avouerez 
pourtant qu'il en est bien peu dans le srail qui runissent 
autant de beauts.
	- Sacredieu, dit Clment, je ne l'avais vue 
qu'habille; j'en avais rendu compte; mais, par le nom 
d'un bougre de Dieu dont je me fous, je ne la croyais pas 
si jolie.
	On fait asseoir Justine dans un coin, sans s'informer 
si elle a besoin de quelque chose ou non, et le souper se 
continue.
	Ici nous devons des excuses au lecteur, sur la 
ncessit o nous sommes d'interrompre un instant le fil 
de la narration, pour lui peindre les diffrents 
personnages avec lesquels nous allons le faire vivre. 
Quel intrt, sans cette prcaution, pourrait-il prendre  
nos rcits!

	(1) 	Ceci n'est que l'esquisse des principes qui se 
dvelopperont plus bas. 

	(2) 	Preuve invincible de l'extrme connexit qui se 
trouve entre le moral et le physique; sachez 
lever l'un, vous serez toujours matre de 
l'autre: et voil qui explique tout l'enthousiasme 
des martyrs, dans quelque parti qu'on les 
suppose; car il n'y a vraiment aucun bon parti; 
celui de l'opinion gnrale est toujours le seul 
qu'il faille adopter.



 

CHAPITRE VIII

PORTRAITS - DETAILS - INSTALLATION

	On connat Svrino, on devine ses gots. Il 
runissait tous ceux qu'inspire l'amour des culs: sa 
dpravation en ce genre tait telle, qu'il n'avait jamais 
got d'autres plaisirs. Et quelle inconsquence pourtant 
dans les oprations de la nature, puisqu'avec la bizarre 
fantaisie de ne choisir que des sentiers, ce monstre tait 
pourvu de facults tellement gigantesques, que les routes 
mmes les plus battues lui eussent encore paru trop 
troites.
	Pour Clment, son esquisse est dj faite. Que l'on 
joigne,  l'extrieur que nous avons peint, de la frocit, 
de la taquinerie, la fourberie la plus dangereuse, de 
l'intemprance en tous points, l'esprit satirique et 
mordant, athe, corrompu, sclrat; et l'on aura de ce 
libertin la plus complte image. A l'gard de ses gots, ils 
caractrisaient son esprit, et prenaient leur source dans 
son coeur; sa barbare figure en tait l'emblme. Clment, 
us, ne pouvait plus foutre; idoltre autrefois des culs, il 
lui devenait maintenant impossible de leur offrir d'autre 
hommage que des traitements semblables  toutes les 
passions manes de cette me froce. Pincer, battre, 
piquer, brler, fustiger, infliger  une femme, en un mot, 
tous les supplices possibles, et les recevoir  son tour; 
tels taient ses amusements de choix; plaisirs si fatigants 
pour le malheureux objet de son intemprance, que 
rarement il sortait d'avec lui sans tre excd ou 
cruellement dchir. Il n'tait pas une seule des tristes 
victimes de cette maison qui n'et prfr je ne sais 
quelle pnitence,  l'horrible ncessit de satisfaire les 
indignes plaisirs de ce dbauch, qui, trs long dans les 
dtails, ennuyait souvent encore plus qu'il n'excdait; et, 
de toutes les cratures qu'il employait, la plus  plaindre, 
sans doute, tait celle qui, pendant qu'il agissait sur 
d'autres, tait oblige de le branler, pour en exprimer 
deux ou trois gouttes de sperme, qu'il ne perdait qu'en se 
vengeant par des atrocits du vol physique qu'on avait, 
disait-il, l'air de lui faire.
	Antonin, le troisime acteur de ces voluptueuses 
orgies, tait g de quarante ans, petit, mince, trs 
vigoureux, aussi redoutablement organis que Svrino, 
et presque aussi mchant que Clment, enthousiaste des 
plaisirs de ses confrres, mais s'y livrant dans des 
intentions diffrentes. Si Clment, dans cette barbare 
manie, n'avait pour but que de vexer, que de tyranniser 
une femme sans s'en amuser autrement, Antonin, 
jouissant d'elle dans toute la simplicit de la nature, ne la 
flagellait, ni la tourmentait que pour lui donner plus de 
chaleur et plus d'nergie; l'un, en un mot, tait brutal par 
got, et l'autre par raffinement. Antonin runissait  cette 
fantaisie quelques caprices analogues  ses gots; il 
aimait passionnment  gamahucher une femme,  la 
faire pisser dans sa bouche, et bien d'autres petites 
infamies dont nos lecteurs verront les dtails  mesure 
qu'ils parcourront ces mmoires.
	Ambroise avait quarante-deux ans; c'tait un petit 
homme, trapu, fort gros, dont l'humble engin se 
distinguait  peine; d'un libertinage excessif, passionn 
pour les jeunes garons, et n'aimant dans une fille que ce 
qui la rapprochait de ce sexe. Son got favori, aprs 
s'tre fait mettre le cul en sang,  force de coups de 
verges, tait de se faire chier dans la bouche pendant que 
l'on continuait de l'triller; il avalait l'tron, tout en 
foutant le cul qui venait de le pondre: les Grces mme 
n'en fussent pas venues  bout sans cet pisode; tant il est 
vrai que la vraie volupt ne gt que dans l'imagination, et 
qu'elle n'est dlicieusement nourrie que des monstres 
qu'enfante ce mode capricieux de notre esprit.
	Sylvestre foutait en con, et runissait  ce plaisir 
simple deux ou trois manies bien tonnantes; la premire 
consistait  vouloir absolument que la femme qu'il foutait 
chit pendant l'opration; la seconde, plus scandaleuse 
pour le tympan de l'oreille, et plus fatigante pour la 
femme, consistait  jeter les hauts cris pendant qu'il 
dchargeait, et  ne procder  cette opration qu'en 
donnant vingt soufflets au malheureux objet de sa 
jouissance, dont il avait encore, par-dessus tout cela, le 
soin de barbouiller le visage avec l'tron dpos dans sa 
main. Sylvestre avait cinquante ans; mal fait, d'une figure 
hideuse; mais de l'esprit, de la mchancet comme ses 
confrres: aucun ne manquait de ces qualits, qu'ils 
regardaient comme les premires bases de leurs 
libidineuses associations.
	Jrme, le plus g de ces six solitaires, avait 
soixante ans; mais, s'il tait le plus vieux, il tait aussi le 
plus libertin. Tous les gots, toutes les passions, tous les 
crimes se trouvaient runis dans l'me de ce moine; il 
joignait aux caprices des autres, des irrgularits bien 
plus bizarres encore, et des circonstances bien plus 
libidineuses: toutes les routes de Vnus, tous les sexes, 
d'ailleurs, lui taient indiffrents: mais ses forces 
commenant  faiblir, il prfrait, depuis quelques 
annes, celle qui, n'exigeant rien de l'agent, laissait au 
patient le soin d'veiller les sensations et d'exciter 
l'mission de la semence: la bouche tait son temple 
favori; et, pendant qu'on le suait, il se faisait fouetter  
tour de bras. La suite nous offrira des dtails que nos 
lecteurs aimeront mieux voir en action qu'en rcit. Le 
caractre de Jrme tait, d'ailleurs, tout aussi mchant, 
tout aussi sournois que celui de ses confrres, et tout 
aussi zl partisan qu'eux de l'antiphysique; il aimait, 
ainsi qu'eux,  se faire foutre et  sodomiser des garons, 
lorsque, prpar par leur bouche, il avait retrouv, dans 
ce restaurant, les secours ncessaires  l'entreprise.
	Sous quelque forme enfin que le vice pt se 
montrer, il tait sr de trouver dans cette infernale 
maison, ou des sectateurs, ou des temples. Des fonds 
prodigieux taient rservs pour mnager  l'ordre des 
bndictins cette retraite obscne, existant depuis plus 
d'un sicle, et toujours remplie par les six religieux les 
plus riches, les plus avancs dans l'ordre, de la meilleure 
naissance, et d'un libertinage assez important, pour 
exiger d'tre enseveli dans ce repaire obscur dont le 
secret ne sortait plus.
	Continuons de peindre  grands traits: Justine se 
repose; les moines soupent; nous avons le temps de finir 
quelques tableaux faits pour jeter du jour sur les 
importants dtails que nous devons tracer de cette bizarre 
habitation du crime et de la dbauche.
	Il y avait deux srails dans la maison: l'un de dix-
huit garons, l'autre de trente filles; ce qui leur formait  
chacun une division de cinq filles et trois garons. Une 
seule femme tait  la tte de tout cela: on la nommait 
Victorine; et, comme ses talents, ses occupations 
mritent quelques dtails, nous lui conserverons un 
article  part. Une grande salle tait destine  chacun de 
ces srails. Voici quelles en taient les divisions 
particulires: 
	Ces salles taient rondes; une table  manger 
occupait le milieu: les cellules garnissaient le pourtour; 
chaque sujet couchait seul; et sa cellule tait compose 
de deux cabinets: son lit tait dans l'un, son bidet et sa 
chaise perce dans l'autre.
	Les dix-huit garons taient diviss en trois classes 
de six individus chacune: les deux premires s'appelaient 
classes des gitons; la troisime, classe des agents.
	La premire classe des gitons renfermait six sujets 
de sept  douze ans; ils avaient le gris de lin pour 
couleur, et pour costume une matelote.
	Dans la seconde on voyait six jeunes gens de douze 
 dix-huit ans, habills  la grecque, couleur pourpre.
	Dans la classe des agents se remarquaient six sujets 
de dix-neuf  vingt-cinq ans; cette classe tait vtue de 
fraques  l'europenne, couleur mordore.
	Les cinq classes de filles se distinguaient ensuite, et 
taient composes de la manire suivante: 
	On appelait la premire les pucelles, quoiqu'il n'y 
en et pas une seule; on y voyait six sujets de six  douze 
ans; elles taient vtues en fourreaux blancs.
	La seconde division en comprenait six de douze  
dix-huit; on les appelait les vestales, elles taient vtues 
en novice de couvent.
	La troisime tait remplie par six beauts de dix-
huit  vingt-quatre ans, que l'on appelait les sodomistes,  
cause de la supriorit de leurs fesses; elles taient 
vtues  la grecque.
	La quatrime donnait six superbes femmes de 
vingt-cinq  trente ans; on les appelait les fesses, 
relativement  l'esprit de leur emploi: elles avaient un 
costume  la turque.
	Six dugnes formaient la cinquime classe; on les y 
admettait depuis trente ans jusqu' quarante; et mme au-
dessus: elles taient vtues  l'espagnole.
	On n'observait aucun ordre pour la composition des 
sujets qui devaient assister aux soupers. Lorsque Justine 
sera installe, nous verrons son institutrice achever les 
dtails dont nous ne donnons pralablement ici que ce 
qui est ncessaire  l'intelligence de la premire scne. 
Reprenons-en le fil.
	Les seize filles qui composaient les assistantes de 
ce premier souper, dont dix  table, et les six autres 
servant, taient toutes seize si distantes par l'ge, qu'il 
serait impossible de les peindre en masse.
	Commenons par les six acolytes; nous parlerons 
ensuite des dix convies.
	Ces six servantes n'taient pas d'une caste 
diffrente que les autres filles; cet emploi se remplissait 
tour  tour; toutes y passaient  leur rang. Nous verrons 
bientt Justine recevoir ces explications. Le service, cette 
fois-ci, tait fait par les cratures que nous allons 
peindre.
	La premire avait  peine dix ans, un minois 
chiffonn, de jolis traits, une peau trs fine et fort 
blanche, un petit cul  peine indiqu, l'air humili de son 
sort, craintive et tremblante.
	La seconde avait quinze ans; mme embarras dans 
la contenance, l'air de la pudeur avilie, mais une figure 
enchanteresse, beaucoup d'intrt dans l'ensemble, peu 
de gorge, un derrire rond et fort bien coup.
	La troisime avait vingt ans; faite  peindre la plus 
belle gorge et les plus belles fesses du monde, de 
superbes cheveux blonds, des traits fins, rguliers et 
doux, un peu moins timide que les deux premires.
	La quatrime avait vingt-cinq ans; c'tait une des 
plus belles femmes qu'il ft possible de voir; de la 
candeur, de l'honntet, de la dcence dans le maintien, 
et toutes les vertus d'une me douce, la plus belle 
carnation qu'on pt voir, des hanches et une croupe qui 
auraient pu servir de modle.
	La cinquime tait une fille de trente ans; enceinte 
de sept mois, l'air langoureux et souffrant, de beaux yeux 
pleins d'intrt, un air de vierge.
	La sixime avait trente-deux ans; brune; fort vive, 
de beaux yeux, mais ayant perdu toute dcence, toute 
retenue, toute pudeur, le cul mdiocre et fort brun, 
beaucoup de poil, mme au trou du cul.
	Les convis et les jeunes garons entremlaient les 
moines  table. Nous connaissons dj l'un de ces jeunes 
garons; il ne nous reste plus qu' parler des autres.
	Le premier n'avait que huit ans; c'tait la figure de 
l'Amour mme; le petit fripon tait nu entre Ambroise et 
Jrme, qui, tous deux, le baisaient, le branlaient, lui 
maniaient les fesses,  l'envie l'un de l'autre.
	Le second avait treize ans; joli comme un ange, l'air 
doux et fin, de beaux yeux, il tait nu de la ceinture en 
bas, son cul blanc et mignon faisait plaisir  voir.
	Le troisime avait seize ans; fait  peindre, une 
figure enchanteresse, et dj le plus joli vit du monde.
	Le quatrime et le cinquime taient tous deux pris 
dans la classe des agents; l'un avait vingt-deux ans, 
l'autre vingt-cinq; tous deux grands et bien faits, de 
superbes cheveux et de monstrueux vits; il tait 
impossible d'empoigner celui du dernier, il avait au 
moins sept pouces de circonfrence sur dix de long.
	La premire des dix filles convies, prise dans la 
classe des pucelles, avait huit ans; c'tait une petite rose 
fltrie, avant que la saison ne dt l'entrouvrir, peut-tre 
cela serait-il devenu joli; mais, fane par le libertinage, 
que pouvait-on attendre d'un tel sujet? A quel point ne 
faut-il pas avoir port la dbauche et le dlire des 
passions pour outrager ainsi la nature!
	La seconde atteignait  peine son deuxime lustre; 
fort jolie; il y avait deux ans qu'elle n'tait plus vierge 
d'aucun ct, et cette infamie tait l'ouvrage de Jrme.
	La troisime, la quatrime et la cinquime taient 
soeurs; la cadette avait treize ans, la seconde quatorze, 
l'ane quinze. On les appelait les trois Grces: il tait 
vritablement impossible de rien voir de plus frais, de 
plus mignon, de plus intressant. Toutes les trois se 
ressemblaient: mmes yeux, romantiques et bleus; mme 
chevelure blonde, mme intrt dans l'ensemble, mme 
coupe de fesses; et, quoique celles de la plus jeune ne 
fussent pas encore bien formes, en confrontant ce 
qu'elle offrait d'appas en ce genre, avec ceux que 
possdaient galement ses deux soeurs, il tait facile de 
voir que ce serait bientt un chef-d'oeuvre.
	La sixime avait dix-huit ans; c'tait une des plus 
belles cratures qu'il y et au monde, un vrai modle 
d'artiste, elle passait pour avoir le plus beau cul du srail.
	La septime, pour le moins aussi bien faite, n'avait 
pourtant pas une aussi jolie figure, mais un peu plus 
d'embonpoint; elle avait dix-neuf ans, et la gorge de 
Vnus mme.
	La huitime avait vingt-six ans; elle tait grosse de 
huit mois; fort blanche, de trs beaux yeux, des cheveux 
superbes, mais l'air languissante... accable.
	La neuvime tait une fille de trente ans, grosse 
comme une tour, grande  proportion; de beaux traits, 
mais des formes trop colossales et trop dgrades par 
l'embonpoint: celle-l tait toute nue, ainsi que les 
servantes, lorsque Justine entra; il tait facile de 
distinguer qu'aucune partie de son corps n'tait exempte 
des marques imprimes par la brutalit des sclrats dont 
sa mauvaise toile faisait servir les passions.
	La dixime tait une femme de quarante ans, fane, 
ride, mais belle encore; l'air du plus grand libertinage; 
son cul fltri respirait la luxure; l'entre en tait large et 
d'un brun-rouge; ainsi que la moiti des moines, elle tait 
dj saoule, quand Justine parut.
	Poursuivons maintenant l'histoire de la rception de 
notre hrone dans ce local impur.
	- Il me semble, dit Sylvestre, que nous devrions 
faire un peu plus de fte  cette belle fille, ne pas la 
laisser languir ainsi dans un coin, et lui dcerner au 
moins les honneurs d'une nouvelle arrive.
	- J'aurais fait plus vite cette rflexion, dit Svrino, 
si je ne vous eusse pas tous vus si crapuleusement 
vautrs dans les sales plaisirs... mais vous sortir de l... le 
moyen? C'est pourtant, vous en conviendrez, faire bien 
peu de cas de ma jolie dcouverte, que la recevoir avec 
autant d'indiffrence.
	- Perfides effets de la satit, dit Ambroise, voil o 
l'abondance conduit.
	- Je ne m'aperois point de cette abondance, dit 
Jrme; je suis si las de tout ce qui m'entoure, que je 
n'prouve jamais que des besoins, il n'y a pas ici le quart 
des objets ncessits par ma luxure.
	- Il a raison, dit Clment en s'avanant vers Justine, 
et, la saisissant par le cou, pour glisser dans sa bouche de 
rose la plus impure des langues.
	- Oui, foutre, il a raison, dit Antonin en venant 
saluer notre hrone de mme.
	Et les voil tous deux  la langotter un quart 
d'heure, pendant que Jrme,  genoux devant les fesses, 
darde sa langue au trou mignon; que Sylvestre en fait 
autant au clitoris, en branlant le vit de Svrino 
fortuitement rencontr par ses doigts et, dans moins de 
deux minutes, notre chre enfant se trouve si bien 
entoure, qu'elle n'a mme plus la possibilit de se 
dfendre. C'est un beau lis au milieu d'une troupe de 
frelons, suant, pompant, drobant de toutes parts le suc 
prcieux de la fleur. Justine fait cependant ce qu'elle peut 
pour se soustraire  des infamies qui la rvoltent; mais on 
lui persuade que toutes ces rsistances ne sont que des 
simagres inutiles, et que ce qu'elle a de mieux  faire, 
est d'imiter avec respect la subordination de ses 
compagnes.
	- Que l'on me prte un instant d'attention, dit 
Svrino: rangez-vous tous autour de moi, et que cette 
nouvelle dbarque,  qui j'adresse la parole, m'coute  
genoux avec vnration.
	Erreur ! Source du renvoi introuvable.
	Un tel discours, comme on l'imagine aisment, fut 
applaudi de tous les moines; Clment trouva plaisant de 
claquer les fesses de Justine, pour l'applaudir avec plus 
d'nergie.
	Ce fut alors que la malheureuse sentit l'horreur de 
sa situation. Elle se prcipite aux pieds de Dom Svrino, 
et met en usage toute l'loquence d'une me au dsespoir, 
pour le supplier de ne pas abuser du triste tat o elle se 
trouve: les pleurs les plus amers et les plus abondants 
viennent inonder les genoux du moine; et tout ce que 
cette infortune suppose du plus fort et du plus 
pathtique, elle l'emploie pour toucher ce monstre. A 
quoi tout cela servait-il? Devait-elle ignorer que les 
larmes ont un attrait de plus aux yeux des libertins? 
Devait-elle douter que tout ce qu'elle entreprenait pour 
toucher ces barbares ne pouvait russir qu' les mieux 
enflammer?
	- Allons, dit le suprieur, en la repoussant avec 
brutalit, commenons, mes amis: faisons subir  cette 
garce toutes nos formules de rception, et qu'il ne lui soit 
pas fait grce d'une seule.
	Un cercle se forme; il est compos de six moines, 
environns chacun de deux filles et d'un garon; Justine 
est place au centre, et voici les diffrentes passions 
qu'elle subit en faisant les trois tournes d'usage, 
auxquelles ses compagnes avaient t soumises de 
mme, lorsqu'elles avaient fait leur entre dans la 
maison.
	Svrino est le premier; prs de lui est la fille de 
quinze ans, celle de trente-deux et le petit garon de 
seize.
	Clment vient ensuite; il a prs de lui la fille de 
vingt ans, celle de vingt-cinq et le jeune garon de treize.
	Antonin suit; il est entour de la fille de quatorze 
ans, de celle de dix-huit et du ganymde de huit.
	Ambroise est au milieu de la fille de dix ans, de 
celle de dix-neuf et du fouteur de vingt-deux.
	Sylvestre, avec le fouteur de vingt-cinq ans, a prs 
de lui la fille de trente et celle de quarante.
	Jrme a le giton de quinze ans, le mme que nous 
avons vu  l'glise, pendant la confessions de Justine, la 
fille de treize et celle de huit.
	Justine est conduite dans le cercle par la femme 
grosse de vingt-six ans: elle la prsente  chacun des 
moines; toutes deux sont nues.
	Elle arrive  Svrino, qui maniait les fesses de la 
fille de quinze ans, que le petit bardache branlait, il 
contraignait, pendant ce temps-l, l'autre fille de trente 
ans (1)  sucer le vit du jeune homme: le moine s'en fait 
faire autant par Justine, en lui gamahuchant le trou du 
cul.
	Elle passe  Clment, qui s'amusait  claquer les 
fesses de la fille de vingt-cinq ans,  pincer celle de la 
fille de vingt, et  se faire branler par son bardache: 
Justine offre son cul; Clment le baise, et sent les 
aisselles.
	Notre hrone approche Antonin, qui branlait ses 
deux filles, et que son giton socratisait; il suce le clitoris 
de Justine.
	Elle passe  Ambroise, il foutait le bardache, et 
branlait avec ses doigts un cul de chaque main: Justine 
lui frotte le visage avec son cul.
	Sylvestre, au milieu de la seconde fille de trente ans 
et de celle de quarante, patinant brutalement le cul de 
celle-ci et le con de l'autre et se faisant enculer par son 
fouteur, baise Justine, langue en bouche, langue en con et 
langue en cul.
	Jrme, branl par le giton de quinze ans, a un 
doigt dans le cul de la fille de sept, un dans le con de la 
fille de treize; il met son vit dans la bouche de Justine.
	On recommence les tournes.
	A celle-ci tous les moines se faisaient sucer par les 
garons, pendant que les filles, sur des tabourets, au-
dessus de leurs ttes, leur posaient les fesses sur le nez: 
Svrino entrouvre les fesses de Justine et la fait pter 
dans sa bouche.
	Clment lui enfonce un doigt dans le cul et la 
secoue un quart d'heure ainsi.
	Antonin lui fait sentir son vit au bord du con, et le 
retire promptement. Ambroise l'encule, et sort au bout de 
deux ou trois secousses. Sylvestre l'enconne un instant, et 
lui trouve un air de pucelage assez dcid. Jrme met, 
pour dterminer son foutre aussitt, alternativement son 
vit au cul, au con et dans la bouche.
	On procde  la troisime tourne. A celle-ci tous 
les moines foutent.
	Svrino encule la fille de quinze ans, qui gmit 
sous les efforts redoubls de son vit; le garon de seize le 
fout, et il claque fortement les fesses de la fille de trente-
deux; quand Justine se prsente, il lui mord le cul.
	Clment fout en bouche le petit garon de treize 
ans; la fille de vingt-cinq le fouette; et il a sous les yeux 
le derrire de celle de vingt, il ordonne  Justine de 
lcher le trou de son cul, de le baiser tout de suite, en 
sortant de l, sur la bouche; et il lui applique deux 
soufflets.
	Antonin fout le petit con de la fille de quatorze ans; 
il claque le cul du giton de huit; et la fille de dix-huit; lui 
fait lcher son con: il mord jusqu'au sang le tton gauche 
de Justine, en lui appliquant six claques sur le cul, dont 
les traces ne s'effacrent de trois jours. Il donne alors un 
si vigoureux coup de reins, qu'on croit qu'il va 
pourfendre sa fouteuse; la pauvre enfant jette un cri: 
Antonin, qui ne veut pas dcharger, dconne aussitt; il 
blesse la petite fille, son vit est couvert de sang; pour la 
consoler, il la fouette. On poursuit.
	Ambroise encule la fille de dix ans; il se fait foutre 
par le garon de dix-neuf et manie les fesses de la fille de 
vingt-deux; il donne vingt-cinq coups de fouet  Justine, 
sans se dranger.
	Sylvestre enconne la femme de quarante ans en 
levrette; elle lui chie, pendant ce temps-l, sur la racine 
du vit; le jeune homme de vingt-cinq ans le fout, et il 
baise, suce, l'intrieur du con de la fille de trente, 
renverse  quatre pattes en arrire, au-dessus de lui, les 
cuisses trs cartes. Il se jette comme un chien enrag 
sur le con de Justine, quand on l'approche de lui, et le 
mord jusqu'au sang. Le coquin dcharge en jetant les 
hauts cris; mais il change lestement de temple, et c'est 
dans le cul de la doyenne que le vilain perd son foutre.
	Jrme fout en cul la petite fille de huit ans; il suce 
le vit du giton de quinze, et s'amuse  donner des 
chiquenaudes sur le nez de la fille de treize: il pince si 
fortement les ttons de Justine qu'elle jette un cri terrible; 
le coquin, pour la faire taire, lui sangle cinq ou six coups 
de poing si vigoureusement dans les flancs, qu'elle vomit 
tout ce qu'elle a dans le ventre.
	- Allons, dit Svrino qui ne se contient plus, et 
dont le vit, irrit, semble menacer les votes, passons  
des choses plus srieuses; foutons-la vigoureusement.
	Il dit, courbe Justine sur un sofa, les reins en l'air; 
deux filles la tiennent: le suprieur, son braquemart 
norme  la main, s'avance, et le prsente au trou 
mignon; il pousse sans mouiller, il fait brche; quelque 
norme qu'il soit, il pntre: allch par d'aussi heureux 
prliminaires, il redouble, il est au fond. Justine crie; que 
lui importe! Le bougre est heureux. S'embarrasse-t-on 
des douleurs d'autrui au sein de la lubricit! On encule 
l'Italien; quatre femmes nues l'entourent de tous cts; 
l'image qu'il adore se reproduit en mille diffrentes 
manires sous ses yeux libertins, il dcharge.
	Clment s'avance; il est arm de verges; ses 
perfides desseins clatent dans ses yeux.
	- C'est moi qui vais vous venger, dit-il  Svrino; 
je vais corriger la putain de ses rsistances  vos plaisirs.
	Il n'a pas besoin que personne tienne la victime; un 
de ses bras l'enlace et la comprime sur un genou qui, 
repoussant le ventre, lui expose plus  dcouvert le 
superbe cul qu'il veut flageller. D'abord il essaie ses 
coups; il semble qu'il n'ait dessein que de prluder; 
bientt, enflamm de luxure, chauff des pisodes 
obscnes dont on l'entoure, le cruel frappe autant qu'il a 
de forces: rien n'est exempt de sa frocit; depuis le 
milieu des reins jusqu'au gras des jambes, tout est 
parcouru par ce tratre: osant mler l'amour  ces 
moments d'effroi, sa bouche se colle sur celle de Justine, 
et veut respirer les soupirs qu'arrache la douleur; des 
larmes coulent, il les dvore. Tour  tour, il baise et 
menace; mais il continue de frapper. Pendant qu'il opre, 
la jolie fille de dix-huit ans lui suce le vit, un fouteur 
l'encule. Plus on lui donne de plaisir, plus les coups qu'il 
porte ont de violence; la malheureuse Justine est prte  
tre dchire, que rien n'annonce encore la fin de ses 
tourments. On a beau s'puiser de toutes parts... taler 
sous ses yeux les plus mignons attraits, le bande--l'aise 
est nul: une nouvelle cruaut le dcide; la sublime gorge 
de Justine est  sa porte; elle l'irrite, il y porte la bouche; 
l'anthropophage la mord; et cet excs dtermine la crise; 
le foutre chappe, d'effroyables blasphmes en ont 
caractris les jets; et le moine, nerv, l'abandonne  
Jrme.
	- Je ne serai pas pour votre vertu, plus dangereux 
que Clment, dit le libertin, en caressant les fesses 
ensanglantes de cette pauvre fille, mais je veux baiser 
ces blessures; je suis si digne d'en faire autant, que je 
leur dois un peu d'honneur. Clment, tu seras surpass; je 
veux triller le voisin.
	Il retourne, expose bien  sa porte le ventre poli et 
la motte dlicieusement ombrage de notre charmante 
orpheline; et le barbare dchire tout cela  coups de 
martinet: puis, la faisant mettre  genoux devant lui, il se 
colle  elle dans cette posture, et sa fougueuse passion 
s'assouvit, en se faisant sucer. Pendant qu'il agit ainsi, la 
grosse femme le fouette; celle de trente ans lui chie sur le 
nez; celles de quatorze et de quinze lui en font autant sur 
les mains. Voil les excs o la satit conduit Jrme: 
quoi qu'il en soit, il est heureux  force d'impurets; et la 
bouche de Justine reoit enfin, au bout d'une demi-heure, 
avec une rpugnance facile  deviner, le dgotant 
hommage de ce vilain faune.
	Antonin parat, ses armes sont braques. Il se 
servirait volontiers des pisodes de Clment: la 
fustigation active lui plat bien autant qu' ce moine; 
mais, comme il est press, comme son vit norme cume 
de luxure, l'tat de dgradation o il voit les choses lui 
suffit; il examine ces dlicieux vestiges, il en jouit; et, 
laissant Justine  plat-ventre, il ptrit rudement les deux 
fesses, pendant qu'une des filles le branle et prsente le 
vit au vagin; le libertin pousse: l'assaut quoique aussi 
violent que celui de Svrino, fait dans un sentier moins 
troit, n'est pourtant pas si rude  soutenir. Le vigoureux 
athlte saisit les deux hanches et, supplant aux 
mouvements que Justine ne peut faire, il la secoue sur lui 
avec vivacit: on dirait, aux efforts redoubls de cet 
Hercule, que, non content d'tre matre de la place, il 
veut la rduire en poudre. D'aussi cruelles attaques font 
succomber Justine; mais, sans s'inquiter pour ses peines, 
le cruel vainqueur ne pense qu'aux plaisirs qu'il gote. 
Tout l'environne, tout l'excite, tout concourt  ses 
volupts: en face de lui, exhausse sur ses reins, la fille 
de vingt ans lui fait sucer son con; celle de quarante,  
genoux, le visage entre ses fesses, lui gamahuche le cul; 
et le coquin branle d'une main le vit d'un garon de treize 
ans, de l'autre le clitoris de la fille de seize: il n'est pas un 
de ses sens qui ne soit chatouill, pas un qui ne concoure 
 la perfection de son dlire; il y touche; mais la sage 
Justine n'prouve que de la douleur. Le sclrat parvient 
seul au plaisir: ses lans, ses cris, tout l'annonce; et la 
pudique crature est inonde, malgr elle, des preuves 
d'une flamme qu'elle n'allume qu'en sixime.
	Ambroise la prend au sortir de l. Ce n'est qu'un cul 
qu'il faut  sa rage: heureusement que son vit n'est pas 
effrayant, il est au fond dans une minute; mais 
l'inconstant n'y reste pas; il sort, il se renfonce, se retire 
pour se rengloutir de nouveau; et, dans chaque intervalle, 
sa bouche sollicite un tron, qu'on lui donne  la fin.
	- Ah! sacredieu, s'crie-t-il ds qu'il le tient, voil 
tout ce qu'il fallait  mon foutre.
	Il se replace, on le sodomise: quatre beaux culs, 
deux mles et deux femelles, se rangent autour de lui; 
tous ptent, chient, vessent; on lui en fait dans le nez, sur 
le visage, dans la bouche; on en emplit ses mains; et 
l'impudique, au comble de ses voeux, perd son foutre, en 
invectivant celle dont il reoit pourtant toute sa volupt.
	Sylvestre arrive. Il fout un con qui lui a dj cot 
du sperme; mais il veut sucer un vit pendant ce temps-l; 
et la liqueur qu'il pompe de ce vit, il la rend dans la 
bouche de celle dont il jouit. On le fout, il branle  droite 
la fille de dix-huit ans;  gauche, il manie le cul de celle 
de quatorze; et, singulirement excit par le joli con de 
Justine, par ce con presque vierge, et que rend toujours 
pur la vertu sans tache de cette malheureuse fille, le 
coquin dcharge encore une fois en poussant des cris que 
l'on entendrait d'une lieue, sans les prcautions du local.
	Cependant, Svrino pense enfin qu'il est possible 
que cette infortune ait besoin de quelque chose: on lui 
prsente un verre de vin d'Espagne; mais, peu sensible  
ces attentions intresses, elle se livre au chagrin violent 
qui dchire son me. Quelle situation, en effet, pour une 
fille qui mettait toute sa gloire et toute sa flicit dans sa 
vertu! Qui ne se consolait des maux de la fortune que par 
la joie d'tre toujours sage! Justine, accable, ne put tenir 
 l'horrible ide de se voir aussi cruellement fltrie par 
ceux mme de qui naturellement elle devait attendre le 
plus de secours: ses larmes coulent en abondance; ses 
cris plaintifs font retentir la vote; elle se roule  terre, 
elle meurtrit son sein, elle arrache ses cheveux, invoque 
ses bourreaux, leur demande la mort. Le croira-t-on? 
Oui, ceux qui connaissent l'me des libertins ne se 
surprendront d'aucun de ces mouvements bizarres. Ce 
spectacle affreux irrite ces monstres.
	- Oh! foutre, dit Svrino, jamais plus belle scne 
ne s'offrit  mes yeux; voyez l'tat o elle se met: il est 
inou ce qu'obtiennent de moi les douleurs fminines! 
Reprenons cette garce; et, pour lui apprendre  hurler de 
la sorte, il ne faut plus la mnager.
	Il dit et, s'approchant, les verges  la main, il 
fouette Justine  tour de bras. Quel excs de frocit! Se 
pouvait-il que ces monstres le portassent au point de 
choisir l'instant d'une crise de douleur morale aussi 
violente que celle qu'prouvait leur victime, pour lui en 
faire subir une physique aussi barbare! Un giton suce 
Svrino pendant qu'il opre; une fille le fouette. Aprs 
cent coups, Clment parat, il en applique le mme 
nombre; on le fout pendant qu'il flagelle; la plus jeune 
des filles le branle. Antonin suit, et fouette le devant; il 
frappe depuis le nombril jusqu'au-dessous de la motte; il 
est socratis par une femme, branl par une autre. 
Ambroise, que gamahuche en cul la fille de quinze ans, 
et que suce le giton de huit, reprend le cul pour en rouvrir 
les plaies; il ne s'arrte qu' cent soixante. Sylvestre, au 
nez duquel deux femmes chient, veut fouetter pendant ce 
temps-l, le dos, les reins et le bas des cuisses. Jrme, 
dont la femme de quarante ans pique les fesses avec une 
aiguille d'or, et que branle la fille de quatorze ans, 
condamne tout et n'pargne rien.
	- Mettons-nous tous les six sur elle, dit Svrino, en 
s'introduisant dans le cul.
	- J'y consens, dit Antonin, en prenant le con.
	- Soit fait ainsi qu'il est requis, dit Clment en 
foutant la bouche.
	- Elle nous branlera chacun d'une main, disent  la 
fois Ambroise et Sylvestre.
	- Et qu'aurai-je donc, moi, dit Jrme?
	- Les ttons... ils sont superbes, dit Svrino.
	- Je ne les aime pas, rpond le libertin.
	- Eh bien, prend le cul, dit le suprieur, en se 
nichant entre les deux seins.
	Tout s'arrange; la malheureuse fait la chouette aux 
six moines, et les accessoires se disposent. Au-dessus de 
Jrme qui sodomise, se placent artistement les culs des 
trois jolies petites soeurs; il peut les baiser en foutant. A 
la porte du visage d'Antonin, qui enconne, se prsentent, 
entrouverts, trois autres jolis cons. Ambroise, que l'on 
branle, le rend de chaque main aux deux gitons de seize 
et de dix-huit. Sylvestre, galement pollu, patine les 
fesses de la grosse fille de trente-cinq ans, et dirige sur 
les fesses de cette fille de dix-neuf les flots de foutre que 
Justine va faire jaillir. Clment, qui fout la bouche, 
mordille, en s'amusant, un petit con imberbe, et les 
fesses,  peine indiques, d'un bardache. On place  la 
porte de Svrino, qui fout les ttons, ceux de la femme 
grosse, qu'il traite un peu durement, et les fesses d'une 
autre sultane, que le cruel pique avec une pingle. Rien 
n'est lubrique  voir comme les mouvements convulsifs 
de ce groupe, compos de vingt-une personnes: tout ce 
qui reste l'entoure avec soin, et chacun semble prter aux 
six principaux acteurs tout ce qu'il croit l'exciter 
davantage. Cependant, Justine supporte tout, le poids 
entier est sur elle seule. Svrino donne le signal, les 
cinq autres le suivent de prs; et voil, pour la troisime 
fois, notre malheureuse hrone indignement souille des 
preuves de la dgotante luxure de ces insignes coquins.
	- C'en est assez pour une rception, dit le suprieur 
en venant examiner Justine; il faut lui faire voir 
maintenant que ses compagnes ne sont pas mieux traites 
qu'elle. En consquence, on la place sur un tronon de 
colonne dress dans un bout de la salle et sur lequel on 
pouvait  peine s'asseoir; ses jambes pendaient, elle 
n'avait rien ni pour s'appuyer, ni pour se soutenir, et ce 
sige tait assez lev pour qu'elle pt se casser un 
membre, si elle en tombait: tel est le trne o l'on place 
la reine du jour; et l, on lui recommande de fixer 
avidement ses yeux sur les moindres dtails des 
scandaleuses orgies qui vont se clbrer prs d'elle.
	La premire scne fut une fustigation gnrale. Les 
seize filles, et mme celle qui tait grosse furent 
attaches  une machine fort ingnieuse: l, lies tout de 
leur long, on faisait au moyen d'un ressort, carter leurs 
jambes et leurs cuisses  volont et courber la partie 
suprieure de leur corps jusqu' terre. Les y plaait-on 
sur le ventre; alors, leurs reins et leurs fesses se 
trouvaient  une prodigieuse lvation, et la peau si 
tendue, tellement dilate, qu'en moins de dix coups de 
verges, le sang coulait  gros bouillons; taient-elles 
places sur le dos; le ventre, a son tour, bombait au point 
de se crever; et comme par le moyen d'un autre ressort, 
les cuisses, ainsi que nous venons de le dire, s'cartaient 
prodigieusement, il en rsultait que la motte et le vagin 
s'offraient dans un tel point d'lvation et d'largissure, 
qu'on et dit qu'ils allaient se fendre. A peine la machine 
fut-elle apporte, que Jrme et Clment proposrent d'y 
mettre Justine. Svrino, qui trouvait  cette infortune le 
plus beau cul du monde, et qui voulait s'en amuser 
quelque temps, reprsente qu'elle en avait assez pour le 
premier jour; qu'il fallait la laisser reposer, et... Mais 
Jrme interrompt; il dvore des yeux cette intressante 
crature; son caractre froce ne lui permet pas de mettre 
aucune borne  ses dsirs; il combat la tolrance de 
Svrino.
	- Est-ce donc pour se reposer qu'une putain est ici? 
dit Jrme en fureur: en voulons-nous faire des dames ou 
des poupes de toilette? Jusqu' quand souffrirons-nous 
que l'on nous parle toujours d'humanit au sein du crime 
et de la luxure? Une fille, n'et-elle t ici qu'une heure, 
dt-elle crever dans la seconde, des peines ou des 
tourments infligs par nous, elle aurait accompli son sort 
et nous n'aurions rien  nous reprocher. Est-ce donc pour 
autre chose que pour satisfaire nos passions que ces 
garces-l habitent parmi nous? Y entrent-elles pour un 
temps fixe? Bannissons ces fausses retenues, et que nos 
yeux soient toujours ouverts sur la plus sage des lois que 
nous nous sommes impose nous-mmes. J'ouvre le livre, 
et je lis: Erreur ! Source du renvoi introuvable.
	- Je vais plus loin que Jrme, dit Clment entre 
deux filles, dont l'une le polluait par devant, l'autre par 
derrire; je demande que la nouvelle arrive soit, ds ce 
soir, soumise aux tortures du dernier supplice; elle 
m'irrite au point que je puis plus la voir sans comploter 
contre ses jours, et je demande sa mort  l'instant.
	- Je connais nos lois comme Jrme, dit Svrino 
flegmatiquement; mais, en citant l'article qui favorise ses 
dsirs, il a oubli celui qui peut les contraindre. J'ouvre le 
livre au mme article, et j'y vois ensuite de ce qu'il vous a 
lu: Erreur ! Source du renvoi introuvable.
	- Eh bien! dit Jrme, que l'on mette donc sur-le-
champ ma proposition aux voix, et que la victime, 
pendant la discussion, soit, suivant l'usage, tendue sur 
un chevalet, les fesses tournes devant ses juges.
	Justine est aussitt garrotte: ses frayeurs et ses 
angoisses sont telles, qu'elle entend  peine ce qu'on 
prononce. Des sujets de luxure entourent chaque moine, 
chacun est au milieu de deux filles et d'un garon: ce 
n'est qu'ainsi qu'il peut prononcer; il faut qu'il bande 
avant que de donner sa voix: la doyenne des filles vrifie; 
tout est en l'air. Aprs un instant de silence, le suprieur 
met aux opinions les jours de la malheureuse Justine; 
mais Jrme et Clment sont les seuls qui opinent pour la 
mort; les quatre autres sont d'avis de s'amuser encore 
quelque temps de cette fille. Elle est donc remise  sa 
place; et, pour faire aussitt diversion, Svrino attache 
lui-mme sur l'infernale machine la fille de dix-huit ans, 
celle qui sans doute pouvait passer pour la plus belle de 
la maison. Elle y est mise sur le ventre; on la courbe, et 
ses belles fesses paraissent dans toute leur sublimit. 
Voici comme sa flagellation s'arrange; ce que nos 
lecteurs vont voir pratiquer pour celle-ci, sera de mme 
mis en usage pour les autres: chaque moine doit fustiger 
 son tour; prs de la victime est une trs jeune fille 
munie de tous les instruments ncessaires  l'opration; 
elle les prsente au fouetteur qui choisit,  son gr, celui 
qui lui plat le mieux, et qui, quelquefois, les emploie 
tous; une autre fille, prise dans la classe des plus forte, 
fouette le moine pendant qu'il opre; et l'un des jeunes 
garons, agenouill devant lui, le suce. Celle qui doit 
succder  la fustige est contrainte  demeurer  
genoux, les mains jointes, dans l'attitude de la douleur et 
de l'humiliation; bien en face du fouetteur, elle lui 
demande grce, elle l'implore, elle pleure; et, pendant ce 
temps, un des moines, placs prs de l'agent, l'exhorte  
l'inhumanit la plus barbare, et lui reprsente que les plus 
grands dangers peuvent natre de sa commisration mal 
entendue.
	Toutes les filles, mme les plus jeunes, et celles qui 
sont grosses, toutes sont impitoyablement fouettes 
d'aprs ces principes: chaque moine en expdie seize, 
tant par-devant que par-derrire. Presque toutes sont 
retournes; ce qui les dsole d'autant plus, que la 
flagellation antrieure leur parat avec raison bien plus 
douloureuse que l'autre; et, en effet, comme ces sclrats 
recherchaient attentivement ce qui pouvait le mieux 
tourmenter ces malheureuses, ils avaient soin, en 
fustigeant les devants, de faire pntrer dans l'intrieur 
du vagin les noeuds de la discipline dont ils se servaient 
alors, de manire  exciter dans cette dlicate parties des 
douleurs excessivement vives; et plus la victime se 
plaignait en ce moment cruel, plus elle criait, plus les 
libertins triomphaient, mieux ils bandaient, mieux ils se 
dlectaient. Pas un pourtant ne dchargea, tant ils taient 
accoutums au vice, tant ils taient blass sur les scnes 
les plus fortes et les plus luxurieuses.
	Celle-ci finie, la femme de quarante ans et la grosse 
femme de trente furent se placer sur un canap: deux 
filles allaient tour  tour se mettre dans leurs bras; et elles 
les contenaient: alors les moines venaient faire subir  
l'une ou l'autre de ces deux patientes un supplice de 
choix. Prs de chaque victime taient deux gitons: ds 
que la pnitence tait impose, le bourreau venait se 
rfugier  son choix, dans celui de ces quatre culs qui lui 
convenait le mieux; les trois autres s'offraient  ses 
baisers; on les enculait pendant ce temps-l, et deux filles 
se plaaient sous leurs mains; une autre plus ge ne 
devait pas quitter les flancs du moine qui agissait, afin de 
le servir dans ses oprations, et principalement dans 
l'acte sodomite, o son devoir alors tait d'humecter le vit 
avec sa bouche, et de l'enfoncer elle-mme dans le cul 
prsent.
	Svrino commence: c'est la plus jeune qu'on offre 
 sa passion. Le sclrat lui pince les fesses d'une si 
terrible force, qu'elles sont toutes noires au sortir de ses 
mains: il se rfugie dans le cul d'un bardache; on 
l'encule, il baise, et touche indistinctement tort ce qui se 
prsente  lui; cul, con, gorge, tout est gal  sa luxure: 
l'homme passionn n'y regarde pas de si prs; il veut 
perdre son foutre; pour y russir, tout est bon; et le 
suprieur y parvient.
	Clment le suit: c'est la jolie fille de quinze ans 
qu'on livre  ses fureurs. Le sclrat se sert d'une poigne 
d'pines; il en frotte vigoureusement tout le corps de 
cette malheureuse, et mouille ensuite avec du vinaigre les 
ampoules qu'il vient d'lever: il se jette sur un giton; mais 
ne bandant pas assez pour le foutre, il s'en fait sucer; et le 
coquin dcharge, en imprimant ses dents avec rage sur 
les fesses de la femme grosse que sa luxure a dsire.
	Antonin parat: c'est cette belle fille de dix-huit ans 
qui va servir sa rage. Le drle aime les cons, il est vrai; 
mais cela ne l'empche pas de vexer, de tourmenter celui 
de cette charmante crature, et cela, d'une manire 
effrayante; on n'imagine pas  quel point il se permet 
d'outrager cette intressante partie; c'est  coups 
d'pingles; il le larde en se branlant; et quand cette atroce 
barbarie l'a suffisamment excit, quand il bande ferme, il 
se rfugie dans le con d'une des plus petites filles qu'on a 
fait remplacer le bardache, et dcharge en gamahuchant 
celui qu'il vient d'outrager; tout cela pendant qu'on le 
fout.
	Ambroise arrive: le monstre! il a voulu pour 
patiente la mme fille qui vient de servir  son confrre, 
et c'est  grands coups de poing qu'il la pelote; il les 
appuie avec une si brande raideur et une telle 
promptitude qu'elle tombe  ses pieds vanouie: il encule 
le giton de treize ans, on le fout, il baise des culs, et son 
foutre s'lance.
	Sylvestre vient: la fille de vingt ans va lui servir; 
ses fesses sont dj prsentes; qu'elles sont belles! Est-il 
possible d'tre assez barbare pour outrager ainsi ce que la 
nature forma de plus parfait! Ecoutez, dit Sylvestre  sa 
victime: je ne vous dguiserai pas que la vexation que je 
vous prpare est affreuse; mais il ne tient qu' vous de 
vous y soustraire: faites-moi dans l'instant un tron 
superbe, et vous chapperez au reste. L'infme! il savait 
bien que la chose tait impossible; il n'ignorait pas que 
cette charmante fille venait de donner  Jrme, il n'y 
avait qu'un instant, ce qu'il sollicitait avec tant d'ardeur. 
La pauvre fille expose l'impossibilit physique o elle est 
d'accorder ce qu'on exige. J'en suis fch, rpond 
Sylvestre; et, s'emparant d'une tenaille le barbare arrache 
en cinq ou six endroits la peau des cuisses et des fesses, 
avec une telle violence, que le sang coule  chaque plaie. 
Un con est l; il s'y engloutit: sa fouteuse, instruite et qui 
s'est rserve, ne manque pas de lui chier sur le vit 
pendant qu'il l'enconne; deux autres trons lui sont lancs 
par des culs masculins; on le fout et le coquin dcharge, 
en blasphmant son Dieu.
	Il n'y avait plus que Jrme; il arrive: c'est sur la 
fille de treize ans qu'il va s'exercer. Le paillard ne se sert 
que de ses dents; mais chaque morsure laisse une trace 
dont le sang jaillit aussitt. Je la dvorerais dans l'tat o 
je suis, dit le bougre en fureur; je la mangerais toute vive; 
il y a longtemps que j'ai envie de dvorer une femme et 
de sucer son sang. Jrme bandait comme un diable; il se 
jette sur le cul du bardache de seize ans, l'enfile, mord 
tout ce qui se prsente  lui, et dcharge pendant qu'on le 
fouette.
	Les moines boivent et reprennent des forces, tandis 
que la malheureuse Justine, sur sa sellette, est prte  
s'vanouir. La fille de quinze ans veut la plaindre; elle est 
condamne  trois cents coups de fouet, qui lui sont  
l'instant distribus par les six moines; son cul distille le 
sang.
	- Point de piti, point de commisration, dit 
Sylvestre; l'humanit est la mort du plaisir: c'est pour 
souffrir que ces garces-l sont ici, et il faut que leur 
destine soit remplie dans la plus extrme tendue. S'il 
est constant que des libertins tels que nous ne doivent 
retirer leur principale jouissance que de l'excs des 
douleurs o ils plongent les objets destins  la luxure, ne 
m'avouera-t-on pas ds lors que c'est manquer 
dcidment le but que de parler de commisration? Et 
qu'importe qu'une putain souffre, quand des gens comme 
nous bandent! Les femmes, spcialement cres pour nos 
plaisirs, doivent uniquement les satisfaire en quelque 
sens et sous quelque rapport que ce puisse tre: si elles 
s'y refusent, il faut les tuer comme des tres inutiles, 
comme des animaux dangereux; car il n'y a pas de milieu 
alors, toutes celles qui ne serviront pas nos volupts y 
nuiront; de ce moment, elles sont nos ennemies; or, ce 
qu'on doit faire de plus sage, dans tous les temps et dans 
tous les lieux, est de se dbarrasser de ses ennemis.
	- Sylvestre, dit Jrme, il me parat que tu oublies 
les principes de la charit chrtienne.
	- J'abhorre, reprit Sylvestre, tout ce qui est chrtien; 
un ramas de turpitudes semblables est-il fait pour obtenir 
le moindre ascendant sur la raison d'un homme d'esprit? 
Cette infme religion, faite pour les mendiants, devait les 
favoriser et mettre d'aprs cela l'humanit au rang de ses 
vertus; mais, sacre-dieu, mes bons amis, nous qui 
nageons dans toutes les volupts de la terre, quel besoin 
avons-nous d'tre bienfaisants? Cette bassesse n'est 
permise qu' celui qui craint de manquer; il croit devoir 
rendre service  ceux dont il apprhende d'avoir besoin 
quelque jour: nous qui n'avons jamais besoin de 
personne, teignons cette faiblesse dans nos coeurs, et n'y 
laissons pntrer que la luxure, la cruaut, et tous les 
vices qui doivent natre de ces deux-l ou les tayer.
	- Quoi! Sylvestre, dit Svrino, tu crois qu'il faut 
dcidment tuer ses ennemis?
	- Sans exception, reprend Sylvestre; il ne doit y 
avoir ni ruse, ni violence, ni trahison, ni fourberie, qu'on 
ne doive employer pour y russir, et la raison de cela est 
bien simple; n'est-il pas vrai que cet ennemi me tuerait 
s'il le pouvait?
	- Assurment.
	- Pourquoi donc lui faire grce? La mort que je lui 
donne n'est plus un outrage, elle est une justice; je lui 
pargne un crime; je me mets absolument  la place des 
lois; et, en tuant cet ennemi, je remplis positivement le 
mme acte de justice qu'elles; donc, je ne saurais jamais 
tre coupable. Je dis plus: je n'attendrai jamais, si j'ai la 
force en main, que mes ennemis soient bien prononcs, 
pour les tuer; je me dferai d'eux sur le plus lger 
soupon, sur la dlation la plus vague, sur la plus futile 
apparence; car il n'est pas temps de dissiper l'orage 
quand il est form; je manque de sagesse, si je ne l'ai pas 
prvenu. Il y a une vrit terrible  prononcer ici; mais 
qui, comme vrit, cependant doit tre mise au jour; c'est 
qu'une seule goutte de notre sang vaut mieux que tous les 
ruisseaux de sang que les autres peuvent verser; et 
d'aprs cela il n'y a jamais  balancer, quand pour 
conserver cette goutte nous en ferions couler des torrents. 
Il est inou ce qu'on reoit de toutes les donnes de 
l'gosme et, malheureusement pour les philanthropes, 
l'gosme est la plus sainte et la plus sre des lois de la 
nature. On aura beau me dire que c'est un vice; tant que 
je sentirai ses conseils se graver et tourner au fond de 
mon me, je me rendrai  ce mouvement, et je 
repousserai vos erreurs. La plupart des lans de la nature 
tant funeste  la socit, il est tout simple qu'elle en ait 
fait des crimes: mais les lois sociales ont tous les 
hommes pour objet; et celles de la nature sont 
individuelles, et par consquent prfrables: car la loi 
faite par les hommes pour tous les hommes peut tre 
errone, et celle inspire par la nature, au coeur de 
chaque tre individuellement, est dcidment une loi 
certaine. Mes principes sont durs, je le sais; leur 
consquence dangereuse: mais qu'importe! pourvu qu'ils 
soient justes. Je suis l'homme de la nature, avant que 
d'tre celui de la socit; et je dois respecter et suivre les 
lois de la nature, avant que d'couter celles de la socit: 
les premires sont des lois infaillibles, les autres me 
tromperont souvent. D'aprs ces principes, si les lois de 
la nature m'obligent  me soustraire  celles de la socit, 
si elles me conseillent de les braver ou de m'en moquer, 
assurment je le ferai sans cesse, en prenant toutes les 
prcautions qu'exigera ma sret; parce que toutes les 
institutions humaines, base sur des intrts o je ne suis 
associ que pour un sur plusieurs milliards, ne doivent 
jamais l'emporter sur ce qui m'est personnel.
	- Pour appuyer l'excellent systme de Sylvestre, dit 
Ambroise, je ne vois qu'une chose; c'est de considrer 
l'homme naturel, de l'isoler de la masse sociale o l'ont 
ncessairement plac ses besoins.
	- Si ces besoins l'y ont mis, dit Svrino, il faut 
donc, pour l'intrt mme de ses besoins, qu'il en 
remplisse les lois.
	- Prcisment, voil le sophisme, reprend 
Ambroise: voil ce qui vous a fait faire des lois et des 
lois ridicules. Ce ne fut que par faiblesse que l'homme se 
rapprocha de la socit, par l'espoir d'y trouver plus 
facilement ses besoins; mais si cette socit ne les lui 
accorde qu' des conditions onreuses, ne fera-t-il pas 
bien mieux de se les procurer lui-mme que de les 
acheter si cher? ne fera-t-il pas plus sagement de 
chercher sa vie dans les bois que de la mendier dans les 
villes, aux tristes conditions d'touffer ces penchants... de 
les sacrifier  des intrts gnraux, dont il ne retire 
jamais que des chagrins.
	- Ambroise, dit Svrino, tu me parais comme 
Sylvestre, bien ennemi des conventions sociales et des 
institutions humaines.
	- Je les abhorre, dit Ambroise; elles entravent notre 
libert, elles attnuent notre nergie, elles dgradent 
notre me, elles ont fait de l'espce humaine un vil 
troupeau d'esclaves que le premier intrigant mne ou bon 
lui semble.
	- Que de crimes, dit Svrino, rgneraient sur la 
terre sans institutions et sans matres!
	- Voil ce qui s'appelle le raisonnement d'un 
esclave, rpond Ambroise: qu'est-ce qu'un crime?
	- L'action contraire aux intrts de la socit.
	- Et que sont les intrts de la socit?
	- La masse de tous les intrts individuels.
	- Mais si je vous prouve qu'il s'en faut bien que les 
intrts de la socit soient le rsultat des intrts 
individuels, et que ce que vous considrez comme 
intrts sociaux n'est, au contraire, que le produit des 
sacrifices particuliers, m'avouerez-vous qu'en reprenant 
mes droits, quoique je ne le puisse que par ce que vous 
appelez un crime, je ferais pourtant fort bien de 
commettre ce crime, puisqu'il rtablit la balance, et qu'il 
me rend la portion d'nergie que je n'avais cde  vos 
intentions sociales qu'au prix d'un bonheur qu'elle me 
refuse. Cette hypothse admise, qu'appellerez-vous donc 
un crime,  prsent? Eh! non, non, il n'est point de crime: 
il est quelques infractions au pacte social; mais je dois 
mpriser ce pacte, ds que les mouvements de mon coeur 
m'avertissent qu'il ne peut contribuer au bonheur de ma 
vie; je dois chrir tout ce qui l'outrage, ds que ce n'est 
qu'au sein des insultes que le vrai bonheur nat pour moi.
	- Voil, certes, dit Antonin qui mangeait et buvait 
comme un ogre, oui, voil une conversation bien 
immorale.
	- Et qu'appelez-vous morale, s'il vous plat? dit 
Ambroise.
	- Le mode, dit Svrino, qui doit conduire les 
hommes dans le sentier de la vertu.
	- Mais, reprit Ambroise, si la vertu est elle-mme 
une chimre comme le crime, que deviendra le mode qui 
doit guider les hommes dans le sentier de cette chimre? 
Mettez-vous donc dans l'esprit qu'il n'y a pas plus de 
vertu que de crime; que l'une et l'autre de ces manires 
d'tre ne sont que locales et gographiques; qu'il n'y a 
rien de constant sur elles, et qu'il est absurde de se laisser 
guider par ces abominables illusions. La plus saine 
morale est celle de nos penchants; livrons-nous 
aveuglment  tout ce qu'ils inspirent, et nous ne serons 
jamais dans l'erreur.
	- Tu crois donc qu'il n'en est aucun de mauvais? dit 
Jrme.
	- Je crois qu'il n'en est aucun qu'on puisse vaincre; 
c'est assez vous dire que je les crois tous bons; car, ou la 
nature ne saurait ce qu'elle ferait, ou elle n'a plac dans 
nous que les penchants ncessaires  ses intentions sur 
nous.
	- Ainsi, poursuivit Jrme, les mes perverses de 
Tibre et de Nron taient dans la nature.
	- Assurment; et leurs crimes ont servi la nature, 
parce qu'il n'est pas un seul crime qui ne la serve, pas un 
seul dont elle n'ait besoin. Ces systmes sont si 
dmontrs, dit Clment, que je ne conois pas comment 
on y revient encore.
	- Leur dpravation m'amuse, dit Svrino; voil 
pourquoi j'ai contrari les pr-orateurs; c'est pour leur 
donner occasion de mieux dvelopper leur esprit.
	- Nous te rendons assez de justice, dit Ambroise, 
pour tre bien srs que tu ne joues ici que le rle d'un 
controversiste, et que les sentiments que j'ai mis au jour 
sont autant dans ton me que dans la mienne.
	- J'espre qu'aucun de vous n'en doute, dit Svrino; 
peut-tre mme les port-je plus loin: j'en suis au point 
de dsirer un crime assez tendu pour satisfaire 
amplement toutes mes passions; et dans la classe de ceux 
que je connais,  peine trouv-je  ces passions qui me 
dvorent un aliment qui les apaise; tout est au-dessous de 
mes penses, et rien ne satisfait mes dsirs.
	- Il y a des sicles que je suis au mme point, dit 
Jrme, et plus de vingt ans que je ne bande qu' l'ide 
d'un crime suprieur  tout ce que l'homme peut faire 
dans le monde; et malheureusement je ne le trouve point: 
tout ce que nous faisons ici n'est que l'image de ce que 
nous voudrions pouvoir faire; et l'impossibilit d'outrager 
la nature est, selon moi, le plus grand supplice de 
l'homme.
	- Vous bandez Jrme? dit Svrino.
	- Pas un mot, mes amis; voyez mon vit, comme il 
est flasque. Ah! que je bande ou que je ne bande pas, j'ai 
toujours le mme apptit du mal, toujours un gal dsir 
d'en faire, et j'en ai plus excut de sang-froid que je n'en 
ai commis dans le dlire.
	- Ainsi, dit Svrino, vous n'avez donc pris cet habit 
religieux que pour tromper les hommes?
	- Assurment, rpondit Jrme; c'est le manteau de 
l'hypocrisie, le seul dont il soit ncessaire de se revtir 
sans cesse. Le premier de tous les arts est de tromper; il 
n'en est pas de plus utile sur la terre: ce n'est pas la vertu 
qui est bonne aux hommes, c'est son apparence; on ne 
demande que cela dans la socit; les hommes ne vivent 
pas assez ensemble pour avoir vraiment besoin de la 
vertu; l'enveloppe suffit  qui n'approfondit jamais.
	- Et voil tout d'un coup de nouveaux vices; car il 
en est mille qui naissent de l'hypocrisie.
	- Raison de plus pour que nous devions l'aimer, dit 
Jrme. Je vous avoue que dans ma jeunesse, je ne 
foutais jamais de si bon coeur que quand l'objet tombait 
dans mes piges  force de ruse et d'hypocrisie: il faudra 
que je vous raconte quelque jour l'histoire de ma vie.
	- Nous brlons de l'entendre, dirent  la fois 
Ambroise et Clment.
	- Vous verrez l, reprit Jrme, si je me suis jamais 
lass du crime.
	- Eh! le peut-on dit Sylvestre? est-il rien qui remue 
l'me avec autant d'empire? rien qui, comme le crime, 
chatouille les sens avec plus d'nergie?
	- Oh! mes amis, que n'en pouvons-nous commettre 
 tous les instants du jour! Patience, patience, dit 
Svrino en continuant son personnage de controversiste, 
il viendra un temps o la religion tournera dans vos 
coeurs o les ides d'Etre suprme et du culte qui lui est 
d, absorbant toutes les illusions du libertinage, vous 
contraindront  rendre  ce Dieu saint tous les 
mouvements d'un coeur dont vous avez laiss le crime 
s'emparer.
	- Mon ami, dit Ambroise, la religion n'a d'empire 
que sur l'esprit de ceux qui ne peuvent rien expliquer 
sans elle; c'est le nec plus ultra de l'ignorance: mais,  
nos yeux philosophes, la religion n'est qu'une fable 
absurde uniquement faite pour nos mpris: et quelles 
notions nous donne-t-elle, en effet, cette religion 
sublime? je voudrais bien qu'on me l'expliqut. Plus on 
l'examine, et plus l'on voit que ses chimres thologiques 
ne sont propres qu' embrouiller toutes nos ides: 
mtamorphosant tout en mystres, cette fantastique 
religion nous donne, pour cause de ce que nous ne 
comprenons pas, quelque chose que nous comprenons 
encore moins. Est-ce donc expliquer la nature que d'en 
attribuer les phnomnes  des agents inconnus,  des 
puissances invisibles,  des causes immatrielles? 
L'esprit humain est-il bien satisfait, quand on lui dit de se 
rendre raison de ce qu'il n'entend pas, par l'ide plus 
incomprhensible encore d'un Dieu qui n'exista jamais? 
La nature divine,  laquelle on ne conoit rien, et qui 
rpugne au bon sens et  la raison, peut-elle faire 
concevoir la nature de l'homme, que l'on trouve dj si 
difficile  expliquer? Demandez  un chrtien, c'est--
dire  un imbcile parce qu'il n'appartient qu' un 
imbcile d'tre chrtien; demandez-lui, dis-je, quelle est 
l'origine du monde; il vous rpondra que c'est Dieu qui a 
cr l'univers: demandez-lui maintenant ce que c'est que 
Dieu, il n'en sait rien; ce que c'est que crer, il n'en a 
nulle ide; quelle est la cause des pestes, des famines, 
des guerres, des scheresses, des inondations, des 
tremblements de terre, il vous dira que c'est la colre de 
Dieu: demandez-lui quels remdes il faut employer  tant 
de maux; il vous dira des prires, des sacrifices, des 
processions, des offrandes, des crmonies. Mais 
pourquoi le ciel est-il en courroux? c'est que les hommes 
sont mchants: pourquoi les hommes sont-ils mchants? 
c'est que leur nature est corrompue: quelle est la cause de 
cette corruption? c'est, vous disent-ils, parce que le 
premier homme, sduit par la premire femme, a mang 
une pomme,  laquelle son Dieu lui avait dfendu de 
toucher: qui est-ce qui engagea cette femme  faire une 
telle sottise? c'est le diable: mais qui a cr le diable? 
c'est Dieu: pourquoi Dieu a-t-il cr le diable, destin  
pervertir le genre humain? on l'ignore; c'est un mystre 
cach dans le sein de la Divinit, qui elle-mme est un 
mystre. Poursuivrez-vous? demanderez-vous  cet 
animal quel est le principe cach des actions et des 
mouvements du coeur humain? il vous rpondra que c'est 
l'me: et qu'est-ce que l'me? c'est un esprit: qu'est-ce 
qu'un esprit? c'est une substance, qui n'a ni forme, ni 
couleur, ni tendue, ni partie: comment une telle 
substance peut-elle se concevoir? comment peut-elle 
mouvoir un corps? on n'en sait rien, c'est un mystre: les 
btes ont-elles des mes? non: et pourquoi donc les 
voyons-nous agir, sentir, penser absolument comme des 
hommes? Ici ils se taisent, parce qu'ils ne savent que 
dire. Et la raison de cela est simple: s'ils prtent une me 
aux hommes, c'est par l'intrt qu'ils ont  en faire ce 
qu'ils veulent, au moyen de l'empire qu'ils s'arrogent sur 
ces mes; au lieu qu'ils n'ont pas le mme intrt avec 
celles des btes, et qu'un docteur en thologie serait trop 
humili de la ncessit o l'on serait alors d'assimiler son 
me  celle d'un cochon. Voil pourtant les solutions 
puriles que l'on est oblig d'enfanter pour expliquer les 
problmes du monde physique et moral.
	- Mais, si tous les hommes taient philosophes, dit 
Svrino, nous n'aurions pas le plaisir de l'tre seuls; et 
c'est un grand plaisir que de faire schisme, une grande 
volupt que de ne pas penser comme tout le monde.
	- Aussi mon opinion est-elle bien, dit Ambroise, 
qu'il ne faut jamais arracher le bandeau des yeux du 
peuple; il faut qu'il croupisse dans ses prjugs, cela est 
essentiel. O seraient les victimes de notre sclratesse, 
si tous les hommes taient criminels! Ne cessons jamais 
de tenir le peuple sous le joug de l'erreur et du mensonge: 
tayons-nous sans cesse du sceptre des tyrans; 
protgeons les trnes, ils protgeront l'glise; et le 
despotisme, enfant de cette union, maintiendra nos droits 
dans le monde. Les hommes ne se mnent qu'avec la 
verge de fer: je voudrais que tous les souverains (et en 
vrit ils y gagneraient) donnassent plus d'extension  
notre autorit, qu'il n'y et pas un seul de leurs tats o 
l'inquisition ne ft en vigueur. Voyez comme elle lie en 
Espagne le peuple au souverain; jamais ses chanes ne 
seront aussi tendues que dans les pays o ce tribunal 
auguste se chargea de les river. On se plaint qu'il est 
sanguinaire: eh, qu'importe! ne vaut-il pas mieux n'avoir 
que douze millions de sujets soumis, que vingt-quatre qui 
ne le sont pas? Ce n'est point par la multitude de ses 
sujets qu'un prince est vraiment grand, c'est par l'tendue 
de sa puissance sur eux, c'est par l'extrme soumission 
des individus sur lesquels il rgne; et jamais cette 
subordination n'aura lieu qu'au moyen du tribunal 
inquisitoire, qui, veillant  la sret du prince et  la 
splendeur de son empire, immolera chaque jour tous 
ceux qui menaceraient l'un ou l'autre. Eh qu'importe le 
sang qu'il en cote pour cimenter les droits du souverain! 
si ces droits se perdent, le peuple retombe dans une 
anarchie dont les guerres civiles sont les suites; et ce 
sang, que vous avez mal  propos mnag, ne coule-t-il 
pas alors avec plus d'abondance?
	- Je crois, dit Sylvestre, que ces bons dominicains 
doivent trouver dans leurs vexations inquisitoriales de 
biens dlicieux aliments  leur lubricit.
	- N'en doutez pas, dit Svrino; j'ai vcu sept ans en 
Espagne; j'tais fort li avec l'inquisiteur actuel. Il n'y a 
pas, me disait-il un jour, de despote asiatique, dont le 
harem vaille mes cachots; femmes, filles, jeunes garons, 
j'ai tous les sexes, tous les genres, tous les ges, toutes les 
nations; d'un geste tout est  mes pieds; mes eunuques 
sont mes guichetiers, la mort est ma maquerelle; on 
n'imagine pas ce que me rapportent les craintes qu'elle 
inspire.
	- Ah! foutre, il n'y a que cela, dit Jrme, qui 
recommenait  bander, et qui en consquence venait de 
s'emparer de la fille de dix-huit ans, oh! non, il n'y a de 
dlicieux au monde que les jouissances despotiques; il 
faut violenter l'objet que l'on dsire; plus de plaisirs, ds 
qu'il se rend.
	Et, cette voluptueuse ide enflammant nos 
interlocuteurs, on s'aperut que le souper allait finir par 
des bacchanales.
	- Je voudrais que nous nous amusassions un peu de 
ces femmes grosses, dit Antonin, qui les avait mises 
toutes deux dans l'tat o on les voyait.
	Et, la proposition ayant t accueillie, on avance, au 
milieu de la chambre, un pidestal haut de dix pieds, sur 
lequel ces deux malheureuses (2), lies dos  dos, 
pouvaient  peine poser une jambe; tous les environs, 
dans un diamtre de trois pieds, sont jonchs d'pines et 
de ronces  dix pouces de hauteur; obliges de ne se tenir 
que sur un pied, on leur donne une gaule pliante  la 
main pour les soutenir; il est ais de voir d'un ct 
l'intrt qu'elles ont de ne pas choir, de l'autre 
l'impossibilit de maintenir la position. C'est de cette 
cruelle alternative que naissent le plaisir des moines. Ils 
entourent le pidestal: environns eux-mmes d'objets de 
luxure, il n'en est pas un d'eux qui n'ait au moins trois 
sujets prs de lui, qui les excitent diversement pendant ce 
spectacle. Quoique enceintes, ces malheureuses restent 
plus d'un quart d'heure en attitude. Celle de trente ans, 
grosse de huit mois, perd ses forces, la premire; elle 
chancelle, entrane bientt sa camarade dans sa chute: 
toutes deux jettent les hauts cris, en tombant sur les 
ronces aigus qui les reoivent. Nos sclrats, pleins de 
vin et de luxure, se prcipitent comme des furieux sur 
elles: les uns les battent, les autres les frottent avec les 
pines qui les couvrent, ceux-ci sodomisent, ceux-l 
enconnent, tous jouissent, lorsque de violentes mouches, 
prouves par la fille de trente ans, avertissent 
l'assemble que la malheureuse va se dbarrasser de son 
fardeau. Tout secours lui est constamment refus: la 
nature se soulage elle-mme; mais c'est un cadavre 
qu'elle met au jour... un malheureux cadavre qui lui-
mme cote la vie  sa mre. Ici l'exaltation des ttes est 
 son comble: tous les moines dchargent  la fois; tous 
inondent simultanment ou des cons, ou des culs, ou des 
bouches; il coule des ruisseaux de foutre; d'affreux 
blasphmes font retentir les votes; et le calme renat  la 
fin. Les morts s'emportent d'un ct, de l'autre les 
victimes rentrent au srail; et le suprieur, restant seul 
avec Justine et celle des filles de vingt-cinq ans, qui se 
nommait Omphale, et dont on a trac plus haut le 
portrait, dit  notre hrone: 
	- Vous venez de voir, mon enfant, que je vous ai 
sauv la vie; vous tiez condamne sans moi: suivez cette 
fille, elle vous installera, elle vous mettra au fait de vos 
devoirs; et souvenez-vous bien surtout que c'est par la 
soumission la plus entire, par la rsignation la plus 
tendue, que vous m'empcherez de me repentir de ce 
que je viens de faire pour vous. Voyons votre cul.
	L'humble et douce Justine se retourne en tremblant.
	- Ce sont vos fesses qui vous ont sauve, poursuit le 
moine, j'en idoltre la tournure: songez  exciter et  
mnager  propos les dsirs qu'elles m'inspireront: car 
l'indiffrence aurait autant d'inconvnient pour vous que 
la satit, et je vous punirais autant pour ne me rien 
inspirer, que pour m'avoir fait trop sentir.
	- Quels cueils,  mon pre! soyez plus grand et 
plus gnreux; daignez me rendre la libert, que vous 
m'avez si injustement ravie, je vous bnirai le reste de 
mes jours.
	- Ces bndictions-l, ma chre fille, reprit le 
moine, ne contribueraient en rien  mon bonheur; et le 
plaisir de vous enchaner  ma luxure ici augmente 
infiniment ce bonheur!
	Et Svrino, servi par Omphale, introduisait son vit, 
tout en parlant, dans le trou du cul de Justine; aprs 
quelques alles et venues, il se retira.
	- Je la mnerais, ds ce soir, coucher avec moi, dit-
il  Omphale, si des prmices masculins ne m'attendaient 
pas cette nuit; mais ce sera pour l'un de ces jours: 
instruisez-la, ma fille, et retirez-vous.
	Le suprieur disparut; et nos deux sultanes 
rentrrent au srail, dont les portes d'airain se 
refermrent aussitt sur elles.
	Justine, trop lasse, trop absorbe, ne vit rien, 
n'entendit rien ce premier soir; elle ne pensa qu' prendre 
un peu de repos; et son institutrice, fatigue elle-mme, 
fut loin de s'opposer  ce sujet.
	Le lendemain, Justine, en ouvrant les yeux, se 
trouve dans une de ces cellules que nous avons dj 
peintes. Elle se lve, examine la grandeur du local, et 
compte les chambres, qui, comme la sienne, environnent 
cette salle, dont le milieu tait occup par une table 
ronde,  laquelle pouvaient se placer trente couverts.
	Le plus grand silence rgnait encore quand Justine 
se leva. Elle parcourut tout, et vit que cette grande pice 
n'tait claire que par une fentre fort haute, environne 
d'un triple grillage. Les cellules n'taient point fermes, 
chaque fille pouvait passer ou dans la salle, ou chez sa 
compagne,  l'heure qu'elle voulait; mais elle ne pouvait 
pas non plus s'enfermer dans sa chambre. Le nom des 
filles tait grav au-dessus de chaque porte; ce fut par ce 
moyen que Justine trouva Omphale; et le premier 
mouvement qui lui chappa fut de se jeter, en larmes, 
dans le sein de cette charmante fille, dont l'air timide et 
doux lui faisait croire, avec raison, que l'me sensible 
pourrait la comprendre.
	- Oh! chre amie, lui dit-elle en s'asseyant sur son 
lit, je ne puis revenir ni des excrations que j'ai 
souffertes, ni de celles dont on m'a rendue tmoin. Si 
quelquefois, hlas! mon imagination s'garait sur les 
plaisirs de la jouissance, je les croyais purs comme le 
Dieu qui les inspire aux hommes: donns par lui pour 
leur servir de consolation, je les supposais ns de l'amour 
et de la dlicatesse; j'tais bien loin de croire qu' 
l'exemple des btes froces ils ne pussent jouir qu'en 
faisant souffrir leurs compagnes. O grand Dieu! 
continuait-elle, en poussant un profond soupir, il est donc 
bien certain maintenant qu'aucun acte de vertu n'manera 
de mon coeur, qu'il ne soit aussitt suivi d'une peine! Eh! 
quel mal faisais-je, grand Dieu! en dsirant de venir 
accomplir, dans ce couvent, quelques devoirs de 
religion? offensais-je le ciel en voulant le prier? 
Incomprhensibles dcrets de la Providence, daignez 
donc, continua-t-elle, vous expliquer  moi, si vous ne 
voulez pas que mon coeur se rvolte.
	Des flots de larmes, que Justine rpandit dans le 
sein d'Omphale, suivirent ces plaintes amres; et cette 
tendre compagne, la pressant dans ses bras, l'exhorta au 
courage et  la patience.
	- O Justine! lui dit-elle avec amnit, j'ai pleur, 
comme toi, dans les premiers jours, et maintenant 
l'habitude est prise; tu t'y accoutumeras, comme j'ai fait. 
Les commencements sont terribles: ce n'est pas 
seulement la ncessit d'assouvir les passions de ces 
libertins qui fait le supplice de notre vie; c'est la perte de 
notre libert; c'est la manire cruelle dont on nous 
gouverne dans cette excrable prison; c'est la mort qui 
plane  tout instant sur nos ttes.
	Les malheureux se consolent en en voyant d'autres 
auprs d'eux. Quelques cuisantes que fussent les 
douleurs de Justine, elle se calma, pour prier sa 
compagne de la mettre au fait des chagrins et des 
tourments auxquels elle devait s'attendre.
	- Un moment, dit Omphale, il est un premier devoir 
 rendre dont nous ne pouvons nous carter. Il faut que je 
te prsente  Victorine; c'est la directrice des srails, et 
qui jouit ici, s'il est possible, d'une plus grande autorit 
que les moines mmes; c'est d'elle que nous dpendons. 
Instruite de ton arrive ds hier soir, elle trouverait trs 
mauvais que ton premier soin, aujourd'hui, ne ft pas de 
l'aller visiter: va mettre un peu plus d'ordre  ta toilette, 
et reviens me prendre; je me lve, et vais la prvenir.
	Justine, effraye de cette nouvelle obligation, 
excute pourtant ce qu'on lui recommande; et, aprs 
quelques soins, elle revient trouver son amie. La demi-
toilette qu'elle venait de faire, l'air abattu, intressant, 
que lui donnaient ses chagrins et ses fatigues, tout prtait 
 cette charmante fille un degr d'intrt si puissant qu'il 
tait impossible de la regarder sans tre mu, et que, quel 
que ft le sexe dont elle dt fixer les yeux, elle tait 
toujours sre d'en recevoir les plus certains hommages. 
Profitons du moment o Omphale met Justine au fait du 
caractre et de la figure de cette directrice, pour la 
peindre nous-mmes au lecteur.
	Victorine tait une grande fille de trente-huit ans, 
brune, sche, des yeux noirs, trs ardents, de beaux 
cheveux, de belles dents, un nez  la romaine, une 
physionomie mchante, la voix forte, l'air et le caractre 
durs; beaucoup d'esprit, trs cruelle, trs immorale, 
extrmement corrompue, fort impie, singulirement 
orgueilleuse de sa place, et la remplissant avec autant de 
despotisme que de tyrannie. Nous allons voir 
incessamment, par les relations d'Omphale  Justine, 
combien les sujets du srail dpendaient d'elle, et quel 
puissant empire elle pouvait exercer sur eux. Victorine 
possdait  la fois et tous les gots et tous les vices; 
fouteuse, tribade, sodomiste, elle aimait tout, elle se 
livrait  tout; et runissant  ces dfauts ceux de la 
gourmandise, de l'ivrognerie, du mensonge, de la 
calomnie, de la mchancet et de la plus complte 
dpravation, cette femme, d'aprs ce que l'on voit, tait 
un vritable monstre, dont il ne pouvait rsulter que des 
horreurs.
	Il y avait huit ans que cette mgre tait  la tte de 
tout, et qu'elle demeurait volontairement dans le couvent. 
Elle seule avait la permission d'en sortir, quand 
l'exigeaient les affaires de la maison; mais, comme elle 
tait sous le glaive de la justice, et signale dans toute la 
France, elle profitait fort peu de cet agrment; et, pour sa 
propre sret, elle ne se souciait pas de s'carter 
beaucoup d'un logis dans lequel tout lui assurait une 
impunit qu'elle et difficilement trouve ailleurs.
	L'appartement de Victorine, compos d'une salle  
manger, d'une chambre  coucher et de deux cabinets, 
tenait le milieu entre le srail des garons et celui des 
filles; elle communiquait, avec la mme facilit, dans l'un 
et dans l'autre, et les avait tous deux galement sous sa 
surveillance.
	Nos deux odalisques se prsentent  sa porte.
	- Madame, dit Omphale, voici la nouvelle venue; le 
rvrend pre suprieur l'a remise en mes mains pour 
tre instruite, et je n'ai pas voulu rien lui dire avant que 
d'avoir eu l'honneur de vous la prsenter.
	Victorine allait djeuner. Sur sa table tait une 
dinde aux truffes, entre un pt de Prigueux et une 
mortadelle de Boulogne, qu'entouraient six bouteilles de 
vin de Champagne, et point de pain; elle n'en mangeait 
jamais (3).
	- Voyons, dit-elle  Omphale, fais approcher de moi 
cette fille... Comment donc, mais elle est jolie... 
extrmement jolie; voil les plus beaux yeux et la plus 
dlicieuse bouche que j'aie vus depuis longtemps... Cette 
taille, comme elle est bien prise! Venez me baiser, mon 
coeur; et la tribade appuya, sur les lvres de rose du plus 
bel enfant de l'Amour, le baiser le plus ardent et le plus 
impudique. Encore une fois, dit-elle, et fournissez-moi 
plus de langue; enfoncez-la le plus avant possible: vous 
voyez comme je darde la mienne; c'est comme cela qu'on 
se gote. Justine obit: le moyen de rsister  l'tre dont 
notre sort dpend! et le baiser le plus lascif et le plus 
prolong devient le rsultat de sa complaisance.
	- Omphale, poursuivit la directrice, cette jeune fille 
me plat; je la branlerai; non pas  prsent, car je suis 
rendue, je viens de foutre comme une garce; et aprs 
avoir pass la nuit avec quatre garons du srail, pour me 
raccommoder, j'ai branl deux filles ce matin. Loge-l 
dans la classe des vestales; c'est celle o son ge la place; 
mets-l au fait, et ramne-la moi ce soir: si elle n'est pas 
du souper, je coucherai avec elle; sinon, ce sera pour 
demain: trousse-la pourtant, je veux voir comme elle est 
faite.
	Et Omphale ayant excut l'ordre, ayant tourn et 
retourn sa camarade sous tous les sens, Victorine palpa, 
baisa, gamahucha, et parut fort contente.
	- Elle est blanche et bien faite, dit-elle; cela doit 
dcharger comme un ange. Adieu; il faut que je djeune: 
je verrai cela ce soir.
	- Madame, dit respectueusement Omphale, ma 
compagne ne se retirera pas sans avoir obtenu l'honneur 
de vous donner le baiser que vous avez coutume 
d'accorder aux novices.
	- Ah! est-ce qu'elle veut baiser mon cul? dit 
l'impudique crature.
	- Et le reste, madame; et le reste.
	- Allons, je le veux bien.
	Et la vilaine, se troussant, d'abord par derrire, 
jusqu'au-dessus des reins, expose  la bouche frache de 
notre hrone le cul le plus libertin, le plus impur et le 
plus fltri qu'il ft possible de voir... que Justine, guide 
par Omphale, baisa respectueusement sur les fesses, 
ensuite au trou.
	- De la langue donc, de la langue, dit brutalement 
Victorine.
	Et notre pauvre fille, oblige d'en faire sentir les 
chatouillements, excuta ce qu'on dsirait quoique avec 
la plus extrme rpugnance. La directrice se troussa par 
devant; mais, se tenant assise, elle se contenta d'carter 
les cuisses: Dieu! quel gouffre elle offrit aux hommages 
de Justine... cloaque d'autant plus dgotant, qu'il tait 
encore barbouill du foutre dont la gueuse s'tait fait 
arroser toute la nuit. Ici, la novice oubliait une seconde 
fois la crmonie de la langue; et sans Omphale, qui lui 
fit signe, elle allait s'exposer encore aux reproches de 
l'insatiable Messaline.
	Enfin, ces dgotantes crmonies faites, Justine et 
Omphale se retirrent, en recevant l'ordre de revenir le 
soir, si Justine n'est pas du souper, ou le lendemain 
matin, si elle en est.
	Les deux amies passrent dans la cellule de Justine; 
et ce fut l qu'Omphale donna  sa nouvelle compagne 
les intressants dtails que nous allons transmettre au 
lecteur.
	- Tu vois d'abord, ma chre amie, lui dit-elle avant 
que de s'enfermer ensemble, que toutes les cellules sont 
gales; toutes ont une garde-robe, dans laquelle sont une 
toilette, un bidet, une chaise perce; et, dans la pice o 
l'on couche, toutes ont galement un petit lit d'indienne 
en tombeau, un sofa, une chaise, un fauteuil, une 
commode, une glace au-dessus, une table de nuit et une 
chiffonnire. Il n'y a pas la moindre diffrence entre les 
cellules des garons et les ntres: les lits sont bons; deux 
matelas et un sommier, deux couvertures d'hiver, une 
d't, un couvre-pied, des draps tous les quinze jours; 
mais point de feu; ce grand pole chauffe tout, et c'est l 
que nous nous runissons: tu vois que les fentres sont 
inaccessibles;  peine peut-on s'lever jusqu' leur 
hauteur; y parvient-on, de triples grillages en interceptent 
jusqu' l'air. Trois portes de fer closent l'entre du srail 
du ct de la salle du festin; et celle qui communique 
chez Victorine est galement bien ferme la nuit.
	- Il me semble, dit Justine, que tous les noms ne 
sont pas au-dessus des portes; pourquoi cette diffrence?
	- On enlve les noms de celles qui n'existent plus, 
dit Omphale; et, comme il en manque deux aujourd'hui, 
voil pourquoi quelques cellules sont sans tiquettes.
	- Et que sont devenues ces deux? dit Justine.
	- Ne le devines-tu pas? dit Omphale: ne te 
rappelles-tu donc pas le sort de cette malheureuse femme 
grosse d'hier au soir?
	- Oh! ciel, tu me fais frmir. Mais, une vacance 
dans la plus jeune classe.
	- Eh! qu'importe, la nature ou la raison parlent-elles 
au coeur de ces sclrats? Mais prends patience, Justine, 
et laisse-moi mettre un peu d'ordre  mes dtails. Avant 
que de commencer, jette un coup d'oeil sur la grande 
salle; voil nos compagnes qui se runissent pour le 
djeuner; examine un instant l'ensemble; nous rentrerons 
dans ta cellule aprs, et nous y poursuivrons nos rcits.
	Justine accepte: toutes ses compagnes l'entourent; 
et elle voit l runies sous ses yeux vingt-huit filles, plus 
belles que l'on ne saurait peut-tre en trouver en Europe. 
A la sollicitation d'Omphale, et pour que Justine pt 
mieux examiner les grces qui l'environnaient, toutes se 
rangrent par classe: Justine et son institutrice les 
parcoururent; et voici les objets qui frapprent le plus 
notre hrone: 
	Elle remarqua d'abord, dans la classe des pucelles, 
une petite fille de dix ans, que l'Amour mme paraissait 
avoir pris le soin d'embellir.
	Une fille de dix-sept ans la frappa singulirement 
dans la classe des vestales: elle avait une figure ovale, un 
peu triste, mais pleine d'intrt, ple, une sant dlicate, 
le son de voix tendre, une vritable hrone de roman.
	Dans la classe des sodomistes, les yeux de Justine 
se fixrent sur une charmante fille de vingt ans, faite 
comme Vnus; une blancheur blouissante, la 
physionomie douce, ouverte, riante de superbes cheveux, 
la bouche un peu grande mais admirablement bien 
meuble, et de trs beaux cheveux chtains.
	Enfin, dans celle des fesses, ce fut avec un 
vritable intrt qu'elle vit une femme de vingt-huit ans, 
vrai modle de taille et de beaut, et dont la fracheur et 
fait honte  celle de Flore elle-mme.
	Une femme de quarante ans la surprit dans la classe 
des dugnes, tant  cause de la rgularit de ses traits, 
que de la fermet de ses chairs et du brillant de ses yeux.
	Nous nous contentons d'esquisser ici ce qui surprit 
davantage Justine; s'il nous fallait peindre tout ce que 
cette collection offrait de dlicieux, il ne serait pas une 
seule de ces sduisantes cratures, dont nous ne dussions 
parler en particulier. Ses yeux en furent blouis; et 
certes, tout autre qu'elle et t bien flatte des 
compliments qu'on lui prodiguait, mme au milieu de ces 
jolies personnes. Cet examen fait, les deux amies se 
renfermrent; et ce qu'on va lire dans le chapitre suivant 
sont les explications que Justine reut de son institutrice.

	(1) 	On se rappelle qu'aux orgies de cette soire-l 
il y avait deux filles de cet ge. 

	(2) 	On se souvient que c'taient les filles de vingt-
six ans et de trente. La premire tait grosse de 
six mois, l'autre de huit. 

	(3) 	Le pain est la nourriture la plus indigeste et la 
plus malsaine qu'il soit possible d'employer. Il 
est inou que le Franais ne veuille pas se 
corriger de son got pour cet aliment 
dangereux: s'il en venait  bout, il prterait bien 
moins d'armes  ses tyrans, dont le plus sr 
moyen de vexer le peuple fut toujours de lui 
retrancher cet amalgame pestilentiel d'eau et de 
farine. Assurment l'abondance des mets peut 
mettre le riche bien  mme de s'en passer, et le 
pauvre y supplerait  merveille par les 
lgumes, et principalement par les farineux.



 

CHAPITRE IX

SUITE DE DETAILS - LOIS, MOEURS, USAGES DE 
LA MAISON OU JUSTINE SE TROUVE

	- L'instruction que j'ai  te donner, dit Omphale, 
doit tre renferme sous quatre principaux articles: nous 
traiterons dans le premier de tout ce qui concerne la 
maison; nous placerons dans le second ce qui regarde la 
tenue des filles, leurs devoirs, leurs punitions, leur 
nourriture; le troisime article t'instruira de l'arrangement 
des plaisirs de ces moines, de la manire dont les filles 
ou les garons servent leurs volupts; le quatrime te 
dveloppera l'histoire des rformes et des changements.
	Je te parlerai peu, Justine, des abords de cette 
affreuse maison; on me les a fait voir clairs, afin que je 
puisse en donner l'ide  celles que l'on me charge 
d'instruire, et les convaincre mieux de toute 
l'impossibilit de l'vasion. Hier, Svrino t'en expliqua 
une partie; il ne te trompa point. L'glise et le pavillon 
qui y tient forment ce qu'on appelle le couvent; mais tu 
ignores comment est situ le corps de logis que nous 
habitons, comment on y parvient, le voici: 
	Au fond de la sacristie est une porte masque par la 
boiserie, qu'un ressort ouvre. Cette porte sert d'entre  
un boyau aussi obscur que long, des sinuosits duquel la 
frayeur en entrant t'empcha sans doute de t'apercevoir. 
D'abord, ce boyau descend, parce qu'il faut qu'il passe 
sous un foss de trente pieds de profondeur; c'est l que 
se prsente un pont sur lequel tu peux te souvenir d'avoir 
pass. Le couloir remonte ensuite, et ne rgne plus qu' 
six pieds sous le sol; c'est ainsi qu'il arrive au souterrain 
de notre pavillon dans un espace d'environ deux cents 
toises; et c'est, ainsi que tu l'as vu, par une trappe qu'on 
arrive au dehors dans la salle  manger. Six enceintes de 
houx et d'pine, de trois pieds d'paisseur, s'opposent  
ce qu'il soit possible d'apercevoir ce logement-ci, ft-on 
mme mont sur le clocher de l'glise. La raison de cela 
est simple: le pavillon du srail n'a pas cinquante pieds 
de haut; et les six haies qui l'environnent en ont partout 
plus de soixante. De quelque part qu'on observe cette 
partie, elle ne peut donc tre prise que pour un taillis de 
la fort, et jamais pour une habitation. Ce pavillon-ci, ma 
chre, vulgairement appel le srail, n'a eu en tout que 
des souterrains, un plain-pied, un entresol, et un premier 
tage: la vote qui couvre le dessus de cet difice est 
garnie dans toute sa superficie d'une cuvette de plomb 
trs paisse, dans laquelle sont plants diffrents arbustes 
toujours verts, qui se mariant avec les haies qui nous 
entourent, en donnent au total un air de massif encore 
plus rel. Les souterrains forment un grand salon au 
milieu, et douze cabinets autour: six de ces cabinets 
servent de caves: les six autres, de cachots pour les sujets 
de l'un ou l'autre sexe qui ont mrit cette punition; et ces 
cas sont si frquents qu'il n'y a jamais de place vide. 
Cette peine est horrible; tous les accessoires de la plus 
extrme rigueur l'accompagnent; l'humidit du local y est 
d'abord insupportable; on y est toujours enferm nu, et 
l'on n'y a que du pain et de l'eau.
	- Oh! Dieu, s'cria Justine; ces sclrats ont la 
cruaut, l'impudeur d'enfermer nu dans un endroit aussi 
malsain?
	- Absolument; on ne nous y accorde seulement pas 
une couverture, pas un vase pour les besoins; s'ils voient 
que l'on cherche un coin pour les y dposer, on est battu; 
ils vous forcent de les remettre un peu par-ci un peu par-
l dans le milieu de la chambre, et ce n'est que l qu'il 
vous est permis d'y vaquer.
	- Quelle recherche de salets et de barbarie!
	- Oh! toutes celles du despotisme et de la luxure 
sont inoues dans ces cachots; on y place avec vous des 
rats, des lzards, des crapauds, des serpents. Plusieurs 
d'entre nous sont mortes, rien que pour avoir habit ces 
cloaques huit jours: au reste, on n'y est jamais moins de 
cinq, et trs souvent des mois entiers. Nous y 
reviendrons.
	Au-dessus de ces souterrains se trouve la salle des 
soupers, o se clbrent toujours les orgies dont tu fus 
tmoin hier. Douze cabinets entourent de mme cette 
salle: six servent de boudoir aux moines; c'est l qu'ils 
s'enferment lorsqu'ils veulent isoler leurs plaisirs... les 
soustraire aux yeux de la socit... Ces pices, ornes par 
les mains du luxe et de la volupt, renferment tout ce qui 
peut servir aux supplices. Des six autres cabinets, il en 
est deux o jamais aucun sujet du srail n'entre; nous en 
ignorons absolument l'usage; deux autres servent  serrer 
tous les comestibles; l'avant-dernier est un office, le 
dernier une cuisine. On trouve douze chambres  
l'entresol, dont six ont de jolis cabinets; ce sont celles des 
moines; dans les six autres, sont deux frres servants, 
dont l'un est gelier des femmes, l'autre gelier des 
hommes; une cuisinire, une femme de charge, une fille 
de cuisine; et le chirurgien, ayant autour de lui tout ce qui 
peut servir  des premiers besoins. Une particularit fort 
extraordinaire, c'est que tous ces personnages, except le 
cuisinier et le chirurgien, sont muets: quels secours 
attendre, quelles consolations recevoir de pareils gens! ils 
ne s'arrtent d'ailleurs jamais avec nous, et il nous est 
dfendu, sous les peines les plus svres, de leur parler 
ou de leur faire le moindre signe.
	Le dessus de ces entresols forme les deux srails; 
ils se ressemblent parfaitement l'un et l'autre. Tu as 
suffisamment pu juger les cltures, pour concevoir qu' 
supposer mme que l'on rompt les barreaux de nos 
croises, et que l'on descendt par les fentres, on serait 
encore loin de pouvoir s'vader, puisqu'il resterait  
franchir les haies vives, l'paisse muraille qui forme une 
septime enceinte autour d'elles, et le large foss qui 
environne le tout. Ces obstacles fussent-ils vaincus, o 
retomberait-on? dans la cour du couvent, qui, 
soigneusement ferme elle-mme, n'offrirait pas encore 
une sortie bien sre.
	Un moyen d'vasion, moins prilleux peut-tre, 
serait, je l'avoue, de trouver dans la salle  manger la 
bouche du couloir qui y rend; mais, indpendamment de 
ce qu'elle est impossible  dcouvrir, c'est qu'il ne nous 
est jamais permis d'tre seules dans cette pice-l. 
Pntrt-on mme dans le boyau, on ne s'en tirerait pas 
encore: il est coup en plus de vingt endroits par des 
grilles de fer, dont eux seuls ont la clef, et garni de 
piges, o se prendraient infailliblement ceux qui, 
comme eux, ne connatraient pas le local.
	Il faut donc renoncer a l'vasion, ma chre; elle est 
impossible: ah! crois que, si elle pouvait s'entreprendre, il 
y a longtemps que j'aurais fui la premire cet 
pouvantable sjour. Mais cela ne se peut; la mort seule 
rompt ici nos liens: et de l nat cette impudence, cette 
cruaut, cette tyrannie, dont les monstres usent avec 
nous. Rien ne les embrase, rien ne leur monte 
l'imagination, comme l'impunit que leur promet cette 
inabordable retraite. Bien srs de n'avoir jamais pour 
tmoins de leurs excs que les victimes qui les 
assouvissent; bien certains que jamais leurs carts ne 
seront rvls, ils les portent aux plus odieuses 
extrmits. Dlivrs du frein des lois, ayant bris ceux de 
la religion, mconnaissant ceux des remords, n'admettant 
ni Dieu ni diable, il n'est aucune atrocit qu'ils ne se 
permettent, et, dans cette cruelle apathie, leurs 
abominables passions se trouvent d'autant plus 
voluptueusement chatouilles que rien, disent-ils, ne les 
enflamme comme la solitude et le silence, comme la 
faiblesse d'une part, et le despotisme de l'autre.
	Les moines couchent rgulirement toutes les nuits 
dans ce pavillon; ils s'y rendent  cinq heures du soir, et 
retournent au couvent le lendemain sur les neuf heures, 
except un qui passe tour  tour ici la journe; on 
l'appelle le rgent de fonction. Nous verrons bientt son 
emploi.
	A l'gard des servants, ils ne bougent jamais, la 
directrice a dans sa chambre une sonnette qui 
communique dans la leur; et, ds qu'elle les avertit, soit 
pour ses besoins, ou les ntres, ils accourent. Les moines 
apportent eux-mmes, en venant au srail, les provisions 
de chaque jour; ils les remettent aux personnes charges 
de prparer les aliments, et on les emploie d'aprs leurs 
ordres: il y a une excellente fontaine dans les souterrains, 
et de dlicieux vins dans les caves.
	Passons au second article: 
	Ce qui tient  la tenue des filles,  leur nourriture, 
leur punition, etc.
	Notre nombre est toujours fix  trente; sitt qu'il se 
dcomplte, on travaille bien vite  le remplacer. Tu vois 
que nous sommes divises par classe, et toujours sous le 
costume annex  la division dont nous sommes 
membres. La journe ne se passera pas sans que tu ne 
reoives l'habit de celle o tu entres.
	Nous sommes obliges de nous coiffer nous-
mmes, ou mutuellement. Les modles nous sont donns; 
ils varient tous les deux mois; chaque classe a son 
modle  part.
	L'autorit de la directrice sur nous est sans bornes; 
lui dsobir est un crime dont la punition s'inflige 
aussitt: elle est charge du soin de nous inspecter, avant 
que nous ne nous rendions aux orgies; et si les choses ne 
sont pas dans l'tat prescrit par les moines dans la liste 
des filles invites, Victorine nous impose une punition 
sur le champ.
	- Eclaircis-moi cette clause, dit Justine, je ne 
l'entends pas bien.
	- Chaque matin, rpondit Omphale, on porte  
Victorine la liste des filles convies au souper;  ct du 
nom de cette fille est l'tat o on la dsire,  peu prs de 
cette manire: 
	Julie ne se lavera point.
	Rose aura envie de chier.
	Adelade ptera.
	Alphonsine aura le cul merdeux.
	Le bidet le plus parfum sera fait  Aurore, etc., 
etc., etc.
	Si ces ordres ne sont pas remplis, et qu' l'examen 
Victorine ne vous suppose pas dans l'tat dsir, on vous 
inflige une punition; voil ce que j'ai voulu dire.
	- Mais, objecta Justine en rougissant, comment 
peut-on savoir si une femme a, ou non, l'envie de 
satisfaire  ses gros besoins?
	- Trs facilement, reprit Omphale: Victorine vous 
enfonce un doigt dans le cul; et si elle ne touche pas 
l'tron, la punition est ordonne sur-le-champ.
	- Quelles horreurs! dit Justine. Continue, je te prie; 
elles sont si nouvelles, que leur dtail est vraiment 
curieux.
	- Les fautes que nous pouvons commettre, 
poursuivit Omphale, sont de plusieurs sortes, chacune a 
sa punition particulire, dont le tarif est affich dans les 
deux chambres. Le rgent de fonction, celui qui vient, 
comme je te l'expliquerai tout  l'heure, nous signifier les 
ordres, nommer les filles du souper, visiter les 
habitations et recevoir les plaintes de Victorine, est celui 
qui distribue  la fois, ou la punition inflige par la 
directrice, ou celle qu'il tablit lui-mme.
	Voici le tableau de ces punitions,  la suite du 
crime qui les attire.

ART. I. 	Ne pas tre lev le matin aux heures 
prescrites, lesquelles sont sept heures en t, 
et neuf en hiver. - Cinquante coups de fouet.
II. 	Si, malgr l'examen de Victorine, l'on ne 
remplit pas aux soupers les obligations 
imposes, la mise, la tenue ordonne ainsi 
qu'il vient d'tre dit tout  l'heure. - Deux 
cents coups de fouet.
III. 	Prsenter, ou par malentendu, ou par quelque 
cause que ce puisse tre, une partie du corps, 
dans l'acte du plaisir, contraire  celle qui est 
dsire. Oblige d'tre trois jours toute nue 
dans la maison, quelque temps qu'il fasse.
IV. 	Etre mal vtue, mal coiffe; dfaut de tenue, 
en un mot, dans l'intrieur du srail. - Vingt 
piqres d'pingle sur telle partie du corps qu'il 
plat au rgent.
V. 	Ne point avertir quand on a ses rgles. - Les 
rgles supprimes sur le champ avec de l'eau 
glace.
VI. 	Le jour o le chirurgien a constat votre 
grossesse. - Cent coups de nerfs de boeuf, 
indiffremment appliqus sur tout le corps, si 
l'on n'a pas envie de garder l'enfant. Aucune 
peine, s'il plat  la socit de conserver cette 
mre enceinte, pour de plus grands supplices.
VII. 	Ngligences, refus, impossibilit de satisfaire 
aux propositions luxurieuses. Et combien de 
fois leur infernale mchancet vous prend-elle 
en dfaut sur cela, sans que vous ayez le plus 
petit tort! combien de fois l'un d'eux demande-
t-il subitement ce qu'il sait bien que l'on vient 
d'accorder  l'autre, et ce qui ne peut se refaire 
tout de suite! cependant ces fautes sont punies 
par - Quatre cents coups de verges sur les 
fesses seulement.
VIII.	Dfaut de conduite dans la chambre, ou 
dsobissance  la directrice. - Six heures 
toute nue dans une cage de fer garnie de 
pointes en dedans, et dans laquelle vous 
courez le risque de vous dchirer au moindre 
mouvement.
IX.	L'air du mcontentement, l'apparence mme 
des pleurs, du chagrin, du retour  la religion. 
Cinquante coups de fouet sur le sein; et, s'il 
s'est agi de religion, on vous force  profaner 
la chose qui semblait avoir attir vos respects.
X.	Si un membre de la socit vous choisit pour 
goter avec vous les dernires crises du 
plaisir, sans en pouvoir venir  bout; qu'il y ait 
de votre faute ou de la sienne. Et l'on sent que 
l'arbitraire doit exister dans ce paragraphe de 
leur code barbare. - Lie comme une boule, et 
suspendue en manire de lustre au plafond, 
toute nue, pendant six heures. Que l'on 
s'vanouisse ou non dans cette affreuse 
attitude, vous n'tes jamais relche un 
moment plus tt.
XI.	La rcidive de cette faute, que l'on regarde 
comme une des plus graves. Et combien y en 
a-t-il qui se refusent exprs  l'jaculation, 
pour se procurer le plaisir barbare de vous 
imposer cette peine; car alors c'est la partie 
lse qui devient elle-mme juge et bourreau! 
- On vous enfonce deux normes godemichs, 
l'un dans le con, l'autre dans le cul; ensuite on 
comprime fortement en vous ces corps 
trangers, avec des bandes; puis on vous lie 
en boule, comme dans la punition prcdente, 
mais dans le milieu d'un fagot d'pines, dont 
les pointes, lorsque vous tes suspendue au 
plafond, font distiller le sang dans la chambre. 
Communment, l'ordonnateur se met dessous, 
et y reste, avec d'autres objets, jusqu'au 
dnouement de son plaisir.
XII.	Le plus petit air de rpugnance aux 
propositions de la socit, de quelque nature 
qu'elles puissent tre. Et l'on n'imagine pas  
quel point il en est de cruelles et de 
dgotantes. - Pendue une demi-heure par les 
pieds.
	Une rbellion, une rvolte. - Peine de mort 
pour celle qui l'a commence. Six mois de 
cachot, toute nue, o l'on est fouette au sang 
deux fois par jour,  chacune de celles qui ont 
suivi les errements de la cabaleuse.
XIII.	Si l'insurrection n'a eu pour base que des 
conseils ou des propos, et qu'elle n'ait entran 
aucune suite. - Celle qui a occasionn ce 
mouvement, soit par ses propos, soit par ses 
conseils, sera brle, avec un fer chaud, en 
dix-huit endroits de son corps, au choix du 
rgent du jour; les autres en un seul endroit.
XIV.	Projet de suicide, refus de se nourrir comme il 
convient, ou abandon de soi-mme, au point 
d'en tomber malade. - On s'informe du sujet 
de cet extrme mcontentement; l'on redouble 
ce sujet avec le plus de barbarie possible; et 
provisoirement un mois de cachot, enferm 
avec l'espce d'animal dont vous avez le plus 
de frayeur; ensuite, pendant un autre mois, 
vous tes condamne  vous tenir  genoux 
tout le temps du souper des moines.
XV.	Manque de respect aux moines dans d'autres 
occasions que celles du plaisir. - La fraise de 
chaque tton pique au sang avec une aiguille 
d'acier brlante.
XVI.	Mme faute dans la crise lubrique. - 
Enchane six mois au cachot nue, et 
simplement nourrie de pain noir et d'eau 
sale; le fouet quatre fois par jour, deux fois 
par derrire, les deux autres fois par devant. 
La mort, en cas de rcidive.
XVII.	Projet d'vasion. Si elle n'a pas eu lieu. Un an 
au cachot, traite comme ci-dessus.
XVIII. 	Si vous tes prise en essayant de vous sauver. 
- Peine de mort.
XIX. 	Si vous en avez entran d'autres avec vous. - 
Les sduites prissent du genre de mort le 
plus doux, et la sductrice par le plus cruel.
XX. 	Rbellion envers Victorine. - Elle ordonne 
elle-mme la punition, et le rgent du jour la 
fait subir devant elle.
XXI. 	Refus de se prter aux fantaisies libidineuses 
de cette femme. - Mme peine que si la faute 
tait commise avec un moine. Voyez l'article 
XII.
XXII. 	Se faire avorter soi-mme. - Cinq cents coups 
de fouet sur le ventre, autant avec un martinet 
 pointes aigus d'acier, que l'on dirige dans 
l'intrieur de la matrice, et ceux qui aiment  
faire des enfants ne vous quittent pas que vous 
ne soyez redevenue grosse.

	Les moines emploient ordinairement six genres de 
mort avec les coupables, et ce sont toujours leurs mains 
qui les excutent. Le plus doux, selon eux, est celui d'tre 
rtie toute vive, ou  la broche, ou sur un gril. Le second 
est d'tre bouillie: ils vous enferment dans une grande 
marmite grille en dessus, et vous cuisez  petit feu. Le 
troisime supplice est d'tre rompue et expose vive sur 
une roue. Le quatrime est d'tre cartele. Le 
cinquime, coupe en petits morceaux, et trs lentement, 
par une machine faite exprs. Et le sixime, de prir sous 
les verges. Ils mettent bien d'autres supplices en usage; 
mais ces six-l sont ceux annexs au chtiment des 
crimes commis.
	- Tu viens d'entendre quels sont ces crimes, ma 
chre compagne, poursuivit Omphale, et tu viens d'en 
voir la punition. Nous pouvons d'ailleurs, faire tout ce 
qu'il nous plat: coucher ensemble, nous quereller, nous 
battre, nous porter aux derniers excs de l'ivrognerie et 
de la gourmandise, jurer, blasphmer, mentir, calomnier, 
nous livrer au vol; et au meurtre mme, si nous le 
voulons; tout cela ne sont que des misres pour lesquelles 
nous n'prouvons aucun reproche, et quelquefois mme 
des loges. Il y a six mois que la femme de quarante ans, 
dont l'extrme beaut t'a frappe, tua  coups de couteau 
une trs jolie fille de seize ans, dont elle tait  la fois 
amoureuse et jalouse. Les moines s'amusrent du dlit; 
et, pendant plus d'un mois, cette impudente et belle 
crature ne parut aux soupers que couronne de roses; on 
la destine  remplacer Victorine un jour. C'est par le 
crime qu'on russit ici; lui seul plat  ces btes 
farouches, lui seul nous fait respecter.
	Victorine est la matresse de nous pargner une 
infinit de dsagrments, soit en faisant de nous de bons 
rapports, soit en dguisant les mauvais: mais 
malheureusement cette protection ne s'achte que par des 
complaisances, souvent plus fcheuses que les peines 
garanties par elle. Ce n'est qu'en satisfaisant tous ses 
gots qu'on parvient  l'intresser: si on la refuse, elle 
multiplie, sans raison, la somme de vos torts; et les 
moines, qu'elle sert par cette conduite, ne l'en estiment 
que davantage.
	Elle est exempte de toutes peines, et l'impunit la 
plus entire lui est assure: on est certain qu'elle n'agira 
jamais contre l'intrt des moines, dont elle partage trop 
sincrement et les gots, et les moeurs pour leur dplaire 
en quoi que ce puisse tre. Ce n'est pas, au reste, que ces 
libertins aient besoin de toutes ces formalits pour svir 
contre nous; mais ils sont bien aises d'avoir des prtextes. 
Cet air de nature ajoute  leur volupt; elle s'en accrot. 
La justice a donc quelques charmes, puisque ceux qui la 
rvrent le moins sont ceux qui, dans leurs dsordres, 
cherchent  s'en rapprocher le plus (1).
	Nous avons chacune une petite provision de linge: 
en entrant ici, on nous donne tout par demi-douzaines, et 
l'on renouvelle chaque anne; mais il faut rendre ce que 
nous apportons: il ne nous est pas permis d'en garder la 
moindre chose.
	Notre nourriture est fort bonne, et toujours en trs 
grande abondance. S'ils ne recueillaient de l des 
branches certaines de volupt, peut-tre cet article n'irait-
il pas aussi bien; mais comme leur libertinage y gagne, 
ils ne ngligent rien pour nous gorger de nourriture. Ceux 
qui aiment  nous fouetter, nous ont plus dodues, plus 
grasses; et ceux qui ne jouissent qu'en nous voyant 
satisfaire aux plus sales besoins de la nature, sont assurs 
d'une plus ample rcolte. En consquence, nous sommes 
servies quatre fois le jour. L'heure du djeuner est  neuf 
heures prcises; on y sert des volailles au riz, des 
ptisseries, des jambons, des fruits, des crmes, etc. A 
une heure on dne; et la table, contenant trente couverts, 
est magnifiquement servie. A cinq heures et demie le 
goter; des fruits l't, des confitures l'hiver. Le souper, 
tant le repas des moines, est servi encore avec plus de 
profusion et de dlicatesse; celles de nous qui y assistent 
sont sres d'y faire la plus grande chair du monde, sans 
pour cela que le service des salles y perde la moindre 
chose. Nous avons, hommes et femmes, quel que soit 
l'ge, chacun deux bouteilles de vin par jour, dont une de 
blanc, pour les djeuners et les goters, une demi-
bouteille de liqueur et du caf. Celles qui ne consomment 
pas ces objets peuvent en faire part  leurs camarades: il 
y en a parmi nous de trs intemprantes; il y en a qui 
mangent et s'enivrent toute la journe; jamais de tels 
excs ne sont rprimands; il en est galement  qui ces 
quatre repas ne suffisent pas; elles peuvent faire 
demander ce qu'elles veulent, on le leur apporte  
l'instant. On est oblig de manger  table; si l'on persistait 
 ne le vouloir pas, cette faute rentrerait dans l'article des 
rebellions, envers la directrice, et serait punie 
conformment  l'article vingtime. Victorine prside 
aux repas; mais elle est servie chez elle, sparment: sa 
table est de huit couverts, matin et soir; elle y admet qui 
elle veut de l'un ou de l'autre srail; souvent des moines 
lui, tiennent compagnie, et rglent en ce cas le choix des 
convis; des orgies se clbrent alors dans ce local, et 
l'on regarde comme une faveur d'y tre admis.
	Jamais les sujets invits aux soupers des moines ne 
sont pris d'une seule classe: on les mle toujours; et leur 
nombre varie perptuellement; mais il est bien rarement 
au-dessous de douze, et beaucoup plus souvent au-
dessus. Sur cela, il y a toujours six servantes, dont 
l'emploi, comme tu l'as vu, est de servir toutes nues les 
moines  table. Le nombre des gitons invits est toujours 
en raison de celui des filles, un pour deux femmes, et 
cela, par la raison qu'ayant plus de peine  se les procurer 
comme il les leur faut, ils les mnagent un peu plus. 
D'ailleurs, ils les aiment mieux, et c'est par raffinement 
qu'ils en usent moins. Le rgime de leur srail est 
pourtant tout aussi svre que celui du ntre; ils leur font 
subir les mmes genres de punition; le tableau de leurs 
fautes est gal; et, quand ils veulent une victime, ils la 
prennent l comme chez nous.
	Il est inutile de te dire que jamais personne ne nous 
visite; aucun tranger, sous quelque prtexte que ce 
puisse tre, n'est introduit dans ce pavillon. Si nous 
tombons malades, le seul frre chirurgien nous soigne; et 
si nous mourons, c'est sans aucun secours religieux; on 
nous jette dans des trous pratiqus entre les intervalles 
des haies; et, par une insigne cruaut, si la maladie 
devient trop grave, ou qu'on en craigne la contagion, au 
lieu de nous transporter dans une infirmerie, on nous 
arrache de nos lits, et l'on nous enterre toutes vivantes, 
parce que, disent ces monstres, il vaut mieux en faire 
mourir une, que d'en exposer trente, et de courir nous-
mmes les dangers de l'pidmie; depuis treize ans que je 
suis ici, j'ai vu plus de vingt exemples de cette frocit: 
ils en usent de mme pour les garons; mais ils sont 
pourtant un peu mieux soigns. En gnral, tout cela 
dpend du plus ou du moins d'intrt que le malade 
inspire au rgent de fonction, charg de ces sortes de 
visites: pour peu que le sujet lui dplaise, il fait un signe 
au chirurgien, qui dlivre aussitt un certificat 
d'pidmie; et le malheureux individu a deux pieds de 
terre sur le nez une heure aprs.
	Passons  l'arrangement des plaisirs de ces libertins, 
et  tous les dtails de cette partie.
	Nous nous levons, comme je te l'ai dit,  sept 
heures en t,  neuf en hiver: mais nous nous couchons 
plus ou moins tard, en raison du besoin que les moines 
ont de nous, et des soupers o nous assistons. Aussitt 
que nous sommes leves, le rgent de fonction vient faire 
sa visite. Il s'assoit dans un grand fauteuil; et l, chacune 
de nous est oblige d'aller, l'une aprs l'autre, se placer 
devant lui, les jupes trousses du ct qu'il aime: il 
touche, il baise, il examine. Et quand toutes ont rempli ce 
devoir, la directrice approche; elle fait son rapport; les 
punitions s'imposent; celles qui doivent se subir sur-le-
champ, s'excutent aussitt dans l'appartement de la 
directrice et par les mains du rgent. On procde aux 
autres dans les assembles du soir, ou l'on fait descendre 
dans les prisons, si cas le requiert. Est-il question de la 
peine de mort? La coupable est  l'instant garrotte, jete 
dans un cachot; et c'est  l'heure des orgies que se fait 
son excution: mais dans ce cas il arrive quelque chose 
d'assez singulier. Ds que le sujet est condamn, le 
rgent qui lui-mme vient de prononcer la sentence, 
d'aprs la loi qu'il met sous les yeux de l'individu 
coupable, passe sur-le-champ chez la directrice avec 
l'accus, et en jouit toujours une bonne heure avant que 
de le faire descendre en prison. Erreur ! Source du renvoi 
introuvable.; et c'est surtout pour son juge ou son bourreau, 
que cette jouissance est sans prix. Combien d'aprs cela, 
de condamnations arbitraires, puisque des plaisirs aussi 
vifs doivent en tre les rsultats! Nous assistons 
quelquefois, mais en petit nombre,  ces funbres 
jouissances. La victime, revtue d'un crpe noir, y est 
toujours en larmes ou vanouie; et c'est dans l'horrible 
situation de cet individu, que ces sclrats trouvent le 
complment barbare de leur affreux dlire. Leurs propos 
sont horribles alors, leurs volupts semblables  celles 
des tigres; ils insultent aux malheurs de l'objet qu'ils 
perscutent; ils nous les donnent pour exemples, nous 
menacent d'un traitement pareil, et n'atteignent 
communment les dernires crises de la lubricit, qu'au 
sein de l'excration et de l'infamie. Quelques jours avant 
ton arrive, je fus tmoin d'une de ces scnes: il s'agissait 
d'une fille de dix-sept ans, belle comme Vnus. Jrme 
tait rgent de fonction. Au rapport de la directrice, cette 
malheureuse fille fut accuse d'avoir voulu se sauver; 
elle nia le fait: Victorine conduisit Jrme dans la 
cellule; on trouva deux barreaux de casss. Clmentine, 
c'tait le nom de cette dlicieuse crature, continua de 
nier; on ne l'couta point; la loi tait contre elle; on lui lut 
le dix-huitime article, qui la condamnait  mort: elle 
protesta de son innocence; et, certes, elle n'en imposait 
pas. C'tait un tour affreux que lui jouait Jrme, 
d'accord avec la directrice: elle tait dteste de tous 
deux; tous deux avaient jur sa perte; ils avaient eux-
mmes sci les barreaux; et l'infortune mourut victime 
de leur insigne mchancet. Je fus admise avec un jeune 
homme  la crmonie de cette dernire jouissance, dont 
je viens de parler: on n'imagine pas les horreurs que 
Jrme se permit avec cette pauvre fille, tout ce qu'il lui 
fit faire, tout ce qu'il exigea d'elle; assez forte pour 
conserver son sang-froid, elle n'en eut que plus  souffrir. 
Jrme, en la sodomisant, lui disait: Erreur ! Source du renvoi 
introuvable. Ensuite, il lui demandait de quel genre de mort 
elle voulait finir: Erreur ! Source du renvoi introuvable. Ensuite, il 
encula le jeune homme. J'tais oblige de lcher  
genoux le trou du cul de ce libertin, qui, pendant ce 
temps-l, enfonait sa langue dans la bouche de la 
victime, en respirant, disait-il, avec dlices, les soupirs 
du dgot, de la frayeur et du dsespoir. Il termina son 
opration dans la bouche de Clmentine, pendant que le 
jeune homme l'enculait, et qu'il s'amusait  me souffleter 
de toutes ses forces, et  jurer comme un dmoniaque.
	Les punitions accomplies, le rgent donne la liste 
des convis  la directrice: elle y voit le nom des femmes 
dsires, et l'tat dans lequel on les veut; ses mesures se 
prennent en consquence.
	Malgr les luxures pisodiques o le rgent vient de 
se livrer, il est rare qu'il sorte de la salle sans une scne 
lubrique  laquelle il emploie toujours douze ou quinze 
filles, et quelquefois jusqu' vingt. La directrice conduit 
ces actes libidineux, et la plus entire soumission, de 
notre part, y rgne. Il passe de l dans le srail des 
garons, o s'excutent les mmes choses.
	Il arrive souvent qu'un moine dsire une fille dans 
son lit, avant l'heure du djeuner. Le frre gelier apporte 
une carte o est crit le nom de celle qu'on veut: le rgent 
l'occupt-il mme alors, il faut qu'elle parte. Elle revient, 
quand on la renvoie; et le gelier qui la raccompagne, 
remet, dans le cas du mcontentement, un billet cachet 
pour la directrice, afin que la punition de la dlinquante 
soit sur-le-champ inscrite au registre, qui doit tre 
prsent le lendemain au rgent de fonction.
	Les visites faites, les djeuners se servent. De ce 
moment, jusqu'au soir, nous ne sommes plus 
interrompues que par les demandes particulires qui 
peuvent tre faites mais elles sont rares, parce que les 
moines qui dnent au couvent y passent ordinairement la 
journe. A sept heures du soir, en t,  six en hiver, le 
frre gelier vient chercher celles qui sont du souper; il 
les conduit et les ramne lui-mme, en observant de 
laisser pour la nuit celles que les moines ont fait inscrire 
 cet effet; alors, celles-l se retirent dans les chambres 
de ceux qui les ont voulues, seulement accompagnes 
des filles de garde.
	- Des filles de garde! interrompit Justine; quel est 
donc ce nouvel emploi?
	- Le voici, rpondit Omphale. Tous les premiers des 
mois, chaque moine adopte deux filles, qui doivent, 
pendant cet intervalle, lui tenir lieu, et de servante, et de 
plastron  ses sales dsirs; il ne peut ni les changer dans 
le cours du mois, ni leur faire faire deux mois de suite. 
Rien n'est aussi dur, aussi sale. aussi cruel, que les 
corves de ce service; et je ne sais comment tu t'y 
accoutumeras.
	- Hlas! rpondit Justine, je suis faite  la peine, il 
n'y a qu'aux horreurs que je ne puis m'habituer.
	- Aussitt que cinq heures sonnent, poursuivit 
Omphale, les filles de garde, conduites par le gelier, 
descendent nues prs du moine qu'elles servent, et ne le 
quittent plus jusqu'au lendemain,  l'heure o il repasse 
au couvent; elles le reprennent, ds qu'il revient au srail. 
Elles emploient le peu d'heures que leur service leur 
laisse,  manger et  se reposer; car il faut qu'elles 
veillent toute la nuit auprs de leur matre; elles sont l 
pour servir aveuglment tous les caprices de ce libertin: 
que dis-je! tous ses besoins; il n'a point d'autre vase pour 
les satisfaire que la bouche ou les ttons de ces 
malheureuses qui perptuellement colles prs de leur 
despote, doivent endurer, soit de nuit, soit de jour, tout ce 
qu'il lui plat d'infliger de plus barbare, de plus obscne, 
de plus ignominieux; soufflets, fustigations, vexations, 
mauvais propos, jouissances, de quelque nature qu'elles 
puissent tre, il faut qu'elles s'offrent  tout, qu'elles se 
rjouissent et se glorifient de tout. La plus lgre 
rpugnance est aussitt punie de la peine porte  l'article 
douzime,  laquelle on ajoute deux cents coups de fouet, 
afin de leur faire voir que, dans cet emploi de fille de 
garde, elles sont obliges  plus de soumission et de 
condescendance encore que dans le reste des devoirs 
journaliers de leur tat. Dans toutes les scnes de luxure, 
ce sont ces filles qui aident aux plaisirs, qui les soignent 
et qui approprient tout ce qui a pu tre souill. Un moine 
l'est-il en venant de jouir d'une fille ou d'un garon; c'est 
 la bouche de ses filles de garde  rparer le dsordre: 
veut-il tre pralablement excit; c'est le soin de ces 
malheureuses: elles l'accompagnent en tous lieux, 
l'habillent, le dshabillent; le servent, en un mot, dans 
tous les instants; ont toujours tort, et sont toujours 
battues. Aux soupers, leur place est, ou derrire la chaise 
de leur matre, ou, comme un chien,  ses pieds, sous la 
table, ou  genoux entre ses cuisses, l'excitant de la 
bouche: quelquefois, elles lui servent de sige; ils 
s'asseyent dessus leur visage; ou bien, tendues sur la 
table  manger, on leur enfonce des bougies dans le 
derrire, et elles tiennent lieu de flambeaux. D'autres 
fois, pendant la souper, les moines les placent toutes les 
douze dans les attitudes les plus bizarres et les plus 
luxurieuses, mais en mme temps les plus gnantes: si 
elles perdent l'quilibre, elles risquent, ou de tomber, 
comme tu l'as vu, sur des pines tales prs de l, ou 
dans des cuves d'eau bouillante, qu'on a soin d'y placer; 
souvent le cruel rsultat de ces chutes est de s'estropier, 
de se tuer, de se brler, de se rompre les membres; et 
pendant tout cela les monstres se rjouissent, font 
dbauche, s'enivrent  loisir de mets dlicieux, de vins 
dlicats, et des plus piquantes luxures.
	- Oh! ciel, dit Justine en frmissant d'horreur, peut-
on porter plus loin le dlire et la dpravation? Peut-on se 
livrer  de tels excs?
	- Il n'y a rien que n'entreprennent des hommes sans 
frein, dit Omphale, une fois qu'on ne respecte plus la 
religion, qu'on s'est accoutum  braver les lois de la 
nature, et  vaincre les remords de sa conscience, il n'est 
plus d'horreurs qui ne s'entreprennent; ce sont, ma chre, 
de cruelles vrits, dont la frquentation de ces hommes 
perfides ne cesse de me convaincre chaque jour.
	- Quel enfer!
	- Ecoute, mon enfant, tu es encore loin de savoir 
tout.
	L'tat de grossesse, rvr dans le monde, est 
presque une certitude de rprobation parmi ces infmes: 
j'ai dj touch cette corde dans le sixime article des 
punitions. Cet tat ne dispense, ni des peines encourues 
par les dlits dont je t'ai trac le tableau, ni des gardes. Il 
est, au contraire, un vhicule aux peines, aux 
humiliations, aux chagrins. C'est, comme tu sais,  force 
de coups, qu'ils font avorter celle dont ils ne se soucient 
pas de garder le fruit; et, s'ils le recueillent, c'est pour en 
jouir: ce que je te dis ici doit te suffire pour t'engager  te 
prserver de cet tat le plus qu'il te sera possible.
	- Mais le peut-on?
	- Sans doute, il est de certaines ponges... mais si 
Antonin s'en aperoit, on n'chappe point  son courroux; 
le plus sr est d'touffer le mouvement de la nature, en 
dmontant l'imagination; avec de pareils monstres, le 
procd n'est pas difficile.
	Aucun moine que le rgent de fonction et le 
suprieur n'a le droit d'entrer dans les srails; mais, 
comme ce poste de rgent est hebdomadaire, chacun 
jouit  son tour de ce droit vraiment despotique: rentre-t-
il dans la classe des autres, il reprend le privilge tout 
aussi agrable de faire demander dans sa chambre tel 
nombre de filles ou de garons que bon lui semble pour 
s'en amuser dans son appartement: c'est  la directrice 
que cette demande s'tablit; et, comme nous l'avons dj 
dit, si les sujets sont au srail, elle ne peut les refuser 
sous aucun prtexte que ce puisse tre; la maladie n'est 
mme pas une raison; et l'on voit souvent ces barbares 
faire demander une malheureuse avec la fivre, en 
venant d'tre mdicamente, saigne, clystrise, etc.; 
elle a beau dire, il faut qu'elle marche, aucune objection 
n'est entendue, aucune ne peut la prserver d'obir. Bien 
souvent ce n'est que par mchancet, que par taquinerie 
qu'ils font demander un sujet; ils savent bien, ou qu'ils ne 
dsirent vraiment pas la jouissance de ce sujet, ou qu'il 
est hors d'tat de leur servir, mais ils sont bien aises 
d'exercer leur autorit... de maintenir la subordination. 
D'autres fois c'est que rellement ils veulent s'en servir; 
alors, ils lui font ce qu'ils veulent, et le gardent tout le 
temps qu'ils leur plat. Le sujet demand descend nu ou 
habill; ils n'ont sur tout cela d'autres rgles que leurs 
fantaisies. Tous sont gaux ici: le suprieur n'a au-dessus 
des autres que le droit d'entrer au srail pour les affaires 
qui concernent l'habillement, la tenue, la police, etc. On 
le reoit, quand il parat, avec les mmes honneurs que le 
rgent de fonction.
	Au reste, il y a dans cette maison des attenantes et 
des parents dont on ne se doute pas, et qu'il est bon de 
t'expliquer; mais ces claircissements; rentrant dans le 
quatrime article, c'est--dire, dans celui de nos recrues, 
de nos rformes et de nos changements, je vais l'entamer 
pour y renfermer ce dtail.
	Tu n'ignores pas,. Justine que les six moines 
rfugis dans cet asile sont  la tte de leur ordre, et 
distingus tous six autant par leur fortune que par leur 
naissance. Indpendamment des fonds considrables faits 
par l'ordre des bndictins pour l'entretien de cette 
voluptueuse retraite, ou tous ont espoir de passer  leur 
tour, ceux qui y sont ajoutent encore  ces fonds une 
partie considrable de leurs biens. Ces objets runis 
s'lvent  plus de 500 mille francs par an, absolument 
consacrs aux dpenses libidineuses de cette maison. Ils 
ont quatre hommes et quatre femmes de confiance, 
uniquement chargs de toujours tenir les deux srails au 
complet, et qui, dans cette intention, ne cessent de 
parcourir toute la France. Jamais le sujet prsent ne doit 
tre ni au-dessous de six ans, ni au-dessus de seize; il 
doit tre exempt de dfauts, et dou, autant qu'il est 
possible, de tous les charmes et de toutes les grces que 
peuvent lui prter la nature et l'ducation; mais il faut 
principalement qu'il soit d'une naissance distingue; ces 
libertins tiennent beaucoup  cette clause: ces rapts, 
excuts au loin, et toujours bien pays, n'entranent 
aucun inconvnient; et n'en rsulte jamais aucune suite 
fcheuse. Ils ne tiennent pas absolument aux prmices; 
une fille dj sduite, un garon fltri, ou femme marie, 
tout cela leur plat galement; mais il faut que le rapt soit 
constat: cette circonstance les irrite; ils veulent tre 
certains que leurs crimes cotent des pleurs; ils ne 
voudraient pas d'un sujet qui se rendrait  eux 
volontairement. Si tu ne t'tais pas prodigieusement 
dfendue, Justine, s'ils n'eussent pas reconnu un fond rel 
de vertu dans toi et, par consquent, la certitude d'un 
crime, ils ne t'eussent pas garde vingt-quatre heures. 
Tout ce que tu vois ici est de la meilleure naissance: moi, 
ma bonne amie, je suis ne du comte de Villebrune, 
devant, comme fille unique, possder un jour 80 mille 
livres de rente. Je fus enleve  douze ans, dans le sein 
de ma bonne, qui me ramenait d'une campagne de mon 
pre, dans le couvent o j'tais leve. On attaqua la 
voiture, on m'arracha, et ma gouvernante fut assassine. 
Amene en poste ici, je fus fltrie ds le mme soir. 
Toutes mes compagnes sont dans le mme cas: des 
comtes, des ducs, des marquis, d'opulents banquiers, de 
riches commerants, des magistrats clbres, sont les 
pres de tout ce que tu vois. Il n'en est pas une qui ne 
puisse prouver les plus belles alliances, et pas une qui, 
malgr cela, ne soit traite avec la dernire ignominie. 
Mais ces malhonntes gens ne s'en tiennent pas l; ils ont 
voulu dshonorer le sein mme de leur propre famille: la 
jeune personne de vingt-six ans, l'une de nos plus belles 
sans doute, est la fille de Clment; celle de neuf ans est 
nice de Jrme; la plus jolie des filles de seize est nice 
d'Antonin. Svrino a eu de mme plusieurs enfants dans 
cette maison; mais le sclrat les a tous sacrifis, aucun 
n'existe aujourd'hui. Ambroise a un garon dans le srail 
que lui-mme a dpucel, mais qui, fluet et dlicat, 
n'annonce rien de bien sublime.
	Ds qu'un sujet de l'un ou l'autre sexe est arriv 
dans ce cloaque impur, si le nombre fix est complet, on 
rforme aussitt un individu du sexe dont est le sujet 
amen. Mais si c'est un remplacement, et que le nombre 
soit incomplet, on ne rforme rien. Et cette malheureuse 
rforme, chre fille, lorsqu'elle a lieu, devient le 
complment de nos douleurs. L'infortune dont on a 
prononc l'arrt descend la veille de sa mort...
	- De sa mort! interrompit Justine effraye.
	- Oui, de sa mort, ma chre amie; cette rforme est 
un arrt de mort, et celles qui ont subi ce jugement ne 
revoient le jour de leur vie. Elle descend donc dans un 
des cachots dont je t'ai parl, et reste l vingt-quatre 
heures, nue, mais parfaitement nourrie. Le souper o elle 
doit tre immole se fait dans la salle de ces souterrains, 
que l'on dcore pour ce jour-l de la plus lugubre 
manire. Six femmes, choisies sur les plus belles, six 
hommes  la grosseur du membre, et toujours la 
directrice, sont les seuls admis  ces sanguinaires orgies. 
Une heure aprs le souper, la victime parat, couronne 
de cyprs. Son genre de supplice se met aux voix: le 
secrtaire lit la liste d'une certaine quantit de tourments; 
ceux qui paraissent flatter davantage se discutent. Le 
choix fait, la victime est place sur un pidestal, en face 
de la table o l'on soupe, et, sitt aprs le repas, le 
supplice commence; il dure quelquefois jusqu'au jour. 
Les filles de garde n'assistent point  ces orgies; trois des 
six femmes choisies les remplacent; et les infamies se 
portent  leur comble. Mais qu'ai-je besoin d'appuyer sur 
ces dtails? Tes yeux,  ma douce amie! ne t'en 
convaincront que trop tt.
	- Juste ciel! s'cria Justine, le meurtre, le plus 
excrable des crimes, serait-il donc pour eux comme 
pour ce clbre marchal de Retz (2), une sorte de 
jouissance, dont la cruaut, irritant  la fois leurs nerfs et 
leur perfide imagination, plonget leurs sens dans une 
ivresse plus vive! Accoutums  ne jouir que par la 
douleur,  ne se dlecter que par des tourments et par des 
supplices, serait-il donc possible qu'ils s'garassent au 
point de croire qu'en redoublant, qu'en amliorant la 
premire cause du dlire, on dt invitablement le rendre 
plus parfait, et qu'alors, sans principes comme sans foi, 
sans moeurs comme sans vertu, les coquins, abusant du 
malheur o nous plongent leurs premiers forfaits, se 
satisfissent par des seconds qui nous cotassent la vie?
	- N'en doute pas, rpondit Omphale: ils nous 
gorgent, ils nous supplicient, parce que le crime les 
irrite. Ecoute-les raisonner l-dessus, et tu verras avec 
quel art ils rigent toutes leurs turpitudes en systmes.
	- Et ces rformes se font-elles souvent?
	- Il prit un sujet ici, soit de l'une ou de l'autre 
classe, rgulirement tous les quinze jours. Rien, au 
surplus, ne lgitime cette rforme: l'ge, le changement 
des traits, rien n'y fait; le caprice est leur seule rgle. Ils 
rformeront aujourd'hui celle qu'ils ont hier le plus 
caresse; et garderont vingt ans celle dont ils paraissent 
le plus rassasis. J'en suis la preuve, ma chre: il y a 
treize ans que je suis ici, il n'est presque pas une orgie 
dont je ne sois; je suis sans cesse le plastron de toutes 
leurs dbauches; ils doivent tre excds de moi: par 
quels attraits les fixerais-je, fane comme je le suis par 
leurs infmes luxures? Et, cependant, ils me conservent, 
tandis que je leur ai vu rformer des cratures dlicieuses 
au bout de huit jours. Celle qui fut immole dernirement 
n'avait pas seize ans, belle comme l'Amour,  peine ici 
depuis six mois; mais elle devint grosse, et c'est un tort 
qu'ils ne pardonnent pas. L'avant-dernire fut sacrifie au 
moment mme o elle ressentait les premires douleurs 
de l'enfantement.
	- Mais celles, dit Justine, qui prissent 
accidentellement dans les parties, comme hier au soir  
souper, font-elles nombre dans les rformes?
	- Point du tout, rpondit Omphale, ce sont des 
vnements imprvus qui ne comptent point, et qui 
n'empchent pas le sacrifice quindcimaire.
	- Et ces accidents-l sont-ils frquents? poursuivit 
Justine.
	- Non, dit Omphale, ils se contentent de ce qu'ils se 
sont eux-mmes prescrit, et, except des cas 
extraordinaires ou de fortes raisons, ils s'en tiennent  la 
loi qu'ils ont faite. N'imagine pas que la plus rgulire 
conduite, et que la plus extrme soumission puisse nous 
faire chapper au sort qui nous attend; j'en ai vu qui 
volaient au devant de tous leurs dsirs, qui les 
prvenaient avec le plus grand soin, et qui partaient au 
bout de six mois, d'autres, maussades et fantasques, 
vgtaient ici des annes: il est donc inutile de prescrire  
nos arrivantes un genre quelconque de conduite; la 
fantaisie, l'unique volont de ces monstres, brisent tous 
les freins et devient ternellement la loi de leurs 
dtestables actions.
	Lorsqu'une femme doit tre rforme, et je sais que 
c'est la mme chose chez les hommes, elle en est 
prvenue le matin, jamais plus tt. Le rgent de fonction 
parat  l'heure ordinaire, et dit, je le suppose: Erreur ! Source 
du renvoi introuvable. Puis, il continue sa besogne: mais,  
l'examen, la rforme ne s'offre plus  lui. Est-il parti, 
elle embrasse ses compagnes; et, d'aprs son humeur ou 
son caractre, ou elle s'tourdit avec elles, ou elle va 
dplorer son sort au fond de sa cellule: mais point de cris, 
point de marques de dsespoir; elle serait hache en 
morceaux dans l'instant, si on lui entendait faire le 
moindre train. L'heure sonne, le moine parat, et la 
victime est aussitt engloutie dans la tnbreuse prison 
qui lui sert d'asile jusqu'au lendemain. Dans les vingt-
quatre heures qu'elle y passe, elle y est souvent visite. 
Par un raffinement inconcevable de barbarie, les 
sclrats se plaisent d'aller en jouir l, et d'aggraver 
l'horreur de sa position, en la lui offrant sous le plus 
effrayant aspect. Il est alors permis  tous les moines 
d'aller faire pralablement souffrir  la victime tout ce 
que dicte leur imagination; d'o il rsulte qu'elle ne parat 
souvent au lieu de son supplice que dj violemment 
outrage et, quelquefois,  demi-morte. Sous aucun 
prtexte que ce soit, ils ne peuvent ni retarder, ni avancer 
sa dernire heure, ni parler de sa grce; leurs lois, 
toujours en action pour le mal, sont sans nergie pour le 
bien. Enfin, l'instant arrive, et l'excution se fait. Je 
n'appuie point sur des dtails qui ne seront que trop 
offerts  tes yeux. Le souper, d'ailleurs. est  peu prs le 
mme; toujours excellent: mais il ne s'y boit que des vins 
trangers, des liqueurs, et en bien plus grande 
abondance. Ils ne sortent jamais de ces repas sans tre 
dans l'ivresse; et l'on s'en retire beaucoup plus tard.
	L'histoire des rceptions emporte d'autres 
formalits dont tu seras galement tmoin, et qu'il est 
inutile de te dtailler. Y en et-il plusieurs arrives  la 
fois, on en reoit jamais qu'une; et c'est dans les soupers 
ordinaires que se font les crmonies  peu prs 
semblables  celle dont tu fus toi-mme la victime en 
entrant ici.
	- Et les moines, dit Justine, varient-ils aussi?
	- Non, rpondit Omphale, il y a dix ans que le plus 
nouveau est ici; c'est Ambroise. Les autres y sont depuis 
quinze, vingt et vingt-cinq: il y en a vingt-six que 
Svrino y est. Ce suprieur, n en Italie, est proche 
parent du pape, avec lequel il est fort bien (3). Ce n'est 
que depuis lui que les prtendus miracles de la vierge 
assurent la rputation du couvent, et empchent les 
mdisants d'observer de trop prs ce qui se passe ici. 
Mais la maison tait monte comme tu la vois quand il y 
arriva; il y a plus de cent ans qu'elle existe sur le mme 
pied; et tous les suprieurs qui y sont venus ont conserv 
des privilges et des arrangements aussi ncessaires  
leurs plaisirs. Svrino, l'homme le plus libertin de son 
sicle, ne s'y est fait placer que pour y mener une vie 
analogue  ses gots; et son intention est d'y maintenir 
l'ordre que tu y vois aussi longtemps que cela sera 
possible. Nous sommes du diocse d'Auxerre; mais que 
l'vque soit instruit ou non, jamais nous ne le voyons 
paratre. Personne, en gnral, n'approche de cet asile 
que vers le temps de la fte, qui est celle de la Notre-
Dame d'aot: il ne parat pas, except cela, six personnes 
par an dans cette maison. Si quelque tranger se 
prsente, le suprieur a soin de le bien recevoir; il en 
impose par des apparences de religion et d'austrit. On 
s'en retourne content; on fait l'loge du monastre; et 
l'impunit de ces sclrats s'tablit ainsi sur la sottise du 
peuple et sur la crdulit des dvots, inbranlable base de 
la superstition.
	- Indpendamment des meurtres horribles dont tu 
viens de me dvoiler les circonstances, arrive-t-il 
quelquefois, dit Justine, que ces sclrats demandent un 
sujet pour l'excuter dans leurs chambres?
	- Non, dit Omphale, ils ne peuvent gure exercer 
qu'ensemble le droit de vie et de mort qu'ils se sont 
arrog sur nous. S'ils veulent le mettre individuellement 
en action, c'est alors sur leurs filles de garde qu'ils 
l'exercent: celles-l, sans doute, peuvent tre sacrifies  
tout moment du jour et de la nuit; leur malheureux destin 
ne dpend absolument que du caprice de ces monstres, et 
pour la faute la plus lgre, il arrive souvent qu'elles sont 
immoles par ces barbares. Cependant, cet affreux got 
du meurtre vient les embraser aussi quelquefois dans les 
secrtes orgies qui se clbrent chez la directrice. Ils 
consignent alors vingt-cinq louis pour le sujet proscrit, et 
ils l'excutent. Cette masse est destine aux 
remplacements; et, ds qu'ils y contribuent de cette 
faon, ils acquirent le droit de tout faire.
	- Perptuellement sous le glaive, dit Justine, il n'est 
donc aucun instant o nos jours ne soient menacs?
	- Oh! pas un seul; il n'est aucune de nous qui, en le 
levant le matin, puisse rpondre de coucher dans son lit 
le soir.
	- Quel sort!
	- Il est affreux, sans doute, mais on devient 
courageuse avec la perptuelle obligation de s'armer; et, 
malgr la faux de la mort, journellement suspendue sur 
nos ttes, tu n'en verras pas moins la gaiet, 
l'intemprance universellement rgner parmi nous.
	- Voil ce qui s'appelle des grces d'tat, dit Justine; 
pour moi, je te dclare que je ne cesserai jamais et de 
pleurer et de frmir. Mais achve mon instruction, je t'en 
prie; et dis-moi si les moines peuvent quelquefois sortir 
des sujets du couvent.
	- Cela ne leur arrive jamais, dit Omphale; on ne 
respire plus l'air de la libert une fois engloutie dans cette 
maison. De ce moment, aucun espoir ne nous est permis; 
il ne s'agit que d'attendre un peu plus... un peu moins de 
temps, mais notre sort est toujours le mme.
	- Depuis que tu es ici, poursuivit Justine, tu as d 
voir de furieux changements?
	- Je n'en ai que douze au-dessus de moi; except 
cela j'ai vu renouveler plusieurs fois toute la maison.
	- Et tu y as perdu beaucoup d'amies?
	- De bien chres!
	- Oh! que de douleurs! Moi qui voudrais t'aimer, 
l'oserai-je, s'il faut nous sparer si tt.
	Et ces deux tendres amies, s'lanant dans les bras 
l'une de l'autre, arrosrent un instant leurs seins des 
larmes de la douleur, de l'inquitude et du dsespoir.
	Cette scne attendrissante finissait  peine, que le 
rgent de fonction parut avec la directrice: c'tait 
Antonin. Toutes les femmes, suivant l'usage, se rangrent 
sur deux haies. Il jeta un coup d'oeil indiffrent sur 
l'ensemble, compta les sujets, puis s'assit. Alors toutes 
furent l'une aprs l'autre relever leurs jupes devant lui, 
d'un ct jusqu'au-dessus du nombril, de l'autre jusqu'au-
dessus des reins. Antonin reut cet hommage avec 
l'apathie de la satit; puis, regardant Justine, il lui 
demanda brutalement comment elle se trouvait; ne la 
voyant rpondre que par ses larmes: 
	- Elle s'y fera, dit-il en riant; il n'y a pas de maison 
en France, o l'on forme mieux une fille que dans celle-
ci.
	Il prit la liste des coupables que lui prsentait la 
directrice; puis, s'adressant encore  Justine, il la fit 
frmir; tout ce qui paraissait devoir la soumettre  ces 
libertins tait pour elle un arrt de mort. Il la fit asseoir 
sur le bord d'un canap; et, ds qu'elle y fut, il lui fit 
dcouvrir la gorge par Victorine. et ordonna  une autre 
fille de relever les jupes jusqu'au nombril. Il s'approche, 
carte les cuisses qu'on lui prsente; et s'assoit bien en 
face de ce con entrouvert. Une autre crature d'environ 
vingt ans vient se placer sur Justine, dans la mme 
attitude; en sorte que c'est un nouveau con qui s'offre au 
paillard, au lieu du visage de Justine, et que s'il jouit de 
celle-ci, il aura les attraits de l'autre  hauteur de sa 
bouche. Une troisime fille, prise dans la classe des 
dugnes, vient de sa main exciter le rgent; et une 
quatrime, entirement nue, sortie de la classe des 
vestales, lui montre avec le doigt, sur le corps de Justine, 
l'endroit o doit s'engloutir le membre qu'on pollue. Cette 
dernire fille excite galement Justine; elle la branle; et 
ce qu'elle lui fait, Antonin l'imite avec deux jolies filles 
de quinze ans, places sous chacune de ses mains, que 
deux autres filles de treize baisent sur la bouche, pour les 
animer. On n'imagine pas les mauvais propos, les 
jurements, les discours obscnes par lesquels ce 
dbauch s'enflamme; il est enfin dans l'tat qu'il dsire; 
le paillard bande: une nouvelle fille le saisit par l'engin; 
c'est une des vieilles; elle mne  Justine, dans le con de 
laquelle il s'introduit avec autant de prcipitation que de 
brutalit.
	- Ah! sacredieu, dit-il, m'y voil... me voil dans ce 
con que je brlais de foutre; je vais l'arroser de mon 
sperme; je veux qu'elle soit grosse de ce coup-ci.
	Tout le suit, tout cherche  doubler son extase, tout 
travaille  l'lectriser: dcouvrant ses fesses bien  nu, 
Omphale, qui s'en empare, n'omet rien pour le mieux 
irriter; frottements, baisers, pollutions, tout s'emploie: 
tant de moyens, infructueux longtemps, russissent 
pourtant  la fin. On n'a pas d'ide de la vitesse avec 
laquelle les cons varient, et sous les doigts, et sous les 
baisers de ce libertin. La crise approche; le paillard, dont 
l'usage est de pousser alors des cris effroyables, en jette 
qui font retentir la vote; tout l'environne, tout le sert; la 
directrice remplace Omphale dans le soin d'irriter l'anus, 
elle le socratise de ses cinq doigts; et c'est le clitoris 
d'une des plus jolies que le moine suce en ce moment. Il 
parvient enfin au dlire, dans le sein des pisodes les 
plus bizarres et les plus dpravs.
	- Allons, dit-il  l'une de ses filles de garde,  
genoux... suce-moi le vit.
	On n'y laisse aucune souillure; et le vilain s'en va 
tout grondant.
	Ces sortes de groupes s'excutaient souvent. Il tait 
de rgle que quand un moine jouissait de telle faon que 
ce pt tre, plusieurs filles l'entourassent alors, afin 
d'embraser ses sens de toutes parts, et que la volupt pt 
s'introduire en lui plus srement par chacun de ses pores.
	On apporte  djeuner: Justine ne voulait pas se 
mettre  table; la directrice, d'un ton brusque, lui ordonna 
de s'y placer; elle se mit au rang des filles de sa classe, et 
ne mangea que pour avoir l'air d'obir. On avait  peine 
fini, que le suprieur entra: on le reut avec les mmes 
crmonies que venait de l'tre Antonin,  la diffrence 
que les sultanes se gardrent bien de se trousser par 
devant; elles n'exposrent que leurs culs aux regards 
exercs de l'ultramontain. L'examen fait, il se leva.
	- Il faut bien penser  la vtir, dit-il en fixant 
Justine.
	Puis, ouvrant une armoire place dans la grande 
salle, il en tira quelques vtements, de la forme et de la 
couleur annexe  la classe o Justine entrait.
	- Essayez cela, lui dit-il en les lui jetant, et rendez 
sur-le-champ ce qui vous appartient.
	Notre triste orpheline excute, aprs avoir eu la 
prcaution d'ter son argent et de le placer dans ses 
cheveux. A chaque vtement qu'elle enlve, les yeux de 
Svrino se portent  l'instant sur l'attrait dcouvert:  
peine est-elle nue que le suprieur la saisit, et la couche  
plat ventre sur le bord d'un sofa. Justine veut demander 
grce; on ne l'coute point, six femmes nues environnent 
les deux combattants, et prsentent au moine l'autel qui 
l'enflamme. On ne voit que des culs en l'air; sa main les 
presse, sa bouche s'y colle, ses regards les dvorent. 
Justine est sodomise: plus de vingt culs s'lancent avec 
rapidit, tour  tour, et sous les baisers, et sous les 
attouchements du paillard; sa langue et ses doigts 
pntrent indiffremment dans tous; il dcharge, et 
poursuit son opration avec le calme heureux que donne 
le crime. Justine, vtue en novice, reparat plus belle aux 
yeux de son bourreau: il lui ordonne de le suivre dans les 
diverses oprations qui lui restent  faire au srail. Vers 
la fin de sa tourne, une des filles de la classe des 
sodomistes le tente.
	- Faites-la trousser, dit-il  Victorine.
	La directrice s'en empare. C'est une grande fille de 
dix-neuf ans, belle comme le jour. Le plus beau cul du 
monde, le plus blanc, le mieux coup, est bientt offert 
aux dsirs de ce libertin, qui veut tre branl par Justine: 
la malheureuse obit avec gaucherie; ses compagnes 
l'instruisent; ses mains parviennent enfin  faire guinder 
le membre que venait d'mousser son cul: on lui dit qu'il 
faut que ce soit elle qui le prsente au trou qu'on va 
perforer: elle obit; l'engin pntre, le moine fout; mais 
ce n'est que le cul de Justine qu'il veut baiser pendant 
l'opration; les autres sultanes ne l'entourent que pour la 
perspective: ses yeux s'enflamment: on croit qu'il va 
terminer l'aventure; il la finit effectivement, mais c'est 
sans atteindre le but.
	- En voil assez, dit-il en se retirant; j'ai de la 
besogne ce soir. Justine, continue-t-il, je suis fort content 
de votre cul, je le foutrai souvent; soyez docile, 
prvenante, soumise; c'est le seul moyen de vous 
conserver longtemps dans ces lieux.
	Et le libertin sortit, emmenant avec lui deux filles 
de trente ans, qu'il menait djeuner chez la directrice, et 
qui, par des ordres envoys le matin, ne s'taient point 
mises  table avec nous.
	- Que va-t-il faire de ces cratures? dit Justine  
Omphale.
	- Il va s'enivrer avec elles. Ce sont des libertines de 
profession, aussi dpraves que lui, et qui, depuis vingt 
ans dans la maison, ont enfin adopt les moeurs et les 
coutumes de ces sclrats; tu les verras revenir saoules et 
couvertes des coups que ce monstre leur aura appliqus 
dans son ivresse.
	- Et jouira-t-il encore? poursuivit Justine.
	- Vraisemblablement, au sortir du djeuner, il 
passera dans le srail des hommes; et, l, quelques 
victimes lui seront encore prsentes; et, bien srement, 
lui-mme, s'offrant comme une femme, recevra 
l'hommage de cinq ou six garons.
	- Oh! quel homme!
	- Tu ne vois encore rien; il faut vivre avec eux 
depuis aussi longtemps que moi, pour tre en tat de les 
apprcier.
	La journe se passa sans vnements. Justine n'tait 
pas du souper.
	- Allons, lui dit Omphale, il faut passer chez 
Victorine; tu te rappelles les engagements que tu as pris; 
n'y manquons pas, puisque tu es libre.
	- Ah! c'est vous, dit la directrice en voyant entrer 
Justine.
	- Oui, madame, rpondit Omphale; elle se souvient 
que vous l'avez dsire pour ce soir; elle accourt  vos 
ordres.
	- C'est bon, dit Victorine; tu resteras aussi, 
Omphale. Je bande pour toi, ma bonne, continua la 
tribade, en langottant cette jolie fille; je vais faire venir 
deux garons; nous souperons tous cinq, et nous nous en 
donnerons.
	Au simple son d'une cloche, deux charmants 
fouteurs, de vingt  vingt-deux ans, parurent; et 
Victorine, aprs les avoir baiss un quart d'heure chacun, 
les avoir branls, sucs, langotts, leur dit: 
	- Augustin, et vous, Narcisse, voil deux jolies 
filles que je vous livre; arrangez avec elles des tableaux 
assez lascifs pour me sortir de la lthargie dans laquelle 
je suis depuis quelques jours.
	Les deux ardents fouteurs ne se le font pas dire 
deux fois: le plus jeune s'empare de Justine, l'autre 
d'Omphale; et, par leur art, en moins d'une demi-heure, 
cinq  six diffrentes attitudes sont offertes aux yeux de 
la tribade, qui, s'abandonnant par degrs,  mesure que le 
spectacle l'chauffe davantage, finit par se mler aux 
combattants: les courses deviennent plus srieuses; tout 
se dirige sur Victorine, tout travaille  doubler son 
extase. La putain, nue, galement, foutue par devant et 
par derrire, joint  cette douce manire de jouir 
l'pisode dlicieux de gamahucher  la fois le trou du cul 
d'Omphale et le con de Justine.
	- Attendez, dit-elle, un moment; et, s'affublant d'un 
godemich: Je suis lasse d'tre patiente, je veux agir.
	La garce enconne Justine; elle oblige le plus g 
des garons  l'enculer pendant ce temps-l; et, voulant 
imiter ce dsordre, elle place elle-mme dans son cul le 
vit qui reste, pendant qu'Omphale est contrainte  venir 
se branler le con sur sa bouche.
	- La belle fille! s'crie la directrice, en parlant de 
Justine; comme je la fous avec plaisir! Oh! sacredieu, 
que ne suis-je un homme! Baise-moi, mon petit ange, 
baise-moi, putain, je vais dcharger...
	Et l'indiffrente Justine se prte avec docilit, sans 
qu'il lui soit possible pourtant d'touffer ses remords, ou 
de dissimuler ses chagrins. Cependant Victorine, use, ne 
tient point parole; la nature, dfaillante en elle, lui refuse 
ses dons... au moins pour ce moment-l; et ce n'est qu'en 
imaginant de nouvelles paillardises, qu'elle la contraint  
se rendre. L'infme retourne Justine; elle l'encule, 
pendant qu'on la sodomise elle-mme. Rien ne venant 
encore, elle encule un garon et gamahuche Justine, 
qu'Omphale branle sur le clitoris, pour hter l'mission 
d'un sperme qui va combler Victorine de plaisir, et peut-
tre dcider le sien: tel est l'cart qui russit. Justine 
dcharge malgr elle; Victorine la suce, en s'agitant 
comme une bacchante sur les reins du jeune homme dont 
elle jouit, pendant que l'autre garon lui place 
alternativement son vit et dans le con, et dans le cul; et la 
putain, entoure de plaisirs, perd son foutre, avec des 
cris, des blasphmes et des convulsions bien dignes d'une 
libertine comme elle.
	On se mit  table. Tout du long du souper, 
Victorine ne voulut manger que des morceaux broys par 
les dents d'ivoire de notre hrone: Omphale la branlait 
pendant qu'elle dvorait. J'aime  mler ces deux plaisirs, 
disait-elle; je n'en connais pas qui s'accordent mieux; et, 
versant  Justine de grandes rasades de vin de 
Champagne, elle cherchait  arracher de l'garement de 
cette fille ce qu'elle sentait bien ne pouvoir obtenir de sa 
raison. Mais Justine ne se troubla jamais, et Victorine, 
voyant qu'elle ne rpondait pas mieux aprs le souper 
qu'avant,  toutes les attaques qui lui taient portes, la 
renvoya coucher avec humeur, en lui annonant que de 
tels procds ne contribueraient pas  lui rendre sa 
captivit bien douce.
	- Eh bien; madame, dit-elle en se retirant, je 
souffrirai: je suis ne pour la douleur; je remplirai ma 
carrire aussi longtemps qu'il plaira au ciel de me laisser 
languir dans le monde; mais au moins je ne l'offenserai 
pas: cette consolante ide rendra mes peines moins 
amres.
	La directrice garda, pour sa nuit, Omphale et les 
deux jeunes gens. Justine apprit le lendemain  quelles 
horreurs elle et t contrainte, si elle n'eut pas t 
renvoye.
	- Il a fallu que je les souffrisse  ta place, dit 
Omphale; mais heureusement que l'habitude m'assouplit 
maintenant sans peine  mes devoirs, et il m'est rest le 
plaisir de t'avoir vit des ignominies.
	Le jour suivant tait la veille de celui o l'on devait 
prescrire une rforme. Antonin parat; les mmes 
crmonies s'excutent; Justine tremblait: la manire 
dcente et svre dont elle s'tait conduite chez la 
directrice ne pouvait-elle pas faire tomber sur elle le 
choix terrible de cette rforme? Elle avait irrit cette 
femme; elle en connaissait le crdit; que n'avait-elle pas  
redouter? L'indiffrence d'Antonin la rassura cependant; 
 peine jeta-t-il les yeux sur elle. Les crmonies 
termines, Antonin nomme Iris: c'tait une superbe 
femme de quarante ans, depuis trente-deux dans la 
maison.
	- Place-toi, lui dit Antonin, il faut que je te sonde le 
con. Que l'on me branle et m'y fasse entrer, poursuit 
l'infme satyre.
	Tout s'empresse; le vilain s'engloutit.
	- Allons, garce, dit-il en foutant, ce sont des adieux 
que je te fais.
	Et comme il vit que tout le monde frmissait, et que 
sa malheureuse victime tait prte  s'vanouir: 
	- Est-ce que tu ne m'entends pas, putain, lui dit-il, 
en lui appliquant deux vigoureux soufflets, et continuant 
toujours de la foutre; dis, n'entends-tu donc pas que la 
socit te rforme... que je te viens chercher, et qu'aprs-
demain tu n'existeras plus? Si je t'enconne avant, double 
putain, c'est pour que tu emportes mon foutre en enfer, et 
que les Furies, t'en voyant inonde, s'en barbouillent le 
con tout un jour: je les foutrais elles-mmes, si je les 
tenais. Allons, dcharge donc, garce; il me semble que je 
prpare assez bien tes sens  l'ivresse o je les dsire...
	Mais Iris n'entendait plus rien; absolument 
vanouie, elle n'avait plus ni chaleur, ni mouvement. Tel 
est l'tat o le paillard se livre avec elle au dernier plaisir. 
Il lui mord les ttons en dchargeant, dans l'espoir de la 
rendre  la vie: c'est en vain; on a beau faire, rien ne 
russit; et c'est dans cet tat de stupeur et d'abattement, 
c'est en venant de jouir d'elle, que le barbare a la cruaut 
de la faire jeter dans les cachots, o elle va filer les 
dernires heures de sa vie.
	Justine passa la plus cruelle journe: cette affreuse 
scne ne lui sortait pas de l'esprit. Elle frmissait d'tre 
du souper qui devait accompagner ces sanglantes orgies. 
Heureusement qu'on la crut trop novice encore pour 
l'admettre dans une partie ou la pudeur et l'humanit 
n'eussent pas t de saison; elle fut simplement 
commande pour aller ce mme soir passer la nuit chez 
Clment.
	- Oh! Dieu, s'cria-t-elle, il faudra que je satisfasse 
les passions de ce monstre qui ne m'abordera que couvert 
du sang de ma malheureuse compagne; qui, rassasi 
d'horreurs et d'infamies, ne m'approchera que le crime 
dans le coeur et le blasphme  la bouche!... Est-il un 
sort plus affreux que le mien? Cependant, il faut partir: le 
gelier vient la prendre et l'enferme dans la cellule de 
Clment, o, pendant qu'elle attend ce sclrat, de 
nouvelles penses plus affreuses encore viennent de 
nouveau troubler son imagination.
	Sur les trois heures du matin, Clment arrive, suivi 
de ses deux filles de garde, venues le prendre au sortir du 
souper, o l'on sait qu'elles n'assistaient pas quand il 
s'agissait d'une orgie de rforme. L'une de ces filles se 
nommait Armande; elle tait blonde, d'une charmante 
physionomie, atteignant  peine sa vingt-sixime anne, 
et nice de Clment; l'autre s'appelait Lucinde; de 
l'embonpoint, de belles chairs, de la blancheur, et vingt-
huit ans.
	Instruite de ses devoirs, Justine se jette  genoux, 
ds qu'elle entend le moine. Il vient  elle, la considre 
dans cette humiliante posture puis lui ordonne de se 
relever, et de le baiser sur la bouche. Clment savoure ce 
baiser, et lui donne toute l'expression, toute l'tendue 
qu'il est possible de concevoir. Pendant ce temps, les 
deux acolytes, par son ordre, dshabillent Justine en 
dtail. Quand la partie des reins aux talons est  
dcouvert, elles se pressent de l'exposer  Clment, et de 
lui offrir le ct chri de ses gots. Le moine examine, 
touche; puis, s'asseyant dans un fauteuil, il ordonne  
Justine de lui prsenter  baiser ce cul divin dont il 
s'enthousiasme: sa nice est  genoux, elle lui suce le 
vit... un vit molasse, excd des plaisirs de la soire, et 
qui, sans beaucoup d'art, ne reviendra pas de sitt  la 
vie. Lucinde, un peu de ct, coule une de ses mains sous 
les fesses du moine, et le socratise amplement. Le 
libertin place sa langue au sanctuaire du temple qu'on lui 
offre, et l'introduit le plus avant qu'il peut. Ses mains 
crochues molestent les mmes attraits chez Armande et 
Lucinde; il leur presse et pince le cul  l'une et  l'autre, 
avec toute la paillardise imaginable. Mais, toujours 
occup de Justine, dont le derrire est sans cesse  porte 
de sa bouche, il lui ordonne d'y pter; Justine obit, et 
s'aperoit bientt du merveilleux effet de cette 
intemprance. Le moine, mieux excit, devient plus 
ardent; il mord subitement en six endroits les fesses de 
Justine, qui pousse un cri et se jette en avant. Clment, 
drang, s'avance  elle, la colre dans les yeux: 
	- Sais-tu bien, s'crie-t-il, ce que tu risques par une 
telle insubordination?
	La malheureuse s'excuse; mais le froce animal, la 
saisissant par son corset, le lui arrache avec sa chemise, 
empoigne la gorge avec brutalit, et l'invective en la 
comprimant. Les filles de garde dshabillent Justine, et 
les voil tous les quatre nus. Armande occupe un instant 
son oncle: ce que c'est que la force du sang! il lui 
applique, avec les mains, des claques furieuses sur les 
fesses, il la baise  la bouche, lui mord la langue et les 
lvres: elle crie; la douleur arrache de cette fille des 
larmes involontaires; il la fait monter sur une chaise, lui 
baise le cul, la fait pter. C'est le tour de Lucinde; elle est 
traite de mme. Justine le branle pendant qu'il opre; il 
mord cruellement le cul qu'on lui prsente, et ses dents 
s'impriment en plusieurs endroits dans les chairs de cette 
belle fille; se retournant avec brusquerie vers Justine, 
qui, selon lui, le branle fort mal: 
	- Oh! putain, lui dit-il, comme tu vas souffrir.
	Il n'a pas besoin de l'annoncer; ses yeux ne le disent 
que trop.
	- Vous allez tre fustige partout, lui dit-il; oui, 
mme sur ce sein d'albtre, mme sur ces deux boutons 
de rose, que je froisse avec tant de plaisir.
	Et notre malheureuse patiente n'osait rien dire, de 
peur d'irriter encore plus son bourreau, mais la sueur 
couvrait son front, et ses yeux, malgr elle, se 
remplissaient de pleurs. Il la retourne, la fait agenouiller 
sur le dos d'une chaise, dont ses mains doivent tenir le 
dossier sans le quitter, sous les peines les plus svres. 
La voyant l, bien  sa porte, il ordonne  ses filles de 
garde de lui apporter des verges; on lui en prsente 
plusieurs poignes; il s'empare des plus minces... des 
plus flexibles, et dbute par une vingtaine de coups sur 
les paules et sur le haut des reins; puis, quittant Justine 
une minute, il place Armande et Lucinde  environ six 
pieds d'elle, de droite et de gauche, et positivement dans 
la mme attitude; il leur dclare qu'il va les fouetter 
toutes trois, et que la premire qui lchera le dossier de la 
chaise... qui poussera un cri, ou versera une larme, sera 
sur-le-champ soumise  tel supplice que bon semblera  
la rage de ce sclrat.
	Armande et Lucinde reoivent sur le dos le mme 
nombre de coups qu'il vient de donner  Justine; il baise 
cette dernire, et sur la bouche, et sur toutes les parties 
qu'il a molestes; puis, levant ses verges: 
	- Tiens-toi bien, coquine, lui dit-il; tu vas tre 
traite comme la dernire des misrables.
	Justine reoit  ces mots cent coups de suite, 
appliqus du bras le plus nerveux, et qui meurtrissent 
toute la partie du dos, jusqu' la chute des reins 
inclusivement; il vole aux deux autres, et les traite de 
mme. Les malheureuses ne prononaient pas une parole; 
leurs physionomies seules peignaient le cruel tat de leur 
me, et l'on n'entendait d'elles que quelques 
gmissements sourds et contenus. A quelque point que 
fussent enflammes les passions du moine, on n'en 
apercevait pourtant aucun signe encore; il se branlait par 
intervalle, mais rien ne dressait.
	- Oh! foutre, disait-il, j'ai trop dcharg au supplice 
de cette garce que nous avons martyrise cette nuit; je lui 
ai fait des choses uniques, mais qui m'ont puis; je ne 
banderai jamais, c'est fini; et, se rapprochant de Justine, 
qui occupait le milieu du tableau, il considre ses deux 
fesses sublimes, dont la blancheur et fait honte au lis, et 
qui, encore intactes, allaient bientt endurer leur part du 
mauvais traitement; il les manie, il ne peut s'empcher de 
les entrouvrir, de les chatouiller, de les baiser mille fois 
encore.
	- Allons, dit-il, du courage.
	Une grle pouvantable de coups tombe  l'instant 
sur ces deux fesses, et les meurtrit jusqu'aux cuisses. 
Excessivement anim des bonds, des haut-le-corps, des 
grincements, des contorsions que la douleur arrache  
cette infortune, les examinant, les saisissant avec 
dlices, Clment vient en exprimer, sur la bouche de la 
patiente, les sensations dont il est agit.
	- Cette putain me plat, s'crie-t-il, je n'en ai jamais 
fustig qui m'ait donn plus de plaisir; et il passe  
Lucinde, dont les charmantes fesses sont traites de la 
mme manire; de Lucinde, il vient  Armande, qu'il 
fouette avec une gale barbarie; il reste la partie 
infrieure, depuis le haut des cuisses jusqu'aux mollets, 
et le paillard, sur toutes les trois, frappe bientt ces 
parties avec la mme ardeur.
	- Allons, dit-il en retournant Justine, changeons de 
main, et visitons ceci.
	Il lui donne une cinquantaine de coups, depuis le 
milieu du ventre jusqu'au bas des cuisses, puis, les lui 
faisant carter, il frappe rudement dans l'intrieur de 
l'antre, qu'elle lui ouvre par son attitude.
	- Oh! sacredieu, s'crie-t-il, en voyant le con bien  
sa porte, voil l'oiseau que je vais plumer.
	Quelques cinglons ayant, par les prcautions qu'il 
emploie, pntr fort avant, Justine jette des cris.
	- Ah! ah! dit l'anthropophage, j'ai donc trouv 
l'endroit sensible, nous le visiterons bientt un peu 
mieux.
	Cependant, Armande et Lucinde sont mises dans la 
mme posture; et ses verges atteignent galement les 
parties les plus dlicates de leurs corps; mais, soit 
habitude, soit courage, soit la crainte d'encourir de plus 
rudes traitements, l'on n'aperoit d'elles que des 
frmissements et quelques contorsions involontaires. Il 
ne les quitte qu'en sang.
	Il y avait pourtant un peu de changement dans l'tat 
physique de ce libertin; et, quoique les choses eussent 
encore bien peu de consistance,  force de secousses, le 
maudit instrument commenait  guinder.
	- Mettez-vous  genoux, dit le moine  Justine, je 
vais vous fouetter sur la gorge.
	- Sur la gorge, mon pre?
	- Oui, sur ces deux masses horribles, qui me 
rpugnent... que je dteste, et qui ne m'inspirrent jamais 
que la cruaut; et il les serrait, il les comprimait 
violemment en disant cela.
	- Oh! mon pre, dit Justine en pleurant, cette partie 
est si dlicate! vous me ferez mourir!
	- Que m'importe! pourvu que je me satisfasse, et il 
dbute par cinq ou six coups, que Justine pare avec les 
mains.
	Furieux de cette dfense, Clment saisit les bras de 
Justine, et les lui attache derrire le dos, en lui ordonnant 
de se taire... de ne pas prononcer une seule parole. La 
malheureuse n'a plus que ses larmes... que les 
mouvements de sa physionomie, pour implorer sa grce; 
mais un pareil sclrat, et surtout quand il bande,.est-il 
sensible  la piti? Il appuie fortement une douzaine de 
coups sur les deux seins de cette pauvre fille, que rien ne 
garantit plus. D'affreux cinglons s'impriment aussitt en 
traits de sang; l'excs de la douleur arrache  Justine des 
pleurs, qui, retombant en perles sur ce sein dchir, 
rendent cette dlicieuse fille mille fois plus intressante 
encore. Le fripon baise ses larmes, les lche, les mle, 
avec sa langue, aux gouttes de sang que verse sa frocit, 
revient  sa bouche... aux yeux mouills, qu'il suce avec 
paillardise. Armande succde; ses mains se lient; elle 
offre un sein d'albtre et de la plus belle rondeur. 
Clment fait semblant de le baiser, mais c'est pour le 
mordre; il frappe enfin, et ces belles chairs, si blanches, 
si poteles, ne prsentent bientt plus aux yeux de leur 
bourreau que des meurtrissures et des traces de sang.
	Lucinde, traite de la mme manire, ne soutient 
pas avec le mme courage; les coups de verges lui ayant 
dchir le mamelon, elle s'vanouit...
	- Ah! foutre; dit le moine irrit, voil ce que je 
voulais.
	Cependant, le besoin qu'il a de la victime l'emporte 
sur le plaisir qu'il aurait de la contempler longtemps dans 
cette crise. Au moyen de quelques sels, elle retrouve 
bientt l'usage de ses sens.
	- Allons, dit-il, je vais vous fouetter toutes  la fois, 
et chacune sur des parties diffrentes.
	Il laisse Justine  genoux, place Armande sur elle, 
les jambes cartes, en telle sorte que sa bouche se 
trouve  la hauteur du con d'Armande, et sa gorge entre 
les cuisses de celle-ci, prcisment au bas de son 
derrire, il fait asseoir Lucinde sur les reins d'Armande, 
galement les jambes cartes, et lui prsentant le con, 
bien en plein, prcisment  fleur des deux fesses de 
celle sur laquelle elle est huche. Par ce moyen, le 
paillard peut, comme il le dit, fustiger  la fois la motte, 
les fesses et les ttons des trois plus belles femmes qu'il 
soit possible de voir. Clment ne tient point au coup 
d'oeil enchanteur de cette dlicieuse attitude: le coquin 
frappe  tour de bras tous les attraits qui lui sont 
prsents: culs, cons, ttons, tout est impitoyablement 
flagell, tout est mis en sang. Le moine bande enfin, et 
n'en devient que plus furieux. Il ouvre une armoire o se 
trouvent plusieurs martinets; il en sort un  pointes 
d'acier, si tranchantes, qu'on ne le touche pas sans risquer 
de se dchirer: 
	- Tiens, Justine, dit-il, en montrant cet outil; vois 
comme il est dlicieux de fouetter avec cela... tu le 
sentiras, tu l'prouveras, coquine; mais, pour l'instant, je 
veux bien n'employer que celui-ci.
	Il tait de cordes de boyau, noues; il avait douze 
branches, au bas de chacune tait un noeud plus fort que 
les autres, et de la grosseur d'une noisette.
	- Allons, ma nice, la cavalcade... la cavalcade, dit-
il  Armande.
	Aussitt, la posture se rompt. Les deux filles de 
garde, qui savent de quoi il s'agit, se mettent  quatre 
pattes au milieu de la chambre, les reins levs le plus 
possible; elles disent  Justine de les imiter; la 
malheureuse le fait: le moine monte sur Armande; et, les 
voyant alors tous trois, bien  sa porte, il leur lance des 
coups furieux sur les appts qu'elles prsentent. Comme, 
par cette posture, elles offrent, dans le plus grand cart 
possible, cette dlicate partie qui les distingue des 
hommes, le barbare y dirige ses coups; les branches 
longues et flexibles du fouet dont il se sert, pntrant 
dans l'intrieur avec plus de facilit que les verges, y 
laissent des traces profondes de sa rage: tantt il frappe 
sur l'une, tantt ses coups se lancent sur l'autre. Aussi 
bon cavalier que fustigateur intrpide, il change plusieurs 
fois de monture, en observant de frapper aussi bien, aussi 
fortement celles qui sont sous sa main, que celle sur les 
reins de laquelle il est. Les malheureuses sont excdes; 
les titillations de leurs douleurs sont si vives, qu'il leur 
devient presque impossible de les supporter.
	- Levez-vous, leur dit-il alors en reprenant ses 
verges; oui, levez-vous, et craignez-moi.
	Ses yeux tincellent, il cume. Egalement menaces 
sur tout le corps, ces pauvres filles l'vitent; elles 
courent, comme des gares, dans toutes les parties de la 
chambre: il les suit; frappant indiffremment sur toutes 
trois, le sclrat les met en sang; il les rencogne  la fin 
dans la ruelle du lit. L, plus aucun mesure; les coups 
redoublent, et s'appliquent avec si peu d'gards et tant de 
furie, que leur visage mme en est offens; un cinglon 
porte dans l'oeil d'Armande, elle jette un cri, le sang 
coule. Cette dernire atrocit dtermine l'extase; et, 
pendant que les fesses et les ttons des deux autres sont 
cruellement dchirs, l'infme arrose de foutre la tte et 
les cheveux de sa malheureuse nice, que les douleurs 
obligent  se rouler  terre, en poussant d'effroyables cris.
	- Couchons-nous, dit froidement le moine, en voil 
beaucoup trop pour vous, n'est-ce pas, mesdemoiselles? 
et certainement pas assez pour moi. On ne se lasse point 
de cette manie, quoiqu'elle ne soit qu'une imparfaite 
image de ce qu'on voudrait rellement faire. Ah! chres 
filles, vous ne savez pas jusqu'o nous entrane cette 
dpravation, l'ivresse o elle nous jette, la commotion 
violente qui rsulte dans le fluide lectrique, de 
l'irritation produite par la douleur sur l'objet qui sert nos 
passions, comme on est chatouill de ses maux! Le dsir 
de les accrotre, voil l'cueil, je le sais; mais, cet cueil 
est-il  craindre pour qui se moque de tout, pour qui n'a 
plus ni foi, ni loi, ni religion, pour qui foule aux pieds 
tous les principes?
	Quoique l'esprit de Clment ft encore dans 
l'enthousiasme, voyant nanmoins ses sens plus calmes, 
Justine osa rpondre  ce qu'il venait de dire, et lui 
reprocher la dpravation de ses gots. La manire dont ce 
libertin les justifia nous a paru digne de tenir place dans 
ces mmoires.

	(1)	Ce n'est pas la justice qui a des charmes dans 
ce cas-ci, c'est le vol que le libertin lui fait de 
ses droits. 

	(2) 	Voyez dans l'Histoire de Bretagne, par Dom 
Lobineau, les cruelles volupts o cet homme 
tonnant se livrait avec des enfants de l'un et de 
l'autre sexe, dans son chteau de Machecou. Le 
duc de Bretagne, plus envieux de ses biens 
qu'il confisqua, que jaloux de venger 
l'immoralit de ce seigneur rempli d'esprit et de 
talents, lui fit faire son procs  Rennes o il 
prit sur un chafaud, pour avoir eu le malheur 
d'tre riche, et singulirement organis de la 
nature. 

	(3) 	Nous verrons, dans la suite de cette histoire, les 
raisons pour lesquelles il ne doit point paratre 
tonnant que Pie VI ft bien avec un libertin 
tel que Svrino.



 

CHAPITRE X

DISSERTATION PHILOSOPHIQUE - SUITE DES 
AVENTURES DU COUVENT

	- La chose du monde la plus ridicule, ma chre 
Justine, dit Clment, est de vouloir disputer sur les gots 
de l'homme, les contrarier, les blmer, ou les punir, s'ils 
ne sont pas conformes, soit aux lois du pays qu'on habite, 
soit aux conventions sociales. Eh quoi! les hommes ne 
comprendront jamais qu'il n'est aucuns gots, quelque 
bizarres, quelque criminels mme qu'on puisse les 
supposer, qui ne soient le rsultat de la sorte 
d'organisation que nous avons reue de la nature. Cela 
pos, je demande de quel droit un homme ose exiger d'un 
autre, ou de rformer ses gots, ou de les modrer sur 
l'ordre social? de quel droit mme les lois, qui ne sont 
faites que pour le bonheur de l'homme, oseront-elles 
svir contre celui qui ne peut se corriger; ou qui n'y 
parviendrait qu'aux dpens de ce bonheur que doivent lui 
conserver les lois? Mais dsirt-on mme de changer de 
gots, le peut-on? Est-il en nous de nous refaire? 
Pouvons-nous devenir autres que nous ne sommes? 
L'exigeriez-vous d'un individu contrefait? Et cette 
inconformit de nos gots est-elle autre chose, au moral, 
que ne l'est au physique l'imperfection de l'homme 
contrefait? Entrons dans quelques dtails; l'esprit que je 
te reconnais, Justine, te met  porte de les entendre.
	Deux irrgularits, je le vois, t'ont dj frappe 
parmi nous: tu t'tonnes de, la sensation piquante, 
prouve par quelques-uns de nos confrres pour des 
choses vulgairement reconnues ftides ou impures; et tu 
te surprends de mme que nos facults voluptueuses 
puissent tre branles par des actions qui, selon toi, ne 
portent que l'emblme de la frocit. Analysons l'un et 
l'autre de ces gots; et tchons, s'il se peut, de te 
convaincre qu'il n'est rien au monde de plus simple que 
les plaisirs qui en rsultent.
	Il est, prtends-tu, singulier que des choses sales et 
crapuleuses puissent produire dans nos sens l'irritation 
essentielle au complment de leur dlire; mais, avant que 
de s'tonner de cela il faudrait sentir, chre fille, que les 
objets n'ont de prix  nos yeux que celui qu'y met notre 
imagination: il est donc trs possible, d'aprs cette vrit 
constante, que non seulement les choses les plus bizarres, 
mais mme les plus viles et les plus affreuses, puissent 
nous affecter trs sensiblement. L'imagination de 
l'homme est une facult de son esprit, o, par l'organe de 
ses sens, vont se peindre, se modifier les objets, et former 
ensuite ces penses, en raison du premier aperu de ses 
objets; mais cette imagination, rsultative elle-mme de 
l'espce d'organisation dont est dou l'homme, n'adopte 
les objets reus que de telle ou telle manire, et ne cre 
ensuite les penses que d'aprs les effets produits par le 
choc des objets aperus. Qu'une comparaison facilite  
tes yeux ce que j'expose. N'as-tu pas vu, Justine, des 
miroirs de formes diffrentes; quelques-uns qui 
diminuent les objets, d'autres qui les grossissent, ceux-ci 
qui les rendent affreux, ceux-l qui leur prtent des 
charmes? T'imagines-tu maintenant que si chacune de 
ces glaces unissait la facult cratrice  la facult 
objective, elle ne donnerait pas du mme homme qui se 
serait regard dans elle, un portrait tout  fait diffrent; et 
ce portrait ne serait-il pas en raison de la manire dont 
elle aurait aperu l'objet. Si aux deux facults que nous 
venons de prter  cette glace, elle joignait maintenant 
celle de la sensibilit, n'aurait-elle pas pour cet homme, 
vu par elle de telle ou telle manire, l'espce de 
sentiment qu'il lui serait possible de concevoir pour la 
sorte d'tre qu'elle aurait aperu? La glace qui l'aurait vu 
affreux, le harait; celle qui l'aurait vu beau, l'aimerait; et 
ce serait pourtant toujours le mme individu.
	Telle est l'imagination de l'homme, Justine; le 
mme objet s'y reprsente sous autant de formes qu'elle a 
de diffrents modes; et, d'aprs l'effet reu de cette 
imagination par l'objet, quel qu'il soit, elle se dtermine  
l'aimer ou  le har: si le choc de l'objet aperu la frappe 
d'une manire agrable, elle l'aime, elle le prfre, bien 
que cet objet n'ait en lui aucun agrment rel; et si cet 
objet, quoique d'un prix certain aux yeux d'un autre, n'a 
frapp l'imagination dont il s'agit, que d'une manire 
dsagrable, elle s'en loignera, parce qu'aucun de nos 
sentiments ne se forme, ne se ralise qu'en raison du 
produit des diffrents objets sur l'imagination. Rien 
d'tonnant, d'aprs cela, que ce qui plat vivement aux 
uns, puisse dplaire aux autres; et, rversiblement, que la 
chose la plus extraordinaire et la plus monstrueuse trouve 
des sectateurs... L'homme contrefait trouve aussi des 
miroirs qui le rendent beau.
	Or, si nous avouons que la jouissance des sens soit 
toujours dpendante de l'imagination, toujours rgle par 
l'imagination, il ne faudra pas s'tonner des variations 
nombreuses que l'imagination suggrera dans ces 
jouissances, de la multitude infinie des gots et de 
passions diffrentes qu'enfanteront les divers carts de 
cette imagination; ces gots, quoique luxurieux, ne 
devront pas frapper davantage que ceux d'un genre 
simple. Il n'y a aucune raison pour trouver une fantaisie 
de table moins extraordinaire qu'une fantaisie de lit; et, 
dans l'un et l'autre genre, il n'est pas plus tonnant 
d'idoltrer une chose que le commun des hommes trouve 
dtestable, qu'il ne l'est d'en aimer une gnralement 
reconnue pour bonne. L'humanit prouve de la 
conformit dans les organes, mais rien en faveur de la 
chose aime. Les trois quarts de l'univers peuvent trouver 
dlicieuse l'odeur d'une rose, sans que cela puisse servir 
de preuve, ni pour condamner le quart qui pourrait la 
trouver mauvaise, ni pour dmontrer que cette odeur soit 
vritablement agrable.
	Si donc il existe des tres dans le monde dont les 
gots choquent tous les prjugs admis, dont les 
fantaisies blessent tous les principes de la socit, dont 
les caprices outragent les lois, et morales et religieuses; 
des tres qui vous paraissent, en un mot, des sclrats et 
des monstres, par le seul penchant qu'ils prouvent au 
crime, bien qu'ils n'aient  le commettre aucun autre 
intrt que leur plaisir; non seulement il ne faut pas 
s'tonner d'eux, non seulement il ne faut ni les 
sermonner, ni les punir, mais il faut leur tre utile, il faut 
les contenter, anantir tous les freins qui les gnent, et 
leur donner, si vous voulez tre juste, tous les moyens de 
se satisfaire sans risque, parce qu'il n'a pas plus dpendu 
d'eux d'avoir ce got bizarre, qu'il n'a dpendu de vous 
d'tre spirituel ou bte, d'tre bien fait ou d'tre bossu. 
C'est dans le sein de la mre que se fabriquent les 
organes, qui doivent nous rendre susceptibles de telle ou 
telle fantaisie; les premiers objets prsents, les premiers 
discours entendus, achvent de dterminer le ressort: les 
gots se forment, les habitudes se prennent, et rien au 
monde ne peut plus les dtruire. L'ducation a beau faire, 
elle ne change plus rien: et celui qui doit tre un sclrat 
le devient tout aussi srement, quelque bonne que soit 
l'ducation qui lui a t donne, que vole infailliblement 
 la vertu celui dont les organes se trouvent disposs au 
bien, quoique l'instituteur l'ait manqu: tous deux ont agi 
d'aprs leur organisation, d'aprs les impressions qu'ils 
avaient reues de la nature; et l'un n'est pas plus digne de 
punition, que l'autre ne l'est de rcompense.
	Ce qu'il y a de bien singulier, c'est que tant qu'il 
n'est question que de choses futiles, nous ne nous 
tonnons pas de la diffrence des gots; mais sitt qu'il 
s'agit de luxure, voil tout en rumeur. Les femmes, 
toujours surveillantes  leurs droits, les femmes, que leur 
faiblesse et leur peu de valeur engagent  ne rien perdre, 
frmissent  chaque instant qu'on ne leur enlve quelque 
chose, et si malheureusement on met en usage, en 
s'amusant d'elles, quelques procds qui choquent leur 
culte, voil des crimes dignes de l'chafaud! Quelle 
inconsquence! Quelle atrocit! Le plaisir des sens doit-il 
donc rendre un homme meilleur que les autres plaisirs de 
la vie! Le temple de la gnration, en un mot, doit-il 
mieux fixer nos penchants; plus srement veiller nos 
dsirs, que la partie du corps, ou la plus contraire, ou la 
plus loigne de lui, que l'manation de ce corps la plus 
ftide ou la plus dgotante? Il ne doit pas, ce me 
semble, paratre plus tonnant de voir un homme porter 
la singularit dans les plaisirs du libertinage, qu'il ne doit 
l'tre de la lui voir employer dans les autres fonctions de 
la vie: encore une fois, dans l'un ou dans l'autre cas, sa 
singularit est le rsultat de ses organes. Est-ce sa faute, 
si ce qui vous affecte est nul pour lui, et s'il n'est mu que 
de ce qui vous rpugne? Quel est l'homme qui ne 
rformerait pas  l'instant ses gots, ses affections, ses 
penchants, sur le plan gnral, et qui n'aimerait pas 
mieux tre comme tout le monde, que de se singulariser, 
s'il en tait le matre? Il y a l'intolrance la plus stupide et 
la plus barbare  vouloir svir contre un tel homme; il 
n'est pas plus coupable envers la socit, quels que soient 
ses garements, que ne l'est comme je viens de le dire, 
celui qui serait venu au monde borgne ou boiteux! Et il 
est aussi injuste de le punir ou de se moquer de celui-ci, 
qu'il le serait d'affliger l'autre ou de le persifler. L'homme 
dou de gots singuliers est un malade; c'est, si vous le 
voulez, une femme  vapeurs hystriques: nous est-il 
jamais venu dans l'ide de punir ou de contrarier l'un ou 
l'autre? Soyons galement justes pour l'homme dont les 
caprices nous surprennent; parfaitement semblable au 
malade ou  la vaporeuse, il est comme eux  plaindre et 
non pas  blmer: tel est au moral l'excuse des gens dont 
il s'agit; on la trouverait au physique avec la mme 
facilit sans doute; et quand l'anatomie sera 
perfectionne, on dmontrera facilement par elle le 
rapport de l'organisation de l'homme aux gots qui 
l'auront affect. Pdants, guichetiers, lgislateurs, racaille 
tonsure, bourreaux, que ferez-vous, quand nous en 
serons l? Que deviendront vos lois, votre morale, votre 
religion, vos potences, vos paradis, vos dieux et votre 
enfer, quand il sera dmontr que tel ou tel cours de 
liqueurs, telle sorte de fibres, tel degr d'cret dans le 
sang ou dans les esprits animaux, suffisent  faire d'un 
homme l'objet de vos peines ou de vos rcompenses?
	Poursuivons: les gots cruels t'tonnent.
	Quel est l'objet de l'homme qui jouit? N'est-il pas 
de donner  ses sens toute l'irritation dont ils sont 
susceptibles, afin d'arriver mieux et plus chaudement  la 
dernire crise?... crise prcieuse qui caractrise la 
jouissance de bonne ou de mauvaise, en raison du plus 
ou moins d'activit dont s'est trouve cette crise? Or, 
n'est-ce pas un sophisme insoutenable que d'oser dire 
qu'il est ncessaire pour l'amliorer qu'elle soit partage 
de la femme? N'est-il donc pas visible que la femme ne 
peut rien partager avec nous sans nous prendre, et que ce 
qu'elle drobe doit ncessairement tre  nos dpens? Et 
de quelle ncessit est-il donc, je le demande, qu'une 
femme jouisse quand nous jouissons? Y a-t-il dans ce 
procd un autre sentiment que l'orgueil qui puisse tre 
flatt? Eh! ne trouvons-nous pas, d'une manire bien plus 
piquante, la sensation de ce sentiment orgueilleux, en 
forant au contraire avec duret cette femme  s'abstenir 
de la jouissance, afin que nous jouissions seuls, afin 
qu'entirement  nous, rien ne l'empche de s'occuper de 
nos seuls plaisirs? La tyrannie ne flatte-t-elle pas l'orgueil 
d'une manire bien plus vive que la bienfaisance? Celui 
qui impose n'est-il pas bien plus srement le matre que 
celui qui partage? Mais, comment put-il venir dans la tte 
d'un homme raisonnable que la dlicatesse et quelque 
prix en jouissance? Il est absurde de vouloir soutenir 
qu'elle y soit ncessaire; elle n'ajoute jamais rien au 
plaisir des sens; je dis plus, elle y nuit: c'est une chose 
trs diffrente que d'aimer ou que de jouir; la preuve en 
est qu'on aime tous les jours sans jouir, et qu'on jouit 
encore plus souvent sans aimer. Tout ce qu'on mle de 
dlicatesse dans les volupts dont il s'agit ne peut tre 
donn  la jouissance de la femme qu'aux dpens de celle 
de l'homme, et tant que celui-ci s'occupe de faire jouir; 
assurment, il ne jouit pas, ou sa jouissance n'est plus 
qu'intellectuelle, c'est--dire chimrique et bien 
infrieure  celle des sens. Non, Justine, non, je ne 
cesserai de le rpter, il est parfaitement inutile qu'une 
jouissance soit partage pour tre vive et pour rendre 
cette sorte de plaisir aussi piquante qu'elle est susceptible 
de l'tre: il est, au contraire, trs essentiel que l'homme 
ne jouisse qu'aux dpens de la femme; qu'il prenne d'elle 
(quelque sensation qu'elle en prouve) tout ce qui peut 
donner de l'accroissement  la volupt dont il veut jouir, 
sans le plus lger gard aux effets qui peuvent en rsulter 
pour la femme; car ces gards le troubleront: ou il voudra 
que la femme partage, alors, il ne jouit plus, ou il 
craindra qu'elle ne souffre, et le voil drang. Si 
l'gosme est la premire loi de la nature, c'est, bien 
srement, plus qu'ailleurs, dans les plaisirs de la lubricit 
que cette cleste mre dsire qu'il soit notre unique 
mobile: c'est un trs petit malheur que, pour 
l'accroissement de la volupt de l'homme, il lui faille ou 
ngliger ou troubler celle de la femme; car, si ce trouble 
lui fait gagner quelque chose, ce que perd l'objet qui le 
sert ne le touche en rien, il doit lui tre indiffrent que 
cet objet soit heureux ou malheureux: pourvu que lui soit 
dlect; il n'y a vritablement nulle sorte de rapports 
entre cet objet et lui. Il serait donc fou de s'occuper des 
sensations de cet objet, aux dpens des siennes: 
absolument imbcile, si pour modifier ces sensations 
trangres il renonait  l'amlioration des siennes: cela 
pos, si l'individu dont il est question est 
malheureusement organis, de manire  n'tre mu 
qu'en produisant, dans l'objet qui lui sert, de 
douloureuses sensations, vous avouerez qu'il doit s'y 
livrer sans remords, puisqu'il est l pour jouir, abstraction 
faite de tout ce qui peut en rsulter pour cet objet. Nous y 
reviendrons. Continuons de marcher par ordre.
	Les jouissances isoles ont donc des charmes; elles 
peuvent donc en avoir plus que toutes autres. Eh! s'il n'en 
tait pas ainsi, comment jouiraient tant de vieillards, tant 
de gens ou contrefaits ou pleins de dfaut? Ils sont bien 
srs qu'on ne les aime pas, bien certains qu'il est 
impossible qu'on partage ce qu'ils prouvent; en ont-ils 
moins de volupts? Dsirent-ils seulement l'illusion? 
Entirement gostes dans leurs plaisirs, vous ne les 
voyez occups que d'en prendre, tout sacrifier pour en 
recevoir, et ne souponner jamais, dans l'objet qui les 
sert, d'autres proprits que des proprits passives. Il 
n'est donc nullement ncessaire de donner des plaisirs 
pour en recevoir: la situation heureuse ou malheureuse 
de la victime de notre dbauche est donc absolument 
gale  la satisfaction de nos sens; il n'est nullement 
question de l'tat o peut tre son coeur et son esprit: cet 
objet, absolument passif, peut indiffremment se plaire 
ou souffrir  ce que vous lui faites, vous aimer ou vous 
dtester; toutes ces considrations sont nulles, ds qu'il 
ne s'agit que des sens. Les femmes, j'en conviens, 
peuvent tablir des maximes contraires; mais les femmes, 
qui ne sont que les machines de la volupt; qui ne 
doivent en tre que les plastrons, sont rcusables toutes 
les fois qu'il faut tablir un systme rel sur la nature des 
plaisirs que l'on peut goter, en se servant de leurs corps. 
Y a-t-il un seul homme raisonnable qui soit envieux de 
faire partager sa jouissance  des putains publiques? Et 
n'y a-t-il pas des millions d'hommes qui prennent 
pourtant de grands plaisirs avec ces cratures? Ce sont 
donc autant d'individus persuads de ce que j'tablis; qui 
le mettent en pratique, sans s'en douter, et qui blment 
stupidement ceux qui lgitiment leurs actions par de bons 
principes; et cela, parce que l'univers est plein de statues 
organises, qui vont, qui viennent, qui agissent, qui 
mangent, qui digrent, sans jamais se rendre compte de 
rien. Les plaisirs isols, dmontrs aussi dlicieux que les 
autres, et beaucoup plus assurment, il devient donc tout 
simple alors que cette jouissance, gote 
indpendamment de l'objet qui nous sert, soit non 
seulement trs loigne de ce qui peut lui tre agrable, 
mais se trouve mme contraire  ses plaisirs. Je vais plus 
loin: elle peut devenir une douleur impose, une 
vexation, un supplice, sans qu'il y ait rien 
d'extraordinaire, sans qu'il en rsulte autre chose qu'un 
accroissement de plaisir bien plus sr pour le despote qui 
tourmente ou qui vexe. Essayons de le dmontrer.
	L'motion de la volupt, n'est autre, sur notre me, 
qu'une espce de vibration produite au moyen des 
secousses que l'imagination, enflamme par le souvenir 
d'un objet lubrique, fait prouver  nos sens, ou au 
moyen de la prsence de cet objet, ou mieux encore par 
l'irritation que ressent cet objet dans le genre qui nous 
meut le plus fortement; ainsi notre volupt, ce 
chatouillement inexprimable qui nous transporte au plus 
haut point de bonheur physique o puisse arriver 
l'homme, ne nous lectrisera que par deux causes; soit en 
apercevant rellement ou fictivement, dans l'objet qui 
nous sert, l'espce de beaut qui nous flatte le plus, soit 
en voyant prouver  cet objet la plus forte sensation 
possible. Or, il n'est aucune sorte de sensation qui soit 
plus active... plus incisive que celle de la douleur: ses 
impressions sont sres; elles ne trompent point comme 
celles du plaisir, perptuellement joues par les femmes, 
et presque jamais ressenties par elles. Que d'amour-
propre d'ailleurs, que de jeunesse, de force, de sant, ne 
faut-il pas pour tre certain de produire dans une femme 
cette douteuse et peu satisfaisante impression du plaisir? 
Celle de la douleur, au contraire, n'exige pas la moindre 
chose: plus un homme a de dfauts, plus il est vieux, 
moins il est aimable, mieux il russira. A l'gard du but, 
il sera bien plus srement atteint, puisque nous 
tablissons qu'on ne le touche, qu'on n'irrite jamais mieux 
ses sens, que lorsqu'on a produit, dans l'objet qui nous 
sert, la plus grande impression possible, n'importe par 
quelle voie. Celui qui fera donc natre dans une femme 
l'impression la plus tumultueuse, celui qui l'effraiera 
davantage, qui la tourmentera le plus rigoureusement, 
qui, en un mot, bouleversera le mieux toute son 
organisation, aura donc dcidment russi  se procurer 
la plus grande dose de volupt possible; parce que le 
choc rsultatif des impressions trangres sur nous, 
devant tre en raison de l'impression produite, sera 
ncessairement plus actif, si cette impression des autres a 
t pnible, que si elle n'a t que douce et moelleuse. 
D'aprs cela, le voluptueux goste, persuad que ses 
plaisirs ne seront vifs qu'autant qu'ils seront entiers, 
imposera donc, quand il en sera le matre, la plus forte 
dose possible de douleur  l'objet qui lui sert, bien certain 
que ce qu'il retirera de volupt ne sera qu'en raison de la 
plus vive impression qu'il aura produite.
	- Ces systmes sont pouvantables, mon pre, dit 
Justine; ils conduisent  des gots cruels,  d'excrables 
fantaisies.
	- Et qu'importe! rpondit le barbare; encore une 
fois, sommes-nous les matres de nos gots? Ne devons-
nous pas cder  l'empire de ceux que nous avons reu de 
la nature, comme la tte orgueilleuse du chne plie sous 
l'orage qui le ballote? Si la nature tait offense de ces 
gots, elle ne les inspirerait pas; il est impossible que 
nous puissions recevoir d'elle un sentiment fait pour 
l'outrager; et, dans cette extrme certitude, nous pouvons 
nous livrer  nos passions, de quelque genre, de quelque 
violence qu'elle puisse tre, bien assurs que tous les 
inconvnients qu'entrane leur choc, ne sont que des 
desseins de la nature, dont nous sommes les organes 
involontaires: et que nous font les suites de ces passions! 
Lorsqu'on veut se dlecter par une action quelconque, il 
ne s'agit nullement des suites.
	- Je ne vous parle pas des suites, interrompit 
vivement Justine; il est question des rsultats: 
assurment, si vous tes le plus fort, et que, par d'atroces 
principes de cruaut, vous n'aimiez  jouir que par la 
douleur, dans la vue d'augmenter ses sensations, vous 
arriverez insensiblement  les produire, sur l'objet qui 
vous sert, au degr de violence capable de lui ravir le 
jour.
	- Soit: c'est--dire que, par des gots donns par la 
nature, j'aurai servi les desseins de la nature, qui, 
n'oprant ses crations que par des destructions, ne 
m'inspire jamais l'ide de celle-ci, que quand elle a 
besoin des autres; c'est--dire que, d'une portion de 
matire oblongue, j'en aurai form trois ou quatre mille 
rondes ou carres. Voil toute l'histoire du meurtre: oh! 
Justine, est-il donc un crime? Peut-on nommer ainsi ce 
qui sert autant la nature? L'homme a-t-il le pouvoir de 
commettre des crimes? Et, lorsque, prfrant son 
bonheur  celui des autres, il renverse ou dtruit tout ce 
qu'il trouve dans son passage, a-t-il fait autre chose que 
servir la nature, dont les premires et plus sres 
inspirations lui dictent de se rendre heureux, n'importe 
aux dpens de qui? Le systme de l'amour du prochain 
est une chimre que nous devons au christianisme, et non 
pas  la nature. Le sectateur du Nazaren, tourment, 
malheureux et, par consquent, dans un tat de faiblesse 
qui devait faire crier  la tolrance...  l'humanit, dut 
ncessairement tablir ce rapport fabuleux d'un tre  un 
autre; il prservait sa vie en le faisant russir. Mais le 
philosophe n'admet pas ces rapports gigantesques; ne 
voyant, ne considrant que lui seul dans l'univers, c'est  
lui seul qu'il rapporte tout; s'il mnage ou caresse un 
instant les autres, ce n'est jamais que relativement au 
profit qu'il croit en tirer: n'a-t-il plus besoin d'eux, 
prdomine-t-il par sa force, il abjure alors  jamais tous 
ces beaux systmes d'humanit, de bienfaisance, 
auxquels il ne se soumettait que par politique; il ne craint 
plus de ramener  lui tout ce qui l'entoure; et, quelque 
chose que puisse coter ses jouissances aux autres; il les 
assouvit sans examen comme sans remords.
	- Mais l'homme dont vous parlez est un monstre!
	- L'homme que je peins est dans la nature.
	- C'est une bte froce.
	- Eh bien! le tigre, le lopard, dont cet homme est, 
si tu veux, l'image, n'est-il pas comme lui cr par la 
nature et cr pour remplir les intentions de la nature? Le 
loup qui dvore l'agneau accomplit les vues de cette mre 
commune, comme le malfaiteur qui dtruit l'objet de sa 
vengeance ou de sa lubricit.
	- Oh! vous aurez beau dire, mon pre, je n'admettrai 
jamais cette lubricit destructive.
	- Parce que tu crains d'en devenir l'objet: voil 
l'gosme. Changeons de rle, et tu le concevras. 
Interroge l'agneau, il n'entendra pas non plus que le loup 
puisse le dvorer; demande au loup  quoi sert l'agneau: 
A me nourrir, rpondra-t-il. Des loups qui mangent des 
agneaux, des agneaux dvors par des loups; le fort qui 
sacrifie le faible, le faible la victime du fort: voil la 
nature, voil ses vues, voil ses plans; une action et une 
raction perptuelle, une foule de vices et de vertus, un 
parfait quilibre, en un mot, rsultant de l'galit du bien 
et du mal sur la terre, quilibre essentiel au maintien des 
astres,  la vgtation, et sans lequel tout serait  l'instant 
dtruit. O Justine, elle serait bien tonne cette nature, si 
elle pouvait un instant raisonner avec nous, et que nous 
lui disions que ces crimes qui la servent, que ces forfaits 
qu'elle exige et qu'elle nous inspire, sont punis par des 
lois, qu'on nous assure tre l'image des siennes. Imbcile, 
rpondrait-elle  celui qui lui parlerait ainsi, engendre, 
calomnie, dtruis; fous en cul, en con; vole, pille, viole, 
incendie, martyrise; assassine ton pre, ta mre, tes 
enfants; commets sans peur tous les crimes que bon te 
semblera: ces prtendues infamies me plaisent, elles sont 
ncessaires  mes vues sur toi, et je les veux, puisque je 
te les inspire. Tu ne pourrais pas les commettre, si elles 
m'outrageaient. Il t'appartient bien de rgler ce qui 
m'irrite ou ce qui me dlecte! Apprends que tu n'as rien 
dans toi qui ne m'appartienne, rien que je n'y aie plac, 
pour des raisons qu'il ne te convient pas d'approfondir; 
que la plus abominable de tes actions n'est, comme la 
plus vertueuse d'un autre, qu'une des faons de me servir; 
que j'estime autant celui qui dtruit que celui qui procre, 
et que tous les deux me servent, quoique par des 
procds diffrents. Ne te contiens donc point; nargue tes 
lois, tes conventions sociales et tes dieux; n'coute que 
moi seul; et crois que, s'il existe un crime  mes regards, 
c'est l'opposition que tu mets  ce que je t'inspire, par ta 
rsistance ou par tes sophismes.
	- Oh! juste ciel! s'cria Justine, vous me faites 
frmir: s'il n'y avait pas des crimes contre la nature, d'o 
nous viendrait donc cette rsistance invincible que nous 
prouvons pour certains dlits?
	- Cette rpugnance n'est pas dicte par la nature, 
rpondit vivement notre philosophe; elle n'a sa source 
que dans le dfaut d'habitude. N'en est-il pas de mme 
pour certains mets! Quoique excellents n'y rpugnons-
nous pas seulement par dfaut d'habitude? Oserait-on 
dire, d'aprs cela, que ces mets ne sont pas bons? 
Tchons de nous vaincre, et nous conviendrons bientt 
de leur saveur. Nous rpugnons aux mdicaments, quoi 
qu'ils nous soient pourtant salutaires. Accoutumons-nous 
de mme  ce qu'on appelle improprement le crime; nous 
n'y trouverions bientt que des charmes. Cette 
rpugnance momentane est bien plutt une adresse, une 
coquetterie de la nature, qu'un avertissement que la chose 
l'outrage; elle nous prpare ainsi les plaisirs du triomphe, 
elle en augmente ceux de l'action mme. Il y a mieux, 
Justine, il y a mieux; c'est que plus l'action nous semble 
pouvantable, plus elle contrarie nos usages et nos 
moeurs, plus elle brise de freins, plus elle blesse ce que 
nous croyons tre des lois de la nature, et plus au 
contraire elle est utile  cette nature. Ce n'est jamais que 
par des crimes qu'elle rentre dans les droits que la vertu 
lui ravit sans cesse. Si le crime est lger, en diffrant 
moins de la vertu, il tablira plus lentement l'quilibre 
indispensable  la nature; mais, plus il est capital, plus il 
semble effrayant, plus il a d'tendue, mieux il galise les 
poids, plus il balance l'empire de la vertu qui dtruirait 
tout sans cela. Qu'il cesse donc de s'effrayer celui qui 
mdite un forfait, ou celui qui vient de le commettre; plus 
son crime aura d'tendue, mieux il aura servi la nature. O 
Justine! Archimde travaillait  une machine qui pourrait 
enlever le monde; qu'un mcanicien en trouve une qui le 
pulvrise, celui-l seul aura bien mrit de la nature, 
puisque la main de la nature brle de recommencer un 
ouvrage... manqu par elle ds le premier jet.
	- Oh! mon pre, avec de tels principes...
	- On est un sclrat, n'est-il pas vrai, ma chre? 
Mais le sclrat est toujours l'homme de la nature, et le 
vertueux ne l'est que par circonstance.
	- Hlas! monsieur, poursuivit en pleurant notre 
infortune, je n'ai pas assez d'esprit pour combattre vos 
sophismes; mais l'effet qu'ils produisent sur mon coeur... 
sur un coeur neuf, ouvrage aussi certainement form par 
la nature que peut l'tre votre dpravation, cet effet, dis-
je, suffit  me prouver que votre philosophie est aussi 
mauvaise que dangereuse.
	- Dangereuse, soit, rpondit Clment; mauvaise, 
non: car tout ce qui est dangereux n'est point mauvais; il 
y a des choses trs utiles qui sort dangereuses: les 
serpents, les venins, la poudre  canon, tout cela est fort 
dangereux, et cependant d'un trs grand usage: traite ma 
morale de mme, mais ne l'avilis pas. L'abus des 
meilleures choses peut devenir dangereux; mais ici l'abus 
mme est un bien et plus un homme sage mettra mes 
systmes en pratique, plus je lui garantis le bonheur, 
parce que le bonheur n'est que dans ce qui agite, et qu'il 
n'y a que le crime qui agite: la vertu, qui n'est qu'un tat 
d'inaction et de repos, ne peut jamais conduire au 
bonheur.
	A ces mots, Clment s'endormit.
	- Il va bientt se rveiller, dirent Armande et 
Lucinde  Justine, et ce sera comme un furieux, la nature 
n'endort ses sens que pour leur prter, aprs un peu de 
repos, une bien plus grande nergie. Encore une scne, et 
nous serons tranquilles jusqu' demain.
	- Et pourquoi ne profiteriez-vous pas de ce temps 
pour dormir aussi? dit Justine  ses compagnes.
	- Tu le peux, toi, ma chre, rpondit Armande tu 
n'es point de garde: place-toi, nue, prs de lui, les fesses 
le plus prs possible de son visage, et dors, il ne te dira 
mot: mais notre devoir nous oblige, ma compagne et moi, 
de veiller; il serait homme  nous gorger, s'il nous 
surprenait endormies, personne ne l'en blmerait; c'est la 
loi du srail, ils n'en connaissent point d'autres.
	- Oh ciel! dit Justine, comment, mme au sein du 
sommeil, ce sclrat veut que ce qui l'environne soit dans 
un tat de souffrance?
	- Oui, rpondit Lucinde; c'est la barbarie de cette 
ide qui lui procure le rveil furieux que tu vas lui voir: il 
est, sur cela, comme ces crivains pervers, dont la 
corruption est si pernicieuse, si active, qu'ils n'ont pour 
but, en imprimant leurs affreux systmes, que d'tendre 
au-del de leur vie la somme de leurs crimes: ils n'en 
peuvent plus faire; mais leurs maudits crits en feront 
commettre; et cette douce ide, qu'ils emportent au 
tombeau, les console de l'obligation o les met la mort de 
renoncer au mal.
	Et les deux gardiennes de Clment se remirent  
battre doucement l'estrade autour du lit de leur patron. 
Justine s'endormit dans un fauteuil, le plus loin qu'elle 
put de ce monstre.
	Au bout de deux heures, il se rveilla effectivement 
dans une agitation prodigieuse. Furieux de ne point 
trouver Justine prs de lui, il l'appelle et, la saisissant 
avec violence: 
	- Pourquoi n'es-tu point l, putain? lui dit-il; ne t'a-t-
on pas dit que c'tait l, ta place? Ne t'a-t-on pas dit qu' 
mon rveil, il me fallait un cul sous le nez?
	Ses yeux tincelaient, sa respiration tait vive et 
presse; il prononait des mots sans suite, qui n'taient 
autres que des blasphmes ou des paroles consacres au 
libertinage. Il appelle ses gardiennes: il demande des 
verges et, attachant les trois femmes ventre contre ventre, 
il les fouette ainsi toutes trois jusqu' ce qu'il en ait us 
sur leurs corps une demi-douzaine de poignes: il bande; 
il les dtache. Il s'agit maintenant de le sucer: l'une, 
Armande, doit le faire dcharger dans sa bouche; 
Lucinde doit mordiller sa langue et pomper sa salive; et 
Justine doit lui gamahucher l'anus. Vaincu par des 
sensations si voluptueuses, le libertin s'gare, et perd, 
avec les flots embrass de sa semence, et son ardeur, et 
ses dsirs. Mais les trois femmes se ressentent de la crise; 
il a l'air de les molester toutes trois au moment de sa 
dcharge: celle qui pompe a le tton droit toute meurtri; 
celle qui lui baise la bouche a la langue presque coupe 
en deux; et il s'est si vigoureusement appuy sur le visage 
de Justine, qui lui suce le cul, qu'il lui a presque cras la 
figure; des flots de sang lui sortent par le nez.
	Tout fut calme le reste de la nuit. En se levant, le 
moine se contenta de se faire flageller lui-mme: les trois 
femmes y puisrent leurs forces. Il les examina, vrifia 
soigneusement les vestiges de sa cruaut; et, comme il 
allait dire sa messe, elles rentrrent au srail.
	La directrice ne put s'empcher de dsirer Justine 
dans l'tat de souillure et d'irritation o elle la supposait: 
elle lui fit dire de passer chez elle; Justine ne peut s'en 
dfendre. On allait servir le djeuner; une fille de la 
classe des dugnes, ge de quarante ans, tait avec la 
matresse du logis: c'tait la clbre Honorine. On se 
rappelle que cette femme nergique, aussi belle que 
vicieuse, avait commis un meurtre dans la maison, sans 
qu'il en ft rien rsult de fcheux pour elle, les moines 
tant dans l'usage de ne jamais punir les crimes dont ils 
faisaient eux-mmes leurs plus chres dlices. Trs 
amoureuse de notre hrone, elle dsirait en jouir pour le 
moins avec autant d'ardeur que la directrice, et toutes 
deux ne s'taient runies qu' dessein de se satisfaire. La 
plus aveugle soumission fut donc prescrite  cette 
infortune. Les deux tribades s'en emparent; et, en 
renchrissant l'une sur l'autre par leurs propos et par leurs 
actions, elles mettent cette pauvre fille  mme de se 
convaincre que des femmes,  pareille poque, perdant 
bientt toute la retenue de leur sexe, ne peuvent,  
l'exemple de leurs tyrans, devenir qu'obscnes ou 
cruelles. Le croirait-on? Honorine avait tous les gots 
d'un homme, elle se faisait fouetter, enculer; elle aimait 
la merde et les pets; et la douce Justine fut oblige de se 
prter  tous ces caprices avec la mme rsignation que 
si elle et t dans la cellule d'un moine, ou  l'un de 
leurs soupers. On n'a pas d'ide de la quantit des luxures 
qui se clbrrent dans ces secrtes orgies, dont Justine 
sortit plus fatigue que si elle et tenu tte  dix libertins. 
Un peu plus contente d'elle, la directrice la renvoya, 
moins en colre; et Justine s'aperut bientt qu'il valait 
mieux se rendre digne de l'estime de cette sultane 
favorite, que de mriter son indignation.
	Deux nuits aprs, elle coucha chez Jrme. Elle y 
tait seule, avec les deux filles de garde, Olympe et 
Elonore; la premire de neuf ans, l'autre de treize. 
Quatre gitons de douze  quinze ans, et trois fouteurs de 
vingt  vingt-cinq compltaient les sujets destins  cette 
infme scne: 
	- Tu vois cette enfant, dit le vieux sclrat en 
montrant Olympe  Justine; eh bien, mon coeur, tu ne 
saurais jamais croire par combien de liens elle m'est 
attache. J'ai fait un enfant  ma cousine germaine; j'ai 
foutu cet enfant, qui tait ma nice, et de cette nice j'ai 
eu celle-ci, qui se trouve donc ma petite-nice, ma fille et 
ma petite-fille, puisqu'elle est fille de ma fille. Allons, 
Olympe, venez baiser le cul de votre papa; et le vilain 
expose le derrire le plus fltri, les fesses les plus 
martyrises qui pussent jamais se trouver dans la culotte 
d'un libertin. La pauvre enfant obit; l'infme lui pte au 
nez, et la scne commence.
	Jrme s'tendait sur un banc trs troit;  cheval 
sur lui s'tablissaient, les fesses tournes vers son visage, 
alternativement, un petit garon et une petite fille: un des 
grands garons devait fouetter le jeune sujet par-dessus 
le visage de Jrme, en sorte que ses yeux fussent 
absolument fixs sur le cul flagell, et que les coups 
dirigs sur ce cul lui passassent par-dessus le visage, sans 
l'effleurer: Justine devait le sucer pendant ce temps-l et 
il branlait un vit de chaque main sur les ttons de Justine. 
C'tait jusqu'au sang que devait s'administrer la 
fustigation, il fallait que les gouttes arrosassent sa 
bouche: et c'tait de le lcher ainsi que s'enflammait sa 
lubricit. En moins d'une heure son gosier fut inond; il 
se jette sur Justine, et l'trille alors de sa main avec tant 
de force et de rapidit, qu'elle en fut marque plus de 
huit jours. Echauff de ces prliminaires, il saisit sa 
petite fille, et l'encule pendant qu'on le fout, et qu'il 
trille un cul de chaque main. Mais les passions uses de 
ce vieux faune ne se dterminaient pas pour si peu; il 
leur fallait indispensablement une secousse dont la plus 
atroce mchancet ft la base. L'histoire de la vie de ce 
monstre, que nous entendrons bientt de sa bouche 
achvera de nous convaincre que le physique, 
absolument soumis au moral, chez lui, ne s'embrasait 
jamais qu'aux plus chatouilleuses irritations de la tte.
	- Elonore, dit-il  la jolie petite fille de treize ans, 
compagne de la sienne, il a t trouv hier au matin, par 
le rgent de fonction, la preuve la plus certaine d'un 
complot form par vous et deux autres de vos 
compagnes, dont l'objet tait de mettre le feu aux salles 
du srail: ne m'attachant point  vous dmontrer 
l'absurdit de ce projet, mon enfant,  vous reprsenter 
que, tout tant vot dans cette maison, il vous 
deviendrait impossible de russir; je me contenterai de 
vous annoncer que ces preuves tant constantes, et 
maintenant dposes chez le suprieur. la socit s'en est 
rapporte  moi du soin de punir un tel dlit, et que j'ai 
dcid que la mort la plus cruelle pouvait seule en purger 
les traces. On m'a charg de prescrire le supplice; c'est 
cette nuit mme qu'il faut qu'il s'excute. Et le libertin 
maniait, baisotait sa petite-fille, tout en jetant ainsi dans 
son me la plus effroyable terreur: Justine le branlait; et 
il bandait fort dur.
	- Oh! mon pre, dit enfin Elonore, en se 
prcipitant aux pieds du moine, je vous proteste qu'on 
vous en impose.
	- Je ne vous demande pas si cela est vrai; j'en suis 
au point de ne pouvoir douter; il ne s'agit nullement de 
vous dfendre ici sur des faits avrs; il ne faut que 
donner le nom de vos complices, ou je vais vous faire 
subir la question extraordinaire; et je me flatte que nous 
obtiendrons de vous, alors, dans les supplices, ce que 
vous refusez de bonne grce.
	Et comme Elonore persista dans la ngative, 
Jrme lui annona qu'il allait procder  l'interrogatoire 
suppliciaire. On passe,  cet effet, dans un cabinet o 
tout ce qui peut servir  la plus affreuse torture est 
prpar avec le plus grand soin. Toute la compagnie suit 
le moine: Justine l'y conduit, en le menant par le vit. Il 
bande, il sacre, il blasphme; ses yeux ressemblant  
deux fournaises; sa bouche cume: il est effrayant. 
Elonore est tendue par lui sur un chevalet, dont les 
ressorts lui tendant les bras et les jambes, au point de les 
lui disloquer: elle ne nomme personne. Le supplice 
change. Tout son corps est frott de lard: on l'expose 
ainsi devant un feu terrible. Pendant qu'elle y grsille, 
Jrme, sodomis par les trois fouteurs, ne cesse de tenir 
Justine encule: mme silence; et la malheureuse victime 
est retire  moiti rtie.
	- Allons, dit Jrme, qu'aidaient avec dlices les 
trois fouteurs dans ses sanguinaires oprations, il faut 
essayer autre chose.
	La victime est place, suspendue par des cordes, 
entre deux plaques d'acier, garnies de pointes, qui se 
resserrent l'une sur l'autre, ou s'cartent  volont. Ce 
n'est d'abord qu'avec la plus extrme modration que l'on 
use de ce terrible moyen: mais quand Jrme voit qu'il 
n'arrache rien  l'accuse, les plaques se rapprochent 
avec une telle violence, que la pauvre fille, transperce  
la fois dans mille endroits de son corps, jette des cris qui 
s'entendraient d'une lieue.
	- Je vais donc la condamner sur-le-champ, dit le 
moine barbare, puisqu'elle ne veut rien avouer.
	A ces mots, il quitte Justine, s'engloutit dans le cul 
de sa petite fille. On le fout, on le patine, on l'entoure de 
culs: celui de notre hroque est sur sa bouche, il le 
dvore; et, plaant la victime devant lui, il veut qu'elle 
soit sodomise sous ses yeux, et mise assez prs de lui 
pour que de ses deux mains il puisse lui pincer, lui 
molester les ttons  l'aise. Deux jeunes gens, le poignard 
lev, menacent le coeur d'Elonore,
	- Vous frapperez quand je le dirai, s'crie le moine 
en fureur; faites-la languir longtemps sous le glaive: c'est 
ainsi que j'aime  tenir les femmes; je voudrais les voir 
toutes sous le mme poignard, et que le ressort en ft 
dans mes mains.
	Cet horrible propos dtermine l'extase; le foutre 
part; et le monstre, tourdi de toutes les volupts dont on 
l'environne, ne se souvient plus de donner l'ordre. Sa 
malheureuse victime se trouve sauve par l'art de ses 
compagnons d'infortune; et Jrme, au sein du sommeil, 
dans les bras de Justine, ne pense plus qu' rparer des 
forces que l'habitude de les perdre diminueront bientt au 
point de ne les plus retrouver. Il se rveilla pourtant au 
bout de trois heures; et, se rappelant son heureux oubli, il 
accuse Justine d'en tre la cause; il va, dit-il, lui faire 
subir le supplice qu'il prparait  Elonore. Il l'encule en 
disant cela, un fouteur le pntre; il baise le cul d'un des 
gitons; il ordonne aux filles de garde de se fouetter 
mutuellement sous ses yeux. Voyant qu'elles n'y vont pas 
avec assez d'nergie, il leur lance un de ses fouteurs, qui 
les met en sang; et le vilain dcharge encore une fois, en 
disant qu'il va tout tuer.
	Peu aprs, Justine coucha chez Ambroise. On se 
rappelle le caractre de ce moine froce, et son 
effrayante tournure, ses gots, crapuleux et sodomites. 
On n'imagine pas  quel point notre aventurire en fut la 
victime: le seul plaisir de ce sclrat fut de la faire 
fouetter et sodomiser toute une nuit sous ses yeux; et, 
quand elle avait le foutre dans le cul, elle tait oblige de 
venir le lui rendre dans la bouche. Il enculait un garon, 
et on le fouettait pendant ce temps-l. Quand il fut prs 
du dnouement, il s'empara des fesses de Justine, puis, 
arm d'une aiguille d'or, il les lui larda comme une 
pomme qu'on veut cuire, jusqu' ce qu'elles fussent 
couvertes de sang.
	- Oh quelle cole! dit Justine, en rentrant; o mon 
triste sort m'a-t-il donc conduite? Et comme je voudrais 
me voir dehors de ce cloaque impur, quel que soit le 
destin qui m'attende.
	- Il serait possible que tu fusses bientt satisfaite, 
rpondit Omphale,  qui Justine adressait ses plaintes: 
nous touchons  l'poque de la fte; rarement cette 
circonstance a lieu, sans qu'il n'en cote des victimes, vu 
qu'il se fait alors de grands remplacements: ou ils 
sduisent quelques jeunes filles par le moyen de la 
confession, ou ils en escamotent, s'ils le peuvent, ou 
enfin les recruteuses arrivent; c'est l'poque o elles 
affluent avec abondance. Tout autant de nouveaux sujets 
qui supposent toujours des rformes.
	Elle arriva cette fameuse fte. Pourra-t-on jamais 
croire  quelle impit monstrueuse se portrent les 
moines  cet vnement! Ils imaginrent qu'un miracle 
visible doublerait l'clat de leur rputation: en 
consquence, ils revtirent une jeune fille de douze ans, 
nomme Florette, de tous les ornements de la vierge; par 
d'invisibles cordons, ils la lirent au mur de la niche, et 
lui ordonnrent de lever tout d'un coup les bras avec 
componction vers le ciel, quand on levait l'hostie. 
Comme cette petite crature tait menace des plus 
cruels chtiments, si elle disait un seul mot, ou venait  
manquer son rle, elle s'en acquitta  merveille, et la 
fraude eut tout le succs qu'on pouvait en attendre. Le 
peuple cria au miracle, laissa de riches offrandes  la 
vierge, et s'en retourna plus convaincu que jamais de 
l'efficacit des grces de cette putain cleste. Nos 
libertins voulurent, pour doubler leurs impits, que 
Florette part aux orgies du soir dans les mmes 
vtements qui lui avaient attir tant d'hommages, et 
chacun d'eux enflamma ses lubriques dsirs  la 
soumettre sous ce costume aux plus excrables caprices. 
Irrits de ce premier crime, les sacrilges ne s'en tiennent 
pas l: ils font dshabiller cette petite fille, la couchent  
plat-ventre sur une grande table, allument des cierges, 
placent un crucifix sur les reins de l'enfant, et 
consomment sur ses fesses le plus absurde des mystres 
du christianisme. La pieuse Justine s'vanouit  ce 
spectacle; il lui fut impossible de le soutenir: Jrme dit 
que pour l'accoutumer  ces saintes orgies, il fallait aussi 
lui dire une messe sur le derrire. L'avis passe  
l'unanimit. Justine remplace Florette. C'est Jrme qui 
officie; deux bardaches nus lui servent d'acolytes, dix ou 
douze culs l'environnent, la farce infme s'accomplit; et, 
ds que l'hostie est devenue Dieu, Ambroise la saisit des 
mains de son confrre, la place au fondement de Justine, 
et voil nos moines tour  tour pilant, enfonant de leurs 
vits cumeux l'abominable Dieu du christianisme, qu'ils 
blasphment, qu'ils injurient, et qu'ils couvrent de foutre 
au fond du plus joli des culs, en mourant de plaisir (1).
	On retira Justine sans mouvement; l'obligation de 
servir de tels dsordres, l'avait prive de sa raison, il 
fallut la porter dans cellule, o elle pleura longtemps le 
crime,  ses yeux excrable, o on l'avait employe sans 
son consentement. Quel gr ne sut-elle pas  la nature de 
l'avoir prive du pouvoir d'assister plus longtemps  cette 
affreuse crmonie, lorsqu'elle apprit, le lendemain, que 
les ttes s'tant chauffes on avait rhabill Florette en 
vierge, on l'avait conduite au couvent, et qu'aprs l'avoir 
replace dans sa niche, les six moines, nus et moiti 
ivres, s'taient divertis, avec plusieurs filles,  supplicier, 
sur l'autel mme, cette malheureuse crature, qui, leur 
donnant l'ide de la mre d'un Dieu qu'ils dtestaient, fut 
traite si cruellement, qu'il ne restait plus, vers le matin, 
le plus lger vestige de ses membres.
	Cependant, la fte avait effectivement amen bien 
des recrues. Trois jeunes filles nouvelles, et jolies 
comme des anges, vinrent remplacer celles qui 
manquaient; et l'on pensait  de nouvelle rformes, 
lorsque Svrino entra un jour dans la salle, en qualit de 
rgent de fonction. Il paraissait trs enflamm, une sorte 
d'garement se peignait dans ses yeux. On se met en 
haie; il examine, place une douzaine de femmes dans son 
attitude chrie, et s'arrte particulirement  Omphale, 
trousse jusque au-dessus des reins, et penche sur un 
canap. Il l'examine longtemps dans cette posture, en se 
faisant branler par la directrice; il baise le cul que lui 
prsente cette charmante crature, fait voir qu'il est en 
tat de foutre, et ne fout pas. La faisant ensuite relever, il 
lance sur elle des regards o se peignent  la fois la 
luxure et la mchancet, puis, lui appliquant  tour de 
reins un vigoureux coup de pied dans le derrire, il 
l'envoie tomber  vingt pas de lui.
	- La socit te rforme, putain, lui dit-il; elle est 
lasse de toi; sois prte  l'entre de la nuit, et je viendrai 
moi-mme te conduire au tombeau.
	Omphale s'vanouit; cette syncope allume sa 
fureur; il ne peut passer auprs d'elle sans se sentir 
vivement excit: 
	- Qu'on me la prsente! s'crie-t-il.
	La victime, aussitt replace, offre au perfide 
Svrino le plus beau des culs; il s'y introduit en 
blasphmant; douze fessiers l'entourent aussitt; c'est  
qui prviendra,  qui flattera le mieux ses dsirs; on 
imagine pas ce qu'on obtient de la crainte. Au milieu de 
sa course, le cruel moine se rappelle que Justine est 
l'amie intime de celle qu'il tourmente; il exige qu'elle 
vienne se placer sur les paules d'Omphale, en lui 
prsentant l'anus  lcher.
	- Eh bien! se plaisait-il de dire  notre malheureuse 
orpheline, elle te devance; elle va chez Pluton prparer 
ton logement; tranquillise-toi, Justine, sche tes larmes, 
tu la suivras de prs, la privation sera courte: elle doit 
mourir cartele; eh bien, tu mourras de mme, je te le 
promets; vois quelle est ma dlicatesse... jusqu'o vont 
mes bonts pour toi! Et le coquin limait toujours; mais il 
ne veut rien perdre, on le voit; et, aprs quelques claques 
sur les fesses de Justine et d'Omphale, dont les 
empreintes se caractrisrent en trait d'un rouge fonc, il 
se retire en menaant, en injuriant toutes les femmes, et 
en les assurant toutes que leur tour n'est pas loign et 
que la socit dlibre aujourd'hui de les faire toutes  
l'avenir prir au moins par demi-douzaine. Il entre de l 
chez Victorine, o deux petites filles de dix  douze ans 
l'attendent pour lui drober,  force d'art et de 
prvenances, un sperme dont les bouillonnements 
intrieurs deviennent si nuisibles aux individus 
malheureux qui peuplent cet asile.
	Ds qu'il est dehors, Omphale ouvre les yeux; elle 
se jette en pleurs dans les bras de Justine: 
	- Oh! chre amie, lui crie-t-elle en larmes, il faut 
donc nous quitter pour jamais.
	Et la scne de douleur que produisit cette cruelle 
sparation, fut d'une telle nergie, que nous en 
supprimerons les dtails au lecteur, pour mnager sa 
sensibilit. L'heure sonne, Svrino parat; les deux 
amies s'embrassent encore, elles s'arrachent; et Justine se 
prcipite sur son lit au dsespoir.
	Quelques jours aprs, Justine coucha chez 
Sylvestre. On se rappelle que ce moine voulait qu'une 
femme lai chit dans la main pendant qu'il l'enconnait. 
Justine oublia la recommandation qui lui avait t faite  
cet gard; et quand, au fort de son plaisir, le paillard 
demanda de la merde, il devint impossible de le 
satisfaire. Sylvestre, furieux, dconne; il fait saisir 
Justine par ses deux filles de garde, dont l'une tait cette 
Honorine, que nous venons de voir aux prises avec elle, 
et qui n'tait point du tout fche de trouver une occasion 
de tourmenter une crature dont elle s'tait rassasie. 
Justine est condamne  la peine de quatre cents coups 
de fouet, porte par le septime article du rglement; et, 
quand il lui a mis les fesses en sang, le moine la 
renconne. Honorine va chier, puisque Justine ne le peut. 
L'autre fille de garde, jeune poulette de quinze ans, est 
enfile peu aprs: elle chie. Accoutume  ce saint 
devoir, elle n'a garde d'y manquer. Sylvestre les fout; les 
soufflette toutes trois; mais ce n'est que dans le con de 
Justine qu'il veut dcharger: il est ais de voir qu'elle 
seule l'occupe avec le plus d'empire. La dernire fois 
qu'il en jouit, c'est en levrette; il examine, en l'enconnant 
ainsi, la marque dont elle est fltrie.
	- Que j'aime ce signe! s'crie-t-il: mais je l'aimerais 
mieux l'ouvrage de la justice que celui du libertinage; 
imprim par la main du bourreau, je banderais bien 
mieux en le baisant.
	- Insigne fripon, lui dit Honorine qui connaissait 
mieux que personne le ton et les propos qui pouvaient 
plaire  ce libertin, comment se peut-il que l'infamie 
puisse dlecter?
	- C'est que rien n'est dlicieux comme l'infamie, dit 
Sylvestre en se retirant, et s'asseyant pour prorer entre la 
fille de quinze ans et Justine. Si la luxure est par elle-
mme une chose vilaine, conviendras-tu, Honorine, que 
tout ce qu'on pourra y ajouter d'infme, n'y sera adopt 
qu'en lui prtant du sel, non seulement alors il faudra que 
tous les pisodes deviennent autant et plus infmes que le 
principal, mais il faudra aussi que l'acte infme soit 
exerc sur une personne infme, souille, perdue 
d'honneur... de rputation: et voil ce qui fait que les 
libertins prfrent les gueuses aux honntes femmes; ils 
trouvent avec elle un piquant que la pudeur et la vertu 
leur refusent.
	- J'aurais cru qu'il tait dlicieux d'outrager l'un et 
l'autre.
	- Oui, quand on le peut; parce qu'alors la teinte 
d'infamie qu'on imprime devient votre ouvrage, et qu'il 
est dlicieux d'avoir contribu  l'avilissement d'un 
individu quelconque, mais, comme la vertu et la pudeur 
se refusent aux outrages projets contre elles, et qu' 
moins d'tre le plus fort, il devient difficile de les 
atteindre, l'homme dissolu se rejette avec dlices sur ce 
qui lui ressemble; il aime  mesurer la corruption des 
autres  la sienne,  l'y mler,  l'y alimenter,  doubler 
ses moyens de dgradation de la masse de ceux des 
autres, et  se gangrener,  se putrfier, pour ainsi dire, 
avec eux. Le plus grand chagrin qu'il pt m'arriver, serait 
de voir justifier mes carts. Si je perdais la certitude de 
faire mal quand je me livre  mes excs, j'mousserais la 
houppe nerveuse de mes sensations libertines, je serais la 
moiti moins heureux; que serait une jouissance que le 
vice n'accompagnerait pas?
	- Ah! dit Justine, ne comptez-vous donc pour rien 
celles de la nature, et sont-elles souilles celles-l?
	- Mais toutes les jouissances sont dans la nature, 
reprit Sylvestre, la plus simple comme la plus criminelle: 
sa voix nous indique de boire quand nous avons soif, 
comme de foutre lorsque nous bandons; de soulager un 
malheureux, si notre organisation flexible et dlicate 
nous y porte; comme de l'outrager, si plus d'nergie dans 
le caractre nous conseille d'abuser de lui. Tout est  la 
nature, rien  nous: elle nous suggre  la fois le 
penchant au crime et l'amour des vertus; mais, comme 
elle nous donne en mme temps des rcits mdiocres et 
d'autres d'une saveur exquise, elle nous agite de mme 
plus voluptueusement pour le crime que pour la vertu, 
parce qu'elle a toujours un beaucoup plus grand besoin 
de crime que de vertu; et que l'homme unique agent de 
ses caprices lui obit perptuellement sans qu'il s'en 
doute.
	- D'aprs cela, dit Honorine, tous les moyens sont 
donc bons pour amliorer une jouissance en sens pervers 
ou criminel?
	- Tous, assurment, tous; il n'en est pas un seul qui 
doive tre nglig; et c'est  l'homme vraiment 
voluptueux,  rechercher avec soin tous les moyens de 
perversit possible dont il puisse accrotre sa jouissance; 
il ne doit s'en refuser aucun; il est coupable envers la 
nature s'il s'impose sur cela le moindre frein.
	- Si tous les hommes pensaient comme cela, dit 
Justine, la socit deviendrait un bois o chacun n'aurait 
pour but que d'gorger celui qui le gnerait.
	- Et qui doute, reprit le moine, que le meurtre ne 
soit une des lois la plus prcieuse de la nature? Quel est 
son but quand elle cre? N'est-ce pas de voir bientt 
dtruire son ouvrage? Si la destruction est une de ses 
lois, celui qui dtruit lui obit donc! Et tu vois quelle 
masse de crimes s'lve de cet argument.
	- Voil, dit Honorine, qui justifie toutes vos 
mchancets envers nous.
	- Assurment, ma chre, rpondit Sylvestre, parce 
que je regarde la mchancet comme le ressort le plus 
certain de tous les crimes. C'est par mchancet qu'on en 
invente, par elle qu'on en excute: l'homme patient et bon 
est une ngation de la nature; il n'y a d'actif que le 
mchant; et il n'y a de dlicieux dans le monde que les 
fruits de la mchancet: la vertu laisse l'me en repos; le 
crime seul l'agace, l'irrite, la sort de son assiette, et le fait 
jouir.
	- Ainsi la trahison et la calomnie, les deux plus 
violents, les deux plus dangereux rsultats de la 
mchancet, deviendront des dlices pour vous?
	- Je regarderai toujours comme tel tout ce qui 
acheminera la ruine, le dshonneur, l'avilissement ou la 
perte totale du prochain, puisque ces outrages sont les 
seuls qui me dlectent vritablement, et que le mal que je 
fais ou que je vois arriver aux autres, est pour moi le 
chemin le plus sr d'arriver au bien.
	- Ainsi donc, de sang-froid, vous trahiriez l'ami le 
plus fidle, vous calomnieriez le parent le plus cher?
	- Avec plus de plaisir que des individus qui ne me 
seraient lis par aucune chane, parce que le mal alors 
serait plus grand, et que plus il est capital, plus la 
sensation qui en rsulte pour nous devient dlicate et 
fine. Mais il y a de l'art, des principes, une sorte de 
thorie ncessaire dans la science de la trahison, ainsi 
que dans celle de la calomnie, dont il est ncessaire de ne 
point s'carter, si l'on veut recueillir en paix leurs fruits 
dlicieux: trahir ou calomnier un homme, par exemple, 
pour en servir un autre, ne doit rien apporter de plus  la 
flicit du mchant; et, s'il fait un heureux en immolant 
une victime, il se trouve le soir absolument dans le mme 
tat que s'il n'eut point agi du tout, et n'a, d'aprs cela, 
nullement servi sa mchancet. Il faut donc que ses 
coups, dirigs avec une arme tranchante des deux cts, 
portent galement sur plusieurs individus sans jamais en 
favoriser aucun: et voil les cueils de ces deux sciences, 
en voil les difficults et les principes dont, en les 
pratiquant l'une et l'autre, je ne me suis cart de la vie.
	- Mais, dit Justine, comment avec de telles maximes 
ne vous dvorez-vous pas entre vous?
	- Parce que la solidit de notre association devient 
utile  sa conservation, et que, pour son maintien, nous 
prfrons quelques sacrifices dont tous les moyens que 
nous avons ici de faire le mal savent nous ddommager 
amplement. Ne t'imagine pas que nous nous chrissions 
beaucoup pour cela; nous nous voyons tous les jours de 
trop prs pour nous aimer: mais nous sommes obligs 
d'tre ensemble; et nous nous y maintenons par politique, 
 peu prs comme les voleurs dont la sret de 
l'association n'a d'autres bases que le vice et la ncessit 
de l'exercer.
	- Eh bien! mon pre, dit Justine, j'oserais rpondre 
qu'au milieu de cette insigne dpravation, il vous serait 
impossible de ne pas encore respecter la vertu.
	- Je te proteste, mon enfant, dit le moine, que je la 
tins toute ma vie dans le mpris le plus profond; que de 
mes jours je n'en exerai le plus petit acte; et que mes 
plus souveraines jouissances ne consistrent jamais que 
dans la multiplicit des outrages que je lui portais. Mais 
je bande, il faut que je finisse de foutre; rapporte  mes 
yeux ce dos qui m'chauffait si puissamment tout  
l'heure.
	Et le paillard, renconnant Justine en levrette, se 
remit  baiser la marque qui semblait lui faire autant de 
plaisir. De temps en temps, il sentait et respirait les 
aisselles; ce qui paraissait tre un des plus dlicieux 
pisodes de ces sales lubricits: quelquefois Honorine et 
sa compagne lui exposaient leurs cons bien ouvert et le 
paillard, toujours enconnant Justine, y fourrait son nez et 
sa langue, jusqu' ce qu'il et obtenu, de l'un ou de 
l'autre, un peu de sperme ou de pissat; mais rien 
n'avanait.
	- Ce n'est pas tout cela qu'il me faut, dit Sylvestre; 
je comptais sur un vagin plein d'ordinaires, et je n'en ai 
pas. Honorine, vole m'en chercher un sur-le-champ au 
srail.
	Et, pendant que l'ordre s'excute, le moine, 
dconnant Justine, se met  la gamahucher.
	- Pisse-moi donc dans la bouche petite putain, 
s'crie-t-il; ne vois-tu donc pas bien que c'est ce que je te 
demande depuis une heure?
	Justine obit. On branlait fortement le moine; et 
peut-tre allait-il dcharger, lorsque Honorine rentra avec 
une femme de trente ans, dont la chemise ensanglante 
annonait  Sylvestre qu'elle tait dans l'tat dsir. 
Hipolyte, c'tait le nom de la sultane, est bientt 
inventorie; ce ne sont pas des rgles, c'est une perte.
	- Oh! foutre, dit le moine en feu, voil bien ce qu'il 
me faut; je vais te foutre, putain, mais tu chieras... de la 
merde et des rgles! Oh! doubledieu, quelle affreuse 
dcharge je vais faire!
	Sylvestre enconne; bientt son vit ressemble au 
bras d'un boucher. Satisfait, d'une part, il l'est bientt de 
l'autre; on lui remplit les mains de merde, il s'en 
barbouille le visage; et, dconnant Hipolyte, il oblige 
Justine  sucer son vit plein de sang; il faut obir: de la 
bouche de cette belle enfant il se replongea bientt dans 
sa matrice. Exposant alors sous ses yeux le con enlumin 
d'Hipolyte, il le suce avec ardeur en foutant; pendant 
qu'Honorine place ses fesses  ct du vagin qui le 
dlecte, et que son autre fille de garde le fouette  tour de 
bras. La crise le saisit; il hurle comme un diable en la 
gotant; et le vilain, ivre de luxure et d'infamie, s'endort 
enfin avec tranquillit.
	Le lendemain, Justine se trouva du souper; il 
s'agissait d'une rception. Les seules classes des pucelles, 
des vestales et des sodomistes, avaient fourni le douze 
superbes cratures qui avaient obtenu cet honneur. Ds 
en entrant, Justine aperut la rcipiendaire.
	- Voil celle que la socit vous donne pour 
camarade, mesdemoiselles, dit Svrino en arrachant du 
buste de cette fille les voiles dont elle tait couverte, et 
prsentant  l'assemble une jeune personne de quinze 
ans, de la figure la plus agrable et la plus intressante. 
Ses beaux yeux, humides de pleurs, taient l'image de 
son me sensible; sa taille tait souple et lgre; sa peau 
d'une blancheur blouissante; les plus beaux cheveux du 
monde; et quelque chose de si sduisant dans l'ensemble, 
qu'il devenait impossible de la voir sans se sentir 
invinciblement entran vers elle. On la nommait 
Octavie. Fille de la plus grande naissance, elle avait t 
enleve dans sa voiture avec sa gouvernante, deux 
femmes de chambre et trois laquais, lorsqu'elle allait 
pouser  Paris l'un des plus grands seigneurs de France: 
sa suite avait t massacre par les agents des moines de 
Sainte-Marie-des-Bois. On l'avait jete dans un cabriolet, 
simplement escorte d'un homme  cheval et de la femme 
qui la prsentait; puis on l'avait conduite dans cet 
effrayant repaire sans qu'il lui et t possible d'en savoir 
davantage.
	Personne ne lui avait encore dit un mot; nos six 
libertins, en extase devant autant de charmes, n'avaient la 
force que de les admirer: l'empire de la beaut contraint 
naturellement au respect; le sclrat le plus corrompu lui 
rend, malgr son coeur, une espce de culte qu'il 
n'enfreint jamais sans remords; mais des monstres tels 
que ceux dont il s'agit ici ne languissent pas longtemps 
sous de tels freins.
	- Allons, sacredieu, lui dit insolemment le suprieur 
en l'attirant vers le fauteuil sur lequel il tait assis, allons, 
faites-nous promptement voir si le reste de vos charmes 
rpond  ceux que la nature a placs avec tant de 
profusion sur votre physionomie.
	Et, comme cette belle fille se troublait, comme elle 
rougissait et qu'elle cherchait  fuir, Svrino la 
saisissant  travers le corps: 
	- Comprends donc, petite garce, lui dit-il avec 
impudence, que tu n'es plus matresse ici, et que ton seul 
lot est la soumission; allons, nue.
	Et le libertin,  ces mots, lui glisse une main sous 
ses jupes en la contenant de l'autre. Clment s'approche; 
il relve jusqu'au-dessus des reins les vtements 
d'Octavie, et fait voir, au moyen de cette manoeuvre, le 
cul le plus frais, le plus blanc, le plus arrondi que, depuis 
bien longtemps, et frapp les yeux de ces paillards. 
Tous s'approchent, tous entourent ce trne de volupt, 
tous le comblent d'loges, tous se pressent pour le 
toucher et l'accabler de caresses, en convenant  
l'unanimit qu'ils ne virent jamais rien d'aussi rgulier, 
d'aussi beau, d'aussi parfaitement accompli.
	Cependant la modeste Octavie peu faite  de tels 
outrages, rpand des larmes et se dfend.
	- Dshabillons donc, doubledieu, dit Antonin; peut-
on juger une fille couverte de vtements?
	Il aide  Svrino: tous travaillent; l'un arrache un 
fichu, l'autre une jupe: Octavie ressemble  la jeune 
biche qu'entoure une meute de chiens; en un instant ses 
voluptueux attraits paraissent nus  tous les yeux. Il n'y 
eut sans doute jamais de grces plus touchantes, jamais 
des formes plus heureuses. Oh! juste ciel! tant de 
beauts, tant de fracheur, tant d'innocence et de 
dlicatesse devaient-elles devenir la proie de ces 
barbares! Octavie, honteuse, ne sait o fuir pour drober 
ses charmes; en quelque coin qu'elle se rfugie, elle 
trouve des yeux libertins qui la dvorent, des mains 
brutales qui la souillent. Le cercle se ferme; on la ramne 
au centre; et chaque moine a prs de lui quatre femmes 
qui l'excitent en sens diffrents. Octavie se prsente  
chacun. Antonin n'a pas la force de rsister; on le suait, 
on lui branlait le cul; il tenait les fesses de Justine d'une 
main, le con d'une vestale de l'autre: il baise Octavie sur 
la bouche, quitte le con qu'il tient pour empoigner celui 
de la novice. Le mouvement est si brutal, que la jeune 
personne jette un cri; Antonin redouble de violence, et 
son foutre chappe malgr lui; c'est une charmante 
femme de vingt ans qui l'avale.
	Octavie passe  Jrme: on lui piquait les fesses 
avec une aiguille; deux jolies filles le branlaient, l'une 
par devant, l'autre par derrire, pendant qu'une 
quatrime, ge de seize ans, lui ptait dans la bouche.
	- Que de blancheur et que de grces! dit-il en 
touchant Octavie;  divin enfant! quel beau cul!
	Il le compare un moment  celui qui lui pte au nez, 
l'un des plus dlicieux du srail.
	- En vrit, dit-il, je suis incertain; puis, imprimant 
sa bouche sur les attraits que ses yeux confrontent: 
Octavie, s'crie-t-il, tu auras la pomme; il ne tient qu' 
toi; donne-moi le fruit prcieux de cet arbre ador de 
mon coeur; oh! oui, oui, chiez toutes deux, et j'assure  
jamais le prix de la beaut  qui m'aura servi le plus tt.
	Octavie, confondue, ne peut concevoir un tel ordre: 
sa pudeur motive son refus, l'autre souscrit: Jrme 
bande; les fesses d'Octavie sont vigoureusement 
mordues, et la novice passe  d'autres outrages.
	Ambroise enculait une pucelle de quinze ans, on lui 
chiait dans la bouche, il maniait deux culs; Octavie 
l'approche sans qu'il se drange.
	- Donne-moi ta langue putain, lui dit-il.
	Cette bouche, souille d'horreurs, ose s'imprimer 
sur celle d'Hbe mme.
	- Oh! foutre, s'crie-t-il, en mordant cette langue 
frache et voluptueuse, j'avais bien  faire que cette petite 
garce vint ici pour me coter du foutre.
	Et le vilain l'lance, en jurant, dans le joli cul qu'il 
perfore.
	Octavie vient au suprieur; il tait assis sur les 
ttons d'une charmante fille de dix-huit ans, qui lui 
mordillait les reins, et dont il pilait le con; deux culs 
ptaient devant son nez; la quatrime femme, ge de 
dix-sept ans et belle comme le jour, lui piquait les 
couilles, en lui branlant le vit. Le paillard saisit Octavie; 
vingt claques sur les fesses lui sont vigoureusement 
appliques; et la tourne se poursuit.
	C'est devant Sylvestre que la jeune dbutante 
arrive. Cette fois, le libertin lchait trois cons placs 
devant lui; la quatrime femme le suait; le joli vagin 
d'Octavie s'lve au-dessus des trois que parcourt sa 
langue; et le moine, en fureur, laisse, en perdant son 
foutre, la sanglante impression de ses dents sur la motte  
peine ombrage d'Octavie.
	Clment sodomise une Agns de douze ans, que 
l'normit de son vit fait pleurer; on lui pince les fesses et 
l'on chie sur son nez.
	- Oh! foutre, s'crie-t-il, que j'aime la vertu prs du 
vice!
	Il se prcipite comme un furieux sur les jolies 
fesses qu'Octavie prsente par son ordres.
	- Chie, lui dit-il, ou je mords.
	La tremblante Octavie voit bien que l'obissance 
devient son seul lot; mais sa profonde soumission ne lui 
sauve pas la peine dont elle est menace: et, malgr le 
plus bel tron, ses charmantes petites fesses sont 
mordues... pinces... mises en sang.
	- Allons, dit Svrino, il est temps de passer  des 
choses plus srieuses; moi, je n'ai point perdu de foutre, 
je vous avertis, messieurs, que je ne peux plus attendre.
	Il s'empare de cette infortune, la couche  plat 
ventre sur un sofa. Ne s'en remportant pas encore 
suffisamment  ses forces, il appelle Clment  son aide: 
Octavie pleure et n'est pas coute; le feu brille dans les 
regards du moine impudique: matre de la place, on dirait 
qu'il n'en considre les avenues que pour l'attaquer plus 
srement; aucunes ruses, aucuns prparatifs ne 
s'emploient; cueillerait-il les roses avec tant de charmes, 
s'il en cartait les pines? Ce sont les fesses de Justine 
que le paillard veut pour perspective.
	- Par ce moyen, dit-il, je vais jouir des deux plus 
beaux culs de la salle.
	Quelque norme disproportion qui se trouve entre 
la conqute et l'assaillant, celui-ci n'entreprend pas moins 
le combat: un cri perant annonce la victoire, mais rien 
n'apitoie l'ennemi; plus la captive implore sa grce, plus 
on la presse avec vigueur; et la malheureuse a beau se 
dbattre, elle est encule jusqu'aux couilles.
	- Jamais victoire ne fut plus difficile, dit le moine 
en se retirant; j'ai cru que, pour la premire fois, j'allais 
chouer prs du port. Ah! que d'troit! que de chaleur! 
Sylvestre, poursuit le suprieur, n'es-tu pas rgent de 
fonction?
	- Oui.
	- Tu marqueras Justine pour quatre cents coups de 
fouets; elle n'a pas pt quand je lui ai dit.
	- Il faut que je ramne Octavie au sexe que tu viens 
de souiller, dit Antonin, la saisissant dans la mme 
posture; il est plus d'une brche au rempart. Et, 
s'approchant, avec fiert, en un instant le pucelage est 
pris; de nouvelles clameurs se font entendre.
	- Dieu soit lou, dit le malhonnte homme; j'aurais 
dout de mes succs sans les gmissements de la victime; 
mais mon triomphe est assur, car voil du sang et des 
pleurs.
	- En vrit, dit Clment, s'avanant le martinet au 
point, je ne drangerai pas cette noble attitude, elle 
favorise trop mes dsirs.
	Deux filles contiennent Octavie; l'une d'elles,  
califourchon sur les reins, offre le plus beau derrire aux 
regards du flagellateur! L'autre, un peu de ct, le 
prsente de mme. Clment observe, il touche; la novice, 
effraye, l'implore, et ne l'attendrit pas.
	- Oh! sacredieu, dit le moine exalt, que deux filles 
fouettent dj, pendant qu'il considre l'autel o de 
pareils coups vont se porter; oh! mes amis, comment ne 
pas fouetter l'colire qui nous montre un aussi beau cul!
	L'air retentit aussitt du sifflement des cordes et du 
bruit sourd de leurs cinglons et sur l'un et sur l'autre cul, 
les cris d'Octavie s'y mlent, les blasphmes du moine y 
rpondent. Quelle scne pour ces libertins, livrs, au 
milieu de treize filles,  mille obscnits diffrentes! Ils 
applaudissent, ils encouragent. Cependant, la peau 
d'Octavie change de couleur, les teintes de l'incarnat le 
plus vif se joignent  l'clat des lis; mais ce qui divertirait 
peut-tre un instant l'Amour, si la modration dirigeait le 
sacrifice, devient,  force de rigueur, un crime envers les 
lois. Cette ide, qui n'chappe point  Clment, prte des 
forces  ses perfidies; plus la jeune lve se plaint, plus 
clate la svrit du matre; depuis le milieu des reins, 
jusqu'au bas des cuisses, tout est trait de la mme 
manire; et c'est enfin sur les vestiges sanglants de ces 
barbares plaisirs que des filles lui font dgorger son 
foutre.
	- Je serai moins sauvage que cela, dit Jrme en 
prenant la belle et s'adaptant  ses lvres de corail; voil 
le temple o je vais sacrifier, et dans cette bouche 
enchanteresse... Taisons-nous; c'est le reptile impur 
fltrissant une rose: la comparaison a tout peint.
	- Pour moi, j'enconne, dit Sylvestre, en levant en 
l'air les cuisses de la jeune fille, et la fixant sur le 
croupion; je veux que ce vit mutin lui perce les entrailles; 
j'aime assez un pucelage  moiti pris; cet air de dsordre 
m'amuse; je le prfre  des prmices.
	Deux jeunes cons s'offrent  ses baisers; il veut 
qu'ils pissent sur le nez de sa fouteuse, et qu'une petite 
fille de douze ans, sur ses reins, pique ses fesses d'une 
pingle, en se donnant sur lui des saccades qui 
concourent  ses mouvements. L'extase le saisit; le vilain 
entre en fureur, et dpose au con vierge de la plus belle 
et de la plus innocente des filles, le sperme le plus impur 
qu'on et vu fermenter dans la braguette d'un moine.
	- Et moi, j'encule, dit Ambroise; mais l, oui, c'est 
de l, c'est dans la mme posture que je vais la prendre: 
qu'on me fustige, et qu'on se rapporte  moi sur le 
dnouement. Hlas! qu'on m'entoure le cul, je vous en 
supplie; il est affreux.
	Le visage de la victime, que le coquin a bien  sa 
porte, est soufflet par lui,  l'instant de la crise, d'une si 
vigoureuse manire, que le sang coule des deux narines; 
et c'est presque vanouie qu'on retire l'enfant de ses 
mains.
	On se met  table: jamais repas n'avait t plus gai; 
jamais plus compltes orgies; tout tait nu autour des 
moines; on les branlait, on les baisait, on les suait, on 
les chatouillait, on les pinait, lorsque Svrino, 
s'apercevant que les ttes allaient s'lectriser outre 
mesure, et que le but propos des plaisirs s'loignerait 
peut-tre au lieu de s'atteindre, proposa, pour temprer 
l'ardeur dans laquelle il voyait tout le monde, d'engager 
Jrme  raconter l'histoire de sa vie, dont il avait promis 
le rcit depuis si longtemps.
	- Je le veux bien, dit le moine, qui, prs de la 
dbutante, s'occupait, depuis un quart d'heure,  la 
langotter; cela retardera l'effusion de mon sperme, dont 
je ne pourrais bientt plus restreindre les cluses. 
Prparez-vous donc, mes amis,  entendre l'un des rcits 
les plus obscnes qui, depuis bien longtemps, ait souill 
vos oreilles.

	(1) 	S'il y a quelque chose de singulier dans le 
monde, c'est le monstrueux abrutissement des 
hommes, qui ont persist si longtemps, et qui 
persistent encore  supposer qu'il soit possible 
que les paroles magiques d'un prtre puissent 
russir  faire incorporer l'Eternel dans un 
morceau de pte! Aprs tant de sicles 
d'erreurs un rayon de philosophie parat luire. 
Une nation, qui se rgnre, semble vouloir 
abjurer  jamais ces stupidits: mais, 
incroyable puissance de la superstition! voil 
les mmes erreurs prtes  se repropager 
encore; et le calme, la tranquillit, la justice, ne 
peuvent reparatre sur notre horizon, qu' 
l'ombre des chimres papistes! Est-il rien au 
monde qui prouve mieux que l'homme n'est 
fait ni pour la libert ni pour le bonheur, 
puisqu'il ne flotte jamais entre ces deux 
situations, sans tre entour des cueils qui 
doivent essentiellement dtruire l'une ou l'autre 
et qu'il ne peut jamais secouer un joug, sans 
s'enchaner ds le mme instant sous un autre.



 

CHAPITRE XI

HISTOIRE DE JEROME

	Les premires actions de mon enfance annoncrent, 
 ceux qui se connaissent en hommes, que je devais tre 
un des plus grands sclrats qui et encore exist sur le 
sol franais. J'avais reu de la nature des inclinations si 
perverses; cette nature pre s'exprimait en moi d'une 
manire si contraire  tous les principes de la morale, 
qu'il fallait ncessairement tablir, en me voyant, ou que 
j'tais un monstre n pour dshonorer cette mre 
commune du genre humain, ou qu'elle avait eu quelque 
motif en me crant ainsi, puisque sa main seule avait 
inculqu dans moi le malheureux penchant aux vices 
infmes dont je donnais journellement de si frappants 
exemples.
	Nous sommes de Lyon. Mon pre y exerait le 
commerce avec un succs assez grand pour nous laisser 
un jour une fortune plus que suffisante  notre existence, 
lorsque la mort vint l'enlever, pendant que j'tais encore 
au berceau. Ma mre, qui m'adorait, et qui prenait de 
mon ducation des soins inimaginables, m'leva avec une 
soeur, ne un an aprs moi, dans la mme semaine de la 
mort de mon pre: on la nommait Sophie; et, quand elle 
eut atteint l'ge de treize ans, poque o je vais lui faire 
jouer un rle sur la scne de mes aventures, on pouvait 
dire, avec vrit, que c'tait la plus jolie fille de Lyon. 
Tant d'attraits ne tardrent pas  me faire sentir que tous 
les prtendus freins de la nature s'vanouissent quand on 
bande, et qu'elle n'en connat plus d'autres alors que ceux 
qui, runissant les deux sexes, les invitent  jouir 
ensemble de tous les plaisirs de l'amour et de la 
dbauche: ces derniers, plus piquants sur mon coeur que 
ceux d'un sentiment qui ressemblait trop  une vertu pour 
que je l'adoptasse jamais, furent les seuls qui se firent 
entendre en moi; et j'avoue que ds que j'eus dml les 
grces et les attraits de Sophie, ce fut son corps que je 
dsirais, et nullement son coeur. C'est avec vrit que je 
puis dire n'avoir jamais connu ce sentiment factice de la 
dlicatesse qui, rapportant tout au moral de la jouissance, 
parat n'en admettre de vive que celle dont il fait les frais. 
J'ai joui de beaucoup d'objets dans ma vie; mais je puis 
certifier que pas un ne fut cher  mon coeur; il m'est 
mme impossible de comprendre qu'on puisse aimer 
l'objet dont on jouit. Oh! combien cette jouissance serait 
triste pour moi, si quelqu'autre sentiment que le besoin de 
foutre en composait les lments. Je n'ai jamais foutu de 
ma vie que pour insulter l'objet de ma luxure, et n'ai 
dml, dans cette action, d'autre charme que l'outrage 
produit sur l'objet; je le dsire avant la jouissance, je 
l'abhorre quand le foutre est  bas.
	Ma mre levait Sophie  la maison et, comme je 
n'tait qu'externe  la pension o l'on m'duquait, je 
passais presque toute ma journe avec cette charmante 
soeur. Sa dlicieuse physionomie, ses cheveux superbes, 
sa taille enchanteresse, me firent brler, ainsi que je 
viens de vous confier, du dsir de voir, le plus tt 
possible, quelle tait la diffrence de son corps au mien, 
et d'admirer ces diffrences, en lui faisant observer celles 
que la nature devait galement avoir places dans moi. 
Ne sachant trop comment expliquer tout ce que je sentais 
 ma soeur, je me dterminai  la surprendre plutt qu' 
la sduire: il y avait, dans le premier de ces modes, une 
sorte de trahison qui me divertissait. Je fis donc, pendant 
un an, l'impossible pour y parvenir, sans jamais pouvoir 
en venir  bout. Je sentis alors qu'il faudrait me rsoudre 
 des demandes; mais j'y voulais toujours la teinte de la 
trahison; je n'eus jamais band sans cela. Voici donc 
comme je m'y pris. La chambre de Sophie tait assez 
loigne de celle de ma mre, pour me permettre d'y 
essayer une tentative; et, prtextant une incommodit qui 
me mit dans le cas de me retirer de bonne heure, je fus 
lestement me cacher sous le lit du dlicieux objet de mes 
dsirs, avec la ferme rsolution de me fourrer dedans 
aussitt que je l'y sentirais tabli. Je n'avais pas pens  
l'extrme frayeur qu'une telle dmarche allait causer  
Sophie. On raisonne mal quand on bande bien. 
N'apercevant que mon seul objet, ce ne fut absolument 
que vers lui seul que se dirigrent toutes mes actions. 
Sophie rentra; je l'entendis qui priait Dieu. Je vous laisse 
 penser si je m'irrite de ces dlais; j'en maudissais l'objet 
avec autant de sincrit que je pourrais le faire 
aujourd'hui, ou, plus clair sur ce chimrique Dieu, 
j'insulterais, je crois, celui que je verrais le prier de bon 
coeur.
	Enfin, Sophie se couche: elle l'est  peine, que me 
voil prs de son chevet. Sophie s'vanouit; je la presse 
sur mon sein; et, plus occup de l'examiner que de la 
secourir, j'ai le temps d'inventorier tous ses charmes 
avant que sa prudence puisse nuire  mes projets. Voil 
donc ce qu'est une femme, dis-je en maniant la motte de 
Sophie; eh! qu'y a-t-il donc de beau l? Ceci, continuai-je 
en palpant les fesses, vaut infiniment mieux; mais rien 
n'est moins joli que ce devant; et par quelle singulire 
contrarit la nature n'a-t-elle donc point enrichi de 
toutes ses grces la partie du corps de la femme qui la 
diffrencie de nous? Car c'est l, sans doute, ce que les 
hommes recherchent; et que peut-on dsirer o l'on ne 
trouve rien? Est-ce cela qui les flatte? poursuivais-je en 
maniant les plus jolis ttons. Je ne devine pas trop ce que 
ces deux boules, aussi gauchement places sur la 
poitrine, peuvent avoir de bien piquant. Toutes rflexions 
faites, je ne vois que cela, ajoutai-je en maniait le cul, qui 
soit vraiment digne de notre hommage; et, puisque nous 
en avons autant que les femmes, je ne comprends pas 
qu'il soit ncessaire de les rechercher avec autant de soin. 
Allons, c'est une chose trs ordinaire qu'une femme; je 
suis fort aise de l'avoir parcouru sans enthousiasme... 
Mon vit dresse pourtant en la considrant; je sens que je 
m'amuserais de tout cela: mais l'adorer, comme on 
prtend que font les hommes... l'adorer... moi... ma foi, 
non. Sophie, dis-je alors assez brusquement; car voil le 
ton qu'on emploie avec les femmes, quand on sait les 
mettre  leur place; rveille-toi donc Sophie; es-tu folle 
d'avoir ainsi peur de moi? Et, comme elle reprenait ses 
sens: Ma soeur, continuai-je, je ne viens point ici pour te 
faire du mal; j'ai voulu regarder ton corps, je me suis 
satisfait: vois l'tat o il me met; apaise mes feux: quand 
je suis seul... tiens, regarde-moi, en deux tours de 
poignet... cela coule, et je suis tranquille. Mais, puisque 
nous voil runis, vite-moi cette peine, Sophie; il me 
semble que j'aurai plus de plaisir quand ta main fera la 
besogne. Et, sans autre forme de procs, je place mon vit 
entre ses doigts; Sophie le serre, elle m'embrasse. Oh! 
mon ami, me dit-elle, il est inutile de te le cacher, il y a 
longtemps que je combine, comme toi, la diffrence qui 
peut exister dans les sexes, et j'avais, sans oser te le dire, 
la plus grande envie de t'examiner; la pudeur m'en a 
empche; ma mre ne cesse de me recommander d'tre 
sage... vertueuse... modeste; et, pour tablir toutes ces 
vertus dans mon me, elle vient de me mettre entre les 
mains du vicaire de la paroisse, homme dur... revche, 
qui ne parle jamais que de l'amour de Dieu, et de la 
retenue qui convient aux filles; et, d'aprs de tels 
sermons, mon ami, si tu n'avais pas fait les avances, je 
n'aurais os te parler de rien.
	- Sophie, dis-je alors  ma soeur, en m'tablissant 
dans son lit, chair contre chair, je ne suis ni beaucoup 
plus g, ni beaucoup plus instruit que toi, mais la nature 
m'en a dit assez, pour me convaincre que tous les cultes, 
tous les mystres religieux ne sont que d'excrables 
absurdits. Va, mon ange, il n'y a d'autre Dieu que le 
plaisir; c'est  ses seuls autels que nous devons sacrifier.
	- Crois-tu, Jrme?
	- Oh! oui, oui, c'est mon coeur qui me le dit, et c'est 
mon coeur qui te l'assure.
	- Mais, comment faut-il s'y prendre pour connatre 
ce plaisir?
	- Se branler, tu le vois. Quand on a bien secou 
cela, il en sort une liqueur blanche, qui nous fait pmer 
d'aise;  peine a-t-on fini, que l'on voudrait 
recommencer... Mais pour toi, ds que tu n'as rien, je ne 
vois pas trop comment il faudrait s'y prendre.
	- Tiens, Jrme, rpondit ma soeur, en plaant une 
de mes mains sur son clitoris; la nature m'a parl comme 
 toi, et si tu veux chatouiller cette petite crte que tu 
vois se durcir et s'lever sous tes doigts; si, dis-je, tu veux 
la remuer lgrement; pendant que je secouerai ce que tu 
me fais empoigner; ou je me trompe fort, mon ami, ou 
nous aurons du plaisir tous deux.
	A peine eus-je fait ce que dsirait ma soeur, que je 
la vis s'tendre... soupirer; et la petite friponne m'inonda 
les doigts: je me pressai de rpondre  cet lan de 
volupt; et, me courbant sur elle en baisant sa bouche, et 
me branlant moi-mme, je la payai de la mme monnaie. 
Ses cuisses, sa motte furent inondes de cette liqueur 
enchanteresse, dont l'coulement me faisait goter d'aussi 
doux plaisirs. Nous prouvmes, aprs, cet instant de 
stupidit, suite ncessaire des crises libidineuses, qui 
prouve par sa langueur  quel puissant degr l'me vient 
d'tre fortement mue, et le besoin qu'elle a de repos. 
Mais,  l'ge que nous avions alors, les dsirs sont bientt 
rallums.
	- O Sophie! dis-je  ma soeur, je crois que nous 
sommes encore bien ignorants; soit sre que ce n'est pas 
ainsi qu'il faut goter ce plaisir; nous oublions quelques 
circonstances apparemment mconnues de nous. Il faut 
tre l'un sur l'autre; et puisque tu es creuse, et que 
quelque chose s'allonge dans moi, il faut absolument que 
ce qui s'lve entre dans ce qui est profond; il faut que 
tous deux s'agitent pendant cette jonction; et voil, sois-
en bien certaine, tout le mcanisme de la volupt.
	- Je le crois comme toi, mon ami, me dit ma soeur; 
mais j'ignore o est ce trou dans lequel il faut que tu 
pntres.
	- Si je ne me trompe, si je suis les inspirations que 
la nature me donne, ce doit-tre celui-l, rpondis-je, en 
enfonant un de mes doigts dans le trou du cul de Sophie.
	- Eh bien! essaye, dit ma soeur, je te laisserai faire 
si je n'en prouve pas une trop grande douleur.
	A peine ai-je le consentement de Sophie, que je 
l'tablis sur le ventre au bord de son lit; et, bien matre de 
son derrire, me voil promptement aux prises. Comme 
je n'tais pas encore extrmement bien pourvu, le 
dchirement fut mdiocre: et Sophie, qui brlait d'envie 
d'en venir au fait, se prta avec tant de soumission qu'elle 
fut bientt encule.
	- Oh! que j'ai souffert, me dit-elle, quand 
l'opration fut finie.
	- Bon, rpondis-je, c'est parce que c'est la premire 
fois, je parierais bien qu' la seconde tu n'prouverais 
plus que du plaisir.
	- Eh bien! recommence, mon ami, je suis dcide  
tout.
	Je la rencule, mon foutre coule, et Sophie dcharge 
 son tour.
	- Je ne sais si nous nous sommes tromps, dit ma 
soeur; je ne le puis croire  l'extrme plaisir que j'ai eu... 
Qu'en penses-tu, Jrme?
	Mais ici la tte commenait  se dmonter: il n'y 
avait aucun amour dans mon fait; le dsir purement 
physique de jouir de ma soeur tait le seul mouvement 
qui m'et agit; et ce dsir venait d'tre cruellement 
refroidi par la jouissance. Il n'y avait plus d'enthousiasme 
dans l'examen que je faisais du corps de Sophie. Faut-il 
l'avouer? Ces appas qui venaient de m'enflammer, ne 
m'inspiraient plus que du dgot. Je rpondis donc 
froidement  ma petite putain, que je n'imaginais pas que 
nous nous fussions tromps; et que n'ayant suivi l'un et 
l'autre que les inspirations de la nature, il tait impossible 
qu'elle et voulu nous garer; que je croyais, au reste, 
qu'il tait prudent de nous quitter, qu'un plus long sjour 
dans sa chambre nous compromettrait srement, et que 
j'allais me remettre au lit. Sophie voulait me retenir.
	- Tu me laisses en feu, me dit-elle; je serai 
contrainte  m'apaiser seule. O Jrme! ne m'abandonne 
point encore.
	Mais l'inconstant Jrme avait dcharg trois fois 
et, quelque jolie que fut sa chre soeur, il lui fallait 
absolument un peu de repos, pour que l'illusion pt 
renatre.
	L'engagement que j'ai pris de dvelopper ici les 
plus secrets replis de mon coeur ne me permets pas de 
vous taire mes rflexions; sitt que je me vis seul, elles 
ne furent pas  l'avantage de l'objet qui venait d'teindre 
mes feux. Plus de prestige; le charme tait dissip; et 
Sophie ne m'excitant plus m'irritait dans un autre sens. Je 
rebandais; mais ce n'tait plus pour fter ses charmes, 
c'tait pour les fltrir: je dgradais Sophie dans mon 
imagination; et, passant insensiblement du mpris  la 
haine, j'en tais au point de lui dsirer du mal. Je suis 
fch de ne lui avoir pas cherch querelle, me disais-je, 
dsespr de ne l'avoir pas battue; il doit y avoir du 
plaisir  battre une femme quand on en a joui... mais je 
puis me ddommager de cette retenue... je puis lui faire 
de la peine, je n'ai qu' divulguer sa conduite; elle sera 
perdue de rputation; ne pouvant jamais se marier, elle 
deviendra sans doute extrmement malheureuse; et cette 
affreuse ide, faut-il le dire? fit aussitt jaillir mon foutre 
avec mille fois plus de volupt que lorsqu'il s'coulait 
dans le cul de Sophie.
	Rempli de cet affreux projet, j'vitai ma soeur le 
lendemain, et fus confier toute mon aventure  un jeune 
cousin germain, plus g que moi de deux ans, de la plus 
jolie figure du monde, et qui, pour me prouver l'effet de 
ma confidence, me fit  l'instant palper un vit trs dur et 
trs gros.
	- Tu ne me dis rien que je n'aie prouv, me dit 
Alexandre; j'ai, comme toi, foutu ma soeur, et, comme 
toi, je dteste aujourd'hui l'objet de mes luxures; va, mon 
ami, ce sentiment est bien naturel; il est impossible 
d'aimer ce que l'on a foutu. Veux-tu me croire: mlons 
nos jouissances et nos haines. La plus grande marque de 
mpris que l'on puisse donner  une femme est de la 
prostituer  un autre. Je te livre Henriette, elle est ta 
cousine germaine; elle a quinze ans, tu sais comme elle 
est belle; fais-en ce que tu voudras, je ne te demande que 
ta soeur en retour: et, quand nous serons tous deux bien 
las de ces putains, nous aviserons aux moyens de leur 
faire pleurer longtemps leur coupable abandon et leur 
imbcile complaisance.
	Cette dlicieuse coalition m'enchanta: je saisis le vit 
de mon cousin; je le branle.
	- Non, non, tourne-toi, me dit Alexandre; il faut que 
je te traite comme tu as trait ta soeur.
	Je prsente les fesses et me voil foutu.
	- Mon ami, me dit Alexandre, ds qu'il m'eut 
dcharg dans le derrire, voil comme il faut agir avec 
les hommes; mais, si tu t'en es tenu l avec ma cousine, 
assurment tu ne lui as pas fait tout ce que tu aurais pu 
lui faire; non pas que cette manire de jouir d'une femme 
ne soit assurment la plus lubrique, et par consquent la 
meilleure: mais il en est une autre, et tu dois la connatre: 
mets-toi promptement aux prises avec ta soeur, et je 
perfectionnerai les leons dont il me semble que tu ne lui 
as donn que les premiers lments.
	Je savais que ma mre devait aller bientt  une 
foire clbre; qu'elle laisserait, pendant son voyage, 
Sophie sous la garde d'une gouvernante facile  sduire: 
je prvins Alexandre de faire tout ce qui dpendait de lui 
pour pouvoir disposer de sa soeur  la mme poque. Il 
russit: Henriette parut avec son frre; et Micheline, 
notre dugne, consentit  nous laisser goter tous quatre, 
pourvu qu' notre tour nous ne rvlions pas qu'elle allait 
passer l'aprs-midi chez son amant.
	Si mon cousin tait l'un des plus beaux garons qu'il 
ft possible de voir, Henriette, sa soeur, ge, comme je 
vous l'ai dit, de quinze ans, pouvait galement passer 
pour l'une des plus jolies filles de Lyon; elle tait blonde, 
d'une blancheur blouissante, la couleur de la rose 
embellissait son teint, les plus belles dents ornaient sa 
bouche, et sa taille souple et flexible tait dj fort au-
dessus de son ge.
	A peine avais-je parl  Sophie, je l'vitais depuis 
que j'en avais joui. Une fois dtermin, je lui dclarai 
que mon intention tait qu'elle fit avec mon cousin tout 
ce qu'elle avait fait avec moi. Cette belle fille, continuai-
je en montrant Henriette, sera le prix de votre 
obissance: jugez donc le chagrin que me ferait prouver 
vos refus.
	- Mais, mon ami, dit Henriette  son frre, vous ne 
m'avez point parl de cet arrangement; je ne serais point 
venue si je l'eusse su.
	- Allons donc, Henriette, tu veux faire la prude, dit 
Alexandre avec humeur: quelle diffrence y a-t-il entre 
mon cousin et moi? et pourquoi ferais-tu des difficults 
pour lui accorder ce que j'ai reu?
	- Ces demoiselles n'en feront point, dis-je, en 
lchant moi-mme le cordon des jupes de Sophie; tiens, 
mon ami, reois ma soeur de ma main, livre-moi la 
tienne, et ne nous occupons plus que de plaisir. Des 
larmes coulrent des yeux de nos deux novices: elles 
s'approchent, elles s'embrassent; mais Alexandre et moi 
les ayant assures qu'il ne s'agit point ici de scnes de 
larmes, que c'est du foutre et non pas des pleurs qu'il 
nous faut, nous les dshabillons  l'instant, et nous nous 
les cdons mutuellement. Dieu! comme Henriette tait 
belle! quelle peau! quel embonpoint! quelles ravissantes 
proportions! Je ne concevais plus comment on pouvait 
bander pour Sophie, aprs avoir vu ma cousine; j'tais 
dans le dlire; et certes Alexandre n'tait pas moins 
enthousiasm que moi en parcourant les beauts de ma 
soeur: il la baisait, il la maniait partout; et la pauvre 
Sophie, jetant des yeux humides sur moi, semblait me 
reprocher ma perfidie. Henriette se conduisait de mme: 
il tait facile de voir que ces deux charmantes cratures 
n'avaient cout que la voix du plaisir, en se livrant  
leurs amoureux respectifs; mais que la pudeur combattait 
violemment en elles la prostitution  laquelle on les 
forait.
	- Allons, trve de pleurs, de regrets et de 
crmonies, dit Alexandre; mettons-nous  l'ouvrage, et 
tchons que la plus lascive volupt prside aux jeux que 
nous allons clbrer tous quatre.
	Assurment ses voeux furent remplis, et rien d'aussi 
luxurieux que les orgies o nous nous livrmes. Mon 
cousin foutit ma soeur deux fois en con et trois fois en 
cul. Il redressa mes ides sur la jouissance des femmes: 
j'essayai; et l'preuve ne servit qu' me convaincre que, si 
la nature avait plac l l'autel de la gnration, elle n'y 
avait pas runi celle du plaisir. M'appesantissant peu sur 
l'inconsquence, je ne pensai qu' la venger par un 
hommage constant au dieu que j'ai toujours servi, et que 
j'invoquerai sans cesse jusqu'au dernier jour de ma vie. 
Henriette fut donc beaucoup plus sodomise 
qu'enconne; et j'assurai mon instituteur que, si, comme 
il le disait, l'espce humaine ne se reproduisait que par le 
con, il fallait donc que la nature n'et pas grand besoin de 
production, puisqu'elle affectait  ce travail celui de ses 
deux temples dont le mrite tait si mdiocre.
	Aprs nos inconstants hommages, Alexandre et moi 
revnmes  nos premiers plaisirs. Il jouit de sa soeur 
devant moi; j'enculai la mienne  ses yeux; nous nous 
fmes branler; nous nous sodomismes; nous nous limes 
tous les quatre; nous nous gamahuchmes. Alexandre 
m'apprit mille pisodes voluptueux, que j'tais trop jeune 
pour savoir encore, et nous finmes par un repas 
splendide. Nos jeunes matresses, parfaitement remises, 
et maintenant trs apprivoises, se livrrent aux plaisirs 
de la bonne chair avec autant de dlices qu' ceux de la 
luxure; et nous ne nous quittmes qu'avec les plus 
certaines promesses de recommencer bientt. Nous 
tnmes si bien parole, et si souvent, que le ventre de nos 
donzelles gonfla. Malgr mes prcautions et mes 
infidlits en faveur du cul de ma cousine, il fut 
dmontr que l'enfant dont Henriette accoucha 
m'appartenait: c'tait une fille  laquelle vous verrez 
jouer un rle dans le cours de cette histoire. Ce double 
accident, que nous ne parvnmes  cacher qu'avec 
infiniment d'art, acheva de nous refroidir sur nos 
princesses.
	- Eh bien! me dit Alexandre, quelques mois aprs, 
penses-tu toujours de mme sur le compte de ta soeur?
	- C'est plus cruellement que jamais, rpondis-je, 
que je conois le ferme projet de me venger de l'illusion 
o mes attraits ont pu me jeter; je la vois comme un 
monstre en horreur  mes yeux; mais, si tu l'aimes, cela 
va me retenir.
	- Qui? moi, dit Alexandre, moi, chrir une femme, 
aprs l'avoir foutue! ne t'ai-je donc pas dvoil mon 
coeur? Sois sr qu'il ressemble au tien; convaincs-toi 
bien que ces deux filles sont maintenant abhorres par 
moi, et que, si tu le veux, nous ne nous occuperons que 
de les perdre.
	- Faisons-en le serment, rpondis-je, et que rien ne 
l'enfreigne jamais.
	- Il est fait, me dit Alexandre; mais quel moyen 
allons-nous employer?
	- Le mien est sr, dis-je: laisse-toi surprendre avec 
ma soeur par ma mre; je connais sa svrit, elle 
deviendra furieuse et Sophie est perdue.
	- Comment perdue?
	- Elle la mettra au couvent.
	- La belle punition! oh! je veux mieux que cela 
pour Henriette.
	- Et jusqu'o veux-tu porter ta rage?
	- Je veux qu'elle soit dshonore, fltrie, ruine 
sans ressource; je veux qu'elle mendie son pain  ma 
porte; et jouir du plaisir de lui en refuser.
	- Bon, dis-je  mon ami; en ce cas, j'avais bien 
raison de penser que je l'emporterais sur toi... Mais, 
silence, je ne puis rien expliquer maintenant. Convenons 
d'agir chacun de notre ct, et nous nous rendrons 
compte de nos oprations; celui des deux qui l'emportera 
recevra de l'autre une discrtion, le veux-tu?
	- J'accepte, me dit Alexandre; mais il faut en jouir 
de nouveau, avant que de les travailler.
	Et comme ma mre tait encore absente, nous 
arrangemes la dernire entrevue o s'tait passe la 
premire. Nous nous livrmes cette fois  bien plus de 
libertinage, que nous ne l'avions fait jusqu'alors, et nous 
finmes par insulter grivement les anciennes idoles de 
nos cultes. Nous les limes ventre contre ventre, et les 
fustigemes toutes deux prs d'un quart d'heure en cette 
posture; nous les souffletmes, nous leur imposmes des 
pnitences; en un mot, nous les avilmes, au point de leur 
cracher au visage et de leur chier sur la gorge, de leur 
pisser dans la bouche et dans le con, tout en les accablant 
d'injures et de sarcasmes. Elles pleurrent; nous en 
rmes: nous ne voulmes pas qu'elles mangeassent avec 
nous cette fois; elles nous servirent nues; et, les ayant fait 
rhabiller, nous prmes cong d'elles,  grands coups de 
pieds au cul. Ah! combien les femmes deviendraient plus 
modestes, si elles pouvaient sentir dans quelle 
dpendance leur libertinage les met (1).
	Comme nous nous tions promis d'agir chacun de 
notre ct, sans nous rien dire, je perdis Alexandre de 
vue pendant prs de six semaines, et profitai de cet 
intervalle pour dresser contre l'infortune Sophie les 
batteries dont vous allez voir les effets. Ma soeur, 
naturellement trs ardente, cda avec autant de facilit 
aux instigations d'un autre de mes amis qu'elle s'tait 
rendue  mon cousin, et ce fut avec cet ami que je la fis 
surprendre. Je ne vous peins point la fureur de ma mre, 
elle fut extrme.
	- Prviens cette svrit, dis-je  Sophie; hte-toi, tu 
es enferme, si tu ne la devances; dbarrasse-toi de ce 
monstre; ose attenter aux jours de cet incommode argus, 
je t'en fournirai les moyens.
	Sophie, trouble, hsite, et finit par cder. Je 
prpare la fatale boisson; ma soeur la fait prendre  sa 
mre, elle expire!
	- Oh! juste ciel! m'criai-je alors en accourant avec 
le plus grand bruit... ma mre, que vous arrive-t-il?... 
C'est Sophie, c'est ce monstre que votre juste indignation 
menaa, et qui se venge de vos quitables rigueurs; je 
veux qu'elle porte la peine de son crime... il m'est connu, 
il m'est dvoil. Qu'on arrte Sophie; qu'on s'assure de ce 
lche instrument d'un parricide affreux; il faut qu'elle 
prisse, il faut du sang aux mnes de ma mre.
	Et, en disant cela, je dpose, aux mains d'un 
commissaire accouru, le poison trouv dans la chambre 
de ma soeur, et envelopp dans son propre linge.
	- Peut-il y avoir du doute maintenant, monsieur? 
continu-je en m'adressant  l'homme de justice? le crime 
n'est-il pas avr? Il est affreux pour moi de dnoncer ma 
soeur; mais je prfre sa mort  son dshonneur, et ne 
balance point entre la cessation de son existence et les 
suites dangereuses de l'impunit. Faites votre devoir, 
monsieur; je serai le plus malheureux des hommes; mais 
je n'aurai pas au moins  me reprocher le crime de ce 
monstre.
	Sophie, confondue, me lance d'affreux regards... 
elle veut parler, la rage, la douleur et le dsespoir rendent 
ses efforts inutiles; elle s'vanouit, on l'emporte... La 
procdure eut son cours; je parus, j'appuyai, je dmontrai 
mes dclarations. Sophie voulut rcriminer, m'indiquer 
comme auteur de ce fatal projet. Ma mre, qui respirait 
encore, prit ma dfense, et devint elle-mme l'accusatrice 
de Sophie; elle dvoile sa conduite, en faut-il davantage 
pour clairer l'opinion des juges? Sophie est condamne. 
Je vole chez Alexandre.
	- Eh bien! lui dis-je, o en es-tu?
	- Vous allez le voir, monsieur l'homme de bien, me 
rpond Alexandre; n'avez-vous pas entendu parler d'une 
fille qui doit tre pendue ce soir, pour avoir voulu 
empoisonner sa mre?
	- Oui: mais cette fille est ma soeur; c'est celle dont 
tu as joui; et ces complots sont mon ouvrage.
	- Tu te trompes, Jrme, c'est la mienne.
	- Sclrat, dis-je, en sautant au cou de mon ami, je 
vois que, sans nous rien dire, nous avons agi par les 
mmes moyens; est-il rien au monde qui prouve mieux 
combien nous sommes faits l'un pour l'autre?... Volons; 
la foule s'assemble; nos soeurs vont arriver au pied de 
l'chafaud; allons jouir de leurs derniers instants.
	Nous louons une croise;  peine y sommes-nous 
que nos victimes s'approchent.
	- O Thmis! m'cri-je, que tu es aimable de servir 
ainsi nos passions.
	Alexandre bandait, je le branle, il me rend le mme 
service; et nos lunettes, braques sur le cou pris de nos 
deux putains, nous nous arrosons mutuellement les 
cuisses de foutre, au mme instant o les tristes jouets de 
notre sclratesse expirent par nos soins de la plus 
cruelle des morts.
	- Voil, me dit Alexandre, de vritables plaisirs; je 
n'en connais pas au monde de plus vifs.
	- Oui, dis-je. Ah! si pourtant il en faut de tels  
notre ge, qu'inventerons-nous donc, quand les passions 
teintes rendront les stimulants plus ncessaires?
	- Ce que nous pourrons, me dit Alexandre; mais, 
dans l'incertain espoir d'exister, n'ayons pas la folie de 
mnager nos plaisirs: ce serait une extravagance.
	- Et ta mre, vit-elle? demand-je  mon cousin.
	- Non.
	- Eh bien, dis-je; tu es donc moins heureux que 
moi; la mienne respire, et je vais la finir. J'y cours, 
j'excute; c'est de mes propres mains que j'achve le 
crime. Et ce double forfait me fit passer la nuit dans un 
ocan de lubricits solitaires, mille fois suprieures  
celles que le libertinage se permet au sein des plus doux 
objets de son culte.
	Notre commerce ayant assez mal tourn dans les 
dernires annes de la vie de ma mre, je rsolus de 
raliser le peu que j'avais: ce fut l'affaire de trois ou 
quatre ans pour me mettre absolument en rgle. Je me 
dterminai ensuite  voyager: je laissai en pension la fille 
que j'avais eue de ma cousine, avec l'intention de la 
sacrifier un jour  mes plaisirs, et je partis. L'ducation 
que j'avais reue me mettant  mme de prendre le mtier 
d'instituteur, quoique bien jeune encore, j'entrai  Dijon 
avec cette qualit prs du fils et de la fille d'un conseiller 
au Parlement.
	La profession que j'embrassai flattait beaucoup ma 
lubricit; je ne voyais dj pour moi que des victimes de 
cette passion dans les sujets qui m'allaient tre donns. 
Oh, quelles dlices, me disais-je, d'abuser, comme je vais 
le faire, et de la confiance des parents, et de la crdulit 
des lves. Quelle pture pour ce sentiment interne de 
mchancet qui me dvore, et qui me porte  me venger 
de la plus cruelle manire des faveurs que je drobe ou 
que j'obtiens volontairement. Pressons-nous d'endosser le 
manteau de la philosophie; il sera bientt pour moi celui 
de tous les vices. Et c'tait  vingt ans que je raisonnais 
ainsi.
	Moldane tait le nom du robin chez lequel je me 
prsentais: il ne tarda pas  me donner toute sa 
confiance. Il s'agissait d'lever ensemble un jeune 
homme de quinze ans, qui se nommait Sulpice, et la 
soeur de ce jeune homme, nomme Josphine, qui n'avait 
encore que treize ans. C'est sans exagration que je puis 
vous assurer, mes amis, n'avoir vu de mes jours rien 
d'aussi joli que ces enfants. D'abord la gouvernante de 
Josphine prsidait aux leons: peu aprs cette 
prcaution parut inutile, et les deux charmants objets de 
mes ardents dsirs me furent abandonns sans rserve.
	Le jeune Sulpice; que j'tudiais avec attention, me 
laissa bientt apercevoir deux cts faibles en lui: 
d'abord, un temprament de feu; secondement, un amour 
excessif pour sa soeur. Bon, me dis-je, ds que j'eus 
dcouvert ces deux points, me voil bientt sr du 
succs. O doux jeune homme! j'avais envie d'allumer en 
toi le flambeau des passions, et ton aimable navet me 
dcouvre aussitt la mche.
	Ds le commencement du second mois de mon 
sjour chez M. de Moldane, je prparai mes premires 
attaques: un baiser sur la bouche, une main dans la 
culotte dcidrent aussitt mon triomphe. Sulpice bandait 
comme un lutin, et au quatrime mouvement de mes 
doigts le fripon m'arrosa de foutre. Je retourne aussitt la 
mdaille. Dieu, quel cul! c'tait celui de l'Amour mme: 
que de blancheur!... quel troit!... que de fermet! Je le 
dvore de caresses, et me remets  sucer son charmant 
petit vit, afin de lui rendre les forces ncessaires  
soutenir de nouvelles attaques. Sulpice rebande; je le 
couche  plat-ventre, j'humecte avec ma bouche le trou 
que je veux enfiler; et, dans trois tours de reins, me voil 
dans son cul; quelques contorsions m'apprennent mon 
triomphe, et des flots de semence, lancs au fond du 
derrire de mon charmant lve, le couronnent bientt. 
Incroyablement lectris par les ardents baisers dont je 
couvre, en foutant, la bouche frache et dlicieuse de 
mon joli bardache, par le sperme dont il m'arrose les 
mains  toutes minutes, je redouble, et, quatre fois de 
suite, mon vigoureux engin laisse au fond de son cul les 
preuves non quivoques de ma passion pour lui. Qui le 
croirait! et quelles incroyables dispositions!  l'exemple 
de l'colier de Pergame, Sulpice se plaint de ma 
faiblesse.
	- Eh quoi! dit-il, nous en restons l?
	- Pour le moment, rpondis-je; mais tranquillise-toi, 
mon amour, je vais t'excder cette nuit. Nous couchons 
dans la mme chambre; personne ne nous surveille; qu'un 
mme lit nous reoive tous deux; et l, je te donnerai, 
j'espre, des preuves de ma vigueur, dont il sera difficile 
que tu te plaignes.
	Elle arrive, cette nuit dsire: mais,  Sulpice! 
j'avais dj joui de toi; le bandeau s'arrachait; et je vous 
ai suffisamment dvoil mon caractre, pour vous faire 
comprendre qu'avec la chute de l'illusion s'allumait dans 
mon coeur un nouveau genre de dsir que la mchancet 
seule pouvait assouvir. Je fis des efforts de vigueur; 
Sulpice fut foutu dix coups; il me le rendit cinq, m'arrosa 
sept autres fois et la bouche et le ventre de son 
voluptueux sperme, et me laissa le lendemain matin dans 
des sentiments qui n'avaient pas, il s'en faut, sa flicit 
pour objet.
	Cependant, la prudence suspendait encore mes 
desseins, je ne possdais que la moiti de ma conqute; 
et, pour y joindre Josphine, j'avais besoin d'employer 
Sulpice. Quelques jours aprs nos orgies, je lui parlai de 
ses affaires de coeur.
	- Hlas! me rpondit-il, je dsire infiniment la 
jouissance de cette charmante fille; mais la timidit 
m'enchane et je n'ose lui rien tmoigner.
	- Cette timidit, rpondis-je, n'est qu'un 
enfantillage; il n'y a pas plus de mal  dsirer la 
jouissance de votre soeur que celle d'une autre femme; 
au contraire, il y en a moins, sans doute: plus nous avons 
de liens avec un objet, plus nous devons le soumettre  
nos passions; il n'est de sacr dans le monde que leur 
organe; il n'est de crime qu' leur rsister. Je suis 
persuad que votre soeur est pntre par vous des 
mmes sentiments dont vous brlez pour elle; dclarez 
hardiment les vtres, et vous la verrez y rpondre: mais il 
faut prcipiter l'aventure; ce n'est qu'ainsi que l'on 
russit: qui mnage une femme, la manque; qui la 
brusque, est sr de la vaincre: gardez-vous bien de leur 
donner jamais le temps de la rflexion. Je ne crains pour 
vous qu'une chose, c'est l'amour: quand on lui ressemble 
aussi bien, il est facile de l'imiter. Vous tes un homme 
perdu, si vous vous amusez  la mtaphysique. 
Souvenez-vous qu'une femme n'est pas faite pour tre 
aime; ce n'est pas avec autant de dfauts qu'elle aurait le 
droit d'y prtendre: uniquement cre pour nos plaisirs, 
ce n'est que pour y satisfaire qu'elle respire. Voil le seul 
rapport sous lequel vous deviez envisager votre soeur; 
foutez-la donc; je vous y exhorte, et vous proteste de 
vous aider en tout ce qui dpendra de moi: plus de 
retenue, plus d'enfance; la vertu perd un joli homme, le 
vice seul l'embellit et lui sert.
	Sulpice, enhardi par mes conseils, me promit de 
travailler srieusement; ds le mme jour, je lui en fis 
natre l'occasion. J'appris bientt que rien n'avait t plus 
heureux que ses premires tentatives, mais que, toujours 
timide, il n'en avait pas su profiter. On l'aimait, c'est tout 
ce qu'il avait su; et quelques baisers sur la bouche en 
avaient t l'heureux sceau. Je grondai vivement Sulpice 
de son impardonnable nonchalance.
	- Mon ami, me dit-il, j'irais plus vite avec un 
individu de mon sexe; mais ces maudits jupons m'en 
imposent.
	- Apprcie-les donc mieux, mon enfant, dis-je  ce 
charmant jeune homme; cet emblme d'un sexe faux, 
faible et mprisable n'est fait que pour constater encore 
mieux l'avilissement dans lequel tout honnte homme 
doit le tenir. Trousse ces jupons qui t'effarouchent, et, 
quand tu auras joui, tu apprcieras mieux ce qu'ils 
cachent; mais ne te trompe pas, continu-je, envieux de 
me conserver les roses sodomites du dlicieux cul que je 
supposais  Josphine, souviens-toi que c'est entre les 
cuisses et non pas dans les fesses que la nature a plac le 
temple o l'hommage d'un homme doit tre prsent chez 
les femmes. Tu prouveras d'abord un peu de rsistance; 
qu'elle ne serve qu' t'enflammer mieux: pousse, presse, 
dchire, et tu triompheras bientt.
	Le lendemain, j'appris, avec une vritable 
satisfaction, que l'opration tait faite, et que dans les 
jolis bras de son frre la plus belle des filles venait enfin 
d'tre mise au rang des femmes. Sulpice, loin d'prouver 
cette satit dont les effets taient si violents dans moi, 
n'tait devenu par la jouissance que mille fois plus 
amoureux; et comme la jalousie me parut s'en mler, je 
vis qu'il ne me restait plus d'autre moyen pour atteindre 
au but que celui de la ruse et de la perfidie; je me pressai: 
mon lve pouvait recevoir de son imagination les 
conseils d'une jouissance dont je voulais cueillir les 
prmices; et je ne lui aurais jamais pardonn. Les rendez-
vous avaient lieu dans un cabinet assez prs de ma 
chambre pour qu'au moyen d'une ouverture pratique 
dans la cloison j'en pusse discerner les dtails: je me 
gardai bien de prvenir Sulpice; il se serait peut-tre 
compos, et je voulais prendre la nature sur le fait. 
Quelle ardeur! quel temprament d'une part! que de 
grces! que de fracheur! que de beauts de l'autre! Oh! 
Michel-Ange, tels auraient d tre tes modles, quand 
ton pinceau savant nous peignit l'Amour et Psych. Vous 
jugez de ma situation; je n'ai pas besoin de vous la 
dtailler. Ce n'tait pas  mon ge que l'on pouvait voir 
un tel spectacle de sang-froid. Mon vit tait dans un tel 
tat, qu'il frappait seul contre la cloison, comme pour 
marquer le dsespoir o le mettaient les digues qu'on 
opposait  ses dsirs: ne voulant pas le laisser languir 
longtemps, je guette ds le lendemain le moment le plus 
chaud d'une sance qui se renouvelait tous les jours. 
J'entre prcipitamment.
	- Josphine, dis-je  ma jeune lve presque 
vanouie de frayeur, voil une conduite qui vous perd; il 
est de mon devoir d'en prvenir vos parents, et je le fais  
l'instant mme, si vous ne consentez l'un et l'autre  me 
mettre en tiers dans vos plaisirs.
	- Mchant homme, me dit en courroux le pauvre 
Sulpice, tenant  la main son vit tout inond du sperme 
dont il venait de faire jaillir les flots dans le con vierge de 
sa jolie matresse, n'as-tu donc pas toi-mme ourdi les 
piges o tu veux nous prendre aujourd'hui? ce qui se 
passe n'est-il pas le rsultat de tes perfides sductions?
	- Ah! dis-je effrontment, je vous dfie de le 
prouver; je serais indigne de la confiance de vos parents, 
si j'avais jamais pu vous donner de tels conseils.
	- Mais n'en es-tu pas indigne  prsent, rien que par 
la proposition que tu nous fais?
	- Sulpice, que j'aie des torts ou non, ceux que je 
dcouvre ici n'en sont pas moins rels; et l'extrme 
diffrence qui se trouve entre ceux que vous me prtez et 
les vtres, c'est que les faits constateront ceux dont vous 
vous souillez, et que jamais vous ne pourrez prouver les 
miens. Mais, croyez-moi, terminons une digression qui 
s'arrange mal avec la violence des dsirs que votre tte--
tte vient d'allumer en moi; donnons-nous tous galement 
des torts, et nous n'aurons plus rien  nous reprocher. 
Vous voyez quels sont mes droits: je vous surprends, je 
serai cru; vous ne pouvez allguer que des mots, j'aurai 
des faits  prsenter.
	Et, sans attendre la rponse de Sulpice, je 
commence  m'emparer de Josphine, qui, aprs 
quelques rsistances vaincues par mes menaces, 
m'abandonne son charmant petit cul, et c'est en vrit 
tout ce que j'en veux. J'tends cette jolie petite fille sur le 
corps nu de son frre, qui, la saisissant dans ses bras, lui 
introduit son petit engin dans le con, et glissant le mien 
dans le cul de la pucelle parfaitement prsent par 
l'attitude, je lui cause des douleurs si violentes qu'elle 
oublie le plaisir o veut la plonger son amant: elle n'y 
tient pas, je la dchire: elle se retourne et de la secousse 
fait sortir mon engin du gte. Elle saignait, rien ne 
m'pouvante: ce n'est pas un vit comme le mien que la 
commisration dsarme. Je la reprends au vol, je la refixe 
sur l'outil de Sulpice toujours prt  la renclouer; je lui 
redarde mon vit au derrire; ma main, cette fois, fixe ses 
hanches; je lui frappe les fesse  grands coups de poing; 
dans la colre o ses rsistances me mettent, je l'injurie, 
je la menace, je la mprise; elle est encule jusqu'aux 
gardes; je l'aurais assomme plutt que de lui faire grce; 
il me fallait son cul ou sa vie.
	- Attends-moi, Sulpice, m'criai-je; ne dchargeons 
qu'ensemble, mon ami; inondons-la de toutes parts; je 
voudrais, pendant qu'elle fout ainsi, qu'elle en et un 
autre dans la bouche, afin de se mieux pntrer du plaisir 
incroyable d'tre inonde de sperme dans toutes les 
parties de son corps. Mais Sulpice qui, malgr les 
douleurs de Josphine, la voit dcharger dans ses bras, 
Sulpice ne peut plus se tenir, il perd son foutre, je l'imite, 
et nous voil tous les trois heureux.
	De nouvelles scnes recommencent bientt: le 
pucelage que je dsire est pris; je n'y attache plus de 
mrite; j'abandonne  Sulpice la rose effeuille; je lui fais 
enculer Josphine, et conduis moi-mme l'outil, afin qu'il 
ne s'gare pas; je lui rends ce qu'il fait  sa soeur; et nous 
voil tous trois  foutre en cul comme de vrais enfants de 
Sodome: nous dchargeons deux fois sans quitter la 
posture, lorsqu'une manie ridicule de con vient s'emparer 
de mes sens. Je supposais celui de Josphine trs troit; il 
n'avait jamais t perfor que par un membre fort 
infrieur au mien; je l'enfile, et veux que mon lve 
m'encule pendant ce temps-l. On n'a pas d'ide de la 
manire nergique dont ma petite putain dchargeait: je 
la sentis trois fois se pmer dans mes bras, pendant que 
je dvorais sa bouche. Je l'inonde, je reois de la 
semence; et, tous trois puiss, nous retombons sans 
mouvement sur un canap, auprs duquel, par mes soins, 
une ample collation nous restaure bientt. Nous n'avions 
plus la force de foutre; mais il nous restait celle de nous 
sucer. J'exige ce service de Josphine; et, pendant que sa 
jolie bouche me savoure, mes lvres pressent le vit 
nerv de Sulpice. Je maniais les deux culs par la posture 
que j'avais choisie, mon lve socratisait le mien, sa 
soeur chatouillait les couilles; j'obtiens du foutre, j'en 
donne, Josphine dcharge encore une fois; et, vivement 
presss par l'heure, nous nous sparons, en nous 
promettant bien de recommencer incessamment une 
scne dont mes novices me pardonnent enfin l'invention.
	Je fus assez heureux pour masquer un an cette 
double intrigue, pendant laquelle il ne fut pas de jour o 
nous ne clbrassions nos sacrifices. Enfin, le dgot se 
fit sentir, et avec lui le dsir de toutes les perfidies, qui, 
chez moi, l'accompagnait ordinairement. Je n'avais 
d'autre moyen de satisfaire  cet cart de ma cruelle 
imagination que de dnoncer  M. de Moldane la 
conduite secrte de ses enfants. Je prvoyais bien les 
dangers d'une rcrimination; mais ma tte, fertile en 
sclratesses, me fournirait, j'en tais sr, tous les 
moyens de la combattre. Je prviens Moldane: Dieu! 
quelle est ma surprise de le voir sourire  cette nouvelle, 
au lieu de s'en courroucer!
	- Mon ami, me dit le Robin, je suis trs philosophe 
sur toutes ces fadaises-l; sois bien certain que, si j'tais 
aussi ferme en morale que tu m'as suppos, j'aurais pris 
sur toi des informations un peu plus svres que je ne l'ai 
fait; ton ge mme, ainsi que tu dois facilement le 
concevoir, t'aurait seul cart du poste o tu prtendais. 
Viens, Jrme, poursuivit Moldane en m'attirant dans un 
cabinet dlicieusement orn de tout ce que la lubricit 
peut inventer de plus luxurieux, viens te donner un 
chantillon de mes moeurs.
	Le coquin, en disant cela, lche la ceinture de ma 
culotte, et, prenant mon vit d'une main et mon cul de 
l'autre, le brave pre de mes deux lves me persuade 
bientt que ce n'est pas  son tribunal que je dois porter 
mes plaintes sur l'immoralit de ses enfants.
	- Tu les as donc vu se foutre, mon ami, poursuit 
Moldane en me dardant sa langue dans la bouche; et ce 
spectacle t'a fait frmir d'horreur! eh bien, je te jure qu'il 
m'inspirerait,  moi, un bien autre sentiment; et, pour t'en 
persuader, je te prie de me procurer ce dlicieux tableau, 
le plus tt que tu pourras. Mais, en attendant, Jrme, il 
faut que je te prouve, d'une manire plus authentique 
encore, que mon libertinage gale au moins celui de mes 
enfants.
	Et l'aimable conseiller, me courbant sur un canap, 
m'examine longtemps le derrire, le baise avec luxure, et 
m'encule vigoureusement.
	- A toi, Jrme, me dit-il ds qu'il a fini; tiens, voil 
mon cul, mets-le moi.
	Je lui rends ce que je viens d'en recevoir; et le 
paillard termine la scne, en m'exhortant  laisser  mes 
lves toute la libert qu'ils dsirent; pour satisfaire aux 
intentions de la nature sur eux.
	- Les gner sur ce point, poursuit-il, serait une 
cruaut dont nous devons tre tous deux incapables; ils 
ne font aucun mal, pourquoi donc les contraindre?
	- Mais, dis-je alors  cet homme singulier, si j'avais 
les mmes penchants  la lubricit, vous excuseriez donc, 
dans moi, les excs o je pourrais me livrer avec ces 
enfants?
	- N'en doute pas, me dit Moldane; je n'aurais 
demand que ta confiance et les prmices; je t'avoue 
mme que je croyais la chose faite; je suis fch que la 
rigueur de tes plaintes me prouve le contraire. Plus de 
pdantisme, mon cher, je t'y exhorte; tu as du 
temprament, je le vois! livre-toi avec mes enfants  tout 
ce qu'ils t'inspirent, et procure-moi, ds demain, les 
moyens de les surprendre ensemble.
	Je satisfais Moldane; je le plaai au trou que j'avais 
fait pour moi, en lui faisant croire que je venais de le 
pratiquer pour lui: le paillard s'y met pendant que je le 
fous. La scne fut dlicieuse; son imagination s'en alluma 
tellement, que le coquin dchargea deux fois.
	- Je n'ai rien vu d'aussi divin, me dit-il en se 
retirant; je n'y peux plus tenir, il faut absolument que je 
jouisse de ces deux beaux enfants. Prviens-les, Jrme, 
que demain je veux me mler  eux, afin d'excuter tous 
quatre les plus voluptueuses postures.
	- En vrit, monsieur, dis-je, en affectant une lgre 
dose de pruderie que je crus ncessaire aux 
circonstances, je n'aurais jamais pens que l'instituteur de 
vos enfants devnt l'individu charg par vous de les fltrir 
et de les dmoraliser.
	- Voil, me dit Moldane, comme tu saisis mal le 
vritable sens du mot morale. La vraie morale, mon ami, 
ne saurait s'carter de la nature; c'est dans la nature qu'est 
le seul principe de tous les prceptes moraux: or, comme 
c'est elle qui nous inspire tous nos carts, il ne saurait y 
en avoir un seul d'immoral. S'il y a des tres dans le 
monde dont la jouissance et les prmices me soient 
dvolus, je crois que ce sont bien ceux qui tiennent 
l'existence de moi.
	- Eh bien, monsieur, dis-je en variant tout de suite 
mes ides, et ne renonant momentanment  mes projets 
de vengeance que pour les rendre plus dlicieux, oui, 
vous serez satisfait demain; vos enfants seront prvenus, 
et nous pourrons nous livrer tous dans leurs bras  tout ce 
que le libertinage peut avoir de plus piquant au monde.
	Je tins parole. Sulpice et Josphine, un peu surpris 
de ce que je leur annonais, promirent nanmoins la 
condescendance la plus entire aux fantaisies de leur 
papa, le plus profond secret sur tout ce qui s'tait pass 
entre nous; et la plus belle de toutes les journes vint 
clairer la plus dlicieuse des scnes.
	Le local tait le cabinet voluptueux dans lequel 
Moldane m'avait introduit dj: une trs jolie 
gouvernante de dix-huit ans, attache depuis trois 
semaines  Josphine, qui me parut dans la confiance et 
dans les bonnes grces de Moldane, devait faire le 
service des bacchanales projetes.
	- Elle ne sera pas de trop, me dit le conseiller; tu 
vois comme elle est jolie, et je te la garantis aussi 
libertine qu'aimable. Tiens, poursuit Moldane en 
troussant Victorine par derrire, vois, mon ami: s'il est 
possible de trouver un plus divin cul!
	- Il est beau, dis-je en le maniant; mais je me flatte 
qu'aprs avoir vu celui de vos deux jolis enfants, ce ne 
sera plus  celui-ci que vous accorderez la prfrence.
	- Cela pourra bien tre, me rpondit Moldane; mais, 
en attendant, je t'avoue que j'aime beaucoup celui-l, et il 
le baisait... le gamahuchait de tout son coeur.
	- Allons, Jrme, me dit-il enfin, va chercher nos 
victimes et amenez-les-moi nues. Suis Jrme, Victoire; 
va prsider  cette toilette; je vais, en vous attendant, me 
pntrer des ides lubriques dont l'excution doit 
embellir la scne... Je vais faire des projets, et nous 
excuterons.
	Victoire et moi nous passmes chez les enfants; ils 
nous attendaient. Des gazes, des rubans et des fleurs 
furent les seules parures dont nous les couvrmes. 
Victoire se chargea du garon, moi de la fille; nous 
entrmes. Moldane, sur un canap entour de glaces, 
nous attendait en se branlant.
	- Tenez, monsieur, lui dis-je, voil des objets dignes 
de votre luxure; soumettez-les-y, sans pudeur; qu'il ne 
soit pas une seule recherche libertine que vous ne mettiez 
en usage avec eux; songez qu'ils sont trop heureux que 
vous les jugiez dignes de vous occuper un moment, et 
que c'est par la soumission la plus complte, la plus 
profonde rsignation qu'ils se disposent  vous satisfaire.
	Moldane n'y tait plus; sa respiration tait presse, 
il balbutiait, il cumait de luxure.
	- Faites-moi dtailler tout cela, Jrme, me dit-il; et 
vous, Victoire, venez branler mon vit, et que vos fesses 
soient toujours dans mes mains.
	Je commence par Sulpice; je l'approche de son 
pre, qui ne peut se rassasier de le baiser, de le manier, 
de le sucer, d'accabler son vit et son cul des plus tendres 
caresses. Josphine succde; elle est reue avec le mme 
enthousiasme; et les saturnales commencent.
	Moldane, au premier acte, voulut que son fils 
enconnt Josphine en levrette, tendu sur un canap: sa 
fille, ainsi foutue, devait lui sucer le vit: il branlait d'une 
main mon membre, de l'autre l'anus de Victoire.
	Au second, Sulpice encula sa soeur, je foutis 
Sulpice, et Moldane enconna sa fille, pendant que 
Victoire, accroupie sur lui, faisait baiser son joli cul.
	Au troisime, Moldane me fit enconner sa fille, il 
l'encula, et Sulpice enculait Victoire sous nos yeux.
	Dans le quatrime, j'enconnais Victoire, Moldane 
l'encula, son fils le foutait, et Josphine, leve sur nos 
paules, faisait baiser et gamahucher  la fois, son con  
moi, son derrire  Moldane.
	Au cinquime, Moldane encula son fils, en baisant 
les fesses de Victoire; je sodomisais sa fille sous ses 
yeux.
	Au sixime, nous nous enchanmes tous; Moldane 
enculait sa fille, j'enculais Moldane, Sulpice me foutait, 
et Victoire, arme d'un godemich, sodomisait Sulpice.
	N'ayant plus la force de bander au septime, nous 
nous sumes, Moldane tait suc par son fils, je suais 
le jeune homme; Josphine me suait; de temps en temps 
je baisais ses fesses, et Victoire gamahuchait la 
charmante fille de Moldane, qui, par sa position, 
prsentait son cul  baiser au matre ingnieux de ces 
voluptueuses orgies. Nous dchargemes encore tous 
pour la septime fois. Un goter somptueux fut servi; et, 
nos forces rendues, nous essaymes encore quelques 
attitudes.
	Moldane voulut nous runir tous sur lui; il encula sa 
fille, son fils le foutit, il gamahuchait Victoire, je suais 
ses couilles. Des cris plus douloureux que lascifs 
annoncrent sa dfaite; il dchargea le sang: on fut oblig 
de l'emporter.
	- Mon ami, me dit-il en sortant, je te laisse matre 
de tout; si, plus heureux que moi, la nature t'accorde de 
nouvelles forces, achve de les perdre avec ces trois 
charmantes cratures: tu me conteras demain tes plaisirs.
	Victoire me faisait encore bandailler; j'tais moins 
rassasi d'elle que des autres; je l'enculai, foutu par 
Sulpice, et baisant le trou du cul de Josphine; j'en restai 
l! j'tais excd.
	Ds que le foutre revnt bouillonner dans mes 
veines, je cessai mes anciens projets. Pardieu, me dis-je, 
je ne me serais jamais attendu  rencontrer un pareil 
pre. De longtemps, avec un tel homme, je ne russirai  
me venger des plaisirs que ces deux enfants m'ont 
donns. Je voulais les perdre, et, loin de les entourer de 
cyprs, je les ai couronns de myrtes. Eh bien, continuai-
je, essayons avec l'pouse de Moldane, ce qui n'a pu me 
russir prs de lui, et ne renonons jamais surtout au rle 
de tratre qui me donne autant de plaisir.
	Mme de Moldane, ge de quarante ans, est une 
femme honnte, respectable; pleine de religion et de 
vertus; je lui dvoilerai les odieux drglements de son 
poux et de ses enfants; j'en exige d'elle  la fois et le 
secret et la justice, et je russirai sans doute... Il est 
pourtant un de ces individus que je ne voudrais pas 
perdre... Josphine, non par amour, oh non, ce sentiment 
n'est pas fait pour approcher d'un coeur comme le mien; 
mais Josphine peut m'tre ncessaire: je veux voyager; 
je la mnerai avec moi; je ferai des dupes avec elle, et je 
m'enrichirai de nos communes friponneries. Bien vu, 
Jrme, bien vu; la nature t'a gratifi, Dieu merci, de tout 
ce qu'il faut pour tre un excellent coquin: remplissons 
ces vues, agissons.
	Plein de ces ides, je vais trouver Mme de 
Moldane; et, aprs lui avoir demand le plus profond 
silence sur les choses que j'ai  lui dire, j'arrache le voile, 
et lui raconte tout.
	- J'ai t contraint de prter mon ministre  toutes 
ces horreurs, madame, poursuivis-je, j'tais menac des 
peines les plus cruelles, si je n'obissais: votre poux 
abusait de son crdit pour me forger des fers; ma vie 
mme tait menace, si je m'avisais de vous prvenir. 
Oh! madame, mettez ordre  cela; l'honneur, la nature, la 
religion et la vertu vous en font un devoir sacr. Retirez 
vos enfants du prcipice o les dsordres de leur pre 
sont prts  les plonger: vous le devez au monde,  Dieu, 
 vous-mme; tout retard deviendrait un crime.
	Mme de Moldane, confondue, me supplie de la 
mettre  mme de se convaincre, par ses propres yeux, 
des infamies dont je lui fais part: cela ne fut pas difficile. 
J'engage, quelques jours aprs, M. de Moldane  mettre 
le lieu de la scne dans la chambre de ses enfants; je 
place son pouse au trou qui m'avait servi, qui avait servi 
 Moldane mme; et cette malheureuse femme put 
incessamment se convaincre de toutes vrits que je lui 
avais dites. Une migraine m'avait dispens d'tre de la 
partie. La svrit de moeurs que j'affichais fut donc 
conserve tout entire aux yeux de l'pouse infortune, 
qui ne vit de coupables que son mari et la gouvernante de 
ses enfants.
	- Voil des horreurs, monsieur, me dit-elle ds 
qu'elle eut vu le commencement... que je voudrais les 
avoir ignores!
	Ces paroles, sans que Mme de Moldane s'en doutt, 
me dvoilrent la tournure de son esprit. Il ne m'en fallut 
pas davantage pour voir que c'tait une femme timide, 
incapable de servir  la russite de mes projets; et ces 
rflexions me portrent  changer aussitt de batteries.
	- Un moment, madame, interrompis-je 
brusquement; souffrez que j'aille dire un mot  votre 
mari: il craint l'arrive d'un importun, je vais le rassurer 
sur cette visite; et, libre de ses actions, vous allez voir 
tout ce qu'il va se permettre.
	Je sors.
	- Mon ami, dis-je  Moldane en le tirant dans un 
cabinet voisin, nous sommes dcouverts; vengeons-nous 
promptement. Votre femme, agite de quelques soupons 
sans doute, est entre furtivement dans ma chambre, dont 
j'avais pourtant la clef dans ma poche: elle a cout; elle 
a aperu la fente que vous connaissez; elle y avait les 
yeux lorsque j'ai paru. Erreur ! Source du renvoi introuvable. De 
grce, Moldane, ne faiblissez pas, et prenons un parti 
violent: cette femme peut tre dangereuse; htons-nous 
de la prvenir.
	Je ne m'apercevais pas  quel point mon rcit 
enflammait Moldane: il bandait quand j'tais venu le 
troubler; l'irritation du fluide nerval embrase aussitt la 
bile; l'incendie devient gnral; et c'est le vit en l'air que 
Moldane, furieux, se prcipite sur la cloison, l'enfonce, 
se jette sur sa femme et, sous les yeux de ses enfants, lui 
enfonce vingt coups de couteau dans le coeur. Mais 
Moldane, qui n'avait que la colre du sclrat, et non son 
nergie, s'effarouche de ce qu'il vient de faire: les cris, 
les larmes des jeunes cratures qui l'entourent achvent 
de le troubler: je crus qu'il allait devenir fou.
	- Sortez, lui dis-je, vous tes un lche; vous 
frmissez de la seule action qui assure votre bonheur et 
votre tranquillit, que vos enfants vous suivent, que vos 
valets ignorent tout: dites dans la maison que votre 
femme vient de se retirer prs d'une amie, chez laquelle 
des soins l'appellent pour quelques jours; Victoire et moi, 
nous nous chargeons du reste. Moldane, gar, sort; ses 
enfants le suivent, et nous nous disposons  mettre ordre 
 tout.
	Faut-il vous l'avouer, mes amis?... Oui, sans doute: 
c'est de mon coeur tout entier dont vous dsirez le 
dveloppement; je ne dois vous en rien cacher. Un feu 
subtil s'alluma d'ans mes veines  la vue de ce corps dont 
je venais de causer l'anantissement: l'tincelle d'un 
caprice inconcevable, o vous me verrez bientt livr 
plus amplement, s'alluma dans mon coeur en considrant 
cette malheureuse encore belle. Victoire m'offrait, en la 
dshabillant, les plus belles chairs qu'il fut possible de 
voir; je bandai...
	- Je veux la foutre, dis-je  la gouvernante de mes 
lves.
	- Mais elle n'prouvera plus rien, monsieur.
	- Que m'importe, sont-ce les sensations de l'objet 
qui me sert que je dsire? Non, certes: l'inertie de ce 
cadavre ne rendra les miennes que plus vive. N'est-ce pas 
d'ailleurs mon ouvrage! En faut-il plus pour rendre 
dlicieuse la jouissance que je projette!...
	Et je me disposais... Mais l'ardeur de mes dsirs 
effrns trompa mes desseins; trop d'imptuosit me 
perdit; j'eus promptement recours  la main de Victoire 
qui fit jaculer un sperme que je ne pouvais plus 
contenir; elle en inonda les chairs inanimes de la belle 
pouse de mon patron. Nous reprmes les soins qui nous 
occupaient;  force d'eau, nous enlevmes les traces du 
sang dont la chambre tait inonde, et nous cachmes le 
corps dans une banquette de fleurs qui rgnait le long 
d'une terrasse voisine de mon appartement. Le 
lendemain, Moldane reut une lettre suppose, par 
laquelle l'amie de sa femme l'avertissait que cette digne 
pouse venait de tomber malade chez elle, et qu'elle 
demandait Victoire pour la soigner; celle-ci disparut, 
bien paye, promit le secret et tint parole. Au bout de 
huit  dix jours la prtendue maladie de Mme de 
Moldane eut l'air de devenir si grave, qu'il paraissait 
impossible de pouvoir la transporter chez elle. Victoire 
nous donnait des nouvelles; Moldane et ses enfants 
taient senss y aller passer des journes presque 
entires; enfin, la digne pouse expira; nous portmes le 
deuil. Mais Moldane n'avait ni la fermet qui convient 
aux grands crimes, ni l'esprit ncessaire  calmer les 
remords: en dplorant son forfait il en dtesta la cause; il 
ne retoucha plus ses enfants, et me supplia de les faire 
revenir des erreurs o nos garements venaient de les 
plonger. J'eus, comme vous l'imaginez bien, l'air 
d'approuver et de me charger de tout.
	Je vis alors que, pour en venir  mon but, je devais 
encore changer mes moyens. Je m'emparai de l'esprit de 
Sulpice; je lui reprsentai toute l'horreur du crime de son 
pre.
	- Un pareil monstre, lui dis-je, est capable de tout:  
mon ami! poursuivis-je avec chaleur, tes jours mme ne 
sont pas en sret; je sais que dans ce moment-ci, 
seulement occup d'anantir les traces de son crime, il a 
fait enfermer Victoire... qu'il complote contre ta propre 
libert, et que, pour mieux tout touffer encore, quand il 
te tiendra dans quatre murs, il t'empoisonnera, ainsi que 
ta soeur... Fuyons, Sulpice, prvenons les nouveaux 
forfaits de cet homme froce; mais qu'il tombe avant sous 
nos coups. Si son action tait dcouverte, il serait proscrit 
par les lois; leur glaive s'appesantirait sur lui: soyons 
aussi juste qu'elles; dlivrons la terre de cet infme 
coquin. Personne ne le sert que toi; devenu farouche et 
sauvage, tous autres soins que les tiens lui deviennent 
suspects; il croit voir le poignard de la vengeance dans 
les mains de tous ceux qui l'approchent. Saisis toi-mme 
cette arme; frappes-en le coupable; satisfaits les mnes 
de la mre; elles sont l; elles voltigent au-dessus de ta 
tte; et les cris dchirants de la victime se feront entendre 
aussi longtemps que le sacrifice expiatoire ne sera pas 
prsent par tes mains... Mon ami, je te regarde toi-mme 
comme un monstre, si tu balances une minute: celui qui 
n'ose punir le crime quand il le peut, est aussi coupable,  
mes yeux, que celui qui se le permet. Dans l'impossibilit 
d'une dnonciation qui ne serait pas reue, il ne te reste 
d'autre part  prendre que d'agir toi-mme; presse-toi 
donc, te dis-je, ou tu n'es pas digne de vivre.
	Quelques jours de pareilles insinuations 
enflammrent bientt la tte de ce jeune homme: je lui 
prsente des poisons, il les saisit avec avidit; et le 
nouveau Side se couvre bientt du plus affreux forfait, 
en croyant servir la vertu.
	Ne restant plus que des collatraux trs loigns, on 
tablit un conseil de tutelle, dont je sus tellement gagner 
la confiance, que je fus nomm gardien des effets, et 
maintenu dans l'ducation des enfants. Employ dans les 
affaires de la maison, toutes les sommes me passrent par 
les mains. Ce fut alors que je conus l'excution du 
dnouement de mon projet.
	Je crus que, pour y russir, je n'avais pas d'autre 
parti  prendre, que d'employer sur l'esprit de Josphine 
les mmes moyens qui m'avaient aussi bien servi pour 
dcider Sulpice  se dbarrasser de son pre.
	- Vous n'avez plus, dis-je  cette jolie petite 
innocente... non, il ne vous reste plus pour tre heureuse, 
d'autre part  prendre que de vous dbarrasser de votre 
frre: je sais que dans ce moment-ci il complote contre 
vous; et, qu' dessein d'hriter seul de tout le bien, il 
propose de vous faire mettre pour le reste de vos jours 
dans un couvent. Il est temps de dvoiler  vos yeux, 
Josphine, toute l'atrocit de ce personnage: lui seul est 
la cause de la mort de votre pre et de votre mre; lui 
seul a ourdi ces affreux complots; lui seul en excuta une 
partie; vous serez bientt sa victime aussi, vous tes 
morte sous huit jours, s'il ne russit pas  vous faire 
enfermer pour la vie... Faut-il vous dire plus? Il m'a dj 
demand o se vendaient les venins qui peuvent abrger 
les jours d'un individu quelconque. Vous sentez bien que 
je ne le lui apprendrai pas; mais il peut s'adresser  
d'autres: prenons les devants; il faut se venger de ceux 
qui trament contre nous il n'est certainement aucun mal  
les prvenir. Ce poison que Sulpice demande, je vous 
l'offre, Josphine; vous sentez-vous la force d'en faire 
usage?
	- Oui, me dit mon lve, en dployant  mes yeux 
infiniment plus de caractre que je ne lui en aurais 
jamais suppos, je crois tout ce que tu me dis, Jrme. 
De certains propos de Sulpice me prouvent que tu as 
raison, quand tu le crois l'auteur de la mort de mon pre; 
et je veux venger cette mort. Mais, Jrme, faut-il 
l'avouer? je t'aime et ne prendrai jamais d'autre poux 
que toi: tu as la confiance de nos tuteurs, demande-moi 
en mariage, je t'appuierai; si l'on te refuse, emportons le 
plus d'argent que nous pourrons, et allons nous marier en 
Suisse; songe que ce n'est qu' cette condition que 
j'accepte le crime que tu me proposes.
	Elle flattait trop mes progrs pour que je 
n'acceptasse pas sur-le-champ. Ds que Josphine fut 
sre de moi, elle agit; ce fut l'histoire d'un djeuner: elle 
servit elle-mme du chocolat  son frre, dans lequel elle 
eut soin de jeter deux grains de napel que je lui avais 
donn. Sulpice creva le lendemain au milieu d'affreuses 
convulsions que Josphine observa beaucoup plus 
courageusement que je ne l'aurais cru: la friponne ne 
quitta le chevet du lit de son frre que quand elle l'eut vu 
rendre l'me.
	O Jrme! m'criai-je alors  part moi, ton triomphe 
est donc sr, et tes perfides sductions viennent de porter 
enfin le trouble et la dsolation dans la famille entire de 
ton unique ami, ton seul protecteur. Du courage, Jrme; 
ne restons pas en chemin quand il s'agit d'tre criminel: il 
est  jamais perdu celui qui ne parcourt pas jusqu'au bout 
la carrire du vice, une fois qu'il y est entr. Je passai 
toute la nuit avec Josphine; la sclratesse dont elle 
venait de se couvrir, lui rendait  mes yeux tous les 
attraits qu'une longue jouissance lui avait fait perdre. 
Deux jours aprs je lui persuadai que je l'avais 
effectivement demande en mariage, mais que l'extrme 
disproportion de nos rangs et de nos fortunes n'avait 
occasionn que des refus.
	- Eh bien! me dit Josphine, partons; car mes 
projets ne changeront pas; je ne veux que toi pour poux; 
je ne veux vivre que pour toi seul au monde.
	- Ce que tu proposes est facile, dis-je  cette pauvre 
dupe; voici une remise de cent mille cus, dont le conseil 
de tutelle vient de me charger pour acqurir une terre qui 
t'est destine; emportons cet argent et disparaissons.
	- Je suis  toi, me dit Josphine; mais permets que 
je t'impose une condition.
	- Quelle est-elle?
	- Que tu n'oublieras jamais les sacrifices que je te 
fais... que de tes jours tu ne m'abandonneras.
	Et vous comprenez, mes amis, de quel ton de 
fausset je dus prononcer des serments que j'avais si peu 
d'envie de tenir.
	Nous disparmes. Le septime jour de notre 
voyage, nous atteignmes Bordeaux, o je crus que nous 
pouvions sjourner quelque temps, avant que de passer 
en Espagne, pays que Josphine choisissait pour se 
mettre  couvert et consommer notre hymen. La saison 
devenant mauvaise, et prvoyant que nous ne pourrions 
gure franchir les monts avant le printemps, ma 
compagne me proposa de la terminer o nous tions.
	- Mon ange, rpondis-je  la chre innocente, la 
crmonie que tu me proposes me parat fort inutile; il 
conviendrait, ce me semble, infiniment mieux  la 
prosprit de nos affaires, que nous passions pour frre et 
pour soeur que pour poux: nous aimons tous deux la 
dpense, et ce ne sera pas avec cent mille cus que nous 
pourrons subsister longtemps; il faut que je te prostitue, 
Josphine; il faut que ce soient tes charmes qui nous 
fassent vivre.
	- Oh! mon ami, quel affreux projet.
	- C'est le seul raisonnable  suivre; c'est pour 
l'excution de ce seul projet que j'ai consenti  t'enlever: 
l'amour est une chimre, mon enfant, il n'y a de rel que 
l'or; il en faut gagner  tel prix que ce puisse tre.
	- Et voil donc les sentiments que tu m'avais jurs!
	- Connais-moi, Josphine, il est temps; sache que 
celui de l'amour n'approcha jamais de mon coeur; je jouis 
des femmes, mais je les mprise; je fais plus, je les 
dteste aussitt que ma passion est assouvie; je les tolre 
dans ma socit quand elles sont utiles  ma fortune, 
jamais quand elles ne visent qu'au sentiment. N'en exige 
donc pas davantage, et rapporte-t'en  moi du soin de te 
nourrir: j'ai de la fausset, du mange, de l'intrigue; je 
veux te faire voler d'aventures en aventures, et te rendre, 
par mes conseils, la putain la plus clbre qu'on ait 
jamais vue dans le monde.
	- Moi, devenir putain!
	- N'as-tu pas t celle de ton pre, de ton frre... 
n'as-tu pas t la mienne? En vrit, ta pudeur serait ici 
bien dplace. Mais de profonds soupirs et des flots de 
larmes interceptrent les douloureuses expressions que 
voulait profrer Josphine: son accs de dsespoir fut 
affreux; et, quand elle me vit assez prononc dans mon 
opinion pour ne pouvoir plus se flatter de m'en faire 
revenir, la malheureuse qui ne perdait pas au moins par 
cet arrangement l'espoir d'tre toujours auprs de moi... 
de moi qu'elle avait la folie d'aimer encore, consentit  
tout; et nous nous tablmes en raison de ce divin projet.
	Oui, divin, j'ose le dire; en existe-t-il d'aussi 
agrable que celui d'assurer sa subsistance et son luxe sur 
la bonne foi et la crdulit des autres? Il n'y a ni ouragan, 
ni dvastation  craindre dans des biens de cette nature; 
et l'imbcillit des hommes, en tous les temps la mme, 
assure  celui qui compte sur elle des trsors que ne lui 
rapporteraient mme pas les mines du Prou. Je me 
sentais les meilleures dispositions  bien conduire cette 
nouvelle barque; Josphine avait tout ce qu'il fallait pour 
en tenir le gouvernail; et nous nous lanmes.
	Une maison dlicieuse, beaucoup de valets, de 
chevaux, un excellent cuisinier, tout l'attirail, en un mot, 
de gens riches, nous amena bientt des dupes. Un vieux 
ngociant juif, aussi connu par ses richesses que par sa 
luxure, fut le premier qui se prsenta: Josphine lui fit 
beau jeu, et le march fut promptement conclu; mais le 
Crsus avait des fantaisies; et, comme il donnait dix 
mille francs par mois pour les satisfaire, il exigeait de la 
soumission.
	Voici quelle tait la manie du brave descendant de 
Sal.
	Abraham Pexoto voulait que deux jolies filles, qu'il 
avait attaches au service de Josphine, la branlassent 
sous ses yeux dans un boudoir de glace, en lui faisant 
prendre pendant la sance huit ou dix attitudes 
diffrentes; en face de l'opration, Pexoto se faisait 
polluer par deux charmants bardaches: au bout d'une 
heure de cette premire scne, les gitons enculaient les 
femmes de chambre et Pexoto enculait les gitons. 
Suffisamment excit par ces prliminaires, sa matresse 
s'tendait tout de son long par terre, comme si elle et t 
morte; on attachait le juif par les mains et par le vit; les 
deux garons le promenaient ainsi deux ou trois fois tout 
autour du corps en criant: Erreur ! Source du renvoi introuvable. et 
les deux filles le suivaient  grands coups de verges. 
Alors le cousin germain de Jsus-Christ s'arrtait un 
moment: Erreur ! Source du renvoi introuvable. On posait le corps 
toujours immobile sur le bord d'un canap. Le juif 
enculait; et, pendant qu'il travaillait  perdre son sperme 
dans l'anus de la prtendue morte, il fallait, pour hter 
l'mission, que les deux petits Ganymdes, en faisant 
baiser leurs culs, ne cessent de crier: Erreur ! Source du renvoi 
introuvable., et que les deux suivants continuassent de 
dchirer,  grands coups de verges, le maigrelet fessier 
de l'Hbreu.
	Sur l'expos de la fantaisie de cet homme, 
Josphine versa quelques larmes; mais, quand je lui eus 
reprsent qu'elle tait bienheureuse d'en tre quitte  si 
bon march, et que dans le mtier qu'elle entreprenait il y 
avait souvent bien d'autres assauts que celui-l, que 120 
000 livres de rentes annexes d'ailleurs  cette 
complaisance valaient bien la peine de s'y prter, elle se 
soumit  tout. Pexoto amena lui-mme les deux gitons et 
les deux soubrettes; il en payait le logement et la 
nourriture  part et, ds le lendemain, le patron s'installa. 
Reconnu pour tre le frre de Josphine, il n'eut aucune 
jalousie et, pendant plus d'un an nous menmes, au 
dpens d'Abraham, la vie du monde la moins isralite.
	Au bout de cet intervalle, Josphine crut 
s'apercevoir que son amant n'avait plus pour elle le mme 
enthousiasme.
	- Prvenons la satit, m'criai-je aussitt; 
puisqu'on ne peut plus compter sur Pexoto, tirons-en au 
moins ce que nous pourrons.
	Je savais que le Juif, qui avait en moi une sorte de 
confiance, venait de recevoir en billets de caisse un 
payement de 1 500 milles livres. J'arrangeai les choses de 
manire qu'il ne trouva point Josphine  la maison au 
moment o il tait accoutum de s'en servir.
	- O est ta soeur, Jrme? me dit-il, en ne la voyant 
pas.
	- Monsieur, lui rpondis-je, un gros sujet de chagrin 
vient de la conduire  l'instant chez vous; elle a 
recommand que si vous arriviez pendant ce temps-l, on 
vous servt de mme  souper, et qu'elle reviendrait  
l'instant. Mais, monsieur, la cause de son chagrin est bien 
vive; elle tait bien presse de vous voir et de vous 
parler; ne vous rencontrant pas, je crains bien qu'elle ne 
se porte  quelque action de dsespoir.
	- Voles-y, me dit Abraham, ne perds pas une 
minute; si c'est de l'argent qu'il lui faut, voil un blanc-
seing sur mon caissier; fais-y mettre la somme qui te sera 
ncessaire. 20, 30 000 francs, ne te gne pas, mon ami; je 
sais que tu es raisonnable, et qu'il te serait impossible 
d'abuser de ma confiance.
	- Oh! Monsieur.
	- Pars, mon ami, dis-lui que je soupe et que je 
l'attends sans faute au dessert.
	Tout tait prpar, sans que le cher homme s'en 
doutt; la maison loue, les meubles vendus, les valets 
congdis; et le souper qu'on lui servait tait le dernier 
qu'il devait recevoir de nous. Une chaise de poste nous 
attendait aux Chartrons (2); Josphine tait dans cette 
voiture, et, le coup une fois fait, nous disparaissions de 
Bordeaux. J'arrive chez le Juif; je parle aux commis dont 
je suis parfaitement connu.
	- Le correspondant de M. Abraham, leur dis-je, est 
chez nous; il demande sur-le-champ les fonds qu'il remit 
hier  votre patron; voil un blanc-seing, remettez-moi, je 
vous prie, le portefeuille sur-le-champ.
	- Ah! dit le premier commis, je sais ce que c'est: on 
m'avait prvenu qu'il y aurait quelque changement dans 
cette affaire; mais j'ignorais que la confrence dt se 
passer chez vous. Tenez, voil ce qu'il demande; je vais 
mettre seulement au-dessus de la signature: Erreur ! Source du 
renvoi introuvable. N'est-ce pas cela?
	- Assurment.
	- Bien votre valet, monsieur Jrme.
	- Votre serviteur, monsieur Isaac; et me voil dans 
la voiture.
	Nous marchmes huit jours sans arrter; et ce ne fut 
que sur les bords du Rhin que, nous croyant en sret, 
nous descendmes, excds, dans une mauvaise auberge, 
pour nous y reposer quelque temps.
	- Eh bien! mon ange, dis-je  Josphine en venant 
de vrifier la somme, tu vois comme nos coups d'essai 
russissent; du courage, de l'effronterie, et nous serons 
bientt  notre aise. Cette route est celle de Berlin; c'est 
un bon pays que la Prusse; un roi philosophe y rgne; 
volons-y: il vaut autant escroquer des barons allemands 
que des Juifs gascons; et, de quelque part que nous 
vienne l'argent, quand il est pris, on peut tre sr qu'il 
porte bonheur.
	- Ce ne sera pas, me dit Josphine, quand tu le 
mangeras aussi vite comme nous le gagnons. Qu'ai-je eu, 
moi, de tout ce profit? A peine quelques robes et 
quelques bijoux; tu as dissip le reste avec des gueuses et 
des bardaches: tes luxures, tes dsordres en tous genres, 
ont t aussi normes que tes escroqueries; tu jouissais 
d'une telle rputation, qu' supposer mme que cette 
aventure ne nous et pas contraints  quitter Bordeaux, la 
police nous en et bientt expulss: tu ne t'es pas 
content de prendre les filles de bonne volont; tu en as 
battu, viol, molest, et peut-tre pis...
	- Pis? Ma foi, je le croirai, dis-je  Josphine 
poursuis, mon coeur; continue mon pangyrique; il est, 
ce me semble, trs parfaitement dans ta bouche.
	- C'est qu'il est affreux...
	- Ah! grce, je t'en supplie; je ne t'ai pas pris pour 
me faire des mercuriales, mais pour servir mon avarice, 
ma luxure et mes fantaisies: ne perds jamais de vue 
l'autorit que tes crimes me donnent sur toi; songe qu'en 
dnonant ces crimes, je puis te faire pendre demain; 
songe qu'en t'abandonnant  ton propre sort, en ne 
t'clairant plus de mes conseils, devenue une petite 
raccrocheuse  vingt-quatre sous, tu priras bientt de 
misre. Continue donc, Josphine, d'tre, avec 
soumission, et la complice et l'instrument de mes forfaits; 
et souviens-toi que j'ai toujours deux pistolets dans ma 
poche pour te brler la cervelle  la premire 
dsobissance.
	- O Jrme! je me croyais aime de toi; est-ce l ce 
que tu m'avais promis en me sduisant?
	- Moi, de l'amour pour une femme; je te l'ai dj dit 
mille fois, ma fille; tu te tromperais, si tu me souponnais 
une telle faiblesse. A l'gard des moyens que j'ai 
employs pour te sduire, ce sont ceux de tous les 
suborneurs; il faut tromper la bte qu'on veut prendre, et 
ce n'est pas pour rien qu'on graisse l'hameon.
	Josphine pleura, et je ne la consolai point. Il n'y a 
personne au monde qui soit endurci comme moi aux 
jrmiades des femmes; je m'en amuse souvent, et ne les 
partage jamais. Cependant, comme je bandais trs ferme, 
que la route m'avait prodigieusement chauff, et qu'il 
n'y avait rien l qui pt apaiser mes feux, je fis faire 
volte-face  ma compagne de route, et lui campai le vit 
dans le derrire, o je le promenai, jusqu' ce qu'il et eu 
le temps d'y lancer deux ou trois dcharges.
	Je dculais  peine, que nous entendmes de grands 
coups de fouet dans l'auberge, qui nous annoncrent 
l'arrive d'un courrier: j'ouvre la porte. Erreur ! Source du renvoi 
introuvable. A ce discours, Josphine pensa s'vanouir; pour 
moi, calme, comme je le fus toute ma vie dans le crime, 
je me contentai d'amorcer de frais; puis, descendant, un 
de mes pistolets  la main.
	- L'ami, dis-je au courrier, est-ce moi, par hasard, 
que tu cherches?
	- Oui, sclrat, me rpond aussitt le mme Isaac 
qui m'avait remis le portefeuille de Pexoto; oui, fripon, 
oui, c'est toi... toi, que je vais faire arrter  l'instant.
	- Imposteur excrable, rpondis-je alors avec 
fermet; essaie de l'entreprendre: patron, poursuivis-je en 
m'adressant  l'htelier, qu'on aille me chercher le juge 
du lieu, pour que je lui porte,  mon tour, toutes les 
plaintes que j'ai  faire contre ce drle-l.
	Isaac, interdit d'une contenance  laquelle il tait 
loin de s'attendre; Isaac qui, se confiant en ses propres 
forces, parce qu'il avait raison, et que j'avais tort, n'avait 
pris aucune prcaution pour me prouver mon crime; 
point d'ordres, point de procdures, point d'exempt; 
Isaac, dis-je, changea de visage, et s'assit tranquillement 
auprs du feu, en disant: Erreur ! Source du renvoi introuvable. Le 
juge arrive: 
	- Monsieur, dis-je, en prenant le premier la parole, 
voil un fripon qui me doit cent mille cus; il est, comme 
moi, ngociant  Bordeaux. Lorsque j'ai t pour recevoir 
mes fonds, en lui disant le besoin que j'en avais pour le 
voyage que j'entreprends, il m'a refus; je l'ai poursuivi; 
il s'est dclar banqueroutier. J'ai runi mes autres fonds, 
je suis parti. A peine ce sclrat m'a-t-il vu hors de la 
ville, qu'il a publi que les fonds que j'emportais 
occasionnaient sa chute, qu'une partie de ces fonds n'tait 
mme pas  moi, que je les escroquais, et il lui a pris, en 
raison de cela, fantaisie de me poursuivre: il arrive avec 
ce projet; mais, ventredieu, je vous le dclare, monsieur 
le juge, il aura ma vie avant mon argent.
	- Qu'avez-vous  rpondre  cela, monsieur? dit 
l'homme de loi  Isaac.
	- Je rponds, dit le Juif, tout troubl de mon 
effronterie, que vous avez affaire au plus adroit filou 
qu'il y ait en Europe: mais j'ai tort: je suis parti comme 
un tourdi; je n'ai pris nulles prcautions; c'est ma faute; 
je repars: n'importe, que le coquin soit sr de n'y rien 
gagner; je vais me munir de ce qu'il faut et, une fois en 
rgle, qu'il se tienne pour bien certain que je le 
poursuivrai jusqu'au fond des enfers; adieu.
	- Oh que non, double fils de putain, dis-je en 
saisissant Isaac au collet; oh que non, tu ne repartiras pas 
ainsi; puisque je te tiens, il faut que je tire de toi mon 
argent, ou au moins ce que tu as sur toi.
	- Cela est juste, dit le Salomon qui prsidait  cette 
scne: Monsieur dit que vous lui devez cent mille cus: il 
faut le payer.
	- L'infme calomniateur! dit Isaac, en se mordant 
les lvres, peut-on porter l'effronterie plus loin?
	- Petit neveu de Mose, m'criai-je, j'ai moins 
d'audace que vous; je ne demande que ce qui m'est d et 
vous osez rclamer ici ce qui ne vous appartint jamais.
	Isaac fut gnralement condamn. Oblig de vider 
ses poches, j'en tirai cinquante mille francs, et des lettres 
de change sur Berlin, pour les deux cent cinquante mille 
livres que je rclamais encore. Je payai largement le 
juge, l'htelier, les acolytes et, faisant mettre aussitt les 
chevaux, nous nous loignmes, Josphine et moi, d'une 
auberge o nous tions loin d'esprer une aussi lucrative 
aventure.
	- Eh bien, me dit Josphine, ds que nous 
commenmes  galoper, je gage que je n'aurai pas 
encore un sou de cette prise-l: c'est pourtant mon cul qui 
t'a valu cette bonne fortune; tu en sortais quand cet 
imbcile est venu se prendre au pige qu'il essayait de te 
tendre.
	- Eh! rpondis-je  ma prtendue soeur, ne t'ai-je 
pas toujours dit que le cul portait bonheur? Si, 
malheureusement, j'eusse enfil ton con, j'tais pris.
	- Enfin, qu'aurai-je?
	- Dix mille francs.
	- Quelle somme?
	- Et quelle dpense as-tu donc  faire, Josphine? 
Des chiffons: moi, des culs, des vits: ah! Josphine, 
quelle diffrence!
	Ces propos, et quelques autres semblables, nous 
amenrent  Paderborn o nous parvnmes, sans avoir 
descendu nulle part, depuis notre rencontre avec Isaac.
	La foire de Leipzig attirant beaucoup de voyageurs 
sur ces routes, nous trouvmes les auberges si pleines  
Paderborn, que nous fmes obligs de partager une 
chambre avec un riche ngociant de Hambourg, qui se 
rendait avec son pouse  la clbre foire dont je viens 
de parler. Kolmark tait le nom de ce marchand, dont la 
femme, ge d'environ vingt ans, tait la plus jolie 
crature qu'il ft possible de rencontrer au monde; et, je 
l'avoue, cette dlicieuse personne m'chauffa, pour le 
moins autant la tte, qu'une cassette trs volumineuse que 
je leur vis enfermer avec soin dans une des armoires de 
notre chambre. Le dsir de m'approprier l'un et l'autre 
objet devint tellement vif en moi, que je n'en fermai pas 
l'oeil de la nuit. A raison d'une rparation  leur voiture, 
ces deux personnages devaient sjourner dans l'auberge, 
et, pour les suivre un peu de prs, je prtextai quelques 
affaires, qui devaient galement me retenir un jour  
Paderborn. De ce moment, il devenait clair que, puisque 
nous avions trente-six heures  tre runis, il fallait 
ncessairement faire connaissance. Josphine, prvenue 
par moi, devnt bientt l'amie de sa compagne; on 
djeuna ensemble; on y dna, le soir on fut au spectacle; 
et c'est au souper du retour que j'eus soin de prparer le 
pige dans lequel je voulais faire tomber l'une et l'autre 
victime. Kolmark avait fait les frais du dner, il tait juste 
que ceux du souper nous regardassent: ce motif me fit 
quitter la comdie de bonne heure, et j'arrivai seul  
l'auberge, sous le prtexte de tout ordonner.
	- Oblig d'aller prendre,  l'extrmit de la ville, un 
ami avec lequel je pars cette nuit pour Berlin, dis-je aux 
gens de la maison, je vais faire charger ma voiture tout 
de suite, et l'envoyer m'attendre chez mon compagnon de 
voyage.
	Cette prcaution parat toute simple; tous mes 
bagages se portent  la voiture; je n'oublie pas d'y faire 
mettre, bien enveloppe, la cassette, qu'au moyen d'un 
passe-partout, je retire facilement de l'armoire o elle 
tait serre.
	- Va, dis-je au postillon, ds que tout est prt; va 
m'attendre  la porte de Berlin; j'y conduirai ma femme et 
mon ami, cela sera plus simple que d'arrter prs de sa 
maison; tu pourras du moins boire en nous attendant; un 
cabaret se trouve  cette porte, et il n'en est point  la 
sienne.
	Tout s'arrange; et ma voiture quittait  peine 
l'htellerie, quand Josphine et nos deux dupes y 
rentraient. Le plus grand souper fut servi; mais j'avais eu 
le soin de mler aux jattes de fruits, dj places sur un 
buffet, une dose de stramonium, assez forte pour plonger 
dans le plus profond sommeil ceux qui goteraient du 
mets o je l'avais amalgam. Tout russit  miracle:  
peine Kolmark et sa femme ont-ils tt de ce fruit fatal, 
qu'ils tombent dans une telle lthargie, qu'on peut leur 
faire tout ce qu'on veut, et les remuer de toute manire, 
sans qu'ils puissent s'en apercevoir.
	- Tiens-toi prte, dis-je  Josphine, ds que je les 
vis dans cet tat; tout est dehors; la voiture nous attend; 
j'ai la cassette; prte-moi la main pour foutre cette femme 
dont la tte me tourne; achevons ensuite de leur voler et 
portefeuilles et bijoux; puis dcampons avec autant de 
silence que de mystre et de promptitude.
	J'approche de la Kolmark; j'ai beau la trousser, lui 
presser les ttons, rien ne la rveille. Rassur par cet tat 
de stupeur, plus violent que je ne l'aurais souponn, je 
deviens trs entreprenant; Josphine et moi nous la 
mettons nue. Dieu! quel corps! c'tait celui de Vnus 
mme.
	- O Josphine, m'cri-je, jamais un crime ne me fit 
mieux bander que celui-l! Mais il faut que je le 
perfectionne: je ne suis pas assez sr de ma drogue, pour 
ne pas craindre leur rveil, il faut que je les foute tous les 
deux, et que je les tue en les foutant.
	Je commence par la femme; je l'enconne d'abord, je 
l'encule ensuite... pas un mouvement... pas l'ombre d'une 
sensation; je lui remplis l'anus de foutre, et passe au 
mari. Kolmark, qui n'avait que trente ans, m'offrit un cul 
d'albtre; je le quitte, aprs quelques alles et venues, 
pour me rengloutir dans celui de la femme et, pendant 
que j'y suis, cette fois, je fais placer sur elle le corps de 
l'poux et, sur ce corps, les trois matelas de l'un des lits. 
Josphine qui, par mon ordre, cabriole sur les matelas, 
les a bientt touffs tous les deux; et je jouissais, et 
j'prouvais, dans le cul de la femme, l'inconcevable 
volupt qui existe  procurer une mort violente  l'objet 
qui sert nos plaisirs. On n'imagine pas  quel point la 
contraction des nerfs de la victime sert la lubricit de 
l'agent! O mes amis! taisons ce secret; il ne serait pas un 
seul libertin, s'il tait connu, qui n'assassint sa 
jouissance. L'opration termine, nous plaons avec soin 
les corps chacun dans leur lit; et, nous tant empars des 
montres, des portefeuilles et des bijoux, nous 
descendons, nous traversons l'auberge, dont personne 
n'est surpris de nous voir partir, parce que j'avais prvenu 
de tout.
	- Vous laisserez dormir M. et Mme de Kolmark, 
disons-nous en passant; ils vous prient de n'entrer chez 
eux qu' midi: votre excellent souper, votre bon vin, tout 
cela leur a port  la tte, et ils veulent se reposer 
longtemps; nous en ferions srement de mme sans les 
affaires qui nous chassent.
	Et, cela dit, les dpenses, les valets, largement 
pays, nous nous retirons combls des politesses de tout 
le monde, et volons d'une traite  Berlin, sans nous 
arrter davantage. Ce ne fut que dans cette capitale de la 
Prusse, o nous reconnmes que la cassette, remplie de 
pierreries, et les autres effets drobs, s'levaient  plus 
de deux millions.
	- Oh Josphine, m'criai-je en vrifiant cette 
agrable prise, ne t'ai-je pas toujours dit qu'un crime 
assurait l'autre, et que le plus heureux des hommes sera 
toujours celui qui saura le plus en commettre? Nous 
prmes  Berlin le mme tablissement qu' Bordeaux, et 
je m'y fis de mme passer pour le frre de Josphine.
	Cette crature qui devenait chaque jour plus belle, 
ne tarda pas  faire des conqutes; et, comme elle tait 
pntre de la ncessit de ne se fixer qu' celles qui 
devaient rapporter beaucoup, le premier homme qu'elle 
tche de captiver fut le prince Henri, frre du roi (3). Il 
est bien peu de gens qui ne connaissent, au moins de 
rputation, l'esprit, la gentillesse et le libertinage de cet 
aimable prince. Henri, plus amateur des hommes que des 
femmes, ne se fixait jamais qu' celles dont il croyait 
pouvoir tirer des secours dans les garements qu'il 
chrissait.
	- Bel ange, dit-il  Josphine, il faut, avant de nous 
lier, que je vous explique mes passions; elles sont aussi 
vives que singulires. Je dois vous prvenir d'abord que 
je fterai peu dans vous les attraits de votre sexe: jamais 
je ne me sers de femmes; je les imite, mais je les dteste. 
Voici donc quelle sera votre conduite pour servir ma 
lubricit: je vous ferai connatre beaucoup d'hommes; 
vous attaquerez tous ceux que je vous prsenterai. Voil, 
poursuivit le prince en remettant  Justine un godemich 
de treize pouces de long, sur neuf de tour, voil la taille 
que j'emploie; quand vous me dcouvrirez des vits de 
cette tournure, vous me les fournirez. Une fois  
l'opration, vous serez revtue d'une simarre, couleur de 
chair, qui ne laissera paratre que votre cul, le reste sera 
impntrable  mes yeux; vous prparerez les vits qui 
m'entreront dans le derrire, vous les y insinuerez vous-
mme, vous exciterez l'homme pendant qu'il agira, et, 
pour remerciements, lorsque j'aurai t bien foutu, je 
vous ferai tenir par ces mmes hommes, et vous 
appliquerai quatre cents coups de fouet. Ce ne sera pas 
tout, ma belle amie; il faudra que vos fminins appas 
soient soumis  de plus grandes profanations. Le fouet 
reu, vous vous mettrez absolument nue; vous vous 
coucherez  terre, les jambes cartes; tout les hommes 
qui m'auront pass sur le corps, vous chieront dans le con 
et sur la gorge. En revenant de l'opration, ils me feront 
toucher le trou de leur cul; ce que j'excuterai avec la 
langue. Cela fait, je m'accroupirai sur votre bouche; vous 
l'ouvrirez la plus grande possible, je chierai dedans: un 
de mes hommes me branlera; mon foutre partira en 
mme temps que mon tron; c'est la seule faon dont je 
dcharge.
	- Et quels sont, dit Josphine, les moluments que 
monseigneur accorde  d'aussi dsagrables services?
	- Vingt-cinq mille francs par mois, dit le prince, et 
je paie tous les accessoires.
	- Ce n'est assurment pas trop, rpondit Josphine, 
mais l'honneur de votre protection nous tiendra lieu du 
reste, et je suis aux ordres de monseigneur.
	- Quel est ce garon que vous appelez votre frre? 
poursuivit le prince.
	- Il l'est effectivement, rpondit Josphine, et la 
similitude de ses gots aux vtres pourrait peut-tre le 
rendre utile  vos plaisirs.
	- Ah! il est bougre?
	- Oui, monseigneur.
	- Vous encule-t-il?
	- Quelquefois.
	- Ah! parbleu, je veux voir cela.
	Et Josphine, m'ayant fait appeler, le prince, pour 
me mettre sur le champ  mon aise, dboutonna ma 
culotte et me branla le vit.
	- Voil, dit-il, un fort bel engin; il n'est pas tout  
fait de la taille de ceux dont je me sers, mais il doit tre 
beau  voir en oeuvre; sa dcharge peut tre brillante.
	Et ayant fait coucher Josphine  plat-ventre, il 
introduisit mon vit dans le cul de cette fille le plus 
adroitement du monde. A peine y fus-je, qu'il passa 
derrire moi et, rabattant mes culottes sur mes talons, il 
mania mon cul, l'entrouvrit, le gamahucha, y fit pntrer 
son vit de quelques lignes; se retirant ensuite, il se remit 
 contempler mes fesses, en m'assurant qu'il les trouvait 
fort de son got.
	- Pourriez-vous chier en foutant? me dit-il; c'est une 
chose dlicieuse pour moi, que de voir chier un homme 
pendant qu'il fout un cul, on n'imagine pas combien cette 
petite infamie chauffe ma lubricit; c'est qu'en gnral 
j'aime fort la merde, j'en mange mme, tel que vous me 
voyez: les sots ne conoivent pas cet cart; il y a des 
passions qui ne sont faites que pour les gens d'un certain 
ordre. Eh bien, chierez-vous?
	Ma rponse fut un des plus fameux trons que 
j'eusse pondu de ma vie. Henri le reut en entier dans sa 
bouche; et le sperme, dont il m'arrosa les cuisses, devint 
le tmoignage le plus certain du plaisir que je venais de 
lui faire. Il en avait fait autant de son ct: et, quand il 
me vit dispos  nettoyer la place: 
	- Non, me dit-il en m'arrtant, c'est l'ouvrage des 
femmes.
	Et Josphine fut oblige d'enlever cela avec ses 
mains; il la regardait faire, et paraissait jouir de 
l'humiliation o il la rduisait.
	- Elle a un assez beau cul, disait-il en le lui 
claquant, je crois qu'elle sera bonne  fouetter: je 
l'trillerai trs fort, je vous en prviens, mais j'espre que 
cela vous sera gal.
	- Oh! parfaitement, monseigneur, je vous jure; 
Josphine est  vous et se trouvera toujours honore de 
ce qu'il vous plaira de lui faire.
	- C'est qu'il ne faut pas mnager les femmes, en 
lubricit; on gte absolument ses plaisirs, quand on ne 
sait pas les mettre  leur place, et, tant qu'on les lve, 
elles n'y sont pas.
	- Monseigneur, dis-je, au prince, une chose me 
surprend en vous: c'est la manire dont vous soutenez 
l'esprit du libertinage, mme aprs que ce qui lui prte 
des forces est teint.
	- C'est que mes principes sont srs, me rpondit cet 
homme plein d'esprit; c'est que je suis immoral par 
systme; et non par temprament: l'tat de force ou de 
faiblesse dans lequel je puis tre, ne contribue nullement 
aux dispositions de mon esprit; et je me livre aussi bien 
aux derniers excs de la luxure, en venant de dcharger, 
qu'avec du sperme de six mois dans les couilles.
	Je voulus ensuite tmoigner quelque surprise au 
prince, sur le genre de plaisir crapuleux auquel je le 
voyais livr.
	- Mon ami, me rpondit-il, c'est qu'il n'y a que cela 
de bon en libertinage; plus le got qu'on chrit est sale, 
plus il doit naturellement exciter. A mesure que l'on se 
blase sur ses gots, on les raffine; il est donc tout simple 
d'arriver ainsi au dernier point de la corruption rflchie. 
Tu trouves mes gots bizarres, et moi je les trouve trop 
simples; je voudrais faire bien pis. Je passe ma vie  me 
plaindre de la mdiocrit de mes moyens. Aucune 
passion n'est exigeante comme celle du libertinage, parce 
qu'il n'en est aucune qui chatouille, qui pique, agace 
aussi vivement le genre nerveux, aucune qui porte dans 
l'imagination un incendie plus considrable; mais il faut, 
en s'y livrant, oublier tout  fait la qualit d'homme 
civilis; ce n'est que comme les sauvages, et  la manire 
des sauvages, que l'on doit se vautrer dans le bourbier de 
la luxure: si l'on se rappelle ses forces, ou les faveurs de 
la fortune, ce ne doit tre que pour en abuser.
	- Oh! monseigneur, voil des maximes qui sentent 
furieusement la tyrannie... la frocit.
	- Mais le vritable libertinage, dit le prince, doit 
toujours marcher entre ces deux vices; rien n'est aussi 
despote que lui; et voil pourquoi cette passion n'est 
vraiment dlicieuse que pour ceux qui, comme nous 
autres princes, sont revtus de quelque autorit.
	- Vous concevrez donc du plaisir  abuser de cette 
autorit?
	- Je vais plus loin; j'affirme qu'elle n'est agrable 
que par l'abus qu'on a l'esprit d'en faire. Mon ami, tu me 
parais assez riche, assez bien organis, pour que je te 
rvle sur cela les mystres du machiavlisme. Souviens-
toi que la nature mme a voulu que le peuple ne ft, dans 
les mains du monarque, que la machine de son autorit; 
qu'il n'est bon qu' cela; qu'il n'est cr faible et bte que 
pour cela; et que tout prince qui ne l'enchane et ne 
l'humilie pas pche dcidment contre les intentions de la 
nature. Quel est alors le fruit de la nonchalance du 
souverain? Un dchanement universel, tous les crimes 
hbts de l'insurrection populaire, l'avilissement des 
arts, le mpris des sciences, la disparition du numraire, 
le surhaussement excessif des denres, la peste, la 
guerre, la famine, et tous les flaux que ces malheurs 
entranent. Voil, Jrme, voil ce qui attend un peuple 
qui secoue le joug; et s'il existait un tre souverain au 
ciel, son premier soin serait de punir, sois-en sr, le chef 
assez imbcile pour avoir cd sa puissance.
	- Mais cette puissance dis-je, n'est-elle pas dans la 
main du plus fort? et le peuple en masse n'est-il pas le 
seul souverain?
	- Mon ami, le pouvoir de tous n'est qu'une chimre; 
il ne rsulte aucun effet d'une multitude de forces 
discordantes: tout pouvoir dissmin devient nul; il n'a 
d'nergie qu'en le concentrant. La nature n'a qu'un 
flambeau pour clairer le monde; chaque peuple,  son 
exemple, ne doit avoir qu'un matre.
	- Mais pourquoi le voulez-vous tyran?
	- Parce que l'autorit lui chappe s'il est dbonnaire; 
et je viens de te peindre tous les malheurs qui rsultent 
de l'autorit qui s'chappe. Un tyran vexe quelques 
hommes; voil de sa tyrannie des rsultats bien 
mdiocres: un prince mou laisse changer l'autorit de 
mains; et voil des malheurs affreux.
	- Ah! monseigneur, dis-je en baisant les mains de 
Henri, que j'estime ces principes dans vous, chaque 
homme, en les admettant, peut se flatter de despotiser 
dans sa classe; il n'est qu'esclave et vil, s'il veut usurper 
le pouvoir des grands.
	Le prince de Prusse, singulirement satisfait de 
moi, me laissa vingt-cinq mille francs pour gages de sa 
bienveillance, et ne quitta presque plus notre maison. 
J'aidais ma soeur  lui trouver des hommes; et, pas tout  
fait aussi difficile que lui, je m'accommodais  merveille 
de ce dont il ne voulait pas: aussi puis-je certifier avec 
raison que, pendant deux ans que dura notre sjour dans 
cette ville, il me passa au moins plus de dix mille vits 
dans le derrire. Il n'y a point de pays dans le monde o 
les soldats soient aussi beaux et aussi complaisants; et, 
pour peu qu'on sache s'y prendre, on en a tant, qu'on est 
oblig d'en refuser.
	Nous n'tions pas tellement gns, que nous ne 
puissions mystrieusement associer quelques seigneurs 
de la cour aux plaisirs du prince Henri; et le comte de 
Rhinberg partagea longtemps les faveurs de la matresse 
du frre de son matre, sans que qui que ce ft s'en 
doutt. Rhinberg, aussi libertin que Henri, l'tait pourtant 
dans un autre genre; il foutait Josphine en con, pendant 
que deux femmes l'trillaient  tour de bras, et qu'une 
troisime lui pissait dans la bouche. Par une suite de 
caprice fort extraordinaire, Rhinberg ne dchargeait pas 
dans le con qu'il avait ft; celui qui lui avait piss dans 
la bouche tait toujours sr de recevoir son hommage: et 
de mme qu'il fallait que celui qui l'excitait ft jeune et 
joli, raison qui lui avait fait choisir celui de Josphine; de 
mme, il tait essentiel que celui o il terminait sa 
besogne ft vieux, laid, et puant. Celui-l changeait tous 
les jours; il resta dix-huit mois attach  l'autre; et peut-
tre l'aimerait-il encore sans l'vnement qui me fit 
quitter Berlin, et dont il est temps que je vous 
entretienne.
	Je m'apercevais depuis quelque temps de deux 
choses qui me donnaient des inquitudes, et qui furent 
cause du parti que je pris de m'loigner de Berlin. 
Cependant, je balanais encore, lorsque la proposition 
qui me fut faite acheva de me dterminer.
	La premire des choses que j'entrevis, fut le 
refroidissement certain du prince de Prusse pour 
Josphine: au lieu de venir tous les jours,  peine le 
voyait-on deux fois la semaine. L'inconstance est la suite 
des passions outres; comme on s'y abandonne avec 
excs, on s'en lasse ncessairement plus vite.
	La seconde chose qui redoubla mon inquitude fut 
de voir que, sans m'en douter, Josphine m'chappait 
aussi. Elle aimait un jeune valet de chambre de Henri, 
qui s'tait souvent amus devant elle avec le prince, et je 
craignis qu'elle n'en vnt insensiblement  secouer tout  
fait mes chanes. Voil o j'en tais, lorsque la 
proposition dont je viens de parler me fut faite. Telles 
taient les expressions du billet qui la contenait: 

	Erreur ! Source du renvoi introuvable.

	Voici ma rponse: 

	Erreur ! Source du renvoi introuvable.

	On me rpondit: 

	Erreur ! Source du renvoi introuvable.

	Ce soir-l les portes de la maison furent fermes de 
trs bonne heure, et je voulus me donner la barbare 
jouissance de souper et de coucher pour la dernire fois 
avec Josphine. Je ne l'avais jamais foutue avec tant de 
plaisir. Oh! le superbe corps, me disais-je! quel 
dommage que de tels attraits soient dans peu la pture 
des vers! et ce crime sera mon ouvrage; il le sera sans 
doute, puisque, pouvant la sauver, je la livre. Il faut avoir 
ma tte, mes amis, pour comprendre  quel point de 
pareilles ides font dresser le vit. Josphine fut foutue de 
toutes les manires; et chacun des temples o je sacrifiais 
excitait en moi de nouvelles rflexions, toutes nanmoins 
 peu prs de la mme teinte. Oh! mes amis, je puis le 
dire avec vrit, non, il n'est aucune jouissance dans le 
monde qui soit comparable  celle-l: mais,  qui le dis-
je, grand Dieu! et qui doit le savoir mieux que vous!
	Le lendemain, le mdecin parut: je dis  Josphine 
qu'il venait de la part du prince, qui, ayant appris sa 
grossesse, lui faisait offrir des secours, Josphine 
commena par nier le fait: mais convaincue par l'examen, 
elle avoua tout, en suppliant l'homme de l'art de ne la 
compromettre en rien. Celui-ci promit tout ce qu'on 
voulut, et n'en dressa pas moins un procs-verbal, par 
lequel il dclarait qu'au moyen de son examen et des 
rponses de Josphine, elle devait tre  la fin de son 
quatrime mois. Me priant ensuite de l'couter un 
moment en secret: 
	- Voil, me dit-il, les six cent mille francs que je 
suis charg de vous remettre; et les cinq cents florins 
pour votre route: je viendrai moi-mme chercher votre 
soeur ce soir; qu'elle soit prte; et vous, monsieur, que le 
soleil levant ne vous retrouve pas dans Berlin.
	- Comptez sur ma parole, monsieur, rpondis-je, en 
lui prsentant dix mille francs, qu'il refusa; mais de 
grce, expliquez-moi tout ce que vous pourrez de cette 
circonstance singulire; vous savez sans doute ce qu'on 
veut faire de ma soeur.
	- La victime d'un meurtre de dbauche, monsieur, je 
crois pouvoir vous le rvler, parce qu'on m'a dit que 
vous tiez au fait.
	- Et sera-t-il bien cruel?
	- C'est une nouvelle exprience, dont les angoisses 
sont d'une telle nergie que le sujet s'vanouit  chaque 
reprise, et qu'il reprend ncessairement ses sens, ds que 
l'on arrte.
	- Et le sang coule-t-il?
	- Trs en dtail: c'est ce qu'on appelle une runion 
de douleurs; toutes celles dont la nature afflige 
l'humanit sont imites dans ce supplice, tir du manuel 
des inquisiteurs de Goa.
	- A en juger par les sommes que je reois, 
l'acqureur est un homme riche.
	- Je l'ignore, monsieur.
	- Dites-moi seulement si vous croyez qu'il 
connaisse Josphine.
	- Je n'en saurais douter.
	- Charnellement?
	- Je ne le crois pas. Et mon homme sortit sans 
vouloir profrer une parole de plus.
	Quelques instants avant, je fus prvenir Josphine 
du dsir qu'on avait de la possder seule. Elle frissonna: 
	- Pourquoi donc ne m'accompagnes-tu pas? me dit-
elle en m'accablant de caresses.
	- Je ne le puis.
	- Oh, mon ami, mes pressentiments sont affreux; je 
ne te reverrai peut-tre jamais!
	- Quelle extravagance! Oh! Josphine, on vient; du 
courage.
	Et l'homme de l'art lui ayant prsent la main pour 
descendre, je l'embarquai, de concert avec lui, dans une 
voiture anglaise qui la fit bientt disparatre  mes 
regards, non sans jeter toute mon existence dans un 
trouble voluptueux qu'il est plus facile de sentir que de 
peindre.
	La premire fois qu'on se trouve seul aprs avoir 
t deux trs longtemps, il semble qu'il manque quelque 
chose  l'existence. Les sots prennent cela pour les effets 
de l'amour; ils se trompent. La douleur prouve par ce 
vide n'est que l'effet de l'habitude, qu'une habitude 
contraire dissipe plus promptement qu'on se l'imagine. Le 
second jour de ma route, je ne pensais dj plus  
Josphine, ou si son image se reprsentait  mes yeux, 
c'tait avec des symptmes d'une sorte de plaisir cruel, 
bien plus voluptueux que ceux de l'amour ou de la 
dlicatesse. Elle est morte, me disais-je, morte dans 
d'affreux tourments, et c'est moi qui l'ai livre. Cette 
dlicieuse pense excitait alors de tels mouvements de 
plaisir en moi, que j'tais souvent oblig de faire arrter 
pour enculer mon postillon.
	J'tais dans les environs de Trente, absolument seul 
dans ma voiture, et dirigeant mes pas vers l'Italie, 
lorsqu'une de ces crises de temprament me prit, au 
mme instant o j'entendis des cris plaintifs dans la fort 
que nous traversions. Erreur ! Source du renvoi introuvable. Je 
m'enfonce, le pistolet  la main, et je dcouvre enfin dans 
un taillis une fille de quinze ou seize ans, qui me parut 
d'une rare beaut.
	- Quel malheur vous afflige, ma belle demoiselle? 
dis-je en l'abordant; est-il possible d'y porter remde?
	- Oh! non, non, monsieur, me rpondit-on, il n'en 
fut jamais aux fltrissures de l'honneur; je suis une fille 
perdue; je n'attends que la mort, et je vous la demande.
	- Mais, mademoiselle, si vous daignez me 
raconter...
	- Le fait est aussi simple que cruel, monsieur. Un 
jeune homme devient amoureux de moi; cette liaison 
dplat  mon frre; le barbare abuse de l'autorit que la 
mort de nos parents lui donne; il m'enlve, et, aprs 
m'avoir horriblement maltraite, il me perd dans cette 
fort en me dfendant, sous peine de la vie, de jamais 
reparatre  la maison: ce monstre est capable de tout; il 
me tuera si j'y rentre. Oh! monsieur, je ne sais que 
devenir. Cependant, vous m'offrez vos services... eh bien, 
je les accepte. Daignez m'aller chercher mon amant; 
faites cela, monsieur, je vous en conjure. Je ne sais quel 
est votre tat, ni votre fortune; mais mon amant est riche, 
et si des sommes vous taient ncessaires, je suis bien 
sre qu'il les donnerait pour me ravoir.
	- O est-il, cet amant, mademoiselle? dis-je avec 
chaleur.
	- A Trente, et vous n'en tes pas  deux lieues.
	- Se douterait-il de votre aventure?
	- Je ne crois pas qu'il la sache encore.
	Et ici je vis bien que cette belle fille, actuellement 
sans aucune dfense, serait  moi quand je voudrais; 
mais, aussi envieux d'argent que de femmes, je me mis  
combiner sur-le-champ comment je m'y prendrais pour 
avoir  la fois l'un et l'autre. Croyez-vous, dis-je d'abord  
cette infortune, qu'il y ait quelque maison dans les 
environs de la partie du bois o nous sommes?
	- Non, monsieur, je ne le crois pas.
	- Eh bien, enfoncez-vous encore plus dans le taillis; 
n'y faites pas le moindre mouvement; transcrivez sur ces 
tablettes, avec mon crayon, les trois lignes que je vais 
vous dicter, et dans peu d'heures je vous amne votre 
amant.
	Voici les mots que la belle aventurire crivit sous 
ma dicte: 

	Erreur ! Source du renvoi introuvable.

	La belle opprime, qui se nommait Hlose, signa le 
billet; et moi, regagnant promptement ma voiture, 
j'engage le postillon  faire diligence, et le fais arrter  
la porte mme du jeune Alberoni, amant d'Hlose. Je lui 
prsente le billet.
	- Deux mille sequins! s'crie-t-il en m'embrassant, 
deux mille sequins pour savoir des nouvelles de tout ce 
que j'ai de plus cher au monde! oh! non, non, monsieur, 
ce n'est point assez, voil le double. Partons, je vous en 
conjure. Je venais d'apprendre le dpart de celle que 
j'aime, la colre de son frre, et ne savais o porter mes 
pas pour les rejoindre; vous m'instruisez, que ne vous 
dois-je pas? Partons, monsieur, et partons seuls, 
puisqu'elle l'exige.
	Ici, j'arrtai quelques moments la prcipitation de 
ce jeune homme, pour lui faire observer qu'aprs 
l'acharnement du frre d'Hlose, ce ne devait pas tre  
Trente qu'il devait ramener cette belle fille. Prenez avec 
vous le plus d'argent que vous pourrez, lui dis-je; sortez 
du territoire de cette ville, et liez-vous pour jamais  celle 
que vous aimez. Rflchissez-y bien, monsieur; mais une 
conduite contraire vous la fait perdre pour toujours.
	Alberoni, pntr de mes raisonnements, me 
remercie, et, ouvrant son cabinet avec prcipitation, il 
prend sur lui tout ce qu'il a d'or et de bijoux.
	- Partons, maintenant, me dit-il; j'ai de quoi la faire 
vivre un an avec clat, dans telle ville d'Allemagne ou 
d'Italie que ce puisse tre; et pendant l'intervalle d'un an 
on peut arranger bien des affaires.
	Content de cette sage rsolution, je l'approuve; je 
fais mettre ma voiture  l'auberge, malgr les insistances 
d'Alberoni, qui voulait absolument qu'elle restt chez lui. 
Nous volons.
	Hlose n'avait pas boug. Erreur ! Source du renvoi 
introuvable. Alberoni veut faire un mouvement; je l'tends  
mes pieds. Hlose tombe vanouie.
	Oh! sacredieu, me dis-je alors, me voil donc, par 
le plus dlicieux des crimes, matre d'une fille charmante 
et d'une bonne somme; amusons-nous maintenant. 
D'autres que moi eussent peut-tre profit de 
l'vanouissement de leur victime pour en jouir avec plus 
de calme: je pensais bien diffremment. J'eusse t 
dsol que cette malheureuse n'et pas eu la possession 
de tous ses sens, afin de mieux goter son infortune. Ma 
perfide imagination lui prparait d'ailleurs quelques 
pisodes, dont je voulais lui faire avaler le calice jusqu' 
la lie. Quant on fait tant que de commettre le mal, il faut 
que ce soit avec toute l'extension, tout le raffinement 
dont il est susceptible.
	Je fis respirer des sels  mon Hlose; je la 
souffletai; je la pinai. Rien ne parvenant  la rveiller,,je 
la troussai, je lui chatouillai le clitoris, et ce fut  cette 
sensation voluptueuse que je dus son retour  la lumire.
	- Allons, belle enfant, lui dis-je alors, en lui 
appliquant un baiser de feu sur la bouche, un peu de 
courage; il en faut pour soutenir la fin de vos malheurs; 
vous n'tes pas au bout.
	- Oh! sclrat, me dit cette intressante fille en 
pleurant, que prtends-tu donc encore? et quels nouveaux 
supplices me sont prpars? n'est-ce point assez d'avoir 
abus de ma confiance pour me priver de tout ce que 
j'aime? Ah! si ce n'est que la mort dont tu me menaces, 
presse-toi de me la donner; hte-toi de me runir  l'objet 
ador de mon coeur; je te pardonne ton crime  ce prix.
	- La mort que tu dsires, mon ange, dis-je, en 
commenant  palper ma belle, aura lieu trs 
certainement; mais il faut qu'elle soit prcde de 
quelques humiliations, de quelques cruauts, sans 
lesquelles j'aurai bien moins de plaisir  te la donner.
	Et comme, en disant cela, mes mains, qui 
fourrageaient toujours, offraient  mes regards avides des 
cuisses d'une rondeur, d'une blancheur blouissantes, je 
fis trve aux discours pour ne plus m'occuper que des 
actions. La certitude o j'tais des prmices d'une aussi 
belle fille, me fit penser  un genre d'attaque qui peut-
tre sans cela ne me serait jamais venu dans l'esprit. 
Dieu! que d'troit, de difficults, de chaleur, et que de 
plaisir me donna cette victoire! la manire dont je 
l'arrachai y prtait encore plus de sel. Une gorge d'albtre 
se prsente  moi; et, plus dcid aux insultes qu'aux 
caresses, dans l'tat o je suis, je la mords, je la pressure, 
au lieu de la baiser. O merveilleux effet de la nature! 
Hlose, singulirement servie par elle, cde malgr sa 
douleur aux impressions du plaisir que je la contrains 
d'prouver; elle dcharge. Il n'est rien au monde qui 
allume plus fortement en moi le sentiment de la colre 
lubrique, comme de sentir une femme partager mes 
plaisirs.
	- Infme putain! m'criai-je, tu vas tre punie de ton 
audace. Et, la retournant avec prcipitation, je me rends 
matre du plus charmant derrire qu'il ft possible de 
voir. Une main carte des fesses, l'autre conduit mon vit, 
et je sodomise  l'instant. Dieux! quel plaisir elle me 
donna! Je lui faisais mal; elle voulut crier, je lui mis un 
mouchoir sur la bouche. Cette prcaution drangea 
l'entreprise, mon engin glissa. Je conus qu'il fallait 
relever ma victime, et l'appuyer sur quelque chose. Je la 
couche sur le cadavre de son amant, et les runis si bien 
par l'attitude que je leur fais prendre, que leurs bouches 
se trouvent, pour ainsi dire colles l'une sur l'autre. On ne 
se peint point d'effroi, l'horreur, le dsespoir o ce nouvel 
pisode plonge ma victime. Peu touch des diffrents 
mouvements qui la dchirent, je fais une corde de mes 
jarretires et de mon mouchoir; je la fixe dans cette 
position, et me remets tranquillement  l'ouvrage. Dieux! 
quelles fesses! quel embonpoint! que de blancheur! Mille 
et mille baisers se collent sur elles; il semble que je 
veuille dvorer ce beau cul avant que de le foutre. Je le 
perfore enfin, mais avec une telle rapidit, si peu de 
prcaution, que le sang coule sur les cuisses. Rien ne 
m'arrte; je suis au fond; je voudrais qu'elle ft plus 
troite, et moi bien plus gros pour la tourmenter 
davantage. Erreur ! Source du renvoi introuvable. Et je claquais 
vigoureusement ses fesses, en disant cela; je les 
gratignais; mes mains repassaient par devant, et lui 
arrachaient barbarement le poil follet dont l'avait orne la 
nature. Mille cruelles ides viennent ici troubler mon 
imagination. Je me dtermine  retarder ma dcharge, 
afin que rien ne puisse ralentir le feu qui les inspire. Je 
me rappelle l'affreux projet form sur le cadavre de 
madame de Moldane... Je me ressouviens de tout ce qui 
m'a t dit sur les dlices de la jouissance d'un cadavre 
frachement assassin, et du dsespoir o m'a mis 
l'imptuosit de mes dsirs, en m'empchant jadis de 
consommer ce crime. Je dcide, je jette des yeux hagards 
sur le corps sanglant d'Alberoni; je le dculotte. Il tait 
encore chaud; j'aperois de superbes fesses, je les baise; 
c'est avec ma langue que je prpare les voies; je 
m'introduis, et me trouve si bien de l'exprience, que c'est 
dans le cul de l'amant assassin par moi, qu'en baisant 
celui de la matresse que j'assassinerai bientt de mme, 
que c'est l, dis-je, qu'avec d'indicibles frmissements de 
plaisir, mon foutre s'lance  grands flots.
	Les attraits d'Hlose, son dsespoir, ses larmes, 
l'tat d'anxit o je plongeais son me par les menaces 
dont je l'accablais; la runion de tant d'effets si puissants 
sur mon coeur de fer, me firent bientt rebander. Mais, 
plein de rage, cumant de cette colre lubrique qui 
plonge nos sens dans une si violente agitation, ce n'est 
plus maintenant que par des insultes que je peux 
m'exciter au plaisir. Je cueille des branches dans le taillis 
qui nous environne; j'en forme des verges; je dshabille 
totalement cette jeune personne, et l'trille sur tout le 
corps, sans excepter la gorge, d'une si cruelle manire, 
que son sang se mle bientt  celui des plaies de son 
amant. Rassasi de cette barbarie, j'en invente de 
nouvelles; je la force  sucer les plaies d'Alberoni. La 
voyant m'obir avec une sorte de dlicatesse, j'arrache 
des pines, et l'en frotte sur les parties les plus dlicates; 
j'en introduis dans son vagin, je lui en dchire les ttons. 
J'incise enfin le cadavre du jeune homme; j'en extirpe le 
coeur, pour en barbouiller le visage de ma victime; je la 
contrains  en mordre quelques parcelles. Je n'en pouvais 
plus. Et le fier Jrme, qui venait de faire la loi  deux 
individus, la recevait en ce moment de son vit: on ne 
banda jamais de cette violence l. Press du besoin de 
perdre mon foutre, j'oblige ma victime  prendre dans la 
bouche le vit de son amant, et je l'encule en cet tat. 
J'avais un poignard  la main; je lui rservais la mort  
l'instant de ma dcharge... Elle approche; je fais devancer 
mes coups; ce n'est qu'avec lenteur que je veux lui faire 
recevoir le dernier. Je caresse en attendant, avec dlices, 
la voluptueuse ide de mler aux divins lans de ma 
dcharge les derniers soupirs de celle que je fous. Elle va 
sentir, pensai-je en la limant  tour de reins, elle va 
prouver les plus cruels moments de l'homme, lorsque 
j'en goterai les plus doux. Le dlire s'empare de mes 
sens; je la saisis par les cheveux, d'une main, et de 
l'autre, je lui plonge,  quinze reprises diffrentes, un 
poignard dans le sein, dans le bas-ventre et dans le coeur. 
Elle expire, et mon foutre n'est pas encore rpandu. Ce 
fut alors, mes amis, que j'prouvais bien de quel 
merveilleux effet est d'gorger l'objet qu'on fout. L'anus 
de ma victime se resserrait, se comprimait, en raison de 
la violence des coups que je lui appuyais; et, lorsque je 
perai le coeur, la compression fut si vive que mon vit en 
fut dchir. O dlicieuse jouissance! vous tiez la 
premire que je gotai en ce genre; mais que je vous ai 
d'obligation de la leon que vous me donntes, et 
combien j'en ai profit depuis! Un moment de repos 
succde  de si vives agitations; mais, dans une me 
aussi sclrate que la mienne, le spectacle du crime doit 
bientt rallumer le dsir. J'ai foutu le cadavre de l'amant, 
me dis-je, pourquoi ne foutrais-je pas celui de la 
matresse? Hlose tait encore belle; la pleur de son 
teint, le dsordre de ses beaux cheveux, l'intrt puissant 
qui rgnait sur les traits renverss de sa physionomie 
enchanteresse, tout me fait rebander; j'encule et dcharge 
une dernire fois, en dvorant sa chair.
	L'illusion dissipe, je ramasse les bijoux, l'argent, et 
m'loigne, non pas en dtestant mon crime. Ah! si je 
m'en fusse repenti, m'et-il fait bander tant de fois 
depuis?... Non, je ne le dtestais pas, ce crime dlicieux; 
mais je regrettais bien de ne pas lui avoir donn une plus 
violente extension.
	Je rejoignis ma voiture, et partis sur le champ pour 
Venise. Le climat du pays de Trente et le caractre de ses 
habitants ne m'ayant point plu, je me dterminai pour la 
Sicile. L, dis-je est le berceau de la tyrannie et de la 
cruaut; ce que les potes et les crivains racontent de la 
frocit des anciens indignes de cette le me fait croire 
que je retrouverai quelques traces de leurs vices dans les 
descendants des Lestrygons, des Cyclopes et des 
Lotophages (4). Vous allez voir si je me trompais, et si 
les prtres, les nobles et les riches ngociants de cette le 
dlicieuse n'ont pas tout ce qu'il faut pour nous donner 
une suffisante ide de la dpravation et de la frocit de 
leurs anctres. Plein de ce projet, je traversai toute 
l'Italie; et,  cela prs de quelques scnes luxurieuses, de 
quelques crimes sourds et secrets auxquels je me livrai 
pour me tenir en haleine, il ne m'arriva rien qui, 
comparable  ce qui me reste  vous dire, mrite de 
suspendre ici votre attention.
	Je m'embarquai  Naples, au milieu du mois de 
septembre, sur un joli petit btiment marchand qui faisait 
voile vers Messine, et dans lequel le hasard me fit 
rencontrer l'occasion d'un crime gratuit, aussi singulier 
que piquant. Nous avions avec nous une ngociante de 
Naples, que ses affaires conduisaient en Sicile, et qui 
menait avec elle deux petites filles charmantes, dont elle 
tait mre, qu'elle avait nourries, et qu'elle aimait au 
point de ne pouvoir jamais s'en sparer. L'ane pouvait 
avoir quatorze ans, une figure romantique, les plus beaux 
cheveux blonds, et la taille la plus agrable. Les charmes 
de sa soeur, moins ge de dix-huit mois, taient dans un 
genre tout  fait diffrent; des traits plus piquants que 
l'autre, moins d'intrt, si l'on veut, mais infiniment plus 
de stimulant; tout ce qu'il fallait en un mot, non pour 
sduire doucement comme sa soeur, mais pour emporter 
d'assaut le coeur le plus rcalcitrant en amour. A peine 
eus-je aperu ces deux filles, que je rsolus de les 
sacrifier. En jouir tait difficile. Idoles de leur mre, et 
perptuellement sous ses yeux, le moment de l'attaque ne 
ft pas devenu facile  prendre. Il me restait le moyen de 
les victimer; et le plaisir d'arrter le cours de l'existence 
de deux aussi jolies cratures valait encore mieux que 
celui de la leur rendre agrable par la connaissance des 
plaisirs. Ma poche, toujours remplie de cinq ou six sortes 
de poisons, m'offrait diffrentes manires de leur ravir le 
jour. Mais le coup, selon moi, n'et pas t assez sensible 
pour une mre tendre et idoltre de ses filles; je voulais 
une mort plus frappante, infiniment plus prompte; le sein 
des vagues sur lequel nous flottions me prsentait pour 
elles un spulcre o j'aimais mieux les engloutir. Ces 
deux jeunes personnes avaient l'imprudence (et j'tais 
bien tonn qu'on ne les en eut pas encore empches) 
d'aller s'asseoir sur le bord du tillac, pendant que 
l'quipage faisait la mridienne. Le troisime jour de 
notre traverse, je saisis l'instant; je les approche; et, les 
enlevant toutes deux  brasse-corps, en empchant leurs 
mains de s'attacher  moi, je les culbute d'un bras 
vigoureux dans l'lment sal qui doit les ensevelir  
jamais. La sensation fut si vive, que j'en dchargeai dans 
mes culottes. On se rveille au bruit; j'ai l'air de me 
frotter les yeux et d'apercevoir le premier quelles sont les 
victimes de cet accident; je me prcipite vers la mre: 
	- Oh! madame, lui dis-je, vos filles sont perdues.
	- Que dites-vous?
	- Une imprudence... elles taient sur le tillac... un 
coup de vent... elles sont perdues, madame! elles sont 
perdues!
	On ne se peint pas la douleur qu'prouva cette 
malheureuse; jamais, je crois, la nature ne fut plus 
loquente ni plus pathtique; et, rversiblement, jamais 
plus voluptueuses impressions n'branlrent mes organes. 
Revenue  elle, cette femme me donna toute sa 
confiance. On la dbarqua dans un tat affreux. Je me 
logeai dans la mme auberge. Sentant sa fin approcher, 
elle me remit son portefeuille, en me priant de le faire 
passer  sa famille; je promis tout, et ne tins rien. Six 
cent mille francs que contenait ce portefeuille taient un 
objet assez considrable pour qu'avec mes principes je ne 
les laissasse pas chapper; et la malheureuse Napolitaine, 
qui mourut le surlendemain de notre arrive  Messine, 
m'en laissa bientt jouir tranquillement. Je n'eus qu'un 
regret, je l'avoue; ce fut de ne l'avoir pas foutue avant sa 
mort. Belle encore, et trs malheureuse, elle m'en avait 
inspir le plus violent dsir; mais j'eus peur de perdre sa 
confiance; et, dans cette occasion, je l'avoue, o il ne 
s'agissait que d'une femme, l'avarice l'emporta sur la 
luxure.
	Je n'avais d'autres recommandations,  Messine, 
que les lettres de change dont je m'tais muni  Venise, 
o j'avais pris la sage prcaution,  cause de la diffrence 
des monnaies, d'changer mon numraire contre du 
papier sur la Sicile. Le banquier qui m'escompta me fit 
plus de politesses que n'en reoivent les Siciliens, quand 
ils se prsentent pour le mme objet, chez les banquiers 
de Paris; et c'est une justice que je dois rendre  la 
parfaite urbanit de tous les ngociants trangers  qui 
j'ai eu affaire. Une lettre de change sur eux devient une 
lettre de recommandation; et les offres les plus sincres, 
les plus multiplies accompagnent toujours au moral les 
obligations que leurs correspondants prennent au 
matriel avec eux.
	Je tmoignai  mon banquier le dsir que j'avais 
d'acheter une terre seigneuriale avec les fonds 
considrables dont je me trouvais possesseur.
	- Le rgime fodal est ici dans toute sa vigueur, dis-
je  ce brave homme; cela seul me dtermine  m'y 
tablir; je veux  la fois commander aux hommes et 
cultiver la terre, dominer galement sur mon champ et 
sur mes vassaux.
	- En ce cas, vous ne pouvez tre mieux qu'en Sicile, 
me dit mon correspondant; il est telle terre ici o le 
seigneur a droit de vie et de mort sur ses habitants.
	- Voil celle qu'il me faut, rpondis-je. Et, pour ne 
plus m'appesantir sur ces dtails, vous saurez, mes amis, 
qu'au bout d'un mois je me trouvai seigneur de dix 
paroisses, en possession de la plus belle terre et du plus 
beau chteau, dans la valle des ruines de Syracuse, tout 
prs du golfe de Catane, c'est--dire, dans le plus beau 
pays de la Sicile.
	Je ne tardai pas  me former un domestique 
nombreux et compos d'aprs mes gots. Mes valets, mes 
femmes, tous avaient le service immdiat de mes 
lubricits pour clause spciale de leurs devoirs. Ma 
gouvernante, nomme dona Clementia, femme d'environ 
trente-six ans, et l'une des plus belles cratures de l'le, 
avait indpendamment de ses soins libidineux prs de 
moi, la charge de me dcouvrir des sujets de l'un et de 
l'autre sexe; et, tout le temps qu'elle l'exera prs de ma 
personne, je vous rponds qu'elle ne m'en laissa pas 
manquer. Avant que de m'tablir, je parcourus les villes 
clbres de cette intressante contre; et, comme vous 
l'imaginez bien, Messine eut droit  mes premires 
recherches. Les descriptions de Thocrite sur les plaisirs 
de la Sicile n'avaient pas peu contribu  faire natre en 
moi le dsir d'habiter un si beau pays. Je trouvai tout ce 
qu'il dit sur la douceur du climat, sur la beaut de ses 
habitants, et particulirement sur leur libertinage. C'est 
l, sans doute, c'est sous ce climat dlicieux que la 
bienfaisante nature inspire  l'homme tous les gots, 
toutes les passions qui peuvent contribuer  lui rendre 
son existence agrable; et c'est l o l'on doit en jouir, si 
l'on veut connatre la vrai dose du bonheur que cette 
tendre mre rserve  ses enfants. Aprs avoir visit de 
mme Catane et Palerme, je revins prendre possession de 
mon chteau. Assis sur une montagne leve, j'y jouissais 
 la fois de l'air le plus pur et de la vue la plus agrable. 
Cette apparence de forteresse flattait d'ailleurs infiniment 
la svrit de mes gots. Les objets que je leur 
immolerai, me disais-je, seront l comme dans une 
prison. A la fois leur matre, leur juge et leur bourreau, 
o trouveront-ils des dfenseurs? Oh! que les jouissances 
sont divines, quand le despotisme et la tyrannie les 
aiguillonnent ainsi!
	Clementia avait eu soin de remplir mon srail 
pendant mon absence; et,  mon retour, je le trouvai 
garni, par ses soins, de douze jeunes garons de dix  
dix-huit ans, de la plus jolie figure du monde, et d'un 
nombre gal de filles,  peu prs de mme ge. On me les 
renouvelait tous les mois; et je vous laisse  penser, mes 
amis, dans quels dbordements luxurieux je me plongeai. 
On ne se figure pas les recherches que je mis en usage; 
les frocits dont je les assaisonnais; mon aventure de 
Trente m'avait si fort apprivois avec les volupts 
sanguinaires, que je ne pouvais plus m'en passer. Cruel 
par got, par temprament, par besoin, je ne pouvais me 
livrer  aucune volupt qui ne portt l'empreinte de la 
brutale passion qui me dvorait. Je ne faisais d'abord 
tomber mes atrocits que sur les femmes; la faiblesse de 
ce sexe, sa douceur, son amnit, sa dlicatesse me 
paraissaient autant de titres certains aux lans de ma 
barbarie. Je m'aperus bientt de mon erreur; je sentis 
qu'il tait infiniment plus voluptueux de moissonner les 
pis qui rsistent, que l'herbe tendre se courbant sous la 
faux, et que si cette rflexion ne m'tait pas venue jusqu 
alors, c'tait plutt par une fausse retenue, que par 
raffinement. J'essayai. Le premier bardache que 
j'assassinai, g de quinze ans, et beau comme l'amour, 
me procura de si violents plaisirs, que mes coups se 
dirigrent  l'avenir bien plutt dans cette classe-l que 
dans l'autre. Il semblait que je mprisasse trop les 
femmes pour m'en composer des victimes, et qu'ainsi les 
jeunes garons devaient, par leurs appas, me procurer des 
volupts plus sensuelles; ils devaient tre de mme plus 
dlicieux  supplicier. D'aprs cette hypothse, 
confirme par des faits, il n'y avait pas de semaine o je 
n'en immolasse trois ou quatre, et toujours par de 
nouveaux tourments. Quelquefois j'en lchais un couple 
dans un grand parc, environn de hauts murs, et duquel il 
tait impossible de s'chapper. L, je les traquais comme 
des livres; je les cherchais, parcourant mon parc  
cheval; et quand je les avais pris, je les suspendais  des 
arbres par des colliers de fer; on tablissait au-dessous un 
grand feu qui les consumait en dtail. D'autres fois je les 
faisais courir devant mon cheval, et les piquais  grands 
coups de fouet dans les reins; s'ils tombaient, je leur 
faisais passer mon coursier sur le ventre, ou je leur 
brlais la cervelle  coups de pistolet. Souvent 
j'employais des supplices plus raffins encore, et dont 
l'excution n'tait bonne que dans l'ombre et le silence du 
cabinet; et toujours, pendant ces expditions, la fidle 
Clementia m'excitait, ou dirigeait des scnes de lubricit, 
dont ses plus folies filles devenaient les premires 
actrices. J'avais heureusement trouv, dans cette 
Clementia, toutes les qualits ncessaires au genre de vie 
froce et crapuleux que j'adoptai.
	La coquine tait mchante, luxurieuse, 
intemprante, athe; elle avait, en un mot, tous mes vices, 
et nulle autre vertu que celle de m'tre incroyablement 
attache, et de me servir  merveille. Je menais donc 
dans ce chteau, par les soins de cette charmante fille, la 
vie du monde la plus dlicieuse et la plus analogue  mes 
gots, lorsque l'inconstance,  la fois le flau et l'me de 
tous les plaisirs, vint m'arracher  ce sjour paisible, pour 
me replacer sur le grand thtre des aventures de ce 
monde.
	On se blase quand les difficults n'irritent plus les 
jouissances; on veut les augmenter par des peines; ce 
n'est vraiment que par elles que l'on parvient aux grands 
plaisirs. Je laissai Clementia dans mon chteau et revins 
m'tablir  Messine. Le bruit qu'un riche garon venait 
habiter cette capitale se rpandit bientt, et m'ouvrit les 
portes de tous les palais o il y avait des filles  marier: 
je dcouvris promptement l'intention, et rsolus de m'en 
amuser.
	De toutes ces maisons, dans lesquelles on affectait 
de me recevoir avec bienveillance, celle du cavalier 
Rocupero me fixa plus particulirement. Ce vieux noble 
et sa femme pouvaient  peu prs former un sicle  eux 
deux. La mdiocrit de leur fortune leur faisait lever et 
nourrir avec une beaucoup trop grande conomie, les 
trois plus belles filles qu'et jamais cres la nature. La 
premire se nommait Camille; elle avait vingt ans, brune, 
la peau d'un blanc  blouir, les yeux les plus expressifs, 
la bouche la plus agrable, et la taille d'Hb mme. La 
seconde, plus intressante, mais moins belle, n'avait que 
dix-huit ans, ses cheveux taient chtains; ses grands 
yeux bleus, l de langueur, respiraient  la fois l'amour et 
la volupt; sa taille, ronde et bien remplie, promettait la 
meilleure jouissance; on la nommait Vronique; et, 
certes, je l'eusse prfre, non pas uniquement  Camille, 
mais  toute la terre, sans les attraits clestes de 
Laurence, qui, quoique  peine ge de quinze ans, 
surpassait en beaut, et ses soeurs, et les plus belles 
personnes de toute la Sicile.
	A peine fus-je introduit chez ce bon gentilhomme, 
que je rsolus d'y porter  la fois le trouble, la dsolation, 
l'impudicit, le dshonneur, et tous les flaux du crime et 
du dsespoir. La probit rgnait dans cette maison; la 
beaut, la vertu semblaient de mme y avoir tabli leur 
empire; en fallait-il plus pour chauffer en moi le dsir 
de la souiller par tous les forfaits imaginables! Je 
commenai par des largesses, que l'on n'accepta qu'avec 
peine; mais les vues d'alliance que je manifestai bientt 
ne permirent plus aucun refus. On me pria d'expliquer 
ces vues. Comment voulez-vous, rpondis-je, que je me 
prononce entre les trois Grces; donnez-moi donc le 
temps de mieux connatre vos charmantes filles, et je 
pourrai vous dire alors laquelle doit fixer mon coeur. Les 
choses en cette position, vous imaginez facilement que je 
profitai des dlais pour les suborner toutes trois. Comme 
je leur avais recommand le plus profond mystre, elles 
n'eurent garde de s'avouer rciproquement ce que je leur 
communiquais, de manire qu'aucune d'elles ne savait  
quel point j'en tais avec sa compagne. De ce moment, 
voil comme je me conduisis.
	Camille fut celle que je sduisis la premire; et, 
l'ayant trompe sous les plus belles esprances de 
mariage, au bout d'un mois j'en tirai tout ce que je 
voulus. Qu'elle tait belle! et quels charmes n'prouvai-je 
pas  sa jouissance! A peine fut-elle foutue de toutes 
manires, que j'attaquai Vronique; et, rveillant la 
jalousie de Camille, je l'armai si bien contre sa soeur, 
qu'elle rsolut de la poignarder. L'ardeur du temprament 
des Siciliennes admet tous les moyens sanglants; l, l'on 
ne connat que deux passions, la vengeance et l'amour. 
Ds que je crus tre bien certain des intentions 
criminelles de Camille, j'en fis prvenir Vronique; je 
parvins  la faire clairer, au point de ne pas mme lui 
laisser la consolante ide du doute. Cette belle fille, au 
dsespoir, mais plus craintive qu'entreprenante, me 
supplie de l'enlever, si je l'aime, afin de la soustraire  la 
rage effrne d'une soeur qu'elle connat capable de tout 
entreprendre.
	- Mon ange, dis-je alors, ne vaudrait-il pas mieux 
remonter  la source de tout ceci, en reconnatre les 
auteurs, et nous venger directement!
	- Il n'y a point d'autre cause, me rpondit 
Vronique, que l'extrme amour que Camille a pour toi; 
elle s'aperoit des prfrences que tu me donnes, et 
l'infernale crature complote contre mes jours.
	- Je ne vois pas tout  fait comme vous dans cette 
affaire-l, rpondis-je; ne doutez pas, ma chre me, que 
vos parents ne donnent  Camille toute prfrence sur 
vous. Je ne sais si cette fille m'aime; ce qu'il y a de bien 
sr, c'est que je ne lui ai jamais donn nul espoir. Mais 
vos parents se sont ouverts plus directement  moi; ne 
doutez point que Camille ne soit l'objet de leur unique 
attachement; je manifesterais prs d'eux mon got pour 
vous, qu' coup sr j'en serais refus. Vous me proposez 
la fuite; ce moyen serait dangereux; nous nous 
donnerions avec vos parents des torts, dont eux ou la 
justice prendraient connaissance, et dont la punition 
serait bientt la perte ou de nos fortunes ou de nos vies. Il 
est, ce me semble, un parti plus avantageux et plus 
simple: vengeons-nous  la fois et de Camille qui 
complote contre vos jours, et de vos parents qui l'y 
excitent.
	- Et quel est le moyen?
	- Celui que la nature offre  tous les pas dans 
l'heureux pays o nous sommes.
	- Du poison?
	- Sans doute.
	- Empoisonner mon pre, ma mre et ma soeur?
	- Ne conjurent-ils pas contre vous?
	- Je n'en ai que le soupon.
	- La preuve sera votre mort.
	Puis Vronique reprenant avec un peu de rflexion: 
	- Je sais que d'autres femmes ont agi de mme, 
dona Capraria vient d'empoisonner son poux.
	- Qui vous arrte donc, ma chre?
	- La crainte de votre mpris; vous serez plus de 
sang-froid aprs la vengeance; vous me msestimerez.
	- Ne le craignez point; je reconnatrai dans vous 
alors une fille ardente, courageuse, aimante, passionne, 
une fille  caractre, en un mot et que, par cela seul, 
j'adorerai mille fois plus ardemment. Ne balance plus, 
Vronique, ou tu perds  jamais mon coeur.
	- O mon ami, mais le ciel!
	- Frivoles craintes; le ciel ne se mla jamais des 
affaires du monde; et ce ressort n'est plus dans les mains 
de l'homme, que l'arme mousse du mensonge et de la 
superstition. Il n'y a point de Dieu; et les peines ou les 
rcompenses, bases sur cet odieux fantme, sont aussi 
mprisables que lui. Ah! s'il tait un Dieu que le crime 
offenst, donnerait-il  l'homme tous les moyens de le 
commettre? Que dis-je! si le crime offensait cet auteur 
prtendu de la nature, le crime serait-il essentiel aux lois 
de la nature? Songe donc que cette nature dprave ne 
s'alimente, ne se soutient que par des crimes; et que si les 
crimes sont ncessaires, ils ne peuvent outrager ni la 
nature ni l'tre imaginaire que tu supposes en tre le 
moteur. Ce que l'homme a os nommer crime, n'est que 
l'action qui trouble les lois de la socit; mais qu'importe 
 la nature les lois de la socit! est-ce elle qui les a 
dictes? et ces lois ne varient-elles pas de climats en 
climats? Telle affreuse que vous puissiez supposer une 
action, le crime dont vous la croyez revtue ne peut donc 
tre que local; de ce moment il ne saurait outrager la 
nature, dont les lois sont universelles. Le parricide, 
regard comme un crime en Europe, est en honneur dans 
plusieurs contres de l'Asie; il en est de mme de toutes 
les autres actions humaines; je dfie qu'on m'en cite une 
seule universellement vicieuse. Rflchissez au reste 
qu'il ne s'agit ici que de vous dfendre, et qu'alors tous 
les moyens que vous allez mettre en usage pour y 
parvenir, non seulement ne sauraient tre criminels, mais 
deviennent mme vertueux, puisque la premire loi que 
nous inspira la nature, fut de nous conserver  tel prix et 
 tels dpens que ce puisse tre. Agissez, Vronique, 
agissez, ou vous tes perdue vous-mme.
	Le feu que je vis briller dans les yeux de cette 
charmante fille m'apprit bientt le succs de mes 
discours.
	- Eh bien, me dit-elle au bout de quelques minutes 
d'une violente agitation, eh bien, Jrme, je ferai ce que 
tu dis. Je connais les drogues ncessaires; toutes ces 
plantes nous sont familires ici; je te jure qu'il n'existera 
pas dans trois jours un seul des individus qui machinent 
notre perte. Eloigne-toi pendant ce temps; je ne veux pas 
que l'on te souponne.
	J'y consentis d'autant plus volontiers que j'avais 
besoin de ce dlai pour sduire la troisime soeur. Cette 
opration fut l'ouvrage de Clementia. Je la fis venir  
Messine; je lui fis connatre Laurence; et, ds le 
lendemain, elle fut conduite  mon chteau. Il n'y avait 
pas deux heures qu'elle tait partie, quand les foudres 
prpares par Vronique clatrent. Elle avait employ le 
suc de thora, espce d'aconit fort dangereux, qui se 
trouve en abondance dans les montagnes de Sicile; et les 
trois victimes taient mortes dans d'pouvantables 
convulsions. Le coup fait, elle s'empara de tout ce qu'elle 
put: bijoux, portefeuille, cassette, tout fut enlev; et elle 
vint me trouver avec ces mdiocres richesses, dans une 
maison de campagne, prs de la ville, o je lui avais 
donn rendez-vous. Ce fut elle qui m'apprit la disparition 
de sa soeur dont elle ne pouvait comprendre le motif.
	- Tu la reverras bientt, lui dis-je; j'ai cru qu'il tait 
prudent de la mettre  couvert; partons, elle nous attend  
ma campagne.
	Cette prcaution parut d'abord inquiter Vronique; 
je la calmai. Mais je vous laisse  penser ce qu'elle 
devint, lorsqu'elle apprit, en arrivant, par la bouche 
mme de Laurence, la manire dont elle avait t 
enleve, et tous les propos que lui tenait Clementia 
depuis qu'elle tait dans mon chteau.
	- O sclrat! tu m'as trompe, me dit-elle.
	- Non, en vrit, lui dis-je, je ne t'ai jamais rien 
promis. Ta soeur m'a inspir le mme dsir que toi; et je 
veux vous foutre toutes les deux, ou plutt toutes les 
trois, mon ange; car il est maintenant inutile de te laisser 
ignorer que Camille fut aussi ma proie.
	- Et tu as pu m'ordonner de la sacrifier...  monstre!
	On pleure, on se dsespre; mais, bravant toutes ces 
larmes, je ne m'occupe plus qu' jouir. Ces deux 
charmantes filles satisfirent  la fois toutes mes luxures; 
toutes deux assouvirent mes passions, sans aucune 
rserve; cul, con, bouche, ttons, aisselles, tout fut foutu, 
tout fut fourrag; et je ne dcouvris pas moins de charme 
dans ces deux-ci, que je n'en avais trouv dans leur 
soeur. Les fesses de Vronique principalement 
surpassaient tout ce que j'avais vu de plus sublime dans 
ce genre; on n'eut jamais un plus beau cul, jamais un plus 
beau sein! Malheureusement, tout cela ne m'occupa que 
trois jours. A peine fus-je rassasi de ces deux 
charmantes filles, que je ne pensai plus qu' les perdre. 
Mais il fallait que la faon ft cruelle; plus elles 
m'avaient donn de plaisir, plus je dsirais accumuler sur 
leurs corps la somme des douleurs physiques, et plus je 
voulais que le genre en devint excrable. Qu'imaginer? 
J'avais tout fait, tout excut, et j'en tais au point de 
dfier les plus clbres bourreaux de l'univers de me 
conseiller une torture dont je n'eusse pas dj fait usage. 
A force de rver, voici ce que me fournit enfin ma 
sclrate imagination. J'employai les cinquante mille 
francs drobs par Vronique  ses malheureux parents, 
pour faire excuter la machine que je vais vous dtailler.
	Les deux soeurs, toutes nues, taient enveloppes 
dans une espce de cotte de mailles  ressorts, qui les 
captivait entirement chacune sur un petit tabouret de 
bois garni de pointes, qui, ainsi que celles dont je vais 
parler, n'agissaient qu'au besoin. Elles taient  huit pieds 
de distance l'une de l'autre; entre elles tait une table 
garnie des mets les plus succulents et les plus dlicats: 
aucune autre espce de nourriture ne leur tait prsente. 
Or, pour y toucher, il fallait tendre le bras: en 
l'allongeant, d'abord le premier supplice qu'elles 
prouvaient par cette action tait l'impossibilit d'y 
atteindre. Un bien plus violent ne tardait pas  se faire 
ressentir. Par ce mouvement de tension du bras, celle qui 
le faisait armait aussitt contre elle et contre sa voisine 
plus de quatre mille pointes ou ciseaux d'acier, qui, dans 
l'instant, dchiraient, piquaient, ensanglantaient et l'une 
et l'autre victime. De sorte que ces infortunes ne 
pouvaient penser  soulager le besoin qui les consumait, 
qu'en s'assassinant mutuellement toutes deux. Elles 
vcurent une semaine dans cet odieux supplice, pendant 
laquelle je passai huit heures par jour  les contempler, 
soit en me faisant foutre, soit en sodomisant, galement 
sous leur yeux, les plus jolis objets de mon srail. Je n'ai 
de ma vie got de plaisir plus violent; il est impossible 
de rendre tout ce que ce spectacle me fit prouver de 
sensuel; j'y perdis rgulirement mon foutre quatre ou 
cinq fois par sance.
	- Parbleu, je le crois, dit Svrino, en interrompant 
ici la narration par les cris d'une dcharge lance dans le 
cul d'une des plus jolies filles du souper, oui, foutre, je le 
crois, car voil bien le dtail d'une des scnes les plus 
singulires qu'il soit possible d'entendre; et le plaisir reu 
par notre confrre Jrme, en l'excutant, doit avoir t 
diablement vif, si j'en juge par celui que j'prouve en la 
lui entendant raconter.
	- Il nous faut une machine comme celle-l, dit 
Ambroise, qui se faisait branler par Justine; et je vous 
rponds que si nous la possdons jamais, voil bien 
srement la premire que j'y placerai.
	- Poursuis, poursuis, Jrme, dit Sylvestre, en 
montrant son vit dur comme une barre de fer; car tu nous 
ferais tous dcharger les uns sur les autres, si tu nous 
arrtais longtemps  cette dlicieuse ide.
	- J'avais eu l'occasion, reprit Jrme, dans les 
diffrents voyages que j'avais fait  Messine, de 
connatre nos aimables confrres les bndictins, de la 
fameuse abbaye de Saint-Nicolas-d'Assena; ils avaient eu 
la complaisance de me faire visiter leur maison, leur 
jardin, de m'admettre  leur table, et j'avais distingu plus 
particulirement, parmi eux, le Pre Bonifacio de 
Bologne, l'un des plus charmants libertins que j'eusse 
connu de ma vie. La conformit de mon caractre avec 
celui de ce moine m'avait assez intimement li avec lui, 
pour nous confier un million de choses.
	- Croyez-vous donc, Jrme, me dit-il un jour, que 
nous chmions ici de tous les plaisirs dont les gens du 
monde se rassasient! oh! mon ami ne l'imaginez pas; il 
faudrait que vous fussiez dans notre ordre pour que je 
vous rvlasse ces secrets; et, riche comme vous l'tes, 
rien de plus facile que d'y entrer.
	- Mais, dis-je, et la qualit de seigneur terrien que 
j'ai acquise en achetant du bien dans votre le?...
	- Ne serait qu'un motif de plus d'adoption, me dit 
Bonifacio; vous conserverez votre bien, vous serez reu  
bras ouverts, et initi ds le moment mme dans tous les 
mystres de l'ordre.
	On ne se figure pas combien cette ide m'embrasa. 
La certitude de couvrir et d'augmenter mes vices sous le 
masque imposant de la religion, l'espoir dont me flattait 
galement Bonifacio de me trouver trs promptement 
rig en mdiateur cleste entre l'homme et son prtendu 
Dieu, celui bien plus doux encore d'abuser de l'infme 
confession pour voler impunment  mon aise l'argent 
des vieilles et le pucelage des jeunes; tout cela 
m'lectrisait  un point indicible; et, huit jours aprs cette 
pressante invitation de Bonifacio, j'eus l'honneur 
d'endosser le harnais monacal, et de me trouver sur le 
champ associ  tous les projets d'iniquit de ces 
sclrats. Le croirez-vous, mes amis? il est vrai que le 
respect et la soumission du peuple envers le sacerdoce 
sont bien autres dans ce pays-l qu'en France, mais il 
n'tait pas une seule famille dans Messine dont ces 
coquins l n'eussent le secret et la confiance; et je vous 
laisse  deviner comme ils profitaient de l'un et de l'autre. 
A l'gard de leurs prcautions intrieures, certes, si les 
vtres sont bien prises, celles des bndictins de Saint-
Nicolas-d'Assena le sont pour le moins aussi bien.
	L, dans de vastes souterrains, connus seulement 
des gros bonnets de l'ordre, existe avec profusion tout ce 
que l'Italie, la Grce et la Sicile peuvent produire de plus 
dlicieux, soit en jeunes garons, soit en filles; l, 
l'inceste triomphe comme ici, et j'en ai vu qui foutaient 
leur cinquime gnration, aprs avoir foutu les quatre 
autres. La seule diffrence qu'il y ait entre ces cnobites 
et vous, c'est que ceux-ci ne se donnent pas la peine de 
cacher leurs dbordements au sein de ce vaste tombeau: 
jamais ils n'y descendent. Les portraits de ce que leurs 
richesses y rassemblent  grands frais sont placs en 
miniature dans un cabinet secret de leur appartement; et 
ils font venir  l'instant chez eux l'objet convoit par leur 
vit: de manire qu'il n'est gure de moment dans la 
journe o vous ne les trouviez se livrant tour  tour, soit 
 la plus excellente chre, soit aux divins objets qui 
meublent avec profusion leur srail. A l'gard de leurs 
caprices obscnes, vous imaginez facilement qu'ils sont 
aussi dpravs que les vtres; et les individus passs de 
cette maison l dans celle-ci vous ont suffisamment 
persuads que partout on la religion taie le libertinage, 
ses effets sont toujours bien vifs.
	La plus extraordinaire de toutes les passions que 
j'observai parmi ces aimables clibataires, fut celle de 
dom Chrysostome, suprieur de la maison. Il ne jouissait 
jamais que d'une fille empoisonne: il l'enculait dans les 
convulsions de la douleur, pendant que deux hommes le 
sodomisaient et le fouettaient alternativement. Si la fille 
n'expirait pas pendant l'opration, il la poignardait ds 
qu'il avait fini. Si elle tournait  la mort, il attendait 
l'instant des derniers soupirs pour lui remplir le cul de 
foutre.
	J'achevai de me corrompre et de me blaser avec ces 
bons pres; et j'en tais au point que rien au monde ne 
parvenait plus  me faire bander.
	- Mon ami, dis-je un jour  Bonifacio, aprs deux 
ans de cette vie picurienne, tout ce que nous faisons est 
dlicieux; mais c'est la force qui nous soumet les objets 
dont nous jouissons, et j'avoue que sous ce rapport ils me 
font moins bander que ceux qu'offrirait  mes dsirs 
l'artifice ou la ruse. Revtu de l'habit que tu m'as fait 
prendre, je n'ai plus, pour travailler d'aprs mes plans, 
que le saint et sacr tribunal de la confession. Je te 
conjure de me mettre  mme d'y siger bientt, ainsi que 
tu m'en as flatt. Il est inou combien cette ide m'excite; 
incroyable  quel degr je compte profiter de tout ce que 
ce nouvel emploi va m'offrir, pour amuser  la fois mon 
avarice et ma luxure.
	- Eh bien! dit Bonifacio, rien de plus simple. Et me 
remettant, huit jours aprs, la clef du confessionnal de la 
chapelle de la Vierge: Allez, me dit-il, heureux mortel, 
allez; voil le voluptueux boudoir que vous avez dsir, 
usez-en avec profusion; grugez-y autant de jolis objets 
que j'en dvorai dans le mme en huit ans, et je ne me 
repentirai pas de vous l'avoir fait obtenir...
	L'enthousiasme dans lequel me mettait ce nouveau 
grade, fut tel, que je n'en dormis pas de la nuit. Le 
lendemain, ds la pointe du jour, j'tais  mon poste; et, 
comme nous tions dans la quinzaine de Pques, ma 
matine ne fut pas mauvaise. Je ne vous ennuierai pas de 
toutes les balivernes dont il me fallut essuyer le dluge; 
je ne fixerai votre attention que sur une jeune fille de 
quatorze ans, nomme Frosine, noble, et d'une si 
dlicieuse figure, qu'elle ne pouvait se montrer que 
voile, pour viter la foule dont elle tait presse chaque 
fois qu'elle s'offrait  dcouvert. Frosine se livra  moi 
avec toute la candeur et l'amnit de son ge. Son coeur 
n'avait encore rien dit, quoique aucune fille  Messine ne 
ft environne de tant d'adorateurs; mais son 
temprament commenait  se faire entendre. Trs jeune 
et trs neuve encore, je fis si bien par mes questions, que 
je lui appris tout ce qu'elle ignorait.
	- Vous souffrez, ma belle enfant, lui dis-je avec 
componction, je le vois; mais c'est votre faute; la pudeur 
n'est pas si exigeante qu'il faille lui sacrifier la nature; 
vos parents vous trompent sur la pratique de cette vertu 
svre. Le tableau qu'ils vous en font, est aussi cruel 
qu'injuste. Cre par la nature, n'ayant reu que d'elle les 
impressions de volupt qu'elle vous inspire, comment en 
y cdant, voudriez-vous donc l'outrager? Tout dpend du 
choix que l'on fait; qu'il soit bon, et vous n'aurez jamais  
vous en repentir. Je vous offre  la fois mes conseils et 
mes soins; mais il faut du mystre: je n'accorde pas cette 
faveur  toutes mes pnitentes; et la jalousie que leur 
inspirerait cette prfrence vous perdrait infailliblement. 
Venez demain  midi prcis me demander dans cette 
chapelle; je vous introduirai dans ma chambre, et je vous 
rponds que le calme, le bonheur et la tranquillit 
deviendront bientt le fruit de mes dmarches. 
Dbarrassez-vous surtout de cette dugne incommode 
qui suit partout vos pas; soyez absolument seule; dites 
que je vous attends pour une confrence pieuse, et que 
l'on revienne vous prendre  deux heures.
	Frosine accepta tout ce que je lui proposais, et m'en 
jura l'excution. Elle tint parole; et voici, moi, de mon 
ct, les moyens que j'avais pris, et pour m'assurer la 
conqute de cette jeune personne, et pour l'empcher de 
retourner jamais dans sa famille.
	Aussitt aprs cette conversation, j'avais quitt 
Messine; j'tais venu dans mon chteau en annonant au 
couvent que d'indispensables affaires m'empcheraient 
de revenir de quelques jours. Clementia me remplaait: 
c'tait elle qui devait rpondre, lorsque Frosine me 
demanderait; elle devait, en continuant toujours de 
sduire notre jeune innocente, l'amener insensiblement  
consentir  me venir trouver  la campagne. Cela fait, par 
les soins de Bonifacio que je servais galement dans ses 
aventures, afin d'obtenir son secours dans les miennes, 
par les soins de cet ami, dis-je, le bruit de l'enlvement 
de Frosine allait se rpandre dans toute la ville. Une 
lettre de l'criture contrefaite de cette jeune fille devait 
tre remise  ses parents: elle leur mandait, par cette 
missive, qu'un trs grand seigneur de Florence, qui la 
guettait depuis longtemps, venait de la faire monter 
malgr elle dans une felouque gnoise qui s'loignait 
avec rapidit; que ce seigneur faisait sa fortune en 
l'pousant, et que puisqu'il n'y avait rien dans ce projet 
qui blessait son honneur, elle l'acceptait, en priant ses 
parents de n'y porter aucun obstacle; que d'ailleurs ils 
fussent extrmement tranquilles, et qu'elle leur crirait 
ds qu'elle serait arrive.
	Il est un Dieu pour les ruses lubriques; la nature les 
aime, elle les protge; aussi en voit-on rarement chouer: 
mais de toutes celles qui avaient t imagines, depuis 
bien longtemps, aucune, j'ose le dire, n'avait aussi 
compltement russi. Frosine arriva dans ma terre le 
lendemain du jour o je lui avais donn rendez-vous dans 
la chapelle indique et ds le mme soir elle fut soumise 
 mon libertinage. Mais quel fut mon tonnement lorsque 
j'aperus qu'avec la plus jolie figure qu'il ft possible 
voir, Frosine tait doue des plus minces attraits! Je ne 
vis de mes jours un cul plus sec, une peau plus brune, pas 
un soupon de gorge, et le con le plus baveux et le plus 
mal plac. Sduit par de jolis traits, je foutis nanmoins 
toujours, mais en la traitant mal; on n'aime pas tre dupe. 
Frosine reconnut sa faute, et la pleura amrement, 
lorsque oblig de partir pour parer  tout par ma 
prsence, elle se vit jete par Clementia dans un obscur 
cachot, autant pour la drober  toutes perquisitions, que 
parce qu'en ayant beaucoup trop joui, je n'tais pas fch, 
d'aprs mon usage, de la rendre un peu malheureuse.
	Je trouvai Bonifacio trs content du succs de nos 
ruses, mais fort empress de jouir  son tour du bonheur 
de leur entreprise. J'eus beau lui dire que le sujet n'en 
valait gure la peine; sduit par la naissance et la figure 
de Frosine, il voulut absolument vrifier; et vous 
imaginez bien que je n'y mis aucune opposition.
	- Ce serait, me dit Bonifacio, l'occasion de faire une 
politesse  Chrysostome, notre suprieur; plein d'amiti 
et de confiance en lui, je lui ai fait part de ta bonne 
fortune; je suis certain du plaisir qu'il aurait  la partager.
	- Volontiers, rpondis-je; les moeurs, l'esprit, les 
gots et le caractre de Chrysostome me conviennent, et 
je saisirai chaudement toutes les occasions qui me 
rapprocheront de lui.
	Nous partmes; mon srail, toujours en activit, me 
fournit amplement de quoi satisfaire  l'avide luxure de 
mes compagnons; et nous excutmes des atrocits.
	Vous savez la passion de Chrysostome, celle de 
Bonifacio portait galement un grand caractre de 
singularit; il aimait  arracher des dents; quelquefois il 
enculait sa victime pendant que nous oprions; d'autre 
fois Bonifacio arrachait, et nous sodomisions. Tous deux 
assouvirent amplement leur luxure avec Frosine; et 
quand nous l'emes dpouille des trente-deux belles 
dents que lui avait donnes la nature, le suprieur voulut 
l'immoler  sa manire. Vous vous rappelez sa passion. 
On fit avaler  cette malheureuse deux gros de sublim 
corrosif dans de l'eau-forte; et ses douleurs, ses 
crispations furent si violentes, qu'il devenait impossible 
de la fixer pour en jouir. Chrysostome en vint cependant 
 bout; et ses jouissances furent marques au coin de 
l'ivresse la plus extraordinaire, et du dlire le plus 
inconcevable. Nous voulmes l'imiter, et nous 
prouvmes bientt qu'il n'existait rien en luxure d'aussi 
piquant que cette manire de jouir dont Chrysostome 
faisait ses dlices. Cela est facile  concevoir, sans doute; 
tout se rtrcit alors dans une femme; ses sensations 
d'ailleurs, sont dans un degr d'irritation si violent, qu'il 
est impossible de n'tre pas lectris soi-mme.
	- O Justine! dit Clment en interrompant ici son 
confrre, vous le voyez Chrysostome raisonnait comme 
moi. On n'irrite jamais mieux ses sens que lorsqu'on a 
produit dans l'objet qui nous sert la plus grande 
impression possible, n'importe par quelle voie (5).
	- Et qui doute de cette vrit? dit Svrino, tait-ce 
la peine d'interrompre Jrme pour y rappeler?
	- Ce qu'il y a de bien sr, poursuivit le narrateur, 
c'est que personne au monde n'en tait convaincu comme 
Chrysostome, et qui que ce soit ne la mettait aussi 
souvent et aussi dlicieusement en pratique. Frosine 
expira dans une de ces angoisses, ayant Bonifacio au cul, 
Chrysostome au con, et moi sous les aisselles. Ce ne fut 
pas la seule victime que nous immolmes en ce genre. 
Nous en vnmes au point d'en sacrifier six  la fois de 
cette manire; trois palpitaient sous nos yeux, pendant 
que nous en foutions chacun une en con, en cul et en 
bouche. Aprs les filles, nous essaymes des garons; et 
nos lubricits redoublrent.
	Nos orgies s'entremlaient de discussions 
philosophiques; nous n'avions pas plutt commis une 
horreur, que nous cherchions  la lgitimer; personne n'y 
russissait comme Chrysostome.
	- Il est bien tonnant, nous disait-il un jour, que les 
hommes soient assez fous pour attacher quelque prix  la 
morale; j'avoue que je n'ai jamais conu de quelle 
ncessit elle pouvait leur tre: la corruption n'est 
dangereuse que parce qu'elle n'est pas universelle. On 
n'aime point le voisinage d'un malade qui a la fivre 
maligne, parce qu'on redoute la contagion, mais si l'on en 
est attaqu soi-mme, on ne craint plus rien. Il ne saurait 
exister aucun inconvnient parmi les membres d'une 
socit totalement vicieuse: que toutes acquirent le 
mme degr de corruption, et toutes se frquenteront 
sans pril. Il n'y aura plus alors que la vertu qui sera 
dangereuse; n'tant plus le mode habituel de l'homme. il 
deviendra nuisible de l'adopter. Le changement seul d'un 
tat  l'autre peut avoir des inconvnients: tout le monde 
se ressemble-t-il, tous les individus restent  la mme 
place, il ne peut plus y avoir de dangers. Il est 
absolument gal d'tre bon ou mchant, ds que tout le 
monde est l'un ou l'autre; mais si le ton de la socit est 
vertueux, il devient dangereux d'tre mchant; tout 
comme il le deviendrait d'tre bon si tous les hommes 
taient pervertis. Si donc l'tat dans lequel on se trouve 
est nul, ou indiffrent par lui-mme, pourquoi craindre 
d'adopter plutt l'un que l'autre? et pourquoi s'tonner, 
s'affliger, je le suppose, du parti que l'on prend d'tre 
mchant, quand tout nous y porte, et quand cela se trouve 
foncirement gal? Quel est l'tre qui pourra me prouver 
qu'il est mieux de rendre les autres heureux que de les 
tourmenter? Mettons, pour un moment,  part le plaisir 
que je puis prendre  me conduire de l'une ou de l'autre 
manire, est-il essentiellement utile que les autres soient 
heureux? et si cela ne l'est pas, pourquoi me gnerais-je 
en les accablant d'infortunes? Il me semble qu'il ne s'agit 
dans tout cela que de ce que je dois prouver  l'une ou 
l'autre action; car, tant, par nature, spcialement charg 
de mon bonheur, et nullement de celui des autres, je 
n'aurai tort vis--vis d'elle que dans le cas o j'aurai 
nglig de me dlecter d'aprs ses vues et d'aprs ses 
plans. Ce mme tre, que mes gots ou mes violences 
rendent malheureux, parce qu'il est le plus faible avec 
moi, jouira de sa force avec un autre, et tout deviendra 
gal. Le chat dtruit la souris, et est lui-mme dvor par 
d'autres animaux. Ce n'est absolument que pour cette 
destruction relative et gnrale que nous a crs la 
nature. Gardons-nous donc bien de jamais rsister  la 
sorte de corruption, au genre d'immoralit o nous 
entranent nos penchants; il n'y a pas le plus petit mal  
s'y livrer. Il rsulte donc des principes que j'tablis, que 
l'tat le plus malheureux sera toujours celui o la 
dpravation des moeurs sera la plus universelle, parce 
que le bonheur tant bien visiblement dans le mal, celui 
qui s'y livrera le plus ardemment sera ncessairement le 
plus heureux. On s'est bien lourdement tromp, quand on 
a dit qu'il y avait une sorte de justice naturelle, toujours 
grave dans le coeur de l'homme, et que le rsultat de 
cette loi se trouvait tre le prcepte absurde de ne pas 
faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qui nous 
ft fait. Cette loi ridicule, fruit de la faiblesse de l'tre 
inerte, ne put jamais clore dans le coeur de l'individu 
dou de quelque nergie; et, si j'avais quelques principes 
moraux  tablir, ce ne serait pas dans l'me de l'tre 
faible que j'irais chercher des prceptes. Celui qui craint 
de recevoir du mal, dira toujours qu'il n'en faut point 
faire; tandis que celui qui se moque des dieux, des 
hommes et des lois, ne cessera jamais d'en commettre. 
Ce qu'il faut, c'est de savoir lequel des deux fait bien ou 
mal; or, il me semble qu'une telle chose ne saurait se 
mettre en question. Je dfie que l'homme vertueux puisse 
me soutenir de bonne foi qu'il a ressenti en se livrant  
une bonne action, seulement le quart du plaisir prouv 
par celui qui vient d'en commettre une mauvaise. D'o 
vient donc, libre de choisir, que j'irais prfrer le mode 
qui ne remue point  celui d'o nat perptuellement 
l'agitation la plus tumultueuse et la plus agrable que 
puisse jamais prouver l'homme? Etendons nos ides; 
jugeons la socit entire; et nous nous convaincrons 
aisment que la plus heureuse de toutes sera 
ncessairement celle qui sera la plus gangrene, et cela, 
gnralement dans tous les points. Je suis loin de me 
borner  quelques dpravations partielles; je ne veux pas 
que l'on soit simplement libertin, ivrogne, voleur, impie, 
etc.; j'exige qu'on essaie de tout, qu'on se livre  tout, et 
toujours prfrablement aux carts qui paraissent les plus 
monstrueux, parce que ce n'est pas en tendant la sphre 
de ses dsordres que l'on doit ncessairement parvenir 
plus tt  la dose de flicit promise dans le dsordre. 
Les fausses ides que nous avons des cratures qui nous 
environnent, sont encore la source d'une infinit de 
jugements errons en morale; nous nous forgeons des 
devoirs chimriques envers ces cratures; et cela, parce 
qu'elles s'en croient vis--vis de nous. Ayons la force de 
renoncer  ce que nous attendons des autres, et nos 
devoirs vis--vis d'eux s'anantiront aussitt. Que sont, je 
vous le demande, toutes les cratures de la terre vis--vis 
d'un seul de nos dsirs? et par quelle raison me priverai-
je du plus lger de ces dsirs pour plaire  une crature 
qui ne m'est rien et qui ne m'intresse en rien? Si j'en 
redoute quelque chose, assurment je dois la mnager, 
non pour elle, mais pour moi, parce qu'en gnral ce ne 
doit jamais tre que pour moi que je dois agir dans le 
monde; mais si je n'ai rien  en apprhender: je dois bien 
certainement en tirer tout ce que je puis pour amliorer 
mes plaisirs, et ne les considrer toutes que comme des 
tres purement crs pour les servir (6).
	La morale, je le rpte, est donc inutile au bonheur; 
je dis plus, elle y nuit; et ce ne sera jamais qu'au sein de 
la corruption la plus tendue et la plus gnrale, que les 
individus, comme les socits, trouveront la plus forte 
dose possible de flicit sur la terre.
	Mettant bientt ces systmes en pratique, nous nous 
livrions, mes amis et moi,  tout ce que la dbauche et la 
dpravation,  tout ce que le despotisme et la cruaut 
peuvent avoir de plus piquant et de plus raffin.
	Telle tait la situation de nos esprits, lorsqu'on vint 
amener  mon tribunal de justice un jeune garon de 
seize ans, joli comme l'Amour, accus d'avoir voulu 
empoisonner sa mre. Rien n'tait plus rel; toutes les 
preuves taient contre lui. Il prissait infailliblement, 
lorsque mes amis et moi, nous consultant sur les moyens 
de tirer d'affaire un jeune homme dont nous brlions tous 
trois de jouir, ma perfide imagination m'en suggra un 
qui, non seulement sauvait le coupable, mais qui mme 
faisait prir l'innocent.
	- O est maintenant, dis-je  l'accus, le poison dont 
on t'accuse d'avoir voulu te servir?
	- Il est entre les mains de ma mre.
	- Eh bien! affirme dans le dernier interrogatoire que 
tu vas subir que c'est elle qui voulait au contraire attenter 
 tes jours; tu veux qu'elle prisse, elle prira; es-tu 
content?
	- Enchant! monseigneur, enchant! je dteste cette 
femme, et mourrais plutt que de ne la pas perdre.
	- Donne pour preuve le poison qu'elle a dans les 
mains.
	- Oui; mais on sait que je me le suis procur chez 
l'apothicaire de ce bourg; on sait la difficult qu'il me fit, 
et la manire dont je la levai, en lui disant que je 
n'achetais cette drogue que par ordre de ma mre, et pour 
dtruire les rats de sa maison.
	- N'y a-t-il que cela contre toi?
	- Non.
	- Eh bien! je te rponds  la fois de ta vie et de la 
mort de ta mre. J'envoie chercher le pharmacien. 
Gardez-vous, lui dis-je, de vouloir charger cet enfant; 
c'est bien effectivement par ordre de sa mre qu'il acheta 
chez vous, l'autre jour, l'arsenic qui fait la matire de son 
procs; et c'est bien entre les mains de sa mre que se 
trouve aujourd'hui ce poison; elle voulait le faire prir, 
nous en sommes srs: une dposition contraire vous 
perdrait.
	- Mais, dit le droguiste, n'aurai-je pas tort dans tous 
les cas?
	- Non; rien de plus simple que d'avoir rempli les 
intentions d'une mre de famille, propritaire d'une 
maison; vous ne pouviez prvoir ses vues. Mais vous 
vous perdriez, si vous n'eussiez rempli que celles de 
l'enfant.
	Le botaniste, pntr de ces raisons, parla comme 
je l'avais instruit; le jeune homme soutint ce que je lui 
avais suggr; et sa malheureuse mre, abattue de ces 
calomnies, ne trouvant rien pour y rpondre, prit sur 
l'chafaud, pendant que mes amis et moi, en face de son 
supplice, nous nous livrions, avec son fils, aux plus 
voluptueuses recherches de la sodomie. Je n'oublierai 
jamais qu'encul par Bonifacio, je dchargeai dans le cul 
du jeune homme, au moment o sa mre expirait. La 
manire dont ce charmant jeune homme se prta  nos 
plaisirs, la joie qui partit sur son front, en voyant les 
apprts de la mort de celle qui lui avait donn la vie, tout 
nous donna de si hautes ides de ses dispositions, que 
nous nous cotismes pour lui faire un sort, et pour 
l'envoyer  Naples, ou l'ge, en mrissant, en 
perfectionnant ses principes, en aura fait sans doute un 
des plus hardis sclrats de l'Europe.
	Quel crime! nous et ici cri la sottise? vous avez 
rendu  la socit un monstre, dont les forfaits 
perfectionns coteront peut-tre des milliers de 
victimes! Quelle excellente action! rpondrons-nous  la 
btise environne des prjugs gothiques de la morale et 
de la vertu. Nous avons servi la nature, en lui aiguisant 
un des ressorts par lesquels elle opre le mal ncessaire 
dont elle est toujours affame.
	Nous passmes encore trois mois  ma terre, noys 
dans la luxure et dans la dbauche, lorsque des raisons de 
prudence nous contraignirent enfin de reparatre ou nous 
plaait notre devoir. La premire aventure que me valut 
mon poste de confesseur, en revenant de l, fut celle 
d'une dvote de trente ans, encore assez jolie; elle tait 
au lit de la mort lorsqu'elle m'envoya chercher.
	- Mon pre, me dit-elle, il est temps que je rpare la 
plus odieuse des injustices. Regardez le million en or que 
voil dpos sur cette table, et fixez cette jeune fille, 
poursuivit-elle en me montrant une enfant de douze ans, 
d'une assez jolie figure; rien de tout cela ne m'appartient, 
et j'avais la mauvaise foi de tout garder... Hlas! qui sait! 
j'aurais peut-tre fait pis. Une de mes amies me remit en 
mourant  Naples, il y a deux ans, et cette fille et cet 
argent, en me faisant jurer de remettre l'un et l'autre au 
duc de Spinosa,  Milan. Sduite par l'or, j'ai tout gard, 
mais le voile se dchire  l'instant o je touche, et le cri 
de ma conscience me trouble tellement, que je ne puis 
tenir  l'aveu de mes fautes et  vous en prescrire la plus 
prompte rparation. Quelque confiance que j'aie en vous, 
mon pre, je me crois oblige de laisser un crit  mes 
hritiers, qui les instruise de cette dmarche.
	- Cette prcaution, interrompis-je aussitt, en 
divulguant inutilement vos torts, madame, prouverait en 
mme temps votre dfiance envers moi, et de ce moment 
je ne dois plus me mler en rien de cette affaire.
	- Oh! monsieur, monsieur, ne parlons plus de cet 
crit, puisqu'il vous formalise; vous seul satisferez  mon 
devoir; vous seul apaiserez le cri de ma conscience, sans 
que personne en soit instruit.
	- Ce que vous faisiez, madame, rpondis-je alors 
plus tranquillement, tait affreux, sans doute; et je ne sais 
si la simple restitution que vous vous proposez suffira 
pour apaiser le ciel. Puis reprenant avec svrit: A quel 
point vous vous tiez permis de tromper  la fois l'amiti, 
la religion, l'honneur et la nature! oh! non, ne l'imaginez 
point, jamais cette simple restitution ne suffira. Vous tes 
riche, madame, vous connaissez les besoins du pauvre; 
joignez indispensablement  la somme restitue celle de 
la moiti de votre bien, pour vous rconcilier avec la 
justice cleste... Vous le savez, madame, vos fautes sont 
bien grandes, et ce sont les pauvres qui sont nos 
meilleurs avocats prs de Dieu; ne marchandez point 
avec votre conscience; une fois devenue la proie des 
dmons qui vous attendent, vous ne serez plus  mme 
d'implorer l'Etre suprme, et d'obtenir pour vos crimes la 
misricorde dont ils ont un si grand besoin.
	- Vous m'effrayez, mon pre!
	- Je le dois, madame; en ma qualit de mdiateur 
entre le ciel et vous, je dois vous montrer les flaux 
suspendus sur votre tte; et quand vous en prviens-je? 
au moment o vous pouvez encore les dtourner: vous 
tes perdue, si vous balancez.
	Etourdie du ton dont je prononai ces dernires 
paroles, ma dvote se fit apporter sur le champ une 
cassette, dont les richesses qu'elle en sortit, s'levant  
800 mille livres, quivalaient du reste  la valeur que 
j'exigeais, en lui demandant la moiti de son bien.
	- Tenez, me dit-elle en rpandant des flots de 
larmes; tenez, mon pre, voil ma dette acquitte; priez 
pour ma pauvre me, et rassurez-moi, je vous prie.
	- Je le voudrais, madame, rpondis-je en faisant 
enlever l'or et la petite fille par Clementia, vtue en 
dugne, et que j'avais amene comme ma soeur; oui, je 
dsirerais de tout mon coeur pouvoir entirement dissiper 
vos craintes; mais le puis-je, sans vous tromper? Vous 
devez, je le sens, compter sur la misricorde de Dieu; 
mais votre rparation peut-elle galer l'offense? cette 
rparation, qui ne porte que sur le tort que vous avez fait 
aux hommes, apaisera-t-elle un Dieu irrit? Quand on 
rflchit  la grandeur,  l'immensit de cet Etre 
suprme, peut-on se flatter de l'adoucir, une fois qu'on a 
eu le malheur de l'offenser? Connaissez le caractre de 
ce Dieu terrible dans l'histoire de son peuple; voyez-le 
partout jaloux, vindicatif, implacable, et ces diffrents 
modes, qui seraient des vices dans l'homme, ne devenir 
que des vertus dans lui. Et en effet, perptuellement 
outrag par ses cratures, sans cesse envi par le dmon, 
comment, sans une tonnante svrit, parviendrait-il  
manifester son pouvoir? La marque distinctive de 
l'autorit est ncessairement la rigueur; la tolrance est la 
vertu du faible. Toujours le despotisme indiqua la 
puissance; on a beau m'assurer que Dieu est bon, moi je 
dis qu'il est juste; et la vraie justice ne s'accorda jamais 
avec la bont, qui, prise dans sa vritable acception, n'est 
qu'un des effets de la faiblesse et de la btise. Vous avez 
cruellement outrag votre Crateur, madame; la 
rparation est au-dessous de vos fautes; et je ne saurais 
vous dissimuler qu'il n'est pas en mon pouvoir de vous 
garantir des quitables chtiments que vous mritez; je 
ne puis qu'implorer l'Eternel pour le repos de votre me. 
Je le ferai sans doute; mais, faible et chtive crature 
comme vous, puis-je me flatter de russir? Les peines 
que vous avez  craindre sont pouvantables. 
Eternellement brle dans les foyers de l'enfer est, je le 
sens, une peine horrible, que l'imagination n'entrevoit 
qu'en frmissant; tel est pourtant votre sort, et je ne vois 
aucun moyen de vous en prserver. Ici, je l'avoue, le 
dsordre de mes sens, proportionn  celui que 
j'occasionnais dans ma bigote, se trouvait au-dessus de 
toute expression: je bandais  rompre ma culotte; il y eut 
un moment mme o je ne pus m'empcher de me 
branler.
	- Oh! mon pre, dit alors la bnigne crature, sans 
s'apercevoir de mes mouvements, me donnerez-vous au 
moins l'absolution?
	- Dieu m'en garde, rpondis-je d'un ton ferme et 
svre; je ne compromettrai point jusque-l la mdiation 
que j'ai reue du ciel; je n'assimilerai point, par cette 
sainte bndiction, le coupable  l'homme de bien. 
L'exiger, oser me le demander mme est un nouveau 
crime, dont le ciel doit invitablement vous punir. Adieu, 
madame, vos forces faiblissent, je le vois; rappelez toutes 
celles qui vous restent pour soutenir le moment cruel de 
votre apparition devant Dieu; moment bien terrible sans 
doute, quand on n'y arrive que pour couter la sentence 
cleste qui doit vous plonger aux enfers!
	Ici la malheureuse s'vanouit; et moi, ivre de 
luxure, de crime et de mchancet, je donnai l'essor  
mon vit furieux, et l'enfonai dans le cul de ma dvote, 
qui, ne mourant que d'une maladie de langueur, avait su 
conserver assez de charmes pour inspirer encore des 
dsirs. Il y avait longtemps, je l'avoue, que je n'avais fait 
une meilleure dcharge. Mon opration faite, je disparus 
en emportant tous les bijoux que je pus trouver dans la 
chambre; et j'appris, ds le mme soir, que ma pauvre 
pnitente avait rendu son me timore au travers des flots 
de foutre dont j'avais inond le passage. Je fis prsent de 
la petite fille au couvent, et ne rservai pour moi que les 
richesses, que je commenais  prfrer  tout.
	Cependant, au fate du bonheur et du calme paisible 
dont ma philosophie me faisait jouir, j'prouvais cette 
sorte d'inconstance, flau de l'me et trop funeste 
apanage de notre triste humanit; blas sur tout, il n'tait 
plus aucune jouissance qui parvnt  me rveiller. 
J'inventais des horreurs, et je les excutais de sang-froid; 
en tat de ne me rien refuser, quelque dispendieux que 
pussent tre mes projets de dbauche, je les entreprenais 
 l'instant. J'envoyais chercher les victimes de ma luxure 
jusque dans les les de l'Archipel; et mes missaires se 
trouvant un jour en concurrence avec ceux du grand 
seigneur, j'eus la gloire et la satisfaction d'apprendre 
qu'ils l'avaient emport sur ceux du sultan.
	Mais ce n'tait plus tout cela qu'il me fallait; une 
jouissance simple ne me faisait plus prouver la moindre 
sensation; j'avais besoin de crimes, et je n'en pouvais 
trouver d'assez forts.
	Un jour, examinant l'Etna, dont le sein vomissait 
des flammes, je dsirais tre ce clbre volcan. Bouche 
des enfers, m'criai-je en le considrant, si comme toi je 
pouvais engloutir toutes les villes qui m'environnent, que 
de larmes je ferais couler! A peine mon invocation est-
elle prononce, que j'entends du bruit prs de moi: un 
homme m'coutait.
	- Vous venez, me dit ce personnage, de former un 
trange dsir.
	- Dans l'tat o je suis, rpondis-je avec humeur, on 
en forme de plus extraordinaires encore.
	- Soit, me rpond mon homme; mais tenons-nous-
en  celui que vous venez de prononcer, et apprenez de 
moi qu'il est possible. Je suis chimiste; j'ai pass ma vie  
tudier la nature,  lui drober ses secrets; et, 
l'immoralit nourrissant mes tudes, ce n'est, depuis vingt 
ans, qu'au malheur des hommes que je consacre mes 
dcouvertes. Vous voyez comme je vous parle; votre 
singulier dsir m'a convaincu de la confiance que je 
pouvais avoir en vous; apprenez donc qu'on peut 
contrefaire les terribles ruptions de cette montagne; si 
vous voulez, nous l'essaierons ensemble.
	- Monsieur, dis-je  cet homme en l'invitant de 
s'asseoir avec moi prs d'un arbre, causons, je vous 
supplie. Est-il bien vrai que vous puissiez imiter un 
volcan?
	- Rien de plus ais.
	- Et nous produirons par l'effervescence de ce 
volcan factice les mmes effets qu'un tremblement de 
terre?
	- Absolument.
	- Nous dtruirons des villes?
	- Nous les abmerons, nous bouleverserons l'le 
entire.
	- Agissons, monsieur, agissons; je vous couvre d'or 
si vous russissez.
	- Je ne vous demande rien, me rpondit mon 
homme; le mal m'amuse, et, lorsque je m'y livre, jamais 
je ne m'en fais payer. Je ne vends que les recettes qui 
sont utiles aux hommes; je distribue pour rien toutes 
celles qui leur nuisent. Je ne pouvais me lasser de 
considrer ce personnage. Qu'on est heureux, monsieur, 
lui dis-je avec enthousiasme, lorsqu'on rencontre des 
gens qui pensent comme nous! Et dites-moi, homme 
cleste! quel est le motif qui vous fait faire le mal? et 
qu'prouvez-vous en le faisant?
	- Ecoutez-moi, me dit Almani (c'tait le nom de ce 
chimiste), je vais rpondre  vos deux questions. Le 
motif qui m'engage  me livrer au mal est n chez moi de 
la profonde tude que j'ai faite de la nature. Plus j'ai 
cherch  surprendre ses secrets, plus je l'ai vue 
uniquement occupe  nuire aux hommes. Suivez-la dans 
toutes ses oprations: vous ne la trouverez jamais que 
vorace, destructive et mchante, jamais 
qu'inconsquente, contrariante et dvastatrice. Jetez un 
instant les yeux sur l'immensit des maux que sa main 
infernale rpand sur nous en ce monde. A quoi servait-il 
de nous crer pour nous rendre aussi malheureux? 
pourquoi notre triste individu, ainsi que tous ceux qu'elle 
produit sortent-ils de son laboratoire aussi remplis 
d'imperfections? Ne dirait-on pas que son art meurtrier 
n'ait voulu former que des victimes, que le mal ne soit 
son unique lment, et que ce ne soit que pour couvrir la 
terre de sang, de larmes et de deuil qu'elle soit doue de 
la facult cratrice... que ce ne soit que pour dployer ses 
flaux qu'elle use de son nergie? Un de vos philosophes 
modernes se disait l'amant de la nature; eh bien, mon 
ami, je m'en dclare le bourreau. Etudiez-la, suivez-la, 
cette nature atroce, vous ne la verrez jamais crer que 
pour dtruire, n'arriver  ses fins que par des meurtres, et 
ne s'engraisser comme le Minotaure, que du malheur et 
de la destruction des hommes. Quelle estime, quel amour 
pourriez-vous donc avoir pour une force semblable, dont 
les effets sont toujours dirigs contre vous? Lui voyez-
vous jamais dispenser un don sans qu'une peine grave 
l'accompagne? Si elle vous claire douze heures, c'est 
pour vous plonger douze autres dans les tnbres; vous 
laisse-t-elle jouir des douceurs de l't, ce n'est qu'en les 
accompagnant des horreurs de la foudre; prs de l'herbe 
la plus salutaire, sa main tratresse fait germer les 
poisons; elle hrisse le plus beau pays du monde de 
volcans qui le mettent en cendres; se pare-t-elle un 
instant  vos yeux, c'est pour se couvrir de frimas l'autre 
partie de l'anne; nous donne-t-elle quelque vigueur 
pendant les premiers temps de notre vie, c'est pour nous 
accabler pendant la vieillesse et de tourments et de 
douleurs; vous laisse-t-elle un moment jouir du bizarre 
tableau de ce monde, c'est pour qu'en parcourant la 
funeste carrire qui le prsente  vos yeux, vous soyez  
chaque pas effray des affreux malheurs qui la couvrent. 
Voyez avec quel art mchant elle entremle vos jours 
d'un peu de plaisir et de beaucoup de peines; examinez 
de sang-froid, s'il vous est possible, les maladies dont elle 
vous accable, les divisions qu'elle fait natre parmi vous, 
les suites effroyables dont elle veut que vos plus douces 
passions soient entremles: prs de l'amour est la fureur; 
prs du courage, la frocit; prs de l'ambition, le 
meurtre; prs de la sensibilit, les larmes; prs de la 
sagesse, toutes les maladies de la conscience. Dans 
quelle situation affreuse vous met-elle, en un mot, 
puisque le dgot de la vie devient tel en votre me, qu'il 
n'est pas un seul homme qui voult recommencer  vivre, 
si on le lui offrait le jour de sa mort? Oui, mon ami, oui, 
j'abhorre la nature; et c'est parce que je la connais bien, 
que je la dteste: instruit de ses affreux secrets, je me 
suis repli sur moi-mme, et j'ai senti (voil ma rponse  
votre seconde question), j'ai prouv une sorte de plaisir 
indicible  copier ses noirceurs. Eh bien, ai-je continu 
de me dire, est-ce un tre assez mprisable, assez odieux, 
que celui qui ne me donna le jour que pour me faire 
trouver du plaisir  tout ce qui nuit  ses semblables! Eh 
quoi! (j'avais seize ans alors)  peine suis-je sorti du 
berceau de ce monstre, qu'elle m'entrane aux mmes 
horreurs que celles qui la dlectent elle-mme! Ce n'est 
plus corruption ici:  peine suis-je n, c'est inclination, 
c'est penchant. Sa main barbare ne sait donc ptrir que le 
mal; le mal la divertit donc? et j'aimerais une mre 
semblable! Non; je l'imiterai, mais en la dtestant; je la 
copierai, elle le veut, mais ce ne sera qu'en la 
maudissant; et, furieux de voir que mes passions la 
servent, je vais si bien dmler ses secrets, que je puisse, 
si cela m'est possible, devenir encore plus mchant, pour 
la mieux heurter toute ma vie. Ses filets meurtriers sont 
tendus sur nous seuls; essayons de l'y envelopper elle-
mme en la masturbant, si je peux: barrons-la dans ses 
oeuvres pour l'insulter plus vivement; et troublons-la, s'il 
est possible, pour l'outrager plus srement. Mais la putain 
s'est moque de moi, ses ressources l'emportent sur les 
miennes: nous luttions trop ingalement. En ne m'offrant 
que ses effets, elle me voilait toutes ses causes. Je me 
suis donc restreint  l'imitation des premiers; ne pouvant 
deviner le motif qui plaait le poignard en ses mains, j'ai 
su lui ravir l'arme, et m'en suis servi tout comme elle.
	- Oh! mon ami, m'criai-je dans l'enthousiasme, je 
ne vis jamais une imagination plus ardente que la vtre... 
Quelle nergie!... quelle vigueur! et que de mal vous 
avez d faire dans le monde avec une tte aussi vive.
	- Je n'existe que par le mal et pour le mal, me 
rpondit Almani; le mal seul m'meut; je ne respire qu'en 
le commettant; mon organisation n'est dlecte que par 
lui seul.
	- Almani, interrompis-je avec chaleur, vous bandez 
sans doute, en vous y livrant.
	- Jugez-en, me dit le chimiste, en me mettant  la 
main un vit gros comme le bras, et dont les veines 
violettes et gonfles semblaient prtes  s'ouvrir sous la 
violence du sang qui y circulait.
	- Et vos gots, mon cher, quels sont-ils?
	- J'aime  voir prir une crature dans quelques-
unes de mes expriences; je fous une chvre pendant ce 
temps-l, et le dcharge quand la crature expire.
	- Et des hommes, vous n'en foutez point?
	- Jamais; je suis bestialitaire et meurtrier, je ne sors 
pas de l.
	Almani finissait  peine de me rpondre, qu'une 
lave s'ouvrit  nos pieds. Je me lve, effray; et lui, sans 
s'mouvoir, ballottant toujours son vit  pleine main, me 
demande flegmatiquement o je vais.
	- Ne bougez donc pas, me dit-il; vous voulez 
connatre mes passions; venez-en voir une; venez, 
poursuivit-il en se branlant, venez voir jaillir les flots de 
mon foutre dans ceux de bitume et de soufre dont 
l'aimable nature entoure ici nos pas; il me semble que je 
suis aux enfers, que je dcharge dans ses feux; cette ide 
m'amuse; je n'tais ici que pour y satisfaire.
	Il jure, il blasphme, il tempte, et son sperme 
lanc vole teindre la lave.
	- Almani, suivez-moi, lui dis-je; je dsire infiniment 
vous connatre plus  fond; j'ai des victimes  vous offrir; 
je veux d'ailleurs apprendre vos secrets. Nous 
retournmes chez moi. Le chimiste admira mon 
habitation, loua mes gots, s'amusa de mon srail. Je lui 
donnai des chvres, et je les lui fis foutre avec plaisir, 
pendant qu'avec un fil il attirait la foudre sur la tte d'une 
jolie Napolitaine de seize ans, qui mourut dans 
l'opration; il en frappa une autre par l'lectricit, qui 
expira dans d'horribles douleurs; il accumula tellement le 
poids de l'air sur les poumons d'une troisime, qu'elle fut 
touffe dans une demi-seconde. Il examinait toute nue 
la victime de ses oprations, lui maniait et baisait fort 
longtemps les fesses, gamahuchait le trou du cul, et 
trouvait, disait-il, dans ce seul pisode, toute la dose 
d'irritation ncessaire  condamner le sujet  la mort. Ses 
expriences se portrent aussi sur de jeunes garons qu'il 
traita de mme. Il m'apprit ensuite plusieurs de ses 
secrets, et nous procdmes  la grande exprience qui 
avait fait l'objet du voyage. Le procd tait simple. Il ne 
s'agissait que de former des pains de dix  douze livres, 
ptris avec de l'eau, de la limaille et du soufre; on plaait 
ces pains  trois ou quatre pieds en terre, dans une 
distance de plusieurs lieues,  vingt pouces environ l'un 
de l'autre; ds que ces masses taient chauffes, 
l'ruption se faisait d'elle-mme. Nous multiplimes 
tellement ces dpts, que l'le entire prouva l'un des 
plus furieux bouleversements qui l'et encore agite 
depuis plusieurs sicles. Dix mille maisons furent 
renverses dans Messine, cinq difices publics crass, et 
vingt-cinq mille mes devinrent la proie de notre insigne 
mchancet.
	- Mon cher, dis-je au chimiste ds que notre 
opration fut termine, quand on a fait tant de mal 
ensemble, le plus sr est de se sparer; prends ces 
cinquante mille francs, et ne parlons jamais l'un de 
l'autre...
	- Le silence, oui, je le promets, rpondit Almani; 
l'argent, je le refuse. Ne vous souvient-il plus que je vous 
ai dit que je ne me faisais jamais payer du mal que 
j'oprais? Si j'avais fait du bien chez vous, l'accepterais 
une rcompense; mais je n'y ai fait que du mal... du mal 
qui m'a fait plaisir; nous sommes quittes. Adieu.
	Mon dgot pour la Sicile redoubla quand j'y eus 
produit ce terrible vnement; et, sentant qu'il n'tait plus 
rien au monde qui pt m'y fixer  l'avenir, je mis mon 
bien en vente, aprs avoir gorg tous les sujets de mon 
srail, et Clementia elle-mme, malgr son extrme 
attachement pour moi. Frappe de ma barbarie et de mon 
ingratitude, surprise de me voir lui rserver avec 
recherche un plus affreux supplice qu'aux autres, elle osa 
m'adresser des reproches.
	- O Clementia, lui dis-je, que tu connais mal le 
coeur d'un libertin tel que moi, ds que tu ne t'es pas 
dfie du sort que je prparais! ne sais-tu donc pas que la 
reconnaissance dont tu crois surcharger mon me ne 
devient sur ses ressorts uss qu'un vhicule de plus pour 
les diriger vers le crime; et que si j'prouve, en 
t'immolant, quelque chagrin ou quelque remords, c'est de 
ne t'en pouvoir faire assez. Elle mourut sous mes yeux, et 
je dchargeai violemment.
	Je m'embarquai pour l'Afrique avec le projet de 
m'associer aux barbares de ces affreux cantons, pour 
devenir, si je le pouvais, mille fois encore plus froce 
qu'eux.
	Mais, c'est ici o l'inconstance du sort voulut me 
convaincre, en me faisant prouver ses revers, que si la 
main favorise presque toujours les forfaits, ceux qui ont 
t bourreaux doivent nanmoins devenir victimes  leur 
tour, quand de nouveaux perscuteurs se prsentent... 
Vrit qui pourtant ne prouve rien pour la vertu, 
puisqu'on la voit, dans les rcits que je vous fais, presque 
 tout moment tourmente; mais qui doit seulement nous 
apprendre que l'homme, jouet par sa faiblesse de tous les 
caprices de la fortune, ne doit leur opposer, s'il est 
raisonnable, que la patience et le courage.
	Je m'tais embarqu  Palerme sur un petit btiment 
lger que j'avais frt pour moi seul. A peine fmes-nous 
 la hauteur des roches de Quels, que nous apermes les 
ctes de l'Afrique. Parvenus l, un corsaire barbaresque 
nous attaque, et nous prend sans aucune rsistance. En 
un moment, mes amis, je me vois priv de ma fortune et 
de ma libert; je perds en une minute tout ce que les 
hommes ont de plus cher. Hlas! me dis-je, ds que je fus 
enchan, si cet argent mal acquis tombait en de 
meilleures mains, peut-tre croirais-je en l'quit de la 
fortune; mais sera-t-il mieux plac dans la bourse de ces 
sclrats qui ne croisent ces parages, que pour peupler le 
srail du bey de Tunis? sera-t-il mieux l, dis-je, que 
chez moi qui formais aussi des srails? O donc est-elle 
cette sublime justice du sort? Patience, ce n'est ici qu'un 
de ses caprices: celui-ci me ruine aujourd'hui, un second 
me relvera.
	En peu d'heures nous arrivmes  Tunis. Mon 
patron me prsenta au bey, qui donna ordre  son 
bostangi de m'employer sur-le-champ aux jardins; et mes 
richesses furent confisques. Je voulus faire quelques 
reprsentations; on m'objecta que j'tais prtre d'une 
religion en horreur  Mahomet, et que jamais on ne 
rendait ces biens-l. Il fallut se taire et travailler. Ayant  
peine trente-deux ans, j'tais au moins dans l'ge de la 
force, et quoique nerv par mes dbauches, je me 
sentais encore toute l'nergie ncessaire  souffrir 
patiemment mon sort. Mal nourri, mal couch, travaillant 
beaucoup, si mon physique prouvait quelque altration, 
mon moral, j'ose l'affirmer, n'en ressentait aucune, et je 
me sentais toujours dans l'esprit la mme luxure et la 
mme mchancet (7); quelquefois j'envisageais les murs 
du srail, au pied desquels je travaillais, et je me disais: 
O Jrme! et toi aussi tu as eu un srail, et de dlicieuses 
victimes qui le peuplaient; et te voil, par ta faute, rduit 
 servir ceux avec lesquels tu rivalisais.
	Un soir que je me livrais  ces tristes rflexions, je 
vois un billet tomber  mes pieds; je me hte de le 
ramasser. Dieu! quelle est ma surprise, en y 
reconnaissant l'criture et le nom de Josphine... de cette 
infortune que j'avais vendue  Berlin, avec la certitude 
qu'elle ne m'tait achete que pour devenir la victime 
d'un meurtre de dbauche.

	Erreur ! Source du renvoi introuvable.
JOSEPHINE.

	Inconcevables effets du plus affreux de tous les 
caractres! mon premier mouvement fut d'tre dsol de 
voir chappe au supplice une victime que j'y avais 
envoye; mon second fut de me trouver piqu de devoir 
un service  celle... que je n'avais jamais voulu que 
matriser. N'importe, me dis-je, acceptons; l'important est 
de se tirer d'ici. Elle prouvera, quand je me serai servi 
d'elle, quels sont, dans un coeur comme le mien, les 
rsultats de la reconnaissance.
	Le second billet, l'argent, le portrait, tout arriva  
l'heure indique. Je baisai l'argent, crachai sur le portrait, 
et lus le billet avec avidit. On m'y apprenait qu'on tait 
devenue matresse d'une fortune considrable que je 
serais le matre de partager, si je le voulais, et surtout si 
je le mritais; que j'eusse  aller parler sur-le-champ, 
dans l'endroit qui m'tait indiqu, au matre d'un navire 
qui m'attendait, et que je convinsse avec lui, et du prix 
qu'il nous demandait pour nous conduire  Marseille, et 
des moyens  prendre pour nous esquiver l'un et l'autre.
	Je vole chez l'homme dont on me parle, et j'en 
reois toute sorte de satisfactions. Delmas tait un vieux 
rengat repentant, qui brlait de revoir sa patrie, et 
d'arracher aux Turcs le plus de victimes qu'il lui serait 
possible.
	- Tenez, me dit-il, voici d'abord une chelle de soie 
que vous ferez passer  votre protectrice; joignez-y cette 
eau dont elle coupera ses grilles, rien qu'en les frottant 
avec. Une fois dans les jardins, o, comme vous croyez 
bien, elle ne doit arriver mme de nuit, elle se 
transportera chez moi par le mme chemin que vous 
venez de prendre; je la cacherai dans mon btiment o 
vous viendrez vous jeter ds que le bagne sera ouvert.
	Tout joyeux de ces bonnes nouvelles, je retourne au 
pied du srail. Je fais le signal convenu; on y rpond. 
Une ficelle m'arrive; j'y attache l'chelle, la liqueur, et un 
mot de rponse o je fais clater des sentiments de 
tendresse et de reconnaissance... exprims du mieux qu'il 
m'tait possible. La jalousie se referme, et, le lendemain 
un dernier billet m'annonce que l'excution du projet sera 
pour la nuit suivante; on m'invite  ne pas l'oublier, afin 
d'tre sr de trouver Josphine, son coeur et ses trsors, 
le lendemain de bonne heure,  fond de cale du btiment 
de Delmas.
	Je fus exact. Je ne vous parlerai point de la scne de 
reconnaissance; elle fut tendre du ct de Josphine, 
arrose mme de ses larmes; du mien, svre et toujours 
accompagne de ce sentiment intrieur de mchancet 
qui ne me permettait pas qu'un individu tombt dans mes 
mains, sans que j'prouvasse  l'instant le plus vif dsir 
d'exercer sur lui mon empire. Josphine avait atteint l'ge 
o les traits, en se dveloppant, changent en beaut leur 
finesse: c'tait vritablement une trs belle femme. En 
attendant que le patron mit  la voile, nous bmes une 
bouteille de vin de Syracuse; et la chre fille me raconta 
ses aventures.
	L'homme qui l'achetait  moi, tait Frdric, roi de 
Prusse, qui, sur le rcit de son frre, avait vivement 
dsir l'immolation de cette crature. Assez heureuse 
pour chapper au supplice effrayant qui lui tait destin, 
par l'entremise de ce valet de chambre qui l'avait 
engrosse, elle s'tait vade de Berlin ds la mme nuit, 
et avait pass comme moi  Venise. Diffrentes 
aventures galantes l'avaient soutenue dans cette ville, 
jusqu' ce qu'un pirate tunisien l'et enleve et vendue au 
bey dont elle tait devenue la favorite. Ce qu'elle 
m'apportait, quoique trs considrable, n'tait pourtant 
que le tiers au plus des richesses dont ce souverain l'avait 
comble; mais elle n'avait pu emporter que cela; il y en 
avait  peu prs pour cinq cent mille francs.
	- Allons, ma chre, dis-je  Josphine, voil de quoi 
nous tablir  Marseille; nous sommes l'un et l'autre 
assez jeunes pour nous flatter de faire fructifier cet 
argent, et pour esprer d'tre riches un jour. Ma main, 
continuai-je faussement, deviendra, ds en arrivant, la 
rcompense de tes soins, s'il est vrai que tu puisses 
rellement me pardonner le crime affreux dont je suis 
coupable envers toi.
	Mille tendres baisers de Josphine furent sa 
rponse. Nous tions cachs  tous les yeux; le calme 
rgnait encore dans le btiment; les douceurs de la 
libert, les fumes de Bacchus, tout nous enflamma, au 
point que les sacs sur lesquels nous tions servirent de 
trne  la volupt. Il y avait longtemps que je n'avais 
dcharg. Je retrouvais une femme sur laquelle ma 
perfide imagination me faisait concevoir dj d'affreux 
projets de mchancet. Josphine fut trousse par 
derrire; la supriorit de ses fesses me tenta; elles 
taient tonnamment bien conserves; je l'enculai.
	- Ranime-moi, lui dis-je, ds que j'eus fini; dtaille 
 ma lubricit les tableaux de celle du bey. Comment se 
conduit-il avec une femme?
	- Ses got sont singuliers, me rpondit Josphine; il 
faut, avant que de l'aborder, qu'une femme soit toute nue, 
prosterne  plat ventre, trois grandes heures, sur un 
tapis. Deux icoglans (8) le branlent pendant ce temps l. 
Quand leur matre bande, ils vont relever la femme, et la 
lui conduisent. Elle s'incline; alors les icoglans lui 
attachent les pieds et les mains. De ce moment il faut 
qu'elle tourne avec une rapidit prodigieuse jusqu' ce 
qu'elle tombe. Sitt qu'elle est  bas, il se jette sur elle, et 
l'encule. C'est la seule manire dont il jouisse des 
femmes; et son amour pour elles se rgle sur le plus ou 
moins de vitesse avec laquelle elles tournent. Je ne lui 
avais plu que par mon talent en ce genre; et tous les 
prsents que j'en ai reus, n'en sont que la rcompense.
	Echauff de ce rcit, je sodomisai Josphine une 
seconde fois, et j'prouvai, je l'avoue, une sorte de 
volupt  me sentir dans le mme cul qui faisait 
dcharger un empereur turc, lorsque Delmas, entrant tout 
 coup, pensa nous prendre sur le fait. Il venait nous 
avertir qu'il allait mettre  la voile, et que libres, dans une 
heure ou deux, nous pourrions aller le trouver dans la 
chambre du capitaine. Nous y fmes. Josphine ayant 
confi au rengat le projet qu'elle avait de s'tablir avec 
moi dans une maison de commerce  Marseille, je 
dmlai promptement, par les rponses du patron, qu'il 
avait assez d'argent pour se mettre en tiers avec nous. De 
ce moment je conus le dessein de le voler, d'gorger 
mme mes deux bienfaiteurs; et, m'emparant de leurs 
richesses et de leur vaisseau, de cingler vers Livourne, au 
lieu de Marseille, afin de me drober aux poursuites. 
Dans cette intention j'chauffai la tte de Delmas pour 
Josphine, et j'engageai en mme temps celle-ci  ne pas 
se montrer trop rcalcitrante aux intentions du rengat 
sur elle, afin de tirer de lui une infinit d'claircissements 
et de facilits  la conclusion d'un projet que je ne 
pouvais conduire seul, vu mon peu d'aptitude en cette 
partie.
	Ces premires tentatives eurent tout le succs que 
je pouvais en attendre; et ds la seconde nuit Delmas 
coucha avec Josphine. C'tait tout ce que je dsirais. A 
peine les crois-je ensemble, que je force la sentinelle, le 
poignard  la main, en runissant autour de moi le plus 
que je peux des gens de l'quipage.
	- Mes amis, leur dis-je, voyez  quel point ce 
sclrat me trahit; je lui confie ma femme, voil l'usage 
qu'il en fait.
	Et tombant sur le couple endormi, je veux le percer 
de mille coups. Mais Delmas veill avait l'air de 
s'attendre  tout; il tire sur moi, me manque. Je me 
prcipite sur lui; je le poignarde avec l'indigne objet de 
sa couche, et les laisse baigns dans leur sang. 
Remontant alors sur le tillac, je runis l'quipage autour 
de moi; je le harangue.
	- Mes camarades, leur dis-je, l'horreur dont la 
plupart de vous ont t les tmoins, m'a seule contraint  
ce que je viens de faire. J'ai puni un sclrat qui n'tait 
pas fait pour vous commander, puisqu'il portait  ce point 
la dpravation et l'impudeur. Delmas tait de moiti avec 
moi dans les frais de cet embarquement; et, quoique vous 
m'ayez vu sous l'habit d'esclave, je n'en possde pas 
moins une fortune gale  la sienne: je lui succde donc 
de droit. Comptez sur ma probit et sur mes talents; je 
vous guiderai mieux que lui. Le voyage sera  peu prs le 
mme; je n'y change que la destination. Pilote, dirige-
nous vers Livourne; mes relations commerciales me 
dterminent  prfrer ce port  celui de Marseille; et, 
quant  vous, mes amis, d'aujourd'hui je double votre 
paye.
	Ce discours me valut d'universels 
applaudissements. On jeta les morts  la mer; je 
m'emparai de toutes leurs richesses; et nous cinglmes.
	O fortune! m'criai-je ds que je fus tranquille, tu 
rpares donc tes torts envers moi. Ce sera sans doute ici 
la dernire de tes secousses, et tu finiras par me 
convaincre, ainsi que tous ceux qui sauront mon histoire, 
que si tu nous jettes quelquefois d'cueils en cueils, c'est 
pour nous mieux faire sentir tous les dlices dont ta main 
nous couronne au port.
	Mon compte fait, ma capture, sans comprendre le 
vaisseau que je vendais en arrivant  Livourne, pouvait 
se monter  douze cent mille livres; et je nageais 
dlicieusement dans les plaisirs que l'espoir fait si bien 
goter  l'esprit, lorsque la sentinelle de quart avertit 
qu'un corsaire court sus. Reconnaissant la supriorit de 
mes forces, j'ordonne l'abordage; je m'lance sur le pont, 
mon quipage me suit. La mort vole sous nos coups; nous 
nous baignons dj dans le sang; je pntre, le sabre  la 
main, dans la chambre du capitaine. Ciel! quel objet 
frappe mes yeux!... Juste ciel! quelle est ma surprise!... 
C'est Josphine... Josphine, que je croyais avoir 
poignarde sur le vaisseau de Delmas. D'un revers 
affreux j'abats l'homme qui veut la dfendre; puis 
m'adressant  elle: 
	- Par quelle fatalit, m'criai-je, ton dtestable 
individu s'offre-t-il sans cesse  mes yeux?
	- Dchire-le, cet individu qui t'excde, dit Josphine 
en ouvrant son sein; oui, presse-toi de l'anantir cette 
fois-ci. Je suis coupable; je te poursuivais, avec le 
dessein de t'arracher la vie: tu triomphe, perfide, rends-
toi matre de la mienne; et sache avant, si tu le veux, par 
quelle fatalit tu me revois, quand tu te rjouissais dj 
de ma mort.
	Je te connaissais, Jrme; tes ruses ne m'en 
imposrent pas; je les dvoilai toutes  Delmas. Te 
souponnant un violent parti parmi les matelots, nous 
prfrmes l'adresse  la force. Le rengat me fit vader 
le soir, dans la chaloupe du vaisseau, seulement escorte 
de deux rameurs; et, pour mieux dcouvrir tes projets, 
passa la nuit avec une des servantes de l'quipage, que tu 
as prise pour moi, et que tu as sans doute gorge avec 
lui, puisque c'est toi qui commande ici. Je devais, moi, 
fuir lestement vers un petit btiment que nous savions 
peu loin de nous, semblable  celui de Delmas, et mont 
par un rengat comme lui... le voil, tu viens de l'tendre 
 tes pieds. Ce capitaine, prvenu par la lettre que je lui 
portais, devait avoir l'air d'attaquer Delmas, de le vaincre, 
de te mettre aux fers. N'tait-il pas temps que je me 
vengeasse de tes perfides complots? Tu l'emportes, 
Jrme; voil mon dfenseur sans vie; je te le rpte, 
hte-toi de prendre la mienne. Si le ciel me rendait 
l'avantage, sois sr que tu ne m'chapperais pas. Tu es un 
ingrat, ds que tu as pu faire taire en toi l'organe sacr de 
la reconnaissance; et je ne veux plus tre l'amie d'un 
monstre.
	Ici la fureur se runissant dans mon me  tous les 
sentiments de dgot et de rage qui m'avaient dj fait 
proscrire cette infernale crature, je la fis aussitt couvrir 
de fers et jeter dans les cales de mon btiment. Puis, 
faisant remorquer le sien par le mien, nous continumes 
de voguer vers Livourne. Mais le soir, un peu dlass de 
mes fatigues, venant de boire quelques bouteilles de vin 
grec, mon infernal vit me rappela bientt que j'avais une 
dlicieuse victime  lui offrir. J'avais soup avec un petit 
mousse, que j'aimais beaucoup, et qui me branlottait sur 
mes ides. Le plus dlicieux projet de vengeance 
enflamme aussitt mon imagination. Je fais monter la 
victime dans ma chambre; je la livre, en dtail,  tous les 
matelots de l'quipage. Je branlais leurs engins, et les 
introduisais alternativement ainsi, tantt au con, tantt au 
cul. Aussitt qu'un d'eux avait fini, je l'obligeai  
distribuer cent coups de corde, tant sur les reins que sur 
les fesses de sa jouissance, et  lui frotter le visage de son 
cul. Soixante-quatre hommes lui passrent ainsi sur le 
corps; et elle reut six mille quatre cents coups 
d'trivire. J'tais le seul qui n'et pas dcharg. Je me 
branlais en considrant Josphine vanouie,  terre, au 
milieu de ma chambre; j'aimais  voir l celle qui venait 
de tout risquer pour moi, et qui, si elle se vengeait enfin, 
en avait, il faut en convenir, obtenu de bien puissants 
droits. Jamais encore une telle irritation ne s'tait 
empare de mes sens; mon foutre chappait malgr moi. 
Je dsirais une mort horrible  cette crature; vingt 
projets s'offraient  mon esprit, qui les rejetait aussitt, 
comme trop faibles. Je voulais runir sur son individu 
toutes les douleurs de l'humanit, et nulle ne me 
paraissait assez forte ds que je la dtaillais.
	- O Jrme, s'cria-t-elle en revenant  la vie et 
devinant mes penses, je pourrais vivre encore, et vivre 
pour t'aimer; tu sais ce que j'ai fait pour toi; qui de nous 
deux eut tort le premier?
	Mais loin de m'attendrir, la gueuse m'lectrisait de 
plus en plus. Je la foulais aux pieds, je lui frappais le 
sein, je lui mordais les fesses; je ressemblais au tigre, 
matre enfin de sa proie, et qui n'amuse sa fureur que 
pour l'irriter davantage. J'tais ivre, en un mot, de luxure 
et de frnsie, lorsque mes gens vinrent m'avertir que le 
btiment que nous tranions gnait infiniment la 
manoeuvre. Ce fut alors que je me dterminai enfin au 
singulier projet que vous allez voir.
	Je fis garrotter Josphine, nue, au mt de ce 
vaisseau; je le chargeais de poudre; je fis couper les 
cbles qui l'attachaient au mien; puis, allumant une 
mche de communication, seul lien qui restt entre ce 
navire et nous, je le fis clater dans les airs, et me 
donnai, tout en foutant mon petit mousse, le dlicieux 
plaisir de voir retomber pour jamais dans les flots les 
membres dchirs de celle qui m'avait tant aim jadis, et 
qui tout rcemment encore venait de me rendre  la fois 
une fortune et la libert... Oh! quelle dcharge, mes 
amis! je n'en avais jamais fait de meilleure.
	Nous arrivmes enfin  Livourne, o j'eus 
l'avantage de prendre terre dans le meilleur tat du 
monde. Je congdiai mes gens; je vendis mon vaisseau; 
et, ralisant aussitt mes effets en traites sur Marseille, 
aprs m'tre repos quelques jours, je gagnai cette ville 
par terre, ne voulant plus m'exposer aux dangereux 
hasards d'un lment dont j'avais aussi bien prouv 
l'inconstance.
	Marseille est une ville dlicieuse, o l'on trouve  la 
fois tout ce qui peut flatter les passions du libertinage, 
dans l'un et l'autre genre. Chre excellente, climat divin, 
abondance d'objets de luxure; en fallait-il plus pour y 
fixer un dbauch tel que moi! Je n'avais point repris le 
costume ecclsiastique; sr d'en recouvrer les droits ds 
que je le voudrais, j'tais bien aise de jouir quelque 
temps des liberts de l'habit du monde. Je louai une jolie 
maison sur le port, un excellent cuisinier, deux filles pour 
me servir, et deux excellents maquereaux,  l'un desquels 
je distribuai la classe des gitons, tandis que je chargeai 
l'autre de la partie des femmes: tous deux me servirent si 
bien, que, dans ma premire anne, j'avais dj vu plus 
de mille fianons et prs de douze cents jeunes filles. Il 
existe  Marseille une caste de ces cratures, connue 
sous le nom de Chaffrecane, absolument compose 
d'enfants de douze  quinze ans, travaillant aux 
manufactures ou dans les ateliers, qui fournit aux 
paillards de cette ville les plus jolis objets qu'il soit 
possible de trouver. J'puisai promptement cette classe, 
et ne fus pas longtemps  me blaser sur cela, comme je 
l'avais fait sur le reste. Toutes les fois que le crime 
n'accompagnait pas ma jouissance, il me devenait 
impossible de la trouver bonne. Je recherchai bientt, 
d'aprs ces principes, les moyens de mettre  la fois en 
circulation mes heureux talents et mes gots.
	Tels taient mes projets lorsqu'un de mes 
missaires m'amena un jour une fille de dix-huit  vingt 
ans, de la plus dlicieuse figure qu'il ft possible de voir, 
et sage, m'assura-t-on, comme Minerve elle-mme. 
L'extrme misre dans laquelle elle se trouvait la 
dterminait seule  cette affreuse dmarche; et l'on me 
suppliait de la placer, si je le pouvais, sans abuser de sa 
dtresse. Cette jeune fille n'et-elle pas t belle comme 
le jour, il suffisait de l'tat dans lequel on me la 
prsentait pour m'chauffer la tte. M'en divertir et 
l'escroquer fut la premire rouerie que mon imagination 
me suggra; et ce fut pour accomplir ce pieux projet que 
j'ordonnai  mon homme de se retirer, aprs avoir fait 
entrer sa proie dans mon boudoir. Frapp des traits de 
cette fille, il me devint impossible de pouvoir rien 
entreprendre, avant de l'avoir interroge sur sa naissance.
	- Hlas, monsieur, rpondit-elle, je suis ne  Lyon; 
ma mre s'appelait Henriette; on me nomme Hlne. 
Victime de la sclratesse d'un frre qui avait abus 
d'elle, ma malheureuse mre prit, dit-on, sur l'chafaud. 
Je suis le fruit de cet horrible inceste; et les terribles 
revers de ma naissance ont t cause de tous ceux de ma 
vie. Jusqu' onze ans, je n'ai vcu que de charits. Une 
dame me prit  cet ge, m'apprit  travailler; et je ne 
serais pas dans l'affreuse position o vous me voyez, si je 
n'avais eu le malheur de la perdre. L'ouvrage m'a manqu 
depuis, et j'ai mieux aim demander mon pain, que de me 
jeter dans le libertinage. Soyez gnreux, monsieur; 
soulagez-moi, sans abuser de mon tat, et vous serez 
couvert des bndictions du ciel et des miennes.
	Hlne baissa les yeux aprs ce discours, sans se 
douter du dsordre tonnant qu'elle venait de porter dans 
toutes les parties de mon organisation. Il m'tait 
impossible de ne pas reconnatre, dans cette charmante 
crature, l'enfant que j'avais eue de ma cousine 
Henriette... de cette victime infortune de la sclratesse 
de mon cousin Alexandre, et de mon affreuse 
mchancet... Jamais aucune fille ne ressembla 
davantage  sa mre; Hlne n'et pas dit un mot, qu'il ne 
m'en et pas moins t facile de me rappeler sa 
naissance, rien qu'en l'examinant.
	- Mon enfant, dis-je, vos rcits sont pleins d'intrt; 
peut-tre doivent-ils me toucher plus qu'un autre; mais il 
n'en est pas moins certain que vous n'obtiendrez rien de 
moi, sans la plus aveugle soumission  tout ce qui va 
vous tre prescrit. Commencez par vous mettre nue.
	- Oh! monsieur!
	- Point de rsistance, mon coeur, je ne les aime pas; 
et vous n'avez rien  attendre de moi, si vous ne vous 
prtez avec la plus entire rsignation  toute l'tendue 
de mes caprices.
	Des larmes furent la rponse d'Hlne; et, quand 
elle crut s'apercevoir,  la brutalit de mes actions, que 
j'avais peu envie d'couter ses prires, elle cda, en 
couvrant mon sein de ses pleurs. Hlne avait trop de 
charmes et trop de titres sur l'me d'un libertin tel que 
moi, pour que je pusse seulement concevoir l'ide de la 
mnager. On n'eut jamais une plus belle peau, jamais un 
cul si frais et si potel, jamais un pucelage plus certain. 
Mon vit, furieux, le pourfendit bientt; j'atteins le fond, 
j'y darde un foutre cumeux; et ma triste fille devient 
bientt mre  son tour. Telle fut, mes amis, l'origine de 
la naissance d'Olympe, que vous me voyez foutre encore 
tous les jours dans votre srail, et qui runit, comme vous 
le voyez, le triple honneur d'tre  la fois ma fille, ma 
petite-fille et ma nice.
	Je passai bientt, avec Hlne, de l'inceste  la 
sodomie. J'encule ce dlicieux rsultat de ma couille. Du 
cul je passe  la bouche: elle et eu mille jouissances  
me prsenter, que mes fougueux dsirs n'eussent pas 
encore t satisfaits. Las de foutre, je la fustigeai, je la 
souffletai, je la fis chier. Il n'y eut pas une seule lubricit 
dont je ne la rendisse victime, pendant plus de quatre 
heures que dura cette premire sance. Rassasi de 
luxure, je crus devoir lui dclarer enfin  qui elle avait eu 
 affaire.
	- Hlne, lui dis-je en la tenant encore toute nue sur 
mes genoux, aurais-tu quelque rpugnance  retrouver ce 
pre incestueux qui fit pendre ta mre aprs l'avoir 
foutue?
	- Vous me faites frmir.
	- Et si ce monstre existait... s'il tait dans tes bras, 
Hlne... dans ton cul... Et je m'y enfonais en disant 
cela. Hlne s'vanouit. Mes violentes secousses au fond 
de son derrire la rappelrent bientt  la vie. Je 
dchargeai. Mon enfant, dis-je ds que j'eus fini, je t'en 
ai dit assez pour te tirer d'erreur Eh bien, connais ton 
pre et toute sa fureur.
	Oui, c'est  moi que tu dois la vie. Le frre de ta 
mre et moi fmes cause de la mort de cette mre 
infortune; mais tout est rpar par l'enfant que je viens 
de travailler  te faire. Demeure avec moi; j'ai besoin 
d'une femme qui serve mes plaisirs, et qui veille  mes 
intrts; sois cette femme; et point de scrupules. 
Souviens-toi qu'il faut se prter  tout avec moi. Tantt 
victime, et tantt directrice, il n'est pas un seul de mes 
dsirs que tu ne doives servir; et,  la plus petite 
rsistance, je ne m'en tiendrais peut-tre pas  te 
replonger dans l'affreux tat o tu t'es offerte  mes yeux: 
l'un des conspirateurs des jours de ta mre, pourrait bien 
devenir ton bourreau.
	Hlne se jette  mes pieds; elle me supplie de ne 
plus penser aux torts de celle qui lui a donn le jour et 
me promet de me les faire oublier par une soumission 
sans bornes. De ce moment, je l'installai dans ma maison, 
 titre de gouvernante; et la douce Hlne, dans 
Marseille, remplaa ma Clementia de Messine.
	Ce fut quelques temps aprs cette rencontre que je 
devins perdument amoureux d'un jeune garon de seize 
ans, beau comme Adonis, mais dont la froideur, 
occasionne par l'amour qu'il ressentait pour une jeune 
fille de son ge, me dsesprait chaque jour. Imbert, 
c'tait le nom du jeune homme, m'avait pourtant accord 
sa confiance, et bientt mme son amiti, en raison des 
facilits que je lui procurais de voir sa matresse chez 
moi. Euphmie tait grande, faite  peindre, d'une figure 
agrable, sans doute, mais infiniment infrieure en 
attraits au dlicieux jeune homme dont j'avais la tte 
tourne. Ami du pre et de la mre d'Euphmie, avec 
lesquels je m'tais li, uniquement par rapport au dessein 
que j'avais de servir Imbert, il se passait peu de jours que 
nous ne nous visitassions mutuellement. Ce fut au sein de 
cette intimit que je conus, pour jouir d'Imbert, le plus 
infernal projet qui ft encore sorti de mon cerveau. Je 
commentai par noircir tonnamment le jeune Imbert dans 
l'esprit des parents d'Euphmie; et,  force d'art et de 
ruses, je fis tomber le jeune homme dans de tels piges, 
que j'achevai de le rendre odieux aux auteurs des jours 
de sa matresse. Les choses une fois en cet tat, il ne me 
fut pas difficile d'aigrir Imbert  son tour contre des gens 
dont il paraissait si mal vu; et de l'aigreur au crime, dans 
une me ardente il n'y a bien souvent qu'un pas. Imbert 
comprit qu'aussi longtemps que les parents d'Euphmie 
seraient au monde, il ne devait jamais compter sur le 
bonheur. Cependant ceux-ci taient jeunes et Imbert trs 
impatient. Je profite d'un moment d'ardeur. Par un 
discours insidieux, j'offre  la fois le mal et le remde. 
Imbert, sduit, n'est plus inquiet que d'une chose.
	- Euphmie voudra-t-elle du meurtrier de ses 
parents?
	- Et pourquoi lui rvler cette action?
	- Elle s'en doutera.
	- Jamais. D'ailleurs, j'agirai, moi; ce n'est que votre 
consentement que je demande.
	- Oh! ciel, doutez-vous que je ne vous le donne?
	- C'est par crit que je le veux.
	- J'y consens... Et voici l'crit qu'Imbert me donna: 

	Erreur ! Source du renvoi introuvable.

	La dbilit, la confiance de la jeunesse, la fait, 
comme on le voit, tomber dans bien des piges. Quelque 
peu fard que ft celui-ci, le brave Imbert s'y prit sans 
rflexion; et je ne fus pas plutt matre du billet, que 
j'empoisonnai dans un souper les ennemis de mon amant. 
Euphmie n'eut aucun soupon; mais le grand deuil et sa 
douleur l'obligrent nanmoins  s'absenter quelques 
semaines. Une vieille tante l'emmena  la campagne.
	- Imbert, dis-je au jeune homme, voil une 
manoeuvre que je n'aime pas. L'absence peut refroidir 
votre matresse; on peut renouveler dans son me les 
impressions de ses parents. Ne la laissons point l; 
donnez-moi de nouveaux pouvoirs et je cours l'arracher.
	Imbert signe une seconde fois tout ce que je veux.
	A la tte d'une troupe de bandits que je paye au 
poids de l'or, je m'introduis dans la campagne de la tante; 
je la poignarde de ma main; mes gens,  qui j'abandonne 
le pillage de cette riche mtairie, se dfont promptement 
de tous les domestiques. Euphmie est conduite dans une 
campagne isole,  dessein loue par moi, prs de 
Marseille; j'y mne Imbert et Hlne. Et l: 
	- Mon ami, dis-je au jeune homme, vous voyez tout 
ce que je fais pour vous; il est bien temps de m'en 
rcompenser.
	- Qu'exigez-vous?
	- Votre cul.
	- Mon cul?
	- Vous ne possderez pas Euphmie que je n'aie 
obtenu ma demande.
	- Oh! Jrme, vous savez combien j'ai ce crime en 
horreur!
	- Imbert, voil votre matresse; vous l'entendez, 
poursuivis-je en l'engageant  prter l'oreille  une 
conversation que je faisais exprs tenir entre Hlne et 
Euphmie; si vous ne vous laissez pas enculer, jamais 
vous ne la possderez.
	- Eh bien, satisfaites-vous donc, mchant homme; 
mais qu'Euphmie n'en sache rien... Elle me prendrait en 
horreur...
	- Oh! croyez que jamais... Et mon vit furieux 
pntrait, en disant ces mots, dans le plus dlicieux 
derrire que j'eusse foutu depuis longtemps. Je lime, je 
pourfends ce beau jeune homme; je lui remplis le cul de 
foutre, mais sans calmer la violente agitation dans 
laquelle je suis. Ce sont des horreurs que j'ai conues, ce 
sont des horreurs, qu'il faut  mon me pourrie. Un 
moment, dis-je au jeune homme en me retirant de son 
derrire. Et, aprs l'avoir enferm dans ma chambre, je 
vole dans celle o est Euphmie.
	- Tenez-moi cette fille, dis-je  Hlne; il faut que 
je la foute.
	Des cris se font entendre; de barbares prcautions 
les touffent bientt, et me voil dans le joli con vierge 
de la matresse, encore tout palpitant des plaisirs que 
vient de me donner le cul de l'amant.
	- Allez me chercher le jeune homme que j'ai 
enferm dans cette chambre voisine, dis-je  Hlne, 
faites-vous aider d'un de mes gens, et surtout contenez-le 
bien quand il entrera.
	Imbert parat. Si son tonnement est inexprimable, 
le plaisir que j'prouve au moment qu'il entre l'est bien 
autrement sans doute.
	- Sclrat! me dit Imbert en voulant se jeter sur 
moi,  monstre infernal! Mais il est bien tenu.
	- Mon ami, rpondis-je au jeune homme, sans 
m'effrayer de ses menaces, tu vois ce poignard, j'en perce 
 l'instant le coeur de l'objet de tes voeux, si tu ne viens 
pas me faire baiser ton cul, pendant que je le fous.
	Imbert tremble; son amie, qui ne peut parler, 
l'encourage du doigt; il se place. C'est pour moi le signal 
d'un changement de main; je passe lestement du con au 
cul, sans varier l'attitude de ma jouissance, et je m'enivre 
du divin plaisir de baiser les fesses de l'amant, en 
sodomisant la matresse. Mais le malheureux Imbert, 
qu'Hlne contient  mes transports, ne sait pas jusqu'o 
j'ai port la perfidie au moment prcieux de la crise... En 
ce moment terrible, o le libertin sans principe se plonge 
avec tant de dlices aux derniers raffinements de 
l'infamie. Je le fais descendre; je lui montre sa matresse, 
noye dans le sang, et tratreusement perce par moi de 
seize coups de poignard dans le coeur et dans les ttons. 
Il s'vanouit. Hlne le rappelle au jour; mais il ne 
reprend ses sens que pour voir expirer Euphmie, et pour 
m'accabler d'invectives.
	- Jeune imprudent, lui dis-je en jouissant 
dlicieusement de mon crime; vois tes billets, et tous les 
droits que tu m'as donns sur toi... Si tu dis un mot, je te 
perds; ce meurtre-ci, lui-mme, sera rput ton ouvrage; 
Hlne et moi tmoignerons de tes atrocits, et tu priras 
sur un chafaud. Je bande encore; voyons ton cul. Je 
foutis autrefois une matresse sur le cadavre de son 
amant; je veux aujourd'hui foutre l'amant sur celui de sa 
matresse, afin de pouvoir prononcer sur celle de ces 
deux actions qui procure le plus de plaisir. Jamais 
garement ne fut semblable. Hlne me faisait baiser son 
beau cul; pendant tout cela, le valet qui l'avait aide, 
m'enculait; je foutis le cadavre d'Euphmie; je le fis 
foutre  son amant. Rassasi d'horreurs, j'envoie chercher 
l'officier de justice. Hlne et moi nous dposons contre 
Imbert; les billets font foi. J'ajoute qu'ayant, malgr nous, 
conduit sa matresse dans cette maison, voil o sa 
jalousie l'a port. Imbert, malgr son jeune ge, se trouve 
convaincu de crimes si atroces qu'il est excut. Et je 
respire! et moi, l'instrument, l'auteur de tous ces 
dsordres, je vis en paix! Le ciel me rservait  en 
commettre d'autres; j'y mis un peu d'intervalle. Hlne 
n'tait pas sre; elle bavardait. Je suivis le systme de 
Machiavel: Erreur ! Source du renvoi introuvable. Dans le mme 
mois, dans la mme campagne, dans la mme chambre, 
Hlne fut condamne par moi au supplice le plus violent 
que j'eusse encore fait endurer  aucune victime. Je 
revins de l tranquillement  Marseille bnir le sort du 
succs toujours assur qu'il lui plaisait de donner  mes 
crimes.
	Je passai encore quelques annes dans cette ville, 
sans qu'il m'arrivt rien de fait pour vous intresser: 
beaucoup de libertinage, d'escroqueries, de petits 
meurtres secrets, mais rien d'clatant. Ce fut alors que 
j'entendis parler de votre clbre abbaye de Sainte-
Marie-des-Bois. Le dsir de m'associer avec vous me fit 
natre celui d'une conversion simule d'une reprise 
d'habit. J'appris que cela tait possible, moyennant 
quelques sacrifices  la daterie de Rome. Je volai dans 
cette capitale de la superstition chrtienne; je fis au Saint 
Pre une espce de confession gnrale; je demandai ma 
rentre dans l'ordre; je donnai la moiti de mon bien  
l'Eglise, et j'obtins, par cette gnreuse cession, la 
rintgration de tous mes droits, et la permission 
d'habiter Sainte-Marie. Telle est l'poque qui m'a runi  
vous, mes chers confrres. Dieu veuille m'y conserver 
longtemps! Car si le crime a quelques attraits ailleurs, il 
en a sans doute bien plus ici, o, commis dans l'ombre et 
dans le silence, il est exempt de toutes les craintes et de 
tous les dangers, qui ne l'accompagnent que trop souvent 
dans le monde!

	(1) 	Qu'on ne vienne donc plus nous dire que cet 
ouvrage est immoral, ds qu'il sert de preuve  
cette assertion. 

	(2) 	Superbe quai de Bordeaux, o demeurent tous 
les ngociants. 

	(3) 	Ce n'est qu'en 1760 que notre voyageur vit 
cette cour, et ce n'est que de ce temps-l qu'il 
parle. 

	(4) 	Partout (dit Bridoine, dans son intressant 
Voyage de Sicile) o l'air est fortement 
imprgn d'exhalaisons enflammes, les 
habitants y sont extrmement mchants et 
vicieux. 

	(5) 	Voyez Erreur ! Source du renvoi introuvable. dans le 
chapitre X. 

	(6) 	Ce ne sont ici que les bases de principes bien 
autrement dvelopps dans la suite de cet 
ouvrage. 

	(7) 	Ces vices-l augmentent de force avec l'ge, 
mais ne vieillissent jamais. On a moins 
d'nergie pour les mettre en pratique, souvent 
moins de moyens; mais leur indestructible 
germe est toujours gal. Il accrot mme au lieu 
de s'affaiblir. 

	(8) 	Nom des ganymdes des srails d'Asie.



 

CHAPITRE XII

FIN DES AVENTURES DU COUVENT - COMMENT 
JUSTINE LE QUITTE - AUBERGE OU LES
VOYAGEURS FERONT BIEN DE NE PAS 
S'ARRETER

	Les rcits que l'on venait d'entendre, loin de calmer 
l'embrasement gnral, comme s'en tait flatt Svrino, 
avaient tellement lectris les ttes, que l'on voulut sur-
le-champ varier les objets du libertinage.
	- Ne gardons que six femmes, dit Ambroise, et 
remplaons les autres par des garons. Je suis las de ne 
voir, depuis quatre heures, que des mottes et des gorges 
autour de nous; et, quand on a d'aussi jolis ganymdes en 
cage, je ne conois pas comment on s'entoure de cons.
	- Bien dit, s'cria Svrino, dont le vit en fureur 
dpassait la table de six pouces; qu'on aille vite nous 
chercher huit garons; et ne rservons en filles que 
Justine, Octavie, et ces quatre belles cratures de seize  
dix-huit ans, dont Jrme s'entoure en ce moment.
	La scne change; des garons paraissent; et voil 
nos moines, enculant, se faisant foutre, et n'employant 
plus les filles que comme des plastrons de leurs cruelles 
luxures.
	- Oh! sacredieu, dit Ambroise en retirant son vit 
irrit du cul d'un charmant giton de treize ans, je ne sais 
ce que j'imaginerais, ce que je ferais dans l'tonnant 
dlire dont voil ma tte embrase. Il me prend des accs 
de rage contre cette petite fille, continue-t-il en dsignant 
Octavie... Ce ne serait pas la premire dont nous aurions 
prononc la rforme ds le jour de son arrive. Nous 
regorgeons de nouvelles femmes; il y en a encore deux 
on trois  recevoir cette semaine, qui valent mieux que 
celle-ci. Vous avez, entre autres, une crature de dix-sept 
ans, faite comme les Grces, et qui m'a paru la plus belle 
personne qui soit entre ici depuis longtemps. Faisons le 
procs  cette petite garce. Nous l'avons tous foutue; il 
n'en est pas un de nous qui ne lui ait mis son vit dans le 
con, dans le cul ou dans la bouche; en recommenant, ce 
sera toujours la mme chose, et...
	- Je m'y oppose, dit Jrme; tout le monde ne se 
lasse pas aussi vite qu'Ambroise: il nous reste encore 
mille plaisirs, plus piquants les uns que les autres,  
goter avec cette petite fille. Vexons-la, tourmentons-la, 
rien de plus juste; mais ne l'immolons pas encore.
	- Eh bien! dit Ambroise, qui s'acharnait sur elle, en 
la tenant entre ses jambes, voici donc ce  quoi je la 
condamne, puisqu'on me refuse ce que je voudrais; 
j'exige que celui de nous qui n'a pas envie de chier, lui 
tienne un poignard sur la gorge, et le lui enfonce 
irrvocablement et sans appel, si elle n'avale pas les 
trons des cinq autres.
	- Dlicieux... divin, s'crient Sylvestre et Svrino.
	- J'aime  la folie la tte d'Ambroise. Il y a 
longtemps, dit Antoine, oui, d'homme d'honneur, il y a 
fort longtemps que je ne dcharge que d'aprs les ides 
de ce bougre-l. Mais, que deviendront ceux qui auront 
chi?
	- Justine, dit Ambroise, sera condamne  leur 
torcher le cul avec sa langue; une autre fille saisira l'un 
des vits de nos fouteurs, et le leur introduira tour  tour 
dans le cul, pendant qu'un giton les sucera, et qu'un autre 
leur ptera dans la bouche.
	- Et tout sera donc fini? dit Sylvestre; pardieu, voil 
une punition bien grande, que celle d'avaler cinq trons; 
j'en mange tous les jours une douzaine pour mes plaisirs, 
moi.
	- Non, non, dit Svrino, tout ne sera point fini;  
mesure que le moine qui aura chi viendra d'tre foutu, il 
aura le droit d'imposer  la victime une pnitence au 
sang.
	- A la bonne heure, dit Ambroise, avec la clause 
j'accepte le march; je n'en voudrais point sans cela.
	Les infamies se commencrent; elles furent  leur 
comble. L'ge et la beaut de cette jeune fille 
n'enflammrent que mieux ces sclrats; et la satit, 
bien plus que la commisration, en la renvoyant enfin 
dans sa chambre, lui rendit, au moins pour quelques 
heures, le calme dont elle avait besoin.
	Justine, qui avait pris cette jolie petite personne 
dans la plus grande amiti, et qui dsirait lui donner dans 
son coeur la place qu'Omphale y avait occupe 
longtemps, fit l'impossible pour obtenir d'tre son 
institutrice; mais Svrino voulut absolument que notre 
hrone vnt coucher dans sa cellule. Nous avons dj dit 
que cette belle fille avait eu le malheur d'exciter plus 
vivement qu'une autre les affreux dsirs de ce sodomiste; 
depuis un mois elle couchait avec lui presque toutes les 
nuits; il avait encul peu de femmes avec autant 
d'assiduit; il lui trouvait une supriorit dcide dans la 
coupe des fesses, une chaleur, un troit indicible dans 
l'anus; en faut-il plus pour dcider les penchants d'un 
bougre? Mais, puis cette nuit, le paillard eut besoin de 
recherches. Craignant sans doute de ne pas faire assez de 
mal encore avec le glaive monstrueux dont il tait muni, 
il imagina cette fois d'enculer Justine avec un godemich 
de douze pouces de long sur sept de pourtour. La pauvre 
fille, effraye, voulut faire quelques rclamations; on ne 
lui rpondit que par des menaces et des coups; elle fut 
donc oblige de prsenter le cul. A force de secousses, 
l'arme entre fort avant. Justine pousse les hauts cris; le 
moine s'en amuse. Aprs quelques alles et venues, tout  
coup il retire l'instrument, et s'engloutit lui-mme au trou 
qu'il vient d'entrouvrir. Quel caprice! N'est-ce donc point 
l prcisment le contraire de ce que les hommes doivent 
dsirer?
	Le matin, se trouvant un peu rafrachi, il voulut 
essayer un autre supplice. Il fit voir  Justine un engin 
bien autrement gros que celui de la veille. Celui-ci tait 
creux, et garni d'un piston, lanant l'eau avec une 
incroyable roideur par une ouverture qui donnait au jet 
plus de deux pouces de circonfrence. Cet norme 
instrument en avait lui-mme neuf de tour sur treize de 
long. Svrino le remplit d'eau trs chaude, et veut 
l'enfoncer par devant. Effraye d'un pareil projet, Justine 
se jette  ses pieds pour lui demander grce; mais le 
moine est dans une de ces situations nergiques o la 
piti ne s'entend plus, o les passions bien plus 
loquentes mettent  sa place, en l'touffant, une cruaut 
souvent bien dangereuse. Svrino la menace de toute sa 
colre, si elle n'obit pas. Justine se prte en frmissant; 
La perfide machine pntre des deux tiers; et le 
dchirement qu'elle occasionne, joint  son extrme 
chaleur est prs de lui ravir l'usage de ses sens. Pendant 
ce temps, le suprieur, ne cessant d'invectiver les parties 
qu'il moleste, se fait branler par l'une de ses filles de 
garde sur les fesses de l'autre. Aprs un quart d'heure de 
frottement, auquel Justine ne peut plus tenir, le piston se 
lche et fait jaillir l'eau bouillante au plus profond de la 
matrice. Justine s'vanouit. Svrino s'extasie; il l'encule 
en cet tat de stupeur; il lui pince la gorge pour la 
rappeler  la vie; elle rouvre  la fin les yeux.
	- Qu'as-tu donc? lui dit le moine, ceci n'est rien; 
nous traitons ces attraits bien plus durement quelquefois 
ici. Une salade d'pines, mordieu! bien poivre, bien 
vinaigre, enfonce dans le con avec la pointe d'un 
couteau; voil ce qu'il faut  ces attraits-l pour les 
ragaillardir. A la premire faute qui t'chappera, je t'y 
condamne, dit le sclrat qui dcharge  cette ide dans 
le dlicieux cul de sa victime... Oui, garce, je t'y 
condamne, et  bien pis peut-tre, avant qu'il soit deux 
mois. Le jour parat enfin, et Justine est congdie.
	Elle retrouva, en entrant, sa nouvelle amie dans les 
pleurs. Elle fit ce qu'elle put pour la calmer; mais il n'est 
pas ais de prendre son parti sur un changement de 
situation aussi affreux. Octavie avait un grand fonds de 
vertu, de sensibilit et de religion; son tat ne lui en 
paraissait que plus terrible. Satisfaite pourtant de trouver 
une me qui rpondt  la sienne, elle fut bientt avec 
notre aimable orpheline dans la plus troite liaison; 
toutes les deux alors trouvrent dans cette association 
plus de force pour supporter leurs malheurs communs.
	Mais la triste Octavie ne jouit pas longtemps de ces 
douceurs. On avait eu raison de dire  Justine que 
l'anciennet n'influait en rien sur les rformes; que, 
simplement dictes par le caprice des moines, ou par 
leurs craintes de quelques recherches ultrieures, on 
pouvait la subir au bout de huit jours comme au bout de 
vingt ans. Il n'y avait que deux mois qu'Octavie tait au 
couvent, lorsque Jrme vint lui annoncer sa rforme, 
quoique ce ft lui qui et paru la rechercher avec le plus 
de soin... chez lequel elle et couch le plus assidment, 
et mme encore la veille de cette terrible catastrophe. 
Elle n'tait pas seule. Une divine crature ge de vingt-
trois ans, au couvent depuis sa naissance, une fille 
vraiment au-dessus de tous les loges, et dont le caractre 
tendre et compatissant s'alliait  merveille avec le genre 
de figure romantique qu'elle avait reu de la nature, un 
ange enfin, fut rform le mme jour; et, contre leurs 
usages, les moines dcidrent qu'elles seraient immoles 
ensemble. On nommait Mariette cette dlicieuse 
crature, dont Sylvestre tait, disait-on, le pre. Les plus 
grands apprts furent ordonns pour cette crmonie 
sanguinaire; et, comme notre hrone fut assez 
malheureuse pour se trouver au nombre des convies, 
choisies ce jour-l  la sublimit des attraits, on nous 
pardonnera d'appuyer, pour la dernire fois, sur les 
excrables drglements de ces monstres.
	On imagine aisment sans doute que le choix qu'on 
faisait de Justine pour assister  ces orgies, n'tait qu'un 
raffinement de la plus affreuse cruaut. On connaissait 
l'extrme sensibilit de son caractre; on la savait amie 
d'Octavie; en fallait-t-il davantage pour dsirer qu'elle ft 
de la fte? On avait agi de mme avec Fleur-d'pine, 
belle, douce, ge de vingt ans, et la plus tendre amie de 
Mariette; il fallait aussi qu'elle assistt  ces funrailles. 
Tous ces traits servent au dveloppement du coeur de ces 
sclrats; et ce n'est pas pour rien que nous les dvoilons.
	Dix autres femmes, toutes prises de quinze  vingt-
cinq ans, et de la plus sublime beaut; six jeunes 
bardaches, choisis de mme  la plus grande dlicatesse 
des traits, dans le seul ge de treize  quinze; six fouteurs 
de vingt  vingt-cinq, pris  la grosseur ou  la longueur 
du membre; trois dugnes enfin, de trente-cinq  
quarante ans, pour le service intrieur; tels furent les 
sujets admis  l'infernal sacrifice qui se prparait.
	Le souper, comme on le sait, se faisait au caveau 
situ prs de ceux o les victimes taient dj resserres. 
On se runissait ds la chute du jour; mais l'usage tait, 
en ces occasions, que chaque moine devait pralablement 
se recueillir une heure dans sa cellule, avec deux filles ou 
deux garons, pris dans le nombre des convis; et ce fut 
avec Justine, et une autre fille de sa classe, nomme 
Aurore et presque aussi belle que notre hrone, que 
Sylvestre, pre de l'une des victimes, voulut s'enfermer.
	Nous allons dtailler les crmonies qui 
s'observaient  ce recueillement prliminaire.
	Le moine, enfonc dans un fauteuil, les culottes 
dboutonnes, et le plus souvent nu de la ceinture en bas, 
coutait avec complaisance une des filles qui devait 
s'approcher de lui, les verges  la main, pour lui tenir  
peu prs le langage suivant, auquel il rpondait comme 
on va le voir.
	- Te voil donc dcid, sclrat, au plus affreux des 
crimes, et le meurtre va donc te souiller?
	- Je l'espre.
	- Quoi! monstre, aucun conseil, aucune 
reprsentation, aucune crainte du ciel ou des hommes, ne 
russirait  prvenir cette horreur?
	- Il n'est aucune force divine ni humaine qui soit 
capable de m'arrter.
	- Mais Dieu qui te voit?
	- Je me fous de Dieu.
	- Et l'enfer qui t'attend?
	- Je brave l'enfer.
	- Les hommes, qui peut-tre un jour dmasqueront 
tes indignits?
	- Je me moque des hommes et de leurs jugements; 
je ne pense qu'au crime, je n'aime que le crime, je ne 
respire que le crime, et c'est au crime seul  marquer tous 
les instants de ma vie.
	Il fallait appuyer ensuite sur le genre et sur la 
nature du dlit, sur ses dtails, sur ses attenances; dire 
par consquent ici  Sylvestre, et c'est ce dont Justine fut 
charge: 
	- Quoi! malheureux, ne songes-tu pas qu'il s'agit de 
ta fille, que c'est elle que tu vas immoler, une crature 
charmante, ne de ton sang!
	- Que m'importent ces liens: ils deviennent pour 
moi des motifs de plus; je voudrais qu'elle m'appartnt de 
plus prs... qu'elle ft plus intressante... plus jolie, etc.
	Alors les deux femmes saisissaient le paillard; l'une 
le penchait sur elle, l'autre le fouettait  tour de bras; 
elles se relayaient. Et, tout en flagellant, elles ne 
cessaient d'accabler le patient d'invectives et de 
reproches, puisant toujours leur texte dans le crime que 
le sclrat mditait. Ds qu'il tait en sang, elles se 
mettaient tour  tour respectueusement  genoux devant 
son vit, et tchaient de le lui faire guinder en le suant. 
Alors le moine les faisait dshabiller  leur tour, et se 
livrait  telle paillardise que bon lui semblait, pourvu 
qu'elle ne marqut point le corps de la fille, qui devait 
tre prsent intact  l'assemble.
	Tout ce qui vient d'tre dit fut ponctuellement 
excut par Sylvestre; et, ces prliminaires remplis, il 
renversa, plia, pelota Aurore et Justine l'une sur l'autre, et 
les enconna quelques instants ainsi toutes les deux. Il 
leur claqua les fesses, il les souffleta, leur ordonna 
d'adorer son cul, et de le gamahucher pour preuve du 
respectueux hommage qu'elles lui rendaient; et, aprs 
s'tre vivement chauff la tte sur l'extrme plaisir qu'il 
allait recevoir de l'infanticide projet, il descendit au 
caveau appuy sur l'une et l'autre de ces filles qui, ce 
soir-l, devaient, c'tait l'usage, remplir auprs de lui les 
fonctions de filles de garde.
	Tout le monde tait runi; Sylvestre arrivait le 
dernier. Les deux victimes, revtues de crpes noirs, et la 
tte couronne de cyprs, taient glaces l'une prs de 
l'autre sur un pidestal lev  la hauteur de la table, et  
l'une de ses extrmits. Octavie tait vue par devant, 
Mariette l'tait par derrire; leurs crpes, relevs sur l'une 
et l'autre de ces parties, les laissaient voir absolument  
nu. Les femmes taient ranges sur une ligne, les deux 
troupes d'hommes sur deux autres, les moines au milieu, 
et les trois dugnes entouraient les victimes. Sylvestre, 
charg du discours, monta dans une tribune en face du 
pidestal, et s'exprima de la manire suivante: 
	- S'il est quelque chose de sacr dans la nature, mes 
amis, c'est, sans aucun doute, le droit imprescriptible 
qu'elle accorde  l'homme de disposer de son semblable. 
Le meurtre est la premire des lois de cette nature 
inexplicable aux yeux des sots, et que des philosophes 
comme nous savent si bien analyser; c'est par le meurtre 
qu'elle rentre chaque jour dans les droits que lui enlve la 
propagation; et sans les meurtres privs ou politiques, le 
monde serait si rempli, qu'il ne serait plus possible de 
l'habiter. Mais, certes, s'il est une occasion o le meurtre 
devienne une dlicieuse jouissance, il faut en convenir, 
mes amis, c'est assurment bien dans le cas o nous 
sommes. Est-il rien en effet de plus dlicieux que de se 
dbarrasser d'une femme dont on a joui longtemps? 
Quelle divine manire de servir ses gots! quel hommage 
 la satit! Voyez ce cul, poursuit l'orateur (montrant 
Mariette), ce cul qui si longtemps sut servir nos plaisirs; 
Voyez ce con (montrant Octavie), qui, quoique moins 
ancien, n'en a pas moins rassasi tous nos vits! N'est-il 
pas temps que des objets aussi dtestables aujourd'hui 
rentrent enfin dans le sein du nant dont ils n'ont d sortir 
que pour nos volupts? O mes amis! quelle jouissance! 
dans peu d'heures la terre va couvrir ces excrables 
chairs; elles ne dgoteront plus nos apptits lascifs... 
elles ne rvolteront plus nos yeux... Dans peu d'heures 
ces misrables auront vcu;  peine une faible ide nous 
restera-t-elle de leur existence; nous ne conserverons 
plus d'elles que le souvenir de leurs supplices. L'une, 
Octavie, belle, douce, timide, vertueuse, honnte et 
sensible, fut doue du plus beau corps possible. Mais elle 
tait peu complaisante; sa fiert naturelle ne l'abandonna 
jamais; et vous vous rappelez qu'il est bien peu de jours 
o vous n'ayez t contraints  lui faire subir les 
diffrentes corrections annexes par vos rglements  
tous les dlits dont elle se rendait perptuellement 
coupable. Elle ne put jamais dissimuler son profond 
dgot pour vos moeurs, son aversion pour vos saints 
usages, sa haine pour vos respectables personnes; et, 
fidle  ses affreux principes de religion, vous l'avez vue 
souvent invoquer son Dieu, mme au moment o elle 
servait vos lubricits. Jrme aimait son cul, il le ftait 
presque tous les jours; et quoique Jrme ne bande plus, 
quoique la bouche devienne son unique asile en raison de 
sa dbilit, vous savez que Jrme, vivement excit par 
la supriorit des fesses de cette jeune fille, l'a sodomise 
plus de vingt fois. Cependant, c'est sur la demande de 
Jrme lui-mme que l'arrt a t prononc; et Jrme est 
si juste, que vous allez le voir, j'en suis sr, devenir l'un 
des bourreaux les plus acharns d'Octavie. Regardez, 
mes amis, examinez de quels yeux il la considre; ne 
vous donne-t-il pas l'ide du lion convoitant l'agneau qui 
va devenir sa proie? Heureux effets de la satit! on 
croirait que vous moussez tous les ressorts de l'me, et 
c'est de vous que naissent les plus douces motions de la 
lubricit.
	Prs de cette belle Octavie, Mariette se montre  
vous; les fesses qu'elle vous prsente ont longtemps 
chauff vos dsirs; il n'est pas une seule volupt dans le 
monde  laquelle vous ne l'ayez soumise. Mariette tait 
belle et douce. O nature! laisse-moi rpandre ici 
quelques larmes... Et le coquin les jouant: Je sens qu on 
n'touffe point ton murmure, qu'on n'est point pre 
impunment. Mais tous les sentiments doivent s'teindre 
dans cette chaire de vrit; et ce n'est plus qu' la vrit 
seule que l'orateur doit rendre hommage. Que de vices se 
mlrent aux vertus de Mariette! Elle tait humoriste, 
acaritre, rvolte de vos opinions et de vos moeurs. Se 
liant toujours par prfrence  toutes les prudes du srail, 
cherchant  connatre,  suivre mme une religion dont 
nous ne lui avions jamais dit un mot, et qu'elle ne 
connaissait que d'aprs la conversation des dvotes, 
qu'elle recherchait avec tant de soin. Mariette manquait 
de complaisance dans ses devoirs; il fallait la presser d'y 
satisfaire; mais elle ne prvenait jamais rien. Peu de filles 
ont t plus punies que Mariette; et malgr les 
prfrences que l'on m'a vu lui accorder souvent, 
combien de fois, sacrifiant tout  la justice, ne m'a-t-on 
pas entendu la dnoncer moi-mme au tribunal de vos 
corrections! C'est moi qui vous demande aujourd'hui sa 
mort; c'est sur ma proposition qu'elle a t accepte, et 
c'est moi qui vous prie de la rendre affreuse. Suivez le 
plan que je vous prescrirai sur cela, et jamais victime 
n'aura t plus cruellement tourmente.
	Courage, mes amis, poursuivit l'orateur avec 
enthousiasme; nous voici, grce  la fermet de nos 
caractres, parvenus au dernier degr de la corruption 
rflchie; que rien ne nous retienne  prsent, et 
souvenons-nous bien qu'il n'y a de malheureux dans le 
crime que celui qui s'arrte en chemin. Ce n'est qu' force 
de jouir du crime, qu'on parvient  dcouvrir ses 
vritables attraits. Absolument diffrents des femmes, 
qui nous lassent en raison de la multitude de fois qu'elles 
se sont livres  nous, le crime, au contraire, ne nous 
dlecte jamais plus chaudement que quand nous en 
sommes gorgs. Et la raison de cela est bien simple; il 
faut tre familiaris avec lui pour en connatre bien tous 
les charmes. Ce ne peut donc tre qu' force de le suivre, 
qu'on doit finir par l'adorer. Le premier rpugne, c'est 
l'histoire du dfaut d'habitude; le second divertit, le 
troisime enivre; et si rien, dans cette heureuse carrire, 
ne s'opposait aux fougueux dsirs de l'homme, ce ne 
serait bientt plus que par des crimes qu'il marquerait 
tous les instants de son existence. Douter que la plus 
grande somme du bonheur possible que doive trouver 
l'homme sur la terre ne soit irrvocablement dans le 
crime, certes, c'est douter que l'astre du jour soit le 
premier mobile de la vgtation. Oui, mes amis, ainsi que 
cet astre sublime est le rgnrateur de l'univers, de 
mme le crime est le centre de tous les feux moraux qui 
nous embrasent. L'astre fait clore les fruits de la terre; le 
crime fait germer toutes les passions dans le coeur de 
l'homme; lui seul les enflamme et les vivifie, lui seul est 
utile  l'homme. Eh! qu'importe que le crime outrage le 
prochain, s'il nous dlecte individuellement? Est-ce pour 
le prochain que nous existons, ou pour nous? Une 
pareille question peut-elle se faire raisonnablement? Or, 
si l'gosme est la premire loi de la raison et de la 
nature, si, bien dcidment, nous ne vivons et n'existons 
que pour nous, nous ne devons donc avoir de sacr que 
ce qui nous dlecte. Tout ce qui s'carte de l est faux, 
sujet  l'erreur, et seulement fait pour tre mpris de 
nous. J'entends quelquefois dire que le crime est 
dangereux  l'homme; je voudrais bien que l'on 
m'expliqut comment. Mais dira-t-on qu'il l'est, parce 
qu'il viole les droits d'autrui? Mais toutes les fois qu'il 
reste aux autres celui de se venger, il me semble que 
voil l'galit des droits rtablie: de ce moment, le crime 
ne viole donc plus rien. Il est inou comme les ternels 
sophismes de la btise parviennent  dtruire la somme 
du bonheur moral des humains! Oh! combien tous 
seraient plus heureux, si tous voulaient s'entendre pour 
jouir! Mais la vertu se prsente  eux; ils se trompent  
ses dehors sduisants; ils se laissent garer par elle; et 
voil toutes les bases de la flicit dtruites. Bannissons 
donc  jamais cette perfide vertu de notre heureuse 
socit; dtestons-l comme elle mrite de l'tre; que le 
mpris le plus outr et les plus svres punitions soient 
toujours parmi nous la juste rcompense de ceux qui 
voudraient embrasser ses lois. Pour moi, je renouvelle 
mon serment de la fuir... de la dtester toute ma vie. O 
mes heureux confrres! que tous les coeurs rpondent  
ma voix, et qu'on ne trouve plus dans cette enceinte que 
des bourreaux et des victimes.
	Sylvestre, couvert d'loges, descendit de la tribune, 
et les scnes s'ouvrirent. On s'empare des coins de la 
salle, dont la forme hexagonale offrait un rduit  
chacun. Des faisceaux de bougies clairaient ces angles, 
dans chacun desquels se trouvait une vaste ottomane et 
une commode garnie de tout ce que la luxure la plus 
dsordonne... la plus atroce rendait ncessaire  ces 
sclrats. Deux filles, un giton, un fouteur, escortaient les 
moines dans leurs niches. Les dugnes descendirent 
d'abord Octavie, ensuite Mariette, et les prsentrent, 
enchanes et nues, au rduit de chacun des moines.
	La victime,  cette premire tourne, devait 
recevoir une vexation de telle nature qu' supposer 
qu'elle survct, elle en ft marque toute sa vie. Chaque 
moine devait, en mme temps, graver sur les paules, ou 
sur les fesses de cette victime, le genre de supplice 
auquel il la condamnait.
	Svrino qu'on enculait pendant qu'il sodomisait un 
bardache, en baisant des culs de droite et de gauche, se 
rappelant une des passions racontes par Jrme, arracha 
une des dents de Mariette, et brla les ttons d'Octavie. 
Nous ignorons quelle fut la sentence qu'il pronona; 
celles que dictrent les autres ne nous sont point 
parvenues davantage.
	Clment cassa un doigt  Octavie, et fit une assez 
profonde blessure  la fesse droite de Mariette; on le 
suait, il branlait des vits.
	Antonin pluma les deux cons avec le dpilatoire 
turc, connu sous le nom de rusma (1); il foutait celui de 
Justine, et lchait celui d'Aurore, pendant qu'on le 
sodomisait.
	Ambroise, qu'on enculait, et qui le rendait  Fleur-
d'pine, pendant qu'il suait un con, creva les beaux yeux 
de Mariette avec une aiguille d'or, et il coupa le petit 
doigt de la main droite d'Octavie. Son foutre jacula; ce 
qui le rendit si furieux contre Fleur-d'pine, qu'il lui 
appliqua sur-le-champ trois cents coups de fouet, 
quoiqu'il ne bandt plus, et qu'il n'y et absolument que 
de la vengeance dans son fait.
	Sylvestre larda les fesses et les ttons de sa fille, et 
coupa de ses dents les deux fraises de ceux d'Octavie; on 
le fouettait pendant ce temps-l, et son giton lui suait la 
bouche, tandis qu'une fille lui suait le vit.
	Jrme, que deux filles,  genoux, suaient tour  
tour, et qu'on enculait  tour de reins, coupa l'oreille 
droite de Mariette, et emporta, par le moyen d'une pince, 
un gros morceau de chair du beau cul d'Octavie.
	Cette tourne faite, on dlibra sur l'objet suivant: 
	Les victimes seraient-elles ainsi sacrifies en 
dtail? les exposerait-on  la fureur des six moines  la 
fois? ou un seul servirait-il de bourreau, pendant que les 
autres examineraient? Avant que de prononcer sur ce 
fait, on fit lecture des six opinions sur les supplices. 
Plusieurs tendant  ce qu'ils fussent imposs par chaque 
moine, on se dtermina  suivre les tournes; mais 
Sylvestre demanda deux choses, qui lui furent 
unanimement accordes: la premire, que les deux 
victimes fussent, avant que d'aller plus loin, exposes une 
heure aux jouissances particulires des moines, et que les 
tourments ne commenassent qu'aprs; la seconde, que 
lui seul donnerait le coup de la mort  sa fille. Ces 
rsolutions prises, on plaa un canap au milieu du 
caveau; les six gitons et les douze filles l'entourrent, en 
formant les groupes les plus lascifs et les plus libertins. 
Les fouteurs devaient suivre les moines, et les enculer 
pendant qu'ils opraient.
	Svrino foutit les deux culs, en laissant sur chacun 
des traces non quivoques de sa barbarie.
	Clment ne foutit point, mais il rossa cruellement 
les deux victimes; il les laissa moulues de coups.
	Antonin foutit les deux cons; puis se doutant, dit-il, 
d'y avoir fait natre un foetus, il enfona une longue 
pingle dans chaque vagin, mais si bien... si 
profondment, qu'on ne put jamais la retrouver.
	Ambroise encula les deux victimes, et pressura 
leurs deux gorges, au point qu'elles s'vanouirent.
	Sylvestre foutit les deux cons, en faisant sur le 
ventre, sur le sein, et sur les fesses de ces cratures, plus 
de vingt incisions cruciales, avec la pointe d'un canif. Le 
coquin dchargea en en faisant une de trois pouces sur la 
joue droite de sa fille.
	Jrme les fouetta toutes les deux avec un martinet 
 pointes d'acier, qui les mit en sang, et qui leur arrachait 
des morceaux de chair tout entiers du cul; il foutit ensuite 
les deux bouches.
	Les tournes recommencent; et les moines se 
remparent chacun de leur coin, avec des filles ou des 
garons, ou l'un et l'autre, en raison du caprice qui les 
excitait pour le moment.
	Justine tait avec Ambroise. Croirait-on que ce 
sclrat eut la cruaut d'exiger d'elle, de lui voir exercer 
un supplice sur le corps d'Octavie, sa bien-aime! Et, sur 
le refus formel qu'elle en fit, Justine fut dnonce  
l'assemble, qui se runit sur-le-champ pour prononcer la 
punition due  une faute aussi grave. On ouvrit le code 
pnal: Justine se trouvait dans le cas du septime article. 
Mais, comme il ne s'agissait que de quatre cents coups de 
fouet, trois membres furent d'avis de la soumettre  la 
peine porte dans le douzime article (2); les trois autres 
s opposrent  cet avis, non parce qu'ils le croyaient trop 
cruel, mais simplement en raison de ce que cette 
excution interromprait trop la sance. Justine fut donc 
simplement condamne  recevoir deux cents coups de 
fouet de la main de chaque moine, qui lui furent 
appliqus sur-le-champ, et avec cette sorte d'nergie qui 
communment s'emploie quand on bande, comme le 
faisaient ces messieurs.
	Fleur-d'pine, qui servait Sylvestre, offrit bientt  
la socit le mme genre de dlit. Ce barbare pre de 
Mariette voulut contraindre l'amie de sa fille  lui brler 
les ttons avec un fer rouge. Fleur-d'pine rsista. 
Sylvestre furieux... Sylvestre qui bandait comme un ne, 
et dont le foutre exhalait par tous les pores, se chargea 
lui-mme de la correction; et, se servant d'un gros 
gourdin, il rossa si cruellement cette malheureuse, qu'on 
fut oblig de l'emporter presque morte. Ceci devenait une 
faute contre le rglement de la socit. Svrino 
demanda compte  Sylvestre de sa conduite. Les 
punitions devaient tre imposes par l'assemble mme, 
et s'excuter en commun. Mais, en prouvant que l'on 
bandait, et que l'insulte tait trop violente pour tre 
tolre, vous tiez absous sur-le-champ. On imagine bien 
que Sylvestre se servit de ce moyen. On fit venir une 
autre fille, et l'on ne songea plus  un vnement qui 
pensa nanmoins coter la vie  cette infortune. 
Cependant les mauvais traitements se prolongeaient et 
redoublaient au point que, si on ne les et interrompus 
pour se mettre  table, jamais les victimes n'auraient pu 
parvenir au terme prescrit pour les orgies de cette espce. 
Elles furent donc livres aux dugnes, qui les baignrent, 
les rafrachirent, les pansrent, et les remirent sur le 
pidestal, o elles restrent nues, pendant tout le souper, 
exposes  toutes les indignits dont il plairait aux 
moines de les accabler.
	Il est facile de souponner qu' ces sortes de ftes, 
les luxures, les lubricits, les horreurs taient toujours 
portes au dernier priode. A celui-ci, les moines ne 
voulurent manger que sur le cul des filles; une autre,  
leurs pieds, leur suait tour  tour et le vit et les couilles; 
et c'tait dans le cul des petits garons qu'taient 
enfonces les bougies; leurs serviettes avaient torch des 
culs pendant quinze jours, et quatre grandes jattes de 
merde formaient les quatre coins. Les trois dugnes, 
nues, servaient les moines, et ne leur prsentaient que 
des vins dont elles s'taient pralablement lav les fesses, 
le con, les aisselles, la bouche et le trou du cul. Chaque 
moine avait, indpendamment de tout cela, prs de lui, 
un petit arc et plusieurs flches, dont il s'amusait, de 
temps en temps,  darder le corps des victimes; ce qui 
produisait tout de suite une petite fontaine de sang, dont 
les flots arrosaient les plats.
	A l'gard de la chre, elle tait exquise. La 
profusion, l'abondance, la dlicatesse, tout y rgnait; les 
vins les plus rares, ne s'y servirent que jusqu' 
l'entremets; on ne vit plus, ds lors que les plus 
spiritueuses liqueurs; et les ttes furent bientt prises.
	- Je ne connais rien, dit Ambroise en balbutiant, qui 
s'amalgame mieux que les plaisirs de l'ivrognerie, de la 
gourmandise, de la luxure et de la cruaut; il est inou ce 
qu'on fait, ce qu'on invente, quand on a la tte bien prise; 
et les forces prtes par Bacchus  la desse de la 
lubricit, tournent toujours au profit de cette dernire.
	- Cela est si vrai, dit Antonin, que je ne voudrais 
jamais faire du libertinage qu'au sein de la plus forte 
ivresse; ce n'est qu'alors que je me trouve vritablement 
en train.
	- Nos garces, dit Svrino, ne s'arrangeraient pas de 
cette clause; car elles sont malmenes, quand nos ttes 
sort lectrises par le vin ou par les liqueurs.
	On entendit en mme temps un cri terrible, qui 
partait des pieds de Svrino. Ce monstre, sans aucun 
motif, sans d'autre raison que celle de faire le mal, venait 
d'enfoncer son couteau dans le tton gauche d'une fille de 
dix-huit ans, belle comme Vnus, et qui le suait. Le 
sang coulait en abondance; la malheureuse s'vanouit. 
Svrino, quoique suprieur, fut interrog sur la cause de 
cette cruaut.
	- Elle m'a mordu en me suant, rpondit-il; c'est la 
vengeance qui m'a fait agir.
	- Oh! sacredieu, dit Clment, le dlit est affreux; je 
demande que la putain soit punie conformment au 
quinzime article du code, qui enjoint de pendre une 
heure par les pieds toute fille qui manquera de respect 
aux moines.
	- Oui, dit Jrme; mais c'est dans le cours ordinaire 
de la vie; au milieu du service libidineux, la peine est 
plus grave; il s'agit de deux mois de prison au moins, au 
pain et  l'eau, et fustige deux fois par jour; je demande 
l'excution du rglement.
	- Moi, dit Sylvestre, je ne vois pas que le cas soit 
bien exactement prvu par la loi; et je demande une 
punition rigoureuse, et galement imprvue. Je veux que 
la dlinquante soit punie de la main de tout le monde, et 
qu'en raison de cela, on la fasse passer un quart d'heure 
avec chaque membre dans un des plus noirs cachots de 
ce souterrain, avec injonction  chacun de la traiter si 
mal, qu'elle en soit un an dans son lit: Svrino passera le 
dernier. L'opinion prend. La victime, dont on se garde 
bien d'tancher le sang, est dj dans un tel tat, qu'on est 
oblig de la porter au lieu de sa destination. Tous ces 
sclrats y passent tour  tour; et, aprs des horreurs sans 
doute, elle est remonte dans son lit, o elle meurt ds le 
lendemain.
	A peine nos six paillards furent-ils rassembls au 
retour de cette infernale expdition, que les dugnes 
annoncrent qu'elles avaient besoin de chier.
	- Dans les plats, dans les plats, dit Clment.
	- Dans nos bouches, dit Sylvestre. Ce dernier avis 
prvalut; et voil nos moines affubls d'une vieille, 
monte sur la table, appuye sur le visage du paillard, 
qu'elle inonde bientt de pets, de vesses et de merde.
	- Se servir de ces vieilles gueuses, dit Jrme, 
quand on a sous ses ordres tant de jeunes et jolis objets, 
est bien, selon moi, la preuve la plus complte que nous 
puissions offrir de notre affreuse dpravation.
	- Eh! qui doute, reprit Svrino, que la vieillesse, la 
malpropret, la laideur, ne donnent souvent de bien plus 
grands plaisirs que la fracheur et la beaut? Les 
miasmes mans de tels corps ont un acide bien plus 
irritant. Ne voyez-vous pas tout plein de gens prfrer le 
gibier faisand  la viande frache?
	- Pour moi, je suis bien de cet avis, dit Sylvestre en 
lanant  sa fille une flche qui l'atteignit au tton droit, 
et qui en fit aussitt jaillir le sang; plus l'objet est laid, 
vieux, dgotant, mieux il me fait bander, et je vais vous 
le prouver, continua-t-il en s'emparant du vieux Jrme, 
et lui enfonant son vit dans le cul.
	- Je suis trs flatt de la dmonstration, dit Jrme, 
fous, mon ami, fous-moi; fallt-il acheter le plaisir 
d'avoir un vit dans le cul, par plus de bassesse et 
d'humiliation, je ne trouverais pas encore le plaisir trop 
cher.
	Et l'infme, se retournant avec tendresse pour 
langotter son cher fouteur, lui lcha dans le nez une 
borde de vin, mane de la compression que son 
estomac venait de recevoir... jaculation si terrible, que 
Sylvestre, repouss par l'orage, fut lui-mme arroser, de 
la mme pluie, le visage de Clment, prs duquel il tait, 
mais qui, plus ferme, ou plus enfonc dans la fange, ne 
quitta pas la compote qu'il mangeait et dans laquelle 
pourtant tait tombe toute la sauce.
	- Voyez la constance de ce bougre-l, dit Ambroise, 
qui se trouvait de l'autre cte; je parie de chier dans sa 
bouche, et qu'il ne se drange pas.
	- Chie, dit Clment.
	Ambroise excute; Clment avale, et le repas se 
quitte  la fin.
	Le premier avis fut de fouetter tous les jeunes 
garons sur les fesses, et toutes les filles sur les ttons, en 
les entrelaant avec exactitude. Ceux qui fouetteraient 
les garons resteraient  terre; ceux qui frapperaient les 
gorges seraient monts sur des fauteuils, contre lesquels 
les filles appuieraient leur dos. A merveille! dit Antonin; 
mais il faudra que les ganymdes soient obligs de chier 
pendant qu'on les fouettera, et les filles contraintes  
pisser pendant la mme opration, et cela, sous les peines 
les plus graves.
	- Bien dit, s'crie Jrme, tellement ivre qu'il 
pouvait  peine sortir de table.
	Les choses s'arrangent. On n'imagine pas la 
barbarie avec laquelle ces sclrats flagellaient, 
dchiraient impitoyablement, et les plus jolis culs du 
monde, et les seins de rose et d'albtre, offerts  leur 
brutalit. Ici Svrino qui bandait ferme fut tent d'un 
charmant giton de treize ans, dont les fesses ruisselaient 
de sang. Il le saisit, passe avec lui dans un cabinet, et le 
ramne, au bout d'un quart d'heure, dans un tel tat, que 
l'assemble est convaincue que le suprieur venait, 
suivant son usage avec les garons, d'employer des 
pisodes si cruels, que le jeune homme pourrait bien n'en 
pas relever. Jrme  l'exemple du suprieur, avait de 
mme isol ses plaisirs; il avait entran Aurore, et une 
autre fille de dix-sept ans, fort jolie, et les avait soumises, 
l'une et l'autre,  des humiliations si dsesprantes,  des 
actes de frocit si monstrueux, que toutes deux furent 
encore rapportes dans leurs chambres.
	Tous les yeux se portrent alors sur les deux 
victimes... Qu'on nous permette de jeter un voile sur les 
atrocits qui terminrent ces excrables orgies. Notre 
plume serait insuffisante  les peindre, et nos lecteurs 
trop compatissants pour les couter de sang-froid. Qu ils 
se contentent de savoir que les supplices durrent six 
heures, pendant lesquelles tout ce que la cruaut put 
imaginer de plus froce fut employ, ml d'pisodes 
lascifs, d'un tel genre de monstruosit, que jamais les 
Nron ni les Tibre ne purent rien inventer de semblable.
	Sylvestre se fit remarquer par son inconcevable 
acharnement  tourmenter sa fille... belle, sensible et 
charmante crature, que le sclrat eut, ainsi qu'il l'avait 
dsir, l'affreux plaisir de faire expirer sous ses coups. Et 
voil l'homme, quand ses passions l'garent! le voil, 
quand ses richesses, son crdit ou sa position le placent 
au-dessus des lois! Justine, puise, fut assez heureuse 
pour n'tre oblige de coucher chez personne. Elle se 
retira dans sa cellule, en versant des larmes bien amres 
sur l'affreuse destine de sa plus tendre amie, et ne 
s'occupa plus ds lors que de son projet d'vasion. 
Absolument dcide  tout, pour fuir cet affreux repaire, 
rien ne l'effraya pour y russir. Que pouvait-elle 
apprhender en excutant ce dessein? la mort: de quoi 
tait-elle sre en restant? de la mort: et en russissant elle 
se sauvait: y avait-il donc  balancer? Mais il fallait avant 
cette entreprise que les funestes exemples du vice 
rcompens se reproduisent encore sous ses yeux. Il tait 
crit sur le grand livre des destins, sur ce livre obscur 
dont personne n'a l'intelligence, il y tait grav que tous 
ceux qui l'avaient tourmente, humilie, tenue dans les 
fers, recevraient sans cesse  ses yeux le prix de leurs 
forfaits... comme si la Providence et pris  tche de lui 
montrer le danger ou l'inutilit de la vertu... Funestes 
leons qui ne la corrigrent pourtant point, et qui, dt-
elle chapper encore au glaive suspendu sur sa tte, ne 
l'empcheraient pas, disait-elle, d'tre toujours l'esclave 
de cette divinit de son coeur.
	Un matin, sans que personne s'y attendt, Antonin 
arrive au srail, et annonce que Svrino, parent et 
protg du pape, vient d'tre nomm par Sa Saintet 
gnral de l'ordre des bndictins. Ds le jour suivant, le 
religieux partit effectivement sans voir personne. Il en 
tait attendu, disait-on, un autre bien autrement froce et 
dbauch. Nouveaux motifs pour Justine de presser 
l'excution de son projet.
	Le lendemain du dpart de Svrino, les moines 
faisaient encore une rforme. Justine choisit ce moment 
pour excuter son dessein, afin que ceux-ci, plus 
occups, prissent moins d'attention  elle.
	On tait au commencement du printemps; les nuits 
paraissaient encore assez longues pour favoriser ses 
dmarches; depuis deux mois elle les prparait avec tout 
le mystre concevable. Elle sciait peu  peu les grilles de 
son cabinet avec un mauvais ciseau qu'elle avait trouv; 
dj sa tte y passait aisment; et de son linge elle avait 
compos une corde plus que suffisante  franchir 
l'lvation du btiment. Lorsqu'on lui avait pris ses 
hardes, elle avait eu soin, ainsi que nous croyons l'avoir 
dit, de retirer sa petite fortune; elle l'avait toujours 
soigneusement cache; en partant, elle la remit dans ses 
cheveux; et, ds qu'elle crut ses compagnes couches, 
elle passa dans son cabinet. L, dgageant le trou qu'elle 
avait soin de boucher tous les jours, elle lia la corde  
l'un des barreaux qui n'tait point endommag, et, se 
laissant glisser, par ce moyen elle eut bientt touch 
terre. Ce n'tait point l ce qui l'avait embarrasse le 
plus; les six enceintes de haies vives dont Omphale lui 
avait parl l'intriguaient bien diffremment.
	Une fois en bas, elle reconnut que chaque espace, 
ou alle circulaire laisse d'une haie  l'autre, n'avait pas 
plus de six pieds de large; et c'tait cette proximit qui 
faisait croire, au premier coup d'oeil, que tout ce qui se 
trouvait dans cette partie n'tait qu'un massif de bois. La 
nuit tait fort sombre. En tournant cette premire alle 
circulaire, elle parvint  la hauteur de la fentre du grand 
caveau o se faisaient les orgies funbres. Y voyant 
beaucoup de lumire, elle fut assez hardie pour s'en 
approcher; et l, elle entendit trs distinctement Jrme 
dire  l'assemble.
	- Oui, mes amis, je vous le rpte, il faut 
maintenant que Justine y passe la premire; rien n'est 
plus certain; j'espre ne pas trouver un seul opposant  
ma proposition.
	- Pas un, bien certainement, rpondit Antonin, ami 
de Svrino, je l'ai secourue, protge jusqu' ce 
moment-ci, parce qu'elle plaisait  cet honnte 
compagnon de nos dbauches; mes motifs d'intrt 
cessant, je deviens le premier  vous demander avec 
insistance que cet avis passe sans rclamation.
	Il n'y et qu'une voix; quelques-uns furent mme 
d'avis de l'envoyer chercher  l'instant; mais, toute 
rflexion faite, on prtendit qu'il fallait remettre  
quinzaine. O Justine! quel saisissement s'empara de ton 
me en entendant ainsi prononcer ta sentence! 
malheureuse fille! peu s'en fallut que tu n'eusses plus la 
force de faire un pas. Recueillant nanmoins toute son 
nergie, elle se hte et continue de tourner jusqu' ce 
qu'elle se trouve  l'extrmit du souterrain. Ne 
rencontrant point de brche, elle se rsout d'en faire une; 
elle avait conserv le ciseau dont nous avons parl; 
munie de cette arme, elle travaille; ses mains se 
dchirent, rien ne l'arrte. La haie avait plus de deux 
pieds d'paisseur; elle l'entrouvre: la voil dans la 
seconde alle. Quel est alors son tonnement de ne sentir 
 ses pieds qu'une terre molle et flexible, dans laquelle 
on enfonce jusqu' la cheville! Plus elle avance, plus 
l'obscurit devient profonde. Curieuse de connatre la 
cause de ce changement du sol, elle tte... juste ciel! c'est 
la tte d'un cadavre qu'elle saisit! Erreur ! Source du renvoi 
introuvable. Elle perce la haie; celle-ci est plus paisse que 
l'autre; plus elle avance, plus elle les trouve serres. La 
brche se fait pourtant; mais un sol ferme se trouve au 
del; et, notre hrone parvient au bord du foss, sans 
avoir trouv la muraille dont Omphale lui avait parl; il 
n'y en avait srement point: il est vraisemblable que les 
moines ne le disaient que pour effrayer davantage.
	Moins enferme au del de cette sextuple enceinte, 
Justine distingue mieux les objets. L'glise et le corps de 
logis qui s'y trouve adoss, se prsentent aussitt  ses 
regards; le foss bordait l'un et l'autre. Elle se garde bien 
de chercher  le franchir de ce ct; elle longe les bords; 
et, se voyant en face de l'une des routes de la fort, elle 
se rsout de le passer l, et de se jeter dans le chemin 
qu'elle voit, ds qu'elle aura remont l'escarpement. Ce 
foss tait trs profond, mais sec; comme il tait revtu 
de briques, il n'y avait nul moyen de se laisser glisser, 
elle se prcipite donc. Un peu tourdie de la chute, elle 
est quelques instants avant que de se relever; elle se 
redresse enfin, poursuit, et atteint l'autre bord sans 
obstacle; mais comment le gravir? A force de chercher 
un endroit commode, elle en dcouvre un o quelques 
briques dmolies lui donnent  la fois et la facilit de se 
servir des autres comme d'chelons, et celle d'enfoncer, 
pour se soutenir, la pointe de son pied dans la terre. Elle 
tait dj presque sur la crte, lorsque tout s'boulant 
sous elle, elle retombe dans le foss, couverte des dbris 
que sa chute entrane; elle se croit morte. Cette chute-ci, 
faite involontairement, avait t plus rude que l'autre; les 
matriaux qui l'avaient suivie l'avaient mme blesse en 
quelques endroits de son corps: elle tait exactement 
fracasse. Erreur ! Source du renvoi introuvable. Mais la sage et 
vertueuse Justine, bientt rvolte d'un systme, trop 
malheureux fruit de la corruption qui vient de l'entourer, 
se dbarrasse courageusement des dbris dont elle est 
couverte; et, trouvant plus d'aisance  remonter par la 
brche qu'elle vient de faire,  cause des nouveaux trous 
qui s'y sont forms, elle essaie encore, et se voit, en un 
instant, sur la crte. Tout cela l'avait carte du chemin 
qu'elle avait aperu; mais l'ayant retrouv des yeux, elle 
le gagne, et se met  fuir  grands pas. Avant la fin du 
jour, elle se trouve hors de la fort, et bientt sur ce 
monticule duquel elle avait jadis aperu l'indigne maison 
dont elle s'chappait avec tant de plaisir. Elle s'y repose, 
tout en nage; et son premier soin est de se prcipiter  
genoux, pour offrir  Dieu ses remerciements, pour lui 
demander de nouveaux pardons des fautes involontaires. 
qu'elle a commises dans ce rceptacle odieux du crime et 
de l'infamie. Des larmes amres coulent aussitt de ses 
beaux yeux Hlas! se dit-elle, j'tais bien moins 
coupable, quand je suivis, l'anne dernire, cette mme 
route, guide par un principe de dvotion si funestement 
tromp. Oh Dieu! dans quel tat puis-je me contempler 
maintenant!
	Ces funestes rflexions un peu calmes par le 
plaisir de se voir libre, Justine poursuivit sa route vers 
Dijon, s'imaginant que ce ne pourrait tre que dans cette 
ville o ses plaintes seraient utilement et lgitimement 
entendues.
	Elle tait  sa seconde journe; parfaitement calme 
sur les craintes qu'elle avait d'tre poursuivie, la tte 
nanmoins remplie de toutes les horreurs dont elle venait 
d'tre  la fois et le tmoin et la victime. Il faisait chaud; 
et, suivant sa coutume conomique, elle s'tait carte du 
chemin pour trouver un abri o elle pt faire un lger 
repas qui la mt en tat d'attendre le soir. Un petit 
bouquet de bois, sur la droite du chemin, au milieu 
duquel serpentait un ruisseau limpide, lui parut propre  
la rafrachir. Dsaltre de cette eau frache, nourrie d'un 
peu de pain, le dos appuy contre un arbre, elle laissait 
circuler dans ses veines un air pur et serein qui la 
dlassait... qui calmait ses sens. L, rflchissant  cette 
fatalit presque sans exemple, qui, malgr les pines dont 
elle tait entoure dans la carrire de la vertu, la ramenait 
toujours, quoi qu'il pt en tre, au culte de cette divinit 
et  des actes d'amour et de rsignation envers l'Etre 
suprme dont elle est l'image, une sorte d'enthousiasme 
s'empare tout  coup de son me. Erreur ! Source du renvoi 
introuvable. Et pleine de reconnaissance, elle s'tait jete  
genoux pour rendre grces  l'Etre suprme, lorsqu'elle 
s'aperut que son action attirait sur elle les regards d'une 
grande et belle femme, assez bien mise, qui faisait la 
mme route qu'elle.
	- Mon enfant, lui dit cette femme avec affection, 
vous me paraissez bien profondment occupe. Il est 
facile de lire sur votre physionomie que quelque violent 
chagrin vous opprime... Et moi aussi, ma chre petite, je 
suis malheureuse! daignez me confier vos douleurs; je 
vous ferai part des miennes. Nous nous consolerons 
ensemble, et peut-tre natra-t-il de cette confiance 
mutuelle ce sentiment si doux de l'amiti, au moyen 
duquel les tres les plus infortuns apprennent  
supporter leurs maux, en les partageant en frres. Vous 
tes jeune et jolie, ma chre enfant, en voil beaucoup 
plus qu'il ne faut pour rencontrer bien des pines dans la 
carrire de la vie. Les hommes sont si mchants, qu'il 
n'est besoin que d'avoir ce qui peut les intresser, pour 
exciter plus puissamment, par cela seul, toute leur 
perfidie contre nous.
	L'me des malheureux s'ouvre facilement aux 
consolations prsentes. Justine regarde celle qui 
l'interroge; lui trouvant une fort belle figure, trente-six 
ans au plus, de l'esprit, un maintien honnte, elle lui 
prend la main, verse des pleurs, et lui dit: Oh! ma chre 
dame.
	- Venez, mon ange, lui rpond aussitt avec 
affection madame d'Esterval; entrons dans cette 
htellerie; je la connais, nous y serons tranquilles: l, 
vous me raconterez vos malheurs, l, je vous apprendrai 
les miens; et le rsultat de cette douce confiance nous 
rendra peut-tre moins infortunes.
	Justine se laisse convaincre. On entre dans 
l'auberge. Madame d'Esterval fait les honneurs; un 
excellent dner se sert aussitt dans une chambre 
particulire, et la conversation devient plus intime.
	- Ma chre enfant, dit notre nouvelle aventurire, 
aprs avoir eu l'air de rpandre quelques pleurs sur les 
malheurs de sa compagne, mes infortunes ne sont peut-
tre pas aussi multiplies que les vtres; mais elles sont 
plus constantes, et, j'ose le dire, plus amres. Sacrifie, 
ds mon enfance,  un mari que je dteste, j'ai depuis 
vingt ans sous les yeux l'homme du monde qui m'est le 
plus en horreur; et, depuis cette triste poque, je suis 
cruellement prive du seul tre qui et pu faire le 
bonheur de ma vie. Le long des frontires de la Franche-
Comt et de la Bourgogne rgne une vaste fort au fond 
de laquelle mon mari tient une auberge, assez commode 
 rencontrer pour ceux qui traversent cette route ignore; 
mais, juste ciel faut-il vous l'avouer, ma chre? ce 
misrable, abusant de la position isole de ce rduit 
obscur, vole, pille, gorge tous ceux qui ont le malheur 
de s'arrter chez lui.
	- Vous me faites frmir, madame; grand Dieu! ce 
monstre assassine?
	- Chre fille, prends piti de ma honte et de mes 
infortunes; je serais moi-mme gorge si je trahissais sa 
conduite. Puis-je d'ailleurs essayer de me plaindre?... Je 
me dshonore en voulant fltrir mon poux. Oh! Justine, 
je suis la plus malheureuse des femmes; il ne me reste 
pour toute consolation, que d'attacher, si je le puis,  mon 
triste sort, quelque honnte crature comme toi, par le 
moyen de laquelle je russirai peut-tre  ravir aux 
fureurs de ce monstre la plus grande partie de ses 
victimes. De quelle ncessit me deviendrait une telle 
femme! elle serait la douceur de ma vie, l'gide de ma 
conscience, mon appui, ma ressource dans l'tat affreux 
o je suis... Aimable enfant, si je pouvais t'inspirer assez 
de piti... assez de confiance pour t'engager  t'unir  
mon sort... Ah! tu serais bien plus mon amie que ma 
domestique; et ce ne serait pas des gages que je 
t'offrirais, ce serait la moiti de ce que je possde... Eh 
bien! Justine, te sens-tu le courage d'accepter ce que je te 
propose? la certitude de contribuer  d'aussi bonnes 
actions enflamme-t-elle tes nobles sentiments de vertu? 
et pourrai-je enfin me flatter d'avoir dcouvert une amie.
	Un verre de vin de Champagne fut aval de part et 
d'autre avant que Justine ne se pronont; et cette liqueur 
enchanteresse, dont la proprit singulire dtermine  la 
fois dans l'homme et tous les vices et toutes les vertus, 
dicta bientt  la sage Justine de ne pas abandonner au 
malheur une femme aussi intressante que celle que lui 
procurait la fortune.
	- Oui, madame, dit-elle  sa nouvelle amie; oui, 
comptez-y, je vous suivrai partout; ce sont des occasions 
de vertus que vous m'offrez; quelles grces n'ai-je pas  
rendre  l'Eternel, de ce qu'il me met  mme d'exercer 
avec vous cette facult si active de mon coeur! Qui sait 
si,  force de bons conseils, de patience et d'excellents 
exemples, nous ne parviendrons pas  corriger votre 
mari! Les prires que nous adresserons au ciel seront si 
ardentes!... Ah! flattons-nous de russir un jour!...
	Et madame d'Esterval apercevant  ces mots, un 
crucifix, se jette avec componction aux pieds de l'idole. 
Erreur ! Source du renvoi introuvable.
	On sort de table, madame d'Esterval paye 
amplement toute la dpense; et voil nos deux femmes en 
marche.
	Il y avait de l'htellerie d'o l'on partait,  celle de 
d'Esterval, environ quinze lieues, dont six devaient se 
faire dans le plus pais de la fort. Rien de paisible 
comme cette marche; rien d'intressant, de tendre, de 
vertueux comme tout ce qui fut dit en la faisant; rien 
d'agrable comme tous les projets qui s'y concertrent. 
On arrive  la fin.
	En parlant de la situation de l'auberge que tenait 
d'Esterval, sa chre pouse n'avait fait que l'esquisser. Il 
n'tait pas possible de voir une retraite plus sauvage... 
Absolument enfonce dans le creux d'un ravin hriss de 
hautes futaies, on ne se doutait de l'existence de cette 
maison, qu'au moment o l'on y entrait. Deux dogues 
monstrueux en gardaient la porte; et ce fut d'Esterval lui-
mme,  la tte de deux grosses servantes, qui vint 
recevoir sa femme et Justine.
	- Quelle est cette crature? dit le farouche htelier 
en regardant la compagne de son pouse.
	- C'est ce qu'il nous faut, mon fils, rpond la 
d'Esterval d'un ton qui commence  faire ouvrir les yeux 
de notre malheureuse aventurire, et  lui faire 
comprendre qu'il y avait bien plus d'intelligence entre 
elle et son mari, que celle-ci n'avait voulu le laisser 
d'abord apercevoir. Ne la trouves-tu pas jolie?
	- Oui, sacre-Dieu, je la trouve telle; et cela foutra-
il?
	- Ds qu'elle entre chez toi! n'en es-tu pas le 
matre?
	Et Justine, tremblante, fut introduite, avec sa 
conductrice, dans une salle basse, o le patron aprs 
avoir un instant caus bas avec son pouse, revint tenir  
notre hrone  peu prs le discours suivant: 
	- De toutes les aventures qui ont pu vous arriver 
dans le cours de votre vie, ma chre enfant, lui dit-il, 
celle-ci sans doute vous paratra la plus singulire. Dupe 
de votre enthousiasme imbcile pour la vertu, vous vous 
tes trouve prise,  ce que m'apprend ma femme, dans 
beaucoup de piges o l'on vous captivait par la force; 
vous n'allez l'tre ici que par l'opinion. L, vous tiez 
l'objet de beaucoup de crimes, sans participer  aucun. 
Vous les partagerez tous ici; sans pouvoir vous en 
empcher; vous y cooprerez librement; vous serez 
oblige d'y participer, et sans qu'on vous y contraigne 
autrement que par des chanes morales et par vos vertus.
	- Monsieur! monsieur! s'cria la bonne Justine, oh! 
Monsieur! tes-vous donc sorcier?
	- Non, reprit d'Esterval, je ne suis qu'un sclrat, 
assez singulier sans doute, mais dont les penchants et les 
crimes n'ont rien de plus particulier que ceux de 
beaucoup de gens, qui parcourent comme moi la carrire 
des vices, par des moyens semblables au fond, mais 
diffrents pourtant par les formes. Je suis sclrat en 
libertinage. Assez riche pour me passer du mtier que je 
fais, je ne l'exerce que pour l'intrt de mes passions; 
elles s'en irritent si prodigieusement, que je ne bande 
uniquement qu'aux actions du vol et du meurtre; elles 
seules ont l'art de m'enflammer. Aucune autre espce de 
prliminaire ne dterminerait en moi la situation utile  la 
jouissance; je n'ai pas plutt commis l'un ou l'autre de ces 
crimes, que mon sang bouillonne, que mon vit dresse, et 
qu'il me faut absolument des femmes. La mienne alors ne 
me suffisant pas, je lui substitue quelques servantes, ou 
les jeunes et jolis objets que le hasard nous fait 
rencontrer. S'ils n'arrivent pas, madame d'Esterval va me 
les chercher... C'est une excellente crature, Justine, que 
cette femme-l; doue des mmes gots et des mmes 
fantaisies que moi, elle aide mes oprations, et nous en 
recueillons tour  tour les fruits.
	- Quoi! dit Justine, avec une surprise mle de 
douleur; quoi! madame d'Esterval m'a trompe?
	- Oui certes, si elle s'est montre vertueuse; car il 
est sans doute difficile de voir une femme plus 
corrompue. Mais il fallait vous sduire: la fraude et 
l'imposture taient ncessaires. Vous servirez donc en 
ces lieux les plaisirs de ma femme et les miens, et... ah! 
voici, mon ange, voici ce qui va vous faire frmir! vous 
serez la Circ des voyageurs qui passent ici; vous les 
amadouerez, les enchanerez, vous les servirez, vous 
flatterez toutes leurs passions pour rendre leur dfaite 
plus sre... afin que nous les gorgions plus facilement 
aprs.
	- Et vous vous tes flatt, monsieur, que je resterais 
dans cette infernale maison?
	- J'ai plus fait, Justine; je vous ai dit qu'aprs que 
vous seriez instruite, il vous deviendrait difficile de fuir, 
et que vous resterez ici de plein gr... parce qu'il vous 
serait impossible de ne pas vouloir y rester.
	- Expliquez-vous, monsieur, je vous en conjure.
	- Je vais le faire; coutez-moi et redoublez 
d'attention, je vous prie...
	Mais dans ce moment un grand bruit s'tant fait 
dans la cour, d'Esterval fut oblig de s'interrompre pour 
aller recevoir deux marchands  cheval, suivis d'autant 
de mulets richement chargs, et qui, se dirigeant vers la 
foire de Dle, venaient coucher dans ce coupe-gorge.
	Nos voyageurs, parfaitement reus, furent aussitt 
servis, rafrachis, dbotts; et d'Esterval les voyant 
attendre leur souper assez tranquillement, revint terminer 
l'instruction de Justine.
	- Il n'est pas ncessaire de vous dire, ma chre 
enfant, reprit l'tonnant personnage, qu'avec les gots 
que le viens de vous avouer, je dois avoir d'autres 
singularits dans l'esprit; et voici celles qui assaisonnent 
tonnamment mes passions. Je veux que les voyageurs 
qui prissent par mes mains soient prvenus de mes 
projets; je me plais  les savoir convaincus qu'ils sont 
chez un sclrat; je veux qu'ils se mettent en tat de 
dfense; je prtends en un mot, les vaincre par la force. 
Cette circonstance m'irrite; c'est elle qui enflamme mes 
sens; elle, en un mot, qui me fait bander en sortant de l, 
au point qu'un tre  foutre, de quelque ge ou de 
quelque sexe qu'il puisse tre, me devient absolument 
ncessaire. Tel est, mon ange, le rle que je vous destine; 
c'est vous qui ferez de trs bonne foi l'impossible pour 
faire vader les victimes, ou pour les engager  la 
dfense. Je vais vous dire bien plus: votre libert est  ce 
prix. Si vous en faites chapper une seule, vous pourrez 
vous sauver avec elle; je vous proteste de ne pas vous 
poursuivre; mais si elle succombe, vous resterez; et 
comme vous tes vertueuse, je n'ai pas tort, vous le 
voyez, de vous dire que vous resterez du meilleur de 
votre coeur; car l'espoir de soustraire un de ces 
malheureux  ma rage, vous captivera sans cesse. Si vous 
vous chappiez de chez moi, certaine que je continue ce 
mtier, vous emporteriez le regret mortel de n'avoir pas 
essay de sauver ceux qui succomberont aprs votre 
dpart; vous ne vous pardonneriez jamais d'avoir manqu 
l'occasion de cette excellente oeuvre; et, comme je vous 
le dis, l'espoir d'y russir un jour vous enchanera 
ncessairement toute la vie. Me direz-vous que tout cela 
est inutile; et que sans autant de prcautions, vous vous 
esquiverez ds les premiers jours pour aller vous plaindre 
et me dnoncer. A quel point je serais maladroit, ma 
chre, si je n'avais rponse  cette objection... si je ne la 
dtruisais pas victorieusement d'un mot. Ecoutez-moi, 
Justine; il n'y a pas de jours o je ne tue: vous en serez  
six avant que de parvenir au tribunal le plus voisin; voil 
six victimes que vous aurez laiss prir, pour essayer de 
me faire prendre; voil, dans l'hypothse d'une chose 
impossible (parce que je fuis  l'instant o vous manquez 
 la maison), voil, dis-je, six victimes de sacrifies dans 
le plus ridicule espoir.
	- Moi, la cause de leur perte?
	- Oui; car vous auriez pu sauver l'une de ces 
victimes, en la prvenant; et, en la sauvant, vous sauviez 
les autres. Eh bien! Justine, avais-je tort de dire que je 
vous enchanerais par l'opinion? Fuyez, si vous l'osez, 
maintenant... fuyez, vous dis-je, voil toutes les portes 
ouvertes!
	- Monsieur, dit Justine abattue, dans quelle position 
votre mchancet me place!
	- Je le sais bien, elle est affreuse! et de l nat un 
des plus puissants vhicules de mes excrables passions. 
Je me plais  vous faire partager le mal, sans que vous 
puissiez l'empcher; j'aime  vous enchaner par vertu au 
sein du crime et de l'infamie; et quand je vous foutrai, 
Justine, car vous comprenez bien que j'en viendrai l, 
cette dlicieuse ide sera l'une de celles qui me feront le 
plus dlicieusement dcharger.
	- Comment, monsieur, il faudra que je me 
soumette?...
	- Oh!  tout, Justine, absolument  tout. Si vous tes 
assez adroite pour faire chapper les victimes, tout est 
dit, puisque vous vous vadez avec elles. Mais si elles 
succombent, vos mains se teindront de leur sang; vous les 
volerez, vous les gorgerez, vous les dpouillerez avec 
moi; vous tendant aprs sur leurs sanglants cadavres, je 
vous y foutrai toute nue... Que de motifs n'aurez-vous 
donc pas pour les sauver? Que d'art, que d'habilet, vos 
vertus et vos intrts vont vous faire employer pour les 
soustraire  mes poignards! O Justine! jamais ces 
sublimes vertus que vous professez ne se seront trouves 
dans un plus beau jour; jamais plus belle occasion ne se 
sera prsente de vous montrer digne de l'estime et de 
l'admiration des honntes gens.
	Il est trs difficile de rendre la situation dans 
laquelle se trouva notre hrone, lorsque aprs l'avoir 
quitte pour vaquer aux soins de sa maison, d'Esterval 
l'et un instant abandonne  toute l'horreur de ses 
rflexions.
	Erreur ! Source du renvoi introuvable.
	Justine pleurait  chaudes larmes, en se livrant  ces 
douloureuses penses, lorsque madame d'Esterval vint 
tout  coup les interrompre.
	- Oh! madame, lui dit-elle en l'apercevant,  quel 
point vous m'avez trompe!
	- Cher ange, lui rpondit cette mgre en cherchant 
 la caresser, il le fallait bien pour t'avoir. Mais, console-
toi, Justine, tu t'accoutumeras facilement  tout; je suis 
bien persuade que dans quelques mois l'ide mme de 
nous quitter ne se prsentera plus  ton esprit... Baise-
moi, ma mignonne; tu es extrmement jolie, et j'ai la plus 
grande envie de te voir aux prises avec mon poux.
	- Eh quoi! madame, vous autorisez de telles 
horreurs!
	- Il n'y en a aucune  partager les gots de son mari. 
Il me le rend d'ailleurs; il est difficile de voir une plus 
intime liaison; nous volons mutuellement au-devant de 
tout ce qui nous fait plaisir; et comme nous avons les 
mmes gots, les mmes moyens, nous nous satisfaisons 
l'un et l'autre.
	- Comment, madame, le vol, le meurtre?...
	- Font mes plus doux amusements, ma mie; rien 
n'enflamme mes passions comme ces pisodes; et tu 
verras de quelle nergie sont nos jouissances, quand nous 
les gotons ivres de sang.
	- Et ces servantes qui sont ici, madame, sont-elles 
aussi charges d'avertir les voyageurs?
	- Ce devoir honorable n'est rserv qu' toi. 
Connaissant tes beaux principes, nous avons voulu les 
mettre en action. Les filles dont tu parles sont nos 
complices; leves dans le crime, le chrissant presque 
autant que nous, elles sont loin de l'envie d'en faire 
vader les victimes. Tu verras quelquefois mon mari s'en 
servir, mais sans aucune familiarit. Toi seule seras notre 
confidente; toi seule seras l'amie de la maison; ces 
cratures te serviront comme elles nous servent; et c'est  
notre table, et non pas  la leur que tu mangeras toujours.
	- Oh! madame, qui aurait pu croire qu'une personne 
aussi respectable que vous paraissez l'tre, pt se livrer  
des atrocits de cette espce?
	- N'emploie donc point de telles expressions, dit 
madame d'Esterval en riant de piti; il n'y a rien que de 
trs simple  ce que nous faisons. Jamais on ne s'carte 
de la nature quand on suit ses penchants; et je te rponds 
que c'est d'elle seule que nous avons reu, mon poux et 
moi, tous ceux o nous nous livrons.
	- Allons, Justine,  l'ouvrage, dit aussitt d'Esterval, 
en accourant. Voil nos marchands  souper; va les voir, 
jase avec eux, prviens-les, tche de les sauver, et surtout 
livre-toi, s'ils te dsirent; n'oublie pas que c'est le 
meilleur moyen de leur inspirer de la confiance.
	Pendant que Justine excute sa commission de la 
manire dont nous l'expliquerons tout  l'heure, mettons 
nos lecteurs au fait des horribles coutumes de cette 
maison, et des personnages que notre hrone y trouve.

	(1) 	Rusma, pierre minrale, atramentaire; on en 
trouve des mines en Galatie. Le Grand 
Seigneur s'en fait un revenu de trente mille 
ducats par an. Il est trs rare en France, et ne 
s'y rend qu'au poids de l'or. Il ne reste aucun 
vestige de poil aux endroits o on l'a employ.

	(2) 	Voyez l'article XII (Le plus petit air de 
rpugnance, etc.) dans le chapitre IX.



 

CHAPITRE XIII

SUITE ET FIN DES AVENTURES DE L'AUBERGE - 
RECONNAISSANCE - DEPART

	Madame d'Esterval, par laquelle il est juste de 
commencer, tait, ainsi que nous l'avons dj dit, une 
grande et belle femme d'environ trente-six ans; 
excessivement brune; les yeux d'un clat tonnant; la 
taille belle et fine; les cheveux du plus beau noir; velue 
comme un homme; point de gorge; le cul petit, mais bien 
coup; le con sec et pourpr; le clitoris long de trois 
pouces, et gros  proportion; la jambe parfaitement belle; 
infiniment d'imagination, de vivacit; des talents, de 
l'instruction; trs sclrate, et tribade au suprme degr. 
Ne  Paris d'une famille distingue, le hasard lui avait 
fait connatre d'Esterval qui, lui-mme fort riche et d'une 
bonne naissance, ayant trouv dans cette femme un 
tonnant rapport de gots et de penchants, n'avait rien eu 
de plus press que d'en faire sa femme. L'hymen conclu, 
ils taient venus s'tablir dans cet agreste asile, o tout 
paraissait leur promettre la plus longue impunit de leurs 
crimes.
	D'Esterval, plus g que sa femme, tait un fort bel 
homme de quarante-cinq ans, singulirement bien 
constitu, des passions terribles, un corps de fer, un 
membre sublime, et des singularits dans la jouissance, 
dont nous parlerons ds que nous le verrons aux prises. 
Suffisamment  leur aise pour se passer d'tre 
aubergistes, d'Esterval et sa fougueuse pouse 
n'exeraient ce mtier que parce qu'il favorisait leurs 
excrables penchants. Une maison superbe au milieu 
d'un beau bien les attendait en Poitou, dans le cas 
malheureux o la fortune cesserait de couvrir leurs 
erreurs.
	Il n'y avait point d'autres domestiques dans ce logis 
que les deux servantes dont nous avons parl. L, depuis 
leur enfance, ne connaissant point d'autre local, ne 
sortant jamais, nageant dans l'abondance, partageant les 
faveurs du matre et de la matresse, il n'y avait 
nullement  craindre qu'elles songeassent  s'en vader. 
Madame d'Esterval pourvoyait seule aux provisions; elle 
allait une fois par semaine  la ville chercher ce que ne 
pouvait lui procurer sa ferme. La plus parfaite union 
rgnait d'ailleurs dans ce mnage, tout corrompu qu'il 
pouvait tre; tant il est faux de dire qu'il n'y a que les 
associations vertueuses qui puissent subsister. Ce qui 
brise les noeuds, c'est la dissemblance des moeurs, des 
opinions; mais aussitt que tout est d'accord, aussitt que 
rien ne contrarie la manire d'tre des deux habitants 
d'une mme maison, il n'est pas douteux qu'ils peuvent 
trouver le bonheur dans le sein du vice comme dans celui 
de la vertu; parce que ce n'est pas tel ou tel mode qui 
rend l'homme heureux ou  plaindre; la discorde seule le 
plonge dans le dernier cas, et cette affreuse divinit ne 
secoue jamais ses flambeaux qu'o rgne la diffrence 
des gots et des opinions. Aucune jalousie ne troublait ce 
charmant mnage. Dorothe, heureuse des plaisirs de son 
mari (1), ne se livrait jamais mieux  l'intemprance 
qu'en le voyant jouir de ses plaisirs de choix; et, 
rversiblement, d'Esterval conseillait  sa femme de 
foutre quand elle en trouvait l'occasion, et ne dchargeait 
jamais aussi voluptueusement lui-mme, que quand il la 
voyait dans les bras d'un autre. Se brouille-t-on quand on 
pense de cette manire? et quand l'hymen sme autant de 
roses sur les chanes dont il accable deux poux, est-il 
prsumable qu'ils puissent jamais chercher  les rompre?
	Cependant, Justine, dans la chambre des deux 
marchands, les prvenait par toute sorte de soins, sans 
oser en venir au fait. Son me sensible et dlicate ne 
pouvait se dcider entre l'obligation terrible de faire 
massacrer son matre, ou de le laisser gorger des 
innocents. D'autre part, d'Esterval, qui joignait aux 
passions dont nous venons de le caractriser, celle de 
vouloir surprendre ses htes dans le plaisir, de les mener 
des bras de Vnus dans ceux de la mort, et qui, dans cette 
perfide intention, leur envoyait toujours une fille, aux 
aguets tout prs de la porte, brlait du dsir de voir 
Justine aux prises, et l'accusait intrieurement du peu de 
moyens qu'elle employait pour enflammer les deux 
voyageurs, lorsque l'un d'eux, saisissant notre 
aventurire, l'enfile tout  coup, sans lui donner le temps 
de se dfendre.
	- Oh! monsieur, que faites-vous? s'crie la pudique 
enfant, quels lieux choisissez-vous pour de telles choses? 
Grand Dieu! savez-vous o vous tes?
	- Comment? que voulez-vous dire?
	- Lchez-moi, monsieur, je vais vous rvler tout... 
Votre vie est en danger; coutez-moi, vous dis-je.
	Et le camarade, plus de sang-froid, ayant obtenu de 
son ami de diffrer un instant ses projets, tous deux 
prient Justine de leur claircir le mystre qu'elle parat 
vouloir annoncer.
	- Au milieu d'une fort, messieurs, dans un coupe-
gorge, pouvez-vous penser  de telles choses? Avez-vous 
au moins de quoi vous dfendre? Possdez-vous des 
armes?
	- Oui, voil des pistolets.
	- Eh bien, messieurs, ne les quittez pas, que le soin 
de votre dfense vous occupe bien plus que les fades 
plaisirs o vous paraissez vouloir vous livrer.
	- Poulette, dit l'un d'eux, expliquez-vous autrement, 
nous vous en conjurons; nous doit-il donc arriver quelque 
malheur?
	- D'affreux, monsieur, de terribles. Au nom du ciel, 
mettez-vous en dfense; on doit vous assassiner cette 
nuit.
	- Allez, mon enfant, dit celui dont le vit cumeux 
venait de sonder Justine, allez dire qu'on nous apporte du 
vin et de la lumire, et demain nous vous tmoignerons 
notre reconnaissance.
	Justine descend; mais, en ouvrant la porte, les 
premiers objets qui la frappent sont d'Esterval maniant sa 
femme, tous deux l'oeil coll sur la cloison, et se 
repaissant  loisir du cruel spectacle que cette scne leur 
offre.
	- Pourquoi ne t'es-tu, pas laisse foutre, lui dit 
brutalement d'Esterval? ne t'avais-je pas dit que cela seul 
m'amusait? mais il n'est plus temps; va dire qu'on leur 
porte ce qu'ils demandent, et reste seule dans le salon.
	Tout se dispose; et, comme l'on croit bien, nos 
marchands se mettent en dfense. Hlas! elle tait 
inutile... Un bruit affreux se fait entendre.
	- Ils y sont, ils y sont, s'crie d'Esterval; viens ma 
femme; accours, Justine, je les tiens, les bougres; ils y 
sont.
	D'Esterval passe le premier, une bougie  la main; 
tous trois, car on entranait Justine, tous trois descendent 
dans un souterrain; et l, quel est l'tonnement de notre 
malheureuse hrone de voir les voyageurs, tourdis 
d'une chute affreuse, tous deux  terre et tous deux 
dsarms!
	Ici l'intelligence de nos lecteurs leur fait aisment 
prsumer, sans que nous leur disions, que tout s'tait fait 
au moyen d'une trappe, et que les armes, laisses sur une 
table qui n'avait point boug, n'avaient pu suivre les deux 
infortuns dans leur chute.
	- Camarades, dit d'Esterval en mettant les pistolets 
sur la gorge de chacun de ces hommes, on vous avait 
pourtant prvenus; par quel hasard n'tiez-vous pas sur 
vos gardes? Ecoutez, cadets; il existe un moyen de vous 
tirer d'ici; ne vous dsesprez pas. Vous voyez ces deux 
femmes: celle-ci est la mienne; elle est belle encore; et 
quant  celle-l, vous en avez tt; c'est un morceau de 
roi. Eh bien, foutez-les l'une et l'autre  mes yeux, et 
votre vie sera sauve; mais c'est fait de vous, si vous 
rsistez, si vous ne vous mettez  l'oeuvre sur-le-champ.
	Et la d'Esterval, sans leur donner le temps de 
rpondre, l'infme d'Esterval, dont les passions s'irritaient 
 ces horreurs, ainsi que nous l'avons dj dit, dtourne 
les pistolets, dboutonne les culottes, et suce les vits.
	On passe difficilement de la peur au plaisir; mais de 
quels efforts la nature n'est-elle pas capable, quand il 
s'agit de les conserver! Dorothe s'y prend avec tant 
d'adresse, elle sait si bien calmer et caresser  la fois ces 
deux infortuns, qu'ils cdent... et voil les deux vits en 
l'air. Un canap se trouve l; l'un des deux marchands y 
campe la femme de l'aubergiste; elle est foutue. Justine 
fait un peu plus de faons; et, sans les menaces de 
d'Esterval, il est trs douteux que le camarade du fouteur 
de Dorothe et obtenu quelque triomphe; mais, vaincue 
par la force, il faut obir. Les deux couples sont aux 
prises. Ici les servantes paraissent toutes nues; elles sont 
armes de verges. Rabaissant la culotte des deux 
fouteurs, elles exposent leurs fesses aux yeux de 
d'Esterval; elles fouettent ces fesses, que le plaisir agite: 
l'examinateur les manie, il palpe aussi celles des 
servantes, il claque celles des fouteuses; plus inconstant 
que le papillon, il vole indiffremment sur tous les 
charmes offerts  sa luxure; son vit mutin se prsente aux 
culs mles; le paillard les enfile; ils les parcourt; puis 
revient  ceux des fouteuses, qu'il quitte bientt pour 
ceux des servantes.
	- Allons, dit-il  sa femme, en sodomisant le fouteur 
de Justine, guette le tien, je ne manquerai pas le mien.
	Les servantes le fouettent pendant ce temps-l. Les 
deux coups partent  la fois; au mme instant les deux 
voyageurs sont tus... Les malheureux expirent en 
dchargeant; c'est ce que voulaient leurs bourreaux. Le 
visage et le sein de Justine sont inonds du sang et de la 
cervelle de celui qui dchargeait dans ses bras... de celui 
qu'enculait d'Esterval, qui, lui-mme, avait dcharg en 
sodomisant sa victime.
	- Oh! sacredieu, sacr bougre de dieu, dit le sclrat 
en perdant son sperme, malheur  qui ne connat pas la 
volupt dont je viens de me souiller; il n'en est pas une 
seule au monde qui soit plus piquante et plus dlicieuse.
	- O monstre! s'crie Justine en se dbarrassant du 
cadavre qui pse sur elle, je croyais avoir puis tous les 
genres de crimes; mais je ne me doutais pas des tiens. 
Applaudis-toi, homme infme, et sois certain de 
surpasser en atrocit tout ce que j'ai vu jusqu' ce 
moment. Mais l'anthropophage, endurci, riait.
	- Que fais-tu donc? dit-il  sa femme.
	- Je dcharge toujours, rponds celle-ci; te-moi ce 
bougre-l de dessus le corps; car tout tu qu'il est, le 
coquin bande, et je dchargerais dix ans s'il restait dix 
ans l.
	- Oh! monsieur; s'criait Justine, sortons de ce lieu 
d'horreur.
	- Eh! non, non, c'est ici que j'aime  foutre. Ces 
sanglantes victimes de ma sclratesse excitent ma 
lubricit; je ne bande jamais si bien qu'en les 
considrant... Vous tes quatre femmes ici; couchez-vous 
deux par deux sur chacun de ces cadavres: voil les lits 
de repos sur lesquels je vais vous enfiler toutes les 
quatre. Le fripon excute; con, cul, tout est enfil par lui; 
il pousse l'horreur et l'excration jusqu' resonder encore 
le cul des victimes; il dcharge trois ou quatre fois. On 
remonte.
	Les obsques des corps regardaient les servantes. 
D'Esterval et sa femme s'occupent de serrer les richesses, 
et de jeter les montures dans un grand trou, prs de la 
maison, destin  recevoir toutes celles des malheureux 
qui venaient prir dans cette pouvantable auberge.
	- Oh! monsieur, dit Justine quand le calme fut un 
peu rtabli, si vous voulez que je russisse  sauver vos 
victimes, si vous voulez au moins que je l'entreprenne, 
instruisez-moi du mcanisme de vos piges; comment y 
parer sans cela?
	- Voil ce que tu ne sauras jamais, mon enfant, dit 
d'Esterval. Va visiter la chambre de ces trangers, et tu 
verras si tout n'est pas dans le mme ordre. Je suis 
magicien, ma fille; rien ne peut ni troubler ni deviner 
mes piges. Continue d'essayer; la vertu, la religion, 
l'honneur, tout te le commande; mais je crains bien que 
tu ne russisses jamais.
	On se mit au lit. Le mari et la femme ayant 
tmoign, chacun de son ct, l'envie de passer le reste 
de la nuit avec Justine, il fut rsolu que, pour mettre tout 
d'accord, elle coucherait avec les deux, dans le grand lit 
de la maison. Objet des caresses de l'un et de l'autre, 
l'obissante Justine tait oblige de prsenter  la fois le 
devant  madame, et les fesses  monsieur. Tantt 
branle, tantt foutue, tantt caresse ou battue, 
l'infortune fut  mme de se convaincre l que tout ce 
qu'elle avait vu au couvert de Sainte-Marie n'tait que le 
prlude des scnes libidineuses qui lui restaient  
excuter chez ces nouveaux modles de luxure et de 
sclratesse. La cruelle Dorothe, froce dans ses gots, 
voulut fouetter Justine. Son mari la lui tint; et la pauvre 
enfant fut trille comme elle ne l'avait jamais t de ses 
jours. Ce couple sclrat se plaisait  la faire courir nue, 
sans lumire, d'un bout de la maison  l'autre, en 
l'effrayant de la vision des cadavres qu'elle venait de voir 
expirer. Tous deux se cachaient, pour lui faire encore 
plus de peur; et, lorsqu'elle passait prs des coins o ils 
l'attendaient, elle en tait reue avec d'normes soufflets, 
ou d'affreux coups de pied dans le derrire. Le mari la 
lanait ensuite au milieu de la chambre, et l'enculait  
terre, pendant que la femme se branlait au bruit de cette 
scne nocturne. D'autres fois ils la plaaient au milieu 
d'eux; l'un lui suait la bouche, l'autre le con, et l'puisait 
ainsi pendant deux heures. Justine se lve enfin, moulue, 
excde, anantie. Mais, restaure par un excellent 
djeuner, par d'assez bons procds, toutes les fois qu'il 
ne s'agissait pas de libertinage, tranquillise par la 
certitude de ne tremper volontairement dans aucune de 
ces horreurs, et par l'espoir d'tre assez heureuse pour les 
prvenir toutes un jour, la pauvre fille se calma, et se fit 
au train de la maison.
	Deux jours se passrent sans qu'aucun voyageur 
part. Il n'y et rien que Justine ne ft pendant cet 
intervalle, pour dmler par quel incroyable artifice 
d'Esterval prcipitait ainsi de leur chambre ces 
malheureux, dans une cave. L'ide d'une trappe se 
prsenta bien  son imagination; mais elle eut beau 
regarder, jamais rien ne put la convaincre de la ralit de 
ses soupons. A supposer d'ailleurs que ce ft par une 
trappe, comment russirait-elle  parer le coup? Serait-ce 
en disant au voyageur d'viter telle ou telle place? Mais 
ne pouvait-il pas y avoir plusieurs trappes? Le plancher 
mme de l'appartement pouvait fort bien n'en former 
qu'une; et jamais on ne donnait d'autres chambres aux 
malheureuses victimes dvoues. Dans cette cruelle 
perplexit, il lui paraissait mme presque inutile d'avertir 
les gens. Elle communiqua cette rflexion  Mme 
d'Esterval qui l'assura qu'elle se trompait, et 
qu'assurment si elle tait charge de pareille 
commission, elle trouverait bien le secret de la faire 
russir.
	- Oh! madame, communiquez-moi donc votre 
moyen?
	- Ce serait altrer mes jouissances... ce serait me 
priver du plus grand de mes plaisirs.
	- De pareilles horreurs vous amusent?
	- Il est dlicieux de tromper un homme... de le voir 
expirer dans ses bras... il est divin de lui donner la mort 
au moment o il gote le souverain plaisir; ce combat des 
Parques et de Vnus chauffe tonnamment la tte; et je 
t'assure que si tu voulais en essayer, tu t'y accoutumerais 
bien promptement.
	- Oh! madame, quelle dpravation!
	- Mais la dpravation est l'assaisonnement du 
plaisir; il n'en est aucun de vif sans elle. Que serait la 
volupt sans excs?
	- Ah! peut-on les porter jusque-l?
	- Plains-moi... plains-moi, ma bonne, de ne pouvoir 
les pousser plus loin. Si tu savais o s'gare mon 
imagination, quand je suis dans le plaisir! ce qu'elle 
conoit, ce qu'elle invente! Sois bien certaine, Justine, 
que tout ce que tu me vois faire est bien au-dessous de ce 
que je voudrais. Pourquoi faut-il que mes dsirs soient 
concentrs dans cette fort? que ne suis-je la reine du 
monde! que ne puis-je tendre ces fougueux dsirs sur la 
nature entire!... chaque heure de ma vie serait marque 
par un forfait... chacun de mes pas par un meurtre. Si j'ai 
jamais dsir l'autorit souveraine, c'tait pour me 
repatre de crimes. J'eusse voulu surpasser, par mes 
horreurs, toutes les femmes cruelles de l'antiquit; j'eusse 
voulu que d'un bout de l'univers  l'autre on eut effray 
les hommes et de mon nom, et de mes forfaits. La seule 
analyse du crime ne suffit-elle pas  en constater l'loge? 
Qu'est-ce qu'un crime? C'est l'action qui, nous 
assouplissant les hommes, nous lve infailliblement au-
dessus d'eux; c'est l'action qui nous rend les matres de la 
vie et de la fortune des autres, et qui d'aprs cela, ajoute 
 la portion du bonheur dont nous jouissons celle de l'tre 
sacrifi. Me dira-t-on qu'aussitt que c'est aux dpens 
d'autrui, ce bonheur usurp ne saurait tre parfait? 
Imbciles!... et c'est prcisment parce qu'il s'usurpe, 
qu'il est tel; il n'aurait plus de charmes s'il tait donn. Il 
faut le ravir, l'arracher; il faut qu'il cote des pleurs  
celui que l'on en prive, et c'est de la certitude de cette 
douleur occasionne aux autres que naissent les plus 
doux plaisirs.
	- Mais, madame, il y a de la sclratesse  cela.
	- Point du tout; il n'y a que le dsir trs simple et 
trs naturel de vouloir rapprocher de soi la plus grande 
dose de bonheur imaginable.
	- J'y consens, pourvu que ce ne soit pas aux dpens 
des autres.
	- Mais je jouirais mal, quand je croirais les autres 
aussi fortuns que moi; il faut, pour la perfection de ma 
flicit, que je puisse me croire seule heureuse au 
monde... heureuse quand tout le monde souffre; il n'y a 
point d'tre dlicatement organis qui ne sente combien il 
est doux d'tre privilgi. Du moment que je n'ai qu'une 
des parts de la flicit gnrale, je ne suis que comme 
tout le monde; si je puis, au contraire, les runir toutes 
sur moi, il devient incontestable que me voil plus 
heureuse que les autres. S'il y a, je le suppose, dix 
portions de bonheur dans une socit compose de dix 
personnes, les voil toutes gales, et par consquent 
aucune d'elles ne peut se flatter d'tre plus fortune que 
l'autre; si, au contraire, un des individus de cette socit 
parvient  priver les neuf autres de leur portion de 
bonheur, pour les runir sur sa tte, assurment il sera 
vritablement heureux; car il pourra ds lors tablir des 
comparaisons qu'il lui tait impossible de concevoir 
auparavant. Le bonheur ne gt pas dans tel ou tel tat de 
l'me; il consiste dans la seule comparaison de son tat  
celui des autres; et quelle comparaison reste-t-il  faire, 
quand tout le monde nous ressemble? Si tout le monde 
possdait une fortune gale, en serait-il une seule qui 
ost se dire riche?
	- Oh! madame, je ne comprendrai jamais cette 
manire d'tre heureux, il me semble que je ne pourrais 
l'tre moi, qu'en sachant que tous les autres le sont.
	- Parce que tu es faiblement constitue; parce que 
tu n'as que de petits dsirs... que de faibles passions... de 
minces volupts. Mais cette mdiocrit d'opinion n'est 
point admissible dans un tre organis comme je le suis; 
et, si mon bonheur ne peut exister que dans l'infortune 
des autres, c'est que je trouve dans cette infortune 
l'unique stimulant qui picote fortement mes nerfs, et qui, 
d'aprs la violence de ce choc, dtermine plus 
certainement au plaisir les atomes lectriques qui 
circulent dans leur cavit (2). En gnral, toutes les 
erreurs des hommes, en ce genre, viennent de la fausse 
dfinition qu'ils font du bonheur. Ce qu'on appelle ainsi 
n'est point une situation qui puisse galement convenir  
tous les hommes; ce mode est toujours diffrent en raison 
des individus sur lesquels il influe, et cette influence est 
toujours relative  l'organisation. Cela est si vrai, que les 
richesses et les volupts, qui paraissent faire la flicit 
gnrale, trouvent souvent des mes inaccessibles  leurs 
attraits; et que les douleurs, la mlancolie, l'adversit, les 
chagrins, qui paraissent devoir dplaire  tout le monde, 
trouvent nanmoins des partisans. Cette hypothse 
admise, il ne restera plus aucune arme  celui qui veut 
disputer sur la singularit des gots; et le parti du silence, 
s'il est raisonnable, devient le seul qu'il ait  prendre. 
Louis XI trouvait sa flicit dans les larmes qu'il faisait 
rpandre aux Franais, comme Titus dans les bienfaits 
dont il accablait les Romains. A quel titre voulez-vous 
m'obliger maintenant de prfrer l'un  l'autre? tous deux 
n'avaient-ils pas raison? et tous deux n'taient-ils pas 
justes?
	- Justes, assurment non; il n'y a de justice qu' 
faire le bien.
	- Et qu'appelles-tu le bien? je te prie, prouve-moi 
qu'il y a plus de bien  donner cent louis  un homme 
qu' les lui ravir? de quel droit suis-je oblige de faire le 
bonheur des autres? et comment (prjug  part) pourras-
tu me convaincre que je me conduis mieux en le faisant, 
qu'en ne le faisant pas? Tout principe de morale 
universelle est une vraie chimre; il n'y a de vraie morale 
que la morale relative; et celle-l n'a d'effets que sur 
nous. Les crimes me dlectent, je les adopte; j'abhorre la 
vertu, je la fuis; je l'aimerais peut-tre, si j'en avais reu 
quelque jouissance. Oh! Justine, corromps-toi  mon 
exemple. Elle est ingrate la desse que tu sers; elle ne te 
ddommagera jamais des sacrifices qu'elle exige, et tu 
l'auras servie tout le temps de tes jours, sans mrite 
comme sans rcompense.
	- Mais si ce que vous faites tait bien, madame, les 
hommes le puniraient-il?
	- Les hommes punissent ce qui leur nuit; ils 
crasent le serpent qui les pique, sans qu'on puisse en 
induire pour cela le plus lger argument contre 
l'existence de ce reptile. Les lois sont gostes, nous 
devons l'tre; elles servent  la socit; mais les intrts 
de la socit ne sont pas les ntres; et lorsque nous 
flattons nos passions, nous faisons individuellement ce 
qu'elles font en masse; il n'y a que les rsultats qui 
diffrent.
	Quelquefois d'Esterval se mlait  ces 
conversations: elles prenaient alors une physionomie plus 
imposante. Immoral par principes et par temprament, 
athe par got et par philosophie, d'Esterval, combattant 
tous les prjugs, ne laissait  la malheureuse Justine 
aucun moyen de se dfendre. Lorsqu'il arrivait  celle-ci 
de lui reprocher ses meurtres journaliers: 
	- Mon enfant, lui disait-il, le mouvement est 
l'essence du monde; cependant il ne peut y avoir de 
mouvement sans destruction; donc la destruction est 
ncessaire aux lois de la nature; donc celui qui dtruit le 
plus, tant celui qui impose le plus de mouvement  la 
matire, est en mme temps celui qui sert le mieux les 
lois de la nature. Cette mre de tous les hommes leur a 
donn  tous un droit gal  toutes choses. Il est permis, 
dans l'ordre naturel,  chacun de faire tout ce que bon lui 
semble contre qui que ce soit; et chacun peut possder, se 
servir et jouir indistinctement de tout ce qu'il trouve bon. 
L'utilit est la rgle de droit. Il suffit qu'un homme dsire 
une chose, pour constater la ncessit dont elle lui est, et, 
du moment que cette chose lui est ncessaire, ou 
simplement agrable, elle est juste. La seule punition que 
nous devions recevoir d'avoir fait cette action, consiste 
dans la permission qu'un autre a de la commettre 
galement envers nous. Erreur ! Source du renvoi introuvable. La 
seule cause de toutes nos erreurs vient de ce que nous 
prenons toujours pour les lois de la nature, ce qui ne 
vient que des coutumes ou des prjugs de la civilisation. 
Rien au monde n'offense la nature: la civilisation, plus 
irascible, est greve presque  chaque instant; mais 
qu'importent les lsions qu'elle reoit! c'est outrager un 
fantme que d'offenser les lois des hommes. Ceux qui 
travaillrent  cette civilisation avaient-ils mon 
consentement? et puis-je adhrer aux lois qui rpugnent  
ma conscience et  ma raison?
	Justine alors vantait  d'Esterval l'excellence de nos 
perceptions; et, s'appuyant sur cette base chancelante, 
elle voulait faussement en induire l'admission du systme 
religieux. Je conviens, rpondait d'Esterval, que nos 
perceptions, nos organes, d'une nature plus dlicate que 
chez les animaux, nous ont conduits  croire  l'existence 
de Dieu et de l'immortalit de l'me; en consquence 
nous nous crions, comme vous le faites: Quelle 
meilleure preuve de la vrit de toutes ces choses que la 
ncessit o nous sommes de les admettre! mais voil 
prcisment o gt le sophisme. Il est trs vrai que la 
sorte de construction que nous avons reue de la nature, 
nous oblige  crer des chimres, et bien souvent  nous 
consoler par elles; mais l'existence d'un culte religieux 
n'en est pas plus dmontre pour cela. L'homme serait le 
plus heureux des tres, si du seul besoin qu'il a d'une 
illusion quelconque en naissait aussitt la ralit. Encore 
une fois, notre intrt ne dcide point de la ralit d'une 
chose; et quand mme il nous serait plus avantageux 
d'avoir affaire  un tre aussi favorable que ses partisans 
le dsignent, cela ne prouverait nullement l'existence de 
cet tre. Il est mille fois plus agrable pour l'homme de 
dpendre d'une nature aveugle, que d'un tre dont les 
bonnes qualits, soutenues par les seuls thologiens, sont 
 tout moment dmenties par les faits. La nature, bien 
tudie, nous fournit tout ce qu'il nous faut pour nous 
rendre aussi heureux que notre existence le comporte. 
C'est dans elle que nous trouvons de quoi satisfaire nos 
besoins physiques; c'est dans elle que sont toutes les lois 
de notre bonheur et de notre conservation; loin d'elle il 
n'est plus que des chimres, que nous ne devons cesser 
de maudire et de dtester toute notre vie.
	Mais si Justine n'avait pas pour rpondre  tant de 
philosophie cette vigueur d'esprit qui caractrisait si bien 
ses htes, elle tirait quelquefois de son coeur des ides 
auxquelles eux-mmes se trouvaient fort embarrasss de 
rpondre. C'est ce qui lui arriva un jour o d'Esterval la 
combattait sur le penchant qu'elle prouvait  la 
bienfaisance, et o il lui faisait sentir toute la fausset de 
cette prtendue vertu. Erreur ! Source du renvoi introuvable.
	Telles taient les conversations de cette socit, 
dont la corruption et les moeurs ne parvenaient point 
encore, comme on le voit,  dtruire dans notre hrone 
les excellents principes de son enfance, lorsque des 
trangers arrivrent  l'auberge.
	- Oh! pour ceux-ci, dit d'Esterval, ils ne nous 
rapporteront pas grand argent, mais une dose de volupt 
bien forte; je le sens au chatouillement de mon coeur.
	- Et quels sont donc ces gens? dit Dorothe.
	- Un malheureux mnage, compos du pre, de la 
mre et de la fille. Le premier, vigoureux encore, pourra 
bien te servir, je l'espre... la maman... tiens... vois-l par 
cette fentre trente ans au plus, de la blancheur... une 
jolie taille; et quant  la fille... une beaut... treize ans... 
vois, vois sa figure enchanteresse... O Dorothe! quelle 
dcharge!
	- Monsieur, dit le pre en s'adressant 
respectueusement au patron, je crois devoir, avant que 
d'entrer, vous prvenir sur notre infortune; elle est telle, 
qu'il nous deviendra impossible de payer notre dpense, 
quelque mdiocre qu'elle puisse tre. Nous n'tions pas 
ns pour le malheur; ma femme a reu quelque bien, je 
lui en apportai aussi. D'affreuses circonstances nous ont 
ruins; et c'est en comptant sur la charit des matres 
d'auberge, que nous nous transportons chez un parent en 
Alsace, qui nous a promis quelques secours.
	- Le malheur... d'Esterval, dit Justine  l'oreille de 
l'aubergiste... oh! d'Esterval, vous le respecterez, j'en suis 
sre?
	- Justine, dit le froce htelier, conduisez ces gens 
dans la chambre ordinaire; je vais pourvoir  leur souper.
	Et Justine, le coeur gros de soupirs, Justine qui 
conoit facilement,  l'ordre qu'elle reoit, que le sort de 
ceux-ci ne sera pas meilleur que celui des autres, conduit 
tristement cette pauvre famille au fatal logement qui lui 
est destin.
	- Infortuns, leur dit-elle ds qu'elle les vit tablis, 
rien ne peut vous mettre  couvert de la sclratesse des 
gens chez qui vous tes; n'essayez mme pas d'en sortir, 
vous ne le pourriez plus maintenant. Mais ne vous 
couchez pas; brisez, coupez, s'il vous est possible, les 
barreaux de votre fentre; laissez-vous glisser dans la 
cour, et sauvez-vous avec la rapidit de l'clair.
	- Comment? que dites-vous?... oh! ciel!... des 
malheureux comme nous!... qu'avons-nous donc, hlas! 
qui puisse veiller la fureur ou la rapacit des gens dont 
vous nous parlez? Oh! cela est impossible!
	- Rien de plus certain; pressez-vous; dans un quart 
d'heure il ne sera plus temps.
	- Et quand j'essayerais, dit le pre en s'approchant 
de la fentre, quand je suivrais vos avis, cette cour o 
nous tomberions... vous le voyez, elle est entoure d'un 
mur; nous serions de mme enferms... Eh bien! 
mademoiselle, puisque vous tes assez bonne pour nous 
prvenir... puisque notre malheureux sort vous intresse, 
tchez de nous procurer des armes; ce moyen, plus 
honnte et plus sr, me suffira, j'en suis certain...
	- Des armes, n'y comptez pas, rpondit Justine; il 
n'en est aucune ici dont je puisse disposer. Essayez la 
fuite, c'est tout ce que je puis vous conseiller; si elle ne 
vous russit pas, tenez-vous sur votre lit, sans dormir: 
cette position vous garantira peut-tre d'une trappe, par 
laquelle vous devez enfoncer. Adieu, ne m'en demandez 
pas davantage.
	On ne rend point la douleur de ce malheureux pre. 
Aussitt que Justine fut partie, il se jette dans les bras de 
sa femme. Erreur ! Source du renvoi introuvable.. Et des larmes 
amres les inondaient tous trois. Pour d'Esterval, l'oeil 
tranquillement pos sur la fente de la cloison, il observait 
avec le calme de la sclratesse, et se branlait 
voluptueusement  toute l'horreur de ce spectacle...
	- Fort bien, dit-il  Justine en l'arrtant ds qu'il la 
vit sortir, tu t'es bien conduite cette fois; viens m'exciter, 
mon ange, viens mettre ton beau cul dans mes mains, 
viens le placer prs de mon vit... cette scne est unique 
pour moi.
	Et l'examen continuait, lorsqu'un instant de silence 
ayant succd aux clats de la douleur, d'Esterval 
craignit l'lan d'une rsolution.
	- Retirons-nous, dit-il  Justine, il est temps d'agir.
	- Oh! monsieur, ils n'ont pas soup.
	- Ils ne me le payeraient pas, ce souper; et quel 
besoin d'ailleurs ont-ils de prendre des forces pour le 
paisible et prompt voyage qu'ils vont faire?
	- Quoi! monsieur, vous ne pardonnerez pas  des 
malheureux de cette sorte?...
	- Leur pardonner? qui... moi... voil les vraies 
victimes du libertin; je serais bien fch de les manquer.
	On descend. Justine et d'Esterval retrouvent 
Dorothe qui se branlait, dans la dlicieuse ide du crime 
qu'elle allait commettre. Mais comme on ne voulait pas 
que notre hrone s'apert du jeu de la trappe, on 
l'enferma dans une chambre; et l'une des servantes la vint 
chercher, quand le parquet de la fatale cellule se trouva 
tout entier dans le caveau.
	- Tu vois, Justine, dit d'Esterval, qu'il tait inutile 
que tu leur dises de se tenir sur leur lit pour chapper  la 
trappe. Ils y taient; mais voil le lit et la chambre...
	Cependant les trois victimes, sans dfense, 
imploraient d'Esterval par leurs gmissements et leurs 
pleurs. La jeune fille en larmes tait aux pieds de ces 
deux froces poux... Rien n'entrouvrait leur me. C'est 
cette infortune que d'Esterval sacrifie la premire; il la 
dpucelle sans piti; l'une et l'autre route du plaisir sont 
indiffremment parcourues par lui. La mre est traite de 
mme; et le pre a l'espoir de sa grce, s'il consent  
foutre Dorothe. Justine est oblige d'irriter les passions 
de ce malheureux. A force d'art elle y russit. On a bien 
raison de dire qu'il se trouve plus souvent des trsors 
dans la culotte d'un rustre que dans celle d'un fermier 
gnral. Un vit monstrueux s'lve aussitt: Dorothe 
tout en feu l'engloutit. D'Esterval, appuyant l'enfant sur 
les reins du fouteur de sa femme, se plat  enculer la 
fille sur le dos du pre. Justine a ordre de branler la mre. 
Cette fois, c'est d'Esterval lui-mme qui doit, du mme 
coup, ravir les jours du pre et de la fille. L'instant de sa 
dcharge est celui qu'il choisit; et pendant que de sa main 
droite le sclrat,  coups de poignard, commet ce double 
meurtre, sa gauche, arme d'un pistolet, brle la cervelle 
de la mre que Justine continuait de branler. Notre 
hrone ne tient pas  cette complication d'horreurs, elle 
s'vanouit: tel est l'instant cruel o le farouche d'Esterval 
la saisit; il l'encule. Sa femme le couvre de cadavres; et 
le vilain dcharge en martyrisant sa victime, pour la 
rendre, dit-il,  la vie.
	- Nous aurons une peine de moins, dit d'Esterval en 
sortant du cachot.
	- Et quelle est-elle? dit Dorothe.
	- Celle de voler ceux-l.
	- Qui sait? rpondit une des servantes; c'est souvent 
pour ne pas payer que ces coquins-l font les pauvres... 
Mais, hlas! ceux-ci ne disaient que trop vrai; les plus 
grandes recherches ne rapportrent qu'un cu.
	- Excrable action! dit Justine; convenez, dit-elle  
ses matres, que voil bien ce qui s'appelle un crime 
gratuit.
	- Ce n'est que comme cela qu'ils sont bons, rpondit 
d'Esterval! quand on aime le crime pour le crime seul, il 
n'a pas besoin de vhicule.
	La semaine suivante fut plus heureuse. Il vient des 
trangers presque tous les jours; mais, quelque 
avertissement que leur donnt Justine, pas un seul ne put 
chapper; tous servirent  la fois la rapacit, la luxure de 
ce couple infernal, lorsqu'il arriva dans l'htellerie un 
personnage assez singulier pour attirer un moment 
l'attention de ceux qui veulent bien nous lire.
	Il tait environ sept heures; toute la socit 
respirait, sur un banc prs de la porte, cet air pur et serein 
des voluptueuses soires d'un bel automne, lorsqu'un 
homme  cheval arrivant au galop demande, avec 
inquitude, s'il est possible de trouver asile en cette 
maison.
	- J'ai t arrt  une lieue d'ici, dit-il avec une sorte 
d'effroi, on a tu mon valet, on a vol son cheval. Assez 
heureux pour jeter  terre celui qui saisissait la bride du 
mien, je ne l'ai point t assez pour venger mon 
domestique; son assassin a disparu; j'ai fui.
	- Mais quelle imprudence! dit d'Esterval, de 
traverser avec si peu de suite une fort aussi dangereuse.
	- J'ai d'autant plus de tort, dit le cavalier, 
qu'assurment j'ai assez de monde  mes ordres pour me 
faire un peu mieux escorter; mais je vais voir un oncle 
que j'aime beaucoup, qui m'invite depuis des sicles  
aller partager les plaisirs dont il jouit dans une assez 
belle terre qu'il habite en Franche-Comt; et comme je 
sais qu'il aime la solitude, je conduisais peu de monde 
avec moi. En un mot, monsieur, pouvez-vous me loger?
	- Assurment, monsieur, rpondit d'Esterval; entrez, 
ma femme et moi tcherons de vous recevoir du mieux 
qu'il nous sera possible.
	Le cavalier descend, passe dans le salon; et c'est 
alors o Justine, pouvant le considrer plus  l'aise, jette 
un cri de surprise, en reconnaissant le personnage.
	- O Bressac! s'crie-t-elle, vous ici! je suis une fille 
perdue...
	- Bressac, dit d'Esterval... quoi! monsieur, vous tes 
le marquis de Bressac... le propritaire d'un si beau bien 
aux environs de la fort de Bondy?
	- C'est moi-mme.
	- Embrassez-moi, monsieur, j'ai l'honneur de vous 
appartenir de fort prs; reconnaissez dans moi 
Sombreville, le cousin germain de votre mre.
	- Oh! monsieur, cet vnement... Hlas, vous savez 
par quelle fatalit j'ai perdu cette tendre mre; mais ce 
que vous ignorez sans doute, et ce que vous ne laisserez 
pas impuni, poursuit Bressac en montrant Justine, c'est 
que voil l'assassin de cette mre respectable. Comment 
est-il possible que vous gardiez chez vous un tel 
monstre?
	- Oh! monsieur, ne le croyez pas, s'crie Justine en 
larmes, je ne suis point capable de cette horreur; et si l'on 
veut me permettre de tout dire...
	- Taisez-vous, taisez-vous, Justine; c'est avec 
monsieur que je vais m'instruire, et c'est de lui que je 
recevrai les impressions qui rgleront ma conduite envers 
vous. Sortez.
	Justine, confuse, fut oblige de se retirer; et M. de 
Bressac, comme on l'imagine bien, continua de la charger 
aux yeux de son parent. Au bout d'une heure, on rappelle 
Justine; et l'ordre de conduire l'tranger dans la fatale 
chambre lui est donn comme  l'ordinaire. Elle obit; 
mais, vitant toute explication, elle redescend aussitt 
vers son matre.
	- Monsieur, dit-elle avec empressement, quelle doit 
tre ma conduite envers M. de Bressac?... puisqu'il est 
votre parent, sans doute que...
	- Justine, rpondit Sombreville, auquel nous 
continuerons de donner le nom de d'Esterval, il est 
tonnant qu'aprs les bonts... les gards que ma femme 
est moi vous tmoignons sans cesse, vous ayez pu cacher 
une circonstance de votre vie qui vous rend aussi 
coupable aux yeux des hommes ordinaires. Connaissant 
notre philosophie sur ces fadaises, vous auriez d ce me 
semble, avoir un peu plus de franchise.
	- Oh! monsieur, je vous jure, rpondit Justine avec 
cette noble candeur que donne la vertu, oui, je vous le 
proteste, je suis innocente du crime dont m'accuse M. de 
Bressac. Ah! qu'il ne cherche pas si loin le meurtrier de 
sa mre; il ne sait que trop o il est.
	- Comment? expliquez-vous, Justine, dit madame 
d'Esterval.
	- Lui-mme, madame, lui-mme a commis cette 
horreur; et le sclrat m'en accuse.
	- Etes-vous bien sre de ce que vous dites?
	- Il m'est impossible d'en douter; je rvlerai, quand 
il vous plaira, toutes les particularits de cette infamie.
	- Je n'ai pas maintenant le temps de les entendre, dit 
d'Esterval. Puis, s'adressant  sa femme: Que dcides-tu, 
Dorothe?
	- C'est avec peine, rpondit ce monstre, que je 
condamne  la mort un tre aussi sclrat que nous; mais 
ce bel homme excite horriblement ma luxure, et je veux 
absolument qu'il y passe.
	- J'y consens, dit d'Esterval. Justine, point 
d'explications avec lui, et courez accomplir votre mission 
accoutume. Ne craignez rien, au reste, eussiez-vous 
mme commis le crime dont il vous accuse, nous ne vous 
en estimerions pas moins; au contraire, ce serait un titre  
nos yeux; ne rougissez donc pas d'en convenir.
	- Croyez qu'encourage par un tel discours 
j'avouerais tout, si j'tais coupable; mais je suis innocente 
de ce crime, je vous le proteste encore.
	- Eh bien, montez donc, mon enfant, et conduisez-
vous comme  l'ordinaire; souvenez-vous que je suis vos 
pas.
	Rien n'tait embarrassant ici comme la conduite de 
notre hrone: quelle jouissance pour elle, si la 
vengeance et t de son got! Nous savons bien que 
dans le fait, qu'elle avertt ou non, la mort de son 
calomniateur tait toujours certaine, mais, qui le croirait! 
de cette certitude seule, Justine tira les nouveaux moyens 
qu'on va lui voir employer pour sauver la vie de celui qui 
avait si cruellement conjur contre la sienne. Elle se 
presse; elle sait qu'elle a le temps de parler un moment au 
marquis avant que d'Esterval ne vienne couter.
	- Monsieur, lui dit-elle en larmes, malgr tout ce 
que vous m'avez fait, je viens vous sauver, si je puis. 
Quoique votre parent, le monstre chez qui vous tes 
complote contre vos jours; descendez promptement, ne 
restez bas une minute dans cette chambre o des piges 
vous environnent de toutes parts. Venez essayer de 
calmer sa rage; apaisez surtout sa mgre; plus acharne 
que son poux, elle a prononc votre mort. Descendez, 
monsieur, descendez; que vos pistolets soient sur vous; 
dans deux secondes il ne sera plus temps.
	Bressac qui, dans le fond de son me, tait oblig 
d'estimer assez celle qui lui parlait, pour ajouter la plus 
grande confiance  ses paroles, s'lance, et rencontre 
d'Esterval dans l'escalier.
	- Descendons, monsieur, lui dit-il fermement, il faut 
que je vous parle.
	- Mais, monsieur...
	- Descendons, vous dis-je. Et en disant cela, il le 
pousse dans le salon, referme la porte sur lui, en cartant 
Justine qui le suit. L, le dialogue dut tre fort vif sans 
doute; on nous en a laiss ignorer les dtails; mais les 
rsultats furent que Bressac, s'tant vraisemblablement 
dmasqu vis--vis de son cousin, lui persuada 
facilement que les sclrats entre eux ne doivent pas se 
faire de mal; que Dorothe fut calme par les gentillesses 
et les sductions du marquis; et que la partie fut faite 
d'aller tous chez l'oncle de Bressac.
	- Cet oncle est un libertin de profession, dit 
Bressac; il est aussi votre parent, puisque nous sommes 
cousins; allons-y, je vous promets chez lui les plus divins 
plaisirs.
	Ces arrangements pris, on soupa tous ensemble. 
Justine fut admise.
	- Embrasse-moi, lui dit Bressac; va, je te rends 
l'honneur vis--vis de mon parent... Mon ami, puisque tu 
es aussi sclrat que moi, je ne crains point de t'avouer 
que je suis le seul auteur du crime dont j'accusais tantt 
cette fille; la malheureuse en est incapable; qu'elle soit 
du voyage. Mon oncle m'a charg de lui chercher une 
femme de chambre; il veut une fille sre pour mettre 
auprs de son pouse. Au fait de ce dont il s'agit je 
prsume que personne ne lui convient comme Justine. La 
place que je lui propose est bonne; en gagnant la 
confiance de mon oncle, elle peut enfin raliser la 
chimre du bonheur, aprs laquelle elle court depuis si 
longtemps... Oh! Justine, accepte ce gage de ma 
reconnaissance, et que l'union, la paix et la tranquillit 
rgnent parmi nous. Consentez-vous  cet arrangement, 
cousin? et me cdez-vous Justine?
	- Oh! de tout mon coeur, rpond d'Esterval; aussi 
bien commenai-je  m'en lasser; et les suites de mon 
dgot eussent pu devenir fatales pour elle.
	- Je le crois, dit Bressac; je te ressemble, mon cher; 
quand un objet a assouvi ma lubricit, je voudrais 
l'envoyer au diable.
	- Vous n'avez donc point joui de Justine? dit 
Dorothe.
	- Non, madame, je ne connais que vous dans le 
monde qui puissiez me faire infidlit  mes gots; je 
n'aime que les hommes.
	- Mon ami, dit d'Esterval avec prcipitation, ma 
femme t'en servira quand tu voudras; elle a le plus beau 
cul et le got le plus grand pour y loger des vits... un 
clitoris d'ailleurs plus gros que le doigt, et par le moyen 
duquel elle te rendra tout ce qu'il te plaira de lui donner.
	- Oh! parbleu, tout  l'heure, dit Bressac; je n'ai 
jamais su remettre un projet de libertinage.
	Et il allait s'emparer de Dorothe, qui, dj, ivre de 
vin et de luxure lui faisait le plus beau jeu du monde, 
lorsqu'on entendit les chiens aboyer de manire  faire 
croire qu'on allait bientt sonner  la porte. On le fit 
effectivement: des trangers, quoiqu'il fut dj minuit, 
demandaient  entrer dans la maison. C'taient des 
cavaliers de marchausse qui, venant d'apprendre le vol 
commis en la personne de Bressac, et le meurtre de son 
domestique, aprs avoir suivi les traces autant qu'ils 
l'avaient pu, venaient s'informer s'il n'y avait pas dans 
cette auberge des gens qui pussent les clairer. Bressac 
parut lui-mme, raconta ce qui lui tait arriv, et dit qu'il 
ignorait la route qu'avaient prise les voleurs. On fit boire 
ces messieurs; on leur offrit des lits, qu'ils n'acceptrent 
pas; ils partirent. La joie reparut ds qu'on les vit dehors; 
et les plus scandaleuses orgies se clbrrent le reste de 
la nuit.
	Le mlange des sexes n'ayant pu russir, et les 
efforts de Bressac ne l'ayant conduit qu' sodomiser deux 
fois Dorothe, il fallut que les hommes s'amusassent 
ensemble, et que les femmes fissent de mme. Dorothe, 
tout en feu, fatigua Justine; d'Esterval puisa Bressac; et 
l'on se coucha vers la pointe du jour avec le projet de 
partir tous quatre aussitt qu'on aurait djeun.
	- L'homme chez qui je vous mne, dit Bressac en 
procdant  ce repas, se nomme le comte de Gernande.
	- Gernande! assurment, je suis son parent, dit 
d'Esterval; il tait le frre de votre mre, et par 
consquent mon cousin germain.
	- Et le connaissez-vous?
	- Je ne l'ai vu de ma vie; je sais seulement que c'est 
un homme singulier... un homme dont les gots...
	- Attendez, attendez, dit Bressac; je m'en vais vous 
le peindre, puisque vous ne le connaissez pas.
	Le comte de Gernande est un homme de cinquante 
ans, fort gros. Rien n'est effrayant comme sa figure; la 
longueur de son nez, l'paisse obscurit de ses sourcils, 
ses yeux noirs et mchants, sa grande bouche mal 
meuble, son front tnbreux et chauve, le son de sa voix 
rauque et menaant, l'normit de ses bras et de ses 
mains, tout contribue  en faire un individu gigantesque, 
dont l'abord inspire la terreur. Vous verrez bientt si le 
moral et les actions de ce satyre rpondent  son affreuse 
caricature. De l'esprit d'ailleurs, des connaissances; mais 
point de moeurs, point de religion, l'un des plus grands 
sclrats qui aient jamais exist, et le plus clbre 
gourmand dont vous ayez entendu parler de vos jours. 
Rien de singulier comme le genre de ses dbauches. Sa 
femme est le premier objet de sa frocit; mais il 
entremle  cela des pisodes sodomistes si libertins, que 
je suis persuad qu'avant huit jours vous me remercierez 
l'un et l'autre de vous avoir procur cette connaissance.
	- Et c'est  cette femme, malheureux objet des 
fureurs de son mari, que vous me destinez, monsieur? dit 
Justine.
	- Sans doute; c'est une femme fort douce  ce qu'on 
dit... Je ne la connais pas, moi... mais on assure que c'est 
une femme honnte et sensible, qui a besoin d'avoir 
auprs d'elle quelqu'un qui lui ressemble... un tre doux 
qui la console. Il me semble, Justine, que cela s'arrange 
au mieux avec vos principes.
	- Soit; mais en consolant la femme ne dplairai-je 
pas au mari? Ne serai-je pas d'ailleurs en proie aux 
brutales passions du sclrat que vous venez de peindre?
	- Et quand cela serait, dit Bressac, le beau malheur! 
n'tiez-vous pas dans cette maison expose aux mmes 
dangers?
	- Malgr moi.
	- Eh bien! chez mon oncle, il faudra que ce soit de 
bon gr; ce sera toute la diffrence.
	- Oh! monsieur, je le vois, votre esprit toujours bien 
mchant n'a rien perdu de sa causticit; mais, ds que 
vous connaissez mon caractre, vous voyez bien, 
monsieur, que je ne puis me prter  toutes ces choses. 
Puisque d'Esterval quitte sa maison, qu'il n'a plus besoin 
de mon service, quelles obligations je vous aurais  l'un 
et  l'autre, messieurs, si vous vouliez me rendre une 
libert... que dans le fait vous n'avez pas trop le droit de 
me ravir.
	- Oh! pour le droit, il est incontestable, dit 
d'Esterval: ne sommes-nous pas les plus forts? et 
connais-tu Justine, un droit plus sacr que celui-l?
	- Je m'oppose formellement  cette libert, dit 
Bressac. Spcialement charg par mon oncle de lui 
amener une fille douce et jolie pour sa femme, et n'en 
trouvant point qui vaille Justine, elle sera flatte je 
l'espre, que je la lie irrvocablement au sort de madame 
de Gernande. Elle est absolument ce qu'il lui faut, et cette 
intime liaison dt-elle l'exposer quelquefois aux brutales 
passions du mari, je la supplie de trouver bon que rien ne 
m'empche de la destiner  la femme.
	Justine et en vain rpliqu, il fallait obir. On 
partit. Jusqu'au milieu de la fort, la route se fit  cheval; 
une voiture  quatre places se prit  la premire ville, et 
l'on arriva sans vnement chez M. de Gernande; dont le 
chteau superbe tait isol au milieu d'un grand parc 
environn de hautes murailles, sur les confins du 
Lyonnais et de la Franche-Comt. Mais il s'en fallait bien 
que ce vaste btiment fut aussi peupl qu'il paraissait fait 
pour l'tre; on n'apercevait un peu de train que vers les 
cuisines, situes dans les votes, sous le milieu du corps 
du logis; tout le reste tait aussi solitaire que la position 
du chteau.
	Lorsque la compagnie entra, M. de Gernande tait 
au fond d'un vaste et superbe appartement, envelopp 
dans une robe de chambre de satin des Indes, 
ngligemment drape sur l'ottomane qui le contenait. 
Prs de lui se voyaient deux jeunes garons si 
ridiculement vtus, coiffs avec tant d'art... tant 
d'lgance, qu'on les et pris pour des filles; tous deux 
d'une figure charmante, et de quinze ou seize ans au plus, 
mais dans un tel tat de mollesse et d'abattement, qu'on 
tait tent de les croire malades (4).
	- Mon cher oncle, dit le marquis de Bressac en 
entrant, voil deux de mes amis que j'ai l'honneur de 
vous prsenter, avec d'autant plus de confiance, qu'ils ont 
l'un et l'autre l'avantage de vous appartenir. Reconnaissez 
dans eux monsieur et madame de Sombreville.
	- Ah! ce sont mes cousins, dit Gernande, je ne les ai 
jamais vus; mais puisque tu me les amnes, ils sont 
srement dignes de nous; je suis d'aprs cela, fort aise de 
les voir. Et cette jeune fille, quelle est-elle?
	- Une femme de confiance, mon oncle, que, d'aprs 
vos ordres, j'amne  madame de Gernande, et  laquelle 
je crois toutes les qualits ncessaires au poste qui lui est 
destin.
	Le comte fit approcher Justine; et, sans demander 
aucune permission  la compagnie, il la trousse jusqu'au 
dessus des reins, et l'examine des pieds  la tte, de la 
manire la plus brusque et la plus cavalire.
	- Quel ge avez-vous? lui demanda-t-il.
	- Vingt ans, monsieur.
	Et il joignit  cette premire demande quelques 
questions sur son personnel. Justine raconta 
succinctement les plus intressantes particularits de sa 
vie sans oublier la fltrissure de Rodin; mais en 
dguisant avec art les horreurs o elle avait t contrainte 
chez le parent que l'on prsentait  Gernande; elle peignit 
ensuite sa misre.
	- Vous tes malheureuse, interrompit le centaure, 
tant mieux... tant mieux, vous en serez plus souple... 
C'est un trs petit inconvnient, n'est-ce pas, messieurs, 
que le malheur poursuive cette race abjecte du peuple, 
que la nature condamne  ramper prs de nous sur le 
mme sol? elle en est plus active et moins insolente; elle 
en remplit bien mieux ses devoirs prs de nous.
	- Mais, monsieur, dit Justine, je vous ai dit ma 
naissance; elle n'est point abjecte.
	- Oui, oui, je connais cela; on se fait passer pour 
tout plein de choses quand on est dans la misre; il faut 
bien que les illusions de l'orgueil viennent consoler des 
torts de la fortune. C'est  nous de croire ensuite ce qui 
nous plat, de ces naissances abattues par les coups du 
sort. Tout m'est gal, au reste; je vous trouve sous le 
costume d'une servante, je vous prendrai donc sur ce pied 
si vous le trouvez bon. Cependant il ne tiendra qu' vous 
d'tre heureuse; de la patience, de la discrtion, et dans 
quelques annes je vous renverrai d'ici en tat de vous 
passer du service. Mon ami, dit-il ensuite  Bressac, 
parle-moi maintenant un peu des deux aimables parents 
que tu m'amnes; c'est assez nous occuper d'une salope.
	- Monsieur et madame de Sombreville, plus connus 
sous le nom de d'Esterval, ont, mon cher oncle, toutes les 
qualits qui peuvent vous rendre leur connaissance 
agrable; leur profonde immoralit vous les fera chrir, 
j'en suis sr; et quand vous saurez que, malgr leur nom 
et leurs richesses, ils ont quitt tout ce qui pouvait les 
faire vivre avec agrment dans ce monde, pour s'enterrer 
au fond d'une fort, o le seul plaisir qu'ils connaissent 
est de voler et d'gorger les passants qui viennent 
demander l'hospitalit dans la maison qu'ils tiennent au 
milieu de ce sombre asile; quand vous apprendrez tout 
cela, dis-je, je me flatte que vous me saurez gr de vous 
amener d'aussi prcieux amis.
	- Ils gorgent les passants, dit Gernande en clatant 
de rire, ah! voil qui est dlicieux! je connais tout cela, 
moi; je l'entends  merveille... Il est inou ce qu'on fait 
avec de l'imagination!... On tue, on vole, on pille, on 
empoisonne, on incendie; il n'y a rien de si simple que 
tout cela; on y bande, et de ce moment-l seul, c'est 
divin. Je me suis amus de toutes ces fadaises autrefois, 
ma tte s'en irrite encore; mais, comme je vieillis, je 
prfre des plaisirs plus tranquilles et plus casaniers. J'en 
fais peut-tre autant; mais c'est chez moi, et je l'aime 
mieux... Ah a! et la femme de ce charmant parent, elle 
est donc...
	- Tout aussi vicieuse que lui, mon cher oncle; 
j'espre que son cynisme et son libertinage vous 
amuseront. Ah! croyez que notre parent a trop d'esprit 
pour s'enchaner  une femme si elle n'avait pas les 
mmes vices que lui.
	- Il faut cela, dit Gernande; j'avoue que sans cette 
clause, je ne lui pardonnerais pas de me venir voir ainsi 
maritalement. Les femmes, mon cher neveu, ont un 
furieux besoin de rparer les torts de leur sexe. Pardon 
madame, poursuivit-il en s'adressant  Dorothe; mais je 
n'aime gure plus les femmes que mon neveu; et si j'en 
garde une chez moi, la manire dont je la rends victime 
de mes caprices me fait trouver bien excusable aux yeux 
des gens qui pensent comme moi... Puis, faisant 
approcher Dorothe: Elle est belle, au moins, votre 
femme... extrmement belle, mon cousin, permettez-
vous? Et le vilain, troussant Dorothe par derrire, lui 
examina les fesses un moment... Voil, sur ma parole, un 
fort beau fessier, continua-t-il, un peu masculin, mais je 
l'aime mieux ainsi. Vous n'avez jamais eu d'enfants, 
j'espre?
	- Non, en vrit, monsieur, je ne m'expose point  
de pareilles btises; mais si, par quelque imprudence, un 
tel malheur venait  m'arriver, deux ou trois verres de 
sabine (5) m'auraient promptement dbarrasse.
	- Ah! bien, bien, je vois qu'elle est fort aimable, 
votre femme: elle forme, avec la mienne, un dlicieux 
contraste; il me tarde de les runir.
	- Dsirez-vous, monsieur, dit d'Esterval, que je 
vous laisse seul avec elle?
	- Eh, non, rpondit le comte, nous ne devons point 
nous gner entre nous, et j'espre que nos plaisirs seront 
dsormais comme nos penses.
	- A dcouvert, dit Bressac; c'est le vrai charme de la 
socit.
	- Et vous, mon cousin, reprit Gernande en 
s'adressant  d'Esterval, vous devez avoir un vit?...
	- De mulet, dit Bressac. Tel accoutum que je sois 
de m'en introduire d'normes dans le cul, je vous assure 
que le sien me fait toujours souffrir.
	Et Justine, sur un signe de Bressac, tant venue 
dculotter d'Esterval, apporta sous les yeux de Gernande 
l'un des plus beaux et des plus normes engins qu'il et 
aperu de sa vie.
	- Ah! voil qui est superbe, dit Gernande en 
essayant de le sucer, mais sans pouvoir russir  le faire 
entrer dans sa bouche; voil qui est divin. Oh! mon cher, 
que j'ai d'empressement de vous voir enfiler ma femme! 
Tourne-moi les fesses, Bressac, que je le plonge un 
moment dans ton cul... Mais, il y entre... Oh! quel anus, 
mon neveu! quel anus! je n'en vis jamais de si large. Mes 
amis, dit-il  ses deux gitons, que l'un de vous palpe les 
couilles de Bressac, que l'autre lui offre le derrire; 
occupez-vous donc des soins ncessaires  un homme 
foutu. Il n'y a sorte d'gards qu'il ne faille lui prodiguer 
en ce cas... C'est un individu du dernier intrt qu'un 
homme encul; il n'est aucune sorte d'attention qu'on ne 
lui doive...
	Et les choses s'arrangrent bientt de faon que 
Bressac, foutu et foutant, se vit au moment de 
dcharger...
	- Arrte, arrte! lui cria son oncle, qui s'en aperut; 
mnage-toi, mon ami; je ne voulais voir que cette 
exprience. J'entends sonner le dner; allons nous mettre 
 table. C'est une heure intressante pour moi que celle-
ci; au dessert, je serai des vtres; c'est mon moment; 
nous excuterons alors quelques scnes qui nous 
rjouissent un peu tous les quatre.
	On se mit  table. Erreur ! Source du renvoi introuvable.
	On servit deux potages: l'un de pte d'Italie au 
safran, l'autre, une bisque au coulis de jambon; au milieu, 
un aloyau de boeuf  l'anglaise; douze hors-d'oeuvre, 
dont six de cuisine et six de potager; douze entres, dont 
quatre de boucherie, quatre de volaille et quatre de 
ptisserie; une hure de sanglier, au milieu de douze plats 
de rti, qu'on releva par deux services d'entremets, douze 
de lgumes, six de diffrentes de crmes, et six de 
ptisseries; vingt plats de fruits ou de compotes; six 
sortes de glaces; huit espces de vins; six diffrentes 
liqueurs, du rhum, du punch, de l'esprit de cannelle, du 
chocolat et du caf. Gernande entama tous les plats; 
quelques-uns furent entirement vids par lui: il but 
douze bouteilles de vin, quatre de Volney, en 
commenant, quatre d'A, au rti; le tokay, le paphos, le 
madre et le phalerne (6) furent avals aux fruits; il 
termina par deux bouteilles de liqueurs des les, une pinte 
de rhum, deux bols de punch, et dix tasses de caf. Les 
d'Esterval et le marquis de Bressac, pour le moins aussi 
gros mangeurs, lui avaient tenu tte; mais il paraissaient 
tre chauffs; au lieu que Gernande tait aussi frais que 
s'il ft venu de s'veiller. Pour Justine,  laquelle on avait 
bien voulu permettre de se placer au bout de la table, de 
la retenue, de la sobrit, beaucoup de modestie, voil les 
vertus d'habitude qu'elle opposait constamment  la 
grossire intemprance de tous les sclrats parmi 
lesquels la plaait sa malheureuse fortune.
	- Eh bien, dit Gernande en sortant de table, vous 
sentez-vous disposs  l'excution de quelques scnes 
lubriques? pour moi, je l'avoue, c'est mon moment.
	- Oui, pardieu, faisons quelque chose, dit Bressac, 
l'chantillon du srail masculin que je viens de voir chez 
vous, mon cher oncle, me donne une tonnante envie de 
connatre le reste.
	- A tes ordres, mon ami, rpondit le comte; peut-
tre ne seras-tu pas fch non plus de voir mes procds 
dans l'art libidineux; je te les ferais voir avec Justine.
	- Et votre femme, monsieur? dit Dorothe.
	- Oh! vous ne la verrez que dans deux ou trois 
jours; elle se repose aprs chacune de mes sances; elle a 
besoin d'un long relche; vous en jugerez par ce que vous 
allez voir. Madame, continua Gernande en s'adressant 
encore  Dorothe, toutes mes turpitudes vont vous 
surprendre; mais l'on assure que vous tes philosophe et 
voluptueuse; avec ces qualits-l rien n'tonne; et comme 
on a soi-mme des passions, on trouve celles des autres 
toutes simples.
	- Aimable cousin, dit Dorothe, je regarde comme 
une marque d'estime la manire franche et nave dont 
vous allez vous ouvrir devant moi. Soyez bien convaincu 
d'ailleurs, qu'aucun excs ne me surprend; et qu'avec mes 
gots et mes caprices, ce n'est jamais que de la 
mdiocrit de ceux des autres dont il est permis de se 
plaindre. Je vous prie de m'assigner un rle; je remplirai 
celui que vous m'indiquerez comme victime ou 
sacrificateur.
	- Victime! non, dit Gernande, je vous ferais mal; je 
vais en faire beaucoup  cette fille. Je saigne, poursuivit-
il, en commenant  branlotter l'engin le plus mdiocre... 
le plus tonnamment petit, relativement  son norme 
taille... oui, je saigne, telle est ma fantaisie; et j'y joins le 
cruel pisode de ne vouloir procder  cette opration 
que quand l'objet dont je me sers a l'estomac rempli. Il 
rsulte ncessairement de cette prcaution un 
bouleversement plus constant dans l'organisation; et c'est 
 ce dsordre, peut-tre autant qu'au sang que je fais 
couler, qu'est due l'rection que j'obtiens.
	- Il est charmant, dit Bressac en s'approchant de son 
oncle et lui branlant le vit; il a des dtails et des 
raffinements dlicieux.
	Et Gernande dculottant le marquis le branlait 
d'une main, et lui maniait les fesses de l'autre.
	- Quant  vous mon cher cousin, poursuivit-il en 
s'adressant  d'Esterval, je ne me lasse point de toucher 
votre beau vit; vous foutrez ma femme, est-il vrai, mon 
ami?
	- En vrit, dit d'Esterval, je lui ferai tout ce que 
vous voudrez.
	- Mme du mal?
	- Oh! des horreurs... des excrations...
	Et pendant ce temps-l, par les ordres de Gernande 
les deux femmes se dshabillaient.
	- Oh! sacredieu, cachez le con, mesdames, dit-il  
Dorothe et  Justine, qu'il vit prtes  lui prsenter des 
autels si peu dignes de son culte; dissimulez cela, je vous 
en conjure, sans quoi vous me verriez nul,  ne m'en 
relever de six semaines.
	Bressac pose des mouchoirs triangulaires, renous 
sur les reins; et les deux femmes avancent. Aprs avoir 
un instant bais les culs, aprs les avoirs manis, claqus, 
il prend l'un des bras de Justine, le considre; prend 
l'autre, l'examine de mme, et lui demande combien de 
fois elle a t saigne.
	- Deux fois, monsieur, rpond Justine.
	Et pendant ce dialogue et ce qui va suivre, 
Dorothe,  genoux entre les cuisses du paillard, lui 
suait le vit; tandis que Bressac et d'Esterval, dans un 
autre coin de la chambre, s'amusaient diversement avec 
les deux gitons que nous avons peints en introduisant nos 
lecteurs dans cette maison. Gernande, continuant son 
examen, appuya ses doigts sur les veines de Justine, 
comme lorsqu'on veut les gonfler pour procder  
l'opration de la saigne; et, quand il les vit au point o il 
les dsirait, il y appliqua sa bouche, en les suant.
	- Allons, putain, dit-il durement  notre 
malheureuse Justine, prpare-toi, je vais faire couler ton 
sang.
	- Oh monsieur...
	- Crois-moi, poursuit Gernande, dont la tte se 
monte; crois-moi, gueuse, n'essaie pas de jouer ici la 
prude. La rsistance ne te russirait pas; j'ai des moyens 
pour mettre  la raison les femmes qui veulent s'opposer 
 mes dsirs. Ses mains se placrent alors sur les fesses 
de Justine; il les ptrissait avec force; ses ongles, longs et 
crochus, s'imprimant dans les chairs, y laissaient des 
marques sanglantes, que ses lvres suaient aussitt. 
Quelquefois il prenait des pinces de ces mmes chairs, 
qu'il amollissait jusqu' les meurtrir; l'instant d'aprs il en 
faisait autant sur la gorge, comprimait le mamelon avec 
une telle violence, que Justine jetait les hauts cris.
	- Bravo, mon oncle, disait alors Bressac; soyons, je 
vous supplie, en rvolte ouverte avec les ttons; cette 
partie fminine doit tre celle que des sodomistes comme 
nous doivent le plus souverainement dtester; la gorge est 
en horreur a qui chrit les culs.
	- Oh, je la hais plus qu'il n'est possible de le dire, 
poursuivit Gernande en mordant celle de Justine.
	Il lui fait faire ensuite quelques pas en avant, 
revenir vers lui  reculons, afin de ne pas perdre de vue 
la perspective du beau cul de notre hrone. Sitt qu'elle 
tait prs de lui, il la faisait pencher, tenir droite, serrer, 
carter; puis, il se courbait devant l'objet de son culte le 
mordait  plusieurs endroits, et mme sur l'orifice. Mais, 
par une fantaisie fort singulire, tous ces baisers taient 
l'image de la succion; il n'en faisait pas un qui n'et cette 
action pour but; on et dit qu'il ttait chacune des parties 
o se portaient ses lvres. Ce fut pendant ces examens 
prliminaires qu'on lui demanda beaucoup de dtails sur 
ses aventures du couvent de Sainte-Marie; et, sans 
prendre garde que ses rcits enflammaient ses 
perscuteurs, la pauvre Justine les faisait tous avec autant 
de candeur. Gernande ici dsira des garons; mais voyant 
ceux qui taient l trop occups avec Bressac et 
d'Esterval, il sonna. Deux nouveaux parurent; ils taient 
 peine gs de seize ans, et de la physionomie la plus 
agrable; ils l'approchrent pendant que Dorothe le 
suait toujours. Ds que le paillard les vit  sa porte, il 
lcha le noeud coulant d'un gros flot de ruban rose qui 
retenait des culottes de gaze blanche, et mit  dcouvert 
les deux plus jolis petits culs du monde. Aprs les avoir 
un instant baiss  sa manire, il suce les vits, en 
continuant de pincer les fesses et les ttons de Justine. 
Soit habitude dans les jeunes gens, soit adresse de la part 
de ce satyre, en trs peu de minutes la nature vaincue fit 
couler dans la bouche de l'un ce qu'elle lanait du 
membre des deux autres; et le vilain avala le foutre. 
Voil comme ce libertin puisait les enfants qu'il avait 
chez lui; et voil la raison de l'tat de langueur dans 
lequel nous les avons peints. L'hommage rendu par le 
comte aux attraits de Justine se prolongeait infiniment; 
mais pas la plus lgre inconstance au temple o brlait 
son encens; ni ses baisers, ni ses dsirs ne s'en cartaient 
une minute. Il fit relever la d'Esterval; un des gitons la 
remplace, et lui suce le vit. S'emparant des fesses de celle 
qui quitte le poste, il la traite  peu prs comme il vient 
de faire de Justine; mais comme il ne veut point la 
saigner, il examine plutt son cul que ses bras. Il loue 
singulirement ce cul; et, s'adressant au mari: 
	- Monsieur, lui dit-il, si vous ne foutez pas le 
garon qu'il me semble que vous caressez, voudriez-vous 
me faire le plaisir de venir sodomiser votre femme; je 
prierai mon neveu de vous enculer; deux Ganymdes 
vous baiseront, pendant qu'aid des deux autres je 
procderai, sur la belle Justine,  mon opration 
chirurgicale.
	D'Esterval, qui ne faisait que manier, gamahucher 
le jeune garon dont on lui parlait, s'avana la pique  la 
main; et Dorothe, lui faisant beau cul, fut enfile dans 
un instant. Bressac, trs partisan du cul de d'Esterval, 
quitte de mme le giton qu'il palpe, pour venir sodomiser 
son cousin. Les Ganymdes entourent, en faisant toucher 
l'un son cul, l'autre son vit, tandis que Gernande, 
enchant de voir se former un tel groupe sous ses regards 
lascifs, s'occupe  composer le sien.
	- Narcisse, dit-il a l'un des jeunes gens qu'il avait 
retenus prs de lui, voici la nouvelle femme de chambre 
que je destine  la comtesse; il faut que je l'prouve; 
donne-moi mes lancettes.
	Et Narcisse aussitt en prsente  son matre. 
Justine se trouble; elle frmit; tout le monde rit de son 
embarras.
	- Place-l, Zphyre, continue Gernande en 
s'adressant  son autre giton. Et ce bel enfant, 
s'approchant de Justine, lui dit, en souriant: 
	- N'ayez pas peur, mademoiselle; cette opration ne 
peut vous faire que le plus grand bien; placez-vous ainsi. 
Il s'agissait d'tre lgrement appuye sur les genoux, au 
bord d'un tabouret mis au milieu de la chambre, les bras 
soutenus par deux rubans noirs attachs au plafond.
	A peine est-elle en cette posture, que le comte 
s'approche d'elle, la lancette  la main. Il respirait  
peine; ses yeux tincelaient; sa figure inspirait la terreur. 
Il bande les deux bras, et, en moins d'un clin d'oeil, il les 
pique tous deux. Un cri s'exhale de sa poitrine 
enflamme, deux ou trois blasphmes l'accompagnent; et, 
ds qu'il voit le sang, il va s'asseoir tout auprs du groupe 
de Dorothe. Narcisse,  genoux entre ses jambes, le 
suce; et Zphyre, les pieds sur les bras du fauteuil de son 
matre, lui prsente  tter le mme objet qu'il offre lui-
mme  pomper  l'autre. Gernande empoignait les reins 
de Zphyre; il le comprimait contre lui, ne le quittant de 
temps en temps que pour porter ses regards lascifs, tantt 
sur la malheureuse phlbotomise, tantt sur le groupe en 
action qu'inondait le sang de Justine. Celle-ci nanmoins 
se sent faiblir.
	- Monsieur, monsieur! s'crie-t-elle, ayez piti de 
moi, je m'vanouis.
	Elle chancelle effectivement; elle tomberait sans les 
rubans qui la soutiennent; ses bras varient; sa tte flotte 
sur ses paules; les jets de sang, dtourns par ces 
oscillations, viennent inonder son visage. Le comte est 
dans l'ivresse, se lve, et, s'emparant du cul de son neveu, 
tout mouill du sang de Justine, il le sodomise, et y 
dcharge, pendant que la victime perd  la fin 
connaissance. D'Esterval, enchant du spectacle, inonde 
de mme le cul de sa femme, qui, le con appuy sur les 
fesses d'un giton, l'encule avec son clitoris, en lui 
barbouillant les fesses de foutre, et lui branlant le vit. Les 
bras de Justine se bandent  la fin; on l'emporte; et nos 
libertins, puiss, vont se rafrachir dans les jardins. 
Connaissant les crises du dlire des autres personnages 
de ce chteau, nous n'y ramnerons point nos lecteurs; 
mais qu'il nous soit permis de fixer leur attention 
quelques minutes sur celles de Gernande. Prs d'un quart 
d'heure entier le paillard tait en extase... et quelle 
extase! grand Dieu! il s'y dbattait comme un homme qui 
tombe en pilepsie; ses cris pouvantables, ses 
blasphmes atroces, se seraient entendus d'une lieue; il 
frappait tout ce qui l'entourait; ses efforts taient 
effrayants.
	Abandonnons maintenant, pour deux jours, toute la 
gaillarde assemble. L'tablissement de Justine auprs de 
sa matresse est la seule chose qui doive nous occuper.
	Ce fut au bout de cet intervalle que Gernande lui fit 
dire de venir lui parler dans le mme salon o il l'avait 
reue en arrivant; elle tait faible encore, mais d'ailleurs 
assez bien portante.
	- Mon enfant, lui dit-il aprs lui avoir permis de 
s'asseoir, je renouvellerai rarement avec vous la scne 
d'avant-hier; elle vous puiserait, et j'ai besoin de vous 
pour autre chose; mais il tait essentiel que je vous fisse 
connatre mes gots, et le genre de mort par lequel vous 
prirez dans cette maison, si vous me trahissez, si 
seulement vous vous laissez sduire par la femme auprs 
de laquelle vous allez tre mise. Cette femme est la 
mienne, on vous l'a dit, Justine; et ce titre est sans doute 
le plus funeste qu'elle puisse avoir, puisqu'il l'oblige  se 
prter journellement  la passion bizarre o je viens de 
vous soumettre. N'imaginez pas, au reste, que je la traite 
ainsi par vengeance... par mpris... par aucun sentiment 
de haine: c'est la seule histoire des passions. Rien n'gale 
le plaisir que je gote  rpandre le sang de cette 
crature; c'est la plus dlicieuse jouissance de mon coeur; 
je ne me suis jamais amus avec elle d'une autre manire. 
Il y a trois ans qu'elle est enchane  moi, et qu'elle subit 
rgulirement, tous les quatre jours, l'opration que vous 
avez prouve. Sa grande jeunesse ( peine a-t-elle vingt 
ans), les soins particuliers que l'on en a, l'abondante 
nourriture qu'elle prend, tout cela la soutient. Mais, avec 
une sujtion semblable, vous sentez bien que je ne puis 
ni la laisser sortir ni la montrer  d'autres gens, qu' ceux 
qui, ayant  peu prs les mmes gots que moi, doivent, 
de ce moment, excuser les miens. Je la fais donc passer 
pour folle; et sa mre, le seul individu qui lui reste au 
monde, demeurant dans son chteau,  six lieues d'ici, est 
tellement convaincue de cette ide, qu'elle n'ose mme la 
venir voir. La comtesse implore bien souvent sa grce; il 
n'est rien qu'elle ne fasse pour m'attendrir; mais elle n'y 
russira jamais. Ma luxure a dict cette sentence, elle est 
invariable. Elle ira de cette manire tant qu'elle pourra; 
rien ne lui manquera pendant sa vie; et, comme j'aime  
l'puiser, je la soutiendrai le plus longtemps possible... 
quand elle n'y pourra plus tenir...  la bonne heure... C'est 
ma quatrime; j'en aurai bientt une cinquime, une 
sixime... une vingtime; rien ne m'inquite moins que le 
sort d'une femme: il y en tant dans le monde! et il est si 
doux d'en changer! Quoi qu'il en soit, Justine, votre 
emploi est de la soigner. Elle perd rgulirement deux 
palettes de sang, tous les quatre jours; mais l'habitude lui 
prte des forces; elle ne s'vanouit plus maintenant; son 
puisement dure vingt-quatre heures; elle est assez bien 
les trois autres jours. Vous devez comprendre, 
nanmoins, que cette vie lui dplat souverainement. Il 
n'y a rien qu'elle n'entreprenne pour faire savoir son 
vritable tat  sa mre: elle a dj sduit deux de ses 
femmes, dont les manoeuvres furent heureusement 
dcouvertes assez tt pour en rompre le succs. Elle est 
la cause de la mort de ces malheureuses; je les fis expirer 
sous ses yeux.
	- Vous avez tu ces deux femmes, monsieur?
	- Oui; en pareil cas je les saigne des quatre 
membres et les laisse s'teindre de cette manire.
	- Oh Dieu!
	- Vous sentez bien, Justine, que ma femme se 
repent aujourd'hui d'avoir compromis ces deux femmes... 
elle se reproche leur mort; et, reconnaissant 
l'immutabilit d son destin, elle commence  prendre 
son parti, et  promettre de ne plus sduire les personnes 
dont je l'entourerai. Si cela arrivait pourtant, je dois vous 
en prvenir, vous seriez traite comme les autres. 
Regardez-vous donc de ce moment comme n'tant plus 
de ce monde, puisque vous en pouvez disparatre au plus 
petit acte de ma volont. Tel est votre sort, Justine: 
heureuse si vous vous conduisez bien, morte dans le cas 
contraire... Vous m'avez entendu? passons chez ma 
femme.
	N'ayant rien  objecter  un discours aussi prcis, 
Justine suivit son matre. Aprs avoir travers une longue 
suite d'appartements, aussi sombres, aussi solitaires que 
le reste du chteau, elle pntre dans une antichambre o 
se trouvent deux vieilles, qu'on lui annonce tre sous ses 
ordres pour tout ce qui concerne le service de la 
comtesse. Elles ouvrent. Gernande et Justine se trouvent 
dans l'appartement o tait la jeune et malheureuse 
pouse de ce monstre, couche sur un lit de repos, et 
dans un tat de pleur et d'abattement facile  
souponner. Elle se leva ds qu'elle aperut son mari, et 
vint respectueusement lui demander ses ordres.
	- Ecoutez-moi, lui dit Gernande sans lui permettre 
de se rasseoir, quoiqu'elle part se soutenir  peine, voil 
une femme que mon neveu Bressac m'amne pour tre 
auprs de vous; je vous la recommande. Si jamais vous 
avez envie de la sduire, ne l'entreprenez pas au moins 
sans vous rappeler le sort de celles qui l'ont prcde.
	- Toutes tentatives seraient inutiles, monsieur, dit 
Justine, pleine d'envie de servir sa matresse, et voulant 
dguiser ses desseins; oui, madame, je peux le certifier 
devant vous, tout serait infructueux; vous ne direz pas 
une parole... vous ne ferez pas un geste, que je n'en 
instruise aussitt votre poux; et certainement je ne 
risquerai pas ma vie pour vous servir.
	- Je n'entreprendrai rien de fait pour vous mettre 
dans ce cas, mademoiselle, dit cette pauvre femme, qui 
ne dmlait point encore les motifs de la rigueur affecte 
de Justine; je ne vous demande que vos soins.
	- Ils seront  vous tout entiers, madame, reprit la 
nouvelle soubrette; mais rien au-del. Et le comte, 
enchant, serrant la main de Justine: 
	- A merveille! mon enfant, lui dit-il, bas; tiens 
parole et ta fortune est faite. Il lui fit voir ensuite la 
chambre qu'elle occuperait, attenante  celle de madame; 
et lui fit observer, aprs, que l'ensemble de cet 
appartement, ferm par d'excellentes portes, et entour 
de doubles grilles  toutes ses ouvertures, ne laissait 
aucun espoir d'vasion. Voil bien une terrasse, 
poursuivit Gernande en menant Justine dans un petit 
jardin de fleurs qui se trouvait de plain-pied  cet 
appartement; mais sa hauteur ne vous donne pas, je 
pense, l'envie d'en mesurer les murs. La comtesse peut y 
venir respirer le frais, tant qu'elle veut; c'est la seule 
distraction que mes rigueurs lui laissent. Vous ne la 
quitterez point, tant qu'elle y sera; vous y observerez 
toutes ses dmarches, et m'en rendrez un fidle compte. 
Adieu.
	Justine revint auprs de sa matresse; et c'est 
l'instant o elles s'observent, o elles s'examinent toutes 
deux, que nous allons choisir pour donner  nos lecteurs 
une ide de cette femme intressante.

	(1) 	Nos lecteurs doivent remarquer l'habitude o 
nous sommes de retrancher ces mots inutiles: 
c'tait le nom; c'tait ainsi que s'appelait, etc., 
etc. Ds qu'ils aperoivent un nom nouveau, ne 
devient-il pas sr, sans qu'on le dise, que ce 
nom est celui du personnage dont on parle? 
Cette soustraction de mots inutiles tient  notre 
genre, et peut devenir un des cachets o notre 
style se fera toujours reconnatre. 

	(2) 	On dveloppera bientt ce systme: donnons, 
en attendant, l'analyse du nerf. Le nerf est la 
partie du corps humain qui ressemble  un 
cordon blanc, quelquefois rond, quelquefois 
plat. Il tire ordinairement son origine du 
cerveau; il en sort en faisceaux symtriquement 
arrangs par paires: il n'y a point dans le corps 
humain de parties plus intressantes que le 
nerf. C'est une sorte de phnomne, dit la 
Martinire, d'autant plus admirable, qu'il parat 
moins susceptible d'action. C'est des nerfs que 
dpendent la vie et toute l'harmonie de la 
machine; de l les sens et les volupts, les 
connaissances et les ides; c'est, en un mot, le 
sige de toute l'organisation; c'est l o est 
celui de l'me, c'est--dire, de ce principe de 
vie qui s'teint avec les animaux, qui crot et 
dcrot avec eux, et est par consquent tout 
matriel. On regarde les nerfs comme des 
tuyaux destins  voiturer les esprits dans les 
organes auxquels ils se distribuent, et  
rapporter au cerveau les impressions des objets 
extrieurs sur ces organes. Une grande 
inflammation agite extraordinairement les 
esprit animaux qui coulent dans la cavit de 
ces nerfs, et les dtermine au plaisir, si cette 
inflammation est produite sur les parties de la 
gnration ou sur celles qui l'avoisinent: voil 
qui explique les plaisirs reus par les coups, les 
piqres, les pinures, ou le fouet. De l'extrme 
influence du moral sur le physique nat de 
mme le choc douloureux ou agrable de ces 
esprits animaux, en raison de la sensation 
morale qu'on a reue; d'o il suit qu'avec des 
principes et de la philosophie, avec 
l'anantissement total des prjugs, on peut 
incroyablement tendre, comme nous l'avons 
dit ailleurs, la sphre de ses sensations. 

	(3) 	La pauvre fille ne savait pas que l'injustice des 
hommes nous matrise, et qu'on fait ce qu'on 
veut de son coeur. 

	(4) 	La cause de cet puisement se dveloppera 
bientt. 

	(5) 	La sabine est reconnue pour un des plus 
puissants emmnagues qu'il y ait; elle 
provoque la sortie du foetus et de l'arrire-faix: 
quelques jours de son usage rendent 
l'avortement immanquable. C'est un petit 
arbuste toujours vert qui porte des fleurs mles 
et des fleurs femelles, sur diffrents pieds. Elle 
vient naturellement dans tous les climats. On le 
place souvent dans les bouquets, mais il exhale 
une odeur dsagrable. On emploie ses feuilles 
par dcoction, ou bien on les rduit en poudre. 
L'une ou l'autre manire produit des 
avortements. Il en sera question dans Juliette: 
nous dirons l avec quelles autres sortes de 
plantes on l'amalgame, pour obtenir des effets 
plus prompts et plus srs. 

	(6) 	C'est le vin clbre dont parle Horace, et qui se 
recueille aux environs de Naples.



 

CHAPITRE XIV

CE QUI SE PASSE AU CHATEAU - DISSERTATION 
SUR LES FEMMES

	Madame de Gernande, ge de dix-neuf ans et 
demi, avait la plus belle taille, la plus noble, la mieux 
dessine qu'il ft possible de voir; pas un de ses gestes, 
pas un de ses mouvements qui ne ft une grce, pas un 
de ses regards qui ne ft un sentiment. Ses yeux taient 
du plus beau noir, quoiqu'elle ft blonde; rien n'galait 
leur expression; mais une sorte de langueur, suite de ses 
infortunes, les rendait mille fois plus intressants encore. 
Elle avait la peau trs blanche et les plus beaux cheveux, 
la bouche trs petite, et les dents d'une fracheur... les 
lvres d'un incarnat... on et dit que l'Amour l'et colore 
des teintes empruntes  la desse des fleurs. Son nez 
tait aquilin, troit, serr du haut, et couronn de deux 
sourcils d'bne; le menton parfaitement joli; un visage, 
en un mot, du plus bel ovale, dans l'ensemble duquel 
rgnait une sorte d'agrment, de navet, de candeur, qui 
eussent bien plutt fait prendre cette figure enchanteresse 
pour celle d'un ange, que pour la physionomie d'une 
mortelle. Ses bras, sa gorge, ses fesses taient d'un 
clat... d'une rondeur... faits, en un mot, pour servir de 
modle aux artistes. Une mousse lgre et noire 
ombrageait le plus joli con du monde, soutenu par deux 
cuisses moules; et ce qui surprenait, d'aprs les 
malheurs de la comtesse, c'est que rien n'altrait son 
embonpoint. Son cul tait aussi rond, aussi charnu, aussi 
ferme, aussi potel, que si sa taille et t plus marque, 
et qu'elle et toujours vcu au sein du bonheur. Il y avait 
pourtant sur tout cela d'affreux vestiges des cruauts de 
son poux; mais rien de fltri, rien d'altr; l'image d'un 
beau lis o le frelon impur avait fait quelques taches. A 
tant de dons, madame de Gernande joignait un caractre 
doux, un esprit romanesque, un coeur sensible... instruite, 
des talents; un art naturel pour la sduction, contre lequel 
il ne pouvait y avoir que son infme poux qui put 
rsister; un son de voix flatteur, et beaucoup de pit. 
Telle tait l'pouse de Gernande, telle tait la crature 
anglique contre laquelle il avait complot. Il semblait 
que plus elle inspirait de choses, plus elle enflammait sa 
frocit; et que l'affluence des dons qu'elle avait reus de 
la nature, ne devenait que des vhicules de plus aux 
sclratesses de ce monstre.
	- Quand avez-vous t saigne, madame? demanda 
Justine  la comtesse, ds qu'elles furent seules.
	- Il y a trois jours, rpondit celle-ci... et c'est 
demain... on formera srement de cette horreur un 
charmant spectacle aux amis de M. de Gernande.
	- Lui arrive-t-il donc, madame, de se livrer  cela 
devant des tmoins?
	- Devant ceux qui pensent comme lui... Oh! vous 
verrez tout cela... vous verrez tout cela, mademoiselle.
	- Et madame ne s'affaiblit point de toutes ces 
saignes?
	- Juste ciel! je n'ai pas vingt ans, et je suis sre 
qu'on n'est pas plus faible  soixante-dix; mais cela 
finira, je me flatte; il est parfaitement impossible que je 
vive longtemps ainsi. J'irai retrouver mon pre; j'irai 
chercher dans les bras de l'Etre suprme, un repos que les 
hommes m'ont si cruellement refus dans le monde. Eh! 
qu'avais-je fait, grand Dieu! pour ne pas jouir de ce 
repos! Je n'ai jamais dsir le moindre mal  personne; 
j'aime mon prochain; je respecte ma religion; je suis 
enthousiaste de la vertu; l'un de mes plus grands 
tourments, dans l'affreuse position o le suis, est 
l'impossibilit dans laquelle on me tient de ne pouvoir 
tre utile  personne...
	Et des larmes accompagnaient ce discours. Nos 
lecteurs imaginent facilement ici que celles de Justine s'y 
seraient bientt mles, si elle n'et le plus grand intrt 
 dguiser son trouble. Mais elle se jura bien, de ce 
moment, d'exposer plutt mille vies, que de ne pas tout 
faire pour une femme dont les sentiments et les malheurs 
paraissaient si semblables aux siens.
	C'tait l'instant du dner de la comtesse. Ses deux 
vieilles vinrent avertir Justine de la faire passer dans son 
cabinet, parce qu'il ne fallait pas mme que ces vieilles 
pussent avoir de correspondance avec elle. Madame de 
Gernande, habitue  toutes ces prcautions, s'y soumit 
sans difficult; et le dner fut servi. Peu aprs, la 
comtesse repassa, se mit  table et invita Justine  lui 
tenir compagnie, avec un air d'amiti... d'affabilit, qui 
acheva de lui gagner  jamais le coeur de celle qu'on lui 
donnait pour surveillante. Il y avait au moins vingt plats 
sur la table.
	- Relativement  cette partie, vous voyez qu'on a 
soin de moi, mademoiselle, dit madame de Gernande.
	- Je n'ignore pas, madame, que la volont de M. le 
comte est que rien ne vous manque.
	- Oh! oui; mais comme les motifs de ces attentions 
ne sont que des cruauts, elles me touchent peu.
	Madame de Gernande, puise, et vivement 
sollicite par la nature  des rparations perptuelles, 
mangea beaucoup; elle dsira des perdreaux rouges et un 
caneton de Rouen, qui lui furent apports dans la minute. 
Aprs le repas, elle alla prendre l'air sur sa terrasse, mais 
en se soutenant sur Justine; il lui et t impossible de 
faire un pas sans cette prcaution. Ce fut alors qu'elle 
montra toutes les parties de son corps  sa nouvelle 
compagne. Celle-ci fut confondue de la prodigieuse 
quantit de cicatrices dont cette pauvre femme tait 
couverte. Il ne s'en tient pas aux bras, comme vous le 
voyez, dit madame de Gernande, il n'est pas un endroit 
de mon malheureux individu dont il ne plaise  voir 
couler le sang. Et elle le lui prouva en lui faisant voir ses 
pieds, son ventre, ses ttons, ses fesses, et jusqu'aux 
lvres de son con. Encore, dit cette femme intressante, 
s'il n'avait pas le raffinement affreux de ne choisir pour 
cette opration que l'instant o je viens de manger, peut-
tre souffrirais-je moins! ce redoublement de frocit me 
perd l'estomac, je ne digre plus.
	- Eh quoi! madame, vous ne pourriez pas vous 
abstenir de manger ce jour-l?.
	- Je ne suis point avertie, il me surprend; je sais 
bien que ses intervalles sont de trois ou quatre jours, 
mais je ne puis jamais deviner l'instant; et ce ne sera 
jamais celui o il me saura prpare, qu'il prendra.
	Cependant les amis de Gernande ne perdaient pas 
leur temps. Les douze ganymdes pour lors en fonction 
au chteau (c'tait toujours par ce nombre qu'on les y 
amenait tous les trois mois), ces douze gitons avaient t 
dj foutus tant de fois, que l'on commenait  s'en 
dgoter. Dorothe s'en tait fait donner par tous les 
valets, tous les jardiniers de la maison, lorsque enfin la 
socit entire supplia Gernande de hter le supplice de 
la comtesse, dont tous taient si envieux d'admirer les 
dtails.
	- Ce sera pour cet aprs-dner, dit Gernande, 
prparons-nous  cette grande oeuvre par un repas des 
plus lascifs. Justine et Dorothe dneront nues; six de 
mes petits Amours les entremleront dans le mme tat; 
les six autres nous serviront, vtus en prtresses de 
Diane; et je vous promets le meilleur dner que vous ayez 
encore fait chez moi.
	Il tait effectivement difficile de rien voir de plus 
somptueux et de plus exquis, de plus rare et de plus 
dlicieux, que tout ce qui parut  ce repas. Les quatre 
parties de la terre semblaient avoir concouru pour couvrir 
de leurs trsors, en tous genres, la table de ces libertins; 
on y voyait  la fois des vins de tous les pays et des mets 
de toutes les saisons. Ce seul dner cota plus sans doute 
qu'il n'et fallu pour nourrir dix ou douze malheureuses 
familles pendant un mois.
	- Aprs les plaisirs de la luxure, dit Gernande, il 
n'en est pas de plus divins que ceux de la table.
	- Ils se prtent si bien des forces l'un l'autre, dit 
Bressac, qu'il est impossible aux sectateurs des premiers 
de ne pas adorer les seconds.
	- C'est que rien n'est dlicieux comme de se gorger 
de mets succulents, dit Gernande; je ne connais rien qui 
chatouille aussi voluptueusement mon estomac et ma 
tte; et les vapeurs de ces mets savoureux, qui viennent 
caresser le cerveau, le prparent si bien  recevoir les 
impressions de la luxure, que, comme le dit mon neveu, 
il est difficile  un vrai paillard de ne pas adorer la table. 
J'ai dsir souvent, je l'avoue, d'imiter les dbauches 
d'Apicius, ce gourmand si clbre de Rome, qui faisait 
jeter des esclaves vivants dans ses viviers, pour rendre la 
chair de ses poissons plus dlicate. Cruel dans mes 
luxures, je le serais tout de mme dans ces dbauches-l; 
et je sacrifierais mille individus, si cela tait ncessaire, 
pour manger un plat plus apptissant ou plus recherch. 
Je ne m'tonne pas que les Romains aient fait un Dieu de 
la gourmandise. Vivent  jamais les peuples qui 
divinisent ainsi leurs passions! Quelle diffrence des sots 
sectateurs de Jsus  ceux de Jupiter! les premiers ont 
l'absurdit de faire un crime de l'action rvre par les 
autres.
	- On prtend que Cloptre, dit d'Esterval, l'une des 
femmes les plus gourmandes de l'antiquit, avait pour 
coutume de ne jamais se mettre  table, sans avoir pris 
plusieurs lavements.
	- Nron imitait aussi cette coutume, reprit 
Gernande; j'en use quelquefois, et je m'en trouve bien.
	- J'y supple en me faisant sodomiser, dit Bressac; 
l'effet physique est  peu prs le mme, et la sensation 
morale infiniment plus dlicieuse: je ne dne jamais que 
je ne me sois fait foutre une douzaine de fois.
	- Pour moi, dit Gernande, je fais usage de quelques 
aromates, parmi lesquels l'estragon domine; on m'en 
compose une boisson tellement apritive, que je dvore 
ds que j'en ai bu: puisqu'il est tout simple de 
s'enflammer aux plaisirs des sens, d'o vient qu'il ne le 
serait pas de s'exciter de mme  ceux de la 
gourmandise? Oh! je l'avoue, poursuivait cet ogre en se 
gorgeant des mets les plus dlicieux, l'intemprance est 
ma divinit; j'en place l'idole dans mon temple,  ct de 
celle de Vnus; et ce n'est qu'aux pieds de toutes deux 
que je puis trouver le bonheur.
	- Ce que j'ai souvent imagin sur cela va vous 
paratre bien mchant, dit Dorothe; mais vous permettez 
qu'on dise tout. J'avoue qu'en me gonflant ainsi de 
nourriture, une de mes volupts la plus sensuelle serait 
de placer sous mes yeux des infortuns qu'extnuerait la 
faim.
	- Je le conois, dit Bressac; mais il faudrait que 
l'homme qui exercerait la passion que vous dites ft 
assez puissant, assez lev, pour que sa gourmandise 
puist tout ce qui l'entoure, et que ce ft  cause de sa 
consommation immodre que ce qui lui serait 
subordonn mourt de faim.
	- Oui, oui, rpondit la d'Esterval, voil mon projet 
parfaitement saisi; on n'a pas d'ide de ce que je 
mangerais  un pareil repas!
	- Oui; le repas du sang des hommes, dit Gernande. 
Tibre, je crois, en avait conu quelque chose.
	- Pour moi, dit d'Esterval, j'aime infiniment Nron, 
qui demande, au sortir de table, Erreur ! Source du renvoi 
introuvable..
	- Assurment, dit Bressac, s'il est vrai, comme nous 
n'en saurions douter, que l'intemprance soit la mre de 
tous les vices, et que le bourbier des vices soit le paradis 
terrestre de l'homme, il n'y a rien que nous ne devions 
faire pour exciter en nous ce qui peut le mieux nous 
conduire  l'intemprance. Et quelles nouvelles forces, en 
effet, n'acqurons-nous pas pour les scnes lubriques 
lorsque nous y passons au sortir d'une orgie de table! 
combien alors nos esprits vitaux se trouvent exalts! Il 
semble qu'une nouvelle chaleur circule dans nos veines; 
les objets lubriques s'y peignent avec plus d'nergie; le 
dsir qu'on a d'eux devient d'une telle force qu'il n'est 
plus possible d'y rsister. Succombez-vous;  peine vous 
apercevez-vous des pertes. Le magasin acquis est tel qu'il 
peut fournir  l'aise  une infinit de courses, que vous 
n'oseriez parcourir sans cela; tout s'embellit, tout se 
dcore; l'illusion couvre tout de ses voiles dors, et vous 
entreprendriez alors des choses qui vous feraient horreur 
de sang-froid. O voluptueuse intemprance! je te regarde 
comme la rgnratrice des plaisirs; ce n'est qu'avec toi 
qu'on les gote bien; ce n'est que par toi qu'ils n'ont plus 
d'pines; toi seule en aplanis la route; toi seule en cartes 
l'imbcile remords; toi seule sais dlicieusement troubler 
cette raison, si froide et si monotone, dont toutes nos 
passions sont empoisonnes sans toi.
	- Mon neveu, dit Gernande, si tu n'tais pas 
beaucoup plus riche que moi, je te donnerais deux mille 
louis, pour l'loge que tu viens de faire d'une des plus 
chres passions de mon coeur.
	- Plus riche que vous, mon oncle?
	- Oh oui, tu as mieux de douze cent mille livres de 
rentes; et je suis assez gueux pour n'en avoir pas huit 
cent mille. Je l'avoue... je ne conois pas comment l'on 
peut vivre  moins d'un million par an.
	- Monsieur, dit d'Esterval, je ne l'ai pas; et 
cependant je vis.
	- Eh bien, oui; mais vous vous tes soumis  un 
genre de vie qui n'exige rien; et le mtier que vous faites 
doit grossir vos fonds tous les jours. Je ne connais rien de 
dlicieux comme la carrire que vous avez entreprise; si 
j'tais plus jeune, je n'en suivrais srement pas d'autre. 
Eh bien, je parie qu'avec cela et votre patrimoine, vous 
vous faites au moins cinq ou six cent mille livres de 
rente.
	- A peu prs.
	- Vous voyez donc que nous voil tous riches ici, et 
que notre faon de penser, nos gots, nos intrts doivent 
absolument se ressembler.
	- Ah! reprit d'Esterval, j'ai le malheur d'tre 
insatiable; et c'est encore bien plus par avarice que par 
libertinage, que vous me voyez suivre le mtier que je 
fais.
	- Il est certain que vous pourriez vous en passer.
	- Je n'existerais pas sans cette dlicieuse habitude. 
J'aime  voir augmenter ma fortune tous les jours; et 
j'adore l'ide de l'agrandir aux dpens de celle des autres. 
Je tue par principes de dbauche...  cause de la frocit 
de mon libertinage; mais ce n'est que par cupidit que je 
vole; et j'aurais des millions de revenu, qu'il me semble 
que je volerais encore.
	- Je le conois, dit Gernande; personne n'adopte 
comme moi le sentiment qui fait prendre et qui fait 
conserver. Je nagerais dans des flots d'or, que je ne ferais 
pas un sou d'aumne, et qu'except pour mes plaisirs, je 
ne me permettrais pas le plus lger cart. Vous 
connaissez mon bien, vous savez mes dpenses... eh 
bien, regardez mon habit, il y a vingt ans que je le porte... 
j'ai le semblable qui me conduira, j'espre, au tombeau.
	- Ainsi donc, dit Bressac, vous voulez, mon cher 
oncle, mriter  juste titre le beau nom de Fesse-Mathieu.
	- Mais, dit Gernande, si, quoique par d'autres 
principes, ta mre n'et pas t aussi avare que moi, 
serais-tu si riche aujourd'hui?
	- Ne lui parlez pas de cette circonstance de sa vie, 
dit d'Esterval, vous le feriez rougir.
	- Il aurait, pardieu, bien tort, dit Gernande; il n'a fait 
que la chose du monde la plus simple, en tuant sa mre. 
On est press de jouir, rien de si naturel. C'tait, 
d'ailleurs, une femme acaritre, dvote, imprieuse; il la 
dtestait, rien de plus ordinaire. Tenez, il hrite de moi; 
eh bien, je gage que ma vie ne l'impatiente point; j'ai les 
mmes gots, la mme faon de penser; il est sr de 
trouver un ami dans moi. De telles considrations sont 
des liens assez srs parmi les hommes, pour qu'ils ne 
cherchent jamais  les rompre.
	- Vous avez raison, mon oncle; nous ferons peut-
tre beaucoup de crimes ensemble, mais nous n'en 
entreprendrons jamais qui nous nuisent. J'ai pourtant vu 
l'instant o notre cousin respectait peu cette 
considration: il m'avait dvou.
	- Oui, dit d'Esterval, comme parent, jamais comme 
un confrre de dbauches; ds que j'ai eu su ce dont vous 
tiez capable, nous ne nous sommes plus occups que de 
nous aimer et de nous runir.
	- Soit; mais vous conviendrez que Mme d'Esterval 
avait bien de la peine  me faire grce.
	- Ne me le reprochez pas, rpondit Dorothe; votre 
loge est dans votre arrt. La terrible habitude o je suis 
d'immoler les hommes qui me plaisent traait votre 
sentence  ct de ma dclaration d'amour; moins joli, 
vous eussiez peut-tre chapp.
	- Certes, ma cousine, dit Gernande en riant, vous ne 
dsirez pas, ce me semble, qu'on ait trs envie de vous 
plaire.
	- Messieurs, je suis goste comme vous; et, pourvu 
qu'on serve mes passions, l'amour et la vanit n'y font 
rien.
	- Elle a raison, dit Gernande; voil comme toutes 
les femmes devraient penser; si elles ressemblaient toutes 
 ma cousine, je me raccommoderais, je crois, avec 
l'espce.
	- C'est donc une haine bien invtre? dit 
d'Esterval.
	- Oh! je les abhorre; j'en anantirais la race entire, 
si le ciel me confiait un instant sa foudre.
	- Je ne conois pas, dit Bressac en dardant sa 
langue dans la bouche de Justine, comment on peut 
dtester des petits tres si doux!... si intressants!
	- Moi, je le comprends bien, dit d'Esterval en rotant 
dans la bouche d'un giton; j'entends  merveille que l'on 
prfre cette jolie classe-ci  l'autre.
	- Oh! foutre, vous bandez, mon mari, dit Dorothe; 
je m'en aperois; h bien, ne vous gnez point, foutez ce 
joli garon; pourvu que celui-ci m'encule, cela m'est gal, 
poursuivit-elle en inclinant ses fesses vers celui qui se 
trouvait prs d'elle.
	- Sacredieu, dit Gernande, vous voil tous tourdis, 
pour sept ou huit bouteilles de vin chacun.
	- Oh! pour gris, dit Bressac, en pinant les ttons de 
Justine jusqu' la faire crier, il est bien certain que je le 
suis... En vrit, mon cher oncle, il est inou comme je 
voudrais vous voir saigner votre femme... Me permettrez-
vous de vous enculer pendant ce temps-l?... Bon, ne 
voil-t-il pas Dorothe qui vomit.
	- Je suis sole, moi.
	- Eh bien, fais-toi foutre, garce, lui dit son mari en 
lchant un gros pet; cela dgrise.
	- En vrit, mon oncle, dit Bressac, nous prenons 
chez vous bien des liberts.
	- Ne vous gnez pas, mes amis; j'aime tout cela; il 
faut pter, chier, vomir, quand on est sol; il faut 
dcharger; tout cela soulage. Bressac, soutiens donc 
Dorothe; presse par le vit de ce petit garon qui 
l'encule, ne vois-tu pas qu'elle va tomber?
	- Par o diable voulez-vous que je la prenne? dit 
Bressac; la putain, inonde de ses vomissements par ici, 
nage maintenant par l dans la merde qu'elle vient de 
faire.
	- Eh bien, dit Gernande, qu'un giton nettoie tout 
cela; aidez-lui, Justine. D'Esterval, demandez  votre 
femme si elle veut se coucher?
	- Me coucher!... doubledieu! rpond Dorothe; et 
non, non, je veux foutre; c'est fini maintenant, je n'ai plus 
rien dans le ventre; me voil prte  recommencer.
	- Allons chez votre femme, mon oncle, je vous en 
conjure, dit Bressac; la diversion est ncessaire; que 
Justine aille la prvenir. Tout s'excute, pendant que nos 
vilains, se soutenant  peine essaient leurs forces pour 
voler  d'autres infamies.
	Il est inutile de peindre l'agitation de notre 
malheureuse pouse, quand elle apprit que son 
perscuteur, escort de gens aussi crapuleux, aussi 
farouches que lui, allait venir contempler et redoubler 
l'horreur des visites qu'elle tait accoutume d'en 
recevoir. Elle sortait de table. Ma chre demoiselle, 
demanda-t-elle  Justine, sont-ils bien ivres... bien 
chauffs... bien redoutables?
	- Oh! oui, madame, ils draisonnent.
	- Grand Dieu! je vais prouver des atrocits... Vous 
ne m'abandonnerez pas pendant cette cruelle sance, 
vous resterez auprs de moi, n'est-ce pas, mademoiselle?
	- Assurment, si l'on me le permet.
	- Oh! oui, oui... Et quels sont ces gens? L'un d'eux, 
dites-vous, est le neveu de M. de Gernande, le marquis 
de Bressac?... Oh! c'est un monstre, je le connais de 
rputation; il a, dit-on, empoisonn sa mre... Et M. de 
Gernande peut recevoir chez lui le meurtrier de sa propre 
soeur! quelle infamie, grand Dieu! L'autre est, dites-vous, 
un assassin de profession?
	- Oui, madame, un cousin de M. de Gernande, qui 
tient une htellerie par libertinage, afin d'y voler, d'y 
gorger ceux qui y couchent.
	- Oh! quels gens!... quels gens! Voil donc les 
sclrats auxquels mon poux va me livrer! Et quelle est 
cette femme qu'ils ont avec eux?
	- L'pouse de l'aubergiste, aussi sclrate... aussi 
corrompue qu'eux.
	- Oh! mademoiselle, il est donc possible que la 
douceur et l'amnit de notre sexe s'allient  toute la 
dpravation de celui des hommes!
	- Ignorez-vous donc, madame, rpondit Justine, 
qu'une femme qui a renonc  la pudeur...  la dlicatesse 
qui doit caractriser ce sexe, s'engage, et plus vite, et 
plus aveuglment que les hommes dans la carrire du 
vice et de l'intemprance?
	- Et vous croyez, mademoiselle, que M. de 
Gernande permettra que je devienne aussi le plastron des 
gots monstrueux de cette abominable crature?
	- Ah! je n'en doute pas, madame.
	Et Justine finissait  peine sa rponse, que la 
socit se fit entendre. Des ris immodrs, d'affreux 
propos... beaucoup de blasphmes l'annoncrent  Mme 
de Gernande, dont quelques larmes vinrent mouiller les 
paupires, tout en se prparant nanmoins  la 
soumission.
	Le cortge tait compos du mari, de M. et de Mme 
d'Esterval, de Bressac, des six plus jolis Ganymdes, des 
deux vieilles pour le service, et de notre infortune 
Justine... qui, tout mue des infamies dont elle voyait les 
dispositions... redoutant d'tre outrage elle-mme... sre 
de ne pouvoir tre d'aucune utilit  sa matresse ne 
formait intrieurement d'autre dsir que d'tre  cent 
lieues de l.
	Toutes les crmonies que nous allons dtailler ici 
s'observaient rgulirement  chacune des visites de ce 
cruel poux; on n'y changeait que quelques dtails, en 
raison du plus ou du moins de monde qu'admettait 
Gernande  ses orgies.
	La comtesse, simplement entoure d'une chemise 
de gaze  la grecque, se mit  genoux ds que le comte 
entra; et ce fut dans cet tat d'humiliation que nos 
sclrats l'examinrent.
	- En vrit, mon oncle, dit Bressac  demi-
chancelant, vous avez l pour femme une charmante 
crature... Puis, balbutiant: Me permettez-vous, ma chre 
tante, d'avoir l'honneur de vous saluer?... Je suis vraiment 
touch de vous voir en si piteux tat; il faut que mon cher 
oncle ait bien  se plaindre de vous, pour vous molester 
de cette manire; car c'est vraiment un homme juste que 
mon cher oncle.
	- Il faut dit madame d'Esterval, tourmente d'un 
hoquet violent, que madame la Comtesse ait de furieux 
torts avec monsieur son poux; il serait impossible, sans 
cela, qu'un homme aussi humain, aussi complaisant... 
aussi doux, exiget de pareilles choses d'une dame dont il 
n'aurait pas  se plaindre.
	- Eh non, je vois ce que c'est, dit d'Esterval; c'est un 
acte d'adoration, de la part de madame; c'est un culte 
qu'elle offre  son mari.
	- Mes amis, dit Gernande, vous trouverez bon que 
ce soit  vos fesses qu'elle rende cet hommage; et je vous 
prie tous trois de lui prsenter le dieu, pour qu'il reoive 
aussitt l'encens.
	- Ah! parbleu, mon oncle a raison, dit Bressac en se 
dculottant aussitt, et mettant au jour la partie de son 
corps qu'il dvoilait avec le plus de complaisance... oui, 
oui, je vois bien que c'est mon cul que veut adorer ma 
chre tante, et je le lui montre avec grand plaisir.
	- Allons, allons, tous les culs  l'air, dit Gernande.
	Et voil dans l'instant ceux des deux autres 
membres de la socit, celui de Justine, ceux des 
bardaches, et mme ceux des vieilles, entourant tellement 
la pauvre Gernande, qu'elle est comme presse, comme 
foule par cette multitude de fesses, qui viennent, pour 
ainsi dire, lui frotter le menton.
	- Un peu d'ordre  tout ceci, mon oncle, dit Bressac; 
car nous allons touffer madame. Que chacun vienne  
son tour lui faire baiser cette partie qui parat chauffer 
autant ses dsirs; je vais donner l'exemple le premier. Un 
peu de merde accompagne l'action; et le procd parat si 
plaisant, qu'il n'est personne, except Justine, qui n'aille  
l'instant l'imiter.
	- Allons, madame, dit  la fin Gernande, tes-vous 
prte?
	- A tout, monsieur, rpondit humblement la 
comtesse; vous savez bien que je suis votre victime.
	Gernande alors commande  Justine de dshabiller 
sa matresse; et, quelque rpugnance qu'prouve celle-ci, 
elle n'a d'autre parti que la rsignation. La malheureuse, 
hlas! ne se prtait que lorsqu'elle ne pouvait faire 
autrement; mais, de bon gr... jamais; elle enlve donc la 
simarre de sa matresse, et l'expose nue au regard de 
l'impudique assemble.
	- Voil, sur ma parole, une superbe femme, dit 
d'Esterval que ce spectacle irrite fortement.
	- Eh bien, dit Gernande, fous-la, mon ami, puisque 
tu la trouves belle; je te la livre. Pardon, mon neveu, si je 
ne te donne pas la prfrence; mais je connais tes gots... 
je te rserve le cul; et, s'il te tente, vous pourriez, ce me 
semble, la mettre entre vous deux.
	- La consanguinit me fera faire un miracle; et, 
quoique le cul d'une femme ne me sduise gure plus que 
son devant, je vais, si d'Esterval le veut, enfiler, de 
concert avec lui, la route oppose  celle qu'il va suivre: 
veuillez nous diriger, mon oncle.
	- Volontiers, dit Gernande, rien ne m'amuse comme 
de travailler moi-mme  mon dshonneur.
	Il s'empare, en disant cela du vit de d'Esterval, le 
niche dans le con de sa femme, qu'il fait renverser sur le 
fouteur. Les plus belles fesses du monde se trouvent, par 
cette attitude, au pouvoir de Bressac, qui, guid de mme 
par Gernande, a bientt franchi tout obstacle. Le vieux 
paillard se place sur un fauteuil, en face de la scne: les 
six gitons l'entourent; il en branle un de chaque main; 
deux sont placs prs de son nez, de manire qu'il puisse 
en sucer un alternativement; et les deux autres se relaient 
pour rendre  son triste engin ce qu'il excute avec les 
deux qu'il a placs prs de sa bouche.
	- Socratisez mon neveu, dit-il aux vieilles; les 
bougres aiment  avoir le cul caress quand ils foutent.
	- Oui, oui, dit Bressac en se cramponnant vivement 
sur sa tante, et la sodomisant jusqu'aux poils, cet pisode 
est ncessaire, mon oncle a raison de l'exiger, mais je 
voudrais le rendre  Justine.
	- Rien de si ais, dit Gernande... qu'elle se 
dshabille  l'instant...
	Il faut obir, et voil notre hrone contrainte  
prsenter ses fesses aux doigts luxurieux de Bressac, qui, 
les runissant tous cinq, en forme une masse assez 
volumineuse pour molester cruellement le cul de cette 
pauvre fille. Dorothe seule restait sans ouvrage: la 
gueuse se branlait au spectacle du plaisir des autres.
	- Madame, lui dit Gernande, coulez-vous sous ma 
femme, elle vous branlera; je vais vous cder un giton, 
qui vous gamahuchera, pendant que votre clitoris sera 
pollu par ma femme, et votre trou du cul vivement 
secou par Justine. Allons, mes amis, il me semble que 
voil le groupe assez bien ensemble; travaillons 
maintenant de concert. Parlez-moi donc de ma femme, au 
moins, messieurs; c'est bien la peine que je vous la cde, 
si vous n'en dites pas votre avis.
	- Tiens, mon ami, dit d'Esterval en lui dchargeant 
dans le con, voil le plus bel loge que j'en puisse faire; il 
faut qu'une femme m'irrite bien pour obtenir ainsi du 
foutre de moi, sans quelque pisode cruel... Ah! 
sacredieu, qu'elle m'a donn de plaisir! le vit de Bressac, 
en lui farfouillant le cul, rendait son vagin d'un troit... 
oh! cette jouissance est dlicieuse!
	- Bougre de dieu, je dcharge aussi... je n'en puis 
plus, dit Dorothe... Mais ne disiez-vous pas que l'on 
saignait madame; mon foutre aurait bien mieux coul, si 
j'avais vu verser son sang.
	- Ma foi, dit Bressac en se retirant du cul, je 
garderai mon sperme pour quand la saigne se fera; un 
peu plus difficile que vous, je n'ai pas trouv dans l'anus 
de ma tante tout ce que je croyais y rencontrer: on est 
difficile avec ses parents. Procde donc, Gernande,  
cette douce opration, je t'en prie; ma tte n'est monte 
que pour cela; ce n'est que cela que je veux voir. Et ici 
Bressac ne pouvait s'empcher de tmoigner tout le 
dgot que venait de lui donner la consommation d'un 
acte, qui s'arrangeait si mal  des principes auxquels il 
tenait presque autant qu' sa propre vie. Il regardait avec 
ddain ce cul qu'il venait de foutre; et se rapprochant 
d'un bardache, comme pour se purifier: eh bien! mon 
oncle, disait-il, eh bien! sacredieu, saignons-nous?
	Gernande, trs irrit, commenait  lancer des 
regards furieux sur sa femme.
	- Oui, oui, nous allons la saigner, la gueuse; ne 
craignez pas que je la mnage. Allons, madame, 
continua-t-il en s'adressant  sa victime, faites votre 
devoir.
	Au fait du crmonial, madame de Gernande, 
soutenue par Justine, s'lve sur le fauteuil du comte, et 
lui prsente ses fesses  baiser.
	- Ecarte donc, bougresse, dit Gernande avec 
brutalit.
	Et il fte longtemps ce qu'il dsire voir, en faisant 
prendre diffrentes positions; il entrouvre, il resserre, 
chatouille de sa langue l'orifice d'o sort le vit de 
Bressac. Bientt, entran par la frocit de ses passions, 
il prend une pince de chair, la comprime, la dchire; et, 
ds que la blessure est faite, le vilain en tte le sang. 
Pendant ces prliminaires, Bressac attentif se fait branler 
par un giton; d'Esterval patine sa femme; les cinq autres 
bardaches entourent le comte, en le suant ou s'en faisant 
sucer.
	Il s'tend ensuite sur un canap, veut que sa femme, 
 cheval sur lui, continue d'avoir le derrire pos sur son 
visage, pendant qu'avec sa bouche elle lui rendra, par le 
moyen de la succion, les mmes services qu'il vient de 
recevoir des Ganymdes, qu'il continuait de branler de 
droite et de gauche. Les mains de Justine travaillaient, 
pendant ce temps-l, sur son derrire; elles le polluaient 
de toute leur force.
	Cette attitude, employe prs d'un quart d'heure, ne 
produisit encore rien; il fallut la changer. Les vieilles 
tendirent la comtesse dans une chaise longue, couche 
sur le dos, ses cuisses dans le plus grand cart possible. 
La vue de ce con mit Gernande dans une espce de rage; 
il le considre en frmissant, ses yeux lancent des feux, il 
blasphme, s'empare des lancettes, se prcipite comme 
un furieux sur sa victime, la pique sur le ventre et sur la 
motte, en sept ou huit endroits diffrents, pendant qu'un 
giton ne cesse de le sucer. C'est ici o Bressac et 
d'Esterval, plus enflamms de ce redoublement de 
luxure, enfilrent chacun un garon. Cependant les 
blessures faites par Gernande n'taient encore que trs 
lgres; il invite Dorothe  lcher le vagin billant de sa 
femme; elle le fait; puis Gernande met  sa porte le 
beau cul de la d'Esterval, pour le traiter avec la mme 
rigueur qu'il vient d'employer avec sa femme.
	- Ne vous gnez pas, dit d'Esterval, voyant qu'il use 
de discrtion, piquez, piquez; il n'y a jamais 
d'inconvnient  faire saigner le cul des femmes; elles ne 
s'en portent que mieux.
	Gernande alors s'empare de Justine, et, l'tablissant 
sur les reins de Dorothe, il traite les fesses de notre 
hrone comme il vient de faire de celles de l'pouse de 
d'Esterval. On ne cesse de le sucer; quelquefois 
nanmoins il oblige les gitons  se sucer mutuellement, et 
il les arrange de manire que dans le temps qu'il en suce 
un, un autre le lui rend, et que celui qu'il suce revient de 
sa bouche rendre le mme service  celui dont il est suc. 
Le comte recevait beaucoup, mais il ne donnait rien; sa 
satit ou son impuissance tait telle, que les plus grands 
efforts ne parvenaient mme pas  le tirer de son 
engourdissement; il paraissait ressentir des titillations 
trs violentes, mais rien ne se manifestait. Quelquefois, il 
ordonnait  Justine de sucer elle-mme les gitons, et de 
venir rendre aussitt dans sa bouche l'encens qu'elle en 
recueillerait.
	Toutes les postures se drangent enfin; mais la 
comtesse demeure tendue sur son canap. C'est alors 
que Gernande prie tous les spectateurs d'aider  son plan.
	- De quoi s'agit-il? dit Bressac.
	- Voil une femme que je vous livre, mes amis, dit 
Gernande; je vous conjure de l'insulter, de la molester, de 
la tourmenter en tous sens, et de toutes les manires 
possibles! plus vous l'accablerez d'outrages, plus vous 
irriterez mes passions.
	L'ide saisie avec ardeur s'excute avec autant 
d'nergie. Les vieilles, les gitons, Dorothe, d'Esterval et 
Bressac principalement, insultent la pauvre comtesse 
avec tant d'arrogance, la traitent avec si peu de 
mnagement, la bourrent avec tant de frocit, que ses 
larmes coulent  grands flots. L'un lui crache au nez, 
celui-ci la soufflette, cet autre la nasarde, pendant qu'un 
troisime lui pte dans la bouche, et qu'un quatrime lui 
donne des coups de pieds dans le cul. On ne s'imagine 
pas enfin tous les caprices, tous les mauvais traitements 
auxquels cette malheureuse est expose pendant plus de 
deux heures, lorsqu'il prend  d'Esterval envie de 
l'enculer. On la place; elle est oblige de sucer son mari; 
pendant ce temps-l Dorothe l'encule en dessous; et 
Bressac encule son oncle en baisant les fesses de Justine. 
Les Ganymdes entourent le groupe, en faisant baiser 
leurs vits aux uns, leurs dlicieux derrires aux autres. 
Gernande, suc par son pouse, s'amusait  la souffleter. 
Toujours en butte aux cruauts de cet homme terrible, on 
et dit que l'honneur de lui appartenir devenait un titre 
pour tre sa victime. Le sclrat n'tait mu de cruaut, 
qu'en raison des liens qui prtaient de la force aux 
outrages. L'attitude se drange encore. Gernande place 
tout le monde  droite et  gauche de sa femme, 
entreml de manire qu'il ait un cul d'homme ici, l 
celui d'une femme. A quelque distance de cette 
perspective, il l'examine avec attention; l'instant d'aprs il 
se rapproche, il touche, il compare, il caresse. Il ne faisait 
souffrir personne; mais lorsqu'il arrivait  son pouse, ce 
n'tait plus que claques, pinons et morsures; ce pauvre 
cul faisait dj frmir  regarder. Il veut enfin que tous 
les hommes sodomisent la comtesse; il vient s'emparer de 
leurs vits tour  tour, les braque lui-mme  l'entre de 
l'anus conjugal, et les y enfonce, pendant que Justine le 
suce. Chacun reoit de lui la permission de limer quelque 
temps le cul de sa femme; mais ce n'est que dans sa 
bouche que le sacrifice doit se consommer. Pendant que 
l'un agit, il se fait sucer par l'autre, et sa langue s'enfonce 
au trou du cul prsent par l'agent; cet acte est long; le 
comte s'en irrite, il se relve, et veut que Justine 
remplace son pouse. Notre vertueuse file supplie 
Gernande,  genoux, de ne point exiger d'elle une telle 
horreur; mais ce sont des dcrets divins que les dsirs 
d'un tel homme! Il place donc la comtesse sur le dos le 
long d'un canap, fait coller Justine sur elle, les reins 
levs et tourns vers lui; il s'empare une seconde fois de 
tous les vits, les place alternativement tous dans le cul de 
la pauvre Justine, oblige pendant ce temps-l de branler 
la comtesse, et de la baiser sur la bouche. Pour lui, son 
offrande est la mme; chaque homme ne pouvant agir 
qu'en lui montrant un cul, il baise avec ardeur tous ceux 
qu'on lui prsente, en continuant d'exiger des fouteurs de 
Justine ce qu'il a dsir de ceux de sa femme Le coquin 
veut sucer tous les vits qui viennent d'enculer notre 
hrone. Quand tout le monde y a pass, le libertin,  son 
tour, se prsente au combat. Efforts superflus! s'crie-t-il, 
ce n'est pas l ce qu'il me faut! au fait, au fait. Allons, 
putain, vos bras? Ici chacun se retire, chacun, dans un 
silence respectueux, attend l'issue de l'vnement. 
Bressac et d'Esterval, branls par des bardaches, ont 
leurs yeux libertins fixs sur le hros. Gernande saisit sa 
femme avec frocit; il la place  genoux sur un tabouret, 
les bras soutenus au plafond par de larges rubans noirs. 
Justine est charge de placer les bandes; il visite les 
ligatures; ne les trouvant pas assez comprimes, il les 
resserre de toute sa force, afin, dit-il, que le sang jaillisse 
avec plus de violence. Il baisse ces bras ainsi comprims; 
il tte les veines, et les pique aussitt toutes deux presque 
en mme temps. Le sang s'lance avec rapidit; 
Gernande s'extasie. Il retourne se placer en face, pendant 
que ces deux fontaines coulent; Justine le suce; il le rend, 
tour  tour  quatre gitons dont il s'environne, sans cesser 
nanmoins de fixer ses yeux sur les jets de sang qui 
l'enflamment, et qui paraissent l'unique ressource de ses 
plus chers plaisirs. Ici la compatissante Justine, emporte 
par le sentiment imprieux de la piti, hte, par tout ce 
qu'elle suppose de plus vif, le dnouement des volupts 
de son matre, parce qu'elle croit y voir celui des 
tourments de sa malheureuse matresse, et devient donc 
ainsi catin par bienfaisance, et libertine par vertu. Il 
arrive enfin, ce dnouement flatteur, mais grce aux 
soins de d'Esterval. Cet officieux parent sent le besoin 
que Gernande a d'tre foutu; il le soulve, lui enfonce son 
vit norme dans le cul, pendant que Bressac, chauff de 
la scne, approche sa tte des jets de sang de la victime, 
pour en inonder son visage; il sodomisait un giton et 
dchargeait pendant ce temps-l. C'est alors o toute la 
frocit de Gernande se dploie; il approche de sa 
femme, il l'accable d'injures, colle ses lvres tour  tour 
sur chaque saigne, pompe et avale plusieurs gorges de 
sang. Cette liqueur achve de l'enivrer; il n'est plus  lui; 
ses beuglements ressemblent  ceux du taureau; il 
tranglerait sa femme, s'il n'tait contenu par les vieilles 
et par Justine; car ses perfides amis, loin de le temprer, 
l'excitent. Erreur ! Source du renvoi introuvable., criait l'indigne 
Bressac, quoiqu'il et dcharg.
	- Ne gnez donc point sa passion, disait Dorothe.
	- Eh, foutre, criait d'Esterval, qu'importe qu'il la tue, 
ou non; ce n'est jamais qu'une femme de moins.
	Mais les efforts pour le contenir n'en taient, pas 
moins les mmes. Justine, un instant drange par la 
vigueur de ces secousses, se ragenouille... le reprend. 
Dorothe, les fesses exposes, branle la racine du vit et 
manie les couilles. On le dgage enfin de ce fluide 
embras, dont la chaleur, l'paisseur, et surtout 
l'abondance, le mettent dans un tel tat de frnsie, qu'on 
le croit prs de rendre l'me. Sept ou huit cuillers eussent 
 peine contenu la dose lance, et la plus paisse 
bouillie en peindrait mal la consistance; avec cela, 
presque point d'rection; l'apparence de l'puisement. 
Voil de ces contrarits qu'expliqueront les gens de l'art. 
Le comte mangeait excessivement, et dissipait fort peu. 
Etait-ce l la cause de ce phnomne?
	Justine veut voler  sa matresse; elle brle 
d'tancher son sang.
	- Un moment, sacredieu! dit d'Esterval, retirant un 
vit cumeux de luxure du cul de Gernande dans lequel il 
n'a fait que s'exciter... un moment, tripledieu! s'imagine-
t-on qu'il ne faille pas que je perde aussi mon sperme?
	Il regardait tout le monde, et ne se fixait sur 
personne. Convoitant enfin la malheureuse comtesse 
ensanglante, il se colle sur elle, et la sodomise presque 
vanouie.
	- Allons, dit-il au bout d'une courte carrire, en 
retirant son vit et le pressurant, secourez la putain 
maintenant tant que vous voudrez; mais il fallait bien que 
je dchargeasse.
	On bande enfin les plaies de la victime, on la 
dpose sur un canap dans un grand tat de faiblesse, 
mais nos libertins, et Gernande surtout, sans s'inquiter 
de son tat, sans daigner jeter mme un regard de piti 
sur cette malheureuse victime de leur rage, sortent 
brusquement avec leurs mignons, laissant les vieilles et 
Justine mettre ordre  tout comme elles voudront.
	Telle est la situation o l'on peut le mieux juger les 
hommes. Est-ce un novice emport par la fougue de ses 
passions? le remords sera peint sur son visage, lorsqu'on 
examinera dans le calme les funestes effets de son dlire. 
Est-ce un libertin gangren de toute la corruption du 
vice? de telles suites ne l'effraieront pas; il les observe 
sans peine comme sans regret... peut-tre mme encore 
avec quelques motions de l'infme volupt que produisit 
sa coupable ivresse (2).
	Nos libertins pourtant, plus mus qu'nervs, en 
causant des plaisirs qu'ils viennent de goter, retrouvent 
bientt dans ces dtails la force ncessaire pour en 
dsirer de nouveaux. On s'tait retir dans un vaste 
boudoir, escort des bardaches; et l, tout en les baisotant 
et les maniant, chacun cherchait  ranimer dans les 
charmes de la conversation quelques-unes des tincelles 
de lubricit dont il venait de s'embraser.
	- Savez-vous, mon oncle, dit Bressac, que votre 
passion est dlicieuse!
	- Je ne connais rien de piquant, dit d'Esterval, 
comme cette liaison des ides de la luxure et de la 
cruaut; il n'est rien dans le monde qui m'excite aussi 
vivement; et il n'est point de procd au monde qui marie 
plus dlicatement ces ides, comme celui qu'emploie M. 
de Gernande.
	- Oui, dit Bressac; mais il me semble que je ne 
voudrais pas m'en tenir au bras, je saignerais un peu 
partout.
	- C'est aussi ce que je fais, dit Gernande; et les 
cicatrices qui couvrent ma chre pouse ont d vous 
prouver qu'il est bien peu de parties de ce beau corps qui 
n'aient chapp  ma barbarie.
	- Mais, est-il vrai, dit d'Esterval, qu'il n'y ait que 
votre femme qui ait l'art de vous chauffer vivement dans 
l'exercice de cette passion?
	- Une autre femme m'irriterait aussi, dit Gernande; 
mais il n'est pas douteux que la mienne m'lectrise 
infiniment plus qu'une autre.
	- Ceci, dit Dorothe, doit tre infiniment li aux 
principes que monsieur a de notre sexe.
	- Oh! je suis persuad qu'ils sont d'une extrme 
duret, dit Bressac; si mon oncle voulait avoir la 
complaisance de nous les expliquer, toute la socit, sans 
doute, les entendrait avec plaisir.
	Gernande y consentit; et comme en ce moment 
Justine revenait rendre compte  son matre de l'tat de 
celle dont le soin lui tait confi, on lui permit d'assister  
la dissertation que Gernande commena en ces termes: 
	- Mes passions, dites-vous, mes amis, vous donnent 
une assez mauvaise opinion de ma faon de penser sur 
les femmes, et, certes, vous ne vous trompez pas lorsque 
vous vous persuadez que je les mprise autant que je les 
hais; mais c'est principalement lorsque cette femme est 
lie  moi par les liens conjugaux, que vous vous figurez 
que mon loignement et mon antipathie doivent 
redoubler pour elle. Avant que d'entrer dans l'analyse de 
ces sentiments, il convient que je vous demande, d'abord, 
de quel droit vous prtendriez, par exemple, qu'un mari 
ft oblig de faire le bonheur de sa femme, et quel titre 
ose allguer cette femme pour l'exiger de son mari. La 
ncessit de se rendre mutuellement heureux ne peut 
exister, vous en conviendrez, qu'entre deux tres 
galement pourvus de la facult de se nuire, et par 
consquent entre deux tres d'une mme force. Une telle 
association ne saurait avoir lieu, qu'il ne se forme aussitt 
un pacte entre ces deux tres, de ne faire, chacun vis--
vis de l'autre, que la sorte d'usage de leur force qui ne 
peut nuire  aucun des deux; mais cette ridicule 
convention ne saurait assurment exister entre l'tre fort 
et l'tre faible. De quel droit ce dernier exigera-t-il que 
l'autre le mnage? et par quelle imbcillit le premier s'y 
engagerait-il?
	Je puis consentir  ne pas faire usage de mes forces 
avec celui qui peut se faire redouter par les siennes; mais 
par quel motif en amoindrirai-je les effets avec l'tre que 
m'asservit la nature? Me rpondrez-vous: Par piti? Ce 
sentiment n'est compatible qu'avec l'tre qui me 
ressemble; et, comme il est goste, son effet n'a lieu 
qu'aux conditions tacites que l'individu qui m'inspirera de 
la commisration en aura de mme  mon gard. Mais si 
je l'emporte constamment sur lui par ma supriorit, sa 
commisration me devenant inutile, je ne dois jamais 
l'acheter par aucun sacrifice. Ne serai-je pas une dupe 
d'avoir de la piti pour un tre auquel je ne dois jamais 
en inspirer? dois-je pleurer la mort du poulet que l'on 
gorge pour mon dner? Cet individu, trop au dessous du 
mien, n'ayant aucune relation avec le mien, ne peut faire 
natre en mon coeur aucun sentiment. Or, les rapports de 
l'pouse avec le mari ne sont pas d'une consquence 
diffrente que celle du poulet avec moi. L'un et l'autre 
sont des btes de mnage, dont il faut se servir, d'aprs 
les vues indiques par la nature, sans les diffrencier en 
quoi que ce puisse tre. Mais, je vous le demande, 
mesdames, si l'intention de la nature tait que votre sexe 
ft cr pour le bonheur du ntre, et vice versa, aurait-
elle fait, cette nature aveugle tant d'inepties dans la 
construction de l'un et de l'autre de ces sexes? leur et-
elle prt des torts si graves. que l'loignement et 
l'antipathie mutuelle en dussent ncessairement rsulter? 
Sans aller chercher plus loin des exemples, avec 
l'organisation que vous me connaissez, dites-moi, je vous 
prie, mes amis, quelle est la femme que je pourrais 
rendre heureuse? et, rversiblement, quel homme pourra 
trouver douce la jouissance d'une femme, quand il ne 
sera pas pourvu des gigantesques proportions ncessaires 
 la contenter! Seront-ce,  votre avis, les qualits 
morales d'un individu de ce sexe qui pourront nous 
ddommager de ses dfauts physiques? Eh! quel tre 
raisonnable, en connaissant une femme  fond, ne 
s'criera pas avec Euripide: Erreur ! Source du renvoi introuvable. S'il 
est donc prouv que les deux sexes ne se conviennent 
point du tout mutuellement et qu'il ne soit pas une plainte 
fonde, faite par l'un, qui n'aille  merveille  l'autre, il 
est donc faux, de ce moment-l, que la nature les ait 
crs pour leur mutuel bonheur; elle peut leur avoir 
donn le dsir de se rapprocher pour concourir au but de 
la propagation, mais nullement celui de se lier  dessein 
de trouver leur flicit l'un dans l'autre. Le plus faible 
n'ayant donc aucun titre rel  rclamer la piti du plus 
fort, ne pouvant plus lui opposer qu'il peut trouver son 
bonheur en lui, n'a plus d'autre parti que la soumission. 
Et comme, malgr la difficult de ce bonheur mutuel, il 
est dans les individus de l'un et de l'autre sexe de ne 
travailler qu' se le procurer, le plus faible doit runir sur 
lui, par cette soumission, la seule dose de flicit qu'il lui 
soit possible de recueillir; et le plus fort doit travailler  
la sienne par telle voie d'oppression qu'il lui plaira 
d'employer, puisqu'il est prouv que le seul bonheur de la 
force est dans l'exercice des facults du fort, c'est--dire, 
dans la plus complte oppression du faible. Ainsi, ce 
bonheur que les deux sexes ne peuvent trouver l'un avec 
l'autre, ils le trouveront, l'un par son obissance aveugle, 
l'autre par la plus entire nergie de sa domination. Eh! si 
l'intention de la nature n'tait pas que l'un des sexes 
domint l'autre... le tyrannist... ne les aurait-elle pas 
crs de force gale? En rendant l'un infrieur  l'autre 
en tout point, n'a-t-elle pas suffisamment indiqu que sa 
volont tait que le plus fort ust des droits qu'elle lui 
donnait. Plus celui-ci tend son autorit, plus il rend 
malheureuse la femme lie  son sort, et mieux il remplit 
les vues de la nature. Ce n'est pas sur les plaintes de l'tre 
faible qu'il faut juger du procd; tout jugement fait de 
cette manire ne saurait tre que vicieux, puisque vous 
n'emprunteriez, en le faisant, que les ides du faible; il 
faut juger l'action sur la puissance du fort, sur l'extension 
qu'il a donne  sa puissance; et, quand les effets de cette 
force se sont rpandus sur une femme, examiner alors ce 
qu'est une femme, la manire dont ce sexe mprisable a 
t regard, soit dans l'antiquit, soit de nos jours, par les 
trois quarts des peuples de la terre.
	Or, que vois-je en procdant de sang-froid  cet 
examen? Une crature chtive, toujours infrieure  
l'homme, infiniment moins ingnieuse, moins sage, 
constitue d'une manire dgotante, entirement 
oppose  ce qui peut plaire  son matre...  ce qui doit 
le dlecter; un tre malsain les trois quarts de sa vie, hors 
d'tat de satisfaire son poux tout le temps o la nature le 
contraint  l'enfantement; d'une humeur aigre, acaritre, 
imprieuse; tyran, si on lui laisse des droits; bas et 
rampant, si on le captive, mais toujours faux, toujours 
mchant, toujours dangereux; une crature si perverse 
enfin, qu'il fut trs srieusement agit au concile de 
Mcon, pendant plusieurs sances, si cet individu 
bizarre, aussi distinct de l'homme que l'est de l'homme le 
singe des bois, pouvait prtendre au titre de crature 
humaine, et si l'on pouvait raisonnablement le lui 
accorder. Mais ceci serait-il une erreur du sicle? et la 
femme est-elle mieux vue dans ceux qui prcdrent? 
Les Perses, les Mdes, les Babyloniens, les Grecs, les 
Romains, honoraient-ils ce sexe odieux, dont nous osons 
faire aujourd'hui notre idole? Hlas! je le vois opprim 
partout, partout rigoureusement loign des affaires; 
avili, enferm partout; les femmes, en un mot, 
gnralement traites comme des btes, dont on se sert  
l'instant du besoin, et qu'on recle aussitt dans le 
bercail. M'arrterai-je un moment  Rome; j'entends 
Caton le sage me crier du sein de l'ancienne capitale du 
monde: Erreur ! Source du renvoi introuvable. J'entends un censeur 
romain commencer sa harangue par ces mots: Erreur ! Source 
du renvoi introuvable. J'entends les potes chanter sur les 
thtres de la Grce: Erreur ! Source du renvoi introuvable. Je vois ce 
mme peuple, les Grecs, tenir ce sexe dans un tel mpris, 
qu'il faut des lois pour obliger un Spartiate  la 
propagation, et qu'une des peines de ces sages 
rpubliques, est de contraindre un malfaiteur  s'habiller 
en femme, c'est--dire,  se revtir comme l'tre le plus 
vil et le plus mpris qu'elles connaissent.
	Mais, sans aller chercher des exemples dans des 
sicles si reculs de nous, de quel oeil ce malheureux 
sexe est-il vu, mme encore, sur la surface du globe? 
comment y est-il trait? Je le vois enferm dans toute 
l'Asie, y servir en esclave aux caprices barbares d'un 
despote qui le moleste, le tourmente, et qui se fait un jeu 
de ses douleurs. En Amrique, je vois des peuples 
naturellement humains (les Esquimaux) pratiquer entre 
hommes tous les actes possibles de bienfaisance, et 
traiter les femmes avec toute la duret imaginable. Je les 
vois humilies, prostitues aux trangers dans une partie 
de l'univers, servir de monnaie dans une autre. En 
Afrique, bien plus avilies sans doute, je les vois exerant 
le mtier de btes de somme, labourer la terre, 
l'ensemencer, et ne servir leurs maris qu' genoux. 
Suivrai-je le capitaine Cook dans ses nouvelles 
dcouvertes? L'le charmante d'Othati, o la grossesse 
est un crime qui vaut quelquefois la mort  la mre, et 
presque toujours  son fruit, m'offrira-t-elle des femmes 
plus heureuses? Dans d'autres les dcouvertes par ce 
mme marin, je les vois battues, vexes par leurs propres 
enfants, et le mari lui-mme se joindre  sa famille pour 
les tourmenter avec plus de rigueur. Plus les peuples sont 
rapprochs de la nature, mieux ils en suivent les lois. La 
femme ne peut avoir avec son mari d'autres rapports que 
celui de l'esclave avec son matre; elle n'a dcidment 
aucun droit pour prtendre  des titres plus chers.
	Quoi qu'il en soit enfin, mes amis, tous les peuples 
de la terre jouirent du droit le plus tendu sur les 
femmes; il s'en trouvera mme qui les condamnaient  
mort ds qu'elles venaient au monde, ne conservant que 
le petit nombre ncessaire  la reproduction de l'espce. 
Les Arabes, connus sous le nom de Korrihs, enterraient 
leurs filles, ds l'ge de sept ans, sur une montagne 
auprs de la Mecque, parce qu'un sexe aussi vil leur 
paraissait, disaient-ils, indigne de voir le jour. Les 
femmes, dans le srail du roi d'Achem, pour le seul 
soupon d'infidlit, pour la plus lgre dsobissance 
dans le service des volupts du prince, ou sitt qu'elles 
inspirent le dgot, sont condamnes aux plus affreux 
supplices; le roi lui-mme leur sert de bourreau. Aux 
bords du Gange, elles sont obliges de s'immoler sur les 
cendres de leurs poux, comme inutiles au monde ds 
que leurs matres n'en peuvent plus jouir. Ailleurs, on les 
chasse ainsi que des btes fauves; c'est un honneur que 
d'en tuer beaucoup. En Egypte, on les immole aux dieux. 
A Formose, on les foule aux pieds ds qu'elle sont 
enceintes. Les lois germaniques ne condamnaient qu' 
dix cus d'amende celui qui tuait une femme trangre; 
rien, si c'tait la sienne ou une courtisane. Partout, en un 
mot, je le rpte, partout je vois les femmes humilies, 
molestes, sacrifies  la superstition des prtres,  la 
barbarie des poux, ou aux caprices des libertins; et ce 
qu'il y a de plus malheureux pour elles, c'est que plus on 
les tudie, plus on les analyse, plus on se convainc 
qu'elles sont dignes de leur sort. Est-il possible, s'crient 
leurs imbciles partisans, que les antagonistes de ce sexe 
ne veuillent pas ouvrir les yeux sur les mrites dont il est 
rempli? Voyez, disent-ils avec enthousiasme, les soins 
touchants qu'il a de notre jeunesse, sa complaisance dans 
notre ge mr, tous les secours dont il nous devient 
quand nous vieillissons; comme il nous sert dans nos 
maladies, comme il nous console dans nos afflictions; 
que de dlicatesse il met  soulager nos maux; que d'art  
dtourner, s'il peut, les calamits qui nous assigent; que 
d'empressement  scher nos larmes... Et vous ne 
chrissez pas, vous n'adorez pas des tres aussi 
parfaits!... de si tendres amies donnes par la nature? 
Non, je ne les chris, ni ne les adore, je reste ferme au 
sein de l'illusion, et ma sagesse sait y rsister: je ne vois 
que de la faiblesse, de la peur et de l'gosme dans tout 
ce que vous venez de me vanter. Si, comme la louve ou 
la chienne, la femme allaite son fruit, c'est que cette 
scrtion, qui lui est dicte par la nature, devient 
indispensable  sa sant; si elle nous est utile dans les 
diffrents maux que nous venons de peindre, c'est par 
temprament bien plus que par vertu, c'est par orgueil ou 
par amour d'elle-mme. Ne nous surprenons pas de ses 
motifs; la faiblesse de ses organes la rendant plus propre 
que nous au sentiment pusillanime de la piti, la porte 
machinalement, et sans qu'elle y ait aucun mrite,  
plaindre et  consoler les maux qu'elle voit; et sa 
poltronnerie naturelle l'engage  donner  celui qui est 
plus fort qu'elle, des soins dont elle sent bien qu'elle aura 
besoin tt ou tard. Mais, rien de vertueux, rien de 
dsintress dans tout cela, rien, au contraire, que de 
personnel et de machinal. C'est une absurdit rvoltante, 
que de vouloir lui composer des vertus de ses besoins, et 
de trouver ailleurs que dans sa dbilit, dans ses craintes, 
tous les motifs de ces belles actions, dont notre 
aveuglement nous rend dupes; et, parce que j'ai le 
malheur de vivre chez un peuple encore assez grossier 
pour ne pouvoir se nourrir de ces grands principes... pour 
n'oser abolir le plus ridicule des prjugs, je me priverais 
des droits que la nature m'accorde sur ce sexe! je 
renoncerais  tous les plaisirs qui naissent de ces droits! 
Non, non, mes amis, cela n'est pas juste; je voilerai ma 
conduite, puisqu'il le faut; mais je me ddommagerai en 
silence des chanes absurdes o la lgislation me 
condamne; et l, je traiterai ma femme comme il me 
conviendra... comme j'en trouve le droit dans tous les 
codes de l'univers, dans mon coeur, et dans la nature.
	- Ma foi, mon oncle, dit Bressac, qui, pendant tout 
le discours, n'avait cess de prouver  un joli garon qu'il 
tenait encul combien il approuvait les maximes sur les 
femmes que venait d'noncer Gernande, oh! par ma foi, 
je crois maintenant votre conversion impossible.
	- Aussi, ne conseillerai-je  personne de 
l'entreprendre, rpondit le comte; l'arbre est trop vieux 
pour tre pli; on peut faire,  mon ge, quelques pas de 
plus dans la carrire du mal... pas un dans celle du bien. 
Mes principes et mes gots, d'ailleurs, font ma flicit; 
depuis mon enfance, ils furent toujours l'unique base de 
ma conduite et de mes actions; peut-tre irai-je plus loin, 
je sens que c'est possible; mais pour revenir, non. J'ai 
trop d'horreur pour les prjugs des hommes; je hais trop 
sincrement leur civilisation, leurs vertus et leurs dieux, 
pour y jamais sacrifier mes penchants.
	- Messieurs, dit ici la fougueuse d'Esterval, vous 
avez maltrait mon sexe; mais les sentiments que j'ai 
toujours professs m'lvent trop au-dessus de sa 
faiblesse, pour que je prtende au vain honneur de le 
dfendre. Je suis un tre amphibie, d'ailleurs, qui, comme 
vous l'avez vous-mme dcid, tient infiniment plus  
votre sexe qu' celui des femmes; et vous avez d vous 
en convaincre encore mieux, par la manire nergique 
dont je me suis prte aux vexations de madame de 
Gernande. Je vous proteste donc que je dsirerai toujours 
d'tre homme, quand il s'agira d'adopter leurs gots, ou 
de me livrer  leurs passions.
	- Et moi, dit la sage Justine, je les fuirai comme des 
btes froces, quand je les verrai se conduire d'aprs 
d'aussi cruels principes.
	Nous l'avons dit, les ttes, nullement calmes par la 
scne de madame de Gernande, achevrent de s'lectriser 
 cette conversation.
	- Pourquoi, dit d'Esterval  Gernande, n'essaieriez-
vous point votre caprice sur les jolis garons dont vous 
tes entour?
	- Je l'ai fait quelquefois, rpondit le comte; mais 
comme j'aime les jeunes gens avec autant d'ardeur que 
j'en prouve  dtester les femmes, il me semble que ce 
n'est rellement qu'avec elles qu'on doit employer la 
frocit; si cela vous amusait pourtant, mes amis, vous 
seriez matres d'essayer.
	- Cela me ferait infiniment bander, dit Bressac; il y 
a une heure que mon vit se promne dans le cul d'un de 
vos bardaches, auquel j'avoue que j'ai le plus grand dsir 
de faire tout le mal imaginable.
	Et comme Bressac, en disant cela, comprima d'une 
manire dure les couilles du Ganymde, l'enfant, qui 
n'avait que quatorze ans, jeta des cris terribles, et versa 
des larmes.
	- Abandonnez-nous ce giton, dit d'Esterval qui 
venait de se rapprocher de Bressac et qui commenait  
oprer comme lui; vous en avez tant ici, qu'un de plus ou 
de moins ne fera pas la moindre sensation.
	- Et qu'en ferez-vous? dit Gernande.
	- Une victime, bien certainement, dit Bressac.
	- Une scne fort cruelle, si vous le voulez, dit 
d'Esterval.
	- Oui, dit Dorothe; mais il faut absolument que 
Justine et madame de Gernande soient les prtresses du 
sacrifice.
	- Je l'entends bien ainsi, dit M. de Gernande, et si 
ma chre femme n'avait pas dans tout ceci sa petite 
portion de supplice, je ne sais si vous me trouveriez aussi 
complaisant... Allons, il ne s'agit que de passer chez elle.
	- Oh! monsieur, dit la tendre Justine, songez-vous  
l'tat de madame?
	- Je songe, dit Gernande en appliquant un 
vigoureux soufflet  Justine, que je vais te mettre dans le 
mme tat qu'elle, si tu t'avises de raisonner. Apprends, 
prude imbcile, continue ce taureau, que je te permets 
d'enchrir sur mes ides, quand ton imagination te le 
suggrera; mais que, sous peine de la vie, je te dfends 
d'oser jamais les refroidir.
	- Volons chez votre femme, mon oncle, dit Bressac; 
tenez, c'est sur le bout de mon vit que je vais lui conduire 
la victime.
	Et le libertin, ne cessant en effet de tenir la mazette 
encule, la mena sans dbander d'une minute dans 
l'appartement de sa tante, qui, bien loin de penser  ce 
supplment d'infortune, se livrait, lorsque ces bandits 
arrivrent, aux douceurs d'un lger sommeil.
	Voilons ces nouvelles orgies aux yeux pudiques de 
nos lecteurs; il ne nous reste que trop d'atrocits  leur 
rvler encore; qu'ils sachent seulement que la scne fut 
des plus sanglantes; que madame de Gernande et Justine 
furent obliges de servir de plastrons, et que le joli petit 
Ganymde expira au bout de quatre heures, aprs avoir 
perdu tout son sang (3).
	Erreur ! Source du renvoi introuvable. Ainsi perptuellement 
entre le remords de vivre dans le crime et le dsespoir de 
n'en pouvoir arracher sa matresse, la pauvre fille 
languissait, usait son esprit en expdients, et ne pouvait 
russir  en trouver quelques-uns qui pussent les 
soustraire l'une et l'autre  tant de malheurs et tant 
d'infortunes.
	- O Justine! tu vas voir encore arriver de nouveaux 
personnages dans ce chteau, lui dit un jour madame de 
Gernande, qui voyait bien qu'enfin cette pauvre fille tait 
digne de sa confiance.
	- Qui donc, madame?
	- M. de Verneuil, un nouvel oncle de Bressac, ton 
perscuteur, un frre de mon mari; il vient rgulirement 
ici deux fois par an, avec sa femme, son fils et sa fille.
	- Ah! tant mieux, madame, rpondit Justine, vous 
serez au moins tranquille pendant cet intervalle.
	- Tranquille, ma chre, ah! dis que je serai mille 
fois plus tracasse. Ces deux voyages ne sont pour moi 
que des poques de tourments et de malheurs; c'est alors 
que tous mes maux redoublent; c'est dans ces cas l qu'il 
n'est pas d'infortuns sur la roue dont les tourments 
soient aussi cruels. Ecoute-moi, Justine, et je vais rvler 
 tes yeux des mystres d'iniquit qui te feront frmir.
	M. de Verneuil, ma chre fille, est encore plus 
libertin que son frre, plus dissolu, plus criminel, plus 
froce; c'est une bte enrage qui, prs de ses passions, 
mconnat tous les freins, et qui, je le crois, sacrifierait 
l'univers entier, s'il le croyait utile,  ses infmes plaisirs. 
Verneuil, g de quarante-cinq ans, est, comme tu le 
vois, le cadet de son frre; il est moins gros, mais plus 
nerveux, beaucoup plus fort, et d'une figure beaucoup 
plus effrayante... c'est un satyre... oh! oui, Justine, un 
satyre, sous tous les rapports... Ce que tu sais, ma chre, 
est en lui gigantesque; il semble que la nature ait voulu le 
ddommager de ce dont elle a priv son frre; il est, de 
plus, infatigable; ce sclrat crverait dix femmes. Son 
pouse, ge de trente-deux ans, est une des plus belles 
cratures qu'il soit possible de voir au monde; ses 
cheveux sont chtains; sa taille souple et dgage 
ressemble  celle de Vnus mme; ses yeux pleins d'me 
et de sensibilit sont d'une expression sans gale; sa 
bouche parfaitement belle; les chairs fermes, poteles, et 
d'une admirable blancheur; toute sa personne, en un mot, 
est un vrai modle de dlicatesse; mais il faut qu'elle ait 
un temprament bien robuste pour rsister, comme elle 
fait depuis dix-huit ans, aux caprices bizarres et 
dsordonns dont son excrable mari la rend victime 
chaque jour.
	- Oh! madame, se peut-il donc qu'il y ait au monde 
un tre plus barbare que M. de Gernande?
	- Tu en jugeras, Justine; je veux que tu aies toute 
l'horreur de la surprise; laisse-moi finir de te peindre les 
personnages que nous attendons. Victor, fils de M. de 
Verneuil, est g de seize ans; c'est l'image mme de sa 
mre; il est impossible d'tre plus joli, plus frais, plus 
dlicat, plus mignon; je ne lui connais qu'une rivale en 
beaut... sa soeur Ccile, ge d'environ quatorze ans, et 
qu'on dirait que les dieux mmes ont voulu former de 
leurs mains, pour donner aux hommes la plus grande ide 
de leur puissance; jamais on ne vit une taille plus leste, 
une physionomie  la fois plus douce et plus anime... de 
plus beaux cheveux... de plus belles dents; et Ccile, en 
un mot, sans sa mre, passerait infailliblement pour la 
plus belle personne qui pt exister dans le monde. Eh 
bien, Justine, et cette femme, et les deux beaux enfants 
qu'elle a de son mari, sont chaque jour simultanment les 
victimes de la frocit de ce monstre... Victor, moins 
qu'un autre, peut-tre, car le venin de l'exemple et de la 
sduction n'a dj que trop corrompu son coeur.
	- Oh! ciel! vous me faites frmir... un pre 
corrompre ses enfants!... Hlas! dois-je pourtant 
m'tonner de ces horreurs, poursuivit Justine, moi qui les 
vis si longtemps en action?
	- Ah! ceci, dit madame de Gernande, doit surpasser 
tout ce que tu as d voir. Ce sclrat ne s'en tient pas aux 
simples incestes dont il souille l'intrieur de sa famille; 
de bien autres horreurs...
	- Que fait-il donc?
	- Les plus divins objets de l'un et de l'autre sexe, 
soigneusement choisis dans les classes les plus opulentes 
et les plus distingues, sont les victimes que son adresse 
et son argent assurent  sa lubricit; il est tellement 
difficile sur l'ge, que si le sujet prsent dpassait 
seulement d'un mois les sept ans accomplis que le 
libertin dsire, il le renverrait  l'instant; et tu conois, 
Justine, tout ce que ces enfants doivent prouver de cruel 
avec un monstre moral et physique comme celui que je 
viens de peindre. Plus de la moiti n'en chappe jamais; 
la cruelle certitude de ces suites fcheuses est un des plus 
doux aliments de la sclrate luxure de ce perfide; et je 
lui ai ou dire cent fois qu'il n'atteindrait pas les bornes de 
sa jouissance, sans l'espoir o il est que ses gigantesques 
proportions fltriront  jamais la rose qu'panouit sa 
frocit. Deux fois plus riche que son frre, en raison 
d'un mariage trs avantageux qu'il a fait dans les les, et 
de diffrentes affaires trs lucratives qui l'ont combl 
d'or, les sommes qu'il peut, en raison de cela, dpenser  
ses affreux plaisirs sont inexprimables. On lui recrute des 
sujets dans toutes les provinces; ils lui sont amens  
grands frais dans son chteau de Verneuil, situ  dix 
lieues d'ici, et dans lequel il est absolument fix depuis 
longtemps. Quelques-uns de ces sujets l'accompagneront 
sans doute, suivant son usage; et tu verras, Justine, s'il 
exista jamais sur la terre un homme plus affreux que 
celui-l.
	Notre intressante orpheline, effraye de tout ce 
qu'elle venait d'entendre, ne se livrant, suivant son usage, 
qu' l'extrme bont de son caractre, fut, ds le 
lendemain matin, trouver le marquis de Bressac.
	- Monsieur, lui dit-elle alarme, on nous menace 
d'un surcrot de compagnie bien funeste pour ma pauvre 
matresse; tes-vous au fait de ce dont il s'agit, et vous 
est-il possible de le prvenir?
	- Je suis instruit, rpondit Bressac; c'est un autre 
oncle  moi, un frre de ma mre comme Gernande, que 
je n'ai vu de ma vie, que l'on dit trs aimable et rempli 
d'esprit.
	- Oh! monsieur, tous ces hommes d'esprit sont plus 
dangereux que les autres... raisonnant tous mieux leurs 
excs, ils s'y livrent avec moins de remords... il n'y a plus 
de ressources avec eux. Vous allez tre runis dans ce 
chteau quatre sclrats de la premire espce... il s'y 
commettra des horreurs.
	- Je l'espre bien, dit Bressac, il n'est rien d'aussi 
dlicieux que de pouvoir se trouver ainsi plusieurs amis 
du mme got et du mme esprit; on se communique ses 
ides, ses penchants; les dsirs des uns s'allument  
l'irrgularit de ceux des autres; on enchrit, on se 
surpasse, on s'encourage, et les rsultats sont divins.
	- Ils seront affreux pour ma pauvre dame.
	- O Justine! quel intrt prends-tu donc  cette 
crature? quand seras-tu lasse d'tre toujours ainsi la 
dupe de ton coeur? Si par hasard il arrivait que l'on 
complott ici quelque chose contre ma tante, n'irais-tu 
pas, comme chez ma mre, risquer ta vie pour la 
dfendre? Eh! renonce donc une bonne fois, ma fille,  
ce caractre de bont ou plutt de btise, qui t'a si mal 
russi jusqu' ce moment; plus goste, et par consquent 
plus sage, ne t'embarrasse que de toi seule, et cesse de te 
composer ternellement, comme tu fais, une multitude de 
chagrins, en pousant toujours ceux des autres. Que 
t'importe l'existence ou la mort de cette femme prs de 
laquelle on t'a place? Y a-t-il quelque chose de commun 
entre elle est toi? Et comment es-tu donc assez simple 
pour te crer ainsi des liens imaginaires, qui ne feront 
jamais que ton malheur? Eteins ton me, Justine, comme 
tu nous vois endurcir les ntres; tche de te faire des 
plaisirs de tout ce qui alarme ton coeur. Parvenue bientt 
comme nous  la perfection du stocisme, ce sera dans 
cette apathie que tu sentiras natre une foule de nouveaux 
plaisirs bien autrement dlicieux que ceux dont tu crois 
trouver la source dans ta funeste sensibilit. Crois-tu 
donc que dans mon enfance je n'avais pas un coeur 
comme toi? mais j'en ai comprim l'organe; et c'est dans 
cette duret voluptueuse que j'ai dcouvert le foyer d'une 
multitude d'garements et de volupts qui valent mieux 
que mes faiblesses.
	- Oh! monsieur, l'on arrive  tout en touffant ainsi 
la voix de son coeur.
	- Et voil ce qu'il faut; c'est prcisment quand on 
en est l, que l'on jouit vritablement: je ne suis heureux, 
moi, ma chre, que depuis que je me livre  tous les 
crimes de sang-froid. Lorsque mon me, encore dans 
l'corce, ne se montait que par graduation au ton mle o 
je l'ai contrainte  prsent, je souffrais en lui laissant 
quelques lans; de sots remords venaient l'agiter. J'ai 
combattu; je me suis fait des principes de mes erreurs; et 
de ce moment seul j'ai connu la flicit. On fait ce qu'on 
veut de son me; les ressorts de la philosophie la montent 
au ton que l'on dsire; et ce qui nous faisait frmir dans 
l'enfance, devient dans notre ge mr l'objet de nos plus 
grands plaisirs.
	- Quoi! monsieur, vous voudriez me persuader que 
vous ne vous repentez pas du matricide pouvantable que 
vous vous tes permis sous mes yeux?
	- J'eusse eu dix mres que je les eusse toutes 
sacrifies l'une aprs l'autre de la mme faon. Oh! ce 
crime-l, Justine, n'est pas encore  la hauteur de mon 
me; il en faudrait d'une bien autre espce pour la sortir 
de son assiette. Quoi qu'il puisse arriver enfin sur l'objet 
de tes craintes, ne t'avise pas de les communiquer  
Gernande; son coeur de roche entend mal les lans de la 
sensibilit, et tu pourrais t'en trouver la dupe. Lorsque 
Verneuil arrivera, conduis-toi bien avec lui; sois douce, 
prvenante, spirituelle; cache avec soin les stupides 
mouvements de ton coeur. Je lui dirai du bien de toi; et 
cette connaissance, peut-tre, pourra te devenir 
avantageuse.
	Quatre gitons entrrent  ce moment chez Bressac, 
et mirent fin  une conversation qui n'tait pas assez du 
got de Justine, pour qu'elle ft fche de la voir finir.
	- Reste, si tu veux, lui dit Bressac, tout en baisant et 
dculottant ses bardaches, quoique femme, je ne te verrai 
jamais de trop dans mes sances de lubricit; tu pourras 
mme m'y servir...
	Mais la pudibonde Justine, qui n'assistait jamais  
de pareilles horreurs que quand elle y tait contrainte, se 
retira en soupirant, et se disant  elle-mme: Erreur ! Source du 
renvoi introuvable. Elle retournait tristement chez sa matresse 
lui faire part du peu de fruit des ngociations qu'elle avait 
cru devoir entamer, lorsqu'une des vieilles vint l'avertir 
de passer chez M. de Gernande, qui paraissait avoir 
quelque chose  lui communiquer.
	- Justine, dit le farouche patron de ce chteau, 
pourquoi ne m'avertis-tu pas des intrigues qui se forment 
ici?
	- Je les ignore, monsieur.
	- Je vais donc te les rvler; dit Gernande en ne 
laissant apercevoir aucune altration sur sa barbare 
figure. Apprends que Dorothe est folle de ma femme, et 
qu'elle vient de me faire demander la permission de 
passer quelques heures de cette matine avec elle. J'y ai 
consenti; mais je veux surprendre ces volupts-l. Il faut 
que tu me caches dans un cabinet qui se trouve prs de 
son ottomane, et par un des vitraux duquel le pourrai voir 
tout ce que cette insigne tribade essaiera sur ma chaste 
pouse.
	- Mais avez-vous prouv dj, monsieur, ce qu'on 
peut entendre ou dcouvrir par le vitrage de ce cabinet?
	- Eh! oui, tous les jours; c'est l que je me cache 
pour entendre les complaintes qu'elle fait de moi, et pour 
m'en dlecter.
	Notre hrone, qui raisonnablement, ne devait faire 
usage ici que de sa soumission, entra sur-le-champ avec 
Gernande dans le cabinet en question; et Dorothe, qui 
ne se doutait de rien, passa chez madame de Gernande, 
qui fut trs surprise de cette visite.
	La d'Esterval, imprieuse, hautaine, aussi froce 
que son mari, et  laquelle on avait donn carte blanche, 
ne s'amusa point, comme on le croit,  filer le parfait 
amour. Une des vieilles l'escortait, avec l'ordre d'obliger 
l'pouse infortune  se prter  tout ce qu'exigerait la 
Messaline qu'on lui envoyait. Il fallut obir. La victime 
dpouille n'offrit bientt plus que des pleurs et des 
charmes. On n'a pas ide de la fureur de madame 
d'Esterval; de tels transports ne se feignent point. 
Oubliant absolument son sexe, la fire tribade se livra 
sans honte  tous les garements,  toutes les fureurs des 
hommes. Ce n'tait plus Sapho dans les bras de 
Damophile, c'tait Nron prs de Tigellin. Toutes les 
lubricits masculines, toutes les passions des hommes, 
tous les dsordres de leur plus cruel libertinage furent 
mis en oeuvre par ce monstre de crapule et de perversit; 
il n'y eut rien qu'elle ne ft, rien qu'elle n'inventt pour 
assouvir son impudente luxure; et la pauvre matresse de 
Justine fut plus fatigue de cette scne, qu'elle ne l'tait 
de celles o la soumettait son poux.
	- Oh! foutre, disait Gernande, en se faisant sucer 
par Justine, voil qui est dlicieux; je n'ai jamais rien vu 
qui m'chaufft la tte  ce point. J'aime cette Dorothe  
la fureur; et si j'avais une semblable femme, je ne l'aurais 
jamais rendue ma victime... Ah! suce, Justine... suce... 
tche que mon foutre coule en mme temps que celui de 
cette coquine.
	Mais les dsirs de Gernande, irrits sans tre 
satisfaits, n'eurent point l'issue dsire; et la d'Esterval se 
lassa, avant que celui qui drobait ses plaisirs ft arriv 
au terme des siens. Dgote de sa jouissance, elle jeta 
sur elle des yeux de mpris; elle l'insulta, elle lui rpta 
plusieurs fois que son poux tait bien bon de la laisser 
vivre si longtemps; elle dnigra les charmes dont elle 
venait de s'enivrer, les profana, les molesta, et sortit, en 
disant qu'elle allait conseiller  son mari de prendre 
bientt un parti ferme sur une aussi mprisable pouse.
	A peine Dorothe fut-elle sortie de la chambre de 
madame de Gernande, que le patron y passa avec Justine; 
et, prenant son texte de la visite qu'il venait de 
surprendre, il n'y eut sorte de mauvais propos, de 
menaces dont il n'accablt sa malheureuse femme. Celle-
ci se dfendit de son mieux.
	- On a ouvert ma porte, monsieur, dit-elle en 
pleurant; une des vieilles  qui je suis confie m'a amen 
cette femme de votre part; il m'est devenu impossible de 
me dfendre de ses tentatives... je les aurais repousses si 
je l'avais pu.
	Mais Gernande, qui ne cherchait que l'occasion 
d'une scne qu'il se procurait par l l'une manire 
dlicieuse pour une me aussi fausse que la sienne, 
condamna sur-le-champ sa femme  la saigne; et le 
monstre, trs chauff des prliminaires, la piqua dans 
l'instant aux deux bras et au con. Pour cette fois il se 
passa d'hommes, Justine lui suffit; la malheureuse 
s'puisa  force de le pomper. Le cruel animal, matre de 
son sperme, eut l'art de n'en lcher les flots, que quand il 
vit sa femme vanouie; et cette sance fut une des plus 
barbares que Justine lui vit prouver.
	Ce libertin rentrait  peine chez lui que des voitures 
se firent entendre dans la cour. C'tait M. de Verneuil et 
sa famille. M. de Gernande en fit aussitt donner des 
nouvelles  sa femme. Et dans quel tat, juste ciel, lui 
apprenait-on cette catastrophe! Justine fut en mme 
temps avertie de venir recevoir ces nouveaux htes.

	(1) 	Voyez le fameux repas de Trimalcion, dans 
Ptrone. 

	(2) 	Mais si, comme on ne saurait en douter, le plus 
coupable devient le plus heureux, parce que ses 
plaisirs ne seront point troubls de remords, il 
rsultera donc de l, que le crime contribuera 
plus au bonheur que la vertu. Quelles funestes 
consquences pour les moralistes! 

	(3) 	Il y a sans doute beaucoup d'art  laisser ainsi 
des scnes sous le voile; mais combien de 
lecteurs avides et insatiables dsireraient qu'on 
leur dit tout! Eh, Bon Dieu! et si on les 
satisfaisait, que leur resterait-il donc  
imaginer?



 

CHAPITRE XV

PORTRAITS DE CES PERSONNAGES - ORGIES 
D'UN GENRE NEUF

	La premire voiture tait une berline allemande, 
attele de six chevaux, dans laquelle se trouvaient 
monsieur et madame de Verneuil, Ccile et Victor, leurs 
enfants; la seconde tait une grande calche, occupe par 
une trs belle femme de quarante ans, la fille de cette 
femme, superbe crature de vingt-deux, et deux enfants 
de cette jeune femme, gs de six et sept ans, tous deux 
ns de Verneuil. Le petit garon se nommait Lili; la 
jeune fille, Rose; il tait impossible de voir rien de plus 
dlicieux que ce petit couple. Deux grands garons, de 
vingt  vingt-deux ans, faits comme Hercule, et beaux 
comme l'Amour, remplissaient les deux autres places, 
sous le titre de valets de chambre de M. de Verneuil.
	Les dames et les enfants, promptement installs 
dans leurs appartements s'y retirrent; et Gernande 
conduisit Verneuil chez d'Esterval, o Bressac s'tait 
rendu pour recevoir cette visite.
	- Voil un charmant neveu que tu ne connais pas, 
dit Gernande  son frre; embrassez-vous, mes amis; 
quand on se ressemble aussi bien, on doit tre dispens 
de tout compliment. L'aimable personnage que vous 
voyez l, poursuivit Gernande en montrant d'Esterval est 
un ami de mon neveu, qui l'a accompagn chez moi... 
C'est un homme dans la maison duquel je ne te 
conseillerais pas de coucher; car il gorge tous ceux qu'il 
reoit... Eh bien! es-tu content de la socit que je te 
donne?
	- Enchant, dit Verneuil en embrassant d'Esterval, 
qui, prsentant aussitt lui-mme sa femme  Verneuil, 
assura que celle qui a l'honneur de le saluer est, quoique 
femme, en tat de figurer avec le plus sclrat des 
hommes.
	- Voil qui va le mieux du monde, mes amis, dit 
Verneuil; le vois qu'avec une aussi charmante socit, 
nous passerons ici quelques jours agrablement.
	Quatre gitons entrrent aussitt pour savoir si M. de 
Verneuil n'avait pas besoin de leurs services.
	- Ah! volontiers, dit Verneuil; la voiture m'a 
chauff; il y a deux heures que je bande comme un 
diable; voyez, dit-il, en posant sur la table un outil d'une 
grosseur et d'une longueur effrayantes... Allons, je vous 
suis, mes enfants. Ces messieurs trouveront bon que je 
perde un peu de foutre avant que de faire une plus grande 
connaissance avec eux.
	- Permettez  ma femme de vous aider, monsieur, 
dit d'Esterval; personne n'a plus d'art et de ressources 
dans l'esprit... son imagination vous plaira.
	- Volontiers, dit Verneuil; je ne serais mme pas 
fch d'y joindre la jeune fille qui nous a reus... quelle 
est-elle?
	- C'est Justine, mon oncle, dit Bressac; une hrone 
de vertu, un individu tout sentimental, et dont les moeurs 
et les infortunes forment, avec nos principes, les plus 
singulires oppositions. Gernande en a fait la demoiselle 
de compagnie de sa femme; elles pleurent, elles prient, 
elles se consolent ensemble, et nous molestons tout cela.
	- Ah! dlicieux!... dlicieux! Parbleu, mon frre, 
fais-moi monter cette fille, je m'en servirai.
	- Mais, mon oncle, dit Bressac, si vous passiez chez 
madame de Gernande, il me semble que cela vaudrait 
mieux; tous les objets qui peuvent vous flatter se 
trouveraient runis l, et votre dcharge serait plus 
complte.
	- Mon neveu a raison, dit Verneuil; mais il ne sait 
pas que le plaisir de faire connaissance avec lui me 
presse encore plus que tout.
	Et, l'entranant dans un cabinet, il le baise, il le 
dculotte, il le caresse, lui manie le cul, lui branle le vit, 
le sodomise, s'en fait foutre; et tout cela sans perdre une 
goutte de sperme. Puis, revenant dans la socit, il y fait 
de son neveu les plus pompeux loges.
	- Voyez comme il m'a mis, dit-il en menaant le ciel 
d'un vit norme, qu'il branlottait tout en causant, je 
foutrais Dieu le pre  prsent s'il se prsentait devant 
moi. Allons, mon frre, passons chez ta femme; j'y 
conduirai madame, dit-il en parlant de Dorothe, cette 
jeune fille, que vous appelez Justine, et deux bardaches; 
cela me suffira. Mon foutre est l, vous le voyez, 
continua-t-il en montrant du doigt la goutte exhale de la 
tte; je n'ai besoin que des plus lgers efforts pour le 
faire jaillir  dix pieds. Peu s'en est fallu que je le 
laissasse dans le cul de mon neveu; mais la garce est si 
large...
	- Djeunes-tu avant? dit Gernande.
	- Non, nous sortions de table quand nous sommes 
arrivs; j'ai plus besoin de me salir l'imagination que de 
manger, nous rparerons, aprs, ce que aurai perdu.
	Justine, envoye par son matre chez madame de 
Gernande, vint avertir M. de Verneuil que, malgr l'tat 
d'affaiblissement dans lequel se trouvait sa matresse, qui 
venait de perdre six palettes de sang, il n'y avait pas une 
heure, elle allait, soumise aux volonts de son poux, 
recevoir la compagnie qu'on lui annonait.
	- Ah, ah! tu viens de la saigner! dit Verneuil, tant 
mieux; j'aime infiniment  la voir dans cet tat. 
Approchez, jeune fille, poursuivit-il en troussant Justine, 
pour lui prendre les fesses, venez; je serai fort aise aussi 
de voir votre cul; je le crois joli. Messieurs, continua-t-il 
en s'adressant  Gernande,  Bressac et  d'Esterval, je 
vous invite, pendant ce temps,  passer chez ma femme; 
pardon, si je ne vous y prsente pas; mais soyez srs de 
sa soumission; je vous exhorte  ne pas plus vous gner 
chez moi que je ne vais le faire chez vous.
	- Eh bien, dit Verneuil en entrant chez madame de 
Gernande, soutenu par ses bardaches, suivi d'une vieillie, 
et dans l'tat du monde le plus immodeste, vous 
mcontentez donc toujours mon frre? Il ne cesse de me 
porter des plaintes contre vous, et je n'arrive jamais que 
pour l'aider  vous mettre  la raison. Voil madame, 
poursuivit-il en montrant Dorothe, qui, tmoin de votre 
mauvaise conduite, vient de me certifier des choses qui 
devraient vous valoir les plus cruels tourments, si mon 
frre, moins livr  sa bienfaisance, coutait un peu plus 
sa justice; allons, dshabillez-vous.
	Et Justine, excutant l'ordre, offre, en un instant, sa 
pudique matresse aux regards effronts de ce sclrat.
	- Mettez-vous toutes deux dans le mme tat, dit 
Verneuil en s'adressant  Justine et  Dorothe, et, 
surtout, dguisez les cons. Pour vous, mes beaux enfants, 
continua-t-il en parlant aux bardaches, n'tez que vos 
culottes; le reste de vos habits vous parant au lieu de 
vous nuire, vous pouvez les garder; j'aime tout ce qui me 
rappelle un sexe que j'idoltre: si les femmes avaient des 
habits d'homme, je ne les ferais peut-tre pas ter.
	Tout le monde obissait; Justine seule faisait 
quelque rsistance, mais un coup d'oeil effrayant de 
l'homme le plus terrible et le plus rbarbatif qu'elle et 
encore vu la dtermina promptement. Verneuil place 
Justine et madame de Gernande, agenouilles toutes 
deux sur le bord du canap, les fesses tournes vers lui, 
et les laisse un moment l, pendant qu'il examine le cul 
de Dorothe.
	- Foutre! madame, lui dit-il, vous tes faite  
peindre... c'est le corps d'un bel homme; j'aime  la folie 
ce poil qui l'ombrage, je le baise avec un plaisir... j'adore 
l'usage... brun de l'orifice de votre cul... il prouve de 
l'usage... cartez, que j'y mette ma langue; oh! comme 
vous tes large... que j'estime cette preuve authentique de 
la dpravation de vos moeurs... vous aimez quand on 
vous encule? vous idoltrez le vit au cul... il n'y a que 
cela madame... il n'y a que cela; voil mon cul, que je 
vous offre, il est de mme... il est excessivement large...
	Et Dorothe, baisant avec dlices le cul de 
Verneuil, lui rendait amplement les gamahuchades 
qu'elle en avait reues.
	- Vous me plaisez infiniment, madame, poursuivit 
Verneuil; il ne vous reste plus, pour achever de me 
tourner la tte, que d'accepter la proposition que je vais 
vous faire, et sans l'accord de laquelle tout votre art ne 
russirait peut-tre pas  faire jaillir mon sperme. Vous 
tes riche, dit-on, madame, eh bien, en ce cas, il faut que 
je vous paie; si vous tiez pauvre, je vous volerais. Dans 
la circonstance contraire, il faut que vous ne vous 
prostituiez  moi que pour une somme trs forte. Il faut 
que vous cachiez cette clause  votre mari, et que vous 
m'assuriez que la somme que je vais vous donner ne sera 
employe par vous qu' des dpenses libertines, il faut 
que vous me juriez surtout que pas un cu n'en sera 
destin pour de bonnes oeuvres... que vous n'en payerez, 
en un mot, que le crime... Que dites-vous de ma passion?
	- Elle est singulire, monsieur; mais croyez que j'ai 
assez de philosophie pour ne me surprendre d'aucune. 
J'accepte vos propositions; j'aurai de mon ct mille fois 
plus de plaisir  m'amuser avec vous, et je vous fait le 
serment le plus sacr de ne dpenser votre argent qu'en 
dbauches.
	- En infamies, madame, en infamies.
	- En tout ce qu'il y aura de plus affreux, je vous le 
jure.
	- Eh bien! madame, voil cinq cents louis, tes-vous 
contente?
	- Non, monsieur, ce n'est pas payer.
	- Ah! dlicieuse! divine! enchanteresse! s'cria 
Verneuil; en voil mille de plus et vous tes la plus 
aimable femme que j'aie connue de mes jours! Ah! 
putain, je triomphe, et tu es  moi maintenant... Gitons, 
branlez mon vit, pendant que je manie le cul de cette 
garce, vous, victimes, restez sous mes yeux... Eh quoi! 
madame, quelque chose repousse ce mouchoir; je n'ai cru 
dguiser qu'un con, je dcouvre un vit. Foutre! quel 
clitoris... Retirez, retirez ce voile; bien plus homme que 
femme, l'illusion m'est permise: vous n'avez besoin de 
rien cacher.
	Et le paillard branlait, suait cette excroissance, 
assez majestueuse pour mettre celle qui la possdait en 
tat de remplir avec succs tous les rles d'un homme.
	- Vous devez tre libertine au dernier degr, 
madame, poursuivit Verneuil; vous devez avoir tous nos 
gots.
	Et il lui enfonait, en disant cela, trois doigts dans 
le cul, dont l'effet lectrique fit aussitt lever ce clitoris, 
au point que Dorothe voulut foutre un giton. Verneuil 
aide  l'entreprise, et claque vigoureusement les fesses de 
la Messaline au moment qu'elle agit.
	- Voulez-vous que je vous moleste? lui dit-il; je ne 
le demande point aux victimes, mais  vous...
	- Faites ce qu'il vous plaira de mon cul, dit 
Dorothe; il ne vous est offert que pour tout endurer.
	Verneuil lui pince alors les fesses d'une si cruelle 
force, que la putain dcharge  l'instant.
	- Eh bien! poursuit-il en la voyant pmer, convenez 
qu'il n'y a que le supplice pour hter l'jaculation. 
Sacrificateur ou victime, je ne connais que cela pour 
arriver au but.
	- Et ces culs, dit Dorothe, ces culs que vous avez 
mis l, vous ne vous en occupez donc point?
	- L'tat o je vais les mettre vous prouvera bientt 
le contraire, dit Verneuil. Et, s'approchant d'eux: Voyons, 
dit-il, laquelle de ces deux femmes sera la plus 
courageuse.
	Il pince en mme temps,  la fois et d'une manire 
cruelle, le tton droit de madame de Gernande et la fesse 
gauche de Justine. Quoique les ongles se fussent 
imprims dans les chairs de celle-ci, elle tint ferme. Il 
n'en fut pas de mme de madame de Gernande. Le tratre 
lui avait tellement froiss le bout du tton, elle se trouvait 
d'ailleurs si faible qu'elle tomba presque vanouie.
	- Oh! c'est divin! dit-il  Dorothe en lui suant le 
clitoris ou la bouche, et toujours en lui branlant le trou du 
cul, c'est dlicieux! voil de ces haut-le-corps que j'aime 
 la folie... Et vous, madame, bandez-vous en voyant 
souffrir?
	- Vous le voyez, monsieur, rpondit la tribade en 
montrant le bout de ses doigts inonds du foutre de son 
con; vous voyez que nous agissons je le crois,  peu prs 
dans les mmes principes.
	- Je le rpte, madame, il n'y a que la douleur pour 
faire dcharger.
	Et le paillard, entre les bardaches et Dorothe, 
s'irritait, s'enflammait, comme le taureau prs de la 
gnisse.
	- Sotte crature! s'cria-t-il en saisissant sa belle-
soeur d'une main, et s'emparant de l'autre d'une discipline 
 cordelettes de boyaux trs noueux, qu'il avait toujours 
dans sa poche, femme pusillanime, tu ne sais donc rien 
souffrir? et bien! tu seras punie de ta faiblesse.
	Et plaant son vit furieux entre les mains de Justine, 
il lui ordonne de le branler, pendant que Dorothe, qu'il 
arme d'une seconde discipline, va rendre  son cul ce 
qu'il est prt  entreprendre sur celui de sa belle-soeur, et 
que les ganymdes exposeront leurs fesses  ses regards. 
L'opration commence. Le fouet, activement et 
passivement distribu, tait une des plus vives passions 
de Verneuil; vingt-trois minutes de suite son bras 
vigoureux se dploie sur le beau cul de la Gernande; elle 
est dchire depuis le milieu des reins jusqu'aux talons; 
on le lui rend avec usure! le sang jaillit de toutes parts: 
rien n'tait aussi singulier comme ce mlange 
d'invectives d'un ct, de plaintes et de cris de l'autre. 
Trop occupe de sa besogne pour couter la voix de son 
coeur, la malheureuse Justine secouait, tant qu'elle le 
pouvait, l'norme instrument, dont on lui avait confi le 
soin, sans oser demander la grce de sa matresse. Ce 
n'est pas qu'elle n'et dtourn ces coups terribles, si elle 
et cru pouvoir le faire; mais l'inflexibilit de l'me des 
sclrats commenait  lui tre trop connue pour qu'elle 
entreprit de flchir celui-ci. Verneuil s'aperoit pourtant 
de la maladresse de sa branleuse.
	- Qu'est-ce donc que cette petite putain-l? dit-il en 
s'emparant d'elle; ah! garce, je vais t'apprendre si c'est 
ainsi qu'on branle un vit comme le mien.
	Et le remettant aux mains de Dorothe, ce n'est qu' 
elle qu'il s'en rapporte sur la manire dont il faut doubler 
ou diminuer  propos les titillations du plaisir, pendant 
qu' grands coups de martinet, le sclrat maltraite  
outrance les douces et dlicates fesses de notre 
intressante Justine.
	Aucun des instruments dont elle avait t flagelle 
dans son cours de libertinage, ne l'avait moleste comme 
celui-l; chaque cinglon, s'imprimant d'une ligne au 
moins dans les chairs, y laissait, avec une pouvantable 
douleur, des traces aussi sanglantes, que si l'on se ft 
servi d'un canif. En un instant, elle est toute meurtrie. 
Verneuil alors fixe ses deux victimes l'une  l'autre, en 
les attachant ventre contre ventre; et, toujours branl par 
Dorothe, il leur applique une seconde flagellation, en 
frappant tant qu'il a de forces, tantt sur l'une, et tantt 
sur l'autre. Ici la Gernande, affaiblie de ses trois saignes 
du matin, chancelle, perd connaissance, tombe en 
entranant Justine avec elle; et les voil toutes deux  
terre, nageant dans les flots du sang que leur bourreau 
vient de faire jaillir. Verneuil coupe aussitt les liens, et, 
se prcipitant sur sa belle-soeur, il a l'art de la rendre  la 
vie, au moyen du nouveau tourment d'une jouissance, qui 
toute naturelle qu'elle est, n'en dchire pas moins cette 
malheureuse femme, par l'tonnante disproportion qui se 
trouve entre elle et son agresseur.
	- Fouettez-moi! fouettez-moi! madame, s'crie 
Verneuil  Dorothe; campez Justine sur mes reins, et 
dchirez-nous tous les deux.
	Parfaitement servi par Dorothe, et bien mieux 
peut-tre encore par la monstruosit de ses oprations, le 
vilain faune cume... blasphme, et dcharge en jetant les 
hauts cris... en prouvant enfin  tout ce qui l'entoure, que, 
si la nature l'a mieux membr que son frre, elle lui a 
dparti de mme, et la quantit du sperme, et les crises 
de volupt dans un degr bien suprieur.
	- Eh bien! madame, dit-il  Dorothe, comment me 
trouvez-vous dans le libertinage?
	- Superbe, monsieur, rpondit celle-ci; mais je ne 
croyais pas que vous foutiez des cons.
	- Je fous tout, mon ange, je fous tout; et pourvu que 
mon vit monstrueux blesse ou dchire, ce qu'il pourfend 
me devient gal.
	- Mais, vous prfrez le cul cependant?
	- Me feriez-vous l'injure d'en douter? Faut-il, pour 
vous convaincre, enculer un bardache?
	- Non, rpond Dorothe, c'est mon cul qu'il faut 
foutre, si vous voulez me persuader; le voil, monsieur, 
foutez-le.
	Et le paillard, toujours en rut, est bientt au fond de 
l'anus.
	- Vexez donc ces deux femmes pendant que je vous 
sodomise, madame, je vous en supplie, dit Verneuil.
	Et la putain, sans le faire rpter, plante  plaisir, 
pendant qu'on l'encule, ses ongles crochus dans les chairs 
et de Gernande et de Justine. Tous deux dchargent 
pendant que les victimes pleurent; et chacun d'eux, en 
perdant son foutre, a mordu jusqu'au sang la langue du 
giton qu'il caressait pour s'exciter.
	- En voil assez, madame, dit Verneuil  Dorothe, 
vous tes une crature charmante; je veux que nous 
renouvelions nos plaisirs.
	- Je vous en ferai goter de toutes les espces, 
monsieur, rpondit Dorothe; plus nous nous 
connatrons, mieux nous nous conviendrons, je m'en 
flatte.
	Tous deux furent rejoindre la socit. Justine seule 
resta chez sa matresse.
	Les autres acteurs n'taient point rests dans 
l'inaction pendant la scne qui venait de se passer; mais, 
moins lestes que le frre de Gernande, moins presss du 
besoin de perdre, ils n'en taient encore qu'aux 
prliminaires, quand ils furent rejoints par Verneuil et 
par Dorothe. D'Esterval, Bressac et Gernande taient 
chez madame de Verneuil. Les trois sclrats avaient fait 
dshabiller cette pauvre femme, sans lui donner le temps 
de se reposer du voyage. Le froce Gernande persuadait 
 sa belle-soeur, qu'une saigne lui serait fort ncessaire, 
et servirait  la rafrachir. On y allait procder, quand les 
acteurs dont nous venons de peindre les bats entrrent 
chez madame de Verneuil. Cette belle femme, dj nue, 
convainquit ceux d'entre les hommes qui ne la 
connaissaient pas, qu'il n'existait effectivement pas sur la 
terre une plus sublime crature. Pas un dfaut dans les 
proportions; et toute la fracheur, toutes les grces de la 
desse mme de la beaut. Tant de droits  l'indulgence, 
 l'admiration gnrale, ne valurent pourtant  la belle-
soeur de Gernande qu'un peu plus d'insultes et de mpris 
de la part de ces libertins et principalement de son frre. 
Aprs l'examen le plus complet des beauts de cette 
femme superbe, les insultes et les mauvais traitements 
commencrent. Bressac et d'Esterval ne la mnageant pas 
plus que Gernande, la misrable victime fut tour  tour 
pince, mordue, soufflete; les belles chairs de sa gorge 
et de ses fesses furent meurtries en plus de vingt 
endroits; elle fut oblige de prsenter alternativement la 
bouche, le con, le cul. Gernande s'empare de la bouche; 
Bressac enfile le cul, et d'Esterval le con; Verneuil 
rencule Dorothe, et dcharge une troisime fois, en 
maniant les fesses de son neveu qu'il ne cesse d'exalter et 
d'lever aux nues.
	- Dnons maintenant, mon ami, dit Verneuil  son 
frre; il est temps de rparer nos forces. Les ivrognes, 
dit-on, ne font connaissance que le verre  la main; il faut 
que les paillards ne la fassent que le vit au cul: le destin 
est rempli, ne nous en plaignons pas.
	Aprs le meilleur et le plus ample des repas, des 
promenades sparrent toute la compagnie; et M. de 
Gernande, ordonnant  Justine de le suivre eut avec elle, 
dans un cabinet du jardin, la conversation dont nous 
allons rendre compte.
	Il lui demande d'abord un rcit circonstanci de tout 
ce que son frre avait fait  sa femme; et comme Justine 
indiquait sans approfondir, il lui ordonna de dvoiler le 
tout avec la plus scrupuleuse attention. Justine dtailla 
donc. Elle se plaignit d'avoir t traite avec autant de 
rigueur que madame de Gernande.
	- Voyons, lui dit son matre...
	Et le paillard s'amusa longtemps de ce coupable et 
froce examen.
	- Mais ma femme, dit le mchant homme, n'est pas 
au moins si maltraite?
	- Tout autant, monsieur.
	- Ah! bon, c'est que je serais fch que mon frre 
et pargn cette putain.
	- Vous la dtestez donc bien, monsieur?
	- Infiniment, Justine. Je ne la garderai pas encore 
longtemps; je ne vis de mes jours une femme qui 
m'inspirt plus de dgot. Mais, sais-tu bien, ma fille, 
que Verneuil est beaucoup plus libertin que moi?
	- Cela est bien difficile, monsieur.
	- Cela est: les plaisirs divins de l'inceste, amliors 
par tous ceux de la cruaut, sont les plus chers  son me 
corrompue. Tu n'imagines pas, Justine, quelle est sa 
volupt de choix?
	- Des enfants, le fouet... des horreurs.
	- Tout cela ne sont que des pisodes; l'inceste, je te 
le dis, ma fille, est le plus doux des plaisirs de mon frre. 
Tu le verras demain se vautrer dans ce crime de cinq ou 
six faons diffrentes. Cette belle crature que tu prends 
pour la femme de chambre de madame de Verneuil, dont 
l'ge est  peu prs de quarante ans... eh bien! Justine, 
c'est une de nos soeurs, une tante de Bressac, la soeur de 
sa mre dont tu pleuras si longtemps la mort occasionne 
par son propre fils. C'est la famille d'OEdipe que la ntre, 
ma chre Justine; il n'y a pas un seul genre de crime dont 
on n'y aperoive un exemple. Nous perdmes nos parents 
fort jeunes; des mchants prtendirent mme que ce 
n'tait pas sans que nous y eussions contribu: en vrit 
cela pourrait bien tre; nous nous permettions tant 
d'espigleries... que celle-l pourrait bien tre du nombre. 
Nous avions trois soeurs: l'une, tablie avant la mort des 
auteurs de nos jours, est celle que moissonna Bressac; la 
seconde prit victime de nos forfaits; la troisime est 
celle que tu vois; nous lui drobmes sa naissance. 
Eleve comme une fille destine  servir, mon frre, en 
se mariant, la mit prs de sa femme; on la nomme 
Marceline. La jeune personne que tu prends de mme 
pour une femme attache  madame de Verneuil, est fille 
de Marceline et de mon frre, ce qui la rend  la fois et sa 
nice et sa fille. Elle est la mre des deux petits enfants 
que tu as admirs, qui doivent galement le jour  mon 
frre. Tous deux, comme tu le crois, ont encore leur 
pucelage; et c'est ici o Verneuil a voulu qu'ils le 
perdissent; de manire qu'en jouissant de la petite fille, il 
aura dans elle  la fois une fille, une petite-fille et une 
nice. Rien ne l'amuse comme le brisement, le 
renversement de tous ces liens chimriques; leur rupture 
est pour lui le plus grand des plaisirs: ne se contentant 
point de les heurter dans ses fruits naturels, il les brise de 
mme dans ses enfants lgitimes.
	- Je le savais, monsieur.
	- Mais il faut voir, Justine, comme il lve son fils, 
comme il lui fait bouleverser,  son exemple, toutes nos 
institutions sociales... Tu verras comme cet enfant traite 
sa mre, comme il a dj foul aux pieds tous les 
prjugs religieux et moraux. C'est un sujet dlicieux, je 
l'adore; je voulais coucher avec lui ce soir, mais son pre 
veut qu'il se repose pour demain.
	- Pour demain, monsieur?
	- Oui, demain nous clbrons une grande fte, c'est 
l'anniversaire de la naissance de ma femme; peut-tre 
voudrons-nous que les Parques coupent le fil au bout du 
fuseau... Qui sait? Dieu lui-mme, ce Dieu dont tu crois 
la fabuleuse existence, ne dmlerait pas... ne devinerait 
pas la fantaisie des sclrats qui nous ressemblent.
	- Oh! monsieur, dit Justine avec inquitude si j'tais 
assez heureuse pour que vous puissiez vous passer de 
moi dans les orgies que vous projetez! N'aurez-vous pas 
assez de monde, et ne vous suis-je pas parfaitement 
inutile?
	- Non, non, ta douce vertu nous est essentielle; ce 
n'est que du mlange de cette qualit charmante et des 
vices que nous lui opposerons, que doit natre pour nous 
la plus sensuelle volupt. Ta tendre et chre matresse 
d'ailleurs aura besoin de ton secours... Il faut que tu t'y 
trouves, Justine... il le faut indispensablement.
	- Oh! quelle corve, monsieur... participer  tant 
d'infamies!... Savez-vous bien qu'il n'en est pas de plus 
affreuses que celles o se livre M. de Verneuil?... 
corrompre ainsi sa propre famille!
	- Pourrais-je te demander, Justine, ce que c'est 
qu'une famille; ce que l'on entend par ces noeuds sacrs, 
que les sots appellent les liens du sang?
	- Est-il besoin d'une rponse  pareille demande, 
monsieur? et peut-il exister un seul tre au monde qui ne 
connaisse et ne respecte ces liens?
	- Cet tre existe, mon enfant, et je le suis. Persuade-
toi bien, je t'en conjure, que rien n'est absurde comme ces 
prtendus liens; convaincs-toi que nous ne devons pas 
plus  ceux de qui nous tenons le jour, que ceux-l ne 
peuvent nous devoir.
	- Monsieur, rpondit vivement Justine, pargnez-
moi tout ce que vous pourriez me dire sur cette matire; 
j'ai t berce de ces sophismes, et pas un ne m'a 
convaincue. Si l'inceste, l'un des plus grands crimes que 
l'homme puisse commettre, fait la base des volupts de 
votre frre, il est, et sera toujours, sous ce rapport, l'tre 
le plus atroce et le plus coupable  mes yeux.
	- L'inceste, un crime! Ah! mon enfant, dis-moi, je te 
prie, comment une action qui fait loi sur la moiti de 
notre globe, pourrait se trouver criminelle dans l'autre 
moiti? Presque dans toute l'Asie, dans la plus grande 
partie de l'Afrique et de l'Amrique, on pouse 
publiquement son pre, son fils, sa soeur, sa mre, etc.; et 
quelle plus douce alliance que celle-l, Justine? en peut-
il exister qui resserre mieux les liens de l'amour et de la 
nature? Ce fut dans la crainte que les familles, en 
s'unissant ainsi, ne devinssent trop puissantes, que nos 
lois en France ont rig l'inceste en crime; mais gardons-
nous bien de confondre, et ne prenons jamais pour lois de 
la nature, ce qui n'est que le fruit de la politique. En 
adoptant mme une minute tes systmes sociaux, je te le 
demande, Justine, comment serait-il possible que la 
nature s'oppost  de telles alliances? Ne resserre-t-elle 
pas les premiers noeuds qu'elle nous impose selon toi? 
Peut-il tre  ses yeux rien de plus sacr que le mlange 
du sang? Ah! prenons-y bien garde, Justine; nous nous 
aveuglons sur ce que la nature nous dicte  cet gard; et 
ces sentiments d'amour, fraternels ou filiaux, lorsqu'ils 
s'exercent d'un sexe  l'autre, ne sont jamais que des 
dsirs lubriques. Qu'un pre, qu'un frre, idoltrant sa 
fille ou sa soeur, descende au fond de son me, et 
s'interroge scrupuleusement sur ce qu'il prouve, il verra 
si cette pieuse tendresse est autre que le dsir de foutre; 
qu'il y cde donc sans contrainte, et il sentira bientt de 
quelles dlices la volupt le couronnera. Or, quelles 
mains, je lui demande, quelles mains lui prparent cette 
surabondance de volupt? si ce ne sont celles de la 
nature. Et si ce sont les siennes, est-il raisonnable de dire 
que ces actions puissent l'irriter? Doublons, triplons donc 
ces incestes tant que nous pourrons, sans rien craindre; et 
plus l'objet de nos dsirs nous appartiendra de prs, plus 
nous aurons de charmes  en jouir.
	- Voil comme vous lgitimez tout, vous autres 
gens d'esprit, rpondit Justine; mais si votre malheureux 
gnie excuse vos passions dans ce monde, elles n'auront 
plus, en ce jour terrible o il vous faudra paratre devant 
le matre suprme de l'univers, un avocat si plein 
d'indulgence!
	- Tu prches dans le dsert, Justine, rpondit 
Gernande, et tu n'opposes que des lieux communs  des 
vrits sans rplique. Va voir si mes gitons sont prts; 
conduis-les dans mon appartement; je vais me retirer 
bientt; va, et prpare ta petite conscience et tes grands 
principes  voir excuter demain d'tonnantes luxures.
	Madame de Gernande inquite, puise, attendait 
Justine,  dessein de lui demander quelques dtails sur ce 
qui se prparait pour le jour suivant. Notre hrone crut 
devoir ne lui rien cacher.
	- Ah! dit cette malheureuse pouse en versant un 
torrent de larmes, ce sera peut-tre demain le dernier jour 
de ma vie; il faut que je m'attende  tout, quand ces 
barbares se trouvent runis. O Justine, Justine! que ces 
gens sans moeurs, sans dlicatesse, sans principes, sont 
des tres dangereux sur la terre!
	Cependant, chacun s'arrange pour la nuit, et croit 
trouver au sein de la plus insigne dbauche, les forces 
ncessaires  en commettre de bien plus horribles le 
lendemain. Verneuil coucha avec Dorothe, Gernande 
entre deux mignons, d'Esterval avec madame de 
Verneuil, et Bressac avec un des valets de chambre de 
son oncle.
	Ds le matin, les vieilles avaient prpar le plus 
beau salon du chteau; on en avait garni le parquet d'un 
vaste matelas piqu  six pouces d'paisseur, formant un 
tapis sur lequel se jetrent deux ou trois douzaines de 
carreaux. Une large ottomane fut place dans le fond de 
la pice qu'entouraient tant de glaces, qu'il devenait 
impossible que les scnes qu'on allait excuter dans ce 
superbe local ne s'y multipliassent pas sous mille et mille 
formes. Sur des tables roulantes d'bne et de porphyre 
rpandues a et l, s'apercevaient tous les meubles 
ncessaires au libertinage et  la frocit: verges, 
martinets, nerfs de boeuf, lardoires, liens de cordes et de 
fer, godemichs, condoms, seringues, aiguilles, 
pommades, essences, tenailles, pinces, frules, ciseaux, 
poignards, pistolets, coupes de poisons, stimulants de 
toute espce, et autres divers instruments de supplices ou 
de mort; tout s'y voyait avec profusion. Sur un buffet 
norme, en face de l'ottomane,  l'autre extrmit du 
salon, taient symtriquement et abondamment disposs 
les mets les plus succulents et les plus dlicats; la plupart 
pouvaient se maintenir chauds sans qu'on s'en apert. 
Des carafes de cristal de roche, se mlant aux 
porcelaines de Saxe et de Japon qui contenaient ces mets, 
renfermaient avec profusion les vins les plus exquis... les 
plus rares liqueurs. Une immensit de roses, d'oeillets, de 
lilas, de jasmin, de muguet, et d'autres fleurs plus 
prcieuses encore, achevaient d'orner et de parfumer ce 
temple des plaisirs, o se trouvait runi pour le jour 
entier tout ce qui, sans avoir besoin de sortir, pouvait 
satisfaire  la fois et la luxure et la sensualit. Au fond de 
la salle, artistement place dans une nue, se voyait 
l'effigie du prtendu Dieu de l'univers, sous la figure d'un 
vieillard. Une seconde ottomane rgnait au bas de ce 
nuage; et l'on y voyait diffrents attributs de toutes les 
religions de la terre, des bibles, des alcorans, des 
crucifix, des hosties consacres, des reliques et autres 
imbcillits de cette espces. Six cabinets voluptueux 
attenaient le salon, et prsentaient,  ceux qui voudraient 
les occuper, de secrets rduits pour des plaisirs 
particuliers, et prs d'eux de jolies garde-robes garnies de 
bidets et de fauteuils percs. Une belle terrasse 
d'orangers, couverte d'une tente, et environne de 
jalousies, donnait les moyens de prendre l'air par ses 
adhrentes au salon; une large banquette de terre 
l'entourait, et pouvait, par sa profondeur, voiler  jamais 
les masses que la sclratesse de ces monstres 
dsorganiserait vraisemblablement dans l'affreux cours 
de ces orgies... prcaution qui prouve  quel point ces 
libertins aiment le crime, et comme ils consentaient 
tacitement  le commettre tous de sang-froid.
	A dix heures prcises du matin, la socit se rendit 
au local prpar, chacun vtu d'un costume diffrent, que 
nous allons tracer en nommant chaque acteur.
	Madame de Verneuil y parut vtue  la manire des 
sultanes de Constantinople. Aucune parure sans doute 
n'et autant servi sa beaut.
	Ccile, sa charmante fille, tait en brun, sous le 
costume exact des marmottes de la valle de 
Barcelonnette. On n'imagine pas les dsirs qu'elle 
inspirait sous cet habit.
	Les attributs de l'Amour embellissaient le jeune 
Victor.
	Marceline tait en sauvage.
	Sa jeune fille Laurette s'y voyait sous une simple 
simarre de gaze crue, agrablement renoue sur les 
hanches et sur le sein gauche, avec de gros flots de 
rubans lilas; un des ttons et la moiti de ses fesses, 
s'apercevaient par ce moyen. Conduisant par la main ses 
deux jolis enfants, presque nus, elle ressemblait  la 
desse de la jeunesse, entoure des Jeux et des Ris.
	Madame de Gernande y vint sous le costume 
intressant des victimes qu'on immolait au temple de 
Diane; on l'et prise pour Iphignie.
	Justine tait en soubrette, les bras nus; 
agrablement couronne de roses, et sa jolie taille bien 
dveloppe.
	Dorothe se voyait sous l'habit dont les peintres 
caractrisent Proserpine. Ce vtement, analogue  son 
caractre, tait de satin couleur de feu.
	Les six plus jolis gitons de Gernande y furent 
introduits sous le costume de Ganymde.
	Sous celui d'Hercule et de Mars, parurent John et 
Constant, les deux valets de chambre de Verneuil.
	Lui, d'Esterval, Bressac et Gernande s'y montrrent 
revtus de pantalons de soie rouge, qui leur collaient 
exactement sur la peau, et qui les enfermaient 
scrupuleusement depuis la nuque du cou jusqu'aux pieds. 
Une ouverture ronde, artistement pratique par devant et 
par derrire, laissait  nu les fesses et leurs vits. Ils 
avaient beaucoup de rouge, et sur la tte un lger turban 
ponceau. Ils ressemblaient  des furies.
	Quatre vieilles, de soixante ans, sous l'emblme de 
matrones espagnoles, furent admises pour le service 
intrieur. Et la sance commena.
	Tout tait debout, formant un demi-cercle, lorsque 
les matres parurent dans la salle. On s'agenouille ds 
qu'on les voit. Dorothe s'avance  eux, et leur dit: 
	- Illustres et magnifiques seigneurs, tous les sujets 
que vous voyez ici ne s'y runissent que pour obir  vos 
ordres. La soumission la plus profonde, la rsignation la 
plus complte, la prvenance la plus entire; voil ce que 
vous allez trouver dans tous. Ordonnez donc  vos 
esclaves, souverains matres de ces lieux; commandez-
leur, et vous les verrez aussitt se courber dans la 
poussire, pour y attendre vos volonts, ou voler pour les 
prvenir. Multipliez vos gots, exaltez vos penchants, ne 
donnez nulles bornes  vos passions: nos facults, nos 
existences, nos moyens, nos vies, tout vous appartient; 
vous pouvez disposer de tout. Pntrez-vous bien de 
l'ide du calme dont vous allez jouir ici. Il n'est aucun 
mortel au monde qui ost troubler vos plaisirs, et tout ce 
qui vous entoure va ne s'occuper qu' les rendre plus vifs. 
Franchissez donc toutes les digues; ne respectez aucun 
frein. Ce ne sont pas des tres aussi puissants que vous 
que de tristes prjugs populaires peuvent ou doivent 
enchaner; il n'y a de lois dans l'univers que les vtres; 
vous tes les seuls dieux que l'on doive adorer. D'un seul 
mot vous pouvez nous confondre; d'un geste, nous 
pulvriser; et, le fissiez-vous mme, notre dernier soupir 
serait encore pour vous exalter, vous chrir et vous 
respecter.
	Dorothe se courbe  ces mots, suce les quatre vits 
demande la permission de gamahucher les quatre culs; 
puis, elle se retire en silence, pour attendre les ordres qui 
lui seront donns.
	- Mon ami, dit Gernande  son frre, c'est pour toi 
que cette fte se clbre, c'est donc  toi de commander 
ici; mon neveu, sans doute, y consent; et notre ami 
d'Esterval,  qui nous confierons un autre jour les rnes 
du gouvernement, voudra bien te les cder aujourd'hui.
	Tout le monde applaudit; et Verneuil, revtu de 
l'autorit suprme, se place en consquence dans une 
espce de trne, pos sur une estrade recouverte d'un 
tapis de velours cramoisi, bord de franges d'or. Aussitt 
qu'il y est, les femmes, les filles, les enfants, les garons 
et les vieilles viennent humblement lui prsenter leurs 
fesses  baiser, aprs trois gnuflexions pralables. En 
sortant des mains de Verneuil, on passait successivement 
dans celles des trois autres amis, placs sur les fauteuils 
environnant le trne; et l chacun faisait  peu prs ce 
qu'il voulait  l'objet qui s'approchait de lui.
	- Si pendant cette premire tourne, dit Verneuil, il 
vous prend fantaisie de soumettre  des choses plus 
nergiques quelques-uns des objets qui vont s'offrir  
vous, pour ne pas troubler l'ordre, vous irez  l'instant 
vous enfermer dans un cabinet; et, votre passion une fois 
apaise, vous ramnerez l'objet dans le cercle.
	Bressac est le premier qui profite de 
l'avertissement; il ne peut voir  dcouvert les fesses 
charmantes de Victor, son petit-neveu, sans dsirer 
d'aller plus loin; il l'entrane dans un de ces boudoirs, 
pendant que d'Esterval, enthousiasm de Ccile, va lui 
faire subir galement les premiers feux de sa passion. 
Gernande en fait autant avec Laurette. Verneuil passe 
avec Marceline, suivie de ses deux petits enfants; et 
Dorothe,  laquelle on avait accord tous les privilges 
des hommes, va s'enfermer avec Constant.
	- Mes amis, dit Verneuil en se replaant, comme 
l'aveu public des volupts o l'on s'est livr ne peut que 
disposer  l'embrasement gnral des dsirs, j'exige que 
chacun rende compte  haute voix, et le plus en dtail 
possible, de toutes les luxures dans lesquelles il vient de 
se plonger. Parlez, Gernande; vos amis vous suivront. 
Souvenez-vous surtout d'carter les gazes, de peindre  
nu, et d'employer tous les mots techniques: gazons la 
vertu, si l'on veut, mais que le crime marche toujours  
dcouvert.
	Gernande se lve.
	- Je me suis enferm, dit-il, avec Laurette; je lui ai 
suc la bouche et le trou du cul; elle a tt mon vit 
pendant que je lui lchais les aisselles; j'ai suc ses bras 
aux saignes; je lui ai donn six claques sur le ventre, 
dont vous voyez, je crois, les empreintes; elle a bais mes 
fesses, et je l'ai force  gamahucher mon derrire.
	- Avez-vous band?
	- Non.
	- Les titillations du plaisir ont-elles t vives?
	- Mdiocres.
	- Votre imagination s'est-elle chauffe sur des 
choses plus fortes?
	- Oh! j'en dsirais d'affreuses.
	- Pourquoi ne vous y tes-vous pas livr?
	- Elles eussent ravi le sujet  la socit; j'ai voulu 
l'en laisser jouir.
	- Jetez-vous aux pieds de Gernande, Laurette, et 
remerciez-le de ses bonts...
	Laurette excute; et c'est  Bressac  rpondre.
	- Je me suis enferm avec Victor, dit-il; je l'ai foutu 
en bouche; j'ai suc la langue au moment o mon vit 
quittait ses lvres; j'ai gamahuch son cul, et je l'ai 
sodomis.
	- Avez-vous travaill le moral?
	- Infiniment; il n'y a point de vertus que je n'aie 
dtruites, point de vices que je ne lui aie fait chrir.
	- Quelle a t, dans vous, la dose de volupt?
	- Trs violente.
	- Avez-vous perdu du foutre?
	- Non.
	- Avez-vous dsir de faire pis?
	- Assurment.
	- Avez-vous beaucoup blasphm en agissant?
	- Beaucoup.
	- Votre vit est-il sorti pur ou immonde de l'anus du 
jeune homme?
	- Il en est sorti plein de merde.
	- Pourquoi ne le lui avez-vous pas fait sucer?
	- Je l'ai fait.
	- Avez-vous suc sa bouche aprs?
	- Oui.
	- En quel tat est votre vit?
	- Vous le voyez, il bande.
	- Faites entretenir cela par un giton. A vous, 
d'Estreval.
	- J'ai gamahuch le con de Ccile, j'y ai plong mon 
vit, et suis revenu pomper le foutre que cette attaque a 
fait exhaler; j'ai suc sa bouche; j'ai bais ses fesses, sur 
lesquelles vous voyez les marques de six claques bien 
appuyes.
	- Avez-vous encul?
	- Non, je la mnageais.
	- Avez-vous dsir le cul?
	- Oui.
	- Votre foutre a-t-il coul?
	- Non.
	- Votre tte s'est-elle chauffe sur cette jeune fille?
	- Etonnamment.
	- A-t-elle bais votre cul?
	- Elle y a mis la langue.
	- Lui avez-vous mit le vit dans la bouche?
	- A plusieurs reprises.
	- Quel est l'tat de votre vit?
	- Il bandaille.
	- Choisissez quelqu'un pour vous maintenir. C'est 
votre tour, Dorothe.
	- Je me suis fait foutre par Constant.
	- Vous l'a-t-il pos dans le cul?
	- Oui.
	- Bandait-il bien?
	- A merveille.
	- A-t-il dcharg?
	- Non.
	- O donc a-t-il perdu son foutre?
	- Je l'ai aval.
	- Avez-vous bais son cul?
	- Oui.
	- A-t-il suc votre clitoris?
	- Je le lui ai mis dans le derrire.
	-Vous avez dsir pis?
	- Oh! cent fois.
	- A mon tour maintenant, mes amis, dit Verneuil en 
se levant. Vous m'avez vu passer avec ma soeur 
Marceline, escorte de ses deux petits-enfants, fruits de 
mon inceste avec l'enfant de ma soeur, eh bien! 
Marceline m'a fouett, j'ai bais le cul de mes petits-
enfants, j'ai mis mon vit entre leurs cuisses, et j'ai 
sodomis ma soeur.
	- Avez-vous dcharg? dit Gernande.
	- Non.
	- Avez-vous fait baiser votre cul?
	- Oui.
	- A-t-on suc votre engin?
	- Oui.
	- Votre sperme a-t-il t rpandu?
	- Non.
	- Sur quoi votre tte s'est-elle gare?
	- Sur des horreurs.
	- Nous promettez-vous de les excuter?
	- Certainement.
	- Allons, dit Verneuil, occupons-nous de choses 
plus srieuses. Il faut que chacun de nous... (Dorothe, 
vous serez toujours comprise parmi les hommes, vous en 
tes digne), il faut, dis-je, que chacun de nous aille crire 
sur cette table le dsir qu'il a d'une lubricit quelconque, 
et qu'il le signe. Ces cinq billets seront ballotts dans un 
calice que prsentera l'une des vieilles. Dix individus que 
je vais dsigner tireront, deux par deux, chacun de ces 
billets. Chaque couple choira au signataire du billet 
qu'aura tir ce couple, et satisfera la passion nonce 
dans ce billet. Le hasard seul dterminera le traitement 
que devra subir ce couple, lequel devra toujours tre 
assez violent, pour faire jeter des cris  l'tre qui le 
subira.
	Madame de Gernande et sa fidle Justine tireront le 
premier billet.
	Madame de Verneuil et Laurette, le second.
	Marceline et Lili, le troisime.
	Ccile et Rose, le quatrime.
	Une des vieilles, et le plus joli des gitons, tireront le 
cinquime.
	Vous voyez que j'excepte Victor; les dispositions 
que vous lui reconnatrez incessamment le rendent plutt 
digne d'tre au nombre des agents, que dans la classe des 
patients.
	Les cinq billets s'crivent; une vieille les ballotte 
dans un calice, et, se plaant sur l'ottomane, au bas du 
symbole de l'Etre suprme, chaque couple vient tirer tour 
 tour, et est oblig de lire  haute voix le sort qui lui est 
chu.
	D'Esterval a manifest le voeu de pincer fortement 
les fesses, de mordre les trous du cul et les clitoris. 
Madame de Verneuil et Laurette lui choient.
	Bressac dclare qu'il enculera... qu'il pincera les 
ttons, et qu'il donnera de vigoureux soufflets. Madame 
de Gernande et Justine lui sont aussitt livres.
	Dorothe piquera avec une pingle les parties du 
corps les plus sensibles, et chiera sur les deux visages. La 
vieille et le giton lui sont dcerns.
	Gernande dclare qu'il fera, sur chaque individu, 
six lgres piqres avec ses lancettes, et qu'on le sucera. 
Ccile et Rose forment son lot.
	Verneuil annonce qu'il fustigera jusqu'au sang. 
Marceline et Lili lui appartiennent.
	C'est au pied du sofa, plac prs de l'emblme de 
Dieu, que les destins ont t consults; c'est sur ce mme 
sofa que vont s'accomplir les sorts. Ils s'excutent; et 
Bressac est le seul qui ne peut les accomplir sans perdre 
son foutre; c'est au fond du cul de Justine qu'il l'exhale, 
pendant qu'il soufflette si cruellement la pauvre madame 
de Gernande, que les larmes coulent de ses yeux.
	Ces diffrentes scnes avaient dj, comme on le 
croit bien, fait disparatre tous les vtements, et l'on ne 
voyait plus que des nudits.
	- C'est sur ma femme, maintenant, s'cria M. de 
Verneuil, oui, mes amis, c'est sur elle que doivent tomber 
les vexations. John, et vous, Constant, tendez cette 
malheureuse  terre sur ces piles de carreaux, et que 
chacun aille aussitt lui imposer un genre de supplice au 
gr de sa perfide imagination. Vous, Ccile, ma fille et la 
sienne, placez-vous sur l'ottomane sacre (c'est ainsi que 
se nommait celle qui se voyait aux pieds de la 
reprsentation du Bon Dieu); les plaisirs que vos charmes 
vont procurer serviront de rcompense aux bourreaux de 
votre mre. Je rglerai les prix, et les distribuerai en 
raison de l'nergie avec laquelle on aura molest ma 
femme. Victor, placez-vous prs de Ccile, afin d'offrir 
de plus dlicats plaisirs  ceux qui prfreront votre sexe.
	Puis, montrant sa femme d'un ct, et ses deux 
enfants de l'autre: 
	- Courage, mes amis, s'crie-t-il; voil la victime, et 
voici la rcompense.
	Marceline est aprs de lui, elle le branle; deux 
gitons lui prtent leurs fesses. On part.
	Gernande impose le premier; et sa perfide lancette 
incise en quinze endroits, mais lgrement, les belles 
chairs de l'infortune offertes  ses fureurs; il se jette sur 
Victor, et s'en fait sucer.
	Dorothe suit, et comprime si fort les seins de 
madame de Verneuil, qu'elle lui occasionne d'affreuses 
convulsions; elle se rue sur Ccile, et la tribade lui 
dcharge au nez.
	D'Esterval suit sa femme; il pile madame de 
Verneuil, et lui pique au sang les babines du con; l'anus 
de Victor le console; il y vient faire sa dcharge.
	Bressac caresse sa tante  grands coups de poing 
dans le nez; elle en saigne; il la sodomise... lui tire les 
oreilles jusqu' lui fendre la peau, et revient, comme 
d'Esterval, enculer le charmant Victor.
	Verneuil s'approche. On croit sans peine qu'il ne 
mnagea pas sa femme; il la bat, la pince, la moleste; et 
c'est dans le beau cul de Ccile qu'il apaise aussitt son 
ardeur.
	- A toi, Victor, dit-il  son fils; voyons comme tu 
traiteras ta mre: admire sous tes yeux un parent qui ne 
marchanda pas si longtemps la sienne;  Bressac! 
encouragez votre neveu  vous imiter un jour!
	Le jeune Victor se prsente. C'est sa mre qu'un 
pre froce et brutal lui ordonne d'insulter; et c'est sa 
soeur qui va lui servir de rcompense. Hlas! le jeune 
enfant ne se prte qu'avec trop de complaisance aux 
infamies qu'on ose exiger, il n'est pas besoin de lui rien 
prescrire.
	- Belle maman, dit le petit libertin, je sais ce qui 
vous dsespre; trouvez bon que je l'entreprenne. 
Tournez-moi ce beau cul, pour que j'en jouisse de toutes 
les manires qui vous vexent le mieux.
	Il n'y avait pas  rsister. Les vieilles, entourant la 
victime, l'eussent  l'instant contenue, si elle se ft avis 
d'opposer la moindre contrarit. Victor, arm d'une 
poigne de verges, osa porter une main parricide sur 
celle dont il reut le jour. Encourag par Gernande, 
Bressac, d'Esterval, et par Dorothe mme, le monstre,  
l'instar de Bressac, fouette sa mre  tour de bras. Le 
croira-ton? Verneuil, pour mieux exciter son fils, lui 
branle le vit en dessous, pendant qu'il contient sa femme. 
Le petit libertin, tout mu, plus beau que l'Amour mme, 
malgr les horreurs qui le dgradent, s'crie: 
	- Mon pre! ah! oui, oui, tiens-la moi; tiens-la moi 
bien, pendant que je l'encule.
	Et le complaisant Verneuil, fixant les reins de son 
pouse, place soigneusement le vit de son fils au cul de 
sa tendre moiti. Voil Victor au fond, l'inceste se 
consomme, pendant que ce pre coupable excite, sert lui-
mme, en mille voluptueuses manires, les impudiques 
plaisirs de ce fils criminel.
	- Comment cueillir maintenant le prix offert? dit 
Verneuil  Victor; ton puisement te le permettra-t-il?...
	- Epuis?... moi? dit le fripon en faisant voir que 
l'assaut qu'il vient de livrer n'a fait qu'aiguiser ses armes, 
voyez, sacredieu, ce vit-l; voyez s'il n'est pas en tat de 
faire  ma soeur ce qu'il vient d'entreprendre avec ma 
mre. J'insinuerai dans le cul de la fille la merde que je 
viens de pcher dans celui de la maman; rien de plus 
dlicieux au monde!
	Et se jetant sur Ccile, il la met dans la mme 
attitude o il vient de placer sa mre. Le fripon s'apprte 
 la traiter galement, lorsque Verneuil suspendant les 
fureurs de son fils, le prie d'en retarder un moment le 
cours, pour mettre plus d'ordre  ses volupts. Ccile, 
agenouille sur le saint sofa, prsente en plein la double 
route des plaisirs: Verneuil prpare les voies; il introduit 
son fils dans celle de Sodome. A cheval sur les reins de 
Ccile, est, avec soin, place Laurette, qui prsente aux 
baisers du jeune homme,  l'endroit, le temple le plus 
frais et le plus mignon qu'ait encore eu l'Amour sur terre. 
De droite et de gauche, mesdames de Gernande et de 
Verneuil offrent leurs culs  patiner. Verneuil encule son 
fils; John le lui rend. Bressac, d'Esterval, Gernande et 
Dorothe, ivres de ce spectacle, l'entourent... le premier 
en sodomisant un giton, le second pollu par Marceline 
dont il pince les fesses, le troisime suc par Lili, et la 
quatrime enconne par Constant. Au bout d'une courte 
carrire, tout le monde atteignant le but, des flots de 
foutre impurs, sodomites, incestueux, s'lancent de toutes 
parts aux yeux de l'Eternel, mis l pour tre insult; et, en 
puisant ceux qui les perdent, les contraignent  
d'indispensables rparations.
	On s'approche du buffet. Les pts, les jambons, les 
volailles, les perdrix se taillent, se dcoupent, les flacons 
se dbouchent, tout s'avale; mais, peu d'instants aprs, 
l'exigeante desse de Cythre rappelle  ses autels 
dserts tous ces sectateurs de Comus.
	- Mes amis, dit Verneuil en reprenant poste, nous 
avons tout  l'heure consult le sort sur nos plaisirs: je 
suis d'avis maintenant d'interroger l'Etre ternel sur le 
mme objet. Le voil sous vos yeux, ce Dieu suprme qui 
connat l'avenir; j'ordonne donc  chacun d'aller se placer 
debout devant lui, le vit  la main, et de le consulter par 
la formule que vous allez trouver au pied de son trne. 
Le grand Etre dont je suis ici le ministre, et dont j'ai reu 
les ordres ce matin, vous rpondra par un billet; vous en 
excuterez le contenu. Vous vous ressouviendrez que le 
style des dcrets d'un Dieu est toujours un peu louche; 
vous aiderez  la lettre; vous devinerez l'intention, et 
vous agirez. La manire dont vous venez de vous 
conduire, Victor, assure, plus que jamais, votre rang 
parmi nous; vous ne vous prterez donc plus comme 
patient, qu'autant que le jeu vous plaira. Commencez 
Gernande; allez consulter Dieu.
	Gernande, dans l'attitude prescrite, prononce  
haute voix les paroles qu'il trouve, et que nous allons 
transcrire mot  mot.
	Erreur ! Source du renvoi introuvable.
	A peine Gernande a-t-il prononc, qu'un rouleau de 
satin blanc, lanc par la bouche de l'Eternel, tombe  ses 
genoux. Il le dveloppe, il y lit ces mots: 
	Erreur ! Source du renvoi introuvable.
	Gernande s'enferme aussitt. Nous ne rpterons 
plus que tous en firent de mme, ds qu'ils eurent reu 
leur dcret.
	Bressac succde; il lit la mme formule; le rouleau 
tombe. On y disait: Erreur ! Source du renvoi introuvable.
	Dorothe suit; le rouleau dit: Erreur ! Source du renvoi 
introuvable.
	D'Esterval parat: Erreur ! Source du renvoi introuvable.
	Verneuil arrive: Erreur ! Source du renvoi introuvable.
	Victor termine: Erreur ! Source du renvoi introuvable.
	L'impossibilit o nous voici maintenant de suivre 
chacun des acteurs dans son cabinet de retraite, est cause 
que nous ne nous attacherons, avec la permission de nos 
lecteurs, qu' celui d'entre eux qui met notre hrone en 
scne.
	- Justine, dit Verneuil ds qu'il est enferm avec 
elle, faisons passer un moment ce garon dans la garde-
robe, et coutez-moi avec attention. La voix du Dieu de 
l'univers vient de m'apprendre que je pouvais t'initier 
dans mon secret; je vais le faire; n'en abuse pas, et tche 
surtout que je n'aie pas  me repentir de ma confiance.
	Il m'est impossible de te cacher, ma chre, que tu as 
quelque chose en toi qui me plat excessivement. Mon 
frre te trouve de l'esprit, mais trop de pruderie; carte ce 
nuage qui nuit  tes attraits; renonce  tes sottes pratiques 
de religion, de vertu, et parcours avec moi la route la plus 
pineuse du crime. Consens  venir dans mes terres, et ta 
fortune est faite; mais il faut, si tu acceptes, avec un 
courage infini... un abandon... une rsignation totale...
	- Oh! monsieur, de quoi s'agit-il?
	- D'une horreur. Persuade-toi d'abord, mon enfant, 
qu'il n'existe pas dans le monde un mortel plus sclrat 
que moi; il n'en est aucun qui porte aussi loin le got du 
crime et de l'atrocit. Pour satisfaire mes intentions 
perverses sans autant de risques que les malfaiteurs 
ordinaires, et pour multiplier mes victimes, par une 
insigne trahison qui met tous mes sens en feu, dans un 
embrasement indicible, je me sers d'une poudre qui porte 
aussitt la mort dans le sein de ceux qui la respirent ou 
qui l'avalent. Cette poudre est tire de la racine d'addad, 
qui crot dans l'Afrique (1), mais dont les curieux 
peuvent lever des plantes. Le poison qui s'en extrait est 
si violent, qu'une trs petite dose suffit  donner la mort 
la plus prompte et la plus douloureuse. Tu n'imaginerais 
pas, ma chre fille, l'innombrable quantit de victimes 
qui prissent ainsi tratreusement sous mes coups. Mais 
comme celui qui se livre au crime dsire toujours au del 
de ce qu'il excute, peu satisfait encore de la multiplicit 
d'individus qui tombent prs de moi, je m'occupe d'un 
moyen d'tendre ces actions. Pour y russir, j'ai besoin 
d'une aide... J'ai jet les yeux sur toi; munie de ma 
poudre infernale, c'est le nom que je lui ai donn, tu 
parcourrais les villes, tu distribuerais ce venin; et je 
goterais le bonheur sans gal d'ajouter tes crimes aux 
miens, et de les regarder comme personnels, puisqu'ils 
deviendront mon ouvrage.
	- Quoi! monsieur, de telles horreurs?...
	- Me composent les plus doux plaisirs que je puisse 
goter dans le monde: l'action, quand je m'y livre, irrite 
d'abord incroyablement mes esprits; en apprends-je ou en 
vois-je la consommation, mon foutre chappe aussitt, 
sans que j'aie besoin d'autres secours.
	- Oh! monsieur, que je plains ceux qui vous 
entourent!
	- Non; ma femme, mes enfants, mes domestiques, 
ne courent aucun risque; ils me procurent d'autres 
plaisirs, dont je serais oblig de me passer sans eux; mais 
tout le reste, Justine, oh! tout le reste m'chauffe... 
m'excite... me met aux nues. Plus ambitieux 
qu'Alexandre, je voudrais dvaster toute la terre, la voir 
jonche de mes cadavres.
	- Vous tes un monstre; votre perversit doublera 
en raison de ce que vous lui donnerez de l'essor, et les 
tres sacrs que vous voulez bien mnager aujourd'hui 
seront bientt sacrifis  leur tour.
	- Tu crois, Justine, dit Verneuil en maniant les 
fesses de celle qu'il cherche  sduire, et lui faisant 
empoigner son vit trs irrit de ces propos?
	- J'en suis sre.
	- Et quand cela serait, mon ange, commettrai-je 
donc un si grand mal?
	- Affreux, monsieur, excrable... Et moi-mme ne 
deviendrais-je pas aussi votre victime?
	- Jamais, tu me serais trop prcieuse... trop 
ncessaire pour cela.
	- Ah! je n'en serais que plus tt sacrifie, si j'avais 
le malheur d'accepter vos offres. Ce qu'un criminel fait 
de plus sage est d'anantir ses complices; et de toutes les 
horreurs o il se livre, celle-l, sans doute, est la plus 
convenable.
	- Je n'ai qu'un mot  rpondre  tes objections, 
Justine. Tu serais matresse de la poudre, tu aurais ds 
lors sur mon existence les mmes droits que je pourrais 
acqurir sur la tienne.
	- Oh! Verneuil, il n'y a de dangereux que les armes 
qui se trouvent dans la main du crime; si la vertu les 
possde un instant, elle ne s'en sert que pour les ravir  
ceux qui peuvent en abuser.
	- Mais tu crois donc, ma fille, qu'il y a un grand mal 
 me satisfaire ainsi?
	- C'est la plus abominable de toutes les horreurs, 
parce qu'elle est, de toutes les manires de commettre le 
meurtre, la plus tratresse et la plus dangereuse... celle 
dont on peut le moins se dfendre.
	- Instruite par mon frre, rpondit Verneuil, je ne te 
rpterai point ce que lui, ou les autres philosophes avec 
lesquels tu as pass ta vie, ont pu te dire pour te prouver 
la nullit du prtendu crime appel meurtre; je ne 
m'attacherai qu' te faire comprendre que de toutes les 
faons d'y procder, celle qui ne fait point couler de sang 
est la moins affreuse sans doute. Et, en effet, tu 
m'avoueras, Justine, que si quelque chose rpugne dans 
l'action de dtruire son semblable, c'est la violence qu'on 
exerce sur lui, c'est le sang qu'on fait jaillir de ses veines; 
c'est, en un mot, le spectacle de ses meurtrissures et de 
ses plaies. Rien de tout cela dans le poison: aucun acte 
violent; la mort frappe sous vos yeux la personne 
condamne, sans bruit, sans scandale,  peine vous en 
doutez-vous. O Justine, Justine, c'est une dlicieuse 
chose que le poison! que de services il a rendus!... que de 
gens il sut enrichir!... de combien d'tres inutiles il a 
purg le monde!... de combien de tyrans il a dcharg la 
terre!... Dans le cas, par exemple, o il s'agit de briser les 
fers du despotisme, la tyrannie d'un pre, d'un poux... 
d'un matre injuste, y russit-on autrement et plus 
srement que par le poison? Ah! si ce suc prcieux n'tait 
pas ncessaire  l'homme, la nature nous l'et-elle donn? 
Y a-t-il une seule plante sur la terre qui nous soit inutile, 
une seule dont elle ne nous accorde la permission d'user 
 notre gr? Employons-les donc toutes sans choix aux 
besoins que cette mme nature nous inspire; que les unes 
nous substantent et corroborent nos forces; que celles-ci 
nous dgagent des humeurs dont la trop grande 
abondance nuirait  notre sant; que celle-l nous 
dlivrent des individus qui nous sont  charge; tout cela 
est  sa place, tout cela est dans l'ordre. La nature l'offre 
et le prescrit  la fois; il n'y a que les sots qui, ne voulant 
pas l'entendre, ou la repoussent ou l'interprtent mal.
	- Mais, monsieur, dit Justine, jamais votre frre ne 
m'a parl de semblables horreurs.
	- Ce ne sont pas ses fantaisies, dit Verneuil; il a une 
autre manire de faire le mal; il s'en tient l. Chacun 
outrage les lois, la religion et les conventions sociales  
sa guise, et l'on ne doit pas discuter des gots.
	- Eh bien! monsieur, je vous plains d'en avoir de 
pareils, et vous proteste en mme temps que je ne les 
servirai jamais.
	Malheureuse fille, tu ne savais pas  quel point tes 
refus enflammaient cet insigne libertin!
	Verneuil passe promptement de la luxure  la rage: 
	- Allons, dit-il, puisque la sduction ne produit rien, 
il faut au moins que la force me satisfasse; tourne-moi ce 
cul qui m'enflamme.
	Le vilain le claque, le baise, le mord et ordonne  
Justine de chier... La tremblante victime obit; au fait de 
toutes ces paillardises, elle croit apaiser son perscuteur, 
en le satisfaisant. Verneuil analyse l'tron, il le respire et 
l'avale...
	- Charmante fille, dit-il en se relevant, vous venez 
de me faire goter un plaisir dlicieux pour moi; il en est 
peu qui me flattent davantage. Je l'avoue, j'aime la merde 
 la folie. Mais je me croirais redevable envers vous, si 
j'avais reu sans rendre; ayez donc la bont de prendre 
ma place, je vais m'tablir  celle que vous quittez; ce 
que vous m'avez donn, Justine, vous le recevrez de moi; 
vous mangerez ma merde comme j'ai mang la vtre.
	- Grand Dieu! mon coeur se soulve.
	- Oh! foutre, cela m'est bien gal; rsigne-toi sur-le-
champ, coquine, ou je te fais tenir par l'homme qui attend 
prs d'ici mes ordres; et si tu m'y forces, putain, attends-
toi  la plus extrme rigueur.
	- Faites ce que vous voudrez, monsieur; il m'est 
impossible de me prter  une telle infamie.
	John parat aussitt; il tait muni de deux pistolets; 
il en remet un  Verneuil; et tous deux appliquent le bout 
de l'arme qu'ils ont en main, sur une des tempes de 
Justine. La malheureuse, effraye, se place.
	- Contiens l'attitude, dit Verneuil au valet, en se 
mettant  cheval sur le sein de notre hrone, et fais-lui 
ouvrir la bouche avec le canon de ton pistolet: si elle 
refuse de bonne grce: point de piti pour une fille 
dsobissante.
	Hlas! tout ne s'arrange que trop suivant les dsirs 
de cet homme infme. Il tte avec son cul s'il est 
perpendiculairement plac sur le visage de Justine; s'y 
voyant d'aplomb, il lche sa borde, et remplit la bouche 
de cette pauvre fille de la plus infecte et de la plus 
dgotante matire.
	- Ce n'est pas tout, dit-il en se relevant pour 
contempler son odieux ouvrage, il faut qu'elle avale.
	Justine est menace de nouveau. Que ne fait pas 
faire la frayeur? La malheureuse obit, mais son estomac 
se renversant aussitt, on voit qu'elle va rendre avec 
usure ce qu'on vient de la contraindre  prendre. Le 
croira-t-on? pourra-t-on se faire une assez juste ide de la 
passion effrne de cet impudique, pour comprendre les 
salets auxquelles il se livre? Verneuil qui, pendant cette 
dernire opration, n'avait cess de se faire polluer par 
John, et de le polluer galement, l'infme Verneuil colle 
sa bouche sur celle de Justine  l'instant o il la voit 
rendre gorge, et reoit dans ses entrailles le dgotant 
superflu de celles de la victime de sa lubricit.
	- Voil ce qu'il me fallait pour en venir au fait, dit-il 
 John. Allons, putain, ton derrire; tu sais que je n'ai pas 
encore sond ce beau cul; je veux le foutre.
	Facilite par John et par l'tat de souffrance dans 
lequel est Justine, l'entreprise russit aisment. Quelque 
prodigieux que soit le membre de Verneuil au moyen de 
la violence avec laquelle il s'y prend, et de l'impossibilit 
o est Justine de se dfendre, l'outil disparat bientt.
	- Bon, je la tiens, dit-il; viens m'enculer maintenant, 
mon cher John; viens me rendre ce que je fais  cette 
garce.
	Les deux oprations s'enclavent, se marient; mais 
notre triste aventurire est loin de prvoir le dnouement 
que lui prpare la frocit de ce monstre. Appuye sur le 
canap qui la soutenait, tout son corps y pse avec force: 
Verneuil, matre d'un ressort, le lche; le canap 
s'enfonce; et Justine, entrane, quitte la cheville par 
laquelle elle est fixe, et tombe,  plus de vingt pieds de 
profondeur, dans un vaste bassin d'eau  la glace, prpar 
pour la recevoir. Tel est le moment de l'jaculation de 
Verneuil; sa main achve la besogne.
	- Oh foutu bougre de dieu, s'crie-t-il, elle 
m'chappe. Et le sperme, dont il aurait arros sans cela le 
cul de la victime, coule  gros bouillons sur les flots o 
se dbat cette malheureuse. Ordonne qu'on la pche, dit 
flegmatiquement Verneuil  John qui venait de lui 
dcharger dans le cul; va, car la gueuse pourrait bien se 
noyer, et nous en avons encore besoin: je l'y laisserais, 
ma foi, sans cela.
	Notre homme revient au salon aprs ce bel exploit. 
Gernande, Bressac, d'Esterval, Victor et Dorothe, y 
rentraient presque en mme temps. Chacun se rendit 
compte avec intrt des plaisirs solitaires dont il venait 
de jouir. Il n'y avait pas eu un seul cabinet o quelques 
semblables espigleries n'eussent t mises en excution; 
et, comme tous avaient galement des trappes, chacun de 
ces sclrats prvenus s'en tait servi de mme. Mais les 
embches taient diffrentes. Un des mignons de 
Bressac, celui qu'il enculait, tait tomb dans les 
commodits, et l'on ne savait comment faire pour l'en 
sortir. Dorothe avait prcipit la Gernande sur des 
fagots de ronces. La jolie Ccile, plus jeune et plus 
mnage, jete sur des matelas par d'Esterval, en avait 
t quitte pour la peur. Victor avait laiss tomber l'un des 
gitons qui lui avait t confi, dans les flammes d'esprit-
de-vin, ce qui avait fait croire  ce malheureux jeune 
homme qu'il allait prir par le feu. Et Gernande, enculant 
la Verneuil, l'avait laisse couler sur trente bougies 
allumes qu'elle avait teint de son corps. Les victimes, 
baignes, rafrachies, reparurent; et l'on s'occupa d'un 
plan gnral.
	- Je me sens mieux en train que jamais, dit 
Verneuil, plus j'avance dans la carrire de la luxure, et 
mieux je bande. La perte de la semence fatigue... absorbe 
les hommes ordinaires; elle m'irrite, moi, elle me prpare 
 de nouveaux actes libidineux; plus je dcharge, et plus 
je suis libertin. Placez-vous tout le long de ce vaste 
canap, les genoux sur le bord; et exposez-moi vos fesses 
indistinctement. Filles, garons, femmes, vieilles, il faut, 
sacrenom d'un dieu, que tout y passe, except ces deux 
jeunes enfants, poursuit-il en montrant Rose et Lili; je les 
rserve pour une autre occasion.
	On s'arrange, en observant d'entremler les sexes. 
Bressac est le premier qui fait voir les fesses  son oncle. 
Marceline venait ensuite; sitt qu'elle a reu son 
offrande, elle s'empare d'une poigne de verges, et suit 
son frre en le flagellant. L'infernal Verneuil ne fait 
grce  pas un. Il sodomise les hommes et les vieilles 
avec la mme ardeur que les filles et les garons. Il 
parvient enfin  Gernande, sans avoir couronn son 
extase; il encule son frre. Erreur ! Source du renvoi introuvable.
	La chane se rompt.  L'immoral enfant, conduit par 
son pre, encule les trois individus dsigns, pendant que 
Verneuil le fout lui-mme. Le paillard, gar de nouveau, 
se fait donner des verges; et tombant sur les trois putains 
de son fils, il les met en sang toutes trois. Remettant 
l'arme  son colier: 
	- Fouette ta mre, trille tes soeurs, lui dit-il; ne les 
mnage pas, ne crains pas surtout d'outrager la nature. Ce 
n'est jamais qu'au del des bornes connues, que la 
bougresse a fix le plaisir; on ne le saisit bien qu'en 
dpassant les limites que les sots prtendent qu'elle nous 
prescrit. Point de volupts sans crime. Ah! comme ils 
travaillaient pour nos plaisirs, ces lgislateurs imbciles 
qui prtendaient donner des lois  l'homme: s'en foutre, et 
les toutes enfreindre, mon ami, voil le seul art de jouir. 
Connais cet art, et brise tous les freins.
	- Papa, dit le petit fripon en trillant sa mre de 
toutes ses forces, tu sais qu'il y a longtemps que je te 
demande la permission de fouetter maman sur la gorge; 
accorde-moi donc cette faveur, et tu vas voir mon vit 
comme il cumera.
	Une telle effervescence enflamme tout le monde. 
Bressac baise mille fois un enfant si semblable  lui; 
Gernande veut que sa femme se runisse  madame de 
Verneuil. Comme tante, dit ce libertin, elle a, ce me 
semble, des droits  l'intemprance de ce cher neveu. Les 
deux victimes sont places  genoux, le dos appuy 
contre le sofa sacr; et le barbare enfant, que chacun 
contemple  plaisir, sans calculer les suites funestes d'un 
caprice aussi dangereux, frappe indiffremment de ses 
verges les belles gorges exposes  ses cruauts. Un tel 
spectacle chauffe l'assemble. Bressac encule d'Esterval 
qui lui-mme sodomise un giton; Gernande suce les vits 
de John et de Constant, pendant que Marceline le fouette; 
et Dorothe, s'emparant de Justine, lui enfonce son 
clitoris dans le cul. Cependant madame de Verneuil, sur 
laquelle la rage de ce petit sclrat semble s'exercer avec 
le plus de plaisir, s'vanouit sous les coups qui lui sont 
ports; et le monstre, oubliant, profanant la plus sainte loi 
de la nature, ose arroser de foutre le sein ensanglant qui 
lui donna la vie.
	Le jour avanait, et les forces commenant  
s'puiser, on imagina, pour les rparer, d'ouvrir encore 
quelques pts, de faire sauter quelques bouteilles de vin 
de Champagne, et d'interroger ensuite l'image de Dieu,  
dessein de savoir l'art auquel on aurait recours pour 
retrouver une nergie dont on avait besoin au 
dnouement.
	Les estomacs remplis, et les ttes allumes, 
Verneuil aprs avoir fait baiser trois fois son cul  
l'Eternel, lui demande par quel procd il croit qu'on peut 
reprendre un peu de vigueur.
	- Par des supplices particuliers, rpond l'image 
divine. Que chacun repasse dans ses cabinets, et qu il se 
serve de l'instrument qu'il y trouvera tabli. Vous, 
Gernande, emparez-vous de madame de Verneuil; vous 
Verneuil, prenez votre fille Ccile; que d'Esterval prenne 
madame de Gernande; Dorothe passera avec Laurette et 
Marceline; Victor, aid de Constant, s'enfermera avec 
Justine.
	Seulement, obligs de suivre ici notre hrone, nous 
ignorons quels furent les supplices o les autres furent 
condamns. Nous dirons simplement que notre 
malheureuse aventurire trouva, dans le cabinet qui lui 
tait destin un meuble de torture, en usage parmi les 
bourreaux d'Italie. Fixe sur le croupion au haut de cette 
infernale machine, ses quatre membres taient attachs 
en l'air, et son corps pesant sur cette partie chatouilleuse 
et faible que soutenait le fatal instrument, lui 
occasionnait, au moyen de ce poids, une douleur si 
violente, qu'il en rsultait un rire sardonique, 
extrmement curieux  examiner. On n'imagine pas le 
plaisir qu'eut Victor de faire tablir l, par celui qui 
l'aidait, la triste et malheureuse Justine. Le petit sclrat 
l'y contint prs d'une demi-heure, en se faisant branler 
par Constant; puis, courant chercher son pre: 
	- Oh! mon ami, lui dit-il, j'ignore  quel supplice tu 
condamnes ta fille Ccile; mais je te jure qu'il ne peut 
d'imposer tre de plus dlicieux que celui que je viens d 
imposer  Justine; viens-y placer ma soeur, je te le 
demande avec instance.
	Verneuil, que rien ne satisfaisait, et qui ne se 
trouvait pas assez dlect des affreuses douleurs 
qu'arrachait  Ccile un horrible chevalet sur lequel il 
l'avait pose, la dtache et la conduit sur la manivelle 
italienne. Erreur ! Source du renvoi introuvable. Tous deux 
consomment ce dernier crime, se nichent ensemble, l'un 
au con de sa fille, l'autre au cul de Justine, et dchargent 
 la fois, en molestant les charmes de l'une et de l'autre 
victime... dj rompues de la sance questionnaire o ces 
sclrats viennent de les soumettre.
	C'est l'instant de frapper les grands coups. 
Jusqu'alors les deux enfants de Verneuil et de Laurette sa 
fille, taient, pour ainsi dire, rests dans l'inaction. A la 
fltrissure des prmices de ces deux beaux enfants, 
consistaient les grands projets de ces jours de fte. Tout, 
dans ce dlicieux sacrifice, flattait excessivement 
Verneuil: ces individus taient du plus bas ge, et voil 
comme il lui fallait des victimes; ils taient  la fois ses 
enfants et ses petits-enfants. Quelle dlicieuse recherche 
pour un homme dont tous les plaisirs gisaient dans 
l'inceste! On les prsente donc l'un et l'autre  ses 
luxurieuses entreprises: Laurette, leur mre, et madame 
de Verneuil, devaient contenir les holocaustes. Victor 
tait charg d'humecter les voies, et de guider le dard de 
son pre dans les routes voluptueuses qu'allaient 
prsenter son frre et sa soeur. En attendant que tout se 
prpare, Verneuil, pour se ranimer, jouit des plaisirs 
passifs de Sodome. John et Constant l'enculent tout  
tour; il veut que Justine lui suce la bouche et lui branle le 
vit pendant ce temps-l. En peu de minutes notre 
complaisante hrone rend  la vie ce triste invalide de 
Cythre; et les deux meilleurs soufflets qu'elle ait reus 
de ses jours, deviennent les gages de la reconnaissance 
qui lui est due. Parfaitement excit, le drle s'lance du 
mme bond sur la petite fille de sept ans. Les prmices 
du cul sont ceux qui s'offrent les premiers. Victor guide, 
avec une incroyable adresse, le membre effrayant de son 
pre au trou mignon qu'on lui fait voir; mais quelles que 
soient l'adresse de l'un et l'agilit de l'autre, l'attaque 
parat impossible. Cependant la victime, parfaitement 
contenue, ne peut offrir aucune rsistance; sa dfaite 
devient donc certaine; elle l'est effectivement; et le 
monstre,  force de pommade, disparat en trois tours de 
reins dans l'antre troit des plaisirs de Gomorrhe. 
Marceline remplace aussitt Laurette dans l'emploi de 
contenir le sujet. Pour mieux exciter son pre dans les 
plaisirs qu'il gote  jouir de sa fille, elle lui fait baiser 
les superbes fesses d'un enfant plus rapproch de lui d'un 
degr que celle qu'il sodomise. Victor, qui n'a plus besoin 
l, vient, en enculant son pre, placer Verneuil entre les 
deux rsultats de sa couille. Mais la frocit de cet 
incestueux, qui ne peut-tre une minute sans aliment, 
exige que Gernande fouette devant lui Marceline, c'est--
dire, la grand-mre de celle dont il travaille l'anus; et 
Gernande, dont on connat les gots sanguinaires, veut, 
pour faire couler plus tt le sang, n'employer sur le gros 
cul de cette femme, qu'un martinet  pointes de fer.
	- Je voudrais bien, dit Verneuil, toujours en foutant, 
que d'Esterval, pour achever de m'irriter, saist le cul de 
ma femme dans la posture o la voil, et qu'il l'trillt 
d'importance.
	- Ne pourrais-je pas, dit Bressac, rendre le mme 
service  Laurette? son attitude tant semblable, je puis 
la saisir de mme.
	- Assurment, rpond Verneuil; mais il faudra donc 
que Dorothe vienne foutre Victor de son dlicieux 
clitoris.
	- Bon, dit John; et moi, j'enculerai Dorothe.
	- En face de vous tous, dit Constant, je vais, si cela 
plat, sodomiser Justine.
	- Sous les conditions, dit Verneuil, que tu 
t'environneras de bardaches, qui, par leur attitude, 
m'offrirons leurs fesses  baiser.
	- Bien de plus ais, dit une des vieilles en disposant 
tout; et nous, ajouta-t-elle en parlant de ses trois 
compagnes, nous allons parcourir les rangs, les verges  
la main, pour vous exciter davantage.
	- Non, non, dit Verneuil; j'aime mieux qu'elles se 
troussent au-dessus de moi; je veux que les rides de leurs 
vieux culs forment, avec les beauts que j'ai sous les 
yeux, le contraste le plus agrable  la vritable luxure. 
Vous chierez, garces, entendez-vous; vous vesserez, vous 
pterez, pendant que mon foutre coulera.
	Et tout tant ainsi dispos, le coquin, bandant  
merveille, veut cueillir du mme coup l'une et l'autre 
fleur. Les cruels projets de cet ours s'accomplissent 
bientt; et la pauvre petite Rose, fltrie de toutes parts 
dans un mme instant, va porter au sein de sa mre et son 
dshonneur et ses larmes.
	Lili remplace. Toutes les postures varient; mais la 
mme lubricit les dessine, d'gales infamies les 
assaisonnent. La crise approche  la fin; d'tonnants 
blasphmes la prparent. Verneuil dcharge comme un 
taureau, et veut qu'au sortir du cul de son petit-fils, ce 
soit la bouche de Justine qui purifie son engin merdeux. 
Erreur ! Source du renvoi introuvable., dit-il  Victor, Erreur ! Source du 
renvoi introuvable. De nouveaux groupes entourent ces 
derniers carts de luxure; et, aprs quelques instants de 
calme et de rafrachissements, on procde au dernier acte 
de ces dlicieuses orgies.
	Oh! juste ciel! par quelles horreurs elles vont se 
terminer.
	Un vaste fauteuil  cinq places, construit de 
manire que ceux qui y sont placs se trouvent dos  dos, 
est lev au milieu du salon. Bressac, Gernande, 
Verneuil, d'Esterval et Dorothe s'asseyent dans ce sige. 
Chacun de ces individus place un giton entre ses jambes; 
John, Constant et Victor papillonnent autour. Un cercle 
environne ce large fauteuil, en ne laissant qu'un pied 
d'intervalle entre ce sige et lui. Ceux qui forment ce 
cercle sont mesdames de Verneuil et de Gernande, 
Justine, Laurette, Marceline, Ccile, Lili, Rose, et les 
quatre vieilles, qu'on fait mettre nues; tous ces 
malheureux tres se tiennent par la main. Tel est l'tat 
dans lequel Gernande veut qu'ils soient pour tre saigns 
tous les douze  la fois des deux bras; ce qui va former 
vingt-quatre fontaines, dont les flots rejailliront sur les 
sclrats placs dans le fauteuil. Les deux tristes pouses 
veulent se rcrier sur l'atrocit de ces excs; on rit de 
leurs remontrances; et la scne ne s'en prpare pas moins. 
Verneuil y dsire du raffinement.
	- Je veux, dit-il, que mon fils Victor saigne lui-
mme sa mre et ses soeurs.
	- De ses jours il n'a touch de lancettes, s'crie 
madame de Verneuil.
	- Tant mieux, rpond mchamment Gernande; c'est 
l prcisment ce qu'il nous faut.
	Le jeune Victor, empress de concourir  cette 
sclratesse, assure qu'il s'en tirera tout aussi bien que 
son oncle. L'opration commence; M. de Gernande se 
lve, et la dirige. Victor dbute sous les yeux de son 
matre, qui, mchamment, lui branle le vit, pendant qu'il 
opre, afin que la luxure, agitant ses nerfs, le contraigne 
 trembler et  estropier quelqu'un. Gernande achve; les 
jets partent presque  la fois de tous les bras. Le 
phlbotomiseur revient se placer; et voil nos cinq 
libertins, couverts de sang, qui s'excitent  ce spectacle, 
pendant que leurs gitons les sucent, et que Victor, les 
verges  la main, parcourt le cercle  revers, pour 
empcher,  force de coups, que les victimes ne perdent 
connaissance. Rien n'gale l'audace dont cet nergumne 
frappe indistinctement tous les culs; frre, mre, soeur, 
rien n'est pargn par son bras vigoureux. Cependant nos 
libertins de l'intrieur du cercle sont absolument inonds 
de sang, ainsi que les gitons qui les amusent; John et 
Constant, dont ils branlent les vits, en sont galement 
couverts; on ne l'a jamais vu couler avec tant 
d'abondance. En ce moment, Ccile chancelle, elle 
tombe, malgr tous les efforts de ceux qui sont auprs 
d'elle pour la retenir.
	- Ah! dit Verneuil, qui bandait ferme  ce spectacle, 
ah! sacredieu, je gage que ma fille est perdue; ce petit 
tourdi l'aura manque; le voil fratricide, pour son coup 
d'essai.
	- Rien n'est plus certain, dit Gernande.
	- Ah! double foutu dieu, dit le jeune homme, en 
couvrant de foutre le visage de sa soeur expirante, sacr 
bougre de Dieu dont je me fous, jamais je n'eus tant de 
plaisir.
	Ici tous les bras se rebandrent en hte. Madame de 
Verneuil absorbe sur le corps de sa fille, le couvre de 
larmes et de baisers. On essaie quelques remdes, et leur 
parfaite inutilit les fait abandonner aussitt. Verneuil, 
trs consol de cette perte, parce que personne ne tenait 
moins que lui  un objet... surtout quand il en tait 
rassasi, Verneuil demande  son fils s'il l'a fait exprs.
	- Non vraiment, dit l'insigne coquin; je vous prie, 
cher pre, d'tre bien persuad que, si j'avais eu une 
victime  choisir, c'et t madame votre pouse... Tout 
le monde clate de rire... Et voil comme on levait ce 
jeune sclrat; voil comme on l'apprivoisait 
insensiblement aux plus excrables forfaits.
	- Sacredieu, dit d'Esterval, je suis dsol que cette 
jolie fille crve si tt; j'avais dessein de l'enculer.
	- N'es-tu donc pas encore  temps? dit Bressac.
	- Pardieu, tu as raison, dit l'aubergiste; qu'on me la 
tienne, et je l'y fais passer.
	- C'est moi, mon ami, dit Verneuil, c'est moi qui 
vous rendrai ce service, en reconnaissance de tous ceux 
que m'a rendus votre aimable femme. Et, saisissant sa 
fille moribonde, il la prsente  d'Esterval, qui la 
sodomise aussitt. Chacun de ces sclrats veut, dans son 
genre et suivant ses gots, se permettre d'gales atrocits; 
et l'on n'a pas ide des excrations o se livrent ces 
monstres, jusqu'au dernier moment, avec cette 
malheureuse petite fille. Jamais les peuples les plus 
cruels, jamais les plus froces anthropophages 
n'atteignirent  ce degr d'horreur, de cruaut. Elle expire 
 la fin et les banquettes de la terrasse, dont nous avons 
prcdemment parl, ensevelissent  jamais le crime 
pouvantable qui vient de se commettre avec autant 
d'audace que de frnsie.
	Oh! quelle passion que la luxure! Si elle est la plus 
dlicieuse de toutes celles dont la nature nous inspire le 
got, on peut bien assurer qu'elle est en mme temps la 
plus forte et la plus dangereuse.
	Excds de fatigues, on fut  la fin se coucher. Et 
Verneuil, auquel une nouvelle ide luxurieuse rendait 
aussitt toutes ses forces, ainsi que nous l'avons dj dit, 
voulut absolument passer la nuit avec sa fille Laurette, 
qui, de tout ce qui est l, est celle qui possde le mieux 
l'art de l'lectriser. Chacun s'arrange  peu prs de mme; 
et Justine a l'honneur de partager la couche de Dorothe, 
qui ne peut se rassasier d'elle.

	(1) 		En Numidie.



 

CHAPITRE XVI

FIN DES ORGIES - DISSERTATION - COMMENT 
LA SOCIETE SE SEPARE - FUITE DE
JUSTINE

	La luxurieuse assemble, runie le lendemain pour 
de nouvelles infamies, s'amusa tout aussi gaiement que si 
la plus atroce de toutes les cruauts n'et pas t 
commise la veille. Et voil quelle est l'me de ces 
libertins; absolument blass sur toute autre sensation que 
celle de leurs vices, la plus coupable indiffrence ou les 
entrane  de nouveaux crimes, ou les console bientt des 
anciens. Rose et Lili soutinrent ce jour-l et les deux 
suivants, tout le poids des lubricits de ces monstres. 
Pour Gernande, s'acharnant sur Marceline, sa soeur,  
laquelle il trouvait les plus beaux bras du monde, il la 
saigna dix fois dans ces deux jours, collant sans cesse sa 
bouche sur les jets de sang, les laissant jaillir dans son 
gosier, et s'en humectant les entrailles. Erreur ! Source du renvoi 
introuvable. Tous essayrent ce charmant pisode; Dorothe 
mme avala le sang de Marceline. Ces horreurs 
s'entremlaient de promenades, pendant l'une desquelles 
Bressac dcouvrit une jeune fille de quatorze ans, belle 
comme le jour, et qu'il enleva pour en amuser la socit. 
Rien ne fut reu comme ce prsent; et il n'y eut sorte de 
vilenies, de supplices et d'excrations qui ne se 
commirent avec cette malheureuse. On raisonnait un soir 
sur l'heureux hasard de cette dcouverte, quand madame 
de Gernande s'avisa de dire: Erreur ! Source du renvoi introuvable.
	- Mon ami, dit Verneuil  son frre, si ma femme 
et os me faire un raisonnement aussi absurde que 
celui-l, je l'eus fait mettre  genoux devant la 
compagnie, et fustiger jusqu'au sang par mon laquais; 
mais comme madame ne m'appartient pas, je vais me 
contenter de pulvriser son objection.
	- Voil qui est  merveille, rpondit le matre du 
chteau; mais comme je ne prtends pas tre plus doux 
que mon frre, la socit trouvera bon que madame de 
Gernande n'coute le discours qui va lui tre fait, que 
dans une attitude de douleur. Je la condamne donc  tre 
 quatre pattes, les fesses fort en l'air; deux bougies, trs 
prs de son cul, en grsilleront lentement la peau pendant 
ce temps-l.
	Des bravos retentirent; madame de Gernande est 
place, et Verneuil commence.
	- Etablissons d'abord, je vous prie, dit Verneuil, 
comme bases inbranlables de tout systme sur pareilles 
matires, qu'il y a ncessairement dans les intentions de 
la nature une classe d'individus essentiellement soumise 
 l'autre par sa faiblesse et par sa naissance; ceci pos, si 
le sujet sacrifi par l'individu qui se livre  ses passions 
est de cette classe faible et dbile, le sacrificateur, en ce 
cas, n'a pas fait plus de mal que le propritaire d'une 
ferme qui tue son cochon. Douteriez-vous de mon 
premier principe? Parcourez l'univers, je vous dfie d'y 
trouver un seul peuple qui n'ait eu sa caste mprise; les 
Juifs formaient celle des Egyptiens; les Ilotes celle des 
Grecs; les Parias celle des Brames; les Ngres celle de 
l'Europe. Quel est, je vous prie, le mortel assez imbcile 
pour oser affirmer, en dpit de l'vidence, que tous les 
hommes naissent gaux en droits et en force! Il 
n'appartenait qu' un misanthrope comme Rousseau 
d'tablir un pareil paradoxe, parce que, trs faible lui-
mme, il aimait mieux rabaisser  lui ceux auxquels il 
n'osait s'lever. Mais de quel front, je vous le demande, 
le Pygme de quatre pieds deux pouces pourra-t-il 
s'galer  ce modle de taille et de vigueur  qui la nature 
accorde et la force et la taille d'Hercule? Ne vaudrait-il 
pas autant dire que la mouche est gale  l'lphant? La 
force, la beaut, la taille, l'loquence: telles furent les 
vertus qui, dans l'origine des socits, firent dcerner 
l'autorit  ceux qui les gouvernrent. Une famille, une 
bourgade, contrainte  dfendre ses possessions, choisit 
bien certainement dans son sein l'tre qui lui parat runir 
une plus grande somme des qualits que nous venons de 
peindre. Ce chef, une fois revtu de l'autorit qui venait 
de lui tre confie, prit des esclaves parmi les plus 
faibles, et les immola sans piti au plus lger besoin de 
ses intrts ou de ses passions...  la fantaisie mme de 
ceux qui l'avaient mis en place. Combien de fois peut-
tre cette cruaut fut-elle ncessaire au maintien de son 
autorit? Qui doute que le despotisme des premiers 
empereurs de Rome ne ft utile  la splendeur de cette 
souveraine de l'univers? Lorsque les socits s'tablirent, 
les descendants de ces premiers chefs, accoutums  
reprsenter, quoique souvent leurs forces ou leurs 
qualits morales n'galassent plus celles de leurs pres, 
continurent de maintenir l'autorit sur leurs ttes ou 
dans leurs maisons; voil l'origine de la noblesse dont la 
tige se dcouvre dans la nature mme. Des esclaves 
continurent de se ranger autour d'eux, ou pour les servir, 
ou pour maintenir, sous les ordres de ce chef, la grandeur 
et la prosprit de la nation; et ce matre, sentant 
combien il lui devenait essentiel d'en imposer, tant pour 
son intrt que pour l'intrt gnral, devint cruel par 
ncessit, par ambition, et le plus souvent par libertinage. 
Tels furent les Nron, les Tibres, les Hliogabale, les 
Venceslas, les Louis XI, etc. Ils hritaient d'un pouvoir 
transmis  leurs prdcesseurs par ncessit; ils en 
abusaient par caprice. Mais quel mal entranaient ces 
abus? beaucoup moins sans doute que le retranchement 
de leurs pouvoirs; car l'abus maintenait l'empire, en 
faisant tomber quelques victimes; la suppression de 
l'autorit ne les pargnait pas, et plongeait les peuples 
dans l'anarchie. Il y a donc (et c'est o j'en veux venir) 
trs peu d'inconvnients  ce que le plus fort abuse de sa 
puissance; on ne saurait mettre d'obstacle  ce qu'il 
crase le plus faible. Toutes les oprations de la nature 
ne sont-elles pas d'ailleurs des exemples de cette lsion 
ncessaire du fort sur le faible? L'aquilon brise le roseau; 
les soulvements intrieurs de la terre culbutent, 
dgradent la frle habitation imprudemment leve sur 
elle; l'aigle engloutit le roitelet; nous ne respirons pas, 
nous ne remuons pas un de nos membres, que nous ne 
dtruisions des fourmilires d'atomes. Et bien! vous 
disent ici les imbciles partisans d'une impossible galit, 
nous ne pouvons disputer la priorit physique et morale 
de certaines cratures sur d'autres: elle nous frappe, il 
faut en convenir; mais accordez-nous au moins que tous 
les tres doivent tre gaux aux yeux de la loi. Et voil 
certes ce dont je me garderai bien de convenir. Comment 
voulez-vous en effet que celui qui a reu de la nature la 
plus extrme disposition au crime, soit  cause de la 
supriorit de ses forces, de la dlicatesse de ses organes, 
soit en raison de l'ducation ncessite par sa naissance 
ou par ses richesses; comment, dis-je, voulez-vous que 
cet individu puisse tre jug par la mme loi, que celui 
que tout engage  de la vertu ou de la modration? Serait-
elle plus juste la loi qui punirait de mme ces deux 
hommes? Est-il naturel que celui que tout invite  mal 
faire, soit trait comme celui que tout engage  se 
comporter prudemment? Il y aurait  ce procd une 
inconsquence affreuse, une injustice abominable, que 
toute nation prudente et sage ne pourrait jamais se 
permettre. Il est impossible que la loi puisse galement 
convenir  tous les hommes. Il en est de ce mdicament 
moral comme des remdes physiques. Ne ririez-vous pas 
du charlatan qui, n'ayant qu'une pratique semblable pour 
tous les tempraments, purgerait le fort de la halle 
comme la petite-matresse  vapeurs? Eh! non, non, mes 
amis, ce n'est que pour le peuple que la loi est faite. Se 
trouvant  la fois le plus faible et le plus nombreux, il lui 
faut absolument des freins dont l'homme puissant n'a que 
faire, et qui ne peuvent lui convenir sous aucun rapport. 
La chose essentielle, dans tout gouvernement sage, est 
que le peuple n'envahisse pas l'autorit des grands; il ne 
l'entreprend jamais, sans qu'une foule de malheur ne 
bouleversent l'tat, et ne le gangrnent pendant des 
sicles. Mais, tant qu'il n'y aura, dans une nation 
quelconque, d'autre inconvnient que celui de l'abus des 
pouvoirs du fort sur le faible, comme le rsultat n'en est 
que de river les fers au peuple, cette action deviendra 
bonne au lieu d'tre mauvaise; et toute loi qui la 
protgera, tournera ds lors  la gloire de l'tat et  sa 
prosprit. Le rgime fodal favorisait cette manire de 
voir; et c'est sous lui que la France est parvenue au 
dernier degr de sa grandeur et de sa prosprit...  
l'exemple de Rome qui ne fut jamais si grande, que 
quand le despotisme fut  son dernier priode. Il y a une 
infinit de gouvernements en Asie o les grands peuvent 
tout faire, o le peuple seul est enchan. C'est agir 
contre la nature, que de prtendre diminuer la force de 
ceux auxquels sa main l'a dpartie; c'est la servir que 
d'imiter les modles de cruaut, de despotisme, qu'elle 
offre sans cesse  nos regards... que d'user de tous les 
moyens qu'elle a mis dans nous pour dployer notre 
nergie; celui qui s'y refuse est un sot qui ne mrite pas 
le prsent qu'il a reu d'elle... Et Verneuil, revenant ici  
l'objet de la discussion: Nous n'avons donc nul tort, mes 
amis, de faire servir cette crature  tous les caprices de 
notre lubricit. Nous l'avons enleve; et nous sommes les 
matres ds que la nature nous rend les plus forts, d'en 
faire tout ce que nous voudrons. Il n'y aurait que les 
imbciles ou des femmes qui pourraient le trouver 
mauvais; parce que ces deux sortes d'individus, faisant 
partie de la classe des faibles doivent ncessairement en 
prendre le parti.
	- Eh! qui doute, dit Bressac, lectris par la morale 
de son oncle, qui peut ne pas tre convaincu que la loi du 
plus fort ne soit la meilleure de toutes, la seule qui rgle 
les ressorts du monde, qui soit  la fois la cause et des 
vertus qui rtablissent le dsordre, et des crimes qui 
maintiennent l'ordre dans chacun des rouages de ce vaste 
univers?
	Nos lecteurs imaginent aisment que de tels 
systmes, dans la tte des gens dont ils lisent l'histoire, 
devaient ncessairement exalter leurs carts. Madame de 
Gernande fut condamne, malgr ses douleurs,  rester 
dans la mme attitude o ces sclrats l'avaient mise, et 
ce fut sur elle que se raffinrent, avec la nouvelle 
victime, toutes les manires de saigner, et toutes les 
lubricits possibles  excuter pendant l'effusion du sang. 
D'Esterval prtendit qu'il devait tre dlicieux de foutre 
pendant ce temps-l; il le fit; et les loges qu'il prodigua 
 cette nouvelle passion engagrent les autres  l'imiter. 
Verneuil dit qu'il fallait pincer, piquer, molester la 
crature phlbotomise, tout en la foutant: on la couvrit 
de meurtrissures. Gernande voult qu'elle branlt les vits 
de chaque main, et que ces engins s'inondassent de sang: 
autre caprice qui fut trouv dlicieux. Victor prtendit 
qu'il fallait donner des clystres, et les voir rendre 
pendant la saigne. La d'Esterval soutint que ce qu'il y 
avait de mieux  faire tait de la pendre par les cheveux 
pendant que les saignes couleraient des quatre 
membres; nouvelles dcharges. On en fit tant enfin que 
la malheureuse enfant fut bientt rejoindre Ccile. On 
l'enterra prs d'elle; et de nouveaux forfaits embrasrent 
bientt l'imagination de ces cannibales.
	Au sortir d'un dner o l'on s'tait permis les plus 
grandes dbauches, o les ttes, prodigieusement 
exaltes, n'admettaient plus ni freins ni barrires, o l'on 
avait rig l'indcence en principe, la cruaut en vertu, 
l'immoralit en maxime, l'athisme en opinion seule faite 
pour le bonheur des hommes, tous les crimes en 
systmes; o la volupt la plus crapuleuse, ayant 
entreml les excs de la table, on avait port l'garement 
au point d'enculer des bardaches, sans cesser de boire et 
de manger; o l'on avait ml aux aliments dont on se 
gorgeait, les excrments exhals du corps de ces gitons, 
leurs larmes, leur sueur et leur sang; au sortir de ce repas 
infernal, Gernande et Verneuil dcidrent enfin que le 
sang de Ccile et de la jeune personne que l'on venait 
d'immoler, ne suffisait pas aux dieux infernaux  qui 
s'adressait cette fte, et qu'il fallait essentiellement une 
victime de plus. Ici toutes les femmes frmirent. Notre 
malheureuse Justine, sur laquelle plusieurs yeux se 
tournrent, pensa se trouver mal, lorsque Gernande 
proposa  l'assemble de convenir que la victime serait 
choisie  la supriorit des fesses; et voici le sophisme 
dont il se servit pour tayer son opinion: Celle qui a le 
plus beau cul, disait-il, doit ncessairement tre celle qui 
nous a fait le plus dcharger. Or, la crature qui a le plus 
excit nos dsirs, doit tre celle dont nous devons tre le 
plus dgots: c'est donc elle dont il faut 
indispensablement se dfaire...
	- Non, dit Verneuil, il y aurait de la partialit; il faut 
l'exclure absolument, et que le sort seul en dcide. 
Consultons le Dieu qui dj sut nous indiquer de si 
bonnes actions; sa voix dsignera la victime, il ne pourra 
plus nous rester de regrets...
	- Excellente manire de se rassurer, dit d'Esterval 
en clatant de rire; jamais les dogmes jsuitiques ne 
furent raffins  ce point, Allons, notre dieu sera bientt 
rdifi; allons le consulter dans son temple.
	On crivit sur des bulletins les noms de Justine, des 
dames de Gernande et de Verneuil, de Marceline. de 
Laurette et de Rose. Ces six noms, placs dans le calice 
qui avait servi aux prcdentes orgies, furent prsents 
par Lili  l'effigie de l'Eternel, qui, aprs un moment de 
rflexion, met sa main dedans, et jette le billet qui en 
sort. Bressac le ramasse avec empressement; il y lit le 
nom de madame de Gernande... Je l'aurais pari, dit 
froidement le mari; j'ai toujours cru le ciel juste  mon 
gard; je suis ravi que, par un choix aussi plein d'quit, 
sa rputation se conserve. Allons, ma tendre amie, dit-il 
en s'approchant de sa malheureuse femme, allons, mon 
coeur, un peu de courage. De toutes les occasions o il 
faut savoir prendre son parti avec fermet, celle-ci, sans 
doute, est la plus importante... c'est un mauvais moment  
passer... oh! bien mauvais mon ange... car nous vous 
ferons incroyablement souffrir, cela est certain. Mais cela 
finira; vous rentrerez paisiblement alors dans le sein de 
cette nature qui vous aime tant... et qui nanmoins vous 
destine une assez vilaine manire de vous runir  elle. 
Rassurez-vous, cependant, mon amour; ne vaut-il pas 
mieux mourir tout de suite, que de poursuivre 
l'ennuyeuse carrire o mes passions vous prcipitaient? 
C'tait une suite continuelle de tourments; ils vont finir: 
une ternit de bonheur vous attend, vos vertus vous 
l'assurent. Ce qui m'afflige, moi, mon enfant, je vous le 
rpte, c'est la route pineuse... le chemin excessivement 
douloureux, par lequel vous allez parvenir aux dlices 
qui vous sont prpares pour toujours. Et le cruel poux 
persiflerait peut-tre encore sa malheureuse femme, si le 
fougueux Verneuil ne se ft  l'instant jet sur la victime, 
pour en jouir dlicieusement, disait-il dans l'tat de crises 
et d'angoisses o elle devait tre. Le sclrat l'enconne, la 
lime avec ardeur... cueille avec impudence des baisers 
luxurieux sur une bouche fltrie par les plus amres 
douleurs, et qui ne s'ouvre plus qu'aux plaintes et au 
dsespoir...
	- Attends, dit Gernande  son frre en l'engageant  
ne point prcipiter son extase, il faut que ce soit en 
jouissant d'elle, toi par devant, Bressac en cul, moi dans 
la bouche, d'Esterval et Victor sous les aisselles, que 
nous prononcions tous cinq son supplice. Qu'on nous 
donne ce qu'il faut pour crire, poursuit-il ds qu'il voit 
son ide remplie; je vais commencer par tracer le mien.
	Et le sclrat, avec rflexion, le fait en jouissant de 
sa malheureuse pouse qu'il considre  chaque mot qu'il 
peint. Victor en fait autant; il crit avec flegme, sur les 
paules de sa tante, l'espce de torture o il la destine, et 
qui parat le mieux convenir  son insigne noirceur. Les 
autres imitent le procd; et, pour mettre  toutes ces 
infamies les plus bizarres recherches, comme Gernande 
connaissait l'attachement de Justine pour sa matresse, il 
veut que ce soit elle qui fasse la lecture de la sentence 
qui vient d'tre prononce. Hlas!  peine la pauvre fille 
eut-elle la force de bgayer ces mots barbares; mais, 
comme on la menaait de la mme mort, si elle 
n'obissait pas, et que son refus n'et servi de rien, il 
fallut se soumettre; elle lut. La Gernande n'a pas plus tt 
entendu son arrt, qu'elle se prcipite aux pieds de ses 
bourreaux. Eh! ce n'est point dans de telles mes que 
naquit jamais la piti! On insulte cette infortune, on la 
bafoue; et, pour procder sur-le-champ  son supplice, on 
s'enferme dans le salon, o s'taient commises les 
horreurs dont on a prcdemment rendu compte. Tout ce 
qui convenait aux excrations projetes s'y voyait avec 
appareil.
	On exigea d'abord de la patiente, de demander tout 
haut pardon  Dieu et aux hommes, des crimes qu'elle 
avait commis. La pauvre femme, dont l'esprit n'y tait 
dj plus, pronona tout ce qu'on voulut. Chacun 
infligeait celle qu'il avait ordonne; et, pendant qu'il 
agissait, deux individus de l'un ou de l'autre sexe, taient 
obligs de l'exciter ou de se prter  ses luxures 
intermdiaires. Les vieilles aidaient aux supplices.
	Verneuil commena. Justine et Dorothe le 
servaient. Il tourmente la victime deux heures; et, dans 
l'instant o elle prouvait une crise horrible, le paillard, 
fouett par la d'Esterval, dchargea dans le cul de 
Justine, qu'une vieille pilait pendant ce temps-l, pour 
donner aux mouvements des reins de la patiente une plus 
grande agilit.
	Victor se prsente, servi par Laurette et madame de 
Verneuil; c'est--dire, que le jeune lve torturait sa 
tante, en assouvissant ses lubricits sur sa mre et sa 
soeur. Madame de Verneuil prouva un moment 
d'horreur insurmontable, que son fils devina 
malheureusement. Le petit monstre tenait alors une 
aiguille d'acier, dont il lardait les fesses de sa tante; il la 
lance dans les ttons de sa mre, en l'invectivant d'une 
faon cruelle. La socit prend fait et cause; le cas parat 
srieux; on interrompt l'opration pour juger la coupable; 
et, sur la simple accusation de son fils, la mre est  
l'instant condamne  quatre cents coups de fouet 
indistinctement distribus sur tout le corps, et cela 
malgr les blessures qu'elle vient de recevoir. L'arrt, par 
la main de ces quatre barbares, est aussitt mis  
excution. Victor demande que la gorge lui soit livre; et 
le sclrat la flagelle, pendant que Gernande lui suce le 
vit, et que son pre le socratise. On se remet  l'ouvrage. 
Le petit sclrat, excit, prolonge trois heures les tortures 
qu'il fait endurer  sa tante, et dcharge deux fois en la 
travaillant; l'une en se branlant lui-mme, l'autre en 
sodomisant sa mre, pendant que sa soeur lui 
gamahuchait le trou du cul.
	Gernande s'empare de sa femme; il la crible de 
coups de lancette, et perd son foutre dans la bouche d'un 
giton, en dardant une dernire piqre dans l'oeil droit de 
cette malheureuse.
	D'Esterval surpasse tout par ses horreurs; c'est le 
con de Justine qui reoit son foutre; il lui moleste 
svrement les ttons, en le lui lanant dans la matrice.
	Quand la victime arrive  Bressac,  peine a-t-elle 
la force de souffrir. Ple, dfigure, ce beau visage, o 
rgnaient autrefois les grces, n'offrait plus maintenant 
que la plus dchirante image de la douleur et de la mort. 
Elle a pourtant encore la force de se jeter aux pieds de 
son mari, pour implorer de nouveau son pardon; mais 
Gernande, inflexible, se plat  la fixer dans cet tat 
d'angoisses.
	- Oh! sacredieu, s'crie-t-il, quel plaisir de voir une 
femme en pareille situation! que la douleur est belle  
contempler! Viens me branler, Justine, sur le visage de ta 
matresse...
	- Mon ami, dit Verneuil, il faudrait fouetter ce beau 
visage...
	- Chier dessus, dit Victor...
	- Le souffleter, dit d'Esterval...
	- L'enduire de miel et y lcher des gupes, dit 
Dorothe...
	- Un peu de patience, dit Gernande, qui savourait 
sur cette charmante figure toutes les diffrentes 
gradations douloureuses qu'occasionnait chacune de ces 
propositions; il est impossible de nous satisfaire tous. 
Chacun a-t-il envie de faire ce qu'il a propos?... Oui... 
Eh bien, contentez-vous, mes amis; je vous la livre.
	Toutes ces diffrentes horreurs s'excutent. Cinq 
monstres s'acharnent sur cette malheureuse; et c'est ainsi, 
qu'aprs une vie bien courte, termine par onze heures 
des plus dchirants supplices, cet ange cleste remonte 
vers le ciel, d'o il n'tait descendu que pour orner un 
moment la terre.
	Le croira-t-on? Le corps de cette belle femme est 
mis au milieu de la table; on sert autour le plus 
magnifique souper.
	- Voil comme j'aime le plaisir, dit Verneuil; si 
celui qui veut le goter n'carte pas tous les freins, il ne 
l'atteindra jamais... Qu'il est dlicieux de se repatre ainsi 
du crime que l'on vient de commettre!... voil comme il 
est bon, le crime; c'est en le savourant, c'est en se 
dlectant de ses suites... Oh! mes amis,  quel point la 
frocit a l'art puissant d'aiguillonner les plaisirs!... La 
voil pourtant celle qui vivait il y a une heure... qui nous 
entendait... qui nous redoutait... qui nous implorait... Un 
moment a tout termin; et cette crature, si sensible il n'y 
a qu'un instant, n'est maintenant plus qu'une masse 
informe qu'ont dsorganise nos passions... Oh! quelles 
sont belles et grandes, les passions qui conduisent  de 
tels carts! que leur lan est majestueux!... qu'il est noble 
et sublime! S'il tait vrai qu'il existt un Dieu, n'en 
serions-nous pas les rivaux, en dtruisant ainsi ce qu'il 
aurait form? Oh! oui, oui, je le soutiens, le meurtre est 
la plus grande, la plus belle, la plus dlicieuse de toutes 
les actions ou l'homme puisse se livrer... Eh bien, mes 
amis, o est-elle cette me merveilleuse, que nos excs 
viennent de sparer de ce corps? par o a-t-elle pass?... 
qu'est-elle devenue? Ne faut-il pas tre insens pour en 
admettre un moment l'existence? N'avons-nous pas vu 
cette me s'affaiblir  mesure que nous agacions les 
organes, ou que nous en dtruisions les ressorts? Tout 
cela n'tait donc que matire. Or, je demande, o peut 
tre le crime  dformer un peu de matire?...
	- Un moment, dit Bressac; puisque nous faisons tant 
que de raisonner sur une chose aussi importante, je vous 
demande la permission de vous rvler mes ides sur le 
dogme de l'immortalit de l'me, qui depuis si longtemps, 
agite les diffrentes classes de la philosophie...
	- Oui, oui, dit Gernande, coutons mon neveu dans 
cette discussion, je sais qu'il est en tat de l'approfondir.
	- En remontant aux poques les plus recules, dit 
Bressac, nous ne trouvons malheureusement d'autres 
garants de l'absurde systme de l'immortalit de l'me 
que parmi les peuples plongs dans les plus grossires 
erreurs. Si l'on examine les causes qui purent faire 
admettre cette affreuse ineptie, on les trouve dans la 
politique, dans la terreur et dans l'ignorance; mais, quelle 
que soit l'origine de cette opinion, la question est de 
savoir si elle est fonde. Je crains bien qu'en l'examinant, 
nous ne la trouvions tout aussi chimrique que les cultes 
qu'elle autorise. L'on conviendra que, dans les sicles 
mme o cette opinion sembla la plus accrdite, elle 
trouva toujours des gens assez sages pour la rvoquer en 
doute.
	Il tait impossible de ne pas sentir  quel point 
devenait ncessaire aux hommes la connaissance de cette 
vrit; et cependant aucun des dieux qu'avait rig leur 
extravagance ne prenait le soin de les en instruire. Il 
parait que cette absurdit naquit chez les Egyptiens, 
c'est--dire chez le peuple le plus crdule et le plus 
superstitieux de la terre. Une chose pourtant est  
remarquer; c'est que Mose, quoique lev dans ses 
coles, n'en dit pas un seul mot aux Juifs. Assez bon 
politique pour crer d'autres freins, il n'osa jamais, on le 
sait, employer celui-l chez son peuple; trop de btise le 
caractrisait, pour qu'il imagint de s'en servir. Jsus lui-
mme, ce modle des fourbes et des imposteurs, cet 
abominable charlatan, n'avait aucune notion de 
l'immortalit de l'me; il ne s'exprime jamais qu'en 
matrialiste; et lorsqu'il menace les hommes, on voit que 
c'est  leurs corps que ses discours s'adressent; jamais il 
n'en spare l'me (1). Mais ce n'est point  chercher 
l'origine de cette fable hideuse que je dois m'attacher ici; 
vous en dmontrer toute la folie, devient l'unique objet de 
mon travail.
	Parlons d'abord un instant, mes amis, des causes qui 
purent la produire. Les malheurs du monde, les 
bouleversements qu'il prouva, les phnomnes de la 
nature, furent incontestablement les premires; la 
physique, mal connue, mal interprte, dut autoriser les 
secondes; la politique devint la troisime. L'impuissance 
o est l'entendement humain, par rapport  la facult de 
se connatre lui-mme, vient moins de l'inexplicabilit de 
l'nigme, que de la manire dont elle est propose. 
D'anciens prjugs ont prvenu l'homme contre sa propre 
nature; il veut tre ce qu'il n'est pas; il s'puise en efforts 
pour se trouver dans une sphre illusoire, et qui, quand 
mme elle existerait, ne saurait tre la sienne. Comment, 
d'aprs cela, peut-il se retrouver? N'a-t-on donc pas 
suffisamment dmontr le mcanisme de l'instinct chez 
les btes, par le seul moyen de l'accord parfait de leurs 
organes? L'exprience ne nous prouve-t-elle pas que 
l'instinct, dans ces mmes btes, s'affaiblit en raison de 
l'altration qui survient en elles, soit par accident, soit par 
vieillesse, et que l'animal est enfin dtruit, quand cesse 
l'harmonie dont il n'tait que le rsultat? Comment peut-
on s'aveugler au point de ne pas reconnatre que ce qui 
arrive chez nous est absolument la mme chose? Ce que 
vous venez de faire souffrir  cette femme dont voil le 
cadavre sous nos yeux, ne vous le prouve-t-il pas 
videmment? Mais pour achever d'identifier en nous ces 
principes, il faut commencer par nous convaincre que la 
nature, quoique une dans son essence, se modifie 
cependant  l'infini; ensuite ne pas perdre de vue cet 
axiome d'ternelle vrit, qu'un effet ne saurait tre 
suprieur  sa cause; et, dfinitivement, que tous les 
rsultats d'un mouvement quelconque sont divers entre 
eux; qu'ils s'augmentent ou s'affaiblissent en raison de la 
vigueur ou de la faiblesse du poids qui donne le branle au 
mouvement.
	Aids de l'usage de ces principes, vous parcourrez  
pas de gant la carrire de la nature sensible. Au moyen 
du premier, vous dcouvrirez cette unit qu'il annonce; 
partout, dans le rgne animal, il y a du sang, des os, de la 
chair, des muscles, des nerfs, des viscres, du 
mouvement, de l'instinct.
	Par le second, vous vous rendrez raison de la 
diffrence qui se trouve entre les divers tres vivants de 
la nature; vous n'irez pas comparer l'homme  la tortue, 
ni le cheval au moucheron; mais vous vous ferez un plan 
de diversit gradu, et tel que chaque animal y tienne le 
rang qui lui convient. L'examen des espces vous 
convaincra que l'essence est partout la mme, et que les 
diversits n'ont uniquement que les modes pour objet. 
D'o vous conclurez que l'homme n'est pas plus suprieur 
 la matire, cause productrice de l'homme, que le cheval 
n'est suprieur  cette mme matire, cause productrice 
du cheval; et que s'il y a supriorit entre ces deux 
espces, l'homme et le cheval, c'est seulement dans les 
modifications et les formes.
	Vous verrez, par le troisime principe, lequel dit 
que les rsultats d'un mouvement quelconque sont divers 
entre eux, et qu'ils s'augmentent ou s'affaiblissent en 
raison de la vigueur ou de la faiblesse des poids qui 
donnent le branle au mouvement; vous vous persuaderez, 
dis-je, par ce principe, qu'il n'existe plus rien de 
merveilleux dans la construction de l'homme, quand on 
vient  le comparer aux espces d'animaux qui lui sont 
infrieurs; de quelque manire que l'on s'y prenne, on ne 
voit que de la matire dans tous les tres qui existent. 
Quoi! direz-vous, l'homme et la tortue sont une mme 
chose! Non, certes, leur forme est diffrente; mais la 
cause du mouvement qui les constitue l'un et l'autre, est 
trs certainement la mme chose: Erreur ! Source du renvoi 
introuvable.
	Sur cette exprience, je me dis: L'homme est le 
rsultat du mouvement le plus tendu, la tortue n'est que 
celui d'une vibration, mais la matire la plus brute fut la 
cause de l'un et de l'autre (3).
	Les partisans de l'immortalit de l'me, pour 
expliquer le phnomne de l'homme, le douent d'une 
substance inconnue; nous autres matrialistes, bien plus 
raisonnables sans doute, nous ne considrons ses qualits 
que comme le rsultat de son organisation. Les 
suppositions tranchent bien des difficults, nous en 
convenons; mais elles ne terminent pas les questions. 
Volant au but d'un pas bien plus rapide, ce ne sont que 
des preuves que je vous prsente. Ce qu'il y a de 
particulier, c'est qu'aucun de ces demi-philosophes ne 
s'accordent sur la nature de la substance immatrielle 
qu'ils admettent; la contrarit de leurs sentiments serait 
mme, il faut en convenir, l'un des plus forts arguments 
que l'on pourrait leur faire; mais, ddaignant de m'en 
servir, je me livre plutt  l'examen de la question qui 
fait de l'me une substance cre.
	Mille pardons, mes amis, si dans le cours de cette 
dissertation je me trouve contraint d'employer un moment 
l'admission de cet tre chimrique connu sous le nom de 
Dieu. Vous me rendez, j'espre, assez de justice pour tre 
bien convaincu que l'athisme tant le plus sacr de mes 
systmes, ce ne peut jamais tre que par ncessit, et 
momentanment, que je me sers de ces suppositions; 
mais toutes les erreurs s'enchanant dans l'esprit de ceux 
qui les admettent, on est souvent oblig de rdifier l'une 
pour combattre et dissiper l'autre. Je demande donc, 
d'aprs cette hypothse de l'admission d'un Dieu, ou ce 
Dieu a pu trouver l'essence de l'me? Il l'a cre, me 
dites-vous. Mais cette cration est-elle possible! Si Dieu 
existait seul, il occuperait tout, except l'absurde nant. 
Dieu ennuy du nant, a cr, dit-on, la matire, c'est--
dire, qu'il a donn l'tre au nant; voil donc tout occup, 
deux tres remplissent tout l'espace: Dieu et la matire. 
Si ces deux tres remplissent tout, s'ils forment le tout, il 
n'y a pas lieu  de nouvelles crations; car il est 
impossible qu'une chose soit et ne soit pas en mme 
temps. L'esprit remplit ds lors tout le vide 
mtaphysique; la matire remplit physiquement tout le 
vide sensible; donc plus de place pour les tres de 
nouvelle cration,  quelque point que l'on rduise leur 
existence. Ici l'on a recours  Dieu, et l'on dit que ce Dieu 
reoit en lui-mme ces nouvelles productions. Si Dieu a 
pu loger dans la sphre spirituelle de son infinit 
spirituelle de nouvelles substances de mme nature, il 
s'ensuit clairement qu'il n'tait pas une infinit complte 
et parfaite, puisqu'il a souffert des additions; qui dit 
infinit, dit exclusion de toute limite; or, un tre qui 
exclut toute limite, n'est point susceptible d'additions.
	Si l'on dit que Dieu, par sa toute-puissance, a 
resserr son essence infinie pour faire place  des 
substances nouvellement cres, je rponds qu'alors il n'a 
plus t infini, parce que, lors du resserrement, le ct o 
il s'est fait a laiss voir une limite.
	Quand Dieu aurait pu recevoir dans sa sphre les 
substances nouvellement cres, il est toujours certain 
que cette sphre prouvera un vide au dpart de chaque 
substance qui en sortira pour venir, dans la sphre de la 
matire, animer un corps.
	Ce vide pourra subsister toujours; car, selon les 
amateurs de cette absurdit, les mes condamnes au 
supplice ne sortiront jamais de l'enfer.
	Si Dieu remplit continuellement le vide caus par 
l'absence d'une me, il faut qu'il fasse faire  sa propre 
substance un effet rtroactif, lorsque quelques-unes de 
ces mes retournent  sa sphre; ce qui est absurde; car 
un infini complet comme votre Dieu, et dont les parties 
sont elles-mmes infinies, ne saurait se replier ni 
s'tendre.
	Si le vide, caus par l'absence d'une me, n'est point 
rempli, c'est un nant; car il faut que tout espace 
contienne esprit ou matire. Or, Dieu ne peut remplir ce 
vide, ni par sa propre substance, ni par des portions de 
matire; car Dieu ne saurait contenir de la matire: donc 
il y a du nant dans la divinit.
	Ici nos adversaires prennent un ton plus doux. 
Quand nous disons, prtendent-ils, que Dieu cra l'me 
humaine, cela veut dire seulement qu'il la forma. Il faut 
convenir que cette modification de terme n'apporte pas 
un grand changement dans la dispute.
	Si Dieu a form l'me humaine, il l'a forme de 
quelque essence; c'est dans l'esprit ou dans la matire 
qu'il a puis.
	Ce n'a pu tre dans l'esprit, parce qu'il n'y en a 
qu'un seul, qui est l'infini, ou Dieu lui-mme; or, tout le 
monde sent qu'il est absurde de supposer l'me une 
portion de la divinit. Il est contradictoire de se rendre un 
culte  soi-mme: c'est ce qui arriverait, si l'me tait une 
portion de Dieu. Il ne l'est pas moins qu'une substance 
punisse ternellement une portion dtache d'elle-mme. 
En un mot, dans cette hypothse, ne venez donc point me 
parler ni d'enfer ni de paradis; car il serait absurde que 
Dieu punt ou rcompenst une substance mane de lui.
	Dieu a donc form l'me de matire, puisqu'il n'y a 
que matire et esprit? Mais si l'me a t forme de 
matire, elle ne peut tre immortelle. Dieu, si vous 
voulez, a pu spiritualiser, diaphaniser de la matire 
jusqu' l'impalpabilit; mais il ne peut la rendre 
immortelle, car ce qui eut un commencement doit 
assurment avoir une fin.
	Les distes eux-mmes ne peuvent concevoir 
l'immortalit de Dieu que par son infinit; et il n'est infini 
que parce qu'il exclut toute limite.
	La matire, pour tre spiritualise, n'en est pas 
moins divisible, parce que la divisibilit est essentielle  
la matire, et que la spiritualisation ne change point 
l'essence des choses. Or, ce qui est divisible est sujet  
l'altration; et ce qui est susceptible d'altration n'est 
point permanent, et encore bien moins immortel.
	Nos adversaires, pousss  bout par toutes ces 
objections, se rejettent sur la toute-puissance de Dieu. Il 
nous suffit, disent-ils, d'tre persuads que nous sommes 
dous d'une me spirituelle et immortelle; peu nous 
importe de savoir comment et quand elle a t cre. Ce 
qu'il y a de constant, ajoutent-ils, c'est que, par ses 
facults, on ne peut la juger d'une autre substance que 
celle qu'on suppose aux esprits angliques.
	Avoir sans cesse recours a la toute-puissance, 
comme font les thistes, n'est-ce donc pas ouvrir la porte 
 tous les abus? n'est-ce pas introduire un pyrrhonisme 
universel dans toutes les sciences? car enfin, si la toute-
puissance agit contre les lois qu'elle-mme a, prtend-on, 
dtermines, je ne pourrai jamais tre sr qu'un cercle 
n'est pas un triangle, puisqu'elle pourra faire que la figure 
que j'aurai sous les yeux soit en mme temps l'un et 
l'autre.
	La plus saine partie des distes, sentant combien il 
rpugnait  la raison de supposer l'me une substance 
semblable  celle de leur Dieu, n'a pas hsit  dire 
qu'elle tait une substance, une entlchie de forme 
particulire, prise je ne sais o; et, sur ce qu'on leur a 
object, qu' l'exception de Dieu qui,  cause de son 
infinit, excluant toute limite, n'avait point de forme, tout 
ce qui restait dans la nature devait avoir une figure, et par 
consquent une tendue, ils ont avou, sans difficult, 
que l'me humaine a une extension, des parties, un 
mouvement local, etc. Mais c'est assez argumenter contre 
nos adversaires. Ils nous accordent, on le voit, que l'me 
a une extension, qu'elle est divisible, qu'elle a des parties; 
c'en est suffisamment pour nous porter  croire que ceux-
l mmes qui soutiennent son immortalit, ne sont pas 
fort convaincus de sa spiritualit, et que cette opinion est 
insoutenable; il est temps de vous en convaincre.
	Qui dit une substance spirituelle, dit un tre actif, 
pntrant, sans que, dans le corps qu'il pntre, on 
aperoive aucun vestige de son passage: notre me est 
telle, dans cette hypothse. Elle voit sans regarder, elle 
entend sans prter l'oreille, elle nous meut sans se 
mouvoir elle-mme: or, un tel tre ne peut exister sans 
renverser l'ordre social.
	Pour le prouver, je demande de quelle manire 
voient les mes? Les uns ont rpondu que les mes 
voyaient tout dans la divinit, comme dans un miroir o 
se rflchissent les objets; les autres ont dit que la 
connaissance leur tait aussi naturelle que les autres 
qualits dont elles sont pourvues. Assurment, si la 
premire de ces opinions est absurde, on peut bien 
assurer que la seconde l'est pour le moins autant; et, en 
effet, n'est-il pas impossible de comprendre comment une 
me peut connatre dans une espce gnrale toutes les 
particularits qui s'y rencontrent, et toutes les conditions 
de ces particularits. Supposons l'me pourvue de la 
connaissance du bien et du mal en gnral; cette science 
ne lui suffira pas pour rechercher l'un et pour l'abstenir 
de l'autre. Il faut, pour qu'un tre se dtermine 
constamment  cette fuite ou  cette recherche, qu'il ait 
connaissance des espces particulires du bien ou du mal 
qui sont contenues sous ces deux genres absolus et 
gnraux. Les partisans du systme de Scot soutenaient 
que l'me humaine n'avait point en soi la force de voir, 
qu'elle ne lui avait point t donne au moment de sa 
cration, qu'elle ne recevait ses proprits qu' l'occasion 
des circonstances o elle tait oblige de s'en servir.
	Dans la supposition prcdente, l'me qui a une 
connaissance ne avec elle du mal en gnral, est une 
substance impuissante; car elle voit le mal  venir et n'en 
dtourne pas; la matire alors est l'agent, elle le patient, 
ce qui est absurde. De l'opinion de Scot, il rsulte que 
l'homme ne peut rien prvoir; ce qui est faux. Si vraiment 
l'homme en tait rduit l, sa condition serait bien 
infrieure  celle de la fourmi, dont la prvoyance est 
inconcevable. Dire que l'homme imprime la 
connaissance  l'me  mesure qu'elle a besoin d'exercer 
ses facults, est faire de votre Dieu l'auteur de tous les 
crimes; et je vous demande si ces conditions ne 
rvolteraient pas les plus fermes sectateurs de ce Dieu. 
Voil donc les partisans de l'me immortelle et spirituelle 
rduits au silence sur la question de savoir comment et 
par quel moyen cette me voit et connat les choses. Ils 
n'abandonnent pourtant point encore la partie: l'me 
humaine, disent-ils, voit et connat les choses  la faon 
des autres substances subtiles ou spirituelles qui sont de 
mme nature qu'elle; ce qui, comme on le voit, est 
absolument ne rien dire.
	Dans la dfense d'une fausse opinion, les difficults 
renaissent  mesure qu'on semble les abattre. Si l'me 
humaine n'a pas la facult de pntrer les objets prsents, 
ni celle de se reprsenter les absents qui lui sont 
inconnus, et de s'en former des ides vraies, d'aprs quoi 
elle puisse juger de leurs dispositions intrieures, si elle 
ne saurait recevoir d'impression que par la prsence 
sensible des objets, et si elle ne peut juger de leur qualit 
que par les symptmes extrieurs qui les caractrisent; 
son intellect alors n'a ni plus de finesse, ni plus de 
proprits que l'instinct des brutes qui recherchent ou 
fuient certains objets, d'aprs les mouvements qu'excitent 
en eux les lois inaltrables de la sympathie ou de 
l'antipathie. Si cela est, comme tout nous le prouve... 
comme il est impossible d'en douter, quelle est donc la 
folie des hommes de se supposer une crature forme de 
deux substances distinctes, tandis que les btes, qu'ils 
regardent comme de pures machines matrielles, sont 
doues, en raison de la place qu'elles occupent dans la 
chane des tres, de toutes les facults qu'on remarque 
dans l'espce humaine! Un peu moins de vanit, et 
quelques instants de rflexion sur soi-mme, suffiraient  
l'homme pour se convaincre qu'il n'a de plus que les 
autres animaux que ce qui convient  son espce dans 
l'ordre des choses; et qu'une proprit indispensable de 
l'tre auquel elle est attache n'est point le prsent gratuit 
de son fabuleux auteur, mais une des conditions 
essentielles de cet tre, et sans laquelle il ne serait pas ce 
qu'il est.
	Renonons donc au ridicule systme de 
l'immortalit de l'me, fait pour tre aussi constamment 
mpris que celui de l'existence d'un Dieu aussi faux, 
aussi ridicule que lui. Abjurons, avec le mme courage, 
et l'une et l'autre de ces fables absurdes, fruits de la 
crainte, de l'ignorance et de la superstition; ces 
pouvantables chimres ne sont plus faites pour en 
imposer  des gens tels que nous. Laissons la plus vile 
populace s'en repatre tant qu'elle le voudra; mais ses 
prjugs, comme ses moeurs, ne doivent pas nous 
enchaner un instant: qu'elle se console de sa misre par 
un avenir chimrique... Nous, heureux du prsent, 
tranquilles sur ce qui le suit, n'aimant que nous, ne 
rapportant tout qu' nous, les plus piquantes... les plus 
sensuelles volupts sont seules faites pour fixer nos 
coeurs;  elles seules doivent se rapporter nos cultes, nos 
uniques hommages. Mille et mille fois maudit soit 
l'pouvantable imposteur qui, le premier, s'avisa 
d'empoisonner les hommes par de telles infamies; le plus 
affreux supplice eut encore t trop doux pour lui. Ah! 
puisse-t-on y condamner de mme tous ceux qui 
promulguent ou qui suivent d'aussi dtestables erreurs!
	- Je ne connais rien, dit Verneuil, qui mette  l'aise 
comme ces systmes; car il est bien certain que, d'aprs 
eux, n'tant plus les matres d'aucune des actions de notre 
vie, nous ne devons plus ni nous effrayer, ni nous 
repentir d'aucune.
	- Et, qui s'effraie? dit Dorothe; qui peut se 
repentir?
	- Des esprits faibles, reprit Verneuil, des gens qui, 
point encore suffisamment familiariss avec les vrais 
principes que vient d'tablir mon neveu, conservent 
souvent malgr eux les sots prjugs de leur enfance.
	- Et voil pourquoi, dit Bressac, je ne cesse de dire 
qu'on ne saurait touffer trop tt les germes de ces 
prjugs absurdes; ce sont les premiers devoirs des 
parents... des instituteurs... de tous ceux  qui la jeunesse 
est confie; et j'estime un malhonnte homme, celui qui, 
dans cette classe, ne regarde pas comme son premier soin 
de les teindre.
	- C'est aux plus fausses notions de la morale que 
sont dues, selon moi, toutes les imbcillits religieuses, 
dit Gernande.
	- C'est tout le contraire, rpondit Bressac; les ides 
religieuses furent les fruits de la crainte et de l'espoir; et 
ce fut pour les fomenter et pour les servir que l'homme 
arrangea sa morale sur la bont imaginaire de son 
absurde Dieu.
	- Ma foi, dit Gernande, en sablant du champagne, 
que l'un vienne de l'autre, ou que celui-ci ait produit le 
premier, toujours est-il que j'ai pour tous deux la plus 
profonde horreur, et que mon immoralit, fonde sur mon 
athisme, me fera bafouer et ridiculiser les liens sociaux 
avec autant de charmes et d'nergie que je dtruirai la 
religion.
	- Voil comme il faut penser, dit Verneuil; toutes 
ces imbcillits humaines ne peuvent enchaner que les 
sots; et des gens d'esprit tels que nous doivent les 
mpriser  jamais.
	- Il faut aller plus loin, dit d'Esterval, il faut les 
heurter de front; il faut que toutes les actions de notre vie 
n'aient pour but que d'enfreindre la morale et de 
pulvriser la religion; ce n'est que sur les dbris de l'une 
et de l'autre de ces chimres que nous devons tablir 
notre flicit dans ce monde.
	- Oui, dit Bressac; mais je ne connais aucun crime 
qui satisfasse bien ce degr d'horreur que j'ai pour la 
morale; aucun qui dtruise, comme je le voudrais, toutes 
les superstitions religieuses. Qu'est-ce que tout ce que 
nous faisons? Il n'y a dans tout cela rien que de simple. 
Tous nos petits forfaits immoraux se rduisent  quelques 
sodomies, quelques viols, quelques incestes, quelques 
meurtres; nos petits crimes religieux,  quelques 
blasphmes, quelques profanations. Y en a-t-il un de 
nous ici qui puisse se dire suffisamment dlect de ces 
misres?
	- Non, certes, rpondit la fougueuse pouse de 
d'Esterval; je souffre peut-tre encore plus que vous de la 
mdiocrit des crimes dont la nature me laisse le pouvoir. 
Il n'y a, dans tout ce que nous faisons, que des idoles et 
des cratures d'offenses; mais la nature ne l'est pas, et 
c'est elle que je voudrais pouvoir outrager. Je voudrais 
dranger ses plans, contrecarrer sa marche, arrter le 
cours des astres, bouleverser les globes qui flottent dans 
l'espace, dtruire ce qui la sert, protger ce qui lui nuit, 
difier ce qui l'irrite, l'insulter, en un mot, dans ses 
oeuvres, suspendre tous ses grands effets; et je ne puis y 
russir.
	- Voil ce qui prouve qu'il n'y a point de crime, dit 
Bressac; le mot ne conviendrait qu'aux actions qu'tablit 
ici Dorothe, et vous voyez qu'elles nous sont 
impossibles: vengeons-nous en sur ce qui nous est offert, 
et multiplions nos horreurs, ne pouvant les amliorer.
	On en tait l de cette conversation philosophique, 
lorsque tout le monde s'aperut d'un mouvement 
convulsif dans le cadavre de la Gernande. Victor eut une 
si grande peur, qu'il laissa tout aller sous lui; mais 
Bressac le retenant aussitt: 
	- Ne vois-tu donc pas, petit imbcile, lui dit-il, que 
ce qui arrive l est prcisment la preuve vidente de ce 
que j'ai avanc tout  l'heure, sur la ncessit du 
mouvement dans la matire. Vous voyez, mes amis, qu'il 
n'est nullement besoin d'me pour faire mouvoir une 
masse. C'est par une suite de mouvements semblables 
que ce cadavre va se dissoudre... engendrer en mme 
temps d'autres corps qui n'auront pas plus d'mes que lui 
(4). Allons, foutons, mes amis, poursuivit Bressac en 
s'introduisant au cul tout merdeux de Victor, oui, 
foutons; que ce phnomne de la nature, l'un des plus 
simples de sa force motrice, ne prenne rien sur nos 
plaisirs. Plus la putain se dveloppe  nous, et mieux 
nous devons l'outrager; ce n'est qu'en l'invectivant qu'on 
la dmle: on ne la tonnait bien que par des outrages.
	D'Esterval s'empare de madame de Verneuil, qui, 
depuis quelque temps, parat l'occuper beaucoup; 
Verneuil rend  d'Esterval les cornes que lui fait porter 
celui-ci.
	- Un moment, dit Gernande; avant que de vous 
indiquer la dlicieuse jouissance que vous paraissez 
oublier, il faut que je donne l'essor au superflu de mes 
entrailles.
	- Ne sortez pas pour cela, mon oncle, dit Bressac 
toujours enculant; on dit que vos selles sont des passions; 
veuillez vous y livrer devant nous.
	- Rellement, vous voulez voir cela? rpondit 
Gernande.
	- Oui, oui, rpondit d'Esterval, tout ce qui tient aux 
carts du libertinage est sublime, et nous ne devons en 
perdre aucune leon.
	- Vous allez donc tre satisfaits, dit Gernande en 
tournant son norme cul du ct des spectateurs.
	Et voici comme ce libertin procdait  cette 
dgotante opration. Quatre bardaches l'entouraient 
alors; l'un lui soutenait le pot de chambre; le second 
tenait une bougie trs prs du trou, pour que l'action ft 
bien claire; le troisime lui suait le vit; et le quatrime 
tenant une serviette trs blanche  la main, lui baisait la 
bouche. Gernande, appuy sur les deux gitons de devant, 
poussait  demi-courb: aussitt que paraissait l'norme 
quantit de merde qu'il tait dans l'usage de dposer, vu 
l'immense nourriture qu'il prenait, le giton tenant le vase 
tait oblig de louer l'excrment... Erreur ! Source du renvoi 
introuvable. Avait-il fini; le bardache arm de la serviette 
venait, avec sa langue, nettoyer les parois de l'anus, 
pendant que celui qui tenait le pot, le rapportant sous le 
nez de Gernande, le lui faisait examiner, en redoublant 
ses loges. La bouche du suceur se trouvait alors pleine 
d'urine, qu'il tait oblig d'avaler  mesure; la serviette 
achevait de nettoyer l'anus; et les quatre gitons, n'ayant 
plus rien  faire terminaient leurs oprations, en venant 
sucer fort longtemps, tour  tour, la langue, le vit et le 
trou du cul de ce libertin.
	- Oh! foutre, dit Bressac toujours sodomisant 
Victor, qui maniait les fesses de sa jolie petite soeur 
Ccile pendant ce temps-l; sacredieu, mes amis, je n'ai 
jamais vu chier si lubriquement... En vrit, je vais 
prendre la mme habitude. Allons, mon oncle, dis-nous 
donc maintenant qu'elle est cette jouissance que tu 
prtends tre oublie?
	- Vous allez le voir, dit Gernande en s'emparant de 
Justine, et la faisant lier par John et Constant, absolument 
ventre contre ventre, sur le cadavre de sa femme; je vais 
en cet tat, dit-il, enculer la soubrette, colle sur sa 
matresse. Vous m'avouerez, poursuit-il en excutant, 
que cette circonstance vous tait chappe.
	Chacun applaudit  l'ide et chacun veut l'excuter, 
sitt que Gernande a fini. Mais la malheureuse Justine 
rpugne tellement  cette horreur que ses traits s'altrent, 
elle s'vanouit.
	- Eh bien! dit Bressac qui l'enculait pendant ce 
temps-l, ce seront deux mortes, au lieu d'une: il n'y a pas 
grand mal  cela.
	- Il faut la fouetter, dit Verneuil, la pincer 
vigoureusement; soyez srs qu'il n'est que ce moyen pour 
redonner du ton aux organes.
	- Il vaudrait mieux atteindre les nerfs et les piquer, 
s'il tait possible, dit d'Esterval, qui maniait les fesses de 
Ccile, pendant qu'un giton le branlait.
	- Il n'y a qu' tout essayer en commenant par le 
plus simple, dit Verneuil, qui commenait  fouetter dj 
la victime, tout en enculant Dorothe, dont la petite Rose 
suait le clitoris; si les premiers moyens ne russissent 
pas, nous passerons de suite aux seconds.
	Heureusement ils furent inutiles, Justine, 
impitoyablement fustige, rouvrit les yeux, et ce ne fut, 
hlas! que pour se voir couverte de sang. Erreur ! Source du 
renvoi introuvable. L'invocation n'excita que des clats de rire, 
et les dbauches se poursuivirent.
	Ici d'Esterval sortant du cul de madame de 
Verneuil, qu'il venait de limer un moment, s'approche du 
mari, et lui demande par quel motif il ne runirait pas sa 
femme  sa belle-soeur.
	- Ah, ah! dit Verneuil tout en sodomisant la femme 
de celui qui le questionne, est-ce que cette ide te fait 
bander?
	- Tu le vois, rpondit d'Esterval en montrant son 
engin menaant le ciel; je t'assure que le supplice de 
cette gueuse m'irriterait infiniment. Elle est d'un intrt 
puissant dans les pleurs; et je voudrais, poursuivit ce 
libertin en se branlant, lui en faire couler de relles.
	- Eh bien! mon ami, dit Verneuil, j'y consens; mais 
voici les deux conditions que j'y mets. La premire, qu'en 
tuant ma femme, tu me cderas la tienne, que j'aime 
beaucoup, et que je dsire m'approprier.
	- Accord, s'crirent  la fois d'Esterval et 
Dorothe.
	- La seconde clause, poursuivit Verneuil, est que le 
supplice que tu prpares  ma digne compagne soit 
pouvantable... qu'il s'excute dans une chambre 
extrmement voisine de celle o, pendant ce temps-l, je 
foutrai la tienne, afin que je dcharge aux cris de ta 
victime.
	- Je souscris  tout cela, dit d'Esterval, mais j'exige 
galement une condition de mon ct: il me faut une 
femme; je te demande Ccile; il sera dlicieux pour moi 
d'pouser la fille, les mains teintes encore du sang de la 
mre.
	- Oh! mon pre, s'cria Ccile en frmissant de 
cette affreuse ide, pourriez-vous consentir  me sacrifier 
ainsi?
	- Assurment, dit Verneuil, et la rpugnance que tu 
montres cimente le contrat.. Je le signe. D'Esterval, vous 
avez ma parole; formez un peu cette petite fille, je vous 
en prie.
	- Oh! parbleu, dit Bressac, o sera-t-elle mieux 
pour se familiariser avec le meurtre, que dans une 
maison o l'on tue tous les jours. Eh bien! moi, poursuivit 
Bressac, je demande le pot-de-vin du march.
	- Quel est-il?
	- Je vous prie, mon oncle, de me cder Victor votre 
fils; j'aime  la folie ce jeune homme; confiez-le moi 
pour deux ou trois ans, jusqu' ce que j'aie pu 
perfectionner son ducation.
	- Il ne saurait tre en de meilleures mains, dit 
Verneuil; qu'il te ressemble, mon ami, c'est le plus 
heureux des souhaits que je puisse lui faire. Corrige 
principalement ses faiblesses; initie-le dans nos 
principes; automatise son me, et fais-lui dtester les 
femmes.
	- Il ne pourrait tre mieux plac pour toutes ces 
choses, dit Justine; le malheureux enfant! quel dommage! 
combien je le plains! et...
	- Je suis bien loin d'en dire autant, interrompit 
vivement Dorothe, M. de Bressac est peut-tre le 
meilleur instituteur que je connaisse; je voudrais avoir 
dix enfants, je les lui confierais tous  la minute.
	- En vrit, mes amis, dit Gernande, je suis fort aise 
de vous voir aussi bien arrangs; il me parat que dans 
tout ceci je suis le seul qui soit oubli.
	- Non, dit Verneuil; je voulais t'enlever Justine, je 
te la laisse; ne te plains pas du lot; il vaut bien tous les 
ntres; il n'est pas dans la socit une plus belle fille, une 
plus douce, une plus vertueuse que celle-l. Tu m'as 
parl d'un nouveau mariage; Justine, au fait de la 
conduite  observer avec tes femmes, te devient 
rellement prcieuse; je renonce  tous mes projets sur 
elle; tu vois, mon frre, que tu ne seras pas seul.
	- Ainsi donc, vous me quittez tous, dit Gernande.
	- Oh! oui, demain; c'est notre intention, dit 
d'Esterval.
	- Il faut s'y rsoudre, dit Gernande; allons, je vais 
me presser de prendre une autre femme, afin de nous 
runir bientt pour quelques nouvelles orgies.
	On se retira, D'Esterval, aid de John et de l'une des 
vieilles, emmena madame de Verneuil dans une chambre 
sre, et qui n'tait spare de celle de Verneuil que par la 
plus mince cloison. En partant, son froce mari lui 
enfona quelques instants le vit dans le cul; elle pleura, 
et d'Esterval qui n'avait pas envie de la mnager, bandait 
constamment. Verneuil prit Marceline et Dorothe; 
Ccile, Rose, Justine et deux gitons, furent la part de 
Gernande.
	La scne prpare fut horrible. Bressac et Victor 
s'taient secrtement introduits chez d'Esterval; et le 
plaisir de celui-ci et de son ami Bressac fut de faire 
supplicier la mre par l'enfant. On connat assez le 
caractre de ce petit monstre, pour tre sr du plaisir que 
lui procura cette scne, et du courage qu'il mit  son rle. 
Bressac et d'Esterval ne cessaient de le tenir tour  tour 
encul, pendant qu'il excutait les supplices ordonns par 
eux. On laissa quelques heures ignorer  Verneuil la part 
qu'avait son fils  cette horreur. Nous verrons bientt 
comment il l'apprit; parlons avant du bonnet singulier 
dont on avait coiff la victime. Comme on savait que les 
volupts de Verneuil ne devaient s'allumer qu'aux cris 
qu'il allait entendre pousser  sa femme, on avait affubl 
son crne d'un casque  tuyau, organis de manire que 
les cris que lui faisaient jeter les douleurs dont on 
l'accablait ressemblaient aux mugissements d'un boeuf.
	- Oh! foutre, qu'est ceci? dit Verneuil en entendant 
cette musique, et se ruant sur la d'Esterval... il est 
impossible de rien entendre de plus dlicieux... que 
diable lui font-ils donc, pour la faire beugler ainsi?
	Enfin, les cris diminurent, et l'on entendit  leur 
place ceux de la crise de d'Esterval, communment trs 
expressifs.
	- Il a fini, dit Verneuil en dardant galement son 
foutre au cul de Dorothe... me voila veuf...
	- Je le crois, dit l'aimable pouse de d'Esterval, que 
Marceline branlait pendant ce temps-l; mais il nous 
reste le douloureux regret de ne l'avoir pas vue.
	- Peut-tre aurais-je eu moins de plaisir, dit 
Verneuil; la scne  nu ne m'et offert que des choses... 
que je sais par coeur... en laissant tout deviner  mon 
imagination, elle s'est bien plus irrite...
	- Oh! mon ami, dit la nouvelle compagne de 
Verneuil, ce que tu dis l est dlicieux; j'aime ta tte  la 
folie, et je crois que nous ferons des choses bien fortes 
ensemble.
	- Oui, dit Verneuil, toujours sous la condition que je 
vous payerai... que je vous couvrirai d'or; peut-tre, sans 
cette clause, ne me verriez-vous plus rien prouver pour 
vous... Et vous le savez, ma chre, il faut encore que cet 
argent s'emploie  des infamies; il faudra que vous 
chauffiez ma tte du rcit de celles que vous aurez 
payes de cet argent; plus elles seront affreuses, plus 
vous recevrez de nouveaux fonds.
	- Oh! sacredieu, rpondit Dorothe, cet pisode 
tant de tous ceux que tu exiges de moi celui qui me plat 
le plus, comment m'y refuserais-je? L'argent n'est fait que 
pour se procurer des plaisirs.
	- Je n'en fais cas que comme l'instrument de tous les 
crimes et de toutes les passions, dit Verneuil; et si j'avais 
le malheur d'en manquer, j'avoue qu'il ne serait pas de 
moyen dont je ne me servisse pour m'en procurer.
	- Quoi! tu volerais?
	- Oh! je ferais pis.
	- Ah! je le vois, Verneuil, ta tte s'chauffe; il faut 
encore que tu perdes du foutre.
	- Faisons quelques nouvelles folies, mon ange... 
passe dans la chambre de ton mari, je l'entends 
foutimacer encore; engage-le  te faire foutre par John 
sur le cadavre de ma femme... que je vous entende 
dcharger tous deux... John et vous. Tu reviendras 
mouille de foutre, et couverte du sang de ma femme; je 
t'enculerai dans cet tat, et je sens que cette recherche me 
fera goter le plus grand plaisir... Mais, coute... coute 
une formalit qu'il y faut mettre pendant que tu agiras... 
tu le vois, Dorothe je bande en te prescrivant tout ceci; 
pendant que tu te pmeras, dis-je, sous le membre 
vigoureux de John, tu me crieras, tant que tu auras de 
force: Verneuil!... Verneuil! tu es veuf et cocu; mon mari 
vient d'assassiner ta femme... et moi, je t'outrage... Oui, 
mon ange, oui, tu me crieras ces mots de toutes tes forces 
et tu verras, au retour, l'tat dans lequel de pareils propos 
m'auront mis.
	- Oh, Verneuil! quelle imagination! s'cria 
Dorothe en s'apprtant  obir... Oh! mon cher Verneuil, 
quelle tte!
	- Elle est pourrie... putrfie, j'en conviens; mais 
que veux-tu, ma chre! si les dbauches m'ont perdu, 
c'est  leur dlire  me remettre.
	Quel fut l'tonnement de Dorothe, quand elle vit 
que Bressac et Victor venaient d'tre les complices du 
crime excut prs d'elle! On lui fit signe de ne rien dire; 
mais, au lieu de John, ce fut Victor qui lui mit le vt au 
derrire; et, au moment de sa dcharge, le petit coquin se 
met  crier: Erreur ! Source du renvoi introuvable. Verneuil n'y tient 
pas; il se prcipite dans la chambre de d'Esterval, 
bandant comme un furieux. On lui fait voir le corps de sa 
femme, ou plutt les lambeaux sanglants de cette 
malheureuse expire dans des tourments qui feraient 
horreur  peindre. Verneuil encule son fils, qui, comme 
on vient de le dire, foutait Dorothe; Bressac fout son 
oncle; John sodomise Bressac; Marceline fouette... 
encourage tous les acteurs de cette furibonde orgie, qui 
ne se ralentit que pour prendre de nouvelles formes et 
pour se prolonger jusqu'au lever de l'astre qui devait 
clairer enfin la sparation de ces sclrats (5).
	On imagine aisment que cette sparation ne se fit 
qu'avec les plus fortes promesses de se revoir bientt; 
chacun se le jura, et partit escort des nouveaux amis 
qu'il emmenait.
	Gernande, de son ct, fut passer quelques jours au 
chteau de l'pouse qu'il convoitait et ramena bientt 
dans le sien. Mme de Volmire n'accompagna point sa 
fille; ronge de goutte et de rhumatismes, elle ne pouvait 
plus quitter son fauteuil; moyennant quoi Gernande, en 
possession de la jeune personne, parvint bientt  l'isoler 
comme l'autre. Au lieu de dmence, on parle d'pilepsie; 
la jeune comtesse a besoin d'tre garde  vue; elle n'a 
pas un instant de calme; la mre de cette infortune, peu 
riche, et couverte de biens par Gernande, n'ose rien 
vrifier; l'opinion prvaut; on la matrise avec de l'argent; 
et le libertin, en paix, jouit bientt, avec cette nouvelle 
victime, des plaisirs qui le dlectaient avec l'autre.
	Ce fut dans l'intervalle de ces nouveaux noeuds, 
que Justine pensa  la fuite; et certes elle l'et excute 
sur-le-champ, si elle n'et entrevu l'espoir d'tre plus 
heureuse avec cette seconde matresse, qu'avec celle que 
venait de lui enlever la cruaut de ces monstres. Mlle de 
Volmire, ge de dix-neuf ans, bien plus belle et plus 
dlicate encore que celle qui l'avait prcde, sut 
intresser Justine  tel point qu'elle rsolut de la sauver, 
quels que pussent en tre les dangers. Il y avait environ 
six mois que le perfide Gernande assouplissait  ses 
infmes caprices cette douce et charmante fille; la saison 
allait ramener toute la bande infernale, et par consquent 
les mmes atrocits. Justine ne balana plus; elle s'ouvrit 
 sa jeune matresse... lui tmoigna avec tant de franchise 
le dsir qu'elle avait de briser ses fers, que celle-ci lui 
donna toute sa confiance.
	Il s'agissait d'instruire la mre et de lui dvoiler les 
atrocits du comte. Mlle de Volmire ne doutait pas que 
celle qui lui avait donn le jour, telle incommode qu'elle 
pt-tre, n'accourt aussitt pour la dlivrer; mais, 
comment russir? on tait si soigneusement gard. 
Accoutume  sauter les remparts, Justine mesura de 
l'oeil ceux de la terrasse;  peine avaient-ils trente pieds. 
Aucune clture extrieure ne parait  ses yeux; elle croit 
tre dans la route du bois, sitt qu'elle aura franchi les 
murailles. Mlle de Volmire, arrive de nuit, ne peut 
rectifier ses ides, et, pendant l'absence de Gernande, 
Justine, garde par les vieilles, n'a pu se procurer 
aucunes connaissances locales. Notre brave et sincre 
amie se rsout donc  tenter l'escalade. Volmire crit  sa 
mre de la faon la plus faite pour l'attendrir et la 
dterminer  venir au secours d'une fille aussi 
malheureuse. Justine met la lettre dans son sein, 
embrasse cette chre et intressante femme; puis, aide 
de ses draps, elle se laisse glisser au bas de la forteresse. 
Que devient-elle, grand Dieu! quand elle reconnat qu'il 
s'en faut bien qu'elle soit hors de l'enceinte, et qu'elle 
n'est que dans un parc environn des plus hautes 
murailles, dont la vue lui avait t drobe par l'paisseur 
et par la quantit des arbres; ces murs, hauts de trente 
pieds, larges de trois, taient garnis de verre sur leur 
crte... Que devenir? Le jour allait la surprendre dans 
cette perplexit. Que penserait-on d'elle, en la voyant 
dans un lieu o l'on ne pouvait raisonnablement la 
trouver, qu'en lui supposant un projet constat d'vasion? 
Pourrait-elle se soustraire  la fureur du comte? Quelle 
apparence que cet ogre pt lui faire grce!... Il allait 
s'abreuver de son sang; elle le savait; c'tait la peine 
promise... Le retour tait impossible: Volmire avait 
aussitt retir les draps; frapper aux portes, tait se trahir 
plus srement encore. Peu s'en fallut que la tte de notre 
pauvre Justine ne tournt tout  fait alors, et qu'elle ne 
cdt aux violents effets de son dsespoir. Si elle avait 
reconnu quelque piti dans l'me de son matre, 
l'esprance un instant l'et peut-tre abuse; mais un 
tyran, un barbare, un homme qui dtestait les femmes, et 
qui cherchait depuis longtemps l'occasion de l'immoler 
elle-mme, en lui faisant perdre son sang goutte  goutte, 
pour voir combien d'heures elle serait  mourir par ce 
supplice! quel moyen d'chapper  son sort? Ne sachant 
donc que devenir, trouvant des dangers partout, elle se 
jette aux pieds d'un arbre, en se rsignant en silence aux 
volonts de l'Eternel. Le jour parat enfin; le premier 
objet qui la frappe, est le comte lui-mme. Il tait sorti 
pour guetter des petits garons auxquels il faisait 
tacitement permettre de venir ramasser des branches 
dans son parc, afin d'avoir le plaisir de les prendre sur le 
fait, et de les fouetter jusqu'au sang par punition. Une de 
ces expditions se prsente; il la consomme; il dchire 
les fesses du petit malheureux, le poursuit  coups de 
canne, quand ses yeux tombent sur Justine; il croit voir 
un spectre... il recule. Rarement le courage est la vertu 
des tratres. Justine se lve tremblante; elle se prcipite  
ses genoux.
	- Que faites-vous l? lui dit aigrement cet 
anthropophage.
	- Oh! monsieur, punissez-moi, je suis coupable, et 
n'ai rien  rpondre...
	L'infortune... elle a malheureusement oubli de 
dchirer la lettre de sa matresse. Gernande la 
souponne; il la demande, aperoit le fatal crit, le saisit, 
le dvore, et ordonne  Justine de le suivre.
	On rentre dans le chteau par un escalier drob qui 
donne sous les votes; le plus grand silence y rgnait. 
Aprs quelques dtours, le comte ouvre un cachot; il y 
prcipite Justine.
	- Fille imprudente, lui dit-il, je t'avais prvenue que 
le crime que tu viens de commettre se punissait de mort; 
prpare-toi donc  subir ce juste chtiment; demain, en 
sortant de table, je viens t'expdier.
	La pauvre crature se prcipite de nouveau aux 
genoux de ce barbare; mais la saisissant par les cheveux, 
le cruel la trane  terre, lui fait faire ainsi deux ou trois 
fois le tour de la prison, et finit par la prcipiter contre 
les murs, de manire  l'y craser.
	- Tu mriterais que je t'ouvrisse  l'instant les 
quatre veines, lui dit-il, en fermant la forte; et si je 
retarde ton supplice, sois sre que c est pour le rendre 
plus long et plus horrible encore.
	On ne se peint point la nuit que passa Justine; les 
tourments de l'esprit, joints  plusieurs contusions que les 
traitements de Gernande venaient de lui faire prouver, 
rendirent cette nuit l'une des plus affreuses de sa vie.
	Il faut avoir t malheureux soi-mme pour se 
figurer les angoisses d'un infortun qui attend son 
supplice  toute heure...  qui l'espoir est enlev, et qui 
ne sait pas si la minute o il respire ne sera pas la 
dernire de ses jours. Incertain du genre des douleurs qui 
l'attendent, il se les reprsente sous mille formes plus 
horribles les unes que les autres. Le plus lger bruit lui 
parat tre celui de ses bourreaux; son sang se glace; son 
coeur s'arrte, et le glaive qui va terminer ses jours, est 
moins affreux pour lui, que l'instant qui le menaait.
	Il est vraisemblable que le comte commena par se 
venger sur sa femme. L'vnement qui sauva Justine, 
nous l'a fait au moins prsumer. Il y avait trente-six 
heures que notre hrone tait dans la crise que nous 
venons de peindre, sans qu'on lui et apport aucun 
secours, lorsque les portes s'ouvrirent, et que Gernande 
parut  la fin. Il tait seul; la fureur clatait dans ses 
yeux.
	- Vous connaissez, lui dit-il, la mort qui vous 
attend: il faut que ce sang pervers s'coule en dtail; vous 
serez saigne trois fois par jour, je vous l'ai dit, c'est une 
exprience que je brle de faire; je vous remercie de 
m'en avoir fourni les moyens.
	Et le monstre, sans s'occuper pour lors d'autres 
passions que de sa vengeance, prend un des bras de 
Justine, le pique, et bande la plaie aprs l'effusion de 
trois palettes de sang. Il avait  peine fini, que des cris se 
font entendre.
	- Monsieur, monsieur, lui dit en accourant une des 
vieilles, venez au plus vite, madame se meurt, elle veut 
vous parler avant que de rendre l'me; et la messagre 
revole auprs de sa matresse.
	Quelque accoutum que l'on soit au forfait, il est 
rare que la nouvelle de son accomplissement n'effraie 
celui qui vient de le commettre. Cette terreur fait rentrer 
un instant la vertu dans des droits que lui ravit bientt le 
crime. Gernande sort gar, il oublie de fermer les 
portes. Justine profite de la circonstance; quelque 
affaiblie qu'elle soit par une dite de prs de quarante 
heures, et par une abondante saigne, elle s'lance hors 
de son cachot, traverse les cours; et la voil dans le grand 
chemin, sans que qui que ce soit l'aperoive... Marchons, 
se dit-elle, marchons avec courage; si le fort mprise le 
faible, il est un Dieu puissant qui protge celui-ci, et qui 
ne l'abandonne jamais (6).
	Peine de ces consolantes et chimriques ides, elle 
s'avance avec ardeur, et se trouve, vers la nuit, dans une 
chaumire,  plus de six lieues du chteau.
	Croyant sa matresse morte, n'ayant plus la lettre o 
l'adresse de la mre avait t mise, elle renona  tout 
espoir d'tre utile  la jeune Volmire, et partit ds le 
lendemain matin, abandonnant de mme tout projet de 
plaintes, tant anciennes que nouvelles, et ne pensant plus 
qu' se diriger sur Lyon, o elle arriva le huitime jour, 
bien faible, bien souffrante, mais sans avoir t 
poursuivie. C'est l, qu'aprs s'tre repose, rtablie 
pendant quelque temps, elle reprit la rsolution de gagner 
Grenoble, o le bonheur (d'aprs ses ides) l'attendait 
infailliblement. Mais voyons, avant l'excution de ce 
projet, tout ce qui lui arriva de fait pour tre transmis au 
lecteur indulgent qui veut bien prendre la peine de nous 
lire.

	(1) 	Erreur ! Source du renvoi introuvable. Est-il rien de 
plus matrialiste que ce propos? 

	(2) 	Nous ne nous cachons point d'emprunter cette 
savante comparaison d'un homme de beaucoup 
d'esprit; c'est pourquoi nous la diffrencions du 
texte par des guillemets. Nous userons de ce 
procd partout o nous nous permettrons de 
joindre  nos ides celles des autres. 

	(3) 	Voil qui va  merveille, vont dire ici les amis 
du ridicule systme de la divinit. Mais vous 
admettez donc une cause au mouvement. Or, 
quelle est cette cause, si ce n'est Dieu? Quel 
misrable syllogisme! Non, je n'admets aucune 
cause au mouvement de la matire; elle a dans 
elle-mme le principe de sa force motrice; elle 
est toujours en mouvement; et c'est ce 
perptuel mouvement, bien reconnu dans elle, 
qui joue le rle de l'agent dont je me sers dans 
la comparaison que j'adopte. 

	(4) 	Sitt qu'un corps parait avoir perdu le 
mouvement, par son passage de l'tat de vie  
celui que l'on appelle improprement mort, il 
tend, ds la mme minute,  la dissolution: or, 
la dissolution est un trs grand tat de 
mouvement. Il n'existe donc aucun instant o 
le corps de l'animal soit dans le repos; il ne 
meurt donc jamais; et parce qu'il n'existe plus 
pour nous, nous croyons qu'il n'existe plus en 
effet: voil o est l'erreur. Les corps se 
transmutent... se mtamorphosent; mais ils ne 
sont jamais dans l'tat d'inertie. Cet tat est 
absolument impossible  la matire qu'elle soit 
organise ou non. Que l'on pse bien ces 
vrits, l'on verra o elles conduisent, et quelle 
entorse elles donnent  la morale des hommes. 

	(5) 	Erreur ! Source du renvoi introuvable. Tels sont les 
motifs de la gaze que nous jetons sur les scnes 
que nous ne faisons qu'annoncer. 

	(6) 	Justine, si constamment abandonne de ce 
Dieu, pouvait-elle raisonner ainsi?



 

CHAPITRE XVII

RENCONTRE SINGULIERE - PROPOSITION 
REFUSEE - COMMENT JUSTINE EST
RECOMPENSEE D'UNE BONNE OEUVRE - ASILE 
D'UNE TROUPE DE MENDIANTS - MOEURS ET
COUTUMES DE CES INDIVIDUS

	Rien ne fait rver comme le malheur; toujours 
sombre, repli sur lui-mme, celui que la fortune moleste 
accuse aigrement toute la terre, sans tre assez juste un 
instant pour sentir que, ds qu'il y a une somme  peu 
prs gale de faveurs et d'adversits dans le monde, il 
faut absolument que chacun ait une petite part de l'un et 
de l'autre (1).
	Justine, d'aprs l'impulsion naturelle  tous les 
hommes, s'enveloppait donc un instant du crpe lugubre 
de ses rflexions, lorsqu'une gazette lui tombe sous les 
yeux. Elle y lit que Rodin, cet artiste de Saint-Marcel, cet 
infme qui l'avait si cruellement punie d'avoir voulu lui 
pargn le plus odieux, vient d'tre nomm premier 
chirurgien de l'impratrice de Russie, avec des 
appointements considrables. Erreur ! Source du renvoi introuvable. 
Elle ignorait, la pauvre crature, que le remords est nul 
dans des mes semblables  celles qui faisaient le 
malheur de sa vie, et qu'il est une certaine priode de 
mchancet o l'homme, bien loin de s'affliger du mal 
auquel il se livre, ne se dsespre que de la faiblesse o 
ses facults le mettent d'en pouvoir commettre 
davantage.
	L'intressante crature n'tait pas au bout de ces 
exemples frappants du triomphe de la mchancet; 
exemples si dcourageants pour la vertu... si dlicieux 
pour le vice qui s'en amuse sans cesse; et la perversit du 
personnage qu'elle allait retrouver devait la dpiter et la 
surprendre plus qu'aucun autre, sans doute, puisque 
c'tait celle d'un des hommes dont elle avait reu les plus 
sanglants outrages.
	Elle s'occupait de son dpart, lorsqu'un laquais, 
vtu de vert, lui remet, un soir, le billet suivant, en lui 
demandant une prompte rponse: 

	Erreur ! Source du renvoi introuvable.

	- De quelle part venez-vous, monsieur? dit Justine 
au laquais, je ne rpondrai point que je ne sache quel est 
votre matre.
	- Il se nomme M. de Saint-Florent, mademoiselle; il 
a eu le plaisir de vous connatre autrefois aux environs de 
Paris; vous lui avez, prtend-il, rendu des services qu'il 
veut absolument reconnatre; maintenant  la tte du 
commerce de cette ville, il y jouit  la fois d'une 
considration et d'un bien qui le mettent  mme 
d'excuter ses heureux projets envers vous. Il vous 
attend.
	Les rflexions de Justine furent bientt faites. Si cet 
homme, pensait-elle, n'avait pas de bonnes intentions, 
serait-il vraisemblable qu'il lui crivt de cette manire? 
Il se repent sans doute de ses anciennes infamies; il se 
rappelle avec effroi de m'avoir arrach ce que j'avais de 
plus cher; de m'avoir rduite, par l'enchanement de ces 
horreurs, au plus cruel tat o puisse tre une femme; il 
se souvient des noeuds qui nous unissent. Oh! oui, oui, ce 
sont des remords, volons-y; je serais coupable envers 
l'Etre suprme, si je ne me prtais  les apaiser. Suis-je, 
d'ailleurs, en situation de rejeter l'appui qui se prsente? 
Ne dois-je pas plutt saisir avec ardeur tout ce que le ciel 
offre  mon soulagement? C'est dans son htel que cet 
homme veut me voir; sa fortune doit l'entourer de gens 
devant lesquels il se respectera trop pour oser me 
manquer encore; et dans l'tat o je suis, grand Dieu! 
puis-je inspirer autre chose que de la commisration et 
du respect.
	Ces combinaisons faites Justine assura le laquais 
que le lendemain, sur les onze heures, elle aurait 
l'avantage d'aller saluer son matre, pour le fliciter des 
faveurs qu'il avait reues de la fortune; mais qu'elle en 
tait traite bien diffremment. Elle se coucha... si 
occupe de ce que cet homme voulait lui dire, qu'elle ne 
ferma pas l'oeil de la nuit. Elle arrive enfin  l'adresse 
indique. Un htel superbe, une foule de valets, les 
regards humiliants de cette riche canaille sur l'infortune 
qu'elle mprise, tout lui en impose  tel point, qu'elle est 
au moment de se retirer, lorsqu'elle est aborde par le 
mme laquais qui lui avait parl la veille, et qui la 
conduit, en la rassurant, dans un cabinet somptueux, o 
elle reconnat fort bien son bourreau, quoique g de 
quarante-cinq ans, et qu'il y en et  peu prs dix qu'il ne 
l'eut vu. Saint-Florent ne se leva point; mais il ordonna 
qu'on le laisse seul, et fait signe  Justine de venir se 
placer sur une chaise,  ct du vaste fauteuil qui le 
contient.
	- J'ai voulu vous voir, ma nice, dit-il avec le ton 
arrogant de la supriorit, non que je croie avoir de 
grands torts avec vous; non qu'une fcheuse 
rminiscence me contraigne  des rparations... au-
dessus desquelles je me crois; mais je me souviens que, 
dans le peu de temps que nous nous sommes vus, vous 
m'avez montr de l'esprit. Il en faut pour ce que j'ai  
vous proposer; et, si vous l'acceptez, le besoin que j'aurai 
de vous alors vous fera trouver, dans ma fortune, les 
ressources qui vous sont ncessaires, et sur lesquelles 
vous compteriez en vain, sans cela.
	Justine voulut rpondre quelque chose  la lgret 
de ce dbut; mais Saint-Florent lui imposant silence: 
	- Laissons ce qui s'est pass, lui dit-il; c'est l'histoire 
des passions; et mes principes me portent  croire 
qu'aucun frein n'en doit arrter la fougue; quand elles 
parlent, il faut les servir; je ne connais point d'autre loi. 
Lorsque je fus pris par les voleurs, dans la compagnie 
desquels je vous trouvai, me vtes-vous me plaindre de 
mon sort? Se consoler et agir d'industrie, si l'on est le 
plus faible; jouir de tous ses droits si l'on est le plus fort; 
voil mon systme. Vous tiez jeune et jolie, Justine; 
vous tiez ma nice; nous nous trouvions au fond d'une 
fort; il n'est point de volupt dans le monde qui allume 
mes sens comme le viol d'une fille vierge; vous possdiez 
cette fleur dont je fais tant de cas; je l'ai fltrie, je vous ai 
viole; j'eus fait bien pis, si mes premires insultes 
n'eussent pas assur mon triomphe, et que vous eussiez 
pu m'opposer quelque rsistance. Mais, me direz-vous 
peut-tre, pourquoi vous laisser sans ressources... au 
milieu de la nuit... dans une route dangereuse? Ah! 
Justine, je vous dvoilerais en vain ces motifs; vous ne 
les entendriez pas. Les seuls tres qui connaissent le 
coeur de l'homme... qui en ont tudi les replis... fouill 
les coins les plus impntrables, pourraient vous 
expliquer cette suite d'garements. Vous m'aviez oblig, 
Justine; vous m'aviez aid  briser mes liens; vous 
usurpiez des droits  ma reconnaissance; vous 
m'apparteniez, en un mot; en fallait-il donc plus  une 
me comme la mienne, pour me porter  tous les crimes 
imaginables contre vous?
	- Oh, monsieur! de telles horreurs peuvent, dites-
vous, se comprendre?
	- Eh oui, Justine, eh oui; tout se comprend dans 
l'me d'un libertin; chez lui tous les carts s'enchanent; 
et, sitt qu'on a dml le premier, tous les autres se 
devinent aisment. Vous le vtes; en venant de vous 
violer, de vous battre (car je vous battis, Justine), eh 
bien!  vingt pas de l, songeant  l'tat o je vous 
laissais, je retrouvai sur le champ, dans ces ides, des 
forces pour de nouveaux outrages, que je ne vous eusse 
peut-tre jamais faits sans cela; vous n'aviez t foutue 
qu'en con, je revins exprs pour vous enculer; eussiez-
vous eu mille pucelages, je les eusse tous cueillis l'un 
aprs l'autre. Il est donc vrai que, dans de certaines mes, 
la volupt peut natre au sein du crime... Que dis-je! il est 
donc vrai que le crime seul l'veille et la dcide, et qu'il 
n'est pas une seule volupt dans le monde, qu'il 
n'enflamme et qu'il n'amliore.
	- Oh! monsieur, quelle atrocit!
	- N'en pouvais-je pas commettre une plus grande? 
Je pouvais vous assassiner, Justine; je ne vous cache pas 
que j'en eus grande envie; vous dtes m'entendre revoler 
aprs vous dans cette intention; vous tiez morte, si je 
vous eusse trouve. Je me consolai de n'avoir pu vous 
joindre, par la certitude o j'tais, que, rduite aux 
dernires extrmits, la vie allait devenir pour vous un 
tat plus cruel que la mort. Mais laissons cela, mon 
enfant; et venons  l'objet qui m'a fait dsirer de vous 
voir.
	Cet incroyable got que j'ai pour l'un et l'autre 
pucelage d'une petite fille, ne m'a point quitt Justine, 
poursuivit Saint-Florent. Il en est de celui-l comme de 
tous les autres carts de la luxure; plus on vieillit, et plus 
ils prennent de force. De nouveaux dsirs naissent des 
anciens dlits, et de nouveaux crimes sont enfants par 
ces dsirs. Tout cela ne serait rien, si ce qu'on emploie 
pour russir n'tait pas soi-mme trs coupable; mais 
comme le besoin du mal est le premier mobile de nos 
caprices, plus ce qui nous conduit est criminel, et mieux 
nous sommes irrits. Arrivs l, on ne se plaint plus que 
de la mdiocrit des moyens; plus leur atrocit s'tend, 
plus notre volupt devient piquante; et l'on s'enfonce 
ainsi dans le bourbier, sans la plus lgre envie d'en 
sortir. C'est mon histoire, Justine. Chaque jour deux 
jeunes enfants sont ncessaires  mes sacrifices: ai-je 
joui; non seulement je ne revois plus les objets qui 
viennent de me servir; mais il devient mme essentiel  
l'entire satisfaction de mes fantaisies que ces objets 
sortent aussitt de la ville. Je goterais mal les plaisirs du 
lendemain, si j'imaginais que les victimes de la veille 
respirassent encore le mme air que moi. Le moyen de 
m'en dbarrasser est facile. Le croirais-tu, Justine? ce 
sont mes dbauches qui peuplent le Languedoc et la 
Provence, de la multitude d'objets de libertinage que 
renferme leur sein (2). Une heure aprs que ces petites 
filles m'ont servi, des missaires srs les embarquent et 
les vendent aux appareilleuses de Nmes, de Montpellier, 
de Toulouse, d'Aix et de Marseille. Ce commerce, sur 
lequel j'ai deux tiers de bnfice, me ddommage 
amplement de ce que les sujets me cotent, et je satisfais 
ainsi deux de mes plus chres passions... ma luxure et ma 
cupidit. Mais les dcouvertes, les sductions, me 
donnent de la peine. D'ailleurs, l'espce de sujets importe 
infiniment  ma lubricit; je veux qu'ils soient tous pris 
dans ces asiles de la misre, o le besoin de vivre et 
l'impossibilit d'y russir, absorbant le courage, la fiert, 
la dlicatesse, nervant l'me enfin, dcident, dans 
l'espoir d'une subsistance indispensable,  tout ce qui 
parat devoir l'assurer. Je fais impitoyablement fouiller 
tous ces rduits: on n'imagine pas ce qu'ils me rendent. Je 
vais plus loin, Justine. L'activit, l'industrie, un peu 
d'aisance, en luttant contre mes subornations, me 
raviraient une grande partie des sujets. J'oppose  ces 
cueils le crdit dont je jouis dans cette ville; j'excite des 
oscillations dans le commerce, ou des cherts dans les 
vivres, qui, multipliant les classes du pauvre, lui enlevant 
d'un ct les moyens du travail, et lui rendant difficiles 
de l'autre ceux de la vie, augmentent en raison gale la 
somme de sujets que la misre me livre. La ruse est 
connue, mon enfant: ces disettes de bois, de bl, et 
d'autres comestibles, dont Paris souffre depuis tant 
d'annes, n'ont d'autres objets que ceux qui m'animent. 
L'avarice, le libertinage: voil les passions qui, du sein 
des lambris dors, tendent une multitude de filets sur 
l'humble toit du pauvre. Mais, quelque habilet que je 
mette en usage pour presser d'un ct, si des mains 
adroites n'enlvent pas lestement de l'autre, j'en suis pour 
mes peines, et la machine va tout aussi mal que si je 
n'puisais pas mon imagination en ressources, et mon 
crdit en oprations. J'ai donc besoin d'une femme leste, 
jeune, intelligente, qui, ayant elle-mme pass par les 
pineux sentiers de la misre, connaisse mieux que qui 
que ce soit les moyens de dbaucher celles qui y sont; 
une femme dont les yeux pntrants devinent l'adversit 
dans ses greniers les plus obscurs, et dont l'esprit 
suborneur en dtermine les victimes  se tirer de 
l'oppression par les sentiers que j'aplanis; une femme 
spirituelle enfin, sans scrupule comme sans piti, qui ne 
nglige rien pour russir... jusqu' couper mme le peu 
de ressources qui, soutenant encore l'espoir de ces 
infortunes, les empche de se rsoudre. J'en avais une 
excellente et sre; elle vient de mourir. On n'imagine pas 
jusqu'o cette dlicieuse crature portait l'effronterie. 
Non seulement elle isolait ses victimes au point de les 
contraindre  venir l'implorer  genoux; mais, si ces 
moyens ne lui succdaient pas assez tt pour acclrer 
les chutes, la sclrate allait jusqu' violer ces 
misrables: c'tait un trsor. Il ne me faut que deux sujets 
par jour; elle m'en et donn dix, si je les eusse voulus. Il 
rsultait de l que je faisais des choix meilleurs, et que la 
surabondance de la matire premire de mes oprations 
me ddommageait de la main d'oeuvre. C'est cette femme 
qu'il faut remplacer, ma chre; tu en auras quatre  tes 
ordres, et deux mille cus d'appointements. J'ai dit. 
Rponds, Justine; et surtout que des chimres ne 
t'empchent pas d'accepter ton bonheur, quand le hasard 
et ma main te l'offrent.
	- Oh! monsieur, rpondit Justine  ce malhonnte 
homme, en frmissant de ses discours, est-il possible, et 
que vous puissiez concevoir de telles volupts, et que 
vous osiez me proposer de les servir? Que d'horreurs 
vous venez de me faire entendre! Homme cruel, si vous 
tiez malheureux seulement deux jours, vous verriez 
comme ces systmes d'inhumanit s'anantiraient bientt 
dans votre coeur; c'est la prosprit qui vous aveugle et 
qui vous endurcit. Vous vous blasez sur le spectacle des 
maux dont vous vous croyez  l'abri; et parce que vous 
esprez ne les point sentir, vous vous supposez en droit 
de les infliger. Puisse le bonheur ne point approcher de 
moi, ds qu'il peut corrompre  ce point! Juste ciel! ne se 
pas contenter d'abuser de l'infortune... pousser l'audace et 
la frocit jusqu' l'accrotre... jusqu' la prolonger, pour 
l'unique satisfaction de ses dsirs! Quelle cruaut, 
monsieur! les btes les plus froces ne vous donnent pas 
d'exemples d'une barbarie semblable!
	- Tu te trompes, Justine, dit Saint-Florent; il n'y a 
pas de fourberies que le loup n'invente pour attirer 
l'agneau dans ses piges. Ces ruses sont dans la nature, et 
la bienfaisance n'y est pas: elle n'est qu'un caractre de la 
faiblesse prconise par l'esclave, pour attendrir son 
matre, et le disposer  plus de douceur; elle ne s'annonce 
jamais chez l'homme que dans deux cas: ou s'il est le plus 
faible, ou s'il craint de le devenir: la preuve que cette 
prtendue vertu n'est pas dans la nature, c'est qu'elle est 
ignore de l'homme le plus rapproch d'elle. Le sauvage, 
en la mprisant, tue sans piti son semblable, ou par 
vengeance ou par avidit... Ne la respecterait-il pas, cette 
vertu, si elle tait crite dans son coeur? Mais elle n'y 
parut jamais. La civilisation, en purant les individus, en 
distinguant des rangs, en offrant un pauvre aux yeux du 
riche, en faisant craindre  celui-ci une vexation d'tat 
qui pouvait le prcipiter dans le nant de l'autre, mit 
aussitt dans son esprit le dsir de soulager l'infortune 
pour tre soulag  son tour s'il perdait ses richesses. 
Alors naquit la bienfaisance, fruit de la civilisation et de 
la crainte; elle n'est donc qu'une vertu de circonstance, 
mais nullement un sentiment de la nature, qui ne plaa 
jamais dans nous d'autre dsir que celui de nous 
satisfaire,  quelque prix que ce pt tre. C'est en 
confondant ainsi tous les sentiments, c'est en n'analysant 
jamais rien, qu'on s'aveugle sur tout et qu'on se prive de 
toutes les jouissances.
	- Ah! monsieur, dit Justine avec chaleur, peut-il en 
tre une plus douce que celle de soulager l'infortune? 
Laissons  part la frayeur de souffrir soi-mme. Y a-t-il 
une satisfaction plus vraie que celle d'obliger, jouir des 
larmes de la reconnaissance; partager le bien-tre qu'on 
vient de rpandre chez des malheureux qui, semblables  
vous, manquaient nanmoins de choses dont vous formez 
vos premiers besoins; les entendre chanter vos louanges 
et vous appeler leur pre, replacer la srnit sur les 
fronts obscurcis par la dfaillance, par l'abandon et le 
dsespoir? Non, monsieur, nulle volupt dans le monde 
ne peut galer celle-l; c'est celle de la divinit mme; et 
le bonheur qu'elle promet  ceux qui l'auront servie sur la 
terre ne sera que la possibilit de voir ou de faire des 
heureux dans le ciel. Toutes les vertus naissent de celle-
l, monsieur: on est meilleur pre, meilleur fils, meilleur 
poux, quand on connat le charme d'adoucir l'infortune. 
Ainsi que les rayons du soleil, on dirait que la prsence 
de l'homme charitable rpand sur tout ce qui l'entoure la 
fertilit, la douceur et la joie; et le miracle de la nature, 
aprs ce foyer de lumire cleste, est l'me honnte, 
dlicate et sensible, dont la flicit suprme est de 
travailler  celle des autres.
	- Phoebus que tout cela, Justine, rpondit cet 
homme cruel; les jouissances de l'homme sont en raison 
de la sorte d'organes qu'il a reus de la nature. Celles de 
l'individu faible, et par consquent de toutes les femmes, 
doivent porter  des volupts morales plus piquantes pour 
de tels tres que celles qui n'influeraient que sur un 
physique entirement dnu d'nergie. Le contraire est 
l'histoire des mes fortes, qui bien mieux dlectes des 
chocs vigoureux imprims sur ce qui les entoure, qu'elles 
ne le seraient des impressions dlicates ressenties par ces 
mmes tres existant auprs d'eux, prfrent 
invitablement, d'aprs cette constitution, ce qui affecte 
les autres en sens douloureux  ce qui ne toucherait que 
d'une manire plus douce. Telle est l'unique diffrence 
des gens cruels aux gens dbonnaires: les uns et les 
autres sont dous de sensibilit; mais ils le sont chacun  
leur manire. Je ne nie pas qu'il n'y ait des jouissances 
dans l'une ou l'autre classe, mais je maintiens avec 
beaucoup de philosophes que celles de l'individu 
organis de la manire la plus vigoureuse seront 
incontestablement plus vives que toutes celles de son 
adversaire, et, ces symptmes tablis, il peut et il doit se 
trouver une sorte d'hommes qui trouvent autant de plaisir 
dans tout ce qu'inspire la cruaut, que les autres en 
gotent dans la bienfaisance; mais ceux-l seront des 
plaisirs doux, et les autres des plaisirs fort vifs. Les uns 
seront les plus srs, les plus vrais, sans doute, puisqu'ils 
caractrisent les penchants de tous les hommes encore au 
berceau de la nature, et des enfants mme avant qu'ils 
n'aient connu l'empire de la civilisation; les autres ne 
seront que l'effet de cette civilisation, et par consquent 
des volupts trompeuses et sans aucun sel. Au reste, mon 
enfant, comme nous sommes moins ici pour philosopher 
que pour consolider une dtermination, ayez pour 
agrable de me donner votre dernier mot... Acceptez-
vous, ou non, le parti que je vous propose?
	- Assurment je le refuse, monsieur, rpondit 
Justine en se levant. Je suis bien pauvre... oh! oui, bien 
pauvre, monsieur; cependant, plus riche des sentiments 
de mon coeur que de tous les dons de la fortune; jamais 
je ne sacrifierai les uns pour possder les autres; je saurai 
mourir dans l'indigence, mais je n'outragerai point la 
vertu.
	- Sortez, dit froidement cet homme dtestable, et 
que je n'aie pas surtout  craindre de vous des 
indiscrtions; vous seriez bientt mise en un lieu d'o je 
n'aurais plus  les redouter.
	Rien n'encourage la vertu comme les craintes du 
vice. Bien moins timide qu'elle ne l'aurait cru, Justine, en 
promettant  ce sclrat qu'il n'aurait rien  redouter 
d'elle, lui rappela qu'il devait au moins lui rendre l'argent 
qu'il lui avait drob.
	- Vous devez bien sentir, monsieur, lui dit-elle, que 
cet argent me devient indispensable dans la situation o 
je suis; et je vous crois trop juste pour me le refuser.
	Mais le monstre rpondit durement qu'il ne tenait 
qu' elle d'en gagner, et qu'aussitt qu'elle ne s'en 
souciait pas, il ne devenait nullement oblig de la 
secourir.
	- Non, monsieur, rpondit-elle avec fermet, non, je 
vous le rpte, je prirais mille fois plutt que de sauver 
mes jours  ce prix,
	- Et moi, dit Saint-Florent, il n'y a de mme rien que 
je prfre au chagrin de donner mon argent sans qu'on le 
gagne. Cependant, malgr l'insolence de votre refus, je 
veux bien encore rester un quart d'heure avec vous. 
Passez dans ce boudoir, et quelques instants d'obissance 
vont remettre vos fonds dans un meilleur ordre.
	- Je n'ai pas plus d'envie de servir vos dbauches 
dans un sens que dans un autre, monsieur, rpondit 
froidement Justine. Ce n'est point la charit que je vous 
demande, je ne vous procure pas cette jouissance; ce que 
je rclame est ce qui m'est d... ce que vous m'avez vol 
de la plus insigne manire. Garde-le, homme cruel, 
garde-le, si bon te semble; vois sans piti mes larmes; 
entends, si tu peux sans t'mouvoir, les tristes accents du 
besoin; mais souviens-toi que si tu permets cette nouvelle 
infamie, j'aurai, au prix de ce qu'elle me cote, achet le 
droit de te mpriser  jamais.
	Justine aurait d se souvenir ici que la vertu ne lui 
russissait pas mieux quand elle en adoptait le langage, 
que quand elle en suivait les prceptes. Saint-Florent 
sonne; son valet de chambre parat. Voil, dit le sclrat 
 cet agent de ses dbauches, une petite crature qui m'a 
vol autrefois; je la ferais pendre, si j'excutais mon 
devoir; je veux bien cependant lui sauver la vie; mais, 
comme il est essentiel d'en dlivrer la socit, saisissez-la 
et qu'on l'enferme sur-le-champ dans cette chambre sre 
que nous avons l-haut; ce sera sa prison pour dix ans, si 
elle se conduit bien; son cercueil ternel, si nous avons  
nous en plaindre.
	Lafieur s'empare  l'instant de Justine, et se dis pose 
 l'entraner, lorsque celle-ci pousse des cris assez 
perants pour faire redouter une scne. Saint-Florent, 
furieux, lui entortille la tte, lui fait lier les mains; puis, 
aidant lui-mme  son valet, tous deux enlvent au 
grenier cette malheureuse, et la jettent dans une chambre 
assez bien ferme pour n'avoir rien  craindre, ni de ses 
plaintes, ni de son vasion.
	Il n'y avait pas une heure qu'elle y tait, lorsque 
Saint-Florent parut; Lafleur l'accompagnait. Eh bien, lui 
dit ce monstre de luxure, oserez-vous encore vous 
soustraire  mes fantaisies?
	- Le dsir est gal, rpondit firement Justine, la 
facult seule n'est plus la mme.
	- Tant mieux, rpondit Saint-Florent; ce sera donc 
malgr vous que j'agirai, et cette clause est indispensable 
au complment de mes dsirs: qu'on dshabille cette 
putain... Ah, ah, dit Saint-Florent ds qu'il aperoit la 
funeste marque, il me parat que ma chre nice n'a pas 
toujours t aussi vertueuse qu'elle veut bien nous le 
persuader, et voici des traces ignominieuses qui nous 
dvoilent suffisamment sa conduite.
	- En vrit, monsieur, dit Lafleur, cette coquine 
peut vous dshonorer, quand vous vous en serez satisfait, 
je vous conseille de la faire mettre dans quelque cachot 
o l'on n'entende jamais parler d'elle.
	- Monsieur, monsieur, interrompit Justine avec 
impatience, daignez m'entendre avant que de me 
condamner. Et la pauvre fille explique alors toute 
l'nigme. Mais quel que soit l'air de vrit qu'elle mette  
raconter sa malheureuse histoire, Saint-Florent, 
incrdule, n'en redouble pas moins ses sarcasmes; les 
injures, les humiliations n'en sont pas moins prodigues 
par ce monstre  cette crature anglique, et d'un mrite 
bien plus grand que lui aux regards de l'Etre suprme. 
Justine, nue, fut brutalement traite par ces deux 
hommes; oblige de se prter galement aux 
attouchements lascifs... aux dgotantes caresses de l'un 
et de l'autre. Ses dgots... ses dfenses... tout devint 
inutile, il fallut cder.
	- Sais-tu, dit le matre  son confident, si j'ai l-bas 
une petite fille?
	- Cela doit tre, monsieur; l'heure est sonne, et 
vous connaissez l'exactitude de celles qui vous servent.
	- Va me la chercher.
	Et, pendant que le valet excute la commission, on 
n'imagine pas  quoi s'amuse l'insigne libertin. Tristes 
effets de l'garement! il semble que l'homme abandonne 
absolument sa raison, quand il devient l'esclave de ses 
caprices; et entre l'insens et lui, la diffrence alors est 
en vrit bien imperceptible. Le vilain, plus par envie 
d'humilier cette intressante crature, que par aucune 
espce de sensation lubrique... en pourrait-il tre  ces 
turpitudes!... l'infme, dis-je, crachait au milieu de la 
chambre, et contraignait Justine  nettoyer la place avec 
sa langue. Elle refuse; quelques mots de sa part 
annoncent encore de l'orgueil. Saint-Florent la saisit, et 
lui courbant la tte: 
	- Chtive crature, lui dit-il en la contraignant  ses 
sales dsirs, il te convient bien de rsister  mes 
fantaisies; infiniment trop heureuse de t'y soumettre, ne 
devrais-tu pas les prvenir? Il faudra bien que tu fasses 
pis tout  l'heure, quand ma victime sera devant toi... Et 
cette victime annonce parat.
	C'tait une enfant de huit ans, dans un tat de 
misre et de dprissement si complet, que la piti 
devenait le seul sentiment qu'elle paraissait devoir 
inspirer. Dshabille toi-mme cette petite fille, dit Saint-
Florent  la triste Justine; c'est de ta main que je veux la 
recevoir. Lafleur, branle mon vit  ce spectacle. Et 
l'impudique maniait les fesses de son confident, pendant 
que celui-ci le polluait de son mieux. Prpare-moi les 
voies, dit le libertin  notre hrone; humecte avec ta 
bouche le con de cette enfant, laisses-y beaucoup de 
salive. Guid par son valet, Saint-Florent se prsente; en 
un instant la place est emporte; cris, rsistances, larmes, 
plaintes, gratignures, rien ne l'tonne; il veut, au 
contraire, qu'on l'outrage, et c'est dans cette intention 
qu'il laisse toute espce de libert  sa victime. Mais il 
n'en est pas de mme de notre pauvre orpheline, elle va 
servir de plastron pendant la clbration du sacrifice. 
Lafleur s'tend sur le lit; il attire Justine sur lui, 
l'enconne, la contient dans ses bras, et prsente, par cette 
posture, le cul de notre aventurire aux attentats de Saint-
Florent. Arm d'une longue aiguille d'acier, le barbare, 
tout en foutant, tout en dchirant la petite fille, se divertit 
 piquer les belles chairs qui lui sont prsentes; chaque 
coup d'aiguille fait jaillir le sang; et c'est enfin quand le 
sclrat le voit couler sur les cuisses de cette infortune, 
et sur le visage de la petite fille qu'il enconne, c'est alors 
qu'il songe aux changements de main.
	- Enculons, dit-il  Lafleur; sodomise Justine dans 
la mme posture; je ne ferai, moi, que retourner la 
mienne.
	La petite fille, avant tout, a ordre de prsenter son 
derrire  Justine, qui reoit de son ct celui de le lui 
humecter, comme elle a fait le devant, Saint-Florent 
sodomise, Lafleur encule, et voil le con de Justine offert 
 la fatale aiguille.
	- Ah! foutre, dit Saint-Florent extasi, quel plaisir 
de piquer un con en foutant un derrire!... La garce!... 
Qu'en dis-tu Lafleur?... Je la larderais comme une 
poularde. Et toutes les parties qu'offrait Justine  son 
perscuteur furent bientt traites comme venaient de 
l'tre les autres... le sang ruissela de partout.
	- Voil l'tat o je veux lui faire l'honneur de la 
foutre encore une fois, dit Saint-Florent en quittant le cul 
de sa pucelle pour s'introduire au con qu'il vient de 
molester. Ah! dit-il en se pressant sur sa victime, c'est 
ainsi que j'aime  jouir d'une femme; rien ne me plat 
comme quand mes cuisses s'imprgnent du sang que fait 
couler ma fureur. Et, soulevant aussitt sa jouissance, il 
drange par ce moyen le vit de son valet, et le remplace 
dans le cul de Justine. Coule-toi sous elle, dit-il  
LafLeur, et viens te venger sur mon cul du drangement 
que je te cause; crois-tu que mon anus ne vaudra pas 
celui d'une putain?...
	Tout s'excute; et ce sont maintenant les fesses de 
la petite fille que dchire le funeste aiguillon. Cependant 
Saint-Florent s'chauffe, son sperme est prt  jaillir; il 
encule, on le sodomise, il tourmente. Que de dlicieux 
pisodes pour un libertin de ce genre! Ahe!... ahe!... 
ahe!... s'crie-t-il. (C'est sa passion que nous peignons ici 
d'aprs nature)... Ahe! ahe!... qu'on me donne des 
couteaux... des poignards... des pistolets... que je tue... 
que je massacre... que je dchire... que j'assassine tout ce 
qui m'environne. Et le foutre, enfin exhal de la couille 
impudique de ce monstre de luxure, en faisant renatre un 
peu de tranquillit, donne aux victimes le temps de se 
remettre.
	- Justine, dit Saint-Florent au bout d'un moment de 
calme, je vous ai dit combien il importait  mes 
jouissances nouvelles que l'objet des anciennes dispart 
aussitt que je m'en tais rassasi. Me jurez-vous de 
quitter  l'instant Lyon?  cette condition seule je vous 
rends votre libert; si, dans deux heures, vous tes encore 
dans la ville, vous pouvez tre sre qu'une ternelle 
prison punira votre dsobissance.
	- Oh, monsieur, je n'y serai plus... je vais obir, 
monsieur; soyez-en bien sr... ouvrez-moi les portes; 
vous ne me reverrez de vos jours. Et la pauvre fille se 
rhabillant aussitt, retraverse avec promptitude une 
maison o on la traite aussi cruellement, la quitte... vole  
son auberge, dont elle sort quelques heures aprs, pour 
aller coucher au del du Rhne.
	- Oh! ciel, dit-elle en s'enfuyant... quelle 
dpravation! quelle horreur!... C'est au sein des larmes et 
de l'infortune que le monstre allume ses lubricits... 
Malheur!... cent fois malheur  l'tre dprav qui peut 
souponner des plaisirs sur un sein que le besoin 
consume... qui cueille des baisers sur une bouche que la 
faim dessche, et qui ne s'ouvre que pour le maudire. 
Fuyons.
	Justine fut bientt hors de la ville. Mais on et dit 
que les malheurs et les aventures devaient entraver toutes 
ses dmarches, et que le destin, irrit contre elle, devait 
la faire heurter contre tous les projet de vertu que pouvait 
concevoir sa belle me.
	A peine a-t-elle fait deux lieues  pied, comme  
son ordinaire, deux chemises et quelques mouchoirs dans 
ses poches, qu'elle rencontre une vieille femme, qui 
l'aborde avec l'air de la douleur, et qui la conjure de lui 
faire l'aumne. Loin de la duret dont elle vient de 
recevoir d'aussi cruels exemples, ne connaissant de 
bonheur au monde que celui d'obliger, elle sort  l'instant 
sa bourse  dessein d'en tirer un cu, et de le donner  
cette femme. Mais l'adroite crature, qui n'avait 
emprunt le masque de la vieillesse que pour tromper 
Justine, saute lestement sur la bourse, la saisit, renverse 
celle qui la tient d'un vigoureux coup de poing dans 
l'estomac, et disparat dans un taillis. Justine, bientt 
releve, s'lance sur les pas de celle qui la vole, l'atteint, 
et tombe avec elle par une trappe que dguisait  tous les 
yeux le bouquet de bois dans lequel elle tait pratique.
	La chute tait considrable; mais elle avait t si 
douce, qu' peine avait-elle pu s'en apercevoir. Elle se 
trouvait, avec sa voleuse, dans un vaste souterrain, creus 
 plus de cent toises aux entrailles de la terre, mais beau, 
et parfaitement meubl.
	- Qu'est ceci, Sraphine? dit un gros et grand 
homme assis devant un bon feu; quel est l'individu qui 
t'accompagne dans notre demeure?
	- C'est une petite dupe, rpondit la voleuse; je l'ai 
attendrie, elle m'a donn l'aumne; je lui ai drob son 
argent, elle a couru aprs moi, et, nous trouvant toutes 
deux, au mme instant, sur la trappe, nous sommes 
arrives ensemble. Capitaine, cette fille nous sera utile, 
et je ne suis pas fche de la rencontre.
	- Cela pourrait effectivement nous convenir, 
rpondit le chef en faisant approcher Justine; elle n'est 
pas mal; et, ne fit-elle que servir aux amusements de la 
compagnie, ce serait toujours un poste  remplir... Et 
Justine fut aussitt entoure d'hommes, de femmes... 
d'enfants, de tout ge et de toute figure, mais dont la 
mauvaise mine ne lui donnait pas une haute opinion de la 
socit o elle se trouvait. Chacun l'environne... l'admire, 
chacun lche son mot; et tout ce que Justine continue de 
voir et d'entendre achve de la convaincre qu'elle est 
dans la plus mauvaise compagnie.
	- Monsieur dit-elle en tremblant au capitaine, n'y a-
t-il point d'indiscrtion  vous prier de me dire avec 
quelles personnes je me trouve? Je vous entends disposer 
de moi sans mon aveu; les lois de la dcence et de 
l'quit ne vous rglent-elles donc pas ici comme sur la 
surface de la terre?
	- Mignonne, dit le chef, commence par manger ce 
biscuit en avalant un verre de vin; coute-nous ensuite, et 
tu vas apprendre  la fois quels sont les gens chez qui tu 
es... quel est l'emploi qu'ils te prparent. Notre hrone, 
un peu plus tranquille, d'aprs l'honntet de ce procd, 
accepte ce qu'on lui prsente, s'assied, et prte l'oreille.
	- Les individus, au milieu desquels ton toile te 
place, dit le capitaine aprs avoir renifl deux prises de 
tabac, sont ce que l'on appelle des mendiants. C'est nous, 
ma fille, qui aprs avoir converti la gueuserie en art, 
russissons, par nos secrets et notre loquence,  si bien 
mouvoir la commisration des hommes, que nous 
vivons  leurs dpens, toute l'anne, dans le luxe et 
l'abondance. Comme il n'est point une plus sotte vertu 
que la piti, aussi n'en est-il point de plus facile  allumer 
dans le coeur de l'homme. Quelques accents de voix 
plaintifs, une loquence de situation, des maux supposs, 
des plaies contrefaites, un costume dgotant: telles sont 
les ruses qui servent  mouvoir les ressorts de l'me, et 
qui nous assurent une aisance perptuelle dans la 
fainantise et l'oisivet. Nous sommes environ cent dans 
ce souterrain; un tiers est toujours en exercice, pendant 
que le reste boit, mange, fout et se divertit. Jette les yeux 
sur le tas de bquilles... de bosses, d'empltres qui nous 
dguisent, sur ces herbes qui nous dfigurent (3), sur ces 
enfants dont nous nous servons pour entrouvrir les 
entrailles des mres: voil nos fonds, nos biens, nos 
immeubles; voil l'assiette certaine de nos revenus. Nos 
procds, quoique  peu prs toujours les mmes, varient 
cependant en raison des circonstances. Humbles et 
languissants, si nous nous trouvons les plus faibles; 
insolents, escrocs et voleurs, ds que la force est de notre 
ct.
	- Mais, vous ne tuez pas, au moins, messieurs? 
interrompit la compatissante Justine, avec cette tendre 
effusion de coeur qui caractrisait si bien sa belle me.
	- Assurment, ma chre, rpondit le chef, nous ne 
nous en faisons aucune difficult, si l'on nous rsiste, et 
que nous puissions nous convaincre qu'un coup de 
poignard ou de pistolet doive constater notre victoire. Le 
meurtre n'est pas pour nous d'une assez grande 
consquence, pour que nous croyions pouvoir nous 
passer des moyens qu'il nous donne, si ces moyens 
assurent nos intrts. Vous verrez souvent arriver ici, par 
le mme chemin qui nous y mne, des individus qui n'y 
paratront que pour y perdre la vie. Aprs avoir fait une 
prise considrable sur quelqu'un, nous croyez-vous assez 
imprudents pour lui laisser la facult de se plaindre et de 
nous dcouvrir? Nous ne sommes cependant ni voleurs ni 
assassins de profession. Notre unique mtier est la 
gueuserie; nous mendions, et, aprs cela, nous suivons le 
cours des circonstances. Notre objet est de nous emparer 
du bien d'autrui; nous parcourons la ligne indique, et, 
pourvu que nous russissions, il devient ensuite  peu 
prs gal que ce soit par telle ou telle voie. L'argent 
arrive dans le souterrain; qu'il soit donn de bonne grce 
ou enlev de force, c'est sur quoi nous ne chicanons 
jamais ceux qui nous l'apportent. Avec une telle morale, 
avec une semblable profession, vous devez imaginer, ma 
fille, que toutes les espces de vices doivent triompher 
parmi nous, et certes, vous ne vous trompez pas, si telle 
est votre opinion. La gourmandise, l'ivrognerie, la 
fourberie, le mensonge, l'hypocrisie, l'impit, et plus 
particulirement la luxure et la cruaut, rgnent ici 
comme dans leur empire; et nos lois particulires, loin de 
svir contre ces carts, les alimentent et les entretiennent. 
Il est certain d'abord, ma chre fille, que votre ge et 
votre jolie figure vont vous contraindre  satisfaire 
indiffremment tous les caprices, toutes les fantaisies de 
nos camarades, de quelque sexe, de quelque ge ou de 
quelque tournure qu'ils soient. Ces premiers feux apaiss, 
nous vous donnerons de l'emploi; si nous vous 
reconnaissons des dispositions, des talents, vous serez 
place dans les premiers postes; si vous rpugnez  nos 
usages... si notre mtier ne vous convient pas, vous ne 
sortirez pas du souterrain. Rduite alors au seul service 
de l'intrieur, vous serez utile au logis, et vous servirez 
nos passions.
	Toute la troupe applaudit  ce discours. Le chef, 
ayant assembl ce qu'il y avait l de notables, ses 
dcisions eurent  l'instant force de loi; et il fut intim  
la demoiselle Justine, d'avoir  se mettre nue sur-le-
champ, pour, aprs l'examen qui serait fait d'elle, avoir  
satisfaire d'abord aux passions du chef... des notables, et 
ensuite de tous ceux de la troupe, hommes ou femmes 
qui voudraient d'elle. La malheureuse Justine n'a pas 
plutt entendu cet arrt, qu'elle se jette, en larmes, aux 
pieds de ses juges, pour les supplier de ne pas la 
soumettre  des infamies qui lui cotent tant... De 
violents clats de rire sont la seule rponse qu'elle 
obtient.
	- Pudique enfant, lui dit le chef, comment as-tu pu 
supposer que ceux qui se font un jeu d'mouvoir la piti 
dans les autres, eussent la faiblesse d'en tre eux-mmes 
susceptibles? Apprends, poulette, apprends que nos 
coeurs sont durs comme les rochers qui nous servent de 
toit. Et comment voudrais-tu que la multitude de crimes 
o nous nous livrons tous les jours pt laisser en nous 
quelque accs au sentiment de la piti? Obis, coquine, 
obis; il pourrait y avoir du danger  te le faire rpter 
une seconde fois. Justine ne trouve plus de rponse; et 
ses cotillons, promptement  bas, laissent bientt jouir la 
gaillarde assemble d'un des plus beaux corps de femme 
qu'elle et encore aperu depuis longtemps. Objet de la 
curiosit de l'un et l'autre sexe, notre belle enfant est 
bientt visite, caresse, baise par toutes les femmes, 
aussi chaudement que par les hommes, lorsque l'un d'eux 
(c'est le fils du chef), apercevant la fatale marque, la fait 
voir aussitt  tout le monde.
	- Qu'est ceci, pucelle? dit l'un des membres du 
snat, il me semble qu'imprime de cette manire, on n'a 
pas envie de te perdre; et, puisque tu fraternises avec 
nous par ces stigmates, tu n'aurais pas d, ce me semble, 
contrefaire aussi bien la prude. Justine alors raconte son 
histoire; mais aussi peu crue l que chez Saint-Florent, 
en l'assurant que ce petit malheur ne lui fera nul tort dans 
la troupe, on l'exhorte pourtant  ne plus se revtir des 
voiles de la pudeur. Cette inconsquence, lui assure-t-on, 
pourrait bien, aprs ce que l'on voit, aigrir au lieu 
d'intresser.
	- Mon enfant, dit le chef en se dcouvrant une 
paule o pareille criture se dchiffrait au mieux, tu 
vois que nous nous ressemblons; ainsi, crois-moi, ne 
rougis plus de ce qui t'assimile  ton chef, et apprends 
que ces marques, loin d'tre des fltrissures, sont les 
lauriers de notre tat; baise celle-ci, je vais coller mes 
lvres sur celle que tu me montres. Nous sommes trente 
ici dans le mme cas; eh bien! voil pourtant les gens  
qui tu donnes l'aumne; voil ceux qui ont le talent de 
t'attendrir et de tirer des cus de ta poche, au nom de 
Dieu dont nous nous moquons. Allons, suis-nous, bel 
ange, continue le chef en attirant Justine  lui dans un 
caveau spar; moi et ces vieillards, qui sont mes 
acolytes, nous allons commencer  tter le terrain; nous 
en rendrons compte  nos camarades, auxquels, ensuite, 
nous abandonnerons la place, si elle vaut la peine d'tre 
occupe.
	Les sexagnaires, assaillants de Justine, taient, en 
tout, au nombre de six. Des lampes perptuelles brlaient 
dans le caveau o on la conduisait; des matelas par terre 
en rendaient le sol assez doux: c'tait le boudoir de ces 
messieurs.
	- Justine, dit un de ces vieillards, livrez-vous 
d'abord  notre chef; nous passerons ensuite par rang 
d'ge. Notre coutume, au reste, tant de nous livrer les 
uns devant les autres aux volupts de la luxure, ne vous 
effarouchez pas, mon enfant, de nous avoir pour tmoins 
de votre obissance.
	Gaspard prend Justine; mais, trop us pour en jouir, 
il se contente de quelques prliminaires; et, aprs s'tre 
secou un quart d'heure, il lui dcharge au milieu des 
ttons.
	Raymond, qui suit, a vcu dans le monde; c'est un 
vieil escroc des brelans de Paris; ses passions, plus uses, 
exigent davantage. Il lche le foutre que vient d'exhaler 
son confrre, se fait gamahucher le cul par Justine, et lui 
dcharge enfin dans la bouche.
	Gareau a t prtre; ses gots se raffinent avec plus 
d'art; il a conserv les penchants de l'ordre jsuitique o 
ses jeunes annes s'coulrent; et, comme il bande 
encore gentiment, le sodomiste encule, et crie comme un 
diable en perdant son foutre.
	Ribert est n farouche; ses passions ont la teinte de 
son me. Il faut que Justine le branle pendant qu'il la 
soufflettera; il lui rend les joues toutes rouges, et perd 
enfin ses forces auprs d'un con qu'il n'a ni la volont ni 
le pouvoir de fter d'une autre manire.
	Vernol, aussi mchant que son camarade, manifeste 
autrement sa rage. Il enconne, mais en tirant les oreilles; 
et c'est aux douleurs qu'il provoque, que le vilain module 
son plaisir.
	Maugin gamahuche le cul; il mord les fesses en se 
branlant; il voudrait imiter Gareau; tous deux ont les 
mmes vices; mais leurs forces ne se ressemblent pas. 
Maugin, tromp par ses dsirs, perd les siennes auprs de 
l'idole, et les hurlements qu'il pousse peignent  la fois 
ses regrets et sa luxure.
	- Allez, enfants, dit le chef au reste de la troupe, en 
rentrant avec ses adjoints, la crature vaut le coup... 
mettez-y de l'ordre... de la politesse; que chacun surtout, 
ne passe qu' son tour. Hommes et femmes, entremlez-
vous; je ne dfends pas les plaisirs, mais j'y veux un peu 
de dcence.
	Comme il y avait l huit ou dix hommes qui ne 
voyaient jamais que des garons, et cinq ou six femmes 
qui n'adoraient Vnus que sous les habits de Sapho, ce ne 
fut gure qu' une trentaine de personnes de l'un et l'autre 
sexe que notre hrone eut affaire. Tout se passa avec 
ordre; mais elle n'en fut pas moins excde. Oblige de 
prter tantt le con, tantt le cul, souvent la bouche et les 
aisselles... contrainte  polluer hommes et femmes...  
recevoir mille baisers plus dgotants les uns que les 
autres; quelquefois battue, fustige, soufflete, mordue, 
pince, nous laissons  penser au lecteur en quel tat la 
malheureuse dut sortir de cette joute libidineuse. Il n'y 
eut pas jusqu'aux enfants qui ne la soumissent  leur 
fantaisies; et Justine, toujours complaisante, toujours 
esclave et toujours malheureuse, se prte  tout avec une 
rsignation dont la source est loin de son coeur.
	Les assauts termins, on la conduisit vers une cuve 
o elle eut la permission de se purifier; et, comme c'tait 
l'heure du repas, Justine, ramene dans le grand caveau, 
se mit  table avec toute la troupe. La conversation ne 
roula que sur les plaisirs dont on avait joui; les femmes 
s'exprimrent avec la mme libert... la mme indcence 
que les hommes, et ce fut pour le coup que la 
malheureuse Justine put dire que, mme chez les moines 
de Sainte-Marie, elle ne s'tait jamais trouve en socit 
plus indcente.
	Le dner, au reste, fut dlicieux; tout ce qui pouvait 
contribuer  le rendre aussi dlicat que succulent s'y 
rencontrait avec profusion. Dans un caveau voisin de 
celui o la compagnie mangeait tait un vaste souterrain 
tapiss de viandes... de gibier, et dans lequel un homme 
et trois femmes travaillaient journellement  la cuisine. 
Comme on avait beaucoup bu, une mridienne succda. 
L'ex-jsuite Gareau s'approche alors de Justine: 
	- Vous avez, mon enfant, lui dit-il tout bas, le plus 
beau cul du monde;  peine ai-je eu le temps de le fter; 
levez-vous, et suivez-moi; ds qu'ils dormiront tous, nous 
irons jaser dans un coin.
	Abandonne comme l'tait Justine, ne devait-elle 
pas se trouver trop heureuse de voir un tre s'intresser  
son sort? Elle jette les yeux sur l'homme qui lui parle, et 
lui trouvant l'air plus honnte qu'aux autres, une assez 
belle figure et de l'esprit, elle se garde bien de le 
repousser. C'est dans une petite cellule, prs de l'endroit 
on l'on tient le vin, que le nouvel amant de notre hrone 
la conduit, pour s'entretenir avec elle; et, tous deux assis 
l sur une espce de baquet, telle est  peu prs la 
conversation qui les occupe: 
	- Du moment que je vous ai vue, mon enfant, dit 
Gareau, vous n'imaginez pas l'intrt que vous m'avez 
inspir. Votre charmante figure annonce de l'esprit; votre 
maintien, de l'ducation; vos discours, une naissance 
honnte; et je suis, moi, dans mon particulier, bien 
persuad que la fltrissure que vous portez n'est bien 
constamment que le fruit du malheur, et non de 
l'inconduite. Je ne vous cache pas, mon ange, que c'est 
avec chagrin que je vous ai vue parmi nous; car on ne 
sort pas d'ici comme on y entre. Vous ne pouvez vous le 
dissimuler; n'acceptant pas d'exercer la mme profession 
que ces gens-ci, je crains qu'ils ne vous captivent, ou 
qu'ils ne vous tuent aussitt qu'ils seront las de vous. 
Dans cette fatale occurrence, je ne vois qu'un parti pour 
vous: celui de vous attacher  moi, et de vous en 
rapporter  mes soins pour vous obtenir un jour le moyen 
de vous vader.
	- Mais, monsieur, dit Justine, si vous preniez de 
l'amiti pour moi, quelle apparence que vous me missiez 
 mme de vous fuir?
	- Je vous suivrais, Justine; me croyez-vous donc fait 
pour cet tat-ci? L'avarice, la paresse, la luxure, voil les 
chanes qui me captivent; j'aime  gagner de l'argent, 
sans avoir d'autres peines que de le demander. Mais vous 
mettez, j'espre, une diffrence entre mon personnel et 
celui de ces gens-ci; tt ou tard ncessairement je dois 
les abandonner. Lie  moi, vous me suivrez alors, et 
nous mnerons ensemble une vie, sinon plus honnte, au 
moins pas si dangereuse. En dclarant, d'ailleurs, 
publiquement que vous consentez  vivre avec moi, cette 
association vous sauvera de la cruelle ncessit dans 
laquelle vous tes de vous livrer journellement  tous ces 
coquins-ci... comme vous voyez Sraphine et Ribert.
	- Ribert, monsieur? mais il me semble que c'est un 
des premiers qui ait assouvi sa passion sur moi.
	- Lui, sans doute; rien ne nous captive, nous; ce 
n'est pas sur nous que pse le lien conjugal; mais, sa 
femme, vous ne la verrez jamais se prostituer.
	- Sa femme!... celle qui m'a escroque?
	- Oui.
	- Mais, monsieur, elle s'est aussi divertie de moi.
	- Eh bien, oui; mais de bonne volont... Ce que je 
vous dis, c'est que vous n'avez jamais vu, et que vous ne 
verrez jamais aucun homme la contraindre  des plaisirs 
qui ne seraient pas de son gr. Vous serez comme elle 
libre de jouir, si cela vous amuse; mais libre aussi de 
refuser, si cela vous rpugne. Ce sont nos lois, et nous ne 
les enfreignons jamais.
	- Eh bien! monsieur, j'accepte, dit Justine; je me 
rends  vous de ce moment. Quelque affreux que soient 
vos gots, j'y souscris, sous la promesse formelle que 
vous me faites de n'tre jamais contrainte  me livrer  
personne.
	- Je vous le jure, dit Gareau; je vais en sceller le 
serment sur votre beau cul. Justine eut bien voulu jouir 
du privilge sans tre oblige de le payer aussi cher; mais 
le moyen de conserver sa vertu avec un prtre escroc et 
sodomiste! Elle s'offre donc en gmissant; et l'adroit 
jsuite l'encule avec les prcautions et la douceur dont un 
enfant d'Ignace est toujours susceptible.
	- Rentrons, dit le sducteur, ds qu'il se fut satisfait; 
une plus longue absence pourrait faire jeter des soupons 
sur nous; et quand on a envie de mal faire, il faut viter 
de faire mal.
	Nos libertins rveills contaient des histoires; 
Justine et Gareau prirent place au foyer; et, ds que le 
souper fut servi, notre hrone dclara que de tous ceux 
parmi lesquels son toile la plaait, Gareau se trouvait le 
seul qui lui inspirait de la confiance et de l'amiti, et 
qu'elle prvenait l'assemble que son intention tait de se 
lier  lui. Le chef demanda  Gareau si cet arrangement 
lui convenait. Celui-ci ayant rpondu d'une manire 
affirmative, Justine, respecte de ce moment comme la 
femme d'un des notables, fut  l'abri des propositions que 
les libertins de la troupe ne paraissaient que trop avoir 
envie de renouveler; et ce fut prs de son nouvel poux 
que l'infortune fut passer la nuit.
	Mais Gareau en assurant et sa main et sa protection 
 Justine, ne lui avait pas fait serment de fidlit; et, ds 
cette premire nuit, le volage convainquit sa compagne 
qu'elle n'tait pas la seule qui et des droits  ses faveurs. 
Un des jeunes gens de la troupe, g de trois lustres au 
plus, attendait le couple conjugal, et se mit cavalirement 
entre eux deux.
	- Qu'est ceci? dit Justine; est-ce donc l ce que vous 
m'avez promis?
	- Mon malheur, dit Gareau, est, je le vois, d'tre 
rarement entendu de mon aimable pouse. J'ai dit  
Justine, et je le lui rpte, qu'elle trouverait dans moi, 
pour le prix assur de ses faveurs, protection, secours, 
conseils et soulagement; mais je ne lui ai pas dit que je 
m'engageais  la continence. Aux gots qu'elle a d voir 
en moi, elle a dml, ce me semble, que les garons ne 
pouvaient tre exclus de mes plaisirs, et je la supplie de 
trouver bon qu'ils y soient trs souvent en tiers.
	Un tel discours tait un ordre pour la malheureuse 
Justine, et la soumission devint son seul lot. Quand on en 
fut  l'action, Justine s'aperut qu'il ne s'agissait pas 
seulement de consentir, qu'il fallait encore se prter. 
Pendant que l'ex-jsuite enculait le bardache, il exigeait 
que Justine sut le vit du jeune homme. Etait-ce  elle 
qu'il avait affaire; il fallait alors que le ganymde 
gamahucht la sodomise. Ainsi tantt premire actrice, 
et tantt double, c'tait sous toutes les formes, et de 
toutes les manires, que sa complaisance tait  
l'preuve.
	Quelques jours se passrent sans diversion; et 
Justine, toujours respecte, paraissait gagner de plus en 
plus la confiance de son nouvel poux. Mais, dnue de 
l'art qu'il aurait fallu pour le dmler et pour le conduire, 
ce fut elle, au contraire, qui fut sduite et pntre.
	- Bientt, lui dit un jour son protecteur, le tiers de 
nos gens qui se trouve en campagne va rentrer; le 
dtachement se renouvellera, j'en ferai partie; demandez 
 me suivre, faites-vous donner l'ducation ncessaire  
la russite de ce projet. Une fois hors de cet affreux 
sjour, nous n'y remettrons les pieds de la vie. J'ai 
quelques ressources, nous en profiterons; un village isol 
nous reclera, et nous y finirons nos jours avec bien plus 
de tranquillit qu'au milieu de ces sclrats, o notre 
mauvaise toile nous place.
	- Oh! combien j'aime ce projet, dit Justine avec 
enthousiasme! Sortez... sortez-moi de ce gouffre, 
monsieur, et je vous proteste de ne vous abandonner de 
la vie.
	- Je vous promets de vous tirer d'ici, Justine, je vous 
en fais le serment le plus authentique; mais j'exige une 
condition.
	- Quelle est-elle?
	- De voler la caisse en partant, de faire arrter 
ensuite tous ces sclrats.
	- Le pourrons-nous, monsieur, aprs les avoir 
imits? Volez la caisse, puisque cela vous plat; mais ne 
les dnonons pas; privons-les, s'il se peut, des moyens 
de mal faire... mais les faire punir!... oh! Dieu, Dieu! Je 
n'y consentirai jamais.
	- Eh bien! dit Gareau, nous les volerons tout 
simplement; ils deviendront ce qu'ils pourront. Dclare 
ton dessein de me suivre, fais-toi donner quelques leons, 
et nous serons bientt en tat de partir.
	Le dsir que nous avons d'offrir toujours  nos 
lecteurs le caractre de notre hrone aussi pur qu'il a d 
le reconnatre de tous les temps, nous engage  
dvelopper ici ses motifs. Il s'en fallait bien que cette 
vertueuse fille pt admettre de bonne foi le dessein de 
voler ces malheureux. Quelque criminellement gagn 
que ft cet argent, il leur appartenait; n'en tait-ce pas 
bien plus qu'il ne fallait pour que la scrupuleuse Justine 
se gardt bien de nuire  leur proprit? Mais elle 
dsirait tre libre; on ne lui offrait qu'aux conditions de 
ce crime. Elle combinait donc comment elle pourrait 
faire pour allier l'un et l'autre, pour sortir de ce gouffre 
enfin, sans drober le bien de ses htes. Un moyen 
simple s'offrit  son esprit; ce fut de faire au chef l'aveu 
du crime auquel on voulait l'engager; mais de ne rien 
dvoiler pourtant qu'avec la promesse de la grce du 
coupable et de sa libert. Une fois fixe  ce projet, elle 
n'attendit plus, pour le mettre  excution, que le moment 
o Gareau lui annoncerait la prochaine rsolution du 
dpart. Or, comme on lui avait assur qu'il fallait tre 
instruite pour faire partie du dtachement, elle demanda 
un matre, et Raymond, l'un des notables dont nous avons 
dj eu l'occasion de parler, fut l'instituteur que lui 
accorda le chef de la bande.
	- Les enfants que vous voyez parmi nous, lui disait 
un jour ce digne gouverneur, sont comme vous l'imaginez 
bien, Justine, de petits malheureux enlevs dans nos 
courses, desquels nous nous servons pour mouvoir les 
femmes, dont les coeurs sensibles et pusillanimes 
s'ouvrent plus aisment  la piti. En plaant dans la 
bouche innocente de ces petites cratures, et le tableau 
de nos misres et des instances pour les adoucir, nous 
sommes presque toujours srs du succs. Nous vous 
donnerons un de ces petits tres; vous le conduirez par la 
main; vous vous en direz la mre. Tous les coeurs 
s'attendriront aux accents plaintifs de votre voix douce; et 
vous n'prouverez jamais de refus. Mais votre costume, 
encore trop brillant, sera ncessairement ici 
mtamorphos contre un autre; et quelque rpugnance 
que vous puissiez avoir pour la vermine, il faudra que 
vous en soyez couverte. Que le nom de Dieu soit surtout 
employ, presque  tout moment, dans vos discours; on 
n'imagine point le parti que les fripons savent tirer de 
cette chimre.
	Au reste, votre taille ni votre jolie figure ne seront 
point gtes, point de cautres, point d'rsiple, point 
d'ulcres. Vous vous contenterez de quelques spasmes; et 
vous direz que ce sont des attaques de nerfs, 
occasionnes par la trahison d'un mari que vous adoriez. 
Nous vous apprendrons  jouer ces maux,  vous 
disloquer d'une telle manire, qu'on vous prendra pour 
une dmoniaque. Mais, avant que de vous loigner, avant 
que d'aller gueuser dans les rues de Grenoble, de 
Valence et de Lyon, vous rderez quelque temps aux 
environs de la trappe; et vous attirerez dessus, comme a 
fait Sraphine avec vous, tous ceux qui vous paratront 
en valoir la peine. Souvenez-vous surtout que nous 
aimons les gens riches, les jolies filles et les enfants; que 
vos filets soient donc toujours tendus vers ces tres-l, si 
vous voulez plaire  la socit.
	Une fois lance dans les villes, faites tout ce que 
vous pourrez pour escroquer les gens, quand vous 
n'obtiendrez rien d'eux d'une diffrente manire. On va le 
long des boutiques; on saisit le moment o l'on n'est point 
vu; un coup de main est bientt fait. Il faut tre leste, 
dans notre mtier... effront... toujours prt  nier... 
mme l'action qu'un tmoin viendrait de surprendre.
	Si, malgr vos apparentes infirmits... malgr le 
rle de mre, que nous vous ferons remplir, vous trouvez 
quelques libertins qui veuillent de vous (il en est tout 
plein qui, par caprice ou dpravation, prfrent les 
femmes de notre tat), cdez; mais profitez de la 
faiblesse du particulier, et pressurez-le d'importance. 
Nous vous donnerons des somnifres et des poisons, que 
vous emploierez au besoin, en partant toujours d'un 
principe: c'est que la sant... la fortune du prochain n'est 
rien, toutes les fois qu'il s'agit de s'enrichir. En excitant la 
piti dans les autres, souvenez-vous que vos devoirs vous 
font une loi de n'en jamais prouver aucune; votre coeur 
doit tre comme de l'acier; et le seul mot qu'il doive faire 
retentir en vous, c'est de l'argent.
	Il vous est permis de vendre l'enfant qui vous est 
confi, pourvu que vous en tiriez un bon parti, et que 
vous nous en apportiez les fonds.
	Soit pour leur faire du bien, soit pour leur faire du 
mal, une infinit de personnes nous achtent de ces 
enfants-l. Quelques-uns pour les lever, ceux-ci pour les 
sduire et s'en amuser, ceux-l, le croirez-vous, 
Justine?... ceux-l pour les manger... oui, les manger; il 
existe des tres assez dpravs pour porter la dbauche  
ce point, et nous en trouvons tous les jours. Accoutums 
nous-mmes  toutes les horreurs, aucune ne peut nous 
surprendre; et nous devons nous prter  toutes celles qui 
nous sont proposes, et surtout quand on nous les paye.
	Ayez les larmes  commandement, les histoires, les 
romans, les mensonges; que rien de tout cela ne vous 
cote. Il n'est point de mtier dans le monde o il faille 
savoir en imposer avec plus d'impudence, feindre avec 
plus de hardiesse les maux et les revers les plus loigns 
de nous.
	Dmlez surtout le caractre de ceux auxquels vous 
vous adressez, que vos moyens s'emploient en raison de 
leur sensibilit. Il ne s'agit que de se montrer  un tre 
faible et pusillanime: notre seul aspect l'meut sur-le-
champ. Il faut plus d'art, un jeu mieux prononc, prs de 
ces mes racornies par l'ge ou par la dbauche. On 
mprise notre tat; assurment cela est injuste. Il n'en est 
point qui demande une connaissance plus entire du 
coeur humain; aucun qui exige plus de souplesse, plus 
d'intelligence et d'esprit; nul, en un mot, qu'il faille 
exercer avec plus d'activit, d'tude et de soin; pas un 
seul qui demande un plus grand fond de fausset, de 
mchancet, de dpravation et de fourberie.
	Ne souffrez pas que les vrais pauvres se mlent 
parmi vous; ne les secourez, surtout, jamais; brutalisez-
les, au contraire; menacez-les de les faire rosser par vos 
camarades s'ils s'avisent de gner votre commerce; soyez 
aussi dure envers eux que les Crsus le sont avec nous.
	Lorsque vous faites des courses dans les 
campagnes, et que les paysans vous donnent l'hospitalit, 
profitez de cela pour les voler, pour sduire et enlever 
leurs enfants. Vous refusent-ils... vous traitent-ils mal, 
brlez leur grange, empoisonnez leurs bestiaux. Tout est 
permis dans de tels cas; la vengeance est le premier des 
plaisirs que nous laisse la mchancet des hommes; il 
faut en jouir.
	Ces leons de pratique et de morale bien 
inculques, on donna  Justine un nouveau matre 
d'action, et dans peu de jours elle fut juge digne de jouer 
un rle dans la clbre troupe des mendiants du 
Lyonnais.
	Son ducation tait  peine termine, qu'un des 
membres du dtachement qui tait en campagne, vint 
prvenir que ses camarades revenaient avec des trsors 
usurps  la charit des sots. De ce moment le reste de la 
compagnie s'assembla; et les remplaants furent nomms. 
Gareau eut d'une voix unanime le commandement de la 
petite arme, moyennant quoi Justine, ds que tout fut 
arrang, fit demander au chef l'honneur de l'entretenir un 
moment en particulier.
	Admise  une audience secrte, elle rvla  
Gaspard des choses que celui-ci savait infiniment mieux 
qu'elle.
	- Fille trop confiante, lui dit ce suprieur, comment 
avez-vous pu croire que, dans une association comme la 
ntre, la partie de l'espionnage ne ft pas une de celles 
que nos soins purassent le plus? Gareau s'est moqu de 
vous, et vous tes tombe comme une bte dans le pige 
tendu  votre imbcillit. Notre confrre vous a propos 
trois choses: nous voler, nous dnoncer et fuir. Vous 
m'avouez le vol, vous avez refus la dnonciation, mais 
vous avez accept la fuite; n'en voil-t-il pas plus qu'il ne 
faut pour que vous soyez  l'instant garde  vue. Vous 
n'aimez point notre mtier, nous sommes srs que vous 
ne l'exercerez jamais; ce n'est donc que comme notre 
putain et comme notre esclave, que nous pouvons vous 
garder ici; et sous l'un ou sous l'autre rapport, 
d'indissolubles fers doivent vous captiver.
	- Oh! monsieur, s'cria Justine, quoi! ce monstre...
	- Il vous a trahie; il a fait son devoir.
	- Mais il parlait d'amour... et de dlicatesse...
	- Comment avez-vous pu croire que de tels 
sentiments puisent natre dans l'me d'un individu de 
notre profession... et d'un prtre surtout? Gareau s'est 
amus de vous, ma fille; il a voulu dmler votre manire 
de penser... arracher votre secret, et nous le dvoiler. Que 
ceci vous serve de leon pour une autre fois; soumettez-
vous, en attendant, au sort que votre vertueuse candeur 
vous a prpar.
	Sraphine fut aussitt appele; Justine fut mise 
entre ses mains. Vous ne l'enfermerez pas, lui dit le chef, 
mais ne la perdrez pas de vue, et vous en rpondrez sur 
votre tte.
	Cette Sraphine, dont il est temps enfin de donner 
une ide aux lecteurs, tait une fort jolie femme 
d'environ trente ans; de beaux cheveux, des yeux trs 
noirs et trs libertins... excessivement adroite (on se 
souvient de la manire dont elle avait tromp Justine); 
jouant au mieux tous les personnages dont on la 
chargeait, et d'une corruption de moeurs au-dessus de 
tout ce qu'on peut imaginer au monde. La confiance 
qu'elle inspirait aux membres de cette association tait si 
prodigieuse, qu'elle sortait maintenant bien peu de la 
maison. Quelques courses aux environs de la trappe, 
mais le plus grand dtail dans la maison; parfaitement 
bien d'ailleurs avec les chefs... dont elle tait si digne par 
ses moeurs et par ses talents.
	Gareau, voyant repasser Justine avec sa gardienne, 
se mit  clater de rire.
	- Que penses-tu de cette pcore, dit-il  Sraphine, 
qui croit que de m'avoir prt son cul la soustrait aux 
peines que ses sottises lui font encourir?
	- Elle est encore novice, rpondit Sraphine; il faut 
lui pardonner sa bonne foi.
	- Comment, poursuivit Gareau, ne sera-t-elle pas 
punie de mort?
	- Ah! sclrat, dit Justine, voil donc ce que tu 
voulais? Altr de mon sang, ce n'tait que pour le voir 
rpandre que tu as trahi tous les sentiments de l'honneur 
et de l'amour.
	- L'amour! l'amour! Sraphine, que dis-tu de cette 
pucelle qui s'imagine qu'on lui doit de l'amour, parce 
qu'on a foutu son derrire? Apprends, putain, qu'on tire 
ce qu'on peut d'une crature comme toi; mais qu'on ne 
l'aime point; on s'en dgote, et on la sacrifie: femmes, 
voil votre lot... Quoiqu'il en soit, on lui fait donc grce?
	- Oui, dit Sraphine; elle est sous ma garde, et je te 
rponds que je ne la lcherai pas.
	- Je l'aimerais mieux au caveau des morts, dit ce 
monstre, en se remettant  foutre un petit garon qu'il 
tenait dans ce moment-l.
	Ds lors Justine fut charge des plus vils soins. 
Absolument subordonne  Sraphine, elle en devint en 
quelque faon la servante; et comme Gareau lui retirait 
sa protection, elle devint le plastron des dbauches 
publiques. On afficha dans le souterrain, que Justine, 
n'tant plus la matresse de Gareau, se livrerait 
indistinctement  tous ceux qui voudraient d'elle, et que 
le moindre refus de sa part serait svrement puni. Ce 
qu'il y a de fort plaisant, c'est que Gareau fut le premier 
qui se prsenta.
	- Viens, coquine, lui dit-il; tout en voulant faire 
vexer ta personne, je n'en aime pas moins ton derrire; 
viens, que je le sodomise encore une fois avant que de 
partir.
	Gareau tait en train; il avait runi quatre jeunes 
garons; Sraphine s'y trouvait aussi. Maugin, dont le 
lecteur se rappelle les gots, Maugin qui,  l'exemple de 
Gareau, chrissait prodigieusement le cul, mais dont les 
forces trompaient si souvent les dsirs, venait galement 
de s'y joindre. Ces orgies furent compltes. Il y avait des 
moments o notre malheureuse aventurire, objet des 
luxures de Sraphine, et des deux libertins dont on vient 
de parler, avait  la fois une langue dans le con, un vit 
dans le cul, un autre dans la bouche, et cela pendant que 
chacune de ses mains polluait un jeune garon, et qu'on 
enculait Sraphine. L'instant d'aprs deux vits lui 
labouraient le vagin; Sraphine, toujours encule, lui 
gamahuchait l'anus, et elle branlait un vit sur le clitoris 
de sa tribade. Vingt autres attitudes se succdrent; et 
Justine put se flatter enfin d'avoir fait dans cette journe 
un cours de libertinage plus complet qu'aucun de ceux o 
on l'et soumise depuis qu'elle tait dans le monde.
	Enfin le changement s'opra. Gareau partit avec ses 
satellites, et le dtachement rentra; autant de personnages 
nouveaux qui s'offrirent  la triste Justine, et qui la 
soumirent bientt  l'intemprance de leur perfide 
impudicit. Le chef de cette nouvelle troupe fut celui qui 
tourmenta davantage notre vertueuse crature. Roger, le 
plus sclrat des hommes, cruel par got, brutal par 
temprament, avait avec le sexe quelques habitudes qui, 
comme on va le voir, n'taient pas trs faites pour 
sduire. Le vilain chiait au milieu d'une chambre; il 
fallait que la femme, nue, cabriolt une heure autour de 
son tron. Arm d'un martinet norme, il l'trillait sur 
tout le corps pendant ce temps-l. Ensuite, ds qu'il 
prononait les mots: Erreur ! Source du renvoi introuvable., il fallait 
que la pauvre victime avalt l'tron par terre, et vint 
promptement lui en faire un dans la bouche. Alors, 
Roger, suffisamment excit, donnait l'essor  son sperme; 
mais en repoussant de lui si cruellement l'objet de sa 
luxure, que la malheureuse, lance  quinze ou vingt 
pieds de lui, ne touchait communment au but qu'aux 
dpens de quelques fontaines de sang  la tte, ou de 
quelques membres de casss. Erreur ! Source du renvoi introuvable.
	Cependant les comptes du nouveau dtachement se 
firent. Gaspard, qui commandait toujours dans l'intrieur, 
annona que six mois de courses venaient de rapporter  
la masse prs de sept cent mille livres uniquement en 
aumnes. Erreur ! Source du renvoi introuvable.
	A cela prs de beaucoup de crapule, de libertinage, 
d'irrligion, d'intemprance et de blasphmes, Justine 
cependant n'avait pas trop vu jusqu'alors le crime dans 
toute son nergie, lorsqu'une aventure assez singulire 
vint lui prsenter bien  nu l'me atroce de ces sclrats.
	Tout  coup la trappe s'abaisse, et vomit dans cette 
habitation un homme de quarante ans, fort bien mis... 
mais qui, tout tourdi de sa chute, ne peut expliquer 
qu'au bout d'un moment la fatalit qui l'amne. Ceci 
n'tait point la suite d'une des ruses de Sraphine. Ce 
voyageur avait effectivement vu une femme qui rdait 
aux environs du lieu o la terre s'tait enfonce sous ses 
pieds; et c'tait pour se cacher d'elle, qu'attir par un 
besoin de la nature, il s'tait rfugi dans l'intrieur de ce 
buisson. Son cheval, charg d'une valise pleine d'or, 
devait tre  quelques pas du trou, mais hors de la vue de 
Sraphine; et si, disait-il, son sort le faisait tomber, 
comme il le croyait, au milieu d'une bande de voleurs, il 
fallait se dpcher d'aller ravir son trsor  la cupidit du 
premier passant, ou le remonter promptement sur terre, 
dans le cas o l'on n'et sur lui nul mauvais dessein.
	- Te remonter, dit aussitt Roger en s'avanant vers 
cet homme le pistolet  la main... Ah! sclrat, de ta vie 
tes yeux ne verront le soleil.
	- Qu'aperois-je, grand Dieu! s'cria le voyageur; 
est-ce bien toi, Roger, que le hasard prsente mes regards 
surpris?... Toi, mon frre... toi, que j'ai, pour ainsi dire, 
lev dans mon sein... toi, mon ami, dont je sauvai deux 
fois les jours... toi, j'ose le dire enfin, qui me dois tout 
dans l'univers? Oh! combien je rends grce au ciel de te 
trouver dans ce local obscur; quels que soient les gens 
qui l'habitent, tu vas m'y servir de protecteur... et je n'ai 
plus rien  craindre sans doute ds que mon sort est entre 
tes mains.
	- Que la foudre m'crase, s'cria Roger, s'il est 
aucune circonstance dans le monde qui puisse m'attendrir 
sur ton sort; m'eusses-tu sauv mille vies, je te tiens, 
sclrat, et tes jours vont nous assurer ta fortune. C'est 
bien  des gens tels que nous, qu'il faut venir parler de 
liens fraternels ou de reconnaissance. Apprends, faquin, 
que l'intrt touffe dans nos mes tout autre sentiment 
que ceux de l'avarice, de la cupidit, de la soif, du sang 
ou des richesses; et que, m'eusses-tu, te dis-je, rendu 
mille fois plus de services que tu n'en tales ici, tu n'en 
deviendrais pas moins notre victime.
	Deux coups de pistolet, lchs par le cruel Roger, 
tendent  l'instant son frre sur le carreau. Il y tait  
peine, que Sraphine parut avec le bagage du cavalier. 
Elle avait dcouvert le cheval; et ne sachant pas ce que le 
matre tait devenu,  tout vnement, la gueuse apportait 
la valise.
	- Voil une excellente aventure, dit Gaspard en 
prouvant  ses camarades que la prise s'levait  plus de 
cent mille francs. Un tel frre est coupable, sans doute, 
puisque avec autant de richesses il laisse son cadet 
exercer une aussi infme profession.
	- Il l'ignorait, rpond Roger; il me croyait en 
Amrique. Aprs l'action que je viens de commettre, il ne 
m'appartient pas de faire son loge; mais il ne vous en a 
point impos, et rien n'est aussi certain que les services 
qu'il m'a rendus toute la vie. Le libertinage seul 
m'enchane  notre tat; et certes, je ne l'exercerais pas si 
j'avais profit de ses leons, de ses conseils et des 
sommes dont sa libralit me gratifia tant de fois. 
N'importe! je ne me repens point; mon action vous 
prouvera, mes camarades, que vos intrts me sont plus 
chers que tous les liens de la nature, et que je sacrifierai 
toujours tout, ds qu'il s'agira de vous servir.
	Le fratricide de Roger trouva beaucoup de partisans 
dans la troupe, mais pas un seul contradicteur. 
L'infortune Justine fut charge d'aller enterrer le 
cadavre; et nous laissons  penser aux lecteurs combien, 
et ce qui venait de se passer, et ce  quoi on l'obligeait 
sans cesse, redoublaient dans son me la haine profonde 
qu'elle nourrissait pour les nouveaux monstres chez 
lesquels le hasard la plaait.
	Cependant, la joie qu'occasionnait cette nouvelle 
prise fut telle qu'on ne pensa plus le soir qu' se divertir. 
Les orgies furent compltes; on y exigea que toutes les 
femmes ou filles de la troupe, ainsi que tous les jeunes 
garons y soupassent nus. Justine, dans le mme tat, fut 
oblige de les servir.
	Gaspard dit au dessert, que depuis longtemps 
Sraphine leur avait promis l'histoire de sa vie; et comme 
l'invitation fut renouvele, tels furent  peu prs les 
termes dans lesquels cette belle fille s'exprima.

	(1) 	Les Grecs avaient peint Jupiter assis entre deux 
cuves: dans l'une taient les dons de la fortune; 
ses revers dans l'autre. Le Dieu prenait  
pleines mains, tour  tour dans l'un et l'autre 
tonneau, pour jeter sur les hommes; mais on 
remarquait qu'il revenait toujours plus souvent 
au magasin des malheurs qu' celui des 
prosprits. 

	(2) 	Ceci n'est point une fable; ce personnage a 
exist dans Lyon. Ce que l'on dit ici de ses 
manoeuvres est exact; il a cot l'honneur  
plus de vingt mille petites filles. Son opration 
faite, on les embarquait sur le Rhne; et les 
provinces dont il s'agit n'ont t peuples, 
pendant trente ans, d'objets de dbauches, que 
par les victimes de ce libertin. 

	(3) 	L'purge, ou la catapuce ordinaire, 
vulgairement connue sous le nom de rveille-
matin, et qui croit en abondance dans les bois 
voisins de Paris: tel est le simple dont ces 
coquins se servent pour se dfigurer, en en 
exprimant le suc sur leur visage. Ce suc laiteux 
se range aussi dans la classe des poisons. 

	(4) 	On assure que c'est une des ruses de ces drles-
l. Ils payent aux curs de village des sermons 
sur la piti, sur la charit, sur la bienfaisance, 
sur toutes les faiblesses, en un mot, qui leur 
sont utiles.



 

CHAPITRE XVIII

HISTOIRE DE SERAPHINE - COMMENT JUSTINE 
QUITTE LES MENDIANTS - NOUVEL ACTE
DE BIENFAISANCE DONT ON VERRA LE SUCCES 
- CE QU'EST ROLAND - SEJOUR CHEZ LUI

	- Je suis ne  Paris, d'un homme et d'une femme 
dont la rputation fort quivoque ne devait pas faire 
esprer pour le fruit de leur amour une somme de 
moralit trs tendue. Mon pre tait le gardien des 
capucins du Marais; ma mre, une trs jolie coquine du 
quartier, que le pre Simon, auteur de ma naissance, 
entretenait avec l'argent du couvent, dans une maison qui 
n'en tait pas fort loigne. J'avais un frre plus g que 
moi d'un an, rsultat de la mme intrigue, et que Pauline, 
ma mre, levait comme moi dans des principes assez 
ngligs. Ce petit frre, que l'on nommait de L'Aigle, du 
nom de famille de mon pre, tait  la fois et le plus bel 
enfant et le plus insigne libertin qu'il y et peut-tre dans 
tout Paris. Les inclinations les plus vicieuses 
s'annonaient en lui ds ses plus jeunes annes; et le petit 
fripon n'avait rien de plus  coeur que de me les suggrer 
toutes. A peine avait-il dix ans, qu'il tait dj paillard, 
ivrogne, voleur et cruel, et qu'il m'inspirait tous les vices, 
en me les prconisant avec une force d'esprit et de raison 
trs extraordinaire  son ge. Ce fut lui qui me rvla les 
secrets de notre naissance, en faisant natre en moi, pour 
ceux de qui nous la tenions, le plus excessif mpris. 
Cependant de L'Aigle aimait sa mre, il la convoitait 
mme; cela se voyait aisment. Je n'ai que dix ans, 
Sraphine, me disait-il quelquefois; mais je coucherais 
avec ma mre, tout aussi bien que Simon; je suis bien 
sr que je lui en ferais tout autant que lui... je les ai vus... 
je sais tout, et je te l'apprendrai quand tu voudras. 
Malheureusement, comme je vous l'ai dit, Pauline 
favorisait un peu toutes ces mauvaises dispositions; elle 
idoltrait mon frre; elle le couchait avec elle; et de 
L'Aigle ne fut pas longtemps  m'avouer que c'tait de 
cette mre incestueuse, qu'il apprenait une grande partie 
des choses dont il avait tant d'envie de m'instruire. Cette 
intemprance pouvait tre tolre par l'ge de ma mre, 
qui, ayant mis mon frre au monde  treize ans, en avait  
peine vingt-trois. Pleine d'ardeur, et jolie comme un 
ange, la coquine excuse par la nature, en coutait 
infiniment plus la voix que celle de la raison. Il m'avait 
t facile de voir, aux conseils que je recevais d'elle, que 
sa morale tait fort relche. Mais n'ayant pas encore 
assez d'esprit pour interprter ses motifs, je prenais pour 
de la tendresse ce qui n'tait l'effet que de la plus 
complte corruption.
	Tels taient  peu prs les motifs pour lesquels 
notre ducation se ngligeait; lire et crire tait  peu 
prs tout ce qu'on nous enseignait; mais point de talents... 
point de morale... point de religion. Simon, le plus 
impie, le plus libertin de tous les hommes, avait 
expressment dfendu que l'on nous entretnt jamais de 
Dieu. Il serait  souhaiter, disait-il, qu'on et gorg le 
premier qui put en prononcer le nom. Prservons la 
jeunesse de ces dangereuses connaissances; ce seront 
autant d'tres chapps  l'erreur; puissent tous les pres 
agir de mme! et la philosophie planerait bientt sur les 
hommes.
	Voil, m'allez-vous dire peut-tre, bien de l'esprit 
pour un capucin; mais mon pre en avait beaucoup. 
Aussi tait-il fort libertin; tant il est vrai que ce dfaut est 
presque toujours celui des grands hommes, et que bien 
rarement celui qui a des lumires est exempt d'athisme 
ou d'immoralit.
	Quoique l'intrigue de Simon avec ma respectable 
mre durt depuis treize ans, puisqu'il l'avait dpucele  
dix, et qu'elle-mme tait le fruit d'une premire liaison 
de ce rvrend pre avec une marchande du quartier, 
d'o il rsultait que Pauline,  la fois sa fille et sa 
matresse, avait un double titre  mriter son coeur; 
quoiqu'il y et, dis-je, treize ans que cet arrangement 
durt,  raison du double lien dont on vient de parler, leur 
amiti n'tait nullement refroidie. La complaisance 
absolue de ma mre, son extrme docilit aux irrguliers 
caprices du capucin, l'assemblage de tous ces motifs, en 
un mot, lui rendait la socit de Pauline prcieuse, et il 
n'y avait pas de jours o il ne vint passer cinq  six 
heures chez elle. Le suprieur du couvent, pre Ives, qui 
entretenait, de son ct, une trs jolie fille de dix-huit 
ans, nomme Luce, se runissait  ce couple, avec sa 
matresse. Dans chaque mnage il y avait une trs jolie 
servante qui se trouvait communment  ces assembles 
libidineuses; et l, ordinairement aprs un ample repas, 
on offrait  Vnus des sacrifices immondes, dont 
l'ordonnance et les dtails ne peuvent appartenir qu' des 
gnies de moines.
	La bande joyeuse venait de se runir un jour, 
lorsque mon frre vint me trouver en hte.
	- Sraphine, me dit-il, es-tu curieuse de savoir  
quoi ces bons religieux passent leur temps?
	- Sans doute.
	- Mais, ma chre petite soeur, j'exige une condition, 
avant que de te faire jouir de ce spectacle.
	- Quelle est-elle?
	- Tu me laisseras faire avec toi ce que nous leur 
verrons excuter entre eux.
	- Et que font-ils entre eux?
	- Tu le verras, ma soeur... Eh bien! y consens-tu?
	Et le petit espigle appuya sa proposition d'un 
baiser si chaud sur mes lvres, que les premiers 
symptmes du temprament de feu que m'avait donn la 
nature se dclarrent aussitt en moi: je dchargeai dans 
les bras de mon frre. Le petit drle, dj trs au fait, 
profite de ma faiblesse, me prcipite sur un lit, me 
trousse, carte mes cuisses, et recueille dans sa bouche, 
avec empressement, les marques non quivoques du 
plaisir qu'il vient d'veiller.
	- Tu perds ton foutre, ma soeur, me dit de L'Aigle... 
Oui, mon amour, ce que tu viens de faire s appelle ainsi... 
Tu es plus avance que moi; je n'en puis encore faire 
autant. Ma mre a beau me branler, me sucer, rien ne 
parat; elle dit que cela viendra... qu'il faut que j'attende 
ma quatorzime anne; mais je n'en ai pas moins de 
plaisir. Tiens, continua mon frre en saisissant ma main, 
et la portant sur un petit membre, dj trs roide et d'une 
fort jolie grosseur, secoue cela, ma soeur, tu vas voir 
comme je jouirai... Ou bien, attends, je vais t'arranger 
comme maman me place avec elle.
	Et le fripon, en disant cela, me dbarrasse de mes 
jupons, quitte ses culottes, et, m'ayant couche sur le lit, 
il s'tend, en sens contraire, sur moi, de manire  
pouvoir placer son vit dans ma bouche, et que ses lvres 
se posent sur mon con. Je le suce, il me le rend; nous 
restons ainsi prs d'une heure,  nous pmer, sans varier 
la posture. Enfin, le bruit qui se fait dans la pice voisine, 
en attirant notre attention, nous avertit qu'il faut changer 
de rle, et que, d'agents, il faut devenir spectateurs.
	Cette premire scne de libertinage, dont mon frre 
me procurait la vue, est trop intressante pour ne pas 
vous tre dtaille, et je vais, sans crainte de vous 
dplaire, en tracer jusqu'aux plus lgres circonstances. 
Les expressions dont il faudrait que je me servisse, 
devraient tre aussi pures, je le sens, que l'ge que j'avais 
alors; mais mon rcit perdrait  vous tre transmis sous 
ces voiles; et le dois, pour tre plus exacte, employer les 
termes dont je me servirais, si j'avais aujourd'hui cette 
mme scne  dcrire. Commenons par les personnages.
	Ma mre, vous le savez, avait vingt-trois ans; elle 
tait belle comme un ange; les cheveux chtains; la taille 
pleine, quoique leste et dgage; des chairs fermes et 
d'une grande fracheur; de superbes yeux, mais le visage 
un peu allum par le trop frquent usage de 
l'intemprance de table... sorte de vice o l'avait 
entrane le dsir de plaire  son amant, qui ne jouissait 
jamais aussi voluptueusement d'elle, que lorsque l'excs 
du vin et des liqueurs lui avait fait perdre la raison.
	Luce, matresse du pre Ives, le suprieur du 
couvent et l'ami de mon pre, avait dix-huit ans, ainsi que 
je viens de le dire; elle tait blonde; de beaux yeux bleus, 
du plus grand intrt; la plus belle peau possible; la 
gorge... les fesses sublimes; et l'un des cons les plus 
troits,  ce que prtendaient nos paillards, qu'il ft 
possible de donner  foutre  des capucins.
	Les deux servantes taient soeurs, dpuceles par 
nos deux libertins, ds l'ge de dix ans, et  leur service 
depuis cette poque. L'ane, que l'on appelait Martine, 
pouvait avoir environ seize ans; Lonarde, sa cadette, en 
avait  peine quinze; de jolies figures, de la taille, de la 
fracheur, voil ce qui, sans exagration, plaait l'une et 
l'autre fille dans la classe des plus jolies villageoises de 
France.
	Pour nos moines, ils taient  peu prs du mme 
ge. Mon pre, cependant, paraissait l'an; il pouvait 
avoir quarante ans; tourn comme un satyre, la barbe 
bleue, les yeux noirs; une tonnante vigueur, une 
imagination de feu, et l'un des plus superbes vits de 
l'Europe, aprs celui du pre Ives, qui l'emportait 
cependant de beaucoup, puisqu'il avait onze pouces de 
long, tte franche, sur huit de pourtour. Ives n'avait que 
trente-huit ans; sa physionomie tait moins agrable que 
celle de mon pre; les yeux petits, le nez long; mais 
vigoureusement taill, et plus libertin encore.
	Toute la compagnie sortait de table, quand nous 
sautmes au bas du lit o nous venions de faire des 
extravagances, pour appliquer nos yeux contre les fentes 
d'une cloison, qui sparait la chambre o nous tions de 
celle o les orgies allaient ce clbrer.
	A l'embrasement o nous vmes les ttes, il nous 
parut que les sacrifices qu'on se prparait  offrir se 
ressentiraient de ceux qu'on venait de clbrer sur les 
autels du dieu de la bonne chre. Mon pre, surtout, me 
parut compltement gris.
	- Ives, dit-il  son confrre, faisons dshabiller ces 
garces; celle qui sera plus tt nue sera foutue la 
premire... la plus paresseuse, au contraire, recevra 
cinquante coups de fouet de chacun.
	- J'y consens, rpondit Ives; aussi bien ai-je autant 
d'envie de fouetter que de foutre. Ce n'est pas qu' mon 
gr le premier ne vaille infiniment mieux que le second; 
mais, comme je bande beaucoup aujourd'hui, j'ai besoin 
d'lancer du sperme, et je ne le perds jamais si bien qu'en 
foutant.
	Le bougre, en disant ces mots, soutenait l'argument 
d'un vit musculeux, dont la tte carlate menaait le ciel.
	- Sacredieu, lui dit mon pre en venant empoigner 
ce membre... oh! bougre de dieu, mon ami, comme tu 
bandes... Conviens, Pauline, que voil ce qui s'appelle un 
superbe engin. Tiens, je l'avoue, ma chre, je jouirai 
toujours plus voluptueusement de te le voir mettre par un 
vit comme celui-l, que de te foutre moi-mme. Si j'avais 
t mari, je n'aurais pas eu de plus grand plaisir que de 
me voir cocufier par un engin de cette espce.
	- Infme libertin, rpondit pre Ives en 
dboutonnant la culotte de son confrre, dont le froc tait 
dj au diable, conviens qu'il est encore un endroit o tu 
aimerais mieux voir ce vit-l, que dans le con de ta 
matresse.
	- O donc?
	- Dans ton cul, mon ami! dans ton cul!
	- Cela est vrai, dit Simon; regarde-le, ce cul dont 
tu parles; vois comme il est beau; balaye-le donc un 
instant, avant que d'entrer dans le con de ma garce.
	- Tiens, jean-foutre, te voil content, dit le pre Ives 
en couchant Simon sur un canap, et lui dardant son 
nerveux engin dans le cul.
	- Ah! foutre!... foutre! s'crie mon pre en 
contrefaisant la putain, et frtillant comme une anguille; 
oui, sacre-dieu, voil ce que je voulais.
	Et le paillard, faisant aussitt glisser une des jeunes 
servantes sous lui, l'enconne, pendant qu'on l'encule. 
Mais ces attaques n'tant que des prludes, tous deux se 
retirent sans perdre de foutre; et l'on met dans la scne 
lubrique un peu plus de rgularit. Malgr ce petit 
pisode prliminaire, nos moines n'avaient bas perdu la 
carte; ils avaient fort bien remarqu que la jeune Martine 
avait t la dernire  se dshabiller, et ma mre, la 
premire nue.
	- Excutons l'arrt, dit Simon. Pauline, donnez-
nous des verges; et toi, pre Ives, empare-toi de cette 
petite putain; lie-lui les mains avec ton cordon; penche-la 
sur tes genoux; je vais lui apprendre  tre paresseuse; 
quand je l'aurai mise en sang, tu prendras ma place.
	La pauvre petite fille est saisie; elle a beau crier, se 
dfendre; on ne l'coute pas. Simon fixant son attitude 
au moyen du bras gauche, dont il lui entoure les reins, lui 
applique du droit une fesse si nerveuse qu'en moins de 
vingt coups ses fesses sont toutes rouges.
	- Venez vous mettre  genoux devant cet engin, 
Lonarde, dit-il  l'autre petite fille, et branlez-le sur vos 
petits ttons. Toi, Luce, pendant que je fouette, tu devrais 
polluer mon cul, encore escori de l'attaque qu'il vient de 
recevoir; tu vois comme il s'offre  toi tout entier; 
chatouille-le, ma bonne. Et toi, Pauline, viens te faire 
patiner par mon confrre, pour le consoler un peu des 
peines qu'il prend de me contenir cette petite gueuse... Eh 
bien! ne vous ai-je pas dit que cela allait former le plus 
joli groupe du monde; examinez dans cette glace 
combien il est intressant. Allons, changeons, pre Ives! 
viens  ma place, je vais prendre la tienne; achve de 
m'triller ce cul-l, de manire  ce qu'il s'en ressente au 
moins quinze jours.
	Ives ne se fait pas attendre; et la malheureuse 
Martine ne sort de ses mains qu'en sang.
	- Allons, dit Simon, nous avons puni, 
rcompensons. Pauline a t la premire nue; tu sais ce 
que nous avons promis a cet acte d'obissance; enfile-l, 
pre Ives; je vais te servir de maquereau, sous condition 
qu'aprs tu me tiendras lieu de bardache.
	- J'y consens, dit pre Ives; il y a longtemps qu' 
l'exemple de Csar, j'aime fort  tre le mari de toutes les 
femmes, et la femme de tous les maris.
	Ma mre se place; la bougresse avait tant d'ardeur, 
qu'elle dchargeait dj. Simon conduit lui-mme le vit, 
il le prsente, il le fait pntrer.
	- Ah! foutre, s'crie ma mre, ds qu'elle le sent... 
quel engin monstrueux... je dcharge.
	A peine sont-ils ensemble, que Simon s'empare du 
derrire de celui qui le cocufie; il braque son vit sans le 
mouiller, et se trouve presque aussitt au fond du cul de 
son rival, que celui-ci l'est au fond du cul de Pauline... 
Tous deux foutent... tous deux s'agitent... ce sont les flots 
de la mer agits sous l'aquilon qui les boursoufle. Mais il 
leur faut des pisodes.
	- Martine, dit mon pre, viens te mettre  cheval sur 
les reins d'Ives, je veux baiser ton cul, pendant que je 
sodomise celui du fouteur de ma matresse; et toi, 
Lonarde, place-toi de mme,  califourchon, sur le sein 
de Pauline; tu lui poseras le con sur la bouche; la tribade 
te sucera; elle aime  gamahucher une femme, pendant 
qu'on la fout; et pre Ives te baisera les fesses; il est 
quelquefois ncessaire de baiser un cul, quand on lime 
un vagin; c'est un contre-poison.
	- Et moi, dit Luce, que ferai-je?
	- Fouette-moi, dit Simon, et, de temps en temps, 
fais-moi baiser et ta bouche et ton cul; ensuite tu 
danseras autour de nous, comme David devant l'arche et 
tu pisseras, tu chieras en circulant ainsi; ces ordures nous 
gaieront. En fait d'orgies, il faut tout essayer: plus ce 
qu'on imagine est sale, et mieux l'on bande. Au diable la 
foutaise sans crapule; tous les vices se prtent la main, ils 
s'enchanent, ils se communiquent mutuellement des 
forces; on doit les exercer tout en foutant.
	- Il faut aussi qu'elle nous apporte  boire, dit pre 
Ives; j'aime  m'enivrer en me livrant aux luxures; et je 
pense comme toi, mon ami, que tous les vices donnent 
des forces  celui-ci, et qu'on ne saurait en trop runir au 
moment o l'on veut perdre du foutre... Tout est dlicieux 
quand on bande; et plus on fait de choses alors, plus on 
est vivement chatouill.
	- Allons, dcharge... dcharge, rpondit mon pre; 
car le sperme souille tes ides, et tu ne sais bientt plus 
ce que tu dis.
	- Eh bien! foutre, je vais au moins te prouver que je 
sais ce que je fais; car, pour ne pas procrer un enfant  
ta garce, je vais lui lcher ma borde sur le ventre.
	- Non, non, dit Simon en s'opposant au vertueux 
mouvement de son confrre, ne te gne point pour cela; il 
y a ce qu'il faut dans notre jardin; fous toujours, mon 
cher; et, quand la putain enflera, je me charge de 
remettre les choses en ordre.
	Ives, encourag, redouble avec ardeur; les 
mouvements de mon pre achvent de l'embraser; tous 
deux gotent en mme temps le souverain plaisir; et tous 
deux, merveilleusement servis par les acolytes, dardent  
la fois, dans le vase qui le reoit, le foutre pais qui leur 
tourne la tte. Mais tous les deux, trop libertins pour en 
rester l, ne font que changer de jouissance. Ives encule 
Simon, qui,  son tour, enconne la matresse de son ami; 
les deux petites filles font baiser leurs fesses, et Pauline 
est charge des circonvallations libidineuses. Elles les 
accomplit avec tant d'art, elle satisfait si bien, tour  tour, 
les diffrents besoins de la nature, qu'elle prcipite 
l'extase de nos fouteurs, dont une seconde jaculation 
vient promptement couronner le dlire.
	- Oh! pour le coup, reposons-nous, dit mon pre; je 
ne bande plus que je n'aie bu au moins six bouteilles de 
vin de Champagne.
	Profitons de cet instant pour vous rendre compte 
maintenant de tout ce qui s'tait pass entre mon frre et 
moi, pendant cet intressant spectacle.
	Souvent de L'Aigle avait quitt le rle de spectateur 
pour s'acquitter de celui d'agent; et, comme la position 
dans laquelle j'tais lui rendait la jouissance de mon 
devant assez difficile, le petit libertin s'en ddommageait 
par derrire. Il avait relev ma chemise sous mon corset; 
et, matre de mon cul par mon attitude, il le dvorait des 
plus ardents baisers. Nullement colier sur rien, le fripon 
l'cartait, y dardait sa langue... son doigt; et, sur la fin de 
la scne, s'tant inclin sur mes reins, il tait parvenu  
m'insinuer son petit dard  l'entre du con. Encourag par 
ces prliminaires: Erreur ! Source du renvoi introuvable. Trs 
chauffe de ce que je voyais, je m'appuie fortement sur 
la cloison, en prsentant, du mieux que je peux, mon 
derrire  de L'Aigle... Mais, grand Dieu! quel 
vnement! La planche, mal assure, se dtache, et va 
tomber sur la tte de Martine, d'une manire si forte, et 
dans un sens si dangereux, qu'elle la renverse sans 
connaissance, en lui faisant un trou  la tte, dont le sang 
sort  gros bouillons. Cependant nos deux moines, trs 
tonns de nous voir rouler  terre le long de cette 
planche, tous les deux dans une attitude et dans un tat 
qui ne leur laisse rien  deviner, ne savent auquel ils 
courront le plus vite; secourront-ils Martine? viendront-
ils  nous? La luxure l'emporte ici sur la piti, ainsi que 
cela doit tre dans l'me d'un vrai libertin. Tous deux, 
singulirement mus de la nudit o ils nous voient, nous 
relvent, promnent leurs mains sur nos charmes, nous 
grondent... nous caressent tour  tour, et laissent les 
femmes secourir la blesse, qui se trouve dans un tel tat, 
qu'on est oblig de la mettre au lit. Cette malheureuse 
planche avait caus tant de dsordre, que la table sur 
laquelle elle avait galement port s'tait anantie, en 
entranant avec elle les plats et les bouteilles, dont les 
dbris inondaient la chambre.
	- Nettoyez donc cela, dit Simon en arrachant 
Lonarde aux soins qu'elle donne  sa compagne, et 
faisant voir, par cette duret, qu'il s'occupe bien plus du 
local de ses plaisirs, que des soins dus  la malheureuse 
victime de cette aventure... Eh bien! elle est blesse, 
poursuit-il...  la bonne heure, on verra ce que c'est...
	- Mais, mon pre, dit Lonarde, elle est tout en 
sang.
	- Il n'y a qu' tancher; on verra le reste quand nous 
aurons foutu...
	Et pendant ce dialogue.., objet des caresses de mon 
pre, pendant que de L'Aigle l'est de celles du pre Ives, 
nos cruels paillards, sans s'inquiter nullement de l'tat 
de la pauvre Martine, ne paraissent mus que des plaisirs 
qu'ils attendent des deux nouvelles jouissances sur 
lesquelles ils ne comptaient gure.
	- Regarde donc, disait Simon  pre Ives, comme 
cette petite coquine-l a dj de la gorge!... et sa petite 
motte, comme elle s'ombrage!... C'est pourtant moi qui ai 
mis cela au monde... Sais-tu qu'avant six mois cela sera 
bon  prendre?
	- Pourquoi pas sur-le-champ? dit pre Ives; quelle 
ncessit y a-t-il d'attendre six mois? Tiens, continua-t-il 
en montrant le cul de mon frre, regarde comme cela est 
dj form! Allons.., allons, puisque le hasard nous les 
donne, profitons-en; et pas tant de dlicatesse.
	Cependant de L'Aigle et moi, trs honteux, n'osions 
rien opposer aux projets que l'on affichait sur nous. Ma 
mre s'tait empare de mon frre; et le baisant avec 
ardeur: 
	- Charmant amour, lui disait-elle en branlottant son 
petit vit, ne rsiste point  ton pre, c'est ton bonheur 
qu'il veut; s'il peut s'attacher  toi, ta fortune est faite... 
Viens... viens dans mes bras, petit bougre; viens placer 
ton vit dans le mme lieu qui te donna la vie; le plaisir 
que tu ressentiras de cette jouissance adoucira peut-tre 
les tourments de la dfloraison qu'on te prpare.
	- Ah! l'excellente ide! dit Simon; je vais foutre 
mon fils, pendant qu'il enconnera sa mre; quel tableau 
pour toi, pre Ives!
	- Crois-tu, rpond celui-ci, que je le considrerai de 
sang-froid? je vais dpuceler ta fille pendant ce temps-l.
	- Non, sacre-dieu, dit Simon; tous deux sont mes 
enfants, et je veux les foutre tous deux. Tiens, mon ami, 
il y a une jouissance aussi piquante que voluptueuse  te 
procurer ici; car, je sens bien qu'au spectacle d'une 
immoralit, il faut devenir trs impur et trs irrgulier 
soi-mme. Encule Martine, qui vient d'avoir la tte 
casse... elle souffre comme une malheureuse, ton vit la 
vexera prodigieusement; et, de cette double crise de 
douleur, rsultera ncessairement, tu le conois, une 
somme immense de volupt; car tu sais, mon ami, 
combien la douleur produite sur l'objet dont on jouit 
rapporte  nos sens de plaisirs!
	- Ah! foutre, l'ide est aussi neuve qu'excellente, 
s'crie pre Ives, menaant dj de son vit norme les 
fesses de la pauvre petite blesse... Allons, putain, viens 
prsenter ton cul.
	- Mais, mon pre, je souffre horriblement.
	- Tant mieux, c'est ce qu'il me faut.
	- Pre Ives, dit Simon, fais ter ce mouchoir, aies 
la plaie sous tes yeux... Tout s'excute, malgr les 
rsistances naturelles et ncessites par les 
disproportions qui se trouvent entre l'norme engin de 
pre Ives et le cul mignon de la jeune Martine. L'attaque 
se commence; Luce aide son amant... le baise... l'excite, 
pendant qu'il agit. La malheureuse victime,  la fois 
vexe par les douleurs du coup qu'elle a reu, et par 
l'antinaturelle intromission du vit donc on la perfore, jette 
des cris inhumains; et Simon, ayant cet intressant 
tableau sous les yeux, se met bientt  la besogne. Dj 
Pauline s'tait introduit le petit engin trs dur de mon 
frre; dj le petit bougre foutait sa mre, quand Simon, 
voyant le cul de son fils bien  sa porte, se prsente  
l'orifice en vainqueur. Des difficults sans nombre 
accompagnent l'entreprise; mais Simon n'est pas homme 
 se laisser repousser par aucune. Lonarde contient 
l'enfant; elle lui carte les fesses; le moine mouille son 
vit... il le prsente; deux bonds furieux, accompagns 
d'normes blasphmes, engloutissent dj la tte. Simon 
redouble; ma mre contient et caresse son fils; l'enfant 
pleure. Les plaisirs qu'on lui donne par devant ne le 
ddommagent pas des douleurs qu'il ressent par derrire; 
mais on s'inquite peu de ce qu'il prouve. De seconds 
lans dcident enfin la victoire; le paillard est au fond, et 
de nouveaux blasphmes prcdent ses lauriers. 
Lonarde est sous sa main; il la patine, il la langotte, tout 
en sodomisant son fils; et, pour que l'inceste soit mieux 
prononc, le paillard veut baiser mes fesses, pendant qu'il 
encule mon frre. On m'tablit en consquence sur les 
reins du bardache filial de sa rvrence, et le sodomiste 
s'en donne  son aise. Cependant, et toujours sous les 
yeux de mon pre, Ives porte au cul de Martine les plus 
sensibles coups, pendant que sa matresse l'encule lui-
mme avec un godemich.
	- Ives, dit Simon, bandes-tu comme moi?
	- Oui, foutre, rpond celui-ci en retirant, pour le lui 
prouver, son vit couvert de merde du cul qu'il sodomise, 
et le renfonant aussitt, ce qui renouvelle tellement les 
douleurs de la malheureuse blesse, qu'elle est prs de 
s'en vanouir... tu le vois, si je bande.
	- Eh bien! sacre-dieu, si cela est, dit Simon, fais 
donc souffrir cette putain. Et l'infortune contre laquelle 
s'arrangeaient de si lches complots inondait la chambre 
de son sang. Double foutu dieu, poursuit le sclrat, fous 
le trou qu'elle s'est fait  la tte, puisque tu bandes, et 
fais-en un autre  ct, tout en dchirant celui-l. Cette 
nouvelle excration s'excute. Le froce pre Ives dcide 
la blesse, la fait mettre  genoux... darde son vit sur la 
plaie, s'y enfonce, y dcharge, en fracassant  coups de 
canne l'autre partie saine du crne de cette infortune.
	- Voil ce que c'est, dit Simon en dchargeant de 
son ct dans le cul de mon frre, pendant qu'il mord mes 
fesses; oui, voil ce que c'est; j'aime les horreurs, moi... 
je ne dcharge jamais aussi bien que quand j'en fais, que 
j'en vois, ou que j'en fais faire.
	- Attends, poursuit mon pre, pour me remettre en 
train, je vais fustiger cette garce.
	- Oh! foutre, dit pre Ives... elle est dans un tat  
ne pouvoir plus rien endurer.
	- Tu te fous de moi, dit Simon; jusqu' ce qu'une 
putain crve, elle est en tat de tout soutenir. Le gueux la 
saisit en disant cela; la courbant sous son bras gauche, 
d'une de ses jambes il lui enlace les deux siennes, et la 
fustige de la main droite avec une telle violence, qu'en 
moins de soixante coups, ses cuisses sont inondes du 
sang que son derrire distille. Rien ne l'arrte; il 
continue. Ives imagine de lui rendre ce qu'il fait  cette 
pauvre fille; le cul de son confrre, entirement  nu, se 
trouvait bien  sa porte. Une nouvelle scne se lie 
aussitt. Simon veut que Lonarde suce son vit, pendant 
qu'il flagelle Martine. Elev sur le lit, il baise encore le 
mien; et Luce continue de travailler avec un godemich 
le cul du pre Ives, qui, tout en fouettant son ami, touche 
brutalement les ttons de ma mre.
	- Ne dchargeons pas ainsi, dit Simon, cela n'en 
vaut pas la peine; il vaut mieux foutre. Tiens, sodomise 
mon fils encore une fois dans les bras de sa mre; moi je 
vais placer ma fille  cheval sur les ttons de la maman; 
je l'enconnerai, pendant que, de ses fesses, elle 
pressurera le visage de sa mre; Lonarde et Martine 
nous fouetterons pendant ce temps-l, et Luce nous fera 
baiser ses fesses.
	Je ne vous peindrai point les douleurs que je 
ressentis  la perte de mon pucelage; le vit de mon pre 
tait monstrueux, et il ne me mnageait pas. Un nouveau 
supplice m'tait prpar; ma mre, en dchargeant, ne 
sachant plus ce qu'elle faisait, saisit avec ses dents un 
morceau de mes fesses, qui, comme vous savez, 
reposaient sur son visage. Je jette un cri en poussant 
vigoureusement mes reins sur le vit monstrueux qui me 
perfore; ce mouvement prcipite l'extase de mon pre... il 
dcharge; son confrre l'imite; la posture se rompt, et 
quelques instants de calme viennent rafrachir  la fois 
les sens et les esprits de nos libertins.
	- Buvons, dit mon pre; les seuls excs de table 
produisent de bon foutre; et vous ne verrez jamais un 
vritable libertin qui ne soit ivrogne et gourmand. Donne 
le meilleur vin que nous ayons, dit pre Ives  Luce; nous 
avons encore de la besogne  faire.
	- Attends, dit Simon, pendant que nous allons nous 
gorger de nourriture, il faut que ces deux enfants ne 
cessent de nous branler... Et toute libert pendant le 
repas... nous mangerons, nous boirons, nous pisserons, 
nous pterons, nous chierons, nous dchargerons... nous 
nous livrerons  la fois  tous les besoins de la nature.
	- Oui, foutre... oui, bougre de dieu, dit pre Ives 
chancelant, il n'y a que cela de dlicieux dans le monde; 
et quand on fait tant que de clbrer des orgies, il faut 
que tout y soit crapuleux... sale et cochon, comme le dieu 
que l'on y rvre; il faut se vautrer dans l'ordure,  
l'exemple des pourceaux, et ne chrir, comme eux, que la 
fange et que l'infamie. Martine, quoique baigne dans 
son sang, est mise sur la table; ses fesses ensanglantes 
servent  poser les plats; et, quand on en est au second 
service, les libertins mangent dessus des omelettes 
bouillantes. Aprs une heure de cette cruelle restauration, 
on parle de me foutre en cul; je n'avais perdu qu'un de 
mes pucelages, il s'agissait d'attaquer l'autre.
	- Il faut la mettre entre nous deux, dit pre Ives,,je 
foutrai son con tandis que tu l'enculeras; Pauline 
t'arrangera l'engin de son fils dans le derrire, et te 
fouettera pendant ce temps; Luce me rendra le mme 
service; Lonarde galopera autour de nous, en pissant et 
chiant dans la chambre, et en appliquant,  chaque tour, 
tantt un soufflet, tantt une claque, ou mme un coup de 
poing  la trs intressante Martine qui crvera sans 
doute dans l'opration.
	Tout s'arrange. Mais, Dieu du ciel! si j'avais 
souffert  la premire de ces introductions, que ne 
ressentis-je pas  la seconde! Je crus que le vit de Simon 
me partageait en deux; il me semblait que c'tait une 
barre rouge que l'on introduisait dans mes entrailles; et 
cependant, quelque jeune que je fusse, j'prouvais, au 
travers de tout cela, de lgres tincelles de plaisir, 
signes certains de celui que je recevrais un jour par cette 
voluptueuse manire de foutre. Une dernire dcharge 
couronna l'oeuvre; je sentis couler  la fois, et par devant 
et par derrire, les deux missions que l'on dardait en 
moi; et, retombant anantie au milieu de mes deux 
athltes, je fus plus d'un quart d'heure  revenir de la 
secousse que de telles attaques venaient de porter  mon 
temprament.
	Enfin, l'heure de la retraite au couvent fit 
promptement lever la sance. On se spara. Martine fut 
envoye  l'hpital, o elle creva huit jours aprs. Nous 
continumes  rester chez ma mre. Quelques jour aprs, 
on recommena la mme scne; et Pauline, qui ne se 
cachait plus, se ddommageait dans nos bras des 
abstinences forces o la contraignait son amant. Nous 
couchions tour  tour avec elle, et souvent tous les deux 
ensemble. Alors de L'Aigle et moi nous excutions sous 
ses yeux mille postures plus lubriques les unes que les 
autres; et la friponne, dirigeant nos luxures, nous rendait 
aussitt toutes les leons qu'elle recevait de son amant; 
elle nous inspirait ses principes, et ne ngligeait rien de 
tout ce qui pouvait le plus promptement corrompre nos 
esprits et nos coeurs.
	Lorsque nous emes atteint treize ou quatorze ans, 
la chre maman n'en resta point l. L'infme crature osa 
nous conduire dans une maison o deux libertins 
s'amusrent d'elle et de nous tout  la fois. Cent louis 
taient la rcompense de cette prostitution; elle nous en 
donnait dix  chacun, sous les clauses du plus profond 
mystre; et si, continuait-elle, nous tions exacts  ne rien 
rvler, elle nous procurerait bien d'autres aventures. 
Nous la satisfmes, et, dans moins de six mois, la bonne 
dame nous vendit ainsi l'un et l'autre  plus de quatre-
vingts personnes, lorsque de L'Aigle, un jour, par unique 
principe de mchancet, dvoila tout  mon pre. 
Simon, furieux, battit ma mre d'une si terrible force, 
qu'elle en tomba malade, et qu'au bout de huit jours elle 
se vit aux portes du tombeau.
	- Ne restons pas ici, me dit mon frre; cette 
bougresse-l va crever; et Simon, ou nous gardera pour 
sa jouissance, ce qui ne nous rapportera pas grand-chose, 
ou nous fera mettre  l'hpital, ce qui deviendrait encore 
pis. Tu es assez jolie pour faire fortune toute seule; et 
moi, ma soeur, je trouve un homme qui me couvre d'or, si 
je veux le suivre en Russie; je pars.
	- Mais cette pauvre femme qui est dans son lit?
	- Si sa situation te touche si vivement, il n'y a qu' 
l'trangler; elle ne souffrira plus.
	- Sclrat, dis-je en souriant, et comme peu rvolte 
d'un pareil projet; veux-tu donc nous faire rouer?
	- Sraphine, me dit mon frre, on est bien prs du 
crime, quand on n'est plus arrt que par l'chafaud.
	- Je te jure que cette crainte me touche bien peu.
	- Eh bien! excutons.
	- Ma foi, j'y consens; je n'ai jamais trop aim cette 
garce.
	Et, n'coutant plus que notre fureur... que notre 
envie d'tre libres, et de nous enrichir des dpouilles de 
cette malheureuse, nous entrons dans sa chambre comme 
deux forcens... Elle reposait; nous nous jetons sur elle, 
et nous l'tranglons. Erreur ! Source du renvoi introuvable., me dit 
mon frre. Nous y trouvons vingt mille francs, pour la 
moiti autant de bijoux; et, ayant noblement partag, les 
portes se ferment, et nous dcampons. Nous fmes dner 
au bois de Boulogne; et, aprs nous tre fait les plus 
tendres adieux, nous tre promis le plus rigoureux secret, 
nous nous sparmes. Mon frre suivit l'homme qui 
devait l'emmener; et moi, je fus trouver un des libertins 
que m'avait fait connatre ma mre, et sur lequel je 
comptais, d'aprs quelques promesses qu'il m'avait faites.
	- Mon enfant, me dit cet homme, ds que je fus 
chez lui, ce n'tait pas de moi dont je te parlais; je vois 
beaucoup de filles, mais n'en entretiens point. L'individu 
auquel je te destine vaut beaucoup mieux; mais tu seras 
contrainte, je dois t'en prvenir, aux plus aveugles 
soumissions; je vais l'envoyer prendre; vous vous 
arrangerez.
	Ce personnage arrive. C'tait un homme de 
soixante-cinq ans, trs riche, frais encore, et qui, aprs 
avoir remerci son confrre de la bonne fortune qu'il lui 
procurait, me fit passer dans le boudoir de son ami, o 
nous nous expliqumes.
	Cet homme, que l'on nommait Fercour, avait pour 
passion de laisser foutre en con sa matresse devant lui, 
par un jeune homme qu'il enculait pendant ce temps-l; 
mais il ne dchargeait pas dans le cul du jeune homme; il 
le quittait au milieu de la course, plaait son vit merdeux 
dans la bouche de la femme, pendant que le jeune 
homme trillait cette femme; et, ds qu'il lui voyait le cul 
en sang, le paillard la sodomisait; le ganymde le 
fouettait alors et l'enculait au bout de quelques minutes. 
Peu content de ces prliminaires, la femme s'tendait sur 
le dos dans un vaste canap; et l, pendant qu'on lui 
enfonait des pingles dans le derrire et dans les 
couilles, il en plaait de mme plus d'un cent dans les 
ttons de sa matresse. Une vieille gouvernante, qui ne 
paraissait qu'alors, lui faisait perdre son foutre en lui 
chiant dans la bouche.
	Quelque dures que dussent me paratre ces 
propositions, le besoin les fit accepter. Peu  peu je 
gagnai seule toute la confiance de Fercour; au bout de 
deux ans j'en profitai pour carter de lui tous les tmoins 
qui m'taient incommodes. Un jour que mon Crsus 
s'amusait sous mes yeux  compter ses richesses, elles 
me tentrent. Mes rflexions furent bientt faites: on 
passe promptement  un second crime, quand on n'a 
point conu de remords du premier. Je jetai dans son 
chocolat six gros d'arsenic achet pour dtruire les rats, 
et dont on m'avait imprudemment confi la garde. Le 
vilain creva dans vingt-quatre heures. Je le volai, et 
passai sur le champ en Espagne. J'ai parcouru deux ans 
les plus grandes villes de cette contre, y exerant le 
mtier de courtisane dans toutes avec autant d'agrment 
que de profit. O mes amis, c'est l, c'est dans ces belles 
provinces o j'ai reconnu les passions de l'homme mille 
fois plus exaltes que dans aucun pays de l'Europe! c'est 
l o je les ai vus parvenir  des rsultats dont on ne se 
doute point dans le reste de la terre. Il semble que 
l'excessive ardeur du soleil et la force de la superstition 
leur donnent un degr d'nergie inconnu aux autres 
hommes. Ce n'est vraiment que l o les piquants plaisirs 
du blasphme et du sacrilge s'amalgament 
dlicieusement avec ceux du libertinage. Ce n'est que l 
o la mutuelle nergie qu'ils se prtent, ajoute au dernier 
degr du dlire et de l'garement. Ah! si vous saviez ce 
que c'est que de foutre aux pieds d'une madone... au fond 
d'un confessionnal ou sur le bord d'un autel, ainsi que 
cela m'arrivait tous les jours! Non, rien au monde n'est 
dlicieux comme l'existence de ces freins uniquement 
raliss pour se procurer le plaisir de les rompre. Comme 
il est divin de rendre ainsi tout le paradis tmoin de ses 
carts! Oh! croyez-moi, les Espagnols sont les hommes 
de la terre qui raisonnent le mieux leurs volupts... les 
seuls qui sachent le mieux en raffiner tous les dtails. 
J'tais enfin la coquine la plus riche et la plus heureuse 
du monde, lorsqu'une aventure affreuse vint m'arrter  
Tolde au milieu de ma brillante carrire. Le duc de 
Corts, ayant acquis de mon personnel une connaissance 
assez profonde, pour se flatter que je lui serais utile dans 
l'affreux parricide qu'il mditait, me fit entrer dans la 
maison de son pre sur le pied de femme de charge. Le 
coup tait prt  clater; cinq cent mille livres de rente 
devenaient pour le jeune duc le prix de son forfait; quatre 
mille pistoles en payaient l'excution. Un malheureux 
valet de chambre dcouvre le mystre, et saisit le poison 
sur moi; le duc se sauve... On m'arrte. Au bout de dix-
huit mois d'une affreuse prison, je vais enfin subir mon 
jugement, lorsque votre camarade Gaspard que vous 
voyez ici, et dtenu lui-mme pour quelque crime 
semblable, m'offre d'essayer la fuite avec lui. Nous 
russissons. Il est un Dieu pour les grands coupables, les 
petits seuls n'chappent jamais. Nous repassmes les 
monts ensemble; et, aprs avoir mendi prs d'un an, 
nous trouvmes enfin votre troupe. Vous savez, mes 
camarades, comme je m'y suis conduite depuis que j'ai 
l'honneur d'y tre agre. Voil tout ce que j'avais  vous 
dire. Ce rcit, je vous en avais prvenus, peu fertile en 
vnements, ne mritait pas l'attention de gens qui, 
comme vous, ont pass leur vie d'aventures en aventures; 
n'importe, je vous ai obi, et vous ai convaincus par l, 
que je mettrai toujours avec vous la soumission au rang 
de mes premiers devoirs.
	L'histoire de Sraphine avait nanmoins allum 
quelques tincelles de luxure dans le coeur de ces 
libertins; la passion de Fercour surtout trouva des 
imitateurs. O malheureuse Justine! ton beau sein servit 
de plastron aux deux sclrats qui voulurent copier cette 
manie; et, ds que tu fus sur ton triste grabat, les larmes 
que te faisait si frquemment verser l'injustice des 
hommes, recommencrent  couler avec plus 
d'abondance... Infortune, tu te plaignais au ciel, sans te 
douter que ce mme ciel te prparait pourtant l'aurore du 
beau jour qui devait t'enlever  cette cruelle situation... 
non pour terminer tes malheurs, mais pour en changer au 
moins la nature.
	Malgr l'tat d'avilissement o l'on tenait cette 
malheureuse fille dans le souterrain, Sraphine continuait 
pourtant de la protger; et, comme elle l'employait 
souvent dans ses plaisirs particuliers, elle lui procurait de 
temps en temps quelques douceurs.
	- Mon ange, lui dit-elle un jour, dj trompe d'une 
manire cruelle par une de mes camarades, je crains de 
ne pas t'inspirer,  mon tour, un degr bien entier de 
confiance. Je te proteste pourtant de ne t'en imposer sur 
rien, et que la vrit pure va t'tre offerte ici par ma 
bouche; mais, de la discrtion, ou ma vengeance serait 
terrible. On me demande  Lyon une jolie fille pour un 
vieux ngociant, dont les gots sont bizarres, il est vrai, 
mais qui les paye assez gnreusement pour consoler des 
peines ou des dgots qu'ils peuvent inspirer. Il s'agit de 
profanation; l'homme dont je te parle est un impie; il te 
maniera pendant qu'on dira la messe devant lui;  
l'lvation il sortira d'une petite bote une hostie aussi 
bien consacre que celle qui s'lvera devant toi; il 
t'enculera avec cette hostie, pendant que le clbrant 
viendra te foutre,  son tour, avec celle qu'il viendra de 
consacrer.
	- Quelle horreur! s'cria Justine.
	- Oui, j'ai senti qu'avec tes principes une telle 
proposition te rpugnerait... Mais vaut-il mieux rester 
ici?
	- Non, sans doute.
	- Eh bien! dcide-toi donc.
	- Je le suis, dit Justine avec un peu de remords; fais 
de moi ce que tu voudras, je me livre.
	Sraphine vole chez Gaspard, elle lui reprsente 
que la punition de Justine est assez longue; qu'il ne faut 
pas priver plus longtemps la troupe des services qu'une 
telle fille est en tat de lui rendre au dehors; qu'elle en 
demande l'assistance dans ses diffrentes oprations, et 
qu'elle en rpond sur la surface de la terre comme dans 
les entrailles du globe. La grce s'obtient; on renouvelle 
les leons de Justine; on lui fait subir un examen; et, au 
bout d'un sjour de cinq mois dans cet abominable 
repaire, elle obtient enfin la permission d'en sortir et de 
suivre sa protectrice  Lyon.
	- Grand Dieu! se dit Justine en revoyant le soleil, 
une oeuvre de piti vient de m'engloutir toute vive 
pendant cinq mois; la promesse d'un crime rompt mes 
fers. O Providence! explique-moi donc tes 
incomprhensibles dcrets, si tu ne veux pas que mon 
coeur se rvolte.
	Nos deux voyageuses s'arrtrent dans un cabaret 
pour djeuner. Justine ne disait mot, mais elle n'en 
combinait pas moins son projet de libert.
	- Madame, s'cria-t-elle en s'adressant  la 
matresse du logis, femme trs douce et assez jolie, oh! 
madame, je vous conjure de m'accorder votre secours et 
votre protection. La crature avec laquelle vous me 
voyez malgr moi, m'a fait jurer de la suivre en un lieu 
o mon honneur est compromis; je l'ai fait pour me tirer 
d'une bande de coquins o j'avais le malheur d'tre 
prisonnire avec elle. Mon intention n'est pas de 
l'accompagner plus longtemps; je vous prie de l'engager  
renoncer aux prtentions qu'elle se croit sur mon 
individu, de la prier de suivre sa route, et de me garder 
chez vous jusqu' demain, poque o, spare d'elle, je 
prendrai, pour mon compte, une route... si oppose  la 
sienne, que de la vie nous ne nous rencontrerons.
	- Sclrate, dit Sraphine, furieuse, paye-moi du 
moins si tu veux me quitter.
	- J'atteste le ciel, dit Justine, que je ne lui dois 
rien... qu'elle ne me force pas  m'expliquer plus 
clairement.
	Sraphine effraye disparat en sacrant; et Justine, 
caresse, console par l'htesse, la plus honnte et la plus 
aimable des femmes, passe quarante-huit heures dans 
cette maison, avec la prudence de ne jamais dire, en 
racontant ses aventures, rien qui puisse compromettre les 
malheureux qu'elle venait de quitter. Le troisime jour au 
matin, elle se remit en marche, comble de prsents... des 
amitis de madame Delisle, et dirige ses pas du ct de 
Vienne, dcide  vendre ce qui lui restait, pour arriver  
Grenoble, o ses pressentiments ne cessaient de lui dire 
qu'elle devait trouver le bonheur. Nous allons voir 
comment elle y russit, aprs avoir pralablement racont 
les nouvelles traverses qui l'attendaient, avant que de 
parvenir  cette capitale du Dauphin.
	Justine marchait tristement, toujours dirige vers la 
ville de Vienne, lorsqu'elle aperoit, dans un champ  
droite du chemin, deux cavaliers qui foulaient un homme 
aux pieds de leurs chevaux, et qui, aprs l'avoir laiss 
comme mort, se sauvrent  bride abattue. Ce spectacle 
affreux l'attendrit jusqu'aux larmes. Hlas! dit-elle, voil 
un homme plus  plaindre que moi; il me reste au moins 
la sant et la force; je puis gagner ma vie; et, si ce 
malheureux n'est pas riche, que va-t-il devenir en l'tat 
o ces fripons viennent de le mettre?
	A quelque point que Justine et d se dfendre des 
mouvements de la commisration, quelque funeste qu'il 
et t de tous les temps pour elle de s'y livrer, elle ne 
put vaincre l'extrme dsir qu'elle prouvait de se 
rapprocher de cet homme, et de lui prodiguer ses secours. 
Elle vole  lui, lui fait respirer quelques gouttes d'eau 
spiritueuse, et jouit enfin de toute la reconnaissance de 
l'infortune qu'elle soulage. Plus ses soins russissent, plus 
elle les redouble. Un des seuls effets qui lui restent, une 
chemise... elle la met en pices pour tancher le sang du 
bless. Ces premiers devoirs remplis, elle lui donne  
boire quelques gouttes de cette mme liqueur spiritueuse. 
Le voyant tout  fait remis, elle l'observe. Quoique  
pied, et dans un quipage assez leste, cet homme ne lui 
parat pourtant pas dans la mdiocrit; il avait quelques 
effets de prix, des bagues, une montre, des botes; mais 
tout cela fort endommag par son aventure.
	- Quel est, dit-il, ds qu'il put parler, quel est l'ange 
bienfaisant qui me secourt? et que puis-je faire pour lui 
tmoigner toute ma gratitude?
	Ayant encore la simplicit d'imaginer qu'une me, 
lie par la reconnaissance, doit lui appartenir en entier, 
l'innocente Justine croit pouvoir jouir du doux plaisir de 
faire partager ses pleurs  celui qui vient d'en verser dans 
ses bras; elle l'instruit de ses revers. Il les coute avec 
intrt; et, quand elle a fini le rcit de la dernire 
catastrophe qui vient de lui arriver: 
	- Que je suis heureux, s'crie l'aventurier, de 
pouvoir enfin reconnatre tout ce que vous venez de faire 
pour moi!... Ecoutez... coutez, mademoiselle, et jouissez 
du plaisir que j'prouve  vous convaincre qu'il est peut-
tre possible que je puisse m'acquitter envers vous.
	On me nomme Roland; je possde un fort beau 
chteau dans la montagne,  quinze lieues d'ici; je vous 
invite  m'y suivre; et, pour que cette proposition 
n'alarme point votre dlicatesse, je vais vous expliquer 
tout de suite  quoi vous me serez utile. Je suis garon; 
mais j'ai une soeur que j'aime passionnment, qui s'est 
voue  ma solitude, et qui la partage avec moi; j'ai 
besoin d'un sujet pour la servir; nous venons de perdre 
celle qui remplissait cet emploi; je vous offre sa place.
	Justine, aprs avoir remerci son protecteur, lui 
demanda par quel hasard un homme comme lui 
s'exposait  voyager sans suite, et, ainsi que cela venait 
de lui arriver,  tre molest par des fripons?
	- Un peu replet, jeune et vigoureux, je suis, depuis 
plusieurs annes, dit Roland, dans l'habitude de venir de 
chez moi  Vienne de cette manire. Ma sant et ma 
bourse y gagnent. Ce n'est pas que je sois dans le cas de 
prendre garde  la dpense; car je suis riche; vous en 
verrez bientt la preuve, si vous me faites l'amiti de 
venir chez moi; mais l'conomie ne gte jamais rien. 
Quant aux deux hommes qui viennent de m'insulter, ce 
sont deux gentilltres du canton, auxquels je gagnai cent 
louis la semaine passe, dans une maison  Vienne. Je 
me contentai de leur parole; je les rencontre aujourd'hui, 
je leur demande ce qu'ils me doivent, et voil comme les 
sclrats me payent.
	Notre compatissante voyageuse continuait de 
plaindre cet infortun, du double malheur dont il tait 
victime, lorsque l'aventurier lui proposa de se remettre en 
route.
	- Grce  vos soins, je me sens un peu mieux, lui 
dit-il; la nuit approche; gagnons une maison qui doit tre 
 deux lieues d'ici; les chevaux que nous y prendrons 
demain, nous dposeront chez moi le mme soir.
	Absolument dcide  profiter des secours que le 
ciel lui envoyait, Justine aide Roland  se mettre en 
marche; elle le soutient, et trouve effectivement,  deux 
lieues de l, l'auberge annonce par son compagnon de 
route. Tous deux y soupent honntement ensemble. 
Aprs le repas, Roland la recommande  la matresse du 
logis; et le lendemain, sur deux mulets de louage, 
qu'escortait un valet de l'auberge, nos gens gagnent la 
frontire du Dauphin, se dirigeant toujours vers les 
montagnes. La traite tant trop longue pour ne remplir 
qu'un jour, ils s'arrtrent  Virieu, o Justine prouva les 
mmes soins, les mmes gards de son patron; et le jour 
suivant, ils continurent leur marche, toujours dans la 
mme direction. Sur les quatre heures du soir, ils 
arrivrent au pied des montagnes; l, le chemin devenant 
presque impraticable, Roland recommanda au muletier 
de ne pas quitter Justine, et tous trois pntrrent dans les 
gorges. Notre hrone, que l'on faisait tourner, monter et 
descendre, depuis plus de quatre heures, et qui ne 
reconnaissait plus aucune trace de chemin, ne put 
s'empcher de tmoigner un peu d'inquitude. Roland la 
dmle, et ne dit mot. Un tel silence effrayait davantage 
cette malheureuse fille, lorsqu'elle aperut enfin un 
chteau perch sur la crte d'une montagne, au bord d'un 
prcipice affreux, dans lequel il semblait prt  s'abmer. 
Aucune route ne paraissait y tenir; celle que l'on suivit, 
seulement pratique par des chvres, remplie de cailloux 
de tous cots, arrivait cependant  cet effrayant repaire, 
ressemblant bien plutt  un asile de voleurs, qu' 
l'habitation de gens honntes.
	- Voil ma maison, dit Roland, ds qu'il crut que le 
chteau avait frapp les regards de Justine; et, sur ce que 
celle-ci lui tmoignait son tonnement de le voir habiter 
une telle solitude: C'est ce qui me convient, lui rpond-il 
avec brusquerie. Cette rponse, comme on l'imagine 
aisment, redoubla les craintes de notre infortune. Rien 
n'chappe dans le malheur; un mot, une rflexion, plus 
ou moins prononce chez ceux de qui l'on dpend, 
touffe ou ranime l'espoir. Mais, n'tant plus  mme de 
prendre un parti diffrent, Justine se contint. Enfin,  
force de tourner, l'antique masure se trouva tout a coup 
en face. Roland descendit de sa mule; par ses ordres. 
Justine en fait autant; et, ayant remis ses montures au 
valet, il le paye et le congdie. Ce nouveau procd 
dplut encore, Roland le vit.
	- Qu'avez-vous, Justine? demanda-t-il assez 
doucement, tout en s'acheminant vers son habitation; 
vous n'tes point hors de France, cette maison est sur les 
frontires du Dauphin; elle dpend de Grenoble.
	- Soit, monsieur... mais, comment vous est-il venu 
dans l'esprit de vous fixer dans un tel coupe-gorge?
	- C'est que ceux qui l'habitent ne sont pas des gens 
trs honntes, dit Roland; il serait possible que vous ne 
fussiez pas fort difie de leurs occupations.
	- Ah! monsieur, vous me faites frmir! o me 
menez-vous donc?
	- Je te mne servir des faux-monnayeurs, dont je 
suis le chef, dit Roland en saisissant le bras de Justine, et 
lui faisant traverser de force un petit pont qui s'abaissa et 
se releva tout de suite aprs. Vois-tu ce puits, continua-t-
il ds que l'on fut entr, en montrant  Justine une grande 
et profonde grotte, situe au fond de la cour, o quatre 
femmes, nues et enchanes, faisaient mouvoir une roue; 
voil tes compagnes, et voil ta besogne. Moyennant que 
tu travailleras journellement dix heures  tourner cette 
roue, et que tu satisferas, comme ces femmes, tous les 
caprices o il me plaira de te soumettre, il te sera accord 
six onces de pain noir et un plat de fves par jour. Pour ta 
libert, renonces-y, tu ne l'auras jamais. Quand tu seras 
morte  la peine, on te jettera dans le trou que tu vois  
ct de ce puits, avec deux cents autres coquines de ton 
espce qui t'y attendent, et l'on te remplacera par une 
nouvelle.
	- Oh! grand Dieu! s'cria Justine en se prcipitant 
aux pieds de Roland, daignez vous rappeler, monsieur, 
que je vous ai sauv la vie... qu'un instant, mu par la 
reconnaissance, vous sembltes m'offrir le bonheur, et 
que c'est en m'engloutissant dans un abme ternel de 
maux que vous acquittez mes services. Ce que vous 
faites est-il juste? et le remords ne vient-il pas dj me 
venger au fond de votre coeur?
	- Qu'entends-tu, je te prie, par ce sentiment de 
reconnaissance dont tu t'imagines m'avoir captiv? dit 
Roland. Raisonne mieux, chtive crature. Que faisais-
tu, quand tu vins  mon secours? Entre la possibilit de 
suivre ton chemin et celle de venir  moi, n'as-tu pas 
choisi le dernier parti comme un mouvement inspir par 
ton coeur? Tu te livrais donc  une jouissance. Par o 
diable prtends-tu que je sois oblig de te rcompenser 
des plaisirs que tu te donnes? et comment te vint-il 
jamais dans l'esprit qu'un homme qui, comme moi, nage 
dans l'or et dans l'opulence, daigne s'abaisser  devoir 
quelque chose  une misrable de ton espce? m'eusses-
tu rendu la vie, je ne te devrais rien, ds que tu n'as agi 
que pour toi. Au travail, esclave, au travail. Apprends 
que la civilisation, en bouleversant les principes de la 
nature ne lui enlve pourtant pas ses droits. Elle cra, 
dans l'origine, des tres forts et des tres faibles, avec 
l'intention que ceux-ci fussent toujours subordonns aux 
autres. L'adresse, l'intelligence de l'homme varirent la 
position des individus; ce ne fut plus la force physique 
qui dtermina les rangs; ce fut l'or. L'homme le plus riche 
devint le plus fort, le plus pauvre devint le plus faible. A 
cela prs des motifs qui fondaient la puissance, la priorit 
du fort fut toujours dans les lois de la nature,  qui il 
devenait gal que la chane qui captivait le faible ft 
tenue par le plus riche ou par le plus vigoureux, et qu'elle 
crast le plus faible ou bien le plus pauvre. Mais ces 
mouvements de reconnaissance dont tu veux me 
composer des liens, elle les mconnat, Justine; il ne fut 
jamais dans ses lois que le plaisir o l'un se livrait en 
obligeant, devint un motif pour celui qui recevait de se 
relcher de ses droits sur l'autre; vois-tu, chez les 
animaux qui nous servent d'exemples, de ces sentiments 
que tu rclames? Lorsque je te domine par mes richesses 
ou par ma force, est-il naturel que je t'abandonne mes 
droits, ou parce que tu as joui en m'obligeant, ou parce 
qu'tant malheureuse, tu t'es imagin de gagner quelque 
chose  ton procd! Le service ft-il mme rendu d'gal 
 gal, jamais l'orgueil d'une me leve ne se laissera 
courber par la reconnaissance. Celui qui reoit n'est-il 
pas toujours humili? et cette humiliation qu'il prouve 
ne paye-t-elle pas suffisamment le bienfaiteur, qui, par 
cela seul, se trouve au-dessus de l'autre? N'est-ce pas une 
jouissance pour l'orgueil, que de s'lever au-dessus de 
son semblable? en faut-il d'autre  celui qui oblige? Et si 
l'obligation, en humiliant celui qui reoit, devient un 
fardeau pour lui, de quel droit le contraindre  le garder? 
Pourquoi faut-il que je consente  me laisser humilier 
chaque fois que me frappent les regards de celui qui m'a 
oblig? L'ingratitude, au lieu d'tre un vice, est donc la 
vertu des mes fires, aussi certainement que la 
reconnaissance n'est que celle des mes faibles! Qu'on 
m'oblige tant qu'on voudra, si l'on y trouve une 
jouissance; mais qu'on n'exige rien pour avoir joui.
	A ces mots, auxquels Roland ne donna pas  Justine 
le temps de rpondre, deux valets la saisissent par ses 
ordres, la dpouillent, font examiner son corps  leur 
matre, qui le touche et le manie brutalement; puis, 
l'enchanent avec ses compagnes qu'elle est oblige 
d'aider tout de suite, sans qu'il lui soit seulement permis 
de se reposer une minute de la marche fatigante qu'elle 
vient de faire. Roland l'approche alors; il lui touche une 
seconde fois les cuisses, les ttons et les fesses; ptrit 
durement dans ses doigts toutes ces chairs tendres et 
dlicates; l'accable de sarcasmes et de mauvaises 
plaisanteries, en dcouvrant la marque avilissante et peu 
mrite dont le cruel Rombeau avait autrefois fltri cette 
malheureuse; puis, s'armant d'un nerf de boeuf, toujours 
l, il lui en applique soixante coups sur le derrire, qui, 
boursouflant et meurtrissant toute la peau, arrachent des 
cris  cette malheureuse, dont retentissent les votes sous 
lesquelles elle est.
	- Voil comme tu seras traite, coquine, dit cet 
infme, lorsque tu manqueras  ton devoir; je ne te fais 
pas sentir l'chantillon de ce traitement pour aucune faute 
dj commise, mais seulement pour te montrer comme 
j'agis avec celles qui en font.
	Justine redouble ses cris; elle se dbat sous ses fers; 
et les cruelles expressions de sa douleur ne servent que 
d'amusement  son bourreau.
	- Ah! je t'en ferai voir bien d'autres, putain, dit 
Roland en venant frotter avec la tte de son vit les 
gouttes de sang que faisaient jaillir les coups qu'il 
continuait d'appliquer; tu n'es pas au bout de tes peines, 
et je veux que tu connaisses ici jusqu'aux plus barbares 
raffinement du malheur.
	Il la laisse.
	Six rduits obscurs, situs sous une grotte autour de 
ce vaste puits, et qui se fermaient comme des cachots, 
servaient pendant la nuit de retraite aux malheureuses 
dont on vient de parler. Ds que la nuit fut venue, on 
dtacha Justine et ses compagnes, et on les renferma 
dans ces niches, aprs leur avoir servi le mince souper 
dont Roland avait fait la description.
	A peine notre hrone fut-elle seule, qu'elle 
s'abandonna tout  l'aise  l'horreur de sa situation. Est-il 
possible, se disait-elle, qu'il y ait des hommes assez durs 
pour touffer en eux le sentiment de la reconnaissance?... 
Cette vertu o je me livrerais avec tant de charmes, si 
jamais quelques mes honntes me mettaient dans le cas 
de la sentir, peut-elle donc tre mconnue de certains 
tres et ceux qui l'touffent avec tant d'inhumanit 
doivent-ils tre autre chose que des monstres (1)?
	Justine tait plonge dans ces rflexions, lorsqu'elle 
entend tout  coup ouvrir la porte de son cachot; c'est 
Roland. Le sclrat vient achever de l'outrager en la 
faisant servir  ses odieux caprices... Et quels caprices, 
juste ciel! On suppose aisment qu'ils devaient tre aussi 
froces que ses procds, et que les plaisirs de l'amour 
dans un tel homme portaient ncessairement les teintes 
de son odieux caractre. Mais comment abuser de la 
patience de nos lecteurs pour leur peindre ces nouvelles 
atrocits? N'avons-nous pas dj trop souill leur 
imagination par d'infmes rcits? devons-nous en 
hasarder de nouveaux? Hasarde... hasarde, nous rpond 
ici le philosophe; on n'imagine pas combien ces tableaux 
sont ncessaires au dveloppement de l'me. Nous ne 
sommes encore aussi ignorants dans cette science, que 
par la stupide retenue de ceux qui voulurent crire sur 
ces manires. Enchans par d'absurdes craintes, ils ne 
nous parlent que de ces purilits connues de tous les 
sots, et n'osent, portant une main hardie dans le coeur 
humain, en offrir  nos yeux les gigantesques 
garements. Obissons, puisque la philosophie nous y 
engage, et, rassurs par sa voix cleste, ne craignons plus 
d'offrir le vice  nu.
	Roland, qu'il est essentiel de peindre avant que de 
le mettre en scne, tait un petit homme court et gros, g 
de trente-cinq ans, d'une vigueur incomprhensible, velu 
comme un ours, la mine sombre, le regard farouche, fort 
brun, des traits mles et prononcs, le nez long, de la 
barbe jusqu'aux yeux, des sourcils noirs et pais, et le vit 
d'une telle longueur, d'une grosseur si dmesure, que 
jamais rien de pareil ne s'tait encore prsent aux yeux 
de Justine. A ce physique un peu repoussant, notre 
fabricateur de faux louis joignait sur tous les vices qui 
peuvent rsulter d'un temprament de feu, de beaucoup 
d'imagination et d'une aisance toujours trop considrable 
pour ne l'avoir pas plong dans de grands travers. Roland 
achevait sa fortune. Son pre, qui l'avait commence, 
l'avait laiss fort riche; moyennant quoi ce jeune homme 
avait dj beaucoup vcu. Blas sur les plaisirs 
ordinaires, il n'avait plus recours qu' des horreurs; elles 
seules parvenaient  lui rendre des dsirs puiss par trop 
de jouissances. Les femmes qui le servaient taient toutes 
employes  ses dbauches secrtes; et, pour satisfaire  
des plaisirs un peu moins malhonntes, dans lesquels ce 
libertin put nanmoins trouver le sel du crime qui le 
dlectait mieux que tout, Roland avait sa propre soeur 
pour matresse; c'tait avec elle qu'il achevait d'teindre 
les passions qu'il venait allumer prs des autres.
	Il tait presque nu quand il entra; son visage trs 
enflamm, portait  la fois des preuves de l'intemprance 
de table o il venait de se livrer, et de l'abominable 
luxure qui le dvorait. Un instant il considre Justine 
avec des veux qui la font frmir.
	- Quitte ces vtements, lui dit-il en arrachant lui-
mme ceux qu'elle avait repris pour se couvrir pendant la 
nuit... oui, quitte tout cela, et suis-moi. Je t'ai fait sentir 
tantt ce que tu risquerais en te livrant  la paresse. Mais 
s'il te prenait envie de nous trahir, comme le crime serait 
bien plus grand, il faudrait que la punition s'y 
proportionnt; viens donc voir de quelle espce elle 
serait.
	La saisissant aussitt par le bras, le libertin 
l'entrane; il la conduisait de la main droite, de la gauche 
il tenait une petite lanterne, dont leur marche tait 
faiblement claire. Aprs plusieurs dtours, la porte 
d'une cave se prsente; Roland l'ouvre; et, faisant passer 
Justine la premire, il lui dit de descendre pendant qu'il 
referme cette clture. A cent marches, on en trouve une 
seconde, qui s'ouvre et se referme d'une gale manire; 
mais, aprs celle-ci, il n'y avait plus d'escalier; c'tait un 
petit chemin taill dans le roc, rempli de sinuosit, et 
dont la pente tait extrmement raide. Roland ne disait 
mot. Ce silence effrayant redoublait la terreur de Justine, 
qui, parfaitement nue, ressentait encore plus vivement 
l'horrible humidit de ces souterrains. De droite et de 
gauche du sentier qu'elle parcourait, taient plusieurs 
niches o se voyaient des coffres renfermant les 
richesses de ces malfaiteurs. Une dernire porte de 
bronze s'offre enfin; elle tait  plus de huit cents pieds 
dans les entrailles de la terre; Roland l'ouvre; et celle qui 
le suit tombe  la renverse, en apercevant l'affreux local 
o on la conduit. La voyant flchir, Roland la relve, et la 
pousse rudement au milieu d'un caveau rond, dont les 
murs, tapisss d'un drap mortuaire, n'taient dcors que 
des plus lugubres objets. Des squelettes de toute sorte 
d'ges et de toute sorte de sexes, entrelacs d'ossements 
en sautoir, de ttes de morts, de serpents, de crapauds, de 
faisceaux de verges, de disciplines, de sabres, de 
poignards, de pistolets, et d'armes absolument inconnues: 
telles taient les horreurs qu'on voyait sur les murs 
qu'clairait une lampe  trois mches, suspendue  l'un 
des coins de la vote. Du cintre partait une longue corde, 
qui tombait  huit pieds de terre, et qui, comme vous 
allez bientt le voir, n'tait l que pour servir  
d'affreuses expditions. A droite, tait un cercueil, 
qu'entrouvrait le spectre de la mort, arm d'une faux 
menaante; un prie-dieu tait  ct; sur une table, un 
peu au del, se voyait entre deux cierges noirs, un 
poignard  trois lames crochues, un pistolet tout arm, et 
une coupe remplie de poison. A gauche, le corps tout 
frais d'une superbe femme, attach  une croix; elle y 
tait pose sur la poitrine, de faon qu'on voyait 
simplement ses fesses... mais cruellement molestes; il y 
avait encore de grosses et longues pingles, dans les 
chairs, et des gouttes d'un sang noir et caill formaient 
des crotes le long des cuisses; elle avait les plus beaux 
cheveux du monde; sa belle tte tait tourne vers nous, 
et semblait implorer sa grce. La mort n'avait point 
dfigur cette sublime crature; et la dlicatesse de ses 
traits, moins offense de la dissolution que de la douleur, 
offrait encore l'intressant spectacle de la beaut dans le 
dsespoir. Le fond du caveau tait rempli par un vaste 
canap noir, duquel se dveloppaient aux regards toutes 
les atrocits de ce lieu.
	- Voil o tu priras, Justine, dit Roland, si tu 
conois jamais la fatale ide de quitter cette maison; oui, 
c'est ici que je viendrai moi-mme te donner la mort... 
que je t'en ferai sentir les angoisses par tout ce que je 
pourrai trouver de plus dur.
	En prononant cette menace, Roland s'enflamme; 
son agitation, son dsordre le rend semblable au tigre 
prt  dvorer sa proie. C'est alors qu'il met au jour le 
redoutable membre dont il est pourvu.
	- En as-tu quelquefois vu de semblables? dit-il en le 
faisant empoigner  Justine. Tel que le voil, poursuivit 
ce faune, il faudra pourtant bien qu'il s'introduise dans la 
partie la plus troite de ton corps, duss-je le fendre en 
deux. Ma soeur, bien plus jeune que toi, le soutient dans 
cette mme partie; jamais je ne jouis diffremment des 
femmes: il faudra donc qu'il te dchire aussi. Et pour ne 
laisser aucun doute sur le local qu'il veut dire, il y 
introduit trois doigts arms d'ongles aigus, en disant: Oui, 
c'est l, c'est l que j'enfoncerai tout  l'heure, ce membre 
qui t'effraie; il y entrera de toute sa longueur; il te 
dchirera l'anus; il te mettra en sang; et je serai dans 
l'ivresse.
	Il cumait en disant ces mots entremls de 
jurements et de blasphmes odieux. La main dont il 
effleure le temple qu'il parat vouloir attaquer, s'gare 
alors sur toutes les parties adjacentes; il les pince, il les 
gratigne; il en fait autant  la gorge, et la meurtrit 
tellement, que Justine en souffrit quinze jours des 
douleurs horribles. Il la place ensuite sur le canap, frotte 
d'esprit de vin tout le poil de la motte, y met le feu, et le 
brle en totalit; ses doigts s'emparent du clitoris, ils le 
froissent rudement; il les introduit de l dans l'intrieur, 
et ses ongles molestent la membrane qui le tapisse. Ne se 
contenant plus, il dit  Justine que puisqu'il la tient dans 
son repaire, il vaut tout autant qu'elle n'en sorte plus, que 
cela lui vitera la peine de redescendre... Notre 
infortune se prcipite  ses genoux; elle ose lui rappeler 
encore les services qu'elle lui a rendus, et s'aperoit 
bientt qu'elle l'irrite davantage, en lui parlant des droits 
qu'elle se suppose  sa piti.
	- Tais-toi, lui dit ce monstre en la renversant d'un 
coup de genou vigoureusement appliqu dans le creux de 
son estomac... Allons, continue-t-il en la relevant par les 
cheveux, allons, prpare-toi, bougresse, il est certain que 
je vais t'immoler.
	- Oh! monsieur.
	- Non, non, il faut que tu prisses; je ne veux plus 
m'entendre reprocher tes petits bienfaits; je ne veux rien 
devoir  personne; c'est aux autres  tenir tout de moi. Tu 
vas mourir, te dis-je. Place-toi dans ce cercueil, que je 
voie si tu pourras y tenir.
	Il l'y tend... il l'y enferme, et sort du caveau. 
Justine se crut perdue; jamais la mort ne s'tait approche 
d'elle sous des formes plus sres et plus hideuses. 
Cependant Roland reparat; il la sort du cercueil.
	- Tu serais au mieux, l-dedans, lui dit-il; il semble 
que cette bire ait t faite pour toi; mais, t'y laisser finir 
tranquillement, ce serait une trop belle mort; je vais t'en 
faire sentir une d'un genre diffrent, et qui ne laisse pas 
d'avoir ses douceurs. Allons, implore ton foutu Dieu, 
putain; prie-le d'accourir te venger, s'il en a vraiment la 
puissance...
	La malheureuse se jette sur le prie-dieu; et pendant 
qu'elle ouvre  haute voix son coeur  l'Eternel, Roland 
redouble, sur les parties postrieures qu'elle lui expose, 
ses vexations et ses supplices. Il flagellait ces parties de 
toute sa force avec un martinet arm de pointes d'acier, 
dont chaque coup faisait jaillir le sang jusqu' la vote.
	- Eh bien! continuait-il en blasphmant, il ne te 
secourt pas, ton Dieu; il laisse ainsi souffrir la vertu 
malheureuse; il l'abandonne aux mains de la sclratesse! 
Ah! quel Dieu, Justine, que ce Dieu-l... quel infme 
bougre de Dieu! Combien je le mprise et le bafoue de 
bon coeur! Viens, lui dit-il ensuite; viens, ta prire doit 
tre acheve; en faut-il tant pour un abominable Dieu qui 
t'coute si mal? Et la plaant, en disant ces mots, sur le 
bord du canap qui faisait le fond de ce lieu spulcral: Je 
te l'ai dit, Justine, reprit-il, il faut que tu meures. Il se 
saisit de ses bras, il les lie sur ses reins; puis il passe 
autour du cou de la victime un cordon de soie noire, dont 
les deux extrmits, toujours tenues par lui, peuvent, en 
se serrant  sa volont, comprimer la respiration de la 
patiente et l'envoyer dans l'autre monde dans le plus ou le 
moins de temps qu'il lui plaira.
	- Ce tourment est plus doux que tu ne penses, 
Justine, dit Roland; tu ne sentiras la mort que par 
d'inexprimables sensations de plaisir. La compression de 
cette corde oprera sur la masse de tes nerfs, va mettre en 
feu les organes de la volupt; c'est un effet certain. Si 
tous les gens condamns  ce supplice savaient dans 
quelle ivresse il fait mourir, moins effrays de cette 
punition de leurs crimes, ils les commettraient plus 
souvent et avec bien plus d'assurance. Quel tre 
balancerait  s'enrichir aux dpens des autres, quand,  
ct de la presque certitude de n'tre pas dcouvert, il 
aurait, pour toute crainte, dans le cas o il le serait, la 
complte assurance de la plus dlicieuse des morts. Cette 
charmante opration, poursuivit Roland, comprimant de 
mme le local o je vais me placer (et il enculait en 
disant cela), va doubler aussi mes plaisirs. Mais ses 
efforts sont vains; il a beau prparer les voies, beau les 
ouvrir, et beau les humecter; trop monstrueusement 
proportionn pour russir, ses entreprises sont toujours 
repousses. C'est alors que sa fureur n'a plus de bornes; 
ses ongles, ses mains, ses pieds servent  le venger des 
rsistances que lui oppose la nature. Il se prsente de 
nouveau; le glaive en feu glisse au bord du canal voisin; 
et de la vigueur de la secousse, il y pntre de plus de 
moiti. Justine pousse un cri terrible. Roland, furieux de 
l'erreur, se retire avec rage, et, pour cette fois, frappe 
l'autre porte avec tant de vigueur, que le dard humect s'y 
plonge en dchirant les bords. Roland profite des succs 
de cette premire secousse; ses efforts deviennent plus 
violents; il gagne du terrain. A mesure qu'il avance, le 
fatal cordon qu'il a pass autour du cou se resserre. 
Justine pousse des hurlements pouvantables. Le froce 
Roland, qu'ils amusent, l'engage  les redoubler; trop sr 
de leur inutilit, trop matre de les arrter quand il 
voudra, il s'enflamme  leurs sons aigus. Cependant 
l'ivresse est prs de s'emparer de lui; les compressions du 
cordon se modulent sur les degrs de son plaisir. Peu  
peu l'organe de notre infortune s'teint. Les serrements 
alors deviennent si vifs, que ses sens s'affaiblissent sans 
qu'elle perde nanmoins sa sensibilit. Rudement 
secoue par le membre norme dont Roland dchire ses 
entrailles, malgr l'affreux tat o elle est, elle se sent 
inonde des jets de foutre de son pouvantable enculeur; 
elle entend les cris qu'il pousse en le versant. Un instant 
de stupidit succde; mais, bientt dgage, ses yeux se 
rouvrent  la lumire, et ses organes semblent s'panouir.
	- Eh bien! Justine, lui dit son bourreau, je gage que 
si tu veux tre vraie, tu n'as senti que du plaisir.
	Rien malheureusement n'tait aussi sr: le con tout 
barbouill de notre hrone dmontrait l'assertion de 
Roland. Un instant elle voulut nier.
	- Putain, dit le sclrat, crois-tu m'en imposer, 
lorsque je vois le foutre inonder ton vagin! tu as 
dcharg, bougresse; l'effet est invitable.
	- Non monsieur, je vous jure.
	- Eh! que m'importe! tu dois, je l'imagine, me 
connatre assez pour tre bien certaine que ta volupt 
m'inquite infiniment moins que la mienne dans ce que 
l'entreprends avec toi; et cette volupt que je recherche a 
t si vive, que je vais encore m'en procurer les 
jouissances.
	C'est de toi, maintenant, dit Roland, c'est de toi 
seule, Justine, que tes jours vont dpendre. Il passe alors 
autour du cou de cette malheureuse la corde qui pendait 
au plafond. Ds qu'elle y est fortement arrte, il lie au 
tabouret, sur lequel Justine tait monte, une ficelle dont 
il tient le bout, et va se placer dans un fauteuil en face. 
Dans une des mains de la patiente est une serpe trs 
effile, dont elle doit se servir pour couper le corde au 
moment o, par le moyen de la ficelle qu'il tient, il fera 
manquer le tabouret sous les pieds de Justine. Tu le vois, 
ma fille, lui dit-il alors, si tu manques ton coup, je ne 
manquerai pas le mien je n'ai donc pas tort de dire que 
tes jours dpendent de toi. Le sclrat se branle le vit; 
c'est au moment de sa dcharge qu'il doit tirer le tabouret, 
dont la fuite va laisser Justine pendue au plafond. Il fait 
tout ce qu'il peut pour feindre cet instant: il serait 
transport, si Justine venait  manquer d'adresse. Mais il 
a beau faire, elle le devine: la violence de son extase le 
trahit. Justine saisit le mouvement; le tabouret chappe, 
elle coupe la corde, et tombe  terre, entirement 
dgage... L, le croira-t-on? quoique  plus de douze 
pieds du libertin elle est inonde des jets du foutre que 
Roland perd en blasphmant.
	Une autre que Justine, sans doute, profitant de 
l'arme qu'elle se trouvait entre les mains, se ft aussitt 
jete sur ce monstre. A quoi lui et servi ce trait de 
courage? N'ayant pas les clefs de ces souterrains, en 
ignorant les dtours, elle serait morte, avant que d'en 
avoir pu sortir. D'ailleurs, Roland tait sur ses gardes. 
Elle se releva donc, laissant l'arme  terre, afin qu'il ne 
cont mme pas sur elle le plus lger soupon. Il n'en 
eut point; et, content de la douceur, de la rsignation de 
sa victime, bien plus que de son adresse, il lui fit signe de 
sortir; et tous deux remontrent au chteau.
	Le lendemain Justine examina mieux ce qui 
l'entourait. Ses quatre compagnes taient des filles de 
vingt-cinq  trente ans. Quoique abruties par la misre et 
dformes par l'excs des travaux, elles avaient de 
grands restes de beaut. Leur taille tait belle; et la plus 
jeune, appele Suzanne, avec des yeux charmants, avait 
encore des traits dlicieux. Roland l'avait prise  Lyon; 
et, aprs l'avoir enleve  sa famille, sous le serment de 
l'pouser, il l'avait conduite dans son affreuse maison. 
Elle y tait depuis trois ans, et, plus particulirement 
encore que ses compagnes, l'objet des frocits de ce 
monstre. A force de coups de nerf de boeuf, ses fesses 
taient devenues calleuses et dures comme une vieille 
peau de vache dessche au soleil; elle avait un cancer 
au sein gauche, et un abcs dans la matrice, qui lui 
causaient des douleurs inoues. Tout cela tait l'ouvrage 
du perfide Roland; chacune de ces horreurs tait le fruit 
de ses lubricits. Ce fut d'elle que Justine apprit que ce 
coquin tait  la veille de se rendre  Venise, si les 
sommes considrables qu'il venait de faire dernirement 
passer en Espagne lui rapportaient les lettres de change 
qu'il attendait pour l'Italie, parce qu'il ne voulait point 
porter son or au del des monts. Il n'y en envoyait jamais; 
c'tait dans un pays diffrent de celui ou il se proposait 
d'habiter, qu'il faisait passer ses fausses espces. Par ce 
moyen, ne se trouvant riche, dans le lieu o il voulait se 
fixer, que des papiers d'une autre contre, ses 
friponneries ne pouvaient jamais se dcouvrir. Mais tout 
pouvait manquer dans un instant; et la retraite qu'il 
mditait dpendait absolument de cette dernire 
ngociation, o la plus grande partie de ses trsors tait 
compromise. Si Cadix acceptait ses piastres, ses sequins, 
ses louis faux, et lui envoyait pour cela des lettres sur 
Venise, Roland tait heureux le reste de sa vie; si la 
fraude tait dcouverte, un seul jour suffisait  culbuter 
le frle difice de sa fortune.
	- Hlas! dit Justine en apprenant ces particularits, 
la Providence sera juste une fois; elle ne permettra pas 
les succs d'un tel monstre, et nous serons toutes 
venges... Infortune! aprs les leons que t'avait 
donnes cette mme Providence, sur laquelle tu avais la 
faiblesse de compter encore, tait-ce  toi de raisonner 
ainsi?
	On laissait  ces malheureuses, vers midi, deux 
heures de repos, dont elles profitaient pour aller toujours 
sparment respirer et dner dans leurs chambres. A deux 
heures, on les rattachait, et on les faisait travailler jusqu' 
la nuit, sans qu'il leur ft jamais permis d'entrer dans le 
chteau. Si elles taient nues, c'tait afin d'tre mieux  
mme de recevoir les coups que venait leur appliquer 
Roland, qui trouvait toujours des prtextes, et qui ne 
manquait jamais de vigueur. On leur donnait l'hiver un 
gilet et un pantalon dgarni sur toute la superficie du 
derrire, de faon que leurs corps n'en taient pas moins, 
en toute saison, expos aux coups du sclrat, dont 
l'unique plaisir tait de les rouer.
	Huit jours se passrent sans que Roland part. Le 
neuvime, il vint au travail; et, prtendant que Suzanne et 
Justine tournaient la roue avec trop de mollesse, il leur 
distribua cinquante coups de nerf de boeuf  chacune, 
depuis le milieu des reins jusqu'au gras des jambes.
	Au milieu de la nuit qui suivit ce mme jour, le 
vilain homme entra chez Justine; il voulut contempler les 
meurtrissures du beau cul de cette infortune. Le coquin 
les baisa; et, bientt chauff par ces prliminaires, il lui 
mit le vit dans le cul; il lui pinait la gorge en la 
sodomisant, et se plaisait  lui dire des horreurs qui 
faisaient frmir la nature. Quand il eut compltement 
dcharg, Justine voulut profiter de ce moment de calme 
pour le supplier d'adoucir son sort. La pauvre crature 
ignorait que si, dans de telles mes, le moment du dlire 
rend plus actif le penchant qu'elles ont  la cruaut, le 
calme ne les ramne pas davantage aux douces vertus de 
l'honnte homme: c'est un feu plus ou moins embras par 
les aliments dont on le nourrit, mais qui brle toujours 
sous la cendre.
	- Et de quel droit, lui rpondit Roland, prtends-tu 
que j'allge tes chanes? est-ce en raison des fantaisies 
que je veux bien me passer avec toi? Mais, vais-je  tes 
pieds implorer des faveurs de l'accord desquelles tu 
puisses exiger quelque ddommagement? Je ne te 
demande rien; je prends, et ne vois pas que, de ce que 
j'use d'un droit sur toi, il doive en rsulter qu'il me faille 
abstenir d'en exiger un second. Il n'y a point d'amour 
dans mon fait; l'amour est un sentiment chevaleresque 
souverainement mpris par moi, et dont mon coeur ne 
sent jamais les atteintes. Je me sers d'une femme par 
ncessit comme d'un pot de chambre: j'emploie celui-ci 
quand le besoin de chier se fait sentir, et l'autre, quand le 
besoin de dcharger m'aiguillonne; mais de ma vie je ne 
fis plus de cas de l'un que de l'autre. N'accordant jamais  
la femme, que mon argent et mon autorit soumettent  
mes dsirs, ni estime ni tendresse, ne devant ce que 
j'enlve qu' moi-mme, et n'exigeant jamais d'elle que 
de la soumission, je ne puis tre tenu, d'aprs cela,  lui 
accorder aucune gratitude. Je demande  ceux qui 
voudraient m'y contraindre, si un voleur qui arrache la 
bourse d'un homme dans un bois, parce qu'il se trouve 
plus fort que lui, doit quelque reconnaissance  cet 
homme du tort qu'il vient de lui causer? Il en est de 
mme de l'outrage fait  une femme: ce peut tre un titre 
pour lui en faire un second, mais jamais une raison 
suffisante pour lui accorder des ddommagements.
	- Oh! monsieur, dit Justine,  quel point vous portez 
la sclratesse!
	- Au dernier priode, dit Roland. Il n'est pas un seul 
cart au monde o je ne me sois livr, pas un crime que 
je n'aie commis, et pas un que mes principes n'excusent 
ou ne lgitiment. J'ai ressenti sans cesse au mal une sorte 
d'attrait tournant toujours au profit de la volupt. Le 
crime alluma ma luxure; plus il est affreux, plus il 
m'irrite; je bande en le projetant, je dcharge en le 
consommant; et ses doux souvenirs rveillant mes 
esprits, ce n'est jamais que dans l'intention d'un nouveau, 
que le foutre picote mes couilles. Tiens, vois mon vit, 
Justine; j'ai la ferme rsolution de t'assassiner: voil d'o 
vient qu'il est en l'air; le sperme en t'gorgeant en jaillira 
par flots, et de nouvelles horreurs lui rendront bientt 
toute son nergie. Il n'est que le crime au monde pour 
faire bander un libertin; tout ce qui n'est pas criminel est 
fade; et ce n'est jamais qu'au sein de l'infamie que la 
lubricit doit natre.
	- Ce que vous dites est affreux, rpondit Justine; 
mais malheureusement j'en ai vu des exemples.
	- Il en est mille, mon enfant. Il ne faut pas 
s'imaginer que ce soit la beaut d'une femme qui irrite le 
mieux l'esprit d'un libertin; c'est bien plutt l'espce de 
crime, qu'ont attach  sa possession les lois civiles ou 
religieuses; la preuve en est que, plus cette possession est 
criminelle, et plus nous en sommes irrits. L'homme qui 
jouit d'une pouse qu'il drobe  son mari, d'une fille qu'il 
enlve  ses parents, est bien plus dlect sans doute que 
le mari qui fout sa femme; et plus les liens qu'on brise 
paraissent respectables, plus la volupt s'agrandit. Si c'est 
sa mre, son fils, sa soeur, sa fille, dont il jouisse, 
nouveaux attraits aux plaisirs prouvs. A-ton got tout 
cela, on voudrait que les digues s'accrussent encore, pour 
donner plus de charmes  les franchir. Or, si le crime 
assaisonne une jouissance, dtach de cette jouissance, il 
peut donc en donner lui-mme. Il y aura donc alors une 
jouissance certaine dans le crime seul; car il est 
impossible que ce qui prte du sel n'en soit pas trs 
pourvu soi-mme. Ainsi, je le suppose, le rapt d'une fille, 
pour son propre compte, donnera un plaisir trs vif; mais 
le rapt, pour le compte d'un autre, donnera tout le plaisir 
dont la jouissance de cette fille se trouvait amliore par 
le rapt. Le vol d'une montre, d'une bourse, etc., en 
donnera galement; et, si j'ai accoutum mes sens  se 
trouver mus au rapt d'une fille, en tant que rapt, ce 
mme plaisir, cette mme volupt, se retrouvera au rapt 
de la montre,  celui de la bourse, etc. Et voil ce qui 
explique la fantaisie de tant d'honntes gens qui volent 
sans en avoir besoin. Rien de plus simple de ce moment-
l, et que l'on gote les plus grands plaisirs  tout ce qui 
sera criminel, et que l'on rende, par tout ce que l'on 
pourra imaginer, les jouissances simples aussi 
criminelles qu'il sera possible de les rendre. On ne fait, 
en se conduisant ainsi, que prter  cette jouissance la 
dose de sel qui lui manquait, et qui devenait 
indispensable  la perfection du bonheur. Ces systmes 
mnent loin, je le sais; peut-tre mme te le prouverai-je 
avant peu, Justine; mais qu'importe, pourvu qu'on se soit 
dlect. Y avait-il, par exemple, chre fille, quelque 
chose de plus naturel que de me voir jouir de toi? mais tu 
t'y opposes; tu me prouves que j'abuse de mes droits, que 
je deviens un monstre d'ingratitude en te violant; voil la 
masse du crime augmente. Je n'coute rien; je brise tous 
les noeuds qui captivent les sots; je t'asservis aux plus 
sales dsirs; et de la plus simple... de la plus monotone 
jouissance, j'en fais une vraiment dlicieuse. Soumets-toi 
donc, putain, soumets-toi; et, si jamais tu reviens au 
monde sous le caractre du plus fort, abuse de mme de 
tes droits, et tu connatras de tous les plaisirs le plus 
dlicieux et le plus vif.
	Roland,  ces mots, passe autour du cou de Justine 
une corde qu'il avait apporte, et l'encule, en serrant si 
prodigieusement cette corde, qu'il la laisse sans 
connaissance. Qu'importe, il avait dcharg; et le vilain, 
sans s'inquiter des suites, ne s'en retira pas moins avec 
calme.
	Il y avait six mois que notre hrone tait dans cette 
maison, servant de temps en temps aux insignes 
dbauches de ce sclrat, lorsqu'elle le vit entrer un soir 
dans sa prison avec Suzanne.
	- Viens Justine, dans ce caveau qui t'a tant effraye: 
suivez-y moi toutes les deux; mais ne vous attendez pas  
remonter de mme; il faut absolument que j'en laisse une; 
nous verrons sur laquelle tombera le sort. Justine se lve; 
elle jette des yeux alarms sur sa compagne; elle la voit 
en pleurs... Le bourreau marche, il faut le suivre.
	Ds qu'elles sont entres dans le souterrain, Roland 
les examine toutes deux avec des regards froces; il se 
complat  leur rpter leur arrt, et  les convaincre  
tout instant, l'une et l'autre, qu'assurment il en restera 
une des deux.
	- Allons, dit-il en s'asseyant, et en les faisant tenir 
droites devant lui, travaillez chacune  votre tour au 
dsenchantement de ce perclus; et malheur  celle qui lui 
rendra son nergie.
	- C'est une injustice, dit Suzanne; celle qui vous 
fera le mieux bander doit tre celle  qui la grce est due.
	- Point du tout, rpondit Roland; ds qu'il sera 
prouv que c'est celle qui m'irrite davantage, il devient 
constant que c'est celle dont la mort me donnera le plus 
de plaisir; et je ne vise qu' la plus grande dose de 
volupt. D'ailleurs, en accordant la grce  celle qui va 
me mettre le plus tt en tat, vous y procderiez l'une et 
l'autre avec une telle ardeur, que vous me feriez peut-tre 
dcharger avant que je n'aie assassin l'une des deux; et 
c'est ce que je ne veux pas.
	- C'est dsirer le mal pour le mal seul, monsieur, dit 
Justine effraye; le complment de votre extase doit tre 
la seule chose que vous devriez dsirer, et si vous y 
arrivez sans crime, quelle ncessit y a-t-il d'en 
commettre?
	- Parce que je ne perdrai mon foutre 
voluptueusement qu'ainsi, et que ce n'est que pour en 
gorger une que je suis descendu dans ce caveau. Je sais 
parfaitement que je russirais sans cela; mais j'ai la 
mchancet dlicieuse d'exiger cela pour russir.
	Et, ayant choisi Justine pour commencer, il se fait  
la fois branler par elle le vit et le trou du cul, pendant 
qu'il manie  son aise toutes les parties de ce beau corps.
	- Il s'en faut encore de beaucoup, Justine, dit 
Roland en pressant les fesses, que ces belles chairs soient 
dans l'tat de callosit... de mortification o voil celles 
de Suzanne: on brlerait les siennes sans qu'elle le sentit. 
Mais toi, Justine... mais toi, ce sont encore des roses 
qu'entrelacent des lis... Nous y viendrons... Nous y 
viendrons.
	On n'imagine pas combien cette menace tranquillisa 
Justine; Roland ne se doutait pas sans doute, en la 
faisant, du calme qu'il rpandait en elle. N'tait-il pas 
certain, en effet, que puisqu'il projetait de la soumettre  
de nouvelles cruauts, il n'avait pas envie de l'immoler 
encore?... Tout frappe dans l'infortune: Justine se rassura. 
Autre surcrot de bonheur: elle n'oprait rien; et cette 
masse norme, mollement replie sur elle-mme, rsistait 
 toutes les secousses. Suzanne, dans la mme attitude, 
tait palpe dans les mmes endroits; mais, comme les 
chairs taient bien autrement endurcies, Roland 
mnageait beaucoup moins. Suzanne tait pourtant plus 
jeune.
	- Je suis persuad, disait ce libertin, que les fouets 
les plus effrayants ne parviendraient pas maintenant  
tirer une goutte de sang de ce cul-l.
	Il les courbe l'une et l'autre; et, s'offrant, par cette 
inclinaison, les quatre routes du plaisir, sa langue frtille 
dans les deux plus troites; le vilain crache dans les 
autres. Il les reprend par devant, les fait mettre  genoux 
entre ses cuisses, de faon que les deux gorges se 
trouvassent  hauteur de son vit.
	- Oh! pour les ttons, dit Roland en s'adressant  
Justine, il faut que tu le cdes  Suzanne; jamais cette 
partie ne fut aussi belle en toi; tiens, vois comme c'est 
fourni.
	Et il pressait, en disant cela, le sein de cette pauvre 
Suzanne, jusqu' la meurtrir dans ses doigts. C'tait elle 
qui le branlait alors. A peine ce changement de main 
s'tait-il opr, que le dard, s'lanant du carquois, 
menaait dj tout ce qui l'entourait.
	- Triste Suzanne, s'cria Roland, voici d'effrayants 
succs; c'est ta mort... c'est l'arrt de ta mort, coquine, 
poursuivit-il en lui pinant, en lui gratignant le bout des 
mamelles. Pour celles de Justine, il les suait et les 
mordillait seulement. Il plaa enfin Suzanne  genoux sur 
le bord du sofa; il lui fait courber la tte, il l'encule dans 
cette posture. Tourmente par de nouvelles douleurs, 
Suzanne se dbat; et Roland, qui ne veut 
qu'escarmoucher, content de quelques courses, vient se 
rfugier au trou du cul de Justine, pendant qu'il ne cesse 
de palper et de molester l'autre femme.
	- Voil une bougresse qui m'excite bien 
incroyablement, dit-il en lui enfonant une grosse pingle 
sur la fraise du tton gauche; je ne sais ce que je voudrais 
lui faire.
	- Oh! monsieur, dit Justine, ayez piti d'elle; il est 
impossible que ses douleurs soient plus vives.
	- Elles pourraient l'tre beaucoup plus, dit le 
sclrat. Ah! si j'avais ici ce fameux empereur Ki, l'un 
des plus grands monstres que la Chine ait vus sur son 
trne, nous ferions bien autre chose, vraiment (2). Sa 
femme et lui, chaque jour, immolaient des victimes; tous 
deux, dit-on, les faisaient vivre dans les plus terribles 
angoisses, et dans un tel tat de douleur, qu'elles taient 
toujours prtes  rendre l'me, sans pouvoir y russir par 
les soins cruels de ces barbares qui, les faisant flotter de 
secours en tourments, ne les rappelaient cette minute-ci  
la lumire que pour leur offrir la mort celle d'aprs... 
Moi, je suis trop doux, Justine, poursuivait ce taureau 
toujours limant, toujours dchirant le sein de Suzanne... 
oh! oui, je suis trop doux... je n'entends rien  tout cela... 
je ne suis qu'un colier.
	Au bout d'une courte carrire, Roland se retire 
enfin, sans terminer le sacrifice, et cause plus de mal  
Justine par cette retraite prcipite, qu'il ne lui en a fait 
en l'introduisant. Il se jette, tout bandant, dans les bras de 
Suzanne; et joignant le sarcasme  l'outrage: 
	- Aimable crature, lui dit-il, comme je me rappelle 
avec dlices les premiers instants de notre union! jamais 
femme ne me donna des plaisirs plus vifs! jamais je n'en 
aimai comme toi!... Embrassons-nous, Suzanne; nous 
allons nous quitter pour bien longtemps, peut-tre.
	- Tigre, rpond cette malheureuse en repoussant 
avec horreur celui qui lui tient d'aussi cruels discours, 
loigne-toi; ne joins pas aux tourments que tu m'infliges 
le dsespoir de m'entendre outrager ainsi. Monstre, 
assouvis ta rage; mais respecte au moins mes malheurs.
	Roland, furieux, la saisit; il la couche sur le canap, 
les cuisses trs ouvertes, le vagin bien billant, et bien  
sa porte. Puis poursuivant ses indignes sarcasmes: 
	- Temple de mes anciens plaisirs, s'crie cet 
infme; vous qui m'en procurtes de si dlicieux quand je 
cueillis vos premires roses, il faut bien que je vous fasse 
aussi mes adieux... L'indigne... il y introduit ses ongles;, 
et farfouillant avec, plusieurs minutes, dans l'intrieur, 
pendant lesquelles Suzanne jetait les hauts cris, il ne les 
retire que couverts de sang. Ne croyant pas avoir fait 
assez de mal, il y fait pntrer une grosse aiguille, et la 
lance jusqu' la matrice. Le sang ruisselait  bouillons; il 
le faisait couler sur son vit, et voulait que Justine vint 
baiser ce vit, inond du sang de sa compagne.
	Rassasi de ces horreurs, et sentant bien qu'il ne lui 
tait plus possible de se contenir: 
	- Allons, dit-il, allons, chre Justine, dnouons tout 
ceci par une petite scne du jeu de coupe-corde (3): tel 
tait le nom de cette funeste plaisanterie dont nous avons 
parl plus haut. Notre orpheline monte sur le trpied; le 
vilain lui attache la corde au cou, et se met vis--vis 
d'elle. Suzanne, quoique dans un tat affreux, l'excite de 
ses mains. Au bout d'un instant, il tire le tabouret; mais, 
arme de la serpe, Justine coupe la corde, et tombe  
terre, sans nul mal.
	- Bien, bien, dit Roland;  toi, Suzanne; souviens-
toi que je te fais grce, si tu t'en tires avec autant 
d'adresse.
	Suzanne est mise  la place de Justine; mais on la 
trompe sur l'arme qui lui est confie; c'est une serpe qui 
ne coupe point. Roland se plat  la contempler un instant 
dans cet tat; il la touche, la manie partout, lui baise le 
cul avec dlices, et va s'asseoir en face; Justine le branle. 
Tout  coup le tabouret glisse; mais les mouvements de 
Suzanne sont inutiles; les plus affreuses convulsions 
dmontent les muscles de son visage, sa langue s'allonge. 
Roland se lve... il se plat extraordinairement  
considrer ainsi cette fille. Le croirait-on? il suce avec 
volupt cette langue que fait allonger la douleur.
	- Oh! Justine, s'crie-t-il, quelle volupt! La voil 
pendue, la garce; la voil morte... Oh! double foutu dieu, 
jamais il n'exista pour moi de plus dlicieux spectacle... 
Redescendons-la... appuyons-la sur ce canap, je veux 
l'enculer dans cet tat; on dit que c'est la seule faon de 
prendre les femmes pour les trouver troites. Il excute. 
Suzanne n'a plus de connaissance; et cependant, le 
monstre en jouit. Rattachons-l, dit-il, elle n'est pas 
morte; il faut qu'elle expire; et c'est toi, Justine, que je 
veux sodomiser en l'assassinant.
	Voil Suzanne suspendue de nouveau; et le bougre, 
s'agitant dans le cul de Justine, qu'il avait fait placer bien 
en face, dcharge, en tranglant sa matresse. Il ouvre 
une pierre qui masquait un caveau plus profond encore, y 
prcipite le cadavre, et sort avec Justine.
	- Douce fille, lui dit-il en chemin, tu as vu ce qui 
vient de se passer; souviens-toi bien que tu ne rentreras 
plus dans ce caveau, que ce ne soit ton tour.
	- Quand vous voudrez, monsieur, rpondit Justine; 
je prfre la mort  l'affreuse existence que vous me 
laissez: est-ce  des malheureux comme nous que la vie 
peut tre encore chre? Et Roland, sans rpondre, la 
renferme dans son cachot.
	Le lendemain, les compagnes de Justine lui 
demandrent ce qu'tait devenue Suzanne. Elle le leur 
apprit, et ne les tonna point; toutes s'attendaient  la 
mme fin; et toutes,  l'exemple de Justine, voyant le 
terme de leurs maux, dsiraient cette mort avec 
empressement.
	Un an se passa de cette manire, pendant lequel 
deux des filles qu'avait trouves Justine en arrivant furent 
traites comme la malheureuse Suzanne, et remplaces 
par de nouvelles. Une troisime disparut encore. Mais 
quel ne fut l'tonnement de Justine, en voyant celle qui 
allait prendre le rang de cette dernire victime!... C'tait 
madame Delisle, l'htesse intressante chez qui Justine 
s'tait spare de l'infme catin qui ne l'avait sortie du 
repaire des mendiants que pour la prostituer dans Lyon.
	- Oh! madame, s'cria Justine en la voyant... vous 
que la nature a cre si douce et si bonne,  quel sort 
vous voil rduite! est-ce donc ainsi que le ciel 
rcompense la sagesse, l'hospitalit, la bienfaisance, et 
toutes les vertus qui font le bonheur des hommes!
	Les charmes de madame Delisle avaient tellement 
chauff Roland, qu'il lui avait fait faire son entre au 
caveau ds le mme soir de son arrive. On imagine 
aisment qu'elle n'avait pas t plus mnage que Justine; 
elle en revint dans un tat cruel; et ce fut une consolation 
pour toutes deux, de pouvoir au moins pleurer leur 
malheur ensemble.
	- Oh! mon aimable dame, rpondait Justine aux 
dtails que la Delisle lui faisait des horreurs qu'elle 
venait d'prouver, que ne donnerais-je pas pour vous 
rendre tous les bienfaits que j'ai reus de vous! mais, 
hlas! malheureuse moi-mme,  quoi puis-je vous tre 
bonne? Ah! si je pouvais briser mes fers, comme je me 
hterais de rompre les vtres! j'aurais plus de plaisir  
vous rendre libre, qu' le devenir moi-mme... O Dieu! 
vaine esprance; nous ne sortirons jamais d'ici.
	- L'infme, rpondait Delisle, il ne m'a traite ainsi 
que parce qu'il me doit. Il y a trois ans qu'il dpense des 
sommes considrables dans ma maison, sans jamais 
payer. Dernirement il m'engage  une promenade; j'ai la 
faiblesse d'y consentir; deux de ses gens m'attendaient au 
coin d'un bois; ils m'ont garrotte... intercept la 
respiration, et conduite ici, derrire un mulet, enveloppe 
dans un manteau.
	- Et votre famille?
	- Je n'ai qu'un enfant en bas ge; mon mari mourut 
l'an pass, et je suis orpheline. Le monstre tait bien au 
fait de toutes ces particularits, et voil d'o vient qu'il a 
cru pouvoir abuser de ma situation. Que va faire ma 
malheureuse petite fille? sans secours... sans protection, 
livre a une servante qui m'attend... Que tout cela va-t-il 
devenir? J'ai suppli ce malhonnte homme de me laisser 
au moins crire... il me l'a refus. Je suis une femme 
perdue... Et des larmes coulaient en abondance des beaux 
yeux de cette intressante crature...
	- Et ses jouissances, demandait notre aimable 
consolatrice, vous ont outrage sans doute comme elles 
fltrissent toutes celles qui en sont victimes? A ces mots 
la pudique crature montrait, pour toute rponse, son joli 
derrire  Justine...
	- Hlas, lui disait-elle, ma bonne, vous voyez ce 
qu'il m'a fait, j'en suis toute escorie... toute meurtrie... 
toute dchire... Oh! de quels vices la nature a ptri cette 
vilaine me!
	Telle tait la situation des choses, lorsque l'on 
publia dans le chteau que les dsirs de Roland taient 
satisfaits; que non seulement il recevait pour Venise la 
quantit immense de papiers qu'il avait dsire, mais 
qu'on lui redemandait mme encore dix millions de 
fausses espces, dont on lui ferait passer les fonds  
volont pour l'Italie. Il tait impossible que ce sclrat fit 
une plus belle fortune; il partait avec plus de deux 
millions de rente, sans les esprances qu'il pouvait 
concevoir. Tel tait le nouvel exemple que la Providence 
prparait  Justine; telle tait la nouvelle manire dont 
elle voulait encore la convaincre que le bonheur n'tait 
que pour le crime, et l'infortune pour la vertu.
	Ce fut alors que Roland vint chercher Justine pour 
descendre une troisime fois dans le caveau. La 
malheureuse frmit en se rappelant les menaces qu'il lui 
avait faites la dernire fois qu'ils y taient descendus.
	- Rassure-toi, lui dit-il, tu n'as rien  craindre; il est 
question d'une chose qui ne concerne que moi... une 
volupt singulire, dont je veux jouir, et qui ne te fera 
courir nul risque. Justine suit... Ds que toutes les portes 
sont fermes: 
	- Chre fille, dit Roland, il n'y a que toi dans la 
maison  qui j'ose me confier pour ce dont il s'agit; il me 
fallait une trs honnte femme; j'ai bien pens  la 
Delisle, mais toute sage que je la suppose, je la crois 
vindicative... et quant  ma soeur, je l'avoue, je te prfre 
 elle... Pleine de surprise, Justine conjure Roland de 
s'expliquer.
	- Ecoute-moi, rpond ce rou. Ma fortune est faite; 
mais quelques faveurs que j'aie reues du sort, il peut 
m'abandonner d'un instant  l'autre; je puis tre guett... 
saisi dans le transport que je vais faire de mes richesses, 
et si ce malheur m'arrive, ce qui m'attend, Justine, c'est la 
corde; c'est la mme punition dont je compose mes 
plaisirs avec les femmes, qui deviendra la mienne. Je suis 
convaincu, autant qu'il est possible de l'tre, que cette 
mort est infiniment douce; mais comme les femmes  qui 
j'en ai fait prouver les premires angoisses, n'ont jamais 
voulu tre vraies avec moi, c'est sur mon propre individu 
que je dsire d'en prouver la sensation. Je veux savoir, 
par mon exprience mme, s'il n'est pas trs certain que 
cette compression dtermine dans celui qui l'prouve le 
nerf recteur  l'jaculation. Une fois persuad que cette 
mort n'est qu'un jeu, je la braverai bien plus 
courageusement; car ce n'est pas la cessation de mon 
existence qui m'effraie; mes principes sont faits sur cela; 
et, bien persuad que la matire ne peut jamais redevenir 
que matire, je ne crains pas plus l'enfer que je n'attends 
le paradis; mais j'apprhende les tourments d'une mort 
cruelle; ainsi que tous les gens voluptueux, je crains la 
douleur; je ne voudrais pas souffrir en mourant.
	- Oh! monsieur, dit Justine, vous aimez pourtant 
bien  tourmenter les autres.
	-.Eh vraiment oui, c'est prcisment ce qui fait que 
je ne veux pas l'tre moi-mme. Essayons donc. Tu me 
feras tout ce que je t'ai fait. Je vais me mettre nu; je 
monterai sur le tabouret; tu lieras la corde; je me 
branlerai le vit un moment; puis, sitt que tu me verras 
bander, tu retireras le tabouret, et je resterai pendu; tu 
m'y laisseras jusqu' ce que tu voies ou des symptmes 
de douleur, ou mon foutre s'lancer par flots; dans le 
premier cas, tu couperas la corde sur-le-champ; dans 
l'autre, tu laisseras agir la nature, et tu ne me dtacheras 
qu'aprs ma dcharge. Eh bien, Justine, tu le vois, je vais 
mettre ma vie entre tes mains; ta libert, ta fortune, tel 
sera le prix de ta bonne conduite.
	- Oh! monsieur, rpondit Justine, il y a de 
l'extravagance  cette proposition.
	- Non, non, je le veux, rpondit Roland en quittant 
ses habits; mais conduis-toi bien; vois quelle preuve je te 
donne de ma confiance.
	A quoi servait-il  Justine de balancer une minute? 
Roland n'tait-il pas matre d'elle? Il lui paraissait 
d'ailleurs que le mal qu'elle allait faire serait aussitt 
rpar par l'extrme soin qu'elle prendrait pour lui 
conserver la vie; et, quelles que pussent tre les 
intentions de Roland, celles de Justine taient toujours 
pures.
	On se dispose. Roland s'chauffe par quelques-uns 
de ses prliminaires d'habitude; la conversation tomba 
sur la Delisle.
	- Cette crature ne te vaut pas, dit Roland; j'aime 
assez son cul... il est fort blanc, trs bien coup; mais il 
est moins troit que le tien... elle n'est pas d'ailleurs si 
intressante que toi dans les larmes, et je la vexe enfin 
avec moins de plaisir... Elle y passera, Justine, elle y 
passera, sois-en sre.
	- Et voil donc, monsieur, comme vous payez vos 
dettes?
	- N'est-ce donc pas la meilleure de toutes les 
faons! et le meurtre n'est-il pas mille fois plus dlicieux 
quand il emporte avec lui l'ide du vol? Allons, fais-moi 
baiser tes fesses, Justine, et sois trs sre que je tuerai 
Delisle. Et comme Roland bandait  ces mots, il s'lance 
sur le tabouret.
	Justine lui lie les mains, l'attache; il veut qu'elle 
l'invective pendant ce temps-l, qu'elle lui reproche 
toutes les horreurs de sa vie; notre hrone le fait. Bientt 
le vit de Roland menace le ciel; lui-mme fait signe de 
retirer le tabouret... Le croira-t-on?... Rien de si vrai que 
ce qu'avait cru Roland; ce ne furent que des symptmes 
de plaisir qui se manifestrent sur le visage de ce libertin, 
et presque au mme instant, des jets rapides de semence 
s'lancent  la vote. Quand tout est rpandu, sans que 
Justine ait aid en quoi que ce puisse tre, elle vole le 
dgager. Il tombe vanoui; mais  force de soins, elle lui 
fait bientt reprendre ses sens.
	- Oh! Justine, dit-il en ouvrant les yeux, on ne se 
figure point ces sensations; elles sont au-dessus de tout 
ce qu'on peut dire. Qu'on fasse maintenant de moi ce 
qu'on voudra, je brave le glaive de Thmis. Tu vas me 
trouver bien coupable envers la reconnaissance, Justine, 
dit Roland en lui liant les mains derrire le dos; mais que 
veux-tu, ma chre, on ne se corrige point  mon ge. 
Chre crature, tu viens de me rendre la vie, et je n'ai 
jamais si fortement conspir contre la tienne. Tu as plaint 
le sort de Suzanne, eh bien, je vais te runir  elle, je vais 
te plonger vive dans le caveau o repose son corps.
	Justine a beau pleurer, beau gmir, Roland n'coute 
plus rien. Il ouvre le caveau fatal, il y descend une lampe, 
afin que la malheureuse puisse discerner encore mieux la 
multitude de cadavres dont il est rempli; il lui passe 
ensuite une corde sous les bras,, qui, comme on vient de 
le dire, taient lis derrire son dos, et, par le moyen de 
cette corde, il la descend  vingt pieds au fond de ce 
caveau. On ne se peint point les douleurs de Justine; il 
semblait d'ailleurs qu'on lui arracht les membres. De 
quelle crainte ne devait-elle pas tre saisie... quelle 
perspective s'offrait  ses yeux! des monceaux de corps 
morts, au milieu desquels l'infortune allait finir ses jours 
et dont l'odeur l'infectait dj. Roland arrte la corde 
autour d'un bton fix en travers du trou; puis, arm d'un 
couteau, l'oeil fix sur le poids qui pend au bton, le 
vilain se branle le vit.
	- Allons, putain, s'crie-t-il, recommande ton me  
Dieu, l'instant de mon dlire sera celui o je te jetterai 
dans ce spulcre, o je te plongerai dans l'ternel abme 
qui t'attend... Ahe... ahe... ahe... foutre, ah! double foutre 
dieu, je dcharge. Et Justine se sent inonde d'un dluge 
de sperme, sans que le monstre et coup la corde... Il la 
retire.
	- Eh bien, lui dit-il, as-tu eu bien peur?
	- Ah! monsieur.
	- C'est ainsi que tu mourras, Justine, sois-en bien 
assure; et j'tais bien aise de t'y accoutumer... On 
remonte.
	- Grand Dieu! se dit encore Justine, quelle 
rcompense de tout ce que je viens de faire tout 
rcemment pour lui! Mais ne pouvait-il pas m'en arriver 
davantage? Oh! quel homme!
	Roland, enfin prpara son voyage; il vint voir 
Justine la veille  minuit. La malheureuse se jette  ses 
pieds; elle le conjure avec les plus vives instances de lui 
rendre sa libert, et d'y joindre quelque peu d'argent pour 
pouvoir se faire conduire  Grenoble.
	- A Grenoble! assurment non, tu nous dnoncerais.
	- Eh bien! monsieur, dit Justine en arrosant de 
larmes les genoux de ce sclrat, je vous fais serment de 
n'y jamais aller; et, pour vous en convaincre, daignez me 
conduire avec vous jusqu' Venise. Peut-tre n'y 
trouverai-je pas des coeurs aussi durs que dans ma patrie; 
et, une fois que vous aurez bien voulu m'y rendre, je vous 
jure de ne vous y jamais importuner.
	- Je ne t'accorderai pas pour secours un denier, 
rpondit brutalement cet insigne coquin. Tout ce qui tient 
 la piti,  la commisration,  la reconnaissance, est si 
loin de mon coeur, que, fuss-je trois fois plus riche 
encore, on ne me verrait pas donner un cu  un pauvre. 
Le spectacle de l'infortune m'irrite, il m'amuse; et quand 
je ne puis faire du mal moi-mme, je jouis avec dlices 
de celui que fait la main du sort; j'ai des principes sur 
cela dont je ne m'carterai jamais. Justine, le pauvre est 
dans l'ordre de la nature. En crant les hommes de forces 
ingales, elle nous a convaincus du dsir qu'elle avait que 
cette ingalit se conservt de mme dans les 
changements que notre civilisation apporterait  ses lois. 
Soulager l'indigent est anantir l'ordre tabli; c'est 
s'opposer  celui de la nature; c'est renverser l'quilibre 
qui est la base de ses plus sublimes arrangements; c'est 
travailler  une galit dangereuse pour la socit; c'est 
encourager l'indolence et la fainantise; c'est apprendre 
au pauvre  voler l'homme riche, quand il plaira  celui-
ci de refuser l'aumne, et cela par l'habitude o ses 
secours auront mis le pauvre de les obtenir sans travail.
	- Oh! monsieur, que ces principes sont durs! 
Parleriez-vous de cette manire, si vous n'aviez pas 
toujours t riche?
	- De mme, assurment, Justine. L'aisance ne fait 
pas les systmes, elle les consolide; mais leur germe est 
dans notre coeur; et ce coeur, tel qu'il puisse tre, n'est 
jamais l'ouvrage que de la nature.
	- Et la religion, monsieur, s'cria Justine... la 
bienfaisance et l'humanit.
	- Sont les pierres d'achoppement de tout ce qui 
prtend au bonheur, dit Roland. Si j'ai consolid le mien, 
ce n'est que sur les dbris de tous ces infmes prjugs 
de l'homme; c'est en me moquant des lois divines et 
humaines; c'est en sacrifiant toujours le faible quand je le 
trouvais dans mon chemin; c'est en abusant de la bonne 
foi publique; c'est en ruinant le pauvre et servant le riche, 
que je suis parvenu au temple escarp de l'unique Dieu 
que j'encensais. Que ne m'imitais-tu? La route troite de 
ce temple s'offrait  tes yeux comme aux miens. Les 
vertus chimriques que tu as prfres, t'ont-elles 
console de tes sacrifices? Il n'est plus temps, 
malheureuse, il n'est plus temps; pleure sur tes fautes; 
souffre et tche de trouver, si tu peux, dans le sein des 
fantmes que tu rvres, ce que le culte que tu leur as 
rendu t'a fait perdre.
	Le cruel Roland,  ces mots, s'lance sur Justine et 
la fait encore une fois servir aux indignes volupts qu'elle 
abhorrait avec tant de raison. Elle crut cette fois qu'elle 
serait trangle. Tout  coup il s'arrte sans terminer sa 
course. Ce procd fait frmir Justine; elle y croit lire son 
malheur.
	- Je suis bien dupe de me gner, dit ce monstre en 
se retirant, le vit cumant de luxure; n'est-il donc pas 
temps que la garce ait son tour?
	Il se lve, sort, et ferme le cachot. On ne rend point 
l'inquitude o il laissa cette infortune. Mille 
pressentiments s'emparent d'elle;  peine a-t-elle la force 
de discerner celui qui l'agite avec le plus d'empire. Son 
cachot s'ouvre au bout d'un quart d'heure. C'est Roland; il 
est avec sa soeur; c'est la premire fois que cette belle et 
intressante crature s'offre aux yeux de Justine. Oui, 
belle, elle l'tait au-dessus de toute expression; 
intressante... assurment, puisqu'elle tait, comme les 
autres,  cela prs d'un peu de bien-tre, esclave des 
passions d'un frre, qui, malgr l'amour qu'il avait, disait-
il, pour elle, la brutalisait pourtant chaque jour, et cela, 
quoiqu'elle ft enceinte de lui.
	- Suivez-moi toutes deux, dit Roland d'un air gar. 
On parvient en silence au funeste caveau. Tout est fini 
pour vous, ose annoncer d'un air ferme et terrible ce 
redoutable anthropophage; vous ne verrez plus le jour. 
En prononant ces funestes paroles, il se saisit de sa 
soeur; et, s'emparant d'une poigne de verges, il la 
fouette un quart d'heure entier sur tout le corps et 
particulirement sur le ventre.
	- De combien de mois es-tu grosse? s'cria le 
barbare en feu.
	- De six, rpond cette aimable et douce crature en 
se jetant aux pieds de son frre. Si ta rage te porte  
sacrifier,  la fois, dans ma seule existence, ta soeur, ta 
matresse, ton amie, la mre de ton enfant, que ce ne soit 
au moins qu'aprs que ce malheureux fruit de ton amour 
aura vu la lumire.
	- J'en serais, sacredieu, bien fch, dit Roland; la 
terre a bien assez d'un monstre tel que moi; je ne veux 
point lui en rendre l'image. Tu sais bien d'ailleurs que je 
n'aime pas la progniture; rien ne fut plus maladroit de ta 
part, comme de te laisser faire un enfant; tu traais toi-
mme ton arrt de mort avec le foutre dont tu lui donnais 
la vie.
	- Oh! mon cher Roland.
	- Eh, non, non, il faut que tu prisses avec ton fruit; 
je veux que dans une heure il ne soit pas plus question de 
la mre que de l'enfant. Mais ne t'inquite point, poursuit 
le sclrat, en liant et garrottant sa malheureuse soeur sur 
un banc de bois, les cuisses trs cartes et les reins 
relevs par un sac de bourre; non, ne t'inquite point, je 
veux, en arrachant l'arbre, en planter sur-le-champ un 
autre. Branle-moi, Justine, pendant que j'oprerai.
	L'infme! Oh! grand Dieu! comment rendre de 
telles excrations! Le monstre abominable ouvre avec un 
scalpel le ventre de sa soeur... en arrache lui-mme le 
fruit, le foule aux pieds, et remplace le germe qu'il 
dtruit, par le foutre cumeux que lui fait dgorger 
Justine. Il laisse cette malheureuse femme ouverte et 
respirant encore. A ton tour, dit-il  Justine; mais je veux 
augmenter l'outrage de quelques procds plus barbares: 
le poids de la reconnaissance revient peser sur mon coeur 
attendri; il faut que je m'acquitte, il le faut. Et le gueux se 
rebranlait en disant cela. Je vais te lier aux restes 
ensanglants de cette intressante soeur, et te descendre 
ainsi dans le caveau des morts. L, dlaisse, sans 
secours, sans nourriture, au milieu des crapauds, des rats 
et des couleuvres, tu satisferas toute vive  la faim de ces 
animaux, en expirant toi-mme  petit feu des tourments 
de ce cruel besoin. Excrablement aiguillonne par lui, tu 
dvoreras le cadavre auquel je t'attacherai... Oh! 
bougresse, il faut bien que cette ide soit dlicieuse; car 
tu vois l'tat o elle me met, quoique je viens de perdre 
mon foutre. Viens, Justine. il faut que je t'encule encore 
une fois avant que de te quitter pour la vie... Ah! le beau 
cul, coquine! quel dommage de livrer si tt tant de 
charmes aux vers! que je te fouette, mon ange; que je 
t'ensanglante  loisir pour mieux dcider l'rection.
	Sa soeur respirait encore; elle haletait. C'est sur 
l'estomac de cette moribonde que Roland place Justine. 
en telle sorte que les fesses de celle-ci soient 
perpendiculaires aux deux ttons de l'autre. L'opration 
commence; le bourreau frappe  la fois et la gorge 
palpitante de sa malheureuse soeur, et les fesses charnues 
de notre hrone, qu'il courbe quelquefois, afin que sa 
tte s'enfonce dans les entrailles que dchire sa rage.
	- Ah! putain, dit-il  Justine en la flagellant de 
toutes ses forces, je voudrais te faire rentrer dans le 
ventre de ma soeur, t'y coudre, t'y enfermer, et t'y faire 
trouver ton cercueil... Mais, cruel oubli! je ne me le 
pardonne pas. Eh quoi! Justine, une de tes amies respire 
encore dans ces lugubres lieux, et ce n'est point dans ses 
bras que je t'immole... Attends... attends, je vais la 
chercher. Le monstre sort avec promptitude, et laisse sa 
triste victime tte  tte avec cette femme expirante, et 
dont les cris dchiraient le coeur. La sensible Justine veut 
profiter de ce moment pour donner quelques soins  sa 
compagne d'infortune. Hlas! il n'est plus temps; le plus 
grand service qu'on pt lui rendre serait de l'achever; et 
ce ne sont pas des soins de cette espce qui s'allient  
l'me de Justine. Tout ce qu'elle fait est donc inutile. On 
ne lui laisse d'ailleurs le temps de rien; Roland reparat 
avec Delisle: 
	- Tiens, Justine, dit-il en la lui prsentant; rends 
grces  mes attentions; je veux que ton amie meure avec 
toi.
	Mille caresses, suivant l'usage, de ce sclrat, 
prcdent ses atrocits. Le malheureux s'y livre  la fin; 
c'est avec une frule, arme de pointes de fer, que 
Roland s'apprte  dchirer les belles fesses de la 
compatissante htelire; il les met en sang. La fixant sur 
les deux autres femmes, il l'encule, et les arrange si bien 
toutes les trois, qu'il passe alternativement du ventre 
dchir de l'une dans la bouche de l'autre, et de celle-ci 
dans le cul de la troisime. Il saisit  la fin la Delisle; il la 
pend, lui monte sur les paules, et foule la tte avec les 
pieds pour mieux lacrer les vertbres du cou.
	- Oh! Justine, dit-il en se branlant de toutes ses 
forces, je te traiterais de mme si je ne bandais pas 
excessivement  l'ide de t'enterrer toute vive... Ce 
supplice est affreux... mon foutre est prt  s'lancer sur 
la seule ide de te voir souffrir.
	Il se saisit en disant cela, de cette malheureuse, 
l'attache fortement aux deux cadavres, et lie la masse 
entire  une grosse corde. Entrouvrant alors le caveau 
des morts, il laisse couler une lampe; puis se prpare  y 
placer de mme les trois corps.
	- Allons, Justine, il est temps, dit-il en continuant de 
se branler, il est temps de nous sparer pour jamais.., oui, 
pour jamais; Justine, nous ne nous reverrons plus. Fille 
aveugle, poursuivit-il, voil pourtant le fruit de tes 
vertus; regarde s'il n'et pas mieux valu pour toi de ne 
jamais me secourir quand tu me rencontras, que de 
donner  ton bourreau, par ces secours, tous les moyens 
de te faire expirer de la plus effrayante des morts. Il 
descend les corps en disant cela; puis, ds qu'il sent que 
le poids est  terre, le sclrat dcharge au-dessus de leur 
tte, et d'affreuses invectives accompagnent encore les 
derniers lans de sa frnsie. Tout se termine et la pierre 
se ferme.
	O malheureuse Justine!  fille trop infortune! te 
voil donc vivante au milieu des morts, lie entre deux 
cadavres, et plus morte toi-mme que ceux qui 
t'environnent!
	- Juste Dieu! s'crie-t-elle en contemplant l'horreur 
de sa situation; est-il dans la nature un tre aussi  
plaindre que moi? Dieu que j'implore, ne m'abandonne 
pas, et donne-moi la force ncessaire  me prserver du 
dsespoir o mon triste sort me rduit. Rien de ce que tu 
fais n'est sans but; je ne t'interroge point sur tes dcrets: 
ils doivent tre, je le sais, incomprhensibles comme toi; 
mais, de quel crime suis-je donc coupable pour tre 
traite comme je le suis? N'importe, si tu le veux, je m'y 
soumets; que ta volont s'accomplisse; j'tais peut-tre un 
instrument du crime, que ta justice veut briser. Je 
t'abandonne,  mon Dieu, ce corps puis par la douleur, 
et qu'ont si longtemps dessch les larmes de la misre et 
du dsespoir; mais laisse revoler vers toi cette me aussi 
pure que quand il te plt de me la donner, et que tes bras 
consolateurs s'ouvrent au moins pour y recevoir une 
malheureuse qui n'a jamais vcu que pour toi.
	Justine n'tait claire que d'une lampe funbre; 
elle profite du moment o brle ce fatal luminaire, pour 
se dbarrasser de ses fers; les corps entre lesquels on 
l'avait lie ne vivant plus, elle eut moins de peine  se 
dgager; elle y russit  la fin. Son premier mouvement 
est d'en rendre grces  l'Etre suprme. Elle jette ensuite 
un oeil d'horreur sur ce qui l'environne; il lui est 
impossible de compter les cadavres dont est couvert le 
sol impur de ce lieu d'horreurs; elle y croit reconnatre 
pourtant ceux des femmes qui l'ont prcde. Il paraissait 
que la dernire qu'on y avait descendue, y tait, comme 
Justine, arrive pleine de vie, et qu'elle y avait mme 
souffert les horreurs de la faim. Presque droite, appuye 
contre le mur, elle tenait encore dans des doigts un crne 
dans lequel, sans doute, la malheureuse a cru trouver la 
chtive subsistance exige par l'imprieuse loi de la 
nature...
	- Oh! Dieu! Dieu! voil donc quelle sera ma fin, 
s'crie Justine; voil les tourments que je vais ressentir, 
et les angoisses qui vont terminer ici mes dplorables 
jours! Elle avait dj pass quinze heures dans ce lieu 
dgotant, o le dfaut d'air et l'infection, en absorbant 
en elle toutes les facults de son existence, l'avaient 
jusqu'alors empche d'prouver aucun besoin. Depuis 
longtemps la lampe ne brlait plus. Assise entre deux 
cadavres, l'infortune attendait en silence qu'il plt  
l'Etre Suprme de la rappeler vers lui; et ses ides, 
comme on l'imagine aisment, taient aussi lugubres que 
sa position... lorsque tout  coup elle entend du bruit... 
Elle coute; ce n'est point une illusion. Les portes 
s'ouvrent... Il n'y a rien, disent confusment des voix 
d'hommes et de femmes qu'elle distingue  peine...
	- Vous vous trompez, dit-elle en criant de toutes ses 
forces, une malheureuse victime respire dans ces lieux 
d'horreurs; daignez prendre piti d'elle, et dlivrez-la le 
plus tt qu'il vous sera possible. Elle expire...
	On coute. Justine pousse de nouveaux cris. On 
cherche la pierre qui bouche le caveau; notre prisonnire 
l'indique comme elle peut... Elle se lve enfin.
	- Au nom du ciel, sauvez-moi d'ici, dit Justine...
	- Quoi!... Justine! dit une voix de femme.
	- Elle-mme. Sauvez-la du cruel traitement o notre 
matre commun l'a condamne.
	- Il ne rgne plus sur nous, rpond la mme femme, 
que Justine reconnat pour une de ses anciennes 
compagnes; le ciel nous en a dlivrs... Viens jouir de la 
prosprit commune que cet vnement nous donne  
tous. Une chelle se descend aussitt; et voil Justine 
remonte dans l'affreux boudoir de Roland. Elle 
s'imagine tre dj dans le monde, en revoyant ce caveau 
dans lequel elle ne descendait jamais sans se croire  
mille lieues de l'univers. Sa camarade l'embrasse. Les 
deux hommes qui l'accompagnent s'empressent de lui 
apprendre que Roland est enfin parti, et que le nouveau 
chef de cette maison est maintenant Delville, homme 
doux et sensible, dont les premiers soins ont t de 
rparer toutes les atrocits de son prdcesseur. C'est par 
les ordres de cet honnte individu que tout se fouille avec 
exactitude; c'est par ses bonts... par son zle, que tout se 
calme et se civilise dans ce sjour, o des crimes assez 
grands se commettent dj, dit Delville, sans les 
accompagner d'pisodes inutiles et qui font frmir la 
nature.
	Justine remonte au chteau, pleine d'esprance et 
de joie. On la soigne... on la restaure... on lui demande 
ses dernires aventures; elle les raconte; et, ds le mme 
soir, elle est tablie, comme ses compagnes, dans de trs 
bonnes chambres o l'on ne les occupe plus qu' la taille 
des pices de monnaie, mtier moins fatigant, sans doute, 
que celui qu'elles exeraient auparavant, et dont elle tait 
rcompense, ainsi que les autres, par tout plein d'gards 
et par une excellente nourriture.
	Au bout de deux mois Delville, successeur de 
Roland, fit part  toute la maison de l'heureuse arrive de 
son confrre  Venise. Il y tait tabli; il y avait ralis sa 
fortune, et y jouissait de tout le repos... de tout le bonheur 
dont un homme pouvait se flatter. Il s'en fallut bien que 
le sort de celui qui le remplaait ft le mme. Le 
malheureux Delville tait honnte dans sa profession; 
n'en tait-ce pas plus qu'il n'en fallait pour tre 
promptement cras?
	Un jour que tout tait tranquille  la maison... que, 
sous les lois de ce bon matre, le travail, quoique 
criminel, s'y faisait pourtant avec gat... o la 
malheureuse Justine, plus calme, s'occupait doucement 
des moyens de pouvoir quitter ces gens-ci, les portes 
s'enfoncent tout  coup, les fosss s'escaladent et le 
chteau, avant que ceux qui l'habitent aient le temps de 
songer  leur dfense, se trouve rempli de soixante 
cavaliers de marchausse. Il faut bien se rendre; il ne 
reste aucun moyen de faire autrement. On enchane tous 
ces misrables comme des btes; on les attache sur des 
chevaux, et on les conduit  Grenoble.
	- Eh bien! dit Justine en y entrant, c'est donc 
l'chafaud qui va faire mon sort dans cette ville, o 
j'avais la foi de croire que le bonheur devait natre pour 
moi... O pressentiments de l'homme,  quel point vous 
tes trompeurs!
	Le procs des faux monnayeurs fut bientt fait; tous 
furent condamns  tre pendus. Lorsque l'on vit la 
marque dont Justine tait fltrie, on s'vita presque la 
peine de l'interroger; et elle allait tre traite comme les 
autres, quand elle essaya d'obtenir enfin quelque peu 
d'attention du magistrat fameux, honneur de ce tribunal: 
S..., juge intgre... citoyen chri... philosophe clair, 
dont la sagesse et la bienfaisance graveront  jamais, au 
temple de Thmis, le nom clbre en lettres d'or. Il 
l'couta. Convaincu de la bonne foi de cette infortune, et 
de la vrit de ses malheurs, il daigna mettre  l'examen 
de son procs un peu plus d'importance que n'en avaient 
mis ses collgues  l'affaire des autres coupables. M. S... 
devint lui-mme l'avocat de Justine. Les plaintes de cette 
pauvre fille furent coutes; les dpositions gnrales des 
faux monnayeurs vinrent  l'appui du zle de celui qui 
prenait la dfense de la vertu dans les fers; et notre 
intressante hrone fut unanimement dclare sduite, 
innocente, et pleinement dcharge d'accusation, avec 
l'entire libert de devenir ce qu'elle voudrait. Son 
protecteur joignit  ce service le produit d'une qute 
entreprise pour elle, et qui lui rapporta plus de cinquante 
louis. Enfin, Justine voyait luire a ses yeux l'aurore du 
bonheur; elle se croyait au terme de ses maux... le ciel 
paraissait juste  son gard, quand il plut  la Providence 
de la convaincre que ses desseins sur elle ne varieraient 
jamais, et qu'elle tait encore bien loin de voir raliser les 
chimres que son esprit tromp croyait enfin saisir.

	(1) 	Justine ici raisonne en goste; il est impossible 
de se le dissimuler. Elle est malheureuse, et par 
consquent surprise d'tre repousse. Mais 
l'homme heureux, raisonnant d'aprs les 
mmes principes, ne dira-t-il pas galement: 
Pourquoi, moi qui ne souffre point, moi qui 
peux satisfaire  tout sans avoir besoin de 
personne, irai-je, ou froidement mriter la 
reconnaissance des autres, ou m'exposer, par 
mes bienfaits,  ne trouver que des ingrats? 
L'apathie, l'insouciance, le stocisme, la 
solitude de soi-mme, voil le ton o il faut 
ncessairement monter son me, si l'on veut 
tre heureux sur la terre. 

	(2) 	L'empereur chinois, Ki, avait une femme 
aussi cruelle et aussi dbauche que lui. Le 
sang ne leur cotait rien  rpandre; et, pour 
leur seul plaisir, ils en versaient journellement 
des flots. Ils avaient, dans l'intrieur de leur 
palais, un cabinet secret o leurs victimes 
s'immolaient sous leurs yeux pendant qu'ils 
foutaient. Tho, l'un des successeurs de ce 
prince eut, comme lui, une femme trs cruelle. 
Ils avaient invent une colonne d'airain, que 
l'on faisait rougir, et sur laquelle on attachait 
des infortuns sous leurs yeux. Erreur ! Source du 
renvoi introuvable. Hist. des Conj. pag. 43, tom. 7. 

	(3) 	Ce jeu, qui a t dcrit plus haut, tait fort en 
usage chez les Celtes, dont nous descendons. 
(Voyez l'Histoire des Celtes, par Peloutier.) 
Presque tous les carts de dbauche, les 
passions singulires du libertinage dcrites 
dans l'histoire de Justine, et qui rveillaient si 
ridiculement jadis l'attention des lois, taient, 
dans des temps plus reculs encore, ou des 
jeux de nos anctres, ou des coutumes lgales, 
ou des crmonies religieuses. Dans combien 
de crmonies pieuses des paens, par exemple, 
ne faisait-on pas de la fustigation? Plusieurs 
peuples employaient ces mmes tourments 
pour installer leurs guerriers: cela s'appelait 
Huscanavar. (Voyez les crmonies religieuses 
de tous les peuples de la terre.) Ces 
plaisanteries, dont tout l'inconvnient est, au 
plus, la mort d'une putain, taient des crimes 
capitaux dans le dernier sicle, et dans les 
quatre-vingts premires annes de celui-ci; 
mais on s'claire, et, grce  la philosophie, un 
honnte homme ne sera plus sacrifi pour une 
raccrocheuse. Mettant ces viles cratures  leur 
vritable place, on commence  sentir 
qu'uniquement faites pour servir de victimes  
nos passions, ce n'est que leur dsobissance 
qu'il faut punir, et non pas nos caprices.



 

CHAPITRE XIX

RENCONTRE INATTENDUE - DISSERTATION 
PHILOSOPHIQUE - NOUVEAU PROTECTEUR -
LES MONSTRUOSITES D'UNE FEMME DEJA 
CONNUE DETRUISENT TOUT - ETRANGE
PASSION D'UN HOMME PUISSANT - DEPART DE 
GRENOBLE

	Au sortir de prison, Justine se logea dans une assez 
bonne auberge, situe en face du pont de l'Isre, du ct 
des faubourgs. Son intention, d'aprs le conseil de M. S... 
tait d'y rester quelque temps, pour essayer de se placer 
dans la ville, ou s'en retourner  Lyon, si elle ne 
russissait pas; et, dans ce dernier cas, l'avocat gnral 
lui donnerait des lettres de recommandation. Elle 
mangeait, dans cette auberge,  ce qu'on appelle la table 
d'hte, lorsqu'elle s'apert, le second jour, qu'elle tait 
extraordinairement examine par une grosse dame, fort 
bien mise,  laquelle on donnait le titre de baronne. A 
force de l'observer  son tour, Justine crut la reconnatre; 
et toutes deux s'avancent simultanment l'une vers 
l'autre, comme deux personnes qui se sont reconnues, 
mais qui ne peuvent se rappeler o.
	Enfin, la baronne tirant Justine  l'cart: 
	- Mademoiselle, lui dit-elle, me tromp-je? n'tes-
vous pas la mme personne que je sauvai, il y a dix ans, 
de la Conciergerie, et ne reconnaissez-vous point la 
Dubois?
	Peu flatte de cette dcouverte, Justine nanmoins 
rpond avec politesse; mais, comme elle avait affaire  la 
plus adroite coquine qu'il y et en France, il lui devint 
impossible d'chapper. La baronne lui dit qu'elle s'tait 
intresse  son sort avec toute la ville; que, si elle avait 
su que cela l'et regarde, il n'y et eu sorte de 
dmarches qu'elle n'et faites prs des magistrats, parmi 
lesquels plusieurs taient, disait-elle, de ses amis. Faible, 
comme  son ordinaire, Justine se laissa conduire dans la 
chambre de cette femme, et lui raconta ses malheurs.
	- Ma chre amie, rpondit la Dubois aprs l'avoir 
entendue, si j'ai dsir de te voir plus intimement, c'est 
pour t'apprendre que j'ai parcouru une carrire bien 
diffrente de la tienne. Ma fortune est faite, et tout ce que 
j'ai est  ton service. Regarde, lui dit-elle en lui ouvrant 
des cassettes pleines d'or et de diamants, voil les fruits 
de mon industrie: si j'eusse encens la vertu comme toi, 
je serais aujourd'hui enferme ou pendue.
	- Oh! madame, rpondit Justine, si vous ne devez 
tout cela qu' des forfaits, la Providence, toujours juste, 
ne vous en laissera pas jouir longtemps.
	- Erreur, rpondit la Dubois; ne t'imagine pas que ta 
fantastique Providence favorise toujours la vertu, qu'un 
court instant de prosprit ne t'aveugle pas  ce point. Il 
est gal au maintien des lois de la nature que Paul suive 
le mal, pendant que Pierre se livre au bien. Ce qu'il faut  
cette nature compensatrice, c'est une somme gale de l'un 
et de l'autre; et l'exercice du crime, plutt que celui de la 
vertu, est la chose du monde qui lui est la plus 
indiffrente. Ecoute, Justine, coute-moi avec un peu 
d'attention, continua cette sclrate; tu as de esprit, je 
voudrais enfin te convaincre.
	Ce n'est pas, ma chre amie, le choix que l'homme 
fait de la vertu qui lui fait trouver le bonheur; car la vertu 
n'est, comme le crime, qu'une des manires de se 
conduire dans le monde. Il ne s'agit donc pas de suivre 
plutt l'une de ces manires, que l'autre; il n'est question 
que de marcher dans la route gnrale; celui qui 
entirement s'en loigne a toujours tort. Dans un monde 
entirement vertueux, je te conseillerais la vertu, parce 
que les rcompenses y tant attaches, le bonheur y 
tiendrait infailliblement; dans un monde totalement 
corrompu, je ne te conseillerai jamais que le vice. Celui 
qui ne suit pas la route des autres prit invitablement; 
tout ce qu'il rencontre le heurte; et, comme il est le plus 
faible, il faut ncessairement qu'il soit bris. C'est en vain 
que les lois veulent rtablir l'ordre, et ramener les 
hommes  la vertu. Trop prvaricatrices pour 
l'entreprendre, trop insuffisantes pour y russir, elles 
carteront un instant du chemin battu, mais elles ne le 
feront jamais quitter. Quand l'intrt gnral des hommes 
les portera  la corruption, celui qui ne voudra pas se 
corrompre avec eux, luttera donc contre l'intrt gnral; 
or, quel bonheur peut attendre celui qui contrarie 
perptuellement l'intrt des autres? Me diras-tu que c'est 
le vice qui contrarie l'intrt des hommes? Je te 
l'accorderais dans un monde compos d'une gale partie 
de bons et de mchants, parce qu'alors l'intrt des uns 
choque visiblement celui des autres. Mais ce n'est plus 
cela dans une socit toute corrompue. Mes vices alors, 
n'outrageant que le vicieux, dterminent dans lui d'autres 
vices qui les ddommagent; et nous nous trouvons tous 
les deux contents. La vibration devient gnrale; c'est 
une multitude de chocs et de lsions mutuelles, o 
chacun, regagnant aussitt ce qu'il vient de perdre, se 
retrouve sans cesse dans une position heureuse. Le vice 
n'est dangereux qu' la vertu, qui, faible et timide, n'ose 
jamais rien entreprendre. Mais quand elle n'existe plus 
sur la terre, quand son fastidieux rgne est fini, le vice 
alors, n'outrageant plus que le vicieux, fera clore 
d'autres vices, mais n'altrera plus de vertus. Comment 
n'aurais-tu pas chou mille fois dans ta vie, Justine, en 
prenant sans cesse  contre-sens la route que suivait tout 
le monde? Si tu t'tais livre au torrent, tu aurais trouv 
le port comme moi. Celui qui veut remonter un fleuve, 
parcourt-il, dans un mme jour, autant de chemin que 
celui qui le descend? Tu me parles toujours de la 
Providence, eh! qui te prouve que cette Providence aime 
l'ordre, et par consquent la vertu? Ne te donne-t-elle pas 
sans cesse des exemples de ses injustices et de ses 
irrgularits? Est-ce en envoyant aux hommes la guerre, 
la peste et la famine; est-ce en ayant form un univers 
vicieux dans toutes ses parties, qu'elle manifeste  tes 
yeux son amour extrme pour le bien? Pourquoi veux-tu 
que les individus vicieux lui dplaisent, puisqu'elle n'agit 
elle-mme que par des vices, que tout est vice et 
corruption dans ses oeuvres, que tout est crime et 
dsordre dans ses volonts? Mais de qui tenons-nous 
d'ailleurs ces mouvements qui nous entranent au mal? 
n'est-ce pas sa main qui nous les donne? est-il une seule 
de nos sensations qui ne vienne d'elle, un seul de nos 
dsirs qui ne soit son ouvrage? Est-il donc raisonnable de 
dire qu'elle nous laisserait ou nous donnerait des 
penchants pour une chose qui lui nuirait, ou qui lui serait 
inutile? Si donc les vices lui servent, pourquoi voudrions-
nous y rsister? de quel droit travaillerions-nous  les 
dtruire? et d'o vient que nous toufferions leur voix? 
Un peu plus de philosophie dans le monde remettrait 
bientt tout dans l'ordre, et ferait voir aux magistrats, aux 
lgislateurs, que les crimes qu'ils blment et punissent 
avec tant de rigueur, ont quelquefois un degr d'utilit 
bien plus grand que ces vertus qu'ils prchent sans les 
pratiquer eux-mmes, et sans jamais les rcompenser.
	- Quand je serais assez faible, madame, rpondit 
Justine, pour embrasser vos affreux systmes, comment 
parviendriez-vous  touffer les remords qu'ils feraient  
tout instant natre dans mon coeur?
	- Le remords est une chimre, reprit la Dubois; il 
n'est, ma chre Justine, que le murmure imbcile de l'me 
assez timore pour n'oser pas l'anantir.
	- L'anantir! le peut-on?
	- Rien de plus ais. On ne se repent que de ce qu'on 
n'est pas dans l'habitude de faire: Renouvelez sans cesse 
ce qui vous donne des remords, et vous les teindrez 
facilement; opposez-leur le flambeau des passions, les 
lois puissantes de l'intrt, vous les aurez bientt 
dissips. Le remords ne prouve pas le crime; il dnote 
seulement une me facile  subjuguer. Qu'il vienne un 
ordre absurde de t'empcher de sortir  l'instant de cette 
chambre, tu n'en sortirais pas sans remords, quelque 
certain qu'il ft que tu ne ferais pourtant aucun mal d'en 
sortir. Il n'est donc pas vrai qu'il n'y ait que le crime qui 
donne des remords. En se persuadant du nant des 
crimes... de la ncessit dont ces actions sont au plan 
gnral de la nature, il serait donc possible de vaincre 
aussi facilement le remords qu'on sentirait aprs les avoir 
commises, comme il le deviendrait d'touffer celui qui 
natrait de ta sortie de cette chambre, aprs l'ordre illgal 
que tu aurais reu d'y rester. Il faut commencer par une 
analyse complte de tout ce que les hommes appellent 
crime; par se convaincre que ce qu'ils nomment ainsi 
n'est que la trs juste infraction  leurs absurdes 
conventions sociales... que ce qu'on taxe crime en France 
cesse de l'tre  deux cents lieues de l; je dis plus, que le 
mme sicle voit souvent honorer, sur sa fin, ce qu'on 
aurait puni dans son commencement. Quelle meilleure 
preuve de ce que je dis, que la rvolution des empires, 
qui, se mtamorphosant en rpubliques, couronnent 
souvent le rgicide qu'et cartel le despotisme! 
Persuade-toi donc, en un mot, Justine, qu'il n'est aucune 
action qui soit considre comme crime universellement 
dans le monde... aucune qui, vicieuse ou criminelle ici, 
ne soit louable et vertueuse  quelques milles de l; que 
tout est affaire d'opinion, de gographie, et qu'il est donc 
absurde de vouloir s'astreindre  pratiquer des vertus qui 
ne sont que des vices ailleurs, et  fuir des crimes qui 
sont d'excellentes actions dans d'autres climats. Je te 
demande maintenant si tu peux, d'aprs ces rflexions, 
conserver encore des remords, pour avoir, par plaisir ou 
par intrt, commis en France un crime qui n'est qu'une 
vertu en Chine; si je dois me rendre trs malheureuse... 
me gner prodigieusement, afin de pratiquer en France 
des actions qui me feraient brler au Siam. Or, si le 
remords n'est qu'en raison de la dfense; s'il ne nat que 
des dbris du frein, et nullement de l'action commise; est-
ce un mouvement bien sage  laisser subsister en soi? 
N'est-il pas absurde de ne pas l'touffer aussitt qu'on est 
parvenu  considrer comme indiffrente l'action qui 
vient de donner des remords, qu'on a russi  la juger 
telle, par l'tude rflchie des moeurs et coutumes de 
toutes les nations de la terre? Ce travail fait, qu'on 
renouvelle cette action, quelle qu'elle soit, aussi souvent 
que cela sera possible; ou mieux encore, qu'on en fasse 
de plus fortes que celle que l'on combine, afin de se 
mieux accoutumer  celle-l. L'habitude et la raison 
dtruiront bientt les remords; ils s'anantiront aussitt, 
ces mouvements tnbreux, seuls fruits de l'ignorance et 
de l'ducation. On sentira ds lors que, ds qu'il n'est de 
crime rel  rien, il n'y a que de l'extravagance  se 
repentir et  n'oser faire tout ce qui peut nous tre utile 
ou agrable, quelles que soient les digues qu'il faille 
culbuter pour y parvenir. J'ai commis mon premier crime 
 quatorze ans, Justine; celui-l brisait tous les liens qui 
me gnaient... Je fis,  l'tre qui m'avait donn la vie, le 
prsent le plus contraire  celui que j'avais reu de lui... 
tu m'entends? Le malheureux! je le vois encore rendre 
l'me, et n'y pense jamais sans les plus piquantes 
motions de plaisir! Je n'ai cess depuis de courir  la 
fortune par une carrire seme d'horreurs; il n'en est pas 
une seule que je n'aie commise... ou fait faire; et je n'ai 
jamais connu de remords. Je touche  la fin au but; 
encore deux ou trois coups heureux, et je passe de l'tat 
de mdiocrit, o je devais finir mes jours,  plus de cent 
mille livres de rente. Je le rpte, chre fille, jamais dans 
cette route, heureusement parcourue, le remords ne m'a 
fait sentir ses pines. Un revers inattendu me 
prcipiterait-il dans l'abme, je ne l'prouverais pas 
davantage; je me plaindrais des hommes ou de ma 
maladresse, mais je serais toujours tranquille avec ma 
conscience.
	- Soit, rpondit Justine; mais raisonnons un instant, 
madame, d'aprs vos principes mmes. De quel droit 
prtendez-vous que ma conscience soit aussi ferme que 
la vtre, ds qu'elle n'a pas t accoutume des l'enfance 
 vaincre les mme prjugs?  quel titre voulez-vous 
que mon esprit, qui n'est pas organis comme le vtre, 
puisse adopter le mme systme? Vous admettez qu'il y a 
une somme de bien et de mal dans la nature, et qu'il faut 
en consquence une certaine quantit d'tres qui 
pratiquent le bien, et une autre qui se livrent au mal. Le 
parti que je prends en adoptant le bien est donc dans la 
nature; d'o vient, d'aprs cela, que vous exigeriez que je 
m'cartasse des rgles qu'elle me prescrit? Vous trouvez, 
dites-vous, le bonheur dans la carrire que vous 
parcourez; eh bien! madame, d'o vient que je ne le 
trouverais pas galement dans celle que je suis? 
N'imaginez pas, d'ailleurs, que la vigilance des lois laisse 
en repos longtemps celui que les enfreint. Vous venez 
d'en voir un exemple frappant. De quinze fripons parmi 
lesquels j'habitais, un seul se sauve; quatorze prissent 
ignominieusement.
	- Et voil donc ce que tu appelles un malheur? 
reprit la Dubois. Mais que fait cette ignominie  celui qui 
n'a plus de principes? Quand on a tout franchi, quand 
l'honneur,  nos yeux, n'est plus qu'un prjug, la 
rputation une chose indiffrente, la religion une 
chimre, la mort un anantissement total, n'est-ce donc 
pas la mme chose alors de prir sur un chafaud ou dans 
son lit? Il y a deux espces de coquins dans le monde, 
Justine: celui qu'une fortune puissante, un crdit 
prodigieux, met  l'abri de cette fin tragique, et celui qui 
ne l'vitera pas, s'il est pris. Ce dernier, n sans bien, ne 
doit avoir qu'un seul dsir, s'il a de l'esprit: devenir riche, 
 quelque prix que ce puisse tre. S'il russit, il a ce qu'il 
a voulu, il doit tre content; s'il prit, que regrettera-t-il, 
puisqu'il n'a rien  perdre? Les lois sont donc nulles vis-
-vis de tous les sclrats, ds qu'elles n'atteignent pas 
celui qui est puissant, et qu'il est impossible au 
malheureux de les craindre, puisque leur glaive est sa 
seule ressource.
	- Eh! croyez-vous, madame, rpondit vivement 
Justine, que la justice cleste n'attende pas, dans un autre 
monde, celui que le crime n'a pas effray dans celui-ci?
	- Je crois, rpondit cette femme dangereuse, que s'il 
y avait un Dieu, il y aurait moins de mal sur la terre. Je 
crois que si ce mal y existe, ou ces dsordres sont 
ordonns par ce Dieu, et alors voil un tre barbare; ou il 
est hors d'tat de les empcher, et de ce moment, voil un 
Dieu faible, et, dans tous les cas, un tre abominable, un 
tre dont je dois braver la foudre et mpriser les lois. Ah! 
Justine, l'athisme ne vaut-il pas mieux que l'une et 
l'autre de ces extrmits? et n'est-il pas cent fois plus 
raisonnable de ne point croire de Dieu, que d'en adopter 
un aussi dangereux... aussi pouvantable, aussi contraire 
au bon sens et  la raison?... Non, sacredieu... Et le 
monstre se levant ici avec d'indicibles mouvements de 
rage et de fureur, vomit une foule de blasphmes, plus 
atroces... plus excrables les uns que les autres, et dont 
l'innocente Justine frmit, au point de lever le sige.
	- Arrte, lui cria la Dubois en la retenant, arrte ma 
fille; si je ne peux vaincre ta raison, que je captive au 
moins ton coeur. J'ai besoin de toi, ne me refuse pas ton 
secours. Voil mille louis; ils t'appartiennent, ds que le 
coup sera fait. La prudente Justine, n'coutant ici que son 
penchant  faire le bien, demanda tout de suite ce dont il 
s'agissait, afin de prvenir, si elle le pouvait, le crime 
mdit par cette furie.
	- Voil ce que je veux te dire, rpondit la Dubois; 
as-tu remarqu ce jeune ngociant de Lyon, qui mange 
ici depuis quatre ou cinq jours?
	- Dubreuil?
	- Prcisment.
	- Eh bien?
	- Il est amoureux de toi; il m'en a fait la confidence; 
ton air modeste et doux lui plat infiniment; il aime ta 
candeur, et ta vertu l'enchante. Cet amant romanesque a 
huit cent mille francs en or ou en papiers dans une 
cassette auprs de son lit. Laisse-moi lui persuader que tu 
consens  l'couter. Que cela soit ou non, que t'importe; 
je l'engagerai  te proposer une partie hors de la ville; je 
le convaincrai du point auquel il avancera ses affaires 
avec toi, au moyen de cette promenade. Tu l'amuseras, tu 
le tiendras dehors le plus longtemps possible. Je le 
volerai pendant cet intervalle; mais je ne fuirai point. Ses 
effets seront dj dans le Pimont, que je serai encore 
dans Grenoble. Nous emploierons tout l'art possible pour 
le dissuader de jeter les yeux sur nous; nous aurons l'air 
de l'aider dans ses recherches. Cependant mon dpart 
sera annonc; il n'tonnera point; tu me suivras; et mille 
louis te seront compts en touchant les frontires de 
France.
	- J'accepte, madame, rpondit Justine, bien dcide 
 prvenir le jeune homme du vol qu'on voulait lui faire. 
Mais rflchissez-vous, continua-t-elle, pour mieux 
tromper cette sclrate, que si Dubreuil est amoureux de 
moi, je puis, en le prvenant ou me rendant  lui, en tirer 
beaucoup plus que vous ne m'offrez pour le trahir?
	- Bravo! rpondit la Dubois; voil ce que j'appelle 
une bonne colire; je commence  croire que le ciel t'a 
donn plus d'art qu' moi pour le crime. Eh bien! 
continua-t-elle en crivant, voil mon billet du double; 
ose me refuser  prsent!
	- Je m'en garderai bien, madame, dit Justine en 
prenant le billet; mais n'attribuez au moins qu' ma 
faiblesse et qu' ma pauvret le tort que j'ai de me rendre 
 vos sductions.
	- Je voulais en faire un mrite de ton esprit, dit la 
Dubois; tu aimes mieux que j'en accuse ton malheur; ce 
sera comme tu le voudras. Sers-moi toujours, et tu seras 
contente.
	Justine, remplie de son projet, commence, ds le 
mme soir,  faire un peu plus d'avance  Dubreuil. Elle 
dmle bientt les sentiments de ce jeune homme pour 
elle. Rien d'embarrassant comme sa situation. Elle tait 
bien loigne, sans doute, de se prter au crime propos, 
et-il t question de mille fois plus d'or. Mais dnoncer 
cette femme, tait un autre chagrin pour elle; il lui 
rpugnait infiniment d'exposer  prir une crature  qui 
elle avait d sa libert dix ans auparavant; elle aurait bien 
voulu trouver le moyen d'empcher le crime sans le 
punir; et, avec toute autre qu'une sclrate consomme 
comme la Dubois, elle y serait infailliblement parvenue. 
Voici donc quels furent les rsultats de sa dtermination, 
ignorant que les manoeuvres sourdes de cette femme 
horrible, non seulement drangeraient tout l'difice de 
ses projets honntes, mais la puniraient mme de les 
avoir conus.
	Au jour prescrit pour la promenade, la Dubois 
invite  dner Dubreuil et Justine dans sa chambre. Le 
repas fait, les deux jeunes gens descendent pour presser 
la voiture qu'on leur prpare. La Dubois n'ayant point 
suivi, Justine se trouve seule avec son amant.
	- Monsieur, lui dit-elle fort vite, coutez-moi avec 
attention; point d'clat, observez surtout rigoureusement 
tout ce que je vais vous prescrire... Avez-vous un ami sr 
dans cette auberge?
	- Oui, un jeune associ sur lequel je puis compter 
comme sur moi-mme.
	- Eh bien! monsieur, allez promptement lui 
ordonner de ne pas quitter votre chambre une minute de 
tout le temps que nous serons  la promenade.
	- Mais, j'ai la clef de cette chambre; que signifie ce 
surcrot de prcautions?
	- Il est plus essentiel que vous ne pensez, monsieur; 
usez-en, je vous en conjure, ou je ne sors point avec 
vous. La femme chez qui nous avons dn est une 
coquine; elle n'arrange la promenade que nous allons 
faire ensemble, que pour vous voler plus  l'aise. Pressez-
vous, monsieur, elle nous observe... elle est dangereuse; 
remettez vite votre clef  votre ami; qu'il aille s'tablir 
dans votre chambre, et qu'il n'en bouge pas que nous ne 
soyons revenus. Je vous expliquerai tout le reste, ds que 
nous serons en voiture.
	Dubreuil entend Justine; il lui serre la main pour la 
remercier, vole donner des ordres relatifs  l'avis qu'il 
reoit, et revient aussitt. On part. Chemin faisant, 
Justine dcouvre toute l'aventure; elle raconte les 
siennes, instruit son jeune amant des malheureuses 
circonstances qui lui ont fait connatre l'excrable 
Dubois. Dubreuil, honnte et sensible, tmoigne la plus 
vive reconnaissance du service qu'on veut bien lui 
rendre; il s'intresse aux malheurs de Justine, et lui 
propose de les adoucir par le don de sa main.
	- Je suis trop heureux de pouvoir rparer les torts 
que la fortune a envers vous, mademoiselle, lui dit-il. Je 
suis mon matre; je ne dpends de qui que ce soit; je 
passe  Genve, pour le placement des sommes 
considrables que vos bons avis me sauvent; vous m'y 
suivrez. En arrivant, je deviens votre poux, et vous ne 
paraissez  Lyon que sous ce titre; ou, si vous l'aimez 
mieux, mademoiselle, si vous avez quelque dfiance, ce 
ne sera que dans ma patrie mme que je vous donnerai 
mon nom.
	Une telle offre flattait trop Justine pour qu'elle ost 
la refuser; mais il ne lui convenait pas non plus de 
l'accepter, sans faire sentir  Dubreuil tout ce qui pourrait 
l'en faire repentir. Il lui sut gr de sa dlicatesse, et ne la 
pressa qu'avec plus d'instance. O crature infortune! 
fallait-il que le bonheur ne s'offrt  toi que pour te 
pntrer plus vivement du chagrin de ne pouvoir jamais 
le saisir... fallait-il donc qu'aucune vertu ne pt natre en 
ton coeur, sans te prparer des tourments.
	On se trouvait, toujours causant, presque  deux 
lieues de la ville, et l'on allait descendre de la voiture 
pour jouir de la fracheur de quelques avenues sur les 
bords de l'Isre, o l'on avait dessein de se promener, 
lorsque tout  coup Dubreuil se trouve mal... D'affreux 
vomissements le surprennent... On revole  Grenoble. 
Dubreuil est dans un tel tat, qu'il faut le porter dans sa 
chambre. Sa situation surprend son associ. Un mdecin 
arrive. Juste ciel!... le malheureux jeune homme est 
empoisonn. Justine, pouvante, court  l'appartement 
de la Dubois. L'infme! elle tait partie. Notre hrone 
passe chez elle... Son armoire est force; le peu de hardes 
qu'elle possde lui est enlev. La Dubois, lui dit-on, 
court, depuis trois heures, du ct de Turin. Il n'est pas 
douteux qu'elle ne soit l'auteur de cette multitude de 
crimes. Elle s'tait prsente chez Dubreuil. Pique d'y 
trouver du monde, elle s'tait venge sur Justine; et elle 
avait empoisonn ce jeune homme en dnant, pour qu'au 
retour, si elle avait russi  le voler, le malheureux, plus 
occup de sa vie que de poursuivre celle qui drobait sa 
fortune, la laisst fuir en sret, et pour que, l'accident de 
sa mort arrivant, pour ainsi dire, dans les bras de Justine, 
cette pauvre fille pt tre plus lgitimement souponne 
qu'elle.
	Notre triste orpheline retourne chez Dubreuil; on ne 
la laisse point approcher; elle se plaint du refus. On lui 
en dit la cause: l'infortun ne s'occupe plus que de Dieu, 
et rend l'me. Cependant il a disculp celle qu'il aime; il 
dfend qu'on la poursuive; il meurt. A peine a-t-il ferm 
les yeux, que son jeune ami accourt prs de Justine, lui 
raconte toutes ces circonstances, et s'efforce de la 
tranquilliser... Hlas! cela se peut-il? doit-elle ne pas 
pleurer amrement la perte d'un homme qui s'est si 
gnreusement offert  la tirer de l'indigence? Peut-elle 
ne pas dplorer un vol qui la plonge dans la misre dont 
elle ne fait que de sortir? Dangereuse femme! s'crie-t-
elle, si c'est l que conduisent tes effrayants principes, 
faut-il s'tonner qu'on les abhorre, et que les honntes 
gens les punissent? Mais Justine raisonnait en partie 
lse, et la Dubois, qui ne voyait que son bonheur... son 
intrt dans ce qu'elle avait entrepris, concluait sans 
doute bien diffremment.
	Justine confia tout  Valbois, l'associ de Dubreuil, 
et ce qu'on avait combin contre celui qu'il perdait, et ce 
qui lui t arriv  elle-mme. Il la plaignit, regretta bien 
sincrement Dubreuil, et blma dans Justine l'excs de 
dlicatesse qui l'avait empche de s'aller plaindre 
aussitt qu'elle avait t instruite des projets de la 
Dubois. Tous deux combinrent que ce monstre, auquel 
il ne fallait que quatre heures pour se mettre en pays de 
sret, y serait plus tt que l'on aurait avis  la faire 
poursuivre... qu'il en coterait beaucoup de frais... que le 
matre de l'auberge, vivement compromis dans la plainte 
qui serait faite, et se dfendant avec clat, finirait peut-
tre par craser Justine elle-mme... elle qui ne semblait 
respirer Grenoble qu'en chappant de la potence. Ces 
raisons la persuadrent et la convainquirent tellement, 
qu'elle rsolut de partir, sans mme prendre cong de son 
protecteur. Valbois approuve ce parti; il ne cache point  
notre hrone, que, si cette aventure se rveille, les 
dpositions que lui-mme sera oblig de faire lui nuiront 
infailliblement, tant  cause de ses liaisons avec la 
Dubois, qu'en raison de la dernire promenade qu'elle fit 
avec son ami; qu'il lui conseillait donc, d'aprs cela, de 
partir aussitt, sans voir personne, bien sr que de son 
ct il n'agirait jamais contre elle, qu'il croyait innocente, 
et qu'il ne pouvait accuser que de faiblesse dans tout ce 
qui venait de se passer.
	En rflchissant aux avis de Valbois, Justine crut 
reconnatre qu'ils taient d'autant meilleurs, qu'il 
paraissait aussi certain qu'elle avait l'air coupable, 
comme il tait constant qu'elle ne l'tait pas; que la seule 
chose qui parlt en sa faveur (la recommandation faite  
Dubreuil  l'instant de la promenade), mal explique par 
lui, assurait-on,  l'article de la mort, ne deviendrait plus 
une preuve aussi forte qu'elle avait pu se l'imaginer. Ces 
considrations la dcident aussitt; elle en fait part  
Valbois, qui continue de les approuver.
	- Je voudrais, lui dit cet honnte jeune homme, que 
Dubreuil m'et charg de quelque disposition favorable 
pour vous, je la remplirais avec le plus grand plaisir; je 
voudrais mme qu'il m'et dit que c'tait  vous qu'il 
devait le conseil de me faire garder sa chambre; mais il 
n'a rien fait de tout cela. Je suis donc contraint de me 
borner  la seule excution de ses ordres. Les malheurs 
que vous avez prouvs pour lui m'engageraient  faire 
quelque chose de moi-mme, si je le pouvais, 
mademoiselle; mais je commence le commerce, je suis 
jeune, ma fortune est borne; je suis oblig de rendre  
l'instant les comptes de Dubreuil  sa famille; permettez 
donc que je me restreigne au seul petit service que je 
vous conjure d'accepter; voil cinq louis, et voil une 
honnte marchande de Chalon-sur-Sane, ma patrie; elle 
y retourne, aprs s'tre arrte vingt-quatre heures  
Lyon, o l'appellent quelques affaires. Je vous remets 
entre ses mains. Madame Bertrand, continua Valbois en 
prsentant Justine  cette femme, voici la jeune personne 
dont je vous ai parl, je vous la recommande; elle dsire 
de se placer; je vous prie, avec les mmes instances que 
s'il s'agissait de ma propre soeur, de vous donner tous les 
mouvements possibles pour lui trouver dans notre ville 
quelque chose qui convienne  son personnel,  sa 
naissance...  son ducation... qu'il ne lui en cote rien 
jusque-l; je vous tiendrai compte de tout  la premire 
vue. Adieu, mademoiselle, continua Valbois en 
demandant  Justine la permission de l'embrasser; 
madame Bertrand part demain  la pointe du jour, suivez-
l, et qu'un peu plus de bonheur puisse vous 
accompagner dans une ville o j'aurai peut-tre la 
satisfaction de vous revoir bientt.
	L'honntet de ce jeune homme fit verser des 
larmes  Justine: les bons procds sont bien doux, quand 
on en prouve depuis si longtemps d'odieux. Elle accepta 
tout, en protestant qu'elle ne va s'occuper qu' pouvoir 
s'acquitter un tour.
	Hlas! disait-elle en se retirant, si l'exercice d'une 
nouvelle vertu vient de me prcipiter dans l'infortune, au 
moins, pour la premire fois de ma vie, l'esprance d'une 
consolation s'offre-t-elle dans ce gouffre pouvantable de 
maux o la vertu me prcipite encore.
	Il tait de bonne heure; le besoin de respirer avait 
fait descendre Justine sur le quai de l'Isre,  dessein de 
s'y promener quelques instants; et, comme il arrive 
presque toujours en pareil cas, ses rflexions la 
conduisirent fort loin. Un bosquet isol la fixe; elle s'y 
assied pour rver plus  l'aise. Cependant la nuit vient 
sans qu'elle pense  se retirer, lorsqu'elle se sent tout  
coup saisie par trois hommes; l'un lui met une main sur la 
bouche; les deux autres la jettent prcipitamment dans 
une voiture, y montent avec elle, et l'on fend les airs 
pendant trois grandes heures sans qu'aucun de ces 
brigands daigne lui dire une parole, ni rpondre  aucune 
de ses questions.
	Quoiqu'il fit nuit, les jalousies se baissrent, et 
Justine ne put absolument rien voir. La voiture arrive 
enfin dans une maison; des portes s'ouvrent et se 
referment aussitt; ses guides l'emporte et lui font 
traverser ainsi plusieurs appartements trs sombres; ils la 
laissent enfin dans un, prs duquel est une pice o elle 
aperoit de la lumire.
	- Reste l, lui dit durement un de ses ravisseurs en 
se retirant avec ses camarades, tu vas bientt voir des 
gens de connaissance.
	Et les fripons disparaissent en fermant avec soin 
toutes les portes. Une autre s'ouvre presque au mme 
moment; et Justine aperoit une femme arriver  elle, une 
bougie  la main... Dieu! quelle est cette femme!... le 
croira-t-on? c'est la Dubois, la Dubois elle-mme, ce 
monstre pouvantable, dvor sans doute du plus ardent 
dsir de la vengeance.
	- Venez, charmante fille, dit-elle arrogamment, 
venez recevoir le prix des vertus o vous vous tes livre 
 mes dpens... Ah! bougresse, je t'apprendrai  me 
trahir.
	- Je ne vous ai jamais trahie, madame, rpondit 
prcipitamment Justine; non, jamais, informez-vous-en; 
je n'ai pas fait la moindre plainte qui puisse vous donner 
de l'inquitude; je n'ai pas dit un mot qui puisse vous 
compromettre.
	- Tu ne t'es pas oppose au crime que je mditais? 
tu ne l'as pas empch, indigne crature? et ce n'est pas 
me causer le plus mortel de tous les chagrins, que 
d'arrter l'impulsion de mes forfaits? Il faut que tu en sois 
punie, garce, il le faut. Et elle lui serra si violemment la 
main en prononant ces mots, qu'elle pensa lui casser les 
doigts. On entre dans un appartement aussi somptueux 
que bien clair; c'tait celui de la maison de campagne 
de l'vque de Grenoble, qui lui-mme,  demi-couch 
sur une ottomane, recevait ces dames en robe de chambre 
de taffetas violet. Nous reviendrons bientt au portrait de 
ce libertin.
	- Monseigneur, lui dit la Dubois en lui prsentant 
Justine, voici la jeune personne que vous avez dsire, 
elle  qui tout Grenoble s'est intress comme vous; la 
clbre Justine, en un mot, condamne  tre pendue 
avec des faux monnayeurs, et dlivre depuis  cause de 
son innocence et de sa vertu. Vous la vtes  son 
interrogatoire, vous la dsirtes... Si elle doit tre pendue, 
me dtes-vous, je donne mille louis pour en jouir 
auparavant. Elle est sauve. Aurait-elle moins de prix  
vos yeux?
	- Beaucoup moins, dit le prlat en frottant son vit 
par dessus sa chemise, infiniment moins sans doute. Le 
plaisir de cela tait de s'en amuser et de la faire pendre 
aprs. J'avais fait l'impossible pour la faire tomber dans 
le panneau; et ce maudit S... avec son quit gothique, est 
venu troubler tous mes arrangements.
	- Qu'importe! la voil; n'tes-vous pas le matre d'en 
faire de mme aujourd'hui tout ce qui vous plat?
	- Eh oui, madame, oui, je le sais bien; mais je vous 
rpte que ce n'est pas la mme chose. Il est dlicieux de 
se servir du glaive des lois pour immoler ces coquines-l!
	- Eh bien! monseigneur, dit la Dubois, nous 
mettrons  celle-ci le piquant qui lui manque, en joignant 
 Justine cette jolie pensionnaire du couvent des 
bndictines de Lyon, dont vous avez eu l'art de ruiner la 
famille pour faire tomber la fille entre vos mains.
	- Quoi! c'est fini?
	- Oui, monseigneur. Absolument dnue de 
ressources, la malheureuse arrive ce soir pour implorer 
vos soins. Cette dernire a sa vertu physique et morale. 
Celle-ci n'a que celle des sentiments, mais elle fait partie 
de son existence; et vous ne trouverez nulle part une 
crature plus remplie de candeur et d'honntet. Elles 
sont l'une et l'autre  vous, monseigneur; et vous les 
expdierez toutes deux ce soir, ou l'une aujourd'hui, 
l'autre demain. Pour moi, je vous quitte. Les bonts que 
vous avez pour moi m'ont engage  vous faire part de 
mon aventure... Un homme mort... monseigneur, un 
homme mort, je me sauve...
	- Eh! non, non, femme charmante, s'cria le 
pasteur; non, reste, et ne crains rien quand je te protge... 
Un homme mort, dis-tu?... Y en et-il vingt, je te 
sauverai de l... Reste, te dis-je; tu es l'me de mes 
plaisirs; toi seule possde le grand art de les exciter et de 
les satisfaire; et plus tu redoubles tes crimes... plus tu te 
vautres dans le bourbier de l'infamie, plus ma tte 
s'chauffe pour toi... Mais elle est jolie, cette Justine... 
Puis, s'adressant  elle: quel ge avez-vous, mon enfant?
	- Vingt-six ans, monseigneur, et beaucoup de 
chagrins.
	- Oui, des chagrins... des malheurs; pas autant que 
j'aurai voulu; car je ne te le cache pas, ma chre, j'ai fait 
l'impossible pour te faire pendre; mais ce que je n'ai pu 
faire excuter d'une manire, peut-tre y procderai-je 
moi-mme de l'autre, et je te rponds que tu n'y perdras 
rien... Tu as des malheurs, prtends-tu? Eh bien! nous les 
terminerons tous, mon ange; je te rponds que dans 
vingt-quatre heures tu ne seras plus malheureuse (et avec 
d'affreux clats de rire), n'est-il pas vrai, Dubois, que j'ai 
un moyen sr pour terminer les revers d'une jeune fille?
	- Assurment, dit cette odieuse crature; et si 
Justine n'tait pas une de mes amies, je ne vous l'aurais 
pas amene; mais il est juste que je la rcompense de ce 
qu'elle a fait pour moi; vous n'imagineriez jamais 
combien cette chre fille m'a t utile dans ma dernire 
entreprise de Grenoble. Vous voulez bien vous charger 
de ma reconnaissance, et je vous conjure de m'acquitter 
amplement.
	L'obscurit de ce propos, ceux plus affreux encore 
du maudit prlat... cette jeune fille qu'on annonait... tout 
remplit  l'instant l'imagination de Justine d'un trouble 
qu'il serait difficile de peindre. Une sueur froide s'exhale 
de ses pores; elles est prs de s'vanouir. Telle est 
l'poque o les procds du paillard finissent enfin par 
l'clairer. Il la fait approcher de lui; dbute par deux ou 
trois baisers o les bouches sont forces de s'unir; il attire 
la langue de Justine, il la suce, darde la sienne au fond du 
gosier de notre belle aventurire, et semble pomper 
jusqu' sa respiration. Il l'oblige de pencher la tte sur sa 
poitrine  lui; et, relevant les cheveux, il observe 
attentivement la nuque de son cou.
	- Oh! c'est dlicieux, s'crie-t-il en pressant 
fortement cette partie; je n'ai jamais rien vu de si bien 
attach; ce sera divin  faire sauter.
	Ce dernier propos fixe d'une manire invariable 
tous les doutes de Justine; et la malheureuse voit bien 
qu'elle est encore chez un de ces libertins  passions 
cruelles, dont les plus piquantes volupts consistent  
jouir des douleurs ou de la mort des tristes victimes qu'on 
leur procure  force d'argent, et qu'elle est au moment de 
perdre la vie.
	En cet instant on frappe  la porte; la Dubois sort, et 
ramne aussitt la jeune Lyonnaise dont il venait d'tre 
question.
	Tchons d'esquisser maintenant les deux nouveaux 
personnages avec lesquels nous allons voir Justine.
	Monseigneur l'vque de Grenoble, par lequel il est 
justice de commencer, tait un homme de cinquante ans, 
mince, maigre, mais vigoureusement constitu. Des 
muscles presque toujours gonfls, s'levant sur ses bras 
couverts d'un poil rude et noir, annonaient en lui la 
force avec la sant; sa figure tait pleine de feu; ses yeux 
petits, noirs et mchants; ses dents belles, et de l'esprit 
dans tous les traits. Sa taille, bien prise, tait au-dessus 
de la mdiocre; et l'aiguillon de la lubricit, d'une taille 
bien rare assurment, joignait  la longueur d'un pied 
plus de huit pouces de circonfrence. Cet instrument, 
sec, nerveux, toujours cumant, fut en l'air pendant cinq 
ou six heures que dura la sance, sans s'abaisser une 
minute. Il n'existait aucun homme si velu; on et dit que 
c'tait un de ces faunes que la fable nous peint. Ses 
mains, sches et dures, taient termines par des doigts 
dont la force tait celle d'un tau. Son caractre tait 
brusque, mchant, cruel; son esprit tourn  une sorte de 
sarcasme et de taquinerie, faits pour redoubler les maux 
o l'on voyait bien qu'une pauvre fille devait s'attendre 
avec un tel homme.
	Pour Eulalie, il suffisait de la voir pour juger de sa 
naissance et de sa vertu. Rien n'galait les sclratesses 
excutes par l'vque pour la conduire en ses filets. Elle 
possdait, avec une candeur et une navet 
enchanteresses, une des plus dlicieuses physionomies 
qu'il ft possible de voir. Eulalie,  peine ge de seize 
ans, avait une figure de vierge; son innocence et sa 
pudeur l'embellissaient encore. Elle avait peu de couleur; 
mais elle n'en tait que plus intressante; et l'clat de ses 
beaux yeux noirs rendait  sa jolie figure tout le feu dont 
cette pleur semblait la priver d'abord. Sa bouche, un peu 
grande, tait garnie des plus belles dents; sa gorge dj 
trs forme, paraissait plus blanche que son teint; sa 
taille tait dlicieuse; ses formes rondes et fournies; 
toutes ses chairs fermes, douces et poteles. Il tait 
impossible de voir un aussi beau cul; une mousse lgre 
ombrageait le devant; des cheveux blonds, superbes, 
flottant sur tous ses charmes, les rendaient plus piquants 
encore; et, pour complter son chef-d'oeuvre, la nature, 
qui semblait la former  plaisir, l'avait doue du caractre 
le plus doux et le plus sensible. Tendre et dlicate fleur, 
ne deviez-vous donc embellir un instant la terre que pour 
tre aussitt fltrie!
	- Oh! monseigneur, s'cria cette belle fille en 
reconnaissant son perscuteur, est-ce donc ainsi que vous 
m'avez trompe? Je devais, disiez-vous, rentrer dans mes 
biens... dans tous mes droits; et les sclrats qui sont 
venus m'arracher de ma retraite, ne m'amnent chez vous 
que pour y tre dshonore.
	- Hein, oui, c'est affreux, n'est-ce pas, mon ange, 
c'est d'une trahison... d'une barbarie.
	Et, en disant cela, le perfide l'attirait brusquement 
vers lui, et commenait dj ses baisers lubriques, 
pendant qu'il se faisait doucement polluer par Justine. 
Eulalie voulut se dfendre; mais la Dubois, la pressant 
sur ce libertin, lui enlve tous les moyens de se 
soustraire. Ces dbuts furent longs; plus la fleur tait 
frache, plus le paillard aimait  la pomper. A ces suons 
multiplis succde la visite du con. C'est alors que 
Justine peut s'apercevoir de l'effet incroyable que produit 
en lui cet examen. Son vit, en le faisant, s'allonge d'une 
telle force, que notre intressante orpheline ne peut plus 
l'empoigner, mme de ses deux mains...
	- Allons dit monseigneur, voil deux victimes qui 
vont me combler d'aise; tu seras largement paye, 
Dubois; car je suis bien servi. Passons dans mon boudoir; 
suis-nous, chre femme, suis-nous, continua-t-il en 
emmenant cette mgre, tu partiras cette nuit; mais j'ai 
besoin de toi pour cette expdition. Rien ne porte au 
forfait comme l'aspect d'un monstre; et tu en es un, mon 
enfant, un des mieux prononcs qu'ait depuis longtemps 
vomi la nature. Oh! combien tu m'es prcieuse  ce 
prix!...
	La Dubois se rsigne; et l'on passe dans le cabinet 
des plaisirs de ce dbauch, on les femmes, ds en 
arrivant, reoivent l'ordre de se mettre nues.
	Avant que de dcrire les horreurs qui se 
commettaient dans ce sjour affreux, nous croyons 
ncessaire d'en peindre la dcoration; et, pendant que les 
robes se quittent, nous allons l'esquisser de notre mieux.
	Ce vaste cabinet tait en forme de pentagone, 
rempli par cinq niches de glaces, au milieu desquelles 
tait un sofa de satin noir. Les angles de chacune des 
niches, taient ceintrs, et contenaient, dans leur sein, un 
petit autel, ayant en son milieu un groupe de stuc, 
reprsentant une jeune fille nue sous la main d'un 
bourreau. Chaque supplice tant diffrent, on en voyait 
par consquent de dix sortes. Une fois dans le local, il 
devenait impossible de savoir par o l'on tait rentr, 
attendu que la porte se trouvait masque par les glaces 
des niches. Le plafond de ce cabinet tait en vitrages; la 
lumire n'y parvenait que du haut. Des rideaux de 
taffetas bleu de ciel retombaient sur ce dme vitr, et 
formaient pour la nuit un dlicieux plafond, du milieu 
duquel paraissait alors un soleil  huit rayons, dont le 
boudoir se trouvait infiniment mieux clair qu'en plein 
jour. Le centre de ce voluptueux local tait occup par un 
vaste bassin rond. Du milieu s'levait un petit chafaud 
o se trouvait place une machine assez singulire pour 
mriter une description. Derrire la machine tait un 
fauteuil place sur l'chafaud et destin au personnage qui 
voulait faire jouer le ressort de l'infernale manivelle, dont 
voici le dtail.
	Sur une planche de bois d'bne se liait fortement 
l'objet que l'on avait envie de sacrifier; prs de lui tait le 
mannequin d'un homme horrible, tenant un sabre 
norme. Le bourreau, plac sur le fauteuil, avait,  fleur 
de son visage, le cul de l'objet captiv; s'il voulait jouir 
de ce derrire, en se tenant debout, il le pouvait avec 
facilit. Prs de sa main droite tait un cordon de soie, 
qu'il pouvait mouvoir  sa guise. L'agitait-il avec 
violence, le spectre coupait net et fort vite la tte offerte 
 ses coups; tirait-il le cordon doucement, le sabre 
tailladait, et ne dchirait plus qu'avec lenteur les 
ligaments du cou; ce qui remplissait bien galement le 
but, mais de manire  ne faire souffrir qu'en dtail la 
malheureuse victime dont le sang coulait dans le bassin 
rond, environnant l'chafaud, comme nous l'avons dit 
tout  l'heure.
	Le plus grand silence rgnait dans toute cette partie 
de la maison; et c'et t sans fruit qu'on et essay de s'y 
faire entendre. Lorsque les femmes entrrent avec le 
prlat, elles trouvrent tabli dans ce local un gros abb 
de quarante-cinq ans, dont la figure tait hideuse, et toute 
la construction gigantesque. Il lisait, sur un canap, La 
Philosophie dans le Boudoir (1).
	- Regarde, lui dit l'vque, les deux jolies victimes 
que la Dubois m'amne ce soir: vois ces fesses sublimes, 
toi qui les aime, abb; examine-les, libertin, et dis-m'en 
ton avis.
	Justine et Eulalie, pousses par la Dubois, furent 
alors obliges d'aller prsenter leur derrire  l'abb, qui 
toujours le livre  la main, les palpe, les examine de 
sang-froid, en disant avec ngligence: 
	- Oui, cela n'est pas trop mal... cela vaut la peine 
d'tre vex. S'adressant ensuite  la Dubois, dont il 
touche galement les fesse: Avez-vous recommand 
l'obissance... la plus exacte soumission? ces cratures 
savent-elles qu'elles sont ici dans le plus saint asile du 
despotisme et de la tyrannie?...
	- Oui, monsieur, rpond la Dubois en s'inclinant 
pour mieux prsenter ses fesses  l'abb; je leur ai 
suffisamment parl de l'extrme puissance de 
monseigneur, de ses richesses prodigieuses, et de son 
crdit minent, et je les croit toutes prtes  s'humilier 
devant sa grandeur...
	- Qu'elles le prouvent donc, dit l'abb, en ne 
paraissant ici qu' genoux, jusqu' ce qu'on leur permette 
de se relever.
	Et les deux jeunes personnes, aussitt inclines, 
parurent attendre les ordres qu'il plairait au prlat de leur 
signifier. Ce libertin, presque nu lui-mme, fut, selon sa 
coutume, se regarder dans toutes les glaces, en se faisant 
branler, devant chacune, par la Dubois. Tous deux 
considraient la reprsentation des supplices, et 
semblaient en menacer les deux malheureuses, qui, 
toujours  genoux, se contentaient de frmir et de baisser 
les yeux, pendant que le flegmatique abb continuait sa 
lecture, sans avoir l'air de prendre la moindre part  la 
scne. Cette tourne faite, l'vque fut essayer le fauteuil 
du bourreau; il s'y place, fait jouer le ressort en 
ordonnant aux deux patientes d'observer avec quelle 
lgret... quelle vitesse, son mannequin savait trancher 
les ttes. Il redescend.
	- Dubois. dit-il, ordonnez  ces gueuses de venir, 
l'une aprs l'autre, me rendre leur hommage.
	Justine parat la premire; elle suce la bouche du 
prlat, fait baiser son cul, pompe le vit, et par ordre de la 
Dubois, introduit sa langue, le plus avant qu'elle peut, 
dans l'anus du vieux libertin...
	- Si je vous chiais dans la bouche, dit l'vque, 
l'avaleriez-vous?...
	- Pardieu, monseigneur, observe  ces mots l'abb, 
ce serait un bien grand honneur pour cette petite pcore, 
et vous tes bien sr qu'elle ne s'avisera pas de s'y 
refuser...
	- Et vous? poursuit l'vque en s'adressant  
Eulalie..
	- Oh! juste ciel! rpond cette belle fille en larmes, 
n'abusez pas de mon malheur, puisque je suis dans vos 
fers, faites de moi ce que vous voudrez, mais respectez 
mon infortune; je suis en droit de vous le demander...
	- Voil une rponse bien insolente, dit l'abb, et qui 
prouve que cette petite fille n'est pas assez pntre de 
tout ce qu'elle doit au personnage important chez lequel 
elle a l'honneur d'tre...
	- Quelle est la pnitence, dit Dubois, qu'ordonne 
monseigneur, pour une rponse aussi incongrue?...
	- Je veux, dit le prlat, qu'elle lche le trou du cul 
de l'abb... qu'elle lui suce le vit... qu'elle s'approche 
ensuite de moi, pour y recevoir une douzaine de 
soufflets, autant de pinons sur le derrire.
	L'arrt n'est pas plutt prononc, que le monstrueux 
ecclsiastique expose magistralement le plus dgotant 
derrire qu'il ft possible de voir... cul dtestable, que la 
pauvre Eulalie est contrainte  sucer amoureusement. 
Quel contraste! Elle prend de mme, sur ces lvres roses, 
le vit molasse et baveux de ce dbauch; puis, se 
rapprochant du prlat, elle y va subir humblement les 
mortifications qui lui sont imposes. Cependant le vilain 
abb, qui devine ces prliminaires, se fait branler par la 
Dubois, en maniant les fesses de Justine, pendant que 
l'vque tourmente Eulalie...
	- Abb, dit le matre du lieu, en terminant cette 
opration, je bande excessivement; je vois que je ferai 
beaucoup de mal aujourd'hui.
	- Monseigneur n'est-il pas le matre? tout ce qui 
habite ces lieux ne lui est-il donc pas soumis? il n'a qu' 
faire un geste, et tout va s'humilier devant lui.
	L'vque, qui jouissait de ce despotisme, et dans 
l'esprit duquel on voyait que ces flagorneries obtenaient 
le plus grand succs, fit un signe  Justine, qui, 
s'approchant aussitt, reut l'ordre de se coucher  plat 
ventre sur un canap, afin de prter son derrire aux 
introductions du vit piscopal. Mais ce n'est pas sans 
d'incroyables peines que sa monstrueuse poutre parvient 
 s'introduire dans un aussi petit orifice; il y est  la fin 
nich. Eulalie, conduite par l'abb, est en mme temps 
tendue sur les reins de Justine, les jambes en l'air, et la 
tte en bas, de manire  ce que l'enculeur de Justine 
puisse baiser la bouche d'Eulalie, dont les cuisses 
ouvertes offrent  l'aumnier un joli petit con vierge, que 
celui-ci gamahuche, pendant que la Dubois, agenouille 
devant son derrire, lui rend le mme service au trou du 
cul.
	Cependant Justine, horriblement tourmente par le 
vit qui la sodomise, fait tout ce qu'elle peut pour se 
dgager, et y russit  la fin.
	- Oh! double foutu dieu, dit l'vque en colre, 
jamais encore aucune femme n'osa me manquer  ce 
point. Abb, que dis-tu de la sottise?...
	- Il n'est point de punition assez grave pour s'en 
venger, monseigneur, rpond le chapelain. Si cette 
coquine n'avait encore quelques instants  servir vos 
caprices, je vous supplierais de la mettre  mort sur-le-
champ; mais, puisque le besoin que vous en avez n'est 
malheureusement que trop rel, je crois qu'il faut s'en 
tenir  me la livrer, afin que je l'trille devant vous de la 
plus sanglante manire.
	- Oui, dit l'vque; mais je veux que ce soit sur le 
sein; vous connaissez mon horreur pour cette partie du 
corps d'une femme. Que Justine s'agenouille donc devant 
vous, abb; et dchirez-lui les ttons avec ces verges, de 
toute la force de votre bras.
	L'arrt n'est pas plutt prononc qu'il s'excute; le 
farouche abb frappe d'une telle violence, que Justine est 
prs de s'en s'vanouir...
	- En voil suffisamment, dit l'vque; elle saigne, 
c'est tout ce que je voulais; qu'on la reprsente  mes 
coups maintenant, et qu'elle se persuade bien que je 
l'immole  l'instant o il lui prendra fantaisie de me 
rejouer un pareil tour.
	L'attitude se reforme; notre hrone est lime prs 
d'une demi-heure de suite, et de nouveaux plaisirs 
viennent occuper le prlat.
	- Abb, dit-il en montrant Eulalie, il faut que tu 
dpucelles cette petite fille avant que je ne l'encule; je ne 
la sodomiserais pas volontiers, si quelqu'autre vit que le 
mien ne lui et farfouill le con auparavant.
	- Foutredieu, monseigneur, dit l'abb, vous me 
donnez l une besogne qui, vous le savez, n'est pas fort 
de mon got; il n'est pas trs certain que je puisse bander, 
n'ayant qu'un con pour perspective. Essayons toujours, 
pour vous plaire.
	La Dubois tient l'enfant; Justine prpare le membre 
de l'abb; et le prlat, une lorgnette  la main, examine 
tout avec la plus scrupuleuse attention. Ce n'est 
effectivement pas sans peine que le coquin parvient  se 
mettre en tat; plusieurs fois mme, pendant l'opration, 
la Dubois, pour le mieux exciter, est oblige de retourner 
la mdaille; et comme elle observe que le nerf recteur 
plie chaque fois qu'on remet l'enfant sur le dos, on dcide 
unanimement qu'Eulalie ne sera dpucele qu'en levrette. 
L'opration commence. Justine et la Dubois la servent; et 
comme l'abb, quelque monstrueux qu'il ft par la taille, 
n'tait pourtant pas un colosse relativement aux facults 
physiques, son engin disparut bientt; le sang annonce sa 
victoire.
	- Bien, bien s'crie l'vque en venant lui-mme 
exciter son homme au combat; dchire cette garce, 
pourfends-la, cher abb; je voudrais qu'en ce moment ton 
vit ft de fer, pour mieux tourmenter la victime.
	- Ma foi, monseigneur, dit le croque-Dieu; en 
retirant son vit tout couvert de sang, c'est en vrit tout ce 
que je puis faire pour votre service; car, pour du foutre, 
sur mon honneur, je n'en perdrai pas dans un con.
	- Eh bien! dit l'vque, encule la Dubois, pendant 
que je vais sodomiser tour  tour ces deux petites putains 
dans une de mes niches.
	Tout s'excute; et, cette nouvelle joute termine, 
sans qu'il en et cot de sperme, l'vque s'empare 
d'Eulalie, et la tripote de manire  convaincre que sa 
tte s'chauffe terriblement  molester cette petite fille. 
Ce fut alors qu'il mit en usage, avec elle, un supplice 
dont les annales du libertinage le plus corrompu 
n'offriraient srement nul exemple. Il lui entoure les 
mamelles d'un fil cir; puis, serrant prodigieusement ce 
fil, il lui fait gonfler les ttons, au point de les rendre 
violets; il mord cette masse gonfle, et en fait jaillir le 
sang dans sa bouche. Justine le branlait pendant ce 
temps-l, et la Dubois lui donnait le fouet.
	- Je dteste les gorges, s'criait l'vque, et n'ai pas 
au monde de plus dlicieuse jouissance que celle de les 
molester.
	Peu aprs, il passe un nouveau fil au petit bout des 
seins, et comprime si violemment cette dlicate partie, 
que le sang en jaillit sur une des glaces. L'infme porte sa 
bouche sur la blessure, il se dlecte  sucer la plaie. On 
lui reprsente la victime, dont les cris et les douleurs ne 
peuvent se peindre; on la lui replace dans une attitude 
tout  fait contraire. Ce ne sont maintenant plus que les 
fesses qu'elle expose  son perscuteur. Ici l'abb est 
charg de saisir avec le bout des doigts des pinces de 
chair, ce qui est trs difficile sur un derrire aussi 
ferme... aussi potel. Ds qu'il a pu faire tendre la peau, 
l'vque passe son fil, entoure du morceau pinc, et le 
comprime; souvent la chair chappe, quelquefois 
l'opration russit. Dans ce dernier cas, monseigneur 
n'oublie pas de mordre de toutes ses forces la pince de 
chair comprime, et de s'extasier ds qu'il voit le sang.
	- Je ne sais, dit le farouche abb, d'o vient que 
monseigneur ne coupe pas ces morceaux de chair.
	- C'est que je mnage, rpond le prlat haletant de 
lubricit; nous redoublerons bientt tout cela.
	Il est facile de deviner ici quelle devait tre la 
situation de Justine. Ne voyant dans tous ces supplices 
que l'image de ceux qui lui taient destins, elle 
frmissait: les regards de l'vque ne lui annonaient que 
trop sa dplorable destine... La malheureuse, hlas! 
l'et-elle mme oubli, tout ce qui l'entourait n'et-il pas 
pris le plus grand plaisir  le lui rappeler? Une nouvelle 
horreur s'excuta; elle est encore neuve, sans doute, dans 
les annales de la lubricit.
	Eulalie est fixe,  genoux, contre les parois de la 
cuve au milieu de laquelle nous avons dit qu'tait 
l'chafaud, ses mains sont lies derrire elle, tout moyen 
de dfense lui est enlev; elle ne prsente plus que sa 
jolie figure et sa gorge d'albtre. L'effroyable vque la 
fouette sur le visage, il la soufflette, il lui crache au nez, 
il lui donne d'affreuses nasardes, et bouleverse 
absolument, par tant d'atrocits, les traits intressants de 
cette dlicieuse petite crature. Elle faisait horreur  
regarder; on et dit qu'un essaim de mouches  miel et  
plaisir boursoufl cette dlicieuse figure. Et cependant 
l'insulte n'tant pas encore assez grave aux yeux de ce 
monstre, il la fait tendre  terre, lui marche sur le corps, 
et lui chie dans la bouche. Il appelle l'abb, exige de lui 
en faire autant; Dubois les imite; et la tte entire 
d'Eulalie disparat sous la masse de merde dont elle est 
absorbe. Ce n'est pas tout; il faut qu'elle avale; on l'y 
condamne, un poignard sur le sein.
	- Qu'on la relve, dit l'vque; je ne puis plus 
attendre; il faut que je l'expdie... et puis vous... vous, 
dit-il en fixant Justine, sacredieu, vous ne serez pas 
autant mnage, je le jure. Ce que vous venez de voir 
n'est qu'un chantillon; je vous promets bien d'autres 
supplices; vous m'tes trop recommande, pour que je 
vous pargne. Allons, poursuit ce monstre de luxure ds 
qu'il voit Eulalie nettoye, que cette petite fille se 
confesse, et qu'elle se prpare  la mort.
	L'infortune se rapproche de l'abb, qui, revtu d'un 
surplis, le Christ  la main, coute avec attention les 
innocents aveux qui lui sont faits, pendant que la Dubois 
le branle, et qu'il lui manie le derrire de la main qui lui 
reste libre.
	- Oh! mon pre, dit cette intressante fille en 
finissant, vous voyez quelle est la puret de ma 
conscience; intercdez pour moi, je vous conjure; je n'ai 
pas mrit de perdre la vie.
	Mais ces paroles, prononces de l'organe le plus 
doux et le plus flatteur... ces mots touchants, qui eussent 
attendri des tigres, n'enflammrent que mieux la perfide 
imagination de l'vque. Par son confesseur mme, 
Eulalie est porte, presque vanouie sur l'affreux 
chafaud o ses jours vont s'teindre. Etendue sur la 
funeste planche, l'vque lui enfonce son vit dans le cul, 
pendant que la Dubois le fustige, et qu'en face de 
l'chafaud, l'abb, encore en surplis, sodomise Justine. 
Dj le fatal cordon est aux mains de l'vque.
	- Mnagez! mnagez! monseigneur, lui crie 
l'infme aumnier; tchez qu'elle se sente mourir; plus 
vous prolongerez les douleurs, plus vous dchargerez 
chaudement.
	Le prlat s'chauffe; les plus pouvantables 
blasphmes volent avec nergie sur ses lvres cumantes; 
le dlire s'empare de ses sens; le ressort part, mais avec 
une perfide douceur, qui ne dchire qu'en dtail la belle 
tte offerte  ses coups... Elle est enfin totalement 
dtache; elle roule, avec des flots de sang, dans la cuve 
destine  la recevoir.
	O comble de l'horreur et de la cruaut! il ne reste 
plus que le tronc; le froce vque s'y excite encore, il ne 
cesse de sodomiser ce cadavre sanglant. Il avait pourtant 
perdu son foutre... l'excrable mortel; il poursuivait, afin 
de rparer ses forces... afin de retrouver la vie dans un 
corps auquel il vient de l'arracher.
	- Allons, dit-il en se retirant, me voil tout aussi en 
train que si je n'eusse rien perdu; qu'on prpare Justine.
	- Oh! monseigneur, interrompit ici la Dubois, ce 
supplice est trop doux pour elle; n'en auriez-vous pas de 
plus affreux? Je suis bien sre que, si vous tiez  la tte 
d'un gouvernement, vous trouveriez cette mort trop faible 
pour les sclrats qui l'auraient mrite; or, Justine est 
dans ce cas; trouvez-nous donc quelque chose de 
meilleur.
	- Assurment, rpondit l'vque; quoiqu'un grand 
criminel moi-mme, je ne vous cache pas que je 
voudrais, et qu'on multiplit beaucoup plus qu'on ne fait 
les supplices judiciaires, et qu'on les rendt plus 
imposants. La raison de cela est bien simple... Tenez, 
poursuivit-il en descendant, et se couchant sur un de ses 
sofas, analysons un peu cette matire, pendant que je vais 
reprendre haleine... Tranquillisez-vous, Dubois, votre 
protge n'y perdra rien.
	Vous croyez, dites-vous, mes amis, que les 
supplices que j'rigerais, dans le cas o je me trouverais 
revtu de quelque autorit, deviendraient infiniment plus 
rigoureux que ceux qui sont maintenant en usage; 
assurment, ces supplices seraient, et plus affreux, et 
plus multiplis, sans doute. Souvenez-vous bien que la 
soumission du peuple, cette soumission si ncessaire au 
souverain qui le rgit, n'est jamais due qu' la violence et 
 l'tendue des supplices (2). Tout chef, quel qu'il soit, 
qui voudra gouverner par la clmence, sera bientt 
culbut de son trne. L'animal froce, connu sous le nom 
de peuple, a ncessairement besoin d'tre conduit avec 
une verge de fer: vous tes perdu, ds l'instant o vous 
lui laissez apercevoir sa force. Ce ne sera jamais que 
pour secouer le joug, qu'il profitera des rayons de lumire 
que vous laisserez briller  ses yeux. Et quelle ncessit y 
a-t-il donc de l'instruire? quel bien l'Etat recueille-t-il de 
la philosophie du peuple? Il ne faut d'autre vertu que la 
patience et la soumission dans l'individu gouvern; 
l'esprit, les talents, les sciences, ne sont faits pour tre le 
partage que du gouvernant. Les plus grands malheurs 
rsulteront toujours du renversement de ces principes. Il 
cessera d'y avoir une autorit relle dans tout 
gouvernement o chacun se croira fait pour la partager; 
et tous les flaux de l'anarchie rsulteront de cette 
extravagance. Or, l'unique moyen d'viter ces dangers est 
de resserrer la chane le plus qu'il est possible, de 
promulguer les lois les plus svres, de refuser 
absolument l'instruction du peuple, de s'opposer surtout  
cette fatale libert de la presse, foyer de toutes les 
lumires qui viennent dissoudre les liens du peuple, et de 
l'effrayer ensuite par des supplices aussi graves que 
multiplis. Il n'est point d'animal au monde plus 
dangereux que le peuple; et tout gouvernement qui ne le 
tiendra pas dans la plus extrme servitude s'croulera 
bientt de lui-mme. La tyrannie la plus outre fait seule 
toute la sret de l'Etat. Lchez le frein, le peuple se 
rvolte; accoutumez-le  l'aisance, il deviendra bientt 
insolent; soulagez-le, il vous insultera; clairez-le, il vous 
massacrera.
	N'imaginez pourtant pas, mes amis, que j'entende 
par le peuple la caste dsigne sous la dnomination de 
tiers tat; non, certes: j'appelle peuple cette classe vile et 
mprisable qui, grossirement lance sur notre plante 
comme l'cume de la nature, ne peut vivre qu' force de 
peines et de sueurs... qui nous vole, qui nous pressure, 
qui nous escroque toutes les fois qu'elle ne peut nous 
faire autrement contribuer; voil celle que je voue  la 
chane et  l'humiliation perptuelle, celle que j'affirme 
n'exister dans le monde que pour servir l'autre. Tout ce 
qui respire doit se liguer contre cette classe abjecte; 
l'univers entier doit concourir  river les fers de ces vils 
esclaves, bien certain d'tre  son tour grev, s'il s'apitoie 
ou se relche. Vous que j'lve et dont je reconnais les 
droits, ne balancez donc point  vous soumettre au 
gouvernement le plus despote; celui-l seul maintiendra 
vos privilges et les fera valoir. Flatt de vous voir 
contribuer comme lui  l'asservissement des seuls tres 
qu'il ait  redouter, il vous cdera, tant que vous le 
voudrez, une portion de son autorit pour assurer l'autre; 
et les lois qu'il aura promulgues ne feront jamais 
qu'effleurer vos ttes pour aller mutiler les leurs. Est-il 
un pays dans le monde o les grands soient plus heureux 
qu'en Turquie? Ils craignent le cordon, j'en conviens; 
mais ce supplice est bien rare pour eux; seulement 
destin pour quelques crimes d'Etat, jamais leurs dlits 
particuliers, jamais leur despotisme secret, ne courent 
risque d'tre rprims: la jouissance de mille crimes 
dlicieux leur est donc assure, pour un ou deux qu'ils 
ont  craindre!... Oh! vivent, vivent  jamais de tels 
gouvernements! J'irai toujours habiter de prfrence les 
pays qu'ils enchaneront: j'aime la frule qui ne me 
frappe point, et dont je puis effrayer les autres. Que 
m'importe qu'on m'appelle esclave, quand j'ai le droit 
d'en faire  mon tour? Le vritable esclave est celui qui 
consent  vivre sous un gouvernement dont les lois 
frappent galement, parce qu'il le devient de ces lois, 
dont l'autre se moque, et que la tyrannie de l'homme qui 
ne frappe que celui qui lui plat est bien plus douce que 
la loi qui frappe tout le monde. Oui, je le rpte avec 
plaisir, le sang impur de la populace, si j'tais souverain, 
coulerait  tous les instants de ma vie; je l'effrayerais 
sans cesse par de sanguinaires exemples; coupable ou 
non, je l'immolerais, afin de maintenir sa dpendance; je 
la priverais de tout ce qui pourrait lui donner de l'nergie; 
je l'assouplirais par un travail perptuel, et lui rendrais sa 
subsistance si pnible, que l'ide seule de secouer ses 
chanes lui deviendrai impossible.
	- Il faudrait en faire des btes de somme, dit l'abb, 
qu'il ft permis de tuer comme les boeufs qu'on vend  
nos boucheries; il faudrait l'craser d'impts, de 
contributions.
	- Ne doutez pas, reprit l'vque, que cette vermine 
n'use les ressorts de l'Etat par sa rouille dangereuse. 
Extirpons-la donc, dtruisons-la dans sa racine; et voici, 
pour y parvenir, les principaux moyens que je mettrais en 
usage: 
	1 Il est d'abord essentiel, non seulement de 
permettre, mais mme d'autoriser l'infanticide. Ce n'est 
que par ce moyen sage que la Chine a diminu 
l'excessive population qui la desschait, qui l'opprimait 
avec tant de violence, et qui, sans doute, eut fini par 
renverser tout  fait sa constitution. Le sage Chinois, 
dtruisant avec courage l'enfant qu'il ne peut nourrir, ne 
souponne aucun crime  se dbarrasser un peu plus tt 
ou un peu plus tard de la matire dont il est surcharg. 
Contraignons  cette loi le peuple que nous voulons 
asservir; gardons-nous surtout d'riger aucun asile pour 
le fruit de son libertinage; que celle qui le porte, oblige 
de le mettre bas publiquement, ne puisse le sauver par 
aucun moyen; qu'elle soit elle-mme punie de mort, si 
elle veut conserver ce fruit inutile, comme dans l'le 
d'Othati, o les femmes de la socit des Arreos sont 
foules aux pieds, si elles laissent voir le jour  leurs 
enfants, ou si elles ne les tuent pas ds qu'ils sont ns (3).
	2 Il faut ensuite que des commissaires fassent 
rgulirement des visites annuelles chez tous les paysans, 
et soustraient impitoyablement ce que chaque pre de 
famille a de trop. Ces visites seront inattendues... 
imposantes; et le bourreau, qui suivra toujours ceux qui 
les feront, massacrera sans piti tout le superflu d'une 
maison. Chaque famille ayant plus qu'il ne lui faut de 
trois enfants, ce sera l'excdent de ce nombre qui 
tombera sans piti sous le fer exterminateur des 
commissaires. Ne craignez pas, avec de telles 
prcautions, que ce paysan ose maintenant donner 
l'existence  plus d'enfants que ne lui en permettra la loi. 
Chargez-le fortement d'impts, s'il enfreint; allez plus 
loin, s'il s'accoutume  la braver; massacrez sa femme  
ses yeux, et n'oubliez pas que tous les malheurs d'un 
gouvernement n'eurent jamais pour cause que l'excs de 
la population. Attaquez donc vivement le luxe et 
l'aisance de cette classe abjecte, si vous voulez couper le 
mal dans sa racine. Douteriez-vous de ce luxe?... Eh 
bien! parcourez les asiles de ce peuple insolent; et vous 
verrez avec quelle arrogance il ose l'afficher aujourd'hui! 
Or, je vous demande si ce n'est pas ce luxe, qui, 
l'amollissant et le dgradant chaque jour, lui fait aussi 
scandaleusement tendre sa population. Supprimez donc 
ce luxe absurde en lui; rduisez ces manants au simple 
ncessaire; obligs de fatiguer beaucoup pour se le 
procurer, vous verrez qu'ils ne procreront plus autant. 
Ce peuple que vous plaignez, que vous choyez tant en 
Europe, est-il trait de mme  Ceylan, o il travaille 
comme des chevaux sans rien possder en propre? L'est-
il de mme en Pologne, o il ne vgte encore que dans 
la plus extrme servitude? en Perse et sur les bords du 
Gange o on le tue, comme nous faisons ici nos livres? 
Surchargez-le donc impunment; ses reins sont plus forts 
que vous ne pensez. Persuadez-vous bien que la nature 
n'a fait ces tres secondaires que pour servir de jouets 
aux autres hommes: c'est son voeu. Le pauvre n'est cr 
que pour tre utile au riche; que pour tre employ  ses 
besoins...  ses fantaisies; pour servir de fascines dans les 
siges, comme fit Mahomet  Constantinople. Forcez-le 
donc sans aucun scrupule; contraignez-le, par la misre 
o vous le rduisez,  ne plus jouer d'autres rles sur la 
surface du monde. Obligez-le  amener lui-mme les 
enfants qu'il a de trop dans le cabinet de vos plaisirs, o 
vous les fltrirez, o vous les immolerez, si bon vous 
semble. Voil le seul moyen d'cumer cette crasse dont 
les ressorts de l'Etat, si l'on n'y prend garde, sont toujours 
branls tt ou tard.
	3 Une autre considration importante est de 
remettre le peuple sous le joug de la servitude d'o la 
cupidit et la mauvaise politique de nos rois l'ont sorti. 
Redoutant l'empire de la noblesse, ils affranchirent le 
peuple pour maintenir l'quilibre, sans prendre garde  
l'ingalit des poids, sans observer que cette noblesse 
qu'ils voulaient affaiblir ne s'anantirait jamais sans 
entraner le trne dans sa chute. Si les rois ne veulent pas 
rendre aux seigneurs ces paysans dont ils taient 
immeubles, qu'ils les gardent pour eux, j'y consens; mais 
qu'ils ne les soustraient pas  l'esclavage: rien n'est aussi 
dangereux que la libert du peuple. C'est par la plus 
complte oppression de cette classe, en un mot, c'est par 
sa rduction au plus dur esclavage, par la diminution de 
ses subsistances, par l'anantissement total de son luxe, 
par l'obligation d'acheter au prix des plus rudes travaux 
le sobre ncessaire qui lui convient, que vous 
parviendrez  diminuer la population, vice destructeur de 
tout gouvernement, inconvnient terrible qui le conduira 
toujours  sa perte. Aucune piti sur cet objet; elle serait 
bien funeste. Quand l'arbre est nerv du trop grand 
nombre de ses branches, et que le suc nourricier ne peut 
plus se rpartir galement, on taille, on coupe, on 
diminue; le tronc y gagne, et l'arbre se conserve. Henri 
IV dsirait que chaque paysan et la poule au pot le 
dimanche; mais Henri parlait en politique, et non pas en 
monarque; ayant bien plus de raison, vu l'tat de faiblesse 
o il tait, de se faire aimer que de se faire craindre, il 
faisait aussi bien de parler de cette manire, qu'il et eu 
de tort d'excuter d'aussi ridicules promesses. Qu'on ne 
s'y trompe pas; la source de l'aisance du peuple est celle 
de la misre publique; et nous mourrons toujours de 
faim, quand le paysan sera riche. Encore une fois, ce ne 
sont pas les branches qui doivent prosprer, c'est le tronc. 
Quelle est la cause du peu de rapport des grandes 
possessions? C'est la richesse du peuple. Il ne s'engraisse 
jamais qu'aux dpens de l'homme  son aise: ne craignez 
donc point de ravir  votre tour cette substance qu'il vous 
a prise. Si le paysan ne possdait pas ces richesses, ne 
seraient-elles pas dans votre poche? Pourquoi faut-il 
donc que vous vous en priviez, pendant que le pauvre, 
cet tre faible et vil, que la nature n'a cr que pour tre 
dans les fers, en jouit  votre dtriment? Ressaisissez-
vous donc, sans scrupule, de ce qui vous appartient. C'est 
renverser toutes les institutions sociales; c'est 
mconnatre toutes les inspirations de la nature, que 
d'agir d'une manire diffrente; et la tolrance de tant 
d'abus grossiers, soyez-en bien srs, ne nous amnera 
qu'au plus affreux et qu'au plus prochain bouleversement. 
L'abtardissement de l'espce, bientt occasionn par la 
msalliance invitable dans une si prodigieuse 
population, devient un autre inconvnient fait pour 
prcipiter la perte de l'Etat, et, de consquences en 
consquences, d'inconvnients en inconvnients, nous 
nous prcipiterons dans un gouffre dont rien ne pourra 
plus nous sortir; et tout cela, pour des sentiments d'une 
fausse piti; comme si la piti ne consistait pas  
maintenir les lois de la nature, bien plutt qu' les 
renverser!... comme si la vritable humanit pouvait nous 
obliger  perdre la plus importante classe des sujets pour 
engraisser l'autre! Loin de nous ces perfides sentiments! 
soyons plutt inhumains et barbares, si ce n'est qu'au prix 
de cette manire d'tre que nous pouvons honorer la 
nature, et maintenir,  tout, l'ordre sublime dont elle nous 
donne l'exemple. Eh! qui doute que la piti ne soit une 
faiblesse, quand elle conduit  des inconvnients de cette 
force? Et quelle est donc cette fausse piti qui vise  
renverser tous les principes de l'quit et de la loi 
naturelle? Erigeriez-vous en sentiment louable celui dont 
les dangers seraient aussi manifestes? Il vaudrait autant 
dire qu'un matre fait une bonne oeuvre, en se passant de 
son dner pour le donner  son chien. Analysons mieux 
les vrais mouvements de la nature. La piti, sans aucun 
doute, est une faiblesse dans tous les cas; mais elle 
devient un crime rel... un crime d'Etat dans celui-ci; et 
tel qui se laisse toucher devient rellement digne de 
punition.
	4 Une autre opration, plus ncessaire encore que 
tout ce qui prcde, est la suppression totale de vos 
aumnes publiques ou particulires. Je voudrais qu'il y 
et une forte amende dcerne contre celui qui oserait se 
livrer  cette pernicieuse action, quand on lui en aurait 
dmontr les inconvnients. Nous nous plaignons des 
mendiants, et nous les allchons par des charits. Ne 
ririons-nous pas d'un imbcile qui se plaindrait d'tre 
incommod par des mouches, et qui, pour les chasser, 
s'environnerait de rayons de miel? Point d'aumne, je le 
rpte: gardons-nous d'entretenir la fainantise. 
Souvenons-nous que si ce polisson de Jsus l'a prche, 
c'est qu'il n'tait lui-mme qu'un mendiant... qu'un 
vagabond,  qui les Romains, au lieu du mpris dont ils 
l'entourrent, auraient d dcerner le plus cruel et le plus 
humiliant des supplices. On proposa, sous Louis XIV, 
d'exterminer tous les pauvres, de les pendre tous sans 
piti. Ce projet, digne d'un rgime aussi sage, aurait 
influ sur notre sicle; et nous ne serions pas aujourd'hui 
rongs de cette pullulante vermine. Osons revenir  ce 
sublime projet; et persuadons-nous bien qu'en le 
remplissant avec exactitude, nous prviendrions peut-tre 
bien des maux. Songez que l'Etat qui sacrifie le pauvre 
ne perd rien, et gagne beaucoup. Par quel motif 
l'pargneriez-vous donc? Blmeriez-vous un homme, 
surcharg d'humeurs, qui prendrait une mdecine pour se 
rendre plus dispos et plus sain? C'est absolument la 
mme chose. Et pour que le moyen vigoureux que j'exige 
influt davantage sur notre nation, infiniment trop 
charge de ce funeste excrment populaire, je voudrais 
que, dans des spectacles publics de taureaux ou de 
gladiateurs, on immolt des essaims de cette vile 
canaille, comme on faisait des chrtiens autrefois  
Rome; qu'on les expost aux btes froces; qu'on 
cartelt leurs garons... qu'on ventrt leurs femmes... 
qu'on tenaillt leurs filles; que les supplices les plus 
atroces et les plus barbares fussent invents pour eux; 
qu'on les rservt enfin  tout ce que la cruaut la plus 
rflchie pourrait inventer de tourments les plus 
recherchs. Vous verriez comme, avec ces moyens, la 
terre serait bientt purge de ces excroissances qui la 
souillent. On s'effraie au premier coup d'oeil, je le sens, 
de ces projets de jeux inhumains. Qui doute nanmoins 
qu'ils ne fussent bientt aussi suivis que vos bals et vos 
comdies? qui doute que vos petites matresses  nerfs et 
 vapeurs ne les vinssent incessamment dissiper aux 
gorgements populaires? Les Porcies, les Cornlies 
pleuraient aux tragdies de Sophocle, et n'en venaient 
pas moins se chatouiller lubriquement le clitoris aux 
massacres des chrtiens, dans le cirque de Rome. Nron 
jouait suprieurement OEdipe, et dchiquetait 
voluptueusement, au sortir de l, les jolis ttons de sainte 
Ccile, ou les belles fesses de soeur Agathe, qui avaient, 
l'une et l'autre, l'imbcillit de croire au Christ. Ces 
spectacles,  la fois magnanimes et piquants... dignes du 
gnie d'une grande nation, ne seraient rvoltants pour 
nous, que parce que nos yeux n'y seraient pas faits. On 
frmirait peut-tre aux premiers; on s'craserait aux 
seconds. Nos places publiques ne sont-elles pas remplies 
chaque fois que l'on y assassine juridiquement (4)? Ce 
serait la mme chose ici. Nous aurions bonne grce, 
vraiment,  faire les rservs sur ces fadaises, pendant 
que nous nous permettons tant d'atrocits secrtes. Eh! 
qui sait si, en donnant ainsi carrire  la mchancet des 
hommes, on ne tarirait pas la source de leurs crimes 
mystrieux? Le clbre marchal de Retz n'et peut-tre 
pas assassin quatre ou cinq cents enfants, pour jaculer 
son sperme un peu plus chaudement, s'il y et eu des 
spectacles o ses fureurs lubriques eussent pu trouver des 
issues. Combien serait satisfaite, par ce projet, la haine 
que tant d'honntes gens ont pour cette classe vile, dont 
Saint-Pouanges, archevque de Toulouse, ne pouvait 
apercevoir un individu sans l'accabler d'invectives ou de 
coups, ou le faire assommer par ses gens devant lui. 
Quant  moi, je l'avoue, poursuivit chaleureusement ce 
libertin, je ne serais pas le dernier  y assister... que dis-
je! l'extrme horreur que j'ai pour cette indigne race me 
dterminerait peut-tre  des choses plus fortes, et ce 
serait avec dlices que j'inventerais moi-mme des 
tourments pour elle, et que mes mains les lui feraient 
endurer... Poursuivons.
	5 Joignez  ces premiers moyens de dpopulation 
l'usage d'honorer les clibataires, les pdrastes, les 
tribades, les masturbateurs, tous ces tres enfin qui, 
ennemis jurs de la progniture, n'ont d'autres principes 
que de lui ravir des germes, ou d'en dtruire. Que le 
meurtrier mme soit en honneur dans un Etat; ds que 
l'objet est de diminuer cette abondante superfluit qui 
mine une nation, gardez-vous de punir celui qui, en 
dtruisant, coopre le plus  vos vues; honorez-le, 
rcompensez-le mme, et votre but sera rempli.
	6 Pour tayer les moyens dont je viens de parler 
tout  l'heure, il faut que tous les bls soient transports 
dans des magasins publics, rigs dans les principales 
villes de France, et que l ils y soient pays leur valeur 
au propritaire, avec injonction  lui de ne garder 
absolument que ce qu'il lui faut pour vivre. Ce prtexte 
vous donne le droit d'tablir des visites domiciliaires, que 
vous faites avec assez de rigueur, pour enlever mme au 
malheureux ce que vous lui aviez laiss d'abord pour son 
anne; vous lui faites rapporter ce prtendu superflu dans 
les magasins, en l'assurant qu'il en sera pay. Vous lui 
tenez parole; trois mois aprs, vous l'imposez au double 
de l'argent que vous savez qu'il a reu; vous le 
contraignez  payer tout de suite. Le voil donc, avant 
l'hiver, et sans argent, et sans subsistance;  peine a-t-il 
conserv ses semailles. Mme procd l'anne d'ensuite. 
Comment voulez-vous, qu'en renouvelant ainsi trois ou 
quatre ans, le malheureux, absolument ruin, ne soit pas 
oblig d'abandonner sa chaumire, pour aller mendier?... 
Il le fait. Ne vous y opposez point; gardez-vous 
seulement de le secourir. Six mois aprs, promulguez les 
lois les plus svres contre les mendiants; sabrez-les, 
pendez-les sans aucune piti. Et voil, dans dix ans, par 
ce procd bien simple, votre population diminue d'un 
tiers. Dclarez alors  ce qui reste que, pour se mettre  
l'abri d'un telle vexation, ce que le paysan a de mieux  
faire, est de se replacer sous la servitude fodale; qu'en 
engageant  son patron tout ce qu'il peut possder au 
monde, ce qui lui restera sera du moins pour lui, 
puisqu'on respecte les biens seigneuriaux. Faites-lui 
comprendre qu'au moyen de cet engagement, celui avec 
lequel il le fait se chargera de le protger, de le dfendre; 
qu'il le maintiendra dans son petit hritage, et que ds 
lors il en jouira sans aucun danger, et cela sous la simple 
clause d'une redevance. Plutt que d'tre tromp comme 
il vient de l'tre; plutt que de s'exposer  mourir de faim 
comme cultivateur, ou  tre pendu comme mendiant, le 
malheureux s'engagera  tout; et le voil redevenu serf. 
Mais, quoique dans les fers, quoique simplement rduit  
la plus simple subsistance, peut-tre va-t-il se remettre  
pulluler encore. Renouvelez alors toutes vos entraves. La 
victime est  vous; vos moyens seront bien plus simples. 
Promulguez une loi sur les mariages, qui ne les permette 
qu' trente ans... qui les interdise  la plus lgre 
apparence de parent. Continuez vos suppressions du 
supplment de la progniture; que la confiscation des 
biens du dlinquant soit toujours au profit du matre, afin 
qu'insensiblement la race s'teigne, et que le seigneur 
accapare toutes les proprits. Plus aucune crainte de 
sdition ou de rvolte dsormais; voil vos insurgs ou 
sous le joug, ou sous le glaive; et, dans tous les cas, 
rduits  moiti. Qu'un gouvernement despotique veille 
maintenant sur ces oprations, les consolide par les plus 
violents moyens; et voil votre pays tranquille; voil 
l'hydre absorbe, et la paix maintenue.
	- Vous bandez, monseigneur, dit la Dubois.
	- Cela est vrai, rpondit l'vque; ces systmes 
m'chauffent l'imagination, et je sens que je serais le plus 
heureux des hommes, si je pouvais les mettre en 
pratique.
	- Il fut un temps o vous le ptes, monseigneur, je 
le sais; et que n'entreprtes-vous pas peut-tre alors?
	- Cela est vrai, j'abusai furieusement de mon 
autorit.
	- Qui n'en abuse pas?
	- Les sots; eux seuls se maintiennent dans des 
digues inconnues  des gens tels que nous... Oh! ma 
chre Dubois, quel dlicieux temps tu me rappelles! 
comme on menait alors cette cour corrompue! comme on 
y abusait de son crdit!
	Et comme Dubois s'aperut que l'vque se 
manulisait  ces doux souvenirs: 
	- Tenez, monseigneur, lui dit-elle, voil Justine, ne 
la faites pas languir plus longtemps; la situation dans 
laquelle elle est vous prouve  quel point l'attente de la 
mort est affreuse;  peine peut-elle se soutenir. Mais, 
quel que soit son tat, rappelez-vous bien que vous 
m'avez promis de servir ma vengeance; c'est l'unique 
gratification que je vous demande, et vous la servirez 
bien mal, en ne condamnant cette fille qu'au mdiocre 
supplice qui vient d'tre employ pour Eulalie.
	- Eh bien! dit le prlat en palpant la victime, en lui 
claquant les fesses  tour de bras, et lui comprimant 
fortement la gorge, il faut, en ce cas, faire disparatre la 
dcoration centrale de cette chambre. Occupez-vous, 
l'abb,  remettre  la place l'infernale machine qui brle, 
coupe et brise les os tout  la fois. Celle dont nous nous 
servmes, il y a huit jours, avec cette jeune fille, si belle, 
si douce et si sage.
	- Je sais ce que monseigneur veut dire, rpondit 
l'aumnier; mais ces prparatifs sont un peu longs.
	- Eh bien! nous souperons pendant ce temps-l; 
n'es-tu pas de cet avis, Dubois?
	- A vos ordres sur tous les points, monseigneur, vos 
intentions seront toujours les miennes; mais je connais 
Justine, et je crains les dlais.
	- Je te rponds de tout; cessera-t-elle, d'ailleurs, 
d'tre sous nos yeux?
	Et pendant que l'abb prpare les nouveaux 
instruments de supplice, on passe dans une salle  
manger. Quelle dbauche!... quelle intemprance! Mais 
Justine eut-elle  s'en plaindre, puisqu'elle lui sauva la 
vie. Excds de vin et de nourriture, l'vque et Dubois 
tombent ivres morts avec les dbris de leur souper. A 
peine notre hrone les voit-elle dans cet tat, qu'elle 
saute sur le mantelet et sur le jupon que vient de quitter 
la Dubois, pour tre plus immodeste aux yeux de son 
patron, et, saisissant une bougie, elle s'avance rapidement 
vers l'escalier. La maison, dgarnie de valets, n'offre rien 
qui s'oppose  son vasion... elle est libre. Le premier 
chemin qui se prsente  elle est celui qu'elle choisit de 
prfrence; heureusement c'est celui de Grenoble. On 
tait encore couch dans l'auberge. Justine pntre 
secrtement, et s'introduit en hte dans la cambre de 
Valbois. Il s'veille, reconnat  peine celle qui s'avance  
lui... Que signifie... que dsirez-vous?
	- Hlas, monsieur!
	Et la tremblante Justine raconte tout ce qui lui est 
arriv.
	- Vous pouvez faire arrter la Dubois, poursuit-elle; 
ce monstre n'est qu' deux lieues d'ici; j'indiquerai le 
chemin... La malheureuse! indpendamment de tous ses 
crimes, elle m'a pris encore et mes hardes et les cinq 
louis que vous m'aviez donns.
	- Oh! Justine, vous tes assurment la fille la plus 
infortune qu'il y ait au monde; mais, vous le voyez 
pourtant, honnte crature, au milieu des maux qui vous 
accablent, une main cleste vous conserve; que ce soit 
toujours pour vous un motif d'tre vertueuse; jamais les 
bonnes actions ne sont sans rcompense. Nous ne 
poursuivrons point la Dubois; mes raisons de la laisser en 
paix sont les mmes que celles que je vous exposai hier. 
Rparons seulement les torts qu'elle vous a faits. Voil 
d'abord l'argent qu'elle vous a pris.
	Une heure aprs, une couturire vient essayer  
Justine deux vtements complets; une lingre lui apporta 
des chemises.
	- Il faut partir, lui dit alors Valbois, partir dans la 
journe mme; la Bertrand y compte; elle est prvenue; 
rejoignez-la...
	- O vertueux jeune homme, s'cria Justine en 
tombant aux pieds de Valbois, puisse le ciel vous rendre 
un jour tous les biens que vous me faites! je ne cesserai 
jamais de l'implorer pour vous.
	- Allez, chre fille, rpondit cet honnte mortel en 
embrassant notre infortune, le bonheur que vous me 
souhaitez, j'en jouis dj, puisque le vtre est mon 
ouvrage.
	Voil comme Justine quitta Grenoble; et si elle n'y 
trouva pas tout le bonheur dont elle s'tait flatte, au 
moins ne rencontra-t-elle dans aucune antre ville tant 
d'honntes gens runis pour plaindre ou calmer ses maux.

	(1) 	Il nous a paru que cet ouvrage, de la mme 
main que celui-ci, devait  ce titre, et peut-tre 
mme  beaucoup d'autres, prtendre  l'estime 
des curieux. (Note de l'diteur.) 

	(2) 	En voyant dans quelle bouche nous plaons des 
projets de terreur et de despotisme, nos lecteurs 
ne nous accuseront pas de prtendre  les faire 
aimer. 

	(3) 	Voyez les Voyages de Cook. 

	(4) 	Ce qu'il y a de fort singulier, c'est qu'elles le 
sont presque toujours par des femmes; elles ont 
donc plus de penchant que nous  la cruaut; et 
cela, parce qu'elles ont l'organisation plus 
sensible. Voil ce que les sots n'entendent pas.



 

CHAPITRE XX

AVENTURES DE VILLEFRANCHE - PRISON - CE 
QUE RETIRE JUSTINE DES AMIS
QU'ELLE ENVOIE CHERCHER - COMME SES 
JUGES LA TRAITENT - EVASION - VOYAGE
DE PARIS - QUI ELLE RETROUVE

	Justine et sa conductrice voyageaient dans un petit 
chariot attel d'un cheval, qu'elles conduisaient du fond 
de la voiture. L taient les marchandises de Mme 
Bertrand avec une petite fille de quinze mois, qu'elle 
nourrissait, et que la trop compatissante Justine ne tarda 
pas, pour son malheur, de prendre dans une si grande 
amiti que pouvait le faire celle qui lui avait donn le 
jour.
	C'tait une assez vilaine femme que cette Bertrand; 
souponneuse, bavarde, commre, ennuyeuse et borne; 
ce peu de mots la peint au naturel. On descendait, 
rgulirement chaque soir, tous les effets dans l'auberge, 
et l'on couchait dans la mme chambre. Jusqu' Lyon tout 
se passa fort bien; mais, pendant les trois jours dont cette 
femme avait besoin pour ses affaires, Justine fit dans 
cette ville une rencontre  laquelle elle tait bien loin de 
s'attendre.
	Elle se promenait l'aprs-midi, sur le quai du 
Rhne, avec une des filles de l'auberge, lorsqu'elle 
aperut tout  coup le rvrend pre Antonin de Sainte-
Marie-des-Bois, maintenant suprieur de la maison de 
son ordre, situe en cette ville. Le moine l'aborde; et, 
aprs lui avoir tout bas aigrement reproch sa fuite, et lui 
avoir fait entendre qu'elle courait les plus grands risques 
d'tre reprise, s'il en donnait avis au couvent de 
Bourgogne, il lui ajouta, en se radoucissant, qu'il ne 
parlerait de rien, si elle voulait  l'instant mme le venir 
voir dans son habitation, avec la fille qui l'accompagnait, 
assez frache, assez jolie, prtendait-il, pour lui inspirer 
quelques dsirs. Puis, s'adressant  cette crature: 
	- Nous vous payerons bien l'une et l'autre, dit-il en 
la caressant; nous sommes dix dans notre maison; et je 
vous promets un louis de chacun, si votre complaisance 
est sans bornes.
	Justine, comme on se le persuade aisment, rougit 
beaucoup de ces propos. Un moment elle veut faire 
croire au moine qu'il se trompe; n'y russissant pas, elle 
essaye des signes; rien n'en impose  cet insolent; les 
sollicitations n'en deviennent que plus chaudes. Le moine 
enfin, sur des refus ritrs, se borne  demander des 
adresses. Pour se dbarrasser, Justine en donne des 
fausses. Il les crit sur son portefeuille, et se spare, en 
assurant qu'on entendra bientt parler de lui.
	Justine, en retournant  l'auberge, expliqua du 
mieux qu'elle pt, l'histoire de cette malheureuse 
rencontre,  la fille qui l'accompagnait. Mais, soit que ce 
qu'elle dit ne ft pas fait pour satisfaire, soit que cette 
servante et t fche d'un acte de vertu qui la privait 
d'un gain assur, elle bavarda. Justine n'eut que trop lieu 
de s'en apercevoir aux propos de la Bertrand, lors de la 
malheureuse catastrophe que nous allons bientt 
raconter. Cependant le moine ne reparut plus, et l'on 
partit.
	Sorties de Lyon, nos deux voyageuses ne purent, ce 
premier jour, coucher qu' Villefranche; elles y arrivrent 
sur les six heures du soir, et se retirrent de suite dans 
leur chambre, afin d'entreprendre une plus forte marche 
le lendemain. Il n'y avait pas deux heures qu'elles taient 
couches, lorsqu'elles sont rveilles tout  coup par une 
fume affreuse. Persuades que le feu n'est pas loin, elles 
se lvent avec promptitude. Juste ciel! les progrs de 
l'incendie ne sont dj que trop effrayants. Elles ouvrent 
leur porte,  moiti nues, et n'entendent autour d'elles que 
le fracas des murs qui s'croulent, le bruit de charpentes 
qui se brisent, et les hurlements pouvantables de ceux 
qui tombent dans les flammes. Entoures de ces flammes 
dvorantes, elles ne savent dj plus o fuir. Pour 
chapper  leur violence, elles se prcipitent dans leur 
foyer, et se trouvent ainsi bientt confondues dans la 
foule de ceux qui cherchent leur salut dans la fuite. 
Justine se rappelle alors que sa conductrice, plus occupe 
d'elle que de sa fille, n'a pas song  garantir cette enfant 
de la mort. Elle vole dans la chambre o cette petite est 
oublie,  travers les flammes qui l'atteignent et la 
brlent en plusieurs endroits, se saisit de la crature, 
s'lance pour la rapporter  sa mre, flchit sur une 
poutre  moiti consume, laisse tomber le prcieux 
fardeau qu'elle porte, et ne se sauve elle-mme que saisie 
par une femme qui lui tend le bras, et qui se presse de 
l'entraner hors du tumulte. On la jette dans une chaise de 
poste; sa libratrice s'y place avec elle... Sa libratrice! 
grand Dieu! de quelle expression nous sommes obligs 
de nous servir! cette libratrice est Dubois.
	- Sclrate, lui dit la mgre, en lui appuyant la 
pointe d'un pistolet sur la tempe... ah! putain, je te tiens, 
pour le coup, et cette fois tu ne m'chapperas plus.
	- Oh! madame, vous ici? s'cria Justine.
	- Tout ce qui vient de se passer est mon ouvrage: 
rpondit la Dubois. C'est par un incendie que je t'ai sauv 
le jour, c'est au moyen d'un incendie que tu vas le perdre. 
Je t'aurais poursuivie jusqu'aux enfers, s'il l'et fallu, 
pour te ravoir. Monseigneur devint furieux, quand il 
apprit ton vasion; il me menaa de toute sa colre, si je 
ne te ramenais pas. Je t'ai manque de deux heures  
Lyon. Hier, j'arrivai  Villefranche une heure aprs toi. 
J'ai mis le feu  l'auberge, avec le secours des satellites 
que j'ai perptuellement  mes gages. Je voulais te brler 
ou t'avoir. Je t'ai; je te reconduis dans une maison que ta 
fuite a prcipite dans le trouble et dans l'inquitude, et 
t'y ramne, ma fille, pour tre traite d'une cruelle 
manire. Monseigneur a jur qu'il n'aurait pas de 
supplices assez effrayants pour toi; et nous ne 
descendrons pas de la voiture, que nous ne soyons chez 
lui. Eh bien! Justine, que penses-tu maintenant de la 
vertu? n'et-il pas mille fois mieux valu laisser brler 
tous les enfants de l'univers, que de t'exposer  ce qui 
t'arrive, pour en avoir voulu sauver un... qui, 
malheureusement, ne l'est pas?
	- Oh! madame, ce que j'ai fait, je le ferais encore... 
Vous me demandez mon opinion sur la vertu... je pense 
qu'elle est souvent la proie du crime... qu'elle est 
heureuse, quand elle triomphe; mais qu'elle doit tre 
l'unique objet des rcompenses de Dieu dans le ciel, si 
les forfaits de l'homme parviennent  la fltrir sur terre.
	- Tu ne seras pas longtemps, Justine, sans savoir s'il 
est vraiment un Dieu qui punisse ou qui rcompense les 
actions des hommes... Ah! si dans le nant ternel o tu 
vas rentrer tout  l'heure, il t'tait permis de penser, 
combien tu regretterais les sacrifices infructueux que ton 
enttement t'a force de faire  des fantmes... qui ne 
t'ont jamais paye qu'avec des malheurs!... Il en est 
encore temps, Justine; veux-tu devenir ma complice? Il 
est plus fort que moi de te voir chouer sans cesse dans 
les routes dangereuses de la vertu. N'es-tu donc pas 
suffisamment punie de ta sagesse et de tes faux 
principes? quelles infortunes te faut-il donc pour te 
corriger? quels exemples te sont ncessaires pour te 
convaincre que le parti que tu prends est le plus mauvais 
de tous, et qu'ainsi que je te l'ai dit cent fois, on ne doit 
s'attendre qu' des revers, quand, prenant la foule  
rebours, on veut tre seule vertueuse dans une socit 
tout  fait corrompue. Tu comptes sur un Dieu vengeur! 
dtrompe-toi, Justine, dtrompe-toi; le Dieu que tu te 
forges n'est qu'une chimre dont la sotte existence ne se 
trouva jamais que dans la tte des fous. C'est un fantme 
invent par la sclratesse des hommes, qui n'a pour but 
que de les tromper ou de les armer les uns contre les 
autres. Le plus important service qu'on et pu leur 
rendre, et t d'gorger sur-le-champ le premier 
imposteur qui s'avisa de leur parler d'un Dieu. Que de 
sang un seul meurtre et pargn dans l'univers! Va, va, 
Justine, la nature, toujours agissante, toujours active, n'a 
nullement besoin d'un matre pour la diriger. Eh! si ce 
matre existait effectivement, aprs tous les dfauts dont 
il a rempli ses oeuvres, mriterait-il autre chose de nous 
que des mpris et des outrages? Ah! s'il existe, ton Dieu, 
que je le hais, Justine! que je l'abhorre! Oui, si cette 
existence tait vraie, je l'avoue, le seul plaisir d'irriter 
perptuellement celui qui en serait revtu, deviendrait le 
plus prcieux ddommagement de la ncessit o je me 
trouverais alors d'apporter quelque croyance en lui... 
Encore une fois, Justine, veux-tu devenir ma complice? 
Un coup superbe se prsente; nous l'excuterons avec du 
courage; je te sauve la vie, si tu l'entreprends. Le prlat, 
chez qui nous allons, s'isole dans le sanctuaire de ses 
dbauches; le genre dont tu sais qu'elles sont l'exige; un 
seul valet et l'aumnier l'habitent avec lui, quand il y va 
pour ses plaisirs. L'homme qui court devant cette chaise, 
toi et moi, Justine, nous voil trois contre un. Quand ce 
libertin sera dans le feu de ses volupts, je m'emparerai 
des armes dont il se sert pour trancher la vie de ses 
victimes; tu le tiendras; nous le tuerons; et mon courrier, 
pendant ce temps-l, se dfera des deux acolytes. Il y a 
de l'argent cach dans cette maison, Justine; plus d'un 
million, je le sais; le coup en vaut la peine... Choisis, 
sage crature, choisis la mort... ou me servir. Si tu me 
trahis, si tu lui fais part de mon projet, je t'accuserai 
seule; et tu ne doutes pas que je ne l'emporte par la 
confiance qu'il eut toujours en moi. Rflchis bien avant 
que de me rpondre. Cet homme est un sclrat; donc en 
l'assassinant nous ne faisons que servir les lois desquelles 
il a mrit la rigueur. Il n'y a pas de jour, mon enfant, o 
ce coquin ne massacre une fille: est-ce donc outrager la 
vertu que de punir le crime? et la proposition raisonnable 
que je te fais alarmera-t-elle encore tes farouches 
principes?...
	- N'en doutez pas, madame, rpondit Justine. Ce 
n'est pas dans la vue de corriger le crime que vous me 
proposez cette action; c'est dans le seul motif d'en 
commettre un vous-mme: il ne peut donc y avoir qu'un 
trs grand mal  faire ce que vous dites, et nulle 
apparence de lgitimit. Il y a mieux. N'eussiez-vous 
mme pour dessein que de venger l'humanit des 
horreurs de cet homme, vous feriez encore mal de 
l'entreprendre; ce soin ne vous regarde pas; les lois sont 
faites pour punir les coupables; laissons-les agir; ce n'est 
pas  nos faibles mains que l'Etre ternel en a confi le 
glaive; nous ne nous en servirions pas sans les outrager 
elles-mmes.
	- Rien de si grossier que ton erreur, Justine. Ds 
que les lois sont aveugles, prvaricatrices, ou 
insuffisantes, il est permis  l'homme d'y suppler. Les 
lois sont l'ouvrage des hommes; l'homme a le droit de les 
corriger. Celui dont il s'agit est un despote... un tyran. 
Rappelle-toi les maximes affreuses qu'il nous tala l'autre 
jour; le sclrat dtruirait le peuple entier s'il l'osait; et 
c'est une vertu, ma fille, oui, une vertu, que d'anantir les 
tyrans. Il n'en existerait pas un seul dans le monde, s'il 
m'tait possible de les gorger tous; cette pernicieuse 
engeance est-elle donc ncessaire pour conduire les 
hommes? Mais, ce que j'abhorre encore plus qu'eux, s'il 
est possible, ce sont leurs courtisans et leurs flatteurs, 
tous sclrats qui ne cherchent qu' faire refluer sur eux 
les bonts du prince et leurs richesses. Ainsi le pauvre n'a 
travaill que pour engraisser cette canaille; c'est de son 
sang, de ses larmes et de ses soeurs qu'est abreuv le luxe 
insolent de ces sangsues. Et l'on veut nous faire respecter 
les dgotantes idoles, enfantant d'aussi cruels abus! 
Non, non, je les voue tous  la haine et  la vengeance 
publique, ces prtendus matres du monde, qui ne 
trouvent jamais, dans la puissance qui les enivre, que des 
moyens de sclratesses et de crimes.
	- Oh! madame, rpondit Justine, ne pourrait-on pas 
trouver plus d'une fois vos maximes en contradiction 
avec vos moeurs?
	- Jamais, Justine, jamais; je veux l'galit, je ne 
prche que cela. Si j'ai corrig les caprices du sort, c'est 
parce qu'crase, anantie de l'ingalit de la fortune et 
des rangs, ne voyant que vanit, que tyrannie dans les 
uns, que bassesse, que misre dans les autres, je n'ai 
voulu ni briller avec le riche orgueilleux, ni vgter avec 
le pauvre humili. Je me suis fait un sort, une fortune, 
unique ouvrage de mon adresse et de ma philosophie. 
C'est  force de crimes, j'en conviens; mais je ne crois 
pas au crime, moi, ma chre; il n'existe aucune sorte 
d'action, qui, selon moi, puisse tre qualifie ainsi... En 
un mot, Justine, nous approchons, dcide-toi; veux-tu me 
servir?
	- Non, madame, ne l'esprez jamais.
	- Eh bien, tu mourras, indigne crature, reprit la 
Dubois en fureur; oui, tu mourras; ne te flatte pas 
d'chapper  ton sort.
	- Que m'importe! je serai dlivre de tous mes 
maux; le trpas n'a rien qui m'effraie, c'est le dernier 
sommeil de la vie, c'est le repos du malheureux.
	Et cette bte froce, s'lanant aussitt sur notre 
infortune, elle l'accable de coups... elle a l'insolence de 
la trousser et de lui dchirer de ses ongles les cuisses, le 
ventre et les fesses; elle lui donne des soufflets, elle 
l'invective de toutes les manires, toujours en la 
menaant du pistolet, si elle ose jeter un seul cri. Justine 
fond en larmes.
	Cependant, on avanait fort vite; l'homme qui 
courait devant faisait prparer les chevaux, et l'on 
n'arrtait  aucune poste... Qu'entreprendre?... 
L'abattement de Justine et sa faiblesse la mettaient dans 
un tel tat, qu'elle prfrait la mort aux peines de s'en 
garantir.
	On allait entrer dans le Dauphin, lorsque six 
hommes  cheval, galopant  toute bride derrire la 
voiture, l'atteignent, et forcent le postillon  s'arrter. Il y 
avait  trente pas du chemin une chaumire o les 
cavaliers poursuivants ordonnent au postillon d'amener la 
chaise. Ici Dubois s'aperoit que c'tait des gens de la 
marchausse. Elle leur demande, ds qu'elle a mis pied 
 terre, si elle est connue d'eux, et de quel droit on en use 
ainsi avec une femme de son rang. Tant d'effronterie 
russit  merveille.
	- Nous n'avons pas l'honneur de vous connatre, 
madame, dit l'exempt; mais nous sommes certains que 
vous avez dans votre voiture une malheureuse qui mit 
hier le feu  la principale auberge de Villefranche.
	Puis, se mettant  toiser Justine: 
	- Voil son signalement, madame; nous ne nous 
trompons pas; ayez la bont de nous la livrer et de nous 
apprendre comment une personne aussi respectable que 
vous paraissez l'tre a pu se charger d'une telle femme?
	- Rien que de simple  cet vnement, rpondit 
l'adroite crature; et je ne prtends ni vous le cacher ni 
prendre le parti de cette fille, du moment qu'elle est 
coupable du crime affreux dont vous parlez. Je logeais 
comme elle hier  cette auberge de Villefranche; j'en 
partis au milieu du trouble; et comme je montais dans ma 
voiture, cette fille s'lana vers moi, en implorant ma 
compassion, en me disant qu'elle venait de tout perdre 
dans cet incendie, qu'elle me suppliait de la prendre 
jusqu' Lyon, o elle esprait de se placer. Ecoutant 
moins ma raison que mon coeur, j'acquiesai  ses 
demandes. Une fois dans ma chaise, elle s'offrit  me 
servir. Imprudemment encore je consentis  tout, et je la 
menais en Dauphin o sont mes biens et ma famille. 
Assurment, c'est une leon; je reconnais bien  prsent 
tous les inconvnients de la piti; je m'en corrigerai. La 
voil, messieurs, la voil; Dieu me garde de m'intresser 
 un tel monstre; je l'abandonne  la svrit des lois, et 
vous supplie de cacher avec soin le malheur que j'ai eu 
de la croire un instant.
	Justine voulut se dfendre; elle voulut dnoncer la 
vraie coupable. Ses discours furent traits de 
rcriminations calomniatrices, dont l'insolente Dubois ne 
se dfendit qu'avec un sourire mprisant. O funestes 
effets de la misre et de la prvention, de la richesse et 
de l'audace! tait-il possible qu'une femme qui se faisait 
appeler Mme la baronne de Fulconis, qui affichait le 
luxe, qui se donnait des terres, une famille; se pouvait-il 
qu'une telle femme pt se trouver coupable d'un crime o 
elle ne paraissait pas avoir le plus mince intrt? Tout, au 
contraire, ne condamnait-il pas l'infortune Justine? 
Pauvre et sans protection, comment n'et-elle pas eu tort?
	L'exempt lui lut les plaintes de la Bertrand; c'tait 
elle qui l'avait accuse. Selon cette mgre, notre 
orpheline avait mis le feu  ce logis, pour la voler plus  
son aise; elle l'avait t jusqu'au dernier sou. C'tait 
Justine qui avait jet l'enfant dans le feu, pour que le 
dsespoir o cet vnement allait plonger la mre, lui 
voilt le reste des manoeuvres. C'tait d'ailleurs, ajoutait 
la Bertrand, une fille de mauvaise vie que cette Justine, 
une crature chappe au gibet de Grenoble, et dont elle 
ne s'tait charge que par excs de complaisance pour un 
jeune homme, amant prsum de la dlinquante, laquelle, 
pour surcrot d'impudence, avait impunment raccroch 
des moines  Lyon. En un mot, il n'tait rien dont cette 
indigne Bertrand n'et profit pour perdre Justine; rien 
que la calomnie, aigrie par le dsespoir, n'et invent 
pour l'avilir. A la sollicitation de cette femme on avait 
fait un examen juridique sur les lieux mmes, le feu avait 
commenc dans un grenier  foin o plusieurs personnes 
avaient dpos que Justine tait entre le soir de ce jour 
funeste; et cela tait vrai. Dsirant un cabinet d'aisance 
mal indiqu par la servante  laquelle Justine s'adressa, 
elle tait entre dans ce galetas, ne trouvant point 
l'endroit cherch, et y tait reste assez de temps pour 
faire souponner ce dont on l'accusait, ou pour fournir au 
moins des probabilits. Elle eut donc beau se dfendre, 
l'exempt ne rpondit qu'en apprtant des fers.
	- Mais, monsieur, osa-t-elle dire cependant, si 
j'avais vol ma compagne de route  Villefranche, 
l'argent devrait se trouver sur moi; qu'on me fouille.
	Cette dfense ingnue n'excita que des rires; on lui 
assura qu'elle n'tait pas seule, qu'on tait sr qu'elle 
avait des complices auxquels avaient t remises les 
sommes  l'instant de sa fuite. Alors la mchante Dubois, 
qui connaissait la fltrissure que cette infortune avait eu 
le malheur de recevoir autrefois chez Rodin, contrefit un 
instant la commisration: 
	- Monsieur, dit-elle  l'exempt, on commet chaque 
jour tant d'erreurs sur toutes ces choses-ci, que vous 
pardonnerez l'ide qui me vient. Si cette fille est 
coupable de l'action dont on l'accuse, assurment ce n'est 
pas son premier forfait; on ne parvient pas en un jour  
des dlits de cette nature. Visitez-la, monsieur, je vous en 
prie... Si par hasard vous trouviez sur son malheureux 
corps... Mais si rien ne l'accuse, permettez-moi de la 
dfendre et de la protger.
	L'exempt consentit  la vrification; elle allait se 
faire.
	- Un moment, monsieur, dit Justine en s'y opposant, 
cette recherche est inutile. Madame sait bien que j'ai 
cette affreuse marque; elle sait bien aussi que le malheur 
en est la cause; ce subterfuge de sa part est un surcrot 
d'horreurs qui se dvoilera, ainsi que le reste, au temple 
de Thmis. Conduisez-y moi, monsieur; voil mes mains, 
couvrez-les de chanes; le crime seul rougit de les porter; 
la vertu malheureuse en gmit, et ne s'en effraie pas.
	- En vrit, je n'aurais pas cru, dit la Dubois, que 
mon ide et un tel succs; mais comme cette crature 
me rcompense de mes bonts par d'insidieuses 
inculpations, j'offre de retourner avec elle, si cela est 
ncessaire.
	- Cette dmarche est parfaitement inutile, madame 
la baronne, rpondit l'exempt; nos recherches n'ont que 
cette fille pour objet; ses aveux, la marque dont elle est 
fltrie, tout la condamne; nous n'avons besoin que d'elle, 
et nous vous demandons mille excuses de vous avoir 
retarde si longtemps.
	Notre orpheline, aussitt enchane, est mise en 
croupe derrire un des cavaliers, et la Dubois remonte en 
voiture, en achevant d'insulter cette malheureuse par le 
don de quelques cus laisss piteusement aux gardes 
pour aider  la situation de la prisonnire, dans le triste 
sjour qu'elle allait habiter jusqu' son jugement.
	- O vertu! S'cria Justine, quand elle se vit dans 
cette affreuse humiliation, devais-tu recevoir un plus 
sensible outrage? se peut-il que le crime ose t'affronter et 
te vaincre avec autant d'insolence et d'impunit?
	Ds en arrivant  Lyon, Justine fut prcipite dans 
le cachot des criminels, o on l'croua comme 
incendiaire, fille de mauvaise vie, meurtrire d'enfant, et 
voleuse.
	Il y avait eu sept personnes de brles dans 
l'auberge; elle avait pens l'tre elle-mme; elle avait 
voulu sauver un enfant; elle allait prir. Mais celle qui 
tait cause de cette horreur, chappait  la vigilance des 
lois,  la justice du ciel; elle triomphait, elle retournait  
de nouveaux crimes; tandis qu'innocente et malheureuse, 
Justine n'avait pour perspective que le dshonneur, la 
fltrissure et la mort.
	Dubois rendit compte  l'vque de tout ce qui 
s'tait pass; et celui-ci, furieux de manquer sa proie, 
voulut se ddommager au moins en faisant ajouter, le 
plus qu'il serait possible de charges au procs de cette 
infortune. Il envoya sur-le-champ son aumnier  Lyon, 
muni de nouvelles pices contre elle. On l'accusa d'avoir 
vol monseigneur pendant le temps o il avait eu la bont 
de la prendre  son service. Ce surcrot de preuves hta la 
procdure, et l'on informa promptement.
	De son ct, notre intressante aventurire, 
accoutume depuis longtemps  la calomnie,  l'injustice 
et au malheur, faite depuis son enfance  ne se livrer  un 
sentiment de vertu, qu'assure d'y trouver des pines, 
prouvait une douleur plus stupide que dchirante; ses 
larmes, retombant glaces sur son coeur, ne pouvaient 
humecter ses beaux yeux. Cependant, comme il est 
naturel  toute crature souffrante d'imaginer mme 
l'impossible pour se tirer de l'abme o son infortune la 
plonge, le pre Antonin lui revint  l'esprit. Quelque 
mdiocre secours qu'elle en attendit, elle ne se refusa 
point  l'envie de le voir; elle le demande. Il parat. On ne 
lui avait pas dit par quelle personne il tait dsir; il 
affecte de ne pas reconnatre Justine qui, pour sauver le 
mauvais effet de ce procd, s'empresse de dire au 
gelier, qu'il est trs possible que cet honnte religieux 
ne se ressouvienne pas d'elle, n'ayant dirig sa 
conscience que dans les plus jeunes annes de sa vie A 
peine avais-je douze ans, continua-t-elle, lorsqu'il me fit 
faire ma premire communion; et quoi qu'il en puisse 
tre,  ce titre elle demande un entretien secret avec lui. 
On y consent de part et d'autre.
	Ds qu'elle est seule avec le moine: 
	- Oh! mon pre, s'crie-t-elle en se jetant  ses 
genoux, et les arrosant de ses larmes, sauvez-moi, je vous 
en conjure, de la cruelle position o je suis.
	Alors elle lui prouva son innocence; elle ne lui 
cacha point que les mauvais propos qu'il lui avait tenus 
quelques jours auparavant, avaient indispos la femme 
avec laquelle elle voyageait, et qui se trouvait maintenant 
son accusatrice. Le moine coute trs attentivement.
	- Justine, lui dit-il ensuite, ne t'emporte pas comme 
 ton ordinaire, sitt qu'on enfreint tes maudits prjugs; 
tu vois o ils t'ont conduite, et tu peux facilement te 
convaincre  prsent, qu'il vaut cent fois mieux tre 
coquine et heureuse, que sage et dans l'infortune. Ton 
affaire est aussi mauvaise qu'elle peut l'tre; il est inutile 
de te le dguiser. Cette Dubois dont tu me parles, ayant 
le plus grand intrt  ta perte, y travaillera srement en 
sous-main; la Bertrand poursuivra; toutes les apparences 
sont contre toi; et il ne faut que des apparences 
aujourd'hui pour faire condamner  la mort. Je sais 
d'ailleurs que l'vque de Grenoble agit sourdement, 
mais avec vigueur, contre toi; on assure mme qu'il vient 
d'arriver pour suivre personnellement cette affaire. Tu es 
donc une fille perdue, il faut t'y attendre. Un seul moyen 
peut te sauver. Je suis bien avec l'intendant; il peut 
beaucoup sur les juges de cette ville. Je vais lui dire que 
tu es ma nice, et te rclamer  ce titre; il anantira toute 
la procdure. Je demanderai  te renvoyer dans ma 
famille; je te ferai enlever, mais ce sera pour t'enfermer 
dans notre couvent de cette ville, dont tu ne sortiras de ta 
vie... Et, l, je ne te le cache point, Justine, l, esclave 
asservie de mes caprices, tu les assouviras tous sans 
distinction; tu te livreras de mme  ceux de mes 
confrres; tu seras, en un mot,  nous, comme la plus 
soumise des victimes... Tu m'entends... tu te souviens de 
Sainte-Marie-des-Bois... La besogne est rude; tu sais 
quelles sont les passions de libertins de notre espce. 
Dtermine-toi donc, et ne fais pas attendre ta rponse...
	- Allons, mon pre, rpondit Justine, avec horreur, 
allez, vous tes un monstre, puisque vous vous permettez 
d'abuser aussi cruellement de ma situation pour me 
placer entre la mort et l'infamie. Je saurai prir, s'il le 
faut; mais ce sera du moins sans remords.
	- Comme il vous plaira, ma belle enfant, dit le 
moine en se retirant; je n'ai jamais su violenter une 
femme quand il s'agissait de la rendre heureuse. La vertu 
vous a si bien russi jusqu' prsent, que vous avez 
raison d'encenser ses autels... Adieu; ne vous avisez pas 
surtout de me demander davantage...
	Il sortait. Un mouvement imptueux rentrane 
Justine  ses genoux.
	- Tigre! s'crie-t-elle en larmes, ouvre ton coeur de 
roc  mes affreux revers, et n'impose pas, pour les fuir, 
des conditions plus terribles que la mort.
	Ici la violence de ses mouvements avait fait 
disparatre les voiles qui couvraient son sein... il tait nu; 
ses beaux cheveux y flottaient en dsordre; ce sein 
d'albtre tait inond de ses larmes. Elle inspire 
d'excrables dsirs  cet homme... d'indignes caprices 
que le sclrat veut satisfaire  la minute mme; il ose 
montrer  quel point la luxure le tourmente; il ose 
concevoir des volupts au milieu des fers dont cette 
malheureuse est couverte... Il bande sous le glaive qui va 
frapper Justine... Elle tait  genoux. Le coquin la 
renverse, il se prcipite avec elle sur la malheureuse 
paille qui lui sert de lit. Elle veut crier; il lui enfonce un 
mouchoir dans la bouche; il attache ses bras: matre 
d'elle, le libertin la trousse.
	- Oh! foutre, s'crie-t-il, comme ses charmes se sont 
soutenus!... comme la coquine est encore belle!
	Il carte les cuisses... Plus de rsistances, il 
enconne; c'est le tigre en fureur sur la tendre brebis. 
Aprs l'avoir un instant tourmente, il s'assied sur la 
gorge de cette malheureuse; il la soufflette avec son vit, 
et le lui enfonce enfin dans la bouche.
	- Je t'touffe, si tu me dranges, lui dit-il; laisse-moi 
t'inonder le gosier de foutre;  ce seul prix je ferai peut-
tre quelque chose pour toi.
	Mais les dsirs de ce libertin, aussi bizarres 
qu'irrguliers, se dirigent bientt sur un autre temple. Le 
beau cul de Justine revient  sa mmoire; il se l'expose, 
et les plus rudes attaques succdent promptement aux 
plus ardents baisers. Justine, encule, se dmne, tant 
qu'elle le peut, sous le membre qui la tyrannise; mais elle 
est contenue de faon que chacun de ses mouvements 
sert le moine au lieu de le dranger. Un sperme 
imptueux se dborde  la fin; et l'on connat assez le 
personnage dont il est question, pour se douter des 
pisodes dont est accompagn ce dnouement: c'est la 
foudre crasant l'arbuste dont les tendres rameaux ne 
peuvent lui rsister. Il contemple sa victime ds qu'il en a 
joui;  la fureur qui l'anime, notre infortune ne voit plus 
succder que le dgot... que le mpris: voil l'homme.
	- Ecoutez, lui dit-il en la dtachant, et se rajustant 
lui-mme, vous ne voulez pas que je vous sois utile? A la 
bonne heure, je ne vous servirai, ni ne vous nuirai, je le 
promets; mais si vous vous avisez de dire un seul mot de 
ce qui vient de se passer, en vous chargeant des crimes 
les plus normes, je vous te  l'instant tout moyen de 
pouvoir vous dfendre. Rflchissez bien avant que de 
parler; on me croit matre de votre confession... vous 
m'entendez: il nous est permis de tout rvler quand il 
s'agit d'un criminel. Saisissez donc bien l'esprit de ce que 
je vais dire au concierge, ou j'achve  l'instant de vous 
perdre.
	Il frappe. Le gelier parat.
	- Monsieur, lui dit ce tratre, cette bonne fille se 
trompe, elle a voulu parler d'un pre Antonin qui est  
Bordeaux. Je ne la connais nullement. Elle m'a pri 
d'entendre sa confession; je l'ai fait. Je vous salue l'un et 
l'autre, et serai toujours prt  me reprsenter quand on 
jugera mon ministre important.
	Le barbare sort en disant ces mots, laissant Justine 
aussi confondue de sa fourberie que rvolte de son 
insolence et de son libertinage, et dvore de l'affreux 
remords de ne s'tre pas tue, plutt que d'avoir (quoique 
malgr elle) servi de plastron  d'aussi affreuses 
dbauches.
	Cependant son tat tait trop horrible pour ne pas 
faire usage de tout. Justine se ressouvient de Saint-
Florent. Il est impossible, se disait-elle, que cet homme 
puisse me msestimer relativement  la conduite que j'ai 
eue avec lui. Je lui ai rendu un service assez important; il 
m'a traite d'une manire assez barbare pour imaginer 
qu'il ne refusera pas de rparer ses torts envers moi dans 
une circonstance aussi essentielle, et de reconnatre, en 
ce qu'il pourra du moins, ce que j'ai fait de si honnte 
pour lui. Le feu des passions peut l'avoir aveugl aux 
deux poques o le l'ai connu; mais il est mon oncle, et, 
dans ce cas-ci, nul sentiment ne doit l'empcher de me 
secourir. Me renouvellera-t-il ses dernires propositions? 
mettra-t-il les secours que je vais exiger de lui au prix 
des affreux services qu'il m'a expliqus? eh bien, 
j'accepterai; et, une fois libre, je trouverai bien les 
moyens de me soustraire au genre de vie abominable 
auquel il aura eu la bassesse de m'engager.
	Pleine de ces rflexions, Justine crit  Saint-
Florent. Elle lui peint ses malheurs, elle le supplie de la 
venir voir. Mais elle n'a pas assez rflchi sur l'me de 
cet homme, quand elle a cru la bienfaisance capable d'y 
pntrer; elle ne s'est pas assez rappel les indignes 
maximes de ce pervers. Et sa malheureuse faiblesse, 
l'engageant toujours  juger les autres d'aprs son coeur, 
elle a mal  propos suppos que cet individu devait se 
conduire avec elle comme elle se serait conduite avec lui.
	Il arrive. Et, comme Justine avait demand  le voir 
seul, on les laisse ensemble. Il avait t facile  notre 
hrone de voir, aux marques de respect qu'on lui avait 
prodigues, quelle tait sa prpondrance dans Lyon.
	- Quoi! c'est vous, lui dit-il en jetant sur elle des 
regards de mpris. Je m'tais tromp sur la lettre; je la 
croyais d'une femme plus honnte que vous, et que 
j'aurais servie de tout mon coeur; mais que voulez-vous 
que je fasse pour une imbcile de votre espce? 
Comment! vous tes coupable de cent crimes tous plus 
affreux les uns que les autres, et quand on vous propose 
un moyen de gagner honntement votre vie, vous vous y 
refusez avec opinitret? on ne porta jamais la btise 
plus loin.
	- Oh! monsieur, s'cria Justine, je ne suis point 
coupable.
	- Que faut-il donc faire pour l'tre? reprit aigrement 
cet homme dur. La premire fois de ma vie que je vous 
vois, c'est au milieu d'une bande de voleurs, qui veulent 
m'assassiner; maintenant, c'est dans les prisons de cette 
ville, accuse de trois ou quatre nouveaux crimes, et 
portant sur vos paules la marque assure des anciens; si 
vous appelez cela tre honnte, apprenez-moi donc ce 
qu'il faut pour ne l'tre pas?
	- Oh! juste ciel! monsieur, rpondit Justine, pouvez-
vous me reprocher l'poque de ma vie o je vous ai 
connu, et ne serait-ce pas bien plutt  moi de vous en 
faire rougir? J'tais de force, vous le savez, monsieur, 
parmi les bandits qui vous arrtrent; ils voulaient vous 
arracher la vie; je vous la sauvai en facilitant votre 
vasion... en nous chappant tous les deux. Que ftes-
vous, homme cruel, pour me rendre grces de ce service? 
est-il possible que vous puissiez vous le rappeler sans 
horreur? Vous voultes m'assassiner moi-mme; vous 
m'tourdtes par des coups affreux; et profitant de l'tat 
o vous m'aviez mise, malgr les liens du sang qui nous 
unissaient, vous m'arrachtes ce que j'avais de plus cher; 
par un raffinement de cruaut sans exemple vous me 
drobtes le peu d'argent que je possdais, comme si 
vous eussiez dsir que l'humiliation et la misre vinssent 
achever d'craser votre victime. Que n'avez-vous pas 
entrepris depuis, pour perptuer mes malheurs! Vous 
avez bien russi, homme barbare; assurment vos succs 
sont entiers; c'est vous qui m'avez perdue; c'est vous qui 
avez entrouvert l'abme o je n'ai cess de tomber depuis 
ce malheureux instant. J'oublie tout, nanmoins, 
monsieur, oui, tout s'efface de ma mmoire; je vous 
demande mme pardon d'oser vous en faire des 
reproches; mais pourriez-vous vous dissimuler qu'il ne 
me soit d quelque ddommagement... quelque 
reconnaissance de votre part? Ah! daignez n'y pas fermer 
votre me, quand le voile de la mort s'tend sur mes 
tristes jours; ce n'est pas elle que je crains, c'est 
l'ignominie. Sauvez-moi de l'horreur de mourir comme 
une criminelle; tout ce que j'exige de vous se borne  
cette seule grce; ne me la refusez pas, monsieur, ne me 
la refusez pas, et le ciel et mon coeur vous en 
rcompenseront un jour.
	Justine tait en larmes devant cet homme froce; et, 
loin de lire sur sa figure l'effet qu'elle devait attendre des 
secousses dont elle se flattait d'branler son me, elle n'y 
distinguait que cette altration de muscles qu'elle avait 
pu y remarquer, quand il assouvissait ses lubricits avec 
elle. Il tait assis bien en face; ses yeux noirs et mchants 
la considraient d'une manire affreuse; le sclrat se 
branlait devant elle.
	- Infme coquine, lui dit-il avec ce courroux libertin 
dont la malheureuse Justine avait t si souvent victime; 
malheureuse garce, ne te souvient-il pas qu'en te quittant 
chez moi, je te recommandai surtout de ne jamais 
paratre dans Lyon?
	- Mais, monsieur!...
	- Que m'importe l'accident qui t'y ramne! t'y voil; 
c'est mille fois plus qu'il ne me faut pour exciter ma rage, 
et pour dsirer de te voir pendre. Ecoute-moi cependant; 
je veux bien encore te servir. Toute ta procdure est ici 
entre les mains de M. de Cardoville, mon ami depuis 
l'enfance; ton sort dpend absolument de lui; je vais lui 
parler; mais je t'avertis que tu n'obtiendras rien sans la 
plus servile soumission, non seulement  lui, mais mme 
 son fils et  sa fille, avec lesquels il partage 
ordinairement toutes ses scnes de luxure. Je t'exhorte 
donc  l'obissance la plus entire; lui seul peut quelque 
chose  ton procs, et tu es perdue si tu rsistes. Pour 
moi, Justine, je te le dclare, absolument dgot de toi, 
je n'y serai pas; mais si mes amis dont tu n'es point 
connue, t'acceptent, on viendra te prendre  l'entre de la 
nuit, tu suivras tes gardes. Une fois aux pieds de tes 
juges, tu te laveras de ton mieux; tu tabliras ton 
innocence de la manire la plus persuasive, et tu te 
prteras surtout  tout ce qui te sera propos. Voil 
l'unique service que je puisse te rendre. Adieu; tiens-toi 
prte  tout vnement et surtout ne me fais pas faire de 
fausses dmarches, car tu ne me retrouverais de tes jours.
	A ces mots, Saint-Florent, qui n'avait pas cess 
d'agiter son vit tout en raisonnant, ordonne  Justine de 
montrer son cul; il y applique cinq ou six claques de 
toute la vigueur de son bras; il enfonce dans les chairs 
des ongles meurtriers, et laisse tomber sur les cuisses de 
cette malheureuse le rsultat honteux de ses 
sclratesses. Il disparat en laissant au gelier des ordres 
de resserrer de plus en plus la coupable, mais de la livrer 
nanmoins  Cardoville, s'il se prsente pour l'emmener.
	Rien n'galait la perplexit de Justine. N'avait-elle 
pas dans ce qu'elle voyait trop de raisons de se mfier, et 
du protecteur qu'on lui proposait, et plus encore des 
moyens dont elle serait oblige de payer cette protection? 
Et cependant elle ne pouvait balancer. Devait-elle rejeter 
tout ce qui paraissait lui offrir quelque secours? Il tait 
question de se prostituer; on le lui faisait assez 
clairement entendre. Soit; mais Justine se flattait 
d'mouvoir, d'attendrir, de se soustraire. Il s'agissait 
d'ailleurs de sauver sa vie; et cet intrt devenait d'un tel 
poids, qu'on est bien pardonnable en lui faisant cder 
quelque autre considration trangre... Jamais celle de 
l'honneur... je le veux; mais ce que la force entreprenait 
sur Justine tait-ce donc au prix de son honneur? tait-
elle responsable des attentats commis sur sa personne? 
et, aux yeux des gens les plus scrupuleux, toutes les 
horreurs dont elle avait t souille jusqu' ce moment 
attaquaient-elles en rien l'inbranlable base de sa vertu?
	Telles taient les rflexions que Justine faisait en 
s'habillant et en se prparant  suivre ceux qui allaient 
venir la prendre. L'heure sonne; le gelier parat; Justine 
frmit.
	- Suivez-moi, lui dit le Cerbre; c'est de la part de 
M. de Cardoville. Songez  profiter comme il convient de 
la faveur que le ciel vous offre; nous en avons beaucoup 
ici qui dsireraient une telle grce, et qui ne l'obtiendront 
jamais.
	Pare du mieux qu'il lui est possible, Justine suit le 
concierge, qui la remet aux mains de deux grands ngres, 
dont le farouche aspect excite sa frayeur.
	On la jette dans une voiture, sans dire un mot. Les 
ngres y montent avec elle; les stores se baissent; et le 
seul calcul que puisse faire Justine, est que c'est  deux 
ou trois lieues de Lyon que la voiture s'arrte.
	La cour d'un chteau solitaire, environne de 
cyprs, est le seul objet que lui laissent apercevoir les 
rayons de la lune; aucun bruit ne se fait entendre, et l'on 
conduit notre hrone dans une salle assez mal claire, 
o les ngres, toujours en silence, l'entourent, sans lui 
dire un mot. Au bout d'un quart d'heure, une vieille 
femme, suivie de quatre jeunes garons, trs jolis, gs 
de seize  dix-huit ans, et tenant chacun le coin d'un 
grand drap noir, paraissent aux yeux de Justine.
	- Parvenue au dernier terme de votre vie, lui dit la 
vieille, les vtements que vous portez vous deviennent 
inutiles, quittez-les donc tous  l'instant, sans en excepter 
un seul. Il faut aussi que je coupe le poil de votre motte, 
dit la dugne, ds que Justine fut nue; et maintenant, 
poursuivit-elle quand ces deux premires oprations 
furent faites, il faut que je vous bande les yeux, et que 
vous soyez emporte dans ce drap mortuaire.
	Tout s'excute, et Justine, ainsi prive du sens de la 
vue, est porte dans un salon o la vieille, les deux 
ngres et les quatre porteurs la fixent debout, dans une 
telle attitude que ses bras, levs en l'air et rattachs par 
des cordes, ne peuvent pas lui tre d'un plus grand 
secours que ses pieds, fortement lis de mme au 
parquet. Ainsi contenue, toujours voile, Justine est 
manie par plusieurs mains, sans qu'elle sache  qui elle 
a affaire. On lui dbande les yeux; et voici les 
personnages qu'elle aperoit, et qui s'apprtent  se 
divertir d'elle. Nous allons comprendre dans ce dtail 
ceux qui l'avaient apporte l, quoiqu'elle les et aperus 
ds en arrivant.
	Dolmus et Cardoville, tous deux gs de quarante-
cinq  cinquante ans, paraissaient les deux principaux 
acteurs de ces scandaleuses orgies; tous deux occupaient 
dans Lyon les places les plus minentes. Une jeune 
personne, nomme Nicette, de dix-huit  vingt ans, fort 
brune, l'air excessivement libertin, fut annonce comme 
la fille de Cardoville, et comme l'un des personnages de 
la scne, auquel devait galement se soumettre Justine. 
Brumeton, gros garon de vingt-deux ans, frais comme 
une rose, le plus beau vit et le plus charmant cul, tait le 
frre de Nicette, dont Saint-Florent avait parl  notre 
hrone. Zulma, trs jolie blonde, de vingt-quatre ans, la 
peau superbe, les formes moules, les yeux divins, et la 
luxure ptillant dans chacun de ses traits, fut galement 
produite comme l'une des agentes de cette partie; et 
Cardoville dit  Justine qu'elle tait fille de Dolmus. 
Cette jeune personne avait aussi son frre, g de vingt-
six ans, laid, velu comme un ours, et celui de toute 
l'assemble dont l'air tait le plus aigre et le plus 
mchant; on le nommait Volcidor. A l'gard des quatre 
jeunes garons qui venaient d'apporter Justine, ils taient 
de la plus voluptueuse figure et paraissaient tous quatre 
destins aux plaisirs de la bande lubrique; on les 
nommait Julien, Larose, Fleur-d'Amour et Saint-Clair. 
Les deux ngres avaient environ vingt-deux  trente ans. 
Nul monstre ne fut membr comme ces deux Africains; 
l'ne le plus clbre du Mirebalais n'et t qu'un enfant 
auprs d'eux; et l'on ne pouvait croire en le voyant que 
jamais aucun tre pt se trouver dans la possibilit 
d'employer de tels hommes. Nous ne parlons pas de la 
vieille, que Justine ne revit plus, et qui, sans doute, 
n'avait ici que le dtail extrieur des parties de la socit.
	Tous les membres de cette assemble, au nombre 
de douze personnes, entourrent Justine, aussitt que le 
bandeau fut arrach de ses yeux, et chacun lcha son 
sarcasme.
	- Cardoville, dit Dolmus, cette putain sait-elle 
qu'elle doit mourir ici?
	- Comment esprerait-t-elle de s'en sauver, dit 
Cardoville: elle a quarante-deux tmoins contre elle. Ce 
que nous faisons ici n'est que pour lui rendre service; elle 
a tmoign de l'loignement pour finir ses jours en place 
publique: nous allons l'expdier dans cette maison.
	A ces mots, l'impudente Nicette, dans les bras de 
Saint-Clair, et dj branle par ce beau jeune homme, 
lche un blasphme horrible, en assurant que, de ses 
jours, elle n'aura got de plaisir plus vif que celui de 
voir expirer cette crature.
	- Oh! double dieu! s'crie Zulma, pour le moins 
avec autant de cynisme, et branlant un vit de chaque 
main; je demande, pour toute grce, que l'on me laisse lui 
donner les derniers coups.
	Pendant ce temps-l, les deux pres et les deux fils 
tournaient et retournaient autour de la patiente, en la 
palpant comme les bouchers font au boeuf qu'ils 
marchandent.
	- Nous n'avons, depuis bien longtemps, dit 
Volcidor, condamn personne dont les crimes soient 
aussi constats.
	- Moi, des crimes constats? dit Justine.
	- Constats ou non, dit Cardoville, tu seras brle, 
bougresse, rtie  petit feu; mais c'est nous qui nous 
chargeons de ce doux soin. Quelle reconnaissance tu 
nous en dois!
	Ici, Nicette se pma; elle ouvrit les cuisses, poussa 
un cri terrible, et jura comme un charretier pendant tout 
le temps de la crise. Cardoville approche aussitt sa fille, 
s'agenouille entre ses jambes, lui suce le con, hume le 
foutre, et revient tranquillement prs de Justine.
	- Es-tu folle, dit l'aimable fille de Dolmus,  qui 
Larose rendait amplement ce qu'il en recevait, dis, 
putain, es-tu folle de dcharger aussi promptement?
	- Quoi! dit Nicette, tu ne veux pas que je perde mon 
foutre, quand mon pre raisonne aussi bien?
	- Ne te faut-il que de tels propos pour te faire partir 
galement? dit Dolmus.
	- Quelque chose de mieux, papa, rpond la 
libertine. Dtache cette fille; dis-lui de me branler le con 
avec la langue, et tu verras si l'jaculation de mon foutre 
n'accompagnera pas cette dmarche.
	- Non, dit Dolmus; elle ne peut quitter l'attitude 
qu'elle n'y ait subi la question; et je suis bien sr que ce 
spectacle t'enflammera pour le moins autant que celui 
que tu dsires.
	- Oh! oui, oui; pourvu que la garce souffre, je serai 
contente; ce sont ses douleurs que je veux...
	Et la petite friponne, ne se contenant plus, ouvre ses 
cuisses aux doigts libertins de Larose, colle ses lvres sur 
la bouche de Saint-Clair qui la socratise, et dcharge 
avec abondance. Cardoville, dont il parat que c'est le 
got, renouvelle ce qu'il vient de faire avec sa fille; il 
s'agenouille, hume le foutre, et revient auprs de Justine, 
qui, ple, tremblante, dfigure, ose nanmoins s'crier
	- Ah! juste ciel! encore des horreurs!...
	- Oui, mais violentes, dit Brumeton en lui claquant 
nerveusement le derrire. On dit que vous en avez 
beaucoup prouv dans la vie; je doute nanmoins que de 
plus fortes vous aient jamais assaillie.
	- Oh Dieu! qu'allez-vous donc me faire?
	- Vous livrer, dit Dolmus, aux plus excrables 
tortures dont jamais la cruaut la mieux rflchie ait 
souill les annales de la terre.
	- Mon pre, dit Zulma, que son frre branlait cette 
fois, souviens-toi que tu m'as promis de me faire sucer la 
moelle de ses os, et de me faire avaler son sang dans son 
crne.
	- Je te le promets encore, dit Dolmus; et cela, 
pendant que ton frre et moi mangerons ses fesses.
	Ici Volcidor fait voir  son pre qu'il bande 
puissamment; et Dolmus, prsentant le cul, se fait 
incestueusement limer quelques minutes. Cardoville, 
remplaant Volcidor, s'approche de Zulma et lui suce 
alternativement la bouche et le clitoris, pendant que 
Nicette, se remettant en train avec Brumeton son frre, 
branle des vits, en baisant les fesses d'un ngre.
	- Eh bien, dit Dolmus, revenu  l'examen de Justine, 
Saint-Florent n'avait-il pas eu raison de nous dire que 
cette garce avait un beau cul? Et il le mordit en disant 
cela.
	- Oui, sacre-dieu, dit Cardoville en revenant  son 
ami; oui, foutre dieu, la putain a le plus beau cul qu'on 
puisse voir; il est urgent de nous amuser de cette prude.
	- Voici comment, rpondit Dolmus. Il faut que nous 
l'entourions tous; que chacun adopte ensuite une partie 
de son corps, et moleste cette partie; c'est--dire que nous 
aurons tous un numro, et que, tour  tour, chacun fera 
lestement subir  la patiente la douleur dont il sera 
charg. Ces tours se recommenceront avec vitesse; nous 
imiterons le battant d'une horloge; ce seront, je suppose, 
les douze coups de midi qui se renouvelleront sans cesse; 
et, par ce moyen, la victime tiraille, pince, mordue 
dans toutes les parties de son corps, ne sera pas une 
demi-seconde sans souffrir une douleur nouvelle.
	- Oh! foutre, dit Nicette en mordant les fesses du 
ngre, et revenant sucer un des vits qu'elle branlait et 
qu'elle voyait prs de sa dcharge, oh! sacr foutre dieu, 
quelle scne divine! commenons, double dieu, pressons-
nous. Les postes se prennent; et voici quelle en est la 
distribution.
	Cardoville s'empare de la sommit du tton droit; 
Brumeton, son fils, de la racine; le gauche est occup de 
mme par Dolmus et son fils; Nicette demande le clitoris; 
Zulma les babines du con; chaque ngre prend un mollet; 
Larose et Julien ont chacun une aisselle; Fleur-d'Amour 
et Saint-Clair prennent les fesses.
	Les supplices devaient s'appliquer dans l'ordre on 
nous venons de nommer les personnages, et l'on pouvait 
indiffremment piquer ou pincer la partie dont on tait 
charg. On excuta douze reprises de suite, au bout 
desquelles Cardoville, s'apercevant que la victime 
chancelait, dit qu'il fallait la laisser reprendre un 
moment. Cet intervalle est rempli par d'infmes luxures. 
Les pres foutirent leurs filles, enculs par leurs fils, et 
caressant chacun deux bardaches, que les ngres 
fouettaient devant eux. Ici, les femmes dchargrent; les 
hommes se continrent. Justine fut dtache; les deux 
jeunes filles tendues sur des canaps lui offrirent leurs 
cons  sucer. Ds que, bien malgr elle, la pauvre fille 
s'est acquitte de ce premier soin, elle est contrainte  
remplir le mme avec les deux pres, et de lcher le trou 
de leurs culs, jusqu' ce qu'un pet lui ait annonc qu'on 
n'avait plus besoin de ce service. Alors on l'tend  terre, 
et tout le monde l'invective et la foule aux pieds. Des 
jeux plus srieux s'entreprennent enfin.
	Saisie par un ngre, la malheureuse expose son 
derrire, et chacun vient lui appliquer cent coups de nerf 
de boeuf. On n'imagine pas avec quelle ardeur les deux 
jeunes filles se conduisirent en cette occasion. Elles 
furent de toute l'assemble celles qui dchirrent Justine 
avec le plus d'acharnement. Aussitt qu'elles avaient 
fouett, elles se vautraient sur des tapis, et attiraient  
elles ceux des hommes qui leur plaisaient le mieux.
	De ce supplice on passa au suivant.
	Brumeton dit qu'il faut que chaque fille soit encule 
par son pre, et foutue en con par son frre; qu'il faut que 
les ngres sodomisent les pres, et que les jeunes gens 
auront chacun le vit d'un bardache dans le cul, et l'autre 
dans la main. Ce groupe intressant s'excute pendant 
que Justine est place sur une roue aux yeux de 
l'assemble. Tout le monde dcharge: il tait temps, la 
victime n'y pouvait plus tenir. On lui donne une heure 
pour se reposer; et, pendant ce temps, des vins, des 
jambons, des liqueurs sont offerts  la lubrique 
assemble, qui, retrouvant ses forces dans de tels 
restaurants, s'occupe bientt de nouvelles horreurs.
	- Allons, belle Justine, dit Dolmus, tu vois ces vits 
teints, tu dois les ranimer.
	L'assemble se forme en cercle; notre hrone est 
au milieu. Il faut qu'elle s'approche tour  tour de chacun; 
qu'elle suce le con, le cul, la bouche des femmes, la 
langue, l'anus et le vit des hommes; et chaque individu 
devant lequel elle passe est oblig de lui faire une 
blessure  sang.
	Dolmus lui arrache l'oreille; Cardoville lui fait une 
incision dans le tton droit; Brumeton gratigne le 
gauche; Nicette enfonce, deux fois de suite, la pointe 
d'un canif dans la fesse droite; sa soeur coupe un 
morceau de la gauche; Volcidor, arm d'une boule qui 
prsente des pointes de toutes parts, en chatouille assez 
longtemps l'intrieur du con; Larose pique une veine  la 
cuisse gauche; Julien, de ses dents, emporte un morceau 
de la droite; Fleur-d'Amour donne un coup de poing dans 
le nez, qui fait jaillir le sang; Saint-Clair enfonce un 
stylet de huit lignes dans le ventre; le premier ngre 
incise les paules; le second pique la jugulaire. Zulma, 
ivre de lubricit, demande  tre foutue; Nicette 
tmoigne le mme dsir. Les ngres les enconnent toutes 
deux, pendant qu'elles se font enculer par leurs frres, et 
que les pres foutent des bardaches  leurs yeux, dont 
elles branlent les vits.
	- Il faut pourtant que nous jouissions de cette garce, 
dit Cardoville.
	- Oui, rpond Dolmus; mais en la rtrcissant, 
j'espre.
	Ces paroles, que Justine ne comprenait pas, la firent 
nanmoins tressaillir.
	- Zamor, dit Cardoville  celui de ses ngres qui 
portait ce nom, prends cette putain, et rtrcis-la nous.
	Le valet obit. Il s'empare de Justine; lui place les 
reins sur une sellette ronde, qui n'a pas six douces de 
diamtre; l, sans aucun point d'appui, ses jambes 
tombent d'un ct, ses bras de l'autre. On fixe ces quatre 
membres  terre, dans le plus grand cart possible. Le 
bourreau qui va rtrcir les voies s'arme d'une longue 
aiguille, su bout de laquelle est un fil cir. Mais ici le 
caractre violent du Zulma se dcide.
	- Oh! foutu bougre de dieu, s'crie-t-elle enflamme 
de vin et de luxure, laissez-moi cette besogne, c'est  moi 
de la remplir; je veux coudre le con; ma soeur se 
chargera du cul.
	- Je lui coudrai le coeur s'il le faut, dit Nicette, et le 
lui dvorerai tout saignant aprs, si l'on veut.
	- Courage! braves enfants, dit Dolmus; vous tes 
dignes de ceux qui vous ont donn l'tre; et la piti, le 
plus vil de tous les sentiments, n'a plus d'accs sur vos 
coeurs pervertis.
	- Non, non, foutre, elle n'en a plus, dit Zulma, 
s'approchant du con qu'elle va calfeutrer.
	Et, sans s'inquiter du sang qu'elle va rpandre, ni 
des douleurs qu'elle occasionnera, le monstre, en face des 
sclrats que ce spectacle enflamme, ferme 
hermtiquement, au moyen d'une couture, l'entre du 
vagin de Justine. Nicette avance, et l'autel de Sodome se 
barricade de la mme manire.
	- Voil comme il me les faut, dit Cardoville, quand 
on eut replac Justine sur les reins, et qu'il vit bien  sa 
porte la forteresse qu'il voulait envahir.
	Il pousse avec une incroyable vigueur; Zamor 
l'encule pendant ce temps-l. Pour soutenir son illusion, 
il veut que les deux soeurs, sous ses yeux, soient 
sodomises par leurs frres; que Dolmus encule un 
bardache, pendant que l'autre ngre lui insinuera le vit 
dans le cul. Le tableau s'arrange; les fils se rompent. Les 
tourments de l'enfer n'galent pas ceux qu'endure Justine; 
plus ses douleurs sont vives, plus paraissent piquants les 
plaisirs de ses perscuteurs. Tout cde enfin  ces efforts; 
Justine est dchire. Le dard monstrueux de Cardoville, 
en s'introduisant avec violence, va renouveler les 
blessures faites par Volcidor, avec la boule piquante; 
mais Cardoville, qui rserve ses forces pour de nouvelles 
horreurs, se garde bien de dcharger. On retourne la 
victime. Mmes obstacles. Le cruel les observe en se 
branlant, et ses mains froces molestent les environs, 
pour tre mieux en tat de surprendre la place. Il s'y 
prsente. La petitesse naturelle du local rend les attaques 
bien plus vives. Le redoutable vainqueur a bientt bris 
tous les freins; Justine est en sang; qu'importe au 
triomphateur? Deux vigoureux coups de reins le placent 
au sanctuaire, et le sclrat y consume  la fin un 
sacrifice dont la victime n'aurait pu, sans s'vanouir, 
soutenir un instant de plus les douleurs.
	- A moi, dit Dolmus en faisant dtacher Justine; je 
ne la coudrai pas, la chre fille, mais je vais la coucher 
sur un lit de camp, qui lui rendra promptement toute la 
chaleur que sa sotte vertu lui fait perdre.
	Un des ngres sort aussitt d'un cabinet une croix 
diagonale, toute garnie de pointes d'acier; c'est l-dessus 
que l'insigne libertin veut qu'on place Justine. Mais de 
quel pisode, grand Dieu! va-t-il amliorer sa cruelle 
jouissance? Avant que d'attacher la victime, Dolmus fait 
pntrer lui-mme, dans le cul de cette malheureuse, une 
boule compose. A peine est-elle introduite dans les 
entrailles de la patiente, qu'elle prouve un feu dvorant 
au-dedans d'elle-mme. Elle crie; on la garrotte. Dolmus 
l'enconne, en la pressant de toutes ses forces sur les 
pointes aigus qui la dchirent. Un des ngres encule 
Dolmus; Nicette et Zulma viennent prsenter leurs fesses 
au fouteur; elles branlent leurs frres pendant ce temps-
l, dont l'un d'eux fouette Cardoville, qui sodomise un 
des jeunes gens, pendant que les autres l'entourent. Tout 
jouit. La seule Justine prouve des douleurs qu'il est 
difficile de se figurer; plus elle repousse ceux qui la 
pressent, plus ils la rejettent sur les aiguilles dont la 
malheureuse est lacre. Pendant ce temps, les ravages 
de la terrible boule deviennent impossibles  peindre. Les 
cris de cette infortune dchireraient les coeurs de tout 
autre que ceux des sclrats qui l'environnent. Nulle 
expression ne rendrait ce qu'elle prouve. Cependant le 
barbare Dolmus parait jouir dlicieusement; sa bouche, 
imprime sur celle de la patiente, semble respirer les 
douleurs qu'elle prouve, pour en accrotre les plaisirs 
dont s'enivre sa dlicatesse; mais  l'exemple de son ami, 
sentant son foutre prt  s'exhaler, il veut tout faire avant 
que de le perdre. On retourne Justine. Toutes meurtries, 
toutes dchires que sont ses fesses, elles semblent 
encore sublimes  ses perscuteurs. La boule, qu'on lui a 
fait rendre, va produire au vagin le mme incendie 
qu'elle alluma dans les lieux qu'elle quitte; elle monte, 
elle descend, elle brle jusqu'au fond de la matrice. On 
ne l'en attache pas moins sur le ventre  la perfide croix; 
et des parties bien plus dlicates vont se molester sur les 
pointes aigus qui les reoivent. Dolmus sodomise, 
pendant qu'un des bardaches le fout, encul lui-mme par 
un ngre. L'autre Africain, les deux pieds placs sur les 
branches leves de la croix, frotte de ses fesses le visage 
de Justine; il lui chie sur le nez... Elle est contrainte  
tout avaler, tandis que, dans un coin, Brumeton enconne 
sa soeur. Volcidor, Cardoville et Brumeton remplacent 
Dolmus, tantt enculs par les ngres, tantt par les 
bardaches, tandis que Nicette et Zulma viennent  leur 
tour pisser et chier sur le visage de la patiente. Ds 
qu'elles ont fait, elles se placent vis--vis de la croix, et 
viennent s'en faire donner par les hommes qui quittent le 
cul de leur pre ou de leur frre. Le dlire parat  son 
comble, et le sang de la malheureuse Justine arrose tous 
les sacrificateurs.
	- Il me vient une ide unique, dit Zulma qui 
dcharge, enconne par Larose, et sodomise par Julien. 
Nous sommes douze; formons deux haies; armons-nous 
chacun d'une excellente gaule, et faisons passer Justine 
par les verges.
	- A combien de tours la condamnerons-nous? dit 
Brumeton qu'enflamme cette ide.
	- A douze, rpond Volcidor.
	- Il ne faut rien dterminer, dit Nicette; il faut que 
la gueuse y passe jusqu' ce qu'elle tombe.
	- Non, non, dit Cardoville; je la rserve  un autre 
genre de supplice. Amusons-nous de celui qui vient de 
nous tre propos; mais que ce ne soit point par un 
chemin si doux que cette malheureuse soit conduite  la 
mort.
	- Eh bien! reprit Zulma, excutons toujours mon 
ide.
	On se forme. La triste Justine, qui se soutient  
peine, est oblige de parcourir les rangs; en six minutes, 
son malheureux corps n'est plus qu'une plaie... Encore de 
mme  ce supplice, on n'imagine pas  quel point les 
deux jeunes filles exercent leur frocit lubrique; ce sont 
elles qui frappent le plus fort; Justine succombe; les 
tigres vont la chercher  terre, et c'est dans cet affreux 
tat qu'ils ordonnent aux ngres d'en jouir. Tous deux 
s'en emparent; pendant que l'un jouit du devant, l'autre 
s'enfonce dans le derrire; ils changent et rechangent 
sans cesse. Justine est encore plus dchire de leur 
grosseur, qu'elle ne l'a t du brisement des artificieuses 
barrires qu'on venait de franchir. Pendant ce temps les 
deux pres sodomisent des bardaches, en gamahuchant le 
trou du cul de leurs filles, chacune enconne par leur 
frre. De nouveaux flots de foutre se rpandent, lorsqu'un 
pisode inattendu s'entreprend.
	Zulma, la fougueuse Zulma, dit qu'elle veut tre 
foutue sur la croix garnie d'aiguilles, et qu'il faut, l, que 
tous les hommes lui passent sur le corps; elle ajoute qu'il 
faut que Justine soit suspendue sur sa tte, et l'arrose du 
sang que ses membres distillent.
	- Ah! foutre, quelle ide, dit Nicette; combien je 
suis jalouse de l'esprit de celle qui l'a invente; je 
demande  suivre ma soeur.
	- Nous la suivrons tous, dit Volcidor. Ces aiguilles 
ne sont rien moins qu'un supplice; elles enflamment les 
sens; elles irritent le temprament; elles produisent le 
mme effet que le fouet.
	- Oui, oui, sacredieu, nous passerons tous, dit 
Brumeton.
	- A la bonne heure, dit Zulma; mais je m'y place 
toujours la premire. La putain y colle son dos; on la 
fixe; tous les hommes l'enconnent; elle est en sang. Oh! 
comme c'est dlicieux, s'crie-t-elle; retournez-moi, que 
l'on m'encule.
	Elle est obie. Ce funeste caprice chauffe toutes 
les ttes. Hommes, femmes, jeunes garons, tout s'y 
arrange, tout s'y fait foutre; et tous, arms d'une flche, 
piquent, gratignent le malheureux corps suspendu sur 
leurs ttes, afin de redoubler sur le leur les flots de sang 
dont ces sclrats aiment  s'inonder. Justine est enfin 
descendue, mais inanime. Son triste individu n'est plus 
qu'une masse informe que d'affreuses plaies cicatrisent... 
elle est sans connaissance.
	- Qu'en ferons-nous? dit alors Cardoville.
	- Il faut, dit Dolmus, laisser aller le cours de la 
justice; elle mourra de mme, et nous serons  l'abri de 
tout. Faisons-la revenir, et qu'on la ramne en prison.
	Il s'en fallait bien que Nicette et Zulma pensassent 
de la mme manire. Uniquement livres  leurs 
passions, elles demandaient imprieusement la mort de 
leur victime. On la leur avait promise, elles la voulaient. 
Leurs frres, plus prudents, les mirent  la raison.
	- Elle mourra de mme, dit Brumeton, et nous irons 
jouir de ses derniers soupirs.
	- Mais ce ne sera pas nous qui lui donnerons la 
mort.
	- N'en aurons-nous pas t les causes?
	- Quelle diffrence! dit Zulma, le crime des lois 
n'est plus le ntre.
	- Mais, nous l'autorisons.
	- Nous ne le commettons pas, nous ne nous 
souillons pas de son sang; et la diffrence est norme.
	- Ma fille, dit Dolmus, commettre un crime ou le 
faire commettre est absolument gal pour la conscience; 
le chatouillement qu'on prouve est le mme, soit qu'on 
agisse, ou qu'on fasse agir. Cette fille n'est pas coupable, 
nous en sommes srs; un mot de nous peut la sauver; 
nous la livrons  des lois absurdes dont le glaive est  
notre disposition. Sois certaine qu'entre ce crime et celui 
de la tuer de nos mains, la distance est bien mdiocre; 
mais, existt-elle mme, cette distance, une autre 
conduite nous compromettrait peut-tre; et pour une 
portion de volupt... une portion idale, nous mettrions 
nous-mmes des entraves  toutes celles qui nous 
attendent par la suite. Faisons quelques sacrifices  nos 
plaisirs; c'est pour leur seul intrt que j'agis, crois-le; et, 
si je me prive aujourd'hui d'une dose quelconque de 
volupt, sois bien assure que c'est pour en tendre un 
jour la sphre.
	Pendant que Dolmus raisonnait ainsi, Julien, par 
ordre de Cardoville, rappelait Justine  la vie, et bassinait 
ses plaies.
	- Allez, lui dit Dolmus, quand il la voit assez bien 
remise; allez vous plaindre maintenant.
	- Oh! dit Cardoville, la prudente Justine n'est pas 
dans le cas des plaintes;  la veille d'tre elle-mme 
immole, ce sont des prires que nous devons attendre 
d'elle, et non pas des accusations.
	- Qu'elle n'entreprenne ni l'un ni l'autre, rpliqua 
Dolmus; elle nous inculperait sans tre entendue, elle 
nous implorerait sans nous mouvoir.
	- Mais, dit Justine, si cependant je rvlais...
	- Cela reviendrait toujours  nous, dit Cardoville; et 
la considration, la prpondrance dont nous jouissons 
dans cette ville ne permettrait pas qu'on prt garde  
d'aussi mprisables rcriminations; votre supplice n'en 
serait que plus cruel et que plus long. Vous devez voir, 
chtive crature, que nous nous sommes amuss de votre 
individu, par la raison naturelle et simple qui engage la 
force  abuser de la faiblesse.
	- Justine, dit Volcidor, doit sentir qu'elle ne peut 
chapper  son jugement, qu'il doit tre subi, qu'elle le 
subira; que ce serait en vain qu'elle divulguerait sa sortie 
de prison cette nuit, on ne la croirait pas; le gelier, tout  
nous, la dmentirait aussitt. Il faut donc que cette belle 
et douce fille, si pntre de la grandeur de Dieu, lui 
offre en paix tout ce qu'elle vient de souffrir, et tout ce 
qui l'attend encore; ce seront comme autant d'expiations 
du crime affreux qui la livre aux lois. Reprenez vos 
habits, ma fille, poursuivit ce monstre; il n'est pas encore 
jour; les deux hommes qui vous ont amene vont vous 
reconduire dans votre prison...
	Justine voulut dire un mot; elle voulut se jeter aux 
genoux de ces ogres, ou pour les adoucir, ou pour leur 
demander la mort. On ne l'coute seulement pas; les 
filles l'insultent, les hommes la menacent; elle est 
entrane, rejete dans sa prison, o le gelier la reoit, 
avec le mme mystre qu'il venait de l'en faire sortir.
	- Couchez-vous, lui dit ce Cerbre en la repoussant 
dans sa chambre; et si jamais vous vouliez rvler,  qui 
que ce ft, ce qui vous est arriv cette nuit, souvenez-
vous que je vous dmentirais, et que cette inutile 
accusation ne vous tirerait pas d'affaire.
	- Oh! ciel, s'cria Justine ds qu'elle fut seule; eh 
quoi! je regretterais de quitter le monde! je craindrais 
d'abandonner un univers compos d'aussi grands 
sclrats! Ah! que la main de Dieu m'en arrache  
l'instant mme, de telle manire que bon lui semblera, je 
ne m'en plaindrai plus! La seule consolation qui fuisse 
rester au malheureux, n parmi tant de btes farouches, 
est l'espoir de les quitter bientt!
	Le lendemain, le cruel Saint-Florent vint visiter 
Justine.
	- Eh bien! lui dit-il, tes-vous contente des amis que 
je vous ai procurs?
	- Oh! monsieur, ce sont des monstres!
	- Mais il fallait bien payer cette protection; je vous 
avais prvenue d'tre soumise.
	- J'ai fait tout ce qu'ils ont voulu, et ils me perdront.
	- Ah! je devine; vous leur aurez fait jaculer trop de 
foutre, et il n'y a rien de pis que la suite du dgot. Enfin, 
dites... dites... est-ce qu'ils ne vous sauveront point?
	- Je suis une fille perdue!
	- Voyons donc un peu comme ils vous ont traite. 
Et il troussait en disant cela... Ah! foutre, je ne m'tonne 
plus; il ne fallait pas leur en laisser tant faire. Ecoutez; je 
vais vous parler en ami, moi; je sais qu'en raison de 
l'normit de vos crimes, le projet est de vous faire brler 
vive; tel est le supplice qui vous est destin. Ce n'est 
donc pas  vous sauver qu'il faut travailler maintenant; 
c'est  tcher de n'tre que pendue, au lieu d'tre brle, 
comme je sais que c'est l'intention.
	- Eh bien! monsieur, que faut-il faire pour cela?
	- D'abord vous abandonner pleinement  moi, n'y 
ayant rien qui allume mes sens comme de jouir d'une 
femme condamne  mort. Si je ne me suis pas trouv 
avec mes amis cette nuit, c'est que j'avais peur qu'ils ne 
vous sauvassent. Maintenant que je suis sr que vous 
allez prir sur l'chafaud, et qu'il ne s'agit que du genre 
de supplice, vous me faites tonnamment bander; ainsi, 
montrez-moi votre cul.
	- Oh! monsieur.
	- Eh bien! vous serez brle...
	Et la malheureuse, pour chapper  ce supplice 
horrible, se laisse faire machinalement. Jamais ce libertin 
n'avait t si chaud de sa vie. On ne se peint point tous 
les raffinements qu'il met en usage, pour jouir plus 
dlicieusement d'une fille que ses complots atroces 
envoient  la mort; il la couvrait de lubricits. Justine ose 
un instant lui rappeler les services qu'il lui avait proposs 
de lui rendre... elle les acceptait, pour qu'on lui sauvt la 
vie. Mais Saint-Florent, qui ne s'chauffait la tte que du 
plaisir d'envoyer cette crature  la mort, lui dit qu'il n'est 
plus temps, et termine la scne par une rare atrocit. Il 
appelle le gelier
	- Pierre, lui dit-il, fous cette gueuse devant moi.
	Quelle bonne fortune pour un tel rustre! Le drle 
obit; Saint-Florent lui rabat les chausses jusque sur les 
talons, et sodomise le porte-clefs, pendant que d'un engin 
norme celui-ci pourfend la victime.
	- En voil assez, dit Saint-Florent, ds qu'il a rempli 
de sperme le vilain cul de l'homme aux verrous; 
maintenant, garce, continue-t-il en s'adressant  Justine, 
ne t'imagine pas que je fasse la moindre dmarche en ta 
faveur; je vais, au contraire, engager tes juges  mettre 
plus de svrit dans leur prononc. Il fallait accepter ce 
que je te proposais dans le temps, et te garder surtout de 
paratre  mes yeux. Oui, tu seras brle, sois en sre je 
ne te quitte que pour en hter... en assurer le jugement.
	Le monstre sort, et laisse la pauvre fille dans un 
abattement ressemblant au nant de la mort, qui va 
bientt la couvrir de ses ombres.
	Le jour suivant, Cardoville vint l'interroger. Elle ne 
put s'empcher de frmir en voyant avec quel sang-froid 
ce coquin osait exercer la justice, lui, le plus sclrat des 
hommes; lui qui, contre tous les droits de cette justice 
dont il se revtissait, venait d'abuser aussi cruellement de 
l'innocence et de l'infortune, dont elle composait sa 
sauvegarde. Elle mit  se dfendre toute la chaleur que 
donne une bonne cause; mais l'art de ce malhonnte 
homme lui composa des crimes de tous les moyens 
qu'elle allguait. Quand les charges du procs furent bien 
tablies, selon ce juge inique, il eut l'impudence de lui 
demander si elle ne connaissait pas un riche particulier 
de cette ville, nomm M. de Saint-Florent. Justine 
rpondit qu'elle le connaissait.
	- Bon, dit Cardoville, il ne m'en faut pas davantage. 
Ce M. de Saint-Florent, que vous avouez connatre, vous 
connat aussi parfaitement; il est au nombre de vos 
dnonciateurs; il a dpos vous avoir vue dans une troupe 
de brigands, ou vous ftes la premire  lui drober son 
argent et son portefeuille. Vos camarades voulaient lui 
sauver la vie; vous seule ftes d'avis de la lui ter; il 
russit nanmoins  fuir. Ce mme M. de Saint-Florent 
ajoute que, quelques annes aprs, vous ayant reconnue 
dans Lyon, il vous avait permis de venir lui parler, sur 
l'instante demande que vous en faisiez, et principalement 
sur votre parole d'une excellente conduite actuelle; et que 
l, pendant qu'il vous sermonnait, pendant qu'il vous 
engageait  persister dans la bonne voie, vous aviez port 
l'insolence du crime, au point de lui drober une montre 
et cent louis, sur sa chemine. L'vque de Grenoble et 
un bndictin viennent aussi tous deux de vous accuser 
de meurtre... de vol, de je ne sais quelles autres 
horreurs...
	Et Cardoville, profitant de la colre o de si atroces 
calomnies plongeaient notre malheureuse orpheline, 
ordonna au greffier d'crire qu'elle avouait toutes ces 
inculpations, par son silence et par les impressions de sa 
figure.
	Justine au dsespoir se prcipite  terre; elle fait 
retentir la vote de ses cris; elle frappe sa tte contre les 
carreaux,  dessein d'y trouver une mort plus prompte. 
Et, ne rencontrant point d'expressions  son affreuse 
douleur: 
	- Sclrat! s'crie-t-elle, je m'en rapporte au Dieu 
juste qui me vengera de tes crimes; il dmlera 
l'innocence, et te fera repentir de l'indigne abus que tu 
fais de ton autorit.
	Cardoville sonne; il dit au gelier de rentrer 
l'accuse, attendu que, trouble par sa fureur et par ses 
remords, elle n'est pas en tat de suivre l'interrogatoire; 
mais qu'au surplus, les charges sont compltes, puisque 
la coupable convient de tous ses crimes... Le monstre sort 
en paix!... La foudre ne l'crase point!
	L'affaire alla bon train; conduite par la haine, par la 
vengeance et par la luxure, Justine fut promptement 
condamne.
	- O juste ciel! s'cria-t-elle, quand elle se vit au 
moment de son supplice, sous quel astre suis-je donc ne, 
pour n'avoir jamais pu concevoir un seul sentiment 
honnte, qui n'ait t suivi sur-le-champ de tous les 
flaux de l'infortune? et comment se peut-il que cette 
Providence claire, dont je me plais d'adorer la justice, 
en me punissant de mes vertus, m'offre en mme temps 
au pinacle ceux qui m'crasaient de leurs vices?
	Une femme de haut parage, un millionnaire 
complotent, dans mon enfance, contre mon bonheur et 
ma virginit; ils se vengent de leur peu de succs, en me 
faisant une affaire qui me conduit au pied de l'chafaud; 
de grandes richesses les attendent, et je suis  la veille 
d'tre pendue. Je tombe parmi des voleurs; je m'en 
chappe avec un homme  qui je sauve la vie; pour ma 
rcompense, il me viole, et me laisse crase sous ses 
coups. J'arrive chez un seigneur dbauch, qui veut me 
faire poignarder sa mre; le tratre a l'art de faire 
retomber sur moi ce qu'il a seul commis; je fuis, la 
prosprit le couronne. Je vais de l chez un chirurgien 
incestueux et meurtrier,  qui je tche d'pargner un 
infanticide pouvantable; le meurtre se consomme; et 
moi je suis fltrie, marque, comme une criminelle; il est 
combl des dons de la fortune, et je tombe dans la plus 
extrme misre. Un homme a pour jouissance de noyer 
les enfants qu'il fait; je m'y oppose; saisie par lui, je suis 
enferme dans ses tours; et c'est jusqu' la mort que le 
sclrat compte m'y garder. On veut que j'introduise une 
bande de voleurs chez cet individu... que je livre une de 
mes compagnes... J'ai la faiblesse d'y consentir... je suis 
libre; le bonheur me sourit, parce que je viens de me 
permettre une atrocit. C'est la promesse d'une mauvaise 
action qui me sort de chez Bandole; une vertu m'y tenait 
captive. Je veux m'approcher des sacrements; je veux 
implorer avec ferveur l'Etre suprme dont je reois 
nanmoins tant de maux, le tribunal auguste o j'espre 
me purifier, dans l'un de nos plus saints mystres, devient 
le thtre sanglant de mon ignominie. L'homme qui 
m'abuse et qui me souille s'lve aux plus grands 
honneurs de son ordre, et l'adversit me poursuit. Je me 
laisse attendrir par une femme qui se plaint  moi de ses 
malheurs; elle me conduit dans un coupe-gorge; l plus 
qu'en aucune autre circonstance de ma vie, j'prouve  
quel point la main du sort veut me ballotter 
ternellement. J'tais ailleurs l'objet de beaucoup de 
crimes, sans participer  aucun, chez d'Esterval, 
uniquement retenue par le dsir ardent de faire triompher 
la vertu, je suis contrainte  partager tous les crimes, 
pour russir  les empcher. Une victime enfin chappe 
par mes soins; c'est Bressac, c'est ce monstre qui 
m'accusa d'avoir poignard sa mre... que lui seul put 
assassiner. Le fruit de mes peines est d'tre conduite par 
lui chez un autre sclrat, o la main des furies mme ne 
saurait tracer les horreurs dont sa rage sut m'environner. 
J'essaie de sauver la premire des pouses de cet homme, 
que je trouve chez lui; je n'y russis pas. Je veux au 
moins faire vader la seconde; c'est en me faisant risquer 
de prir moi-mme de la plus lente des morts que la 
fortune paye cette action. Je rencontre chez cet infme 
poux un autre anthropophage, qui me propose de 
distribuer des poisons. Je le refuse; il me prcipite dans 
une mare d'eau. Je retrouve celui que ma bont sauva 
d'une troupe de voleurs... qui me viola pour rcompense. 
Plonge dans la misre, j'implore sa piti; il ne met ses 
services qu'au prix de la plus coupable des mdiations... 
il veut que je lui suborne des victimes. Indigne de la 
proposition, j'en repousse jusqu' l'ide mme; le libertin, 
pour se venger, me soumet encore une fois  des 
ignominies. Je pars de Lyon; le premier objet que je 
rencontre est une femme qui me demande l'aumne; je la 
soulage, elle m'entrane sur un souterrain, o je 
m'engloutis avec elle; de nouvelles abominations se 
prsentent  moi; il faut que je les partage. L, on exige 
un vol pour prix de ma libert; je m'y refuse; je dnonce 
le coupable: il est heureux, je suis la seule punie. 
L'engagement d'un nouveau forfait brise  la fin mes fers; 
ce n'est qu'en l'accueillant que la fortune me flatte. 
Dbarrasse de tous ces fripons, je marche vers 
Grenoble; un homme vanoui s'offre  moi, je le secours; 
l'ingrat me fait tourner une roue comme une bte, et me 
prend pour se dlecter; ce furieux veut que je le pende  
mon tour. Une seconde fois matresse de sa vie, je la lui 
sauve encore. Pour ddommagement, il m'enferme 
vivante au milieu de deux cents cadavres. Tous ses 
souhaits sont accomplis... je suis prs de mourir sur un 
chafaud, pour avoir travaill de force dans sa maison. 
Une femme pouvantable, que le ciel me fait retrouver, 
veut me sduire, et me fait perdre le peu que je possde, 
pour avoir voulu sauver les trsors de sa victime... Un 
jeune homme sensible veut me faire oublier tous mes 
maux... m'en consoler par l'offre de sa main; il expire 
dans mes bras, avant que de le pouvoir. Son ami cherche 
 tarir mes larmes; mais sa perscutrice se venge; les 
serpents de l'enfer devaient me dchirer, je venais d'tre 
vertueuse. Je suis saisie, enleve, conduite chez un 
homme dont la passion est de couper les ttes. J'chappe 
 ce danger; les bras qu'on me tendait me protgent 
encore; je me crois  la fin tranquille. Une maison brle; 
je me prcipite au milieu des flammes, pour en arracher 
l'enfant de celle qu'on m'a donne pour protectrice. A 
jamais dupe de mes bienfaits, c'est celle mme  qui j'ai 
rendu service qui me perd. Enferme comme une 
sclrate, charge d'imputations calomnieuses, j'implore 
un religieux; il me contraint  des excrations, et 
m'abandonne sans me servir. J'ai recours  la protection 
d'un homme  qui j'ai sauv la fortune et la vie; il me 
livre  d'insignes libertins, au milieu desquels j'prouve 
mille fois plus d'horreurs que je n'en connus de mes 
jours. Cette multitude de btes froces runies contre moi 
htent ma perte, aprs m'avoir accable d'outrages. Ils 
sont combls des dons de la fortune, et je cours  la mort.
	Voil ce que les hommes m'ont fait prouver; voil 
ce que m'apprit leur dangereux commerce. Est-il donc 
tonnant que mon me, aigrie par le malheur, rvolte 
d'outrages, accable d'injustices, n'aspire plus qu' briser 
ses liens!
	Justine finissait  peine ces tristes rflexions, 
lorsque le gelier vint lui parler avec le plus grand 
mystre.
	- Ecoutez-moi, lui dit-il, avec attention. Vous 
m'avez inspir de l'intrt, et si vous pouvez russir  ce 
que je vais vous proposer, je vous sauve la vie.
	- Oh! monsieur, de quoi s'agit-il?
	- Vous voyez l-bas ce gros homme, abm dans sa 
douleur, et qui, comme vous, n'attend que l'heure de son 
supplice; il est possesseur d'un portefeuille dans lequel 
est une somme considrable... en voyez-vous dpasser le 
bout dans sa poche?
	- Eh bien, monsieur?
	- Eh bien! je sais qu'il n'est occup, dans ce 
moment-ci, que des moyens de faire passer ce trsor  sa 
famille; drobez-le lui, apportez-le moi, et vous tes 
libre. Mais du silence; soit que vous acceptiez, soit que 
vous refusiez, n'ouvrez jamais la bouche de ce que je 
vous rvle ici... allons, dcidez-vous...
	- Oh, Dieu! s'cria Justine, toujours entre le vice et 
la vertu, faut-il donc que la route du bonheur ne s'ouvre 
jamais pour moi qu'en me livrant  des infamies!... Oui, 
monsieur, oui, je vais vous obir; vous me proposez un 
crime... je vais m'y livrer... oui, je vais le commettre, 
pour en pargner un bien plus atroce aux sclrats qui me 
font prir.
	Le gelier se retire; le temps presse; dj l'air 
retentit des sons lugubres de cette cloche qui annonce 
aux malheureux condamns qu'ils n'ont plus qu'un 
moment  vivre (1). Notre hrone vient se placer prs de 
son confrre; elle lui drobe l'effet dsir, le remet au 
gardien, qui, dans le mme instant, pour rcompense, lui 
ouvre les portes, et lui donne un louis pour sa route.
	- Fuyons, fuyons, s'crie cette infortune ds qu'elle 
est seule; quittons promptement un pays o le bonheur 
que j'y esprais s'loigne avec autant d'acharnement. La 
nuit vient; les tnbres favorisent sa fuite, et la voil dans 
la route de Paris, o la portent ses rsolutions, dans 
l'espoir d'y rejoindre sa soeur, de l'attendrir sur ses 
infortunes, et de trouver au moins prs d'elle quelques 
ressources  son affreuse misre.
	Telles furent les ides qui nourrirent Justine 
jusqu'aux environs d'Essonne.
	Il tait environ quatre heures du soir; elle marchait 
sur l'un des bas-cts de la route, lorsqu'elle aperoit une 
dame de la plus grande lgance, qui se promenait avec 
quatre hommes.
	- Abb, dit cette dame en s'adressant  l'une des 
personnes qui l'accompagnaient, voil une crature dont 
la figure me frappe... Mademoiselle, un mot, je vous 
prie... Voudriez-vous bien me dire votre nom... ce que 
vous tes?
	- Oh! madame, la plus malheureuse des filles!
	- Mais, votre nom, enfin?
	- Justine.
	- Justine!... quoi! vous seriez la fille du banquier 
N...?
	- Oui, madame...
	- Mes amis, c'est ma soeur... oui, ma soeur, que ces 
guenilles et ces haillons vous dguisent. Tel devait tre 
son sort; je le lui avais prdit... elle tait sage, comment 
n'et-elle pas chou? Venez, mon enfant, venez  mon 
chteau; je suis curieuse de savoir par quelle fatalit je 
vous retrouve. On rentre.
	- Eh quoi! dit Justine blouie du faste qu'elle vois 
rgner partout, pendant que je puis  peine soutenir mes 
faibles jours, voil donc, ma soeur, les richesses qui vous 
environnent!
	- O fille pusillanime, rpondit Juliette, cesse de te 
surprendre; je t'avais annonc tout cela. J'ai suivi la route 
du vice, moi, mon enfant; je n'y ai jamais trouv que des 
roses. Moins philosophe que moi, tes maudits prjugs 
t'ont fait rvrer des chimres; tu vois ou elles t'ont 
conduite! Abb, poursuivit la clbre soeur de notre 
hrone, qu'on lui fasse donner des habits plus dcents, et 
qu'on mette son couvert avec nous; demain nous 
couterons le rcit de ses malheurs.
	Justine, rafrachie, repose, raconta le lendemain  
toute la socit les aventures que l'on vient de lire. 
Quelque abattue que ft cette belle fille, elle plut  tout le 
monde; et nos libertins, en l'examinant, ne peuvent 
s'empcher de la louer. Oui, dit l'un d'eux que l'on verra 
bientt figurer dans les aventures de la soeur de Justine; 
oui, voil bien ici les Malheurs de la Vertu; et l, 
poursuivit-il en montrant Juliette, l, mes amis, les 
Prosprits du Vice.
	Le reste de la soire fut employ au repos; et, ds le 
lendemain, Juliette annona  ses amis qu'elle voulait 
raconter son histoire  sa soeur, afin, disait-elle, de la 
faire mieux juger de la puissante manire dont le ciel 
protge et rcompense toujours le vice, quand il abat et 
contriste la vertu.
	- Ecoute-moi, Justine. Vous, Noirceuil et Chabert, 
je ne vous invite point  entendre de nouveau des dtails 
dans lesquels vous avez trop de part, pour qu'ils ne vous 
soient pas familiers. Allez passer quelques jours  la 
campagne; nous verrons,  votre retour, ce qu'on pourra 
faire de cette fille. Mais vous, marquis, et vous, mon cher 
chevalier, je vous prie d'entendre ce que j'ai  vous dire, 
et d'tre persuads que ce n'est pas sans fondement que 
Chabert et Noirceuil vous ont souvent dit qu'il existait 
bien peu de femmes plus singulires que moi dans le 
monde.
	On passe dans un salon dlicieux. La compagnie se 
place sur des canaps; Justine ne prend qu'une chaise; et 
Juliette, au fond d'une ottomane, commence ses rcits de 
la manire dont nos lecteurs le verront dans les volumes 
qui suivent.

	(1) 	C'est l'usage dans presque toutes les provinces 
mridionales.

LA NOUVELLE JUSTINE

Page 286


 Ceci provient du site gratuit des HISTOIRES TABOUES cr en 1999 par Pedinc.

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N'oubliez jamais que cela doit rester des fantasmes ...
Forcer un enfant au sexe dans la vie relle mrite la prison !

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