HISTOIRE DE JULIETTE (6/6) (par le Marquis de Sade) (nc)


title: HISTOIRE DE JULIETTE
part: 6 of 6
author: le Marquis de Sade
keywords: nc
language: Francais
age: 09 ans
published: 23/04/2000


([nn] = voir  la fin du texte)

 
                     Histoire de Juliette : Sixime partie
 
                                SIXIME PARTIE
 
                                       
                                       
  
    Peu de jours aprs notre retour, le roi nous fit proposer de venir voir, 
un des balcons de son palais, l'une des ftes les plus singulires de son
royaume. Il s'agissait d'une cocagne. J'avais souvent entendu parler de cette
extravagance ; mais ce que je vis tait bien diffrent de l'ide que je
m'tais faite.
     Charlotte et Ferdinand nous attendaient dans un boudoir dont la croise
donnait sur la place o devait avoir lieu la cocagne. Le duc de Gravines,
homme de cinquante ans, trs libertin, et La Riccia furent les seuls admis
avec nous.
     - Si vous ne connaissez pas ce spectacle, nous dit le roi, ds que le
chocolat fut pris, vous allez le trouver bien barbare.
     - C'est ainsi que nous les aimons, sire, rpondis-je ; et j'avoue qu'il y
a longtemps que je voudrais en France, ou de semblables jeux, ou des
gladiateurs : on n'entretient l'nergie d'une nation que par des spectacles de
sang ; celle qui ne les adopte pas s'amollit. Quand un empereur imbcile, en
faisant monter le sot christianisme sur le trne des Csars, eut fait fermer
le cirque  Rome, qui devinrent les matres du monde ?... Des abbs, des
moines ou des ducs.
     - Je suis parfaitement de votre avis, dit Ferdinand. Je voudrais
renouveler ici les combats d'hommes contre des animaux, et mme ceux d'homme 
homme ; j'y travaille ; Gravines et La Riccia m'aident tous deux, et j'espre
que nous russirons.
     - La vie de tous ces gueux-l, dit Charlotte, doit-elle tre compte pour
quelque chose, quand il s'agit de non plaisirs ? Si nous avons le droit de les
faire gorger pour nos intrts, nous devons galement l'avoir pour nos
volupts.
     - Allons, belles dames, nous dit Ferdinand, donnez vos ordres. En raison
du plus ou moins de rigueur, du plus ou moins de police que je mets  la
clbration de ces orgies, je puis faire tuer six cents hommes de plus ou de
moins : prescrivez-moi donc ce que vous dsirez  cet gard.
     - Le pis, le pis ! rpondit Clairwil ; plus vous ferez gorger de ces
coquins, et plus vous nous amuserez.
     - Allons, dit le roi, en donnant bas un ordre  l'un de ses officiers.
     Puis, un coup de canon s'tant aussitt fait entendre, nous nous
avanmes sur le balcon. Il y avait un peuple excessivement nombreux sur la
place ; alors nous dcouvrmes toute la perspective.
     Sur un grand chafaud que l'on orne d'une dcoration rustique, se pose
une prodigieuse quantit de vivres, disposs de manire  composer eux-mmes
une partie de la dcoration. L, sont inhumainement crucifie des oies, des
poules, des dindons, qui, suspendus tout en vie, et seulement attache par un
clou, amusent le peuple par leurs mouvements convulsifs ; des pains, de la
merluche, des quartiers de bufs ; des moutons, paissant dans une partie de la
dcoration qui reprsente un champ gard par des hommes de carton, bien vtus
; des pices de toile disposes de manire  former les flots de la mer sur
laquelle s'aperoit un vaisseau charg de vivres ou de meubles  l'usage du
peuple : telle est, dispose avec beaucoup d'art et de got, l'amorce prpare
 cette nation sauvage, pour perptuer sa voracit et son excessif amour pour
le vol. Car, aprs avoir vu ce spectacle, il serait difficile de ne pas
convenir qu'il est bien plutt une cole de pillage qu'une vritable fte.
     A peine avions-nous eu le temps de considrer le thtre, qu'un second
coup de canon se fit entendre. A ce signal, la chane de troupes qui contenait
le peuple s'ouvrit avec rapidit. Le peuple s'lance, et, dans un clin d'il,
tout est enlev, arrach, pill, avec une vitesse... une frnsie, qu'il cet
impossible de se reprsenter. Cette effrayante scne, qui me donna l'ide
d'une meute de chiens  la cure, finit toujours plus ou moins tragiquement,
parce qu'on se dispute, on veut avoir, et empcher son voisin  prendre, et
qu' Naples, ce n'est jamais qu' coups de couteau que de pareilles
discussions se terminent. Mais cette fois, d'aprs nos dsirs, par les soins
cruels de Ferdinand, quand le thtre fut charg, quand on crut qu'il pouvait
bien y avoir sept ou huit cents personnes dessus, tout  coup il s'enfonce, et
plus de quatre cents personnes sont crases.
     - Ah ! foutre ! s'cria Clairwil en tombant pme sur un sofa, ah ! mes
amis, vous ne m'aviez pas prvenue : je meurs (et la putain appelant La
Riccia), fouts-moi, mon ami, fouts-moi ! lui dit-elle ; je dcharge ; de mes
jours, je n'ai rien vu qui m'ait fait autant de plaisir.
     Nous rentrmes ; les fentres et les portes se fermrent, et la plus
dlicieuse de toutes les scnes de lubricit s'excuta pour ainsi dire sur les
cendres des malheureux sacrifis par cette sclratesse.
     Quatre jeunes filles de quinze ou seize ans, belles comme le jour, et
revtues de crpes noirs sous lesquels elles taient nues, nous attendaient
debout, en silence. Quatre autres femmes, enceintes, de vingt  trente ans,
entirement nues, paraissaient, dans le mme silence et dans la mme douleur,
attendre nos ordres vers une autre partie de la chambre. Couche sur un canap
au fond de la pice, quatre superbes jeunes hommes, de dix-huit  vingt ans,
nous menaaient la vit  la main, et ces vits, mes amis, ces vits taient des
monstres : douze pouces de circonfrence sur dix-huit de long. De la vie rien
de pareil ne s'tait offert  nos yeux : nous dchargemes toutes les quatre
rien qu'en les apercevant.
     - Ces quatre femmes et ces quatre jeunes personnes, nous dit Ferdinand,
sont les filles et les veuves de quelques-uns des infortuns qui viennent de
prir sous vos yeux. Ce sont ceux que j'ai le plus exposs, et de la mort
desquels je suis certain. J'ai fait venir de bonne heure ces huit femmes ici,
et, enfermes dans une chambre sre, j'ai voulu qu'elles vissent, par une
fentre, le sort de leurs pres et de leurs poux. Je vous les livre
maintenant, pour achever de vous divertir, et vous transmets tous mes droits
sur elles. L, poursuivit le monarque, en ouvrant une porte qui donnait sur un
petit jardin, l, est un trou destin  les recevoir, quand elles auront
mrit, par d'horribles souffrances, d'arriver  ce moment de calme... Vous
voyez leurs tombeaux. Approchez, femmes, il faut que vous le voyiez aussi...
Et le barbare les fit descendre dedans, il les y fit tendre, puis, content
des proportions, il ramena mes yeux sur les quatre jeunes gens.
     - Assurment, mesdames, nous dit-il, je suis bien certain que jamais vous
n'avez rien vu de pareil.
     Et il empoignait ces vits plus durs que des barres de fer, il nous les
faisait prendre, soulever, baiser, branloter.
     - La vigueur de ces hommes, poursuivit le roi, gale au moins la
supriorit de leur membre ; il n'en est pas un d'eux qui ne vous rponde de
quinze ou seize dcharges, et pas un qui ne perde dix ou douze onces de sperme
 chaque jaculation : c'est l'lite de mon royaume. Ils sont Calabrais tous
les quatre, et il n'y a point de provinces en Europe qui fournissent des
membres de cette taille. Jouissons maintenant, et que rien ne nous gne.
Quatre boudoirs tiennent  celui-ci ; ils sont ouverts ; ils sont garnis de
tout ce qui sert au service de la luxure : allons, foutons, faisons-nous
foutre, vexons, tourmentons, supplicions, et que nos ttes, embrases par le
spectacle qui vient de nous tre prsent, raffinent  la fois les cruauts et
les luxures...
     - Oh ! foutre, mon ami, dis-je  Ferdinand, comme tu entends l'art
d'amuser des imaginations comme les ntres !
     Robes, jupons, culottes, tout fut bientt mis  bas, et, avant que de
procder  des scnes gnrales, il parut que l'intention de chacun tait de
s'isoler un moment, dans des cabinets spars. La Riccia prit avec lui l'une
des jeunes filles, une femme grosse et un fouteur ; Gravines s'enferma avec
Olympe et une femme grosse ; et Ferdinand prit Clairwil, un fouteur, une femme
grosse et deux petites filles ; Charlotte me choisit, et voulut, avec nos deux
fouteurs, une des petites filles et une femme grosse.
     - Juliette, me dit la reine de Naples, ds que nous fmes dans notre
boudoir, je ne puis plus dissimuler les sentiments que tu as fait natre dans
mon cur : je t'adore. Je suis trop putain pour te promettre de la fidlit ;
mais tu sais que ce sentiment romanesque est inutile entre nous : ce n'est
point un cur que je t'offre, c'est un con... un con qui s'inonde de foutre
chaque fois que ta main y touche. Je te suppose mon esprit, ma faon de
penser, et te prfre incontestablement  tes surs. Ton Olympe est une
bgueule ; son temprament l'emporte quelquefois, mais elle est timide et
poltronne : il ne faudrait qu'un coup de tonnerre pour convertir une telle
femme. La Clairwil est une superbe crature, infiniment d'esprit, sans doute,
mais nous diffrons de got : elle n'aime  exercer ses cruauts que sur les
hommes, et quoique je sacrifie volontiers ce sexe, le sang du mien, pourtant,
me fait plus de plaisir  rpandre ; elle a d'ailleurs un air de supriorit
prononc sur nous toutes, qui humilie prodigieusement mon orgueil. Avec autant
de moyens, et peut-tre mme beaucoup plus qu'elle, Juliette, tu n'affectes
pas autant de vanit ; cela console ; je te crois plus de douceur dans le
caractre, autant de coquinerie dans l'esprit, mais plus de solidit avec tes
amies ; je te prfre, enfin, et ce diamant de cinquante mille cus, que je te
supplie d'accepter, suffira peut-tre  t'en convaincre.
     - Charlotte, dis-je en refusant le bijou, l'on peut avec toi convenir de
ses vices ; je suis sensible  tes sentiments, et je t'en jure de semblables ;
mais je l'avoue, ma chre, je ne fais, par caprice, nul cas de ce qu'on me
donne, je n'estime que ce que je prends, et, si tu veux, rien n'est plus
facile que de me satisfaire sur cet objet.
     - Comment donc ?
     - Jure avant tout, sur l'amour que tu as pour moi, de ne jamais rien
rvler du dsir imprieux dont je suis dvore.
     - Je le jure.
     - Eh bien ! je veux voler les trsors de ton mari, je veux que tu me
fournisses toi-mme les moyens d'y parvenir.
     - Parle bas, dit la reine,, ces gens-ci pourraient nous entendre...
Attends, je vais les enfermer... Jasons maintenant  notre aise, reprend
Charlotte. Acceptes-tu ce que je te propose ? c'est la seule faon de me
convaincre des sentiments que tu me montres.  Juliette ! ajoute-t-elle, la
confiance que tu me tmoignes doit te valoir la mienne... Et moi aussi je
mdite un forfait : m'y serviras-tu ?
     - Fallt-il y risquer mille vies ; parle.
     - Si tu savais  quel point je suis excde de mon mari !
     - Malgr ses complaisances ?
     - Est-ce donc pour moi qu'il fait tout cela ? Il me prostitue par
libertinage, par jalousie ; il croit, en apaisant ainsi mes passions, empcher
mes dsirs de natre, et il aime mieux que je sois foutue par son choix que
par le mien.
     - Plaisante politique.
     - C'est la sienne, c'est celle d'un Espagnol italianis, et il ne peut y
avoir rien de pis dans le monde qu'un tel tre.
     - Et tu dsires ?...
     - Empoisonner ce vilain homme, devenir rgente... Le peuple me prfre 
lui, il adore mes enfants ; je rgnerai seule, tu deviendras ma favorite, et
ta fortune est faite.
     - Non, je ne demeurerai pas avec toi, je n'aime pas le rle que tu me
proposes ; d'ailleurs, j'idoltre ma patrie et veux bientt y retourner. Je te
servirai ; je vois que les moyens te manquent. Ferdinand, qui possde des
poisons de tout genre, te les cache, sans doute ; je t'en donnerai ; mais,
service pour service, Charlotte, songe que tu n'auras ce que je te promets
qu'au prix des trsors de ton mari. A combien se montent ces trsors ?
     - Quatre-vingts millions, tout au plus.
     - En quelles espces ?
     - Des lingots, des piastres, des onces et des sequins.
     - Comment ferons-nous i
     - Tu vois cette croise ? me dit Charlotte en me montrant une fentre
assez voisine de celle o nous nous plames ; qu'un chariot bien attel se
trouve au bas aprs-demain ; je volerai la clef ; je jetterai par la fentre
dans ce chariot tout ce que je pourrai.
     - Et la garde ?
     - Il n'y en a point de ce ct.
     - coute, dis-je  Charlotte, dont je complotais la perte avec dlices
dans ce moment-l, j'ai quelques dmarches  faire pour prparer le poison
qu'il te faut, et je ne me soucie pas de les entreprendre sans tre sre de
mon fait ; signe-moi cet crit, dis-je en le minutant tout de suite, j'agirai
ds lors sans nulle crainte, et nous serons tranquilles toutes deux.
     Charlotte, aveugle par son amour pour moi, par l'extrme dsir de se
dfaire de son mari, en signant tout ce que je voulus, me prouva que la
prudence est rarement la compagne des grandes passions. Voici ce qu'elle
ratifia :
      Je volerai tous les trsors de mon mari, et les donnerai pour
rcompense  celle qui me fournira le poison ncessaire  l'envoyer dans
l'autre monde. 
 
Sign : C. de L., R. de N.    
 
    - Allons, dis-je, me voil tranquille ; aprs-demain,  l'heure indique,
tu peux compter sur le chariot ; sers-moi bien, Charlotte... tu le seras de
mme. Amusons-nous maintenant...
     - Oh ! chre amie, me dit Charlotte en m'accablant de baisers, quels
services tu me rends et combien je t'adore !...
     L'imbcile ! comme il s'en fallait que je lui rendisse le mme sentiment
! Oh ! l'illusion n'tait plus possible : nous avions trop perdu de foutre
ensemble ; je ne me dlectais que de l'ide de sa perte, et son imprudent
crit l'assurait.
     - Branlons-nous toutes deux, me dit-elle, avant que d'appeler nos objets
de dbauches...
     Et, sans attendre ma rponse, la putain me jette sur un lit de repos,
s'agenouille entre mes cuisses, et me gamahuche en me chatouillant  la fois
et le con et le cul. Ce fut alors o j'usai bien de la facilit qu'ont les
femmes pour les infidlits d'imagination : c'tait de Charlotte que je
recevais des sensations voluptueuses, j'tais couverte de ses pollutions... de
ses baisers, et je ne pensais qu' trahir Charlotte.
     Femmes adultres, vous voil : dans les bras de vos poux, vous ne leur
abandonnez que le corps, et les sensations de volupts qu'ils y font natre
n'appartiennent jamais qu' l'amant. Ils se trompent, ils prennent pour eux
l'ivresse o les mouvements vous plongent quand les imbciles n'ont pas une
tincelle de l'embrasement. Sexe enchanteur, continuez cette tromperie, elle
est dans la nature : la flexibilit de vos imaginations vous le prouve ;
ddommagez-vous ainsi, quand vous ne le pouvez autrement, des chanes
ridicules de la pudeur et de l'hymen, et ne perdez jamais de vue que si la
nature vous fit un con pour foutre avec les hommes, sa main forma, du mme
jet, le cur qu'il faut pour les tromper.
     Charlotte s'enivra de mon sperme, et j'avoue qu'il coula par flots, dans
l'ide vraiment dlicieuse pour une tte comme la mienne, de perdre  jamais
celle qui le faisait ainsi rpandre. Elle se rejette dans mes bras, nous nous
polluons avec ardeur, elle suce ma bouche et mes ttons, et comme je la branle
dlicieusement, la tribade se pme vingt fois. Nous nous entrelaons l'une sur
l'autre en sens contraire, de manire  pouvoir nous gamahucher rciproquement
; nos langues chatouillaient le clitoris, et un doigt libertin effleure et les
trous du cul et les cons ; nous nous inondmes de foutre, et, certes, toutes
deux avec des penses bien diverses.
     Enfin, Charlotte en feu dsire du libertinage ; elle appelle ; elle veut
d'abord que tout soit dirig par moi. La femme grosse, sous ma main droite,
est offerte  mes vexations ; la jeune fille,  califourchon sur ma poitrine,
me fait  la fois baiser le con le plus frais et le plus charmant cul ;
Charlotte excite les vits et me les enfile elle-mme.
     - Je raffole de l'ide d'avoir une reine pour maquerelle, dis-je 
Charlotte ; allons, putain, fais ton mtier.
     Mais des engins de la taille de ceux que Ferdinand nous procure ne sont
pas faciles  recevoir, et, quelque frays que soient mes appas, il m'est
impossible d'endurer sans prparation des attaques aussi monstrueuses.
Charlotte humecte les voies ; elle frotte les bords de mon con et le membre du
fouteur, avec une essence qui, ds la premire secousse, fait pntrer plus de
la moiti du monstre. Cependant les douleurs sont si vives, qu'en poussant un
cri furieux, je jette au diable la petite fille juche sur ma poitrine ; je
veux me dbarrasser du trait qui me dchire. Charlotte s'y oppose, elle nous
presse tous deux l'un sur l'autre, et ce procd, qui favorise mon nouveau
champion, l'introduit  l'instant au fond de ma matrice : je n'avais jamais
tant souffert. Ces pines pourtant se changent bientt en roses : mon adroit
cavalier s'y prend avec tant d'art, il pousse avec tant de force, qu'au
quatrime bond, je l'inonde de foutre. Tout alors se remet en place ;
Charlotte, en favorisant l'acte, en chatouillant les couilles et le trou du
cul de mon fouteur, offre  ma main gauche ses fesses, que je moleste pour le
moins avec autant de violence que celles de la femme grosse, et la petite
fille gamahuche par moi m'inonde le visage de sa douce jaculation. Quelle
vigueur dans ce Calabrais ! Il me lime plus de vingt minutes, perd  la fin
son foutre, et me refout trois fois de suite sans quitter la lice ; j'en donne
enfin au bout d'une heure. Son camarade le remplace. Pendant que je fouts avec
le second, Charlotte veut jouir du plaisir de me les voir tous les deux dans
le corps ; elle-mme arrange l'attitude. Je suis couche dans les bras de
l'un, c'est moi qui le fouts ; il se laisse faire ; je manie, je moleste un
con de ma main droite, la gauche socratise un cul, ma langue gamahuche un
clitoris. L'autre homme, aid par la reine, se prsente au trou de mon
derrire ; mais, quelque habitude que j'aie de cette manire de goter le
plaisir, nous luttons un quart d'heure sans pouvoir seulement effleurer la
brche. Toutes ces tentatives me plongent dans une incroyable agitation : je
grince des dents, j'cume, je mords tout ce qui m'environne, j'inonde de
foutre le vit qui laboure mon con ; c'est sur lui que je me venge de n'en
pouvoir faire entrer un dans mon cul. A force de ruse et de patience, je le
sens pourtant qui pntre ; celui qui m'enconne me lance un coup de reins
assez vigoureux pour favoriser l'attaque de son camarade. Je jette un cri
terrible, je suis encule... Je n'avais rien prouv de pareil...
     - Quel spectacle ! dit Charlotte en se branlant en face de nous, et me
baisant parfois sur la bouche, sacredieu, quelle ouverture !... Oh ! Juliette,
que tu es heureuse !...
     Et je dchargeais... et j'tais comme une forcene ; je n'y voyais plus,
je n'entendais plus, tous mes sens n'existaient que dans les rgions de la
volupt ; j'tais  elle uniquement. Tous deux, sans quitter la place,
parcourent une double carrire, et quand je m'en dbarrassai, le foutre
inondait mes cuisses de toutes parts... je le distillais par tous les pores.
     - A toi, garce ! dis-je  Charlotte, fais de mme, si tu veux connatre
le plaisir.
     Je n'ai pas besoin de la presser ; promptement enfile par tous deux, la
coquine me prouve que si son mari lui permet quelques plaisirs,  dessein de
calmer un libertinage qui pourrait devenir dangereux pour lui, il n'avait pas
tout  fait tort. Cruelle comme nous dans ses volupts, la gueuse me supplie
de molester la femme grosse sous ses yeux, pendant qu'elle gamahuche la petite
fille, et qu'on la fout en con et en cul. Cette malheureuse se jette  mes
pieds : je suis sourde ; ivre de rage et de lubricit, je la renverse d'un
coup de genou dans l'estomac, et je lui saute sur le ventre ; ds que je la
vois  terre, je la rosse, je la bats, je l'touffe ; Charlotte m'encourage en
balbutiant des horreurs ; enfin la gueuse, galement foutue deux coups,
loigne les hommes et se lve. Nous avalons deux bouteilles de champagne et
nous passons dans le salon. Toute la compagnie s'y tait dj rendue. Chacun
parla de ses prouesses : il fut facile de juger que ce n'tait pas seulement
dans notre boudoir qu'on avait molest les femmes grosses ; aucune d'elles ne
pouvait se soutenir ; celle de Gravines, surtout... elle tait prte
d'accoucher ; le sclrat l'avait mise en sang.
     Le dner fut de la plus extrme magnificence ; les jeunes filles nous
servaient  table, et les femmes grosses, couches  terre sous nos pieds,
recevaient les vexations qu'il nous plaisait de leur imposer. Place prs de
Clairwil, j'eus le temps de lui confier le tour que j'avais fait : je remplis
son me de joie, en lui racontant ces dtails, et quoiqu'il ne ft gure
possible que de les esquisser, elle me comprit, me flicita, en m'assurant que
j'tais la femme la plus adroite et la plus entreprenante qu'elle connt.
     lectriss par la chre dlicate et les vins dlicieux qui nous furent
servis, nous passmes, en trbuchant dans une magnifique salle, toute prpare
pour les orgies que nous avions  clbrer. L, les agents taient :
Ferdinand, Gravines, La Riccia, Clairwil, Charlotte, Olympe et moi. Les
victimes : les quatre femmes grosses, les quatre jeunes filles qui nous
avaient servis au dner, et les huit beaux enfants de l'un et de l'autre sexe
dont les culs nous avaient lanc des liqueurs. Quatorze vigoureux champions,
pour le moins aussi gros, aussi nerveux que ceux que nous avions puiss le
matin, parurent, la lance en arrt ; tout tait nu... frmissant, et
attendant, avec autant de respect que de silence, les lois qu'il nous plairait
de leur imposer. Le repas nous ayant mene fort loin, il devenait essentiel
que des lumires clairassent le lieu de la scne. Cinq cents bougies, caches
dans des gazes vertes, rpandaient dans cette salle la clart la plus douce et
la plus agrable.
     - Plus de particularit, plus de tte--tte, dit le roi c'est aux yeux
les uns des autres que nous devons oprer maintenant.
     Nous nous prcipitons alors, sans aucune rgle, sur les premiers objets
qui se prsentent : on fout, on se fait foutre ; mais la cruaut prside
toujours  des luxures aussi dsordonnes que les ntres. Ici, l'on pressurait
des gorges ; l, l'on fouettait des culs ;  droite, on dchirait des cons ;
les femmes pleines se martyrisaient  gauche ; et les soupirs de la douleur ou
du plaisir, mls de plaintes d'un ct, d'affreux blasphmes de l'autre,
furent longtemps les uniques bruits qui se firent entendre. Des cris plus
nergiques de dcharges se distingurent bientt : celle de Gravines fut la
premire. Hlas ! il n'a pas plus tt prononc les expressions de son dlire,
que nous voyons tomber  ses pieds, du milieu des groupes qui l'entouraient,
une femme gorge, son fruit arrach des entrailles, et tous les deux baigns
dans les flots de leur sang.
     - Ce n'est pas ainsi que je m'y prendrai, dit La Riccia en ordonnant
d'attacher fortement contre un mur une de ces truies gonfles. Tenez, dit-il,
observez-moi.
     Il chausse un soulier garni de pointes de fer, s'appuie sur deux hommes,
et lance, de toute la force de ses reins, un coup de pied  plat sur le ventre
de la donzelle, qui, creve, dchire, ensanglante, flchit sous ses liens,
et nous pond son indigne fruit, que le paillard arrose  l'instant des flots
cumants de son foutre. Trs prs du spectacle,  la fois foutue par-devant et
par-derrire, suant le vit d'un jeune garon qui, dans ce moment, dchargeait
dans ma bouche, branlant un con de chaque main, il me fut impossible de ne
point partager les plaisirs du prince, et je perdis mon sperme  son exemple.
Je jette les yeux sur Clairwil : on l'enculait, une jeune fille la
gamahuchait, et la gueuse fouettait un petit garon ; elle m'imite. Charlotte,
enconne, suait un petit garon, branlait deux filles, et faisait fouetter
devant elle une des femmes grosses sur le ventre. Ferdinand oprait sur une
fille ; il la dchiquetait avec des tenailles rouges ; on le suait, et quand
il se sentit prs de dcharger, le vilain, arm d'un scalpel, coupa les ttons
de sa victime, et nous les jeta au nez.
     Tels taient  peu prs nos plaisirs, lorsque Ferdinand nous proposa de
passer dans un cabinet voisin, dans lequel une machine, artistement prpare,
nous ferait jouir d'un supplice trs extraordinaire pour les femmes grosses.
On prend les deux qui restent ; on les lie sur deux plaques de fer places
l'une au-dessus de l'autre, en telle sorte que les ventres des femmes mises
sur ces plaques se rpondaient perpendiculairement... Les deux plaques
s'enlvent  dix pieds l'une de l'autre.
     - Allons, dit le roi, disposez-vous au plaisir.
     Chacun l'entoure, et au bout de quelques minutes, par le moyen d'un
ressort aux ordres de Ferdinand, les deux plaques, l'une en montant, l'autre
en descendant, s'unissent avec une telle violence, que les deux cratures,
s'crasant mutuellement, sont, elles et leur fruit, rduites en poudre en une
minute. Vous imaginez facilement, j'espre, qu'il n'y eut pas un de nous qui
ne perdt son foutre  ce spectacle, et pas un qui ne le comblt des plus
divins loges.
     - Repassons dans une autre pice, dit Ferdinand ; nous y goterons.
peut-tre d'autres plaisirs.
     Cette pice norme tait occupe par un vaste thtre ; sept diffrentes
tortures y paraissent prpares ; quatre bourreaux, nus et beaux comme Mars,
devaient servir chaque supplice, dont le premier tait le feu ; le second, le
fouet ; le troisime, la corde ; le quatrime, la roue ; le cinquime, le pal
; le sixime, la tte coupe ; le septime, hach en morceaux. Chacun de nous
avait, pour se tenir, un vaste emplacement, dans lequel se voyait cinquante
portraits des plus jolis enfants que l'on pt voir, de l'un et l'autre sexe.
Nous entrmes dans les places qui nous taient destines, seulement chacun
avec un fouteur, une petite fille et un petit garon, pour le service de nos
plaisirs pendant les excutions ;  ct de chacun des portraits dont nous
tions environns, tait un cordon de sonnette.
     - Que chacune,  son tour, nous dit Ferdinand, choisisse une victime dans
les cinquante portraits qui l'entourent, qu'il tire le cordon de la sonnette
qui correspond  l'objet de son choix : aussitt, la victime qu'il aura
dsigne lui sera offerte ; il s'en amusera un moment... Ensuite, vous voyez
que dans chaque place est un escalier qui mne au thtre : il y fera monter
sa victime, l'annexera au supplice qui le fera le mieux bander, puis oprera
lui-mme, si cela lui convient ; sinon, il fera signe au bourreau du supplice
qu'il aura choisi, et la victime, enleve sur-le-champ par cet homme, sera
sacrifie sous ses yeux. Mais pour l'intrt mme de vos plaisirs, n'agissez
que l'un aprs l'autre : nous sommes matres de notre temps, rien ne nous
presse, et les heures les mieux employes de la vie sont toujours celles o
l'on l'arrache aux autres.
     - Sacredieu, dit Clairwil au roi, je n'ai jamais vu d'imagination plus
fertile que la tienne.
     - Ne m'en attribuez point la gloire, dit le Napolitain : toutes ces
fantaisies faisaient bander les tyrans de Syracuse qui me prcdaient. J'ai
trouv dans mes archives des traces de ces horreurs ; elles ont chauff ma
tte ; je m'en amuse avoc mes amis.
     Gravines sonne le premier : son choix tombe sur un jeune garon de seize
ans, beau comme le jour ; il parat, et Gravines a seul le droit de s'en
amuser ; il le fouette, il le suce, il lui mord le vit, il lui crase une
couille, l'encule, et finit par l'envoyer aux flammes :
     - Il est sodomiste, prtend le sclrat, et, comme tel, voil le supplice
qui lui convient.
     Clairwil sonne ensuite, et vous croyez bien que c'est sur un garon que
son choix tombe galement :  peine avait-il dix-huit ans ; il tait beau
comme Adonis ; la coquine le suce, le branle, le fustige, s'en fait lcher le
con et le cul ; puis, s'lanant avec lui sur le thtre, la bougresse
l'empale elle-mme, en se faisant enculer par un des bourreaux.
     Olympe suit : une fille de treize ans est l'objet de son choix ; elle la
caresse et la fait pendre.
     Ferdinand vient aprs. Comme Clairwil, il choisit un jeune homme.
     - J'aime le supplice des femmes, nous dit-il, mais je me plais encore
plus  celui des individus de mon sexe...
     L'adolescent parat : vingt ans, membr comme Hercule, avec la figure de
l'Amour. Ferdinand se le fait mettre, le lui rend, le fustige, et le mne
lui-mme au supplice ; il le rompt. Ainsi bris, on le met sur une roue o on
le laisse expos au fond du thtre.
     La Riccia choisit une fille de seize ans, belle comme Hb, et aprs lui
avoir fait subir toute sorte d'horreurs, il la fait hacher toute vive.
     Charlotte sonne une petite fille de douze ans, et quand elle s'en est
amuse, elle lui fait couper la tte, en se faisant foutre par deux hommes.
     Je fais venir une fille de dix-huit ans, superbe ; de ma vie, je n'avais
vu de plus beau corps. Aprs l'avoir bien baise, manie, lche sur toutes
les parties, je la mne au supplice ; et, travaillant avec les bourreaux, je
lui enlve,  grands coups de lanire, des pices de chair plus grandes que la
main : elle expire, et ses bourreaux me foutent sur son cadavre.
     Ce jeu nous plaisait trop, pour ne pas se prolonger excessivement. Nous
immolmes en tout onze cent soixante-seize victimes, ce qui fait cent
soixante-huit pour chacun, parmi lesquelles six cents filles et cinq cent
soixante-seize garons,
     Charlotte et Borghse furent les seules qui ne sacrifirent que des
filles. Je fis prir autant d'individus d'un sexe que de l'autre ; La Riccia,
de mme ; mais Clairwil, Gravines et Ferdinand n'immolrent absolument que des
hommes, et presque toujours de leurs mains. Pendant tout ce temps, l'on
n'avait cess de nous foutre, et nos athltes s'taient relays plusieurs
fois. Nous nous retirmes au bout de quarante-cinq heures, entirement
coules dans l'ivresse des plus divins plaisirs.
     - Madame, dis-je tout bas  Charlotte en la quittant, souvenez-vous du
billet que vous m'avez sign...
     - Et toi, me rpondit Charlotte galement bas, du rendez-vous que je t'ai
donn pour aprs-demain... Sois aussi exacte que moi, je ne t'en demande pas
davantage.
     Nous rentrmes. Je ne manque pas d'expliquer aussitt  Clairwil ce que
je n'avais pu lui dire qu'en l'air.
     - Ce projet est dlicieux, me dit-elle.
     - Oui, mais tu ne vois pas o je veux la conduire ?
     - Non.
     - J'abhorre Charlotte.
     - Oh ! baise-moi, cher amour... Comme je partage tes sentiments !
     - Eh ! non : c'est qu'elle m'aime  la folie, cette femme, c'est qu'elle
veut toujours que je la fasse dcharger, et rien ne m'ennuie comme ces
prfrences. Il n'y a qu' toi, mon ange, qu' toi seule au monde que je
pardonne de m'aimer.
     - Quelle tte que la tienne, Juliette !
     - Conviens qu'elle est digne de toi !
     - Oh ! oui, mon ange !... Enfin, que fais-tu de Charlotte ?
     - Le lendemain du jour o j'aurai ses trsors, j'envoie le billet que tu
vois au mari, et j'espre que quand il y lira :  Je volerai tous les trsors
de mon mari, et les donnerai pour rcompense  celle qui me donnera le poison
ncessaire  l'envoyer dans l'autre monde , j'espre, dis-je, que quand le
cher poux verra ces mots, il condamnera Charlotte  la mort, ou du moins  la
plus affreuse prison.
     - Oui, mais Charlotte condamne rvlera ses complices ; elle dira que
c'est  nous qu'elle a livr sels trsors.
     - Sera-t-il prsumable que si c'tait nous qui les eussions reus, ce ft
nous qui envoyassions le billet au roi ?
     - Prsumable ou non, Ferdinand fera des recherches.
     - Tout sera par mes soins enfoui dans notre jardin. J'irai moi-mme
parler au roi : si ses soupons se portent avec violence sur nous, je le
menacerai de rvler le trait horrible de la cocagne d'avant-hier. Ferdinand,
faible et bte, craindra mes menaces, et il se taira... Et puis,
 
                 vaincre sans pril, on triomphe sans gloire.
 
    Il faut risquer quelque chose pour tre riche : penses-tu que cinquante ou
soixante millions ne vaillent pas la peine de quelques frais ?
     - Mais si nous sommes prises, nous mourrons.
     - Qu'importe ? la chose du monde que je craigne le moins est d'tre
pendue. Ne sait-on donc pas qu'on dcharge en mourant ainsi ? Jamais
l'chafaud ne m'effraya. Si jamais j'y suis condamne, tu m'y verras voler
avec impudence... Mais calme-toi, Clairwil, le crime nous aime, il nous
favorise ; je t'en garantis le succs.
     - Confieras-tu nos projets  Borghse ?
     - Non, je ne l'aime plus, cette femme.
     - Oh ! foutre, je la dteste, moi.
     - Il faut s'en dfaire le plus tt possible.
     - N'allons-nous pas demain au Vsuve ?
     - Tu as raison, il faut que les entrailles de ce volcan lui servent de
tombeau... Quelle mort !
     - Elle ne m'est venue dans la tte que parce que je la suppose affreuse.
     - Je la lui voudrais plus cruelle encore.
     - Quand nous hassons toutes deux, oh ! nous hassons bien.
     - Il faut dner avec elle comme  l'ordinaire.
     - La flatter mme.
     - Laisse-moi conduire cela, tu sais que la fausset s'allie avec mon
masque et mon caractre.
     - Il faut la branler cette nuit.
     - Assurment.
     - Oh ! mon ange, comme nous allons tre riches !
     - Ce coup fait, il faut quitter Naples.
     - Et l'Italie... Il faut retourner en France, acheter des terres et
passer nos jours ensemble... Que de volupts nous attendent ! Elles n'auront
plus d'autres lois que nos dsirs.
     - Il n'en sera pas une que nous ne puissions satisfaire  l'instant. Oh !
cher amour, qu'on est heureux avec de l'argent ! qu'il est imbcile, celui qui
n'emploie pas tous les moyens, lgitimes ou non, pour s'en procurer. Oh !
Clairwil, on m'arracherait mille vies, plutt que de m'enlever le got du vol
; c'est un des plus grands plaisirs de ma vie ; c'est un besoin de mon
existence. J'prouve  voler la mme sensation qu'une femme ordinaire ressent
quand on la branle. Tous les forfaits chatouillent en moi les houppes
nerveuses du temple de la volupt, comme le feraient des doigts ou des vits ;
je dcharge rien qu'en les complotant... Tiens, vois ce diamant, Charlotte me
l'avait offert, il vaut cinquante mille cus, je l'ai refus : offert, il me
dplaisait ; vol, il fait mes dlices.
     - Tu le lui as pris ?
     - Oui. Je ne m'tonne plus qu'il y ait des hommes qui se soient livrs 
cette passion pour la seule volupt qu'elle procure ; j'y passerais ma vie, et
je te rponds que j'aurais deux millions de rente, que l'on me verrait
toujours voler par libertinage.
     - Ah ! mon amour, me dit Clairwil, comme il est certain que la nature
nous a cres l'une pour l'autre !... Va, nous serons insparables.
     Nous dnmes avec Borghse ; tout s'arrangea de concert pour la promenade
qui devait se faire au Vsuve le lendemain. Nous fmes le soir  l'Opra ; le
roi vint nous visiter dans notre loge, ce qui fit jeter tous les yeux sur
nous. De retour au logis, nous proposmes  Borghse de passer une partie de
la nuit  manger des rties au vin de Chypre, et  nous branler ; elle y
consentit ; et nous portmes, Clairwil et moi, la fausset, au point de faire
dcharger sept ou huit fois cette femme condamne par notre sclratesse, et
de dcharger nous-mmes presque autant de fois dans ses bras. Nous la
laissmes se coucher ensuite, pour aller passer, mon amie et moi, le reste de
la nuit ensemble ; et nous perdmes encore chacune trois ou quatre fois du
foutre, sur l'ide dlicieuse de trahir le lendemain, tous les sentiments de
la confiance et de l'amiti. Il faut des ttes comme les ntres pour concevoir
de tels carts, je le sais ; mais malheur  qui ne les connat pas ! il est
priv de grands plaisirs ; j'ose assurer qu'il n'entend rien  la volupt.
     Nous nous levmes de bon matin. On ne dort pas quand on projette un crime
; sa seule ide embrase tous les sens ; on le manie sous toutes ses formes, on
le savoure dans toutes ses branches, et l'on jouit mille fois d'avance du
plaisir dont on sait bien qu'on ptillera, ds qu'il sera commis.
     Une calche  six chevaux nous conduisit au pied du volcan. L, nous
trouvmes des guides dont l'usage est de vous attacher  des bretelles sur
lesquelles on se soutient pour gravir la montagne ; on est deux heures 
parvenir au sommet. Les souliers neufs que vous apportez pour cette course
sont brls quand elle est finie. Nous montmes gaiement ; nous persiflions
Olympe ; et il s'en fallait bien que la malheureuse comprt le double sens,
aussi tratre qu'entortill, des sarcasmes que nous lui lchions.
     C'est une affreuse corve que le voyage de cette montagne : toujours dans
la cendre jusqu'au cou, si l'on avance quatre pas, on en recule six, et
perptuellement dans la crainte que quelque lave ne vous engloutisse tout
vivant. Nous arrivmes excdes, et nous nous reposmes ds que nous fmes 
l'embouchure. Ce fut de l que nous considrmes, avec un intrt prodigieux,
l'orifice tranquille de ce volcan qui, dans ses moments de fureur, fait
trembler le royaume de Naples.
     - Croyez-vous, dmes-nous  nos guides, qu'il y ait quelque chose 
craindre aujourd'hui ?
     - Non, rpondirent-ils ; quelques morceaux de bitume, de soufre ou de
pierre ponce pourront peut-tre s'lancer ; mais il est vraisemblable qu'il
n'y aura point d'ruption.
     - Eh bien, mes amis, dit Clairwil, donnez-nous le panier qui contient nos
rafrachissements, et redescendez au village. Nous allons passer ici la
journe : nous voulons dessiner, lever des plans.
     - Mais s'il arrivait quelque chose ?
     - Ne dites-vous pas qu'il n'arrivera rien ?
     - Nous ne pouvons l'affirmer.
     - Eh bien ! quand il arriverait quelque chose, nous voyons le village o
vous nous avez prises, nous y descendrons  merveille...
     Et trois ou quatre onces, que nous leur glissmes dans la main, les
dterminrent bientt  nous laisser.
     A peine furent-ils  quatre cents pas, que, nous fixant Clairwil et moi :
     - Userons-nous de ruse ? dis-je bas  mon amie.
     - Non, me dit-elle, de force...
     Et nous lanant aussitt toutes deux sur Olympe :
     - Garce ! lui dmes-nous, nous sommes lasses de toi ; nous ne t'avons
fait venir ici que pour te perdre... Nous allons te prcipiter toute vive dans
les entrailles de ce volcan.
     - Oh ! mes amies, qu'ai-je donc fait ?
     - Rien. Tu nous lasses, n'en est-ce point assez ?...
     Et lui enfonant, en disant cela, un mouchoir dans la bouche, nous
interceptmes sur-le-champ ses cris et ses jrmiades. Alors Clairwil lui
attacha les mains avec des cordons de soie qu'elle avait apports  ce dessein
; j'en fis autant de ses deux pieds ; et quand elle fut hors de dfense, nous
nous amusmes  la contempler ; des larmes, s'chappant de ses beaux yeux,
venaient retomber en perles sur sa belle gorge. Nous la dshabillmes, nous la
manimes et la vexmes sur toutes les parties de son corps ; nous molestmes
sa belle gorge, nous fustigemes son charmant cul, nous lui piqumes les
fesses, nous pilmes sa motte ; je lui mordis le clitoris jusqu'au sang.
     Enfin, aprs deux heures d'horribles vexations, nous l'enlevons par ses
liens, et la prcipitons au milieu du volcan, dans lequel nous distingumes,
plus de six minutes, le bruit de son corps heurter et se prcipiter par
saccades sur les angles aigus qui le rejetaient de l'un  l'autre, en la
dchirant en dtail. Peu  peu le bruit diminua... nous finmes par ne plus
rien entendre.
     - C'en est fait, dit Clairwil qui n'avait cess de se branler depuis
qu'elle avait lch le corps. Oh ! foutre, mon amour, dchargeons maintenant
toutes deux, tendues sur le bourrelet mme du volcan ! Nous venons d'y
commettre un crime, une de ces actions dlicieuses que les hommes s'avisent
d'appeler atroces : eh bien ! s'il est vrai que cette action outrage la
nature, qu'elle se venge, elle le peut ; qu'une ruption se fasse  l'instant
sous nous, qu'une lave s'ouvre et nous engloutisse...
     Je n'tais plus en tat de rpondre ; dj dans l'ivresse moi-mme, je
rendais au centuple,  mon amie, les pollutions dont elle m'accablait. Nous ne
parlions plus. troitement serres dans les bras l'une de l'autre, nous
branlant comme deux tribades, il semblait que nous voulions changer d'me par
le moyen de nos soupirs embrass. Quelques mots de lubricit, quelques
blasphmes taient les seules paroles qui nous chappaient. Nous insultions la
nature, nous la bravions, nous la dfiions : et, triomphantes de l'impunit
dans laquelle sa faiblesse et son insouciance nous laissaient, nous n'avions
l'air de profiter de son indulgence que pour l'irriter plus grivement.
     - Eh bien ! me dit Clairwil, qui revint la premire de notre mutuel
garement, tu vois, Juliette, si la nature s'irrite des prtendus crimes de
l'homme : elle pouvait nous engloutir, nous fussions mortes toutes deux dans
le sein de la volupt... L'a-t-elle fait ? Ah ! sois tranquille, il n'est
aucun crime dans le monde qui soit capable d'attirer la colre de la nature
sur nous : tous les crimes la servent, tous lui sont utiles, et quand elle
nous les inspire, ne doute pas qu'elle n'en ait besoin.
     Clairwil n'avait pas fini, qu'une nue de pierres s'lance du volcan et
retombe en pluie autour de nous.
     - Ah ! ah ! dis-je sans seulement daigner me lever. Olympe se venge ! Ces
morceaux de soufre et de bitume sont les adieux qu'elle nous fait, elle nous
avertit qu'elle est dj dans les entrailles de la terre.
     - Rien que de simple  ce phnomne, me rpondit Clairwil. Chaque fois
qu'un corps pesant tombe au sein du volcan, en agitant les matires qui
bouillonnent sans cesse au fond de sa matrice, il dtermine une lgre
ruption.
     - Que rien ne nous drange, djeunons, Clairwil, et crois que tu te
trompes sur la cause de la pluie de pierres qui vient de nous inonder : elle
n'est autre que la demande que nous fait Olympe de ses habits ; il faut les
lui rendre.
     Et aprs en avoir retir l'or et les bijoux, nous fmes un paquet du
total, que nous jetmes dans le mme trou qui venait de recevoir notre
malheureuse amie. Nous djeunmes ensuite. Aucun bruit ne se fit entendre ; le
crime tait consomm, la nature tait satisfaite. Nous descendmes, et
retrouvmes nos gens au bas de la montagne.,
     - Un malheur affreux vient de nous arriver, dmes-nous en les abordant,
les larmes aux yeux... notre compagne infortune... en s'avanant trop prs du
bord... hlas ! elle a disparu... Oh ! braves gens, y aurait-il du remde ?
     - Aucun, rpondirent-ils  la fois ; il fallait nous laisser avec vous,
cela ne vous serait pas arriv ; elle est perdue, vous ne la reverrez jamais.
     Nos feintes larmes redoublrent  cette cruelle annonce, et remontant
dans notre calche, en trois quarts d'heure nous sommes  Naples.
     Ds le mme jour, nous publimes notre malheur ; Ferdinand vint lui-mme
nous en consoler, nous croyant vraiment surs et amies ; quelque dprav qu'il
ft, jamais l'ide du crime que nous venions de commettre ne se prsenta mme
 son imagination, et les choses en restrent l. Nous renvoymes bientt 
Rome, les gens de la princesse de Borghse, avec les certificats de son
accident, et nous fmes dire  sa famille qu'on et  nous indiquer l'emploi 
faire de ses bijoux et de son or, s'levant, crivmes-nous,  trente mille
francs, tandis que, dans le fait, elle en laissait pour plus de cent mille,
dont vous sentez bien que nous nous tions empares ; mais nous n'tions plus
 Naples quand la rponse de la famille y vint, et nous joumes en paix de la
spoliation faite  notre amie.
     Olympe, princesse de Borghse, tait une femme douce, aimante, emporte
dans le plaisir, libertine par temprament, pleine d'imagination, mais n'ayant
jamais approfondi ses principes ; timide, tenant encore  ses prjugs,
susceptible d'tre convertie au premier malheur qui lui serait arriv, et qui,
par cette seule faiblesse, n'tait pas digne de deux femmes aussi corrompues
que nous.
     Un vnement plus important nous attendait : le lendemain tait le jour
pris avec Charlotte pour l'enlvement des trsors de son mari. Le reste de la
soire fut employ, par Clairwil et moi,  prparer une douzaine de grandes
malles,  faire creuser, avec beaucoup de secret, un vaste trou dans notre
jardin. Il avait t fait par un homme  qui nous brlmes la cervelle, et que
nous enterrmes le premier dans cette fosse mystrieuse : N'aie point de
complices, dit Machiavel, ou dfais-t-en, ds qu'ils t'ont servi.
     Enfin arriva le moment de faire trouver le chariot garni de malles, sous
les fentres indiques. Clairwil et moi, vtues en hommes, conduismes
nous-mmes la voiture, et nos gens, dans le secret d'une partie de campagne,
ne cherchrent pas  en dcouvrir davantage. Charlotte fut exacte ; la coquine
dsirait avec trop d'ardeur le poison promis, si elle russissait, pour tre
coupable de quelque ngligence. Pendant quatre heures entires, elle nous
descendit des sacs que nous chargions aussitt dans les malles ; enfin elle
nous avertit que tout tait descendu.
     - A demain, rpondimes-nous.
     Et nous regagnmes en hte notre logis, assez heureuses pour n'avoir pas
rencontr une me pendant tout le temps qu'avait dur cette expdition. Ds
que nous fmes au logis, un second homme nous aida  enfouir les malles... et
y fut enfoui lui-mme ds qu'il ne nous devint plus ncessaire. Inquites,
fatigues, soucieuses d'tre si riches, nous nous couchmes cette fois-ci sans
songer aux plaisirs. Ds la lendemain, les bruits du vol fait au roi se
rpandirent dans la ville ; nous profitmes de ce moment favorable pour lui
faire tenir le billet de la reine, avec tout le mystre imaginable. A peine
l'a-t-il lu que, se livrant au plus affreux accs de colre, il vient lui-mme
arrter sa femme, la confie au capitaine de sa garde, avec l'ordre exprs de
la conduire au fort Saint-Elme, o il la condamne en secret  l'habillement le
plus grossier et  la nourriture la plus simple. Il est huit jours sans la
voir. Elle le fait presser de venir. Il parat. La sclrate avoue tout, et
nous compromet de la plus affreuse manire. Ferdinand accourt, furieux, 
notre htel, et comme cette conversation est intressante, je vais la rendre
en dialogue.
     FERD. - Vous tes coupables d'une horreur ; dois-je la souponner dans
celles que j'ai crues mes amies ?
     CLAIR. - De quoi s'agit-il ?
     FERD. - La reine vous accuse d'avoir drob mes trsors.
     JUL. - Nous ?
     FERD. - Vous.
     CLAIR. - Quelle vraisemblance !
     FERD. - Elle est convenue d'avoir un moment complot contre mes jours, et
elle assure que vous lui avez promis le poison ncessaire pour me les ravir,
si elle pouvait payer ce don, de mes trsors.
     CLAIR. - Avez-vous trouv chez elle le poison qu'elle dit avoir pay si
cher ?
     FERD. - Non.
     JUL. - Comment se peut-il, en ce cas, qu'elle ait consenti  livrer les
sommes avant que d'avoir le poison promis ?
     FERD. - C'est ce que j'ai pens.
     CLAIR. - Sire, votre femme est une coquine, mais une coquine bien
maladroite ; nous sachant lies avec vous, elle a cru dguiser son infamie, en
faisant porter sur nos ttes toute l'horreur de son excrable projet ; mais la
trame est trop mal ourdie.
     FERD. - Qui peut m'avoir enfin envoy ce billet ?
     JUL. - Assurment ceux qui ont vos trsors : mais soyez persuad qu'ils
sont loin ; ceux qui vous ont envoy ce billet taient  couvert, quand ils
vous ont instruit, et c'est pour les sauver que la reine nous nomme.
     FERD. - Mais quel intrt Charlotte a-t-elle de sauver maintenant ceux
qui la trahissent ?
     CLAIR. - Elle a le poison, elle ne veut pas que vous sachiez qu'elle l'a
; elle fait, en consquence, tomber le soupon sur ceux  qui il devient
impossible d'affirmer qu'elle l'a ; mais elle le tient, il est certain qu'elle
le possde, et que vous prissiez sans la prcaution que vous avez prise.
     FERD. - Vous trouvez donc que j'ai bien fait ?
     JUL. - il tait difficile de faire mieux.
     FERD. - La croyez-vous coupable ?... (Et Clairwil se mit  sourire avec
malignit.) Ce mouvement de physionomie m'claire, dit Ferdinand, furieux,
achevez de porter le poignard dans mon cur... Saviez-vous quelque chose ?
     CLAIR. - Votre femme est un monstre, vous dis-je, elle vous dtestait, et
ce qui vous reste de mieux  faire, est de la livrer promptement  toute la
rigueur des lois.
     FERD. - Oh ! mes amies, rellement, vous n'avez aucune connaissance de
celui qui a drob mes trsors ?
     JUL. ET CLAIR. - Nous le jurons.
     FERD. - Eh bien ! qu'elle prisse dans sa prison... qu'elle y meure de
faim et de misre... Et vous, mes amies, pardonnez mes soupons, je vous
demande excuse de les avoir conu ; je conois toute leur injustice.
     JUL. - Sire, il nous suffit que vous les ayez eus pour que nous vous
demandions la permission de quitter  l'instant vos tats.
     FERD. - Non, non, je vous en conjure ;  prsent que je suis dbarrass
de cette vilaine femme... je suis beaucoup plus tranquille, et nous ferons
encore des choses dlicieuses.
     JUL. - Votre repos n'tablit pas le ntre. D'honntes femmes ne se
consolent jamais d'avoir eu leur honneur compromis.
     - Ah ! je ne vous souponne ni l'une ni l'autre, dit le roi en se
prcipitant  nos, genoux, mais ne m'abandonnez jamais ; vous devenez
ncessaires  mon existence, je ne me consolerais pas de vous perdre.
     CLAIR. - Et quelle est la somme que l'on t'a ravie ?
     FERD. - Quarante millions ; c'est la moiti de ce que j'avais ; la
sclrate a convenu qu'elle avait promis le tout, qu'elle n'avait pas os tout
donner.
     CLAIR. - L'infme crature, dis-je (mais, anime d'un bien autre
sentiment que celui que pouvait me prter le roi, la rage seule de n'avoir pas
tout eu, me faisait invectiver Charlotte), monstre ! que d'audace, et que
d'impudence ! tromper ainsi le meilleur des poux ! un homme qui lui tait si
attach, qui sacrifiait tout  ses plaisirs ! Oh ! jamais tant d'ingratitude
ne se manifesta sur la terre ! et le plus cruel des supplice ne pourrait
encore la punir.
     En ce moment lise et Raimonde, pares comme des desses, vinrent servir
le chocolat au prince. Ferdinand ne les avait pas encore vues.
     - Quelles sont ces belles femmes ? demanda-t-il dans le plus grand
trouble.
     - Nos demoiselles de compagnie, rpondis-je.
     - Pourquoi ne les ai-je pas connues ?
     - Pouvions-nous souponner qu'elles pussent vous plaire ?...
     Et le paillard, oubliant aussitt et sa prisonnire et son vol, veut que
ces deux filles lui soient  l'instant livres. De tels dsirs devenaient des
ordres pour nous dans la circonstance o nous tions. Un boudoir s'ouvre 
Ferdinand ; il s'y enferme avec nos femmes, et n'en revient qu'au bout de deux
heures, aprs les avoir excdes.
     - Mes bonnes amies, nous dit-il en sortant, ne m'abandonnez pas, je vous
en conjure ; que tout reproche soit oubli, et je vous proteste de ne plus
voir en vous que l'innocence et la probit...
     Et il disparut.
     Avec une autre tte que celle du faible souverain de Naples, Charlotte
tait empoisonne sur-le-champ. Certes, nous lui en avions assez dit pour le
dterminer  cette action : mais cet homme, sans force et sans caractre,
tait-il capable d'une action de vigueur ? Aussi ne fit-il rien. Toute
l'Europe a su, sans en connatre les motifs, et cette dtention et sa
brivet. Pour nous, bien dcides  ne pas attendre le dnouement de cette
aventure, nous fmes sur-le-champ nos prparatifs de dpart. Les quarante
millions nous embarrassaient. Comme nous avions achet beaucoup de bustes, de
mosaques, de marbres antiques et de pierres du Vsuve, nous plames notre or
dans de doubles fonds pratiqus aux caisses de ces emballages, et ce
stratagme russit  merveille. Avant que de les fermer, nous envoymes
supplier le roi de les faire visiter ; il ne le voulut jamais. Nous les
cachetmes ; dix chariots les emportrent, et nous les suivmes dans deux
carrosses, l'un pour nos gens, l'autre pour nous. Un moment avant de partir,
nous fmes prendre cong de Ferdinand, qui fit encore tout son possible pour
nous retenir, et qui nous donna, de sa main mme, le passeport ncessaire 
quitter ses tats.
     Le soir, nous couchmes  Capoue ; huit jours aprs,  Rome, o nous
arrivmes sans le moindre accident. Ce fut l seulement que Clairwil
instruisit son frre du projet qu'elle avait de me suivre  Paris, o elle
dsirait terminer ses jours ; elle l'engageait  prendre le mme parti : mais
Brisa-Testa ne voulut jamais quitter sa profession, et quelles fussent les
richesses qu'il y et acquises, il nous protesta qu'il tait dcid maintenant
 mourir les armes  la main.
     - Eh bien ! me dit Clairwil, c'en est fait, je te donne la prfrence sur
lui, et je ne veux plus que nous nous sparions.
     J'embrassai mille fois mon amie, et lui jurai qu'elle n'aurait jamais 
se repentir de cette rsolution. Que je connaissais mal la fatalit de son
toile et de la mienne, en lui faisant cette promesse !
     Nous continumes notre route, sans qu'il nous arrivt rien d'intressant
jusqu' Ancne, o, profitant du plus beau temps du monde, nous nous
promenions sur le port, lorsque nous remarqumes une grande femme d'environ
quarante-cinq ans, qui nous examinait avec la plus scrupuleuse attention.
     - Reconnais-tu cette femme ? me dit Clairwil...
     Je me retourne... J'observe.
     - Ah ! dis-je, pleine d'tonnement, cette crature est notre sorcire de
Paris... c'est la Durand.
     Et  peine eus-je fini, que l'individu dont nous parlions se jette avec
transport dans nos bras...
     - Ah ! ah ! dit Clairwil, un peu mue de revoir au bout de cinq ans une
femme qui lui avait prdit qu'elle n'avait plus que ce terme  vivre, quel est
donc le hasard qui nous runit en cette ville ?
     - Venez chez moi, nous dit la Durand, toujours belle ; quoique ces
gens-ci n'entendent pas notre langue, il est inutile nous exposer devant eux.
     Nous la suivmes ; et aprs nous avoir reues dans le plus bel
appartement de l'htellerie qu'elle occupait :
     - Que je suis aise, nous dit-elle, ds que nous fmes assises, de pouvoir
vous procurer dans fort peu de temps la connaissance de la femme la plus
singulire, la plus dans votre genre qu'ait encore cre la nature.
     - Qui donc ? dit Clairwil.
     - C'est une sur cadette de l'impratrice, une tante de la reine de
Naples, ignore de l'univers entier. La princesse Christine annona, ds sa
plus tendre enfance, un penchant si violent au libertinage, que son pre
sentit l'impossibilit de l'tablir. Voyant que ses mauvais penchants
croissaient avec l'ge, il prit le parti de lui acheter une le en Dalmatie,
sur les bords du golfe de Venise, et lui assigna trois millions de revenu, la
mit sous la protection des Vnitiens qui lui accordrent le titre de
souveraine de son le, et la permission d'y faire tout ce qu'elle voudrait.
Christine, relgue l depuis seize ans, en a maintenant quarante, et y jouit
de tous les plaisirs que la plus extrme lubricit peut faire natre. Je ne
vous en dirai pas davantage, voulant vous laisser tous les plaisirs de la
surprise. Nous traverserons le golfe dans une felouque  elle, dont je puis
disposer quand je veux ; c'est un voyage de vingt-quatre heures. Dcidez-vous.
     - Assurment, nous le sommes, rpondis-je ; je suis bien sre que
Clairwil ne me dsavouera pas : notre voyage ayant pour but d'tudier les
murs et de voir des choses extraordinaires, l'objet sera manqu si, pouvant
observer ce que tu nous proposes, nous nous y refusions par tideur.
     - Oh ! sacredieu, dit mon amie, comme nous allons foutre dans l'le de
Christine !
     - Jamais, dit Durand, jamais vous n'aurez eu tant de plaisir.
     - Quoi ! dis-je, elle a donc l... ?
     - Eh ! non, non, je ne veux rien dire, rpondit la Durand, il faut que
vous en ayez toute la surprise.
     Et nous changemes de propos, pour ne pas dplaire  une femme qui
paraissait ne vouloir pas s'ouvrir davantage.
     - Oh ! parbleu, dis-je  la Durand, puisque je te retrouve, il faut
absolument que tu m'apprennes le motif qui te fit disparatre aussitt de
Paris. Pourquoi ne te trouvas-tu point au rendez-vous que tu avais indiqu au
comte de Belmor, avec lequel je t'avais fait faire connaissance ?
     - Certes, rpondit la Durand, la raison qui m'empcha de m'y trouver ne
pouvait tre meilleure : on me pendait ce jour-l.
     - Es-tu folle ?
     - On me pendait, vous dis-je ; le fait est simple, deux mots vont vous
l'expliquer. J'avais fourni du poison au jeune duc de *** pour trancher les
jours de sa mre. Des remords vinrent troubler les projets de cet imbcile ;
il me trahit ; je fus arrte, mon procs fait dans vingt-quatre heures. Mais,
singulirement lie avec Samson, j'obtins de lui de n'tre pendue que pour la
forme. Des claircissements, des aveux me valurent des dlais. Je ne descendis
de l'Htel de Ville qu'aux lumires ; Samson fit un nud coulant et
m'escamota. Porte au cimetire, un de ses valets m'acheta, par ses ordres, et
je quittai Paris ds la nuit mme. J'y revins l'anne d'ensuite, sous un autre
nom et dans un autre quartier, sans tre chicane par personne ; mes affaires
n'ont pas t mal depuis. On a bien raison de dire que la corde de pendu porte
bonheur. J'ai soixante mille livres de rente, mes fonds croissent chaque
anne. Tous les ans, je fais voyage en Italie ; j'y fais prparer les poisons
que je distribue ensuite dans toute l'Europe : j'aime mieux cela que de les
composer chez moi. En vrit, la mode de ces meurtres est telle aujourd'hui,
que je puis  peine suffire. Ce sera chez Christine o vous verrez des effets
bien piquants des venins que je compose !
     - Tu lui en vends ?
     - Ah ? bon Dieu ! pour cent mille cus tous les ans.
     - Elle est donc cruelle ?
     - C'est une Zingha.
     - Ah ! je l'adore d'avance, dit Clairwil ; allons, Durand, partons quand
tu voudras.
     - Femme charmante, dis-je ici, voulant absolument satisfaire ma
curiosit, j'exige enfin de toi de nous dvoiler,  prsent, quels taient les
personnages singuliers par qui tu nous fis battre, flageller, qui firent, en
un mot, devant nous tant de choses extraordinaires chez toi...
     - L'un, nous dit la Durand, est le clbre duc de ***, l'autre, Beaujon,
ce millionnaire si connu. Depuis quatre ans, tous deux me paient normment
pour de pareilles expditions. On n'a pas ide de ce que j'ai tromp de femmes
et de filles de la mme manire, pour eux. Mais,  propos, dit Durand en
donnant des ordres, croyez-vous donc que je vais vous laisser sortir de chez
moi sans dner ? Un refus de votre part me mettrait au dsespoir ; j'espre
que vous ne me le ferez point...
     Et le plus splendide repas fut aussitt servi.
     - Durand, dit Clairwil, au dessert, tu nous promets de grands plaisirs
pour demain, mais tu ne nous parles pas de ceux d'aujourd'hui ; j'ai cependant
vu l, parmi tes valets, trois ou quatre gaillards qui m'ont l'air de bander
fort dur.
     - En veux-tu tter !
     - Pourquoi pas ? Et toi, Juliette ?
     - Non, dis-je proccupe d'une ide plus forte que moi, et dont je
n'tais pas la matresse, non, j'aime mieux boire des liqueurs et causer avec
Durand, que de foutre. J'ai mes rgles, d'ailleurs, et ne me sens nullement en
train.
     - Voil la premire fois que tu refuses des vits, dit Clairwil avec une
sorte d'inquitude dont j'tais loin de pntrer la cause... Allons, viens mon
ange, poursuivit Clairwil, quand on ne veut pas foutre par-devant, on fout
par-derrire ; viens donc, tu sais que je ne gote jamais de vrais plaisirs
sans toi.
     - Non, dis-je toujours entrane par cette sorte de pressentiment qui me
matrisait ; non, te dis-je, je ne bande point du tout, et je veux jaser...
     Clairwil entre dans le cabinet qui lui tait destin, et je vis
distinctement, dans une glace, un signe nergique qu'elle fit  la sorcire,
et qui me parut ne pouvoir tre autre chose qu'une forte recommandation de
silence. Les portes se ferment ; je reste avec Durand.
     - Oh ! Juliette, me dit cette femme ds que je fus seule avec elle, rends
grces  ton toile des sentiments que tu m'inspires. Charmante fille,
poursuit-elle en m'embrassant, non, tu ne seras pas la victime d'un monstre...
Prfrable  lui sous tous les rapports, je sauverai tes jours en te prvenant
de tout.
     - De quoi s'agit-il donc ? madame, vous me glacez d'effroi !
     - coute-moi, Juliette, et surtout ne rvle rien. Cette le, en
Dalmatie... cette princesse Christine... ce voyage... Chre fille, tu tais
perdue... tout cela n'tait que des piges tendue par une femme que tu croyais
ton amie.
     - Quoi ! Clairwil ?
     - Elle avait complot ta mort. Elle est jalouse de tes richesses ; elle a
dans sa poche un crit, o vous vous tes mutuellement promis d'hriter l'une
de l'autre ; elle t'assassinerait pour avoir ton bien.
     - Oh ! L'infernale crature ! m'criai-je en furie.
     - Calme-toi, Juliette, calme-toi ; un mot peut te perdre encore ; achve
de m'couter. La felouque o nous nous embarquions faisait naufrage ; nous
nous sauvions, tu prissais... Venge-toi ; prends ce paquet, il contient la
poudre fulminante ; c'est le plus prompt des venins que nous employons. A
peine en aura-t-elle pris, qu'elle tombera  tes pieds comme frappe de la
foudre. Je ne te demande rien pour le service que je te rends ; ne le regarde
jamais que comme le fruit de mon excessive tendresse pour toi...
     -  ma bienfaitrice ! m'criai-je en larmes, de quel affreux danger tu me
prserves !... Mais achve de m'expliquer tout ce mystre... Comment es-tu
dans Ancne ?... Comment Clairwil t'a-t-elle vue ?
     - Je vous suis depuis Naples, o j'tais pour mes poisons : Clairwil, qui
m'y rencontra, me prescrivit tout ceci. Je vous ai laisses  Lorette, et suis
venue dans cette ville pour y disposer une scne o je ne me prtai qu'avec le
plus ferme dsir, de te sauver la vie. Si j'eusse refus  Clairwil, elle
employait d'autres moyens, et tu prissais infailliblement.
     - Mais, ds que Clairwil voulait se dfaire de moi, quel besoin
d'attendre, si longtemps ?
     - Vos crits n'taient pas faits, vos sommes n'taient point places, il
fallait tre sorti de Rome, et elle savait qu'en quittant cette ville, vous ne
sjourneriez qu' Lorette. Ce fut pour la journe d'ensuite qu'elle m'ordonna
de tout disposer.
     - Indigne crature ! m'criai-je, toi que j'aimais avec tant de
sincrit, dans les bras de qui je me livrais avec tant de candeur et de bonne
foi !
     - C'est un monstre de fausset et de perfidie : il n'est aucune espce
d'occasion o l'on puisse compter sur elle ; et l'instant o l'on s'imagine
avoir le moins  en craindre, est celui o il faut s'en mfier avec le plus de
soin... J'entends du bruit, peut-tre va-t-elle rentrer ; elle redoute notre
entretien ; compose-toi, et ne la manque pas ; adieu.
     Effectivement, Clairwil rentra trs agite ; elle avait mal foutu,
disait-elle, les deux hommes qu'on lui avait donns bandaient mal : elle ne
s'accoutumait point, d'ailleurs,  goter des plaisirs que ne partageait point
sa chre Juliette.
     - Je dchargerais mieux avec toi, me dit-elle, si tu voulais que nous
nous branlassions.
     - Ce sera pour cette nuit, rpondis-je, en dguisant mon cruel tat du
mieux qu'il m'tait possible ; mais d'honneur,  prsent, ma chre, je ne
banderais pas pour Adonis.
     - Eh bien ! dit Clairwil, retournons au logis ; aussi bien, je me sens
accable ; je ne serai pas fche de me mettre au lit de bonne heure. Adieu,
Durand, poursuivit-elle,  demain. Tche, surtout, que nous ayons dans la
felouque des musiciens, des vivres et de bons fouteurs ; je ne connais point
d'autre faon de me dsennuyer sur mer.
     Nous rentrmes.
     - C'est une singulire femme que cette Durand, me dit Clairwil, ds que
nous fmes seules ; elle est bien dangereuse, ma chre :  quelle preuve elle
a mise mon amiti pour toi ! Croiras-tu que, dans l'instant o tu nous a
quittes quelques minutes pour passer dans une garde-robe, la sclrate m'a
propos de t'empoisonner pour deux mille louis ?
     Peu surprise, je ne vis, dans ce propos, qu'un mauvais pige dans lequel
il m'tait impossible de donner. Je pris assez sur moi, cependant, pour avoir
l'air de tout croire.
     - Oh ! Dieu ! dis-je, cette femme est un monstre ! Voil donc la raison
qui me l'a fait trouver si fausse, dans le peu de temps que j'ai caus avec
elle.
     - Sans doute ; elle avait complot contre tes jours ; ta mort la
divertissait.
     - Ah ! dis-je, en fixant Clairwil, c'tait peut-tre pendant notre voyage
sur mer, que la coquine excutait son funeste coup...
     - Non, dit Clairwil sans nul embarras...  souper, ce soir, et telle est
la raison qui m'a fait t'entraner si vite...
     - Mais ce voyage, dis-je, il m'inquite,  prsent : en rponds-tu bien ?
     - Oh ! sur ma tte : j'ai totalement chang ses ides, je te rponds
qu'elle n'y pense plus ; soupons.
     On nous sert ; j'tais dcide. Dans l'impossibilit absolue d'tre la
dupe de ce que me disait Clairwil, trop pntre de la franchise des aveux de
la Durand, je glisse au premier plat que je sers  Clairwil le venin cach
dans mes doigts... Elle avale, chancelle, et tombe en poussant un cri furieux.
     - Me voil venge, dis-je  mes femmes, trs tonnes de cette syncope...
     Et je leur dvoile aussitt l'aventure.
     - Oh ! foutre, m'criai-je, savourons les doux charmes de la vengeance,
et faisons des horreurs maintenant : branlez-moi toutes deux sur le cadavre de
cette putain, et que son exemple vous apprenne  ne jamais trahir votre amie.
     Nous dpouillmes Clairwil, nous l'tendmes nue sur un lit... Je la
branlai ; elle tait encore chaude ; arme d'un godemich, je la foutis ;
lise me faisait baiser son cul ; pendant ce temps-l, je chatouillais le con
de Raimonde. Je parlais  cette malheureuse, comme si elle et encore exist ;
je lui adressais des reproches et des invectives, comme si elle et pu
m'entendre ; je pris des verges, je lui donnai le fouet... je l'enculai.
Insensible  tout, je vis bien qu'il n'y avait plus d'espoir, je la fis mettre
dans un sac. Et ses propres valets, qui la dtestaient et qui me surent le
meilleur gr du monde de les avoir dbarrasss d'une aussi mauvaise matresse,
se chargrent, ds qu'il ferait nuit, d'aller secrtement la porter  la mer.
     J'crivis, sur-le-champ,  mon banquier,  Rome, qu'en raison du contrat
pass entre Clairwil et moi, au moyen duquel les biens placs ensemble chez
lui appartenaient au dernier vivant, il et  ne plus faire passer qu' moi le
total du revenu. D'o il rsultait qu'en runissant les deux fortunes sur ma
tte, je me trouvais plus de deux millions de rente. Rien ne s'arrange comme
un meurtre, en Italie : je fis donner deux cents sequins  la justice
d'Ancne, il n'y et seulement pas de procs-verbal.
     - Eh bien ! dis-je  Durand, en allant dner chez elle le lendemain et
sans vouloir lui rien expliquer encore, c'est donc ainsi que vous avez voulu
me tromper ? Clairwil m'a tout dit : vous deviez m'empoisonner hier soir...
Elle seule s'y est oppose.
     - L'infernale crature ! rpondit la Durand, avec tout l'air de la
franchise. Oh ! Juliette, croyez que je vous ai dit la vrit : je vous aime
trop pour vous en imposer sur des faits aussi graves. Je suis sclrate autant
qu'une autre, peut-tre plus qu'une autre, mais quand j'aime une femme, je ne
la trompe jamais... Tu n'as donc pas excut.
     - Non, Clairwil respire ; elle me suit ; nous allons partir. Eh bien !
puisque je t'ai trahie, je me retire donc...
     - Oh ! Juliette, que vous payez mal les services que je vous ai rendus...
     - Mieux que tu ne penses, Durand, interrompis-je avec vivacit, en lui
glissant d'une main un portefeuille o il y avait cent mille cus ; et lui
montrant, de l'autre, les cheveux de Clairwil, que j'avais coups. Tiens,
voil les ornements de la tte que tu as proscrite, et voici la rcompense de
ta gnreuse amiti.
     - Garde tout cela, me rpondit la Durand. Juliette, je t'adore, je n'ai
voulu de prix  tout ce que j'ai fait, que le bonheur de t'adorer sans rivale
: j'tais jalouse de Clairwil, je ne le cache pas, mais je l'eusse pourtant
pargne, sans l'horreur dont elle s'est rendue coupable envers toi. Il m'a
t impossible de lui pardonner l'attentat form contre les jours de celle
dont je voudrais prolonger la vie aux dpens de la mienne. Je suis beaucoup
moins riche que toi, sans doute, mais j'ai de quoi vivre magnifiquement, et
puis me passer de l'argent que tu m'offres : mon mtier ne m'en laissera
jamais manquer ; je ne veux pas tre paye d'un service rendu par mon cur.
     - Plus de sparation dsormais entre nous, dis-je  la Durand ; quitte
ton auberge, viens dans la mienne ; tu prendras les gens, les quipages de
Clairwil, et nous partirons pour Paris, dans deux ou trois jours.
     Tout s'arrangea ; Durand ne conserva qu'une femme de chambre,  laquelle
elle tait extrmement attache ; elle renvoya le reste de sa maison, et vint
s'tablir chez Clairwil.
     Il tait facile de voir,  l'air dont cette femme me dvorait des yeux,
que ce qu'elle attendait avec le plus d'impatience, tait l'instant o, pour
prix de ce qu'elle avait fait, mes faveurs lui seraient accordes. Je ne la
fis pas languir : aprs le dner le plus somptueux et le plus lgant, je lui
tends les bras ; elle s'y prcipite ; nous volons dans ma chambre ; tout s'y
ferme, et je me livre, avec d'inexprimables dlices,  la plus libertine et la
plus luxurieuse des femmes. Durand, ge de cinquante ans, n'tait pas encore
sans mrite ; ses formes taient belles et bien conserves ; sa bouche
frache, sa peau douce et peu ride ; un superbe cul, la gorge encore
soutenue, fort blanche, des yeux trs vifs, beaucoup de noblesse dans les
traits, et des transports dans le plaisir... des gots d'une bizarrerie... !
Par un caprice de la nature, dont Clairwil et moi nous ne nous tions jamais
doutes, Durand n'avait jamais pu jouir des plaisirs ordinaires de la
jouissance : elle tait barre, mais (et de cela vous devez vous en souvenir)
son clitoris, long comme le doigt, lui inspirait pour les femmes le got le
plus ardent. Elle les foutait, elle les enculait ; elle voyait aussi des
garons : l'extrme largeur du trou de son cul me fit bientt voir que, quant
aux intromissions, elle se ddommageait par celle-l. Je fis les avances, et
crus qu'elle mourrait de plaisir, sitt qu'elle sentit mes mains sur sa chair.
     - Dshabillons-nous, me dit-elle, on ne jouit bien que nue. J'ai,
d'ailleurs, la plus grande envie de revoir tes charmes, Juliette, je brle de
les dvorer...
     Tout est  bas dans une minute. Mes baisers parcourent ce beau corps avec
ardeur ; et, peut-tre, euss-je eu bien moins de plaisir, si Durand et t
plus jeune. Mes gots commenaient  se dpraver, et l'automne de la nature me
donnait des sensations bien plus vives que son printemps. Objet unique des
caresses de cette femme ardente, j'tais accable de luxures ; on n'imagine
pas  quel point elle portait ses recherches : oh ! comme les femmes
criminelles sont voluptueuses ! que leurs lubricits sont savantes !
     Prudes, langoureuses et froides, insupportables bgueules, qui n'osez pas
seulement toucher le membre qui vous perfore, et qui rougiriez de lcher un
foutre en foutant, venez, venez ici prendre des exemples : c'est  l'cole de
la Durand o vous vous convaincrez de votre ineptie.
     Aprs les premires caresses, Durand, moins gne que lorsque Clairwil
tait, comme autrefois, en tiers avec nous, me dclara ses fantaisies, en me
suppliant de m'y soumettre. A genoux devant moi, il fallait qu'en l'accablant
d'invectives, je lui frottasse le nez tour  tour, et de mon con et de mon cul
; il fallait, en frottant le devant, que je lui piquasse sur le visage. Cela
fait, je devais la couvrir de coups de pied et de coups de poing, m'emparer
d'une poigne de verges, et la fustiger jusqu'au sang. Quand,  force de
mauvais traitements, je l'aurais tendue par terre, il fallait que, ma tte
entre ses cuisses, je la gamahuchasse un quart d'heure, en la socratisant
d'une main, et lui branlant les ttons de l'autre ; ensuite, ds qu'elle
serait bien en feu, je devais me laisser enculer avec son clitoris, pendant
qu'elle chatouillerait le mien.
     - Je te demande pardon de tant de choses, Juliette, me dit cette
libertine, aprs m'avoir tout expliqu ; mais si tu savais o nous entrane la
satit !...
     - Aprs trente-cinq ans d'un libertinage soutenu, on ne doit jamais faire
des excuses de ses gots, rpondis-je : tous sont respectables, tous sont dans
la nature ; le meilleur de tous est celui qui nous flatte le mieux.
     Et me mettant  l'opration, je la satisfis si bien, qu'elle pensa mourir
de plaisir. Rien n'galait les crises voluptueuses de la Durand. De mes jours
je n'avais vu de femme dcharger ainsi : non seulement elle lanait son
foutre comme un homme, mais elle accompagnait cette jaculation de cris si
furieux, de blasphmes tellement nergiques, et de spasmes si violents, qu'on
et cru qu'elle tombait en pilepsie. Je fus encule comme si j'eusse eu
affaire  un homme, et j'y ressentis le mme plaisir.
     - Eh bien ! me dit-elle, en se relevant, es-tu contente de moi ?
     - Oh ! foutre, m'criai-je, tu es dlicieuse, tu es un vrai modle de
lubricit ! tes passions m'embrasent : rends-moi tout ce que je t'ai fait.
     - Quoi ! tu veux tre battue ?
     - Oui.
     - Soufflete, fustige ?
     - Assurment.
     - Tu veux que je pisse sur ton visage ?
     - Sans doute, et que tu te dpches ; car je bande et veux dcharger.
     La Durand, plus accoutume que moi  ces services, s'y prend avec une
telle agilit, elle y emploie une si grande adresse, qu'elle me fait 
l'instant partir, sous les titillations voluptueuses de sa langue impudique.
     - Comme tu dcharges, cher amour ! me dit-elle ; comme tu ressens
nergiquement le plaisir ! Ah ! tu ne me le cdes en rien.
     - Il faut que je te l'avoue, Durand, rpondis-je, tu m'chauffes
tonnamment la tte ; je suis tonnamment glorieuse d'tre lie avec une femme
comme toi ; matresses toutes deux des jours de l'univers entier, il me semble
que notre runion nous rend suprieures  la nature mme. Oh ! que de crimes
nous allons commettre ! que d'infamies nous allons faire !
     - Tu ne regrettes donc plus Clairwil ?
     - Le puis-je, quand je te possde ?
     - Et si je n'avais invent toute cette histoire que pour me dbarrasser
d'une rivale ?
     - Oh ! quel excs de sclratesse !
     - Si je m'en tais souille ?
     - Mais, Durand, Clairwil m'a dit que tu lui avais offert de m'empoisonner
pour deux mille louis.
     - Je savais bien qu'elle te le dirait ; je n'ignorais pas non plus que
cette confidence de sa part, loin de t'en imposer, ne te paratrait qu'un
pige maladroit qui, avec la finesse que je te connaissais, ne servirait qu'
te faire hter le crime que je voulais que tu commisses.
     - Et pourquoi choisir ma main pour cela ? Ne pouvais-tu pu t'en charger ?
     - Il tait bien plus dlicieux pour moi de te faire trancher les jours de
ma rivale ; pour que ma volupt ft complte, il fallait que ton bras me
servt : il l'a fait.
     - Juste ciel ! quelle femme tu es !... Mais elle fut inquite en dnant
chez toi l'autre jour, elle gota mal les plaisirs que tu lui destinais : on
et dit qu'elle se mfiait de notre tte--tte... elle te fit un signe...
     - J'avais prpar cette inquitude, parce que j'en pressentais les
rsultats sur toi ; tu vois bien que j'ai russi, et que son air troubl la
rendit bientt plus coupable  tes yeux. En lui disant que je t'empoisonnerais
pour deux mille louis, elle dut craindre que je ne t'en proposasse autant
contre elle. Voil le signal expliqu, voil d'o vient qu'elle trembla du
tte--tte, et ce frmissement, fruit de mes soins, produisit sur ton esprit
l'effet entier que j'en attendais : deux heures aprs, le coup fut excut.
     - Quoi ! d'honneur, Clairwil tait innocente ?
     - Elle t'adorait... Je t'adorais aussi et ne pouvais souffrir de rivale...
     - Tu triomphes, sclrate, dis-je  la Durand en me prcipitant sur son
sein, oui, tu triomphes compltement, et je t'idoltre au point que si ce
crime tait  refaire, je le ferais sans qu'il ft besoin du motif dont tu
l'tayes... Et pourquoi ne m'avoir pas dclar ton amour  Paris ?
     - Je ne l'osai devant Clairwil, et, quand tu revins me voir sans elle,
l'homme que tu me conduisais me gna ; la seconde fois je n'y tais plus. Mais
je ne t'ai jamais perdue de vue, ma chre et tendre amie. Je t'ai suivie 
Angers, en Italie, tout en faisant mon commerce ; je t'avais toujours sous les
yeux. Mon espoir disparut, en voyant tes diffrentes liaisons avec les Donis,
les Grillo, les Borghse, et je me dsesprai bien plus encore, quand je sus
que tu avais retrouv Clairwil... Enfin je t'ai suivie de Rome ici, et lasse
d'tre si longtemps contrarie, j'ai voulu dnouer l'aventure : tu vois comme
j'ai russi.
     - Inexplicable et dlicieuse crature ! on ne porta jamais plus loin la
fausset, l'intrigue, la mchancet, la sclratesse et la jalousie !
     - C'est que personne n'eut jamais ni mes passions ni mon cur ! c'est que
personne n'aima jamais comme je t'aime.
     - Mais quand tes feux seront teints, tu me traiteras sans doute comme tu
viens de traiter Clairwil... Aurai-je le temps de me dfendre ?
     - Je vais te tranquilliser, mon ange, et rpondre nergiquement  tes
injustes soupons ; coute-moi. J'exige que tu conserves  jamais l'une de tes
femmes, lise ou Raimonde ; choisis, je ne te laisserai pas l'autre, je t'en
prviens.
     - Mon choix est fait, je garde Raimonde.
     - Eh bien ! poursuivit Durand, si jamais Raimonde prit d'une manire
tragique, et dont tu ne puisses souponner la cause, n'en accuse que moi.
J'exige maintenant que tu laisses un crit dans les mains de cette fille, qui
l'autorise  me dnoncer comme ton assassin si jamais tu pris toi-mme d'une
manire malheureuse, pendant notre liaison.
     - Non, je ne veux point de ces prcautions ; je me livre  toi, je m'y
livre avec dlices ; j'aime l'ide de mettre ma vie dans tes mains...
Laisse-moi lise, laisse-moi tout le monde, ne gne pas mes gots. Je suis
libertine, je ne te promettrai jamais d'tre sage, mais je te ferai le serment
de t'adorer toujours.
     - Je n'ai pas envie de te tyranniser ; au contraire, je servirai moi-mme
tes plaisirs, je ferai tout pour tes jouissances physiques ; mais si le moral
y entrait pour quelque chose, je t'abandonnerais  l'instant. Je connais
l'impossibilit de captiver une femme comme toi, putain par principe et par
temprament : ce serait, je le sais, vouloir imposer des digues  la mer ;
mais tu peux toujours tre matresse de ton cur, je te le demande... j'exige
qu'il ne soit qu' moi.
     - Je te le jure.
     - Va, nous goterons de bien grands plaisirs ; le libertinage n'est bon
que quand le sentiment n'y entre pour rien : il faut n'avoir qu'une amie,
n'aimer sincrement qu'elle, et foutre avec tout le monde... Juliette, il
faut, si tu veux me croire, renoncer  ce train d'opulence avec lequel tu
marches ; je rformerai moi-mme la moiti de mon train ; nous n'en ferons pas
moins bonne chre, nous n'en aurons pas moins toutes nos aises ; mais il est
inutile de s'afficher. D'ailleurs, je veux suivre mon tat, et l'on viendrait
difficilement acheter  une femme que l'on verrait voyager en reine.
     - Et moi aussi, rpondis-je, je veux satisfaire mes gots, je veux voler,
je veux me prostituer, et nous nous livrerons difficilement  tout cela, avec
tant d'talage.
     - Il faut que je passe pour ta mre : avec ce titre je te prostituerai
moi-mme. lise et Raimonde seront tes parentes ; nous trafiquerons galement
leurs charmes, et sois sre, qu' la tte d'un pareil srail, nous ferons de
l'argent en Italie.
     - Et tes poisons ?
     - Je les vendrai mieux, je les vendrai plus cher. Il faut que nous
retournions en France sans dpenser un sol du ntre, et que nous ayons au
moins deux millions de profit.
     - Quelle route allons-nous prendre ?
     - J'aurais bien envie de retourner vers le Midi. Tu n'as pas d'ides,
Juliette, de la dpravation des murs calabraises et siciliennes ; je connais
cette partie, nous y ferions des trsors : j'y vendis l'an pass, pour cinq
cent mille francs de poisons ; je ne pouvais russir  les composer. Ils sont
crdules comme tous les gens faux ; en leur disant la bonne aventure, je leur
persuadais tout ce que je voulais...  Juliette ! c'est un bon pays.
     - Je voudrais retourner  Paris, dis-je  la Durand, il me tarde d'y tre
tablie : n'y vivrons-nous pas mieux qu'en courant ainsi ? n'y pourrons-nous
pas faire les mmes choses ?
     - Il faut au moins voir Venise ; de l, nous gagnerons Milan et Lyon.
     - A la bonne heure.
     Nous dnmes. Durand me dit qu'elle voulait faire toute la dpense,
qu'elle se payerait sur le gain, mais qu'elle me suppliait de ne pas lui
enlever le plaisir d'avoir l'air de m'entretenir : j'y consentis.
     Je mettais, je l'avoue, la mme dlicatesse  recevoir ses soins, qu'elle
en mettait  me les rendre. Le crime a donc aussi ses dlicatesses : il
connatrait bien mal les hommes, celui qui ne le croirait pas.
     - Est-il vrai, dis-je  ma nouvelle compagne, que tu possdes le baume de
longue vie ?
     - Ce baume n'existe point, me dit la Durand, ceux qui le distribuent ne
sont que des imposteurs. Le vrai secret, pour prolonger sa vie, est d'tre
sobre et temprant ; or, nous sommes trop loin de ces vertus pour esprer les
dons du baume. Eh ! qu'importe, ma chre, il vaut mieux vivre un peu moins, et
s'amuser ; que serait la vie, sans les plaisirs ? Si la mort tait un
tourment, je te conseillerais d'allonger ta vie ; mais comme ce qui peut nous
arriver de pis est de retomber dans le nant o nous tions avant que de
natre, ce doit tre sur l'aile des plaisirs qu'il faut parcourir la carrire.
     - Oh ! mon amour, tu ne crois donc pas  une autre vie ?
     - Je serais bien honteuse d'adopter de pareilles chimres ; mais trop
claire sur toutes ces choses, je ne crois pas avoir rien  t'apprendre, et
j'imagine que, bien pntre des premiers principes de la philosophie, et
l'immortalit de l'me et l'existence de Dieu sont,  tes regards, des
extravagances sur lesquelles tu ne te donnes pas mme la peine de rflchir.
La fausset de tous ces systmes dmontre, il en est un que j'lve sur leur
ruine, et qui, sans doute, a quelque originalit ; je l'appuie sur une
infinit d'expriences. Je soutiens que l'horreur que la nature nous inspire
pour la mort n'est le fruit que des craintes absurdes que nous nous formons
ds l'enfance sur cet anantissement total, d'aprs les ides religieuses dont
on a la sottise de nous remplir la tte. Une fois guris de ces craintes et
rassurs sur notre sort, non seulement nous ne devons plus voir la mort avec
rpugnance, mais il devient facile de dmontrer qu'elle n'est rellement plus
qu'une volupt. Tu conviendras d'abord qu'on ne peut s'empcher d'tre certain
qu'elle ne soit une des ncessits de la nature, qui ne nous a crs que pour
cela ; nous ne commenons que pour finir ; chaque instant nous mne  ce
dernier terme ; tout prouve que c'est l'unique fin de la nature. Or, je
demande comment il est possible de douter, d'aprs l'exprience acquise, que
la mort, en tant que besoin de la nature, ne doive pas devenir, de ce
moment-l seul, une volupt, puisque nous avons sous nos yeux la preuve
convaincante que tous les besoins de la vie ne sont que des plaisirs. Il y a
donc du plaisir  mourir ; il est donc possible de concevoir qu'avec de la
rflexion et de la philosophie, on puisse changer en ides trs voluptueuses
toutes les ridicules frayeurs de la mort, et qu'on puisse mme y penser et
l'attendre en s'excitant aux plaisirs des sens.
     - Ce systme, absolument nouveau, et qui n'est pas sans vraisemblance,
dis-je  mon amie, serait dangereux  mettre au jour. Que de gens, uniquement
contenus par la crainte de la mort, et qui, dlivrs de cette frayeur, se
livreraient  tout, de sang-froid...
     - Mais, dit ma dlicieuse amie, je suis bien loin de chercher  loigner
du crime ; je ne travaille au contraire qu' dgager sa route de toutes les
entraves qu'y met la sottise. Le crime est mon lment ; la nature ne m'a fait
natre que pour le servir, et je voudrais multiplier  l'infini tous les
moyens de le commettre.
     - Le mtier que je fais, et que j'exerce bien plus par libertinage que
par besoin, prouve l'extrme dsir que j'ai d'tendre le crime ; je n'ai point
de passion plus ardente que celle de le propager dans le monde, et si je
pouvais l'envelopper tout entier dans mes piges, je le pulvriserais sans
remords.
     - Et quel est le sexe contre lequel ta fureur libertine complote avec le
plus de plaisir ?
     - Ce n'est pas le sexe qui m'irrite, c'est l'ge, les liens, l'tat de la
personne. Lorsque ces convenances se trouvent dans un homme, je l'immole avec
plus de volupt qu'une femme ; se rencontrent-elles dans une femme, elle
obtient aussitt la prfrence.
     - Eh ! quelles sont ces convenances ? demandai-je.
     - Je ne devrais pas te les dire.
     - Pourquoi donc ?
     - Tu tireras de ces aveux mille fausses inductions qui gneront ensuite
notre commerce.
     -Ah ! je t'entends, je conois l'un des rapports qui chauffent ta tte :
tes faveurs, srement, sont des arrts de mort ?
     - Ne l'avais-je pas dit ? coute-moi donc, Juliette, et tranquillise-toi.
Je ne te dguiserai pas, sans doute, qu'un objet qui ne m'aurait servi que de
simple et unique jouissance, sans aucune espce de relation avec moi, ne ft,
par cela seul, proscrit dans mon imagination. Mais si je rencontre, dans cet
objet, des similitudes, des convenances, telles que celles que j'ai trouves
en toi, ne doute pas qu'alors, loin de briser les nuds qui m'attachent  un
tel objet, je ne les resserre par tous les moyens qui seront en moi. Au nom du
plus tendre amour, cesse donc de t'inquiter, mon ange ; je t'ai offert une
faon certaine de te rassurer, ta dlicatesse la refuse : ne me laisse donc
pas d'imaginer maintenant que ton esprit puisse contrarier ton cur ; ai-je
d'ailleurs des moyens que tu ne possdes toi-mme ?
     - Assurment, tu en as, rpondis-je, et je suis loin de connatre toute
la profondeur de ton art.
     - J'en conviens, dit mon amie en souriant, mais sois bien assure que cet
art ne sera mis en usage avec toi que pour te contraindre  m'aimer.
     - Ah ! j'y compte ; je sais que les sclrate ne se nuisent jamais entre
eux ; et sois bien convaincue que sans les affreux soupons que tu m'avais
donns sur Clairwil, je ne l'aurais pas sacrifie.
     - Il entre des regrets dans ce propos, Juliette ?
     - Eh bien ! non, non, dis-je, en baisant mille et mille fois mon amie,
finissons mme toute sorte d'explication l-dessus. Je te rpte que je me
livre  toi, tu peux compter sur mon cur comme je fais fond sur le tien ;
notre union fait notre force, et rien ne pourra la dissoudre. Achve-moi donc
maintenant, je te prie, le dtail des convenances qui t'irritent pour la
consommation du crime : j'aime  voir si elles se rapportent aux miennes, et
jusqu'ici j'y vois de grandes ressemblances.
     - Je t'ai dit que l'ge y faisait beaucoup ; j'aime  desscher la plante
quand elle est arrive  sa plus grande perfection de fracheur et de beaut :
entre quinze et dix-sept ans, voil les roses que je moissonne avec plaisir,
surtout quand la sant est parfaite, et que la nature, que j'ai l'art de
contrarier alors, parat avoir form cet objet pour arriver bien plus sain au
dernier terme de la vie. Ah ! Juliette, comme je jouis alors ! Les liens
m'irritent aussi : je prive avec dlices un pre de son enfant, un amant de sa
matresse.
     - Une tribade de sa bonne amie ?
     Eh bien ! oui, mchante, tu l'as vu. Est-ce ma faute si la bizarre nature
m'a cre coquine  ce point ? Si cet objet m'appartient, mon plaisir
redouble. J'ai dit que l'tat de la personne contribuait aussi beaucoup 
l'embrasement de ma tte : j'aime sur cela les deux extrmes, la richesse et
la qualit, ou l'indigence et l'infortune. Je veux, en gnral, que le choc
produise un branlement considrable, que la perte que j'occasionne cote des
pleurs ; je jouis dlicieusement en les voyant rpandre. Leur abondance ou
leur cret dtermine mon foutre : plus ils coulent, mieux je dcharge...
     - Oh ! ma tendre et dlicieuse amie ! dis-je  moiti pme, branle-moi,
je t'en conjure ; tu vois le trouble o tu me plonges ; je n'ai jamais connu
personne dont les sentiments soient plus conformes aux miens. Clairwil n'tait
qu'une enfant prs de toi ; tu es ce qui convient le mieux  mon bonheur, tu
es la femme que je cherchais ; ne m'abandonne plus...
     Et Durand, pour profiter de mon extase, m'ayant fait pencher sur un
canap, me branla avec trois doigts, comme je ne l'avais t de mes jours. Je
le lui rendis ; je suai son clitoris ; et quand je vis que le trou de son cul
s'ouvrait et se resserrait comme le calice des fleurs aux douces injections de
la rose, je m'armai d'un godemich, et l'enculai en continuant de la branler.
Jamais on ne vit de cul de cette largeur. Mon instrument avait huit pouces de
tour sur un pied de long :  peine l'eus-je prsent, qu'il disparut dans un
instant. Alors la putain sacra, se trmoussa comme une vritable forcene ; et
je vis bien que, si la nature l'avait prive de connatre les plaisirs du
vulgaire, elle l'en avait bien compltement ddommage en lui accordant pour
ceux-ci les plus dlicates sensations. Un des grands talents de ma nouvelle
amie consistait dans l'art de donner du plaisir en en recevant ; elle tait si
souple... si agile, que, pendant que je l'enculais, elle s'enlaait autour de
mon corps, et parvenait  me baiser la bouche et  me branler le cul.
Abandonnant quelquefois tout pour ne se livrer qu' ses sensations, alors elle
blasphmait avec une nergie que je n'avais connue  personne ; et, sous
quelque rapport que l'on considrt cette femme singulire, on voyait
qu'enfant du crime, de la luxure et de l'infamie, il n'tait pas une seule de
ses qualits physiques ou morales qui ne tendt  en faire la plus insigne
libertine de son sicle. Durand voulut me rendre tout ce que je lui avais
fait. Elle m'encula, et, lubriquement branle par elle, je soutins au mieux le
mme godemich, je dchargeai trois fois sous ses coups ; et, je le rpte, je
n'avais jamais vu de femmes entendre aussi bien l'art de donner des plaisirs.
     Nous nous remmes  boire, et quand nos ttes furent bien prises :
     - Viens, me dit la Durand, allons courir les rues ; allons nous souiller
de libertinage. Allons voir les apprts funbres d'une jeune fille de quinze
ans, belle comme le jour, que je fis mourir hier par le poison,  la
sollicitation de son pre, qui, aprs l'avoir bien foutue, a voulu se venger
d'une indiscrtion qu'elle venait de commettre.
     Nous sortmes, costumes  la manire des courtisanes du pays ; il
faisait nuit.
     - Je voudrais avant tout, me dit mon amie, que nous allassions branler
quelques vits de matelots sur le port ; il doit y avoir l des monstres ; tu
ne saurais croire le plaisir que j'ai d'exprimer le. jus de ces
saucissons-l...
     - Ah ! putain ! dis-je en la baisant, tu es grise.
     - Un peu, peut-tre ; mais n'imagine pourtant pas que les secours de
Bacchus me soient ncessaires pour allumer en moi le flambeau du libertinage.
Ce que l'on prte  l'autre est divin, je le sais, et je ne me porte jamais si
bien aux excs de la luxure, que quand je suis gorge de mets dlicats et de
vins capiteux ; mais je n'en ai pourtant pas un tel besoin, que je ne puisse,
sans ce stimulant, franchir toutes les bernes de la dcence et de la pudeur :
tu vas le voir.
     A peine sommes-nous sur le port, qu'une foule de portefaix et de matelote
nous abordent.
     - Venez, mes amis, dit la Durand, soyez calmes, honntes et tranquilles,
nous allons vous satisfaire tous. Tenez, voyez cette jolie fille, c'est une
Franaise[1] ; elle n'est que d'hier dans le commerce ; vous allez la voir se
trousser sur la borne, en offrant  vos gots le ct qui vous plaira le mieux
; je vous branlerai sur ses charmes...
     Quinze se rangeaient autour de nous, en applaudissant  l'ordre tabli
par Durand. Le premier veut voir ma gorge nue : il allait la fltrir par ses
grossiers attouchements, si ma compagne ne lui et interdit tout geste : il
fallut donc se rsoudre  ne faire que la couvrir de foutre ; elle en est
inonde. Le second veut, qu'assise sur la borne, j'carte mes cuisses le plus
possible, afin qu'on le branle sur mon clitoris. Je ne tiens pas  la grosseur
du membre dont la Durand farfouille l'entre de mon vagin, et me prcipitant
dessus par un mouvement involontaire, je me l'enfonce jusqu'aux couilles. A
peine le drle se sent-il ainsi pris, qu'il me saisit dans ses bras, m'enlve,
retrousse mes jupes, et fait voir mon cul  toute la troupe. Un de ces enrage
se jette sur mon derrire, il le tripote, il l'enfile, et me voil porte par
deux crocheteurs, me voil l'objet des caresses et des hommages de tous deux.
     - Attendez, dit la Durand, donnez-lui de quoi se soutenir ! (et elle me
place, en disant cela, un membre norme dans chaque main)... Quel dlicieux
groupe ! dit la coquine, en prsentant son derrire au cinquime. Tiens, mon
ami, voil mon cul, joignons-nous au tableau, formons un de ses pisodes ; je
ne puis malheureusement te donner autre chose, la nature ne me l'a pas permis
; mais sois assur que la chaleur et l'troit de mon cul te ddommageront
amplement de mon con.
     D'autres attitudes se succdrent bientt. Plus de cinquante de ces
malotrus me passrent par les mains. Au moyen d'une eau dont ma camarade les
frottait avant qu'ils ne me pntrassent, je pus me livrer  tous sans aucune
crainte, et je fus foutue quarante-cinq coups en moins de trois heures. Durand
ne faisait que les essayer ; elle me les rapportait, et ils terminaient, 
leur choix, ou dans mon con ou dans mon cul. La coquine les sua presque tous
: c'tait une de ses plus grandes volupts ; et, comme vous le croyez
facilement, elle ne se refusait rien de ce qui pouvait chauffer sa tte. Nos
bandits satisfaits, il fallut boire avec eux.
     - Voil ce que j'en aime le mieux, me dit Durand tout bas ; tu n'imagines
pas  quel point j'aime  faire, en mauvaise compagnie, toutes les actions de
la plus vile crapule et de la plus basse dbauche.
     Nous sortions de table, de manire assurment  n'avoir faim ni l'une ni
l'autre. Nous n'en dvormes pas moins toutes deux l'norme repas qu'il plut 
ces coquins-l de nous payer, et pour lequel vingt d'entre eux se cotisrent,
 deux sequins chacun, ce qui revenait  prs de cinq cents francs. L, nous
bmes, nous mangemes, nous nous laissmes tripoter, foutre, et nous nous
abrutmes, en un mot, au point qu'tendues toutes deux par terre au milieu du
cabaret, nous ne nous livrmes  ces gredins qu'aux conditions pralables
qu'ils nous vomiraient, nous pisseraient et nous chieraient sur le visage,
avant que de nous enfiler. Tous le firent, et nous ne nous relevmes de l
qu'inondes d'urine, d'ordures et de foutre.
     - Mes enfants, dit ma compagne ds qu'un peu d'ordre eut succd  ces
orgies, il est juste maintenant que nous nous fassions connatre  vous, et
qu'en reconnaissance du bon souper que vous nous avez donn, nous vous
gratifiions de quelques-unes de nos marchandises. Y a-t-il ici quelqu'un qui
veuille satisfaire ses vengeances ou ses haines particulires ? Nous allons
lui en servir les moyens. Munies des meilleurs poisons de l'Italie, dites-nous
ceux qui vous conviennent et  qui vous les destinez.
     Le croirez-vous, mes amis ? (oh ! juste ciel,  quel point est porte
maintenant la dpravation humaine !), tous, d'une voix unanime, nous
supplirent de leur faire part de nos funestes dons ; et il n'y en eut pas un
seul qui n'et, selon lui, les meilleures distributions  en faire. Ils en
eurent tous ; et cette libidineuse soire nous rendit peut-tre la cause d'une
soixantaine de meurtres.
     - Allons, me dit la Durand, il n'est pas tard, nous pouvons courir
encore. D'ailleurs, il faut que j'aille absolument m'assurer du succs de la
mort de ma jolie petite fille de quinze ans...
     Nous quittmes donc nos convives, aprs les avoir embrasss.
     A peine fmes-nous sur la place de la cathdrale, que nous vmes passer
un enterrement. La coutume tant en Italie de porter les morts  visage
dcouvert, il fut facile  la Durand de reconnatre les traits de la jolie
fille dont elle voulait vrifier la mort.
     - La voil... la voil ! me dit-elle prcipitamment, oh ! foutre !
branlons-nous dans un coin, en la voyant passer.
     - Non, dis-je, il vaut mieux la devancer  la cathdrale ; nous nous
cacherons dans une chapelle, o nous ferons ce que tu dis, en la voyant
descendre au tombeau.
     - Tu as raison, dit Durand, le moment est meilleur ; pntrons.
     Nous fmes assez heureuses pour nous placer prcisment derrire le
confessionnal de la chapelle mme o l'on allait descendre cette jeune
personne. Nous nous collons contre le mur, et nous voil  nous chatouiller
pendant la crmonie, en mnageant notre dcharge, de faon  ce que,
s'coulant au moment o l'on descendrait le cercueil, elle pt, pour ainsi
dire, servir d'eau bnite  la dfunte. On ne referme la tombe qu' demi, et
nous vmes que le fossoyeur, ou avait quelques intentions que nous ne
devinmes pas encore, ou ne voulait peut-tre, comme il tait tard, ne prendre
cette peine que le lendemain.
     - Pardieu ! restons ici, me dit la Durand, il me passe dans la tte un
caprice incroyable : tu as vu comme cette petite fille est belle ?
     - Eh bien ?
     - Nous la sortirons du tombeau, tu me branleras sur sa dlicieuse figure,
sur cette tte charmante que les ombres funbres, places sur son front par
mes mains, ne peuvent encore fltrir... As-tu peur ?
     - Non.
     - Eh bien ! s'il en est ainsi, restons.
     L'glise se ferme, et nous voil seules.
     - Que j'aime ce silence lugubre ! me dit la Durand ; comme il convient au
crime, comme il chauffe les passions ! il est l'image du calme des cercueils,
et, je te l'ai dit, je bande pour la mort ; agissons.
     - Un moment, dis-je, j'entends du bruit...
     Et nous regagnons notre coin  la hte... Oh, ciel ! qu'apermes-nous ?
Nous tions devances dans notre projet, et par qui ? grand Dieu ! quelle
excrable dpravation !... Le pre lui-mme venait jouir de son abominable
forfait, il venait le consommer ; le fossoyeur le devanait, une lampe  la
main.
     - Remonte-la, lui dit-il, ma douleur est si grande que je veux encore
l'embrasser, avant que de m'en sparer pour toujours.
     Le cercueil reparat, le corps en cet sorti, puis replac par le
fossoyeur sur les marches de l'autel.
     - Va, sors  prsent, mon ami, dit l'incestueux et barbare auteur des
jours de cette charmante fille, tu troublerais mes larmes ; laisse-moi les
rpandre  l'aise, tu viendras me reprendre dans deux heures, et je
rcompenserai ton zle...
     Les portes se referment. Oh ! mes amis, comment vous dcrire les horreurs
que nous vmes ? Il le faut cependant : ce sont les garements du cur humain
que je dveloppe, et je n'en dois laisser aucun pli de cach.
     Ne se croyant pas encore assez en sret dans cette glise, le coquin se
barricade dans l'intrieur de la chapelle, il allume quatre cierges, les place
 la tte et aux pieds de sa fille, puis dveloppe le drap mortuaire, et
l'tale nue sous ses yeux. D'indicibles frmissements de plaisir le saisissent
alors ; ses muscles renverss, ses soupirs entrecoups, son vit qu'il met 
l'air, tout nous peint l'tat de son me embrase.
     - Sacredieu ! s'crie-t-il, voil donc mon ouvrage... et je ne m'en
repens point... Va, ce n'est pas ton indiscrtion que j'ai punie, c'est ma
sclratesse que j'ai contente ; ta mort me faisait bander, je t'avais trop
foutue, je suis content...
     Il s'approche du corps  ces mots ; il manie la gorge, il enfonce des
pingles dedans.
     - Oh, foutre ! disait-il, elle ne le sent plus... malheureusement, elle
ne le sent plus... je me suis trop press... Ah, garce ! que de nouveaux
tourments je t'imposerais encore, si tu respirais !...
     Il lui carte les cuisses, lui pince les lvres du con, la pique dans
l'intrieur, et, se sentant bander fort dur, le sclrat l'enconne ; il
s'allonge sur elle, il lui baise la bouche, il fait ce qu'il peut pour y
darder sa langue, mais les convulsions du venin ayant resserr les dents de
cette malheureuse, il ne peut en venir  bout. Il se retire, il retourne la
morte, la place sur le ventre, et nous expose les plus belles fesses qu'il
soit possible de voir. Il baise ce derrire avec ardeur, il se branle
vigoureusement, en l'accablant de baisers.
     - Ah ! combien de fois j'ai joui de ce beau cul ! s'crie-t-il alors, que
de diffrents plaisirs il me procura pendant quatre ans que je le foutis !
     Alors il se retire, fait deux ou trois fois le tour du corps, en
s'criant :
     - Ah ! foutre, foutre, le beau cadavre !
     Et comme il bandait horriblement en prononant ces mots, nous nous
convainqumes que c'tait l sa passion. Il se remet  genoux entre les
cuisses de sa fille, rebaise mille fois encore le beau cul que lui expose
l'attitude, le pique, le mord, applique dessus des claques furieuses, arrache
mme un morceau de chair avec ses dents, et sodomise. Ici son dlire nous
parait au comble ; il grince des dents, il cume, et, tirant un long couteau
de sa poche, il coupe, en dchargeant, le cou de ce cadavre, et se rajuste.
L, nous observmes, avec philosophie, l'tat de l'homme, ferme dans ses
principes, quand il vient de satisfaire sa passion. Un imbcile, oblig
d'attendre, n'ayant pour perspective que l'objet de sa rage et de sa
lubricit, au milieu du silence et de l'horreur des tombeaux, et
infailliblement frmi. Notre sclrat, calme, s'occupe  rempaqueter les
restes dchirs de sa fille. Il les replace dans le cercueil ; il demeure mme
quelque temps dans le caveau, sans que nous sachions ce qu'il y fait. C'est
alors que la Durand, qui, pendant toute l'opration, n'avait cess ou de se
branler ou de me branler moi-mme, me propose de repousser la pierre du
caveau, et d'engloutir cet homme avec sa victime...
     - Non, dis-je, c'est un sclrat, et nous leur devons  tous respect et
protection.
     - Cela est juste, me rpondit-elle, mais au moins faisons-lui bien peur.
Place-toi promptement au mme lieu, et dans la mme attitude o il vient de
mettre sa fille, que ce soit la premire chose qu'il voie en remontant. Toutes
ses ides se confondront, il y aura de quoi le rendre fou.
     Cette extravagance me parut trop singulire pour ne pas tre excute. Le
libertin reparat ; et c'est mon cul bien expos qu'il aperoit pour premier
objet. Sa surprise fut telle, qu'en se reculant de frayeur, peu s'en fallut
qu'il ne se prcipitt dans le caveau ; il y tait sans mon amie qui, le
retenant par le bras, lui causa un nouveau mouvement de terreur qui produisit
en lui les plus plaisantes convulsions.
     - Cordelli, lui dit la Durand, ne t'effraie pas, tu es ici avec tes amies
: reconnais dans moi celle qui t'a vendu le poison dont tu t'es servi, et,
dans cette belle fille, une camarade prte  te donner des volupts de tous
les genres, pourvu qu'elles ne ressemblent pas  celles que tu viens de te
procurer devant nous.
     - Vous m'avez trangement surpris, dit le ngociant.
     - Eh bien ! remets-toi, mon ami, nous t'avons vu, nous t'avons admir.
Vois ce beau cul, il est  tes ordres ; pour cinq cents sequins, je te le
livre ; et songe que cette superbe crature n'est pas une femme ordinaire.
     - Il est beau, dit Cordelli en le maniant ; mais je ne bande plus : vous
avez vu la dcharge que je viens de faire.
     - Cette perte se rpare, dit Durand ; va, sois certain de rebander
bientt. J'ai dans ma poche une liqueur dont l'effet est sr. O veux-tu que
la scne se passe ?
     - Dans ce caveau ; redescendons-y, je ne puis quitter les cendres de ma
victime, vous ne sauriez croire  quel point elles m'chauffent.
     Nous descendons. Cordelli n'a pas plus tt relev le drap mortuaire, il
n'a pas plus tt aperu les restes inanims de sa malheureuse fille, qu'il
rebande. La Durand lui frotte les couilles de l'eau dont elle a parl ; puis
elle le secoue. Je lui montre mes fesses, il les touche, il me socratise,
baise ma bouche, et l'rection se dcide.
     - Il faut, nous dit-il, que cette jeune personne ait la complaisance de
se placer dans le cercueil, entirement couverte du drap ; nous remonterons,
la pierre se refermera quelques instants : je suis parfaitement certain alors
de dcharger sur le bord du trou...
     Ici, la Durand me regarda ; mes rflexions furent bientt faites.
     - Nous ne nous sparons jamais, monsieur, dis-je au ngociant, aucune de
nous ne restera dans ce tombeau, ou vous nous y enfermerez toutes deux.
     - Ah ! Juliette, tu te mfies de moi, dit la Durand : eh bien ! monte
avec Cordelli, je resterai, moi, et souviens-toi que c'est  toi seule que je
me recommande...
     Une seconde rflexion vint aussitt m'clairer. J'idoltrais Durand ; la
plus lgre mfiance nous brouillait. tait-il possible qu'on me laisst l ?
le fossoyeur n'allait-il pas revenir ? ne devenais-je pas, s'il n'arrivait
rien, mille fois plus sre de mon amie ? Quelle tranquillit pour l'avenir !
     - Eh bien ! dis-je promptement  la Durand, pour te prouver qu'il ne peut
entrer nul mauvais soupon dans mon me, je reste. Fais ce que tu voudras,
Cordelli ; mais souviens-toi qu'il me faut mille sequins pour cette
complaisance.
     - Tu les auras, dit le ngociant, ta docilit me parat sans bornes, elle
sera rcompense.
     On met  bas les restes de la jeune fille, je les remplace. Cordelli
m'enveloppe du linceul ; il me baise trois ou quatre fois le trou du cul.
     - Ah ! le beau cadavre s'crie-t-il en tournant trois ou quatre fois
autour de moi.
     Puis il remonte avec la Durand... Je l'avoue, un froid mortel me saisit,
quand j'entendis la pierre se refermer sur moi... Me voil donc, me dis-je, 
la disposition de deux sclrats... trange aveuglement du libertinage, o
vas-tu peut-tre me conduire !... Mais cette preuve tait ncessaire. Je vous
laisse  penser combien mon trouble s'accrut quand j'entendis ouvrir la
chapelle, la refermer, et le plus effrayant silence succder  ces deux
mouvements... Oh ! ciel, me dis-je, me voil perdue ! perfide Durand, tu m'as
trahie ! Et je sentis une sueur froide s'exhaler de mes pores, depuis
l'extrmit de mes cheveux, jusqu' la cheville de mes pieds. Puis, reprenant
courage : allons, me disai-je, ne nous dsesprons point, ce n'est point un
acte de vertu que je viens de faire : je frmirais si c'en tait un ; mais il
n'est question que de vice, je n'ai donc rien  craindre. A peine terminais-je
ces rflexions, que les cris de la dcharge de Cordelli se font entendre, la
pierre se lve, Durand se prcipite sur moi.
     - Te voil libre, mon ange, s'crie-t-elle, et voici les mille sequins !
T'inspirerai-je encore de la mfiance  l'avenir ?
     - Ah ! jamais, jamais ! m'criai-je, pardonne un premier mouvement : il
avait bien plus Cordelli que toi pour objet. Mais remontons, je suis prte 
m'vanouir.
     Cordelli excd... dont le sperme bouillonnant inondait toute la pierre,
nous attendait assis sur les marches de l'autel. Nous sortmes, le fossoyeur
parut ; Cordelli le paya, et nous nous retirmes. Durand voulut passer cette
nuit avec moi.
     - Voil une aventure qui nous lie pour jamais, dis-je  mon amie, elle
cimente ternellement notre amiti, notre confiance, elle resserre nos nuds
pour la vie.
     - Je te l'ai dit, Juliette, me rpondit la Durand, nos armes runies
feront beaucoup de mal aux autres ; elles ne se dirigeront jamais contre nous.
     - N'est-il pas vrai, dis-je, que si tu avais eu une autre femme, elle
restait dans le caveau ?
     - Assurment, me rpondit la Durand ; et je te jure qu'il m'a offert deux
mille sequins pour t'y laisser.
     - Eh bien ! dis-je, cherchons une jolie fille, proposons-la-lui, et
divertissons-nous de sa passion.
     - Mais tu l'as, cette fille dsire.
     - Qui donc ?
     - lise.
     - Comme tu en veux  l'une ou l'autre de mes femmes ! Est-ce jalousie ?
     - Non, mais je n'aime pas  voir prs de toi quelqu'un que tu puisses
croire t'tre plus attach que je ne le suis. N'es-tu donc point lasse de
cette fille ? Je te laisse l'autre, mais celle-l, certes, je crois que tu en
as assez joui, il n'y a pas de nuit que tu ne couches entre toutes deux : eh
bien ! mon ange, je la remplacerai.
     - Ton projet m'irrite et me rpugne  la fois.
     - Il est donc ce qui convient  la volupt, me rpondit Durand, car les
plus grands plaisirs ne naissent que des rpugnances vaincues. Sonne-la,
amusons-nous-en, jurons sa perte en la branlant ; rien ne m'amuse comme ces
sortes de trahisons.
     - Ah ! Durand, que d'infamies tu me fais faire !
     - Dis plutt, que de volupts je te prpare !
     lise parait, toujours belle comme l'Amour ; elle se met complaisamment
entre nous deux ; Durand, qui ne la connat pas encore, prend  la caresser le
plus extrme plaisir.
     - Voil vraiment une voluptueuse crature, dit la coquine, en la couvrant
de baisers ; fais-la coucher sur toi, Juliette, et chatouille-lui le clitoris,
pendant que je vais l'enculer... Oh ! quel voluptueux cul ! comme notre homme
va s'gayer sur ces belles fesses !...
     Et la garce, gamahuchant l'anus, ne tarda pas  y introduire son petit
engin. tendue sur lise, et par consquent sur moi, elle suait nos bouches
alternativement.
     - Depuis douze heures de suite, nous dit-elle, que je fais du
libertinage, je devrais tre puise, et je ne me suis jamais senti tant
d'ardeur.
     - Et moi aussi, m'criai-je, et c'est notre projet, dis-je bas, qui
m'chauffe le plus. Si tu savais, Durand, combien il m'lectrise... Je t'en
supplie, ma bonne, dchargeons sur cette dlicieuse ide.
     Et, comme je branlais fort bien lise, et que Durand la sodomisait 
merveille, la petite coquine dchargea la premire. En cet instant, Durand lui
applique des claques terribles sur les fesses ; elle se retire du cul, et
blasphmant comme une damne, elle gronde cette malheureuse de ce qu'elle l'a
trouble par sa dcharge.
     - Le devoir d'une victime, lui dit-elle durement, est de se prter :
jamais elle ne doit se permettre de partager aucun plaisir. Allons, coquine !
il faut que je vous fouette, pour vous apprendre  m'avoir drange.
     Je lui tiens la victime, et la sclrate l'trille un quart d'heure.
lise connaissait cette manie, elle en avait souvent t la victime avec moi,
mais, de ses jours, elle ne l'avait reue avec autant de violence.
     - Tu vas lui gter les fesses, disais-je, et, demain, Cordelli...
     - Il aime ces vestiges, ils le font bander...
     Et la libertine continuait d'triller au sang. Enfin, l'orage cesse,
Durand m'encule, et veut, pendant sa dcharge, avoir les fesses dchires
d'lise  la hauteur de ses baisers.
     - Voil une crature divine, dit-elle en terminant ; c'est prcisment ce
qu'il nous faut... As-tu dcharg, toi, ma toute belle ? Je te demande pardon
de ne pas m'tre occupe de tes plaisirs ; mais je suis, dans le dlire, d'un
inconcevable gosme...
     -Ah ! dis-je, j'ai t pour le moins aussi heureuse que toi ; vois mon
con, comme il est mouill.
     - Et ta tte tait-elle  la chose ?
     - Oh ! je t'en rponds...
     Nous nous endormmes, lise entre nous deux ; et Durand me disait tout
bas, avant de se plonger au sein du sommeil :
     - Il n'y a rien que j'aime comme l'ide de coucher avec un individu
quelconque, dont je suis sre de causer la mort le lendemain.
     Durand fut de bonne heure trouver Cordelli. Enchant d'une aussi
flatteuse proposition, le march des jours de la malheureuse lise fut bientt
conclu : mille sequins en devinrent le mdiocre prix ; mais Cordelli voulut
des recherches, et comme je vais vous raconter cette sinistre aventure, je ne
vous prviendrai de ces pisodes qu'en les encadrant dans l'action.
     Pendant l'absence de ma compagne, j'avais fait parer lise, on l'avait
baigne, rafrachie, parfume, et cette belle fille, qui n'avait pas encore
dix-huit ans, n'eut pas plus tt runi tous les secours de l'art aux dons de
la nature, qu'elle parut belle comme un ange.
     - Il faut tre  cinq heures du soir chez Cordelli, me dit la Durand 
son retour. La scne se passera dans une de ses campagnes,  trois lieues
d'Ancne, sur le bord de la mer, et je te rponds qu'elle sera bonne ;
dnons...
     lise et Raimonde se mirent  table avec nous, comme  l'ordinaire ; nous
leur annonmes, l, qu'elles allaient se sparer.
     - lise, dmes-nous, trouve  Ancne un riche ngociant qui fait sa
fortune : elle y reste.
     Les deux amies fondirent en larmes. Puis, lise se jetant dans mes bras :
     - Oh ! ma chre dame, s'cria-t-elle en me couvrant de ses pleurs et de
ses baisers, vous m'aviez promis que je ne vous abandonnerais jamais !...
     Et c'est ici, mes amis, o j'prouvai bien de quelle nergie est, dans
l'me d'une libertine, le choc de la sensibilit sur la luxure. Je me roidis
contre ses larmes : je trouvais du plaisir  les braver,  ne les faire servir
que d'aiguillon  ma lubricit.
     - Mais, ma chre, rpondis-je  cette belle fille en la repoussant sur
son sige, n'aurais-je donc pas d'ternels reproches  me faire, si je te
faisais manquer ta fortune ?
     - Je ne veux point de fortune, madame, je ne rclame que la grce de ne
vous abandonner de ma vie.
     - lise, dit Durand, tu aimes donc bien Juliette ?
     - Hlas ! madame, je lui dois la vie, j'tais perdue sans elle. C'est
elle qui a retir Raimonde et moi de chez un brigand qui nous aurait
infailliblement massacres, et quand la reconnaissance se joint aux sentiments
naturels du cur, vous imaginez bien, madame, que la plus ardente amiti doit
en tre le fruit.
     - Il faut cependant vous quitter, dit la Durand avec mchancet, il le
faut trs promptement...
     Je bandais ; Durand s'en aperut.
     - Passe dans une autre chambre avec elle, me dit mon amie, tout bas ; je
vais me branler avec Raimonde.
     A peine fus-je seule avec lise, que je sentis la fureur s'emparer de mes
sens. Cette belle fille me baisait en pleurant : je la maltraitai, et sentant
mon foutre couler aux premiers coups que je lui donnais, je redoublai.
     - En vrit, lui dis-je durement, vos sentiments pour moi me surprennent,
car il s'en faut que les miens y rpondent. Vous avez pu ne pas m'tre
indiffrente autrefois, mais aujourd'hui, je suis lasse de vous : il y a plus
de trois mois que je ne vous garde que par charit.
     - Par charit, madame !
     - Oui, d'honneur ; que deviendriez-vous sans ma piti ? une raccrocheuse
des rues. Remerciez-moi donc des soins que je me suis donns pour vous
procurer quelqu'un, et branlez-moi par reconnaissance.
     Je la mis nue, j'examinai tous ses charmes ; et l'esprit dans lequel je
les voyais pensa me faire mourir de volupt. Ah ! comme j'tais doucement
remue en me disant : Dans trois jours ce beau corps sera la proie des vers,
et je serai la cause de cette destruction ! lan divin de la luxure !
inexprimables volupts du crime ! voil donc les ravages que vous produisez
dans l'organisation d'une femme libertine ! lise ! lise ! toi que j'aimais,
je te livre  des bourreaux... et j'en dcharge !
     Comme la petite coquine, pour tcher de se faire regretter, redoublait de
soins avec moi ! Elle triompha bien promptement ; elle me suait en me
socratisant ; j'inondai sa bouche, je lui rendis ce qu'elle m'avait fait.
J'idoltrais l'ide de la plonger dans le plaisir, avant que de la livrer au
supplice. Elle dchargea, puis fondit en larmes, en m'adressant les
expressions les plus tendres, les plus instantes prires de la conserver
auprs de moi : rien ne parvint  me toucher. Ds que je fus rassasie :
     - Allons, dis-je, il faut partir.
     Elle voulut passer dans sa chambre pour faire son paquet.
     - Ce n'est pas la peine, lui dis-je, on vous enverra tout cela demain...
     Elle se rejette dans mes bras... je la repousse, je lui donne des coups
furieux ; elle en saigne. Je l'eusse trangle, je crois, sans la promesse de
la livrer  Cordelli.
     Nous rentrmes au salon. Durand n'y tait point encore. Je me htai
d'aller l'observer par le trou de la serrure. Dieu ! quelle fut ma surprise de
voir un homme enculant Raimonde, et la Durand fustigeant le fouteur. Je
frappe... je veux entrer.
     - Est-ce toi ? dit Durand.
     - Eh ! sans doute, ouvre donc.
     - Ah ! me dit-elle bas, en me faisant doucement entrer... C'est
Cordelli... Il a voulu absolument voir la fille que tu lui destinais ; je n'ai
pas voulu te troubler, et je lui ai donn Raimonde en attendant... Tu le vois,
il l'encule, il en raffole.
     - Ne vous drangez pas, monsieur, me htai-je de dire en me rapprochant ;
mais souvenez-vous seulement que ce n'est pas celle-l que je vous livre.
     - J'en suis fch, rpondit le paillard, avec des expressions
entrecoupes par la violence des sensations de son plaisir... Oh ! oui... j'en
suis... fch... car elle a le plus... beau cul... le plus troit... et je
me... sentais toutes les dispositions possibles...  faire avec elle...
infiniment de choses singulires... Allons, continua-t-il en dculant, je ne
veux pas dcharger, j'ai besoin de mes forces ; mais raisonnons un moment.
     Raimonde sortit, et Cordelli, s'asseyant entre la Durand et moi :
     - Je n'ai pu tenir  mon impatience, nous dit-il ; je suis arriv comme
vous sortiez de table ; la Durand m'a dit que vous vous amusiez avec celle que
vous me destinez ; voyant Raimonde avec elle, j'ai dsir sa jouissance, et
vous avoue que je n'ai pu m'empcher, en la connaissant, de regretter que ce
ne soit pas celle-l qui doive ce soir me servir de victime. C'est la favorite
de Juliette, m'a dit la Durand, elle ne voudra jamais la livrer...
Mademoiselle, poursuivit le sducteur en me prenant la main, coutez-moi. Je
suis rond dans les marchs que je fais ; riche  millions, faisant seul,
depuis plus de vingt ans, tout le profit de la clbre foire de Sinigaglia[2],
quelque mille sequins de plus ou de moins, quand il s'agit de mes passions, ne
me font rien. Je ne connais pas lise, mais votre Raimonde me plat infiniment
: j'ai bien peu vu de plus divins derrires, je n'en foutis jamais de plus
chauds ni de plus troits. Cette fille doit tre superbe dans les pleurs, et
c'est, en un mot, une des plus belles femmes  victimer que j'aie encore vues
depuis longtemps... Tenez, je prends l'autre sur parole et celle-ci en
connaissance de cause : voulez-vous six mille sequins de toutes deux ?
     - Beaucoup plus, dis-je, en sentant aussitt l'intrt, l'amour de l'or,
l'emporter dans mon cur sur toute autre espce de sentiment ; vous me
donnerez vingt mille sequins des deux, et elles sont  vous.
     - Mais, dit Cordelli, j'en ai dj une pour mille sequins !
     - Je romps le march, je ne les vends plus qu'ensemble, et certainement
elles ne sortiront de mes mains qu'au prix que je viens de dire.
     - Je ne puis qu'approuver mon amie, dit Durand ; vous tes encore bien
heureux qu'elle vous cde  si bas prix l'unique objet de ses affections.
     - Une fille que j'idoltre, la livrer  qui ?  un sclrat qui va la
faire mourir !
     - Oh ! oui, rpondit l'Italien, et par d'horribles supplices, je vous en
rponds,
     - Il faut que ces choses-l se payent ; dcidez-vous donc, monsieur, car
si la piti vient reprendre ses droits dans mon me, vous n'aurez plus rien.
     - Votre marchandise est chre, mademoiselle, reprit le ngociant. Mais,
sacredieu ! vous me prenez dans un moment o le feu de la luxure ne me permet
plus aucune rflexion. Envoyez ce bon chez mon commis, et vous aurez l'argent
dsir dans une demi-heure. Voyons l'autre fille, en attendant.
     - Sclrate, dis-je bas  mon amie, c'est encore ici ton ouvrage : il
tait dcid que tu ne voulais me laisser personne.
     - Oh ! Juliette, n'accuse de tout ceci que mon amour pour toi ; sois sre
que tu ne te repentiras jamais de t'tre livre  moi seule. Inspire par mon
idoltrie, je te tiendrai lieu de toute la terre...
     Et elle sortit pour aller retirer l'argent. Je fis paratre lise d'abord
seule.
     - Elle est charmante ! s'cria le paillard, je ne m'tonne pas du prix
que tu y mets...
     Et, se pressant de la dshabiller, son enthousiasme redouble quand il
peut admirer  l'aise les charmes de cette jolie crature. Il ne se lasse
point d'examiner ce cul dlicat et mignon ; il le baise, l'carte, le
gamahuche, le fout, en ressort pour le baiser de nouveau ; et quelque ardentes
que soient les caresses qu'il prodigue, il ne peut s'en rassasier.
     - Fais venir l'autre, me dit-il, je veux comparer...
     Raimonde parat, et bientt aussi nue qu'lise, elle offre  notre
examinateur tout ce qui peut faciliter ses observations. On n'imagine pas le
scrupule avec lequel il y procde : les fesses surtout fixent son attention
avec un recueillement dont on n'a pas d'ide. Je le branle lgrement pendant
ce temps-l ; il manie quelquefois mon derrire en enfonant sa langue dans ma
bouche ; il encule lise, en nous claquant, Raimonde et moi, de droite et de
gauche.
     - En vrit, l'une vaut l'autre, me dit-il tout bas, et toutes deux sont
dlicieuses. Je les ferai beaucoup souffrir.
     - Quel est le meilleur cul ? demandai-je.
     - Ah ! toujours Raimonde, me rpondit-il en baisant la bouche de cette
belle fille ; le sien est plus chaud, plus troit... Mets-toi sur le bord du
lit, Juliette, me dit cet insatiable libertin, je veux t'enculer aussi.
     Il fait repasser lise  ma gauche, de faon que je suis au milieu. Alors
il pince vigoureusement les deux culs en foutant le mien. Puis, se retirant :
     - C'en est assez, dit-il, je dchargerais ; le jour s'avance, partons.
     Les deux jeunes filles vont se prparer, et, me trouvant seule avec
l'Italien :
     - Avoue, lui dis-je, que c'est ma compagne qui t'a chauff la tte sur
Raimonde.
     - Je ne te cacherai pas qu'elle dsire sa mort.
     - La coquine ! c'est par jalousie : ce motif l'excuse  mes yeux... Oh !
mon parti est pris ; tu feras donc bien souffrir ces deux malheureuses ?
     Et je le branlais pendant ce temps-l ; il tait debout devant moi, je
secouais son vit sur ma gorge, je lui chatouillais l'anus...
     - Et quel supplice leur rserves-tu ?
     - Est-ce que tu dsires que je les mnage ?
     - Ah ! si j'ordonnais ces tourments, ils seraient plus affreux que ceux
que tu prpares !
     - Dlicieuse crature !... voil comme j'aime les femmes ; elles sont
plus froces que les hommes, quand elles se livrent  la cruaut.
     - La raison de cela est naturelle, rpondis-je, leurs organes sont plus
dlis, leur sensibilit plus profonde, leurs nerfs bien plus irascibles : or,
voil le genre de constitution qui mne  la barbarie.
     - Avec une imagination bien plus vive que la ntre, une femme doit plus
avidement embrasser les excs, et voil pourquoi, dans le crime, elles vont
toujours bien plus loin que nous. Qu'on annonce un duel, un combat de
gladiateurs, une excution de justice, vous les verrez s'y porter en foule ;
recensez les spectateurs, le rsultat vous offrira toujours au moins dix
femmes contre un homme. Une infinit de sots, ajouta le ngociant, dupes de
cette incroyable sensibilit qu'ils voient dans les femmes, ne se doutent pas
que les extrmits se rapprochent, et que c'est prcisment au foyer de ce
sentiment que la cruaut prend sa source...
     - Parce que la cruaut n'est elle-mme qu'une des branches de la
sensibilit, dis-je, et que c'est toujours en raison du degr dont nos mes en
sont pntres, que les grandes horreurs se commettent.
     - Tu parles comme un ange, mon cur, dit le ngociant ; baise-moi mille
fois, j'aime ton esprit autant que tes charmes, tu devrais t'attacher  moi.
     - Je suis inviolablement attache  mon amie, rpondis-je, nous sommes
insparables, et ne nous quitterons qu' la mort.
     - Elle resterait avec toi.
     - Cela est impossible, nous voulons revoir notre patrie...
     Et je finissais  peine, que la Durand revint. Comme j'tais alle
au-devant d'elle, j'eus le temps d'apprendre de sa bouche qu'elle venait de
russir au plus heureux des coupe.
     - J'ai fait un faux billet, me dit-elle, et nous avons le double de
l'argent.
     - Quarante mille sequins ?
     - Oui, je les tiens dj dans mon cabinet. Cleste crature ! oh !
combien j'aime ton adresse !
     - Te repens-tu du march, maintenant ?
     - Non, d'honneur... Mais lorsque Cordelli reverra son agent ?
     - Le crime sera consomm, et s'il lche un seul mot, nous le ferons rouer.
     - Oh ! baise-moi mille et mille fois, mon ange !
     - Viens chercher la moiti de l'argent.
     - Ces prcautions deviennent inutiles entre nous ; occupons-nous de
Cordelli, nous partagerons au retour.
     - Je voudrais que tu prisses tout ; j'ai plus de plaisir  te voir au
dernier degr de l'opulence, qu' m'enrichir moi-mme.
     Et, Cordelli nous faisant appeler, nous partmes.
     En peu d'heures, nous arrivmes au chteau du ngociant. C'tait une
vraie forteresse situe sur un rocher s'avanant de plus de vingt toises dans
la mer ; on tait oblig de quitter la voiture,  la petite ferme qui se
trouvait au bas du rocher, offrant  sa racine un escalier de quatre cents
marches, par lequel seul on parvenait  cette redoutable maison. Nous
trouvmes, au bas, une porte de fer, que le ngociant ouvrit, et six pareilles
dans la longueur de l'escalier, que notre patron ouvrit et referma de mme.
Durand, voyant la surprise se mler, sur mes traits,  l'agitation de la peur,
me rassura, et dit aussitt  Cordelli :
     - Tu m'avais parfaitement indiqu l'endroit, et nos gens,  qui j'en ai
laiss la description pour nous y revenir chercher demain, si nous ne sommes
pas  dix heures du matin avec eux, trouveront bien facilement cette retraite.
     - Elle est connue de tous les environs, dit le ngociant, d'un air  me
calmer ; mais ta prcaution, Durand, tait inutile, je t'ai promis que cette
nuit mme, nous retournerions  la ville, et tu me connais assez pour tre
bien sre que je ne te tromperai jamais...
     Il s'en fallait bien que nos deux jeunes filles fussent aussi
tranquilles. Une sorte de pressentiment accompagne toujours le malheur ; les
infortunes l'prouvaient dans toute sa force : elles taient toutes les deux
prtes  s'vanouir.
     Une dernire porte, semblable aux autres, s'ouvre enfin et se ferme avec
les mmes procds ; deux vieilles femmes de soixante ans nous reoivent.
     - Tout est-il prt ? dit Cordelli.
     - Depuis ce matin, monsieur, rpond une des vieilles, et nous ne vous
attendions pu si tard...
     Nous avanons ; une salle basse, assez triste, s'offre d'abord  nous.
     - Regardez o nous sommes, dit Cordelli en ouvrant une fentre.
     Et quelle fut alors notre surprise, de nous voir  trois cents pieds de
la surface de la mer, et presque au milieu des eaux.
     - Ce rocher dcrit une courbe, dit le ngociant, la ligne perpendiculaire
tomberait  une demi-lieue du rivage. On peut crier tant qu'on veut ici, l'on
est sr de n'tre entendu de personne...
     Nous sortmes de cette salle et montmes au second ; tel tait le lieu de
la scne. Jamais peut-tre rien d'aussi horrible ne s'tait offert  mes yeux.
Sur une estrade ronde, place au milieu de cette salle, ronde elle-mme, nous
distingumes, ds en entrant, tous les diffrents instruments ncessaires 
tel supplice que l'on pt imaginer. Il y en avait de si excrables, de si
incomprhensibles, que jamais mme l'ide de leur existence ne m'tait venue.
Deux grands hommes basans, hauts de six pieds, la bouche orne d'effrayantes
moustaches, et d'une figure horrible, absolument nus comme des sauvages,
paraissaient, au milieu de ces instruments, attendre avec respect les ordres
qui leur seraient donns. Quinze cadavres de jeunes filles et de jeunes
garons tapissaient les murs rembrunis de cette salle, et, sur quatre
sellettes environnant l'estrade, se voyait assis deux filles de seize ans et
deux garons de quinze, dans le plus parfait tat de nudit. Les vieilles, qui
taient entres avec nous, fermrent les portes, et Cordelli, jouissant
dlicieusement de notre surprise :
     - C'est ici que nous allons oprer, dit-il. Rarement, affecta-t-il de
dire  nos deux jeunes filles... oh, oui, trs rarement on sort de cette
salle, une fois que l'on y est entr. Allons, donna Maria, faites dshabiller,
qu'on allume, et mettons-nous promptement  l'ouvrage... Je sens le foutre qui
picote mes couilles ; je n'ai jamais t si en train de faire des horreurs.
     Juliette, me dit le paillard, je vous tablis mon satellite, l'agent
gnral de mes plaisirs ; mettez-vous nue, et ne me quittez pas. Uniquement
attache au service... aux besoins urgents de mon vit et de mon cul, vous
soignerez exactement l'un et l'autre, pendant toute la scne. Si je me fais
foutre, vous humecterez le trou de mon cul avec votre bouche ; vous mouillerez
de votre langue les vits destins  me sodomiser : vous les introduirez
vous-mme dans mon derrire. Si je fouts, vous guiderez ma pine dans les trous
qu'il me plaira de perforer, que vous largirez de mme avec la salive mane
de vos lvres. Vous observerez une chose en oprant : toutes les fois que
votre bouche viendra de prparer, soit un vit, soit un cul, il faudra
qu'aussitt cette mme bouche se colle sur la mienne, et la suce longtemps. Le
plus profond respect, d'ailleurs, accompagnera toutes vos dmarches : songez
qu'il n'entre ici que des esclaves ou des victimes.
     Vous, Durand, vous m'amnerez les objets, vous me les prsenterez, et
souvenez-vous l'une et l'autre de ne jamais faire aucun mouvement, sans me
faire baiser avant vos derrires.
     Quant  vous, poursuivit-il en s'adressant aux vieilles, seulement nues
de la ceinture au bas, les bras bien dcouverts, et armes d'une poigne de
verges minces et vertes, vous me suivrez de mme, et vous vous exercerez sur
mes reins et mes fesses,  mesure que vous en reconnatrez le besoin.
     Vous Sanguin, et vous Barbaro, non seulement vous remplirez ici le rle
d'excuteurs, mais vous observerez mme, avec exactitude, de me perforer le
derrire, chaque fois que vous me verrez vous le prsenter amoureusement ;
Juliette alors saisira vos engins, et viendra me les introduire dans le cul,
conformment aux dtails et aux ordres qui lui ont t indique.
     Pour vous, jeunes gens, qui, placs sur ces quatre sellettes, attendez
dans le plus respectueux silence ce qu'il me plaira de vous prescrire, la
soumission est votre lot. N'imaginez pas que ces liens qui vous attachent 
moi, puisque vous tes mes enfants tous les quatre, quoique ns de diffrentes
mres, m'empchent de vous conduire  la mort par les sentiers les plus rudes
et les plus pineux ; sachez que je ne vous ai donn la vie que pour vous
l'ter, que l'infanticide est un de mes plus doux plaisirs, et que plus le
sang vous rapproche de moi, plus j'aurai des dlices  vous martyriser.
     Pour vous, mes beaux enfants, poursuivit-il en flagornant et persiflant
avec cruaut mes deux femmes, je vous paye assez cher pour avoir le droit de
faire avec vous tout ce que la perversit de mon imagination pourra me
suggrer de plus excrable... Et vous pouvez compter sur d'affreuses
souffrances : je connatrai bientt, j'espre, tous les effets de la douleur
sur vos mes sensibles.
     A ces mots, les malheureuses cratures se prcipitent aux genoux de leur
farouche tyran. Dj dshabilles par les vieilles, leurs beaux cheveux noirs
flottant en dsordre sur leur sein d'albtre, leurs larmes inondant les pieds
de ce bourreau, rendent d'un intrt au-dessus de tout ce qu'on peut dire, le
dchirant spectacle de leur douleur et de leur dsespoir...
     - Ah ! foutredieu ! dit le sclrat en se laissant aller sur un fauteuil,
pendant que je le pollue d'une main et que je le socratise de l'autre... comme
j'aime ces effets tragiques de l'infortune !... comme ils me font bander !...
Voulez-vous un poignard, mes belles amies ? Vous pourriez vous tuer
mutuellement, cela serait dlicieux pour moi...
     Et le monstre, en parlant ainsi, appuyait brutalement ses mains sur les
seins frais et dlicats de ces deux charmantes filles ; il les pinait, il les
comprimait violemment, et paraissait prendre un plaisir singulier  redoubler
leur douleur morale de tous les petits tourments physiques qu'il infligeait
avec volupt.
     - Apportez-moi leurs foutus culs, dit-il  l'une des vieilles, mettez les
trous  hauteur de mes lvres ; vous, Durand, sucez-moi : Juliette continuera
de me branler dans votre bouche.
     Alors il mordit ces deux beaux culs, et laissa l'empreinte de ses dents
en plus de douze ou quinze endroits. Passant ensuite sa tte entre les cuisses
de Raimonde, il revint la mordre sur le clitoris, avec une telle violence que
la pauvre fille s'en vanouit. Enchant d'un tel effet, il recommence
l'preuve avec lise ; mais un mouvement de cette belle fille ayant fait
manquer le but, le sclrat, n'atteignant que les lvres du vagin, en emporte
un morceau tout sanglant. Quelque maltraites qu'elles fussent de ces
premires attaques, il veut les foutre toutes deux en cet tat. L'ordre se
donne, on les couche  plat ventre sur un long canap, leurs ttes au-dessous
des cadavres qui tapissent la chambre. Et l, le coquin, servi par Juliette,
s'introduisit alternativement de leurs deux cons dans leurs deux culs, pendant
l'espace de plus de vingt minutes. Alors, il s'empare d'une poigne de verges,
et les ayant fait placer  genoux l'une au-dessous de l'autre, de manire  ce
qu'il pt frapper ensemble et les fesses divines d'lise et les beaux ttons
de Raimonde, il fustigea, il martyrisa ces belles chairs, tantt sparment,
et tantt  la fois, plus d'une demi-heure de suite, pendant qu'une des
vieilles,  genoux devant son derrire, lui piquait les fesses, avec une
aiguille d'argent. lise et Raimonde changrent, afin qu'il pt fouetter les
fesses de celle dont il venait de dchirer les ttons, et martyriser le sein
de celle dont il venait de molester le cul. Quand tout fut bien en sang, on
bassina, on tancha les parties molestes, et Cordelli, bandant comme un
furieux, ordonne  l'un des jeunes garons de s'approcher. Ce dlicieux enfant
runissait tous les charmes que peut prodiguer la nature : figure
enchanteresse, peau blanche et fine, une jolie bouche, de beaux cheveux, le
plus beau cul que l'on puisse voir.
     - Comme il ressemble  sa mre ! dit le paillard en le baisant.
     - La malheureuse ! qu'est-elle devenue ? dis-je  l'Italien.
     - Eh bien ! Juliette, me rpondit-il, vous me souponnez donc toujours de
quelques horreurs ? Vous seriez bien surprise si je la faisais paratre 
l'instant.
     - Je vous en dfie.
     - Eh bien ! la voil, dit Cordelli, nous montrant un des cadavres
accrochs au mur ; c'est sa mre, demandez-lui plutt. Je l'ai dpucel l, le
cher amour,  peine y a-t-il trente-six heures... Oui, l,, dans les bras de
sa tendre mre ; et peu aprs, qu'il vous le dise encore... oui, en vrit,
sous ses yeux, j'envoyai la maman, par un supplice assez bizarre, o je vais
envoyer aujourd'hui monsieur son cher fils, par un qui ne le sera pas moins,
je vous le jure...
     Et le coquin, pollu par moi, bandait excessivement. Il fait contenir
l'enfant par une vieille ; j'humecte, par ses ordres, l'orifice gomorrhen, je
guide le membre ; Durand suce le Ganymde en dessous, et l'Italien encule, en
baisant mon derrire. Toujours assez leste... assez matre de lui, pour
n'effleurer que le plaisir, sans jamais le laisser chapper, Cordelli, sans
perdre de foutre, se retire encore de ce cul.
     L'autre jeune homme est amen. Mme crmonie, mme conomie de sperme ;
et le ngociant, les faisant mettre l'un sur les reins de l'autre, les trille
tous deux  la fois : de temps en temps, il revient aux vits, il les suce.
Enfin, dans un mouvement furieux de lubricit, il mord, d'une manire si
terrible, les couilles du premier qu'il a foutu, que l'enfant en perd
connaissance. Cordelli, sans y prendre garde, passe ailleurs. On approche de
lui l'une des jeunes filles ; ce n'tait pas une beaut, mais elle avait
quelque chose de si doux, un air de pudeur et d'innocence si intressant,
qu'elle entranait tous les hommages, sans qu'on pt les lui refuser.
     - Pour celle-l, dit Cordelli, elle est bien srement pucelle ; mais
comme il ne m'est plus possible de bander pour un con, j'ordonne aux vieilles
de me la contenir  plat ventre, sur les bords de ce canap...
     Et ds qu'il possde bien en perspective les deux voluptueuses fesses de
cette belle enfant, le paillard les moleste, les mord, les pince et les
gratigne avec tant de vitesse et de force qu'elles sont en sang dans une
minute : le coquin enfile le cul. Croyant avoir acquis, l, suffisamment de
forces pour essayer le con, il s'y prsente, et son illusion, soutenue par nos
attouchements et par nos baisers libertins, principalement par nos derrires
offerts  ses caresses, il vient  bout de faire sauter le pucelage. Il se
retire tout sanglant pour renfiler sa route favorite, et, aprs quelques
attaques ainsi mlanges, il revient dcharger dans le cul d'un des jeunes
garons, qu' cet effet il a toujours tenu prs de lui. On et dit un clat de
foudre : je crus qu'il allait dfoncer la maison. Nous l'entourions ; il
baisait mes fesses, une des vieilles le fouettait, Durand le socratisait,
lise lui chatouillait les couilles, il pinait le cul de Raimonde, il
examinait ceux du petit garon et de la jeune fille, posts en face de lui ;
tout, tout concourait enfin  provoquer une dcharge dont il tait difficile
de se peindre l'nergie.
     - Oh ! foutre ! dit-il en sortant de l, il va me falloir des horreurs, 
prsent, pour me remettre en train.
     - Eh bien ! nous en ferons, mon ami, nous en ferons, dis-je en consolant
son vit, en le suant, en le pressant, en exprimant avec soin jusqu' la
dernire goutte de sperme[3].
     Cordelli me sut gr de ces soins. On l'entoure de nouveau pendant que je
le suce ; sa bouche se porte sur celle de la jeune fille qu'il vient de
dvirginer : on dirait qu'il voudrait lui arracher la langue,  force de la
lui sucer. Bientt, qui le croirait ? par une incroyable bizarrerie, c'est la
bouche ftide de l'une des vieilles qu'il veut langotter un quart d'heure ; et
le vilain ne la quitte que pour pomper, avec les mmes dlices, celle de l'un
des bourreaux qu'il fait approcher de lui. Ce dernier excs le dtermine : je
commence  sentir les effets du miracle. Cordelli prend une de mes mains et,
la portant sur l'instrument de ce sclrat, je suis confondue en voyant que
l'outil qu'on me fait empoigner a plus de grosseur que la plus forte partie de
mon bras et presque la longueur d'une de mes cuisses.
     - Prends ce vit, Juliette, me dit l'Italien, et place-le dans le con de
la petite fille que je viens de dflorer ; songe qu'il faut qu'il entre, 
quelque prix que ce puisse tre.
     Sur l'inutilit des premires tentatives, nous fmes obligs d'attacher
la victime ; Cordelli veut qu'elle le soit les quatre membres en bas, et
fortement lis au parquet... que les deux trous, surtout, soient bien
prsents, afin que si son homme ne peut russir  se plonger dans l'un, il
soit  mme de se rfugier aussitt dans l'autre. Je conduis le glaive ;
Cordelli pressait son homme par-derrire ; quelque sec et poilu que ft ce
fessier, le paillard le lui langotait  plaisir, et paraissait prt  le
foutre, ds que l'norme engin de cet agent serait nich o il le voulait. A
force d'art, nous russissons : le vit pntre dans le con de la jeune fille,
et les teintes livides de la mort, rpandues sur son front, annoncent l'tat
affreux de son physique. Cependant, Cordelli, l'il fix sur ce singulier
mcanisme, ordonne bientt  son homme de changer de main : j'aide 
l'opration ; la nature foule, presse vivement de partout, semble se prter
 peu prs indiffremment  tout ; cependant, l'anus se dchire, le sang
coule, et l'Italien, aux nues, se collant au cul du fouteur, lui rend bientt
tout ce qu'il donne.
     Oh, juste ciel ! que de contrastes ! On ne se fait pas d'ide de cette
jolie petite mine intressante et douce, salement baise par la figure d'homme
la plus rbarbative et la plus effrayante qu'il y eut sans doute au monde,
fltrissant, de ses rudes moustaches, les lis et les roses du plus beau teint
possible, et mlant d'excrables blasphmes aux prires douces et pleines
d'onction de l'me la plus innocente. Que votre imagination, mes amis, se
reprsente, d'une autre part, l'infme Cordelli prfrant, aux beauts qui
l'environnent, le cul dgotant de ce bourreau ; gamahuchant ce cul avec la
mme ardeur dont tout autre tre et raisonnablement brl pour une jeune et
jolie novice ; y introduisant son vit, et commandant enfin  la Durand
d'trangler la victime pendant que son homme dchargera.
     Tout a lieu : la malheureuse expire. Et l'Italien, dculant son homme,
nous offre un vit sec et mutin, maintenant propre  toutes sortes d'attaques.
     - Ah ! me voil remis, nous dit-il... En voil donc une de morte ! J'ai
t bien sage, mes amis, vous en conviendrez : on ne saurait, je crois,
ordonner un supplice moins fort.
     Une des vieilles voulut emporter le cadavre...
     -Laisse donc, s'cria-t-il, laisse donc cela, bougresse ! Ne sais-tu donc
pas que ces perspectives me font bander ?
     Et le vilain, collant son visage sur celui de cette malheureuse, ose
cueillir d'affreux baisers sur des traits dforms par la mort, et n'offrant
plus, au lieu des grces qui s'y jouaient nagure, que les convulsions de la
douleur... que les contorsions du dsespoir.
     - Durand, dit le ngociant, fais rebander cet homme-l ; je veux qu'il me
foute pendant que mon vit farfouillera l'un et l'autre orifice de la petite
fille qui me reste.
     Tout se prpare. Cordelli encule ; il faisait toujours prcder cette
preuve. Son homme le fout sans prparation ; un cul si large en avait-il
besoin ? lise et Raimonde lui font baiser leurs fesses, il manie de droite et
de gauche celles des deux petits garons, dont la Durand et moi suons les
vits. Du cul, Cordelli passe au con, et les objets varient sous ses doigts.
Son homme dcharge : il appelle l'autre. Celui-ci, pour le moins aussi bien
fourni que son camarade, mais plus effrayant encore, s'il est possible,
sodomise vigoureusement son matre et lui dcharge deux fois dans le cul, et
les orgies commencent  prendre une plus srieuse tournure.
     - Allons, sacr bougre de Dieu ! dit notre homme en colre, il me faut
des crimes, des horreurs, ce n'est plus qu' ce prix que j'obtiendrai de
nouvelles jaculations ; et, sur ce point , mon gosme est tel, que, dt-il
en coter la vie  tous tant que vous tes ici, je vous immolerais tous 
l'instant pour obtenir une bonne dcharge.
     - Par qui vas-tu commencer, sclrat ? dis-je alors.
     - Par toi... par un autre... par je ne sais qui : que m'importe pourvu
que je bande ! Croyez-vous donc qu'il en soit ici dont les jours me soient
plus prcieux les uns que les autres ! Allons, voyons cette garce-ci ! dit le
pendard, en saisissant la tremblante lise par le sein, et l'entranant  ses
genoux ainsi.
     Alors il se fit apporter des tenailles, et pendant que je le branlais,
qu'un des bourreaux lui contenait la victime, et qu'on l'entourait de culs, le
barbare eut la constance d'arracher brin  brin toute la chair des ttons de
cette jeune fille, et d'aplanir si bien sa poitrine, que l'on n'y vit bientt
plus nulle trace des deux boules de neige qui l'embellissaient quelques heures
avant.
     Cette premire opration faite, on lui reprsente la victime sous une
autre forme ; elle est tenue par quatre personnes, les cuisses dans le plus
grand cart possible, et le con bien en face de lui...
     - Allons, dit l'anthropophage, je vais travailler dans l'atelier du genre
humain.
     Je le suais cette fois-ci ; ses tenailles fourragent un quart d'heure,
il les enfonce jusqu' la matrice.
     - Qu'on retourne ! s'crie-t-il avec fureur.
     Les plus belles fesses du monde lui sont prsentes, son fer cruel
s'introduit dans l'anus, et cette dlicate partie est traite avec la mme
frnsie que l'autre. Et c'est moi, moi, jadis folle de cette belle crature,
c'est moi qui, maintenant, excite son assassin  la traiter avec autant de
rage et de fureur ! Trop funeste inconsquence des passions, voil donc o
vous nous portez ! Inconnue de moi, j'eusse peut-tre prouv, pour cette
crature, quelques sentiments d'indulgence ; mais il est inou ce qu'on
invente, ce qu'on dit, ce qu'on fait, quand c'est le dgot qui fltrit les
tendres roses de l'amour.
     lise, noye dans son sang, respirait cependant encore ; Cordelli la
considre avec dlices dans cette voluptueuse angoisse : le crime aime  jouir
de son ouvrage ; tout ce qui l'assure, tout ce qui le contente, devient une
jouissance pour lui. Il m'oblige  le branler sur elle ; il imbibe avec
volupt son vit du sang que sa main fait couler, et l'achve ensuite  coups
de poignard.
     Un des jeunes gargons remplace ma tribade. Cordelli fait ouvrir les
fentres du ct de la mer. On attache l'enfant  une corde que tient une
poutre, au moyen de laquelle on le laisse brusquement tomber  cinquante pieds
de hauteur. L, Cordelli lui crie de se prparer, en lui faisant voir qu'arm
d'un couteau, il peut, au plus petit mouvement de sa volont, l'engloutir 
jamais dans les flots. L'enfant crie ; je branle Cordelli ; il baise la bouche
de Raimonde ; il branle le vit de l'un de ses bourreaux, pendant que l'autre
le fout, en lui piquant les fesses. On relve la corde : l'enfant rentre, mais
toujours attach.
     - Eh bien ! lui dit le ngociant, as-tu eu bien peur ?
     - Ah ! je n'en puis plus, mon pre ; grce, grce ! je vous en conjure !
     - Petit jeanfoutre ! dit Cordelli en fureur, apprends que ce mot de pre
n'a plus de sens  mes oreilles ; je ne l'entends plus : tourne tes fesses, il
faut que je te foute avant que de te renvoyer aux poissons... Oui, mon cher
fils, aux poissons... voil ta destine : tu vois quelle est la force du sang
de mon cur !
     Le coquin encule : pendant qu'il fout, on allonge la corde ; la chute
sera de deux cents pieds cette fois. Ds que deux ou trois alles et venues
paraissent l'avoir satisfait, les bourreaux saisissent l'enfant et le
prcipitent violemment par la fentre, c'est--dire  deux cents pieds de
haut, distance qu'il n'a pas plus tt parcourue que la corde, en l'empchant
d'aller plus bas, disloque absolument les membres o elle est arrte. On la
remonte. Le malheureux, tout bris, rendait le sang de partout.
     - Encore une enculade, dit l'Italien...
     - Et puis une cabriole, dit Durand.
     - Assurment ; mais la corde que je fais allonger ne le laissera plus
cette fois qu' vingt-cinq pieds de la surface des eaux.
     L'enfant refoutu se rejette, se remonte presque mort. Son pre le fout
pour la dernire fois ; et ds qu'il est  dix pieds de la surface de l'eau :
     - Allons, lui crie le froce Italien, prpare-toi, tu vas mourir.
     Pour le coup, la corde se coupe, et c'est dans la mer qu'est enfin plong
ce malheureux.
     - Cette passion, dis-je  Cordelli, est une des plus jolies que je
connaisse.
     - T'chauffe-t-elle, Juliette ?
     - Oui, d'honneur !
     - Eh bien ! donne-moi ton cul, je vais te foutre ; cela te calmera.
     Cordelli me lime un quart d'heure en complotant de nouveaux carts, et
Raimonde est appele. Son sort est crit dans les yeux de l'Italien : elle
peut aisment l'y voir.
     - Oh ! ma chre matresse ! me dit-elle en m'embrassant, il est donc
dcid que vous allez me livrer  ce monstre ? Moi qui vous aimais tant !...
     Des rires furent mes seules rponses. Et les bourreaux ayant prsent
cette chre fille, le tratre fait prcder quelques caresses ; il palpe et
baise toutes les parties charnues, il langotte, chatouille le clitoris,
encule, reste dix au fond du derrire, et Raimonde est jete nue dans une cage
de fer remplie de crapauds, de serpents, de couleuvres, de vipres, de chiens
enrags et de chats qui jenaient depuis quatre jours. On ne se figure ni les
cris, ni les contorsions, ni les haut-le-corps de cette malheureuse, sitt que
les animaux l'eurent atteinte ; il tait impossible de voir des impressions de
douleur d'un genre plus pathtique. Je n'y tins pas ; Durand me branlait bien
en face de la cage o foutait Cordelli, suc par une vieille. En un instant,
toutes ces btes couvrirent Raimonde, au point qu'on ne la vit bientt plus.
S'attachant aux parties charnues, les fesses et les ttons furent dvors en
peu de minutes. Comme elle ouvrait la bouche en criant, une vipre s'insinua
dans son gosier et l'trangla, malheureusement trop tt pour nos plaisirs. En
ce dernier instant, l'autre bourreau foutait Cordelli, le coquin sodomisait
une vieille, en gamahuchant le cul de la seconde, et, maniant mes fesses d'une
main, celles de la petite fille qui restait, de l'autre ; et Durand continuait
de me branler.
     - Oh ! double foutredieu que j'excre ! s'cria-t-il en se retirant fort
vite du cul de la vieille, j'avais cru me mettre  l'abri de la dcharge en
sodomisant cette gueuse, et m'en voil tout prs.
     - Non, non, elle ne partira pas, mon cher, dis-je en courbant son vit la
tte contre terre ; tu auras le temps de finir : pensons  autre chose un
moment.
     - Eh bien ! dit le ngociant, comment trouves-tu ce supplice, Juliette ?
Je l'ai conu pour cette garce, du moment que j'ai eu vu son derrire : il me
suffit d'examiner cette partie dans une femme pour dicter aussitt son arrt
de mort. Si tu veux, Juliette, je vais crire le tien sur tes feues mmes...
     Et comme il les pinait vigoureusement en disant cela, je me dgageai
lestement, en lui prsentant celui du petit garon qui restait. E le fixe avec
des yeux terribles : c'est celui dont le sclrat a massacr la mre, dont le
cadavre embaum existe encore sous ses regards.
     - J'ai demand, ce me semble, dit cet effrayant libertin, que l'on fit
souffrir  ce petit gueux le mme supplice par lequel j'ai fait prir madame
sa mre, il y a trois jours. Qu'en dis-tu, Juliette ? Voil quel est ce
supplice : il faut d'abord crever les yeux de la victime ; lui couper ensuite
toutes les extrmits ; lui casser aprs les quatre membres, et,
dfinitivement, l'enculer, pendant qu'on l'achve  coups de poignard.
     - Et c'est l, dis-je, ce que vous avez fait souffrir  sa mre ?
     - Oui.
     - Cela me parat fort bon ; il ne s'agit plus que d'excuter ; mais
j'espre que vous n'oublierez pas et d'arracher les dents et de couper la
langue.
     - Ah ! foutredieu ! tu as raison, Juliette, rpondit Cordelli, je l'avais
oubli avec celle qui lui donna le jour ; mais je proteste bien de m'en
souvenir avec le fils. Allons, oprez, dit-il  ses bourreaux.
     Et, pendant ce temps, c'est mon cul qu'il perfore, en se faisant placer
pour perspective celui de la jeune fille dont les tourments doivent suivre
ceux-ci. La Durand lui montre le sien sur la droite, et il examine le
spectacle  gauche ; les vieilles le fouettent.
     On ne se peint point la lgret avec laquelle ces bourreaux travaillent,
et l'on se forme encore moins d'ide de l'excs des douleurs et de la violence
des cris de la victime. Quand Cordelli s'aperoit qu'un seul agent suffit au
supplice, il ordonne  l'autre, encore teint de sang, de venir m'enconner,
afin de lui rendre meilleure la jouissance de mon cul. Quelque accoutume que
je fusse aux monstrueux engins, celui-l, je l'avoue, ne s'introduisit en moi
qu'en occasionnant d'horribles douleurs : j'tais secoue, Dieu sait ! Quoique
cet homme ft affreux, les horreurs qu'il venait de commettre, la manire
vigoureuse dont il me traitait, les blasphmes qu'il prononait, l'pisode
sodomite dont me rgalait son matre, tout m'entrana bientt, et j'inondai de
foutre le vit de mon fouteur. Cordelli, combl d'entendre les cris de ma
dcharge se mler  ceux des tourments de son fils, n'y tient pas : son sperme
s'coule malgr lui, et je suis  la fois mouille des deux cts. Cependant,
le supplice n'tait pas fini ; l'excuteur demande s'il faut suspendre.
     - Non, en vrit ! rpond l'Italien. Ces gens-l sont bien singuliers,
ils s'imaginent toujours qu'on a besoin de bander pour tourmenter une crature
; mais moi, j'agis de sang-froid comme dans la passion : la nature a plac
dans mon tre le got du sang, et je n'ai nullement besoin de m'exciter pour
en rpandre.
     On continua. Cependant, pour ne pas laisser languir la scne, je
rchauffais son vit dans ma bouche, et la Durand l'excitait par des propos.
     - Cordelli, lui dit-elle, la preuve que tu n'es pas assez froce, c'est
qu'il nous reste encore des horreurs  inventer, aprs toi.
     - Prouvez-moi cela.
     - Facilement. Je vais, si tu le veux, ordonner moi-mme le supplice de la
fille qui te reste ; et tu verras, je me flatte, des choses plus fortes que
celles qu'enfanta jusqu'ici ta dbonnaire imagination.
     - Voyons ! dit le ngociant.
     - Il faut, dit ma compagne, qu'au moyen des instruments que je vois l,
vous fassiez enlever dlicatement la peau de cette jeune fille. Ainsi corche
vive, vous la fouetterez avec des pines, vous la frotterez ensuite avec du
vinaigre, et vous renouvellerez sept fois cette opration. Arriv aux nerfs,
vous les lui piquerez avec des pointes d'acier rougies, puis vous la plongerez
dans un brasier ardent.
     - Oh ! foutre, dit Cordelli, quel supplice ! coute, Durand, je l'accepte
; mais je t'avertis que je te le fais subir  toi-mme s'il ne me fait pas
dcharger...
     - J'y consens.
     - Travaillons.
     On fait avancer la donzelle. C'tait la plus jolie des deux ; cette
malheureuse avait la plus belle taille possible, de superbes cheveux blonds,
un air de vierge, et des yeux dont Vnus mme et t jalouse. Le cruel
Italien veut encore baiser ce charmant petit cul.
     - Il faut, dit-il, que je lui rende un dernier hommage, avant que ma
barbarie en fltrisse les roue... Qu'il est beau, ce cul, mes amies !...
     Et Cordelli, vivement mu des horreurs proposes, passe bientt des
loges aux actions. La jeune fille est encule, et, aprs deux ou trois
courses, le vilain veut jouir du plaisir cruel de voir le plus gros des vits
de ses bourreaux perforer ce joli petit cul. L'preuve a lieu, mais ne peut,
comme vous croyez bien, russir qu'aux dpens du dchirement total de l'anus.
Cordelli, pendant ce temps-l, sodomisait l'excuteur ; l'autre s'empare du
con de la jeune personne, qui, traite de cette cruelle manire, nous donne
l'image d'une brebis entre deux lions. Le paillard, ne s'en tenant point l,
passe du cul de l'un de ses bourreaux dans celui de l'autre, et, se trouvant
enfin suffisamment chauff, il ordonne le commencement du supplice en
chargeant Durand de sa direction.
     Il est impossible de se reprsenter les douleurs qu'prouva cette
malheureuse, quand l'Italien la fouetta avec des pines, sur la peau neuve
qu'on venait de lui faire en l'corchant. Mais ce fat bien autre chose, quand
on enleva cette seconde, et qu'il fallut fouetter la troisime ; les
grincements de dente de cette malheureuse, ses haut-le-corps faisaient le plus
grand plaisir  voir. Cordelli, voyant que je me branlais  ce spectacle, vint
me chatouiller lui-mme ; mais, occup du supplice de sa victime, il chargea
la Durand de ce soin, et mon amie, tout aussi mue que moi, se fit rendre ce
qu'elle me prtait. L'opration fut longue, nous dchargemes trois ou quatre
fois ; toutes les peaux de cette crature furent enleves, sans que les
organes de la vie fussent encore endommags. Il n'en fut pas de mme lorsqu'on
lui attaqua les nerfs avec des pointes d'acier rougies au feu : ses cris
redoublrent de force ; elle tait fort lubrique  voir. Cordelli veut
l'enculer en cet affreux tat ; il en vient  bout, et continue  la percer
avec ses fers rouges tout en la sodomisant. L'excs de la douleur absorbe  la
fin dans elle tout ce qui la retenait encore  la vie, et la malheureuse
expire, en recevant le foutre de son bourreau dans le cul.
     Un srieux glac caractrise alors tous les traits de sa figure. Il
s'habille, fait revtir ses bourreaux et passe avec eux et les vieilles dans
une pice voisine.
     - O va-t-il ! dis-je  la Durand, avec laquelle cet arrangement me
laissa seule.
     - Je l'ignore...
     - S'il allait maintenant comploter contre nous ?
     - Nous le mriterions.
     - Pourquoi diable viens-tu chez des gens que tu ne connais pas mieux.
     - L'espoir de l'or m'a sduite, il me sduit encore. Je suis persuade
que c'est ici o le coquin cache ses richesses. Si nous pouvions nous en
dfaire et le voler ? J'ai sur moi de la poudre prompte, ce serait l'affaire
d'un instant.
     - Ce procd, ma chre, heurterait nos principes : respectons
ternellement le vice et ne frappons que la vertu. En arrtant la source des
crimes de cet homme, nous sauverions la vie  des millions de cratures : le
devons-nous ?
     - Tu as raison.
     Cordelli reparut, suivi de son escorte.
     - D'o viens-tu ? lui dit la Durand... De te livrer, je le parie, 
quelque infamie secrte que tu nous caches ?
     - Vous vous trompez, rpondit l'Italien en ouvrant une porte qui
communiquait de la pice o nous tions dans celle o il avait pntr par
l'extrieur ; tenez, continua-t-il, en nous faisant voir un oratoire orn de
tous les attributs de la religion, voil d'o je viens. Quand on a, comme moi,
le malheur de se livrer  d'aussi terribles passions que celles qui
m'entranent, il faut bien apaiser au moins, par quelques bonnes uvres, la
colre qu'elles doivent inspirer  Dieu.
     - Tu as raison, dis-je, laisse-nous imiter ton exemple. Durand, suis-moi,
allons demander pardon  Dieu des crimes que cet homme nous a fait commettre.
     Et, tirant la porte, nous nous enfermmes dans l'oratoire.
     - Oh ! pour le coup, dis-je promptement  mon amie que je n'avais emmene
l que pour lui parler  l'aise, pour le coup, mes ides changent, et cet
imbcile fanatique ne mrite que la mort : n'ayons nul regret, au fil criminel
que nous coupons en lui arrachant la vie. Avec une me timore comme celle de
ce bougre-l, on ne parcourt pas longtemps la carrire du vice ; ce seraient
peut-tre ici ses dernires expditions : agissons donc sans scrupule.
     - Rien de plus ais, me dit Durand, que de nous dfaire de tous ces
gens-l,  l'exception d'une des vieilles qu'il faut conserver pour nous
montrer le local. Va, sois certaine que c'est ici o ce ngociant cache ses
trsors, et que notre moisson sera bonne.
     - Mais ses gens qui viennent le reprendre ce soir ?
     - Nous les ferons boire, et nous nous en dferons de mme.
     Nous rentrmes.
     - Nous voil aussi saintes que toi, dmes-nous, mais, de grce, fais-nous
rafrachir, nous mourons de soif.
     Aussitt, sur un ordre donn par Cordelli, les deux vieilles servent un
assez bon repas que partagent le matre et ses acolytes. Au troisime verre de
vin, Durand glisse adroitement la poudre, d'abord  Cordelli, et
successivement aux deux autres ; il n'y eut pas moyen d'en donner aux vieilles
: elles ne touchrent  rien. En un instant, la poudre produisit tout l'effet
que nous en attendions, et nos trois sclrats tombent  terre comme des sacs.
Durand, alors, sauta sur la plus agile des vieilles :
     - Va, lui dit-elle, en lui enfonant un couteau dans le cur, va
rejoindre tes indignes complices ; si ton matre n'et t qu'un rou comme
nous, il tait pardonn, mais ds qu'il croit en Dieu, je veux qu'il aille au
diable. Pour toi, dit la Durand  l'autre, si nous te laissons la vie, c'est
sous la condition expresse de nous aider d'abord  jeter ces cadavres  la
mer, et de nous enseigner ensuite tous les dtours, toutes les cachettes et
toutes les chambres du chteau. Il doit y avoir des trsors, il nous les faut.
Commence par nous dire s'il y a d'autres tres ici que nous.
     - Maintenant ? Non, mesdames, nous rpondit la vieille en tremblant, il
n'y a plus que moi de domestique dans la maison.
     - Que veux-tu dire par l : y aurait-il donc d'autres matres ?
     - Je crois, nous dit la vieille, qu'il y a encore quelques victimes ; au
reste, promettez-moi la vie, je vais vous mener partout.
     Nous nous dbarrassmes d'abord des cadavres. Et, tout en agissant :
     - Ton matre, dmes-nous, venait-il souvent  cette maison ?
     - Trois fois par semaine.
     - Et d'affreux massacres  chaque visite ?
     - Vous l'avez vu. Venez, poursuivit cette femme, quand notre premire
opration fut faite, je vais vous mener dans les cachots, vous y trouverez
encore du gibier.
     C'tait l, qu' plus de cent pieds sous terre, le sclrat enfermait et
cachait ses victimes. Toutes taient dans des prisons spares, et sur douze
de ces chambres, nous en trouvmes neuf remplies ; cinq contenaient de trs
jolies filles d'environ quinze  dix-huit ans ; quatre garons de treize 
seize ans occupaient le reste ; toutes ces victimes avaient t dbauches et
enleves dans diffrentes villes d'Italie ; deux de ces filles, l'une de seize
ans, l'autre de dix. huit ans, taient de Raguse, en Albanie : il tait
difficile de voir de plus belles cratures.
     Au moment o nous les examinions, nous crmes entendre quelque bruit au
bas de l'escalier du chteau ; nous volons nous claircir de la cause de cet
vnement : c'tait le retour de nos gens et de ceux de l'Italien. Nous
commenmes par faire venir ces derniers, au nombre de trois, et les ayant
fait boire dans la salle o taient encore les restes de notre repas, au moyen
de notre poudre prompte, nous les avons bientt mis au rang de leur matre.
Redescendant alors pour parler aux ntres :
     - Retournez  la ville, dmes-nous, nous voulons passer encore
vingt-quatre heures ici ; Cordelli garde ses gens, c'est tout ce qu'il nous
faut.
     Et la voiture repartit. Nous retournmes examiner les victimes :
     - Durand, dis-je, je prends ces deux Albanaises pour moi, elles me
ddommageront d'Elise et de Raimonde ; et je rponds aux signes de
mcontentement que j'aperois dj sur ta figure, je rponds, dis-je, que je
les sacrifierai, ds que tu le voudras, avec la mme facilit que j'ai fait
des autres.
     - Il te faut donc toujours des femmes ?
     - Il m'est impossible de m'en passer, mais il ne me faut qu'un cur, et
c'est du tien seul que je veux faire  jamais mon unique trsor.
     - Flatteuse, il faut cder  tout ce que tu veux !
     Lila (c'tait celle de seize ans) et Rosalba furent donc aussitt
relches et mises nanmoins sous clef dans une des meilleures chambres du
chteau. Il y avait dj huit jours que ces pauvres filles taient relgues
dans ces cachots malsains, mal nourries, couches sur la paille, et l'on
S'apercevait du malaise que leur faisait prouver leur dtention. Toutes deux
s'effrayaient encore, mais quand je les eus baises, caresses, leurs larmes
coulrent, et elles m'accablrent d'amitis. Elles taient surs et filles
d'un riche ngociant de Raguse, avec lequel Cordelli se trouvait en
correspondance ; il avait persuad  leur pre de les faire lever  Venise,
et le sclrat semait le bruit de leur mort, afin de s'en emparer.
     - Je vais imiter ton exemple, dit la Durand, et prendre aussi une de ces
jeunes filles.
     - Oh ! j'y consens, chre amie, va, sois bien sre que je ne serai jamais
jalouse de ces choses-l.
     - Monstre ! dit Durand, plus dlicate que toi, je ne veux pas que rien me
distraie de ta chre ide.
     - Cesse donc, mon amour, cesse donc, rpondis-je, de prendre les plaisirs
charnels pour des distractions morales. Je t'ai dj dit que mes systmes,
diffrents des tiens, taient inbranlables ; que je saurai foutre et me
branler avec toute la terre, sans tre un instant distraite du tendre
sentiment que je t'ai jur pour la vie.
     Nous fmes placer les trois autres filles et les quatre garons dans la
salle des supplices, et aprs nous en tre amuses la moiti du jour, nous
raffinmes les horreurs commises par Cordelli, et fmes prir ces sept
cratures dans des tourments mille fois plus cruels encore. Cela fait, nous
dormmes deux heures, et poursuivmes nos recherches.
     - Je ne sais pas positivement le lieu o il garde son argent, nous dit la
vieille, j'ignore mme s'il en a ici ; mais s'il en existe, ce doit tre dans
une cave voisine de celle o l'on met le vin.
     Nous descendmes. Deux normes portes d'airain formaient la clture de
ces caveaux, et nous n'avions pas d'outil pour les enfoncer. Plus nous
trouvions de difficults, plus augmentait, suivant l'usage, le dsir que nous
avions de les vaincre. A force de tourner, nous dcouvrmes une petite fentre
qui donnait dans ce caveau, et que deux seuls barreaux garantissaient. Notre
premier mouvement fut de nous lancer pour voir  travers. L, six grands
coffres s'offrirent  notre vue : vous imaginez comme cet aspect redoubla
notre zle. Enfin, aprs des peines infinies, nous parvenons  draciner ces
barreaux. Je m'lance la premire ; j'ouvre un de ces coffres avec une
incroyable agitation. Mais, hlas ! combien notre joie est courte en voyant
que ces bahuts immenses ne contiennent que des instruments de supplices ou des
hardes de femmes. J'allais, de rage, abandonner l'opration, lorsque Durand me
dit :
     - Cherchons bien, je ne puis m'ter de la tte qu'il n'y ait autre chose
l-dedans.
     Je fouille ; mes mains tombent sur un paquet de clefs, dont l'une porte
pour tiquette : Clef du trsor.
     - Oh ! ma chre Durand ! m'criai-je, ne cherchons plus ici ; voil la
preuve que l'objet de nos vux n'est pas dans ce caveau. Hlas ! nous avions
d'abord trouv des portes sans clefs, voil maintenant des clef sans portes.
Donna Maria, sais-tu quelque chose ? Dis-le-nous, ta fortune est faite !
     - Vous me mettriez entre la mort et des millions que je ne vous en dirais
pas davantage, rpondit la vieille. Cherchons, nous trouverons peut-tre.
     - Allez, dit la Durand, me chercher une baguette de ce coudrier que j'ai
vu dans la cour.
     Ds que mon amie l'a reue, elle se livre  l'impression de cette
baguette, d'abord immobile en ses mains. Elle monte. Un secret mouvement
l'avertit de tourner  gauche ; elle suit une longue galerie, au bout de
laquelle une nouvelle porte de fer se prsente  nous. J'essaie  l'instant
les clefs ; elles ouvrent ; la baguette tourne alors dans les mains de Durand
avec une incroyable rapidit. Dix normes caisses taient dans cette chambre,
et, certes, ce n'taient ici ni des vtements de femmes, ni des instruments de
supplices, mais de belles et bonnes pices d'or, dont il y avait pour
plusieurs millions.
     - Allons, dis-je, pleine de courage et de joie, il ne s'agit plus que
d'emporter.
     Comment faire pour y russir ? Se confier aux domestiques tait dangereux
: on ne pouvait descendre ces caisses, il fallait les vider. Dans cette fatale
alternative, nous prfrmes d'emporter moins et d'emporter plus srement. La
vieille, les deux jeunes filles, la Durand et moi, nous nous chargemes 
outrance, et nous ne cessmes, huit jours de suite, de faire des voyages. Nous
rpandions, pendant ce temps-l, que Cordelli passerait le mois  la campagne
; qu'il nous avait charges de lui aller journellement tenir compagnie ; et,
sous main, nous frtions une felouque pour Venise. Le neuvime jour au matin,
nous en profitmes, aprs avoir jet la vieille dans un des puits du chteau,
la dernire fois que nous y fmes, afin d'enterrer notre secret avec elle.
     Le temps de notre traverse fut superbe, les soins de nos femmes
excessifs, la chre excellente : nous arrivmes  Venise, point trop fatigues
d'une mer calme et tranquille, sur les ctes de laquelle nous n'avions jamais
cess d'tre.
     C'est, sans contredit, un spectacle aussi magnifique qu'imposant que
celui d'une ville immense flottant au milieu des eaux ; il semble, comme
Grcourt le dit quelque part, que la sodomie ait choisi l son saint asile,
afin d'teindre aussitt, dans la mer, les bchers dont le fanatisme voudrait
la punir : il est certain qu'elle gt l comme dans son temple, et qu'il est
bien peu de villes en Italie o elle rgne avec plus d'empire.
     L'air qu'on respire  Venise est mou, effmin, il invite au plaisir,
quoique souvent peu sain, surtout quand la mare est basse. Alors, les gens
riches vont le plus qu'ils peuvent dans les campagnes riantes qu'ils possdent
en terre ferme ou dans les les voisines de la ville. Malgr cette mauvaise
qualit de l'air, on y voit cependant beaucoup de vieillards, et les femmes
s'y fltrissent moins vite qu'ailleurs.
     Les Vnitiens sont communment grands et bien faits, leur physionomie est
gaie, spirituelle, et cette nation bien connue mrite d'tre aime.
     Ds les premiers jours de notre arrive dans Venise, je m'occupai de
placer les sommes que je venais de me procurer nouvellement ; et malgr les
instances de la Durand pour que je gardasse tout, je voulus absolument
partager. Nos lots nous formrent  peu prs un million cinq cent milles
livres de rente chacune, ce qui, runi  ce que j'avais dj, me composait un
revenu de six millions six cent mille livres  manger par an. Mais craignant
de paratre suspectes  Venise avec une fortune aussi considrable, nous
prmes tous les moyens ncessaires  persuader que le luxe que nous affections
n'tait le rsultat que du produit de nos charmes et de nos connaissances dans
l'art de la magie et dans l'effet des simples. Nous recevions en consquence,
chez nous, toutes les personnes de l'un et l'autre sexe, qui dsiraient des
volupts o des instructions. La Durand avait fait excuter, d'aprs cela, un
laboratoire et un cabinet  machines,  peu prs dans le got de celui qu'elle
avait  Paris. On y voyait des trappes, des coulisses, des boudoirs, des
cachots et tout ce qui peut en imposer aux yeux et  l'imagination. Nous
primes de vieilles servantes, promptement dresses  toutes ces manuvres ; et
nos deux jeunes filles eurent ordre de se prter avec autant de complaisance
que de soumission  tout ce qui devait servir et l'un et l'autre de nos
projets. Vous vous souvenez qu'elles taient vierges ; cette raison, jointe 
tout ce que nous devions attendre de leur charmante figure et de leur
jeunesse, devait,  toute sorte de titres, nous faire esprer que ces deux
petites terres seraient d'un grand rapport, quand une fois elles seraient
dfriches. Je devais d'ailleurs me joindre  elles et reprendre l tous les
premiers exercices de bordel que vous m'avez vue pratiquer  Paris, lorsque je
me jetai dans la carrire, ce qu'assurment je ne faisais ici que par
libertinage, d'aprs le bien immense dont vous voyez que je jouissais.
     Le premier individu qui se prsenta chez nous fut un vieux procurateur de
Saint-Marc qui, nous ayant bien examines toutes les trois, me fit l'honneur
de me prsenter le mouchoir.
     - Peut-tre, me dit-il dlicatement, mon got me porterait-il  choisir
une de vos pucelles, mais mon impuissance prononce ne me permettrait pas de
jouir des volupts qu'elle m'offrirait. Je serai, sans doute, plus  l'aise
avec toi, et je vais t'expliquer de quoi il s'agit. Tu auras, me dit le
vilain, la bont de m'avertir du jour o tes rgles seront les plus
abondantes. Couche sur un lit, les cuisses trs cartes, je m'agenouillerai
devant toi, je te gamahucherai le con, je m'enivrerai de ces menstrues que
j'adore : et quand je me serai bien mis en train en les dvorant, je
terminerai le sacrifice au temple mme que je viendrai d'encenser, pendant
qu'une de tes domestiques (il faut absolument que l'individu que je te demande
soit de cet tat), pendant, dis-je, qu'une de tes servantes aura la
complaisance de m'triller  tour de bras.
     - Seigneur vnitien, rpondis-je, votre srnit a-t-elle envie de
recommencer souvent cette scne libidineuse, ou n'est-ce que pour une fois ?
     - Ce n'est que pour une fois, me rpondit le procurateur ; quelque belle
que vous soyez, mon ange, il m'est impossible de revoir une femme quand elle a
satisfait avec moi cette passion.
     - Eh bien, Excellence, lui dis-je, avec le souper (car il est de rgle
dans notre maison que jamais un cavalier comme vous ne s'amuse sans nous faire
l'honneur de souper), avec le repas, dis-je, et la fouetteuse, cela vous
cotera cinq cents sequins.
     - Vous tes chre, mademoiselle, me dit le procurateur en se levant ;
mais vous tes jolie, et tant que vous serez jeune, vous aurez raison de vous
faire valoir... Quel jour faut-il que je vienne ?
     - Demain : ce que vous aimez commence aujourd'hui, et demain l'orage.
     - Je serai trs exact, me rpondit le procurateur...
     Et ayant, ds le lendemain, satisfait  sa dgotante passion, l'ayant
fait triller  tour de bras avec un nerf de buf, je reus son dgotant
hommage, dont j'eus la fausset de lui faire croire que je faisais le plus
grand cas. Je palpai, en plus des cinq cents sequins, un diamant qui valait
bien au moins le double, et dont le vieux coquin me fit prsent pour me
prouver  quel point il tait satisfait de mes bonnes manires.
     Un ngociant fort riche, nomm Raimondi, parut ensuite.
     - Mon cur, me dit-il en examinant mes fesses, votre cul est-il intact ?
     - Assurment, monsieur.
     - Ma fille, continua-t-il en cartant, vous me trompez : ce n'est pas un
homme qui a une aussi grande habitude des culs, auquel il est possible d'en
imposer.
     - Eh bien ! monsieur, je ne vous cacherai rien : une ou deux fois,
d'honneur, et pas davantage...
     Et Raimondi, sans rpondre, enfona sa langue au trou de mon cul. Il me
fit relever ; il tait en feu.
     - coutez, me dit-il, je vais vous expliquer ma passion : rien de fait,
si elle ne vous convient pas. Tout mon plaisir consiste  voir foutre, c'est
cela seul qui me met en train ; je serais absolument nul si je ne m'enflammais
au spectacle des jouissances d'autrui. Vous me fournirez six beaux hommes qui
vous enconneront tour  tour sous mes yeux : je m'amuse avec eux pendant
qu'ils vous foutent, et sitt qu'ils vous ont dcharg dans le con, j'avale
avec grand soin le foutre qu'ils vous ont lanc dans le vagin ; votre art doit
consister  faire l'impossible pour me le rendre dans la bouche. Cette
opration finie, vous m'offrez le derrire : je vous sodomise, pendant que vos
six hommes m'enculent tour  tour. Ds que le sixime a dcharg, je sors de
votre cul, je m'tends sur un lit ; vous vous posez  califourchon sur moi, et
vous me chiez dans la bouche, pendant qu'un des hommes vous gamahuche le con,
qu'un second vous enfonce la langue dans la bouche, que le troisime se branle
devant moi, que le quatrime me suce le vit et que j'en branle un de chaque
main. Aussitt que votre tron part, je le mange ; cela fait, je me relve ;
vous prenez mon vit dans votre bouche, vous me sucez exactement ; tous les
hommes alors viennent, l'un aprs l'autre, chier dans la mienne ; j'avale leur
merde, vous avalez mon foutre, et voil le dnouement de la scne. Mais prenez
garde, mon cur, poursuivit le Vnitien. Trois cueils terribles s'offrent 
vous dans cet arrangement : celui o, quelques efforts que vous fassiez, il
vous devienne impossible de me lancer dans la bouche le sperme que vous auriez
reu dans le con ; celui o vous n'avaleriez pas le mien, et celui o vous ne
pourriez pas chier. Or, il est bon que vous sachiez que chacun de ces crimes
est puni par cent coups de fouet, que je vous fais appliquer devant moi par un
des six hommes : de manire qu'en manquant de me rendre les six inondations,
et en refusant d'avaler mon foutre, et en ne chiant point, c'est huit cents
coups de fouet que vous avez mrits ; cent, si vous n'avez commis qu'une de
ces fautes : ainsi du reste.
     - Monsieur, dis-je  Raimondi, votre passion n'est pas d'une excution
trs facile, il y a de grands dangers  courir. J'imagine donc qu'en me
chargeant de tous les accessoires, deux mille sequins ne sont pas trop.
     - Ta beaut me dcide, et je consens  tout, dit le ngociant.
     Nous primes jour, et le surlendemain je le satisfis.
     La Durand m'appela, quelque temps aprs, pour un noble dont la manie
n'tait pas tout  fait aussi dangereuse.
     Mon amie le branlait, il lchait, pendant ce temps-l, mes narines, le
tour et le dedans de mes oreilles, ma bouche, mes yeux, le clitoris,
l'intrieur du con, le trou du cul, les entre-deux des doigts de pieds et les
aisselles. Au bout d'une heure de cette crmonie, il finissait par se faire
sucer le vit et me dcharger dans la bouche. La Durand m'avait prvenue huit
jours d'avance, afin que je ne lavasse aucune de ces parties, la crise de ce
libertin devant tre mieux ou plus mal provoque, en raison du degr de salet
dans lequel il les trouverait.
     Ils s'avertissaient tous, et nous ne manquions pas de pratiques. Il en
vint un qui conduisait avec lui deux ngresses. Il fallait que, nue entre ces
deux femmes, j'eusse la complaisance de me laisser branler par elles : le
contraste du blanc au noir commenait d'abord par le mettre en train. Ds
qu'il y fut, il se mit  fouetter les ngresses jusqu'au sang, pendant que je
le suais ; il m'trilla ensuite  mon tour. Dchir par les ngresses qui le
houspillaient, tantt avec des martinets  pointes de fer, tantt avec des
nerfs de buf, il finit par m'enculer, pendant qu'une des femmes noires le
sodomisait lui-mme avec un godemich et qu'il molestait le cul de la seconde.
Je volai  celui-l un diamant superbe, tout en lui suant le vit, et
j'exigeai encore de lui mille sequins pour une partie aussi extraordinaire.
     Il en parut un plus singulier. Il fallait le lier nu sur une chelle
double ; deux de nos servantes l'trillaient  tour de bras ; la Durand le
suait. Juche sur le haut de l'chelle, je lui chiais sur le nez. Quand il
banda, nous le fmes mettre  genoux, nous lui fmes son procs, nous
l'interrogemes, nous le condamnmes  tre rompu. Tous les instruments
taient l ; mais la barre tait de carton. Durand le lia sur la croix ; je
frappai, il dchargea sous les coups, nous donna cinq cents sequins et
s'enfuit, tout honteux de nous avoir mises dans la confidence d'une aussi
bizarre fantaisie.
     Enfin, nos pucelles furent en scne. Nous vendmes dix fois le pucelage
du con de Rosalba, trente fois celui de son cul ; vingt-deux fois celui du con
de Lila, trente-six fois l'autre. Et, aprs avoir retir plus de six cent
mille francs de ces quadruples prmices, nous les livrmes au bras sculier.
     L'ambassadeur de France m'crivit un jour de me rendre chez lui avec une
des plus jolies filles qu'il me serait possible de trouver. Je lui conduis une
enfant de seize ans, plus belle que l'Amour, et qui, enleve. au sein de sa
famille qu'elle ne devait plus revoir, m'avait cot excessivement cher.
Monseigneur nous fait dshabiller toutes les deux dans un petit cabinet situ
au plus haut degr de sa maison ; une espce de trou profond, et que l'on et
pris pour un puits, se trouvait au milieu de cette pice. L'ambassadeur nous
courbe toutes deux sur le bord, comme pour nous en faire voir la profondeur,
et s'amuse  observer nos fesses bien  sa porte par cette posture.
     - Si je vous prcipitais toutes les deux l-dedans, dit le paillard,
qu'en arriverait-il ?
     - Bien peu d'inconvnients, si nous tombions sur de bons matelas.
     - C'est dans les enfers que vous tomberez, gueuses : ce que vous voyez
est la bouche du Tartare...
     Et en mme temps, pour nous effrayer, des flammes sortent de cet antre
obscur et nous repoussent.
     - Ainsi, ce sera donc l notre tombeau ?
     - Je le crains, et vois votre sentence crite sur vos culs...
     Il nous les baisait, nous les pinait en disant cela ; et celui de la
jeune personne que je lui avais amene tait surtout le plus molest : il le
mordait et le piquait avec une aiguille. Cependant, rien ne paraissait encore,
et quoique par ses ordres je le secouasse de toutes mes forces, il n'y avait
pas mme encore la plus lgre apparence d'rection...
     - Oh ! foutre, dit ce libertin en empoignant ma compagne et l'enlevant de
terre, oh ! sacredieu, quel plaisir de prcipiter cela dans les flammes !
     L'effet suit de prs la menace, et sitt que, par mes soins, le vit du
paillard bande, d'un lan vigoureux la jeune fille est  l'instant lance
dans le trou...
     - Branle !... branle !... branle donc, foutue garce ! s'cria-t-il en
voyant sortir les flammes que dtermine la chute du corps qu'on vient de
lancer.
     Puis, s'armant d'un poignard  l'instant o sa dcharge est prte 
partir, il se prcipite lui-mme dans le trou pour y poignarder sa victime
dont les cris m'annoncent la mort.
     Je ne le revis plus ; une vieille femme me paya, me recommanda le
silence, et nous n'avons jamais entendu parler de ce seigneur.
     Les femmes parurent bientt. Je m'tonnais avec Durand de n'avoir encore
entendu parler d'aucune, lorsque signora Zanetti, l'une des femmes les plus
riches et les plus dbordes de Venise, me fit inviter  l'aller voir. Cette
crature, ge de trente-cinq ans, me donna sur-le-champ l'ide de ces belles
Romaines dont les sculpteurs nous ont conserv les traits. Quelle cleste
figure ! C'tait celle de Vnus elle-mme, c'tait sa taille, c'tait la
runion complte de toutes ses grces.
     - Je vous rencontrai l'autre jour  l'glise de la Salute, me dit cette
charmante femme. Vous y alliez sans doute, comme moi, pour y dcouvrir quelque
objet de lubricit ; car je vous crois trop d'esprit pour qu'un autre objet
que celui-l vous conduise en de pareils lieux. C'est l'usage ici : les
glises nous servent de bordels... Savez-vous que vous tes trs jolie, mon
ange ?... Aimez-vous les femmes ?
     - Peut-on ne pas aimer ce qui vous ressemble ?
     - Ah ! voil de la galanterie franaise ! Dix ans de sjour que j'ai fait
 Paris m'ont appris ce jargon. Je vous prie de me dire franchement si vous
aimez les femmes, et si vous aurez du plaisir  vous branler avec moi ?...
     - Ah ! je vous le jure...
     Et pour que mes actions prouvent mes paroles, je m'lance au cou de la
belle Vnitienne et lui suce la bouche un quart d'heure.
     - Tu es charmante, mon ange, me dit-elle en me prenant la gorge, et je
vais passer de dlicieux instants avec toi.
     Nous soupmes, et les volupts les plus piquantes couronnrent cette
libidineuse soire. Zanetti, la plus libertine des femmes, possdait mieux que
qui que ce ft l'art de leur donner du plaisir ; je n'avais de mes jours t
si bien branle. Quand nous emes dcharg cinq ou six fois chacune, que nous
nous fmes lches, suces, foutues avec des godemichs, que nous emes puis
enfin toutes les ressources les plus raffines du saphotisme :
     - Foutons maintenant, me dit ma tribade.
     Elle sonne.
     - Ai-je des hommes, l ? demanda-t-elle  sa femme de chambre, jeune
fille de dix-huit ans, belle comme le jour.
     - Oui, madame, lui rpondit celle-ci, il y en a dix, l, qui attendent
vos ordres ; n'imaginant pas que madame et besoin d'eux ce soir, ils allaient
se retirer dsols, car ils sont bien en train.
     - Est-ce que tu les as manis, bougresse ? dit la belle Vnitienne.
     - Oui, madame, j'en ai touch quelques-uns, mais je ne les ai pas fait
dcharger ; madame peut s'en convaincre.
     - Allons, amne-les-moi, coquine, je veux en rgaler ma nouvelle amie.
     Rosetti arrive aussitt avec les dix jeunes gens, qui me parurent d'une
taille et d'une figure enchanteresses. En un clin d'il, la soubrette et la
matresse mettent ces armes en tat ; et je me vois  l'instant menace de dix
vits dont mes mains eussent  peine empoign le plus mince.
     - Eh bien ! me dit Zanetti, toute nue... chevele comme une bacchante,
c'est pour toi cette fte : o veux-tu que posent ces vits ?
     - Oh ! foutre, m'criai-je, tourdie de ce spectacle, mets-les partout...
partout.
     - Non, me dit-elle, il faut dsirer le plaisir : contente-toi de te les
faire mettre dans le con, cette premire tourne : cela t'chauffera, tu
dsireras le reste ; et laisse-nous faire.
     En mme temps, Rosetti se dshabille ; toutes deux soutiennent,  coups
de poignet, l'tat brillant de nos athltes ; et ma belle amie me les
introduit l'un aprs l'autre dans le con. Ds qu'ils y sont, la garce se
couche sur moi  la renverse, met son con sur ma bouche et vient me sucer le
clitoris, pendant que deux jeunes gens l'enculent, et que la soubrette enfonce
le vit d'un troisime dans le cul de celui qui me fout.
     On n'a pas d'ide des plaisirs que cette premire sance me fit goter.
Quand tous les dix m'eurent ainsi pass sur le corps, je prsente les feues :
on m'encule ; j'avais le con suc par Zanetti, agenouille contre un lit, et
qui branlait un vit de chaque main. On sodomisait mon fouteur, et je suais le
con de Rosetti, qui branlait deux vits sur sa motte, de manire  ce que je
pusse, alternativement, ou sucer son con ou pomper les vits qu'elle
masturbait. Quand tous les engins m'eurent ainsi pass dans le cul, nous ne
formmes plus qu'un seul groupe. Je me couche  plat dos sur un homme qui
m'encule ; un autre m'enconne ; de ma main droite, je facilite l'introduction
du vit d'un homme dans le cul de Zanetti qui, couche sur un autre, recevait
un vit dans son con ; de ma gauche, j'en faisais autant  Rosetti, galement
foutue par-devant et par-derrire. Un homme enculait celui dont j'tais
sodomise, et nous en avions chacune un dans la bouche.
     - Il y a encore de la place pour deux, dit Zanetti ; tu vois que ceux qui
sodomisent, et ma femme de chambre et moi, pourraient, sans surcharger le
tableau, avoir chacun un vit dans le derrire. On peut donc faire un groupe de
quinze, et si ces groupes imitent le ntre, tu vois qu'ils seront dlicieux.
     Mais anantie, ivre de volupt, je ne rpondis qu' coups de cul ; et le
dlire nous saisissant tous  la fois, ce fut au milieu d'un torrent de foutre
que nous teignmes... ou plutt que nous endormmes un instant notre
dvorante lubricit.
     Toutes les mmes postures s'excutrent sur Zanetti, et ne jouant plus
que le second rle, j'eus le plaisir alors de m'embraser aux indicibles
lubricits de cette coquine. Ni Sapho, ni Messaline, n'y faisaient uvre :
c'tait un draisonnement... un dcousu d'ides... un dvergondage... une
srie de blasphmes si nergiques, des soupirs si brlants... des cris si
prodigieux  l'instant de la crise ! Oh ! non, je le rpte, jamais Vnus
n'eut une plus fidle proslyte... jamais dlire ne fut semblable... jamais
putain plus dborde.
     La coquine ne s'en tint pas l ; il fallut boire, aprs avoir foutu ;
nous nous achevmes ; la soubrette se mit  table avec nous, mais les hommes
furent congdis ; et quand nous fmes toutes trois hors de raison, nous nous
remmes  nous branler comme des garces, jusqu' ce que l'astre des cieux,
venant clairer nos saturnales, nous contraignt enfin  les suspendre, pour
retrouver dans un peu plus de repos les forces ncessaires  recommencer.
     Quelques jours aprs, cette charmante femme vint me voir. Je lui avais,
disait-elle, absolument tourn la tte, elle ne pouvait plus se passer de moi.
     - A prsent que nous nous connaissons mieux, chre amie, me dit-elle, il
faut que je t'avoue tous mes penchants. Je suis pleine de vice, et comme on
dit que tu as beaucoup de philosophie dans l'esprit, je viens te supplier de
tranquilliser ma conscience.
     - Et quels sont, cher amour, m'empressai-je de dire, les vices que tu
chris le plus ? Quels sont ceux o tu te livres avec le plus de plaisir ?
     - Le vol. Rien ne m'amuse comme de drober le bien des autres ; et
quoique j'aie plus de cent mille livres de rente, il n'est pu un seul jour
dans ma vie o je ne vole par got.
     - Console-toi, cher amour, dis-je, en tendant la main  mon amie, et vois
dans celle que tu aimes une des plus grandes zlatrices de cette passion.
Assurment, je puis m'en passer comme toi, et comme toi j'aime  m'y livrer...
Que dis-je ? j'en fais,  ton exemple, un des plus doux amusements de ma vie.
Le vol est d'institution naturelle, ma chre ; non seulement ce n'est point un
mal, mais il est constant que c'est mme un bien. Au reste, je vois avec
plaisir, ma chre amie, poursuivis-je en embrassant ma nouvelle amie, que tes
principes ne sont pas trs scrupuleux en morale.
     - On ne saurait tre plus ferme que moi sur tous ces objets, me rpondit
l'aimable Vnitienne. Entrane par ma tte  mille infamies, il n'est rien
que je ne me permette, toutes les fois que mes passions parlent.
     - Quoi ! dis-je, jusqu'au meurtre ?
     - Jusqu'au parricide, jusqu'au crime le plus effrayant, s'il en existait
chez les hommes.
     - Ah ! sacredieu, dis-je  mon amie, baise mille et mille fois celle qui
te ressemble aussi bien, et juge-moi digne de toi.
     - Eh bien ! me dit Zanetti, puisque tu t'ouvres de cette manire, je
vais, de mme, te parler avec confiance ; coute, ne t'effraie pas, et
jure-moi de ne rien rvler de tout ce que je vais te dire.
     Je fis le serment qu'exigeait mon amie, et voici ce que j'appris d'elle.
     - Tu sais que je suis veuve, Juliette, et par consquent matresse
absolue de mes actions. Ne me demande point comment j'ai eu cette libert...
et devine, sans me faire rougir de l'aveu, qu'elle est le fruit du crime.
     - Est-ce ta main qui l'a commis ?
     - Non. Je fis assassiner ce triste ennemi de mes plaisirs :  Venise,
avec quelques sequins, on brise aisment tous ses nuds.
     - Il valait mieux le faire toi-mme : un trait de ressemblance de plus,
en ce cas, nous et runies.
     - Oh ! Dieu, je t'adore, chre me ! Comme il est bien fait de se dfaire
de ces coquins-l, quand ils veulent nous gner. Et quel droit ont-ils donc 
notre libert, pour oser la contraindre ainsi ? Qu'on nous accorde le divorce,
et l'uxoricide sera moins connu.
     Quoi qu'il en soit, il faut que tu saches, ma chre, qu'il existe 
Venise une clbre association de sclrats, dont l'unique mtier est de
voler, de filouter, d'escroquer, et d'assassiner, au besoin, tous ceux qui
leur rsistent. Les fils de cette association s'tendent  plus de trente ou
quarante milles d'ici, et tous correspondent chez le nomm Moberti, directeur
en chef de cette troupe. Or, ce Moberti, ma chre, est mon amant ; je suis
folle de lui : il est impossible d'avoir pour aucun homme les sentiments que
j'ai pour celui-l. Et cependant, ma chre, en le voyant, tu t'tonneras sans
doute de ma passion pour lui ; mais lorsque tu le connatras, tu cesseras de
te surprendre, et tu concevras alors qu'il est possible d'aimer un homme pour
ses gots, ses passions, le genre de son esprit, plus que pour les agrments
physiques de sa personne.
     Moberti a cinquante-quatre ans ; il est roux comme Judas ; ses yeux sont
chassieux et petits ; sa bouche large et mal garnie ; son nez et ses lvres 
la manire des ngres ; il est petit, mal fait, mais dou, malgr cela, d'un
instrument si prodigieux que, malgr l'extrme habitude que j'ai d'tre
encule, il m'corche, chaque fois qu'il me sodomise... seule et unique faon
dont il jouisse de moi. Voil, ma chre amie, le physique singulier de l'homme
dont je raffole, quoique je lui fasse cent infidlits par jour ; mais il me
les permet ; il sait que je ne puis m'en passer ; et si je lui en tolre, de
mon ct, en lui fournissant le gibier qu'il aime, il me permet, du sien, de
foutre, si je veux, avec toute la terre. Aucune jalousie de part ni d'autre :
c'est presque ce qu'on pourrait appeler une union morale. Moberti a l'esprit
qui me plat ; c'est un dsordre d'imagination si piquant, un libertinage si
atroce, une frocit si sauvage, un abandon de principes si prodigieux, un
athisme si profond, une corruption si complte, que tout cela me tourne la
tte, et me fait idoltrer cet homme,  un point qui surpasse tout ce que les
potes et les historiens ont pu, jusqu' ce moment-ci, vous peindre de l'amour.
     Moberti a, comme tu l'imagines bien, plusieurs agentes dans Venise, qu'il
place chez des gens trs riches, et qui, ne frquentant que des personnes de
cette caste, sont  mme de lui fournir des renseignements. Je suis la
premire de ses agentes ; toutes les autres correspondent avec moi, et c'est
par mon moyen que s'indiquent les principaux vols. Il n'y a que trois ans que
nous nous connaissons ; je ne le sers que depuis cette poque ; mais je puis
bien assurer que, dans ce court espace, je lui ai valu plus de dix millions,
que je lui ai fait assassiner au moins quatre cents personnes ; et voil ce
qui me tourne la tte. Je dcharge trois jours et trois nuits de suite, ma
chre amie, lorsque j'ai commis ou fait commettre des crimes de cette espce.
Lui-mme aime le meurtre au point, qu' l'exemple de ce fameux voleur de
Sibrie, il abandonne, dans ses expditions, les dpouilles  ses camarades
pour le seul plaisir d'gorger les victimes de sa propre main. C'est, je te le
rpte, le coquin le plus barbare et le plus cruel qu'il soit possible de
trouver au monde ; et ses vices s'arrangent si bien avec ceux de mon caractre
que voil pourquoi je l'adore.
     Par une fatalit singulire, et qui prouve que le crime est toujours bien
plus heureux que la vertu, pourvu qu'il soit constant, hardi, il y a
vingt-cinq ans que mon amant mne la mme vie : il n'a pas mme encore t
souponn. Quelques capitaines de sa troupe ont t rous, pendus, brls,
mais jamais ils ne l'ont compromis. Cet homme, rare par son nergie, par sa
perversit, par son courage, espre mener encore douze ou quinze ans le mme
train, et se retirer ensuite avec moi en Dalmatie, o il a achet dernirement
des possessions superbes. C'est ainsi que nous comptons couronner la vie la
plus sclrate dont aient encore t souilles les annales humaines.
     Voil, ma chre, ce que j'avais  te dire : vois si tu veux tre des
ntres. Dans le cas de l'acceptation, je te donne  dner sous peu avec mon
amant ; tu le verras jouir de moi, de toi-mme, si tu le dsires, et nous
prendrons tous les trois, ensuite, les arrangements ncessaires  une liaison
intime.
     - Assurment, dis-je  mon amie, tu ne pouvais rien me proposer de plus
agrable. J'accepte tout,  deux conditions : la premire, que si ton amant
s'amuse avec moi, il me payera cher, et que ce ne sera, de mme, qu'aux
conditions d'un partage trs considrable dans ses vols, que je les servirai ;
la seconde, c'est que nous partagerons dornavant toutes les dpenses de nos
runions libertines : c'est ton amie que je veux tre, ce n'est plus ta putain.
     Un souper dlicieux termina cette conversation, et nous nous sparmes en
nous promettant de nous revoir bientt.
     Ne sachant pas comment tout cela tournerait, je crus devoir, jusqu' de
plus amples claircissements, faire un mystre du tout  ma compagne. Nous
vivions d'ailleurs dans une libert assez grande pour que chacune pt faire
tout ce qu'il lui plaisait de son ct.
     La signora Zanetti me prvint, quelques jours aprs, qu'elle avait parl
 son ami ; que celui-ci dsirait infiniment de faire connaissance avec moi,
et qu'elle m'invitait en consquence de venir le lendemain dner chez lui,
dans une charmante campagne qu'il possdait dans l'le de Saint-George,  trs
peu de distance de la ville.
     On ne m'avait point trompe sur le physique de cet homme tonnant ; il
tait impossible d'tre plus laid, et difficile en mme temps d'avoir une
physionomie plus spirituelle.
     - Voil, dit Zanetti en l'embrassant, la jolie fille dont je t'ai parl ;
j'espre que, sous tous les rapports, tu auras lieu d'en tre content.
     Le brigand me prit alors par la main et me conduisit, Bans dire un mot,
dans un cabinet, o je fus trs tonne de trouver deux jeunes garons de
quinze ans, beaux comme l'Amour.
     - Que ce gibier ne vous scandalise pas, me dit le paillard : je suis
bougre ; je vous foutrai pourtant, mais en cul ; votre amie a d vous en
instruire. Faites-moi voir vos fesses, et dissimulez le con, je vous supplie,
au point qu'il ne me soit pas mme possible de me douter que vous en ayez un.
     Ce dbut me parut cavalier. Je ne sais nanmoins ce que ce personnage
avait d'attrayant ; mais je sentis, ds le premier abord, qu'il tait tout
simple d'aimer un tel homme. Moberti fut long  l'examen de mon derrire,
aucun dtail ne lui chappa ; puis, m'appliquant deux fortes claques sur
chaque fesse :
     - Voil qui est bon, me dit-il, je vois ce que c'est que votre cul, vous
pouvez vous dshabiller.
     - Et votre amie, monsieur ?
     - Elle viendra ; elle sait bien que nous ne nous mettrons pas  l'ouvrage
sans elle...
     Et pendant que je me dshabillais, Moberti caressait les petits garons.
     La belle Vnitienne parut.
     - As-tu pourvu  tout ? lui dit son amant. Serons-nous bien seuls ? Les
portes sont-elles bien fermes ? Le dner sera-t-il bon ?
     - Repose-toi sur moi, mon ami, tu connais mes soins.
     - Allons, foutons donc en paix, reprit Moberti, et livrons-nous en sret
aux plus bizarres caprices de l'imagination.
     - Oui, mon ami, oui, tu le peux ; il n'y a plus que Dieu qui te voie.
     - Oh ! je me fouts de ce tmoin-l, dit ce rou, mon plus grand chagrin
est qu'il n'existe rellement pas de Dieu, et de me voir priv, par l, du
plaisir de l'insulter plus positivement... Mais peut-on parler devant cette
jeune personne, est-elle des ntres ?
     - Oui, tu sais ce que je t'ai dit sur elle, elle n'attend que son poste
pour tre en activit, et j'ose croire que tu en seras content.
     - Je le suis dj de son cul... autant qu'on peut l'tre du cul d'une
femme... Allons, ma chre, mets donc tout ceci en train...
     Et Zanetti, dboutonnant aussitt la culotte des deux jeunes garons,
montra leurs fesses au libertin qui, couch sur un vaste sofa, se branlait en
les regardant.
     - Presse-toi, me dit mon amie tout bas, je suis sre qu'il brle du dsir
de voir tes fesses  ct de celles de ces garons...
     Je m'y place aussitt, la motte bien plastronne, et Moberti, sans
prfrence, nous examine un moment tous lu trois. Il baise cependant le mien
avec ardeur, le gamahuche profondment ; alors il ordonne  l'un de ses gitons
de se placer entre mes jambes et de m'arracher des poils, de manire 
produire en moi des soubresauts, pendant lesquels il continue d'enfoncer
toujours sa langue dans le trou de mon cul, et sa matresse le branle, pendant
qu'elle-mme est branle par l'autre giton.
     - coutez-moi bien, dit alors le brigand, et, surtout, excutez ce que je
vais vous prescrire, du mieux qu'il vous sera possible. Il faut faire partir
un pet dans ma bouche au mme instant o l'on vous arrache un poil, et au
sixime, en mme temps que le pet, il faudra pisser sur le nez du jeune homme
qui vous pile, en l'accablant d'invectives.
     Je suis assez heureuse pour satisfaire ce singulier libertin, avec toute
la ponctualit qu'il dsire, et quand j'en suis  l'inondation et qu'il
m'entend l'accompagner d'invectives adresses  l'objet de sa luxure, pour
venger son bardache, il s'empare d'une poigne de verges et m'trille un quart
d'heure entier.
     - Que fais-tu donc ! que fais-tu donc ! s'crie Zanetti, par une suite de
procds annexs  cette scne, et quel tort cette crature a-t-elle envers
toi ?
     - Elle a pt, la garce ; elle a souill de son indigne urine le
dlicieux visage de mon Ganymde : il ne devrait pas exister de punitions
assez fortes pour l'un et l'autre de ces outrages.
     - Eh bien ! dit Zanetti, parfaitement au fait de tout ce qui plaisait 
son ami, je vais te fouetter, polisson, jusqu' ce que tu aies cess de
traiter ainsi mon amie...
     On le fustige de cette manire un bon quart d'heure, au bout duquel
l'Italien nous fit voir un membre d'un pied de long sur huit pouces de
circonfrence.
     - En as-tu vu de cette taille ? me dit-il en me le montrant.
     - Oh ! ciel ! m'criai-je, je suis une fille perdue, si jamais tu me
perfores avec une telle machine !
     - C'est cependant ce qui va t'arriver, dit-il en ordonnant ensuite  sa
matresse de se dshabiller aussi ; tu ne seras pas plus difficile que ces
enfants : ils ont leur pucelage, tu ne l'as pas.
     - Mais tu les tueras et je ne veux pas l'tre.
     A ces mots, Zanetti, nue, vient lui prsenter ses fesses  baiser ; et
pendant qu'un des jeunes gens lui tire un poil du con, elle lche 
brle-pourpoint le plus norme pet au nez de son amant, qui sacre, tempte, se
jette sur elle et l'encule. Il arrange si bien, pendant cette opration, les
petits garons et moi, au-dessus des reins de sa desse, que nos trois culs se
trouvent groups sur son visage, et qu'il peut baiser indistinctement l'un et
l'autre.
     J'tais merveille, je l'avoue, de la manire leste dont Zanetti, sans
sourciller, soutenait dans son cul l'introduction de ce membre norme ; la
garce n'avait pas boug ; l'Italien sacrait, allait, venait et faisait sentir
ses dents sur nos fesses. Il se retire, le groupe se dfait, et il nous
considre avec des yeux o se peint la plus cruelle luxure ; il se couche sur
le canap, le visage dans les fesses de son amante, dont il tte l'anus, et
nous ordonne, dans cette posture, de venir le branler quelques instants,
chacun  notre tour, en observant de baiser son vit, de lcher ses couilles et
de lui enfoncer trois doigts dans le cul.
     Son membre s'anime si prodigieusement  ce jeu, que je crois qu'il va
perdre son foutre ; mais, parfaitement matre de lui, il se contient, se
relve, demande des verges, et nous fouette tous les quatre  tour de bras :
nous en recevons au moins deux cents coups chacun. Cette opration faite, il
me saisit, en me lanant des yeux qui me font peur.
     - Bougresse, me dit-il, il faut que je te tue.
     Quelque accoutume que je fusse  toutes ces scnes, j'avoue que la
frayeur me saisit, et d'autant plus que Zanetti, que je fixais, ne me
tranquillisait nullement par ses yeux.
     - Oui, triple infme Dieu ! reprend l'Italien en fureur, oui, garce, il
faut que je te tue...
     Et, tout en disant cela, il me serrait le cou de manire  m'touffer ;
il saisit ensuite un poignard, me le tient suspendu sur le sein, pendant que
son amie le branle, mais sans jeter un seul regard sur moi, sans me rassurer
du moindre geste. Aprs m'avoir tenue quelques minutes dans cette affreuse
perplexit, il me couche sur le sofa, prsente son vit  l'entre de mon cul,
et me l'enfonce sans nulle prparation, d'une telle vigueur, dans l'anus,
qu'une sueur froide couvre mon visage et que je suis prs de m'vanouir.
Cependant, mon amie me tenait et s'opposait fortement  tous les mouvements
que j'eusse pu faire, de faon que je fus laboure, pourfendue de ce vit
monstrueux, sans pouvoir opposer la moindre rsistance. Il maniait, pendant ce
temps-l, de chaque main, le cul d'un des petits garons, et baisait Zanetti
sur la bouche.
     Au bout d'un instant, il me fit mettre  terre les mains que j'appuyais
sur le sofa, et courber tonnamment la tte, en relevant les reins le plus
qu'il m'tait possible ; un des petits garons, passant mon cou entre ses
jambes, vint se tenir droit devant lui, et il le langotait pendant ce temps-l
; tous deux se remplacrent mutuellement dans ce poste, et Zanetti, dans une
attitude diffrente, vint placer le trou de son cul au mme endroit o le
paillard ne trouvait l'instant d'avant que des bouches. Il ne dcharge point,
et se retirant avec violence et sans aucune prcaution, il m'occasionne
presque autant de mal, par cette retraite prcipite, qu'il m'en a fait en
s'tablissant dans la place.
     - Son cul est bon, dit-il en se retirant il est troit, il est chaud ;
mais elle remue pendant qu'on l'encule, et tu sais, Zanetti, que je veux qu'on
soit immobile et que, sans cette clause, il me devient impossible de dcharger.
     Alors sa matresse prend des verges et le fouette ; j'tais  terre,
tendue sur le ventre ; les deux petits garons le branlaient sur mes fesses.
Au bout d'un instant, il me fit coucher  plat ventre, et de travers sur un
canap. Il fait mettre les deux gitons sur mon corps, tous deux auprs l'un de
l'autre, et se prsente au cul du premier, qui se trouve plac prs du mien :
mais les plus fortes rsistances s'opposent  ce projet.
     - Attachons-les, sacredieu ! s'crie-t-il.
     Et Zanetti, me priant de l'aider, nous lions et garrottons ce jeune
garon, en forme de boule, de faon que sa tte, passe entre ses jambes
cartes, prsente la jouissance de la bouche tout auprs de celle du cul.
Pour mieux fixer la position, Zanetti s'accroupit sur l'enfant. Moberti se
reprsente, rien ne pouvant plus le dranger maintenant. Son vit norme
disparat en trois tours de reine dans l'anus du chtif colier ; je lui
branle le cul pendant ce temps-l, et il manie l'autre jeune homme.
     Rien d'horrible comme les propos de ce sclrat pendant cette jouissance.
Il ne parlait que de crimes, que d'abominations, que de meurtres, que
d'incendies, que de massacres. Il ne dchargea pourtant point encore. Le
second bardache, par ses ordres, est aussitt mis dans la mme posture ; il en
jouit de mme, mais, cette fois-ci, il avait fait placer celui qu'il venait de
foutre, la tte en bas, les pieds en haut, et le corps ainsi tendu le long de
celui de sa matresse, qui s'accroupissait sur celui du giton encul. Il avait
donc, sous ses baisers, un cul, un con et une bouche. Je le fouettais. Les
propos redoublrent d'horreur, et je vis en un clin d'il des ruisseaux de
sang dans la chambre ; le cruel, en perdant son foutre, avait frapp de vingt
coups de stylet, et le garon qu'il sodomisait et celui qui lui servait de
perspective.
     - Sclrat ! lui dis-je en redoublant mes coups sur ses fesses, on ne
porta jamais la trahison plus loin, et tu peux te flatter d'tre un monstre.
     L'explosion de la dcharge de ce libertin m'avait donn l'ide d'un
volcan ; ce n'tait plus un homme, mais un tigre, un enrag.
     Le calme rtabli, les deux cadavres furent jets dans un trou,  dessein
prpar au fond d'un petit jardin attenant au cabinet o cette scne venait de
se passer, et l'on se rhabilla. Moberti s'endormit avant le dner.
     - Oh, quel homme ! dis-je  sa matresse.
     - Tu ne vois rien encore, me rpondit Zanetti ; il a t trs doux cette
fois, il ne le sera pas toujours ainsi.
     Deux nouvelles victimes l'attendaient au sortir de table.
     - Et comme ce sont des jeunes filles, je te rponds qu'il les fera
souffrir dix fois plus.
     - Notre sexe l'meut donc davantage ?
     - Sans doute. C'est l'histoire de tous les gens cruels en volupt ; la
faiblesse, la dlicatesse d'une femme les irritent bien plus, leur frocit a
bien plus d'action sur la dbilit que sur la force ; moins on peut se
dfendre, plus ils attaquent avec violence, et comme il entre ainsi plus de
sclratesse dans le crime, ils ont aussi plus de plaisir. T'a-t-il bien fait
mal ?
     - Ah ! je suis toute corche ; j'ai soutenu des vits monstrueux : jamais
aucun qui m'ait fait autant de mal.
     Cependant, Moberti ne tarda pas  se rveiller ;  peine le fut-il qu'il
demanda  dner : on servit. Nous tions dans une salle frache et solitaire ;
tout ce qui tait utile au service se trouvait plac prs de nous, sans que
nous eussions besoin de domestiques. Ce fut l que le brigand m'expliqua les
services auxquels il me destinait. Il s'agissait de protger ses vols, de lui
dcouvrir des victimes, de quitter la Durand, pour prendre une maison, seule,
o j'attirerais les dupes qu'il comptait voler et tuer. Je prvis dans
l'instant qu'il y aurait infiniment plus de danger que de profit 
l'acceptation d'un tel projet ; et, beaucoup trop au-dessus d'un gain si
mdiocre, je refusai intrieurement les propositions de cet homme. Mais je me
gardai bien de lui dcouvrir ma pense, et pour que rien ne troublt son
illusion, j'applaudis infiniment ses projeta, et lui promis bien de le servir.
Nous achevmes ainsi le plus magnifique repas que j'eusse fait depuis
longtemps ; au sortir de table, il me fit passer dans un cabinet secret avec
lui.
     - Juliette, me dit-il, tu as vu mes gots d'assez prs pour concevoir que
c'est dans le meurtre que je place mes plus voluptueuses jouissances...
Puis-je tre sr de l'ardeur que tu mettras  multiplier mes victimes ?
N'ai-je rien  apprhender de tes remords ?
     - Il faut me mettre  l'preuve, mon cher, rpondis-je ; la manire dont
je me conduirai vous fera voir si c'est par got ou par complaisance que
j'entre dans vos vues.
     Et l'ide la plus perfide s'offrit ici  mon imagination sclrate. Je
n'avais aucune envie d'tre la matresse de cet homme, aucune d'accepter ses
propositions, et cependant, par que principe de mchancet, je lui tmoignai
de la jalousie.
     - A quoi me servira, dis-je, d'occuper le second poste dans vos
arrangements ? La confiance, le cur, ces biens si prcieux  possder quand
ils sont accords par quelqu'un que l'on aime, tout cela m'appartiendra-t-il ?
J'ai accept tout ce que vous m'avez propos, j'en conviens ; mais il me
serait bien plus agrable d'exercer seule cet emploi prs de vous, et de
n'avoir pas sous mes yeux, perptuellement, une rivale aussi dangereuse que
votre Zanetti...
     Et le coquin m'coutait avec autant d'intrt que de surprise.
     - Quoi ! rellement tu m'aimerais ? me dit-il au bout d'un moment de
silence.
     - Ah ! vous me tourneriez la tte ; ayant absolument tous vos gots,
j'idoltrerais un amant qui vous ressemblerait.
     - Eh bien ! ne dis mot, tout cela va s'arranger ; tu es infiniment plus
belle que Zanetti, je te prfre, et tu vas rgner seule sur mon cur.
     - Mais vous allez la mettre au dsespoir ! Quelle ennemie, d'ailleurs, je
vais me faire ; croyez-vous qu'elle puisse me pardonner jamais de vous avoir
sduit ?
     - Oh ! si elle nous tracassait bien fort...
     - Dieu ! quelle ide ! elle me fait frmir : une femme que j'aime, que
vous avez aime... Rflchissez-vous  ce comble d'horreur ?
     - Il n'en existe  rien, toutes nos actions sont simples, toutes sont
inspires par la nature, et je ne croyais pas que tu en fusses encore  douter
de ces premires bases.
     - Ah ! mes scrupules ne tiendront pas longtemps aux charmes de vous
possder seule !... Mais tant que cette crature existera, je vous avoue que
je ne serai pas rassure ; elle, de son ct, m'inspirera beaucoup de frayeur,
et je craindrai toujours de vous perdre. Il me semble que, pendant que nous y
sommes, ce serait une affaire  terminer sur-le-champ. Cette femme est
mchante : si vous saviez tout ce qu'elle m'a dit de vous... Ah ! croyez que
si nous ne prenons pas les avances, elle ne nous laissera jamais vivre en paix.
     - Je t'adore, fille cleste, me dit l'Italien en se jetant dans mes bras,
le sort de ta rivale est dcid, tu triomphes, il ne s'agit plus que de
prononcer son supplice ensemble...
     Et Moberti, que cette ide brlait tout autant que moi, saisit mon cul et
l'enfile sans aucune prparation ; ce vit norme m'et fait jeter les hauts
cris dans tout autre temps, mais ici, trs en feu moi-mme, je me prcipitai
sur le dard et dchargeai ds la premire secousse.
     - Que lui ferons-nous ? me dit le paillard en foutant. Je veux que ce
soit au sein des plaisirs que nous prononcions sur ses douleurs.
     Nous le fmes. Ce que vous verrez fut le rsultat de l'arrt prononc.
Nous rentrmes.
     Moberti, qui voulait conserver ses forces, s'tait bien gard de les
perdre. Zanetti commenait  s'inquiter, et nous pmes lire facilement dans
ses yeux que le dmon de la jalousie commenait  tourmenter son cur. Elle
pria son amant de passer avec moi dans le mme salon o s'taient clbres
les orgies du matin ; et l, elle lui prsenta les nouveaux objets destins
aux derniers plaisirs de la soire. C'tait une mre de vingt-six ans, grosse
de sept mois, et conduisant par la main deux charmantes petites filles, dont
l'une avait onze ans et l'autre neuf. Moberti, qui connaissait la marchandise
pour l'avoir choisie lui-mme, fut ravi de la voir enfin dans ses filets.
     - Voil qui va me faire excessivement bander, nous dit-il  l'oreille ;
c'est une femme que je trompe ; elle croit que je vais lui rendre de grands
services, et les tourments que je lui prpare sont affreux. Allons, Zanetti,
que les portes se ferment, que le silence rgne, qu'il n'y ait aucun autre
bruit dans cette maison que celui que je vais y faire. Je voudrais que
l'univers entier cesst d'exister quand je bande.
     Moberti s'assoit, il ordonne  sa matresse de dshabiller Anglique,
pendant que Mirza, l'ane des filles, et la jeune Marietta attendront dans un
silence respectueux les ordres qui maneront du brigand.
     Zanetti, en cachant avec le plus grand soin toutes les parties
antrieures d'Anglique, approche sa croupe de Moberti, qui, aprs l'avoir
brutalement manie, dclare qu'avant qu'il soit une heure, ce beau cul va
changer de forme. Il touche ce ventre rebondi, le frappe avec dlices et lui
pronostique les mmes malheurs.
     - Ah ! monsieur, dit l'intressante Anglique, vous m'avez cruellement
trompe ; il ne m'est que trop facile de m'apercevoir  prsent  quelles
horreurs je suis destine ; respectez au moins le fruit que je porte...
     On ne se peint point ici les clats de rire que cette intercession fit
pousser  ce sclrat.
     - Double putain ! s'crie-t-il en accablant de coups cette malheureuse ;
oh ! oui, oui, ne doute pas que je n'aie les plus hautes considrations pour
ton tat ; il n'est rien  mes yeux de plus respectable qu'une femme grosse,
et tu dois dj voir  quel point cet intressant tat m'attendrit. Commence,
nanmoins, par me dshabiller ta fille ane, et amne-la-moi dans le mme
tat que Zanetti vient de t'offrir  mes recherches.
     Agenouille pendant ce temps-l entre les jambes de ce libertin, je le
polluais lgrement, afin d'entretenir son feu, et, souvent, il baisait ma
bouche avec d'inexprimables transports. Rien de plus joli comme la petite
fille qu'on lui amne, et rien n'est cruel comme le genre de caresses
lubriques dont il l'accable. La cadette avance ; mme crmonie.
     - Sacredieu ! dit le sclrat exalt, ne pourrais-je pas trouver un moyen
de les enculer d'un seul coup toutes trois ?
     A ces mots, il se saisit de la mre, la couche sur le dos, fixe ses
jambes en l'air par des cordes et l'encule en levrette. Par ses ordres, je
m'lance sur cette mre, de faon  prter entirement mon cul aux baisers du
paillard, et sur mes reins s'tablit sa matresse, prsentant un second
derrire aux baisers de cet insatiable ; de chacune de ses mains il manie une
petite fille, dont il corche les fesses avec des tenailles. Ne s'en tenant
pas  molester ces deux petite culs, il s'gare sur celui de la mre, qu'il
traite de mme ; et, pour les ntres, il se contente de les mordre, pendant
que nous lui ptons dans la bouche.
     - Pse sur cette coquine, Juliette, me dit-il, afin que ce double poids
touffe, s'il est possible, l'abominable fruit dont sont empestes ses
entrailles.
     Zanetti et moi, nous excutmes si bien toutes deux ce dont on nous
charge, qu'il s'en fallut de bien peu que la pauvre Anglique ne prit
touffe sur-le-champ. Au bout d'un quart d'heure d'alles et venues dans
l'anus de cette pauvre femme, supplice affreux et qui lui faisait jeter les
hauts cris, Moberti dcula, et ordonna que la plus ge des deux filles lui
ft prsente. Zanetti prparait les voies, je prsentais l'instrument, devenu
plus terrible et plus monstrueux encore par ses incursions dans le cul de la
mre. Aprs des peines infinies, nous parvinmes enfin, la Vnitienne et moi, 
introduire cette norme masse dans l'troit orifice offert  ses fureurs.
Aussitt que le paillard s'aperoit des progrs de son vit, il le pousse avec
tant de vigueur qu'il l'engloutit bientt tout entier ; mais la malheureuse
s'vanouit.
     - Voil ce que je voulais, dit le froce personnage, je ne jouis jamais
aussi bien que quand mes vexations les rduisent l... Allons, Zanetti, tu
m'entends !
     Et puis, bas  mon oreille :
     - Je ne veux l'envoyer aux enfers que souille d'un bel et bon crime.
     Par les soins de la Vnitienne, Anglique est place sur les reins de sa
fille, prsentant les fesses au paillard ; les miennes sont exposes  droite,
celles de la plus jeune fille  gauche, et mon amie s'agenouille devant le cul
de son amant : mais devinez quel est ici le nouvel pisode dont le libertin
rgala sa lubricit ? Il faut que sa matresse, en lui mordant fortement les
fesses, imite l'aboiement d'un dogue, pendant que lui, contrefaisant le mme
animal, dvore le cul d'Anglique. Je n'ai de ma vie rien vu de plaisant comme
ce concert de chiens ;  la vrit, il ne l'tait pas autant pour Anglique,
dont le cruel brigand dchire tellement les fesses que les lambeaux pendaient
le long des cuisses de cette infortune. Il s'gayait aussi de temps en temps
sur celles de la petite et sur les miennes ; mais ce n'tait que pour aiguiser
ses dents, qu'il rapportait avec plus de fureur ensuite sur les masses
charnues d'Anglique, bientt rduites en un tel tat qu'elle s'vanouit comme
sa fille. Il change de cul ; l'autre sur est vigoureusement attaque, et ce
sont alors les fesses de celle qu'il vient de foutre sur lesquelles s'exercent
ses dents.
     Cependant la Zanetti excute les ordres qu'elle a reus. Pendant que son
amant jouit, pour dterminer son extase, la coquine poignarde celle des jeunes
filles qui sert de perspective, et la malheureuse tombe  l'instant, noye
dans les flots de son sang.
     - Sclrate ! s'crie l'Italien, vois le crime affreux que tu viens de
commettre ; que l'tre ternel, prolongeant maintenant tes jours, te donne le
temps de te repentir, car l'enfer serait ton partage si tu mourais charge de
ce crime... Qu'on laisse l ce cadavre, je m'en servirai tout  l'heure.
     Il dcule, son foutre n'avait pu tenir  cet excs d'horreur, il venait
d'en lcher les flots ; et cette opration faite, il laisse Zanetti avec cette
malheureuse famille, et passe avec moi dans le cabinet o nous venions de nous
entretenir tous deux.
     - Je vais faire des atrocits, me dit-il en baisant ma bouche et se
rebranlant sur mon derrire, et ta rivale va s'y trouver enveloppe. Je
voudrais enchrir encore sur l'arrt que nous avons prononc ; je voudrais
qu'il ne pt exister au monde de tourment plus cruel que celui qu'il faut
qu'elle subisse... et malheureusement cela ne sera pas... Oh ! Juliette, je
rebande ; vois comme l'ide de cette insigne trahison a d'empire sur mes sens
! (puis, maniant mes fesses) quel beau cul, Juliette ! Je t'adore, tu es
remplie d'imagination, tu possdes une excution facile dans le crime, et je
n'immole Zanetti que pour te conserver ternellement.
     - Mais, dis-je, cher ami, songes-tu que cette femme t'idoltre ? Je suis
vritablement fche d'avoir un instant cd  tes perfides dsirs ; il est
affreux de traiter ainsi une femme qui nous est attache.
     - Eh ! que m'importent les sentiments de cette putain ! Mes passions
n'eurent jamais rien de sacr quand je bande. Oh ! la garce, elle ne s'attend
 rien, c'est le moment de la saisir... Que cette soire sera dlicieuse pour
moi. Revts-moi de cette peau de tigre. Elles seront nues, toutes trois, dans
la chambre, elles tiendront le cadavre au milieu d'elles ; je me jetterai
indiffremment sur toutes... je les dvorerai : tel sera le premier supplice
o tu reconnatras qu'elle a perdu tous mes sentiments. Tu auras soin, pendant
la scne, de m'exhorter  la plus extrme rigueur. Nous terminerons ensuite
par ce que nous avons dit ; et si tu trouves quelque chose de plus excrable
encore, tu l'ajouteras  nos rsolutions ; car tout ce qui est convenu se
trouve, ce me semble, bien au-dessous de mes dsirs.
     Je fus prvenir Zanetti. Elle ne revint pas de l'ordre que je lui
apportais, de se trouver au rang des autres. Accoutume  commander, elle
trouva la subordination bien trange, et ne put s'empcher de me questionner.
     - Que va-t-il donc faire ? me dit-elle.
     - Vous le verrez ! rpondis-je froidement.
     Et je rentrai. Moberti se branlait, son imagination s'enflammait sur les
excrations qu'il allait commettre. Il se prcipite sur mon cul, l'accable de
caresses, et, me courbant, le coquin m'encule, en jurant qu'il ne connat pas
au monde une plus dlicieuse jouissance que celle de mon derrire. Il lime
longtemps. Nous amliorions nos projets pendant ce temps-l ; nous
perfectionnions nos plans de supplice ; nous concevions des horreurs dont
eussent frmi les animaux, mme les plus sauvages.
     - Allons, me dit le paillard en se retirant, me voil suffisamment
excit...
     Et. revtu de sa peau de tigre, dont les quatre pattes taient armes
d'ongles monstrueux et le mufle arrang de faon qu'il peut mordre de sa
bouche tout ce qu'il atteint, arrang, dis-je, de cette manire, et moi le
suivant nue, arme d'un immense gourdin dont je devais rveiller sa paresse,
nous entrons.
     Zanetti est la premire sur laquelle il se jette ; il lui emporte un
tton de ses griffes, et la mord  l'instant sur les fesses, avec tant de
violence, que le sang coule tout de suite...
     - Ah ! je suis perdue ! s'crie cette infortune, je suis perdue,
Juliette ! et c'est vous qui me trahissez ! J'aurais d m'en douter. Oh !
ciel,  quoi dois-je m'attendre ?... Ce monstre, que j'ai tant aim, voil
donc ce qu'il me prpare...
     Et chacune de ses jrmiades tait accompagne des plus affreux
traitements. Moberti, cependant, laisse une minute respirer sa victime pour se
jeter avidement sur les autres objets qui l'entourent. Anglique et sa fille
veulent fuir... Comment chapper  la rage de ce furieux ? Il les considre
mais ce n'est pas encore  elles qu'il en veut : le cadavre l'occupe, il le
saisit, et sa dent carnassire s'attache un moment sur les restes inanims de
cette malheureuse, qu'il quitte bientt pour se porter, avec la mme rage, sur
les deux objets qui le fuient. Il martyrise avec la mme furie l'une et
l'autre de ces cratures ; et c'est prcisment sur les parties les plus
charnues que le sclrat s'attache  plaisir. Il bande extraordinairement. Je
suis oblige de le suivre, tantt pour le frapper de toutes mes forces, tantt
pour le branler en dessous ou lui gamahucher le derrire : opration 
laquelle je procdais en levant la queue de sa peau de tigre.
     Peu  peu ses cruauts se raffinent. Il saute sur sa matresse, en me
faisant un signal : je l'aide ; nous lions et garrottons cette malheureuse sur
un banc de bois. Il s'tablit  califourchon sur elle et, de ses griffes
aigus, le sclrat lui arrache les yeux, le nez et les joues ; il la baisait,
l'infme, pendant qu'elle poussait ainsi les hauts cris ; et moi, je me
branlais de toutes mes forces.
     - Sans moi, me disais-je, sans mes trahisons, mes perfidies, mes
conseils, il n'aurait jamais entrepris cette horreur : j'en suis l'unique
cause.
     Mon sperme s'chappait  cette dlicieuse ide ; et lui, poursuivait ses
horreurs, ne cessant de baiser la bouche de cette infortune, afin, disait-il,
de recueillir avec soin les lans prcieux de la douleur d'une femme qu'il a
tant aime ! Il la retourne, lui dchire les fesses et me fait distiller sur
les blessures de la cire d'Espagne enflamme. Il se jette  la fin sur elle
comme un furieux, et, pendant que je le branle en dessous, le monstre dchire,
assassine, met en pices le malheureux objet de son ancienne flamme, qu'il
laisse enfin sans vie sur le carreau.
     Ivre de rage et de lubricit, il s'lance sur les deux autres victimes.
Uniquement avec ses griffes, il arrache l'enfant du sein de la mre, le brise
contre le crne de cette malheureuse femme, se prcipite sur l'autre fille,
les touffe, les dchire et les massacre toutes deux. S'lanant aussitt dans
mon cul, c'est l que l'excrable bourreau perd  la fin, avec son foutre, le
dlire qui le ravale au rang des plus dangereux animaux de la nature...
     Et nous revolons  Venise, en nous promettant de nous revoir le plus tt
possible, pour statuer sur de derniers arrangements, que je n'avais nullement
envie de prendre.
     Je passai la nuit la plus agite. Dieux ! que je me fis branler de fois,
par mes femmes, sur l'ide des crimes dont je venais de me souiller ! C'est
alors que je reconnus bien qu'il n'est pas au monde de plaisir plus violent
que celui du meurtre : cette passion, une fois introduite dans le cur, aucun
effort ne peut l'en arracher. Rien, non, rien n'est comparable  la soif du
sang. A peine en a-t-on got qu'il devient impossible de s'en rassasier, et
l'on n'existe plus qu'en multipliant ses victimes.
     Cependant, rien au monde ne put me dcider  accepter la proposition de
cet homme. J'y voyais, comme je vous l'ai dit, des dangers infiniment
suprieurs aux profits ; et bien dcide au refus, je contai tout  la Durand,
qui m'assura, que je faisais d'autant mieux, qu'assurment cet homme n'aurait
pas t trois mois  me traiter comme sa matresse. Quand il reparut, je lui
fis fermer ma porte, et je ne l'ai jamais revu depuis.
     Un jour, la Durand me fit prier de monter chez elle pour une femme qui me
dsirait encore avec ardeur ; car il est inou combien j'inspirais
naturellement plus aux femmes qu'aux hommes. La signora Zatta, pouse d'un
procurateur, pouvait avoir cinquante ans ; belle encore, et doue du plus
ardent amour de son sexe,  peine m'a-t-elle vue, que la tribade me cajole
comme un homme, et ses instances deviennent telles, qu'elle m'te, pour ainsi
dire, tous les moyens de lui rsister.
     Nous soupons ensemble, et, au dessert, la Messaline,  moiti ivre, se
prcipite sur moi et me met nue. Zatta tait une de ces femmes  fantaisies,
qui, pleines d'esprit et d'imagination, aiment moins leur sexe par got que
par libertinage, et qui remplacent avec lui les jouissances relles par les
plus luxurieux caprices. Cette crature n'avait absolument que des gots
d'hommes ; je dchargeai six fois sous ses doigts savants, ou plutt ce ne fut
qu'une seule jaculation qui se prolongea pendant deux grandes heures. Revenue
 moi, je voulus attaquer la bizarrerie des gots prliminaires de cette femme
; mais je la trouvai aussi habile  les dfendre qu'ardente  en jouir. Elle
me prouva que l'garement o elle se livrait tait pour elle le plus dlicieux
de tous ; elle m'ajouta qu'elle portait ses manies au dernier degr et qu'elle
ne dchargeait jamais aussi dlicieusement que lorsqu'elle s'y abandonnait.
     Elle dsira d'autres filles : il en vint sept ; aprs s'tre branle avec
toutes, elle sortit de sa poche un godemich, comme je n'en avais encore vu de
ma vie : cet outil singulier avait quatre ttes. Elle commence par s'en
enfoncer une dans le cul, et me sodomise avec l'autre ; nous tions dos  dos
; les deux autres ttes de cet instrument taient recourbes ; nous nous les
enfonmes dans le con. Nous avions, dans cette attitude, chacune une fille
entre nos jambes, qui suait notre clitoris, et qui remuait artistement la
machine. Il nous restait cinq autres filles  employer. Deux donnaient le
fouet  celles qui nous suaient ; deux, leves sur des chaises, nous
faisaient tter leur con, et la cinquime prsidait au total et parcourait les
rangs pour que tout s'excutt dans la plus grande rgle. Nous luttmes
ensemble, et, aprs avoir puis nos sept femmes, nous tre fait mettre les
fesses en sang, Zatta voulut se venger sur nos fouetteuses. Nous les
dchirmes impitoyablement ; elles eurent beau crier, nous fmes inflexibles,
et nous ne leur fmes grce que quand des flots de foutre eurent apais nos
fureurs. L'infatigable coquine, plus irrite que calme par cette srie de
luxures, voulut encore passer la nuit avec moi, et se livra  mille dbauches
d'imagination, toutes plus extraordinaires les unes que les autres. Ce que
cette libertine faisait le mieux, sans doute, c'tait de gamahucher le trou du
cul : elle avait l'art d'allonger et de durcir sa langue  tel point que le
doigt le plus long et le plus agile n'et pas procur de plus douces
sensations.
     Le besoin que nous avions eu de femmes, ce jour-l, engagea la Durand 
consentir enfin  ce que je lui proposais depuis longtemps : nous augmentmes
notre tablissement de quatre cratures charmantes, et nous en retlnmef,,
au-dehors, plus de cinq cents, pour les avoir  nos ordres quand nous les
voulions.
     Je n'ai pas besoin de vous dire  quels excs de turpitude nous avons vu
des hommes et des femmes se livrer dans notre maison. Quelque savante que je
fume, j'appris encore, et j'avoue que je n'aurais jamais cru que l'imagination
humaine pt s'lever  cet incroyable degr de corruption et de perversit.
     Ce que j'ai vu faire l est inimaginable ; on ne croira jamais que le
libertinage puisse entraner l'homme dans un tel gouffre d'horreurs et
d'infamies : oh ! comme il est dangereux quand il bande ! Non, je puis le dire
avec vrit, la bte la plus froce et la plus sauvage n'atteignit jamais ces
monstruosits. Le grand crdit dont nous jouissions, le silence, l'ordre, la
subordination qui rgnaient dans cet asile, l'extrme facilit que l'on y
trouvait  la satisfaction de toutes les dbauches, de quelque nature qu'elles
pussent tre... tout encourageait l'homme timide, tout enthousiasmait l'homme
entreprenant, et les passions, sous quelques formes qu'elles se prsentassent,
quel que ft le genre des mes o elles s'veillassent, taient toujours sres
de s'alimenter, de se nourrir et de se satisfaire.
     C'est l, mes amis, je le rpte, oui, c'est l qu'il faut suivre l'homme
pour le bien connatre ; c'est dans le sein de la lubricit que son caractre,
absolument  nu, fournit  la fois toutes les teintes ncessaires au
philosophe qui veut les saisir, et c'est aprs l'avoir vu l qu'on peut
deviner  coup sr le rsultat des jets de son excrable cur et de ses
effrayantes passions.
     A l'gard des meurtres produits par la luxure, nous nous rendions trs
difficiles sur l'acquiescement  cette sorte de fantaisie : cependant on nous
en demandait si souvent la permission, et l'on nous la payait si cher, qu'il
nous devint impossible de ne pas tablir un tarif pour cette trop ordinaire
manie des hommes sanguinaires. Pour mille sequins, il devint permis, dans
notre maison, de faire prir, de telle manire que l'on voudrait, soit un
jeune garon, soit une jeune fille.
     Mais pour jouir de toutes ces extravagances et pour nous en chauffer la
tte, Durand et moi, nous avions mnag des niches secrtes, d'o nous
pouvions, sans tre vues, distinguer  merveille tout ce qui se passait dans
les boudoirs que nous donnions  nos libertins, et c'est l o nous avons
fait, l'une et l'autre, un cours complet de tous les plus bizarres
raffinements. Ds que les personnes qui dsiraient des objets de libertinage
nous paraissaient mriter la peine d'tre observes, nous nous rendions au
poste, et l, nous faisant foutre, ou nous faisant branler, nous nous
chauffions  loisir des dtails lascifs que les plus excessives dbauches
offraient  nos regards. Avec ma figure et mon ge, il m'arrivait souvent
d'tre plutt dsire qu'une des cratures de notre maison. Si la partie me
convenait, je me prostituais  l'instant. La bizarrerie des caprices de la
Durand, son got dcid pour le crime, ses charmes, quoique sur leur dclin,
la faisaient souvent dsirer de mme. Parfois aussi, l'on nous runissait, ou
l'on nous mlait avec d'autres filles, et Dieu sait alors quelles orgies !
     Un homme, d'une des familles les plus distingues de Venise, se prsente
un jour chez nous. Le libertin dont il s'agit se nommait Cornaro.
     - Il faut, me dit-il, que je t'avoue la passion dont je suis dvor.
     - Ordonnez, monsieur, ordonnez ; on ne refuse rien dans cette maison.
     - Eh bien ! ma chre, il faut que j'encule un petit garon de sept ans,
dans les bras de sa mre et de sa tante, et que ces deux femmes aiguisent
elles-mmes les fers, dont un homme que j'amnerai se servira pour trpaner
l'enfant pendant que je le sodomiserai. L'opration faite, il faut que
j'encule la mre sur le corps de son fils, dont cet homme, toujours en se
servant des fers aiguiss par la mre et la tante, coupera les fesses, que je
mangerai sur le gril, avec les deux femmes et toi, en ne buvant que de
l'eau-de-vie.
     - Oh ! monsieur, quelle horreur !
     - Oui, c'en est une, je le sais ; mais je ne bande qu'aux horreurs, ma
chre : plus elles sont fortes, plus elles m'excitent, et je ne me plains
jamais que de l'impossibilit o je suis de ne pouvoir les redoubler.
     Mon homme fut bientt servi. Son chirurgien parut, et, ayant pris avec
lui deux vigoureux fouteurs, il s'enferma dans un cabinet, en m'ordonnant de
me retirer jusqu' ce qu'il et besoin de moi ; je le fis, mais en allant me
cacher dans une des pices pratiques, comme je vous l'ai dit, pour examiner
tous les individus de la jouissance desquels j'attendais quelque plaisir. Il
se livra, et je ne puis vous rendre le plaisir que j'en prouvai.
     Au bout de deux heures il me rappela ; j'entrai. L'enfant tait dans les
bras de sa mre, il pleurait ; celle-ci le couvrait de ses larmes et de ses
baisers... Le chirurgien, les fouteurs buvaient, et la jeune tante partageait
les larmes de sa sur.
     - Foutre ! dit le Vnitien, contemplons ceci ! Oh ! que cette scne est
sublime !
     Puis, au bout d'un moment d'observation :
     - Comment ! dit-il, putain, tu pleures ? Tu pleures parce que je vais
tuer ton fils ? Et quel intrt peux-tu prendre  ce marmouset, ds qu'il est
sorti de ton ventre ? Allons, oprons, Juliette, oprons ; fouts en cul sous
mes yeux, pendant que j'agirai ; prends l'un de ces gaillards-l, je garderai
l'autre : je ne puis rien faire sans un vit dans le cul.
     J'obis au caprice de ce libertin qui, saisissant l'enfant d'un bras
nerveux, le campe sur le dos de sa mre, l'enfile pendant qu'on le fout, et
que la jeune tante,  genoux, aiguise l'instrument ncessaire  l'opration,
sous l'inspection du chirurgien qui la fouette pendant ce temps-l. J'tais
place de manire  ne rien perdre : quoique mon cul, vigoureusement perfor,
se trouvt positivement sous le nez de Cornaro, il avait ordonn que, de temps
en temps, mon fouteur dcult pour lui faire sucer son vit, qu'il devait,
aussitt aprs, engloutir dans mon cul ; tout se passait comme il le dsirait,
lorsque, sentant son foutre prt  lui chapper, il fait signe au chirurgien.
Celui-ci saisit l'arme des mains de la tante, et dans moins de temps que je
n'en mets  vous le dire, il fend les trois ttes, en fait jaillir les
cervelles, et notre Vnitien dcharge, en beuglant comme un ne, au fond de
l'une de ces masses dont il vient d'arracher l'existence. Il dcule, et les
trois malheureux individus, qui respirent encore, roulent au milieu de la
chambre, en jetant les hauts cris. Les tigres commettraient-ils des atrocits
de ce genre ?
     - Oh ! foutre, me dit Cornaro, je n'eus jamais tant de plaisir ; achevons
ces victimes, dit-il en leur lanant  chacune un coup de massue sur la tte ;
oui, foutre, achevons-les, et mangeons leurs fesses sur le gril.
     - Sclrat ! dis-je  ce barbare, ne te repens-tu donc point des horreurs
que tu viens de commettre ?
     - Oh ! Juliette, quand on est o j'en suis, les seuls remords que l'on
connaisse sont ceux de la vertu.
     Ivre de volupt, je tenais ce divin sclrat sur mon sein ; je le
branlais, je tchais de rendre  son physique, par des sensations dlicieuses,
toute l'nergie que l'jaculation qu'il avait faite venait de lui faire
perdre. Il bandaillait, mordillait ma gorge et suait ma bouche. Je lui disais
des horreurs ; je mlais, aux titillations matrielles, tout l'embrasement de
la plus lascive conversation. Quand je l'entendis demander mon cul, je crus
mon triomphe certain ; il s'agenouilla devant mes fesses, il les mania, les
pressura, en gamahuchant le trou un quart d'heure : mais il ne bandait pas
encore.
     - Une dcharge m'nerve pour huit jours, me dit-il ; le temps norme que
je suis  m'exciter, l'abondante quantit de liqueur que je perds, tout
m'puise. Soupons ; mes forces se rpareront au milieu des luxures dont nous
allons entremler le repas que nous ferons, et peut-tre, au sein de
l'ivresse, consommerons-nous de nouveaux crimes. Fais-toi foutre, en
attendant, devant moi, car le libertinage tincelle dans tes yeux, et je
conois tout le besoin que tu as d'une dcharge.
     - Non, rpondis-je, puisque tu attends, j'attendrai de mme ; c'est toi
seul qui m'excites, et non d'autres : c'est ton sperme que je veux voir couler
et qui peut seul faire jaculer le mien.
     - Eh bien ! dit Cornaro, rendons, en ce cas, notre souper le plus impur
possible, transformons-le en d'affreuses orgies. Je n'ai pas besoin de te
recommander ce qu'il y faut : tu connais mes gots, maintenant, et tu ne me
laisseras rien  dsirer.
     Vtue en bacchante, la Durand, ds que tout fut prt, vint avertir que le
souper tait servi. Nous nous transportmes dans une fort grande salle, au
milieu de laquelle tait une table de quatre couverts qui devaient tre
remplis par Cornaro, la Durand, une femme de cinquante ans nomme Laurentia,
connue pour la crature la plus dborde, la plus corrompue, la plus lascive
et la plus spirituelle qu'il y et dans toute l'Italie : j'tais la quatrime
convive. Laurentia, dcide comme nous  manger de la chair humaine, la vit
servir sans effroi et dvora sans rpugnance.
     Rien n'tait dlicat comme le souper qui accompagna ces mets
sanguinaires. Huit services de tout ce qu'il est possible d'imaginer de plus
rare et de plus exquis le prcdrent et le suivirent ; mais, ainsi que cela
tait convenu, on ne but absolument que de l'eau-de-vie de la plus grande
vieillesse. Huit filles de quatorze ans, de la plus dlicieuse figure, ayant
dans leur bouche l'eau-de-vie que l'on devait boire, venaient au moindre signe
la lancer de leurs lvres de rose dans le gosier enflamm des convives. Huit
bardaches de quinze ans se tenaient respectueusement, deux par deux, appuys
sur le dos de la chaise de chacun des convives, afin d'excuter, au moindre
signe, les ordres qui pourraient leur tre donns. Aux quatre angles de la
table, en face de chaque acteur, tait un groupe compos de deux vieilles
femmes, deux ngresses, deux vigoureux fouteurs, deux bardaches, deux jeunes
filles de dix-huit ans et de deux enfante de sept. D'un seul geste on ait
approcher ce groupe de soi et se satisfaire avec les sujets qui le
composaient. Au del du gradin, s'levaient quatre thtres, sur chacun
desquels deux ngres dchiraient  coups de fouet une belle fille de seize 
dix-sept ans, qui disparaissait par des trappes, et une autre reparaissait ds
que la premire tait engloutie ; de droite et de gauche de chacun de ces
fustigateurs, et sur le mme thtre, taient d'autres ngres enculant des
gitons multres, de l'ge de douze ou treize ans. Quatre filles de quinze ans,
places sous la table, suaient le vit de Cornaro et nos cons. Un faisceau
norme de lumire partant du plafond rpandait dans cette salle une flamme
aussi pure que celle du soleil, et avait cela de particulier que les rayons de
ce feu ardent, adroitement dirigs sur une infinit d'enfants placs dans le
balcon du cintre, les brlaient au point de leur faire jeter les hauts cris.
Ce phnomne fut celui qui frappa le plus Cornaro, celui qui l'amusa davantage
et qui nous valut le plus d'loges. Notre homme enthousiasm, aprs avoir
promen ses regards sur tous les objets dignes de le fixer, s'assit, en
protestant n'avoir jamais rien vu de si lubrique.
     - Quelle est cette femme ? demanda-t-il en voyant LAurentia.
     - Une roue comme toi, dit Durand, une garce en tat de te surpasser en
infamie, et dont on branle  prsent le con comme on suce ton vit.
     - Voil qui va fort bien, dit Cornaro, mais il me semble qu'avant de se
mettre  table avec moi, cette femme et la Durand auraient d me faire voir
leurs fesses.
     - Cela est juste, rpondirent-elles toutes deux en se levant, pour aller
poser leurs culs prs du visage de Cornaro.
     Le libertin les examine, les baise, et les observant avec attention :
     - Voil, dit-il, des culs o le libertinage empreignit plus d'une fois
son cachet ; j'en aime la dgradation ; elle est l'ouvrage du temps et de la
lubricit ; ces fltrissures me dlectent. Oh ! combien la nature corrompue
est belle dans ses dtails, et combien les pavots de la vieillesse
l'emportent,  mon avis, sur les roses de l'enfance ! Baisez-moi, culs divins
! Parfumez-moi de vos zphyrs, et retournez ensuite  vos places pour vous
prostituer de concert... Que sont ces femmes ? dit ensuite Cornaro en jetant
les yeux sur les complaignantes entourant la table.
     - Ce sont, rpondis-je, des victimes condamnes  la mort et qui,
connaissant ton autorit dans ces lieux, viennent  tes genoux implorer leur
grce.
     - Elles ne l'auront assurment pas, dit le barbare en jetant sur elles un
coup d'il froce : j'ai souvent fait mourir beaucoup de gens, mais je n'ai
jamais accord nulle grce.
     De ce moment, on se mit  manger, et tout ce qui devait se mouvoir se mit
en action.
     Cornaro, que l'on suait sans cesse, bandait dj fort dur ; il dit qu'il
fallait que chacune des victimes vnt recevoir un supplice de lui. Ces
charmantes cratures se lvent l'une aprs l'autre, commencent par prsenter
leur cul au paillard, et se prtent ensuite avec humilit  ce qu'il lui plat
de leur imposer. Soufflets, pinons, pilations, morsures, nasardes, brlures,
chiquenaudes, claques sur le cul, compression de seins, gratignures, tout est
employ, et sitt qu'elles ont reu ce qui leur est destin, elles vont
reprendre  genoux les mmes places qu'elles occupaient avant. Ces
prliminaires accomplis, Cornaro se courbe sur mon sein, en me faisant
empoigner un vit, de l'tat duquel je commenais  tre fort contente.
     - Ces garces-l m'ont fait bander, me dit-il  l'oreille, je ne serais
pas tonn de devenir fort mchant tout  l'heure.
     - Les moyens de le devenir sont l, mon ami, rpondis-je ; nous
n'attendons que les mouvements de ton cur et les instigations de ton esprit ;
parle, et la plus entire soumission va te prouver notre dvouement.
     Ici, Cornaro, assez violemment, passa ses deux mains sous mes fesses, me
souleva sur lui, et montrant mon cul  l'un des fouteurs :
     - Venez, dit-il, la sodomiser dans mes bras.
     On m'encule ; il me suce la bouche ; une des jeunes servantes s'empare de
son vit, une autre lui moleste le cul.
     - Va-t-en, Juliette, me dit-il ; toi, Laurentia, viens la remplacer...
     Mme crmonie : on encule la vieille ; Cornaro suce, d'intervalle en
intervalle, le vit qui la fout. Durand passe aprs ; mmes pisodes. Toutes
les femmes prouvent le mme sort, toutes sont encules par un fouteur nouveau
qui, de mme, au bout d'un instant, vient faire sucer  ce libertin les
souillures acquises dans cette jouissance. Les branleuses changent comme les
vieilles, et, par mes soins, les plus jeunes et les plus jolies filles vont
manier le vit du paillard et prter leurs fesses  ses claques.
     - Mangeons, dit-il  la fin, en voil suffisamment pour une premire
scne : nous raffinerons tout cela dans quelques instants. Juliette, me dit
Cornaro, crois-tu qu'il' puisse exister au monde une plus divine passion que
celle de la luxure ?
     - Aucune, sans doute ; mais il faut la porter  l'excs : celui qui
s'impose des freins en libertinage est un imbcile qui ne connatra jamais le
plaisir.
     - Le libertinage, dit la Durand, est un garement des sens qui suppose le
brisement total de tous les freins, le plus souverain mpris pour tous les
prjugs, le renversement total de tout culte, la plus profonde horreur pour
toute espce de morale ; et tout libertin qui n'en sera pas  ce degr de
philosophie, flottant sans cesse entre l'imptuosit de ses dsirs et ses
remords, ne pourra jamais tre parfaitement heureux.
     - Je crois, dit Laurentia, qu'il n'y a rien  reprocher  monsieur sur
les faits que l'on vient d'allguer, et je lui crois assez d'esprit pour tre
au-dessus de tous les prjugs.
     - Il est bien certain, dit Cornaro, que je n'admets absolument rien de
respectable parmi les hommes, et cela par la grande raison que tout ce que les
hommes ont fait n'est absolument chez eux que l'ouvrage de l'intrt et des
prjugs. Y a-t-il un seul homme au monde qui puisse lgitimement assurer
qu'il en sait plus que moi ? Quand une fois on ne croit plus  la religion, et
par consquent aux imbciles confidences d'un Dieu avec les hommes, tout ce
qui vient de ces mmes hommes doit tre soumis  l'examen, et livr
sur-le-champ au plus vil mpris, si la nature m'inspire de fouler aux pieds
ces mensonges. Ds qu'il sera donc prouv qu'en religion, en morale et en
politique, nul homme ne peut en avoir appris plus que moi, je puis, de ce
moment, tre aussi savant que lui, et rien de ce qu'il m'annonce, ds lors, ne
peut plus tre respect de moi. Aucun tre n'a le droit despotique de me
soumettre  ce qu'il a dit ou pens ; et  quelque point que j'enfreigne ces
rveries humaines, il n'est aucun individu sur la terre qui puisse acqurir le
droit de m'en blmer ou de m'en punir. Dans quel gouffre d'erreurs ou
d'imbcillits nous plongerions-nous, si tous les hommes suivaient aveuglment
ce qu'il a plu  d'autres hommes d'tablir ? Et par quelle incroyable
injustice nommerez-vous moral ce qui vient de vous, immoral ce qui vient de
moi ? A qui nous en rapporterons-nous, pour savoir de quel ct se trouve la
raison ?
     Mais, objecte-t-on, il y a des choses si visiblement infmes qu'il est
impossible de douter de leur danger ou de leur horreur. Pour moi, j'avoue
sincrement que je ne connais aucune action de ce genre... aucune qui,
conseille par la nature, n'ait fait autrefois la base de quelques coutumes
anciennes ; aucune enfin qui, n'tant assaisonne de quelques attraits, ne
devienne, par cela seul, lgitime et bonne. D'o je conclus qu'il n'en est pas
une seule  laquelle on doive rsister, pas une qui ne soit utile, pas une
enfin qui n'ait eu pour elle la sanction de quelques peuples.
     Mais, vous dit-on imbcilement encore, puisque vous tes n dans ce
climat-ci, vous devez en respecter les usages. Pas un mot : il est absurde 
vous de vouloir me persuader que je doive souffrir des torts de ma naissance ;
je suis tel que la nature m'a form ; et s'il existe une contrarit entre mes
penchants et les lois de mon pays, ce tort, appartenant uniquement  la
nature, ne doit jamais m'tre imput...
     Mais, ajoute-t-on encore, nous nuirez  la socit, si l'on ne vous en
soustrait. Platitudes que cela ! Abandonnez vos stupides freins, et donnez
galement  tous les tres le droit de se venger du tort qu'ils reurent :
vous n'aurez plus besoin du code, vous n'aurez plus besoin du sot calcul de
ces pdants boursoufls, plaisamment nomms criminalistes, qui, pesant
lourdement, dans la balance de leur ineptie, des actions incomprises de leur
sombre gnie, ne veulent pas sentir que quand la nature a des roses pour nous,
elle ne peut ncessairement avoir que des chardons pour eux.
     Abandonnez l'homme  la nature, elle le conduira beaucoup mieux que vos
lois. Dtruisez surtout ces vastes cits, o l'entassement des vices vous
contraint  des lois rpressives. Quelle ncessit y a-t-il que l'homme vive
en socit ? Rendez-le au sein des agrestes forts qui le virent natre, et
laissez-lui faire l tout ce qui pourra lui plaire : ses crimes alors, aussi
isols que lui, n'auront plus nul inconvnient, et vos freins deviendront
inutiles. L'homme sauvage ne connat que deux besoins : celui de foutre, et
celui de manger ; tous deux lui viennent de la nature . rien de ce qu'il fera,
pour parvenir  l'un ou l'autre de ces besoins, ne saurait tre criminel. Tout
ce qui fait natre en lui des passions diffrentes n'est d qu' la
civilisation et la socit. Or, ds que ces nouveaux dlits ne sont le fruit
que des circonstances, qu'ils deviennent inhrents  la manire d'tre de
l'homme social de quel droit, je vous prie, les lui reprocherez-vous ?
     Voil donc les deux seules espces de dlits auxquels l'homme peut tre
sujet : 1 Ceux que l'tat de sauvage lui impose : or, n'y aura-t-il pas de la
folie,  vous, de le punir de ceux-l ? 2 Ceux que sa runion aux autres
hommes lui inspire : ne serait-il pas plus extravagant encore de svir contre
ceux-l ? Que vous reste-t-il donc  faire, hommes ignorants et stupides,
lorsque vous voyez commettre des crimes ? Vous devez admirer et vous taire ;
admirer... trs certainement, car rien n'est intressant, rien n'est beau
comme l'homme que ses passions entranent ; vous taire... bien plus srement
encore, car ce que vous voyez est l'ouvrage de la nature, qui ne doit vous
inspirer pour elle que du respect et du silence.
     A l'gard de ce qui me regarde, je conviens avec vous, mes amies, qu'il
n'existe pas au monde un homme plus immoral que moi ; il n'est pas un seul
frein que je n'aie bris, pas un principe dont je ne me sois affranchi, pas
une vertu que je n'aie outrage, pas un seul crime que je n'aie commis ; et,
je dois l'avouer, ce n'est jamais qu'au bouleversement constat de toutes les
conventions sociales, de toutes les lois humaines, que j'ai vraiment senti la
luxure palpiter dans mon cur et l'embraser de ses feux divins. Je bande 
toutes les actions criminelles ou froces ; je banderais  assassiner sur les
grands chemins ; je banderais  exercer le mtier de bourreau. Eh ! pourquoi
donc se refuser ces actions, ds qu'elles apportent  nos sens un trouble
aussi voluptueux ?
     - Ah ! dit Laurentia... assassiner sur les grands chemins !
     - Assurment. C'est une violence : toute violence agite les sens ; toute
motion ' dans le genre nerveux, dirige par l'imagination, rveille
essentiellement la volupt. Si donc je bande  aller assassiner un homme sur
le grand chemin, cette action ayant le mme principe que celle qui me fait
dboutonner ma culotte ou trousser une jupe, doit tre excuse comme elle, et
je la commettrai ds lors avec la mme indiffrence, mais cependant avec plus
de plaisir, parce qu'elle a quelque chose de plus irritant.
     - Comment, dit ma compagne, jamais l'ide d'un Dieu n'arrta tes carts ?
     - Ah ! ne me parle pas de cette indigne chimre ! Je n'avais pas douze
ans qu'elle tait dj l'objet de ma drision. Je ne concevrai jamais que des
hommes senss pussent s'arrter un moment  cette fable dgotante que le cur
abjure, que la raison dsavoue, et qui ne peut trouver de partisans que parmi
des sots, des fripons ou des fourbes. S'il tait vrai qu'il y et un Dieu,
matre et crateur de l'univers, ce serait, incontestablement, d'aprs les
notions reues par ses sectateurs, l'tre le plus bizarre, le plus cruel, le
plus mchant et le plus sanguinaire ; et, de ce moment, nous n'aurions pas en
nous assez d'nergie, assez de puissance pour le har, pour l'excrer, pour
l'avilir et le profaner au point o il mriterait de l'tre. Le plus grand
service que pourraient rendre des lgislateurs serait une loi svre contre la
thocratie. On n'imagine pas  quel point il est important de culbuter les
funestes autels de cet horrible Dieu : tant que pourront renatre ces fatales
ides, il n'y aura pour les hommes ni repos, ni tranquillit sur la terre, et
le flambeau des guerres religieuses sera toujours suspendu sur nos ttes. Un
gouvernement qui permet tous les cultes n'a pas absolument rempli le but
philosophique auquel tous doivent tendre : il doit aller plus loin, il doit
expulser de son sein tous ceux qui peuvent troubler son action. Or, je vous
dmontrerai, quand vous voudrez, que jamais un gouvernement ne sera vigoureux
ni stable, tant qu'il admettra chez lui le culte d'un tre suprme,
c'est--dire la bote de Pandore, l'arme acre et destructive de tout
gouvernement, le systme effrayant en vertu duquel les hommes se croient
journellement en droit de s'gorger entre eux. Qu'il prisse mille et mille
fois, celui qui s'avisera de parler d'un Dieu dans un gouvernement quelconque
! Le fourbe,  ce nom sacr et rvr des sots, n'a d'autre objet que
d'branler les bases de l'tat ; il veut y former une caste indpendante,
toujours ennemie du bonheur et de l'galit ; il veut matriser ses
compatriotes, il veut allumer les feux de la discorde, et finir par enchaner
le peuple, dont il sait bien qu'il fera toujours ce qu'il voudra, en
l'aveuglant par la superstition, et l'empoisonnant par le fanatisme.
     - Mais, dit la Durand dans la seule vue de faire jaser notre homme, la
religion est la base de la morale ; et la morale, quelles que soient les
entorses que tu viennes de lui donner, n'en est pas moins trs essentielle
dans un gouvernement.
     - De quelque nature que vous supposiez ce gouvernement, reprit Cornaro,
je vous prouverai que la morale y est inutile. Et qu'entendez-vous, en effet,
par morale ? N'est-ce pas la pratique de toutes les vertus sociales ? Or,
qu'importe, je vous prie, le respect de toutes les vertus, aux ressorts du
gouvernement ? Craignez-vous que le vice, contraire  ces vertus, puisse
entraver ses ressorts ? Jamais. Il est mme bien plus important que l'action
du gouvernement agisse sur des tres corrompus que sur des tres moraux.
Ceux-ci raisonnent, et jamais vous n'aurez de gouvernement solide, partout o
l'homme raisonnera ; car le gouvernement est le frein de l'homme, et l'homme
d'esprit ne veut aucun frein. Voil d'o vient que les plus adroits
lgislateurs dsiraient ensevelir dans l'ignorance les hommes qu'ils voulaient
rgir ; ils sentaient que leurs chanes assujettissaient bien plus constamment
l'imbcile que l'homme de gnie. Dans un gouvernement libre, allez-vous me
rpondre, ce dsir ne peut tre celui du lgislateur. Et quel est, selon vous,
le gouvernement libre ? En existe-t-il un seul sur la terre ? Je dis plus, en
peut-il exister un seul ? L'homme n'est-il pas partout l'esclave des lois, et,
de ce moment, ne le voil-t-il pas enchan ? Ds qu'il l'est, son oppresseur,
quel qu'il soit, ne doit-il pas dsirer qu'il se maintienne toujours dans
l'tat o il peut tre le plus facilement captiv ? Or, cet tat n'est-il pas
visiblement celui de l'immoralit ? L'espce d'ivresse dans laquelle vgte
perptuellement l'homme immoral et corrompu, n'est-il pas l'tat o son
lgislateur le fixe avec le plus de facilit ? Pourquoi donc lui donnerait-il
des vertus ? Ce n'est jamais que quand l'homme s'pure qu'il secoue ses
freins... qu'il examine son gouvernement, et qu'il en change. Pour l'intrt
de ce gouvernement, fixez-le par l'immoralit, et il vous sera toujours
soumis. Je vous le demande, d'ailleurs, les choses vues en grand, de quelle
consquence sont les vices entre les hommes ? Qu'importe  l'tat que Pierre
vole Jean, ou qu' son tour celui-ci assassine Pierre ? Il est parfaitement
absurde d'imaginer que ces diffrents dlits rciproques puissent tre de la
plus lgre importance  l'tat. Mais il faut des lois qui captivent le
crime... A quoi bon ? Quelle ncessit y a-t-il de captiver le crime ? Le
crime est ncessaire aux lois de la nature, il est le contrepoids de la vertu
: il convient bien aux hommes de vouloir le rprimer ! L'homme des forts
avait-il des lois qui continssent ses passions, et n'existait-il pas aussi
heureux que vous ? Ne craignez pas que la force soit jamais entame par la
faiblesse ; si celle-ci souffre, c'est une des lois de la nature : il ne vous
appartient pas de vous y opposer.
     - Voil, dis-je, un systme qui ouvre la porte  toutes les horreurs.
     - Mais elles sont ncessaires, les horreurs : la nature ne nous en
convainc-t-elle pas, en faisant natre les poisons les plus dangereux au pied
mme des plantes les plus salutaires ? Pourquoi blmez-vous le crime ? Ce
n'est point parce que vous le croyez mal en lui-mme, c'est parce qu'il vous
nuit : croyez-vous que celui qu'il sert s'avise de le blmer ? Eh ! non, non.
Si donc le crime fait sur la terre autant d'heureux que de malheureux, la loi
qui le rprimera sera-t-elle juste ? Le caractre d'une bonne loi doit tre de
rendre tout le monde heureux : celle que vous aurez promulgue contre le crime
n'aura pas ce grand but ; elle n'aura satisfait que la victime du dlit, et
sans doute elle aura dplu souverainement  l'agent. Le grand malheur des
hommes est de ne jamais, en lgislation, regarder qu'une portion de
l'humanit, sans faire la moindre attention  l'autre ; et voil d'o viennent
tant de bvues.
     Nous en tions l, lorsqu'on vint annoncer qu'une femme, plonge dans la
plus extrme misre, sollicitait, avec la plus vive instance, l'honneur
d'entretenir un instant Cornaro.
     - Faites entrer, dis-je, sans donner le temps au Vnitien de rpondre.
     Aussitt, les femmes qui entouraient la table  genoux se levrent pour
faire place  cette nouvelle scne, et furent prendre place sur les gradins o
les cinquante sultanes prsentaient leurs fesses.
     On vit aussitt paratre, avec modestie, une femme grosse, ge de trente
ans, belle comme Vnus, suivie de deux petite garons lui appartenant, dont un
de quatorze ans, l'autre de treize, et deux filles dont elle tait galement
la mre, l'une de quinze ans, l'autre de douze.
     - Oh, monsieur ! s'cria-t-elle, en tombant avec sa famille aux genoux de
Cornaro, absolument la dupe de la scne que je faisais jouer pour
l'mouvoir... oh ! monsieur... monsieur ! c'est votre piti que j'implore ; au
nom du ciel, laissez-vous attendrir sur le sort d'une mre abandonne de son
poux, et dont vous voyez les malheureux enfants vous demander du pain. Depuis
deux ans, nous manquons de tout ; sans travail, sans ressource, nous sommes
prts  nous plonger tous cinq dans l'abme ternel de la mort, si la duret
des hommes persiste  nous enlever tous les moyens de prolonger nos jours...
Oh ! mon cher monsieur, ne voyez pas, sans vous attendrir, l'excs de la
misre  vos genoux : Soulagez-nous, ou nous allons prir.
     Je l'ai dit, rien n'tait joli comme cette femme ; son costume nglig,
sa grossesse, des grces infinies rpandues sur toute sa personne, des enfants
d'une physionomie enchanteresse, d'intressants pleurs inondant les joues de
cette jolie famille, tout enflamma si bien la criminelle luxure de notre
libertin que je crus un instant qu'il allait dcharger sans qu'on le toucht ;
mais il s'en garda bien : c'est pour des scnes bien plus piquantes que le
sclrat se rserve ; et c'est pour les excuter qu'il passe avec moi dans un
cabinet, o l'on venait de faire entrer les nouvelles victimes que je viens de
peindre.
     C'est l que la frocit de cet anthropophage se dveloppe dans toute son
tendue. Il n'est plus  lui ; le dcousu de ses propos annonce son nouveau
dsordre ; il ne balbutie plus que des paroles sales et sans suite, que
d'affreux mots ou des blasphmes. Je continuerai de vous le peindre dans cet
garement : tous les traita sont essentiels,  l'artiste qui dveloppe aux
hommes les monstruosits de la nature.
     - Eh bien, garce ! dit-il en entrant, je viens t'apporter des secours ;
tu es grosse, je viens te faire pendre. Allons, nue... et des fesses,
surtout... Juliette, je bande, je bande beaucoup... Frotte mes couilles avec
de l'esprit-de-vin... Mais dshabille donc ces garces... hte donc leur
toilette !...
     Et, en disant ces mots, il lance un si furieux coup de poing dans le
visage de la mre qu'il lui poche un il, lui casse une dent, la jette  vingt
pas de lui ; et le bourreau, tout en agissant, touche mon cul d'une manire si
brutale que, dans la crainte qu'il ne s'en prenne  moi, je me hte d'enlever
les haillons qui couvrent l'infortune, dj sur le sol que vont bientt
arroser et son sang et ses larmes. Cette attitude, en me forant d'tre
courbe, prsente entirement mes fesses au paillard ; il s'en saisit et
m'encule.
     - Dshabille-la donc ! s'crie-t-il, arrache, dchire, trangle si elle
rsiste ! Ne sens-tu pas comme je bande ?
     Et, ici, Cornaro exige que cette infortune vienne me supplier,  genoux,
de la dshabiller ; il lui crache au nez pendant qu'elle le fait. Ds que la
pauvre femme est dans l'tat qu'il dsire, il sort de mon cul, la relve,
dpouille lui-mme, en un clin d'il, les deux garons et les deux petites
filles, accable ces quatre culs des plus brutales et des plus dgotantes
caresses ; puis, m'ordonnant de lui brler les fesses avec une bougie :
     - Allons, foutre ! dit-il en fureur, au bout d'un instant, donne-moi donc
des verges...
     Ds qu'il en est arm, il tend la mre sur le dos, de manire  ce que
son gros ventre se trouve absolument prsent ; il tablit ensuite, sur le
ventre, les quatre enfants par chelons, ce qui lui donne  flageller de suite
un ventre et quatre culs. D'abord il baise, il patine tout cela ; il s'extasie
 la vue de tant de charmes, s'tonne que la misre et le dnuement de ces
malheureuses cratures ne leur aient rien enlev de leur fracheur et de leur
embonpoint. Puis, passant de la surprise  la sclratesse, il flagelle  la
fois, en remontant avec la rapidit de la foudre, et le ventre le plus dur, le
plus blanc, et les huit fesses les plus apptissantes. Je le branlais pendant
l'opration, j'entretenais son nergie par les dtails les plus atroces et les
plus sanguinaires. De temps en temps, quand il se reposait, quand il
s'extasiait  la vue des plaies ouvertes par sa barbarie, il me mettait le vit
dans le cul, se retirait au bout de trois ou quatre saccades, et reprenait ses
funestes fustigations. Las de ce premier plaisir, il se mit  comprimer le
ventre de la jeune mre,  le ptrir,  le battre,  l'accabler de coups de
poing ; et, pendant ce temps, il dvorait de baisers les fesses sanglantes des
quatre enfants.
     Les attitudes changent : il couche la mre au milieu du lit, sur le dos,
tablit entre ses jambes, tour  tour, chacun de ses enfants, et les encule,
en accablant le ventre de la mre des plus sensibles outrages.
     - Mon ami, dis-je, je lis dans tes yeux que ton foutre va te trahir ; tu
ne tiens pas,  tout le piquant de cette scne ; tes forces se perdront, et tu
ne pourras plus ni consommer ton crime, ni jouir des nouveaux pisodes qui
doivent en prcder l'accomplissement.
     - Et que me prpares-tu donc encore ? dit le Vnitien, ivre de lubricit.
     - Viens, dis-je, laisse un moment reposer ces cratures, tu les
reprendras dans une minute.
     Je l'entrane dans une salle o Durand venait de prparer, avec
Laurentia, la nouvelle scne que vous allez voir.
     Cette salle reprsentait un de ces temples o se clbraient autrefois
les Saturnales,  Rome. Neuf tableaux lubriques s'offrirent au Vnitien.
     Le premier reprsentait un bel homme, bandant prs du cul d'un petit
garon, qu'un autre giton caressait.
     Au second, se voyait une femme de quarante ans, branlant une jeune fille
de quinze ans, elle-mme branle par une fille de dix-huit.
     Au troisime, un vigoureux athlte enculant une belle ngresse, et
lchant le con d'une jolie blanche.
     Au quatrime, une mre fouettant sa fille, et fouette elle-mme par un
homme.
     Le cinquime offrait un homme enculant un veau et sodomis par un chien.
     Le sixime, un homme fouettant  tour de bras sa propre fille, attache
le long d'une chelle ; on l'trillait pendant ce temps-l lui-mme.
     Le septime, un groupe de dix jeunes filles se gamahuchant toutes les dix.
     Le huitime, un groupe de dix hommes s'enculant tous mutuellement, et
dans des attitudes assez bizarres pour ne composer qu'une masse ronde.
     On voyait au neuvime, enfin, des hommes enculant des filles tares,
pendant qu'ils gamahuchaient des vieilles de soixante ans, et que des petits
garons leur mordaient les fesses.
     Au milieu de tout cela, deux matrones semblaient offrir  Cornaro six
jeunes filles de deux ou trois ans, toutes nues, et belles comme des petits
Amours ; elles taient couronnes de fleurs. Tout agissait ; tout bandait ;
tout se prtait. On n'entendait que des cris ou de plaisir ou de douleur, et
le murmure dlicieux des cinglons de verges. Tout tait nu ; tout prsentait
la lubricit sous ses faces les plus scandaleuses. Des flots abondants de
lumire, produits par des lampes nourries d'huile de jasmin, dont le parfum
flattait autant l'odorat que les rayons enchantaient les yeux, achevaient de
rendre ce temple l'un des asiles les plus dlicieux que la luxure et encore
vus s'riger pour elle.
     Notre homme parcourt les diffrents tableaux offerts  sa luxure. Deux
fouteurs et deux fouetteuses le suivent, afin d'irriter son cul, tour  tour,
de toutes les diffrentes manires possibles[4]. Ici, le paillard presse des
ttons ; de ce ct, il gratigne un con ; par l, de vigoureux coups de poing
ensanglantent les plus jolies figures. C'est le tigre en fureur au milieu d'un
troupeau de brebis.
     - Allons, dit-il, finissons : je n'y puis plus tenir ; mais je veux
oprer devant du monde ; je veux joindre le plaisir du scandale aux horreurs
qui dcideront  la fin mon sperme. Donne-moi six jeunes filles et six jeunes
hommes, des plus sensibles et des plus honntes que tu aies ici. Ils
m'entoureront pendant que j'agirai, et je ferai tout ce qui dpendra de moi
pour tre le plus effrayant possible.
     Je lui amne sur-le-champ ce qu'il demande, et nous passons tous dans le
cabinet o nous attend cette malheureuse famille. On l'entoure ; la peine de
mort est prononce contre ceux ou qui ne pourront soutenir ce spectacle ou qui
y verseront des larmes. Cornaro se saisit de la mre ; il l'attache par les
pieds et la suspend ainsi au plafond, afin que son enfant l'touffe. Il fait
tenir la plus jolie des filles par sa sur ; il l'encule. Puis, arm d'une
soie  triples dents, il tranche ainsi, lentement, la tte de cette
infortune, tout en l'enculant. Le cruel fit durer plus d'une heure cette
excrable opration. Trois des spectatrices se trouvent mal et se brisent la
tte en tombant.
     - Marque-les, dit Cornaro, je les travaillerai quand j'aurai fini...
     La tte tombe enfin. Un autre remplace ; et ce n'est que dans le cul du
dernier des garons, et en dchiquetant le cou de cette dernire victime, que
le sclrat perd enfin les flots du sperme cumeux dont les bouillonnements le
rendent aussi froce. Trois autres spectatrices s'taient de mme, vanouies ;
tout le reste fondait en larmes. Quant  la mre, elle n'existait plus : son
enfant, redescendu dans la poitrine, l'avait touffe. On ne voyait donc, dans
cet affreux repaire, d'un ct, que l'puisement du crime, et que ses
sinistres effets de l'autre.
     - Eh quoi ! mon ami, dis-je en m'approchant du coupable et secouant son
vit, quoi ! tu laisseras ces victimes impunies ? tu n'excuteras pas la
sentence que tu as porte contre elle ?
     - Non, dit le Vnitien, je suis puis ; je ne suis pas ennuy du crime,
mais j'en suis las ; il faut que je me repose...
     Dsesprant d'en tirer davantage, je lui fais servir un consomm, et il
se retire, aprs m'avoir pay cent mille francs les orgies qu'il vient de
clbrer.
     L'individu le plus apparent qui vint nous visiter, aprs ce personnage,
fut une noble Vnitienne, trs riche et trs connue par ses dbauches. Silvia,
ge de quarante-cinq ans, grande, faite  peindre, et les plus beaux yeux
possibles, arrivait pour passer trois jours entiers dans notre maison.
     - Mes amies, nous dit-elle, j'ai une rpltion de foutre qui ne peut
s'pancher que dans des horreurs, et j'en dsire de tous les genres. Je veux
d'abord, poursuivit cette nouvelle Messaline, que vous me prostituiez 
quelque libertin, dont les gota bizarres me promnent tour  tour dans les
sentiers les plus bourbeux de la crapule.
     - Il en est un tout prt, l-bas, rpondis-je, madame, et qui srement
fera votre affaire ; mais il vous battra, il vous rossera.
     - Ah ! mon cur, c'est tout ce que je demande ; je brle d'tre la
victime d'un tel libertin... Que me fera-t-il ensuite ?
     - Aprs vous avoir traite comme la dernire des malheureuses, il vous
obligera de lui branler des vits sur le visage ; il vous fera foutre en con
devant lui, et finira par vous enculer.
     - Ah ! c'est dlicieux ! rpondit Silvia ; voil prcisment ce que je
dsire. Pressons-nous de commencer par cette scne : je vous ferai part
ensuite de quelle manire je veux la terminer.
     Je fis monter l'homme en question. Il m'avait positivement demand
quelqu'un de l'ge et de la tournure de Silvia. Sa joie fut extrme en la
voyant. Nos deux acteurs furent bientt aux prises ; et moi, derrire ma
cloison, nonchalamment couche entre deux filles, qui me branlaient  la fois
par-devant et par-derrire, je ne perdais rien du spectacle. Dorsini dbuta
par une douzaine de coups de pied au cul, rapidement suivis d'une vingtaine de
soufflets et de huit ou dix coups de poing ; mais tout cela distribu avec une
telle rapidit, que Silvia put croire qu'elle tait assaillie d'une grle.
Cependant sa contenance est ferme, et ses yeux mmes n'annoncent que du
plaisir. A cet orage succdent des invectives : on n'a jamais trait une femme
comme Dorsini traite Silvia.
     - Allons, dit-il, qu'on m'amne des vits ! je veux voir comment cette
putain exerce son mtier...
     Six beaux fouteurs paraissent ; Silvia, nue, les fesses appuyes sur le
vit du paillard, lui fait dgorger des engins sur le visage ; il est arros de
sperme ; on lui en barbouille le nez ;  peine bande-t-il. Six nouveaux jeunes
gens paraissent ; il leur ordonne de foutre sa putain.
     - Sacredieu ! s'crie-t-il, en la voyant s'agiter sous eux, quelle
coquine, quel dvergondage !... Oh ! vieille garce, comme le temprament te
domine ! Jure, putain, sacre donc Dieu !...
     Et c'est par mille et mille invectives  l'ternel que Silvia rpond 
cette invitation. On ne porta jamais plus loin l'idiome du blasphme. Cette
persuasion au moins me fut reste, si Dorsini n'et encore enchri sur elle.
Pendant ce temps, le coquin se branlait lui-mme, en maniant tour  tour le
cul des fouteurs et celui de sa gueuse. Il la fait enfin retourner ; un
vigoureux fouteur qui l'enconne expose ses fesses  Dorsini, lequel, aprs un
examen pralable de ce cul qui, comme vous l'imaginez bien, ne se fait pas
sans quelques vexations, braque son vit sur l'orifice immoral et s'engloutit
en une minute. Silvia souffre tout saris sourciller, tant il est vrai qu'il
est possible de trouver autant de plaisir au rle de patient qu' celui
d'agent : l'imagination est l'unique berceau des volupts, elle seule les
cre, les dirige ; il n'y a plus qu'un physique grossier... imbcile, dans
tout ce qu'elle n'inspire ou n'embellit pas.
     Mais Dorsini, qu'on encule lui-mme pendant qu'il agit, ne fait que
s'exciter provisoirement dans l'anus ; la bouche est son temple ordinaire,
c'est l que son hommage se consomme ; il la demande avec fureur et continue
de la foutre ds qu'il est englouti, et le coquin dcharge, au grand
contentement de sa coquine, qui le suce avec une ardeur bien propre 
caractriser son putanisme et tout l'affreux dsordre de sa tte impudique.
Dorsini paye et se retire.
     - Partageons, me dit Silvia, j'aime l'argent qui vient du bordel, il m'a
toujours port bonheur. Me voil suffisamment chauffe, me dit-elle ensuite,
procdons au reste.
     Alors la coquine, runissant dans un vaste salon vingt-cinq hommes
superbes et vingt-cinq filles de la plus grande beaut, se livre, seize heures
de suite, devant moi, aux plus monstrueux carts de la dbauche, aux passions
les plus dsordonnes, aux gots  la fois les plus sales et les plus
extraordinaires dans une femme qui, ncessairement, n'a d contracter de
pareilles habitudes qu'aprs avoir renonc  tous les soins de sa rputation,
 tous les principes de pudeur et de vertu dont il semble que notre sexe doive
tre exclusivement le dpositaire, et dont il ne s'carte jamais sans
surpasser alors tout ce que les hommes offrent de plus excrable en ce genre.
     Silvia, tout en feu, finit par la cruaut ; c'est l'usage. Voici
l'horreur qu'elle inventa. Elle choisit pour victime un petit garon de treize
ans, joli comme un ange.
     - Je lui ferai beaucoup de mal, me dit-elle ; peut-tre mme le
rduirai-je en une telle extrmit que tu l'enterreras peu de jours aprs.
Combien veux-tu me le vendre ?
     - Mille sequins.
     Le march est conclu. La coquine fait lier cet enfant  plat ventre sur
un banc recourb, en telle sorte qu'il lui exposait entirement son derrire ;
elle s'accroupit alors sur le visage d'un beau jeune homme, couch sur des
piles de carreaux, et se fait lcher le con par lui, pendant qu'un autre, 
genoux devant sa croupe, lui gamahuche le cul. Excite de cette manire, elle
s'arme d'une bougie, et se dlecte  calciner lentement les fesses et le trou
du cul de la victime qui, comme vous l'imaginez bien, jette des cris affreux
pendant l'opration. Pour Silvia, elle dcharge ; la garce se pme en
blasphmant comme un charretier et pousse la frocit au point de faire
retourner l'enfant et de lui arracher avec les dents toutes les parties qui
forment son sexe. Nous le retirons vanoui ; le malheureux mourut trois jours
aprs ; et Silvia triomphante, aprs m'avoir couverte d'or, ne fut pas
longtemps sans venir renouveler chez moi de pareilles horreurs.
     Ce fut  elle que nous dmes, quelques mois aprs, la connaissance du
snateur Bianchi, l'un des plus riches citoyens de la rpublique, g
d'environ trente-cinq ans. La manie de ce libertin tait de prostituer, au
bordel. deux de ses nices dont il tait le tuteur. A quelque point que cet
homme et tch d'anantir la pudeur dans l'me de ces jeunes personnes, elles
se ressentaient cependant encore assez de l'excellente ducation- qu'elles
avaient reue pour ne se prter qu'avec peine  un tel acte de dbauche. Elles
rougirent en me regardant, et ce fut l o je pus voir  quel point cette
heureuse candeur embellissait les grces dont la nature les avait pares : il
tait impossible d'tre plus jolies. De ce moment, j'embrasse, avec dlices,
le luxurieux projet du paillard, et me plais, par d'indignes propos, 
scandaliser ces oreilles chastes.
     - Quelle marchandise faut-il  ces putains, mon ami ? dis-je au snateur
; leur faut-il du gros ou du menu ?
     - Regarde toi-mme, me rpondit Bianchi, en troussant l'une aprs l'autre
ses deux nices devant moi, mesure leurs cons, et vois ce qu'il leur faut.
     _ Bon, dis-je, aprs y avoir assez brutalement fourr mes doigts... c'est
du mdiocre qui convient.
     - Eh ! non, non, sacredieu ! s'cria Bianchi ; je veux les largir :
donne-moi ce que tu as de plus gros.
     Et d'aprs cet ordre expressif, dont les pauvres filles continuaient de
rougir, je prsente six jeunes fouteurs dont les membres avaient au moins
douze pouces de long sur huit de circonfrence.
     - Voil ce que je veux, me dit notre homme en les maniant ; mais six ne
sont pas assez, ma chre, tu ne connais pas l'apptit de ces demoiselles avec
leur air Agns, elles foutent, quand elles y sont, comme des louves, et douze
hommes, je le parierais, ne les satisferont qu' peine.
     - Eh bien ! dis-je, en voil six de plus. Et toi, que te faut-il, aimable
libertin ? Que fais-tu pendant qu'on dshonore tes nices ?
     - Je fouts des garons ; fais-m'en venir six de douze ans, tout au plus...
     A l'instant je les lui procure ; l'opration commence, et me voil  mon
poste, car vous croyez que je manquais bien peu de pareilles scnes.
     Ce libertin fit des horreurs, et en fit excuter sur ses nices de plus
terribles encore ; il mourut quelque temps aprs cette scne, et le barbare
avait, en expirant, dshrit ces malheureuses. La misre dans laquelle il les
laissa les contraignit  venir nous demander un asile, que nous leur
accordmes au prix d'une prostitution qui nous valut beaucoup d'argent. Ce fut
la cadette, c'est--dire une des plus belles filles de l'Europe, que je
livrai, quelque temps aprs,  l'homme dont la passion mrite un article 
part dans cet intressant recueil des lubricits inhumaines.
     Alberti tait un homme grand, sec, d'environ cinquante-cinq ans, dont le
seul aspect tait capable d'effrayer une femme. Je lui fis voir la dlicate et
belle enfant que je lui destinais. Il m'ordonne de la faire mettre nue, et
l'examine ensuite, en la palpant brutalement, comme on fait  un cheval dont
on veut connatre les dfauts. Pas une parole pendant cet examen : pas un
geste qui prouvt la lubricit : ses yeux s'enflammaient seulement ; il
respirait avec difficult.
     - Est-elle grosse ? me demanda-t-il au bout de quelques instants, en
portant ses mains sur le ventre, toujours avec la mme brutalit.
     - Je ne le crois pas, rpondis-je.
     - Tant pis ; je vous la payais le double, si elle l'et t ; quoi qu'il
en soit, que veux-tu de cette bte ? tu sais  quoi je la destine.
     - Deux mille sequins, dis-je.
     - Je les donnerais si elle tait grosse ; ne l'tant pas, je n'en offre
que la moiti.
     Nous marchandons en face de la victime ; je la livre enfin. Ds
l'instant, elle est enferme dans une chambre de notre maison, si basse et si
prodigieusement isole que ses cris ne pouvaient s'entendre. L, couche sur
de la paille, le supplice de cette malheureuse devait durer neuf jours ; la
nourriture diminuait par gradation jusqu'au quatrime jour : il ne lui tait
plus rien fourni les cinq derniers. Chaque jour, le froce Alberti venait
supplicier sa victime ; il y passait deux heures. Rosalba et moi assistions 
la sance, avec une autre fille qui se changeait tous les jours.
     La premire chose que fit ce cruel libertin fut de presser fortement, et
les fesses et les ttons de la victime ; il les mollissait, les pinait, les
comprimait avec un tel art qu'en moins d'une heure, ces quatre globes de chair
devinrent tout meurtris. Place en face de lui, parfaitement  hauteur de sa
bouche, il baisait mes fesses pendant ce temps-l, tandis que Rosalba le
branlait, et que celle qui changeait tous les jours le fustigeait  tour de
bras. Plong dans un recueillement total, Alberti ne laissait chapper que des
mots coups, entremls de jurements.
     - Les vilaines chairs ! dit-il ironiquement ; quel excrable cul ! De
semblables tripailles ne sont bonnes qu' bouillir.
     Et les Grces embellissaient celles qu'il osait traiter de cette manire.
Il ne dchargea point.
     Pendant les deux premiers jours, les procds furent les mmes. Le
troisime, les parties charnues de la victime se trouvrent tellement
fltries, tellement boursoufles, qu'une fivre assez violente s'empara de son
sang.
     - Bon, dit Alberti, voil o je la voulais ; mon intention tait que le
rgime ne comment que le quatrime jour... Mais ce nouvel vnement le
dcide pour aujourd'hui.
     Et il continue de pressurer. Au bout de la sance, il sodomise la
victime, en lui pinant vigoureusement les cuisses ; puis il traita de mme la
nouvelle fille qui nous aidait, et gamahuchait mon derrire. Les pisodes des
trois jours suivants furent les mmes. Jamais il ne dchargeait. A cette
poque, les fesses et les ttons de la victime ressemblaient  des peaux de
buf que le soleil a racornies, et la fivre, malgr le rgime, ayant toujours
augment, nous crmes que la malheureuse n'irait pas au neuvime jour.
     - Il faut la faire confesser, me dit-il enfin, le huitime, en se
retirant ; elle expire, sans faute,  la sance de demain...
     Cette prcaution me fit rire ; mais quand je sus que ce paillard voulait
tre le tmoin secret de cette crmonie, et qu'elle ne devenait qu'un
vhicule  sa lubricit, je m'y prtai de la meilleure grce.
     Un moine vint, et confessa la malheureuse, pendant qu'Alberti, entre
Rosalba et moi, coutait, du cabinet voisin, tout ce que disait la malade.
Rien ne parut l'amuser autant que cet pisode.
     Ah ! foutre, disait-il pendant que nous le branlions, c'est pourtant moi
qui la rduis l... Voil mes uvres ! Oh ! la garce, comme j'aime 
l'entendre...
     Et au moyen de ce que nous avions dit  la moribonde que le confesseur
tait sourd, nous ne perdmes pas un mot de cette sainte conversation. Le
moine disparat ; le paillard entre. La jeune fille, puise de faim, de
fivre et de contusions, parat toute prte  rendre l'me. Tel est le
spectacle dont le sclrat veut jouir. Il la met bien en face de lui, et
pendant qu'il encule Rosalba... que la nouvelle le fouette, il m'ordonne de
continuer, sur le corps de la victime, les mmes vexations dont il l'a
tourmente jusqu'alors. Je remanie ces peaux pendantes ;  la seconde ou
troisime compression, la malheureuse, puise d'aussi longues souffrances,
tombe  nos pieds, sans vie. Tel est l'instant de la dcharge de notre homme.
Mais, juste ciel ! quels lans : je n'avais vu de mes jours une dcharge ni
aussi longue, ni aussi imptueuse. Il fut plus de dix minutes en extase ; et
le rsultat du clystre le plus abondant l'et t moins que celui de
l'jaculation de ce sclrat.
     Alberti devint une de nos meilleures pratiques : il ne s'coulait pas de
mois qu'il ne ft une neuvaine dans notre maison. Nous lui livrmes bientt
l'autre nice de Bianchi, mais qui, plus dlicate, expira ds le septime jour.
     Au travers de tout cela, la Durand menait son cabinet  merveille. Elle
s'tait si bien informe de toutes les intrigues de la ville, qu'elle tait
devenue, au bout de fort peu de temps, en tat de dire la bonne aventure 
tout le monde. Elle sut que le snateur Contarini, pre d'une fille de seize
ans, belle comme le jour, en tait perdument amoureux. Me va le trouver.
     - chauffez, lui dit-elle, la tte de votre charmante Rosina sur le dsir
de se faire annoncer ce qui doit lui arriver dans le cours de sa vie ;
indiquez-lui ma maison ; je vous y cacherai, et vous rponds de vous faire
jouir d'elle amplement, dans les diffrentes crmonies o je la soumettrai
pour lui dire sa bonne aventure.
     Le snateur, hors de lui, promet  Durand tout ce qu'elle voudra, si elle
russit. La modeste Durand s'informe des passions du pre ; et comme le
paillard exigeait beaucoup de choses, elle lui demande trois mille sequins.
Contarini, fort riche, en compta la moiti d'avance, et le jour est pris pour
le surlendemain.
     Rosina, trs enflamme du dsir de se faire annoncer l'avenir, crit  la
Durand pour lui demander son jour, et celle-ci ne manque pas de lui indiquer
celui dont elle est convenue avec le pre. Elle arrive, renvoie sa dugne. Et,
je l'avoue, quand cette belle fille fut dbarrasse des gazes qui la
couvraient, nous crmes voir l'astre du jour se montrer, aprs un orage, sur
l'horizon de la nature. Reprsentez-vous ce que le ciel a pu former de plus
parfait, et vous n'aurez encore qu'une imparfaite ide de l'intressante fille
que je vais en vain essayer de vous peindre.
     Rosina, ge de seize ans, grande et faite comme les Grces, ressemblait
 ces belles vierges qu'immortalisa le pinceau de l'Albane. Ses cheveux
chtains retombaient en boucles flottantes sur son sein d'albtre ; ses grands
yeux bleus inspiraient  la fois l'amour et la volupt ; et c'est sur sa
bouche de rose qu'on dsirerait prouver tous les traits du Dieu sducteur
dont son ensemble tait l'image. On n'eut jamais une plus belle peau, jamais
un sein plus rond, des cuisses plus poteles, un con plus troit, plus chaud,
plus mignon... et des fesses !... Ah ! quel tre au monde et pu rsister  ce
beau cul ? J'avoue qu'en le voyant, il me sduisit au point que je ne pus
m'empcher de l'accabler de caressez. Nous prvnmes cette aimable enfant de
tout ce  quoi elle devait s'attendre pour obtenir les prophties qu'elle
demandait.
     - Vous serez fouette, mon ange, lui dit la Durand ; soumise d'ailleurs 
un homme qui jouira de vous de toutes les manires imaginables.
     - Oh ! ciel, si jamais mon pre...
     - Est-il rigoureux, votre pre ?
     - Jaloux de moi comme d'une matresse.
     - Soit ; mais il ne saura jamais un mot de ce qui va se passer : c'est
l'tre suprme qui va s'emparer de vous, chre fille, et les brches que ses
jouissances occasionneront seront rpares sur-le-champ. D'ailleurs, cette
crmonie est indispensable : vous n'apprendrez pas ce que vous dsirez, si
vous refusez de vous y soumettre.
     Et, je vous l'avoue, mes amis, rien ici ne nous amusa davantage comme les
combats de la pudeur et de la curiosit. Rosina voulait et ne voulait pas ;
tantt rvolte des preuves, tantt sduite par l'espoir de son instruction,
rien n'tait plaisant comme cet tat d'incertitude ; et sans l'arrive du
pre, nous nous en serions, je crois, amuses tout un jour. Mais comme le
snateur tait l, il fallut promptement frapper les derniers coups. Rosina se
dcide  la fin. Je passe du ct du pre ; la Durand reste avec la fille.
     Quelle que ft la tendresse de Contarini pour sa fille, comme dans une
me pareille le libertinage tait tout et le sentiment rien, le snateur ne
m'en fit pas moins quelques agaceries suffisantes  me persuader que je ne lui
dplairais pas, en exposant mes charmes  ses yeux. Je le satisfis, et ses
caresses me convainquirent bientt de ses gots. Le paillard aimait
passionnment le derrire, et il en tait encore  caresser le mien, quand
nous entendmes frapper  la cloison.
     - Allons, lui dis-je, prparez-vous, le corps de votre charmante fille va
vous arriver.
     Les planches s'entrouvrent, et la belle Rosina, jusqu'au cou, tombe nue 
la disposition de l'incestueux snateur.
     - Oh ! foutre, s'crie-t-il, ds que ce trsor est ouvert  ses yeux,
branle-moi, Juliette, branle-moi ! je vais mourir de plaisir en examinant tant
d'attraits...
     J'excute ; le libertin parcourt ; tout parat un moment gal  ses
dsirs ; le con mme est bais par lui ; mais le cul l'emporte bientt. On ne
se fait pas d'ide de l'ardeur avec laquelle ses baisers le couvrent.
     - Branle en dessous, me disait-il, pendant que je vais lcher le trou de
ce beau cul.
     Et n'tant bientt plus matre de lui, son vit, plus dur que le fer, se
prsente au trou : il encule. Rosine, peu faite  de semblables attaques,
pousse des cris affreux ; rien n'arrte l'imptuosit de ce libertin, il
pousse, il presse, il est au fond. Le coquin touche mes fesses ; il veut que
ma bouche se colle sur la sienne, qu'une de mes mains favorise ses attaques,
pendant que l'autre lui chatouillera le trou de son cul.
     - Libertin, dis-je en lui obissant, ton intention est-elle donc d'en
rester l, et ce joli petit mont de Vnus ne sera-t-il donc point attaqu par
toi ?
     - Non, me dit le fidle sodomiste, non, je dbanderais  l'entreprise :
il y a quinze ans que je ne touche plus  ce fruit, et quinze ans qu'il me
fait horreur ; mais je vais fouetter...
     Il se retire en disant cela, saisit les verges que je lui prsente, et se
met  triller sa fille avec une telle violence que le sang dont nous avions
besoin pour l'opration s'coule promptement sur les cuisses.
     - Tu me trouves cruel, mon enfant, me disait Contarini ; mais on n'est
pas le matre de ses passions : plus celles o nous nous livrons sont
raffines et plus leurs excs sont affreux...
     Et, ici, le dsir d'augmenter les tourmente de cette jolie petite
malheureuse m'inspira d'pouvantables conseils.
     - Quels sont vos projets sur cette fille ? lui demandai-je.
     - La bien foutre, la fesser cruellement, m'en divertir ainsi trois mois,
la forcer  prendre ensuite le voile...
     Et les coups de fouet, pendant ce dialogue, dchiraient toujours la plus
belle peau du monde.
     - En vrit, monsieur, ce n'est pas trop la peine, ce me semble, de la
garder comme cela ; et quand vous en serez rassasi, on vous fournira
facilement ici les moyens de vous en dfaire, et vous n'aurez pas de dot 
payer.
     - Que dis-tu, Juliette ?
     - Il y a mille faons.. Comment ! l'ide d'un meurtre de dbauche n'est
jamais venue souiller votre imagination ?
     - Si... j'ai quelquefois conu cette fantaisie... mais avec ma fille !...
     Et je voyais le vit du paillard lever,  cette ide, une tte rubiconde
et vermeille, signe assur du plaisir dont le seul aperu du projet enflammait
ses sens irrits.
     - Juliette, poursuivait-il en baisant avec fureur les traces de ses
cruauts, tu m'avoueras que ce serait un crime horrible, un dlit sans
exemple, et dont frmirait la nature.
     - Vous en jouirez pourtant.
     Alors, pour achever d'enflammer le paillard, je tire des cordons
prpars. La chambre o nous sommes s'obscurcit au plus grand degr ; je
frappe contre la cloison, et le corps entier de Rosina passe dans la chambre.
     - Observez-vous, dis-je bas  Contarini, la voil tout entire ; mais ne
dites mot...
     Le libertin saisit sa fille, s'enivre sur sa bouche et sur ses ttons des
plus divine baisers, la rencule et dcharge.
     - Oh ! ciel, qu'avez-vous fait, lui dis-je, je vous la livrais : que n'en
avez-vous profit ?... Renvoyons-la, et je vais tcher de vous rappeler  la
vie, pendant que la Durand tirera son horoscope.
     Je refrappe ; la cloison s'ouvre, l'enfant disparat et, pendant ce
temps, l'adroite Durand la vendait  un autre. Nous avions trois ou quatre
abonns qui ne s'amusaient que de ces sortes de prostitutions ; et l'on avait
soin de leur livrer ce que l'on supposait devoir leur convenir.
     Je fis l'impossible alors pour tirer notre homme de son engourdissement :
rien ne put y russir. Contarini tait un de ces hommes faibles qui ne
conoivent le crime que dans le dlire des passions ; l'ide que je lui
proposais tait trop forte pour lui, il redemanda sa fille avec instance. Je
fus aussitt prvenir la Durand ; mais trop sre de gagner des monts d'or avec
cette dlicieuse petite fille, elle m'assura qu'elle ne la rendrait jamais.
Absolument de cet avis, je me htai de lui proposer un moyen qui remplirait
notre but mutuel ; elle arrange tout.
     - Oh ! monsieur, dis-je en larmes en revenant trouver le pre, votre
malheureuse fille... eh bien ! effraye de la prdiction qui lui a t faite,
elle vient de se jeter par une fentre : elle est morte, monsieur, elle est
morte.
     Contarini, dsol, repasse dans l'appartement de ma compagne ; on lui
fait voir un cadavre dfigur, de l'ge et de la tournure de sa fille ; le
bent croit tout. Un moment, il veut employer la menace, mais bientt contenu
par la crainte d'une rcrimination trop juste, dont il sait que nous pouvons
lgitimement nous armer, il se tait, sort en larmes, comme un imbcile, et
nous laisse sa chre et adorable fille qui, promptement sduite par nous,
devint bientt une de nos meilleures putains.
     A quelque temps de l, un noble Vnitien de la premire clame vint nous
acheter du poison pour une femme qu'il avait adore, et dont il tait devenu
l'poux depuis deux ans. Le malheureux se croyait tromp. Il ne l'tait pas :
sa femme tait un modle de sagesse et de retenue. J'tais la seule cause des
soupons qu'il avait contre elle ; ils taient l'ouvrage de ma mchancet.
Cette femme me dplaisait ; je voulais la perdre : j'y russis ; le sclrat
l'empoisonna lui-mme, et vous jugez des effets que j'en ressentis.
     Peu aprs, un fils vint nous en demander pour son pre. Il s'agissait de
la succession ; le jeune homme, impatient, s'ennuyait d'attendre : pour deux
mille sequins, nous lui vendmes le secret d'entrer en jouissance ds le
lendemain.
     Vous me rendez, j'espre, assez de justice pour croire qu'au milieu de
tout cela je ne m'oubliais point. Assez riche pour donner normment  mes
plaisirs, et pour ne me livrer aux autres que par caprice ou par sordidit, je
me plongeai, sans aucune retenue, dans un gouffre d'horreurs et d'impudicits.
Mon got pour le vol et pour le meurtre s'exerait  travers tout cela ; et
ds que ma perfide imagination condamnait une victime, il tait bien rare
qu'elle ne ft immole sur-le-champ.
     J'en tais l de mes dsordres moraux et physiques, lorsqu'un jour, je
reus de Zeno, chancelier de la Rpublique, l'invitation de me rendre, avec
mes deux amies,  sa campagne, situe sur les bords du canal de la Brenta.
Nous y passmes une journe entire, au milieu de ce que la lubricit put nous
fournir de plus piquant. Excds de fatigue, nous tions  nous restaurer par
un souper dlicieux lorsqu'une fille de dix-huit ans, belle comme le jour,
demanda instamment  parler  Zeno.
     - Comment ! ici, dans l'asile de mes plaisirs !  l'heure qu'il est !
     - Excellence, dit l'introductrice, elle a tout forc, elle est au
dsespoir, elle accourt exprs de Venise, elle dit que la chose est presse,
et qu'il n'y a pas un moment  perdre.
     - Faites entrer, dit Zeno...  Juliette ! poursuivit-il en me parlant
bas, ou je me trompe, ou voici quelque occasion de mettre en action mes
principes.
     Les portes s'ouvrent, et la plus belle crature que j'aie vue de ma vie
tombe en larmes aux pieds du magistrat.
     - Oh, monseigneur ! s'crie la belle afflige, il s'agit de la vie de mon
pre. Arrt hier, pour une prtendue conspiration dans laquelle il n'entra de
ses jours, il va demain porter sa tte sur l'chafaud... Vous seul pouvez le
sauver ; je vous conjure de m'accorder sa grce. S'il faut que le sang de l'un
des deux coule,  monseigneur, prenez le mien, et sauvez celui de mon pre.
     - Aimable enfant, dit Zeno en relevant cette fille et en la faisant
placer prs de lui, n'tes-vous pas la belle Virginie, fille du noble Grimani ?
     - C'est moi-mme.
     - Je connais votre affaire, mademoiselle ; et certes, votre pre, quoi
que vous puissiez dire, est grandement coupable.
     - Non, monseigneur.
     - Il l'est ; mais tout peut s'arranger... Juliette, suivez-moi... Je suis
 vous dans un instant, Virginie ; je vais crire ce qu'il faut pour sauver
votre pre.
     -  brave seigneur !
     - Un moment, ne pressez pas autant les effets de votre reconnaissance ;
cette grce n'est pas accorde.
     - Comment ?
     - Vous saurez tout, mademoiselle ; tout sera bientt dans vos mains, et
vous ne pourrez bientt plus vous en prendre qu' vous-mme si vous n'obtenez
pas ce que vous demandez.
     Nous passons dans un cabinet.
     - Voil, me dit Zeno, une crature qui me fait extraordinairement bander
; c'est la plus belle fille de Venise ; il faut que je l'aie,  quelque prix
que ce soit ; cependant, je ne puis sauver son pre, et quand je le pourrais,
Juliette, je ne le ferai certainement pas. Je vais crire deux lettres : dans
l'une, je demanderai sa grce ; sa prompte excution dans la seconde ; et ce
sera cette dernire que je ferai porter, tout en lui faisant croire que c'est
l'autre. Persuade que j'envoie celle qui flatte ses dsirs, Virginie
m'accordera tout. Mais quand elle verra que je l'ai trompe...  Juliette !
c'est ce qui m'embarrasse.
     - Et quelle ncessit y a-t-il de la renvoyer ?
     - Sa fille... Venise... la rpublique entire.
     - Il faut la dnoncer elle-mme.
     - Mais, en l'accusant, je ne peux plus en jouir : elle me perdra.
     - Zeno, vos accusations sont secrtes, vos tribunaux obscurs, vos
excutions nocturnes ; promettez  cette fille la grce de son pre ; envoyez,
ainsi que vous l'avez dit, la billet contraire  ce dessein ; jouissez d'elle
; accusez-la tout de suite aprs : je vous proteste que mes femmes et moi,
nous vous servirons de tmoins. Ces petites horreurs sont des jouissances pour
mon cur dprav, et je m'y livre avec dlices. Certifiez que cette crature
n'est venue ici que pour vous sduire, nous le soutiendrons de mme ; traitez
de calomnies, de rcriminations, tout ce qu'elle inventera pour sa dfense ;
payez bien l'avocat de forme qui lui sera donn ; que son procs s'instruise
avec autant de promptitude que de mystre, et, dans vingt-quatre heures, si
vous le voulez bien, elle est expdie.
     - Tu as raison... Voil les billets crits... Rentrons... Oh ! Juliette,
quelle jouissance !... Non, je ne vis jamais une fille plus aimable que toi.
     Voil, dit Zeno en reparaissant, la grce de votre pre, mademoiselle ;
lisez ce papier ; mais vous imaginez, j'espre, que de telles faveurs ne
s'accordent pas pour rien.
     - Oh ! monseigneur, toute notre fortune est  vous prenez, disposez,
ordonnez, j'ai ordre de ma famille de prendre avec vous, sur cela, tous les
arrangements que vous voudrez.
     - Il ne s'agit point d'argent, dit Zeno, ce que j'exige est plus prcieux
: ce sont vos charmes, Virginie, qu'il faut m'abandonner ; telle est la seule
rcompense que j'exige pour la grce que je vous accorde, et le courrier ne
part pas que je n'aie obtenu ce que je demande.
     - Grand Dieu ! quel sacrifice !...  toi que j'aime, dit-elle en tirant
de son sein le portrait de son amant, faut-il donc que l'on ait la cruaut de
me mettre entre l'infidlit et l'infamie ! Ah ! monseigneur, quelle belle
action vous feriez en vous contentant du bonheur de sauver la vie  un
innocent...
     - Cela est impossible ; il faut mme que vous vous dcidiez  la minute
mme... Les crimes de votre pre sont tels que, dans quelques minutes, il ne
sera plus temps...
     Et pendant qu'elle se consultait, Zeno fut s'enfermer avec Lila, pour
achever de s'exciter aux infamies qui l'animaient. Je donne le mot  Rosalba,
dont l'esprit pntrant faisait chaque jour de nouveaux progrs ; et pour
combler la mchancet, nous sermonnmes cette jeune fille en sens inverse.
     - Oh ! mademoiselle, lui dit Rosalba, n'ayez aucune confiance en ce
libertin ; il est capable de tout, ds qu'il a pu l'tre d'exiger votre
honneur pour prix des jours de votre pre. Il vous trahira, ds qu'il aura
joui de vous ; et le monstre, pour couvrir son crime, vous immolera peut-tre
sur les mnes encore palpitantes du respectable auteur de vos jours. Mais, 
supposer qu'il tienne parole, de quel il votre amant verra-t-il ce sacrifice
? L'amour n'en pardonne point de cette espce, et vous tes bien sre de
n'tre jamais excuse par lui ; mfiez-vous de tous les piges qu'on vous tend
: ce que vous inspirez ds la premire vue m'engage  vous le dire... Vous
tes perdue, si vous faiblissez...
     La reprenant de l, et sans avoir l'air de savoir ce que Rosalba vient de
faire :
     - Mademoiselle, lui dis-je, je sais parfaitement qu' votre ge le
sentiment et la dlicatesse sont des dieux auxquels on croit devoir s'immoler
. mais cette folle constance que vous gardez  votre amant doit-elle balancer,
je vous prie, tous les sentiments dus  votre pre ? Zeno, le plus honnte des
hommes, est incapable de vous trahir ; songez, d'ailleurs, que ce n'est pas
votre cur qu'il demande, il se contente de votre corps. Vous n'en resterez
pas moins pure aux yeux de votre amant... Ah ! croyez-moi, belle Virginie,
dans la situation o les circonstances vous placent, vous ne pouvez refuser
sans crime. Verrez-vous de sang-froid votre pre marcher  la mort, pendant
qu'un seul instant de complaisance et pu le sauver ? Ah ! Virginie, tes-vous
bien sre que cette fidlit,  laquelle vous sacrifiez tout, soit aussi
religieusement observe par votre amant que par vous, et ne connaissez-vous
pas les hommes ? S'il arrivait cependant que celui que vous aimez n'et pas
autant de vertu, quels remords n'auriez-vous pas, en ce cas, d'avoir immol
votre pre  un sentiment dont vous ne seriez pas paye ? Non, mademoiselle,
vous ne pouvez refuser ce que l'on vous propose, sans crime ; je vous le
rpte : la pudeur que vous allez sacrifier n'est qu'une vertu de convention ;
la piti filiale que vous outrageriez, ne cdant pas, est le vrai sentiment de
la nature, le sentiment prcieux et cher que vous n'toufferiez pas sans
mourir de douleur.
     Vous n'avez pas d'ide, mes amis, du bouleversement dans lequel nous
tenions cette me timore, par des propos de cette nature. Son esprit tait si
troubl, que ses forces morales taient prtes  l'abandonner. Zeno rentre...
et dans un tel tat d'indcence qu'il n'tait plus possible de douter de la
perte de sa malheureuse victime. Le coquin bandait ferme, et Lila, nue, nous
l'amenait par le bout du vit.
     - Eh bien ! est-elle dcide ? nous dit-il en balbutiant.
     - Oui, oui, monseigneur, rpondis-je, mademoiselle est trop raisonnable
pour ne pas sentir qu'elle doit bien plus  son pre qu' sa prtendue
virginit, et elle est prte  vous l'immoler sur-le-champ.
     - Non, non ! s'cria cette pauvre fille en larmes, non, non, j'aime mieux
la mort...
     Mais la saisissant aussitt, mes femmes et moi, en deux minutes, nous
l'exposmes nue, malgr elle, aux regards impurs du chancelier.
     Dieu ! quelles formes ! quelle chair ! que de fracheur ! quel incarnat !
Flore elle-mme et offert moins d'attraits. Zeno ne se lassait point
d'admirer, et chacun des baisers lubriques dont il accablait cette charmante
fille semblait dcouvrir un charme nouveau. Nous offrmes le cul : juste ciel
! que d'attraits, que de fermet, que de rondeur ! Et quand nous
l'entrouvrmes, quand nous exposmes aux yeux de Zeno le trou mignon, objet de
ses dsirs, nous crmes qu'il allait mourir de plaisir en le foutant avec sa
langue.
     - Voyons comme elle est dans le plaisir, dit le chancelier ; Juliette et
toi, Rosalba, chatouillez-la toutes deux sur toutes les parties voluptueuses
de son corps. En face de l'opration, je vais me faire polluer par Lila, et 
mesure que vous allez l'enflammer toutes deux, ma bouche errante sur tous ses
charmes y saisira la volupt...
     Cette commission me plaisait d'autant plus, que j'avais la plus grande
envie de branler cette belle fine. Nous nous y primes donc avec tant
d'adresse, ma compagne et moi, que les beaux yeux de Virginie se chargrent
bientt de lubricit ; et la jolie coquine, pme dans nos bras, facilite
bientt au vit de Zeno, par le moyen du foutre qu'elle perdait avec abondance,
la destruction de son pucelage. Lila y prsente aussitt l'engin du chancelier
; le paillard pousse, mais comme il est faiblement fourni et que Virginie
dcharge, toutes les difficults disparaissent : le voil matre de la place,
pendant que je contiens seule la victime en continuant de la branler, que
Lila, exhausse sur le sein de Virginie, prsente son beau cul aux baisers du
paillard, et que Rosalba le fustige.
     Il tait prt  s'garer, quand je l'arrte aux portes du plaisir.
     - Mnagez vos forces, lui dis-je, songez qu'une autre forteresse vous
attend, n'puisez pas vos munitions de guerre.
     - Tu as raison, s'crie-t-il en se retirant.
     Et nous remontrons aussitt,  ses lubriques dsirs, le plus divin cul
qu'et cr la nature depuis celui de Ganymde. Zeno contemple.
     - Sacredieu ! dit-il, que d'attraits !...
     Et le coquin, sans s'amuser  louer davantage, au moyen des services que
nous lui rendions, eut bientt forc les barrires. Virginie, par l'attitude
que je lui avais fait prendre, tait appuye sur mon visage, et je suais son
con pendant qu'on la sodomisait ; mes amies branlaient, maniaient, servaient
Zeno. Tout l'entourait de volupt, tout htait la perte de foutre, qu'il
lana bientt au fond du plus beau cul du monde, malgr les cris, les
soubresauts de la victime, qui n'avait pas endur si patiemment cette
attaque-ci que l'autre.
     - Quelle jouissance, me dit-il en se retirant ! Oh ! Juliette, aprs la
tienne, il n'en est pas de plus dlicieuse au monde... Je suis encore dans une
ivresse...
     - Allons, dis-je, presse-toi d'envoyer le billet.
     - Assurment, me rpondit ce monstre ; je viens d'acqurir, en foutant
cette fille, de bien grands titres  condamner son pre...
     Puis, bas :
     - Mais je n'en resterai point l, Juliette. Je veux que ma sclratesse
t'tonne, et c'est dans ce nouvel pisode que je compte retrouver les forces
ncessaires  une nouvelle jouissance.
     - En laisseras-tu vivre longtemps l'objet ?
     - Mais, dit Zeno, je crois qu'en joignant un mot au billet, on viendrait
l'arrter dans mon chteau mme ;. et comme je rebanderai d'ici l, peut-tre
serais-je encore dans son cul quand on arriverait pour la conduire  la mort.
     - Excute promptement, dis-je  Zeno ; cette ide est dlicieuse.
     Le supplment au billet part, et nous nous relivrons aux luxures. A la
manire dont je voyais que Zeno caressait les fesses de Virginie, il tait
facile de se douter de toutes les conjurations qu'il formait intrieurement
contre ce beau derrire : on n'imagine pas les atrocits qu'inspire un cul,
quand on en a bien joui.
     - Tu veux fouetter, n'est-ce pas, mon ami ? dis-je  Zeno, tu veux
dchirer ce beau cul, et tu n'oses ? Eh bien ! dis-je, satisfais-toi ; j'ai
dans ma poche une eau qui, dans trois minutes, fera disparatre les traces ;
et si, pour preuve de ce qu'elle a souffert, la coquine veut montrer les
marques, elle sera contrarie par l'vidence, et tout ce qu'elle pourra dire
ensuite n'en portera que bien mieux toutes les couleurs de la calomnie...
     - Oh ! Juliette ! Juliette ! s'cria Zeno, je ne cesserai de te dire que
tu es une crature dlicieuse !...
     Le sclrat, alors, n'coutant plus que sa passion, saisit des verges,
nous fait tenir Virginie et, sacrant comme un malheureux, le coquin, en moins
de cent coups, met en lambeaux le plus beau cul du monde. Il redouble ; je le
suais pendant ce temps-l ; mes deux autres femmes le fouettaient ; il
rebande, se jette comme un furieux sur cette belle fille, la sodomise et
dcharge en hurlant.
     - Oh ! Juliette, me dit-il ds qu'il a fini, que ne puis-je immoler
moi-mme cette garce ! que de plaisir elle me donnerait ! Sa profonde
sensibilit la rend susceptible de mille diffrente supplices, tous plus
divins les une que les autres. Comme on corcherait ce beau sein, comme on
brlerait ces belles fesses !... Ah ! Juliette ! Juliette ! je voudrais rtir
son cur sur son ventre, et le lui manger sur la figure.
     Et comme je voulais la frotter de mon eau :
     - Non, non, me dit ce monstre, laisse-lui mes marques, je veux qu'elle
les porte  l'chafaud, je veux qu'elle ait la possibilit de les montrer et
qu'elle ne l'ose pas ; cette ide m'amuse...
     Et, par d'affreux discours, nous nous amusmes  dsesprer cette pauvre
fille, jusqu'au moment o les rponses arrivrent.
     Les fatales lettres de Zeno n'avaient que trop russi : on venait arrter
la fille du Grimani.
     - Oh ! juste ciel ! s'crie cette infortune en voyant les effets des
perfides manuvres du chancelier, tu m'as trompe, sclrat, mais mes juges
m'entendront, et je me vengerai de tes horreurs.
     - Faites votre devoir, messieurs, dit aux sbires le flegmatique Zeno,
sans avoir l'air de prendre garde aux invectives qu'on lui adressait, emmenez
cette fille ; ne voyez-vous pas bien que la douleur lui trouble la cervelle.
A-t-on pris garde, ajouta ce monstre, aux recommandations que j'ai faites
d'excuter promptement les coupables ?
     - Excellence, dit un des sbires, en sortant deux ttes sanglantes de
dessous son manteau, voil comme vos ordres ont t excuts...
     Et Virginie tombe  la renverse, en reconnaissant son pre et son amant.
     - Quelle scne ! me dit Zeno tout bas ; vois comme elle me fait rebander.
Ah ! tchons d'tre seuls, et recommenons des horreurs.
     - Bien de plus simple, gardez les ttes et renvoyez les sbires.
     - Tu as raison... Sortez, messieurs, dit le chancelier dans deux heures,
Virginie sera dans les cachots de Venise ; laissez ces ttes, et retournez 
d'autres devoirs.
     - Un moment, dis-je bas  Zeno : le sbire qui tient ces ttes est-il le
mme que celui qui les a coupes ?
     - Oui.
     - Eh bien ! il y a ici, ce me semble, un raffinement d'outrages essentiel
 mettre en action. Quelque affreux que soit ce sbire, il faut qu'il foute la
fille, la main teinte encore du sang de son malheureux pre et de son triste
amant...
     - Assurment, dit Zeno, il y a l des choses dlicieuses  faire,
gardons-nous bien de les manquer.
     Un seul sbire s'en va, et Zeno s'enferme avec l'autre, Virginie, les
ttes, les trois femmes et moi. Nous rappelons la victime  la lumire, en
ayant soin de placer les ttes en face d'elle, pour qu'elles la frappent sitt
qu'elle ouvrira les yeux. Le sbire est charg du soin de rendre cette belle
fille au jour ; et ds qu'elle a repris l'usage de ses sens, c'est son pre,
c'est son amant qu'elle voit... c'est dans les bras de leur bourreau qu'elle
se trouve. Je branlais ce vilain homme, pendant qu'il donnait ses soins 
Virginie.
     - Foutez cette belle fille, lui dit le chancelier.
     - Oh ! monseigneur.
     - Je vous l'ordonne ; vous avez assassin le pre, je veux que vous
foutiez la fille ; vous avez tu l'amant, je veux que vous foutiez la
matresse.
     Et le coup de foudre qui frappe  ces mots Virginie la replonge encore,
presque sans connaissance, dans mon sein.
     - Un moment, dis-je  Zeno, ceci malheureusement va devenir ta dernire
dcharge ; il faut qu'elle soit complte, que tous les moyens qui sont en
notre puissance soient employs pour la rendre brillante.
     Et voici, sous ma direction, la tournure que je fis prendre au groupe
voluptueux que je dsirais. Le sbire se coule sous Virginie ; il l'enconne,
ouvre et prsente les fesses de cette sublime crature  Zeno, qui l'encule ;
de chacune de ses mains, Virginie tient une des ttes ;  cheval sur la
poitrine du sbire, je lui fais sucer mon con, en tournant mes fesses 
Virginie ; Zeno branle de droite et de gauche les deux culs de mes amies ; une
vieille le fouette. Vaincu par d'aussi dlicieuses sensations, il tait
difficile que le paillard y tnt ; il dcharge ; nous l'imitons tous ; mais
c'est sans mouvements que Virginie est arrache  cette scne d'horreurs.
     Nous partons. Le chancelier remet lui-mme sa victime dans les prisons du
palais, et dans vingt-quatre heures, au moyen de nos dpositions, Virginie se
trouve condamne. Tel tait le moment o nous l'attendions. A force d'or et de
sductions, Zeno fait immoler une autre fille  sa place. Virginie retombe
entre nos mains ; nous lui servons nous-mmes de bourreaux, et la malheureuse
ne gagne pas au change. Dieu ! quelle scne ! j'en dchargeai huit jours de
suite : peu d'infamies, sans doute, m'avaient plus chauffe que celle-l.
     Les femmes, de leur ct, continuaient d'abonder dans notre maison ; les
unes pour se faire dire leur bonne aventure, les autres pour s'y vautrer, avec
autant de mystre que d'impunit, dans tout ce que le libertinage avait de
plus recherch. Par les mesures que nous avions prises, nous pouvions fournir,
sous le voile le plus impntrable, des filles ou des garons aux femmes qui
nous frquentaient. Nous arrangions aussi des petits mnages qui, gns par
leurs parents, taient bien aises de trouver un asile chez nous. D'autres
parties se faisaient dans des appartements obscurs, o les hommes ne pouvaient
reconnatre les femmes que nous leur livrions. A combien de pres, par ce
moyen, nous avons donn leurs filles ;  combien de frres leurs surs, 
combien de prtres leurs pnitentes !
     Il me vint, un jour, deux femmes de vingt  vingt-cinq ans, charmantes,
qui, s'tant mutuellement chauff la tte sur moi, me supplirent de diriger
leurs jeux et de m'y mettre en tiers. Nous soupmes toutes les trois. Leur
manie consistait  me sucer la bouche et le con : elles se relayaient
rapidement, et de manire  ce que celle qui venait de me gamahucher, me
langotait, et que celle qui venait de baiser ma bouche suait aussitt mon
con. Il fallait que, pendant ce temps-l, je les branlasse chacune d'une main,
et qu'arme d'un godemich, je les foutisse ensuite toutes deux, pendant que
celle qui n'tait pas foutue se faisait gamahucher par celle qui l'tait. Je
n'avais jamais vu de femmes si lubriques : on ne se figure point ce qu'elles
inventrent, ce qu'elles me dirent, en se livrant  la lubricit ; une
d'elles, je m'en souviens, porta l'extravagance au point de dsirer d'aller se
faire foutre au milieu d'un hpital de vrols.
     Bien venu qui m'expliquera maintenant l'imagination des individus de mon
sexe : pour moi, j'y renonce. En gnral, on n'est pas plus vive, plus aimable
que ne le furent ces deux libertines : je crois que la nature favorise
infiniment davantage les tribades que les autres femmes, et que, comme elle
leur accorde une imagination plus sensible, elle leur a prodigu, de mme,
tous les moyens du plaisir et de la volupt[5].
     Je ne dois pas vous laisser ignorer non plus une partie bien
extraordinaire que j'excutai avec quatre citadines vnitiennes.
     Elles attendirent un jour orageux et vinrent me prendre en gondole, dans
le moment o les clairs sillonnaient la nue. Nous gagnons la grande mer ;
l'orage se dcide ; le tonnerre se fait entendre.
     - Allons, dirent ces coquines, voici l'instant, branlons-nous ; que ce
soit en bravant la foudre que nous lancions notre sperme...
     Et les garces se jettent sur moi comme des Messalines. Ma foi, je les
imite : trop sensible au plaisir pour tre refroidie par d'aussi simples
phnomnes de la nature, je blasphme, comme elles, le chimrique Dieu qui,
dit-on, les produit. Cependant le tonnerre gronde, la foudre tombe de toutes
parts ; notre gondole, rapidement lance, ne parat plus que le jouet des
flots : et nous jurons, nous dchargeons, nous bravons la nature alarme... en
courroux contre tout ce qui existe, et ne respectant que nos plaisirs.
     Une autre trs jolie femme m'envoya prier de venir djeuner dans son
palais. Je fus oblige de polluer, devant elle, son fils g de quinze ans ;
ensuite nous nous branlmes devant son fils. Elle fit descendre sa fille, qui
avait un an de moins ; elle m'ordonna d'exciter cette jeune personne, pendant
qu'elle se faisait enculer par son fils ; ensuite, elle tint elle-mme sa
fille aux attaques sodomites de son fils. Pendant ce temps-l, je gamahuchais
la demoiselle, et la mre branlait, avec sa langue, le trou du cul du fouteur
de sa fille. Je n'avais pas encore vu de tte plus libertine de sang-froid...
aucune de mieux organise. Ds qu'elle sut que nous vendions des poisons, elle
en acheta de toutes les sortes. Je lui demandai si elle s'en servirait pour
les jolis objets avec lesquels nous venions de jouir.
     - Pourquoi pas ? me dit-elle ; quand je me livre  ces infamies-l, je
n'y mets jamais de bornes.
     - Dlicieuse crature, lui dis-je, en baisant sa bouche, c'est que, plus
l'on brise de freins en ce cas, et plus l'on dcharge.
     - Je dchargerai donc bien, me dit-elle, car j'en briserai beaucoup...
     Six mois aprs, elle n'avait plus ni mari, ni pre, ni mre, ni enfants.
     Un membre du Conseil des Dix m'envoya chercher, pour servir de jouissance
 son fils qu'il enculait pendant ce temps-l.
     Un autre, de la mme Chambre, exigeait que je me branlasse avec sa sur,
vieille et laide ; il enculait cette sur. il m'en fit autant aprs ; puis je
reus cent coups de fouet par cette sur.
     Il n'tait pas, en un mot, de luxure, de dbauche, d'infamies, auxquelles
la Durand et moi ne nous livramions du matin au soir ; et il n'y avait pas de
jour que ce quadruple mtier de putain, de maquerelle, de sorcire et
d'empoisonneuse, ne nous rapportt mille sequins, et souvent bien davantage.
     Soutenues, aimes, recherches de tout ce qu'il y avait d'aimables
libertins dans les deux sexes  Venise, nous menions, sans aucun doute, la vie
la plus dlicieuse et la plus lucrative, lorsqu'un revers affreux vint
troubler notre union... m'enlever ma chre Durand et me faire perdre, en un
jour, et toutes les sommes que j'avais places sur Venise, et toutes celles
que j'y avais gagnes.
     Le sort s'annonait dans la punition qu'il prparait  la Durand, de mme
manire qu'il s'tait manifest pour moi. J'avais t punie, lorsque je fus
oblige de quitter Paris, pour n'avoir pas voulu porter le crime  son dernier
priode. La malheureuse Durand eut la mme fortune ; et nous pmes nous
convaincre, l'une et l'autre, par de si cruels exemples, que le plus dangereux
de tous les partis, quand on est dans le train du crime, est de revenir  la
vertu, ou de manquer de la force ncessaire  franchir les dernires bornes.
Car ce fut bien plutt le dfaut de courage que la volont qui manqua  mon
amie ; et, certes, si la malheureuse se perdit, ce fut plutt pour n'avoir pas
tout os que pour n'avoir pas tout voulu.
     Les trois inquisiteurs d'tat envoyrent, un matin, chercher la Durand ;
et aprs avoir exig d'elle le secret le plus inviolable, ils lui rvlrent
qu'ils avaient besoin de ses secrets destructeurs pour anantir une faction
nombreuse qui s'levait dans la ville.
     - Les choses sont malheureusement trop avances, lui dirent-ils, pour
employer les moyens juridiques : nous n'avons plus que celui du poison. Vous
savez avec quelle tranquillit nous vous avons laisse jouir du fruit de vos
forfaits, depuis trois ans que vous tes dans Venise : il faut nous en
tmoigner votre reconnaissance, en nous communiquant, ou en exerant pour
notre compte, aujourd'hui, des crimes dont il et t de notre devoir de punir
svrement les rsultats. Avez-vous le double secret de donner la peste dans
une ville, et d'en prserver ceux qui vous seront indiqus ?
     - Non, dit la Durand, quoiqu'elle possdt et l'un et l'autre de ces
secrets ; mais elle eut peur.
     - Cela est bon, rpondirent les magistrats en lui faisant ouvrir une
porte pour la congdier.
     Et ce qui acheva de la faire frmir, c'est qu'on ne prit pas mme la
peine de lui recommander le silence.
     - Nous sommes perdues, me dit-elle en rentrant.
     Et elle me raconta ce qu'il venait de lui arriver. Je voulus la renvoyer
 l'instant.
     - Ce serait la mme chose, me dit-elle ; j'excuterais que je perdrais de
mme la vie. : on me sacrifierait secrtement. Je vais mme te quitter fort
vite, afin de ne point te compromettre, si l'on venait  souponner que nous
nous fussions vues au retour.
     La malheureuse me quitte.
     - Adieu, Juliette, me dit-elle, nous ne nous reverrons peut-tre jamais...
     Il n'y avait pas deux heures qu'elle m'avait quitte lorsqu'on vint me
chercher de la part de la rpublique. Je suis les sbires ; j'arrive au palais
; on me fait passer, trs mue, dans une salle trs isole, presque aux
combles de la maison. Les sbires se rangent autour de moi et me gardent. Un
grand rideau de taffetas noir partageait cette salle. Deux des inquisiteurs
paraissent ; les sbires sortent.
     - Levez-vous, me dit l'un d'eux, et rpondez avec autant de clart que de
prcision. Avez-vous connu une femme nomme Durand ?
     - Oui.
     - Avez-vous exerc des crimes avec elle ?
     - Non.
     - Vous a-t-elle quelquefois mal parl du gouvernement de Venise ?
     - Jamais.
     - Juliette, dit gravement l'autre juge, vous en imposez dans vos rponses
; vous ne nous instruisez pas autant que nous le sommes ; vous tes coupable.
Tenez, continua-t-il en tirant le rideau et me laissant voir le corps d'une
femme pendue au plafond, dont je dtournai sur-le-champ les yeux avec horreur,
voil votre complice : c'est de cette faon que la rpublique punit les
fourbes et les empoisonneuses. Sortez sous vingt-quatre heures de son
territoire, ou voil le sort qui vous attend demain.
     Je m'vanouis. Quand je repris l'usage de mes sens, j'tais entre les
mains d'une femme que je ne connaissais point, et les sbires m'entouraient
encore. On m'entrana de cette salle.
     - Allez chez vous, me dit le chef des sbires, excutez fidlement...
ponctuellement les ordres de la rpublique. Ne rclamez point contre celui qui
confisque vos biens ; c'est--dire seulement ce que vous avez plac sur
Venise, vos meubles et vos bijoux. Partez avec le reste, ou vous tes morte si
demain le soleil vous retrouve encore dans la ville.
     - J'obirai, monsieur, rpondis-je, j'obirai, je n'ai pas envie de
rester plus longtemps dans un pays o l'on punit les gens pour n'avoir pas
voulu mal faire.
     - Silence, madame, silence ; si votre propos tait entendu par d'autres,
vous ne sortiriez pas de ce palais.
     - Allez, brave homme, dis-je  cet alguazil en lui remettant cent
sequins, je vous entende et vous remercie ; je ne serai plus demain dans vos
tristes lagunes.
     Mes malles furent bientt faites. Lila et Rosalba paraissaient dsirer
rester  Venise, o elles faisaient fort bien leurs affaires ; je les y
laissai ; je n'emmenai qu'une seule femme, qui ne m'avait pas quitte depuis
mon mariage, et dont je ne vous ai jamais parl, parce qu'elle ne jouait
jamais de rle dans mes aventures. Ayant la permission de garder mon
portefeuille et mon argent comptant, j'emportai plus de huit cent mille francs
; tout le reste fut confisqu au profit de la rpublique ; mais ce qui me
restait des fonds placs sur Rome, s'levant  cinq millions de rente,
suffisait  me consoler. Je dus, ds le mme soir, coucher  Padoue, d'o je
gagnai Lyon en moins de huit jours ; je m'y reposai. Ce petit carme me fit
violemment prouver le besoin de foutre ; et pour y satisfaire, je descendis
tout naturellement chez une clbre maquerelle dont on m'avait donn
l'adresse, et qui me fournit, pendant les quinze jours que je passai chez
elle, tout ce qui pouvait, dans l'un et l'autre sexe, satisfaire amplement mes
dsirs.
     Ne voyant plus aucun danger pour moi de retourner  Paris, puisqu'il y
avait longtemps que le ministre qui m'en avait chasse n'tait plus au monde,
je me dterminai d'y rentrer ; j'en fis part  Noirceuil, et j'attendis sa
rponse. Enchant de me revoir, ce cher et bon ami m'assura que je lui ferais
grand plaisir en venant lui montrer les progrs de son lve. J'crivis
sur-le-champ  l'abb Chabert de m'amener ma fille  Paris, dans un htel
garni que je lui indiquai. Nous y arrivmes presque au mme instant. Marianne
atteignait sa septime anne ; il tait impossible d'tre plus jolie ; mais la
nature tait muette en moi ; le libertinage l'avait teinte. Voil donc quels
sont ses effets : il semble qu'en s'emparant avec tyrannie d'une me, il ne
veuille y laisser aucun autre sentiment que ceux qu'il inspire, ou que, si,
par hasard, en dpit de lui, quelque autre parvient  nous pntrer, il ait
aussitt la puissance de le corrompre ou de le tourner  son profit. Je
n'prouvai, je dois en convenir, d'autres mouvements, en embrassant Marianne,
que ceux de la lubricit.
     - La jolie lve  former ! dis-je bas  Chabert. Oh ! je veux prserver
celle-l des fautes qui firent quitter Paris  sa mre, et de celles qui
firent perdre la Durand  Venise. Je lui ferai si bien sentir la ncessit du
crime qu'elle n'en quittera jamais la route, et si jamais la vertu voulait se
faire entendre au fond de son cur, je veux qu'elle y trouve le vice si bien
tabli qu'elle n'ait mme pas la possibilit de l'attaque.
     Chabert, qui avait prsid  l'ducation de Marianne, se plut  me faire
admirer tous ses petits talents : elle tait musicienne, dansait  merveille,
dessinait joliment... parlait italien, etc.
     - Et le temprament ? dis-je  l'abb.
     - Je crois qu'elle en aura, me rpondit Chabert, et si l'on n'y prend
garde, la petite friponne se branlera bientt.
     - Je l'aiderai, dis-je, je jouirai singulirement  recueillir les
premires preuves de sa nubilit.
     - Il faut attendre, me dit l'abb, ou vous risqueriez sa sant...
     Mais cette considration me touchait peu. L'abb, qui tait venu
plusieurs fois  Paris depuis mon absence, me remit au courant, et se chargea
du soin de dplacer mes fonds de Rome, pour en acqurir ici les deux belles
maisons de ville et de campagne que vous me connaissez.
     Ds le lendemain, je fus trouver Noirceuil ; il me reut avec la plus
grande marque de joie, et me trouva, dit-il, fort embellie. Ayant continu de
profiter de la faveur du ministre, tant qu'il. avait vcu, Noirceuil, depuis
mon dpart, avait tripl sa fortune, et tout Paris le dsignait aux premires
places.
     - Juliette, m'assura-t-il, sois bien certaine que je n'y monterai jamais
sans t'y lever avec moi. Tu es ncessaire  mon existence ; je n'aime 
commettre le crime qu'avec toi ; et de dlicieux dbordements s'offriront 
nous, si j'obtiens encore une plus grande somme de crdit que celle, trs
considrable, dont je jouis toujours : il sera donc alors ncessaire de nous
entendre pour profiter agrablement de cette veine...
     Il exigea ensuite le rcit de mes aventures ; et quand je vins  lui
parler des cinq cent mille francs que j'tais charge de remettre  Fontange
de Donis, leve dans un couvent de Chaillot, et qui devait tre ge de
dix-sept ans, il m'engagea vivement  nous amuser de cette fille et  mettre
les cinq cent mille francs dans ma poche. Ses raisonnements sur ces objets me
persuadrent tellement que je ne puis m'empcher de vous les rpter : il est
bon de vous prvenir que j'avais l'air de balancer, pour qu'il s'ouvrt
davantage  moi. Voici donc comment il combattit mes objections simules, un
soir que je soupais dans sa petite maison de la Barrire-Blanche.
     - Quand on a deux raisons pour faire une chose, Juliette, me dit-il, et
aucune pour ne la pas faire, je vous avoue qu'il me parat incroyable
d'entendre demander si on la fera. Quand on a trente ans, de l'esprit, point
de prjugs, plus de religion, plus de Dieu, aucun remords, la plus grande
habitude du crime, beaucoup d'intrt  faire cette chose, je vous avoue
encore qu'il me parat trs singulier d'entendre demander si on fera cette
chose ou non. Quand on a dans sa main tout ce qu'il faut pour oprer, que l'on
a dj fait des choses plus fortes, qu'on a trouv du plaisir  les faire, que
l'on a t vivement chatouill de ce plaisir, je vous avoue franchement
encore, lorsque la mme dose de plaisir et une beaucoup plus grande d'intrt
s'y trouvent, qu'il me parat trs singulier d'entendre demander si on
succombera. Vous mriteriez donc le fouet, ma chre Juliette, oui, le fouet,
pour oser me consulter sur une chose de cette futilit : je vous dclare donc
que si, dans quatre jours, elle n'est pas excute, je romps tout commerce
avec vous, et vous regarde comme une femme faible, mm caractre, qui ne sait
jamais se dcider  rien. M'objecterez-vous que vous tes assez riche pour
vous passer d'une somme qui doit faire le bonheur d'une malheureuse orpheline
? Ah ! Juliette, l'est-on jamais assez ? Je vous accorde que cette somme ne
doive vous servir qu' des superfluits : je vous demande si la jouissance de
ces superfluits, ne serait pas toujours prfrable, pour vous, au vain
plaisir de les donner  une petite fille que vous ne connaissez pas, et que
vous loigneriez par l des seuls plaisirs auxquels vous devez la soumettre.
     Examinons maintenant l'existence de cette petite fille... Oh ! oui, c'est
une chose assez importante pour mriter d'tre approfondie. Que vous est-elle
? Rien. Qui est-elle ? La btarde d'une femme avec qui vous avez fait du
libertinage : oh ! combien ces titres sont respectables ! Mais, voyons,
qu'arrivera-t-il si vous remplissez l'objet prescrit ? Personne au monde ne
vous en saura gr ; on dira seulement : elle a fait son devoir. Si, au
contraire, vous gardez la somme, jamais aucun individu ne saura qu'elle vous a
t confie, et vous aurez le dlicieux plaisir d'en jouir. Dites maintenant
lequel vous flattera le plus, ou ce vain et futile devoir, ou ces jouissances
que vous vous procurerez avec la somme ? Oh ! Juliette, pouvez-vous balancer
un instant ! Je vais plus loin : je ne connais pas cette fille, mais
examinez-la bien attentivement, regardez s'il n'est pas crit au son front :
C'est pour tes menus plaisirs que le ciel m'a mise en ce monde ; considre
toutes les fatalits qui nous runissent, et vois si ce n'est pas une victime
que t'offre la nature en mon individu... Oui, ces mots sont crits sur son
front, vous les y lirez ; et qui les a placs, si ce n'est la main de la
nature ? Mais, m'objecterez-vous peut-tre, c'est tromper les intrts d'une
amie ; plus j'ai eu de torts avec elle, et plus je dois les rparer. Il y a
deux choses  prouver ici : et que vous ne trompez point les intrts de votre
amie, et qu'il n'y a pas le plus petit mal  tromper les intentions d'un mort,
quel que soit le respect imbcile que l'on ait eu de tout temps pour cela. En
quoi manquerez-vous d'abord aux intentions de votre amie ? Son intention pure
et simple est que cette somme aille  sa fille ; mais il n'est pas dit que
vous ne deviez pas en jouir avant. Ainsi, gardez, avec l'intention de lui
laisser la somme aprs vous, si elle existe : et voil votre conscience en
repos, si tant est que vous ayez besoin de la calmer. Ce qui tromperait le
dsir de votre amie serait que vous laissassiez ce bien  un tiers ; mais
quand vous en jouirez avec le projet de le laisser aprs vous, assurment
l'intention se trouve parfaitement remplie. Mme de Donis ne vous a pas dit :
Conservez les jours de cet enfant, je vous les recommande, et si
malheureusement elle meurt, le bien sera  vous, et n'y sera que dans ce eu.
Elle vous a dit simplement : Voil cinq cent mille franco, je les laisse  ma
fille. Eh bien ! si cette fille vous survit, qu'elle les ait aprs vous, les
vux du mort sont remplis. Maintenant je vais plus loin : trompassiez-vous
mme les intentions de ce mort, quel respect imbcile pouvez-vous donc
imaginer qu'on puisse devoir aux ordres d'un individu qui n'est plus au monde
? On lse un individu en lui manquant lorsqu'il vit, parce que son existence
passive reoit la lsion, et qu'elle souffre du refus que vous faites de lui
obir ; mais quand cette existence est dtruite, la douleur ne peut plus avoir
lieu ; le choc est nul puisqu'il n'est plus d'tre qui puisse le recevoir ; il
est donc parfaitement impossible d'offenser un mort. Donc il rsulte que tout
hritier qui remplit  son dtriment un legs, dans l'unique vue de satisfaire
au dfunt, est un imbcile aussi complet que celui qui jetterait son argent
dans l'eau ; car celui-ci perd son argent, et l'autre sacrifie son bonheur 
la satisfaction d'un tre qui n'a plus d'existence, et je crois que l'un vaut
bien l'autre. Il y a, comme cela, tout plein de petites institutions bnignes
dans le monde, dont nous ne voulons pas nous dfaire, et qui n'en sont pas
moins ridicules pour cela. Toutes les clauses testamentaires ne doivent jamais
tre excutes : il est absurde de vouloir les remplir ; absurde de vouloir
donner  un homme la facult d'agir quand il est mort ; c'est contre toutes
les lois de la nature et du bon sens. Voil donc l'objet rsolu : en gardant
les cinq cent mille franco, vous ne trompez point les intentions de votre amie
; je vous l'ai, je crois, suffisamment dmontr. Examinons maintenant une
autre branche de votre dilemme : si je rends, je fais la fortune de cette
petite 
    fille ; si je ne rends pas, je fais mon bonheur. Voici comment l'on peut
rpondre  cela.
     Nous ne pouvons, ce me semble, estimer les qualits des autres que par
les relations intimes qu'ils ont avec nous : ainsi, nous ne devons aimer un
tre quelconque que parce que ses rapports s'enclavent avec les ntres ; sa
figure nous charme, son esprit, son caractre, sa manire d'tre, tout cela
nous donne du plaisir, et nous prouvons une jouissance relle  voir cet
objet ; mais entre deux jouissances, le bon sens dicte qu'il faut, quand on ne
peut en avoir qu'une, choisir incontestablement la meilleure. Telle est votre
position : ou il faut jouir de Fontange, en renonant aux cinq cent mille
francs, ou il faut jouir des cinq cent mille francs en renonant  Fontange.
Ici, je n'ai point de conseils  vous donner ; vous seule pouvez choisir la
jouissance qui vous conviendra le mieux. Comparez, dcidez, et souvenez-vous
seulement que, quelque parti que vous preniez, vous prouveriez ncessairement
un petit remords, car vous savez que la vertu en donne comme le crime. D'aprs
cela, si vous abandonnez Fontange et que vous gardiez l'argent, vous vous
direz : Pourquoi donc ai-je pris ce parti ? Je regrette cette jolie personne.
Si c'est le contraire que vous adoptez, vous direz : Que je suis faible !...
je jouirais de cinq cent mille francs, et je suis oblige de m'en passer
aujourd'hui... Mais observez que le premier de ces remords a ncessairement,
auprs de lui, une consolation relle, une consolation physique. Il est vrai
que j'ai perdu Fontange, direz-vous, mais je jouis ; au lieu que le second
n'a, pour toute consolation, qu'une jouissance isole, qu'un sacrifice mort 
la vertu, dont vous ne recueillerez jamais nul mrite, qu'une petite
satisfaction intrieure, qu'un plaisir intellectuel trs mdiocre par
lui-mme, et toujours troubl par l'autre remords. L'un vous donne une
privation de peu de consquence et une jouissance physique dlicieuse ;
l'autre, une privation trs relle et une simple jouissance de l'esprit. Votre
manire de penser, d'ailleurs, s'oppose  cette petite jouissance morale ; ce
n'est pas quand on ne croit  rien, ce n'est pas quand on dteste la vertu et
qu'on adore le vice, ce n'est pas quand on aime le crime par lui-mme et par
intrt, que l'on peut tre longtemps touch des jouissances vertueuses.
Comparez cela maintenant avec les charmes de jouir de vos cinq cent mille
francs, et vous verrez ce que vous prouverez. L'objet, dites-vous, est de
n'avoir point de remords : faites donc, sur-le-champ et sans balancer, le
crime que vous projetez ; car je vous rponds que, si vous ne le faites pas,
vous ne vous serez pas plus tt t la possibilit de le faire, que vous serez
dvore du regret d'avoir manqu une si belle occasion de possder cet argent.
Le crime n'est pas pour vous ce qu'il est pour les autres : vous tes parvenue
 y trouver un chatouillement trs vif, il vous cause de la volupt : ne
doutez donc point que cette volupt, dont vous jouirez d'autant mieux ici
qu'il n'y a plus de freins  rompre, ne contrebalance entirement la petite
peine que tout autre tre pourrait trouver  cette action.
     Ainsi, je vois pour vous, dans le cas du crime fait, d'abord une
jouissance  le faire, ensuite une jouissance  l'avoir fait ; et dans l'autre
cas, je ne vois qu'une privation dcide... privation dont vous allez souffrir
d'autant plus, que vos caprices augmenteront tous les jours, auront tous les
jours un nouveau besoin d'argent pour tre assouvis ; et pour tout
ddommagement, je ne vois que la douceur isole... momentane et faible pour
tous les tres... entirement frivole pour vous, d'avoir, non pas fait une
bonne action, mais une action fort ordinaire. Car, peut-tre vous la
passerais-je, s'il y avait ce qu'on appelle de l'hrosme, attendu qu'au moins
l'orgueil y serait satisfait, au lieu qu'ici il n'y a pas la plus lgre
jouissance : votre action n'est ni grande ni belle ; elle n'est que simple.
Vous ne faites aucun bien en laissant jouir Fontange, et vous vous faites un
trs grand mal en ne l'en empchant pas. Mais il faudra, dites-vous, se
dfaire de cette petite fille, pour qu'elle ne puisse jamais savoir le vol que
je lui fais. Eh bien ! ds que vous concevez  merveille les meurtres de
dbauche, il me semble que vous devez concevoir, tout aussi facilement, ceux
qui n'ont que l'intrt pour but. Tous deux sont galement inspirs par la
nature ; tous deux ont le mme objet et les mmes passions. On commet le
meurtre de dbauche pour s'irriter aux plaisirs des sens ; on commet toutes
les autres sortes de meurtres dans l'gale vue de satisfaire une passion. Il
n'y a pas  cela la plus lgre diffrence : toutes celles que vous y voudriez
tablir seraient frivoles ; le motif seul pourrait tablir quelque distance.
Or, il est assurment bien plus lgitime de se livrer au dlit, par un intrt
puissant, que par le seul agrment d'une chatouilleuse mission. Vous voulez
bien commettre le meurtre pour irriter votre tte, pour dlecter votre
imagination, et vous ne l'osez point quand il s'agit d'une fortune.
     Le rsultat est donc que, si les garements que Fontange vous procure
l'emportent sur ceux que vous pouvez attendre de son bien, il faut garder
Fontange, la marier, et jouir du sot et froid plaisir d'avoir fait votre
devoir... d'avoir fait une belle action, relative  Fontange, mais une trs
mauvaise par rapport  vous : car, ne vous y trompez pas, se priver d'une
mauvaise action n'est point du tout gal  en faire une bonne. Il peut,  la
rigueur, se rencontrer quelquefois un peu de mrite  faire une belle action ;
il n'y en a jamais  se priver du plaisir d'en faire une mauvaise ; parce que
la premire a de l'clat, et que l'autre n'en a point. La seconde branche du
rsultat est que, si les plaisirs que vous pourriez attendre de ce supplment
de fortune vous touchent plus que le bonheur de Fontange, il faut trs
promptement vous dbarrasser d'elle : car vous ne pouvez jouir de ces deux
bonheurs  la fois, et vous devez ncessairement sacrifier le plus faible.
     Examinons maintenant quelle est l'espce de sentiment que vous devez 
Mme de Donis... Aucun, ce me semble. La volupt vous a runies, le crime vous
a spares. Dt-elle exister encore, assurment vous ne lui devez rien ;
morte, beaucoup moins, saris doute. Il serait absurde, extravagant, d'avoir
encore un sentiment quelconque pour un tre qui ne peut plus en jouir ; on ne
doit aux mnes de cet tre ni respect, ni considration, ni amour, ni souvenir
; il ne peut occuper l'imagination en quelque sens que ce puisse tre, parce
qu'il ne le pourrait que dsagrablement, et vous savez qu'il est dans nos
principes de ne jamais laisser parvenir  l'esprit que des ides agrables ou
voluptueuses. Or, cette srie d'ides se prolonge en molestant la fille,
puisque ce fut par volupt que vous vous dftes de la mre : ces ides se
troubleraient, se dgraderaient infailliblement, si vous alliez maintenant
rendre service  la fille. Il n'y a donc non seulement aucun inconvnient  ce
que vous ne soyez utile en rien  cette fille, mais il est mme ncessaire 
votre volupt que vous la rendiez trs malheureuse. Les ides, nes de
l'infortune o vous allez la plonger, se renoueront  celles des atrocits
rpandues, excutes par vous, sur le reste de la famille ; et, de la runion
de toutes ces ides, natra ncessairement pour vous un tout voluptueux,
absolument absorb par des procds contraires.
     Ne m'allguez pas les sentiments de tendresse prouvs par vous,
autrefois, pour Mme de Donis. Il serait absurde de les rveiller, non pas
seulement  cause que vous les avez troubls par votre crime, mais parce qu'il
faut bien se garder d'en conserver le moindre pour quelqu'un qui n'existe plus
: ce serait user les facults de son cur  une chose inutile, et nuire  son
action pour des choses plus relles ; rien ne doit nous tre plus indiffrent
qu'un tre priv de la vie[6]. Ainsi, vous voil, vis--vis de Mme de Donis,
dans le eu o vous pouvez trs bien l'offenser, puisque vous ne lui devez
rien, et o, en l'offensant, vous n'offensez rien, puisqu'elle n'existe plus ;
il y aurait donc, je vous le rpte, la plus affreuse extravagance,  vous, de
balancer. Mais vous entendez, dites-vous, une voix secrte qui semble vous
dire de rsister ; vous me demandez si cette voix est celle de la nature ? Eh
! non, Juliette, non, non ; cette voix,  laquelle il est inconcevable que
vous puissiez vous tromper, n'est autre que celle du prjug auquel vous avez
la faiblesse de laisser encore quelque empire, parce qu'il s'agit ici d'un
genre de dlit qui ne vous est pas aussi familier que ceux o vous vous livrez
d'ordinaire, et qui, cependant, n'est autre chose que celui du vol que vous
aimez et o vous vous livrez journellement. Vous prenez donc bien certainement
ici la voix du prjug pour celle de la nature, tandis que celle-ci, bien
diffrente, sans doute, ne vous conseille que de vous rendre heureuse,
n'importe aux dpens de qui. purez-la donc, cette voix, dgagez-la de tout ce
qu'elle a d'htrogne : vous l'entendrez dans toute sa puret, et cessant de
flotter dsagrablement ainsi, vous agirez alors en paix, sans crainte de vous
donner des remords,
     crainte d'outrager une nature que vous servez, au contraire, en
accomplissant le crime qu'elle vous indique par le dsir qu'elle vous en donne.
     Ce que je ferais,  votre place, serait donc de m'amuser compltement de
cette jeune fille, de lui ravir son bien, et de la mettre ensuite dans une
telle position d'infortune que vous puissiez,  chaque instant, augmenter
votre bonheur des charmes de la voir languir : ce qui, pour la volupt, vaudra
mieux que de la tuer. La flicit que je vous conseille sera infiniment plus
vive : il y aura alors, et le bonheur physique acquis par la jouissance, et le
bonheur intellectuel n de la comparaison de son sort au vtre ; car le
bonheur consiste plus  ces sortes de comparaisons qu' des jouissances
relles. Il est mille fois plus doux de se dire, en voyant des malheureux : Je
ne leur ressemble pas, et voil ce qui me met au-dessus d'eux, que de se dire
tout simplement : Je jouis, mais je jouis au milieu de gens tout aussi heureux
que moi. Ce sont les privations des autres qui nous font sentir nos
jouissances ; au milieu d'tres qui en auraient d'gales aux ntres, nous ne
serions jamais contents : voil pourquoi l'on dit, avec beaucoup de raison,
que ce n'est jamais qu'au-dessous de soi qu'il faut regarder pour tre
heureux, jamais au-dessus. Si donc c'est le spectacle des malheureux qui doit
ncessairement complter notre bonheur par la comparaison fournie d'eux 
nous, il faut donc se garder de soulager ceux qui existent ; car en les
sortant, par ces secours, de la classe qui fournit  vos comparaisons, vous
vous privez de ces comparaisons, et, par consquent, de ce qui amliore vos
jouissances. Mais il ne faut pas s'en tenir  ne pas soulager les malheureux,
pour se conserver cette classe utile  des comparaisons d'o rsulte la plus
haute portion de votre bonheur : il faut en faire toutes les fois que
l'occasion s'en trouve, et pour multiplier cette classe, et pour en composer
une qui, devenant votre ouvrage, aiguise les dlices qui vont rsulter pour
vous des comparaisons fournies. Ainsi, la jouissance complte, ici, serait de
vous emparer du bien de cette fille, de la rduire ensuite  l'aumne, de la
contraindre, en quelque faon,  la venir demander  votre porte, o vous la
lui refuseriez cruellement, afin, en rapprochant ainsi l'infortune de vous,
d'amliorer votre jouissance par une comparaison plus intime, et d'autant
meilleure, que le dsordre procur devient votre ouvrage.
     Voil ce que je vous conseille, Juliette, voil ce que je ferais  votre
place... Je banderais tous les jours  ces dlicieuses ides... au spectacle
plus divin des malheurs que j'aurais causs ; et je m'crierais, au milieu de
ces dlicieux plaisirs : Oui, la voil ; je l'ai acquise par un crime, elle ;
et ce bien dont je paierai des volupts si douces, tout est crime ; je suis,
par ce procd, dans un tat perptuel de crimes ; il n'est pas un de mes
plaisirs qui n'en soit souill... Et avec votre imagination, Juliette, oh !
comme cette complication doit tre divine !
     Noirceuil bandait beaucoup en terminant sa digression, et comme nous
n'avions encore rien fait ensemble depuis mon retour, nous nous jetmes sur un
canap. L, je lui avouai que j'tais bien loin d'avoir balanc sur le sort de
cette petite fille, et que ce que je lui avais dit n'tait que pour lui donner
occasion de mieux dvelopper ses systmes. Je lui promis cette jeune personne,
en l'assurant que, quelque intressante qu'elle pt tre, nous la livrerions
bien srement au sein de la plus dplorable misre, aprs en avoir tir tout
ce que nous voudrions.
     - Oh ! Juliette, me dit Noirceuil, en maniant et baisant mes fesses, si
tu t'es dprave pendant ton voyage, je t'ai bien imite dans cet intervalle ;
et tu me retrouves mille fois pis que je n'tais encore : il n'est pas une
seule horreur o je ne me sois livr depuis que je ne t'ai vue. Le croirais-tu
? La mort de Saint-Fond est mon ouvrage. J'aspirais  la place ; je l'ai
manque ; mais je succde bien dcidment  celui qui l'occupe aujourd'hui ;
tous mes filets sont dj tendus pour le faire prir ; et quand j'aurai cette
place, que j'ambitionne autant parce qu'elle met en mes mains, et toute la
puissance du prince imbcile, et toute la richesse de son royaume, oh !
Juliette, de quelle somme de plaisirs nous jouirons alors ! Je veux que tous
mes instants soient marqus par des crimes : tu ne faibliras pas avec moi
comme avec Saint-Fond, et nous irons bien loin ensemble.
     Il fallut enfin prsenter le derrire  ce furieux ; mais il s'en retira
sans perdre de foutre.
     - J'attends quelqu'un, me dit-il. Il faut que je t'instruise c'est une
trs jolie crature d'environ vingt-deux ans, dont j'ai fait mettre le mari en
prison afin de possder la femme. Si elle dit un mot, cet poux peut tre
excut demain ; mais comme elle l'adore, elle se gardera bien de prononcer ce
mot. Elle a un enfant qu'elle idoltre ; je veux la faire renoncer  tout ; je
veux foutre la femme, faire rouer le mari et envoyer l'enfant  l'hpital. Il
y a deux mois que je travaille  cette opration et n'ai pu rien obtenir
encore sur l'amour et sur la vertu de cette femme. Tu vas voir comme elle est
jolie ; je veux que tu m'aidez  la sduire.
     Voici le fait. Un meurtre a t commis dans sa maison ; elle y tait
seule avec l'homme assassin, son mari et un autre homme. Elle devient tmoin
ncessaire ; l'homme a dpos contre le mari, mais il faut le tmoignage de la
femme, puisqu'elle tait seule en ce moment  la maison.
     - Sclrat ! c'est toi qui as conduit toute cette trame, tu as fait tuer
l'homme par le tmoin que tu as sduit, et qui a dpos que c'tait l'poux ;
tu veux que la femme en dise autant, et pour le plaisir de possder cette
femme, et pour celui, plus piquant encore, de l'avoir rendue l'assassin de son
mari.
     - Oh ! Juliette, comme tu me connais !... Oui, tu sa raison, j'ai fait
tout cela ; mais je veux complter mon crime et je compte sur toi... Ah !
comme je dchargerai voluptueusement ce soir en foutant cette femme.
     Elle arriva. Mme de Valrose tait effectivement une des plus jolies
cratures qu'il ft possible de voir : petite, mais faite  peindre... de
l'embonpoint, la peau blouissante, les plus beaux yeux du monde, la gorge et
les fesses moules.
     - Eh bien ! madame, lui dit Noirceuil, tes-vous dcide ?
     - Oh, ciel ! rpondit, les larmes aux yeux, cette charmante femme,
comment voulez-vous que je me dcide  une telle horreur ?
     - Prenez garde  vous, madame, dis-je vivement ici ; M. de Noirceuil, en
me mettant au fait de ce qui vous regarde, m'a permis de vous donner un avis :
songez que votre poux est dj perdu, n'y et-il qu'un tmoin, et vous savez
qu'il y en a un ; ce seul tmoin suffirait  le perdre.
     - Mais, madame, il n'est point coupable : le tmoin qui le charge est le
meurtrier lui-mme.
     - Vous ne le persuaderez jamais  vos juges : ce tmoin n'avait nul
rapport avec l'homme assassin, et M. de Valrose en avait beaucoup. Vous devez
donc regarder votre mari comme perdu ; c'est incontestable. Or, puisque dans
cette terrible certitude, M. de Noirceuil, dont vous connaissez le crdit,
vous offre de le sauver, si vous voulez dposer contre lui, je ne...
     - Mais  quoi sert cette dposition, puisqu'il veut le sauver ?
     - Il ne le peut sans cette dposition ; c'est d'elle dont il se servira
pour prouver que la procdure est informe, et les faits calomnieux, saris
doute, ds que la femme sert elle-mme de tmoin.
     - Mais alors, je serais punie ?
     - Un couvent... dont nous vous tirerons huit jours aprs... Oh ! madame,
comment se peut-il que vous balanciez ?
     - Mais mon mari me croira coupable ; il saura que j'ai voulu le perdre :
cette ide psera sur mon cur, je ne pourrai jamais revoir cet poux ador :
je ne le sauve qu'en me brouillant ternellement avec lui.
     - J'en conviens, mais ne vaut-il pas mieux cela que de l'envoyer  la
mort ? Et, si vous l'aimez vritablement, ne devez-vous pas prfrer sa vie au
bonheur de le possder ? S'il meurt, n'en serez-vous pas de mme spare ?
     - Funeste alternative !... Et si l'on me trompe... si cet aveu achve de
le perdre, au lieu de le sauver ?
     - Ce soupon injurieux, dit alors Noirceuil, est la rcompense du bien
que je veux vous faire, madame, et je vous en remercie.
     - En vrit, repris-je avec chaleur, vous mriteriez, madame, que M. de
Noirceuil vous abandonnt sur-le-champ : comment osez-vous souponner ainsi le
plus vertueux des hommes ?
     - Il met, aux soins qu'il veut me rendre, un prix qui me dshonore.
J'idoltre mon mari, je ne lui ai manqu de mes jours, et ce n'est pas quand
il est dans le malheur que je comblerai son infortune par un aussi sanglant
outrage.
     - Cet outrage est imaginaire, jamais votre poux ne s'en doutera. Avec
l'esprit que vous annoncez, je suis tonne que vous teniez  ces chimres. Ce
ne sont point vos sentiments, d'ailleurs, que dsire M. de Noirceuil, ce ne
sont que vos faveurs, et la lsion, ds lors, doit vous paratre beaucoup
moins sensible. Mais, je vais plus loin : cette lsion dt-elle mme exister,
de quelle considration devient-elle ds qu'il s'agit de sauver votre poux ?
Il me reste donc  dfendre M. de Noirceuil sur le prix qu'il exige. Ah !
madame, vous connaissez bien peu l'esprit du sicle, si vous supposez qu'on
oblige gratuitement aujourd'hui. En vrit, M. de Noirceuil, pour un service
que vous ne payerez pas encore assez de votre fortune entire, se contente,
selon moi, de bien peu, en n'exigeant que vos faveurs. En un mot, vous tenez
dans vos mains la vie de votre poux : sauv en l'accusant, perdu si vous ne
le chargez pas, voil votre sort ; prononcez.
     Et ici, la chre petite femme tomba dans une crise pouvantable de
douleurs, qui mit Noirceuil dans un tel embrasement que le sclrat vint se
faire branler par moi sous ses yeux. Elle s'vanouit.
     - Allons, sacredieu, trousse-la ! dit Noirceuil que je la foute...
     Et comme, en la dlaant, j'avais mis sa jolie gorge  l'air, Noirceuil
la ptrissait dj de cette manire barbare dont il avait coutume de caresser
cette partie. J'achve de dshabiller cette pauvre petite crature ; et la
plaant sur mes genoux, toujours vanouie, j'expose ce joli cul  ce libertin
qui, pendant que je lui tiraille les poils en dessous, se dispose  la
sodomie, suivant son usage. Noirceuil, qui ne se souciait nullement de mnager
sa victime, pntre avec tant de violence que la moribonde ouvrit enfin les
yeux...
     - O suis-je ? s'cria-t-elle, et qu'ose-t-on entreprendre ?
     - Un peu de patience, mon enfant, rpondis-je assez durement, et l'on
aura bientt de vous tout ce que l'on en veut...
     - Mais on me fait des choses...
     - Que jamais n'entreprit votre poux, n'est-ce pas ?
     - Jamais, jamais ; cette horreur me fait frissonner.
     - Songez donc, madame, dit le froce Noirceuil, enculant toujours, qu'il
ne s'agirait que de couper la cloison qui spare, pour rendre absolument nulle
l'action contre laquelle vous vous rcriez ; et si vous voulez, Juliette, avec
un rasoir...
     - Fouts, fouts, Noirceuil ! tu commences  draisonner...
     Et la petite femme, se dbattant toujours :
     - Oh ! lchez-moi, c'est une violence, c'est une abomination !
     - Double putain ! dit Noirceuil s'armant d'un pistolet dont il lui met le
bout sur la tempe, si tu me dranges, si tu dis un mot, tu es morte...
     C'est alors que la malheureuse conoit que la rsignation est son seul
lot. Elle abaisse sur mon sein sa belle tte en larmes, je lui pince la motte,
et la lui pile, et lui occasionne, en un mot, des douleurs si vives que
Noirceuil, serr dans cet anus comme dans un tau, se sent prs d'lancer son
foutre. Il saisit les ttons en dessous avec une telle violence, les douleurs
deviennent si cuisantes, que le coquin dcharge en jetant les hauts cris. Il
se retire ; et, me jetant sur cette charmante femme, j'en jouis  mon tour, en
mourant de plaisir. Cette scne ranime Noirceuil ; bandant encore, il veut s'y
joindre ; par mon attitude, mes fesses lui sont prsentes, il les baise et,
mettant son vit dans la bouche de Valrose, il lui ordonne de le sucer ; le
premier mouvement en est d'horreur, le second un de dsobissance. Quel groupe
! J'tais couche sur Valrose ; Noirceuil, en sens contraire, l'tait
galement sur moi ; il s'excitait dans la bouche de cette jolie petite femme,
et venait gamahucher mon cul. Je couvris de foutre le con de ma branleuse ;
Noirceuil rpandit le sien dans sa bouche. Nous nous rajustmes.
     - Eh bien ! dit Noirceuil quand il fut de sang-froid, voil l'infidlit
commise ; balancerez-vous maintenant  sauver votre mari ?
     - Eh ! monsieur, cela le sauvera-t-il ? dit cette charmante crature, de
l'air le plus doux et le plus intressant ; tes-vous bien sr que cela le
sauvera ?
     - Je vous en fais le serment le plus sacr, dit le tratre, et je consens
 ne jamais renouveler avec vous les plaisirs que je viens de goter si je
vous trompe. Venez me trouver demain matin, nous irons ensemble chez le juge,
vous signerez que votre mari est coupable ; je vous le rends aprs-demain.
     - Oh ! Noirceuil, dis-je bas  ce monstre, que j'idoltre en toi cette
persvrance dans le crime, mme au moment o s'teignent les passions qui
semblent t'y porter.
     - N'en ai-je pas joui ? me rpondit Noirceuil ; et ne sais-tu pas que mon
foutre signe toujours un arrt de mort ? Nous nous retirmes. Mme de Valrose,
que je ramenai, me supplia de m'intresser pour elle ; et je le lui promis,
avec la sincrit que l'on doit  une putain dont on est lasse. Le lendemain,
elle dposa ; le surlendemain, Noirceuil arrangea les choses avec tant d'art,
que la pauvre petite malheureuse fut dclare complice du mari et pendue prs
de lui, dans la mme heure o celui-ci fut expos sur la roue, aprs avoir t
rompu. Je branlai Noirceuil,  une croise d'o nous vimes toute l'expdition
; il me le rendait. Depuis longtemps, je n'avais ai dlicieusement dcharg.
Noirceuil demanda l'enfant, par motif de commisration : il l'obtint, le
foutit et le mit  la porte au bout de vingt-quatre heures, sans lui donner le
moindre secours.
     - Cela vaut bien mieux que de le tuer, me dit-il, ses souffrances seront
bien plus longues, et je jouirai bien plus longtemps d'en tre la cause.
     Cependant l'abb Chabert m'avait trouv tout ce qu'il me fallait. Je
m'tablis, au bout de huit jours de mon arrive  Paris, dans un htel
dlicieux, vous le connaissez ; et j'achetai, prs d'Essonnes, la belle terre
o nous voici runis ; je plaai le reste de mon bien en diffrentes
acquisitions, et me trouvai, mes affaires faites,  la tte de quatre millions
de rente. Les cinq cent mille francs de Fontange servirent  meubler mes deux
maisons, avec la magnificence que vous y voyez. Je m'occupai, ensuite,
d'arrangements libidineux ; je me formai les diffrents srails de femmes que
vous me connaissez,  la ville et  la campagne ; je pris trente valets de la
plus belle taille et de la plus dlicieuse figure, choisis surtout  la
grosseur du membre, et vous savez l'usage que j'en fais. J'ai, de plus, six
maquerelles qui ne travaillent absolument que pour moi dans Paris, et chez
lesquelles, quand je suis  la ville, je me rends trois heures tous les jours.
A la campagne, elles m'envoient ce qu'elles dcouvrent, et vous avez souvent
pu juger de leurs fournitures. Peu de femmes, d'aprs cela, doivent se flatter
de jouir plus dlicieusement de la vie ; et cependant je dsire toujours ; je
me trouve pauvre ; mes dsirs sont mille fois suprieurs  mes facults ; je
dpenserais le double, si je l'avais ; et il ne sera jamais rien que je ne
fasse pour augmenter encore ma fortune ; criminel ou non, je ferai tout. Ds
que ces divers arrangements furent pris, j'envoyai chercher Mlle de Donis 
Chaillot ; je fis payer sa pension, et la retirai. Rien, dans la nature
entire, n'tait aussi joli que cette fille. Reprsentez-vous Flore elle-mme,
et vous n'aurez encore, de ses grces et de ses attraits, que la plus
imparfaite ide. Age de dix-sept ans, Mlle de Donis tait blonde ; ses
cheveux superbes la couvraient en entier ; ses yeux taient du plus beau brun
: on n'en vit jamais de plus vifs, ils ptillaient  la fois d'amour et de
volupt ; sa bouche dlicieuse ne paraissait s'ouvrir que pour l'embellir
encore ; et ses dents, les plus belles du monde, ressemblaient  des perles
qu'on avait semes sur des roses. Nue, cette superbe fille et pu servir de
modle aux Grces. Quelle motte rebondie ! quelles cuisses rondes et
apptissantes ! quel sublime cul !  Fontange ! qu'il fallait tre  la fois
cruelle et libertine, pour ne pas faire grce  tant d'attraits, et pour ne
pas t'excepter, au moins, du sort rigoureux que je destinais  toutes mes
jouissances !
     Prvenue depuis cinq ans, par sa mre, de me rendre tous les respects et
tous les soins possibles, aussitt qu'elle sut que c'tait moi qui l'envoyais
prendre, elle se flicita intrieurement de ce bonheur ; et en arrivant,
blouie de ce faste, de cette multitude de valets, de femmes, de cette
magnificence de meubles, dont elle n'avait encore aucune ide, n'tant jamais
sortie de son couvent, elle s'imagina voir l'Olympe et se crut transporte,
toute vive, dans le sjour azur des dieux : peut-tre mme me prenait-elle
pour Vnus. Elle se jette  mes genoux ; je la relve ; je baise sa jolie
bouche de rose, ses deux grands yeux et ses deux joues d'albtre que la pudeur
anima, sous mes lvres, du plus joli vermillon de la nature. Je la presse
contre mon sein et je sens son petit cur battre sur ma gorge, comme celui de
la jeune colombe qu'on arrache au sein de sa mre. Elle tait assez bien
vtue, quoique avec simplicit : un joli chapeau de fleurs, de superbes
cheveux blonds, retombant en boucles flottantes sur deux paules
dlicieusement coupes. Elle me dit, du son de voix le plus doux et le plus
flatteur :
     - Madame, je rends grce au ciel qui me procure l'avantage de vous
consacrer ma vie ; je sais que ma mre est morte, et je n'ai plus que vous
dans le monde.
     Alors ses paupires se sont mouilles, et j'ai souri.
     - Oui, mon enfant, lui ai-je dit, votre mre est morte ; elle a t mon
amie ; elle mourut singulirement... elle me laissa de l'argent pour vous. Si
vous vous conduisez bien avec moi, vous pourrez tre riche ; mais tout cela
dpendra de votre conduite, de votre aveugle obissance  toutes mes volonts.
     - Je serai votre esclave, madame, me rpondit-elle, en se courbant sur ma
main.
     Et je rebaisai sa bouche une seconde fois avec un peu plus de dtail. Je
fis dcouvrir la gorge... Elle rougissait, elle tait mue, et m'adressait
nanmoins, toujours avec esprit, ce qu'elle pouvait placer d'honnte et de
respectueux. Alors je la reprends une troisime fois dans mes bras, ses
cheveux pars, sa jolie gorge bien nue, et je lui dis, en dvorant sa bouche :
     - Je crois que je vous aimerai, car vous tes douce et frache...
     L'ide de la scandaliser me vint alors : rien n'est joli comme le
scandale donn par le vice  la vertu. Je sonne mes femmes ; je me fais mettre
nue devant cette jolie petite fille ; et m'examinant devant une glace :
     - Est-il vrai, Fontange, lui dis-je en la baisant, est-il vrai que mon
corps est beau ?
     Et la pauvre petite dtourna les yeux en rougissant. J'avais, autour de
moi, quatre de mes plus belles femmes : Phryn, Las, Aspasie et Thodore ;
toutes quatre de seize  dix-huit ans, et plus belles que Vnus.
     - Approchez donc, mademoiselle, lui dit Las, c'est une faveur que madame
vous accorde ; il faut en profiter.
     Elle vient, en baissant les yeux. Je lui prends la main ; je la place sur
moi.
     - Comme elle est enfant ! dis-je  mes femmes. Phryn, faites donc voir 
cette petite fille ce qu'il faut qu'elle fasse...
     Et me penchant sur une ottomane, Phryn s'assoit  mes cts, prend ma
tte sur son sein et me branle le clitoris. Aucune femme ne s'acquitte de ce
devoir comme celle-l. Son excution est savante, ses coups de doigts lascifs
; elle baise et caresse singulirement le derrire ; sa langue, quand je le
veux, chatouille l'anus  merveille ; ses mouvements, au mont de Cypris,
s'accordent tonnamment bien avec ceux de l'autre temple, qu'elle suce
dlicieusement quand on veut. Pendant qu'elle agissait, Las, juche sur ma
poitrine, venait, en s'accroupissant sur ma bouche, me faire sucer son petit
con ; Thodore me branlait le cul, et la belle Aspasie rapprochait Fontange du
spectacle, en l'obligeant d'y fixer les yeux, et la branlant pour adoucir ses
maux.
     - Est-ce que vous n'avez jamais fait la mme chose avec vos compagnes ?
lui demandait Aspasie.
     - Oh ! jamais !
     - C'est impossible, disais-je, tout en suant le cul de Las, je sais
qu'on se branle beaucoup au couvent... J'avais dj trouss toutes mes
compagnes  votre ge.
     Puis, quittant le con que je suce :
     - Venez me baiser, lui dis-je.
     Elle avance ; je la dvore.
     - Dshabillez-la donc, dis-je  mes femmes.
     Et l'attitude se rompt un moment pour quitter, toutes  la fois, les
incommodes vtements qui gnent mes plaisirs. Toutes les cinq sont en un
instant aussi nues que moi. Dieu ! que Fontange tait belle ainsi ! que de
blancheur ! quelles proportions !
     - Allons, dis-je, qu'on la place sur moi, de manire  ce que j'aie son
petit con sur mes lvres. Vous, Aspasie, vous saisirez le cul qu'elle vous
offrira par cette posture, et vous lui langoterez l'anus. Phryn, vous lui
branlerez le clitoris, de manire  ce que le foutre qu'il exhalera vienne
distiller dans ma bouche. Je vais carter mes cuisses : vous, Thodore, vous
gamahucherez mon con, et vous, Las, vous lcherez le trou de mon cul. De
grce, mes belles amies, mettez en usage tout ce que vous savez ; usez de
toutes vos recherches, car cette petite fille m'excite beaucoup, et je veux
perdre, pour elle, infiniment de foutre.
     Je n'ai pas besoin de vous peindre tout le plaisir que je devais retirer
de cette voluptueuse scne : j'tais dans l'ivresse. Enfin, la volupt
s'empare de la jeune Fontange ; elle ne peut rsister aux dlicates sensations
dont elle est enivre. La pudeur cde au plaisir, et la novice dcharge. Oh !
comme un premier foutre est dlicieux ! avec quels dlices je le dvorait !
     - Retournez-la, dis-je  mes femmes ; qu'elle place sa tte entre les
cuisses de Thodore, et qu'elle la gamahuche ; moi, je lui branlerai le cul
avec la langue ; Las me le rendra ; je manierai, je branlerai un cul de
chaque main.
     Nouvelle extase, nouvelle jaculation de ma part ; je n'y tiens plus ; je
saisis Fontange ; je me prcipite sur elle ; je runis mon clitoris au sien ;
je frotte avec ardeur ; je dvore sa bouche ; mes femmes branlent mon cul, le
fouettent, passent leurs mains en dessous pour chatouiller ma motte, me
comblent, en un mot, de plaisir, et je dcharge pour la dixime fois au moins,
en mondant de mon sperme impur le con dlicieux de la plus vierge et de la
plus jolie des filles.
     Le foutre jacul, l'illusion disparut. Toute belle qu'tait Fontange, je
ne la voyais plus qu'avec cette indiffrence maligne qui rveille en moi la
cruaut, quand je me suis rassasie des objets, et bientt sa sentence est
crite au fond de mon cur.
     - Rhabillez-la, dis-je  mes femmes.
     J'en fais autant ; nous restons seules.
     - Mademoiselle, lui dis-je svrement, n'arguez rien de ce moment
d'ivresse o la nature m'a plonge malgr moi ; n'allez pas vous imaginer que
ce soit, de ma part, une affaire de prdilection ; j'aime les femmes en
gnral ; vous m'avez satisfaite ; tout est dit. Il faut maintenant que vous
sachiez que votre mre m'a remis cinq cent mille francs pour vous composer une
dot : comme vous auriez pu l'apprendre par d'autres, il est plus simple que je
vous en prvienne.
     - Oui, madame, je le savais.
     - Ah ! vous le saviez, mademoiselle, je vous en flicite ; mais ce que
vous ne saviez pas, c'est que madame votre mre doit ici cette mme somme  un
certain M. de Noirceufl, auquel je l'ai remise, et qui, de ce moment-ci,
devient le matre de vous en faire prsent, ou de la garder, puisqu'elle lui
appartient. Je vous mnerai demain chez ce M. de Noirceuil, et vous exhorte 
beaucoup de complaisance, s'il lui arrive d'exiger de vous quelque chose.
     - Mais, madame, les leons de morale et de pudeur qui ont fait la base de
l'excellente ducation que j'ai reue s'accordent mal avec vos conseils...
     - Ajoutez : mes actions, pendant que vous tes en train de me gronder ;
je vous conseille de me reprocher jusqu'aux bonts que j'ai eues pour vous.
     - Je ne dis pas cela, madame.
     - Ah ! dites-le, si vous le voulez, je vous amure que vos reproches me
touchent aussi peu que vos loges : on s'amuse d'une petite fille comme vous,
on la mprise aprs.
     - Du mpris, madame !... J'avais cru qu'on ne mprisait que le vice.
     - Le vice amuse, et la vertu fatigue ; or, je crois que ce qui sert  nos
plaisirs doit toujours l'emporter sur ce qui n'est bon qu' donner des
vapeurs... Mais, vous rpondez, ma belle ; vous tes insolente, et vous n'tes
pas, il s'en faut, au degr de supriorit qui peut faire excuser ce travers ;
je vous prie donc de laisser l toutes ces discussions, mademoiselle ; le fait
est que je ne vous dois rien, que j'ai pay  un crancier de votre mre ce
que j'tais charge de vous remettre, et qu'il dpend absolument de ce
crancier de vous rendre cette somme ou de la garder, et je vous avertis qu'il
la gardera, si vous n'avez pas pour lui les gards les plus tendus.
     - Et de quel genre, madame ?
     - Du genre de ceux que je viens d'exiger de vous : il me semble que vous
devriez m'entendre.
     - En ce cas, madame, votre M. de Noirceuil gardera donc tout ; je ne suis
point faite pour le mtier infme que vous me proposez ; et si, par respect
pour vous, par faiblesse ou par enfantillage, j'ai pu tout  l'heure oublier
mes devoirs, vous m'avez trop ouvert les yeux pour ne m'avoir pas punie de mon
erreur...
     Et des larmes coulrent alors avec abondance des plus beaux yeux du
monde...
     - En vrit, dis-je, il est bien singulier de se voir faire une scne,
parce qu'on n'est pas aux genoux de mademoiselle. Eh ! grand Dieu, o en
serions-nous, nous autres libertines, s'il fallait adorer toutes les petites
putains qui nous branlent ?
     Et,  ce mot de putain, des cris de dsespoir se firent entendre ; on se
prcipita la tte sur la table, on hurla, on inonda la chambre de larmes ; et
ce n'tait pas, je l'avoue, sans un plaisir bien piquant et bien vif que
j'humiliais ainsi celle qui venait d'encenser mes luxures. La chute de
l'illusion console l'amour-propre, et l'on aime  se ddommager alors, par des
mpris, du fol encens qu'on brla pour l'idole : cette petite pcore
m'irritait  un point que je ne saurais peindre.
     - coutez, lui dis-je, mon enfant, si M. de Noirceuil ne vous donne pas
votre dot, vous me servirez : j'ai prcisment besoin d'une fille de cuisine,
vous laverez la vaisselle au mieux...
     Et les larmes redoublrent ici  un tel excs que je crus qu'elle allait
suffoquer...
     - Eh bien ! continuai-je, si ce moyen-l ne vous plat pas, il vous reste
celui de la mendicit, ou de la prostitution... Tenez, ce dernier parti, je
vous le conseillerais, moi ; vous n'tes pas mal : il est inou ce que vous
gagneriez  branler des vits.
     - Madame, dit Fontange en se levant comme une furieuse, je ne suis faite
ni pour l'un ni pour l'autre de ces mtiers ; laissez-moi sortir de chez vous
; je me repens des actions o je me suis livre ; j'en demanderai pardon,
toute ma vie,  l'tre suprme... Je vais retourner dans mon couvent.
     - On ne vous y recevra plus ; personne n'y paiera votre pension.
     - J'y ai des amies.
     - On n'en a plus quand on est pauvre.
     - Je travaillerai.
     - Allons, allons, calmez-vous, petite imbcile, schez ces pleurs ; mes
femmes, ce soir, vont avoir soin de vous, je vous mnerai demain chez
Noirceuil, et peut-tre ne le trouverez-vous pas, si vous tes douce, aussi
dur et aussi mchant que moi.
     Je sonne, recommande cette jeune fille  mes tribades, fais mettre mes
chevaux, et vole chez Noirceuil. Il me demande des dtails ; en lui peignant
Fontange avec les seules couleurs de la vrit, je devais ncessairement
l'enflammer.
     - Vois, me dit-il en me montrant un vit trs roide, vois, Juliette,
l'effet de tes foutus pinceaux.
     Et me faisant passer dans son boudoir, il fallut absolument consentir 
lui satisfaire quelques-unes de ces fantaisies bizarres qui doublent les
effets du dsir sans l'teindre ; qui ne sont pas des jouissances, mais qui,
sur des ttes libertines comme celle de Noirceuil, valent mieux que toutes les
conjonctions licites ou de l'hymen ou de l'amour. Nous fmes deux heures, car
j'aime aussi toutes ces petites horreurs-l. Je les satisfais  des hommes,
avec le mme plaisir qu'ils prennent  m'y soumettre ; leur lubricit allume
la mienne : je ne les ai pas plus tt contents, que je veux que l'on me
contente  mon tour ; et aprs quelques heures de plaisir, qui ne nous
cotrent aucune perte, tel fut  peu prs le discours que tint Noirceuil :
     - Une fantaisie bien extraordinaire me tourmente depuis bien longtemps,
Juliette, et j'attendais ton retour avec impatience, n'y ayant que toi seule
au monde avec qui je pusse la satisfaire. Je veux me marier... me marier deux
fois dans le mme jour :  dix heures du matin, je veux, habill en femme,
pouser un homme ;  midi, vtu en homme, pouser un bardache comme femme. Je
veux plus... je veux qu'une femme m'imite : et quelle autre femme que toi
pourrait servir cette fantaisie ? Il faut que, vtue en homme, tu pouses une
tribade  la mme messe o, comme femme, j'pouserai un homme ; et que, vtue
en femme, tu pouses une autre tribade vtue en homme, quand, ayant repris les
habits de mon sexe, j'pouserai, comme homme, un bardache habill en fille.
     - Assurment, vous l'avez dit, monsieur, cette passion est bizarre.
     - Oui, mais comme Nron pousa Tigellin comme femme et Sporus comme
homme, je n'invente, moi, que la double liaison dans un mme jour, et la
fantaisie de me voir imit par toi. Les liens qui nous unissent dj aux
objets qui vont servir cette fantaisie sont encore des pisodes neufs, et que
Nron ne trouva pas. Les deux femmes  toi sont d'abord Fontange, qui, revtue
d'habits de notre sexe, t'pousera comme homme, et ta fille qui, revtue des
habits du sien, t'pousera en secondes noces, lorsque toi tu seras vtue en
homme. Mon poux et ma femme,  moi, les voici : deux enfants, Juliette, oui,
deux enfants que tu ne me connais pas, et que personne au monde ne connat.
L'un a prs de dix-huit ans, c'est mon poux : il est vigoureux et beau comme
Hercule ; l'autre a douze ans, c'est l'Amour. Tous deux sont les fruits de
nuds trs lgitimes ; l'un est de ma premire femme, l'autre de ma sixime :
tu sais que j'en ai eu huit ?
     - Mais vous m'aviez dit, ce me semble, qu'il ne vous restait plus
d'enfants ?
     - Ils taient morts au monde ; on levait, par mes soins, l'un et
l'autre, dans un de mes chteaux, au fond de la Bretagne, et jamais ils n'ont
vu le jour. Ils viennent d'arriver en mon htel, dans une chaise ferme ; ce
sont de vrais sauvages,  peine savent-ils parler. Qu'importe ! bien mens,
ils serviront  la crmonie ; le reste est notre affaire.
     - Et d'affreuses bacchanales suivront sans doute une fantaisie
extraordinaire ?
     - Assurment.
     - Et vous voulez, Noirceuil, que ma malheureuse Marianne, que j'adore,
devienne, sans doute, une victime de ces pouvantables orgies ?
     - Non, me dit-il, elle y sera, c'est tout ce qu'il faut  ma luxure ;
mais tu peux tre bien certaine qu'il ne lui sera fait aucun mal : tes femmes
l'amuseront pendant que nous serons  l'ouvrage ; voil tout...
     J'accepte tout ; et l'on va voir comment le sclrat tint parole.
     Ce ne fut pas sans peine que je fis comprendre  Mlle de Donis le bizarre
arrangement de cette scne : la vertu s'arrange mal des extravagances du vice.
Moiti crainte, moiti complaisance, la malheureuse consentit  tout, sous ma
parole la plus sacre, que le dnouement de ces noces scandaleuses n'aurait
rien qui pt alarmer sa pudeur. La premire crmonie se faisait dans une
petite ville, loigne de deux lieues du chteau magnifique que Noirceuil
possdait en Orlanais, et dans lequel devait se clbrer la fte ; la
seconde, dans la chapelle mme de ce chteau.
     Je ne vous ennuierai pas des dtails de cette double fonction ; vous
saurez seulement que tout s'y passa avec dcence, rigueur et ponctualit ; la
partie civile s'excuta avec autant de respect que la partie religieuse. Il y
eut des anneaux, des messes, des bndictions, des dots constitues, des
tmoins : rien ne manqua. Les plus savantes toilettes dguisrent artistement
les sexes, et les embellirent quand il le fallut.
     A deux heures du soir, le double projet de Noirceuil fut rempli ; et
comme il se trouvait  la fois l'pouse de l'un de ses fils Let] le mari de
l'autre, je me trouvais, de mme, le mari de ma fille et l'pouse de Fontange.
Tout tant conclu, les portes du chteau se fermrent avec soin. La saison
tant trs rigoureuse, d'ardente brasiers furent allums dans la superbe salle
o nous devions nous tenir ; et, les ordres les plus svres tant donns pour
qu'on n'ost troubler en rien les bacchanales qu'on allait clbrer, nous nous
enfermons dans cet appartement pompeux, au nombre de douze personnes, dont
voici les noms :
     Noirceuil et moi, comme les deux hros, nous nous plames sur un trne
de velours noir, au milieu de la salle ; au bas du trne, se voyaient,
couronns de cyprs, l'an des fils de Noirceuil nomm Phaon, g de dix-huit
ans ; le second, g de douze, ayant pour nom Euphorbe ; Marianne, ma fille,
et Mlle de Donis ; les deux tmoins des mariages, agents des plaisirs
sodomistes de Noirceuil et ses bourreaux, s'appelant l'un Desrues, l'autre
Cartouche, de l'ge d'environ trente ans ; tous deux, vtus en cannibales, des
verges, des poignards et des serpents aux mains, taient debout, prs de nos
flancs, et paraissaient nous servir de gardes ;  ct de nous, et assises, se
voyaient, nues, deux de mes tribades, Thodore et Phryn ;  nos pieds, deux
putains, galement nues, paraissaient attendre nos ordres. Ces filles, prises
tout simplement dans un bordel, n'avaient gure plus de dix-huit  vingt ans,
et toutes deux de la plus charmante figure : elles taient l pour servir la
scne.
     Un peu effraye de ces apprts pour ma pauvre Marianne, je m'avisai de
rappeler  Noirceuil les promesses qu'il m'avait faites.
     - Ma chre, me rpondit-il, tu dois voir que ma tte est
extraordinairement exalte ; les plaisirs que j'ai gots, ce matin, 
satisfaire l'incroyable passion qui me dvorait depuis longtemps, m'ont
exactement tourn la cervelle, et je crains que tu choisisses mal ton moment
pour me rappeler  des promesses de sagesse, qu'une dose de plus d'irritation
dans le genre nerveux peut faire vanouir en un instant. Jouissons, Juliette,
amusons-nous, peut-tre te tiendrai-je parole ; mais si cela n'arrivait pas,
tche de trouver dans les luxures qui vont nous enivrer assez de forces pour
supporter le malheur que tu sembles craindre, et qui, pourtant, soit dit entre
nous, n'aurait rien d'effrayant. Songe, ma chre, qu'il n'existe aucun frein
pour des libertins tels que nous, que la multiplicit des motifs de respect ne
devient qu'une raison de plus  redoubler les outrages : plus la vertu parat
exiger, plus le vice en fureur se plat  l'avilir.
     Cent bougies clairaient cette salle, quand la scne s'ouvrit.
     - Cartouche, et vous Desrues, dit Noirceuil  ses deux agents, dignes
mules des hommes clbres dont je vous ai permis de porter les noms, vous que
je respecte  ce noble titre, vous qui, comme vos patrons dont le burin fidle
de l'histoire transmettra les haute faits jusqu'au dernier ge de l'homme,
seriez prts  tout faire pour les respectables intrts du crime, allez
dshabiller les quatre holocaustes que couronne l'arbre de la mort, et faites
de leurs habits, dsormais inutiles, l'usage que je vous ai prescrit.
     Les missaires partent ; en un instant, les quatre victimes sont nues,
et,  mesure qu'on leur arrache un vtement, il est aussitt jet dans les
brasiers ardents de cette salle.
     - Quelle est donc cette funeste crmonie ? dit Fontange, en voyant qu'on
brle jusqu' sa chemise. Pourquoi jeter au feu ce qui me couvre ?
     - Chre fille, lui rpond Noirceuil assez brutalement, c'est que vous
n'aurez bientt plus besoin que d'un peu de terre pour vous mettre  l'abri.
     - Dieu ! quel arrt barbare ! et par o donc l'ai-je mrit ?
     - Qu'on approche de moi cette crature, dit Noirceuil...
     Et pendant que Las le suce, qu'une des putains lui branle le cul, et que
je l'excite par des propos, le libertin se colle sur la bouche de cette fille
enchanteresse et la lui pompe un quart d'heure de suite, malgr les
rsistances qu'offre sa pudeur  de pareilles tentatives. Et puis, s'emparant
du derrire :
     - Oh ! le beau cul, Juliette ! s'crie-t-il en s'extasiant devant les
fesses ; qu'il sera dlicieux de foutre et de martyriser tout cela !...
     Sa langue, alors, s'introduit au trou mignon, pendant que, par ses
ordres, j'arrache d'une main les poils follets du con de cette belle fille, et
que je pince vivement sa gorge naissante, de l'autre. Il la fait mettre 
genoux, ordonne aux deux hommes de la langoter, et finit par lui faire baiser
son derrire.
     On ne se peint point, pendant ces affreux dbute, la honte et l'embarras
de cette jeune personne ; si quelque chose l'emporte sur ces deux sentiments,
c'est la frayeur que lui inspirent les prparatifs de ce qui lui parat devoir
suivre. Mlle de Donis, modestement leve, n'ayant reu, dans la maison dont
elle sortait, que les meilleurs principes, tait ncessairement dans une
affreuse situation ; et rien ne nous amusait comme les combats violents de sa
pudeur et de la ncessit. Un moment, elle veut se soustraire  tout ce qu'on
entreprend sur elle.
     - Tenez-vous bien, lui dit durement Noirceuil ; ne voyez-vous donc pas ce
qu'est l'imagination d'un homme tel que moi ? Un rien la trouble et la drange
; ds qu'on cesse de la servir, elle se dmonte, et les attraits les plus
divins sont nuls, quand la soumission et l'obissance ne viennent pas nous les
offrir...
     Le coquin maniait le cul, tout en disant cela ; c'tait sur les fesses
charmantes de cette fille anglique o s'garaient indocilement les mains les
plus impures et les plus froces.
     - Double dieu ! s'cria-t-il, oh ! comme je veux rendre cette coquine-l
malheureuse ! A quel point ses attraits exigent des horreurs !...
     Il lui fait alors empoigner le vit de Cartouche, l'oblige de le branler,
se plaisant  voir la besogne du vice aux mains de l'innocence : et comme la
pauvre fille, tout en larmes, s'y prend avec autant de maladresse que de
dgot, il ordonne  l'une des putains de lui donner des leons, et contraint
celle qui les reoit  en rendre bien humblement grces.
     - Ce mtier lui sera peut-tre utile, dit Noirceuil ; l'tat affreux de
misre o je vais la rduire saura l'y contraindre bientt...
     Il lui ordonne de branler, avec sa langue, le con de ces deux putains ;
de venir ensuite sucer son vit, et veut qu'on lui applique de vigoureux
soufflets,  la plus lgre marque de rpugnance.
     - Allons, dit-il, pensons aux plaisirs de l'hymen, c'est assez s'occuper
de ceux de l'amour... Jetant alors un regard affreux sur Fontange : Qu'elle
frmisse, dit-il, quand je lui ferai l'honneur de revenir m'occuper d'elle.
     Las et Thodore sont envoyes vers Phaon, le mari de Noirceuil et son
fils  la fois ; elles russissent bientt  le faire bander, et l'amnent 
Noirceuil qui, courb sur moi, prsente nonchalamment le derrire au chaste
poux que mes tribades lui conduisent. Je le branlais en dessous, pendant ce
temps-l, et il gamahuchait le trou du cul des deux putains.
     - Faites observer les crmonies d'usage, dit-il aux conductrices de
Phaon, et que ce jeune poux ne puisse cueillir les faveurs qui lui sont
offertes, sans s'en rendre digne auparavant.
     Phaon s'agenouille, il adore religieusement le cul qu'on lui prsente, le
baise avec respect, se lve, et, cdant aux mouvements qui lui sont imprims,
le beau jeune homme s'introduit jusqu'aux couilles au cul du cher papa. Membr
comme un mulet, ses secousses font bientt frtiller celui qui les reoit, et
le paillard se plat  contrefaire les cris, les plaintes et les simagres de
la jeune pouse qu'on dpucelle ; il soupire, il se plaint, rien ne devient
plaisant comme ou contorsions. lie jeune homme, parfaitement excit par ce qui
l'entoure, dcharge bientt au cul qui le chatouille. Ds qu'il a fait, on le
contraint aux mmes marques de respect auxquelles il fut soumis en commenant.
Il s'loigne ; mais Noirceuil, chauff, veut tre foutu ; son anus, haletant,
semble appeler des vits : Cartouche et Desrues le sodomisent ; il baise,
pendant ce temps, les fesses de Las et de Thodore, dont il ne peut, dit-il,
se rassasier. Niche sous lui, je le suce de toutes mes forces ; il ptrit le
cul des putains. Foutu deux fois par chacun de ses hommes :
     - Allons, dit-il, essayons du rle d'poux : aprs avoir si bien rempli
celui de femme, ne suis-je donc pas digne de celui d'homme ?
     On lui amne Euphorbe, son second fils. Je suis charge de guider l'engin
; en trois secousses, le pucelage est au diable. Noirceuil, qui se retire sans
dcharger, dsire ardemment Fontange au sortir de l. Ce sont les putains qui
la lui conduisent et qui guident l'opration.
     - Juliette, me dit-il, je voudrais que tu mordisses violemment le con de
cette petite fille, pendant que je vais l'enculer ; et comme, lors de ma
jouissance, je veux qu'elle prouve infiniment de douleur, j'ordonne 
Cartouche et  Desrues de lui saisir chacun une main et de lui enlever les
ongles avec un canif..
     On excute. Fontange, tourdie, suffoque par la violence des maux qui
psent  la fois sur son existence, ne sait si elle se plaindra davantage, ou
des plaies ouvertes  chacun de ses doigts, ou des morsures dont j'ensanglante
son con, ou des secousses du vit monstrueux qui lui dchire le derrire.
Celles-ci, nanmoins, semblent tre les titillations les plus cuisantes dont
son physique soit martyris :  peine peut-elle les soutenir ; ses cris, ses
larmes, ses gmissements deviennent  un tel degr de violence que Noirceuil,
qu'ils irritent puissamment, est  l'instant de perdre ses forces :
     il se retire.
     - Oh ! Juliette, s'crie-t-il, quel dlicieux cul, et comme je vais faire
souffrir cette garce ! Je voudrais que tous les dmons de l'enfer fussent
runis autour de moi pour lui faire souffrir chacun un nouveau supplice !
     Il la fait retourner et tenir par les putains ; j'carte et lui prsente
le con : il y plonge en furieux, pendant qu'on donne  cette malheureuse des
camouflets de soufre, et qu'on lui arrache les oreilles. Le pucelage saute, le
sang coule, et Noirceuil, plus irrit que jamais, dconne, fait tenir sa
victime en l'air par les deux bourreaux, et se plat  la flageller ainsi
jusqu'au sang, avec des martinets de fer que l'on a fait rougir au feu. Les
putains le flagellent lui-mme pendant qu'il agit, et il baise alternativement
le cul de mes tribades, dont les fesses se trouvent leves  hauteur de sa
bouche ; je le suce, en lui chatouillant l'anus.
     - Le froid excessif qu'il fait, dit Noirceuil au bout de quelques
instants de cette scne, me fait natre une ide unique...
     Il se revt d'une fourrure, en fait prendre de mme  ses deux hommes,
autant  moi, et nous descendons Fontange toute nue. On la place sur un grand
bassin gel qui se trouve en face du chteau. Cartouche et Desrues se tiennent
sur les bords, arms de grands fouets de poste et de bombes d'artifice. Je
branle Noirceuil en face du spectacle. Fontange a ordre de faire six fois le
tour du bassin ; quand elle s'approche des bords, on la repousse  grands
coups de fouet ; quand elle s'loigne, on lui lance des bombes d'artifice, qui
lui clatent sur la tte, ou entre les jambes. Il n'y a rien au monde de
plaisant comme de voir ainsi cabrioler cette pauvre crature, qui tantt
s'loigne, tantt se rapproche, et qui, la plupart du temps, glisse et tombe
sur la glace, au point de s'y casser les jambes.
     - Comment ! dit Noirceuil en colre, la voyant prs d'avoir fini ses six
tours sans accident, comment ! la garce ne s'estropiera pas ?...
     Et ce vu tait  peine form que la malheureuse, atteinte par une bombe
qui lui fait voler un tton, se brise au mme instant un bras en tombant.
     - Ah ! foutre, dit Noirceuil, voil ce que je voulais...
     On la remporte ; elle est vanouie. Quelques soins intresss la
rappellent au jour, et ses blessures sont lgrement panses. On songe 
d'autres scnes.
     Noirceuil exige que ma fille me branle sous ses yeux ; il baise avec
avidit le joli petit cul de cette enfant, pendant qu'elle procde  cette
fantaisie.
     - Il sera beau, Juliette, ce cul-l, me dit-il ; il m'excite dj
violemment...
     Et quoiqu'elle n'et que sept ans, le sclrat l'effleurait dj de son
vit norme ; mais, reprenant tout  coup son fils Euphorbe, le vilain
l'encule, en m'ordonnant d'craser les couilles de cet enfant. Il n'est point
de douleurs semblables  celles qu'prouve ce malheureux,  la fois tourment
et par-devant et par-derrire. Aprs quelques courses dans ce charmant cul,
Noirceuil se retire et fait fouetter cet enfant par au bourreaux. Celui qui ne
frappe pas l'encule pendant ce temps-l, et je dois couper, avec un rasoir,
absolument  ras du ventre, les parties viriles de l'infortun. Noirceuil
baise ardemment les fesses de Thodore pendant ce temps-l.
     - Allons, Juliette, me dit-il, fais-toi foutre !
     Je le dsirais ardemment dans l'tat affreux o j'tais. Les deux
cannibales me saisissent ; l'un me pntre le con, l'autre m'enfile le cul ;
Noirceuil les encule tour  tour, pendant que les putains le fouettent.
Aussitt qu'il m'a vue dcharger, Fontange est reprise. Noirceuil la livre aux
deux bourreaux.
     - Jouissez-en comme il vous plaira, leur dit-il, tout sera bon, pourvu
que vous la tourmentiez en la foutant...
     Et les coquins, ayant toute permission, traitrent si mal cette fille
qu'elle s'vanouit encore dans leurs bras.
     - Un moment, dit Noirceuil, il faut que je l'encule encore...
     Et pendant qu'il se satisfait, je le surprends par une cruaut nouvelle :
j'arrache, avec un bistouri, l'il droit de ma pupille. Noirceuil ne peut
tenir  cette horreur ; la secousse, que la douleur occasionne  sa patiente,
est si vive que le libertin perd son foutre au fond du cul de la pucelle,
pendant qu'on le sodomise lui-mme et qu'il est entour de culs.
     - Viens, coquine ! dit-il  cette crature, au bout de quelques
instants...
     Et la saisissant fortement par un bras, il l'entrane dans un cabinet
voisin. Je les suis.
     - Regarde, poursuit-il en montrant sur une table les cinq cent mille
francs qui appartiennent  la pauvre fille, et qu'il y a fait placer en or,
voil ta dot ; l'il que nous t'avons laiss pour voir ces richesses fera,
nous nous en flattons, promptement passer  ton me l'affreux regret de ne les
possder de tes jours. Je te destine  mourir de faim, garce ; et je vais te
traiter de manire  ce qu'il te devienne impossible de t'en jamais plaindre,
quoique je te rende ta libert. Tiens, lui dit-il en lui saisissant la main,
touche cet or, il est  toi, et cependant tu ne l'auras jamais. Allons,
bougresse, poursuit-il en fureur, telle est la dernire fonction que je
voulais faire faire  tes organes : ils te deviennent inutiles maintenant...
     Il lui attache, en disant cela, les deux mains sur un billot, l'encule,
et je coupe les mains pendant qu'il opre ; le sang s'tanche, les plaies se
bandent. Aussitt, continuant de foutre, le barbare ordonne  la victime de
tirer la langue ; je saisis cette langue avec des tenailles, et l'extirpe de
mme ; je crve l'autre il... Il dcharge.
     - Bon, dit-il en se retirant et revtissant la victime d'une grosse
chemise, nous voil bien srs qu'elle n'crira point, qu'elle ne verra goutte,
et qu'elle ne parlera  personne...
     Nous la descendons sur le grand chemin.
     - Cherche ta vie maintenant, garce, lui dit Noirceuil en lui donnant un
grand coup de pied dans le cul ; l'ide de te voir prir de cette manire
excite bien mieux notre lubricit que celle de t'assassiner... Va... va, si tu
peux, dnoncer tes perscuteurs...
     - Elle peut au moins entendre leurs questions, dis-je, l'oue se trouve
encore pure chez elle.
     Et le barbare Noirceuil, lui enfonant, aussitt des fers dans les
oreilles, la prive promptement du seul organe qui lui reste. Nous rentrons.
     - Excitez-moi, coquines, dit-il aux quatre femmes ; je viens de dcharger
; il faut que je retrouve des forces... Branlez ces hommes, et qu'ils me
foutent ; je n'ai jamais un plus grand besoin d'horreurs que lorsque je viens
d'en commettre.
     Noirceuil est entour : des culs, des vits l'environnent de toutes parts
; on le branle, on le fout, on le gamahuche.
     - Oh ! Juliette, me dit-il aussitt qu'il bande... Juliette, je veux
foutre ta fille...
     Et sans me donner le temps de rpondre, le sclrat se jette sur elle, la
fait tenir par ses satellites et l'encule avec la promptitude de l'clair. Les
cris aigus de ma pauvre Marianne sont les seuls avertissements que je reois
de l'outrage affreux qu'elle essuie.
     - Dieux ! que fais-tu, Noirceuil ?
     - J'encule ta fille : ne fallait-il pas que cela ft ? et ne vaut-il pas
mieux que cette rose soit cueillie par ton ami que par un autre ?
     Aprs avoir corch, mis en sang cette malheureuse, il se retire sans
rien perdre ; et jetant des yeux hagards sur les deux putains, il annonce
qu'il veut en sacrifier une. L'infortune tombe  ses genoux ; elle veut
l'implorer, mais en vain. Elle est saisie, lie  cheval sur le haut d'une
chelle double. Noirceuil, assis  quelques pieds de l'chelle, en devient le
matre, au moyen d'une corde qu'on attache au pied. Thodore et Las,
agenouilles, lui branlent le vit, les couilles et le trou du cul : les deux
sauvages me foutent devant lui ; celle des putains qui reste est lie contre
un poteau, la tte en bas, en attendant douloureusement son sort. Vingt fois
de suite, le coquin fait tomber l'chelle, rajuste la fille, la fait choir, et
ne cesse cet abominable jeu que quand la victime s'y est fracass la tte et
cass les deux jambes. Ces infamies l'ayant chauff, l'autre putain est
condamne  avoir les deux yeux bands, pendant que chacun de nous, autour
d'elle, lui fera quelques blessures. Ce n'est qu'en nommant l'agresseur que sa
dlivrance aura lieu : elle tombe vanouie et noye dans son sang, avant de
pouvoir nommer le coupable. Par les ordres de Noirceuil et d'aprs mes ides,
ces deux malheureuses qui respirent  peine sont pendues dans la chemine,
afin que les flammes puissent les dvorer en dtail et que la fume les
touffe.
     Ivre de volupt, Noirceuil erre comme un furieux dans le salon ; cinq
objets capables d'allumer sa rage s'offrent encore  ses regards : mes deux
tribades, ma fille et ses deux fils. On dirait,  le voir, qu'il voudrait les
immoler tous  la fois.
     - Infme jean-foutre de Dieu ! s'crie-t-il, ne borne donc pas ainsi ma
puissance, quand je veux t'imiter et commettre le mal ! Je ne te demande
aucune facult pour la vertu, mais communique-moi, du moins, tous tes pouvoirs
pour le crime ; laisse-le-moi faire,  ton exemple ; mets, si tu l'oses, un
instant, ta foudre en mes mains, et quand j'en aurai dtruit les mortels, tu
me verras bander encore  la lancer au sein de ton excrable existence, pour
la consumer, si je puis !
     Il se jette,  ces mots, sur son fils Phaon, l'encule, se fait foutre, et
m'ordonne, en me faisant branler par Thodore, d'arracher le cur de l'enfant
qu'il fout, et de le lui offrir  dvorer. Le vilain l'avale, en plongeant, au
mme instant de sa dcharge, un poignard au sein de son autre fils.
     - Eh bien ! me dit-il, Juliette, eh bien ! mon ange, en ai-je assez fait
? Suis-je assez souill de sang et d'horreurs ?
     - Tu me fais frmir, mais je t'imite.
     - Ne crois pourtant pas que j'en reste l...
     Ses yeux tincelants se portent encore sur ma fille ; il bande comme un
furieux ; il la saisit, la fait contenir et l'enconne.
     - Oh ! sacr foutredieu ! s'crie-t-il, comme cette petite crature me
tourne la tte ! Qu'en veux-tu faire, Juliette ? Porterais-tu l'imbcillit au
point d'avoir quelques sentiments... quelques gards pour ce dgotant
rsultat de la couille bnite de ton abominable poux ? Vends-moi cette
garce-l, Juliette, je te la paye ; je veux l'acheter ; souillons-nous tous
les deux, toi, du joli pch de me la vendre, moi, de celui, plus chatouilleux
encore, de ne te la payer que pour l'assassiner. Oh ! oui, oui, Juliette,
assassinons ta fille ! Et sortant son vit, pour me le faire voir : Examine 
quel point, dit-il, cette excrable ide enflamme tous mes sens. Fais-toi
foutre, Juliette, et ne me rponds qu'avec deux vits dans le corps.
     Le crime n'a plus rien d'effrayant quand on fout ; et c'est toujours au
milieu des flots de foutre qu'il en faut caresser les attraits... On me fout.
Noirceuil me demande une seconde fois ce que je veux faire de ma fille.
     - Oh ! sclrat ! m'criai-je en dchargeant, ton perfide ascendant
l'emporte, il touffe en moi tout autre sentiment que ceux du crime et de
l'infamie... Fais de Marianne ce que tu voudras, foutu gueux ! dis-je en
fureur, je te la livre...
     Il n'eut pas plus tt entendu ces mots, qu'il dconne, saisit cette
malheureuse enfant et la jette, nue, au milieu des flammes ; je l'aide, comme
lui, je m'arme d'un fer pour repousser les mouvements naturels de cette
infortune, que des bonds convulsifs enlvent et rejettent vers nous ; on nous
branle tous deux, on nous encule ; Marianne est rtie... elle est consume.
Noirceuil dcharge, j'en fais autant ; et nous allons passer le reste de la
nuit, dans les bras l'un de l'autre,  nous fliciter d'une scne dont les
pisodes et les circonstances deviennent le complment d'un crime que nous
trouvons encore trop faible.
     - Eh bien ! me dit Noirceuil, est-il quelque chose au monde qui vaille
les plaisirs divins que donne le crime ? Existe-t-il quelque sentiment qui
donne  notre existence une secousse plus vive et plus dlicieuse ?
     - Oh ! mon ami, je n'en connais pas.
     - Vivons-y donc ternellement ; que rien, dans la nature entire, ne
puisse nous ramener  des principes diffrents ! Il est bien malheureux, celui
que des remords entranent  des retours aussi funestes qu'imbciles ; car,
faible et pusillanime dans toutes les actions de sa vie, il ne sera pas plus
heureux dans la carrire qu'il va parcourir, qu'il ne l'tait dans celle qu'il
quitte ! Le bonheur tient  l'nergie des principes : il ne saurait y en avoir
pour celui qui flotte sans cesse.
     Nous passmes huit jours  la terre de Noirceuil, pendant lesquels nous
nous livrmes journellement  quelques nouvelles infamies. Ce fut l qu'il
voulut que j'essayasse une des passions de l'impratrice Thodora, femme de
Justinien. Je m'tendais  terre ; deux hommes semaient des grains d'ordre sur
ma motte et sur les lvres de mon con ; douze oies superbes et de la plus
grande taille venaient becqueter ces graines et me causaient, par leurs coups
de bec dans cette partie, une irritation si violente que j'tais oblige de
foutre en sortant de l. Noirceuil, qui le prvoyait, me livra  une
cinquantaine de paysans de sa terre, qui firent des prouesses avec moi. Il
voulut se faire galement becqueter le cul, et y trouva des sensations plus
vives que celles du fouet. Il joignit  ces dbauches celle d'ordonner 
l'instituteur et  l'institutrice du bourg de sa terre de lui fournir chacun
trente sujets du sexe qu'ils instruisaient. Il les mla, fit dpuceler les
filles par les petits. garons, et finit par les fouetter et les sodomiser, et
les empoisonner tous.
     - Oh ! mon ami, dis-je  Noirceuil, tout ce que nous faisons l est bien
simple : ne pourrions-nous pas couronner nos orgies par quelque action plus
clatante ? Tous les habitants de ce bourg n'ont d'autre eau que celle de
leurs puits ; je tiens de la Durand un secret qui les empoisonne en deux jours
: mes femmes et moi, nous nous chargeons de les troubler tous.
     Et je branlais Noirceuil en lui faisant cette proposition, afin de ne pas
prouver de refus.
     - Oh ! foutre, me dit le paillard, ne pouvant plus contenir son sperme 
cette proposition, oh ! sacredieu, Juliette, quelle imagination bizarre t'a
donne la nature ! Fais ce que tu voudras, mon ange, les flots que tu fais
couler signent mon acceptation : agis.
     Je tins parole ; tout fut empoisonn en quatre jours ; quinze cents
personnes furent mises en terre, et presque autant rduites  un tel tat de
douleur qu'on les entendait invoquer la mort : on n'attribua le tout qu' une
pidmie. L'ignorance des gens de l'art, de la province, nous mit  couvert
mme du soupon ; et nous partmes, aprs une expdition qui nous avait cot
bien du foutre.
     Telle est l'heureuse position o vous me voyez, mes amis. Je l'avoue,
j'aime le crime avec fureur, lui seul irrite mes sens, et je professerai ses
maximes jusqu'aux derniers moments de ma vie. Exempte de toutes craintes
religieuses, sachant me mettre au-dessus des lois, par ma discrtion et par
mes richesses, quelle puissance, divine ou humaine, pourrait donc contraindre
mes dsirs ? Le pass m'encourage, le prsent m'lectrise, je crains peu
l'avenir ; j'espre donc que le reste de ma vie surpassera de beaucoup encore
tous les garements de ma jeunesse. La nature n'a cr les hommes que pour
qu'ils s'amusent de tout sur la terre ; c'est sa plus chre loi, ce sera
toujours celle de mon cur. Tant pis pour les victimes, il en faut ; tout se
dtruirait dans l'univers, sans les lois profondes de l'quilibre ; ce n'est
que par des forfaits que la nature se maintient, et reconquiert les droits que
lui enlve la vertu. Nous lui obissons donc en nous livrant au mal ; notre
rsistance est le seul crime qu'elle ne doive jamais nous pardonner. Oh ! mes
amis, convainquons-nous de ces principes : dans leur exercice se trouvent
toutes les sources du bonheur de l'homme.
     C'est ainsi que Mme de Lorsange termina le rcit de ses aventures, dont
les scandaleux dtails avaient arrach plus d'une fois des larmes bien amres
 l'intressante Justine. Il n'en tait pas de mme du chevalier et du marquis
: les vits nerveux qu'ils mirent au jour prouvrent bien de la diffrence dans
les sentiments qui les avaient anims. Il se complotait dj quelque horreur,
lorsque l'on entendit revenir au chteau Noirceuil et Chabert, qui, comme on
s'en souvient, avaient t passer quelques jours  la campagne, pendant que la
comtesse instruisait ses deux autres amis des faite que ceux-ci savaient
depuis longtemps.
     Les larmes qui venaient d'inonder les belles joues de notre malheureuse
Justine, son air intressant... abattu par autant de malheurs... sa timidit
naturelle, cette vertu touchante, dissmine sur chacun de ses traits, tout
irrita Noirceuil et Chabert, qui voulurent absolument soumettre cette
infortune  leurs sales et froces caprices. Ils furent s'enfermer avec elle
pendant que le marquis, le chevalier et Mme de Lorsange se livrrent 
d'autres volupts tout aussi bizarres, avec les nombreux objets de luxure dont
tait meubl ce chteau.
     Il tait environ six heures du soir, quand chacun revint et se runit ;
le sort de Justine fut mis alors en dlibration ; et sur le refus formel que
fit Mme de Lorsange de garder une telle prude chez elle, il ne fut plus
question que de dcider si cette malheureuse crature serait renvoye, ou
immole dans quelques orgies. Le marquis, Chabert et le chevalier, plus que
rassasis de cette crature, taient fermement tous les trois de cette
dernire opinion, lorsque Noirceuil demanda  tre entendu.
     - Mes amis, dit-il  la joyeuse socit, j'ai souvent vu que, dans de
pareilles aventures, il devenait extrmement instructif de tenter le sort. Un
orage horrible se forme ; livrons cette crature  la foudre ; je me
convertis, si elle la respecte.
     - A merveille ! s'cria tout le monde.
     - Voil une ide que j'aime  la folie, dit Mme de Lorsange, ne balanons
pas  l'excuter.
     L'clair brille, les vents sifflent, le feu du ciel agite les nues ; il
les branle d'une manire horrible... On et dit que la nature, ennuye de ses
ouvrages, ft prte  confondre tous les lments, pour les contraindre  des
formes nouvelles. On met Justine  la porte, non seulement sans lui donner un
sol, mais en lui ravissant mme le peu qui lui restait. La malheureuse,
confuse, humilie de tant d'ingratitude et de tant d'horreurs, trop contente
d'chapper peut-tre  de plus grandes infamies, gagne, en remerciant Dieu, le
grand chemin qui borde l'avenue du chteau... Elle y est  peine arrive,
qu'un clat de foudre la renverse, en la traversant de part en part.
     - Elle est morte ! s'crient, au comble de leur joie, les sclrats qui
la suivaient. Accourez, accourez ! madame ! venez contempler l'ouvrage du
ciel, venez voir comme il rcompense la vertu : est-ce donc la peine de la
chrir, quand ceux qui la servent le mieux deviennent aussi cruellement les
victimes du sort ?
     Nos quatre libertins entourent le cadavre ; et quoiqu'il ft entirement
dfigur, les sclrats forment encore d'affreux dsirs sur les restes
sanglants de cette infortune. Ils lui enlvent ses vtements ; l'infme
Juliette les excite. La foudre, entre par la bouche, tait sortie par le
vagin : d'affreuses plaisanteries sont faites sur les deux routes parcourues
par le feu du ciel.
     - Qu'on a raison de faire l'loge de Dieu, dit Noirceuil ; voyez comme il
est dcent : il a respect le cul. Il est encore beau, ce sublime derrire,
qui fit couler tant de foutre ! est-ce qu'il ne te tente pas, Chabert ?
     Et le mchant abb rpond en s'introduisant jusqu'aux couilles dans cette
masse inanime. L'exemple est bientt suivi ; tous les quatre, l'un aprs
l'autre, insultent aux cendres de cette chre fille ; l'excrable Juliette se
branle, en les voyant faire ; ils se retirent, la laissent, et lui refusent
jusqu'aux derniers devoirs.
     Triste et malheureuse crature, il tait crit dans le ciel, que le repos
mme de la mort ne te garantirait pas des atrocits du crime et de la
perversit des hommes !
     - En vrit, s'crie Mme de Lorsange en retournant avec ses amis au
chteau, voil qui m'affermit plus que jamais dans la carrire que j'ai
parcourue toute ma vie.  Nature ! s'cria-t-elle dans son enthousiasme, il
est donc ncessaire  tes plans, ce crime contre lequel les acte s'avisent de
svir ! tu le dsires donc, puisque ta main punit, de cette manire, ceux qui
le craignent ou ne s'y livrent pas... Oh ! voil des vnements qui comblent
mon bonheur, et perfectionnent ma tranquillit.
     On arrivait  peine au chteau, qu'une berline en poste y parvenait par
l'autre route ; elle entre dans la cour presque en mme temps que la
compagnie. Une grande femme, fort bien mise, en descend, Juliette s'avance
vers elle. Juste ciel ! c'est la Durand, c'est cette chre amie de Mme de
Lorsange, condamne par les inquisiteurs de Venise, et que Juliette croyait
avoir vue accroche au plafond de la salle de ses terribles juges...
     - Chre me ! s'crie-t-elle en se jetant dans les bras de son amie...
par quel vnement !... grand Dieu..., explique-toi... je ne sais o j'en
suis...
     Un salon s'ouvre, on s'y installe, et chacun coute en silence
l'claircissement d'une aussi singulire aventure.
     - Ma chre Juliette, dit la Durand avec tranquillit, tu revois celle que
tu avais cru perdre dans les horreurs d'une mort violente, et qui, grce  ses
intrigues,  son industrie,  sa science, te retrouve bien plus fortune que
jamais, puisque avec le bien considrable qu'elle conserve, elle est encore
assez heureuse pour te rapporter celui qu'on t'avait confisqu dans Venise...
Oui, Juliette, continua cette chre amie, en remettant sur la table une liasse
de papier : voil le fond de tes quinze cent mille livres de rente que je te
rends ; c'est tout ce que j'ai pu sauver ; jouis en paix, et ne m'accorde,
pour reconnaissance, que la certitude de finir, avec toi, mes jours.
     - Oh ! mes amis, s'crie Juliette ivre de joie, aura-t-il tort, celui
qui, quelque jour, crira l'histoire de ma vie, s'il l'intitule : LES
PROSPRITS DU VICE ? Hte-toi, Durand, hte-toi de nous dvelopper des faits
aussi singuliers, et convaincs-toi bien que c'est moi qui te supplie de ne
jamais nous quitter de tes jours.
     Alors cette femme,  jamais clbre, apprit  la socit, le plus
succinctement qu'elle put, qu'en promettant de livrer et d'excuter tous ses
secrets, on lui assurait qu'une autre femme serait excute  sa place,
l'exemple tant ncessaire pour Juliette, dont le Conseil voulait les biens et
le dpart, de peur d'imprudence. La feinte ayant parfaitement russi, elle
avait satisfait les inquisiteurs, et produit, dans Venise, une pidmie, dans
laquelle plus de vingt mille personnes taient mortes ; son opration faite,
elle avait demand pour grce intime et spciale que les biens de son amie lui
fussent rendus ; on les lui avait accords ; de ce moment, elle ne songea plus
qu' s'vader de Venise, bien persuade que, nourris des principes de
Machiavel, ces perfides Vnitiens immoleraient bientt leur complice.
     - Je suis donc accourue vers toi, mon ange, poursuivit la Durand ; je te
rends heureuse, et me voil contente. Ris maintenant de la fatalit du sort
qui m'a fait chapper deux fois  la corde ; assurment, je ne dois plus
maintenant craindre cette fin. Je ne sais quelle sera celle que me destine la
main du sort : ah ! qu'il ne me frappe que dans le sein de ma chre Juliette,
je ne me plaindrai jamais de ses coups.
     Et les deux amies, ne rejetant dans le sein l'une de l'autre, ne cessent
un quart d'heure entier de se prodiguer les protestations sincres d'amiti,
de confiance et d'attachement que le vice gote ainsi que la vertu, quoi qu'en
puissent dire les froids sectateurs de cette fastidieuse divinit. Chacun
partageait les sentiments de ces deux tendres amies, lorsqu'un courrier de
Versailles arrive avec grand fracas dans la cour ; il demande Noirceuil ;
c'est  lui qu'il remet les ordres dont il est charg.
     - Oh ! ciel, s'crie celui-ci ds qu'il a lu, il est dit, ma chre
Juliette, que tous les genres de bonheur doivent affluer sur nos ttes
aujourd'hui. Le ministre vient de fermer les yeux ; voil la lettre, de la
main du roi, qui m'ordonne de me rendre en hte  la cour prendre les rnes du
gouvernement. Quelle somme abondante de flicits ceci nous promet !
Suivez-moi toutes deux, continue Noirceuil, en s'adressant  Juliette et  la
Durand, je ne veux de la vie me sparer de vous. De quelle ncessit vous
m'allez tre, au gouvernail du vaisseau que je vais conduire ! Vous, Chabert,
je vous donne un archevch ; marquis, je vous nomme  l'ambassade de
Constantinople ; vous, chevalier, je vous fais quatre cent mille livres de
rente : vous resterez  Paris, pour surveiller nos affaires. Allons, mes amis,
rjouissons-nous, je ne vois dans tout cela que la vertu de malheureuse : nous
n'oserions peut-tre pas le dire, si c'tait un roman que nous crivissions.
     - Pourquoi donc craindre de le publier, dit Juliette, quand la vrit
mme arrache les secrets de la nature,  quelque point qu'en frmissent les
hommes ? La philosophie doit tout dire.
     On partit ds le lendemain ; les plus grande succs couronnrent dix ans
nos hros. Au bout de ce temps, la mort de Mme de Lorsange la fit disparatre
de la scne du monde, comme s'vanouit ordinairement tout ce qui brille sur la
terre ; et cette femme, unique en son genre, morte sans avoir crit les
derniers vnements de sa vie, enlve absolument  tout crivain la
possibilit de la montrer au public. Ceux qui voudraient l'entreprendre ne le
feraient qu'en nous offrant leurs rveries pour des ralits, ce qui serait
d'une tonnante diffrence aux yeux des gens de got, et particulirement de
ceux qui ont pris quelque intrt  la lecture de cet ouvrage.
 
                                      FIN
                                        
                          DE L'HISTOIRE DE JULIETTE.

 

 [1] Les putains de cette nation sont extrmement recherches dans les pays
trangers. Leur extrme complaisance, leur adresse, leur libertinage et leur
beaut leur obtiennent une prfrence dcide sur les prostitues des autres
nations, presque toujours laides, maladroites et sales.
 [2] La plus fameuse de l'Italie.
 [3] Peu d'hommes savent se faire soigner aprs leur dcharge : anantis, ils se
retirent froidement, et ne pensent plus  rien. Des soins qui suivent
l'jaculation dpend, nanmoins, la vigueur ncessaire  regoter de nouveaux
plaisirs, et  se retirer des anciens dans un tat moins abattu. Ces soins
consistent  se faire bien exactement sucer,  se faire consoler et manier les
couilles, et  appliquer des linges trs chauds. Il est galement utile
d'avaler, aprs la crise, des restaurants ou des spiritueux. Ces derniers,
employs en lotions sur les couilles, sont aussi d'un excellent usage.
 [4] On ne dsire jamais plus vivement un vit au derrire que quand on vient
d'tre fouett, et jamais plus vivement le fouet qu'on venant d'tre foutu. Il
est inou comme ces deux plaisirs-l se servent et s'enchanent.
 [5] Ces charmantes cratures, que l'opinion des sots fltrit avec tant de
btise, portent dans la socit les mmes qualits que dans le plaisir : elles
sont toujours plus vives, plus aimables, plus spirituelles que les autres ;
presque toutes ont des grces, des talents, de l'imagination : et pourquoi
donc leur en vouloir d'un tort qui n'appartient qu' la nature ? Lourds
sectateurs des plaisirs ordinaires, vous les blmez parce qu'elles vous
refusent ; mais que l'on analyse celles qui vous aiment, on les trouvera
toujours presque aussi btes que vous.
 [6] Ce serait ici le cas, sans doute, d'examiner l'absurdit rvoltante qu'il y
a de pleurer un mort. Il faudrait bien plutt se rjouir, puisqu'en prissant,
il s'affranchit de toutes les peines de la vie. D'ailleurs, notre chagrin, nos
larmes ne peuvent lui servir  rien, et elles nous affectent dsagrablement.
Il en est de mme des crmonies de l'enterrement d'un mort, et du respect que
l'on pourrait avoir encore pour lui : tout cela est inutile, superstitieux. On
ne doit  un cadavre que de le mettre dans une bonne terre, o il puisse
germer promptement, et se mtamorphoser, avec vitesse, en ver, en mouche ou en
vgtaux, ce qui est difficile dans les cimetires. Si l'on veut rendre un
dernier service  un mort, c'est de le faire mettre au pied d'un arbre
fruitier, ou dans un gras pturage ; c'est tout ce qu'on lui doit : tout le
reste est absurde. (voyez ce qui est dit sur cette matire, plus haut, page
361.)


 Ceci provient du site gratuit des HISTOIRES TABOUES cr en 1999 par Pedinc.

http://www.asstr.org/~histoires/  ou  http://go.to/histoires

Vous y trouverez la plus grande collection d'histoires en franais sur le sujet.

N'oubliez jamais que cela doit rester des fantasmes ...
Forcer un enfant au sexe dans la vie relle mrite la prison !

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Cette oeuvre reste la proprit de son auteur.
Sauf si stipul autrement, vous pouvez la republier sur un autre site gratuit
 condition de ne rien modifier et de laisser les notices de dbut et de fin.
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