HISTOIRE DE JULIETTE (5/6) (par le Marquis de Sade) (nc)


title: HISTOIRE DE JULIETTE
part: 5 of 6
author: le Marquis de Sade
keywords: nc
language: Francais
age: 08 ans
published: 23/04/2000
       

([nn] = voir  la fin du texte)
 
 
                    Histoire de Juliette : Cinquime partie
 
                               CINQUIME PARTIE
 
                                       
                                       
  
    D'normes paravents enveloppaient l'autel isol de saint Pierre, et
donnaient une salle d'environ cent pieds carrs, dont l'autel formait le
centre, et qui n'avait plus, au moyen de cela, aucune communication avec le
reste de l'glise. Vingt jeunes filles ou jeunes garons, placs sur des
gradins, ornaient les quatre cts de ce superbe autel. galement dans les
quatre coins, entre les marches et les gradins, tait, dans chacun, un petit
autel  la grecque destin aux victimes. Prs du premier se voyait une jeune
fille de quinze ans ; prs du second, une femme grosse, d'environ vingt ans ;
prs du troisime, un jeune garon de quatorze ans ; prs du quatrime, un
jeune homme de dix-huit ans, beau comme le jour. Trois prtres taient en face
de l'autel, prts  consommer le sacrifice, et six enfants de chur, tout nus,
se prparaient  le servir : deux taient tendus sur l'autel, et leurs fesses
allaient servir de pierres sacres. Braschi et moi, nous tions couchs dans
une ottomane leve sur une estrade de dix pieds de haut,  laquelle on ne
parvenait que par des marches recouvertes de superbes tapis de Turquie ; cette
estrade formait un thtre o vingt personnes pouvaient se tenir  l'aise. Six
petite Ganymdes de sept ou huit ans, tout nus, assis sur les escaliers,
devaient, au moindre signal, faire excuter les ordres du Saint-Pre ;
diffrents costumes, aussi galants que pittoresques, embellissaient les
hommes, mais celui des femmes tait trop dlicieux pour ne pas mriter une
description particulire. Elles taient vtues d'une chemise de gaze crue qui
flottait ngligemment sur leur taille sans la masquer ; une collerette en
fraise ornait leur cou ; et la tunique que je viens de dcrire tait, par le
moyen d'un large ruban rose, renoue au-dessous de leurs reins, qu'elle
laissait absolument  dcouvert ; par-dessus cette chemise, elles avaient une
simarre de taffetas bleu, qui, se rejetant et voltigeant en arrire,
n'ombrageait en rien le devant ; une simple couronne de roses ornait leurs
cheveux, flottant en boucles sur leurs paules. Ce dshabill me parut d'une
telle lgance que je voulus m'en revtir sur-le-champ. La crmonie commena.
     Aussitt que le Saint-Pre formait un dsir, les six aides de camp,
placs sur les marches de notre estrade, volaient aussitt pour le satisfaire.
Trois filles furent demandes. Le pape s'assit sur la figure de l'une, en lui
ordonnant de lui gamahucher l'anus ; la seconde sua son vit ; la troisime
chatouilla ses couilles ; et mon cul, pendant ce temps-l, devint l'objet des
baisers du Saint-Pre. La messe se disait, et les ordres donns pour que mes
dsirs s'excutassent avec la mme clrit que ceux du souverain pontife. Ds
que l'hostie fut consacre, l'acolyte l'apporta sur l'estrade et la dposa
respectueusement sur la tte du vit papal ; aussitt qu'il l'y voit, le bougre
m'encule avec. Six jeunes filles et six beaux garons lui prsentent
indistinctement alors, et leurs vits et leurs culs ; j'tais moi-mme branle
en dessous par un trs joli jeune homme, dont une fille masturbait le vit.
Nous ne rsistons point  ce conflit de luxure ; les soupirs, les
trpignements, les blasphmes de Braschi m'annoncent son extase et dcident la
mienne ; nous dchargeons en hurlant de plaisir. Sodomise par le pape, le
corps de Jsus-Christ dans le cul,  mes amis, quelles dlices ! Il me
semblait que je n'en avais jamais tant got de ma vie. Nous retombmes
puiss au milieu des divins objets de luxure qui nous entouraient, et le
sacrifice s'acheva.
     Il s'agissait de retrouver des forces ; Braschi ne voulait pas que les
supplices commenassent avant qu'il ne rebandt. Pendant que vingt filles et
autant de garons travaillaient  le rendre  la vie, je me fis foutre une
trentaine de coups, sous les yeux du pape, au milieu d'un groupe de jeunes
gens ; j'en excitais communment quatre pendant que j'tais l'objet des
caresses de deux. Braschi jouissait des excs de mon libertinage ; il
m'encourageait  en redoubler les lans. Une nouvelle messe se clbra, et,
cette fois-ci, l'hostie apporte sur le plus beau vit de la salle,
s'introduisit dans le cul du Saint-Pre, qui, commenant  rebander, me
rencula en s'entourant de fesses.
     - Bon ! dit-il en se retirant au bout de quelques courses, je ne voulais
que bander. Immolons maintenant.
     Il ordonne le premier supplice ; il devait s'excuter sur le jeune homme
de dix-huit ans. Nous le faisons approcher de nous, et, l'ayant caress,
bais, pollu, suc, Braschi lui dclare qu'il va le crucifier comme saint
Pierre, la tte en bas. Il reoit sa sentence avec rsignation et la subit
avec courage. Je branlais Braschi pendant qu'on excutait ; et devinez quels
taient les bourreaux ! les mmes prtres qui venaient de clbrer des messes.
Le jeune homme, ainsi trait, fut attach avec sa croix  l'une des colonnes
torses de l'autel de saint Pierre, et l'on passa  la fille de quinze ans.
galement approche de nous, le pape l'encula ; je la branlais ; elle fut
condamne d'abord  la plus vigoureuse fustigation, puis pendue  la seconde
des colonnes de l'autel.
     Le petit garon de quatorze ans parut ; Braschi l'encule de mme ; et
voulant excuter celui-l de sa main, il n'y eut sorte de vexations, sorte
d'horreurs qu'il ne lui ft prouver. Ce fut l o je reconnus toute la
cruelle sclratesse de ce monstre. Il suffit d'tre sur le trne pour porter
ces infamies  leur dernier priode : l'impunit de ces coquins couronns les
entrane  des recherches que n'inventeraient jamais d'autres hommes. Enfin ce
sclrat, ivre de luxure, arrache le cur de cet enfant, et le dvore en
perdant son foutre. Il restait la femme grosse.
     - Amuse-toi de cette coquine, me dit Braschi, je te la livre ; je sens
que je ne rebanderai plus, mais je ne t'en verrai pas moins jouir avec la plus
entire volupt : dans quelque tat que je puisse tre, le crime m'amuse
toujours ; ne la mnage donc pas.
     L'infortune s'approche.
     - De qui est cet enfant ? lui demandai-je.
     - D'un des mignons de Sa Saintet.
     - Et cela s'est-il fait sous ses yeux ?
     - Oui.
     - Le pre est-il ici ?
     - Le voil.
     - Allons, dis-je  ce jeune homme, fendez vous-mme le ventre de celle
qui porte votre fruit ; un effrayant supplice vous attend, si vous n'obissez
 la minute.
     Le malheureux obit ; je dcharge en criblant de coups de poignard le
corps de la victime, et nous nous retirons.
     Braschi voulut absolument que je passasse le reste de la nuit avec lui ;
le libertin m'adorait.
     - Tu es ferme, me disait-il, voil comme j'aime les femmes : celles qui
te ressemblent sont rares.
     - La Borghse me surpasse, rpondis-je.
     - Il s'en faut, me dit le pape, elle est  tout moment dchire de
remords. Dans huit jours, poursuivit le Saint-Pre, je te donne, avec elle et
les deux cardinaux, tes amis, le souper o je me suis engag ; et l, cher
amour, sois-en sre, nous ferons, j'espre, quelques horreurs qui surpasseront
celles-ci.
     - Je m'en flatte, dis-je faussement au pontife, n'entendant par cette
rponse que le vol que je m'apprtais  lui faire ce jour-l ; oui, j'espre
que nous en ferons de bonnes.
     Braschi, qui venait de se frotter les couilles avec une eau spiritueuse
et faite pour provoquer au plaisir, voulut essayer de nouvelles tentatives.
     - Je ne bande pas assez pour t'enculer, me dit-il, mais suce-moi.
     Je me mis  cheval sur sa poitrine ; le trou de mon cul posait sur sa
bouche, et le coquin, tout pape qu'il tait, dchargea en reniant Dieu comme
un athe.
     Il s'endormit. J'avais bien envie de profiter de cet instant pour aller
prendre dans son trsor tout ce que j'en pourrais rapporter ; le chemin qu'il
m'avait trac lui-mme me permettait cette tentative sans redouter ses gardes
; mais ce projet ayant t conu avec Olympe, je ne voulus pas la priver du
plaisir d'y participer ; lise et Raimonde, d'ailleurs, se trouveraient alors
avec nous, et notre moisson serait plus abondante.
     Pie VI ne tarda pas  se rveiller. Il y avait consistoire ce jour-l. Je
le laissai disputer en paix sur l'tat de conscience des pays chrtiens, et
fus demander pardon  la mienne de ne pas l'avoir charge d'une suffisante
quantit de crimes. Je l'ai dit, et je le soutiens, rien n'est pis que le
remords de la vertu, pour une me accoutume au mal ; et quand on existe dans
un tat complet de corruption, il vaut infiniment mieux combler la mesure que
de rester en arrire ; car ce qu'on fait de moins donne infiniment plus de
peine que ce qu'on fait de plus ne donne de plaisir.
     Deux ou trois bains nettoyrent les souillures pontificales, et je volai
chez Mme de Borghse lui apprendre mes succs du Vatican.
     Pour viter la monotonie des dtails, je glisserai lgrement sur ceux
des nouvelles orgies que nous y clbrmes. La grande galerie fut le lieu de
la scne ; plus de quatre cents sujets des deux sexes y parurent ; ce qu'on y
clbra d'impurets ne peut se peindre. Trente filles vierges, de sept 
quinze ans, et belles comme l'Amour, furent violes, et massacres aprs ;
quarante jeunes garons eurent le mme sort. Albani, Bernis et le pape
s'enculrent, se gorgrent de vin et d'infamies, et ce moment d'ivresse fut
celui que nous choismes, Olympe, lise, Raimonde et moi, pour aller piller le
trsor. Nous enlevmes vingt mille sequins, que Sbrigani, plac prs de l
avec des gens srs, fit aussitt transporter chez Borghse, o nous les
partagemes le lendemain. Braschi ne s'aperut pas de ce vol, ou feignit
politiquement de ne s'en pas douter... Je ne le revis plus ; mes visites, sans
doute, lui parurent trop chres. Ds ce moment, je crus prudent de quitter
Rome ; Olympe ne s'en consola pas ; il fallut pourtant s'arracher, et je
partis pour Naples au commencement de l'hiver, avec un portefeuille rempli de
lettres de recommandation pour la famille royale, le prince Francaville, et
tout ce qu'il y avait de plus riche et de plus lev dans Naples. Mes fonds
restrent placs sur des banquiers de Rome.
     Nous voyagions dans une excellente berline, Sbrigani, mes femmes et moi.
Quatre valets  cheval nous escortaient, lorsque entre Fondi et le mle de
Gate, sur les confins de l'tat ecclsiastique,  environ douze ou quinze
lieues de Naples, dix hommes  cheval, vers la brune, nous prirent, le
pistolet  la main, de vouloir bien nous dtourner du grand chemin pour aller
parler au capitaine Brisa-Testa qui, fort honntement retir dans un chteau
sur le bord de la mer, au-dessus de Gate, ne souffrait pas que les honntes
gens qui voyageaient dans cette contre passassent ainsi auprs de son
habitation sans lui faire une visite. Nous n'emes pas de peine  comprendre
ce langage, et, proportionnant aussitt nos forces  celles qu'on nous
opposait, nous sentmes facilement que le plus court tait d'obir.
     - Camarade, dit Sbrigani  l'officier, j'avais toujours ou dire que les
coquins ne se dtruisaient pas entre eux ; si vous exercez la profession d'une
manire, nous l'exerons de l'autre, et notre mtier, comme le vtre, est de
faire des dupes.
     - Vous vous expliquerez avec mon capitaine, dit ce sous-chef ; pour moi
je ne sais qu'obir, et surtout quand mes jours en dpendent ; marchons.
     Comme les cavaliers, aux ordres de celui qui nous parlait, liaient,
pendant ce temps-l, nos valets  la queue de leurs chevaux, il n'y eut pas 
rpliquer. Nous avanmes. L'officier s'tait mis dans notre voiture, et
quatre de ses cavaliers la conduisaient. Nous marchmes cinq heures de cette
manire, pendant lesquelles notre conducteur nous apprit que le capitaine
Brisa-Testa tait le plus fameux chef de brigands de toute l'Italie.
     - Il a, nous dit le guide, plus de douze cents hommes  ses ordres, et
nos dtachements parcourent d'un ct tout l'tat ecclsiastique jusqu'aux
montagnes de Trente ; ils vont de l'autre jusqu'aux extrmits de la Calabre.
Les richesses de Brisa-Testa, poursuivit l'officier, sont immenses. Dans un
voyage qu'il fit l'anne dernire  Paris, il pousa une femme charmante qui
fait aujourd'hui les honneurs de la maison.
     - Frre, dis-je  ce bandit, il me semble que les honneurs de la maison
d'un voleur ne doivent pas tre bien difficiles  faire.
     - Je vous demande pardon, rpondit l'officier, l'emploi de madame est
plus considrable qu'on ne le pense : c'est elle qui gorge les prisonniers,
et je vous assure qu'elle s'y prend d'une manire tout  fait honnte, et que
vous serez enchante de prir de sa main...
     - Ah ! dis-je, c'est donc l ce que vous appelez faire les honneurs de la
maison ?... Vous tes consolant, monsieur l'officier... Et le capitaine est-il
maintenant au logis, ou si nous n'aurons affaire qu' madame ?
     - Vous les trouverez tous les deux, rpondit le brigand ; Brisa-Testa
revient en ce moment d'une expdition dans la Calabre intrieure qui nous a
cot quelques hommes, mais qui a valu bien de l'argent. Depuis lors, notre
paie a tierc : voil ce que ce grand capitaine a de bon... une quit !...
une justice !... nous sommes toujours pays d'aprs ses moyens ; il nous
donnerait dix onces par jour[1] , s'il gagnait  proportion... Mais nous y
voici, dit l'officier ; je suis fch que la nuit vous empche de distinguer
les abords de cette superbe maison. Voici la mer et le chteau, dont les
impraticables alentours nous obligent  quitter ici la voiture ; il faut,
comme vous voyez, monter  pic maintenant, et le sentier ne peut tre fray
tout au plus que par des chevaux.
     Nous nous mmes en croupe derrire nos gardes, et, au bout d'une heure et
demie de trajet, dans la plus haute montagne que j'eusse encore vue de mes
jours, un pont-levis se baissa, nous traversmes quelques fortifications
hrisses de soldats qui nous reconnurent militairement, et nous parvnmes au
milieu de la citadelle. C'en tait effectivement une des plus fortes qu'il ft
possible de voir ; et dans l'tat o l'avait maintenue Brisa-Testa, elle tait
capable de soutenir les plus longs siges.
     Il tait environ minuit quand nous arrivmes ; le capitaine et sa femme
taient couchs ; on les veilla. Brisa-Testa vint nous visiter ; c'tait un
homme de cinq pieds, dix pouces, dans la force de l'ge, de la figure la plus
belle, en mme temps la plus dure. Il examina lgrement nos hommes : mes
compagnes et moi l'occuprent un peu plus longtemps, la manire brusque et
froce dont il nous observa nous fit trembler. Il parla bas  l'officier ; les
hommes aussitt furent emmens d'un ct, nos malles et nos effets de l'autre.
Mes amies et moi fmes jetes dans un cachot o nous trouvmes,  ttons, un
peu de paille o nous nous couchmes, bien plus pour pleurer nos malheurs que
pour trouver un repos difficile  goter dans notre horrible tat. Que de
cruelles rflexions vinrent agiter nos mes ! Le souvenir dchirant de nos
anciennes jouissances ne s'offrait  nous que pour jeter une teinte plus
sombre sur notre situation prsente. Nous appesantissions-nous sur notre tat
actuel, ce n'tait que pour en dduire les plus fcheuses prsomptions ;
ainsi, tourmentes du pass, dchires du prsent, frmissant de l'avenir, 
peine, dans l'tat affreux o nous tions, le sang circulait-il dans nos
veines brlantes. Ce fut alors que Raimonde voulut me rappeler  la religion.
     - Laisse l ces chimres, mon enfant, lui dis-je ; quand on les a
mprises toute sa vie, quel que soit l'tat o l'on se trouve, il est
impossible d'y revenir ; le remords seul, d'ailleurs, rappelle  la religion,
et je suis loin de me repentir d'aucune des actions de ma vie ; il n'en est
pas une seule que je ne sois prte  commettre encore, si j'en avais la
facult ; c'est sur la privation de cette facult que je pleure, et non sur
les rsultats obtenus d'elle quand je la possdais. Ah ! Raimonde, tu ne
connais pas l'empire du vice dans une me comme la mienne ! Ptrie de crimes,
alimente par le crime, elle n'existe que pour s'en repatre, et mon cou
serait sous le glaive, que je voudrais en commettre encore ; je voudrais que
mes cendres en fissent exhumer ; je voudrais que mes mnes, errantes sur les
mortels, les empoisonnassent de crimes, ou leur en inspirassent... Ne crains
rien, au surplus, nous sommes dans les mains du vice : un dieu nous protgera.
Je frmirais bien plus, si les fers qui nous captivent taient ceux de
l'pouvantable desse que les hommes osent appeler Justice. Fille du
despotisme et de l'imbcillit, si la putain nous tenait, je te ferais dj
mes derniers adieux ; mais le crime ne m'effraya jamais ; les sectateurs de
l'idole que nous adorons respectent leurs gaux et ne les frappent point ;
nous prendrons parti avec eux, s'il le faut. J'aime dj, sans la connatre,
cette femme dont on nous a parl ; je gage que nous lui plairons ; nous la
ferons dcharger ; si elle veut, nous tuerons avec elle, et elle ne nous tuera
pas. Approche, Raimonde, viens aussi prs de nous, lise, et puisqu'il ne nous
reste plus d'autre plaisir que de nous branler, jouissons-en.
     chauffes par moi, les coquines s'y livrrent ; la nature nous servit
aussi bien dans les chanes de l'infortune que sur les roses de l'opulence. Je
n'avais jamais eu tant de plaisir ; mais le retour de ma raison fut affreux.
     - Nous allons tre gorges, dis-je  mes compagnes ; il ne faut plus
nous faire d'illusion, c'est le seul destin qui nous attend. Ce n'est point la
mort qui m'effraie : je suis assez philosophe pour tre bien sre de ne pas
tre plus malheureuse aprs avoir vgt quelques annes sur la terre, que je
ne l'tais avant que d'y arriver ; mais je crains la douleur, ces coquins-l
me feront souffrir ; ils jouiront peut-tre  me tourmenter, comme j'ai joui 
tourmenter les autres ; ce capitaine m'a l'air d'un sclrat, il a des
moustaches qui m'effraient, et sa femme, sans doute, est aussi cruelle que
lui... Rassure tout  l'heure, je frmis  prsent...
     - Madame, me dit lise, je ne sais quel espoir parle au fond de mon cur,
mais vos principes me tranquillisent. Il est, m'avez-vous dit, dans les lois
ternelles de la nature, que le crime triomphe et que la vertu soit humilie ;
j'attends tout de cet immuable dcret... Ah ! ma chre matresse, il nous
sauvera la vie.
     - Mon raisonnement, sur cela, va vous paratre simple, dis-je  mes
amies. Si, comme nous ne pouvons en douter, la masse des crimes l'emporte par
son poids sur celle de la vertu [et] ceux qui la pratiquent, l'gosme dans
l'homme n'est que le rsultat de ses passions ; presque toutes portent au
crime ; or, l'intrt du crime est d'humilier la vertu : donc, dans presque
toutes les donnes de la vie, je parierai toujours plutt pour le crime que
pour la vertu.
     - Mais, madame, dit Raimonde, vis--vis de ces gens-ci, nous sommes la
vertu, eux seuls reprsentent le vice ; donc ils nous craseront.
     - Nous parlons de donnes gnrales, rpondis-je, et ceci n'est qu'un cas
particulier ; en faveur d'une seule exception, la nature ne s'cartera pas de
ses principes.
     Nous raisonnions de cette manire, lorsqu'un gelier, plus effrayant
encore que son matre, parut, en nous apportant un plat de fves.
     - Tenez, nous dit-il d'une voix rauque, mnagez-les, car on ne vous
apportera plus rien.
     - Eh quoi ! m'empressai-je de rpondre, est-ce que le supplice que l'on
nous prpare serait de mourir de faim ?
     - Non, mais vous serez, je crois, expdies demain et, jusque-l, madame
n'imagine pas que ce ne soit trop la peine de dpenser de l'argent pour former
en vous des trons que vous ne chierez pas.
     - Eh ! savez-vous, mon cher, le genre de mort qui nous est prpar ?
     - Cela dpendra du caprice de madame, notre commandant lui laisse ce soin
; elle fait sur cet objet tout ce qu'elle veut ; mais, comme femme, votre mort
sera plus douce que celle de vos gens ; Mme Brisa-Testa n'est sanguinaire
qu'avec les hommes ; avant que de les immoler, elle en jouit... elle les tue
quand elle en est lasse.
     - Et son mari n'est donc point jaloux ?
     - Nullement, il fait de mme avec les femmes ; il s'en amuse et les
abandonne ensuite  madame, qui dicte leur arrt, et souvent l'excute lorsque
monsieur, blas sur ces sortes de plaisirs, lui abandonne l'excution.
     - Il tue donc rarement, votre matre ?
     - Ah ! il n'immole pas six victimes par semaine... Il en a tant tu !...
il en est las. Il sait d'ailleurs que cela fait les dlices de sa femme, et,
comme il l'aime beaucoup, il lui abandonne cet emploi. Adieu ! dit le bourru
en se retirant, je vous quitte, j'en ai d'autres  servir ; nous ne chmons
pas ici ; grce au ciel, la maison est toujours pleine ; on ne conoit pas
l'immensit de prisonniers que nous faisons...
     - Camarade, continuai-je, sais-tu ce que sont devenus nos effets ?
     - Cela se met en magasin... Oh ! soyez tranquilles, vous ne les reverrez
plus ; mais rien ne se perd, on a soin de tout cela.
     Et notre homme sortit.
     Une lucarne, de trois ou quatre pouces au plus, nous donnait assez de
jour pour nous examiner dans ce cachot, et nous ne manqumes pas de le faire,
sitt que nous fmes seules.
     - Eh bien ! dis-je  ma chre lise, ton espoir est-il suffisamment du
maintenant ?
     - Pas encore, me rpondit cette aimable fille, rien ne peut me dterminer
 y renoncer ; mangeons et ne nous dsesprons point.
     Ce triste repas tait  peine fini, que le gelier rentra.
     - On vous demande  la salle du conseil, nous dit-il brusquement... Vous
ne languirez pas, c'est pour aujourd'hui.
     Nous pntrons. Une grande femme, assise  l'extrmit de la salle, nous
fit signe de nous tenir debout autour d'elle ; puis, ayant fini d'crire
quelque chose, elle leva les yeux sur nous, nous ordonnant de rpondre aux
questions qu'elle allait nous faire... Oh ! mes amis, de quelles expressions
me servir pour vous tmoigner ma surprise !... Cette femme qui m'interrogeait,
cette compagne du plus sclrat des brigands de l'Italie, c'tait Clairwil...
ma chre Clairwil, que je retrouvais dans cette incroyable situation !... Je
ne me contiens plus ; je saute dans ses bras.
     - Que vois-je ! s'cria Clairwil ! Quoi ! c'est toi Juliette ?... Oh ! ma
plus tendre amie ! embrassons-nous, et que ce jour, qui n'en et t qu'un de
deuil pour toute autre, devienne un jour de fte et de plaisirs pour toi !
     La multitude de mouvements qui troublrent mon me... leur opposition,
leur vivacit, me jeta dans une stupeur dont j'eus beaucoup de peine 
revenir. En rouvrant les yeux, je me trouvai dans un excellent lit, entoure
de mes femmes et de Clairwil, qui se disputaient le plaisir de m'tre utiles
et de me rendre les soins qu'exigeait mon tat.
     - Chre me ! je te retrouve, dit mon ancienne amie, quelle flicit pour
moi ! Dj mon poux est instruit : tes gens, tes richesses, tout te sera
rendu, nous n'exigeons de toi que de passer quelques jours avec nous. Notre
manire de vivre ne t'effrayera point, je connais assez tes principes pour
tre sre que le scandale n'approchera jamais d'une me comme la tienne. Nous
en avons fait autrefois suffisamment ensemble, pour que je puisse en tre
persuade.
     - Oh ! Clairwil, m'criai-je, ton amie est toujours la mme ; l'ge, en
mrissant ma tte, m'a fait faire des progrs qui ne me rendront que plus
digne de toi ; j'attends avec plaisir le spectacle des crimes que tu me
prpares... ce seront des jouissances pour moi. Je suis bien loin aujourd'hui
de cette pusillanimit qui pensa me perdre autrefois, et ton amie, sois-en
bien sre, ne rougit plus que de la vertu. Mais toi, cher ange, qu'es-tu
devenue ? qu'as-tu fait ? quelle heureuse toile me fait retrouver mon amie
dans ces lieux ?
     - Tu seras instruite de toutes ces particularits, me dit Clairwil ; mais
je veux que tu commences par te calmer... te tranquilliser, par recevoir nos
excuses de t'avoir si mal reue. Tu vas voir mon mari, tu l'aimeras, j'ose en
tre certaine...  Juliette ! reconnais la main de la nature ; de tout temps,
elle fit triompher le vice, tu le sais. Tombe chez une femme vertueuse, vue
toi-mme comme une coquine, tu tais perdue ; mais tu nous ressembles... nous
devons te sauver. Froids sectateurs de la vertu, convenez de votre faiblesse,
et que le perptuel empire du crime sur vos mes de boue vous impose  jamais
silence !
     Brisa-Testa parut au mme instant o son pouse finissait ces mots. Soit
que la situation ne ft plus la mme, soit que le calme o je me retrouvais me
ft voir les objets d'un autre il, ce brigand ne me parut plus si affreux :
l'examinant avec attention, je le trouvai fort beau ; il l'tait effectivement.
     - Voil, dis-je  mon amie, un poux bien digne de toi.
     - Fixe-le, Juliette, me rpondit Clairwil, et dis-moi si tu t'imagines
que les liens de l'hymen soient les seuls qui doivent nous unir.
     - Il est certain qu'il existe entre vous une ressemblance.
     -  Juliette ! ce brave homme est mon frre ; des vnements nous avaient
spars, un voyage qu'il fit l'an pass me le rendit. L'hymen a resserr nos
nuds ; nous voulons maintenant qu'ils soient indissolubles.
     - Ils le seront, dit le capitaine, j'en renouvelle le serment dans les
mains de l'aimable Juliette. Quand on se ressemble aussi parfaitement, quand
les inclinations, les murs ont une conformit si complte, il ne faut jamais
se sparer.
     - Vous tes des sclrats, rpondis-je, vous vivez dans le sein de
l'inceste et du crime, il n'y aura jamais d'absolution pour vous ; si, comme
moi, vous reveniez de Rome, tous ces crimes vous effrayeraient ; et la crainte
de ne pouvoir les purger vous empcherait d'y rester engloutis.
     - Dnons, Juliette, me dit mon amie, tu finiras ton sermon au dessert ;
puis, ouvrant une chambre voisine : Voil, poursuivit-elle, tes effets, tes
gens, ton Sbrigani ; devenez tous amis de la maison et publiez, quand vous ne
serez plus ici, que les charmes de la tendre amiti trouvent des sectateurs,
mme au sein du crime et de la dbauche.
     Un magnifique repas nous attendait. Sbrigani et mes femmes se mirent 
table avec nous ; nos gens aidrent ceux de mon amie, et nous ne fmes plus
qu'une mme famille. Il tait huit heures du soir lorsque nous sortmes de
table. Brisa-Testa ne la quittait jamais sans tre ivre ; il me parut que sa
chre pouse avait adopt le mme dfaut. Nous passmes aprs le repas dans un
assez beau salon, o mon ancienne amie proposa bientt de joindre les myrtes
de Vnus aux pampres du dieu de la vigne.
     - Ce bougre-l doit bien bander, dit-elle en entranant Sbrigani sur un
canap... Mon frre, trousse Juliette, et tu lui trouveras des charmes dignes
de toi...
     - Oh, Dieu ! m'criai-je, ivre moi-mme... tre foutue par un brigand,
par un assassin !...
     Et je n'avais pas fini que, courbe sur un sofa par le capitaine, un vit
plus gros que le bras farfouillait dj mon derrire.
     - Bel ange, dit le libertin, pardonnez une petite crmonie prliminaire
sans laquelle, tel bandant que vous voyez mon vit, il me serait cependant
impossible de venir  bout de vos charmes : il faut que j'ensanglante ce beau
cul ; mais rapportez-vous-en  mes soins,  peine le sentirez-vous.
     S'armant aussitt d'une discipline  pointes d'acier dont il m'appuya
fortement une douzaine de coups sur les fesses, je fus en sang en deux
minutes, sans avoir prouv la moindre douleur.
     - Voil ce qu'il me faut, dit le capitaine, mes cuisses vont s'inonder en
m'appuyant sur vous, et mon vit, au fond de vos entrailles, y lancera
peut-tre un sperme pais, qu'il n'et point obtenu sans cette crmonie.
     - Frappe, frappe ! mon frre, cria Clairwil, tout en foutant avec
Sbrigani, son cul est  l'preuve, nous nous sommes souvent fouettes toutes
deux.
     - Oh ! monsieur, m'criai-je ds que je sentis le monstrueux engin du
capitaine me sonder le derrire, je n'ai rien dit aux coups de fouet...
     Il n'tait dj plus temps : le monstrueux engin de Brisa-Testa touchait
dj le fond de mes entrailles ; j'tais encule jusqu' la garde. On nous
imitait : Clairwil n'offrant, selon son usage, que les fesses s on fouteur,
en tait solidement perfore, tandis que Raimonde, la branlant sur le
clitoris, lui rendait avec volupt le mme service que je retirais d'lise.
      mes amis ! quel fouteur que ce chef de brigands ! Ne s'en tenant point
au seul temple o je croyais que ses gots l'avaient fix d'abord, il les
parcourait  la fois l'un et l'autre, et, par cette double intromission, le
coquin me tenait toujours en dcharge.
     - Tiens, Juliette, me dit-il en se retirant et braquant son norme vit
sur mes ttons, voil la cause de tous mes garements : ce sont les plaisirs
que je reois de ce beau membre qui m'ont prcipit dans tous les dsordres de
ma vie ;  l'exemple de ma sur, je bande pour le crime, et ce n'est jamais
qu'au projet ou qu' l'excution de quelque horreur que je puis lancer mon
foutre.
     - Eh bien ! sacredieu ! rpondis-je, faisons-en donc quelques-unes.
Puisqu'un mme dsir nous anime tous et que, vraisemblablement, la possibilit
se rencontre ici, mlons notre : sperme  des ruisseaux de sang... N'est-il
pas ici des victimes ?
     - Ah, garce ! dit Clairwil en dchargeant, comme je te reconnais  ces
propos !... Allons, mon frre, satisfaisons cette charmante femme, immolons
cette belle Romaine que nous avons arrte ce matin.
     - Soit, qu'on la fasse venir, son supplice amusera Juliette ; nous nous
branlerons et dchargerons tous en l'oprant...
     La voyageuse arrive. Oh ! mes amis !... devinez qui s'offre  ma vue ?...
Borghse... la dlicieuse Borghse ; elle n'existait plus, spare de moi...
elle volait sur mes traces ; les gens de Brisa-Testa venaient de l'arrter
comme ils m'avaient arrte la veille.
     - Clairwil,, m'criai-je, cette femme n'est point encore une victime,
c'est une complice, c'est l'amie qui te remplaait dans mon cur, s'il tait
possible que tu le fusses ; aime-la, mon ange, aime-la... la coquine est digne
de nous...
     Et la, divine Olympe me baisait, caressait Clairwil, semblait implorer
Brisa-Testa.
     - Oh ! doubledieu ! dit celui-ci, qui bandait comme un carme, cette
complication d'aventures, en allumant ma tte sur le dsir de foutre cette
belle femme, l'attidit sur d'autres objets ; foutons d'abord, nous verrons ce
que cela deviendra.
     Olympe me remplace ; son beau cul reoit les loges universels qu'il
mrite. Par les mmes moyens dont il s'est servi avec moi, Brisa-Testa le met
en sang, et le sodomise l'instant d'aprs. Mes femmes me branlent, et Sbrigani
ne cesse de limer Clairwil. Pour le coup, nos ttes s'embrasent sans avoir
besoin d'autre stimulant ; Brisa-Testa nous place toutes les cinq sur le mme
rang, appuyes sur un large sofa, les reins bien en l'air ; Sbrigani et lui
nous sondent tour  tour ; ils se suivent : l'un fout le con, l'autre le cul,
et les sclrats dchargent  la fin, Sbrigani dans le cul de Clairwil,
Brisa-Testa dans celui d'Olympe.
     Un peu d'honntet succde  ces plaisirs. Borghse, nouvellement sortie
d'un cachot comme moi, avait besoin de quelque rparation ; on lui servit 
souper, et nous nom mmes au lit. Aprs le djeuner du lendemain, la runion
d'une petite-matresse de Paris avec un chef de brigands du fond de l'Italie
parut si surprenante  tout le monde, que le capitaine fut vivement sollicit
d'instruire la compagnie d'une histoire qui paraissait aussi singulire.
     - J'y consens, dit Brisa-Testa ; je ne hasarderais pas devant tout autre
des dtails aussi scandaleux ; mais vos murs me rpondent de votre
philosophie et je sens qu'on peut tout dire avec vous.
 
                           HISTOIRE DE BRISA-TESTA.
 
    Si la pudeur habitait encore au fond de mon me, assurment je balancerais
 vous dvoiler mes travers, mais, parvenu depuis longtemps  ce degr de
corruption morale o l'on ne rougit plus de rien, je n'ai pas le plus petit
scrupule  vous confier les plus petits vnements d'une vie tissue par le
crime et par l'excration. L'aimable femme, que vous voyez ici sous le titre
de mon pouse, est  la fois ma femme et ma sur. Nous sommes tous deux ns de
ce fameux Borchamps dont les concussions furent aussi clbres que les
richesses et le libertinage. Mon pre venait d'atteindre sa quarantime anne
quand il pousa ma mre, ge de vingt ans et beaucoup plus riche que lui ; je
naquis la premire anne de son mariage. Ma sur Gabrielle ne vit le jour que
six ans aprs.
     Je prenais seize ans, ma sur dix, lorsque Borchamps parut ne vouloir
plus confier le reste de mon ducation qu' lui seul. Rentrs dans la maison
paternelle, nous n'en connmes plus que les douceurs : de ce moment, le peu
qu'on nous avait appris de religion fut oubli par les soins de mon pre, et
les talents les plus agrables remplacrent les tnbreuses obscurits de la
thologie. Nous nous apermes bientt que de tels procds ne plaisaient
nullement  ma mre. Ne douce, dvote et vertueuse, elle tait loin
d'imaginer que les principes que nous inculquait mon pre dussent faire un
jour notre bonheur ; et, pleine de ses petites ides, elle entrava tant
qu'elle le put tous les projets de son mari qui, finissant nanmoins par se
moquer d'elle, ne s'en tint seulement pas  dtruire en nous tous les
principes de religion, mais anantit mme tous ceux de la morale. Les bases
les plus sacres de la loi naturelle furent galement pulvrises ; et cet
aimable pre, voulant que nous devinssions aussi philosophes que lui, ne
ngligea rien de tout ce qui pouvait nous rendre impassibles aux prjugs
comme aux remords ; afin que de pareilles maximes ne fussent pas dans le cas
d'tre contraries, il avait l'attention de nous tenir dans une solitude
profonde. Un seul de ses amis, et la famille de cet ami, venaient parfois
adoucir cette retraite ; et je dois, pour l'intelligence de mon rcit, peindre
un moment ce digne ami.
     M. de Brval, g de quarante-cinq ans, presque aussi riche que mon pre,
avait, comme lui, une pouse jeune, vertueuse, sensible, et, comme lui, des
enfants charmants, dont l'un, Auguste, atteignait sa quinzime anne, et
l'autre, Laurence, vraiment belle comme le jour, compltait sa onzime. Chaque
fois que Brval venait chez mon pre, il y conduisait sa femme et ses enfants
: on nous runissait alors, sous l'inspection d'une gouvernante nomme
Pamphyle, ge de vingt ans, trs jolie, et parfaitement dans les bonnes
grces de mon pre. levs tous les quatre de mme, ayant absolument les mmes
principes, nos conversations et nos jeux se trouvaient trs au-dessus de nos
ges ; et, vraiment, ceux qui nous auraient entendus auraient plutt pris nos
conciliabules pour des comits de philosophie que pour des rcrations
d'enfants. A force d'tre rapprochs de la nature, nous en coutmes bientt
la voix, et ce qu'il y eut de fort extraordinaire, c'est qu'elle ne nous
inspira point de nous mler. Chacun resta dans sa famille ; Auguste et
Laurence s'aimrent, se confirent leurs sentiments, avec la mme candeur...
la mme joie, que Gabrielle et moi, nous nous dclarmes les ntres. L'inceste
ne contrarie donc point les plans de la nature, puisque ses premiers
mouvements nous l'inspirent. Ce qu'il y a d'assez remarquable, c'est que la
jalousie n'clata point dans nos jeunes ardeurs. Ce sentiment ridicule n'est
point une preuve de l'amour : unique fruit de l'orgueil et de l'gosme, il
tient donc plutt  la crainte de se voir prfrer un autre objet, qu' celle
de perdre celui qu'on adore. Quoique Gabrielle m'aimt mieux qu'Auguste, elle
ne l'embrassait pas avec moins d'ardeur ; et quoique j'adorasse Gabrielle, je
n'en concevais pas moins les plus violents dsirs d'tre aim de Laurence. Six
mois se passrent ainsi, sans que nous mlassions rien de terrestre  cette
mtaphysique de nos mes : ce n'tait pas l'envie qui nous manquait, c'tait
l'instruction, et nos pres, qui nous observaient avec soin, se htrent
bientt d'aider la nature.
     Un jour qu'il faisait trs chaud, et que nos parents, suivant leur usage,
taient runis pour passer quelques heures entre eux, mon pre,  moiti nu,
vint nous proposer d'entrer dans l'appartement o il se tenait avec ses amis ;
nous acceptmes. La jeune gouvernante suivit. Et l, jugez de notre surprise,
en voyant Brval sur ma mre, et sa femme, un instant aprs, sous mon pre.
     - Examinez avec attention ce mcanisme de la nature, nous dit la jeune
Pamphyle, profitez-en surtout, ds que vos parents veulent bien vous initier
dans ces mystres de la lubricit, et pour votre instruction et pour votre
bonheur. Parcourez ces groupes ; vous voyez que ceux qui les composent
jouissent des volupts de la nature ; appliquez-vous  les imiter...
     Une attention stupide nous saisit d'abord ; c'est l'effet ordinaire de ce
spectacle sur l'esprit des enfants ; un plus vif intrt s'empare bientt de
nos curs, et nous approchons. Ce ne fut qu'alors que nous apermes de la
diffrence dans la situation de nos quatre acteurs : les deux hommes
jouissaient avec dlices ; les deux femmes ne faisaient que se prter, et mme
avec rpugnance. Pamphyle dmontrait, expliquait, nommait les choses et les
dsignait.
     - Retenez bien tout cela, disait-elle, car vous allez bientt tre en
exercice...
     Elle entrait ensuite dans les dtails les plus tendus. La scne, alors,
eut un moment de suspension, mais qui, loin de la refroidir, n'y jeta qu'un
attrait de plus. Mon pre quittant en fureur le cul de Mme de Brval (car ces
messieurs ne foutaient qu'en cul) nous saisit, nous approche de lui, et nous
fait toucher son engin  tous quatre, en nous apprenant  le branler. Nous
riions, nous excutions, et Brval nous examinait en continuant d'enculer ma
mre.
     - Pamphyle, dit alors mon pre, aidez-les  se mettre dans le mme tat
que nous ; il est temps de joindre un peu de pratique  la thorie de la
nature...
     En un instant, nous sommes nus ; Brval, sans terminer, quitte pour lors
sa jouissance, et voil les deux pres  nous caresser sans distinction, 
nous accabler d'attouchements et de suons, sans oublier Pamphyle, que les
fripons maniaient et baisaient galement  l'envi l'un et l'autre.
     - Quelle atrocit ! s'cria Mme de Brval, comment ose-t-on se permettre
de pareilles choses avec ses propres enfants !
     - Silence, madame, lui cria durement son mari ; renfermez-vous,
croyez-moi, l'une et l'autre, dans les rles passifs qui vous sont prescrits ;
vous tes avec nous pour vous laisser faire, et non pour nous haranguer.
     Se remettant ensuite  l'ouvrage avec tranquillit, le libertin et son
ami continurent leurs examens, avec le mme flegme que si ce comble
d'impunit n'et pas outrag les deux mres.
     Unique objet des caresses de mon pre, il semblait ngliger tout le reste
pour moi. Gabrielle, si l'on veut, l'intressait bien aussi ; il la baisait,
il la branlait ; mais ses plus voluptueuses caresses ne se dirigeaient que
vers mes jeunes attraits. J'avais l'air de l'enflammer seul ; j'tais le seul
auquel il ft cette voluptueuse caresse de la langue au cul, signe assur de
la prdilection d'un homme pour un autre, gage certain de la luxure la plus
raffine, et que les vrais sodomistes ne prodiguent gure aux femmes, dans la
crainte de l'affreux dgot o les expose le voisin ; dcid  tout, le coquin
me prend dans ses bras, me place sur le ventre de ma mre, m'y fait contenir
par Pamphyle qui, nue par ses ordres, lui fait, pendant l'opration, manier le
plus beau cul possible. Sa bouche humecte le temple qu'il veut perforer ; ds
qu'il en croit l'entre suffisamment largie, son engin s'y prsente...
pousse... pntre... enfonce... et me dpucelle, en mourant de plaisir.
     - Oh ! monsieur, lui criait ma mre,  quelle horreur vous vous livrez !
Votre fils est-il fait pour devenir la victime de votre affreux libertinage ;
et ne voyez-vous donc point que ce que vous osez faire porte  la fois
l'empreinte de deux ou trois crimes, pour le moindre desquels l'chafaud est
dress ?
     - Eh ! mais, vraiment, madame, rpondait froidement mon pre, c'est
prcisment ce que vous me dites qui va me faire le plus dlicieusement
dcharger. Ne craignez rien, d'ailleurs, votre fils est parfaitement dans
l'ge de soutenir ces mdiocres assauts ; il y a quatre ans que cela devrait
tre fait : je dpucelle ainsi tous les jours des enfants beaucoup plus
jeunes. Gabrielle elle-mme y passera bientt, quoiqu'elle n'ait que dix ans :
rien n'est moins gros que mon vit, et mon adresse est incroyable.
     Quoi qu'il en soit, je suis mis en sang ; des flots de foutre viennent
l'tancher, et mon pre se calme, mais sans discontinuer de caresser ma sur,
qui vient de me remplacer.
     Cependant Brval ne perdait pas son temps ; mais plus amoureux, au
contraire, de sa fille que de son fils, c'est par Laurence qu'il dbute, et la
jeune personne, place de mme sur le sein de sa mre, vient d'y voir cueillir
ses prmices.
     - Fouts ton fils ! lui crie mon pre, je vais enculer ma fille : que tous
quatre, en ce jour, assouvissent nos brutalits. Il est temps de leur faire
jouer le seul rle que leur ait assign la nature ; il est temps qu'ils
sachent que ce n'est que pour nous servir de putains qu'ils sont ns, et que
sans l'espoir de les foutre, nous ne les eussions peut-tre jamais crs...
     Les deux sacrifices s'offrent  la fois. A droite, on voit Brval
dpucelant son fils, en baisant le trou du cul de sa femme, et maniant les
fesses de sa fille, encore inondes de son foutre ;  gauche, mon pre
enculant Gabrielle, pendant qu'il lche mon cul, qu'il moleste celui de sa
femme d'une main, en branlant de l'autre l'anus de Pamphyle ; tous deux
dchargent et le calme renat.
     Le reste de la soire se consacre  nous donner des leons. On nous marie
; mon pre m'unit  ma sur ; Brval en fait de mme avec ses enfants. Ils
nous excitent, prparent les voies, consolident les jonctions ; et, pendant
qu'ils nous agencent ainsi par devant, ils sondent nos culs tour  tour, en se
cdant mutuellement la place ; en sorte que Brval m'enculait lorsque
Borchamps foutait Auguste, et, pendant ce temps, les mres, obliges de se
prter  la clbration des orgies, venaient taler, comme Pamphyle, leurs
charmes aux deux libertins. Plusieurs autres scnes lubriques succdent 
celles-l : l'imagination de mon pre tait inpuisable. Ils placent les
enfants sur leurs mres, et, pendant que le mari de l'une encule la femme de
l'autre, ils obligent les enfants  branler leurs mres. Pamphyle parcourt les
rangs, elle encourage les luttes, elle aide les combattants, elle les sert ;
on la sodomise  son tour ; et la plus dlicieuse dcharge venant  la fin
calmer les esprits, on se spare.
     Quelques jours aprs, mon pre m'ayant fait venir dans son cabinet :
     - Mon ami, me dit-il, toi seul vas faire maintenant mes uniques
jouissances ; je t'idoltre, et ne veux plus foutre que toi ; je vais remettre
ta sur au couvent ; elle est trs jolie, sans doute, j'ai reu beaucoup de
plaisir d'elle, mais elle est femme, et c'est un grand tort  mes yeux ; je
serais jaloux, d'ailleurs, des plaisirs que tu goterais avec elle ; je veux
que toi seul reste auprs de moi. Tu seras log dans l'appartement de ta mre
; elle est faite pour te cder le pas ; toutes les nuits, nous coucherons
ensemble, je m'puiserai dans ton beau cul, tu dchargeras dans le mien...
nous nous enivrerons de volupts. Les assembles que tu as vues n'auront plus
lieu ; Brval, amoureux de sa fille, va se comporter avec elle comme je me
conduis avec toi ; nous ne cesserons pas d'tre amis ; mais, trop jaloux
maintenant de nos mutuelles jouissances, nous ne prtendons plus les mler.
     - Mais ma mre, monsieur, rpondis-je, ne sera-t-elle pas fche de ces
projets ?
     - Mon ami, me rpondit mon pre, coute avec attention ce que j'ai  te
dire sur cela ; tu as suffisamment d'esprit pour m'entendre. Cette femme qui
t'a mis au jour est peut-tre la crature de l'univers que je dteste le plus
souverainement ; les liens qui l'attachent  moi me la rendent mille fois plus
dtestable encore. Brval est au mme point avec la sienne. Ce que tu nous
vois faire avec ces femmes n'est que le fruit du dgot et de l'indignation ;
c'est bien moins pour nous amuser d'elles que pour les avilir, que nous les
prostituons ainsi ; nous les outrageons par haine et par une sorte de
lubricit cruelle que tu concevras, j'espre, quelque jour, et dont le but est
de nous faire goter un plaisir indicible aux vexations imposes  l'objet
dont on a trop joui.
     - Mais, monsieur, dis-je avec assez de bon sens, vous me tourmenterez
donc aussi quand vous serez las de moi ?
     - Cela est fort diffrent, me rpondit mon pre, ce ne sont ni les
usages, ni les lois qui nous lient, c'est le rapport des gots, des
convenances... c'est l'amour ; cette union, d'ailleurs, est un crime selon les
hommes, et jamais l'on ne se lasse du crime.
     N'en sachant pas davantage pour lors, je crus tout, et, ds ce moment, je
vcus avec mon pre absolument comme si j'eusse t sa matresse. Je passais
toutes les nuits  ses cts, trs souvent dans le mme lit, et nous nous
enculions tous deux, jusqu' nous puiser. Pamphyle tait notre seconde
confidente, et presque toujours en tiers dans nos plaisirs ; mon pre aimait 
se faire donner le fouet par elle, pendant qu'il m'enculait ; il la sodomisait
et l'trillait ; quelquefois aussi je devenais, pendant ce temps-l, le
plastron de ses baisers ; ensuite, il me la livrait, j'en faisais tout ce que
bon me semblait, mais il fallait que je baisasse le cul de mon pre pendant ce
temps-l. Et Borchamps, comme Socrate, instruisait son disciple, tout en le
foutant les principes les plus impies, les plus antimoraux m'taient suggrs
; et si je n'allais pas encore voler sur les grands chemins, ce n'tait pas la
faute de Borchamps. Ma sur venait quelquefois  la maison, mais elle y tait
reue avec froideur ; bien diffrent de mon pre sur cet objet, chaque fois
que je pouvais la rejoindre, je lui tmoignais la plus violente ardeur, et je
la foutais ds que j'en trouvais le moment.
     - Mon pre ne m'aime pas, dit Gabrielle... il te prfre... Eh bien ! vis
heureux avec lui, et ne m'oublie jamais...
     Je baisai Gabrielle, et lui jurai de l'adorer toujours.
     Depuis trs longtemps, je m'apercevais que ma mre ne sortait jamais du
cabinet de Borchamps, sans s'essuyer les yeux... sans pousser de profonds
soupirs. Curieux de connatre la cause de ces chagrins, je fis une fente  la
cloison qui sparait ce cabinet de mon boudoir, et fus lestement m'tablir 
ce trou, quand je crus pouvoir les surprendre... Je vis des horreurs ;. la
haine de mon pre, pour cette femme, ne s'exhalait que par des supplices
affreux. On ne se figure point ceux que sa froce lubricit infligeait  cette
malheureuse victime de son dgot : aprs l'avoir assomme, il la renversait 
terre, et la foulait aux pieds ; d'autres fois, il la mettait en sang  coups
de martinet, et, plus souvent encore, il la prostituait  un fort vilain
homme, que je ne connaissais pas, et dont il jouissait lui-mme.
     - Quel est cet homme ? demandai-je un jour  Pamphyle  qui j'avais
confi mes dcouvertes, et qui, pleine d'amiti pour moi, m'offrait de m'en
faire faire de nouvelles.
     - C'est, me dit-elle, un sclrat de profession, que votre pre a sauv
deux ou trois fois de la potence ; c'est un coquin qui, pour six francs, irait
assassiner l'individu qui lui serait indiqu. Un des plus grands plaisirs de
Borchamps est de lui faire fouetter votre mre, et, comme vous l'avez vu, de
la lui prostituer ensuite. Borchamps adore cet homme, il le faisait trs
souvent coucher avec lui, avant que vous n'occupassiez cette place. Mais vous
ne connaissez pas encore tout le libertinage de celui de qui vous tenez le
jour : placez-vous, demain, au mme lieu o vous avez observ tout ce que vous
venez de me dire, et vous verrez une autre scne.
     A peine suis-je au trou, que quatre grands drilles de six pieds entrent
dans le cabinet de mon pre, ils lui mettent le pistolet sur la gorge, le
saisissent, le garrottent sur la branche d'une chelle double, puis, arms
d'une vigoureuse poigne de verges, ils le frappent sur les reins, les fesses
et les cuisses, de plus de mille coups chacun ; le sang ruisselait  gros
bouillons quand ils le dtachrent ; ds qu'il le fut, ils le jetrent sur un
canap, et lui passrent tous les quatre sur le corps, en telle faon qu'il
avait toujours un vit dans la bouche, un dans le cul, un dans chaque main. Il
fut foutu plus de vingt fois, et par quels vits, grand Dieu ! je ne les aurais
pas empoigns.
     - Je voudrais bien, dis-je  Pamphyle, que j'enculais pendant cette
scne, je voudrais, ma chre amie, que tu persuadasses  mon pre de rendre ma
mre victime d'une pareille joute.
     - Ce ne sera pas difficile, me dit cette chre enfant ; il ne s'agit que
de proposer une horreur  Borchamps, pour qu'il la saisisse aussitt ; ce que
vous dsirez se fera demain, me dit Pamphyle.
     Fort peu de jours aprs, je me place ; ma pauvre mre fut dchire et
sodomise d'une telle force, que les coquins la laissrent sans mouvement sur
le carreau. Pamphyle, comme  l'ordinaire, m'avait prt son superbe cul
pendant ce spectacle ; et je vous l'avoue, de mes jours encore, je n'avais
plus dlicieusement dcharg.
     J'avouai tout  mon pre, et ne lui dguisai pas surtout l'extrme
plaisir que ses volupts secrtes m'avaient procur.
     - C'est d'aprs mes ides, lui dis-je, qu'il vous a t suggr de
traiter votre femme, comme je venais de voir que vous vous faisiez traiter
vous-mme...
     - Mon ami, me dit Borchamps, es-tu capable de m'aider dans ces oprations
?
     - N'en doutez pas, mon pre.
     - Quoi ! cette femme qui t'a mis au monde ?
     - Elle n'a travaill que pour elle, et je la dteste aussi fortement que
vous pouvez le faire.
     - Baise-moi, cher amour, tu es dlicieux ; et, sois-en bien certain, tu
vas, de ce moment, goter les plus violents plaisirs qui puissent enivrer un
homme. Ce n'est qu'en outrageant ce qu'il a la btise d'appeler les lois de la
nature qu'il peut vraiment se dlecter. Quoi ! d'honneur, tu maltraiteras ta
mre ?
     - Plus cruellement que vous, je le jure.
     - Tu la martyriseras ?
     - Je la tuerai, si vous le voulez...
     Et ici, Borchamps, qui maniait mes fesses pendant cette conversation, ne
put retenir son foutre, et le perdit avant que d'avoir le temps de me le
lancer dans le derrire.
     - A demain, mon ami, me dit-il, c'est demain que je te ferai faire tes
preuves. Va te reposer comme moi jusque-l ; et surtout, sois sage : le foutre
est l'me de toutes ces choses-l ; il faut laisser doubler la dose du sien,
quand on veut faire des infamies.
     A l'heure indique, ma mre passa chez Borchamps ; le vilain homme y
tait ; la scne fut affreuse. La pauvre femme fondit en larmes, en voyant que
j'tais un de ses ennemis les plus acharns. Je renchris sur les horreurs
dont mon pre et son ami l'accablaient. Borchamps voulut que cet ami m'encult
sur le sein de ma mre, pendant que j'gratignais ce sein sacr qui m'avait
donn l'existence. Vivement press par un beau vit au cul, l'imagination
singulirement flatte d'tre foutu par un sclrat de profession, j'allais
plus loin qu'on ne m'avait dit, et j'emportai, de mes dents, le bout du tton
droit de ma trs respectable mre ; elle jette un cri, perd connaissance, et
mon pre en dlire vient aussitt remplacer son ami dans mon cul, en me
couvrant d'loges.
     Je venais d'atteindre ma dix-neuvime anne, quand mon pre,  la fin,
s'ouvrit tout  fait  moi.
     - Je ne puis plus absolument, dit-il, soutenir la prsence de cette femme
atroce ; il faudra que je m'en dbarrasse... mais par des supplices affreux...
M'aideras-tu, mon fils ?
     - Il faut, dis-je, lui ouvrir le ventre en quatre parties ; je
m'enfoncerai dans ses entrailles, un fer brlant  la main, je lui dchirerai,
je lui calcinerai le cur et les viscres, je la ferai prir  petit feu...
     - Cleste enfant ! me dit mon pre, tu es un ange  mes regards...
     Et cette infamie, cette excration par laquelle je dbutai dans la
carrire du crime et de l'atrocit, elle s'acheva... Mon pre et moi la
consommmes, en mourant de plaisir ; le fripon foutait mon derrire et
branlait mon vit pendant que je massacrais sa femme.
     Malheureuse dupe que j'tais ! je n'avais travaill qu' ma perte en me
prtant  ce crime ; ce n'tait que pour se remarier que mon pre m'avait fait
trancher le fil des jours de ma mre, mais il cacha si bien son jeu, que je
fus plus d'un an sans m'en douter. A peine instruit de cette trame, je la
confiai sur-le-champ  ma sur.
     - Cet homme veut nous perdre, mon enfant, lui dis-je.
     - Il y a longtemps que je m'en doute, me rpondit Gabrielle ; ah ! cher
frre, je t'aurais clair, si je ne t'avais pas vu si prodigieusement aveugl
sur son caractre ; nous sommes tous les deux ruins si nous n'y mettons
ordre. Ton me est-elle aussi ferme que la mienne, et veux-tu que nous
agissions ensemble ? Vois cette poudre qu'une de mes compagnes m'a donne,
elle lui a servi, comme nous devons le faire,  s'affranchir du joug odieux de
ses parents ; imitons-la, et si tu n'oses agir, laisse-moi faire ; cette
action m'est inspire depuis longtemps par la nature, elle est juste, ds
qu'elle me la dicte... Frmis-tu, mon ami ?
     - Non ; donne-moi cette poudre : elle sera demain dans l'estomac de celui
qui prtend nous jouer de cette manire.
     - Oh ! ne t'imagine pas que je te cde l'honneur de dissoudre nos fers,
nous agirons ensemble. Je vais dner demain chez Borchamps ; prends la moiti
du paquet, et, pour ne pas manquer notre homme, jette ta portion dans son vin,
pendant que je mettrai la mienne, trs adroitement, dans sa soupe ; et sous
trois jours, nous jouirons seuls des biens que nous a destins la fortune.
     Une souris n'est pas plus tt prise au pige, que Borchamps ne le fut aux
panneaux que notre mchancet lui tendait ; il tomba mort au dessert. On
attribua cette fin funeste  un coup de sang, et tout fut oubli.
     Ayant prs de vingt et un ans, j'obtins des lettres de majorit et la
tutelle de ma sur. Elle se trouva, ds que les affaires furent arranges,
l'un des plus grands partis de la France. Je lui cherchai un homme aussi riche
qu'elle, dont elle eut l'art de se dbarrasser ds que, par un enfant, elle
s'en fut assur le bien. Mais n'empitons pas sur les vnements. Aussitt que
je vis ma sur tablie, je lui laissai le soin de mon bien, et lui dclarai
l'extrme dsir que j'avais de parcourir la terre. Je convertis un million en
lettres de change sur les plus fameux banquiers de l'Europe ; puis, embrassant
ma chre Gabrielle :
     - Je t'adore, lui dis-je, mais il faut nous quitter quelque temps. Nous
sommes tous deux faits pour aller au grand ; acqurons tous deux plus d'usage
et de connaissances ; nous nous runirons ensuite pour toujours, car le ciel
nous a faits l'un pour l'autre ; il ne faut pas tromper ses dsirs. Aime-moi,
Gabrielle, et sois sre que je ne cesserai jamais de t'adorer.
     - Juliette, me dit le capitaine, en m'adressant cette partie de sa
narration, ce que vous avez vu de Clairwil est  peu prs l'histoire de toute
sa vie ; elle sut, comme je vous l'ai dit, s'affranchir de ses nouveaux liens,
pour vivre libre et heureuse dans le sein du luxe et de l'abondance ; ses
liaisons avec le ministre cimentrent ses dsordres, en leur assurant la plus
entire impunit. Vous ptes un instant la souponner coupable envers vous ;
rendez plus de justice  son cur : elle ne le fut jamais, et le ministre ne
la prvint pas du sort qu'il vous rservait. Je cesse donc ici de m'occuper
d'elle, et vais me borner  vous raconter uniquement mes aventures. Prs de
leur dnouement, vous apprendrez notre runion, et les motifs qui nous
engagent  ne plus vivre que l'un pour l'autre, dans cet asile impntrable du
crime et de l'infamie.
     Les cours du Nord excitant ma curiosit, ce fut vers elles que je
dirigeai mes pas. Celle de La Haye fut la premire que je visitai. Il y avait
peu de temps que le stathouder venait d'pouser la princesse Sophie, nice du
roi de Prusse. A peine eus-je vu cette charmante crature, que je dsirai sa
jouissance ; et je ne lui eus pas plus tt dclar ma flamme que je la foutis.
Sophie de Prusse avait dix-huit ans, la plus belle taille et la plus
dlicieuse figure qu'il ft possible de voir ; mais son libertinage tait
excessif, et ses dbauches si connues, qu'elle ne trouvait dj plus d'hommes
que pour son argent. Promptement clair sur cet objet, je me fis valoir ; je
voulais bien payer mes plaisirs, mais, assez jeune, assez vigoureux pour que
les femmes contribuassent aux frais de mes voyages, j'tais bien rsolu  ne
jamais accorder mes faveurs qu' celles qui sauraient les apprcier.
     - Madame, dis-je  la princesse, ds que je l'eus bien foutue pendant
prs d'un mois, je me flatte que vous saurez reconnatre l'puisement o je me
mets pour vous ; peu d'hommes, vous le voyez, sont aussi vigoureux que moi, il
n'en est point de mieux membrs : tout cela se paye, madame, au sicle o nous
vivons.
     - Oh ! combien vous me mettez  mon aise, monsieur, me dit la princesse,
j'aime bien mieux vous avoir  mes ordres que d'tre aux vtres. Tenez,
continua-t-elle en me donnant une fort grosse bourse d'or, souvenez-vous que
j'ai maintenant le droit de vous faire servir  mes plus bizarres passions.
     - J'en conviens, rpondis-je, vos dons m'enchanent, et je suis tout 
vous.
     - Venez ce soir  ma maison de campagne, dit Sophie, venez-y seul, et
surtout ne vous effrayez de rien.
     Quel que ft le trouble que ces dernires paroles eussent jet dans mon
me, je rsolus nanmoins de tout tenter, et pour connatre cette femme 
fond, et pour en tirer encore de l'argent.
     Je me rends donc seul,  l'heure et  la maison indiques ; une vieille
femme m'introduit silencieusement dans une pice mystrieuse, dans laquelle me
reoit une jeune personne de dix-neuf ans, de la plus dlicieuse physionomie.
     - La princesse va bientt paratre, monsieur, me dit-elle, du son de voix
le plus doux et le plus flatteur ; je suis, en attendant, charge par elle de
recevoir de vous la parole sacre que vous ne rvlerez jamais rien des
mystres qui vont se clbrer ici sous vos yeux...
     - Le doute d'une indiscrtion m'offense, madame, rpondis-je, je suis
fch que la princesse le forme.
     - Mais si vous aviez  vous plaindre ?... si, par hasard, vous ne
remplissiez ici que le rle de victime ?
     - Je m'en glorifierais, madame, et mon silence n'en serait pas moins
ternel.
     - Une telle rponse me dispenserait de mes ordres, si je n'tais pas
servilement oblige de les remplir. Il faut que je reoive ce serment,
monsieur...
     Je le fis.
     - Et j'ajoute que si, par malheur, vous ne teniez pas la parole 
laquelle vous vous engagez, la mort la plus prompte et la plus violente en
serait aussitt la punition.
     - Cette menace est de trop, madame ; la manire dont j'ai saisi vos ides
ne la mrite point...
     Emma disparat  ces mots, et me laisse prs d'un quart d'heure livr 
mes rflexions. Elle reparut bientt avec Sophie, et toutes les deux dans un
dsordre qui me convainquit que les deux coquines venaient assurment de se
branler.
     - Allons, sacredieu ! dit Sophie, ne mnageons plus ce bougre-l ; nous
en sommes les matresses, puisque nous le payons ; il faut en jouir  notre
aise.
     Emma s'approche et m'invite  me mettre nu.
     - Vous voyez que nous y sommes nous-mmes, me dit-elle en me voyant
balancer ; deux femmes vous effraient-elles ?
     Et m'aidant  quitter mes habits, et jusqu' mes bas, sitt qu'elles me
virent ainsi, elles m'approchrent d'une banquette o elles me firent incliner
sur les genoux et sur les mains. Un ressort part ; aussitt tous mes membres
sont pris, et trois lames aigus menacent  la fois et mes flancs et mon
ventre, si je fais le moindre mouvement. De grands clats de rire se font
entendre ds que je suis dans cet tat, mais ce qui achve de me faire frmir,
c'est de voir que ces deux femmes, armes de longs martinets de fer, se
mettent  me flageller.
     - Viens, Emma, dit Sophie, viens ma bonne, viens me baiser prs de la
victime ; j'aime  mler l'amour aux angoisses de ce malheureux. Branlons-nous
en face de lui, ma chre me et qu'il souffre pendant que nous dchargerons...
     La putain sonne, deux filles de quinze ans, plus belles que le jour,
viennent recevoir ses ordres ; elles se dshabillent, et, sur les carreaux mis
par terre en face de moi, les quatre tribades passent une heure  se plonger
dans les plus sales luxures ; de temps en temps l'une d'elles s'approchait
pour m'exciter ; elle me prsentait ses charmes en tous sens, et sitt qu'elle
voyait, malgr mon attitude, l'impression qu'elle pouvait me causer, elle me
fuyait en clatant de rire. Sophie, comme vous l'imaginez aisment, jouait ici
le rle principal ; tout se runissait sur elle ; ce n'tait que d'elle que
l'on s'occupait, et je vous avoue que je fus bien surpris de voir autant de
recherches... autant d'impurets dans un ge aussi tendre. Il me fut ais de
voir que la passion de cette coquine, ainsi que celle de presque toutes les
femmes qui ont le got de leur sexe, tait de se faire sucer le clitoris en en
suant elle-mme. Mais Sophie ne s'en tint pas l, on l'enconna, on l'encula
avec des godemichs ; elle ne reut rien qu'elle ne le rendt. Et quand la
coquine fut bien chauffe :
     - Allons, dit-elle, expdions ce drle-l.
     Les disciplines se reprennent, on en arme les nouvelles venues. Sophie
recommence, et m'applique, avec autant de vitesse que de force, cinquante
coups de son cruel instrument. On n'imagine pas  quel point cette mgre
portait le calme au sain de la cruaut. Elle accourait,  chaque dizaine,
saisir avec joie sur mon visage les impressions de douleur auxquelles les
coups nerveux qu'elle m'appliquait contraignaient ncessairement mes muscles ;
s'tablissant ensuite vis--vis de moi, elle chargea ses trois tribades de me
fouetter aussi fortement qu'elle venait de le faire, et se branla pendant
l'excution.
     - Un moment, dit-elle, quand j'eus reu prs de deux cents coups, je vais
me couler sous lui, afin de le sucer, pendant que vous le, refouetterez ;
arrangez-vous de manire  ce que l'une de vous puisse me rendre cette succion
sur le clitoris, et que j'en branle une autre pendant ce temps-l.
     Tout s'excute... et, je l'avoue, violemment excit par les coups que je
recevais, dlicieusement suc par Sophie, je ne fus pas plus de trois minutes
 lui remplir la bouche de foutre ; elle l'avala, puis, se retirant aussitt :
     - Emma, s'cria-t-elle, il est charmant, il a dcharg, il faut que je le
foute  prsent...
     On lui arrange un godemich, et voil la putain dans mon cul, gamahuchant
deux de ses tribades, pendant que la troisime lui rend dans le con ce que la
coquine me fait dans le cul.
     - Qu'on le dtache, dit-elle, quand elle fut excde. Venez me baiser
Borchamps, poursuit la Messaline ; venez me rendre grce de ces plaisirs dont
je vous ai combl, et des mnagements que j'ai eus pour vous. Mon doux enfant,
poursuit la Messaline, tout ce qui vient de se passer n'est d qu' votre
purile modestie. Comment ! vous avez couch je ne sais combien de fois avec
moi, et vous contentant de m'enconner comme un imbcile, vous n'avez pas mme
l'air de souponner mon cul ?... En vrit, c'est inconcevable.
     - Ce dsir fut senti de moi, madame ; mais la timidit l'enchana.
     - Tant pis... tant pis ; la modestie est une sottise dont vous devez vous
corriger  votre ge... Eh bien ! rparerez-vous cette sottise, et mon cul, 
prsent, vous occupera-t-il un peu plus que mon con ? (Puis le montrant.)
Voyez comme il est beau ce cul, il vous appelle... foutez-le donc,
Borchamps... Prends-lui donc le vit, Emma, et mets-le dans mon cul.
     Mille baisers plus ardents les uns que les autres, sur ce cul vraiment
superbe, furent ma rponse ; et mon, engin, braqu par Emma, sur le trou
mignon, sut bientt convaincre Sophie que je brlais de rparer mes torts.
     - Arrte, me dit la princesse ; c'est moi qui maintenant veux tre ton
esclave, je vais me placer dans la triste machine dont tu sors, et j'y veux, 
mon tour, devenir ta victime. Use de tes droits, sultan, et venge-toi sur
tout... (Elle tait prise.) Ne me mnage pas, je t'en conjure ; punis  la
fois mon putanisme et ma cruaut...
     - Bougresse ! m'criai-je en devinant ses gots, je vais le faire 
grands coups de fouet.
     - Je l'espre bien, me dit-elle... Tte, avant, la peau de mes fesses, tu
verras comme elle appelle le coup...
     - Eh bien, qu'elle le reoive donc, dis-je en l'appliquant, et je
l'trillai d'importance, pendant que la belle Emma me suait  genoux, et que
les deux filles de quinze ans s'occupaient de mon cul.
     Ds que celui de Sophie fut en sang, mon engin furieux, lui pntrant
l'anus, la consola de ma barbarie.
     - Oh ! foutre, s'cria-t-elle alors, qu'il est dlicieux d'tre encule,
quand on vient de recevoir le fouet ! Je ne connais rien qui se marie mieux
que ces deux plaisirs. Emma s'avance alors prs de son amie ; elle la branle,
elle la baise, elle la suce, elle se branle elle-mme, et nous nageons tous
trois dans un ocan de dlices.
     - Borchamps, me dit la princesse, en nous rajustant tous, vous me
paraissez digne de moi, et je vais m'ouvrir  vous avec infiniment plus de
confiance.
     Sur un signe, les jeunes filles se retirent, et, nous mettant tous trois
autour d'une table de punch, voici, tout en buvant, le discours que nous tint
Sophie.
     - Peut-tre paratra-t-il singulier aux mes communes... aux petits
esprits, que, pour sonder votre caractre, je mette en usage les ressorts de
la lubricit. Si vous vous trouviez, par malheur, dans le cas de cette
ridicule surprise, je veux donc bien vous avouer, mon cher, que je ne juge
jamais les hommes, dans le cours de leur vie, que par leurs passions dans le
libertinage. Celui dont l'me de feu me fait voir des gots nergiques
embrasse indubitablement tous les partis violents de l'intrt ou de
l'ambition : la vtre est dans ce cas. Dites-moi donc, Borchamps, de quel il
vous voyez la vie des hommes en politique.
     - Princesse, rpondis-je, de quel prix tait-elle au duc d'Albe, quand il
voulut soumettre ces provinces ?...
     - Homme dlicieux, dit cette femme ardente, telle est la rponse que je
voulais de toi ; je compte sur ton courage, ajouta-t-elle en me serrant la
main, coute ce qu'il me reste  te proposer... Nice du hros de l'Europe,
issue du sang d'un homme fait pour rgner sur l'univers entier, j'apporte en
ce pays son me et sa vigueur. Je crois que tu dois voir, Borchamps, que je ne
suis pas faite pour n'tre que l'pouse d'un doge de rpublique, et ce peuple
mou, mercantile et poltron, n pour porter des fers, doit s'honorer des miens.
Je veux bien consentir  rgner sur lui, mais il faut que le trne, lev dans
ces plaines humides, soit mouill de ses pleurs et construit de son or. Cent
bataillons arms assurent mon projet ; mon oncle les envoie, et je rgne par
eux. Cette rvolution ne proscrit point la tte de mon poux ; il est digne de
moi, et le sang du Batave,  grands flots rpandu, cimentera le trne o je
prtends l'asseoir. Ce n'est donc point le sceptre o j'aspire que je t'offre
; je ne te propose que la place de celui qui doit l'assurer : tu seras notre
conseil, notre appui, notre ministre ; les proscriptions seront dictes,
excutes par toi. Tu sens bien que ce poste exige du courage, as-tu celui
qu'il faut ? rponds sans te troubler.
     - Madame, dis-je  la princesse, aprs quelques minutes de rflexion,
avant que de penser  cet acte tonnant de puissance et d'autorit, vous
tes-vous assure de la manire dont cette rvolution sera regarde des
puissances voisines ? Les Franais, les Anglais, les Espagnols, les puissances
du Nord mmes, qui ne voient en vous que des courtiers ou des marchands, y
considreront-ils de sang-froid et des rivaux et des vainqueurs ?
     - Nous sommes srs de la France ; nous nous moquons du reste. Devenus
souverains des Provinces-Unies, et nos armes portes dans les trois royaumes,
nous les soumettrons peut-tre bientt. Tout frmit devant un peuple guerrier
: le ntre le sera. Il ne faut qu'un grand homme pour asservir le monde : j'ai
l'me de ce grand homme, Frdric sut me la donner. Nous sommes las
d'appartenir  qui voudra de nous, et de n'tre, aux yeux de l'Europe, que la
proie du premier conqurant.
     - Les Hollandais, arms pour repousser les cruauts de l'Espagne,
souffriront-ils votre tyrannie ?
     - J'rigerai, comme le duc d'Albe, un tribunal de sang : tel est le seul
moyen de dompter un peuple.
     - Tous vos sujets fuiront.
     - J'aurai leur bien. Et que m'importe d'ailleurs la fuite des rebelles,
si ceux qui restent demeurent soumis ? Il s'agit moins de rgner en tremblant
sur beaucoup d'hommes, que de rgner despotiquemment sur un petit nombre.
     - Sophie, je te crois cruelle, et ton ambition ne s'allume ici, je le
crains, qu'aux feux de la lubricit[2] .
     - Presque tous les vices n'ont qu'une cause dans le cur de l'homme :
tous partent de son plus ou moins de penchant  la luxure. Ce penchant,
devenant froce dans une me forte, entrane  mille horreurs secrtes l'tre
isol dans la nature...  mille crimes politiques, celui qui gouverne les
autres.
     -  Sophie ! je m'explique ton ambition ; elle n'est chez toi que l'envie
de perdre du foutre avec un peu de chaleur.
     - Qu'importe le sentiment qui la fait natre, ds qu'elle existe, et
qu'elle fait rgner ? Mais, mon ami, si tu raisonnes, tu balances ; et si tu
balances, tu frmis, et n'es plus, ds lors, digne de moi.
     Singulirement chatouill des propositions qui m'taient faites, y
voyant, comme Sophie, des moyens srs d'exercer ma frocit naturelle, je
promis tout. Sophie m'embrasse, me fait rpter les serments les plus forts du
plus profond mystre, et nous nous sparons.
     A peine rentr chez moi, je sentis tout le danger des engagements que je
venais de prendre, et voyant autant d'inconvnients  les rompre qu' les
tenir, je passai la nuit dans la plus affreuse perplexit. C'en est fait, me
dis-je, je suis un homme perdu, il ne me reste plus que la fuite.  Sophie !
que ne me proposais-tu des crimes particuliers ? Je les eusse tous commis avec
joie : une complice telle que toi m'assurait l'impunit la plus entire, et
mon me n'et frmi de rien. Mais m'exposer  tout, pour n'tre que l'agent de
ton despotisme !... Ne compte pas sur moi, Sophie. Je veux bien faire des
crimes pour favoriser mes passions, aucun pour servir celles des autres. Quand
mes refus te parviendront, accuse moins celui qui te les fait, de
pusillanimit, que de grandeur d'me...
     Me htant de fuir aussitt, je gagnai le port le plus voisin de
l'Angleterre, et me trouvai, peu de jours aprs, dans Londres.
     Avec le got profond que j'avais pour le crime, je fus un instant fch
de n'avoir pas accept les moyens politiques que me donnait Sophie d'en
commettre beaucoup ; je ne voyais pas assez clair dans les projets de cette
femme hardie, et j'aimais mieux, d'ailleurs, oprer pour mon compte que pour
celui d'un individu couronn.
     Arriv  Londres, je me logeai dans Picadilly, o j'eus le malheur d'tre
vol, le lendemain, de tout ce que je possdais d'argent comptant. Cette perte
tait d'autant plus affreuse, pour moi, que je venais  La Haye de raliser
toutes mes lettres de change. Muni de recommandations pour diffrents
seigneurs de la ville, je n'eus plus d'autres ressources que de me hter de
les porter, et de faire part du triste vnement que je venais de subir, en
implorant quelques secours, au moins jusqu' l'poque trs prochaine o ma
sur me renverrait des fonds.
     D'aprs les rcits que j'entendis faire du lord Burlington, ce fut chez
lui que je me prsentai le premier. Ds qu'il eut lu mes lettres, je lui
racontai mes malheurs ; il n'y eut sortes de services que ce bon Anglais ne
m'offrt. Quoique Burlington ne ft pas trs riche, mille guines furent sa
premire offre, et jamais il ne voulut me laisser loger ailleurs que chez lui.
J'acceptai d'autant plus volontiers, que je voyais dj, dans l'intrieur de
cette honnte famille, infiniment de moyens d'acquitter par des crimes la
reconnaissance que je devais  ce bienfaiteur.
     Avant que d'en venir aux dtails de ces petites infamies secrtes, il est
essentiel de vous donner quelques ides des personnages avec lesquels je me
trouvais.
     Burlington, le plus franc, le plus serviable des hommes, pouvait tre g
de cinquante-cinq ans ; de la bonhomie, de la franchise, peu d'esprit,
beaucoup de douceur,  la fois un sot et un homme obligeant, tel tait le
portrait du bon lord. Un gendre et deux filles composaient le reste du logis.
Tilson, g de vingt-trois ans, venait d'pouser l'ane de ces deux filles, 
peu prs du mme ge. La nature offrait peu de modles d'un couple aussi
dlicieux : charmes, grces, navet, candeur, pit, sagesse, tout
caractrisait ce mnage charmant, et la runion de tant de vertus consolait
Burlington des travers o donnait malheureusement miss Clontine, la cadette
de ses filles, ge de dix-huit ans au plus, et la plus belle crature qu'il
ft possible de voir. Mais la mchancet, la noirceur du putanisme le plus
outr, tels taient les vices dont rien ne pouvait corriger Clontine, mille
fois plus heureuse de ses travers, osait-elle dire, que jamais Clotilde, sa
sur, ne le fut de ses ennuyeuses vertus.
     Je n'eus pas plus tt dml le caractre dlicieux de cette fille, que
j'en devins amoureux, autant que pouvait l'tre un homme aussi corrompu que
moi ; mais comme son pre m'avait confi tous les chagrins que lui donnait
cette jeune personne, je me trouvais, ds lors, engag  des retenues infinies.
     Au travers des impressions tumultueuses qu'levait Clontine dans mon
me, la jolie figure de Tilson et les grces de sa jeune pouse ne
m'chappaient pourtant pas, et si Clontine m'inspirait les dsirs les plus
libertins, son beau-frre et sa sur faisaient natre en moi les plus
sensuels. Je supposais  Tilson le plus beau cul du monde, et je brlais aussi
vivement du dsir de le foutre, que de la fantaisie d'en faire autant  sa
voluptueuse pouse. Brl de toutes ces diffrentes passions, je crue que la
vritable faon de les satisfaire tait de commencer par Clontine. Tout ce
qui peut hter la dfaite d'une femme se trouvant  la fois, et dans l'me de
celle que j'attaquais, et dans mes moyens de sduire, la chre enfant fut
bientt  moi.
     Rien de frais, rien de potel, rien de joli comme toutes les parties du
corps de cette charmante fille, rien d'loquent comme la voix de ses passions,
rien de lubrique comme sa tte. Il y eut un moment, en honneur, o je me crus
plus sage qu'elle : ds lors, et vous l'imaginez aisment, aucune restriction
dans les plaisirs que nous gotmes ; et Clontine m'avoua que plus une
volupt semblait contrarier les lois de la nature, plus elle chatouillait sa
lubricit.
     - Hlas ! me disait-elle un jour, j'en suis au point de n'en plus trouver
d'assez fortes pour me contenter !
     Son joli cul fut donc attaqu sur-le-champ, et les plaisirs qu'elle me
donna de cette manire furent si vifs, si bien partags d'elle, que nous
convnmes mutuellement de ne pas en connatre d'autres.
     J'tais tellement entran par les charmes de cette belle fille, qu'un an
se passa, sans que j'osasse lui communiquer mes projets, ou du moins sans que
j'y pensasse, tant j'tais vivement occup d'elle. Pendant ce temps, mes fonds
taient revenus, j'tais quitte envers Burlington, et pour mieux venir  bout
de mes projets, ne voulant pas loger chez lui, j'avais pris un appartement 
sa porte... Lui, sa famille, ses enfants, venaient me voir tous les jours, et
l'intimit devint bientt si grande, que le bruit de mon mariage avec
Clontine courut dans toute la ville. Que j'tais loin d'une telle folie ! je
voulais bien m'amuser d'une pareille crature, mais l'pouser... jamais. Lady
Tilson excitait seule ce dsir en moi : une pouse, me disais-je, n'est faite
que pour nous servir de victime, et plus est romantique, en elle, le genre de
sa beaut, mieux elle a ce qu'il faut pour ce rle : voici Clotilde... Oh !
comme je banderais, la voyant dans mes fers ! de quel intrt doit-elle tre
dans les larmes ! quelles dlices on doit prouver  les faire couler de ses
deux beaux yeux...  Clotilde ! que vous serez malheureuse, si jamais vous
m'appartenez...
     Ces projets une fois forms, je ne cultivais plus Clontine que dans
l'espoir de les lui faire servir. Je ne crus rien de mieux, pour y arriver,
que de lui chauffer la tte sur son beau-frre, et d'allumer ensuite la
jalousie de la jeune femme. Clontine m'avoua qu'elle avait quelquefois dsir
Tilson, mais qu'elle l'avait trouv si bte et si vertueux, que ses desseins
sur lui s'taient vanouis presque aussitt qu'elle les avait conus.
     - Et qu'importe l'esprit ! rpondis-je : ds que la beaut dcore un
individu, sa jouissance est faite pour tre dsire. Tel que tu me vois,
Clontine, je suppose  Tilson le plus beau cul du monde, et je brle du dsir
de le foutre.
     Cette ide divertit ma matresse. A ce prix, elle accepte tout : on fait
ce qu'on veut d'une femme, en chauffant sa tte. Un peu de jalousie pourtant
l'arrta ; elle craignit qu'amoureuse du mari, je ne le devinsse peut-tre de
la femme ; elle me questionna...
     - Allons donc ! rpondis-je, croyant prudent de me dguiser, cette ide
est extravagante ; mes fantaisies s'garent sur un beau garon, il ne s'agit
ici que d'un sentiment matriel ; mais ds qu'il est question d'une femme, mon
amour pour toi, Clontine, ne me permet plus nul cart...
     Mes fadeurs, l'irrgularit de mes caprices, tout sduisit Clontine ;
elle me servit ; je n'en demandais pas davantage. Au bout d'un mois, celui que
j'aimais fut dans les bras de ma matresse ; je l'y vis, l'y caressai, l'y
foutis ; un autre mois se passe, dans toute l'illusion des scnes de ce
libertinage, et bientt rassasi de tous deux, je ne pensai plus qu' les
perdre, qu' joindre mon bienfaiteur  mes victimes et qu' ravir Clotilde...
 la conduire au bout de l'univers, pour me rassasier avec elle des divins
plaisirs que j'en attendais.
     Comme la jeune femme adorait son mari, il me fut facile d'allumer dans
son me les tincelles de la jalousie : lady Tilson me crut, et ds qu'il ne
fut plus question que de la convaincre, mes moyens devinrent bien faciles.
     - Clontine, dis-je un jour  ma voluptueuse putain, faut-il te l'avouer,
mon amour ? je brle de t'pouser. La ressemblance de nos caractres me fait
croire que nous serions trs heureux ensemble. Mais tu n'as rien, je suis
riche, et je sens que, par dlicatesse, tu ne voudrais pas de moi, dnue des
dons de la fortune. Il est un moyen, Clontine, de te rendre favorable cette
fortune capricieuse, et de brusquer ses dons. Je ne vois que trois ttes qui
bornent tes richesses... (et comme je m'aperus que Clontine s'enivrait 
plaisir du poison que je distillais dans son me, j'en doublais courageusement
la dose). Rien de plus facile, continuai-je, que de nous dbarrasser de
Tilson. Sa femme est emporte, violente, extrmement jalouse ; elle
n'apprendra pas les infidlits dont son mari se rend coupable [avec] toi,
sans brler du dsir de se venger. Je la conseillerai, je lui en fournirai les
moyens : dans huit jours, je vois Tilson dans le tombeau de ses pres. Ta sur
est vertueuse, elle est vindicative, son me honnte n'enfanterait pas seule
les projets que je lui suggrerai, mais chaleureusement offerts par moi, elle
les acceptera, sois-en sre...
     - Et les autres ? me dit brusquement Clontine.
     - Ah ! friponne, dis-je en l'embrassant, combien chaque instant me fait
voir que la nature nous a crs l'un pour l'autre !... Voil donc, mon ange,
comme nous nous dferons d'eux. Aussitt que, d'aprs mes conseils, lady
Tilson se sera dfaite de son poux, je dvoilerai toute l'intrigue  son
pre, qui, press de mme par mes sollicitations, la fera, j'en suis sr,
enfermer sur-le-champ. De ce moment, un dfenseur, parfaitement soudoy par
moi, embrassant avec chaleur la cause de Clotilde, rejette sur le pre, et le
meurtre du gendre et la dtention de la fille... Les tmoins, les dpositions,
les preuves : on trouve de tout cela avec des guines, dans Londres, comme
avec des louis  Paris. Avant quinze jours, Burlington est dans les prisons de
la justice.
     - Ton bienfaiteur ?
     - Que m'importe, Clontine : il s'oppose  nos vux, je ne le vois plus
que comme un ennemi. Ton pre n'est pas plus tt enferm, condamn (il le
sera, Clontine, avant un mois), il monte  l'chafaud. Il ne sera pas plus
tt mort, dis-je, que ta sur est libre, et que nous partons. Nous quittons
l'Angleterre, je t'pouse, et juge avec quelle facilit tombera la dernire
tte qui s'oppose  ce que tu possdes seule les biens de Burlington.
     -  mon ami ! tu es un sclrat !
     - Je suis un homme qui t'adore, Clontine, qui brle de te voir riche et
de t'pouser.
     - Mais mon pre... tout ce qu'il a fait pour toi...
     - Il n'est rien qui ne disparaisse, prs des sentiments que je te dois ;
il faut que je te possde, Clontine : il n'est rien que je ne sacrifie pour y
russir.
     L'ardente crature m'accable de ma remerciements, de ses baisers ; elle
jure de m'aider, et des flots de foutre,  l'instant rpandus, cimentent des
serments que je suis bien loin de vouloir tenir.
     Cependant, comme toute la premire partie de mon projet m'amenait au
dnouement que j'y substituais, je ne tardai pas  mettre cette premire
partie  excution. Clotilde, par mes soins, surprend bientt son mari dans
les bras de sa sur. Et ce n'est plus pour se venger de son seul infidle
qu'elle reoit des avis de moi, c'est pour les immoler tous deux.
     - Ce souhait me regarde, lui dis-je, je suis trop outr de ce qu'on vous
fait, pour ne pas sacrifier ceux qui vous outragent. Vos jours ne seraient
plus en sret avec de tels parente ; consentez  ce que je les immole, si
vous ne voulez pas prir vous-mme.
     Un silence expressif est la rponse de Clotilde ; et le mme breuvage,
aussitt, la dfait  la fois d'une sur et d'un poux... Je les avais foutus
tous les deux le matin.
     Je reprends alors la seconde partie de mon projet.
     -  Clotilde ! dis-je avec frayeur, ces deux morts promptes effraient
votre pre ; je crains que le soupon ne s'veille dans son me ; il a eu vos
motifs de plaintes : pourquoi n'attribuerait-il pas  votre vengeance la perte
de son gendre et de sa fille ? Or, s'il le fait, vous tes perdue ;
prparez-vous donc  la meilleure dfense, si ce malheur arrive...
     De ce moment, le soupon que je fais redouter  Clotilde, je le sme avec
art dans l'esprit de son pre.
     - Ne cherchez point ailleurs que dans Clotilde l'assassin de Tilson et de
Clontine, dis-je  cet honnte homme ; quelle autre qu'elle aurait  cette
horreur un intrt plus puissant ? Et si, comme vous n'en sauriez douter,
cette malheureuse a pu mpriser  ce point et ses devoirs et la voix plus
puissante encore de la nature, prsumez de quel danger il est pour vous de
conserver un tel serpent dans votre sein...
     Je joins de fausses preuves  ces assertions calomnieuses ; milord est
convaincu : sa fille est arrte. Mes dfenseurs gags volent alors auprs de
Clotilde ; ils n'ont pas de peine  lui persuader combien la rcrimination
devient ncessaire : on met entre les mains de lady tout ce qu'il faut pour
l'appuyer. Cette intressante crature me fait prier de ne la point abandonner
: sa main, si je le veux, sera ma rcompense. Je lui rponds de ma fidlit.
Burlington, vivement souponn du crime dont il charge sa fille, est
promptement traduit devant les tribunaux ; on l'accuse, par mes soins et mes
instigations, de s'tre tratreusement dfait de son gendre... et de sa fille,
et d'avoir fait enfermer Clotilde comme coupable d'un crime que lui seul a
commis. Un mois suffit  l'instruction d'un procs qui fit tant de bruit 
Londres ; et j'ai, dans ce court intervalle, la douce satisfaction de briser
les fers du principal ressort de mes affreux forfaits, et d'en voir expirer la
victime.
     - Clotilde, m'criai-je ds que la reconnaissance conduisit  mes pieds
cette belle femme, presse-toi de t'emparer du bien de ton pre ; n'ayant point
d'enfant de Tilson, tu ne peux malheureusement prtendre au sien, mais ralise
ce qui t'appartient, et partons. Quelques yeux s'ouvriraient peut-tre de trop
prs sur notre conduite, ne donnons le temps  aucun retour, et fuyons avec
promptitude.
     -  Borchamps ! qu'il est affreux pour moi de ne devoir la vie qu' la
mort de mon pre !
     - teins promptement ce remords imbcile, m'empressai-je de rpondre  ma
charmante matresse ; songe que ton pre n'aspirait qu' te perdre, et que
tout est permis pour conserver ses jours.
     - Ta main, au moins, Borchamps, schera-t-elle mes pleurs ?
     - En doutes-tu, cher ange ?
     - Ah ! qu'un prtre, demain, fasse la crmonie ; que les plus doux
plaisirs de l'hymen nous couronnent ds le mme jour, et que celui d'ensuite
claire notre prompte vasion d'un pays o les suites de la malheureuse
affaire que nous venons d'avoir pourraient incessamment peut-tre tourner 
notre dsavantage.
     Tout s'excute comme je le dsire, et Clotilde est ma femme... Il y avait
trop peu de temps qu'elle avait perdu son poux, pour que nous osassions
publier nos nuds, mais ils n'en reurent pas moins la sanction des lois
divines et humaines.
     Il faudrait bien se garder, ici, de considrer Clotilde comme coupable de
toutes les actions qui viennent de vous tre racontes. Instrument passif de
mes forfaits, elle n'en tait nullement la cause ; il s'en fallait bien que
cette douce et charmante femme pt tre taxe de sclratesse dans tout ce qui
s'tait pass : le meurtre de sa sur et de son mari, o elle n'avait consenti
que par son silence, n'tait bien srement que mon ouvrage ; elle tait encore
bien moins coupable de la mort de son pre, et sans mes sductions, mes
instigations, mes fausses preuves, elle prissait bien plutt que Burlington...
     Clotilde ne doit donc rien perdre, aux yeux de ceux  qui je parle
d'elle, du caractre primitif de candeur, de pudeur, et d'amnit que je lui
tablis dans cette histoire. Aussi le remords, quoi que je pusse lui dire, ne
l'abandonna-t-il jamais : la manire dont j'acquiesai  l'amour qu'elle
m'avoua vint nanmoins calmer quelque temps cet tat de peine. Mais je le dis
une fois pour toutes, afin que vous vous en souveniez, ne la voyez jamais
comme repentante, aussi longtemps que la suite des faits m'obligera de vous en
parler. Clotilde, en cette situation, mille fois plus piquante pour moi,
m'inspira les choses du monde les plus extraordinaires. Qui le croirait ? mme
avant de jouir de ses charmes, je voulus qu'ils fussent profans. Clotilde me
fut pas plus tt ma femme, que je bandai sur la double ide de ne la foutre
cette premire nuit qu'aux bordel, et d'y prostituer ses appas au premier venu.
     Depuis que j'tais  Londres,, j'avais fait la connaissance d'une clbre
maquerelle, chez qui je me ddommageais, avec les plus belles coquines de la
capitale, des ennuyeuses longueurs d'une intrigue rgle. Je vais trouver miss
Bawil, je lui fais part de mes rsolutions ; elle me rpond de leur succs :
j'y mets pour clause, que les libertins auxquels Clotilde sera livre se
contenteront de pollutions et de mauvais traitements. Tout concert de part et
d'autre, j'engage Clotilde, aprs la crmonie,  venir consommer notre
mariage chez une amie, plutt que dans une maison encore entoure de cyprs et
couverte de deuil. Clotilde, pleine de confiance, se rend chez miss Bawil, o
se sert le plus grand festin. Un autre moins sclrat que moi et joui de ce
moment de bonheur, touffant les chagrins de Clotilde et n dans elle du
charme de m'appartenir. La pauvre imbcile m'en baisait tendrement de joie,
quand trois sclrats aposts entrent subitement, le poignard  la main.
     .- Fuis ! me disent-ils, et laisse-nous cette femme, nous en voulons
jouir avant toi...
     Je m'chappe, et passe dans un cabinet duquel je puis tout voir.
Clotilde, presque vanouie, est promptement dshabille par ces libertins qui
l'exposent nue  mes regards. C'est d'eux que je reois la vue enchanteresse
des appas de Clotilde, et la main perfide du libertinage remplit ici tous les
soins de l'amour. Ce ne fut qu'ainsi profanes que j'aperus les grces dont
la nature avait embelli cette crature divine ; et ce ne fut qu'ainsi que le
plus beau cul du monde fut offert  mes yeux lascifs. Une superbe courtisane
me branlait pendant ce temps-l, et sur un signal dont j'tais convenu, les
outrages redoublrent bientt. Clotilde, solidement contenue sur les genoux de
l'un des trois, fut flagelle par les deux autres, ensuite condamne aux
pnitences les plus lubriques et les plus humiliantes. En mme temps oblige
de gamahucher le trou du cul de l'un, elle dut, pendant ce temps, branler les
deux autres. Son visage... cet emblme touchant de son me sensible... son
sein, ce sein de roses et de lis, reurent l'un et l'autre les jets impurs de
l'ardeur de ces sclrats, qui, par mes ordres et pour mieux encore humilier
la vertu de cette crature enchanteresse, poussant  l'excs les outrages,
finirent par lui pisser et lui chier tous trois sur le corps, pendant que
j'enculais une autre putain qu'on m'avait donne pour achever de m'exciter
pendant cette scne. Quittant alors, sans dcharger, le beau derrire de cette
seconde fille, je rentre, l'pe  la main, dans la salle du festin ; j'ai
l'air d'amener du monde, je dlivre Clotilde, les sclrats  mes gages se
sauvent, et me jetant faussement aux pieds de ma belle :
     -  ma chre me ! m'criai-je, ne suis-je point arriv trop tard ? ces
monstres n'ont-ils pas abus ?...
     - Non, mon ami, rpond Clotilde, qu'on nettoie et qu'on approprie, non,
non, ta femme est encore digne de toi... humilie, maltraite, sans doute,
mais non dshonore !... Oh ! pourquoi m'as-tu mene dans cette maison ?
     - Ah ! calme-toi, il n'est plus de danger. Miss Bawil a des ennemis qui
l'ont surprise elle-mme ; mais ma plainte est rendue, la maison libre ; et
nous y pouvons passer le reste de la nuit en sret.
     Clotilde ne fut pas facile  rassurer, elle se remit pourtant, et nous
nous couchmes. Trs chauff de la scne que je venais de provoquer,
incroyablement lectris de ternir ainsi la beaut, la vertu fltrie dans mes
bras, je fis des prodiges de vigueur... Si cette charmante crature n'avait
pas tout le dsordre de l'imagination de sa sur, elle rparait cela par un
esprit plus juste, plus clair, et par des beauts de dtail infiniment
piquantes. Il tait impossible d'tre plus blanche, mieux faite, impossible
d'avoir des attraits plus mignons et plus frais. Clotilde, absolument neuve
sur les plaisirs de la lubricit, ignorait jusqu' la possibilit de frayer la
route dtourne de Cythre.
     - Mon ange, lui dis-je, il faut qu'un poux trouve des prmices le jour
de ses noces ; n'ayant que ceux-l, dis-je en touchant le trou de son cul, tu
ne dois pas me les refuser.
     Je m'en empare en disant cela, et la sodomise cinq fois, revenant
toujours dcharger dans le con... Telle est l'poque o Clotilde, plus
heureuse ou plus ardente avec moi qu'avec Tilson, donna l'tre  une fille
infortune, que mon inconstance et mon abandon ne virent jamais natre.
     Le lendemain, je me trouvai si las de ma desse, que si je n'eusse
consult que mes sentiments, Clotilde, en vrit, ne ft jamais sortie de
Londres ; mais, persuad que cette crature pourrait m'tre utile dans mes
voyages, nous nous disposmes au dpart. Clotilde, par mes soins, ralisa
toutes ses prtentions ; douze mille guines devinrent toute sa fortune, et,
les emportant avec nous, je quittai Londres avec mon pouse, deux ans aprs
l'poque  laquelle j'y tais entre.
     Poursuivant mes projets de visiter les cours du Nord, nous nous
dirigemes vers la Sude. Il y avait dix semaines que nous voyagions ensemble,
lorsque Clotilde, un jour, revenant sur nos aventures, voulut m'adresser
quelques reproches sur la violence des moyens dont je m'tais servi pour la
possder. Je le pris, de ce moment, avec ma chre pouse, sur un ton qui la
convainquit que je consentais bien  lui faire commettre des crimes, mais non
pas  l'en voir repentir. Les pleurs de Clotilde redoublrent ; alors je lui
dvoilai tout ce qui s'tait pass.
     - Il n'est rien de ce qui vient de se faire, lui dis-je, qui ne soit mon
ouvrage ; le dsir de me dbarrasser de votre sur et de votre mari, beaucoup
trop foutus par moi ; celui de vous foutre galement, et d'avoir votre bien en
tuant votre pre : voil, ma chre, les vraies causes de toutes mes
entreprises. D'o vous voyez que c'est pour moi seul que j'ai travaill, et
nullement pour vous. Je crois utile d'ajouter  cela, mon ange, que mon
intention tant de me jeter dans la carrire la plus dborde, je ne vous ai
runie  mon sort que pour favoriser mes carts, et nullement pour les
contrarier.
     - En ce cas, quelle diffrence mettez-vous, monsieur, entre ce rle et
celui d'une esclave ?
     - Et vous-mme, quelle diffrence faites-vous entre une esclave et une
femme... pouse ?
     - Ah ! Borchamps, que ne vous tes-vous prononc de cette manire ds le
premier jour que je vous vis ! Et de quelle amertume sont les larmes que vous
me forces  rpandre sur ma malheureuse famille...
     - Plus de larmes, madame, lui dis-je avec duret, et plus d'illusion sur
votre sort ; j'exige de vous une soumission si complte, que s'il me plaisait
dans ce moment de faire arrter ma voiture pour vous faire branler le vit du
postillon qui la mne, il faudrait que vous le fissiez, ou que je vous
brlasse la cervelle.
     - Oh ! Borchamps, est-ce donc de l'amour ?
     - Mais je ne vous aime point, madame, je ne vous ai jamais aime ; j'ai
voulu votre bien et votre ce j'ai l'un, et l'autre, et j'aurai peut-tre
incessamment beaucoup trop du dernier.
     - Et le sort qui m'attend alors sera sans doute celui de Clontine ?
     - J'y mettrai vraisemblablement moins de mystre, et srement beaucoup
plus de recherches.
     Ici, Clotilde voulut employer les armes de son sexe elle se pencha vers
moi, pour me baiser, en pleurs ; je la repoussai durement.
     - Cruel homme, me dit-elle, presque touffe par ses sanglots, si tu veux
offenser la mre, respecte au moins la triste crature qui doit la vie  ton
amour : je suis grosse... et je te supplie d'arrter  la premire ville, car
je me trouve bien mal.
     Nous arrtmes effectivement, et Clotilde, alite ds le premier jour,
tomba srieusement malade. Impatient de ne pouvoir continuer ma route, et de
me trouver retard par une crature dont je commenais  me dgoter d'autant
plus, que j'eus toujours les femmes grosses dans la plus grande horreur,
j'allais charitablement me dterminer  la laisser l, elle et son enfant,
lorsqu'une voyageuse, place prs de la chambre o nous tions, me fit prier
de passer un moment chez elle. Dieu ! quelle fut ma surprise en reconnaissant
Emma, cette jolie confidente de Sophie, princesse de Hollande, dont je vous ai
parl tout  l'heure.
     - Quelle rencontre, madame ! m'criai-je, et que j'en remercie la fortune
! Mais tes-vous seule ici ?
     - Oui, me rpondit cette charmante crature ; je fuis comme vous une
matresse insatiable, ambitieuse et qu'on ne peut servir sans se perdre. Oh !
Borchamps, que vous ftes heureux de prendre si fermement votre parti ! Vous
ne savez pas  quoi vous destinait sa perfide politique. Il tait faux que son
poux ft de moiti dans tout ce qu'elle mditait ; son intention tait de
s'en dfaire par vos mains, et vous tiez perdu si le coup n'et pas russi.
Dsespre de votre fuite, elle a continu de nourrir ses perfides desseins
pendant deux annes, au bout desquelles elle a voulu que je me chargeasse de
l'uxoricide qu'elle mditait. S'il n'et t question que d'un crime
ordinaire, je l'eusse excut, sans doute, car le crime m'amuse ; j'aime la
secousse qu'il donne  la machine, son effervescence me dlecte, et comme je
n'ai plus aucun prjug, je me livre sans aucun remords ; mais une action
aussi importante que celle-l m'a fait trembler, et j'ai fait comme vous, pour
ne pas devenir sa victime, ayant refus d'tre sa complice....
     - Charmante femme, dis-je en baisant Emma, bannissons tout crmonial ;
nous nous connaissons d'assez prs pour qu'il soit inutile. Laisse-moi donc te
rpter, cher ange, qu'il est impossible d'tre plus content que je ne le suis
de te retrouver. Contenu par l'exigeante, Sophie, nous ne pouvions nous livrer
 ce que nous prouvions l'un pour l'autre ; ici rien ne nous gne...
     - Je ne vois pas cela du mme il, me dit Emma, puisque vous avez une
femme avec vous.... Peut-on savoir quelle est cette femme ?
     - La mienne.
     Et je m'empresse de raconter  ma nouvelle amie toute mon histoire de
Londres et mes roueries avec la famille Burlington, dont je tenais ici la
dernire souche. Emma, aussi coquine que moi, rit beaucoup de cette aventure,
et me demande  voir ma tendre pouse.
     - Il faut la laisser l, me dit-elle, je gage te convenir infiniment
mieux que cette bgueule ; je ne te demande point de sacrement, moi : j'ai
toujours dtest les crmonies de l'glise. Quoique ne noble, mais
malheureusement perdue par mes dbauches et mon attachement  Sophie, je ne te
demande d'autre titre que celui de ta matresse et ta plus chre amie...
Comment sont tes finances ?
     - Dans le meilleur ordre. Je suis infiniment riche, et n'apprhende rien
de la misre.
     - Voil qui me dsole ; j'ai cent mille cus, je comptais te les offrir ;
tu dpendais alors, en quelque faon, de moi, et ces liens faisaient mon
bonheur.
     - Emma, je te sais gr de ta dlicatesse, mais je ne me serais jamais
enchan de cette manire avec toi ; mon me est trop leve pour vouloir
dpendre d'une femme : il faut, ou que je ne m'en serve pas, ou que je les
domine.
     - Eh bien ! je serai donc ta putain, ce rle m'amuse combien me
donnerais-tu par mois ?
     - Qu'avais-tu de Sophie ?
     - La valeur de cent louis de Francs.
     - Je te les donne ; mais tu seras fidle et soumise ?
     - Comme une esclave.
     - Il faut, de ce moment, que tu me remettes tes fonds ; il ne doit rester
entre tes mains aucun moyen de me manquer.
     - Les voil, me dit Emma, en m'apportant aussitt sa cassette.
     - Mais, mon ange, tu as donc vol cette somme ? Il serait impossible que
cent louis par mois t'eussent compos cette fortune.
     - Crois-tu que j'aie quitt cette Messaline, sans avoir caress son
trsor ? J'aurais t bien dupe !
     - Et si je te rendais ce que tu as fait ?
     - Borchamps, je t'aime, tout est  toi ; ce n'est pas un dpt que je
mets dans tes mains, c'est un don ; mais ce don et mes faveurs ne sont
pourtant qu' une condition.
     - Quelle est-elle ?
     - Je veux que nous nous dbarrassions  l'instant de cette ennuyeuse
crature que tu tranes aprs toi : il faut absolument nous en amuser.
     - Tu me payes donc sa mort ?
     - Oui, les cent mille cus ne sont qu' ce prix.
     - Friponne, tu es dlicieuse ; cette ide m'amuse infiniment ; mais il
faut embellir ce projet de quelques pisodes un peu fermes.
     - Quoique malade ?
     - L'objet n'est-il pas de la faire crever ?
     - Sans doute.
     - Eh bien ! suis-moi, je vais te prsenter  elle comme une pouse
irrite qui vient rclamer ma main ; je m'excuserai sur l'amour violent que
j'avais conu pour elle, unique cause du mystre que je lui en avais fait ; tu
fulmineras : je serai contraint  lui dclarer que je l'abandonne, et la
pauvre femme, avec son fruit, en mourra de chagrin.
     - Elle est grosse ?
     - Assurment.
     - Oh ! ce sera dlicieux !...
     Et je vis, dans les yeux enflamms d'Emma, combien cette sclratesse
l'irritait ; la putain n'y tient pas, elle me baise, et son foutre part...
Nous entrmes.
     Une fois dans la chambre de Clotilde, nous y joumes si bien notre rle,
que la pauvre malheureuse avala le poison jusqu' la lie. Emma, spirituelle,
taquine et mchante, soutint qu'en la fuyant je l'avais vole, et que rien de
ce qui se trouvait dans cet appartement ne devait appartenir  cette
aventurire. Je convins de tout, et ma triste pouse, n'apercevant que trop
l'affreuse situation qui la menace, retourne sa belle tte pour cacher ses
pleurs.
     - Je ne vous quitte plus, tratre, dit nergiquement Emma, ce n'est qu'en
restant ici que je puis tablir mes droits ; je n'en sors plus.
     Et le souper s'apporte dans la chambre de la pauvre malade. Emma et moi
faisons bonne chre : nous demandons les meilleurs vins, pendant que
l'infortune Clotilde, vole, pille jusqu' son dernier sou, n'aura bientt
plus pour toute nourriture que son dsespoir et ses larmes. Le souper fait, ce
fut sur les pieds du fit de la moribonde, que nous clbrmes le plaisir de
nous retrouver.
     Rien n'tait joli comme Emma : vingt et un ans, la figure de la volupt
mme, une taille de nymphe, les plus beaux yeux noirs, la bouche la plus
frache, la mieux orne, la plus belle peau, la gorge et les fesses moules,
libertine d'ailleurs au suprme degr, tout le sel, tout le piquant de la
lubricit cruelle. Nous foutmes dlicieusement de toutes les manires, en
nous amusant du spectacle, vraiment piquant, des cruelles angoisses de ma
femme, de son dsespoir et de ses cris.
     Emma voulut, pendant que je l'enculais, que sa malheureuse rivale nous
montrt ses fesses. A peine pouvait-elle se bouger, et cependant il fallut
obir. Je claquais ce beau cul qui venait de faire mes dlices, et que
j'abandonnais si cruellement... Je le frappais d'une telle violence, que la
pauvre femme, affaiblie par la douleur et par la maladie resta sans mouvement
sur son lit.
     - Il faut l'gorger, dis-je en limant Emma de toute mes forces.
     - Gardons-nous-en bien, me rpondit cette belle fille pleine d'esprit et
d'imagination ; il est bien plus dlicieux de l'abandonner ici, de la perdre
de rputation dans l'auberge, et d'tre srs, en la laissant ainsi sans
ressources, qu'elle prira de misre ou qu'elle se jettera dans le
libertinage...
     Cette dernire ide m'ayant fait prodigieusement dcharger, nous nous
prparmes  partir. Tout fut soigneusement emport ; nous dpouillmes
Clotilde, au point de ne pas mme lui laisser de chemise ; nous lui arrachmes
jusqu' ses bagues, ses boucles d'oreilles, ses souliers, en un mot, elle
resta nue comme le jour qu'elle tait venue au monde ; la malheureuse pleura,
et m'adressa les choses les plus tendres.
     - Hlas ! me disait-elle, except de m'assassiner, vous ne sauriez porter
la barbarie plus loin. Ah ! que le ciel vous pardonne, comme je le fais ; et
quelle que soit la carrire que vous allez parcourir, souvenez-vous
quelquefois d'une femme qui n'eut jamais d'autres torts envers vous que de
vous trop aimer.
     - Bon, bon, lui dit cruellement Emma, tu es jeune, tu n'as qu' branler
des vits, tu gagneras de l'argent. Remercie-nous, au lieu de nous blmer ;
nous pourrions t'arracher la vie, nous te la laissons.
     Au moment du dpart, 'Emma fut parler aux gens de l'auberge.
     - La crature que nous vous laissons l-haut, leur dit-elle, est une
putain qui m'enlevait mon mari ; le hasard me l'a fait rencontrer ici ; je
rentre dans mes droits, et reprends avec sa personne, tous les effets que me
drobait cette coquine. Voil sa dpense paye jusqu' ce jour, faites-en
maintenant ce que vous voudrez ; nous lui laissons plus qu'il ne lui faut pour
s'acquitter envers vous, et retourner dans sa patrie. Voici la clef de sa
chambre, adieu...
     Une voiture, attele de six chevaux de poste, nous enlevait avec trop de
rapidit, pour que nous pussions attendre la suite d'une aventure,  laquelle,
de ce moment, nous ne prmes plus le moindre intrt.
     - Voil, me dit Emma, une excellente histoire, et qui me dvoile
suffisamment ton caractre pour m'attacher  toi. Que va devenir cette gueuse ?
     - Elle demandera l'aumne ou branlera des vits ; que nous importe.
     Et, pour donner un autre tour  la conversation, je priai Emma de me
donner quelque lumire sur sa personne.
     - Je suis ne  Bruxelles, me dit cette belle femme ; il est inutile de
vous dvoiler ma naissance ; qu'il vous suffise de savoir que mes parents
tiennent le premier rang dans cette ville. Je fus sacrifie, fort jeune,  un
poux que je ne pouvais souffrir ; celui que j'aimais lui chercha querelle et
l'assassina, par derrire, en le venant chercher pour aller se battre avec
lui... Je suis perdu, me dit mon amant, j'ai trop cout ma vengeance ; il
faut que je fuie maintenant, suis-moi si tu m'aimes, Emma ; j'ai de quoi te
faire vivre  l'aise le reste de tes jours... Oh ! Borchamps, pouvais-je
refuser un homme que perdaient mes conseils ?
     - Quoi, ce meurtre tait ton ouvrage ?
     - En doutes-tu, mon cher, et dois-je te dguiser quelque chose ?... Je
suivis mon amant ; il me manqua ; je lui fis rendre le mme tour qu'il avait
jou  mon mari. Sophie sut mon histoire : elle aimait le crime... elle adora
bientt ma personne. Les dveloppements de mon caractre lui plurent, nous
nous branlmes ; je fus initie dans tous ses secrets ; c'est  elle que je
dois les principes dans lesquels je suis si bien affermie maintenant : quoique
j'aie fini par la voler, il n'en est pas moins vrai que, je l'ai constamment
chrie. Le prodigieux libertinage de son esprit, le feu de son imagination,
tout m'attachait  elle ; et sans la crainte que m'inspirrent ses dernires
propositions, je ne l'aurais peut-tre jamais quitte de ma vie.
     - Emma, je vous connais ; vous vous seriez promptement ennuye de n'tre
que l'instrument passif du crime des autres ; vous auriez fini par ne plus
vouloir en commettre que pour votre compte, et, tt ou tard, vous auriez
quitt cette femme. Est-elle jalouse ?
     - Horriblement.
     - Vous permettait-elle au moins des femmes ?
     - Jamais d'autres que celles qu'elle associait  ses plaisirs.
     - Je vous le rpte, Emma, vous n'auriez pas vcu longtemps avec Sophie.
     - Oh ! mon ami, je rends grce au sort qui me l'a fait quitter pour toi ;
souvenons-nous de la foi des Bohmes : que nos aiguillons piquent tous les
autres, mais qu'ils ne se tournent jamais contre nous...
     Quelque jolie que ft Emma, quelque ressemblance qu'il y et de son
caractre au mien, je n'tais pas encore assez sr de moi, pour lui rpondre
d'une balance exacte dans l'association qu'elle dsirait, et je lui laissai
interprter comme elle le voulut mon profond silence. tait-il donc un crime
au monde que je pusse m'engager  ne pas commettre ?
     Cependant notre liaison se cimenta, nos arrangements se prirent ; leur
premire base fut la promesse inviolable et mutuelle de ne jamais manquer
l'occasion de mal faire, de la faire natre autant que cela dpendrait de
nous, et que le fruit de nos vols communs ou de nos rapines se partagerait
toujours.
     Nous n'avions pas fait vingt lieues, qu'une occasion se prsenta de
mettre en action, et nos maximes et nos serments. Nous traversions la Gothie,
et nous nous trouvions aux environs de Jocopingk, lorsqu'une voiture
franaise, qui courait devant nous, se brisa tellement, que le matre, loign
de son valet qui commandait les chevaux en avant, fut forc d'attendre, avec
tous ses bagages, au milieu du chemin, que quelqu'un lui propost des secours.
Nous lui offrmes ce service attendu, et smes de celui que nous secourions,
qu'il tait un fameux ngociant franais allant  Stockholm pour les affaires
de sa maison. Villeneuil, g de vingt-trois ans, et de la plus jolie figure
du monde, avec toute la candeur et toute la bonne foi de sa nation :
     - Mille et mille remerciements, nous dit-il, de la place que vous voulez
bien me donner dans votre voiture jusqu' la premire poste. Je l'accepte avec
d'autant plus de plaisir, que voil dans cette cassette des objets d'une
majeure importance ; ce sont des diamants, de l'or, des lettres de change,
dont je suis charg par trois des plus fortes maisons de Paris, pour leurs
correspondants de Stockholm. Vous jugez dans quel tat je serais, si j'avais
le malheur de perdre de telles choses.
     - Que de grces ne rendons-nous pas  la fortune, en ce cas, monsieur, de
nous mettre  mme de vous conserver de si prcieux effets, dit Emma.
Voulez-vous bien nous les confier et monter avec nous ? Nous vous devrons,
pour cette complaisance, le bonheur de sauver  la fois, et vous et votre
fortune...
     Villeneuil monte ; nous recommandons au postillon de garder la voiture et
le reste des quipages, jusqu' ce que ce jeune homme ait eu le temps
d'envoyer son valet au secours de l'un et de l'autre. A peine emes-nous cette
charmante proie dans notre voiture, qu'Emma me prit la main...
     - Je l'entends, lui dis-je bas, mais il faut  cela quelques pisodes...
     - Assurment, me rpondit-elle.
     Et nous avanmes... Arrive dans la petite ville de Wimerbi, nous
trouvmes  la poste le laquais de Villeneuil, et l'envoymes sur-le-champ
au-devant de la voiture de son matre.
     - Vous aviez, sans doute, dis-je au jeune homme, l'intention de coucher
ici ? Mais la promptitude que nous sommes oblige de mettre  notre voyage ne
nous le permettant pas, nous allons vous descendre et prendre cong de vous.
     L'ardent Villeneuil, qui n'avait pas vu sans motion les charmes de mon
amie, parut fch de l'obligation qui nous sparait si tt, et ma compagne,
saisissant ce mouvement avec rapidit, dit au voyageur qu'elle ne voyait pas,
dans ce fait, qu'il ft bien ncessaire de se quitter ; et que puisqu'on avait
eu le plaisir de faire route quelques heures ensemble, il lui paraissait
extrmement ais de ne se quitter qu' Stockholm.
     - Assurment, rpondis-je, et voici selon moi quel serait le moyen. Il
faut que monsieur laisse ici pour son valet une lettre, qui lui recommandera
de venir le trouver  l'htel de Danemark, o nous allons descendre 
Stockholm. Cette prcaution arrange tout et ne nous spare point.
     - Je la saisis avec ardeur, dit le jeune homme en jetant,  mon insu, des
yeux passionns sur Emma, qui lui laisse promptement comprendre, par les
siens, qu'elle n'est nullement fche de le voir se prter  tout ce qui le
rapproche d'elle.
     Villeneuil crit, la lettre se laisse  l'aubergiste, et nous volons 
Stockholm. Il nous restait environ trente lieues  faire ; nous arrivmes le
lendemain au soir, et ce ne fut que l que mon amie me fit part de la ruse
qu'elle avait imagine pour assurer l'excution du forfait mdit. La coquine,
descendue sous prtexte d'un besoin, avait lestement crit un billet diffrent
de celui qu'crivait Villeneuil ; elle l'avait substitu  celui-ci, et
prescrivait au laquais, dans le sien, de descendre aux Armes d'Angleterre, et
nullement  l'htel de Danemark.
     Une fois  Stockholm, son premier soin, comme vous l'imaginez facilement,
fut d'apaiser l'inquitude du jeune ngociant sur le retard de sa voiture ;
elle y mit tout ce qu'elle crut de plus capable de le tranquilliser et de
l'tourdir  la fois. Villeneuil tait amoureux ; il devenait impossible d'en
douter ; et mon amie, d'aprs cela, lui fit le plus beau jeu du monde.
Villeneuil parut jaloux de moi.
     - Vous ne voulez pas, sans doute, lui dit Emma, faire de ceci une
aventure de roman ; vous me dsirez, Villeneuil, mais vous ne m'aimez point.
Je ne puis d'ailleurs tre  vous ; rien au monde ne me ferait quitter
Borchamps ; il est mon mari. Contentez-vous donc de ce que je puis vous offrir
sans aspirer  ce qu'il m'est impossible de vous donner ; et croyez qu'en nous
en tenant l, mon poux, n fort libertin, est homme  se joindre  nous, afin
de composer de tout ceci une scne de lubricit qui l'amuse, en nous dlectant
tous les deux. Borchamps aime les hommes, vous tes fort joli, consentez  lui
prter vos charmes, et je vous garantis qu'avec ces clauses il vous laissera
jouir en paix des miens.
     - Vous croyez ?
     - J'en suis sre. Vous ne rpugnez pas  cette complaisance !
     - Pas autrement : ce sont des habitudes de collge que je trouve trs
simple de voir conserves, et que j'ai moi-mme comme les autres.
     - Il n'est donc question que de s'arranger ?
     - Je consens  tout...
     Et l'adroite Emma, ouvrant prcipitamment une garde-robe o j'tais cach
:
     - Viens, Borchamps, s'crie-t-elle, Villeneuil t'offre son cul ;
demandons  souper, enfermons-nous et que rien ne trouble nos plaisirs.
     - Charmant jeune homme, dis-je au voyageur, en lui enfonant ma langue
dans la bouche, quoique bien pntr du dsir de le tuer quand je l'aurais
foutu, que je vous sais gr de votre complaisance... Y a-t-il rien de si
simple que cette sorte de commerce ? Je vous cde ma femme, vous me donnez
votre cul : pourquoi ne pas se rendre heureux, quand on le peut aussi
facilement ?
     Pendant ce discours, mon amie dculottait... et si ses mains dlicates
mettaient au jour le plus beau vit du monde, les miennes dcouvraient
galement bientt le plus sublime derrire qu'il ft possible de voir. A
genoux devant ce cul divin, il m'tait impossible de m'en rassasier, et je le
lcherais, je le sucerais peut-tre encore, si ma chre Emma n'et point
dtourn mon attention pour me faire apercevoir le membre sublime dont tait
pourvue notre proie. A peine ai-je empoign cet engin superbe, que je lui
prsente un cul qui brle du dsir de le possder :
     -  Villeneuil ! m'criai-je, daigne commencer par moi ; ces charmes que
tu dsires, poursuivis-je en dsignant Emma, vont t'appartenir aussitt que tu
te seras rendu matre de mon cul ; mais songe qu'ils ne te seront accords
qu' ce prix.
     Je suis foutu : voil l'unique rponse de Villeneuil. Je lui trousse ma
matresse, il la manie, il la baise en me foutant ; et n'tant plus le matre
de sa passion, l'animal me quitte pour enfiler le con haletant d'Emma. Voyant
ses fesses bien  ma porte, je m'en empare et le sodomise, pour me venger de
l'affront qu'il vient de me faire ; il dcharge ; je le ressaisis au sortir du
con d'Emma ; lui trouvant encore assez de roideur, je me le renfonce dans
l'anus, j'encule Emma, et la plus douce extase vient encore une fois couronner
nos plaisirs ; nous recommenmes, Villeneuil enconne mon amie, je l'encule ;
au milieu de nous, la putain, prs de deux heures, se dmena comme Messaline ;
Villeneuil l'encule, je l'enconne, je refouts Villeneuil, il me le rend ; la
nuit entire enfin se passe dans l'ivresse... et l'inquitude reprend ds
qu'elle est dissipe.
     - Mon valet n'arrive point, dit Villeneuil.
     - Sans doute, rpond Emma, que la rparation de votre voiture le retarde
; votre lettre l'instruisait trop bien pour qu'il puisse se tromper, il n'est
question que d'un peu de patience ; n'avez-vous pas, d'ailleurs, avec vous,
vos effets les plus prcieux ? Rien ne vous empche de les porter  leur
destination.
     - J'irai demain, dit Villeneuil.
     Et comme les plaisirs l'avaient puis, il se couche et s'endort de bonne
heure.
     - Emma, dis-je  ma compagne, sitt que je le vis dans les bras du
sommeil, voici le moment d'agir ; si nous tardons, les immenses richesses de
ce faquin nous chappent.
     - Ah ! mon ami, dans une auberge, que ferons-nous de son cadavre ?
     - Il faut le couper en morceaux et le brler ; cet homme n'a point de
suite, jamais personne ne le viendra rclamer ici. Son valet, par les
prcautions que tu as prises, ne l'ira chercher qu' l'autre extrmit de la
ville. Nous le laisserons se tirer d'affaire comme il pourra ; et quelques
recherches qu'il fasse, je lui dfie de trouver son matre : je n'ai donn
d'autre nom, aux portes de la ville, que celui d'un valet nous appartenant ;
nous avons renvoy ce valet, tout est dit.
     Puis, ouvrant la cassette avec la clef que nous avions doucement drobe
dans sa poche, et considrant cette masse norme d'or et de pierreries :
     - Oh ! ma chre amie, m'criai-je, ne serions-nous pas bien fous de
balancer une minute entre la vie de ce coquin et la possession de tant de
richesses ?
     Nous nous dlections  ce spectacle, lorsqu'on vient tout  coup frapper
 notre porte. Juste ciel ! quelle contrarit ! c'est la voiture de
Villeneuil, c'est son valet. Cet animal nous avait trouvs, on lui avait dit,
aux Armes d'Angleterre, que puisque nous n'tions pas l, il devait
ncessairement y avoir une erreur, et qu'assurment on nous trouverait 
l'htel de Danemark. Il n'y avait pas moyen de lui cacher son matre ; il le
voyait dans le lit.
     - Mon ami, dis-je aussitt au valet sans perdre la tte, n'veillez pas
M. de Villeneuil ; un mouvement de fivre, avec lequel il s'est couch, lui
rend le repos extrmement ncessaire ; retournez au logis o vous tiez, et
soyez sr que c'tait pour de bonnes raisons qu'il vous avait adress l :
quelques commissions secrtes dont il est charg ne lui permettent pas de se
loger publiquement avec ses quipages. Il nous a chargs trs positivement de
vous dire, dans le cas o vous paratriez, de retourner au logis indiqu par
le billet que lui-mme dicta pour vous,  mon pouse, lorsque nous passmes 
Wimerbi, et d'attendre l ses ordres, sans les prvenir ou les venir chercher.
     - A la bonne heure, rpondit le valet ; je vais donc renvoyer la voiture.
     - Assurment. Voil de l'or, si vous en manquez ; tranquillisez-vous, et
soyez bien certain, qu'avant trois jours, vous aurez des nouvelles de votre
matre.
     Le valet et la voiture repartent, et nous voil, ma compagne et moi,
occups de nouveaux moyens.
     - Commenons, dis-je, par suivre notre premier projet ; dbarrassons-nous
de cet homme ; ds qu'il n'existera plus, nous nous dferons facilement du
valet, et nous y gagnerons, de plus, le reste des quipages, sur lequel nous
ne comptions pas.
     Le malheureux jeune homme cet coup par morceaux ; un ardent brasier
consume ses chairs ; et tous deux, chauffs de l'horreur que nous venons de
commettre, nous passons le reste de la nuit dans le sein des plus sales
dbauches. Le lendemain, je fus seul, aux Armes d'Angleterre :
     - Mon ami, dis-je au valet, je suis muni d'un ordre de votre matre pour
vous conduire, avec moi,  deux lieues d'ici, dans une maison de campagne o 
vous attend avec impatience ; laissez vos effets, recommandez surtout en
partant qu'on ne les remette qu' moi ; pressons-nous.
     Nous sortons de la ville, et quand je tiens mon homme dans une solitude
affreuse qui borne Stockholm de ce ct :
     - Va, dis-je au malheureux en lui brlant la cervelle, va retrouver ton
matre en enfer ; c'est l o nous envoyons tous ceux qui ont de l'argent, et
qui ne veulent pas nous en donner de bonne grce.
     D'un coup de pied, je fais rouler le cadavre dans le fond d'un prcipice,
et, mon opration faite, je me retourne pour prendre le chemin de la ville,
lorsque j'aperois un enfant de treize  quatorze ans qui gardait un troupeau
de moutons. Oh, ciel ! me dis-je, je suis perdu, me voil dcouvert... Allons,
sacredieu, ne balanons pas ! Je saisis l'enfant, entortille sa tte d'un
mouchoir ; je le viole, les deux pucelages sautent d'un seul coup, et je lui
fais voler le crne tout en lui dchargeant dans le cul. Voil, me dis-je,
trs content de cette action, le moyen sr de ne jamais craindre les tmoins ;
et je vole aux Armes d'Angleterre, d'o je fais sortir aussitt la voiture et
les malles, pour les conduire o nous tions.
     Je retrouvai ma compagne dans une sorte d'inquitude qui m'alarma.
     - Qu'as-tu donc ? lui dis-je, manquerais-tu de force ?
     - Les suites de cette affaire me tracassent, me dit Emma, Villeneuil
n'arrive pas  Stockholm sans y tre annonc  ses correspondants ; on
s'informera ; on le cherchera dans toutes les auberges ; ces procds fort
prsumables vont tout dcouvrir, et nous perdre ; partons, mon ami, quittons
ce pays o tout me fait une peur horrible.
     - Emma, je te croyais plus d'nergie ; s'il fallait fuir chaque fois que
l'on commet un crime, on ne pourrait jamais s'tablir nulle part. Cesse de
craindre, ma chre ; la nature, qui dsire les crimes, surveille ceux qui les
commettent, et l'on est bien rarement puni d'avoir excut ses lois. J'ai des
lettres pour tout ce que la Sude a de plus grand ; je vais les prsenter :
sois sre qu'il ne sera pas une seule de ces nouvelles connaissances dont nous
ne puissions recueillir quelques branches de crimes ; gardons-nous seulement
d'chapper au sort heureux qui nous attend.
     A mon arrive en Sude, la capitale, ainsi que tout le royaume, se
trouvait vivement agite par deux partis puissants : l'un, mcontent de la
Cour, brlait d'en envahir le pouvoir ; l'autre, celui de Gustave III,
paraissait bien dtermin  tout sacrifier pour maintenir le despotisme sur le
trne ; la Cour, et tout ce qui y tenait, formaient ce dernier parti ; le
premier tait compos du snat et de quelques portions du militaire. L'instant
d'un nouveau rgne parut propice aux mcontents : on a meilleur march d'une
autorit naissante que d'un pouvoir affermi ; les snateurs le sentirent, et
projetrent de ne rien pargner pour conserver les droits qu'ils tchaient
d'usurper depuis longtemps ; leur tutelle tait dure : ils osrent la porter
au point de faire ouvrir les lettres du roi dans leurs assembles, afin d'y
rpondre ou de les interprter  leur guise ; peu  peu la puissance de ces
magistrats crt  tel point, que Gustave pouvait  peine disposer des places
de son royaume.
     Voil l'tat de la Sude, lorsque je me prsentai chez le snateur Steno
qui tait, en quelque faon, l'me du parti snatorial. Je fus reu du jeune
magistrat et de sa femme, avec les dmonstrations de la politesse la plus
agrable, et, j'ose dire, de l'intrt le plus vif. On me gronda de n'avoir
pas amen ma compagne ds le premier jour ; et ce ne fut qu'en acceptant 
dner, pour elle et pour moi, le lendemain, que je parvins  calmer les
reproches du jeune snateur.
     Emma, qui passait pour ma femme et qui runissait tout ce qui pouvait
faire les dlices de la bonne socit, fut reue le plus agrablement ; et les
liens de la plus tendre amiti runirent aussitt, et cette charmante crature
et l'aimable pouse du snateur[3] .
     Si le jeune Sudois, ayant vingt-sept ans, pouvait, avec raison, passer
pour l'un des plus aimables, des plus riches et des plus spirituels seigneurs
de Sude, on peut assurer mm exagration qu'Ernestine, sa femme, tait bien
srement la plus jolie crature qu'il y et dans tous les royaumes du Nord.
Dix-neuf ans, les plus beaux cheveux blonds, la taille la plus majestueuse...
les plus jolie yeux noirs... les traits les plus doux et les plus dlicats,
tels taient les charmes dont la nature avait embelli cette femme anglique
qui, non contente de tant de faveurs, runissait encore  ses attraits
physiques l'esprit le plus orn, le caractre le plus ferme, et la philosophie
la plus sre.
     Ds la quatrime fois que nous nous vmes, Steno me demanda  qui
s'adressaient les autres lettres de recommandation que l'on m'avait donnes.
Je les lui fis voir, et quand il eut lu sur les suscriptions le nom de
plusieurs gens de la Cour :
     - Aimable Franais, me dit-il, il faudra, si vous portez ces lettres,
renoncer au plaisir de nous voir. De puissants intrts divisent ma maison de
celles o vous devez aller. Ennemis jurs du despotisme de la Cour, mes
confrres, mes amis, mes parents ne voient aucun de ceux qui servent ou
partagent ce despotisme.
     - Oh ! monsieur, dis-je, votre faon de penser est trop conforme  la
mienne, pour que je ne vous fasse pas  l'instant le plus lger sacrifice de
tout ce qui paratrait devoir m'asservir au parti contraire  celui que vous
suivez : j'abhorre les rois et leur tyrannie. Est-il donc prsumable que ce
soit entre les mains d'un tel tre que la nature ait pu confier le soin de
gouverner les hommes ? La facilit avec laquelle un seul individu peut tre
sduit, tromp, ne suffit-elle pas  dgoter tous les gens sages du pouvoir
monarchique ? Htez-vous, braves snateurs, de rendre au peuple sudois la
libert que Gustave cherche  lui ravir, d'aprs l'exemple de ses anctres ;
que les efforts entrepris maintenant par votre jeune prince, pour accrotre
son autorit, deviennent aussi nuls que ceux qui furent dernirement essays
par Adolphe. Mais, monsieur, poursuivis-je avec chaleur, pour qu'il ne reste
dans votre esprit,  l'avenir, aucun doute sur la sincre promesse que je vous
fais d'pouser votre parti tout le temps que je prolongerai mon sjour en
Sude, voil les lettres dont j'tais charg pour les amis de Gustave, les
voil, brlons-les ensemble, et permettez-moi de ne m'en rapporter qu' vous
sur le choix des amis que je dois rechercher dans votre ville.
     Steno m'embrasse, et sa jeune pouse, tmoin de cette conversation, ne
peut s'empcher de me tmoigner aussi, de la plus vive manire,  quel point
elle est flatte d'attirer  son parti un homme aussi essentiel que moi.
     - Borchamps, me dit Steno, vous venez de vous ouvrir avec assez de
franchise, pour que je ne puisse plus douter de votre faon de penser.
tes-vous sincrement capable d'embrasser chaudement nos intrts, et de vous
lier  nous par tous les nuds qui captivent des conjurs et des amis sincres
?
     - Snateur, rpondis-je avec vhmence, je fais entre vos mains le
serment sacr de combattre avec vous jusqu'au dernier des tyrans de la terre,
si le poignard qu'il faut pour les dtruire est remis  mon bras par vous.
     Et je racontai, sur-le-champ, au snateur, mon aventure avec la princesse
de Hollande, bien faite pour lui prouver  quel point j'abhorrais et la
tyrannie et ceux qui l'exeraient.
     - Mon ami, me dit le snateur, votre femme pense-t-elle comme vous ?
     - En douterez-vous, rpondis-je, quand vous saurez que c'est par les
mmes raisons que moi qu'elle s'est spare de la princesse de Hollande, qui
la comblait de faveurs.
     - Eh bien ! me dit Steno, venez sans faute demain au soir, souper tous
deux avec mes amis, et vous apprendrez l des choses qui vous surprendront.
     Je fis part  Emma de cette conversation.
     - Avant que de nous lier l, mon ami, me dit-elle, rflchis bien o cela
peut nous conduire ; rappelle-toi surtout que ce fut bien plutt, ce me
semble, par loignement pour les affaires d'tat que par esprit de parti, que
tu refusas de servir la cause de Sophie.
     Non, dis-je, tu te trompes ; en m'interrogeant avec soin, depuis, j'ai
senti que la seule horreur que j'eus toute ma vie pour le despotisme d'un
seul, m'avait port au refus que je fis  la femme du stathouder ; avec
d'autres vues que les siennes, j'eusse peut-tre tout accept...
     - Mais, mon ami, me dit Emma, je ne vois point d'accord dans tes
principes ; tu es tyran, et tu dtestes la tyrannie ; le despotisme respire
dans tes gots, dans ton cur, dans ton imagination, et tu te dchanes contre
ses maximes ; explique-moi ces contradictions, ou je refuse de te suivre.
     - Emma, dis-je  mon amie, je ne te veux montrer ici que de la
pntration ; souviens-toi de ce que je vais t'annoncer. Ce n'est point par
horreur pour la tyrannie que le snat de Sude est prt  s'armer contre son
souverain : c'est par la jalousie qu'il a de voir ce despotisme en d'autres
mains que les siennes ; une fois que le pouvoir sera dans ses mains, sois
assure qu'il ne dtestera plus le despotisme, et qu'il l'emploiera, au
contraire,  perfectionner son bonheur. En acceptant la proposition de Steno,
je joue le mme rle que lui, et, comme lui, je ne veux pas briser le sceptre,
mais m'en servir. Souviens-toi que je quitte cette socit,  l'instant o je
croirai la voir anime par d'autres principes ; ne m'accuse donc plus de
contradiction, Emma, n'en accuse pas davantage ceux que tu vois ne combattre
la tyrannie qu'avec le despotisme : le trne est du got de tout le monde, et
ce n'est pas le trne qu'on dteste, c'est celui qui s'y assoit. Je me sens
quelques dispositions  jouer un rle dans le monde ; il ne faut ni prjugs,
ni vertus pour y russir : un front d'airain, une me corrompue, et de la
fermet dans le caractre, j'ai tout cela ; la fortune me prsente la main,
j'accepte ; pare-toi demain, sois fire, spirituelle et catin ; ce mont, je le
crois, les qualits qu'il faudra chez Steno ; ce seront celles qui plairont 
mes amis, montre-les, tu les as, et surtout ne frmis de rien.
     Nous nous rendmes  l'heure indique, et remarqumes qu'aussitt que
nous fmes entrs, un laquais vint dire au portier :
     - Ils y sont tous, ne laissez plus entrer personne.
     La socit se trouvait runie dans un pavillon situ au bout du jardin de
ce vaste palais ; de grande arbres environnaient ce local, qu'on et pris pour
un temple rig au dieu du silence. Un valet, sans nous accompagner, se
contente de nous montrer le lieu o il faut se rendre. Nous entrons ; voici
les personnages que nous trouvons rassemble.
     Steno et sa femme vous sont connus, ils se levrent pour nous recevoir,
et nous prsentrent aux six personnes que je vais peindre : c'taient trois
snateurs et leurs femmes. Le plus g des hommes pouvait avoir cinquante ans,
on le nommait Eric-Son : l'air noble et majestueux, mais quelque chose de dur
dans le regard et de brusque dans le langage. Son pouse se nommai Frdgonde,
elle avait trente-cinq ans, plus de beaut que de gentillesse, les traits un
peu mles, mais fiers, ce qu'on appelle une belle femme. Le second snateur
avait quarante ans, il s'appelait Volf : une vivacit prodigieuse, infiniment
d'esprit, mais une mchancet rpandue dans les traits. Amlie, sa femme,
avait  peine vingt-trois ans ; c'tait bien la figure la plus piquante, la
taille la plus agrable, la bouche la plus frache, les yeux les plus fripons,
et la peau la plus belle qu'il ft possible de voir au monde ; on n'a point,
en mme temps, ni plus d'esprit, ni l'imagination plus ardente ; on n'est ni
plus libertine, ni plus dlicieuse. Amlie me frappa, j'en conviens. Le
troisime snateur se nommait Brah, il avait tout au plus trente ans : mince,
sec, l'il sournois, l'air distrait, et, plus qu'aucun de ses confrres, de la
roideur, du cynisme et de la frocit. Ulrique, son pouse, tait une des plus
belles femmes de Stockholm, mais en mme temps la plus mchante et la plus
spirituelle, la plus attache au parti snatorial, la plus capable de le faire
valoir ; elle avait deux ans de moins que son poux.
     - Mes amis, dit Steno, ds que les portes furent refermes, si je n'avais
cru ce gentilhomme franais et sa femme dignes de nous, vous ne les verriez
pas aujourd'hui dans cette maison ; je vous demande donc avec instance de les
admettre dans votre socit.
     - Monsieur, me dit Brah en m'adressant la parole avec autant d'nergie
que de noblesse, ce que Steno nous assure de vous est fait pour inspirer de la
confiance ; mais nous ne vous cachons pourtant pas qu'elle sera mieux tablie
lorsque vous aurez rpondu publiquement aux diffrentes questions qui vont
vous tre faites.
     D. - Quels sont les motifs qui vous font dtester le despotisme des rois ?
     R. - La jalousie, l'ambition, l'orgueil, le dsespoir d'tre domin, le
dsir de tyranniser moi-mme les autres[4] .
     D. - Le bonheur des peuples entre-t-il pour quelque chose dans vos vues ?
     R. - Je n'y vois que le mien propre.
     D. - Et quel rle jouent les passions dans votre manire de considrer
tout en politique ?
     R. - Le plus grand ; je n'ai jamais cru que ce qu'on appelle un homme
d'tat et d'autres vritables penchants que la plus entire satisfaction de
ses volupts : ses plans, les alliances qu'il forme, ses projets, ses impts,
jusqu' ses lois, tout tend  son individuelle flicit, jamais le bonheur
public n'entre pour rien dans ses mditations, et ce que le peuple hbt lui
voit faire, n'est jamais que pour se rendre plus puissant ou plus riche.
     D. - En sorte que, si vous tiez l'un ou l'autre, vous ne tourneriez ces
deux avantages qu' ceux de vos plaisirs ou de vos jouissances ?
     R. - Ce sont les seuls dieux que je connaisse, les seules dlices de mon
me.
     D. - Et comment voyez-vous la religion dans cela ?
     R. - Comme le premier ressort de la tyrannie, celui que le despote doit
toujours mouvoir, quand il veut tayer son trne. Le flambeau de la
superstition fut toujours l'aurore du despotisme, et c'est toujours avec des
fers bnits que le tyran assouplit le peuple.
     D. - Vous nous exhortez donc  en faire usage ?
     R. - Oui, certes ; si vous voulez rgner, qu'un Dieu parle pour vous, et
les hommes vous obiront. Quand sa foudre, tenue dans vos mains, les aura fait
trembler, vous aurez bientt leurs richesses et leurs vies. Persuadez-leur que
toutes les infortunes qu'ils ont prouves sous le rgime que vous voulez leur
faire rejeter, ne viennent que de leur irrligion. En les faisant tomber aux
pieds de la chimre que vous leur offrirez, ils serviront bientt de
marchepieds  votre ambition,  votre orgueil,  votre luxure.
     D. - Vous ne croyez donc pas en Dieu ?
     R. - Est-il un seul tre raisonnable au monde qui puisse ajouter foi  de
tels mensonges ? La nature, toujours en mouvement, peut-elle avoir besoin d'un
moteur ? Je voudrais que le corps vivant du fourbe qui, le premier, parla de
cette excrable chimre ft abandonn, pour son supplice, aux mnes de tous
les malheureux qui prirent pour elle.
     D. - Comment considrez-vous les actions que l'on nomme criminelles ?
     R. - Comme des inspirations de la nature, auxquelles il est extravagant
de rsister ; comme les moyens les plus srs dont puisse se servir un homme
d'tat, pour runir  lui tout ce qui peut consolider le bonheur, comme les
ressorts de tous les gouvernements, comme les seules lois de la nature.
     D. - En avez-vous commis de toutes sortes d'espces ?
     R. - Il n'en est pas un seul dont je ne me sois souill, et dont je ne
sois prt  me couvrir encore.
     Ici, Brah fit une courte analyse de l'histoire des Templiers. Aprs
avoir nergiquement expliqu son indication sur le supplice, aussi injuste
qu'atroce, que Philippe le Bel, roi de France, fit subir  Molay, leur dernier
grand-matre, dans la seule vue de s'emparer des biens de l'ordre :
     - Vous voyez en nous, me dit-il, les chefs de la Loge du Nord, institue
par Molay mme, du fond de sa prison de la Bastille. Si nous vous recevons
parmi nous, ce n'est qu'avec la condition la plus expresse de jurer sur la
victime qui va vous tre prsente, la vengeance de ce respectable
grand-matre, et d'accomplir en mme temps les clauses du serment que voici...
Lisez et prononcez intelligiblement :
     - Je jure, dis-je, d'exterminer tous les rois de la terre ; de faire une
guerre ternelle  la religion catholique et au pape ; de prcher la libert
des peuples ; et de fonder une Rpublique universelle.
     Un coup de tonnerre affreux se fit entendre ; le pavillon o nous tions
trembla ; au moyen d'une trappe, la victime parut, apportant dans ses mains le
poignard dont je devais la frapper, et me le prsentant. C'tait un beau jeune
homme de seize ans, entirement nu. Je prends l'arme, et j'en perce
l'holocauste au cur. Brah saisit un calice d'or, reoit le sang, m'en fait
boire le premier, prsente le vase  tout ce qui est l, et chacun boit, en
prononant un mot barbare, dont le sens est : Nous mourrons plutt que de nous
trahir. La trappe s'enfonce, le cadavre disparat, et Brah continue ses
questions.
     D. - Vous venez, me dit-il, de vous montrer digne de nous ; vous avez vu
que notre fermet rpondait  la vtre, et que nos femmes mmes taient
inbranlables. Le crime que vous venez de commettre vous est-il d'une
indiffrence assez grande pour l'employer mme dans vos plaisirs ?
     R. - Il les augmente, il les lectrise ; je l'ai toujours regard comme
l'me des volupts libidineuses ; ses effets sur l'imagination sont normes,
et la lubricit n'est rien, si la dpravation de l'esprit n'allume ses
flambeaux.
     D. - Admettez-vous des restrictions dans les jouissances physiques ?
     B. - Je n'en connais mme pas.
     D. - Tous les sexes, tous les ges, tous les tats, tous les degrs de
parent, toutes les manires de jouir de ces diffrents individus, tout cela,
dis-je, est donc indiffrent  vos yeux ?
     R. - Absolument.
     D. - Mais il est, pourtant, quelques jouissances de prdilection  vos
yeux ?
     R. - Oui, les plus fortes, celles que les sots osent nommer
antinaturelles, criminelles, ridicules, scandaleuses... contraires aux lois, 
la socit... d'un genre froce. Voil les jouissances que je prfre, et qui
feront toujours le bonheur de ma vie.
     - Frre, me dit Brah, prenez place parmi nous, la socit vous reoit...
     Et ds que je suis assis :
     - Ce n'est qu' vous, poursuivit Brah, que l'on s'en rapporte, pour
savoir si votre femme est dans les mmes principes que vous.
     - J'en fais le serment pour elle, rpondis-je.
     - coutez-moi donc, me dit alors le snateur. La Loge du Nord, dont nous
sommes les chefs, est considrable  Stockholm ; mais les simples maons
ignorent nos murs, nos secrets, nos coutumes : ils s'en rapportent  nous et
obissent. Je n'ai plus  vous entretenir que sur deux choses, mon frre : nos
murs et nos intentions. Ces intentions sont de renverser le trne de Sude,
ainsi que tous les trnes de l'univers, et principalement ceux o rgnent les
Bourbons. Mais nos frres des autres parties du monde rempliront ce soin ;
nous ne nous occupons que de notre patrie. Une fois sur le trne des rois,
aucune espce de tyrannie n'aura jamais gal la ntre, jamais despote n'aura
mis sur les yeux du peuple un bandeau plus pais que celui que nous y
placerons. L'ignorance essentielle o nous le plongerons, nous l'assouplira
bientt, des ruisseaux de sang couleront, nos frres mmes ne seront plus que
les valets de nos cruauts, et dans nous seuls sera concentr le pouvoir
suprme ; toutes les liberts seront enchanes ; celle de la presse, celle
des cultes, celle de penser mme, seront svrement interdites ; il faut bien
se garder d'clairer le peuple ou de briser ses fers, lorsqu'il s'agit de le
conduire. Vous ne seriez point admis, Borchamps,  ce partage d'autorit,
votre naissance trangre vous en exclut ; mais nous vous confrerons le
commandement des armes, et surtout des brigands, qui couvriront d'abord la
Sude de meurtres et de rapines, pour y cimenter notre puissance. Ferez-vous,
quand il en sera temps, le serment de nous tre fidle ?
     - Je le fais d'avance.
     - Il ne nous reste donc plus qu' vous parler de nos murs. Leur
dpravation, mon frre, est affreuse ; le premier serment moral qui nous lie,
aprs ceux de politique dont il vient d'tre question, est de nous prostituer
mutuellement nos femmes, nos surs, nos mres et nos enfants ; de jouir de
tous ces tres-l, ple-mle... l'un devant l'autre, et, par prfrence, de la
manire que Dieu, dit-on, a puni dans Sodome. Des victimes de tout sexe
servent  nos orgies, et c'est sur elles que tombe toute l'irrgularit de nos
dsirs. Votre femme est-elle aussi dcide que vous  l'excution de ces
immoralits ?
     - Je le jure, dit Emma.
     - Ce n'est pas tout, poursuivit Brah ; les dsordres les plus effrayants
nous amusent, il n'est aucun excs o nous ne nous livrions. Nous portons
souvent l'atrocit au point de voler, d'assassiner dans les rues,
d'empoisonner des puits, des rivires, de produire des incendies,
d'occasionner des disettes, de rpandre la mortalit sur les bestiaux, et tout
cela, moins encore pour nous amuser que pour lasser le peuple du gouvernement
actuel, et lui faire ardemment dsirer la rvolution prpare par nos mains.
Ces actions vous rvoltent-elles, ou les partagez-vous avec la socit, sans
remords ?
     - Le sentiment que vous nommez l fut toujours tranger  mon cur :
l'univers entier dissous par mes mains ne me coterait pas une larme...
     Ici, je reois l'accolade fraternelle de toute l'assemble. J'eus ordre
ensuite d'exposer mon derrire, et chaque membre de l'un et de l'autre sexe
vint le baiser, le gamahucher, puis enfoncer sa langue dans ma bouche. Emma
fut trousse jusqu' la ceinture ; ses jupes furent rattaches sur ses paules
avec des rubans, et elle reut les mmes hommages ; mais quelque belle qu'elle
ft, elle ne reut aucune louange : toutes taient interdites par les lois de
cette assemble, on m'en prvint.
     - Dshabillons-nous tous, dit alors Brah, qui faisait les fonctions de
grand-matre, nous passerons ensuite dans la salle voisine.
     Dix minutes suffirent  cette toilette, et nous entrmes dans un vaste
cabinet entour de canaps  la turque, jonch de coussins et de matelas. La
statue de Jacques Molay, sur le bcher qui consuma son corps, ornait le milieu
de cette pice.
     - Voil, me dit le grand-matre, celui que nous devons venger ;
noyons-nous, en attendant cette heureuse poque, dans l'ocan de dlices que
lui-mme prparait  ses frres...
     Une douce chaleur rgnait dans cet agrable rduit, que des faisceaux de
lumire, cache sous des gazes, clairaient mystrieusement. Tout se mla,
tout se runit dans un instant. Je m'lance sur l'aimable Amlie ; ses yeux
m'avaient enflamm, et je n'avais encore band que pour elle ; mes dsirs me
prviennent, elle est dans mes bras avant que les miens ne l'enlacent. Je vous
rendrais mal ses attraits : ils m'enivrrent trop puissamment pour pouvoir les
peindre. On n'eut jamais une bouche plus frache, jamais un aussi beau cul.
Amlie se courbe, en m'offrant d'elle-mme le temple qu'elle sait bien que je
vais desservir, et, soit habitude, soit got, je m'aperois bientt que la
coquine y met plus de sensation que de complaisance, et que nulle autre
attaque ne lui aurait plu davantage. Le dsir d'enculer les trois autres
femmes, et mme leurs maris, m'empcha de perdre mon foutre dans le dlicieux
cul d'Amlie ; et je me jetai sur Steno qui sodomisait Emma. Enchant de la
bonne fortune, le snateur me fit le plus beau cul du monde, que je quittai
nanmoins bientt, pour enfiler celui d'Ernestine, sa femme, belle et
voluptueuse crature, que je limai longtemps. Frdgonde m'attire : autant
Ernestine avait mis de douceur et de dlicatesse dans ses jouissances, autant
celle-ci parut y mettre de fureur et d'emportement. En la quittant, je vole 
son mari. Eric-Son, g de cinquante ans, frtille sous mon vit, comme la
colombe sous le ramier, et le paillard met tant de sel dans sa jouissance,
qu'il arrache mon foutre ; mais Brah, qui m'appelle, mit bientt, en me
suant avec ardeur, rendre  mon engin l'nergie que les belles fesses
d'Eric-Son viennent de lui faire perdre, et celles qu'il me prsente, et dont
je sonde l'anus, me font bientt oublier tous les plaisirs que je viens de
goter. Je fouts Brah prs d'un quart d'heure, et ne le quitte que pour Volf,
qui sodomisait Ulrique, dont le cul dlicat obtient bientt mon sperme. Que de
libertinage ! que d'impuret dans cette dernire crature ! Tout ce que la
volupt peut avoir de plus piquant, tout ce que le libertinage a de plus
effrn, fut mis en usage par cette Messaline. S'emparant de mon vit, ds
qu'il eut dcharg, il n'y eut rien que la garce ne ft pour le ranimer et se
l'introduire dans le con. Mais il lui fut impossible de me vaincre :
inviolable sectateur des lois de la socit, j'en fus au point de menacer
Ulrique de la dnoncer, si elle cherchait plus longtemps  me sduire ;
furieuse, la coquine se renfonce mon vit dans le cul, et se dmne avec tant
d'ardeur que son foutre en jaillit dans la chambre.
     Pendant que je foutais ainsi tous les culs de la salle, Emma, fte de
mme, n'avait pas chm d'un seul vit ; tous lui avaient pass dans le cul,
mme le mien, mais tous n'avaient pas dcharg ; il tait, l, des libertins
de profession qu'une seule jouissance, ft-ce mme celle d'un beau cul,
n'lectrisait pas assez vivement pour y perdre aussi facilement du foutre :
tous, par exemple, m'enculrent, et pas un ne me donna du sperme. Eric-Son, le
plus dbord de tous, en et bien foutu quinze comme ceux qu'il avait l  sa
disposition, sans que son vit seulement en part en colre. Brah, tout jeune
et vigoureux qu'il tait, sans d'incroyables pisodes dont nous parlerons
bientt, n'en serait pu venu davantage au dnouement. Pour Steno, son affaire
tait faite : idoltre d'Emma, le beau cul de cette voluptueuse crature lui
avait, disait-il, suffi, et son foutre tout bouillant l'avait inonde. Volf,
plus recherch, n'ayant pas, comme son confrre, tout ce qu'il fallait pour
dterminer sa dcharge, n'avait fait non plus que prluder, et ce ne fut qu'au
souper, qu'on servit assez promptement, qu'il me fut possible de dmler tous
les gots bizarres de mes nouveaux acolytes. Ce souper fut dress dans une
salle diffrente, o six beaux garons de quinze  dix-huit ans, et six filles
charmantes du mme ge, se trouvrent nus pour nous servir. Aprs un repas
somptueux, de nouvelles orgies se clbrrent, et je ne pus juger que l les
passions dsordonnes de ces despotes de la Sude.
     L'un, Steno, quoiqu'il et facilement dcharg dans le cul d'Emma,
dsirait nanmoins, pour perfectionner son extase, qu'un petit garon lui
sut la bouche trs amoureusement, en lui socratisant le derrire, pendant
qu'il foutait un homme : telle tait sa passion.
     Eric-Son n'en venait jamais  son honneur, sans avoir pralablement
fustig jusqu'au sang deux jeunes individus de sexe diffrent.
     Volf se faisait enculer en cinglant une heure entire,  coups de
martinet, le cul dans lequel il se proposait de dcharger ; autrement, trs
peu d'rection.
     Brah, plus mchant encore, ne se disposait  l'mission qu'en estropiant
une victime, prs du beau cul qu'il convoitait.
     Toutes ces passions se dvelopprent aux fruits. Les ttes, chauffes de
vin, d'espoir, d'ambition, d'orgueil, ne connurent plus aucun frein ; les
femmes furent les premires  nous donner l'exemple du dsordre, et il en
cota la vie  six victimes, avant que de se sparer.
     Ce fut alors que Steno, en me tmoignant, au nom de la socit, la joie
qu'il avait de nous possder dans son sein, me demanda si j'avais besoin de
quelque somme : je crus politique de dire que non... au moins pour ces
premiers moments... Et huit jours se passrent, sans que j'entendisse parler
de mes nouveaux amis. Steno vint me voir, le neuvime au matin.
     - Nous allons en course cette nuit, me dit-il ; les femmes n'en sont pas
; voulez-vous nous accompagner ?
     - De quoi s'agit-il ? rpondis-je.
     - De crimes que nous voulons commettre au hasard ; nous volerons,
pillerons, assassinerons, brlerons : nous ferons des horreurs, en un mot ;
tes-vous des ntres ?
     - Assurment.
     - Trouvez-vous donc ce soir,  huit heures, dans la belle maison que
Brah possde au faubourg ; c'est de l que nous partirons.
     Un dlicieux souper nous attendait, et vingt-cinq soldats, choisis  la
supriorit du membre, devaient, en s'puisant dans nos derrires, nous
communiquer l'nergie ncessaire  l'expdition projete. Nous fmes foutus
quarante coups chacun ; je ne l'avais jamais tant t de suite. Nous nous
trouvmes tous, aprs ces prliminaires, dans un feu, dans une agitation qui
nous et fait porter le poignard au sein mme de Dieu, si le jean-foutre et
exist.
     Escorts des dix plus vigoureux champions de la bande, nous voil donc 
parcourir les rues comme des furies, en attaquant indistinctement tout ce qui
passait :  mesure que nos victimes taient voles et tues, nous les
prcipitions dans la mer. Les objets arrts par nous en valaient-ils la peine
? nous en jouissions, et ne les immolions pas moins, aprs. Nous montmes dans
plusieurs maisons pauvres, que nous dvastmes aprs y avoir sem le trouble
et la dsolation. Il n'y eut pas, en un mot, d'excrations que nous ne nous
permmes, pas une seule que nous n'excutmes. Nous attaqumes la patrouille,
nous la mmes en fuite ; et ce ne fut que rassasis d'horreurs et d'atrocits,
que nous rentrmes chez nous, le lendemain, ds que le jour vint clairer les
dbris de nos scandaleuses orgies.
     Nous ne manqumes pas de faire mettre dans les papiers publics, que tels
taient les affreux abus que se permettait le gouvernement, et qu'aussi
longtemps que le rgime royal prvaudrait sur celui du snat et des lois,
aucune fortune ne serait en sret, aucun particulier ne respirerait en paix
chez lui. Le peuple le crut, et dsira la rvolution. Voil comme on l'abuse,
ce pauvre peuple, voil comme il est  la fois et le prtexte et la victime de
la sclratesse de ses meneurs : toujours faible et toujours imbcile, tantt
on lui fait dsirer un roi, tantt une rpublique, et la prosprit offerte
par ces agitateurs  l'un ou l'autre de ces rgimes, n'est jamais que le
fantme cr par leurs intrts ou par leurs passions[5] .
     Cependant l'poque approchait, le dsir d'un changement tait tel, qu'il
ne s'agissait plus que de cela dans toutes les conversations. Plus adroit
politique que mes associs, je vis le monument de leur fortune  bas, au mme
instant o ils l'difiaient ; plus calme qu'eux, je sondai les esprits, et
l'immense quantit de gens que je reconnus fermement attachs au parti du roi,
me convainquit que la rvolution snatoriale tait avorte. Ce fut alors o,
fidle aux principes d'gosme et de sclratesse auxquels je voulais
sacrifier toute ma vie, je rsolus de changer  l'instant de parti, et de
trahir inhumainement celui qui m'avait reu. Il tait le plus faible, je le
voyais ; ce n'tait ni la bont de l'un, ni le vice de l'autre qui me
dcidaient : je ne l'tais que par la force, et ce n'tait uniquement que vers
la force que je voulais me diriger. Je serais infailliblement rest du parti
snatorial, si je l'eusse cru, non pas le meilleur (je savais bien qu'il tait
le plus vicieux), mais s'il et t le plus fort ; il m'tait dmontr qu'il
ne l'tait pas : je le trahis. Ce rle, me dira-t-on, tait infme ; soit.
Mais que m'importait l'infamie, ds que mon bonheur ou ma sret se trouvait 
ma trahison ? L'homme n'est n que pour travailler  sa flicit sur la terre
; toutes les vaines considrations qui s'y opposent, tous les prjugs qui
l'entravent, sont faits pour tre fouls aux pieds par lui, car ce n'est pas
l'estime des autres qui le rendra heureux ; il ne le sers que par sa propre
opinion, et ce ne sera jamais en travaillant  sa prosprit, quelque voie
qu'il prenne pour y russir, qu'il pourra cesser de s'estimer.
     Je fais demander une audience secrte  Gustave ; je l'obtiens ; je lui
rvle tout ; je lui nomme ceux qui ont fait le serment de le dtrner ; je
lui jure de ne pas quitter Stockholm, qu'il n'ait prvenu ce grand vnement ;
et ne lui demande qu'un million pour rcompense, si mes avertissements sont
justes ; une ternelle prison, si je me trompe. La vigilance du monarque,
aide de mes avis, prvint tout. Gustave,  cheval de bonne heure, le jour o
tout devait clater, contint le peuple, s'assura des conjurs, gagna le
militaire, s'empara de l'arsenal, sans rpandre une seule goutte de sang. Ce
n'tait point du tout sur cela que j'avais compt ; rjoui d'avance des suites
sanglantes que je supposais  ma trahison, je courus moi-mme les rues, ds le
matin, pour voir tomber toutes les ttes que j'avais dvoues : l'imbcile
Gustave les conserva toutes. Que de regrets j'prouvais, pour lors, de n'tre
pas rest fidle  ceux qui eussent inond de sang les quatre coins du royaume
! Je me suis tromp, dis-je ; on accusait ce prince d'tre despote, et le
maladroit se montre dbonnaire, quand je lui offre tous les moyens d'tayer sa
tyrannie. Oh ! comme je maudis cet automate !... Souvenez-vous, dis-je  tous
ceux qui voulurent m'entendre, que ds que votre prince manque ici l'occasion
de fixer, comme il le devrait, son sceptre sur des monceaux de morts,
souvenez-vous qu'il ne rgnera pas longtemps, et que sa fin sera malheureuse[6] .
     Je n'eus pourtant pas besoin de lui rappeler sa promesse : Gustave
lui-mme me fit venir dans son palais, o il me compte le million promis, en
m'ordonnant de sortir  l'instant de ses tats.
     - Je paye les tratres, me dit-il, ils me sont ncessaires ; mais je les
mprise, et les loigne de moi sitt qu'ils m'ont servi.
     Que m'importe, dis-je en m'en allant, que cet animal m'estime ou me
mprise ? J'ai son argent, c'est ce que je voulais ;  l'gard du caractre
qu'il me reproche, il ne le corrigera pas dans moi : la trahison fait mes
dlices, et je vais, sous un autre rapport, la mettre bientt encore en usage.
     Je vole chez Steno.
     - Ma femme vous a trahi, lui dis-je, c'est un monstre ; je viens de tout
savoir, elle a reu de l'argent pour cette horreur ; elle m'a valu l'ordre de
quitter la Sude ; j'obirai, sans doute, mais je veux la perdre avant de
partir. Tout est calme, rien ne nous empche de nous runir ce soir ;
faisons-le, je vous en conjure, et punissons cette sclrate.
     Steno consent. Je conduis Emma  la socit, sans qu'elle se doute du
projet qui la rassemble ; tous les hommes, toutes les femmes, en fureur contre
celle que j'accuse, la condamnent d'un commun accord aux plus effrayants des
supplices. Emma, confondue d'une telle accusation, veut rcriminer contre moi
; on la fait taire, et la malheureuse, confie  mes soins pendant que des
scnes lubriques s'arrangent autour de l'chafaud dress pour son supplice,
est corche vive, puis brle  petit feu sur toutes les parties que je
dpouillais en dtail. On me suait pendant ce temps-l, et mes quatre amis,
foutant chacun un bardache, taient fouetts par leurs pouses, que
gamahuchaient des jeunes filles : je n'avais de mes jours dcharg plus
dlicieusement. L'opration faite, on se mla ; ce fut alors qu'Amlie,
l'pouse de Volf, s'approcha de moi.
     - J'aime ta fermet, me dit-elle ; je m'apercevais depuis longtemps que
cette femme n'tait pas faite pour toi ; je te conviens mieux, Borchamps ;
mais je vais t'tonner : jure-moi qu'un jour aussi je serai ta victime. Mon
imagination va te surprendre, mon ami ; quoi qu'il en soit, je ne puis t'en
cacher le dlire. Mon mari m'aime trop pour me satisfaire ; depuis l'ge de
quinze ans, ma tte ne s'est embrase qu' l'ide de prir victime des
passions cruelles du libertinage. Je ne veux pas mourir demain, sans doute,
mon extravagance ne va point jusque-l ; mais je ne veux mourir que de cette
manire. Devenir l'occasion d'un crime, en expirant, est une ide qui me fait
tourner la tte ; et je quitte demain Stockholm avec toi, si tu me jures de me
satisfaire...
     Vivement mu moi-mme d'une aussi rare proposition, je proteste  Amlie
qu'elle aura lieu d'tre contente de moi. Tout s'arrange, elle s'vade ds le
mme jour, et nous sortons de la ville, sans que qui que ce soit se doute de
cet enlvement.
     Ma fortune tait immense en quittant Stockholm, j'hritais de ma femme,
j'emportais le million du roi, et ma nouvelle amie me remit encore,
indpendamment de tout cela, prs de six cent mille francs qu'elle drobait 
son mari, et qu'elle me fora d'accepter.
     Amlie et moi, d'un commun accord, nous nous dirigemes vers
Saint-Ptersbourg. Elle exigea le mariage, j'y consentis ; et, nous trouvant
en tat de ne rien refuser  nos dsirs, nous loumes un superbe htel dans le
plus beau quartier de la ville ; les valets, les quipages, la bonne chre,
tout fut prodigu, et la meilleure compagnie s'honora bientt d'tre prsente
chez ma femme. Les Russes aiment le faste, l'opulence, le luxe, mais, se
rglant absolument sur nous, aussitt qu'un seigneur franais s'annonce avec
un peu de magnificence, tous s'empressent  le copier. Le ministre de
l'impratrice m'invita de lui-mme  me faire prsenter  sa souveraine ; et
me sentant n pour les grandes aventures, j'acceptai ses propositions.
     Catherine, toujours familire avec ceux qui lui plaisaient, me demanda
plusieurs particularits sur la France, et, satisfaite de mes rponses, elle
me permit de lui faire souvent ma cour. Deux ans se passrent ainsi, pendant
lesquels nous nous plongemes, Amlie et moi, dans tout ce que cette belle
ville pouvait offrir de volupts. Un billet m'instruisit,  la fin, des motifs
que l'impratrice avait eus, en tmoignant le dsir de me voir souvent. Elle
m'engageait, par cette missive,  me laisser conduire, ds que la nuit serait
venue, dans une de ses maisons de campagne situe  quelques lieues de la
ville. Amlie, que j'instruisis de cette bonne fortune, fit tout ce qu'elle
put pour m'en dtourner, et ne me vit partir qu'avec douleur.
     - J'ai pris, sur votre personne, me dit l'impratrice ds que nous fmes
seuls, toutes les informations qui pouvaient m'clairer. J'ai su votre
conduite en Sude, et, quoi qu'on en ait pu dire, je l'ai fort approuve.
Croyez, jeune Franais, que le parti des rois est toujours le meilleur : ceux
qui l'embrassent et lui restent fidles ne s'en repentiront jamais. Sous le
masque de la popularit, Gustave a voulu raffermir le despotisme sur son trne
; vous l'avez bien servi en dvoilant la conjuration qui troublait ses
desseins ; je vous en loue. Votre ge, votre physionomie, ce qu'on publie de
votre esprit, tout m'intresse  vous ; et je puis ajouter beaucoup  votre
fortune, si vous embrassez mes projets...
     - Madame, rpondis-je vritablement mu des attraits de cette superbe
femme, quoiqu'elle et dj quarante ans, le bonheur de plaire  Votre Majest
devient une assez grande rcompense aux services qu'elle me met  mme de lui
rendre, et je jure d'avance que ses ordres vont devenir  jamais les seuls
devoirs comme les seuls plaisirs de mon cur.
     Catherine me donna sa main, que je baisai avec transport ; un fichu
s'carte, et la plus belle gorge du monde parat  mes regards ; Catherine, en
la voilant, me parle de sa maigreur, comme si quelque chose au monde et t
plus dlicieux et plus frais que ce qu'on laissait drober  mes yeux. Lorsque
l'impratrice vit que je ne pouvais contenir mes loges, elle me permit
bientt de me convaincre que tous ses charmes rpondaient  l'chantillon que
je venais de surprendre. Que vous dirai-je, mes amis ? l'impratrice fut
enfile le mme jour ; et comme mon physique lui plut infiniment, je fus
promptement admis aux honneurs du lit de la princesse. Peu de femmes taient
aussi belles que Catherine ; on n'a ni de plus belles chairs, ni des formes
aussi bien moules ; et quand j'eus vu quelques chantillons de son
temprament, je ne m'tonnai plus de la multitude de mes prdcesseurs. Toutes
les jouissances furent dsires par Catherine, et vous croyez bien que je ne
lui en refusai aucune : son cul surtout, le plus beau cul que j'eusse vu de ma
vie, me combla des plus doux plaisirs.
     - Ces petite carts sont fort d'usage en Russie, me dit-elle, et je me
garde bien de les proscrire ; l'extrme population fait ici la richesse des
seigneurs, et, leur puissance entravant la mienne, je dois me servir de tous
les moyens qui peuvent l'affaiblir ; celui-l m'amuse, en me servant, car
j'aime le vice et ceux qui le professent : il est dans mes principes de le
propager. Il me serait facile de prouver  tous les souverains qu'ils
devraient se conduire de mme. Je suis enchante, Borchamps, de vous voir
fter mon derrire... (je le baisais pendant ce temps-l) et je vous dclare
qu'il est  votre service toutes les fois que vous voudrez le foutre...
     J'usai souvent de la permission. L'impratrice fut assez prudente pour ne
pas s'ouvrir davantage dans cette premire entrevue. Une seconde, huit jours
aprs, se passa de mme ; mais,  la troisime :
     - C'est maintenant, me dit Catherine, que je crois tre assez sre de
vous, pour vous associer  mes projets : avant de vous les rvler, pourtant,
j'exige un sacrifice de vous, et c'est  l'instant mme que je veux vous y
voir souscrire... Quelle est cette jolie Sudoise que tu trane aprs toi,
Borchamps ?
     - Elle est ma femme.
     - Que cela soit ou non, je ne veux pas qu'elle existe demain...
     - Le vit bandant que vous empoignez, princesse, rpondis-je, va signer
son arrt de mort dans votre cul...
     - Bien, me dit Catherine en se l'introduisant ; mais je suis cruelle ;
cette femme m'a inspir beaucoup de jalousie, et si je veux qu'elle endure un
supplice gal aux inquitudes qu'elle m'a donnes, je veux qu'elle soit demain
tenaille sous nos yeux, avec des fers brlants ; de quart d'heure en quart
d'heure, on interrompra ce supplice, pour la pendre en dtail, et pour la
rouer  demi ; mes bourreaux la foutront  chaque reprise, et je la ferai
couvrir de terre brlante, avant qu'elle n'ait rendu les derniers soupirs.
J'examinerai ta contenance pendant cette expdition : le secret te sera confi
si tu es courageux ; tu l'ignoreras si tu trembles.
     Quelque belle que ft Amlie, deux ans de jouissance avaient furieusement
calm mes dsirs ; trop de tendresse, trop d'amiti, et beaucoup moins de
cruaut dans l'esprit que je lui en avais suppos d'abord. Ce qu'elle m'avait
dit sur la manire dont elle voulait finir ses jours n'tait,  le bien
prendre, qu'un raffinement de dlicatesse ; mais il s'en fallait bien qu'elle
dsirt cette manire de terminer ses jours. Amlie n'avait pas, d'ailleurs,
toute la condescendance que j'exigeais d'une femme ; elle refusait de me
sucer, et, quant  son derrire, je veux bien croire qu'il avait eu de trs
grands charmes : mais celui d'une femme en a-t-il, quand on l'a foutu deux ans
? Tout fut donc promis  Catherine, qui s'amusa beaucoup de la possibilit de
satisfaire aussi bien le dsir que ma femme avait form sur son genre de mort
; et, ds le lendemain, elle lui fut prsente dans une des maisons de
l'impratrice, la plus mystrieuse et la plus loigne de la ville.
     On ne se figure pas les emportements de cette femme, accoutume  voir
tout cder devant elle. Elle traita la malheureuse Sudoise avec une duret,
une tyrannie impossible  croire : elle se fit rendre par elle les services
les plus bas ; elle s'en fit lcher et branler ; elle la soumit aux vexations
les plus dures, et, la livrant ensuite  ses bourreaux, le monstre lui fit
subir effectivement en dtail, sous ses yeux, tous les supplices dont elle
avait form le plan. Elle voulut que j'enculasse cette pauvre victime pendant
les intervalles ; elle porta le dlire au point d'exiger que je foutisse les
bourreaux, pendant qu'ils suppliciaient Amlie ; et, contente de me voir
bander pendant tout ce temps, elle se forma, de mon caractre, l'opinion
conforme  ses dsirs. Ma triste femme expira au bout de onze heures des plus
violentes angoisses. Catherine dchargea plus de vingt fois ; elle-mme aida
les bourreaux ; et je fus remis  huit jours, pour le dveloppement du grand
projet qui devait m'tre confi[7] .
     Jusqu'alors je n'avais t reu qu' la campagne de la souveraine ; cette
fois-ci, ce fut dans l'intrieur mme du palais d'hiver, situ dans l'Ile de
l'Amiraut, o l'on me fit l'honneur de m'admettre.
     - Ce que j'ai vu de vous, Borchamps, me dit l'impratrice, ne me laisse
plus douter de l'nergie de votre caractre. Revenu de tous les prjugs de
l'enfance, je vois quelle est maintenant votre manire de penser sur ce que
les sots appellent le crime ; mais, si ce mode est souvent utile aux simples
particuliers, combien de fois dans la vie ne devient-il pas indispensable aux
souverains ou  l'homme d'tat ! L'tre isol, pour assurer la base de son
bonheur dans le monde, n'a tout au plus besoin que d'un crime ou deux dans le
cours de son existence ; ceux qui s'opposent  ses dsirs sont en si petit
nombre qu'il lui faut trs peu d'armes pour les combattre. Mais nous,
Borchamps, entoure perptuellement ou de flatteurs qui n'ont d'autres
desseins que de nous tromper, ou d'ennemis puissants dont l'unique but est de
nous dtruire, dans combien de diffrentes circonstances ne sommes-nous pas
forcs d'employer le crime ? Un souverain jaloux de ses droits devrait ne
s'endormir que la verge  la main. Le clbre Pierre crut rendre un grand
service  la Russie en brisant les fers d'un peuple qui ne connaissait et ne
chrissait que son esclavage ; mais Pierre, plus occup de sa rputation que
du bonheur de ceux qui devaient un jour occuper son trne, ne sentit pas qu'il
fltrissait la couronne des souverains, sans rendre le peuple plus heureux. Et
qu'a-t-il gagn, dans le fait,  ce grand changement ? Que lui importe le plus
ou le moins d'tendue d'un tat dont il n'occupe que quelques toises ? que lui
font les arts et les sciences,  grands frais transporte sur un sol dont il
ne veut que la vgtation ? en quoi le flatte l'apparence d'une libert qui ne
rend ses fers que plus lourds ? Affirmons-le donc sans aucune crainte, Pierre
a perdu la Russie aussi certainement que celui qui la remettra sous le joug en
deviendra le librateur ; le Russe clair s'aperoit de ce qui lui manque, le
Russe assoupli ne verrait rien au del de ses besoins physiques. Or, dans
laquelle des deux situations l'homme est-il le plus fortun, est-ce dans celle
o le bandeau loin de ses yeux lui fait apercevoir toutes les privations, ou
dans celle o son ignorance ne lui en laisse souponner aucune ? Ces bases
tablies, osera-t-on nier que le despotisme le plus violent ne convienne mieux
au sujet, que la plus entire indpendance ? Et si vous m'accordez ce point,
que je crois impossible de refuser, me blmerez-vous de tout entreprendre pour
rtablir les choses en Russie, comme elles l'taient avant le malheureux
sicle de Pierre ? Bazilovitz rgna comme je veux rgner ; sa tyrannie me
servira de modle. Il s'amusait, dit-on,  assommer les prisonniers qu'il
faisait,  violer leurs femmes et leurs filles,  les mutiler de sa main, 
les dchirer et les brler ensuite ; il assassina son fils ; il punit une
insurrection dans Novogorod, en faisant jeter trois mille hommes dans la
Volga. Il tait le Nron de la Russie : eh bien ! j'en serai, moi, la Thodora
ou la Messaline ; aucune horreur ne me retiendra pour m'affermir sur le trne,
et la premire que je dois consommer est la destruction des jours de mon fils.
J'ai jet les yeux sur vous, Borchamps, pour l'accomplissement de ce forfait
politique. Celui que je choisirais dans ma nation pourrait tre attach  ce
prince et je n'aurais qu'un tratre au lieu d'un complice. Je me souviens des
plaintes lgitimes que j'eus  faire du Russe  qui je confiai le meurtre de
mon poux : je ne veux plus me trouver dans le mme cas. Il ne faut pas
absolument que ce soit un homme du pays qui soit charg de ces grands desseins
; un reste d'attachement fabuleux, qu'il croit devoir  un prince de sa
nation, le retient, et le crime se fait toujours mal lorsque les prjugs
captivent. Je n'ai point de telles craintes avec vous ; voil le poison dont
je veux que vous vous serviez... J'ai dit, Borchamps ; acceptez-vous ?
     - Madame, rpondis-je  cette femme vraiment doue du plus grand
caractre, quand je ne serais pas n avec le got du crime, quand le crime ne
serait pas l'lment de ma vie, celui que vous me proposez me flatterait, et
la seule ide d'arracher au monde un prince dbonnaire, pour y conserver la
tyrannie dont je suis un des plus zls partisans, cette seule ide, madame,
suffirait pour me faire accepter, avec joie, le projet dont vous me parlez :
comptez sur mon obissance.
     - Cette profonde rsignation t'enchane pour toujours  moi, me dit
Catherine en me serrant dans ses bras. Je veux, demain, enivrer tes sens de
toutes les dlices de la volupt ; je veux que tu me voies dans le plaisir ;
je veux t'y considrer moi-mme, et ce sera dans l'ivresse des plus piquantes
luxures, que tu recevras le poison qui doit trancher les jours abhorrs du
mprisable individu que j'ai d mettre au monde.
     Le rendez-vous fut  la maison de campagne o j'avais dj vu
l'impratrice. Elle me reut au soin d'un boudoir magique, dans lequel l'air
le plus chaud faisait  la fois clore les fleurs de toutes les saisons,
agrablement rparties dans les banquettes d'acajou qui rgnaient tout autour
de ce dlicieux cabinet. Des canaps  la turque, environne de glaces qui se
voyaient au-dessus, invitaient, par leur mollesse, aux plus voluptueuses
jouissances. Un rduit plus lugubre se voyait au del ; on y apercevait quatre
beaux garons de vingt ans, que des fers contenaient aux passions effrnes de
Catherine.
     - Ce que tu regardes l, me dit la princesse, est le bouquet de la
lubricit. Des plaisirs ordinaires vont commencer par chauffer nos sens ; ce
que tu vois compltera leur dlire. Des victimes de mon sexe te
plairaient-elles mieux ?
     - Peu m'importe, rpondis-je, je partagerai vos plaisirs, et sur quelque
individu que se commette le meurtre, il est toujours sr d'enflammer mes sens.
     - Ah ! Borchamps, il n'y a que cela de bon dans le monde : il est si doux
de contrarier la nature !
     - Mais le meurtre ne la contrarie point !
     - Je le sais ; mais il forme infraction aux lois, et rien ne m'chauffe
comme cette ide.
     - Qui serait au-dessus des lois, si ce n'tait ceux qui les font ? Votre
Majest a-t-elle joui de ces quatre beaux hommes ?
     - Seraient-ls dans mes fers sans cela ?
     - Savent-ils le sort qui les attend ?
     - Pas encore ; nous le leur dclarerons en nous en servant ; je
prononcerai leur arrt, pendant que ton vit sera dans leur cul.
     - Je voudrais que vous l'excutassiez alors...
     - Ah ! sclrat, je t'adore ! me dit Catherine.
     Et les objets de luxure, destins aux orgies que nous allions clbrer,
parurent  l'instant. C'taient six jeunes filles de quinze  seize ans, de la
plus rare beaut, et six hommes de cinq pieds dix pouces, dont les membres
pouvaient  peine s'empoigner.
     - Mets-toi bien en face de moi, me dit Catherine, et considre mes
plaisirs sans t'en mler ; branle-toi, si tu veux, mais ne me trouble pas. Je
vais jouir des dlices suprmes de m'offrir  tes yeux aussi putain qu'il soit
possible de l'tre ; ce cynisme me plat ; j'aime le scandale ; il m'chauffe
la tte.
     J'obis. Les jeunes filles dshabillent leur reine, l'accablent ensuite
des plus belles caresses. Trou suaient  la fois la bouche, le con et le cul
; les trois autres relayaient  l'instant celles-ci ; les premires
reprenaient ensuite, et cet exercice se faisait avec une incroyable rapidit ;
elles s'armrent de verges, et vinrent triller doucement Catherine, chacune
sur une partie diffrente du corps. Les hommes entouraient, et les filles
venaient de temps en temps baiser leurs bouches et branler leurs vits. Quand
tout le corps de l'impratrice fut rouge comme de l'carlate, elle se le fit
frotter avec de l'esprit-de-vin ; puis, s'asseyant sur le visage de l'une de
ses filles, qui eut ordre de lui gamahucher le trou du cul, elle en reut une
seconde  genoux entre ses jambes, qui lui suait le clitoris ; la troisime
lui suait la bouche ; la quatrime, les ttons ; et elle, en branlait une de
chaque main. Les six garons, alors, se groupant de mme, vinrent apporter la
tte de leurs vits sur toutes les portions des fesses de ces six femmes qu'ils
purent saisir. Je n'ai jamais rien vu de voluptueux comme ce groupe ; il cota
du foutre  Catherine ; je l'entendis soupirer et blasphmer en langue russe,
c'tait son usage.
     Une autre scne s'offrit. Chaque jeune fille fut branle par elle  Bon
tour ; mais elle ne leur gamahuchait que le trou du cul ; les hommes
chatouillaient le sien pendant ce temps-l. Ceci n'occupant  la fois que deux
sujets, les dix autres faisaient devant ses yeux ce qu'elle faisait elle-mme.
Tout varia bientt. Elle s'enfonce un vit dans le con, et, courbe sur celui
qui la fout de cette manire, elle prsente son cul  un autre, qui la
sodomise  tour de reins ; elle branle un vit de droite et de gauche sur les
fesses de deux jeunes filles ; on fouette celui qui l'encule, et tout ce qui
reste compose des groupes autour d'elle : les six hommes lui passrent ainsi
dans le con et dans le cul. Elle devient ensuite la maquerelle des six jeunes
filles ; elle leur place  la fois des vits dans les deux routes du plaisir,
suce les engins qui sortent de leur orifice, s'amuse  chatouiller le clitoris
de ces filles et  les baiser sur la bouche pendant ce temps-l ; elle se
couche sur le canap, et se fait passer tous les hommes sur le corps ; chacun,
en lui relevant les cuisses, devait l'enfiler  la fois par-devant et
par-derrire ; les jeunes filles, pendant ce temps-l, devaient tour  tour
s'accroupir sur son front, revenir baiser l'homme qui la foutait, et lui
pisser sur le visage : la coquine perdit encore beaucoup de foutre pendant
cette scne. Ce fut aprs qu'elle m'appela. J'tais au supplice : ceux de
Tantale n'galaient pas les miens, et c'est ce que dsirait la putain.
     - Bandes-tu ? me dit-elle ironiquement.
     - Regarde-le, garce, lui rpondis-je... et cette insolente rponse lui
fit le plus grand plaisir.
     - Eh bien ! me dit-elle en se retournant, voil mon cul, il est plein de
foutre, viens y joindre le tien...
     Et l'impudique sua le cul d'un homme, pendant que je la sodomisais. Tous
y passrent ; je maniai le derrire des filles en foutant, et mon sperme
partit malgr moi. Elle me dfendit de quitter son cul, puis ordonna aux
hommes de me foutre, pour me faire rebander ; les filles, par ses ordres, ou
me faisaient baiser leurs fesses, ou prsentaient  Catherine leurs clitoris 
sucer ; mon foutre, ainsi, coula trois fois de suite.
     - Faisons des cruauts maintenant, me dit la princesse ; je suis rendue,
il me faut des choses fortes. Tous les hommes alors prirent une fille sur
leurs reins, de manire que chaque groupe prsentait  la fois deux culs. Elle
s'arma d'un fouet semblable  celui dont les bourreaux se servent en Russie
pour donner le knout[8]  ; et de sa main royale, la gueuse trilla si bien tous
ces beaux derrires, que le sang ruissela dans la chambre ; je la fouettais
pendant ce temps-l, mais simplement avec des verges de bouleau, et je devais,
 chaque vingtaine, m'agenouiller devant elle, pour lui lcher le trou du cul.
     - Je vais, me dit-elle, martyriser tous ces individus-l bien autrement ;
je voudrais, quand j'en ai joui, les faire mourir dans les plus effrayants
supplices...
     Les hommes s'emparent des filles ; ils les contiennent dans le plus grand
cartement possible, et Catherine fustige  tour de bras toutes ces
malheureuses, dans le vagin ; elle en fit jaillir des flots de sang. Les
filles tinrent ensuite les hommes, que Catherine trilla fortement sur le vit
et les couilles.
     - Qu'ai-je besoin maintenant de tout cela ? disait-elle. Cela ne bande
plus, ces tripes ne sont plus bonnes que pour les vers ; jouis de tous ces
individus, Borchamps, me dit-elle, je te les abandonne, et vais t'observer 
mon tour.
     Par mes soins, les filles font rebander les hommes, et je suis encore
foutu deux fois de chacun ; je passe mon vit dans tous les culs, j'arrange
diffrents tableaux, et Catherine se branle en m'examinant.
     - En voil assez, me dit-elle, passons  des choses plus importantes.
     Les victimes entrrent ; mais quelle fut ma surprise, en voyant un de ces
jeunes hommes ressembler si parfaitement au fils de l'impratrice, que je crus
un moment que c'tait lui.
     - J'espre, me dit-elle en voyant ma surprise, que tu devines mes
desseins ?
     - Jugeant ta tte par la mienne, rpondis-je, je vois que c'est sur cet
individu que nous allons faire l'preuve du poison destin pour l'tre auquel
il ressemble.
     - Justement, me dit Catherine ; je serai prive du plaisir de voir les
angoisses de mon fils : celles de cet homme-ci m'en donneront l'image ; mon
illusion sera facile, je te dchargerai des torrents.
     - Dlicieuse tte ! m'criai-je, que n'es-tu la reine du monde, et que ne
suis-je ton premier ministre !
     - Assurment nous ferions beaucoup de mal, me dit l'impratrice, et les
victimes se multiplieraient furieusement nous nos coups...
     Avant que de rien entreprendre, Catherine se fit foutre par ces quatre
victimes, pendant que je les enculais, et que les douze autres sujets, ou nous
fouettaient, ou nous branlaient, en formant prs de nous les plus obscnes
tableaux.
     - Les six premiers hommes avec lesquels nous venons de foutre, me dit
l'impratrice, sont mes bourreaux ordinaires ; tu vas les voir en action sur
ces quatre victimes : est-il quelques-unes de ces femmes que ta lubricit
condamne ? Je t'en laisse le matre, dsigne-la sur-le-champ ; je vais
loigner le reste, afin que nous nous amusions tranquillement du supplice de
ces infortunes.
     Deux de ces charmantes cratures m'ayant extrmement chauff la tte, je
les dvouai  la mort, et nous ne restmes plus que quatorze : six bourreaux,
autant de victimes, l'impratrice et moi.
     La vivante image du fils de Catherine fut la premire victime qui parut
sur la scne. Je lui prsentai moi-mme la fatale boisson dont l'effet ne se
fit sentir qu'au bout d'une demi-heure, pendant laquelle nous ne cessmes,
l'un et l'autre, de jouir de ce garon ; les douleurs se dclarrent enfin,
elles furent pouvantables. Le malheureux creva sous nos yeux dix minutes
aprs les premires angoisses ; et Catherine ne cessa, de se faire enculer
pendant ce spectacle. Elle se fit ensuite lier tour  tour les autres hommes
sur le corps ; elle les bquetait, elle les branlait, pendant que les
bourreaux, au rang desquels la putain m'avait mis, dchiquetaient ces drles
sur elle : il n'y eut pas de tourments que nous ne leur fmes endurer. Les
deux filles que je demandai la permission d'excuter seul ne le cdrent en
rien, pour la rigueur des supplices,  ceux qu'avaient endurs les hommes ;
j'ose vous assurer mme que je l'emportai en raffinement sur les horreurs
ordonnes par l'impratrice. Je tapissai de camions[9]  l'intrieur du con de
l'une d'elles, et la foutis aprs ; chaque secousse de mon vit, en enfonant
ces pingles jusqu' la tte, faisait jeter les hants cris  cette
malheureuse, et Catherine convint qu'elle n'avait jamais rien invent de plus
dlicieux.
     Les cadavres disparurent, et je soupai en tte  tte avec Catherine ;
nous tions tous deux nus. Elle s'embrasa fortement pour moi, accabla ma
fermet d'loges, et me promit la plus brillante place de sa Cour, quand
j'aurais fait mourir son fils. Le poison me fut confi, je promis d'agir ds
le lendemain. Je foutis encore deux coups Catherine en cul, et nous nous
sparmes.
     J'avais, depuis longtemps, d'intimes frquentations avec le jeune prince
; Catherine,  dessein, les avait mnages ; elle avait mme dsir que je me
branlasse avec ce jeune homme, afin d'exciter sa luxure par les dtails que je
lui donnerais sur la personne de cet enfant proscrit par sa rage. Cela avait
eu lieu ; Catherine, cache, nous avait mme vus nous enculer un jour. Cette
liaison favorisa les moyens ncessaires  l'excution du projet. Il vint,
suivant son usage, djeuner sans crmonie, un matin, chez moi, et ce fut l
que le coup eut lieu. Mais, depuis bien longtemps en butte  de semblables
tentatives de la part de sa mre, jamais ce jeune prince ne mangeait en ville
sans avaler du contrepoison, sitt qu'il se sentait la plus lgre douleur
d'estomac. Aucun effet ne rsulta donc de notre perfidie ; et l'injuste
Catherine, souponnant sur-le-champ mon courage, m'accabla d'invectives, et me
fit arrter au sortir de son palais. Vous savez que la Sibrie est le sort de
tous les prisonniers d'tat de cette femme cruelle ; mes biens furent
confisqus, mes effets saisis, je fus conduit dans ce sjour d'horreur, et
condamn, comme les autres,  rapporter au commandant douze peaux de btes par
mois, fustig jusqu'au sang quand j'y manquais. Telle est la funeste cole o
je me suis fait, de ce supplice, une espce de besoin devenu si violent en
moi, qu'il faut absolument pour ma sant, que je me fasse fouetter tous les
jours[10] .
     On me donna, en arrivant, une hutte dont le propritaire venait de mourir
aprs quinze ans de dtention. Elle tait composs de trois chambres, avec des
treillis au mur, pour l'introduction de la lumire ; sa construction tait en
sapin, parquete d'os de poisson qui rendaient le plancher aussi luisant que
l'ivoire ; il y avait, au-dessus, un bouquet d'arbres assez pittoresques ; et
pour se mettre  l'abri de l'incursion des btes sauvages, on y avait creus
un foss palissad avec de forts poteaux et des pices de bois en travers ;
cette barricade tait arme de pointes qui formaient comme autant de lances,
et, lorsque les portes taient fermes, on y tait aussi en sret que dans
une place forte. Je trouvai la provision du dfunt, consistant en biscuit, en
renne sal, et en quelques bouteilles d'hydromel. Tel tait le triste rduit
o je venais, au retour de la chasse, pleurer l'injustice des princes et la
frocit de la fortune. Je passai prs de dix ans dans cette cruelle retraite,
n'ayant d'autre socit que quelques infortuns comme moi.
     Un d'eux, Hongrois de nation, homme sans murs comme sans principes, et
que l'on nommait Tergowitz, me parut le seul avec lequel mon caractre pt
sympathiser. Celui-l, du moins, raisonnait le crime ; les autres le
commettaient comme la bte fauve, dont ils partageaient l'affreuse habitation.
Tergowitz seul, au lieu d'adoucir le Dieu, cause apparente de ses malheurs, ne
s'occupait qu' l'invectiver... qu' le blasphmer chaque jour. Aucun remords,
quoiqu'il eut commis tous les crimes, n'approchait de son me de fer, et son
unique regret, dans l'tat o nous nous trouvions, consistait  devoir
touffer ses penchants malgr lui. Tergowitz approchait, comme moi, des six
lustres ; sa figure tait agrable, et le premier effet de notre confiance fut
de nous enculer tous deux.
     - Ce n'est pas, me dit le Hongrois aussitt que nous emes fini,
l'absence ou le besoin des femmes qui me porte  ce que je viens de faire,
c'est le got seul. J'idoltre les hommes et j'abhorre les femmes : il en
existerait des millions ici, que je n'en toucherais pas une.
     - Est-il, demandai-je  mon camarade, quelque autre individu, dans cette
misrable contre, que nous puissions associer  nos sodomites plaisirs ?
     - Oui, me dit Tergowitz ; non loin d'ici demeure un Polonais appel
Voldomir ; g de cinquante-six ans, l'un des plus beaux hommes que l'on
puisse voir... l'un des plus sodomites ; il y a dix-huit ans qu'il est dans
ces dserts ; il m'aime avec passion, et sera, j'en suis sr, bien aise de te
connatre. Runissons-nous, Borchamps, et sauvons-nous tous trois de ces
indignes contres.
     Nous fmes, ds le mme jour, trouver le Polonais. Il demeurait 
cinquante verstes de nous[11]  : on est voisin  cette distance, quand on habite
la Sibrie. Voldomir, exil pour des crimes horribles commis en Russie, me
parut effectivement un trs bel homme, mais d'une tonnante frocit ; son
abord tait dur, et la misanthropie paraissait empreinte sur chacun de ses
traits. Ce ne fut qu'aprs que Tergowitz l'eut prvenu sur ma personne, qu'il
m'envisagea d'un autre il. Ds que nous emes soup, nous nous mmes
machinalement tous trois la main  la culotte. Voldomir avait un superbe vit,
mais le cul le plus dur que j'eusse encore vu de mes jours.
     - Il ne rapporte jamais de peaux, me dit Tergowitz, afin d'tre fustig
tous les jours.
     - Il est bien certain, reprit le Polonais, que je ne connais pas un plus
grand plaisir dans le monde, et si vous voulez vous en escrimer, je vais vous
livrer mes fesses.
     Arms de verges, Tergowitz et moi, nous passmes une heure entire 
flageller le Polonais, sans qu'il et seulement l'air de le sentir. lectris
de la crmonie, le paillard saisit enfin mes fesses, et poussant son norme
vit sans le mouiller, je fus foutu dans un instant ; Tergowitz l'enculait
pendant ce temps-l ; et, malgr l'excessive rigueur du temps, comme il avait
beaucoup fum dans la hutte, nous nous enculions sur la neige. Ce prodigieux
engin me causa beaucoup de douleurs et le coquin me les vit ressentir sans
aucune piti. Au sortir de mon cul, il enfila celui de Tergowitz, et nous lima
tous deux ainsi, prs de deux heures, sans dcharger ; je l'enculais pendant
qu'il foutait mon camarade, et, moins blas que lui, je lui dchargeai dans le
derrire.
     - Je suis, nous dit le Polonais, quand il se fut retir, sans en venir 
son honneur, je suis malheureusement contraint  me priver de ou plaisirs, ou
 les goter seul, car  m'est impossible de m'y livrer sans rpandre des
flots de sang. Faute de pouvoir tuer des hommes, j'gorge des animaux et je me
barbouille de leur sang ; mais lorsque les passions sont un peu vives, ces
pis-aller sont bien cruels...
     - Ah ! dit Tergowitz en avouant nos gots  notre nouveau camarade, je
crois que nous pouvons bien convenir avec lui que nous ne nous en sommes pas
toujours tenus l...
     - Et o diable, dis-je  mes amis, pouvez-vous trouver des victimes ?
     - Parmi nos compagnons.
     Sans aucune piti pour la ressemblance de votre sort au leur ?
     - Qu'appelles-tu piti ? me dit le Polonais, ce sentiment qui glace les
dsirs peut-il s'admettre dans un cur de fer ? et quand un crime me dlecte,
puis-je tre arrt par de la piti, le plus plat, le plus bte, le plus
futile de tous les mouvements de l'me ? Apprends que jamais il ne fut connu
de la mienne, et que je mprise souverainement l'homme assez imbcile pour le
concevoir un instant. Le besoin de rpandre du sang, le plus imprieux de tous
les besoins, ne connat aucune espce d'entraves ; tel que tu me vois, j'ai
tu mon pre, ma mre, ma femme, mes enfants, et n'en ai jamais conu de
remords. Avec un peu de courage et point de prjugs, l'homme fait de son cur
et de sa conscience tout ce qu'il veut. L'habitude nous forme  tout, et rien
n'est aussi facile que d'adopter celle qui plat : il ne s'agit que de vaincre
les premires rpugnances, c'est l'ouvrage du temprament. Apprivoisez-vous
quelque temps, le vit  la main, avec l'ide qui vous effraie ; vous finirez
par la chrir : voil la mthode que j'ai suivie pour me familiariser avec
tous les crimes, je les dsirais, mais ils m'effarouchaient ; je me suis
branl sur eux, et j'ai fini par m'y plonger de sang-froid. La fausse ide que
nous concevons des autres est toujours ce qui nous arrte en matire de crime
; on nous accoutume ridiculement, ds notre enfance,  ne nous compter pour
rien, et les autres pour tout. De ce moment, toute lsion faite  ce
respectable prochain nous parait un grand mal, tandis qu'elle est dans la
nature, dont nous ne satisfaisons jamais mieux les lois qu'en nous prfrant
aux autres, et qu'en les tourmentant pour nous dlecter. S'il est vrai que
nous ressemblons  toutes les productions de la nature, si nous ne valons pas
mieux qu'elles, pourquoi persister  nous croire mus par des lois diffrentes
? Les plantes et les btes connaissent-elles la piti, les devoirs sociaux,
l'amour du prochain ? et voyons-nous, dans la nature, d'autre loi suprme que
celle de l'gosme ? Le grand malheur de tout cela, c'est que les lois
humaines ne sont que le fruit de l'ignorance ou du prjug ; celui qui les fit
ne consulta que sa btise, ses petites vues et ses intrts. Il ne faudrait
jamais que le lgislateur d'une nation ft n parmi elle ; avec ce vice, le
lgislateur ne transmettra chez ses compatriotes, pour uniques lois, que les
purilits qu'il a trouves tablies chez eux ; et jamais ses institutions
n'auront le caractre de grandeur qu'elles devraient avoir : or, quel respect
voulez-vous qu'un homme ait pour des lois qui contrarient tout ce que grave en
lui la nature ?
     - Embrasse-moi, mon ami, dis-je  ce charmant homme, entran par
l'enthousiasme o me mettait la ressemblance de ses sentiments aux miens ;
tout ce que tu viens d'tablir est depuis bien longtemps dans ma tte, et je
t'offre en mme temps une me pour le moins aussi cuirasse que la tienne...
     - Je ne suis pas tout  fait aussi avanc que vous, nous dit le Hongrois
: je n'ai jamais assassin que ma sur, ma nice, et quelques camarades ici,
avec Voldomir ; mais les doigts me dmangent, et je voudrais, de bien bon
cur, que l'occasion d'un crime s'offrit  moi tous les jours de ma vie.
     - Mes amis, dis-je  mes deux compagnons, des gens qui se ressemblent
aussi bien ne doivent jamais se sparer, et quand ils ont le malheur d'tre
prisonniers ensemble, ils doivent runir leurs forces pour briser les fers
dont l'injustice des hommes les accable.
     - Je m'engage, par le serment le plus sacr,  faire ce que dit notre
camarade, s'cria Voldomir.
     - Et moi de mme, dit Tergowitz.
     - Eh bien ! repris-je, marchons de ce moment vers les frontires de cet
indigne climat ; tchons de les franchir malgr les baonnettes dont elles
sont hrisses ; et qu'une fois libres, la vie et la fortune des autres
rparent amplement les pertes que nous a occasionn la cruaut perfide de la
putain qui nous enchane ici.
     Quelques bouteilles d'eau-de-vie cimentrent le serment. Nous allions
nous enculer encore tous les trois, pour le sceller de notre foutre, lorsqu'un
jeune garon de quinze ans vint prier Voldomir d'envoyer quelques peaux  son
pre, s'il en avait, et qu'elles lui seraient rendues sous peu de jours.
     - Quel est cet enfant ? dis-je  mes camarades.
     - Le fils d'un trs grand seigneur de Russie, rpondit Voldomir, exil
comme nous pour avoir dplu  Catherine ; il demeure  cent verstes d'ici...
Puis, me parlant  l'oreille : Puisque nous partons, me dit-il, et que nous
serons loin avant que son pre en soit instruit, nous allons, si tu veux, nous
en amuser...
     - Oui, pardieu, rpondis-je en attirant dj brusquement le jeune homme
vers moi, et rabattant sa culotte aux genoux ; il faut le foutre et le manger
aprs ; cette chair-l vaudra mieux que celle des martres et des fouines dont
nous faisons journellement ici notre chtive nourriture.
     J'encule le premier, pendant que mes camarades contiennent l'enfant ;
Tergowitz suit ; Voldomir,  cause de la grosseur de son vit, ne passe que le
troisime. Nous recommenons ; et quand nous sommes rassasis du bardache,
nous le mettons tout vivant  la broche et le mangeons avec dlices.
     - Qu'on a tort, dit le Polonais, de mpriser cette chair ! il n'en est
pas de plus dlicate et de meilleure au monde, et les sauvages ont bien raison
de la prfrer  tout.
     - Voil, dit Voldomir, encore une de vos absurdits europennes : aprs
avoir rig le meurtre en crime, vous vous tes bien garde de vous permettre
l'usage de cette viande ; et, par un orgueil intolrable, vous avez imagin
qu'il n'y avait aucun mal  tuer un cochon pour le manger, pendant que le plus
grand crime existerait  faire la mme opration sur un homme. Tels sont les
sinistres effets de cette civilisation que j'abhorre, et qui me fait regarder
mes semblables comme une classe de fous dont l'espce est bien mprisable.
     Notre excellent repas fait, nous couchmes tous les trois chez le
Polonais, et, ds la pointe du jour, arms jusqu'aux dents, tous les trois,
nous partmes, avec la ferme rsolution de n'exercer aucun autre genre de vie
que celui de brigands et de meurtriers, de ne sacrifier qu' l'gosme et qu'
nos plus chers intrts.
     Incertains de la route que nous prendrions, notre premier projet fut de
gagner les frontires de la Chine, afin d'viter la Moscovie, et toutes les
autres provinces limitrophes de la dpendance de l'impratrice, aux barrires
desquelles nous tions presque srs d'tre arrts. Mais, effrays de la
longueur de cette route, nous gagnmes, par les dserts, les bords de la mer
Caspienne, et nous nous trouvmes dans Astrakhan, au bout de quelques mois,
sans que qui que ce ft et mis le plus lger obstacle  notre vasion.
     Nous gagnmes, de l, Tiflis, tuant, pillant, foutant, ravageant tout ce
qui se trouvait sur notre passage, et n'arrivmes dans cette ville que
couverte de sang et de rapines. Nous dsirions, depuis longtemps nanmoins,
quelques lieux polics et tranquilles, o des dsirs moins tumultueux pussent
se satisfaire d'une faon plus luxurieuse, plus agrable, et plus commode en
mme temps. Le libertinage, la beaut des habitants de la Gorgie,
paraissaient nous promettre,  cet gard, tout ce que nous pouvions dsirer.
     Tiflis cet situ au bas d'une montagne, sur le bord du fleuve Kur, qui
traverse la Gorgie ; il renferme d'assez beaux palais. Ayant dvalis
suffisamment de voyageurs dans notre route, pour possder  peu prs deux ou
trois mille roubles chacun, nous nous logemes d'abord avec assez de
magnificence. Nous achetmes de belles fines pour nous servir ; mais le
Polonais, qui ne voulait pas mme que le sexe approcht de lui, prit un
superbe Gorgien escort de deux jeunes esclaves grecs, et nous nous
dlassmes un peu des rigueurs de la longue et fastidieuse route que nous
venions de faire. Le principal commerce de Tiflis est celui des femmes : on
les vend l publiquement pour les srails d'Asie et de Constantinople, comme
les bufs dans un march ; chacun a le droit d'aller les examiner et les
manier dans les hangars, o on les expose presque au sortir de nourrice
jusqu' l'ge de quinze ou seize ans. Il n'y a rien de beau dans le monde
comme les cratures de ce pays ; rien d'lgant comme leurs formes, rien
d'agrable comme leurs traits : il est difficile de voir une runion plus
complte de grces et de beauts. Mais si l'on ne peut les voir sans les
dsirer, il est rare de les dsirer sans les avoir : il n'est point de pays au
monde o le putanisme soit aussi prononc.
     Les Gorgiens vivent dans la dpendance. La tyrannie que leurs nobles
exercent sur eux n'est pas douce ; et, comme ceux-ci sont fort libertins, vous
imaginez facilement que leur despotisme porte infiniment sur ce qui tient  la
luxure : ils vexent leurs esclaves, ils les fouettent, ils les battent, et
tout cela dans l'esprit de la lubricit cruelle dont vous savez que les effets
portent  toutes sortes de crimes. Mais quelle contradiction ! cette noblesse
qui traite ses vassaux en esclaves, le devient elle-mme du prince, pour en
obtenir des emplois ou de l'argent ; et, pour mieux russir, elle lui
prostitue, ds le plus bas ge, ses enfants de l'un et l'autre sexe.
     Tergowitz, naturellement adroit et sducteur, trouva bientt le secret de
s'introduire et de nous loger avec lui chez un des plus grands seigneurs de ce
pays, possdant, avec d'assez grandes richesses, trois filles et trois garons
de la plus excellente beaut. Comme ce seigneur avait voyag, Tergowitz lui
persuada l'avoir vu en Russie, en Sude, en Danemark, et le bon gentilhomme
crut tout. Il y avait bien longtemps que nous n'avions reu autant de
politesses, et plus longtemps sans doute encore qu'aucun bienfaiteur ne
s'tait trouv rcompens comme nous ddommagemes celui-l. Nous commenmes
par sduire  la fois tous ses enfants : en quinze jours, filles et garons,
tout fut foutu de toutes les manires. Lorsque Voldomir nous demanda par o
nous voulions finir chez ce brave homme, puisqu'il n'y avait plus rien 
foutre...
     - Par le voler, rpondis-je. Je me flatte que son or vaut bien le con et
le cul de ses enfants.
     - Et quand il sera vol ? dit Tergowitz.
     - Eh bien ! rpondis-je, nous tuerons. Il n'y a pas l beaucoup de
domestiques ; nous sommes assez forts pour nous bien amuser de tout cela, et
je sens d'avance mon vit frtiller  l'ide du meurtre de ses beaux enfants.
     - Mais l'hospitalit, mes amis ! dit Voldomir.
     - Cette vertu, rpondis-je, consiste dans l'obligation de faire du bien 
ceux de qui nous avons reu des bienfaits. Cet animal-ci ne nous a-t-il pas
dit cent fois qu'en sa qualit de bon chrtien[12] , il tait sr d'aller en
paradis tout droit ? Cette hypothse admise, n'y sera-t-il pas mille fois plus
heureux que sur terre ?
     - Assurment.
     - Il faut donc le contenter ! m'criai-je.
     - Oui, dit Voldomir ; mais je ne consens  toutes ces morts, qu'
condition qu'elles seront affreuses. Il y a longtemps que nous ne volons et ne
tuons que par besoin : il faut le faire ici par mchancet, par got ; il faut
que le monde frmisse en apprenant le crime que nous avons commis... il faut
contraindre les hommes  rougir d'tre de la mme espce que nous. J'exige de
plus qu'un monument soit lev, qui constate ce crime  l'univers, et que nos
noms soient imprims sur ce monument par nos mains mmes.
     - Eh bien ! parle ; nous consentons  tout ; qu'exiges-tu, sclrat ?
     - Il faut que lui-mme fasse rtir ses enfants, qu'il les mange avec nous
; que nous l'enculions pendant ce temps-l ; lui coudre ensuite les restes de
ce repas autour du corps, et l'attacher dans sa cave, o nous le laisserons
mourir ainsi quand il voudra.
     le complot s'accepte  l'unanimit ; mais, malheureusement, notre projet,
discut sans aucune prcaution, fut entendu de la plus jeune des filles du
patron, dj soumise  nos dsirs, et si prodigieusement maltraite, qu'elle
en boitait. Voldomir, de son vit norme, lui avait crev l'anus, et ce
n'tait, depuis quelques jours, qu' force de petits prsents que nous la
calmions. Trop effraye de ce qu'elle venait d'entendre, il n'y eut plus moyen
de la contenir, et la garce fut tout rvler. Le pre ne fut pas plus tt
instruit, que son premier soin fut d'tablir une garnison chez lui,  laquelle
la police de cette ville ordonna de nous observer. Mais le dieu qui protge le
crime lui soumet toujours la vertu : il y a longtemps que cela est prouv.
     Les quatre soldats que le gentilhomme conduisait avec lui, et qu'il
devait tablir dans la maison sans nous en dire le motif, furent aussitt
reconnus par nous pour des camarades de Sibrie chapps comme nous aux fers
de Catherine, qui, comme vous croyez bien, prfrrent notre cause  celle du
chrtien de Gorgie ; et ce ne furent bientt que des ennemis de plus que le
pauvre homme tablissait chez lui. La proposition de partager le butin, et de
jouir des six enfants, recra tellement le renfort, que nous nous mimes
sur-le-champ  l'ouvrage. Nous limes le pauvre seigneur  un pilier de son
salon, et l, nous le rgalmes d'abord de cinq cents coups de fouet bien
applique sur toutes les parties de son derrire, ensuite du plaisir de voir
foutre ses six enfants devant lui. Ds qu'ils le furent, nous les attachmes
autour de lui, et fustigemes ces six culs jusqu' ce que le sang inondt la
chambre ; nous les fmes ensuite coucher  terre sur le dos, et, relevant
leurs jambes en l'air, nous les corchions  coups de martinet sur toutes les
parties antrieures. Nous voulmes ensuite obliger le pre  jouir lui-mme de
tous ses enfants ; mais comme il devint, malgr nos efforts, impossible de le
faire bander, nous le chtrmes, et fmes avaler par force son vit et ses
couilles  sa progniture ; nous coupmes ensuite les ttons de ses filles, et
le contraignmes  son tour d'avaler les chairs qu'il avait lui-mme cres,
toutes palpitantes encore.
     Nous allions poursuivre, lorsque la discorde vint malheureusement secouer
ses flambeaux sur nous. Il y avait parmi les quatre soldats, un jeune Russe
beau comme le jour, et qui faisait bander Voldomir presque aussi roide que
moi. Je ne quittais pas la culotte du jeune soldat, duquel deux ou trois fois
de suite mon camarade me chicana la possession. J'tais  la fin dans son cul,
lorsque j'aperus Voldomir s'approcher de moi le poignard  la main ; je me
saisis  l'instant de ma dague, et, sans quitter le cul du soldat dans lequel
mon foutre allait s'lancer, j'atteins Voldomir au flanc gauche et le fais
tomber dans les flots de son sang.
     - Foutre ! dit Tergowitz, qui sodomisait un des autres soldats, voil ce
qu'on appelle une vigoureuse action. Faut-il l'avouer, Borchamps, je ne suis
point fch que tu nous aies dfait de ce bougre-l : crois que bientt son
despotisme nous et sacrifis nous-mmes...
     J'achve mon coup, je dcharge : jamais un meurtre n'arrta le foutre, au
contraire. Puis, allumant ma pipe :
     - Va, mon ami, dis-je  Tergowitz, je n'aurais jamais trait notre
camarade de cette manire, si, depuis bien longtemps, je n'eusse pas reconnu
dans lui tous les vices destructeurs d'une socit telle que la ntre.
Jurons-nous maintenant une ternelle fidlit tous deux, et nous saurons bien
nous passer de lui.
     Nous terminmes notre opration. Tout ce que nous avions projet
s'excuta. Les richesses que nous emportmes furent considrables ; les
soldats, bien pays, nous quittrent contents ; mais je ne voulus jamais me
sparer du mien : Carle-Son consentit  me suivre. Deux mulets portrent notre
bagage ; trois bons chevaux nous montrent, et nous gagnmes ainsi
Constantinople, en ctoyant la mer Noire.
     Carle-Son, nanmoins, n'tait avec nous que sur le pied de valet ; quel
que ft mon amour pour lui, je sentais bien qu'une douzaine de dcharges dans
son beau cul apaiseraient cette passion, et je ne voulus pas, en l'levant 
nous, armer peut-tre un rival dangereux.
     Quelques voyageurs dvaliss, quelques viols, quelques meurtres, tous
procds faciles dans un pays o il n'y a ni justice, ni sret, c'est  peu
prs o se bornrent nos aventures dans cette traverse, et nous arrivmes
dans la capitale du Grand Seigneur, avec autant de facilit que si nous
n'eussions pas mrit cent fois de n'y paratre qu'au gibet.
     Les trangers ne logent point dans Constantinople : ils s'tablissent au
faubourg de Pera. Nous y fmes, avec l'unique projet de ne prendre que
quelques jours de repos,  dessein de continuer ensuite un mtier qui nous
russissait assez bien pour nous mettre, Tergowitz et moi, en possession de
deux cent mille francs chacun.
     Cependant, de concert avec mon camarade, j'crivis  ma sur de me faire
passer des fonds et des lettres de recommandation pour Constantinople et pour
l'Italie, o nous comptions passer en quittant les tats du Grand Seigneur, et
je reus, au bout de deux mois, tout ce que je pouvais dsirer et sur l'un et
sur l'autre objet. M'tant introduit ds lors chez le banquier o j'tais
adress dans Constantinople, je devins bientt l'admirateur d'une jeune fille
de seize ans, que ce banquier chrissait et levait comme la sienne,
quoiqu'elle ne ft qu'adoptive. Philogone tait blonde, l'air de la candeur et
de la navet, les plus beaux yeux possibles, et l'ensemble, en un mot, le
plus sduisant et le plus agrable. Mais il arriva ici quelque chose de fort
extraordinaire. Par un de ces caprices bizarres, et qui n'est fait pour tre
connu que des vrais libertins,  quelque point que Philogone ft aimable,
quelques sentiments violents qu'elle dt inspirer, je ne fus vraiment mu, en
la voyant, que de l'extrme dsir de la faire foutre  Tergowitz ; je ne
bandais que pour cela ; je ne me branlais que sur cette ide. J'avais men le
Hongrois chez Calni, protecteur de Philogone, et lui avais sur-le-champ fait
part d'un dessein qui paraissait lui plaire infiniment.
     - Je ne vais travailler que pour toi, lui dis-je,  mon ami !
     - Il faudrait, ce me semble, rpondit Tergowitz, lever un peu plus nos
vues. Ce banquier est, dit-on, l'un des plus riches de Constantinople : tout
en travaillant la protge, ne pourrions-nous pas voler le patron ? Il me
semble que ses trsors nous feraient voyager en Italie avec beaucoup plus
d'agrment.
     - Ce projet, dis-je  mon ami, n'est pas d'une excution bien facile ;
nous ne sommes pu les plus forts ici, et je ne vois que la ruse qui puisse
nous amener o tu dis. Commenons, dans ce cas, par semer cent mille cus,
pour recueillir au moins deux millions : me dsapprouves-tu ?
     - Non.
     - Eh bien ! laisse-moi faire.
     Je commenai par louer une maison de campagne superbe, mais isole, et le
plus loin possible de la ville ; ds qu'elle fut garnie de nombreux
domestiques et d'un magnifique mobilier, j'y donnai des ftes somptueuses, o
vous croyez bien que Philogone et Calni n'taient point oublis. Tergowitz
passait pour mon frre ; je favorisais ses dmarches, et les appuyais par des
projets d'alliance que je laissais lgrement entrevoir ; on commenait 
m'couter sans peine. Une seule chose contrariait mes dsirs : cette
malheureuse fille, contre laquelle je machinais intrieurement les plus
grandes horreurs, ne s'avisait-elle pas de m'aimer ? Ds que je lui eus parl
de mon frre :
     - Un tel projet me flatte assurment, monsieur, me dit-elle, mais mon
protecteur laissant mon choix libre, j'ose vous assurer avec franchise que
j'eusse mieux aim que vos propositions ne regardassent que vous.
     - Belle Philogone, rpondis-je, cet aveu flatte infiniment mon
amour-propre ; mais je dois vous rpondre avec la mme candeur. De nombreux
penchants, dont je ne suis pas le matre, m'loignent absolument des femmes ;
et l'obligation o vous seriez, en devenant la mienne, de singer le sexe que
je prfre, ne vous rendrait pas aussi heureuse que vous mritez de l'tre.
     Comme je vis que Philogone ne m'entendait pas, je mis infiniment de
libertinage  lui expliquer que l'autel o les femmes sacrifiaient  l'amour
n'tait nullement celui que je ftais ; et, cette dmonstration exigea des
dtails qui me valurent l'examen et l'attouchement complet des charmes de
cette belle fille, livre tout entire  moi avec la candeur et l'innocence de
son ge. Dieux ! que d'attraits ! que de fracheur ! que de grces ! et
surtout quel cul dlicieux ! Lorsqu'en entr'ouvrant l'orifice, je fus oblig,
pour suivre ma dmonstration, de dire  Philogone que c'tait l le temple o
j'offrais mon hommage :
     - Que m'importe ! me rpondit cette charmante crature ; oh ! Borchamps,
j'ignore tout cela ; mais tout mon corps ne serait-il pas  vous, quand vous
avez si bien le cur ?
     - Eh ! non, non, sirne, lui dis-je en maniant son beau derrire, non, tu
as beau faire... tu as beau m'adorer, je ne m'attendrirai point sur ton sort ;
ce sont des plaisirs d'un bien autre genre que ceux de la dlicatesse qui me
font bander avec toi ; et l'amour n'a pas plus d'accs sur mon cur, que
toutes les autres vertus de l'homme. Puis, rabaissant ses jupes : Non,
Philogone, non, dis-je, je ne puis vous pouser ; mon frre est fait pour
votre bonheur, et il le fera.
     Un an se passa de cette manire, pendant lequel la confiance s'tablit.
Je ne perdais pas mon temps pour cela : les plus belles Juives, les plus
jolies Grecques, et les plus beaux garons de Constantinople me passaient par
les mains, et, pour me ddommager de la longue abstinence o j'avais t
forc, je vis plus de trois mille individus de l'un et l'autre sexe, pendant
cette anne. Pour mille sequins, un Juif, accoutum  vendre des bijoux aux
sultanes d'Achmet, m'introduisit au srail avec lui ; et j'eus, au pril de ma
vie, la voluptueuse jouissance de six de ses plus belles femmes. Toutes
avaient l'habitude de la sodomie, et ce fut d'elles-mmes qu'elles me
proposrent une route qui les prservait des grossesses. Rarement l'empereur,
qui les mle toujours avec ses icoglans, les voyait d'une autre manire ;
elles font usage alors d'une espce d'essence qui rend cette partie tellement
troite, qu'on ne peut les enculer qu'en les dchirant. Mes vux se portrent
plus loin, je dsirai vivement de foutre ces fameux icoglans, dans le cul
desquels le Grand Seigneur oublie si facilement les femmes ; mais ceux qu'il
destine  cela sont bien plus renferms que les sultanes ; il est impossible
d'aller jusqu' eux. On m'assura que je perdrais beaucoup, et que rien au
monde n'tait si joli. Achmet en avait de douze ans, surpassant en beaut tout
ce qu'il est possible de trouver de plus dlicieux au monde. Je m'informai de
ses gots.
     - Voil, me dit une de ses femmes, quelle est sa passion favorite. Douze
sultanes, lies trs troitement les unes aux autres, et n'offrant que leurs
fesses, forment un cercle dans le milieu duquel il s'tablit avec quatre
icoglans. Au signal qu'il donne, il faut que ces femmes, sous peine de mort,
chient toutes  la fois dans des vases de porcelaine, placs  ce dessein sous
elles : il n'y a point de grce pour la dlinquante. Il ne s'coule point de
lune qu'il n'en prisse sept ou huit, en raison de ce crime ; et c'est lui qui
les excute secrtement, sans qu'on sache de quelle manire il les fait prir.
Ds qu'elles ont chi, un icoglan vient relever les vases et les prsente  Sa
Hautesse, qui les respire, y frotte son vit, et s'en barbouille ; la tourne
faite, un icoglan l'encule, pendant qu'un autre lui suce le vit ; le troisime
et le quatrime lui font branler leurs vits. Au bout d'un instant, toujours au
milieu du cercle, les quatre gitons, tour  tour, lui chient dans la bouche,
et il avale. Alors le cercle se rompt ; il faut que toutes les femmes viennent
sucer sa langue ; il leur pince ou la gorge ou les fesses pendant ce temps-l
;  mesure qu'une femme le quitte, elle va se placer de file sur un long
canap ; ds que toutes y sont, les icoglans, arms de verges, vont en
fouetter chacun trois ; ds qu'elles sont en sang, il les parcourt, suce les
marques et lche le trou de leurs culs encore imprgns de merde. Cela fait,
il reprend les bardaches, et les encule tour  tour ; mais il ne fait l que
se mettre en train. Les femmes, ds qu'il a fait, saisissent les jeunes gens
et les lui offrent ; il les fouette l'un aprs l'autre, et, pendant ce temps,
tout ce qui n'est pas occup s'arrange autour de lui pour lui composer, avec
un art incroyable, et sans qu'il dise un mot, les attitudes les plus obscnes
et les plus varies. Quand les quatre enfants sont fouetts, on les lui
prsente, il les encule encore ; mais au moment o il est prs de dcharger,
il se retire avec fureur, se jette sur une des femmes qui, pour lors,
l'entourent en silence et le visage tourn vers lui ; il en saisit une, et la
rosse jusqu' ce qu'elle tombe anantie ; il refout un second bardache, qu'il
quitte pour la mme opration ; mme crmonie aux deux autres ; et c'est en
rossant la dernire femme, qui trs souvent en crve, que son foutre s'lance
de lui-mme, et sans qu'on ait la peine de le toucher. Les quatre femmes,
rosses, le sont trs souvent au point de n'en pas revenir, et si elles n'en
meurent pas, elles en sont au moins plusieurs mois dans leurs lits. C'est
communment sur le sein et sur la tte qu'il les frappe avec le plus de force,
et elles seraient trangles sur-le-champ si elles opposaient la moindre
rsistance.
     - Voil, dis-je  celle des sultanes qui me racontait cela, une passion
fort extraordinaire, sans doute, et que j'adopterais bien srement, si j'tais
aussi riche que votre matre.
     - Quelquefois aussi, l'empereur les voit seules, et c'est alors qu'il les
encule ; mais cette grande faveur n'est jamais accorde qu' celles qui sont
extrmement jolies, et dont l'ge n'est pas au-dessus de huit ans.
     Mes projets sur la belle Philogone tant enfin au point de s'accomplir,
moyennant quelques sequins, je fis mettre le feu  la maison de son
protecteur. Vous imaginez bien que, dans cette circonstance, le premier soin
de Calni fut de se retirer dans ma maison de campagne avec Philogone, suivi de
ses richesses et de quelques valets affids : ce dernier sujet m'inquitait,
nous ne l'eussions voulu que seul avec sa protgs. Je trouvai bientt le
moyen de lui persuader qu'il tait essentiel de renvoyer, aux dbris de sa
maison toute cette valetaille, qui serait assurment plus utile l que chez
moi, o je ne le laisserais manquer de rien. Calni, au dsespoir, fit ce que
je voulus. Les caisses taient dj dans notre maison, et le travail des
bureaux allait mme s'y faire, lorsque nous nous apermes qu'il n'y avait pas
un moment  perdre.
     - Patron, lui dis-je, en entrant un matin chez lui, un pistolet  la
main, pendant que Tergowitz faisait le guet dans la maison, et que mon ami
Carle-Son contenait Philogone et le seul valet qu'il et gard, cher et fal
patron, tu t'es rudement tromp si tu as cru que je te donnasse l'hospitalit
pour rien ; prends cong de ce monde, mon ami ; il y a assez longtemps que tu
jouis de tes richesses, il est juste qu'elles passent  d'autres...
     Et, lchant mon coup en prononant ces derniers mots, j'envoyai le
banquier acquitter les lettres de change qui pouvaient tre chues en enfer.
Carle-Son, de son ct, jetait dj par la fentre le valet qu'il avait tu,
et nous limes tous deux la demoiselle, qui jetait les cris du monde les plus
touchants. Appelant alors Tergowitz :
     - Mon ami, lui dis-je, voici l'instant : souviens-toi du prix que j'ai
mis  cette scne, et fouts, dans la minute, cette jolie fille-l, sous mes
yeux, pendant que je t'enculerai, et que Carle-Son m'en fera autant.
     Tergowitz, qui ne demandait pas mieux, met promptement la donzelle nue ;
et le plus beau corps du monde se trouve aussitt sous nos mains. Dieux !
quelles fesses ! je n'en avais jamais vues, je le rpte, de plus belles et de
mieux coupes : je ne pus m'empcher de leur rendre un culte. Mais quand la
tte s'chauffe pour un genre de libertinage, le diable ne la dmonterait
point : je ne voulais pas de Philogone, je n'tais tent que du cul de celui
qui la foutrait. Tergowitz enconne, j'encule Tergowitz, Carle-Son me fout, et,
au bout d'une assez longue course, nous dchargeons tous trois, tous en mme
temps.
     - Tourne-la donc, sacredieu ! dis-je  mon ami, ne vois-tu pas qu'elle a
le plus beau cul du monde ? Carle-Son l'enconnera, et je vous foutrai tous
deux.
     L'acte se consomme, malgr les cris et les larmes de la belle orpheline ;
et, dans moins de deux heures, il n'est pas un temple  Cythre dont nous ne
lui apprenions le chemin. Mes amis taient dans l'ivresse, Tergowitz
principalement ; moi seul n'tais nullement tent de cette belle fille, ou si
elle m'inspirait quelques dsirs, ils taient tellement froces et dissolus,
que j'eusse  l'instant priv mes camarades d'elle, si je me fusse satisfait.
Jamais la perversit de mes gots ne s'tait exprime, contre qui que ce ft,
aussi fortement qu'elle se prononait contre cette fille ; il me semblait
qu'il ne pouvait exister de supplices assez violents pour elle, et tous ceux
que mon imagination me suggrait me paraissaient toujours trop doux et trop
mdiocres. Ma fureur tait au point qu'elle se lisait dans mes regards ; je ne
pouvais plus envisager cette crature qu'avec dpit ou qu'avec rage. Qui
diable m'inspirait de tels sentiments ? Je l'ignore ; mais je les peins comme
je les sentais.
     - Partons, dis-je  mes amis ; il ne s'agit pas seulement de s'occuper de
plaisirs ; il faut, lorsque l'on est prudent, penser encore  sa sret. Une
felouque, charge de nos richesses, nous attend  la pointe du port ; je l'ai
frte jusqu' Naples. Ne perdons point de temps ; aprs les gentilles o nous
venons de nous livrer, je crois trs prudent de changer de climat... Et cette
fille, qu'en ferons-nous ? dis-je  Tergowitz.
     - Nous l'emmenons, j'espre, me dit le Hongrois d'un air assez mutin.
     - Ah ! ah ! mon camarade, de l'amour !
     - Non, mais puisque nous avons tant fait d'acheter cette fille au prix du
sang de son protecteur, il vaut autant la conserver.
     Et, ne jugeant pas  propos de rien dire dans la circonstance qui,
capable de nous diviser, pt par consquent nous perdre, j'eus l'air d'adopter
l'avis de Tergowitz, et nous partmes.
     Carle-Son s'aperut bientt que je n'avais mis que de la complaisance
dans le procd qui me faisait consentir  l'enlvement de Philogone. Il m'en
parla. Je crus n'avoir rien  dguiser avec lui, et, ds le second jour, nous
convnmes de nous dfaire  l'amiable de ces deux tourtereaux, et que je
resterais seul le matre des richesses. Je prvins le patron du btiment ;
quelques sequins me le gagnrent.
     - Faites ce que vous voudrez, me dit-il, mais mfiez-vous pourtant des
yeux de cette femme que vous voyez l dans un coin ; elle croit vous
connatre, et il est inutile, si cela est, de se faire observer par elle.
     - Sois tranquille, rpondis-je, nous prendrons bien notre moment...
     Puis jetant involontairement les yeux sur la crature que le patron
disait tre de ma connaissance, je demeurai convaincu qu'il se trompait, ne
voyant, dans ce triste individu, qu'une femme d'environ quarante ans, occupe
 servir les matelots, et dont la langueur et la misre altraient totalement
les traite. Je cessai donc d'y prendre garde et, revenant  notre projet, ds
que les flots de la mer furent envelopps des voiles de la nuit, Carle-Son et
moi saismes mon camarade au fort de son sommeil, et le laissmes doucement
couler dans la mer. Philogone, rveille, frmit, mais en m'assurant nanmoins
que si elle regrette peu le Hongrois, c'est parce qu'elle n'aime que moi dans
le monde.
     - Chre et triste enfant, rpondis-je, tu n'es gure paye de retour : je
ne puis souffiir les femmes, mon ange, je te l'ai dit... Puis, dculottant
Carle-Son  ses yeux : Tiens, poursuivis-le, voil comme sont faits les
individus qui ont des droits  mes faveurs.
     Philogone rougit, et verse quelques larmes.
     - Et comment donc, continuai-je, pourrais-tu m'aimer, aprs le crime que
tu m'as vu commettre ?
     - Ce crime est affreux sans doute, mais est-on matresse de son cur ? Oh
! monsieur vous m'assassineriez moi-mme... je vous aimerais encore.
     Et, sur cela, la conversation s'engagea. La vieille femme s'tait
rapproche de nous sans affectation ; et, sans avoir l'air de nous entendre,
elle ne perdait rien de ce que nous disions.
     - Que faisiez-vous donc chez Calni ? demandai-je  Philogone. Cette
protection me semble intresse ; il y avait de l'amour dans tout cela ? Quand
on ne tient point par le lien du sang  une jeune fille comme vous, il est
rare qu'on la protge sans avoir le dessein d'en jouir.
     - Le plus pur intrt, monsieur, me rpondit Philogone, guidait les
sentiments de Calni... ils furent toujours honntes, comme son cur. Mon
protecteur, en voyageant, monsieur, trouva, il y a seize ans, dans une auberge
de Sude, une jeune personne abandonne qu'il fit transporter  Stockholm o
l'appelaient ses affaires. Cette jeune personne tait grosse ; mon protecteur
ne la quitta point ; elle me mit au monde. Calni, voyant ma mre hors d'tat
de m'lever, me demanda  elle et m'obtint. N'ayant point eu d'enfants de sa
femme, tous deux prirent de moi les plus tendres soins.
     - Et que devint votre mre ? demandai-je ici, avec une espce de
pressentiment dont je ne fus pas le matre.
     - Je l'ignore, me rpondit Philogone : nous la laissmes en Sude,
seulement aide de quelques secours accords par Calni...
     - Et qui ne la conduisirent pas loin, dit ici la vieille femme. Et se
jetant  nos genoux :  Philogone ! reconnais celle qui t'a donn le jour ; et
vous, Borchamps, jetez encore un il de piti sur la malheureuse Clotilde
Tilson, que vous sduistes  Londres, aprs avoir sacrifi sa famille, et que
vous laisstes grosse de cette pauvre enfant, dans une auberge de Sude, o
une femme, qui se disait la vtre, eut la barbarie de vous enlever  moi.
     - Foutre ! dis-je  Carle-Son, fort peu touch de cette reconnaissance,
te serais-tu dout, mon ami, qu'un mme instant me rendt  la fois une pouse
charmante, comme tu vois, et une trs jolie fille ? Eh bien ! tu ne pleures
pas ?
     - Non, sacredieu ! me rpondit Carle-Son ; je bande, au contraire, et je
vois dans cette aventure les plus charmants dtails  excuter.
     - Je les sens comme toi, rpondis-je tout bas ; laisse-moi faire : tu vas
bientt reconnatre en moi l'effet des grands mouvements de la nature.
     -  Philogone, m'criai-je, en me retournant avec tendresse vers la
protge de Calni, oui, vous tes ma fille... ma chre fille : je vous
reconnais aux doux mouvements que j'ai sentis pour vous... Et vous, madame,
poursuivis-je en serrant le cou de ma chre pouse, jusqu' l'trangler, oui,
vous tes ma femme, je vous reconnais aussi... Puis, les rapprochant toutes
deux : Baisez-moi l'une et l'autre, mes amies. Oh ! que la nature est une
belle chose ! Philogone, ma chre Philogone ! voyez quels sont les sentiments
de cette nature sublime : j'avais peu d'envie de vous foutre, et voil
maintenant que j'en brle.
     Un mouvement naturel fit reculer ces deux femmes avec horreur ; mais
Carle-Son et moi, les apaisant aussitt, et leur faisant sentir que leur sort
dpendait absolument de moi, elles se rapprochrent ; et si je n'eus dans
elles ni fille, ni pouse, j'y trouvai du moins deux esclaves.
     Mes dsirs, ds ce moment, s'irritrent  un tel point, que je ne pouvais
plus les calmer. Tantt je voulais admirer les sublimes fesses de Philogone,
l'instant d'aprs je voulais voir en quel tat la misre et le chagrin avaient
rduit les charmes de Clotilde. Et, les troussant  la fois toutes deux, mes
yeux ne me suffisaient pas pour les regarder, et mes mains pour les parcourir
: je baisais, je fourrageais, je complotais... Carle-Son me branlait. Toutes
mes ides changeaient sur le beau cul de ma chre fille. On n'imagine pas ce
qu'est la nature : Philogone, dont je ne me souciais nullement comme protge
de Calni, me faisait horriblement bander, devenue la mienne. Les dsirs cruels
ne changeaient point ; ils taient isols avant, ils marchaient de front
maintenant avec ceux de foutre cette belle fille ; et je l'en convainquis
sur-le-champ, en lui plongeant mon vit dans le derrire, assez durement pour
lui faire jeter les hauts cris. Le patron, qui les entendit, s'approcha
doucement de moi.
     - Monsieur, me dit-il, j'ai peur que votre conduite ne scandalise
l'quipage ; notre felouque n'est pas assez commode pour vous donner vos aises
sur les actions o vous avez envie de vous livrer. Nous voici sur la cte
d'une petite le dserte qui n'a d'autre inconvnient que d'tre remplie de
chouettes et de chauves-souris, c'est ce qui fait qu'on ne l'habite pas ; mais
elle est excellente pour y passer une heure. Nous allons y prendre terre ; nos
matelots y feront la soupe, et vous vous y amuserez quelque temps.
     Je saisis cette ouverture pour raconter au pilote de quelle manire
agrable je retrouvais  la fois, le mme jour, une pouse et une fille...
     - Une fille ! me dit-il. Mais vous la foutiez, tout  l'heure ?
     - C'est vrai, mon ami, je suis peu scrupuleux sur ces choses-l.
     - Bien ! bien ! vous avez raison, seigneur franais ; il vaut mieux
manger le fruit de l'arbre que l'on a plant que de le laisser manger aux
autres. A l'gard de cette pauvre crature, poursuivit-il, si le hasard vous
la fait retrouver pour femme, tout infortune qu'elle est, je vous en flicite
; car depuis que nous la connaissons, et qu'elle fait des voyages avec nous,
il nous est facile de vous rpondre que c'est la plus honnte crature que
nous connaissions.
     - Mon ami, dis-je  ce matelot, je suis persuad de cette vrit ; mais
cette femme, dont tu fais l'loge, a de furieux torts avec moi, et je ne te
cache pas, lui dis-je, en lui glissant encore quelques sequins, que je ne
dsire aborder dans cette le que pour m'en venger.
     - Ma foi, dit le pilote, faites tout ce que vous voudrez, vous tes le
matre. Puis, bas et avec l'air du mystre : Vous n'aurez qu' dire, au
retour, qu'elle s'est laisse tomber  l'eau...
     Enchant de la candeur amicale de ce cher homme, je revins rendre compte
 Carle-Son de ma conversation, et lui faire part de mes homicides projets.
J'avais  peine fini, que nous touchmes terre.
     - Patron, dis-je en dbarquant avec ma famille, donnez-nous du temps.
     - Ne suis-je pu  vos ordres ? me dit-il ; vous me payez seul : je ne
partirai que quand vous voudrez...
     Et nous nous enfonmes dans les terres.
     - Oh, mon ami ! dis-je  Carle-Son, tout en cheminant, quel plaisir ces
deux putains vont nous donner ! Je n'aurais jamais commis de meurtre qui me
chatouille autant que celui-l : viens voir mon vit, dis-je en m'arrtant,
vois comme le bougre en cume de rage... Nous serons bien seuls ici, nous
serons bien  notre aise.
     Puis, au bout d'une heure de marche, apercevant un petit ravin dlicieux,
ombrag de saules et de peupliers, garni de gazon frais et environn de
broussailles qui le rendaient impntrable  l'il :
     - Fixons-nous l, dis-je  mon ami, il fait la plus belle journe
possible... Mettons-nous nus comme des sauvages ; imitons leur manire d'tre,
comme leurs actions. Et baisant mon cher Carle-Son avec toute la lubricit
possible : Allons, dis-je, donnons-nous-en ; il faut que notre foutre ne
s'lance qu'au bout du dernier soupir de ces garces.
     Du mme coup, je prcipite alors ces deux femmes  terre ; j'encule ma
fille, j'examine les fesses de ma femme, de cette Clotilde que j'avais tant
adore et que je trouvais encore belle ; du cul de l'une, je passe promptement
dans celui de l'autre ; Carle-Son me foutait. Je dcharge, mais en mordant si
cruellement les ttons de ma fille, que je les lui laissai tout en sang.
Continuant de bander, je place mon vit au con de ma fille, en baisant les
fesses de ma femme :
     - Tiens ! dis-je  la protge de Calni, tiens, reois au fond de tes
entrailles le foutre qui t'a donn la vie !
     Mais, toujours infidle, c'est Clotilde que j'enconne  prsent ; elle
obtient encore une fois du foutre, en mordant cette fois le cul de ma fille,
aussi violemment que je viens de lui dchirer les ttons.
     - Mnage-toi, Carle-Son, dis-je en me retirant, il faut que tu sodomises
ces deux putains, je vais te les tenir l'une et l'autre.
     Mon valet encule, je lui lche les couilles : j'adorais ce beau garon ;
je reviens pomper sa bouche pendant qu'il dcharge dans le derrire de ma
femme ; ma fille est promptement traite de mme ; je le fouts pendant qu'il
lime l'anus de cette infortune.
     - Allons ! dis-je, ds qu'il a fini, divertissons-nous maintenant de nos
victimes.
     Et, faisant tenir mon ami tout droit, j'exige de ces deux putains de le
lcher sur toutes les parties du corps, sang oublier le vit, le trou du cul et
les entre-deux des doigts de pieds, ainsi que les aisselles. Je le fais chier
sur un buisson d'pines et je contrains ces femmes  aller dvorer l sa
merde, en s'corchant tout le visage ; nous les enlevons ensuite par les
cheveux, et, les enfonant dans le mme buisson d'pines, nous les en
arrachions et les replongions, de manire  les dchirer jusqu'aux os ; rien
d'attendrissant comme leurs cris, rien de vif comme les plaisirs que nous en
ressentions...
     -  juste ciel ! qu'ai-je fait, pour tre traite de cette manire,
disait Philogone en se prcipitant  mes genoux.
      vous qui vous dites mon pre, s'il est vrai que je sois votre fille,
prouvez-le donc en me traitent avec plus de bont... Et vous, ma mre... mon
infortune mre, faut-il donc qu'un mme coup nous frappe au moment o la main
du ciel nous rejoint ! Mon pre ! mon pre ! je n'ai pas mrit de vous un tel
sort ; faites-moi grce, je vous en conjure...
     Mais, sans seulement couter ces plaintes, Carle-Son et moi, nous
garrottons les deux garces, et, nous tant munis de poignes d'pines, nous
les trillons de toutes nos forces. Le sang coule bientt de toutes parts ; il
n'en faut pas davantage pour me faire aussitt rebander ; je suce avec
d'incroyables dlices ce sang qui distille du corps de Philogone. C'est le
mien, pensais-je ; et cette ide me faisait incroyablement bander ; je savoure
cette bouche voluptueuse, qui ne s'ouvre que pour m'implorer ; je baise avec
ardeur ces beaux yeux mouille des larmes que fait couler ma furie ; et,
revenant de temps en temps au beau cul de ma chre Clotilde, je ne le traite
pas avec moins de frocit ; puis, reprenant celui de mon cher Carle-Son, je
le dvore de caresses et suce son merveilleux vit.
     - Il faut les placer dans une autre posture, m'criai-je.
     Nous les dlions et les faisons mettre  genoux, les bras attachs  des
arbres voisins, avec de grosses pierres sur leurs jambes, pour qu'elles ne
puissent bouger. Elles nous exposent toutes deux, en cet tat, les plus belles
gorges du monde. Rien de beau comme celle de Philogone ; celle de Clotilde, un
peu plus pendante, se trouvait, nanmoins, parfaitement conserve. Cette
perspective acheva de m'irriter... Oh ! comme on bande en brisant des liens !
Je leur fais baiser mon derrire, je leur chie dans la bouche, et m'emparant
des ttons pendant que j'encule Carle-Son, je les coupe tous quatre  fleur de
la poitrine ; puis enfilant ces masses de chair  une ficelle, je leur en
compose un collier ; elles sont couvertes de sang, et c'est en cet tat que je
leur lance sur le corps les derniers jets de mon foutre, encul par Carle-Son.
     - Laissons-les l, dis-je alors, oui, abandonnons-les ainsi lies : les
btes, dont cet le est remplie, vont les dvorer en dtail ; elles vivront
peut-tre trois ou quatre jours de cette manire, et cette mort sera bien plus
cruelle que celle que nous leur donnerions tout de suite.
     Carle-Son, dont le caractre est singulirement froce, voulait
absolument les immoler  l'instant, afin, disait-il, de ne pas perdre le doux
plaisir de les voir expirer ; mais l'ayant convaincu que ce que nous faisions
tait plus sclrat, nous prenons cong de ces dames.
     - Dieu du ciel ! s'crie douloureusement, Clotilde, voil donc o noua
entrane une premire faute ! Ce monstre m'a rendue bien coupable, je le sais,
mais,  mon Dieu, que ta punition est svre !
     - Ah ! ah ! dis-je  Carle-Son, voil ce qu'on appelle une rvolte envers
l'tre suprme : vengeons ce Dieu que nous rvrons si bien. La punition du
blasphme tait autrefois d'avoir la langue coupe : imitons cette justice des
lois ; il est d'ailleurs essentiel que ces deux putains ne puissent s'entendre.
     Et nous rapprochant d'elles, nous leur ouvrons la bouche de force,
saisissons leur langue  toutes deux, et nous les coupons de trois pouces.
     - Ds qu'elles ne peuvent parler, me dit Carle-Son, ce n'est pas trop la
peine qu'elles voient : arrachons ces beaux yeux qui sduisirent ton cur...
     Et ma rponse  cette sage proposition fut de faire aussitt disparatre
ceux de Philogone, pendant que Carle-Son teignait  jamais ceux de Clotilde.
     - Voici qui va fort bien, lui dis-je, mais les garces ne peuvent-elles
pas mordre les chats-huants qui vont venir les dvorer ?
     - Sans doute.
     - Il faut donc leur briser les dents.
     Un caillou nous sert  cette opration, et ne voulant pas les fltrir
davantage, afin qu'elles puissent mieux ressentir le tourment que les btes
malfaisantes de cette le vont leur faire endurer en les dvorant, nous nous
loignons. A cent pas de l, nous montmes sur un petit tertre, d'o nous
pouvions les apercevoir au mieux. Les chouettes, les chauves-souris, tous les
animaux malfaisants de cette le, s'en taient empars dj : on ne
distinguait plus qu'une masse noire.
     - Oh ! mon ami, dis-je  Carle-Son, quel spectacle ! qu'il est doux
d'avoir des femmes et des filles  soi, pour les traiter de cette manire ! Je
voudrais avoir cent individus qui me touchassent d'aussi prs : pas un ne
m'chapperait. Oh ! cher Carle-Son, vois comme cette perspective me fait
bander ; viens que je sodomise encore ton beau cul, bien en face.
     J'encule, je branle mon ami, et nous nous loignons enfin, aprs avoir
dcharg une dernire fois tous les deux.
     Une histoire que nous fmes au patron, soutenue de quelques sequins,
arrangea tout ; et nous arrivmes  Naples, le troisime jour aprs notre
expdition de l'Ile-aux-Chouettes.
     Dsirant m'tablir en Italie, je m'informai sur-le-champ d'une terre 
vendre dans ce beau pays. On m'indiqua celle o vous me voyez aujourd'hui ; je
m'y logeai. Mais, quelque riche que je fusse, il me fut impossible de renoncer
 la profession de brigand ; elle a trop de charmes pour l'abandonner, elle
s'allie trop bien  mes inclinations, pour que je puisse jamais en embrasser
d'autre ; le vol et le meurtre sont devenus les premiers besoins de ma vie ;
je n'existerais pas, priv du doux plaisir de m'y livrer journellement.
J'exerce d'ici mon honorable profession, comme faisaient autrefois les grands
vassaux dans leurs terres ; je soudoie une petite arme ; Carle-Son est mon
lieutenant ; c'est lui qui vous arrta ; c'est lui qui tint ma place pendant
le voyage que je fis  Paris, pour aller chercher ma chre sur  laquelle je
brlais de me rejoindre.
     Malgr le crdit, les richesses dont jouissait Clairwil, elle ne balana
pas  tout quitter pour partager mon sort ; mon tat la flattait, elle
trouvait, en le suivant, un aliment de plus aux passions froces dont vous
savez qu'elle est elle-mme dvore. Je l'attendis trois mois  Paris, et nous
vnmes ensuite habiter ce repaire du crime et de l'infamie. Dcids l'un et
l'autre  resserrer nos liens par tout ce qui pouvait les consolider le plus
intimement, nous nous sommes maris, en passant  Lyon, et nous esprons
maintenant qu'aucune espce de circonstance ne pourra plus dsunir deux tres
si bien faits l'un pour l'autre, et qui, malgr leurs excrables penchants, se
feront toujours un devoir bien dlicieux de chrir et de recevoir dans leur
asile des amis aussi sincres que vous.
     -  Juliette ! s'cria Clairwil, ds que son frre eut cess de parler,
trouves-tu qu'un tel homme soit digne de moi ?...
     - Il l'est de tous ceux qui auront assez d'esprit pour sentir que la
premire des lois est celle de travailler  son bonheur, abstraction faite de
tout ce que peuvent dire ou penser les autres.
     Borghse se jette dans nos bras, nous nous embrassons encore mille fois
tous. Borchamps, auquel nous ne donnerons plus d'autre nom, et Sbrigani,
paraissaient galement enchants de faire connaissance ensemble ; lise et
Raimonde se flicitent de voir ainsi se terminer une aventure dont les
commencements les avaient si fort effrayes.
     Nous en tions tous  ces marques rciproques de tendresse et d'amiti,
lorsqu'on vint avertir le capitaine, que ses cavaliers amenaient une voiture
qui contenait une famille entire et beaucoup d'argent.
     - Voil deux excellentes choses, rpondit l'aimable frre de Clairwil ;
ces individus, je me flatte, seront de nature  servir nos volupts, et quant
 l'argent, il ne saurait venir plus  propos, car il faudra bien que la suite
de tout ceci soit d'aller passer quelques mois  Naples.
     - C'est notre projet, dit Clairwil, en me serrant la main.
     - Eh bien ! dit Borchamps, je sacrifie  ce voyage tout l'argent que va
rapporter cette prise.
     A ces mots les prisonniers parurent.
     - Mon capitaine, dit Carle-Son qui conduisait la bande, c'est aujourd'hui
le jour des reconnaissances : cette famille est la mienne ; voil ma femme,
continua-t-il en nous prsentant une trs belle personne de trente-quatre ans
; ces deux jeunes filles, poursuivit-il, en nous en montrant d'abord une de
treize ans, belle comme l'amour, ensuite une de quinze, que les Grces mmes
eussent envie, sont les rsultats de ma couille ; voil mon fils, ajouta-t-il
en nous offrant un jeune garon de seize ans, de la physionomie la plus
attrayante. Deux mots vous mettront au fait de cette intrigue ; ma femme
voudra bien vous expliquer le reste. Rosine est danoise ; je l'pousai il y a
dix-sept ans, lors du voyage que je fis  Copenhague ; j'en avais dix-huit 
cette poque, et par consquent trente-cinq aujourd'hui. Ce beau garon, que
j'appelle Francisque, fut le premier fruit de notre amour ; Christine, que
voil, poursuivit Carle-Son en dsignant la fille de quinze ans, fut le second
; Ernelinde le dernier. Peu aprs la naissance de celle-ci, je vins en Russie
; quelques affaires d'tat me firent envoyer en Sibrie, d'o je me sauvai
avant que de me lier avec Borchamps dans Tiflis. Je retrouve cette chre
famille, je vous la prsente, en vous suppliant d'en faire absolument tout ce
que vous voudrez : je suis jaloux de prouver  mon capitaine que je ne tiens
pas plus que lui aux liens du sang.
     - Madame, dit Borchamps  Rosine, ayez la bont de nous expliquer le
reste.
     - Hlas ! monsieur, dit la belle Rosine, abandonne de ce perfide, je
passai comme je le pus les premires annes de son absence, lorsqu'un legs
considrable venant de m'choir, j'employai une partie de mon argent 
chercher mon poux en France, en Italie, o l'on m'avait assure que je le
trouverais : je n'aspirais qu'au bonheur de conduire ses enfants dans son sein
paternel. Quelle a t ma surprise de ne le revoir qu' la tte d'une troupe
de sclrats... Le monstre ! voil l'infme mtier qu'il faisait, pendant que,
constamment attache  mes devoirs, j'tais, par son absence, prive des
premiers soins de la vie.
     - Ah ! ah ! voici du pathtique, dit Olympe[13]  ; j'espre que notre ami
Borchamps va tirer de la circonstance tout le parti qu'elle prsente.
     - Madame, dit Clairwil  cette malheureuse, il n'y a rien, dans tout ce
que vous venez de nous dire, qui puisse vous prserver du sort qui attend tous
ceux que font prisonniers les soldats de mon mari... Quelle est, je vous prie,
la fortune que vous nous apportez ?
     - Cent mille cus, madame, dit l'aimable pouse de Carle-Son.
     - C'est bien peu de chose, rpondit Clairwil. Puis se tournant vers moi :
A peine cela payera-t-il notre maison dans Naples.
     - Mon ami, dit Rosine  Carle-Son, je vous apportais, de plus, mon cur,
et ces tendres fruits de l'ardeur du vtre.
     - Oh ! de cela n'en parlons pas, dit le lieutenant ; je ne donnerais pas
une pipe de tabac de ce don.
     - Je serai plus gnreuse que vous, dis-je  Carle-Son, que je commenais
 fixer avec beaucoup d'intrt : les plaisirs que nous attendons de ces
quatre dlicieux objets me paraissent valoir beaucoup d'argent.
     - Nous allons bientt les apprcier, madame, me rpondit Carle-Son qui
avait dj devin mes yeux ; ce qu'il y a de bien sr, c'est que je crois
qu'il est bien peu de volupts qui vaillent celles que j'attends de vous...
     - Vous croyez ? rpondis-je, en serrant la main de cet aimable garon.
     - Je le gage, madame, me dit Carle-Son en m'appuyant sur la bouche un
baiser, avant-coureur de son savoir-faire ; oui, je le gage, et je suis prt 
vous en donner la preuve.
     - Dinons, dinons ! dit le capitaine.
     - En famille ? dit le lieutenant.
     - Assurment, dit Mme de Clairwil ; je veux les voir l, avant de les
placer ailleurs.
     Les ordres se donnent, et l'on sert le dner le plus magnifique.
Carle-Son, prs de moi, s'y montra trs envieux de me possder, et j'avoue que
je ne lui cdais en rien sur cet objet. Ses enfants y furent timides...
embarrasss... son pouse, larmoyante et belle ; tout le reste, gai et fort
libertin.
     - Allons, dit Borchamps, en dsignant Carle-Son et moi, ne faisons pas
languir plus longtemps ces deux amoureux ; je vois qu'ils brlent d'tre
ensemble.
     - Oui, dit Borghse ; mais il faut que la scne soit publique.
     - Elle a raison, rpondit Clairwil. Carle-Son, la socit vous permet de
foutre Juliette ; mais il faut que cela soit sous ses yeux.
     - Mais que diront ma femme et mes enfants ?
     - Ma foi, tout ce qu'ils voudront, dis-je en entranant Carle-Son avec
moi sur un canap ; tous les saints du paradis seraient l, mon cher, que je
n'en foutrais pas moins avec toi.
     Et sortant son monstrueux engin de la culotte :
     - Pardon, madame, dis-je  Rosine, si je vous drobe des plaisirs qui ne
devraient appartenir qu' vous ; mais, sacredieu, il y a trop longtemps que je
bande pour votre mari : puisque je le tiens, il faut qu'il y passe.
     Et j'avais  peine achev ces mots, que le terrible vit de Carle-Son
tait au fond de ma matrice.
     - Voyez, dit le capitaine en rabaissant sa culotte, si j'ai eu tort de
vous dire que mon ami avait le plus beau cul du monde.
     Et le bougre l'encule en disant cela, pendant que Clairwil vient me
baiser la bouche, en me branlant le clitoris, et qu'Olympe m'enfonce trois
doigts dans le cul.
     - Capitaine, dit Sbrigani qui bandait  ce spectacle, voulez-vous que je
vous encule ? Vous voyez, je me flatte, un vit trs en tat de vous satisfaire.
     - Foutez, monsieur, foutez : voil mon cul pour toute rponse, dit le
capitaine, mais maniez des fesses, je vous en prie, pendant ce temps-l.
     - Je vais m'emparer de celles d'lise et de Raimonde, dit Sbrigani, et
placer sous vos yeux, pour les rcrer, et celles de la femme de l'homme que
vous foutez, et celles de ses trois enfants.
     A peine le groupe est-il arrang, que tout le monde dcharge ; et, se
dcidant  ne plus perdre de foutre  de tels enfantillages, on passe, d'une
voix unanime,  des orgies plus srieuses. Il me parat essentiel, pour leur
intelligence, de replacer un instant tous les personnages sous vos yeux.
     Nous tions douze en tout : Borchamps, Sbrigani, Carle, Clairwil,
Borghse et moi, tels taient les six personnages actifs ; lise, Raimonde,
Rosine, Francisque, Ernelinde et Christine, voil ceux qui devaient remplir
les rles de patients.
     - Carle, dit Borchamps en dculottant le jeune Francisque, voil un cul
qui rivalise avec le tien, mon ami, et je sens que je vais offrir  celui-l
des hommages aussi purs que ceux que le tien mrita si longtemps de moi.
     Et il maniait, il baisait, en disant cela, le plus joli derrire, le plus
blanc, le plus ferme qu'il ft possible de voir.
     - Je m'oppose  cet arrangement, dit Clairwil, c'est pcher contre toutes
les lois divines et humaines, que d'empcher Carle de dpuceler son fils. Cet
enfant va me foutre en cul, sa mre me branlera, et le pre enculera son fils,
pendant qu'lise et Raimonde lui donneront le fouet, et qu'il maniera, de
droite et gauche, les fesses de Borghse et de Juliette, qui donneront le
fouet aux deux jeunes filles de Carle sous les yeux de Borchamps, encul par
Sbrigani et aidant  l'opration flagellatrice des deux enfants de son ami.
     La scne s'arrange, le jeune Francisque, parfaitement encul par son
pre, sodomise au mieux mon amie : mais ce n'est qu'en pleurant que Rosine se
prte  des indcences qui paraissent aussi loin de ses murs. Le capitaine,
pendant tout cela, ne se trouvant point assez li au tableau, toujours foutu
par Sbrigani, s'empare de la plus jeune des filles de Carle ; et, sans aucune
prparation, le paillard l'encule en jurant. La jeune fille s'vanouit ; rien
ne drange le capitaine, s'enfonant plus que jamais, parce qu'il ne trouve
plus de rsistance : on et dit qu'il voulait pourfendre cette malheureuse.
S'en dgotant bientt, il saisit l'autre fille : quoique ge de quinze ans,
elle est si fluette, si mignonne et si dlicate, que l'introduction du membre
norme de Borchamps la vexe et la dchire, tout aussi vivement que vient de
l'tre Ernelinde. Rien n'arrte nanmoins les efforts prodigieux de ce brigand
; il pousse, il presse, il est au fond...
     -  Carle ! s'crie-t-il dans son enthousiasme, voil des culs qui sont
bien dignes de toi ! Dlivre-moi de ces cons, si tu peux, et je leur donne le
prix sur le tien.
     Cependant Clairwil est arrose du foutre de Francisque, et la coquine, se
retournant comme une bacchante, le dsaronne, et du mme bond se le renfonce
aussitt par-devant, sans que le pre, qui sodomise celui qu'on ballotte
ainsi, souffre en rien de la cabriole. Carle perd enfin son foutre ; et le cul
de Francisque restant vacant, le capitaine, las de filles, y darde aussitt
son vit, pendant qu'emporte par la luxure la plus effrne, je viens lcher
le cul de ce bel homme, dont il me tarde bien de tter. Carle, voyant ses deux
filles vacantes, en enconne une, en baisant les fesses de l'autre, et se
faisant fouetter par lise, que Raimonde, encule par Sbrigani, branle pendant
ce temps-l. De nouveaux jets de foutre contraignent  des changements. Je
suis enfin encule par le capitaine, pendant que sa sur me branle, et que
Carle, foutu par Sbrigani, sodomise sa femme, en baisant le cul de ses trois
enfants tenus par lise et par Raimonde, dont le paillard branle les cons que
Borghse a soin de lui ouvrir.
     -  Borchamps ! m'criai-je au milieu de la scne, que de plaisir me fait
ton vit, et combien je le dsirais !
     - Tu ne seras pourtant pas foutue seule, dit le capitaine en saisissant
Borghse et la sodomisant ; excuse, Juliette, mais ce beau derrire aussi me
faisait bander depuis que nous sommes nus ; j'y pensais en foutant le tien :
c'est le tien qui va m'occuper, en sodomisant celui-ci.
     Voyant Francisque vacant, je le choisis ; mes gots sont si bizarres, et
le jeune homme est si beau, que je ne sais quel sexe adopter avec lui ; je le
suce, je dvore son cul, je lui prsente le mien ; de lui-mme il me sodomise,
et j'tablis mon con sur le visage de Rosine ; de nouvelles dcharges apaisent
enfin les esprits, et le capitaine prtend qu'aprs s'tre occup des hommes,
il ne faut plus, dans ce qui va suivre, travailler que pour la volupt des
femmes.
     - Comme les plaisirs physiques, dit le capitaine, sont mdiocres pour des
femmes, avec de tels enfants ! Il nous faut nous en tenir, ce me semble, 
leur conseiller des volupts morales. Juliette ! tu vas commencer ; il faut
que Carle,  demi couch sur le sofa, te prsente un vit bien dur ; tu te
poseras doucement sur ce vit, en observant de le faire entrer dans ton cul ;
Clairwil et Borghse te branleront, l'une le con, l'autre le clitoris :
qu'elles ne se repentent pas de cette complaisance, elles auront du plaisir 
leur tour ; pendant que tu jouiras de cette manire, au-dessus de toi et bien
en face, lise et Raimonde me donneront du plaisir, dans les attitudes les
plus lubriques et les plus varies. Alors les victimes se prsenteront 
genoux, l'une aprs l'autre, devant toi : d'abord cette chre pouse de Carle,
qui vient de si loin lui apporter  la fois de l'or et des enfants, ensuite
son fils, puis ses deux filles ; ce sera le mme pre qui les conduira : tu
ordonneras un supplice  chacun de ces individus, mais un supplice d'abord
doux et simple : nous avons longtemps  jouir, et, par consquent, des
gradations  observer. Je retiendrai ces arrts, et ils s'excuteront aussitt
que tu auras dcharg.
     Tout s'arrange, mais on a le soin mchant d'attendre que je sois dans
l'ivresse pour me prsenter les victimes. Rosine parat la premire ;
j'ordonne qu'on l'approche de moi ; je l'examine sous tous les sens, et, lui
trouvant la gorge superbe, je lui impose la peine d'tre fustige sur les
ttons ; Francisque suit, j'observe la beaut de son cul : c'est sur les
fesses qu'il sera fouett ; Christine vient, je la condamne  manger l'tron
du premier de nous qui aura envie de chier ; et la jeune Ernelinde, dont la
charmante physionomie m'chauffe, recevra deux soufflets de chacun de nous.
     - Vas-tu dcharger, Juliette ? me demande Borchamps que mes deux tribades
comblent de volupts.
     - Oui, foutre, je dcharge ! Oh ! sacredieu, je n'en puis plus... Ah !
Carle-Son, que votre vit est dlicieux !
     - Allons, dit le capitaine, excutons les pnitences du premier tour ;
Borghse suivra.
     Tous mes arrts se subissent ; mais, par un raffinement trs sage, le
bourreau doit tre choisi parmi les femmes qui n'ordonnent point. C'est donc
Clairwil qui, cette fois, excute mes ordres, et comme elle a envie de rendre
le foutre qu'on lui a lanc dans le cul, c'est son tron que Christine avale.
Oh ! quelle ardeur la putain met ensuite  fustiger les beaux ttons de Rosine
! En trente coups, elle les fait saigner, et la coquine baise les blessures,
ouvrage de sa frocit. Quand elle en est au beau cul de Francisque, ce n'est
pas avec moins de rage que la sclrate l'trille.
     - Allons, Borghse,  ton tour, dit le capitaine ; je me flatte,
poursuivit-il, que Sbrigani, convaincu du besoin que nous avons de son arme,
aura senti la ncessit de ne la point mousser trop tt.
     - Vous le voyez, dit Sbrigani, en sortant de mon cul un vit roide et
mutin dont il perfore  l'instant celui de Borghse ; j'aurai la mme prudence
avec celle-ci : soyez srs que je ne dchargerai qu' la dernire extrmit.
     Borghse ordonne ; je deviens le bourreau.
     - Augmentez, dit le capitaine, songez aux gradations essentielles 
observer pour les conduire doucement  la mort...
     - A la mort ! s'cria Rosine,  juste ciel ! qu'ai-je donc fait pour la
mriter ?
     - Si tu l'avais mrite, bougresse, dit Carle-Son en enculant le
capitaine qui se niche au cul de Raimonde, tout en gamahuchant celui d'lise,
oui, foutredieu ! si tu l'avais mrite, putain, on ne t'y condamnerait pas.
Nous avons ici le plus grand respect pour le vice, et l'indignation la plus
vive pour tout ce qui ressemble  la vertu ; des principes afin consolident
cette manire de penser... et tu trouveras bon, ma chre, que nous ne nous en
cartions en quoi que ce puisse tre.
     - Allons, Borghse, ordonne ! dit le capitaine, nerveusement foutu par
son plus cher ami.
     - Rosine, dit la fougueuse Olympe, recevra de chacune de nous six piqres
d'aiguille sur le corps ; le beau Francisque aura les fesses mordues par son
pre, et le vit par toutes les femmes ; le, bourreau donnera ensuite vingt
coups de bton sur les reins de Christine, et cassera deux doigts aux mains
d'Ernelinde.
     Je commence l'excution : aprs avoir appuy fermement mes six coups
d'aiguille sur le sein dodu de Rosine, je passe l'arme  mes amis, qui se
signalent tour  tour sur les plus chatouilleuses parties de ce beau corps.
Son affireux mari se distingue, et c'est dans l'intrieur du vagin que le
coquin enfonce l'aiguille : le reste est mon ouvrage, et j'excute avec tant
d'adresse et de fermet, que je fais dcharger tout le monde. Clairwil
remplace Borghse.
     - Augmente, ma sur, dit le capitaine, n'oublie pas la loi des
proportions...
     - Tranquillise-toi, rpond cette harpie, tu vas bientt reconnatre ton
sang.
     C'est Carle-Son qui, cette fois, encule la sur de son capitaine ; ce
n'tait pu un coup d'essai pour lui ; Borghse et moi nous la branlons, et
l'arrt se prononce.
     - Je veux, dit-elle, que l'on brle avec un fer chaud les deux ttons de
la femme de celui qui m'encule. Je veux, poursuivit la garce, qui perd la tte
sitt qu'un vit lui chatouille le derrire, qu'on coupe en quatre endroits,
avec un canif, les belles fesses du jeune homme, que mon frre,  ce qu'il me
parat, encule en attendant ; je veux qu'on brle les fesses de Christine, et
qu'on clystrise, avec de l'huile bouillante, le joli cul d'Ernelinde, malgr
toutes les caresses dont je vois que Borghse l'accable.
     Mais il arriva quelque chose de fort plaisent ici, c'est que la jeune
fille eut une telle peur du lavement qu'on lui destinait, qu'elle lcha tout,
aussitt, sous elle, et qu'elle inonda la chambre de merde.
     - Sacredieu ! dit Borchamps en appliquant un si vigoureux coup de pied
dans les fesses de cette petite fille, qu'elle pensa voler par la fentre
qu'on venait d'ouvrir pour arer la chambre, oh, foutre ! comment
n'gorge-t-on pas,  la minute, une petite putain de cette espce ?
     - Que diable as-tu ? dit Clairwil  son frre ; ce n'est que de la merde,
et tu l'aimes ; prfres-tu celle de Juliette ? Viens, viens la recevoir, mes
doigts sentent son tron, elle va te le pondre dans la bouche...
     - Oh ! comme nous devenons sales, dit le capitaine en adaptant ses lvres
au trou de mon derrire, et sollicitant ce qu'on lui fait esprer ; le foutre
n'est pas loin, quand on tient de semblables propos... Je chie ; le
croirait-on ?
     Il chie lui-mme, et c'est dans la bouche de Christine, qu'il a fait
placer sous ses fesses, que le vilain lche la borde, en avalant l'tron que
je lui fais.
     - Vos plaisirs sont bien impudiques, dit Clairwil en se faisant faire par
Francisque la mme opration sur le nez.
     - Ah ! foutue gueuse ! lui crie son frre, tu n'es pas loin de perdre ton
sperme, je m'en aperois  tes infamies.
     - Foutre ! dit-elle, je veux qu'on me mette  terre... je veux qu'on me
vautre au milieu des cochonneries qu'a faites cette petite fille.
     - Es-tu folle ? dit Olympe.
     - Non, je le veux.
     On lui obit, et c'est l, c'est en se roulant sur de la merde, que la
coquine dcharge, en mourant de plaisir.
     Les pnitences nouvelles s'excutent ; c'est Borghse qui doit oprer.
     - Attendez, dit le capitaine, au moment o il la voit s'armer du fer qui
doit calciner les ttons de Rosine, je veux enculer cette femme pendant que
vous la tourmentez.
     Il sodomise, on opre.
     -  double foutu dieu ! s'crie-t-il, comme il est doux de foutre le cul
d'un individu souffrant ! Malheur  qui ne connat pas ce plaisir ! c'est le
plus grand de la nature.
     Mais, malgr sa peur, Ernelinde reoit des mains de son pre qui l'encule
avant, le remde anodin prescrit par Clairwil ; le reste s'opre de mme, et
les attitudes dranges, l'on passe  de nouvelles horreurs.
     Carle-Son, furieux, et s'enflammant  tout instant pour mon cul, qui,
disait-il, lui tournait la tte, saisit ses enfants ; il les frappe, il les
fouette, il les fout, pendant que nous nous branlons entre femmes, en face
d'un spectacle qui nous donne l'ide du loup furieux au sein des paisibles
brebis.
     - Allons, garce ! dit  Rosine, Borchamps, qui m'encule en maniant les
fesses d'Olympe et de Raimonde, allons, putain, il faut que tu supplicies tes
enfants ! Carle-Son, tiens toi-mme le poignard lev sur la gorge de cette
abominable crature, et plonge-le-lui dans le cur si elle balance  faire ce
que nous allons lui ordonner...
     Rosine sanglote.
     - touffe tes soupirs, lui dit Olympe, ils excitent notre cruaut ; nous
allons te faire souffrir en raison des larmes que tu rpandras.
     - Saisis ta fille ane par les cheveux, lui crie Borchamps, et toi,
Clairwil, ordonne ; Borghse te suivra, Juliette prononcera la dernire.
     - Je veux, dit mon amie, que la sale coquine morde jusqu'au sang les
ttons de sa fille...
     Rosine balance ; Carle-Son fait sentir la pointe du poignard ; la
malheureuse mre obit...
     - Olympe, qu'ordonnes-tu ? dit Borchamps.
     - Je veux qu'elle laisse tomber de la cire d'Espagne, toute brlante, sur
les fesses de sa fille...
     Nouveaux refus ; nouvelles piqres de la pointe du poignard... nouvelle
obissance de la malheureuse Rosine.
     - Et toi, Juliette, que dsires-tu ?
     - Je veux qu'elle soit fouette sur tout le corps, par les main de sa
mre, et fouette jusqu' ce que le sang coule...
     Que de peines il faut pour cette excution ! Ce ne sont d'abord que des
coups si doux, qu'ils ne marquent mme pas le derrire ; mais le poignard de
Carle-Son, qui ne tarde pas  se faire sentir, effraie  tel point Rosine,
qu'elle n'ose plus mnager rien : le cul de sa fille est en sang. Des
supplices gaux s'excutent de mme sur les autres, et chacun se surpasse en
horreur. Lorsque mon tour arrive, une de mes pnitences est que Francisque
enculera l'ane de ses surs, en donnant des coups de poignard  sa mre ; et
Borchamps, qui m'encule pendant que je donne cet ordre, n'est plus le matre
du foutre que cette infamie lui fait lancer.
     - Allons, sacredieu ! dit le capitaine, en se retirant de mon cul, la
pine toujours en l'air, allons, il cet temps d'en venir au fait ; commenons
par lier ces quatre individus ventre contre ventre, et de manire  ce qu'ils
ne forment, pour ainsi dire, qu'un seul et mme corps.
     - Bon.
     - A prsent, que chacun de nous huit, arm d'une discipline de fer
rougie, travaille un instant ces cadavres...
     Puis, au bout d'une heure de la plus rude flagellation :
     - Rosine, prenez ce poignard, dit svrement le capitaine, plongez-le
dans le cur de votre fils, que son pre lui-mme va tenir...
     - Non, barbare ! s'cria cette mre au dsespoir, non, ce sera dans le
mien !
     Et elle se Perait, si je n'eusse retenu son bras.
     - Ah ! garce, tu obiras ! s'cria Carle-Son furieux ; et, saisissant la
main de sa femme, il conduit lui-mme le poignard dans le sein de son fils.
     Clairwil, jalouse de voir qu'on procde sans elle au meurtre de ce jeune
homme, elle qui ne respire que pour les meurtres masculins, saute sur un
second poignard, et vient cribler ce malheureux de coups mille fois plus
sanglants ; alors Rosine est couche sur une banquette de bois trs troite,
et l, Borchamps veut qu'Ernelinde ouvre, avec un scalpel, le ventre de sa
mre. L'enfant se refuse ; on la menace. Effraye, meurtrie, excite par
l'espoir de sauver sa vie si elle consent, sa main, conduite par celle de
Carle-Son, cde aux barbares impulsions qu'on lui donne.
     - Voil o tu as reu l'existence, dit ce pre cruel ds que l'ouverture
est faite, il faut que tu rentres dans la matrice dont tu es sortie.
     On la garrotte, On la comprime tellement, qu' force d'art, la voil
toute vive dans les flancs qui la lancrent autrefois.
     - Pour celle-l, dit le capitaine en parlant de Christine, il faut la
lier sur le dos de sa mre... Voyez, dit-il, quand cela est fait, s'il est
possible de rduire trois femmes en un si petit volume !
     - Et Francisquel dit Clairwil.
     - On te le donne, rpond Borchamps, va dans un coin l'expdier  ta
guise...
     - Suis-moi, Juliette, dit Clairwil en emmenant le jeune homme dans un
cabinet voisin.
     Et l, comme des bacchantes effrnes, nous faisons expirer ce malheureux
jeune homme, dans tout ce que la frocit peut imaginer de plus cruel et de
plus raffin. Carle-Son et Borchamps nous trouvrent si belles au sortir de
l, que tous deux voulurent nous foutre ; mais la jalouse Borghse s'crie
qu'il ne faut ni faire languir les victimes, ni retarder les plaisirs qu'on
attend de leur supplice. On revient  cette opinion, et, comme il est tard, on
dcide que le souper sera servi en mme temps.
     - En ce cas, dit la Borghse, qui acqurait le droit d'ordonner, n'ayant
point Particip aux tourments de Francisque, il faut placer ces victimes
droites sur la table. Le premier de nos plaisirs, d'abord, se recevra de
l'tat o elles sont, qui, je crois, est des plus violents ; le second, de
l'effet des coups que nous leur porterons l.
     - Oui, qu'on les place, dit Clairwil ; mais je veux foutre avant que de
souper...
     - Et avec qui ? dis-je  mon amie : ils sont tous rendus.
     - Mon frre, reprend l'insatiable crature, fais-nous venir les dix plus
beaux soldats de ta troupe, et donnons-nous-en comme des garces.
     La troupe parat ; Borghse, Clairwil et moi, nous nous jetons, en
bravant les vits qui nous menacent, toutes trois  terre, sur des carreaux mis
 dessein. lise et Raimonde servent nos plaisirs. Sbrigani, le capitaine et
Carle-Son s'enculent en nous regardant, et, pendant quatre grandes heures, au
bruit des lamentations de nos victimes, nous voil toutes trois  foutre comme
les plus grandes gueuses de l'univers. Nos champions, rendus, sont congdis.
     - A quoi sert un homme qui ne bande plus ? dit Clairwil. Mon frre, je te
supplie de faire gorger ces dix hommes  l'instant, sous nos yeux.
     Par les ordres du capitaine, vingt hommes n'emparent aussitt de ceux-l
; on les massacre pendant que nous nous branlons, Borghse, Clairwil et moi.
C'est, pour ainsi dire, sur leurs corps que le souper le plus dlicieux nous
est offert. Et l, nus, barbouills de foutre et de sang, ivres de luxure,
nous portons la frocit au point de mler  nos aliments des morceaux de
chair, dtachs par nos main du corps des malheureuses qui sont sur la table.
Gorgs de meurtre et d'impudicit, nous tombons enfin, les une sur les autres,
au milieu des cadavres et d'un dluge de vins, de liqueurs, de merde, de
foutre, de morceaux de chair humaine. Je ne sais ce que nous devnmes ; je me
rappelle seulement qu'en ouvrant les yeux  la lumire, je me retrouvai entre
deux corps morts, le nez dans le cul de Carle-Son, qui m'avait rempli la gorge
de merde, et qui lui-mme s'tait oubli le vit au cul de Borghse. Le
capitaine, qui s'tait endormi la tte appuye sur les fesses emmerdifies de
Raimonde, avait encore son vit dans mon derrire, et Sbrigani ronflait dans
les bras d'lise... les victimes en morceaux toujours sur la table.
     Tel est l'tat o nous trouva l'astre du jour, qui, loin de s'tonner de
nos excs, ne s'tait, je crois, jamais lev plus beau depuis qu'il clairait
le monde. Il est donc faux que le ciel condamne les garements des hommes, il
est donc absurde d'imaginer qu'il s'en offense. Accorderait-il me faveurs aux
sclrats comme aux honntes gens, s'il tait irrit par le crime ?...
     - Eh ! non, non ! dis-je  mes amis qui, le lendemain, de sang-froid
coutaient mes rflexions ; non, non, nous n'offensons rien en nous livrant au
crime. Un dieu ? Comment s'en offenserait-il, puisqu'il n'existe pas... La
nature ?... Encore moins, poursuivis-je, en me rappelant l'excellente morale
dont j'avais t nourrie ; l'homme ne dpend point de la nature ; il n'en est
pas mme l'enfant ; il est son cume, son rsultat ; il n'a point d'autres
lois que celles imprimes aux minraux, aux plantes, aux btes ; et, quand il
se perptue, il accomplit des lois personnelles  lui, mais nullement
ncessaires  la nature... nullement dsires par elle. La destruction
satisfait bien plus cette mre universelle, puisqu'elle vise  lui rendre une
puissance qu'elle perd par notre propagation. Ainsi nos crimes lui plaisent,
mes amis, et nos vertus l'offensent ; ainsi l'atrocit dans le crime est ce
qu'elle dsire le plus ardemment ; car celui qui la servirait le mieux serait
incontestablement celui dont la multiplicit des crimes, ou leur atrocit,
dtruirait jusqu' la possibilit d'une rgnration qui, se perptuant dans
les trois rgnes, lui terait la facult des seconds lans. Imbcile que
j'tais !  Clairwil, avant que nous ne nous quittassions, j'en tais encore 
la nature, et les nouveaux systmes, adopte par moi depuis ce temps,
m'enlvent  elle pour me rendre aux simples lois des rgnes. Ah ! combien
nous serions dupes, mes amis, en adoptant ces systmes, de refuser quelque
chose  nos passions, puisqu'elles deviennent les motrices de notre tre, et
qu'il ne nous est pas plus possible de ne pas suivre leurs mouvements, qu'il
ne nous l'est de natre ou de rester dans le nant !... Que dis-je ? ces
passions sont tellement inhrentes  nous, tellement ncessaires aux lois qui
nous meuvent, qu'elles deviennent comme les premiers besoins qui conservent
notre existence. A quel point, ma chre Clairwil, continuai-je, en serrant la
main de mon amie, je suis maintenant l'esclave de ces passions ! Quelles
qu'elles soient, comme j'y sacrifierais tout !... Eh ! qu'importe la victime
que je leur offrirais ! Aucune ne sera pour moi plus respectable que l'autre.
Si, d'aprs les prjugs populaires, il en existait une qui semblt mriter
l'exception, au brisement seul de ce frein mes volupts devraient s'accrotre
: je prendrais cet excs de chatouillement pour la voix qui me l'indique, et
ma main aussitt servirait mes dsirs[14] .
     Un exemple frappant des rcompenses, presque toujours accordes par la
fortune aux grands criminels, vint appuyer mes raisonnements. Nous sortions 
peine de la scne d'horreur que je viens de dcrire, lorsque les soldats de
Borchamps amenrent six chariots d'or et d'argent, que la rpublique de Venise
envoyait  l'empereur. Cent hommes seulement escortaient ce magnifique convoi,
lorsqu'aux dfils des montagnes du Tyrol, deux cents cavaliers de notre
capitaine, aprs un combat d'une heure, s'emparrent de ce trsor, et le
conduisirent  leur chef.
     - Me voil riche pour le reste de ma vie, dit l'heureux frre de
Clairwil... Voyez dans quel moment nous arrive ce bonheur ! C'est dans des
mains souilles d'uxoricide, d'infanticide, de sodomie, de meurtres, de
prostitution, d'infamies, que le ciel vient placer ces richesses ; c'est pour
me rcompenser de ces horreurs, qu'il les met  ma disposition ! Et vous ne
voudriez pas que je crusse que la nature n'est honore que par des crimes ? Ah
! jamais mes systmes ne changeront sur cet objet, et je m'y livrerai sans
cesse, puisque les suites en sont si heureuses. Carle-Son, dit le capitaine,
avant que de compter, prends sur ces chariots cent mille cus pour toi ; je te
les donne pour te tmoigner toute la satisfaction que j'ai reue de ton
courage et de ta fermet, dans la scne dont tu viens de nous fournir les
acteurs...
     Carle-Son baisa les genoux de son patron, pour le remercier.
     - Vous le voyez, mesdames, nous dit le capitaine, je ne me cache pas de
l'extrme tendresse que j ai pour ce garon, et quand on aime, il faut le
prouver avec de l'argent. J'imaginais que la jouissance me refroidirait, c'est
tout le contraire : plus je dcharge avec ce dlicieux garon, plus je l'aime.
Mille et mille pardons, mesdames, mais ce ne serait peut-tre pas la mme
chose avec vous.
     Nous passmes encore quelques jours chez Borchamps au bout desquels il
nous dit, en nous voyant dcids au dpart.
     - Je croyais, mes amis, pouvoir vous accompagner jusqu' Naples, je m'en
faisais une fte ; mais voulant bientt quitter le mtier que je fais, il faut
que je mette ordre  mes affaires. Ma sur va vous suivre dans cette belle
ville, et voil huit cent mille francs que je vous donne pour les frais du
voyage. Louez un magnifique htel en arrivant, faites-vous passer toutes les
trois pour surs : une sorte de ressemblance vous unit assez pour qu'on puisse
le croire. Sbrigani continuera de veiller  vos affaires, pendant que vous
vous livrerez  tous les plaisirs qu'offre cette magnifique cit ; lise et
Raimonde seront vos dames de compagnie. J'irai vous voir, si je le puis.
Amusez-vous toutes les trois, et ne m'oubliez pas dans vos plaisirs.
     Nous partmes. Je regrettais Carle-Son, je l'avoue ; je m'tais, pendant
mon sjour chez le frre de Clairwil prodigieusement fait foutre par ce beau
garon dont le vit tait admirable, et ce n'tait pas sans peine que je m'en
sparais. Il ne s'agissait pas d'amour dans mon fait : je n'ai jamais servi ce
dieu-l ; il n'tait question que du besoin d'tre bien foutue, et personne ne
le satisfaisait comme Carle-Son. L'obligation de nous cacher, d'ailleurs, afin
de ne pas dplaire  Borchamps, trs jaloux de ce beau garon, mettait  sa
jouissance un sel que je ne trouvais pas dans les autres, et nos derniers
adieux furent scells d'une inondation mutuelle de foutre.
     Arrivs dans Naples, nous loumes un htel superbe, sur le quai de
Chiagia, et, nous faisant passer pour surs, comme nous l'avait conseill le
capitaine, nous primes, sous cette dnomination, un superbe train de maison.
Nous passmes d'abord un mois  tudier avec soin les murs de cette nation 
demi-espagnole ; nous rflchmes sur son gouvernement, sur sa politique, sur
ses arts, sur ses rapports avec les autres nations de l'Europe. Cette tude
faite, nous nous crmes en tat de pouvoir nous rpandre dans le monde. Notre
rputation de femmes galantes s'y propagea bientt. Le roi voulut nous voir ;
ce ne fut ps sans jalousie que sa mchante femme nous envisagea[15] . Digne sur
de l'pouse de Louis XVI, cette princesse hautaine,  l'exemple de tous les
individus de la maison d'Autriche, ne cherche  captiver le cur de son poux
que pour matriser son empire ; ambitieuse comme Antoinette, ce n'est pas
l'poux qu'elle veut, c'est le royaume. Ferdinand, simple, imbcile,
aveugle... roi enfin, s'imagine avoir une amie, lorsqu'il n'a dans cette femme
entire qu'une espionne et qu'une rivale... Et la putain, comme sa sur, en
dvastant... en pillant les Napolitains, ne travaille qu'au bien de sa famille.
     Peu de temps aprs notre prsentation, je reus un billet du roi de
Naples,  peu prs conu en ces termes :
      On offrit l'autre jour  Pris, Junon, Pallas et Vnus ; son choix est
fait, c'est  vous qu'il envoie la pomme ; venez la recevoir demain  Portici,
j'y serai seul ; un refus me dsesprerait, et ne vous servirait  rien : je
vous attends. 
     Un billet aussi despote... aussi laconique, assurment mritait une
rponse ; je la fis verbale, et me contentai d'assurer le page que je serais
exacte. Ds qu'il est parti, je vole apprendre cette bonne fortune  mes
surs. Toutes trois, bien dtermines  bannir d'entre nous jusqu'au plus
lger soupon de jalousie,  nous divertir des extravagances humaines...  en
profiter...  en rire, cette prfrence ne servit qu' nous amuser : toutes
deux m'exhortrent  ne pas manquer l'aventure. Et, pare comme la desse mme
qui avait mrit la pomme, je m'lance dans une voiture  six chevaux qui,
dans peu de minutes, me descend au chteau royal, clbre par les ruines de la
ville d'Herculanum sur lesquelles il est situ. Mystrieusement introduite
dans les plus secrets appartements de cette maison, je trouve enfin le roi,
nonchalamment couch dans un boudoir.
     - Mon choix, sans doute, aura fait des jalouses ? me dit l'imbcile, en
mauvais franais.
     - Non, sire, rpondis-je, mes surs ont vu cette prfrence avec la mme
tranquillit que moi... pas plus touches, d'honneur, de ne pas y tre
comprises, que je ne le suis, moi, du grand honneur que vous imaginez
peut-tre qu'il me fait.
     - Voil, sans doute, une rponse singulire.
     - Ah ! je mis bien que, pour plaire aux rois, il faudrait toujours les
flatter ; et moi, qui n'observe dans eux que des gens ordinaires, je ne leur
parle jamais que pour leur dire des vrits.
     - Mais si elles sont dures ?
     - Pourquoi les mritent-ils ? et  quel titre s'imaginent-ils qu'on ne
leur doit pu la vrit toute nue, comme aux autres hommes ? Est-ce parce
qu'ils ont besoin de la connatre ?
     - C'est parce qu'ils la craignent davantage.
     - Qu'ils soient justes, qu'ils renoncent au vain orgueil de vouloir
enchaner les hommes, et ils l'aimeront, au lieu de la craindre.
     - Mais, madame, voil des discours...
     - Qui t'tonnent, Ferdinand, je le vois ; tu t'es imagin, sans doute,
que, flatte de ton choix, j'allais ne t'aborder qu' genoux, que j'allais
t'adorer... te servir... Non, l'orgueil que mon sexe et ma patrie m'inspirent
ne se prte point  de tels usages. Ferdinand, si j'ai bien voulu t'accorder
le rendez-vous que tu sollicitais, c'est que je me suis crue plus de force que
n'en ont peut-tre mes surs pour t'clairer sur tes vritables intrts.
Renonce donc un moment aux frivoles plaisirs que tu te promettais avec une
femme ordinaire, pour en couter une qui te connat bien, qui connat encore
mieux ton royaume, et qui peut te parler sur ces objets, comme tes courtisans
n'oseraient le faire...
     Et voyant que le roi, trs surpris, me prtait une attention stupide, je
lui parlai de la manire suivante :
     - Mon ami, lui dis-je, car tu me permettras de ne point me servir de ces
dnominations orgueilleuses, qui ne prouvent que de l'impertinence dans celui
qui les reoit, et de la bassesse dans celui qui les donne, mon ami, donc, je
viens d'observer ta nation avec le plus grand soin, et j'ai vu qu'il tait
extrmement difficile d'en dmler le gnie : je l'tudie depuis que j'habite
Naples, et j'avoue que je n'y conois rien encore. Avec un peu de rflexion,
nanmoins, je crois dmler le motif de la peine que j'ai. Ton peuple a perdu
la trace de sa premire origine ; le malheur qu'il a eu de passer de
domination en domination, lui donne une sorte de souplesse et d'habitude 
l'esclavage, qui dtriore absolument son ancienne nergie, et qui l'empche
d'tre reconnu. Cette nation, qui chercha longtemps des librateurs, par une
maladresse inoue ne trouva jamais que des matres. Grand exemple pour un
peuple qui veut briser ses fers : qu'il apprenne des Napolitains que ce n'est
point en implorant des protecteurs qu'il runira, mais en pulvrisant le trne
et les tyrans qui s'y placent. Toutes les autres nations se sont servies des
Napolitains pour tablir une puissance ; eux seuls sont demeurs dans la
langueur et dans la faiblesse. On cherche le gnie des Napolitains, et comme
celui de tous les peuples accoutums  l'esclavage, ce n'est jamais que celui
de son souverain que l'on rencontre. N'en doute pas, Ferdinand, les vices que
j'ai trouvs dans ta nation sont bien moins  elle qu' toi. Mais une chose
plus surprenante encore, c'est que l'excellence du territoire de ton peuple
est peut-tre l'unique cause de sa pauvret : avec un terrain plus ingrat, les
besoins l'auraient averti d'tre industrieux, et, par la contrainte au
travail, il aurait reu la vigueur dont le prive la fcondit de son sol.
Aussi arrive-t-il que ce beau pays, avec les avantages d'une nation
mridionale, prouve tous les inconvnients d'un peuple du Nord.
     Depuis que je suis dans tes tats, j'ai partout cherch ton royaume, et
n'ai jamais pu trouver que ta ville ; cette ville est un gouffre o toutes les
richesses venant s'engloutir appauvrissent, au moyen de cela, le reste de la
nation. Veux-je tudier cette capitale, qu'y vois-je ? Tout ce que le faste et
l'opulence peuvent taler de plus magnifique,  ct de ce que la misre et la
fainantise offrent de plus affligeant. D'une part, des nobles presque rois ;
de l'autre, des citoyens plus qu'esclaves. Et partout le vice de l'ingalit,
poison destructeur de tout, gouvernement d'autant plus difficile  corriger
chez toi, qu'il nat de la distance norme qui se trouve dans les biens des
propritaires. On ne voit dans ton pays que des hommes qui possdent des
provinces, prs d'autres malheureux qui n'ont pas un arpent de terre. Ici,
l'extrme richesse est beaucoup trop voisine de l'extrme pauvret ; et cette
diffrence fait qu'un homme est absolument l'antipode de l'autre. Si ces gens
riches avaient quelques vertus au moins, mais ils me font piti : ils veulent
afficher l'clat de la naissance, et n'ont aucun des avantages qui peuvent en
faire passer le ridicule ; ils sont fiers sans urbanit, tyrans sans
politesse, magnifiquement pars sans lgance, libertins sans aucune
recherche. Selon moi, tous ressemblent  ton Vsuve : ce sont des beauts qui
font peur. Tous leurs moyens de distinction se rduisent  entretenir des
couvents et des filles,  nourrir des chevaux, des valets et des chiens.
     En continuant mes observations sur ton peuple, le refus formel qu'il fit
d'adopter le tribunal de l'Inquisition m'en donna d'abord une assez bonne ide
; poursuivant mes rflexions, je m'aperus qu'il n'en tait pas moins trs
faible quoiqu'il et fait une chose qui demande de la force.
     On accuse ton clerg d'avoir cumul beaucoup de richesses, je ne l'en
blme pas ; son avarice, en balanant celle des souverains de la nation,
rtablit un peu l'quilibre : ceux-ci avaient dissip, les autres conservent.
Quand on aura besoin des trsors du royaume, on saura du moins o les
prendre[16] .
     En analysant bien ta nation, je n'y vois que trois tats, et tous trois
inutiles ou malheureux : le peuple est assurment de cette dernire classe,
les prtres et les courtisans forment les deux autres. Un des grands dfauts
de ton petit empire, mon ami, c'est qu'il n'y existe qu'un pouvoir, devant qui
tout cde : le roi est l'tat, ici ; le ministre est le gouvernement. Il ne
peut donc y avoir d'autre mulation que celle que font natre le souverain et
son agent : o peut-il exister un plus grand vice que celui-l ?
     Quoique la nature donne beaucoup  ton peuple, il jouit de peu. Mais ce
n'est pas l'effet de son inaction ; cet engourdissement a sa source dans ta
politique qui, pour tenir le peuple dans sa dpendance, lui ferme la porte des
richesses ; d'aprs cela, son mal est sans remde, et l'tat politique n'est
pas dans une situation moins violente que le gouvernement civil, puisqu'il
tire ses forces de sa faiblesse mme. La crainte que tu as, Ferdinand, que
l'on ne dcouvre ce que je te dis, te fait exiler les arts et les talents de
ton royaume. Tu redoutes l'il puissant du gnie, voil pourquoi tu favorises
l'ignorance. C'est de l'opium que tu fais prendre  ton peuple, afin
qu'engourdi par ce somnifre, il ne sente pas les plaies dont tu le dchires.
Et voil d'o vient que l'on ne trouve chez toi aucun des tablissements qui
donnent de grands hommes  la patrie : les rcompenses dues au savoir y sont
inconnues, et, comme il n'y a aucun honneur ni aucun profit  tre savant,
personne ne se soucie de le devenir.
     J'ai tudi tes lois civiles : elles sont bonnes, mais mal excutes,
d'o il rsulte qu'elles se dgradent. Qu'arrive-t-il ? qu'on aime mieux vivre
dans leur corruption, que d'en demander la rforme, parce qu'on craint, avec
raison, que cette rforme ne fasse natre infiniment plus d'abus qu'elle n'en
dtruirait ; on laisse les choses comme elles sont. Nanmoins, tout va de
travers, et comme il n'y a pas plus d'mulation pour le gouvernement que pour
les arts, personne ne se mle des affaires publiques ; on s'en ddommage en se
livrant au luxe...  la frivolit... aux spectacles. Il en arrive que le got
des petites choses remplace chez vous celui des grandes, que le temps qu'on
devrait  celles-ci se passe  celui qu'on donne aux futilits, et que vous
serez subjugus tt ou tard par celui qui voudra de vous...
     Pour prvenir ce malheur, la situation de ton tat aurait besoin d'une
arme navale. J'ai bien vu quelques troupes de terre chez toi, mais pas un
vaisseau. Avec cette insouciance, avec cette condamnable apathie, ta nation
perd le titre de puissance maritime auquel la situation lui donne des droits,
et, comme tes forces de terre ne t'en ddommagent pas, tu finiras par n'tre
rien. Les peuples qui s'agrandiront se moqueront de toi, et si jamais une
rvolution vient  rgnrer quelques-uns d'entre eux, tu seras, avec raison,
priv de l'honneur de former un poids dans la balance. Il n'y a pas jusqu'au
pape qui ne puisse te faire peur, s'il voulait avoir un peu d'nergie.
     Eh bien ! Ferdinand, est-ce la peine de vouloir dominer une nation, pour
la conduire de cette manire ? Et crois-tu qu'un souverain, mme un despote,
puisse tre heureux quand son peuple n'est pas florissant ? O sont les
maximes conomiques de ton tat ? J'en ai cherch, et n'en ai trouv nulle
part. Augmentes-tu l'agriculture ? encourages-tu la population ? protges-tu
le commerce ? donnes-tu de l'mulation aux arts ? Non seulement, chez toi,
l'on ne voit rien de ce que les autres font, mais je vois qu'on fait mme tout
le contraire. Qu'arrive-t-il de tous ces inconvnients ? Que la triste
monarchie languit dans l'indigence ; que toi-mme deviens un tre nul au
congrs des autres puissances de l'Europe, et que ta dcadence est prochaine.
     Examinerai-je l'intrieur de ta ville ? en analyserai-je les murs ? Je
n'y vois nulle part de ces vertus simples qui servent de bases  la socit.
On se runit par orgueil, on se frquente par habitude, on se marie par besoin
; et comme la vanit est le premier vice des Napolitains, dfaut qu'ils
tiennent des Espagnols, dans la dpendance desquels ils vcurent si longtemps,
comme, dis-je, l'orgueil est le vice inhrent  ta nation, on vite de se voir
de trop prs, dans la crainte que l'homme ne ft horreur, une fois que le
masque serait  bas. Ta noblesse, ignorante et bte comme partout, achve de
multiplier le dsordre, en donnant sa confiance aux gens de lois, triste et
dangereuse engeance, dont la ridicule tendue fait qu'il n'y a presque point
de justice. Le peu qu'il y en a se vend au poids de l'or ; et c'est ici,
peut-tre, de tous les pays que j'ai parcourus, le seul o j'ai vu mettre plus
d'esprit en usage pour absoudre un coupable, qu'on en met ailleurs pour
justifier un innocent.
     Je m'tais imagin que ta cour m'offrirait quelques ides de politesse et
de galanterie, et je n'y trouve partout que des rustres ou des imbciles. Je
me consolais des vices monarchiques, par l'espoir de quelques antiques vertu,
et je n'ai vu dans ton gouvernement que le rsultat de tous les dsordres des
diffrents royaumes de l'Europe. Chaque individu, chez toi, cherche  paratre
plus qu'il n'est ; et comme on n'a pas les qualits qui font acqurir les
richesses, on y substitue la fraude : ainsi, la mauvaise foi s'tablit, et les
trangers ne peuvent plus prendre de confiance en une nation qui n'en a pas
dans elle-mme.
     Aprs avoir jet mes regards sur les nobles, je les porte sur ton peuple.
Je le vois partout, grossier, stupide, indolent, voleur, sanguinaire,
insolent, et ne possdant pas une seule vertu qui fasse racheter tous ces
vices.
     Veux-je, en runissant les deux tableaux, m'occuper de l'ensemble de la
socit ? J'y vois toutes les conditions confondues ; le citoyen auquel il
manque le ncessaire, ne s'occuper que de l'inutile ; chaque homme servir
d'amusement ou de spectacle  un autre ; l'indigence elle-mme afficher un
luxe d'autant plus rvoltant que, quand des coursiers tranent ses chars, elle
manque de pain sur sa table. N'est-ce pas un des effets horribles du got des
Napolitains pour le luxe, de voir que, pour possder un carrosse et des
valets, les trois quarts et demi des bonnes maisons ont la cruaut de ne pas
marier leurs filles ? Cet affreux exemple se propage dans toutes les classes.
Qu'arrive-t-il ? Que la population diminue en raison de ce que le luxe
augmente, et que l'tat dprit insensiblement, en proportion du coloris
trompeur qu'il acquiert par ces vils moyens.
     Mais c'est dans vos mariages et dans vos prises d'habits, surtout, que ce
luxe devient aussi ridicule que cruel. Dans le premier cas, vous diminuez sur
la dot de la malheureuse fille, afin de l'embellir un seul jour, dans le
second, vous auriez de quoi lui trouver un mari, de ce que vous dpensez  la
crmonie ridicule qui doit l'en priver toute sa vie.
     Ce qu'il y a de particulier, Ferdinand, c'est que, quoique tes sujets
soient pauvres, tu es riche. Et tu le serais bien davantage, si tes
prdcesseurs n'avaient vendu l'tat en dtail, pour avoir de l'argent en
gros. Un tat qui a des intrts de commerce rciproques peut balancer, ses
revers par ses avantages ; mais un peuple avec qui tout le monde ngocie, et
qui ne ngocie avec personne, un peuple qui, en matire de commerce, fait la
chouette  toute l'Europe, doit s'appauvrir ncessairement. Telle est
l'histoire de ta nation, mon cher prince ; toutes les autres t'imposent un
tribut pour leur industrie, et ton industrie sans activit n'en peut imposer 
personne.
     Ce qu'il y a de bien plaisant, c'est que tes arts tiennent du caractre
vain et glorieux de ton peuple. Aucune ville sur la terre ne surpasse la
tienne en dcorations d'opra ; tout est clinquant chez toi, comme ce peuple.
La mdecine, la chirurgie, la posie, l'astronomie y sont encore dans les
tnbres ; mais tes danseurs sont excellents, et nous n'avons nulle part
d'aussi plaisants scaramouches. Ailleurs, enfin, on se donne beaucoup de
mouvement pour devenir riche : le Napolitain, seul, ne s'en donne que pour le
paratre ; il a moins  cur de possder une grande fortune, que de persuader
aux autres qu'il en jouit, et cherche bien moins l'opulence que ce qui
l'annonce. Voil ce qui fait que, dans ta nation, il y a beaucoup de gens qui
se privent du ncessaire pour avoir le superflu. La frugalit rgne au milieu
du plus grand faste ; la dlicatesse des mets est inconnue ; except tes
macaronis, que mange-t-on de bon chez toi ? rien : on y mconnat absolument
cet art voluptueux d'irriter toutes les passions par les dlicieuses
recherches de la table. Tout cde au plaisir absurde d'avoir un beau carrosse,
une belle livre, et, par un contraste dplaisant  l'il, avec la pompe et la
magnificence des modernes, vous avez conserv la frugalit des anciens. Vos
femmes sont imprieuses et sales, exigeantes et basses, sans usage du monde,
sans lecture. En d'autres climats, leur commerce, en gtant le cur, raffine
au moins l'esprit : ici les hommes ne jouissent pas mme avec elles de ce
dernier avantage ; les vices que l'on contracte dans leur socit sont sans
retour comme sans ddommagement : on perd tout avec elles, et l'on n'acquiert
rien.
     A ct du mal, il est juste pourtant de dire un peu de bien. Le fond de
ton peuple est bon ; le Napolitain est vif, irascible, brusque, mais il
revient avec facilit, et son cur, qui parait alors tout entier, n'est pas
sans vertus. Presque tous les crimes qui se commettent ici sont plutt
l'ouvrage du premier mouvement que de la rflexion, et la preuve que ce peuple
n'est pas mchant, c'est qu'il est trs nombreux  Naples, et qu'il s'y
maintient sans police. Ce peuple t'aime, Ferdinand : rends-le-lui, sois
capable d'un grand sacrifice. Christine, reine de Sude, abjura sa couronne
par philosophie : brise ton sceptre par bienfaisance, quitte les rnes d'un
gouvernement assez mal organis pour n'enrichir que toi. Songe que les rois ne
sont rien dans le monde ; les peuples tout. Abandonne  ce peuple seul le soin
de redonner du ton aux ressorts d'une machine qui n'ira jamais bien loin sous
ton gouvernail ; laisse Naples vivre en rpublique : ce peuple, je l'ai
tudi, est aussi mauvais esclave, qu'il deviendrait bon citoyen. Rends-lui
donc l'nergie qu'enchane ton pouvoir, et tu auras produit deux biens  la
fois : celui de faire trouver en Europe un tyran de moins, et celui d'y faire
admirer un peuple de plus.
     Ferdinand, qui m'avait coute avec attention, me demanda, ds que j'eus
fini, si toutes les Franaises raisonnaient comme moi sur la politique.
     - Non, lui dis-je : la plus grande partie analyse mieux des pompons que
des royaumes ; elles pleurent quand on les opprime ;. elles sont insolentes
ds que les fers tombent. Pour moi, la frivolit n'est point mon vice ; je
n'en dis pas autant du libertinage... j'y tiens excessivement ; mais le
plaisir de foutre ne m'aveugle pas au point de ne pouvoir discuter les
intrts des diffrents peuples de la terre. Le flambeau des passions allume 
la fois, dans les mes fortes, celui de Minerve et celui de Vnus ;  la lueur
de celui-ci, je fouts comme ta belle-sur[17]  ; aux rayons du premier, je pense
et parle comme Hobbes et comme Montesquieu. Est-ce donc, selon toi, quelque
chose de si difficile  mener qu'un empire ? Assurer si bien le bonheur du
peuple qu'il ne puisse plus vous envier le vtre ; travailler ensuite  ce
dernier avec d'autant moins de retenue que l'homme cesse d'observer et d'tre
jaloux quand il est heureux : il me semble que voil tout le secret ; et il y
a bien longtemps que je l'aurais mis en pratique, si j'avais, comme toi, le
pouvoir et la folie de rgir un peuple. Prends-y garde, mon ami ! ce n'est pas
le despotisme que je te dfends, j'en connais trop bien les douceurs pour te
l'interdire : je ne te conseille de supprimer et de changer que tout ce qui
peut nuire au parfait maintien de ce despotisme, ds que tu veux rester sur le
trne. Rends donc heureux tout ce qui sait sentir, si tu veux l'tre toi-mme
; car ds que ceux-l ne jouiront pas, sois-en bien certain, Ferdinand, ils
t'empcheront de jouir  leur tour.
     - Et le moyen ?
     - La plus grande libert de penser, de croire et de se conduire. Brise
les freins moraux ; l'homme qui bande veut tre libre comme la bte. Si tu
vas, comme en France, lui fixer l'autel o il faut que son foutre coule, en le
courbant par des btises sous le joug odieux d'une morale purile, il te le
rendra d'une manire plus dure. Les fers remis  tes mains, pour eux, par des
pdants ou par des prtres, t'enchaneront bientt toi-mme, et peut-tre
jusqu' l'chafaud o te conduira sa vengeance[18] .
     - Il ne faudrait donc pas de murs, selon vous, dans un gouvernement ?
     - Aucunes que celles qu'inspire la nature. Vous rendrez toujours l'homme
malheureux, quand vous voudrez l'astreindre  d'autres. Laissez  l'homme
outrag le soin de se venger du tort qu'il a reu : il y russira toujours
mieux que ne font vos lois, car il y est plus intress qu'elles ; d'ailleurs,
on chappe souvent  vos lois, et bien rarement  celui qui poursuit notre
juste vengeance.
     - Ma foi, je n'entends pas grand-chose  tout cela, me rpondit ce gros
bent. Je fouts, je mange des macaronis sans cuisinier, je btis des maisons
sans architecte, je recueille des mdailles sans antiquaire, je joue au
billard comme un laquais, je fais faire l'exercice  mes cadets comme un
sergent ; mais je ne parle ni politique, ni religion, ni murs, ni
gouvernement, parce que je ne connais rien  tout cela.
     - Et le royaume ?
     - Va comme il peut. T'imagines-tu donc qu'il faille tre si savant pour
tre roi ?
     - Tu me prouves que non, rpondis-je, mais tout cela, sans me convaincre
qu'il ne soit pas ncessaire d'avoir de la raison et de la philosophie pour
conduire les hommes, et que, priv de l'un et de l'autre, on ne doit faire que
des sottises, qui doivent engager bien vite les sujets d'un prince tel que
toi,  secouer ton joug imbcile. Et ils le feront bientt, sois-en sr, si tu
ne prends tous les moyens possibles pour les en empcher.
     - J'ai des canons, des forteresses.
     - Et qui sert tout cela ?
     - Mon peuple.
     - Mais s'il se lasse de toi, il ne te servira plus. On tournera les
canons contre ton chteau, on s'emparera de tes forteresses, et l'on te
tranera peut-tre dans la boue.
     - Vous m'effrayez, madame !... et que faudrait-il ?
     - Je te l'ai dit. Imite l'cuyer savant : loin de tirer la bride  toi
quand le coursier se cabre, rends-lui doucement la main ; fais plus, coupe les
rnes et laisse-le se conduire  sa guise. La nature, en dissminant les
peuples sur la surface du globe, leur donna  tous le gnie ncessaire pour se
conduire ; mais ce ne fut jamais que dans sa colre qu'elle leur suggra
l'ide de se donner des rois. Ceux-ci sont au corps politique, ce qu'est le
mdecin au corps matriel : on peut l'appeler quand on souffre[19]  ; il faut
lui fermer la porte quand la sant revient ; il prolongerait la maladie pour
terniser les secours, et, sous prtexte de gurir, il nerverait.
     - Juliette, tu raisonnes bien, j'aime ta conversation, mais je ne sais...
tu m'en imposes ; tu as plus d'esprit que moi.
     - Cette mesure-l n'est pas celle qui pourrait m'en assigner une bien
forte dose. N'importe, puisque mon esprit te fait peur, qu'un instant la
raison le cde  tes plaisirs : que dsires-tu, voyons ?
     - On dit que tu as le plus beau corps du monde, Juliette, je veux le
voir. Peut-tre, avec le ton sur lequel tu as dbut dans ma Cour, ne
serait-ce pas ici tout  fait le langage que je devrais employer ; mais le
clinquant ne m'en impose pas, ma chre ; j'ai pris des informations sur tes
surs et sur toi : quoique fort riches, je n'en puis douter, mes amies, vous
n'tes que trois franches putains.
     - Tes informations sont mal prises, beau Sire, rpondis-je avec vivacit
; tes espions ressemblent  tes ministres : ils volent ton argent sans te
servir. Si tes informations avaient t bonnes, tu reconnatrais ton erreur.
N'importe, pour mon compte, je n'ai nulle envie de faire la vestale. Il ne
s'agit que de composer : je ne te rendrai pas la capitulation plus dure
qu'elle ne l'a t pour ton beau-frre, le petit duc de Toscane. coute donc ;
quoique tu aies tort en nous considrant, mes surs et moi, comme des putains
: si nous ne le sommes pas, par le fait, toujours est-il certain qu'il est
impossible d'tre et plus sclrates et plus corrompues ; tu nous auras toutes
trois, si tu veux.
     - Assurment, rpondit le prince, il n'y a rien qui me plaise comme
d'enfiler ainsi toute une famille.
     - Eh bien ! dis-je, tu vas te satisfaire, et nous n'exigeons de toi, pour
cela, que de nous dfrayer  Naples de toutes les dpenses que nous y ferons
pendant six mois, de payer nos dettes si nous en faisons, et de nous assurer
l'impunit la plus entire, quels que puissent tre les carts o nous nous
livrions.
     - Et quels seront ces carts ?
     - Nombreux, violents au del de tout ce qu'on peut imaginer : il n'est
aucune sorte de crimes o nous ne nous portions, mes surs et moi, et nous ne
voulons tre punies d'aucun...
     - Accord, rpondit Ferdinand ; mais donnez  vos dlits le moins d'clat
que vous pourrez, et qu'aucun n'attaque mon gouvernement ni ma personne.
     - Non, non, dis-je, ceux-l ne nous amuseraient pas. Bons ou mauvais,
nous laissons les gouvernements comme ils sont ; et quant aux rois, nous
laissons aux peuples le soin de se venger de leur despotisme.
     - Allons, dit Ferdinand, nous pouvons donc parler de plaisirs.
     - Ne dis-tu pas que tu veux jouir galement de mes surs ?
     - Oui, mais il faut toujours commencer par toi.
     Et me faisant passer dans un cabinet diffrent :
     - Juliette, me dit le Napolitain, en me laissant voir une femme de
vingt-sept  vingt-huit ans, presque nue, et couche sur un canap, dans une
niche de glaces, ce sont autant les passions de cette femme, que les miennes,
qu'il faut que tu satisfasses.
     - Et quelle est cette femme ?
     - C'est la mienne.
     - Ah ! c'est toi, Charlotte ? dis-je sans m'tonner ; je te connais de
rputation : aussi putain que tes surs, on dit pourtant que tu paies mieux ;
nous le verrons.
     - Juliette, me dit ici Ferdinand, si tu veux que je favorise tes dsirs,
il faut porter, avec la reine, la complaisance au dernier priode.
     - Qu'elle dise ce qui lui plat : personne ne possde, comme moi, les
ressources de la lubricit ; je les emploierai toutes.
     Et, dans le mme instant, Charlotte de Lorraine, se jetant  mon cou, me
fit comprendre, par mille baisers, combien elle tait dj sensible aux
plaisirs que je lui promettais. Les crmonies se supprimrent : Ferdinand
nous dshabilla toutes deux ; puis, ayant introduit dans cet asile un jeune
page de quinze ans, beau comme le jour, qu'il mit dans le mme tat, Charlotte
et moi, nous nous branlmes sur le canap, pendant que, bien en face de
l'opration, Ferdinand, pollu par son page, lui baisait ardemment la bouche
en lui branlant le derrire.
     Oh ! mes amis, quelle femme que cette Charlotte ! Je crus que
l'impudicit mme avait tabli toutes ses flammes dans le con de cette putain
royale. Charlotte, les cuisses enlaces dans les miennes, frottait avec ardeur
son clitoris sur le mien ; ma mains embrassaient mes fesses ; l'un de ses
doigts chatouillait le trou de mon cul ; sa langue, enfonce dans ma bouche,
pompait ma salive avec ardeur ; la coquine tait en feu, et le foutre exhalait
par ses pores. Je n'y tiens pas, je change de posture ; nos ttes entre les
cuisses l'une de l'autre nous facilitent les plaisirs de la succion. Oh !
comme elle me rend ce que je lui prte ; si mon con inonde son gosier de
foutre, le sien est un torrent dont les frquentes jaculations remplissent le
mien et le dlectent. Quand nous n'emes plus de foutre  rpandre, elle me
supplia de lui pisser dans la bouche ; je lui demandai la mme chose : nous
nous inondmes d'urine, et nous avalions  mesure qu'elle coulait.
     Charlotte est belle, sa peau fort blanche, sa gorge soutenue, ses fesses
admirables, ses cuisses d'une merveilleuse proportion ; on voit qu'elle a
beaucoup foutu de toutes les faons possibles, mais elle est pourtant bien
conserve, et ses ouvertures encore fort troites[20] .
     -  mon amour ! lui dis-je, vritablement mue de ses charmes,
portons-nous des coups plus srieux !
     - Voil ce qu'il faut pour cela, me dit le roi en nous jetant des
godemichs.
     Et, nous en tant affubles toutes deux, nous nous lanmes bientt les
bottes les plus nergiques. Dans une de ces attitudes, mon cul se trouva bien
en face de Ferdinand ; il l'examine, il le convoite, il le couvre des plus
chauds baisers.
     - Fixe un instant ta posture et tes mouvements, me dit-il : je veux
t'enculer pendant que tu fouts ma femme... Toi, Zerbi, branle mon derrire...
     La scne dura quelques instants, au bout desquels le prince, remettant sa
femme  ma place, l'encule pendant qu'elle me fout ; un moment aprs, il la
fait sodomiser par le jeune homme, je la gamahuche, et lui... dcharge enfin
dans le cul du page qui le cocufie.
     Au bout d'un moment de repos employ  nous baiser,  nous manier, nous
recommenmes. Ferdinand se mit dans mon cul, il gamahuchait celui de Zerbi,
il le faisait chier dans sa bouche, et sa femme lui donnait le fouet. Au bout
d'une minute, il sortit de mon cul, prit les verges et nous fouetta tous trois
assez fort ; la reine me le rendit, c'tait une de ses passions ; elle me mit
en sang ; elle sua le vit du page, pendant que son mari l'enculait et qu'elle
me maniait le derrire. Peu aprs, nous entourmes Ferdinand, je le suais, sa
femme le socratisait, lui maniait les couilles, et le page,  cheval sur sa
poitrine, lui faisait lcher le trou de son cul ; il se relve de l bandant
fort dur.
     - Je ne sais pourquoi nous ne tordrions pas le cou  ce petit bougre-l,
dit-il en saisissant son page au collet, et lui faisant jeter les hauts cris.
     - Il faut le pendre, dit Charlotte.
     - Ma fille, dis-je en baisant cette femme charmante, tu aimes donc aussi
la cruaut ? Ah ! je t'adore, si cela est ! Tu serais, je le vois, capable du
trait de cette impratrice de la Chine, qui nourrissait ses poissons avec des
couilles d'enfants de pauvres.
     - Oh ! oui, oui ! j'imiterai cette horreur quand on le voudra ; je suis
faite pour la surpasser. Faisons des infamies, Ferdinand ; cette femme est
dlicieuse, je le vois, elle a de l'esprit, du caractre, de l'imagination ;
je lui crois nos gots. Tiens, mon ami, sers de bourreau toi-mme  Zerbi, et
souvenons-nous que la destruction d'un individu est le stimulant le plus vif
qu'on puisse ajouter aux attraits de la dbauche des sens. Pends Zerbi, cher
poux, pends-le ferme ; Juliette me branlera, bien en face de l'opration...
     Elle s'excute ; et Ferdinand accroche le page avec tant d'art et tant de
violence, qu'il expire avant que nous n'ayons seulement le temps de nous
mettre en train.
     - Oh ! foutre ! dit Charlotte, me voici la plus malheureuse des femmes,
je ne voulais lancer du sperme qu'en le voyant expirer : n'importe,
dtache-le, Ferdinand ; tout mort qu'il est, conduis sa main, je veux qu'il me
branle.
     - Non, dit le roi, ce sera Juliette qui sera charge de ce soin ; moi,
j'enculerai le cadavre pendant ce temps-l ; on prtend qu'il n'y a rien de
meilleur au monde, je veux en essayer. Oh ! sacredieu ! dit-il, ds qu'il est
dans ce cul, on a raison de vanter cette jouissance : je me dchire en foutant
ce cul-l, c'est divin !
     La scne marche ; Zerbi ne renat point, mais ses bourreaux meurent de
plaisir. Charlotte, pour dcharger une dernire fois, s'tendit, nue, sur le
corps dj froid du page, et, pendant que son mari la branlait, elle me
faisait chier dans sa bouche. Quatre mille onces[21]  furent ma rcompense, et
nous nous sparmes avec promesse de nous revoir bientt en plus nombreuse
compagnie.
     De retour au logis, je raconte  mes surs les gots bizarres de Sa
Majest sicilienne.
     - Il est unique, dit Clairwil, que de pareilles passions soient toujours
niches dans la tte de ceux que la nature lve par leur esprit, leurs
richesses ou leur autorit.
     - Je ne connais rien de plus simple, dit Olympe,  laquelle nous ne
donnions plus d'autre nom, de peur que le sien ne la fit reconnatre ; non, en
vrit, je ne connais rien de si naturel que de voir les recherches les plus
raffines du plaisir, conues par ceux dont les perceptions de l'esprit sont
plus dlicates, ou par ceux que le despotisme ou les faveurs de la fortune
mettent au-dessus des autres. Il est impossible qu'un homme qui a beaucoup
d'esprit, beaucoup de puissance, ou beaucoup d'or, s'amuse comme tout le
monde. Or, s'il raffine les volupts, il arrivera ncessairement au meurtre,
car le meurtre est le dernier excs de la volupt ; il est dict par elle, il
est une de ses branches, un de ses carts. L'homme ne parvient aux dernires
crises de la volupt que par un accs de colre ; il tonne, il jure, il
s'emporte, il manifeste, dans cette crise, tous les symptmes de la brutalit
; un pas de plus, il est barbare, encore un, le voil meurtrier ; plus il aura
d'esprit, mieux il raffinera tous ses mouvements. Une chane le retiendra
nanmoins encore : il craindra, ou l'extrme dpense de ses plaisirs, ou les
lois ; mettez-le  l'abri de ces folles terreurs par beaucoup d'or ou
d'autorit, le voil lanc dans la carrire du crime, parce que l'impunit le
rassure, et qu'on va  tout, quand on joint  l'esprit de tout concevoir, les
moyens de tout entreprendre.
     - Eh bien ! dis-je  mes amies, nous voil toutes trois dans cette passe
heureuse ; car avec les richesses immenses que nous possdons, l'impunit la
plus entire nous est accorde par Ferdinand.
     - Oh, foutre ! dit Clairwil,  quel point cette charmante certitude
enflamme mes passions !...
     Et la gueuse cartait les cuisses, se retroussait, se branlait, et nous
offrait un con vermeil et haletant, qui semblait appeler tous les vits de
Naples au combat.
     - On dit que les engins sont superbes ici, poursuivit-elle ; il faut
prendre quelques arrangements avec Sbrigani pour n'en pas manquer.
     - J'ai pourvu  tout cela ds hier, nous rpondit cet homme charmant ;
j'ai douze pourvoyeurs en campagne, et, par mes soins, vingt-quatre beaux
garons de dix-huit  vingt-cinq ans vous seront rgulirement prsents tous
les matins : j'en serai le vrificateur ; si, malgr les ordres rigoureux que
j'ai donns, il se mlait du mdiocre dans les fournitures, elles seraient
aussitt refuses.
     - Et quelles sont les tailles adoptes ? dit Clairwil, que Raimonde
branlait.
     - Vous n'aurez jamais rien au-dessous de six pouces de circonfrence sur
huit de long.
     - Fi donc ! cette mesure est bonne pour Paris, mais  Naples, o il y a
des monstres !... Pour moi, je vous avertis que je ne prends rien au-dessous
de huit pouces de tour sur un pied de long...
     - Ni nous non plus, rpondmes-nous, Olympe et moi, presque en mme temps
; peut-tre aurons-nous moins par cet arrangement, mais nous aurons meilleur...
     - Moins ? dit Clairwil, je ne vois pas pourquoi diminuer le nombre ; au
contraire, je tiens autant  la qualit qu' la quantit, moi : je prie donc
Sbrigani de nous avoir trente hommes tous les matins, dans les proportions que
je viens de donner : c'est dix pour chacune de nous. En supposant qu'ils nous
foutent trois coups chacun, y a-t-il donc de quoi se rcrier ? Quelle est
celle de nous qui ne peut pas courir trente postes, avant que de prendre son
chocolat ? Pour moi, je vous garantis que cela ne m'empchera pas de faire
encore quelques petites incartades pendant la journe : ce n'est qu'en foutant
beaucoup qu'on se met en train de foutre, et ce n'est que pour foutre que nous
a cres la nature...
     Et la coquine dchargea dans les bras de Raimonde en prononant ces
derniers mots.
     - En attendant, dit Sbrigani, que je remplisse vos vues, voyez si ces six
beaux valets vous plaisent : je crois qu'ils passent les mesures que vous
venez de m'indiquer...
     Et, en mme temps, six grands gaillards, de cinq pieds dix pouces,
parurent  moiti nus et le vit  la main.
     - Sacredieu ! dit Clairwil encore trousse, quels engins... Voyons que je
les empoigne (mais ses deux mains n'y suffisent pas). Oh ! ceux-ci sont de
mise, dit-elle. A vous, mes amies ; pour moi, voici les deux que je retiens.
     - Un moment, dit Sbrigani, vous perdez la tte ; laissez-moi rgler vos
plaisirs, ils seront mieux dirigs, par moi qui suis calme, que par vous, que
le foutre aveugle dj.
     - Oui, oui, il a raison, dit Clairwil qui se dshabillait toujours
provisoirement, qu'il arrange, qu'il ordonne ; moi, je vais toujours me mettre
en tat de combattre.
     - Tiens, Clairwil, dit Sbrigani, commence, tu me parais la plus presse.
     - Je l'avoue, rpondit notre compagne, je ne sais ce que l'air de Naples
a pour moi de particulier, mais il m'enivre... il me rend plus libertine que
jamais...
     - Rempli de particules nitreuses, sulfureuses et bitumeuses, rpondis-je,
il doit ncessairement agacer les nerfs, et mettre les esprits animaux dans
une beaucoup plus grande agitation. Je sens, comme toi, que je ferai des
horreurs dans ce pays-ci.
     - Quoique je dusse y tre plus accoutume que vous, nous dit Olympe, 
cause du peu de distance qui existe entre ce pays et le mien, je sens
nanmoins, comme vous, qu'il m'irrite au dernier degr.
     - Jouissez donc, dit Sbrigani, donnez-vous-en, putains, et comptez sur
moi pour servir vos plaisirs. Tenez, poursuivit-il, voici l'arrangement que je
vous conseille de prendre pour cette scne-ci : Clairwil va commencer ;
quoiqu'elle brle d'tre foutue, je veux qu'on lui fasse dsirer l'engin qui
va la percer. Juliette, prends ce beau vit, dj du choix de ton amie,
branle-le tout prs de son con, frotte-lui-en le clitoris, mais ne l'enfonce
pas. Toi, Borghse, chatouille lgrement l'entre du con de la patiente ;
chauffe-la, mets-la en fureur, et quand la rage clatera dans ses yeux, nous
la satisferons, mais il faut qu'elle soit couche dans les bras de l'un de ces
jeunes gens ; il faut qu'en la soutenant, ce beau garon lui branle le trou du
cul d'une main, les ttons de l'autre, et qu'il baise sa bouche. Pour irriter
encore les sens de notre amie, nous lui ferons introduire, de chaque main, un
vit dans les cons d'lise et de Raimonde, o ils ne feront que s'chauffer un
moment ; les deux autres jeunes gens vous enconneront sous ses yeux, afin de
complter le dsordre dont nous voulons embraser son me...
     La coquine, en effet, n'y tint pas six minutes ; elle cume, elle jure...
elle draisonne, et voyant qu'il devient impossible de la faire languir plus
longtemps, les six valets, en moins d'une heure, lui passent sur le corps, et
la font mourir de plaisir. Olympe et moi, pressions les vits au sortir du con
de notre amie. lise et Raimonde nous branlaient, nous fouettaient, nous
chatouillaient, nous lchaient. Sbrigani mettait ordre  tout, et nous
dchargions comme des gueuses. Toutes les manires de foutre, toutes les
dbauches, tous les raffinements furent mis en usage ; celui de tous que nous
employmes le plus, fut de recevoir  la fois trois vits, deux dans le con, un
dans le cul. On n'imagine pas, avec des fouteurs adroits, le plaisir que donne
cette jouissance ; quelquefois, tous se runissaient sur une seule femme. Je
soutins trois fois ainsi le poids gnral. J'tais couche sur un homme qui
m'enculait ; lise,  cheval sur mon visage, me donnait son joli petit con 
sucer ; un homme l'enculait sur moi, en me branlant le con ; et Raimonde
branlait le trou du cul de cet homme avec sa langue. Sous mes deux mains
taient,  quatre pattes, Olympe d'un ct, Clairwil de l'autre :
j'introduisais un vit dans chacun de leurs culs, et elles suaient, chacune,
les vits du cinquime et du sixime homme. Enfin, les six valets, aprs avoir
dcharg chacun huit fois, furent reus sans difficult. Il tait impossible
de refuser, aprs de pareilles preuves.
     Environ huit jours aprs cette aventure, nous remes une nouvelle
invitation de Ferdinand, qui nous engageait  venir toutes trois le voir 
Portici. Il paraissait que le roi avait voulu mettre,  cette scne-ci,
infiniment plus de soin et d'clat que dans l'autre. Nous fmes reues dans
des cabinets magnifiquement dcors et d'une fracheur dlicieuse. Charlotte,
vtue comme Flore, nous y attendait avec le prince de La Riccia, beau jeune
homme de vingt-quatre ans, et qui tait de tous les plaisirs particuliers de
la reine et de son mari. Quatre jolis enfants, deux petites filles de dix 
onze ans, et deux petits garons de douze  treize, vtue comme les Grecs
costumaient autrefois leurs victimes, taient debout, et dans un respectueux
silence,  l'une des extrmits du cabinet. La taille noble et majestueuse de
Clairwil, la rgularit de ses traits, quoiqu'elle ne ft plus de la premire
jeunesse, l'excessif libertinage de ses yeux, tout frappa la reine de Naples.
     - Voil une bien belle femme ! s'cria-t-elle.
     Et comme dans des cratures aussi libertines que nous, il n'y a jamais
qu'un pas des loges aux caresses, les deux coquines furent bientt dans les
bras l'une de l'autre. La Riccia s'empare d'Olympe, et je continue d'tre la
favorite du roi.
     . - Avant que d'agir ensemble, dit Ferdinand, je suis d'avis que nous
passions tous sparment, deux par deux, lis comme nous voil, dans les
boudoirs environnant cette pice. Aprs quelques minutes de tte--tte, nous
nous rassemblerons.
     Charlotte nous donne l'exemple ; suivie de Clairwil et de l'une des deux
victimes fminines, elle s'enferme dans l'un des boudoirs. La Riccia prend un
des petits garons, et passe avec Olympe ; une petite fille et un petit garon
restent  Ferdinand qui s'enferme bientt avec eux et moi. Ici, le libertinage
pais et grossier du Napolitain parut dans toute son nergie. Mais comme 
travers les nuages les plus opaques, quelques rayons de l'astre du jour
viennent quelquefois gayer les mortels, de mme, d'assez jolies nuances de
lubricit peraient les masses de balourdises du butor  qui je servais.
     Aprs quelques instante d'horreurs prparatoires auxquelles chacun de
nous se livra particulirement avec les sujets qu'il avait emmens, nous nous
runmes tous dans un salon superbe ; et l, nous tant chauffe
rciproquement l'imagination par le dtail des infamies que nous venions de
commettre, nous nous plongemes de nouveau dans un ocan de lubricit, et
excutmes, sans restriction, tout ce que nous suggra le drglement de ttes
aussi libertines et sclrates que les ntres.
     L'puisement de nos forces vint seul mettre un terme  ces voluptueuses
orgies, et nous nous sparmes.
     A notre retour, nous trouvmes Sbrigani bless et dans son lit. On
l'avait insult  notre occasion : quelques propos s'taient tenue dans un
caf ; un Franais, qui prtendait nous connatre, nous avait traites de
putains. Quoique, dans le fait, peu de choses au monde fussent plus vraies,
Sbrigani, par attachement, n'en voulut jamais convenir, et, pour appuyer des
mensonges, l'imbcile s'tait fait donner deux bons coups d'pe dans le
ventre.
     Aprs lui avoir rendu les premiers soins, notre conversation dut
naturellement tomber sur le duel.
     - Oh ! quelle folie, dit Clairwil, d'aller risquer sa vie dans un combat
singulier, avec un homme qui, dcidment, a tort avec nous. Si cet homme,
continua notre amie, en nous demandant la permission de se mettre un moment 
la place d'un sexe dont elle remplissait si bien les fonctions au besoin, si,
dis-je, cet homme m'a manqu essentiellement, comment lui dois-je une pareille
faveur, que celle de le regarder comme assez honnte pour me mesurer avec lui
? et pourquoi faut-il que je me mette dans le cas de doubler son injure, en me
blessant, ou me tuant peut-tre encore, aprs m'avoir insult ? C'est  moi
que la rparation est due, et, pour la recevoir, il faut que j'expose mes
jours ! Si je me comporte d'une manire diffrente, ou qu'en allant me battre
avec cet homme, puisqu'il le faut absolument, je me plastronne, et me mette en
un tel tat de sret qu'il n'ait que le soin de se dfendre, et qu'il ne
puisse songer  celui de m'insulter encore, si, dis-je, je me conduis ainsi,
je serai trait de coquin : je crois qu'il est difficile de voir une logique
plus au rebours du bon sens que celle-l. Que celui qui a insult se prsente
nu au combat, et que son adversaire vienne cuirass : voil ce que dictent la
raison et le bon sens. L'agresseur doit visiblement avoir un avantage de moins
: il s'est mis dans le cas, en suivant les usages de toutes les autres nations
de l'univers, de se faire assassiner par celui  qui il avait manqu ; ainsi,
tout ce que doivent, au plus dicter, les frivoles lois de l'honneur, dans une
situation pareille, est que le combat ait lieu, si vous le voulez absolument,
mais avec une disproportion prodigieuse entre les combattants ; et que celui
qui a manqu, bien loin de songer  renouveler ses injures, ne doive et ne
puisse s'occuper que de sa propre dfense. Et quel droit peut-il donc avoir,
pour attaquer encore aprs ce qu'il a fait ? Nos usages, sur cela, sont d'une
injustice atroce, et nous font servir de rise dans les trois autres parties
du monde, assez sages pour sentir que, quand on fait tant que d'avoir  se
venger, on doit le faire sans risquer soi-mme sa vie.
     - Je vais plus loin, rpondis-je  Clairwil, et je pense que le combat
est une chose aussi absurde que ridicule. Il est odieux qu'un homme aille
risquer sa vie parce qu'il a t insult : la raison et la nature ne nous
dictent alors que de nous dfaire de notre ennemi, et nullement d'aller nous
exposer nous-mmes avec lui, quand c'est une rparation qu'il nous doit. Nos
aeux, bien plus sages, se battaient par procureurs ; des champions, au moyen
d'une somme rgle, se prsentaient pour vider la querelle, et le droit
restait au plus fort : il y avait au moins, dans cet arrangement, l'espce
d'quit de ne pas se risquer soi-mme, et quoique cet usage ft rempli
d'extravagances et de folies, il l'tait pourtant beaucoup moins que celui que
nous suivons de nos jours. Mais voici ce qu'il y a de plaisant ; les champions
qui jadis combattaient pour la cause d'autrui taient gnralement regards
comme des gens vils, ; nous les avons remplacs, et nous serions mpriss si
nous ne jouions pas le rle de gens dclars mprisables. Exista-t-il jamais
des inconsquences de cette force ? En remontant  l'origine, nous verrons que
ces champions n'taient, primitivement, que des assassins  gages, comme on en
trouve encore dans plusieurs villes d'Espagne et d'Italie, que l'homme insult
payait pour se dfaire de son ennemi, et qu'ensuite, pour diminuer l'espce de
meurtre que cette coutume semblait autoriser, on permit  l'accus de se
dfendre de l'assassin gag contre lui, et d'en payer un aussi contre celui
que l'on lui opposait. Telle est la naissance des duels, dont vous voyez que
le berceau est dans la loi sage qui permettait  tout homme la vengeance de
son ennemi, en mettant sa tte  prix. On remplaa cet excellent usage par une
licence... par une stupidit qui ne ressemble plus  rien, et qui fait frmir
le bon sens. Que tout homme qui a un ennemi n'aille donc pas, s'il est sage,
se mesurer galement avec lui ; car il est parfaitement ridicule d'aller se
rendre l'gal de celui qui se met au-dessous de nous. S'il faut absolument que
l'offens se batte,  la bonne heure ; mais qu'il se prsente au combat dans
un tel tat de sret que l'adversaire qui lui doit une rparation ne puisse
pas l'insulter de nouveau ; et s'il veut tre beaucoup plus sens, qu'il fasse
assassiner, comme dit Molire dans le Silicien :   C'est le plus sr . A
l'gard de ceux qui placent l le point d'honneur, je les trouve pour le moins
aussi ridicules que ceux qui s'avisent de le placer dans la vertu des femmes :
l'un et l'autre prjugs sont barbares, et ne mritent pas mme une discussion
de sang-froid. L'honneur est une chimre ne des coutumes et des conventions
humaines, lesquelles n'eurent jamais que l'absurdit pour base ; il est aussi
faux que l'homme s'honore en assassinant l'ennemi de sa patrie, qu'il est faux
qu'il se dshonore en massacrant le sien. Jamais des procds gaux ne peuvent
tablir des suites ingales : si je fais bien en allant venger ma nation des
injures qu'elle a reues, je fais encore beaucoup mieux de me venger de celles
qui me sont adresses. L'tat, qui soudoie annuellement quatre ou cinq cent
mille assassins pour servir sa cause, ne peut ni naturellement, ni
lgitimement me punir, moi, quand,  son exemple, j'en paye un ou deux pour me
venger des insultes infiniment plus relles que j'ai pu recevoir de mon
adversaire : car enfin les insultes faites  cette nation ne la touchent
jamais personnellement, tandis que celles que j'ai reues atteignent
directement ma personne, et la diffrence est trs grande. Mais un homme
essayera-t-il de dire ces choses-l dans le monde ? On le traitera de lche,
de poltron, et la rputation d'esprit ou de sagesse qu'il se sera faite toute
sa vie lui sera tout  coup enleve par quelques mprisables freluquets aussi
plats qu'imbciles,  qui trois ou quatre bgueules, qu'il faudrait fesser
dans tous les carrefours, auront persuad qu'il n'y a rien de si beau que
d'aller risquer sa vie, quand on est en droit de prendre celle des autres.
     - Je pense absolument comme vous deux sur le duel, dit Olympe, et
j'espre que vous m'avez assez estime pour ne pas me confondre avec ces
femmes imbciles qui ne font cas d'un homme qu'en raison de ce que, pour une
offense prtendue, il va faire au coin d'un pr le vil mtier de gladiateur.
Je mprise bien souverainement un alguazil de cette espce. Cela peut tre
dlicieux dans un valet de chambre ou dans un soldat : ces gens-l doivent se
battre comme des portefaix ; mais un homme d'esprit, un homme riche...
renoncer  ses tudes,  son aisance, pour aller prter le collet  un
fier--bras qui n'a d'autre talent que de croiser le fleuret, et qui ne l'a
insult que parce qu'il tait sr de s'en dfaire... mettre l'honneur  aller
bravement faire raison  des coquins de cette espce... Qu'il faut tre plat
pour s'y hasarder ! oui, plat : il y a de la bassesse  donner aux autres de
l'avantage sur soi, et  risquer d'aller perdre en un instant, pour rien, tous
les agrments, tous les avantages qu'on a reus de la nature. Laissons ce
ridicule mrite aux sicles grossiers de la chevalerie errante ; ce n'est
point pour spadassiner comme un soldat que les gens de talent sont faits,
c'est pour honorer et cultiver les arts, les encourager, servir la patrie
quand il le faut, et ne sacrifier qu' elle seule le sang qui coule dans leurs
veines. Quand un homme de cet tat a un ennemi qui lui est infrieur, qu'il le
fasse assassiner : telle est la seule manire de s'en dbarrasser que la
nature lui indique ; si celui qui l'a offens est de son rang, que tous deux
portent leurs plaintes  un tribunal doux, rig pour cela, que les diffrends
y soient jugs : il n'y en a point, entre gens honntes, qui ne puissent
s'arranger  l'amiable ; il faut que celui qui a tort, cde ; c'est la loi...
Mais du sang... du sang rpandu pour un propos, une jalousie... une
querelle... un persiflage... un reproche : c'est une absurdit rvoltante. Le
duel ne fut connu que quand les principes de l'honneur balancrent ceux de la
vengeance, et ne fut par consquent admis que quand les hommes se policrent.
Jamais la nature ne grava au de l'homme de risquer sa vie pour ne venger d'une
offense reue, parce qu'il n'est nullement juste ni naturel de s'exposer  une
seconde parce qu'on en a reu une premire. Mais il est trs quitable, trs
bien fait, de laver la premire dans le sang de l'agresseur, sans risquer de
rpandre le sien, s'il est notre infrieur, et de s'accommoder  l'amiable
avec lui, s'il est notre suprieur ou notre gal. Que l'on ne soit jamais la
dupe du procd des femmes  cet gard ; ce n'est pas la bravoure d'un homme
qu'elles dsirent, c'est le triomphe que leur orgueil remporte  faire dire
qu'un tel homme s'est battu pour leurs charmes. Ce ne sont pas non plus des
lois qu'il faut faire pour extirper cet usage odieux : avec des lois, on
rvolte, on aigrit et l'on ne gagne jamais rien. C'est avec l'arme du ridicule
qu'il faut abolir cette odieuse coutume. Il faut que toutes les femmes ferment
leur porte  un coquin de duelliste ; il faut qu'on le nasarde, qu'on le
bafoue, il faut qu'il soit montr au doigt, il faut que chacun s'crie en le
voyant :  Voil l'homme qui a t assez vil, assez lche pour aller faire le
plat mtier de champion, et qui a t assez sot pour croire que des paroles
que le vent emporte, ou des coups qui ne se sentent qu'un instant, devaient
tre acquitte par le prix d'une vie dont on ne jouit jamais qu'une fois ;
fuyez-le, c'est un fou .
     - Olympe a raison, dit Clairwil, telle est la seule manire dont on fera
tomber cet infme prjug. On objectera peut-tre que le courage martial
s'teindra dans les curs, quand il ne sera plus exerc. Soit ; mais je vous
avoue que le courage est une vertu de dupe dont je fais bien peu de cas : je
n'ai jamais vu que des imbciles qui fussent braves. Le second des Csars fut
un trs grand homme, sans doute, et n'tait pourtant qu'un poltron ; Frdric
de Prusse tait rempli d'esprit et de talents... il avait un accs de fivre
toutes les fois qu'il s'agissait de se battre. Je n'en finirais pas, s'il
fallait vous nommer tous les hommes illustres que la crainte enchana : les
Romains mmes rvraient la peur, ils lui rigrent des autels. La peur, en un
mot, est dans la nature, elle est ne du soin intime de se conserver, soin
qu'il est impossible de ne pas avoir, tant il est grav dans nous par l'tre
moteur qui nous lana sur ce globe, c'est--dire par la nature. Msestimer un
homme parce qu'il craint le danger, c'est le msestimer de ce qu'il aime la
vie. Pour moi, je vous proteste de faire toujours le plus grand cas d'un homme
qui craindra la mort ; de ce moment-l seul, je lui croirai de l'esprit, une
jolie tte et de la volupt dans les plaisirs. Le lendemain de ce que tout
Paris eut dshonor La Luzerne pour avoir assassin son ennemi sur le champ du
duel, je voulus coucher avec lui : j'ai peu vu de mortels plus aimables...
aucun, sans doute, dont la tte ft aussi joliment organise...
     - Il n'y a que ceux-l de charmants, interrompis-je avec vivacit ; plus
un homme a vaincu de prjugs, et plus il a d'esprit : l'homme resserr dans
les troits principes de la morale, ncessairement sec et ennuyeux, n'osant
rien franchir, sera monotone comme les maximes qu'il professe, et comme, avec
la sorte d'imagination que nous a donne la nature, nous ne retirerons rien de
sa socit, nous devons nous en prserver avec soin.
     Au bout de quelques jours, Sbrigani se trouva beaucoup mieux.
     - Il vient de me foutre, me dit Clairwil ; c'est par cette preuve que
j'ai voulu m'assurer de sa bonne sant, et je rponds qu'il a trs bien band
: je suis encore inonde de son sperme... coute-moi, Juliette, poursuivit
cette femme incroyable, est-il vrai que cet homme soit aim de toi ?
     - Il m'a rendu bien des services.
     Il n'a fait que son devoir, tu le payes. Est-ce que ton me commence  se
pntrer des grands principes de la reconnaissance ?
     - Non, d'honneur.
     - C'est que je ne l'aime pas, moi, ce Sbrigani, je m'en mfie, d'ailleurs
; cet homme-l finira par nous voler.
     - Dis plutt que tu en es lasse, parce qu'il t'a bien foutue, et que tu
ne peux plus souffrir les hommes quand ils t'ont dcharg dans le con.
     - Celui-l ne m'a jamais foutue qu'en cul ; vois mon derrire : il
distille encore le foutre qu'il vient d'y rpandre.
     - Folle, o en veux-tu venir, en un mot ?
     - A nous dbarrasser de ce bougre-l.
     - Songes-tu qu'il s'est battu pour nous ?
     - Raison de plus pour que je le dteste ; car son action devient alors
une preuve de sa btise.
     - Encore une fois, qu'en veux-tu faire ?
     - Il prend demain une dernire mdecine... Il faut l'enterrer
aprs-demain.
     - Il te reste donc encore beaucoup de ces drogues charmantes que nous
achetmes ensemble chez la Durand ?
     - Beaucoup, et je veux que ton Sbrigani les gote.
     - Ah, Clairwil ! les annes ne te corrigent point, tu es, et seras
toujours, une grande sclrate. Mais, que dira notre sur Olympe ?
     - Ce qu'elle voudra ; quand j'ai l'envie de commettre un crime, je
m'embarrasse fort peu de ce qu'en pensent les autres, et l'orgueil de ma
rputation n'est pas celui qui domine mon cur.
     Je consentis : pouvais-je me refuser au crime ? Tout ce qui en portait
l'empreinte m'tait trop prcieux pour que je ne l'adoptasse pas aussitt. Je
m'tais servie de cet Italien, plus par besoin que par amour. Clairwil
promettait de remplir dans la socit tous les soins dont il tait charg :
Sbrigani devenait inutile ; je signai son arrt ; Olympe consentit. Le
lendemain, Sbrigani, empoisonn par Clairwil mme, fut apprendre aux dmons
des enfers, que les esprits malins qui existent dans le corps d'une femme sont
mille fois plus dangereux que ceux que les prtres et les potes nous peignent
au Tartare. Cette opration faite, nous parcourmes les alentours de Naples.
     En aucun endroit de l'Europe la nature n'est belle, n'est imposante,
comme dans les environs de cette ville. Ce n'est point cette beaut triste,
uniforme des plaines de la Lombardie, laissant l'imagination dans un repos qui
tient de la langueur : ici, partout, elle s'enflamme ; les dsordres, les
volcans de cette nature, toujours criminelle, plongent l'me dans un trouble
qui la rend capable des grandes actions et des passions tumultueuses. Ceci,
c'est nous, dis-je  mes amies, et les gens vertueux ressemblent  ces tristes
campagnes du Pimont dont l'uniformit nous dsolait. En examinant bien cet
tonnant pays, il semble qu'il n'ait t qu'un volcan autrefois ;  peine y
voit-on un seul endroit qui ne porte l'emblme d'un bouleversement. Elle a
donc quelquefois des torts, cette bizarre nature... Et l'on ne veut pas que
nous l'imitions ? quelle injustice ! La solfatare que nous parcourmes semble
tre la preuve de ce que je dis.
     Nous arrivmes  Pouzzoles, ayant perptuellement sous nos yeux les
tableaux les plus varie et les plus pittoresques. C'est de l qu'on dcouvre
la jolie petite le de Nicette, o Brutus se retira aprs avoir tu Csar.
Quel dlicieux sjour pour le genre de volupts que nous chrissons ! On
serait l comme au bout de la terre ; un voile impntrable dguiserait  tous
les yeux la secrte horreur qu'on y voudrait commettre ; et rien n'aiguise
l'imagination, rien ne l'enflamme, comme le silence et le mystre. Plus loin,
s'aperoivent les ctes de Sorrente et de Massa, le golfe de Naples, des
ruines, de beaux difices, de riches coteaux, tout ce qui peut orner, enfin,
la plus riante perspective, et former le point de vue le plus agrable.
     Pouzzoles, o nous entrmes pour dner, ne porte plus aujourd'hui aucune
marque de son ancienne splendeur ; mais sa situation n'en est pas moins une
des plus dlicieuses du royaume de Naples. Cependant le peuple grossier qui
l'habite ne sent pas son bonheur : l'excs de son aisance ne sert qu' le
rendre plus barbare et plus insolent.
     Ds que nous parmes, une foule de gens se prsentrent pour nous faire
voir les curiosits du pays.
     - Enfants, dit Olympe en fermant la porte sur une douzaine de ces
coquins-l, qui s'taient introduits dans notre chambre, nous sommes dcides
 ne nous servir que de celui de vous qui possde le plus beau vit.
Montrez-nous tous ce que vous portez : nous choisirons.
     Tous consentent au march ; nous dculottons, nous excitons, nous
branlons, six sont jugs dignes des honneurs de la jouissance, et le plus
gros, c'est--dire un drle tout dguenill, dont l'engin avait treize pouces
de long sur neuf de tour, obtient seul, aprs nous avoir foutues toutes trois,
le privilge d'tre notre cicrone. On le nommait Raphal.
     Il nous mne d'abord au temple de Srapis, dont les magnifiques dbris
nous firent prsumer que cet difice avait t superbe. Nous parcourmes les
antiquits d'alentour, et partout nous vmes des preuves non quivoques de la
magnificence et du got de ces peuples grec et romain qui, aprs avoir un
moment illustr la terre, se sont vanouis, comme disparatront ceux qui la
font trembler aujourd'hui.
     Les restes d'un monument d'orgueil et de superstition se prsentrent
ensuite  nos yeux. Trasile avait prdit  Caligula qu'il ne parviendrait 
l'empire, qu'aprs avoir t de Baes  Pouzzoles, sur un pont. L'empereur en
fit construire un de bateaux, dans un espace de deux lieues, et il le traversa
 la tte de son arme. C'tait une folie, sans doute, mais c'tait celle d'un
grand homme ; et les crimes de Caligula, qui feront poque dans l'histoire,
prouvent  la fois, il en faut convenir, et l'homme le plus extraordinaire et
l'imagination la plus imptueuse.
     Du pont de Caligula, Raphal nous mena  Cumes : il nous fit observer,
prs des ruines de cette ville, celles d'une maison de Lucullus. Nous fmes,
en les apercevant, quelques rflexions sur la magnificence de cet homme
clbre. Il n'est plus... Et nous aussi, dmes-nous, dans quelques mois, dans
quelques annes, nous aurons vcu comme lui : la faux de la Parque ne respecte
rien, elle moissonne galement et le riche et le pauvre, le vertueux et le
criminel... Semons donc des fleurs sur cette carrire que nous devons
parcourir en si peu d'instante, et que ce soit avec l'or et la soie que la
putain file au moins nos jours.
     Nous pntrmes dans les ruines de Cumes, o nous remarqumes
principalement les dbris du temple d'Apollon bti par Ddale, lorsque, fuyant
la colre de Minos, il vint s'arrter dans cette ville.
     Pour aller de l  Baes, nous traversmes le village de Bauli, o les
potes placrent les Champs-lyses. Prs de l, se voit l'ancien Achron.
     - Allons visiter l'enfer, me dit Clairwil, en voyant ces eaux ; allons
tourmenter ceux qui y sont, ou nous amuser de leurs supplices... J'aimerais
les fonctions de Proserpine, et pourvu que des maux s'oprent sous mes yeux,
je serai toujours la plus heureuse des femmes.
     Un printemps ternel rgne dans cette valle. Au milieu des vignes et des
peupliers, se voient,  et l, les caveaux qui renfermaient les urnes
cinraires, et Caron demeurait sans doute  Misne. On aime  se persuader
tout cela, quand on a de l'imagination. Cette brillante partie de notre esprit
vivifie tout, et la vrit, toujours au-dessous de la chimre, devient presque
inutile  celui qui sait crer et embellir le mensonge.
     Au-dessous du village de Bauli, se voient cent chambres communiquant les
unes dans les autres ; on appelait ce lieu la prison de Nron : l
gmissaient, sans doute, les victimes de la luxure et de la cruaut de ce
sclrat.
     On voit, un peu plus loin, la Piscine merveilleuse. C'tait le rservoir
d'eau qu'Agrippa fit construire  l'usage de la flotte oui sjournait
ordinairement dans le cap, pour passer au promontoire de Misne. Ici on
s'embarque  peu prs dans le mme trajet que parcourait la barque de Caron.
Ce cap forme un port assur, dont les Romains connaissaient toute
l'importance. C'est l o tait la flotte de Pline, lors de l'ruption du
Vsuve qui lui cota la vie. Quelques dbris annoncent l'importance de cette
ancienne ville. On descend de l  Bauli, o se voit le tombeau d'Agrippine.
Ce fut sur la partie mer qui fait face  ce village, que s'excuta le
brisement de la barque dans laquelle Nron voulut faire prir sa mre. Mais le
stratagme ne russit pas : Agrippine et ses femmes, qui revenaient d'une fte
 Baes, tombrent  l'eau sans se noyer ; l'impratrice aborda le lac Lucrin,
et put gagner sa maison ; ce qui rend fort douteuse la tradition qui place 
Bauli le tombeau de cette femme clbre.
     - J'aime, me dit Clairwil en parlant de ce trait, la manire pleine
d'artifice dont Nron se dfait de sa mre. Il y a l une cruaut, une
perfidie, un abandon de toute vertu qui me rendent Nron bien cher. Il avait
t trs pris d'Agrippine ; Sutone nous assure qu'il s'tait souvent branl
pour elle... Et il la tue.  Nron ! laisse-moi vnrer ta mmoire ; je
t'adorerais, si tu existais encore ! et tu seras ternellement mon modle et
mon dieu !
     Aprs cette plaisante exaltation de Clairwil, toujours guides par
Raphal, qu'Olympe caressait beaucoup pendant que nous jasions, mon amie et
moi, nous parcourmes cette cte, si clbre jadis par la multitude des
superbes maisons qui l'embellissaient : elle n'est plus habite maintenant que
par quelques malheureux pcheurs. Le premier objet important qui s'y voit est
le chteau fort qui dfend cette partie. Insensiblement on arrive sur la
plage, et l'on se trouve alors dans l'emplacement de cette fameuse ville de
Baes, centre de dlices et de volupts. C'est l que les Romains venaient se
livrer aux dbauches les plus fortes et les plus varies. Rien au monde ne
devait tre dlicieux comme la position de cette ville,  l'abri des vents du
nord par une montagne, et prsentant son centre au midi, afin que l'astre qui
vivifie la nature, au sein duquel s'allume le flambeau des passions, pt
venir, de ses rayons sacrs, enflammer celle des heureux habitants de cette
riante contre. Malgr tout le bouleversement prouv par ce beau pays, on y
respire encore cet air doux et voluptueux, poison des murs et des vertus,
aliment dlicat du vice et de tous les prtendus crimes de la luxure. Vous
vous rappelez  cet gard, mes amis, les invectives de Snque ; mais les
reproches de ce moraliste svre ne tenaient pas contre les inspirations
irrsistibles de la nature, et, tout en lisant le philosophe, on se plaisait
aux outrages les mieux constats de ses principes.
     Une chtive cabane de pcheurs est tout ce qui reste aujourd'hui de cette
ville dlicieuse, et quelques dbris intressants que nous parcourmes, tout
ce qui reste de sa grandeur.
     Vnus devait tre la divinit favorite d'une ville aussi corrompue. On y
voit les dbris de son temple, mais dans un tel tat de dlabrement, qu'il est
difficile de juger du pass par le prsent. Des souterrains, des corridors
sombres et mystrieux, s'aperoivent pourtant encore, et prouvent que ce local
servait  des crmonies fort secrtes. Un feu subtil se glisse, dans nos
veines ds que nous y entrmes ; Olympe, se pencha sur moi, et je vis le
foutre s'exhaler de ses yeux.
     - Raphal, s'cria Clairwil, il faut que nous offrions un sacrifice dans
ce temple !
     - Vous m'avez puis, dit notre cicrone, nos courses ont achev de me
fatiguer ; mais je connais prs d'ici quatre ou cinq pcheurs qui ne
demanderont pas mieux que de vous contenter.
     Il dit, et n'est pas six minutes  nous ramener la plus mauvaise
compagnie, mais en mme temps la plus nombreuse. Aveugles par le libertinage
qui nous consumait toutes les trois, nous ne nous tions pas aperues de
l'affreuse imprudence que nous venions de commettre. Que pouvaient, dans ce
lieu sombre et solitaire, trois femmes contre dix hommes qui s'avanaient
insolemment vers elles ? Rassures par les inspirations du dieu qui conserve
et fait prosprer le vice, nous ne nous effraymes pas.
     - Mes amis, leur dit Olympe en italien, nous n'avons pas voulu visiter le
temple de Vnus, sans offrir un sacrifice  cette desse ; voulez-vous en
devenir les prtres ?
     - Pourquoi pas ? dit l'un de ces rustres en troussant brusquement
l'orateur.
     - Allons, allons, foutons-les ! dit un autre en s'emparant de moi.
     Mais comme nous ne pouvions en recevoir que trois, les sept qui ne furent
pas choisis se disputrent au point que les couteaux allaient s'en mler, si
je ne me fusse hte de leur prouver qu'avec un peu d'art, chacune de nous
pouvait en occuper trois. Je donne l'exemple : un m'enconne, je prsente mon
derrire au second, et suce le troisime ; mes compagnes m'imitent : Raphal,
puis, nous regarde, et nous voil toutes trois  foutre comme des garces. On
ne se fait pas l'ide de la grosseur du vit des Napolitains : quoique nous
eussions promis de sucer le troisime, nous fmes contraintes de le branler,
ne pouvant le faire entrer dans notre bouche. Aussitt qu'ils avaient parcouru
quelque temps le local o nous les recevions, ils changeaient de place,
c'est--dire que tous foutirent nos cons et nos culs, et que tous dchargrent
au moins trois fois. Le sombre de ce local, les mystres qu'on y clbrait,
l'espce de gens avec qui nous tions, peut-tre mme les dangers que nous
courions, tout cela nous avait chauff la tte, et nous dsirions des
horreurs... Mais, tant les plus faibles, comment s'y prendre pour les
excuter ?...
     - As-tu des drages ? demandai-je bas  Clairwil.
     - Oui, me rpondit-elle, je ne marche jamais sans cela.
     - Eh bien, dis-je, offres-en  nos champions.
     Olympe, au fait, leur explique que ces bonbons vont leur rendre le
courage, et que nous les invitons  en manger. Je les prsente :
j'ambitionnais toujours cet honneur en tel cas ; nos coquins les avalent.
     - Encore une course de chacun d'eux, dit Clairwil sans qu'on pt
l'entendre ;  prsent que la mort est dans leur sang, faisons-leur perdre le
dernier foutre qu'ils peuvent obtenir de la nature.
     - A merveille, dis-je, mais n'y a-t-il pas  craindre qu'ils ne nous
transmettent le venin qui circule dj dans leurs veines ?
     - vitons la bouche ; mais livrons-nous sans crainte au reste, dit
Clairwil : il n'y a pas le moindre danger ; pareille extravagance m'est
arrive cent fois, et tu vois comme je me porte...
     L'affreux caractre de cette femme m'lectrisait ; je l'imitai : de mes
jours je ne gotai de plaisirs plus vifs. Cette perfide ide de la certitude
o je devais tre, que, par mes noirceurs, l'homme que je tenais dans mes bras
ne s'en arracherait que pour tomber dans ceux de la mort, cette ide barbare
mit un sel si piquant  ma jouissance, que je m'vanouis pendant la crise.
     - Pressons-nous, dis-je  mes amies sitt que j'eus repris mes sens ;
vitons d'tre dans ce souterrain, quand les douleurs commenceront  les
prendre.
     Nous remontmes les premires. Raphal, qui n'avait particip ni aux
jeux, ni  leurs suites cruelles, continua de nous servir de guide, et nous
n'avons jamais su les suites d'une atrocit dont les moyens taient trop srs
pour ne pas avoir eu tout le succs que nous en attendions.
     - Eh bien ! dis-je  Clairwil, il est donc dcid maintenant que la
sclratesse a fait en toi de tels progrs qu'il te devient impossible de
foutre un homme sans lui dsirer la mort ?
     - Cela n'est que trop vrai, me rpondit mon amie ; on n'imagine pas, ma
chre Juliette, ce que c'est que de vieillir avec le crime : il prend en nous
de si terribles racines, il s'identifie tellement  notre existence, que nous
ne respirons exactement plus que pour lui. Croirais-tu que je regrette tous
les instants de ma vie o je ne me souille pas d'horreurs ? Je voudrais ne
faire que cela ; je voudrais que toutes mes ides tendissent  des crimes, et
que mes mains excutassent  tout instant ce que viendrait de concevoir ma
tte. Oh ! Juliette, comme le crime est dlicieux, comme la tte s'enflamme 
l'ide de franchir impunment tous les freins ridicules qui captivent les
hommes ! Quelle supriorit l'on acquiert sur eux, en brisant, comme nous le
faisons, tout ce qui les contient, en transgressant leurs lois, en profanant
leur religion, en reniant, insultant, bafouant leur excrable Dieu, en bravant
jusqu'aux prceptes affreux dont ils osent dire que la nature compose nos
premiers devoirs ! Ah ! mon chagrin maintenant, je te l'ai dit, est de ne rien
trouver d'assez fort ; quelque pouvantable que puisse tre un crime, il me
parait toujours au-dessous des projets de ma tte. Ah ! si je pouvais embraser
l'univers, je maudirais encore la nature de ce qu'elle n'aurait offert qu'un
monde  mes fougueux dsirs !
     Nous parcourmes, en raisonnant ainsi, tout le reste de la campagne de
Baes, o l'on ne peut faire vingt pas, sans reconnatre les dbris de quelque
monument prcieux, et nous nous trouvmes prs du lac d'Avernes, o nous
arrivmes par un chemin creux, trs agrable, et bord de haies toujours
vertes. Nous ne ressentmes rien de l'infection de l'air qui, jadis, faisait
tomber les oiseaux morte dans ce lac : depuis longtemps, la qualit de ces
eaux, et par consquent de l'air, a totalement chang ; c'est aujourd'hui une
situation trs saine, et l'une de celles de toute la contre qui conviendrait
le mieux  un philosophe. C'est l qu'ne sacrifia aux Dieux infernaux, avant
que de s'engager dans les routes tnbreuses de l'enfer que lui avait
indiques la Sybille. A gauche est la grotte de cette Sybille, et dans
laquelle on pntre aisment. C'est une galerie vote de cent quatre-vingts
pieds de long, sur onze de large et neuf de haut. En examinant bien le local,
et se dpouillant un peu des ides romanesques que les potes et les
historiens nous font prendre, il est ais de reconnatre que cette Sybille
n'tait qu'une maquerelle, et son antre un mauvais lieu. Plus on examine ce
local clbre, mieux cette ide se confirme ; et si, lorsqu'on l'tudie, on
s'en rapporte aux ides de Ptrone, plutt qu'aux descriptions de Virgile, on
se convaincra bientt tout  fait de cette opinion.
     Un bouquet d'orangers qui, vers les bords qui vous font face, s'lve au
milieu d'un temple de Pluton, forme, l, le point de vue le plus pittoresque
qu'il y ait peut-tre au monde. Nous parcourmes ces ruines, cueillmes des
oranges, et regagnmes Pouzzoles,  travers les tombeaux encore existants des
deux cts de la clbre Voie Appienne. Nous ne pmes, l, nous empcher de
nous rcrier sur le respect ridicule que les Romains avaient pour les morts.
Assises toutes trois dans le tombeau de Faustine, Olympe nous parle  peu prs
de la manire suivante :
     - Il y a deux choses que je n'ai jamais comprises, mes amies, nous dit
cette femme aimable et spirituelle : le respect qu'on a pour les morts, et
celui qu'on a pour leurs volonts. Assurment l'une et l'autre de ces
superstitions tiennent aux ides qu'on a de l'immortalit de l'me ; car si
l'on tait bien convaincu des principes du matrialisme, si l'on tait bien
persuad que nous ne sommes qu'un triste compos d'lments matriels, qu'une
fois frapps de la mort, la dissolution est complte, assurment le respect
rendu  des morceaux de matire dsorganise deviendrait une absurdit si
palpable, que personne ne voudrait l'adopter. Mais notre orgueil ne peut se
plier  cette certitude de ne plus exister : on croit que les mnes du mort,
environnant encore son cadavre, sont sensibles aux devoirs que l'on rend 
cette masse ; on craint de les offenser, et l'on se plonge ainsi, sans le
voir, dans l'impit et l'absurdit les plus compltes. Convainquons-nous donc
bien du systme qu'il n'existe absolument plus rien de nous quand nous sommes
morts, et que cette dpouille, que nous laissons sur terre, n'est plus que ce
qu'taient nos excrments, quand nous les dposions au pied d'un arbre,
pendant que nous existions. Bien pntrs de ce systme, nous sentirions qu'il
n'est d ni devoir, ni respect  un cadavre ; que le seul soin qu'il mrite,
bien plus pour nous que pour lui, est de le faire enterrer, brler, ou de le
faire manger  des btes ; mais que des hommages... des tombeaux... des
prires... des louanges, ne lui appartiennent nullement, et ne sont que des
tributs que la stupidit rend  l'orgueil, faite pour tre dtruite par la
philosophie. Voil qui contrarie bien toutes les religions antiques ou
modernes, mais ce n'est pas  vous qu'il faut prouver que rien n'est absurde
comme les religions, toutes fondes sur la fable odieuse de l'immortalit de
l'me et sur la ridicule existence d'un Dieu. Il n'est pas de btise qu'elles
n'aient rvre ; et vous savez mieux que moi, mes amies, que, quand on
examine une institution humaine, la premire chose qu'on doit faire est
d'carter toute ide religieuse, comme le poison de la philosophie.
     - Je suis parfaitement de l'avis de notre compagne, dit Clairwil, mais
une chose singulire, c'est qu'il ait exist des libertins qui se soient fait
des passions de ce systme. J'ai souvent vu un homme,  Paris, qui payait au
poids de l'or tous les cadavres de jeunes filles et de jeunes garons dcds
d'une mort violente et frachement mis en terre : il se les faisait apporter
chez lui, et commettait une infinit d'horreurs sur ces corps frais...
     - Il y a longtemps, dis-je, que l'on sait que la jouissance d'un individu
rcemment assassin est vritablement trs voluptueuse ; le resserrement de
l'anus y est, pour les hommes, infiniment plus entier.
     - Il y a d'ailleurs  cela, dit Clairwil, une sorte d'impit imaginaire
qui chauffe la tte, et je l'essayerais assurment, si mon sexe ne s'y
opposait pas...
     - Cette fantaisie doit mener au meurtre, dis-je  mes amies : celui qui
trouve qu'un cadavre est une bonne jouissance est bien prs de l'action qui
doit les multiplier.
     - Cela doit tre, dit Clairwil, mais qu'importe ! si c'est un grand
plaisir que de tuer, vous conviendrez que c'est un bien petit mal.
     Et comme le soleil baissait, nous nous htmes de regagner Pouzzoles, 
travers les ruines de la superbe maison de Cicron.
     Il tait tard quand nous rentrmes ; une foule de lazzaroni nous
attendait  la porte. Raphal nous dit que comme ils avaient appris que nous
aimions les hommes, ils se prsentaient pour nous servir.
     - Ne craignez rien, nous dit notre guide, ce sont d'honntes gens, ils
savent que vous payez bien, ils vous foutront de mme. On ne se gne pas plus
que cela, dans ce pays-ci, et nous n'tes pas les premires voyageuses qui
aient tt de nous.
     - A quelque point que nous soyons excdes aujourd'hui, dit Clairwil, il
ne faut pas refuser la bonne volont de ces braves gens. J'ai toujours
remarqu qu'un nouvel exercice dlasse plus d'une ancienne fatigue, qu'un
repos : allons, il faut que les travaux de l'Amour fassent oublier ceux
d'Apollon...
     Mais comme ici la nature n'exigeait plus rien, et que, rassasies de
dbauche, nous ne nous livrions plus que par libertinage, nous nous plongemes
dans les plus sales excs.
     Trente hommes, choisis sur plus de cent, et dont les membres taient
gigantesques, s'enfermrent avec nous ; il n'y en avait pas un seul qui passt
trente ans et qui n'et un engin de treize pouces de long sur huit de
circonfrence ; dix petites paysannes de sept  douze ans, que nous paymes au
poids de l'or, furent de mme admises  ces orgies. Aprs un magnifique
souper, dans lequel on avait bu plus de trois cents bouteilles de Falerne,
nous commenmes par faire bander tous les vits, en les excitant nous-mmes
lgrement ; nous formmes ensuite un long chapelet de tous ces coquins, le
vit au cul les uns des autres ; les dix petites filles, nues, nous branlaient
pendant ce temps. Nous longemes le chapelet, vrifimes les introductions,
manimes toutes les couilles et sumes toutes les bouches ; reprenant le
chapelet dans un autre sens, nous leur prsentmes  tous, cette fois-ci, nos
fesses  baiser. Ils avaient dfense, sous les peines les plus graves, de se
dcharger mutuellement dans le derrire ; sitt qu'ils bandaient ferme, ils
devaient venir placer leur vit cumant dans les mains d'une des petites
filles, laquelle venait remplir tout de suite avec, ou nos culs ou nos cons :
tous nous virent d'abord une fois de cette manire. Nous nous en mmes,
ensuite, chacune cinq sur le corps, ce qui forma six divisions, qui nous
foutirent ainsi groupe par groupe ; il y en avait un dans chaque ouverture, un
dans la bouche ou sur le sein, lorsqu'il tait trop gros pour tre suc, puis
un dans chaque main. Pendant cette scne, les dix petites filles, montes sur
des chaises, formaient un cercle autour de nous, avec ordre de nous arroser de
merde et d'urine. Je ne connais rien, pour mon compte, qui m'excite autant
qu'une pareille inondation ; quand je fouts, je voudrais en tre couverte.
Nous n'offrmes bientt plus que le cul. Couches sur trois petites filles
dont les langues chatouillaient nos cons, nos clitoris et nos bouches, les
trente hommes nous sodomisrent chacun trois coups de suite. Cela fait, trois
nous gamahuchrent, trois nous suaient la bouche, nous en branlions un de
chaque main, et les petites filles nous en faisaient dgorger un sur le ventre
ou sur les ttons ; tous ensuite furent branls par les petites filles sur nos
clitoris ; une de celles qui ne branlaient pas, inondait, mouillait, frottait
cette dlicate partie avec le sperme que sa compagne faisait jaculer, pendant
qu'une troisime,  califourchon sur nos nez, nous faisait baiser  la fois
l'intrieur de son con et le trou de son cul.
     Une flagellation suivit. Nous foutions les hommes qui, en mme temps, le
rendaient aux filles ; nous nous fmes ensuite attacher, nos mains taient
lies au-dessus de nos ttes, et nos jambes  des pieds de lit ; l, chaque
homme nous administra cent coups de verges : nous pissions pendant ce temps-l
sur le visage de trois petites filles, tendues  nos pieds pour cette
crmonie ; nous livrmes ensuite ces dix enfants  nos trente fouteurs, qui
les dpucelrent et les dchirrent toutes les dix, et par-devant et
par-derrire. Nous fustigemes vigoureusement ensuite ces dix enfants, pendant
que les hommes nous insultaient de toutes les manires possibles, et nous
meurtrissaient  grands coups de pied dans le derrire. Incroyablement
irrites de ce traitement, nous nous fmes encore plus compltement rosser ;
ce ne fut qu'aprs nous avoir renverses sous eux,  force de coups et de
mauvais traitements, qu'ils obtinrent, par ce triomphe, le droit de nous
enculer chacun encore une fois, et, pendant cette dernire avanie, quatre
d'entre eux venaient  la fois nous pter, nous pisser et nous chier sur le
nez ; nous en faisions autant aux petites filles, contraintes  avaler ce que
nous rendions ; nous attachmes  la fin tous les vits, par des rubans de
soie, au plafond, nous frottmes toutes les couilles avec de l'esprit-de-vin,
nous y mmes ensuite le feu, et nous obtnmes enfin de cette dernire
crmonie, chacune une dernire jaculation dans la matrice ou dans le cul,
d'aprs le dsir des assaillants.
     trangres dans cette ville, quoique autorises par le roi dont nous
avions le brevet d'impunit dans notre poche, nous n'osmes pas, de peur de
cette populace, nous livrer  d'autres excs, et toute cette canaille
congdie avec beaucoup d'argent, nous donnmes quelques heures au repos, au
bout desquelles nous nous levmes,  dessein de poursuivre notre intressante
promenade.
     Nous parcourmes rapidement les les de Procita, d'Ischia et de Niceta,
et revnmes le lendemain  Naples,  travers une foule de dbris intressants
par leur antiquit, et de maisons de campagne dlicieuses par leur position.
     Ferdinand avait envoy savoir de nos nouvelles : nous fmes lui rendre
compte de la vive impression que les beauts des environs de sa capitale nous
avaient fait ressentir. Il nous proposa de nous mener, quelques jours aprs,
souper chez le prince de Francaville, le plus riche seigneur de Naples, et le
plus bougre en mme temps.
     - On n'imagine pas, nous dit le roi, les excs auxquels il se porte en ce
genre. Je lui ferai dire, poursuivit le monarque, de ne point se gner pour
nous, et que nous n'allons le voir que pour examiner philosophiquement ses
dbauches.
     Nous acceptmes. La reine tait avec nous.
     Rien n'gale, dans toute l'Italie, le luxe et la magnificence de
Francaville ; il a tous les jours une table de soixante couverte, servie par
deux cents domestiques, tous de la plus agrable figure. Le prince, pour nous
recevoir, avait fait construire un temple  Priape, dans les bosquets de son
jardin. De mystrieuses alles d'orangers et de myrtes conduisaient  ce
temple, magnifiquement clair ; des colonnes torses de roses et de lilas
soutenaient une coupole de jasmin, sous laquelle se voyait un autel de gazon,
sur la droite ;  gauche, une table de six couverte, et, dans le milieu, une
large corbeille de fleurs dont les pampres et les festons, chargs de lampions
de couleur, s'levaient en guirlandes jusqu'au faite de la coupole. Diffrents
groupes de jeunes gens presque nus, au nombre de trois cents, remplissaient,
 et l, tous les intervalles, et, sur le haut de l'autel de gazon,
paraissait Francaville, debout sous l'emblme du Priape, dieu du temple o
nous tions introduits. Des groupes d'enfants venaient l'encenser tour  tour.
     - tre rvr dans cette enceinte, lui dit la reine en entrant, nous
venons partager tes plaisirs, nous recueillir  tes mystres, et non pas les
troubler. Jouis des hommages multiplis qui te sont offerts ; nous ne voulons
que les contempler.
     Des banquettes de fleurs taient en face de l'autel, nous nous assmes ;
le dieu descendit, se courbe, sur cet autel, et la crmonie commena.
     Francaville nous offrait le plus beau cul du monde ; deux jeunes enfants,
plcs prs de ce cul, devaient avoir le soin de l'entr'ouvrir, de l'essuyer,
et de diriger vers le trou les membres monstrueux qui, par douzaines, allaient
venir se prcipiter dans son sanctuaire ; douze autres enfante disposaient les
vits. Je n'ai vu de mes jours un service aussi lestement fait que celui-l.
Ces beaux membres, ainsi prpars, arrivaient de main en main jusque dans
celles des enfants qui devaient les introduire ; ils disparaissent dans le cul
du patient : ils en sortaient, ils taient remplacs ; et tout cela avec une
lgret, une promptitude dont il est impossible de se faire d'ide. En moins
de deux heures, la trois cents vits passrent dans le cul de Francaville, qui,
se retournant  la fin vers nous quand il a tout gob, lance, au moyen d'une
violente pollution administre par les deux jeunes Ganymdes, quelques gouttes
d'un sperme clair et blanchtre, dont l'mission lui ayant cot cinq ou six
cris, le remit bientt dans le calme.
     - Mon cul est dans un tat affreux, nous dit-il en se rapprochant de nous
; vous avez voulu le voir trait de cette manire, je vous ai satisfaites. Je
gage qu'aucune de vous, mesdames, n'a de ses jours t foutue comme je viens
de l'tre.
     - Ma foi non, dit Clairwil encore tout tonne, mais je te tiendrai tte
quand tu voudras, et soit en cul, soit en con, je parie te faire demander
grce.
     - Ne l'entreprends pas, ma bonne, dit Charlotte ; mon cousin Francaville
ne te fait voir l que l'chantillon de ce qu'il sait faire, mais dix
bataillons ne l'effrayeraient pas. Ainsi, crois-moi, ne gage point.
     - Voil qui va le mieux du monde, dit Clairwil avec son aimable
franchise, mais, sire, votre prince croit-il que nous nous contenterons de le
voir faire ?
     - Ici, bien certainement, rpondit le roi, car telles belles que vous
puissiez tre, mesdames, je vous rponde qu'il ne serait pas un seul de ces
jeunes gens qui consentt seulement  vous toucher.
     - Mais nous avons aussi des culs, et nous leur en prsenterons...
     - Aucun, dit Francaville, aucun ne voudrait seulement de l'preuve, et
s'il avait la faiblesse de s'y prter, je ne le reverrais de mes jours.
     - Voil ce qui s'appelle tenir  son culte, dit Clairwil, et je ne les en
blme pas. Soupons donc, au moins, puisqu'il n'est pas possible de foutre, et
que Comus nous ddommage, s'il le peut, des cruelles privations que Cypris
nous fait prouver...
     - Rien de plus juste, reprit Francaville.
     le plus grand souper du monde fut alors servi par les Ganymdes, et les
six couverts remplis par le roi, la reine, le prince, mes deux surs et moi.
On ne se fait pas d'ide de la dlicatesse et de la magnificence de la chre
que nous fmes : les mets de tous les pays de l'univers, les vins de toutes
les parties du monde, furent exactement prodigus, et, par un luxe que je ne
connaissais pas encore, rien ne s'enlevait de dessus la table : ds qu'un mets
ou un vin avait seulement paru, il tait aussitt enfoui dans de grandes cuves
d'argent, par le fond desquelles tout disparaissait en terre.
     - Des malheureux mangeraient ces restes ! dit Olympe.
     - Il n'y a point de malheureux sur la terre, quand nous existons,
rpondit Francaville ; je dteste jusqu' l'ide que ce qui ne me sert plus
puisse en soulager un autre.
     - Son me est aussi dure que son cul est large, dit Ferdinand.
     - Je ne connaissais pas cette prodigalit, dit Clairwil, mais je l'aime ;
le procd de renvoyer ses restes  d'autres refroidit l'imagination : il
faut, dans de pareilles orgies, pouvoir jouir de l'ide dlicieuse de se
croire les seuls sur la terre.
     - Eh ! que m'importent les malheureux, quand rien ne me manque ? dit le
prince ; leurs privations aiguillonnent mes jouissances : je serais moins
heureux, si je ne savais pas qu'on souffre  ct de moi, et c'est de cette
avantageuse comparaison que nat la moiti des plaisirs de la vie.
     - Cette comparaison, dis-je, est bien cruelle.
     - Elle est dans la nature ; rien n'est cruel comme la nature et ceux qui
suivent ses impressions littralement, seront toujours des bourreaux ou des
sclrats[22] .
     - Mon ami, dit Ferdinand tous ces systmes sont bons, mais ils nuisent
bien  ta rputation : si tu savais tout ce qu'on dit de toi, dans Naples...
     - Oh ! je me moque de la calomnie, rpondit le prince ; la rputation est
si peu de chose, c'est un bien si mprisable, que je ne m'offense nullement
qu'on se divertisse avec moi de ce qui m'amuse autant avec les autres.
     - Oh ! monsieur, dis-je alors  cet insigne libertin, en affectant un ton
dogmatique, ce sont les passions qui vous aveuglent  ce point, et les
passions ne sont pas les organes de la nature, comme vous le prtendez vous
autres gens corrompus : elles sont les fruits de la colre de Dieu, et nous
pouvons obtenir d'tre dlivrs de ce joug imprieux, en implorant les grces
de l'ternel, mais il faut les lui demander. Ce n'est pas en vous faisant
mettre trois ou quatre cents vits dans le cul par jour, ce n'est pas en
n'approchant jamais du saint tribunal de la confession, en ne participant
jamais aux faveurs du saint trsor de l'eucharistie, ce n'est point en vous
roidissant aux bonnes intentions, dont vous prouvez les lueurs, non, non, ce
ne sera point par une telle conduite que vous parviendrez  l'oubli et  la
rparation de vos fautes. Oh ! monsieur, que je vous plains, si vous persistez
dans cette inconduite ! Songez au sort qui vous attend aprs cette vie :
comment pouvez-vous croire que, libre de vous dcider vers le bien ou vers le
mal, le Dieu juste qui vous a donn ce libre arbitre ne vous punisse pas du
mauvais usage que vous en aurez fait ? Croyez-vous, mon ami, qu'une ternit
de souffrances ne mrite pas un peu de rflexion, et que la certitude de ces
souffrances ne vaille pas le sacrifice de quelques misrables penchants, qui,
mme dans cette vie, pour bien peu de plaisir qu'ils vous donnent, vous font
presque toujours prouver une infinit de soins, de tracas, de soucis et de
remords... Est-ce, en un mot, pour tre foutu que l'tre suprme vous a mis au
monde ?
     Francaville et le roi me regardaient avec une surprise qui leur fit
presque imaginer, un instant, que j'tais devenue folle.
     - Juliette, dit  la fin Ferdinand, si tu nous prpares le second point
de ce sermon, avertis-nous, afin que nous nous couchions pour l'couter.
     - J'en suis maintenant  un tel point d'impit et d'abandon de tout
sentiment religieux, dit Francaville, que je ne puis mme entendre de
sang-froid, tout ce qu'on peut me dire sur ce fantme difique, imagin par
les prtres qui gagnaient  le desservir : son nom seul me fait frissonner
d'horreur.
     Dans toutes les contres de la terre, dit Francaville, on nous annonce
qu'un Dieu s'est rvl. Qu'a-t-il appris aux hommes ? Leur prouve-t-il
videmment qu'il existe ? Leur enseigne-t-il ce qu'il est, en quoi son essence
consiste ? Leur explique-t-il clairement ses intentions... ses plans ?... Ce
qu'on nous assure qu'il a dit de ses plans s'accorde-t-il avec les effets que
nous voyons ? Non, sans doute : il apprend seulement qu'il est celui qui est,
qu'il est un Dieu cach, que ses voies sont ineffables... qu'il entre en
fureur ds qu'on a la tmrit d'approfondir ses dcrets, et de consulter la
raison, pour juger de lui ou de ses ouvrages. La conduite rvle de cet
infme Dieu rpond-elle aux ides magnifiques qu'on voudrait nous donner de sa
sagesse, de sa bont... de sa justice... de sa bienfaisance, de son pouvoir
suprme ? Nullement : partout, nous ne voyons en lui qu'un tre partial,
capricieux, mchant, tyrannique, injuste, bon tout au plus pour un peuple
qu'il favorise, ennemi jur de tous les autres. S'il daigne se montrer 
quelques hommes, il a soin de tenir tous les autres dans l'ignorance stupide
des intentions divines. Toutes les rvlations ne peignent-elles pas votre
abominable Dieu de cette manire ? les volonts rvles par ce Dieu
portent-elles l'emblme de la raison et de la sagesse ? tendent-elles au
bonheur du peuple,  qui cette fabuleuse divinit le dclare ? En examinant
ces volonts divines, je n'y trouve, en tout pays, que des ordonnances
bizarres, des prceptes ridicules, des crmonies dont on ne devine aucunement
le but, des pratiques puriles, une tiquette indigne du monarque de la
nature, des offrandes, des sacrifices, des expiations, utiles  la vrit pour
les ministres de ce plat Dieu, mais trs onreuses aux hommes. Je trouve, de
plus, que ces lois ont trs souvent pour but de les rendre insociables,
ddaigneux, intolrants, querelleurs, injustes, inhumains envers tous ceux qui
n'ont reu, ni la mme rvlation, ni les mmes lois, ni les mmes faveurs du
ciel... Et voil l'excrable Dieu que tu me prches, Juliette ? et tu voudrais
que j'adorasse ce fantme ?...
     - Je le voudrais aussi, dit Ferdinand. Les rois favorisent toujours la
religion ; elle prta de tout temps des forces  la tyrannie : quand l'homme
ne croira plus en Dieu, il assassinera ses rois.
     - Il commencera peut-tre par l avant que de dtruire sa religion,
rpondis-je ; mais il est bien sr que, quand il aura culbut l'un, il ne
tardera pas  renverser l'autre. Et si c'est en philosophe que vous voulez
juger ceci, et non pas en despote, vous conviendrez que l'univers n'en serait
que plus heureux, s'il n'y avait ni tyrans, ni prtres : ce sont des monstres
qui s'engraissent de la substance des peuples, ,et qui ne leur rendirent
jamais d'autres services que de les appauvrir ou de les aveugler.
     - Cette femme-l n'aime pas les rois, dit Ferdinand.
     - Ni les dieux, rpondis-je. Je vois les uns comme des tyrans, les autres
comme des fantmes, et je trouve qu'il ne faut jamais ni despotiser, ni
tromper les hommes. La nature, en nous lanant sur cet univers, nous cra
libres et athes ; la force morigna la faiblesse, voil les rois ;
l'imposture trompa la sottise, voil les dieux ; or, je ne vois dans tout cela
que des coquins et des fantmes, mais pas la plus lgre inspiration naturelle.
     - Que feraient les hommes, sans rois et sans dieux ?
     - Ils deviendraient plus libres... plus philosophes, et, par consquent,
plus dignes des vues de la nature sur eux, qui ne les cra ni pour vgter
sous le sceptre d'un homme qui n'a rien de plus qu'eux, ni pour ramper sous le
frein d'un dieu, qui n'est que le fruit de l'imagination de quelques
fanatiques.
     - Un moment, dit Francaville ; j'adopte une partie du raisonnement de
Juliette : point de Dieu... assurment elle a raison ; mais ce frein-l
dtruit, il en faut un autre au peuple : le philosophe n'en a pas besoin, je
le sais, mais il en faut  la canaille, et c'est sur elle seule que je veux
que l'autorit des rois se fasse sentir.
     Nous voil d'accord, dit Juliette, j'ai, comme vous, cd ce point 
Ferdinand, la premire fois que nous causmes ensemble.
     - Alors, reprit Francaville, c'est par la plus extrme terreur qu'il faut
remplacer les chimres religieuses ; dlivrez le peuple de la crainte d'un
enfer  venir, qu'il n'a pas plus tt dtruit qu'il se livre  tout, mais
remplacez cette frayeur chimrique par des lois pnales d'une svrit
prodigieuse, et qui ne frappent absolument que sur lui, car lui seul trouble
l'tat : dans sa seule classe naissent toujours les mcontents. Qu'importe 
l'homme riche l'ide du frein qui ne pse jamais sur sa tte, quand il achte
cette vaine apparence par le droit de vexer fortement  son tour tous ceux qui
vivent sous son joug ? Vous n'en trouverez jamais un seul, dans cette classe,
qui ne vous permette, avec lui, l'ombre la plus paisse de la tyrannie, quand
il en aura la ralit sur les autres. Ces bases tablies, il est donc
ncessaire qu'un roi gouverne alors avec la plus extrme svrit, et que pour
avoir le droit bien constat de tout faire au peuple, il laisse faire,  ceux
qui soutiennent avec lui le glaive, tout ce qu'il leur plaira d'entreprendre 
leur tour. Il faut qu'il environne ceux-ci de son crdit, de sa puissance, de
sa considration ; il faut qu'il leur dise : Et vous aussi, promulguez des
lois, mais  la condition d'tayer les miennes ; et pour que mes coups soient
solides, pour que mon trne soit inbranlable, soutenez ma puissance de toute
la portion que je vous laisse, et jouissez en paix de cette portion, afin que
la mienne ne soit jamais trouble...
     - C'est, dit Olympe, le pacte qu'avaient fait les rois avec le clerg.
     - Oui : mais le clerg, tayant sa puissance de celle d'un Dieu
fantastique, devenait plus fort que les rois ; il les assassinait au lieu de
les soutenir, et ce n'est pas cela que je demande. Je veux que la pleine
autorit demeure au gouvernement, et que celle qu'il laisse  la classe des
riches et des philosophes ne soit employe par eux  leurs passions
particulires, qu'aux conditions de tout faire pour soutenir l'tat ; car
l'tat ne peut jamais tre uniquement gouvern, ni par le pouvoir
thocratique, ni par le pouvoir despotique ; il faut que l'argent de cet tai
anantisse le premier pouvoir qui dtruirait bientt le sien, et qu'il partage
l'autre avec ceux qui, gagnant  le voir s'lever au-dessus d'eux,
consentiront  lui prter quelquefois les forces dont il les laisse jouir en
paix, quand il y est lui-mme, et que tous, alors, et le moteur et ses agents,
se runissent pour combattre, rduire, enchaner l'hydre populaire, dont les
efforts n'ont jamais pour but que de briser les fers dont on l'accable.
     - Avec tant de raisons, il est certain, dit Clairwil, qu'alors les lois,
faites contre lui, ne sauraient tre trop violentes.
     - Il faut, dit Francaville, que ce soit celles de Dracon, il faut
qu'elles soient crites avec le sang, qu'elles ne respirent que le sang, et
qu'elles le fassent couler tous les jours, qu'elles tiennent le peuple,
surtout, dans la plus dplorable misre ; il n'est jamais dangereux que quand
il est dans l'aisance...
     - Et quand il est instruit ? dit Clairwil.
     - Assurment : il faut le tenir, de mme, dans la plus profonde
ignorance, dit le prince ; il faut que son esclavage soit aussi dur que
perptuel, et qu'il ne lui reste, surtout, aucune espce de moyens d'en
sortir, ce qui sera, indubitablement, ds que celui qui soutient et entoure le
gouvernement, se trouvera l pour empcher le peuple de secouer des fers que
lui-mme aura le plus grand intrt de river. Vous n'imaginez pu jusqu'o
cette tyrannie doit s'tendre.
     - Je le sens, dit Clairwil ; il faudrait qu'elle allt au point que tous
ces coquins-l ne tinssent que du tyran, ou de ceux qui l'entourent, le droit
de vivre et de respirer.
     - Le voil, reprit le prince, en saisissant cette ide avec empressement
: il faut que le gouvernement rgle lui-mme la population, qu'il ait dans ses
mains tous les moyens de l'teindre s'il la craint, de l'augmenter s'il le
croit ncessaire, et qu'il n'y ait jamais d'autre balance  sa justice, que
celle de ses intrts ou de ses passions, uniquement combins avec les
passions ou les intrts de ceux qui, comme nous venons de le dire, ont obtenu
de lui toutes les portions d'autorit ncessaires  centupler la sienne
lorsqu'elles s'y enclaveront[23] . Jetez les yeux sur les gouvernements de
l'Afrique et de l'Asie ; tous sont mus par ces principes, et tous se
soutiennent invariablement par eux.
     - Dans beaucoup, dit Charlotte, le peuple n'est pas o vous paraissez le
vouloir rduire.
     - Cela est vrai, dit Francaville, car il a dj remu en quelques-uns de
ces cantons, et il faut le mettre dans un tel tat de crainte et d'puisement,
qu'il ne puisse pas mme en concevoir la pense.
     - C'est pour cela, dit Ferdinand, que je lui voudrais des prtres.
     - Gardez-vous-en bien, puisque vous n'lveriez alors, comme on vient de
vous le dire, qu'une puissance bientt plus forte que la vtre, par la machine
difique qui, dans ses mains, ne sert qu' forger les armes dont elle dtruit
les gouvernements, et qu'elle n'emploie jamais que dans cette intention.
Athissez et dmoralisez sans cesse le peuple que vous voulez subjuguer : tant
qu'il n'adorera d'autre Dieu que vous, qu'il n'aura d'autres murs que les
vtres, vous en serez toujours le souverain.
     - Un homme sans murs est dangereux, dit Ferdinand.
     - Oui, quand il a quelque autorit, parce qu'il sent alors le besoin d'en
abuser ; jamais quand il est esclave. Qu'importe qu'un homme croie ou non
qu'il y ait du mal  me tuer, lorsque je l'entraverai au point de lui en ter
tous les moyens ? Et quand la dpravation de ses murs l'amollira, il rampera
bien mieux encore sous les fers dont je l'accablerai.
     - Mais, dit Charlotte, comment s'amollira-t-il sous le joug ? Ce n'est
gure, ce me semble, qu'au milieu du luxe et de l'aisance que l'homme se
dmoralise.
     - Il se dmoralise au sein du crime, rpondit le prince. Or, laissez-lui,
rciproquement, sur lui-mme la facult criminelle la plus tendue ; ne le
punissez jamais que quand ses dards se dirigent sur vous. Deux excellents
effets rsulteront de ce plan : l'immoralit qui vous est ncessaire et la
dpopulation, qui souvent vous deviendra plus utile encore. Permettez entre
eux l'inceste, le viol, le meurtre ; dfendez-leur le mariage, autorisez la
sodomie, interdisez-leur tous les cultes, et vous les aurez bientt sous le
joug o votre intrt veut qu'ils soient.
     - Et quel moyen de multiplier les punitions, quand vous tolrez tout ce
qui les mrite ? dis-je avec quelque apparence de raison.
     - Mais, dit Francaville, ce sont les vertus qu'on punit alors, ou les
rvoltes  votre puissance : en voil mille fois plus qu'il ne faut pour
frapper  tous les instants. Et qu'est-il besoin de motifs, d'ailleurs ? Le
despote en prend quand il veut, du sang ; sa seule volont suffit pour le
rpandre : on suppose de faux mouvements de conspiration, on les fomente, on
les occasionne : les chafauds se dressent, le sang coule.
     - Si Ferdinand veut me laisser ce soin, dit Charlotte, je lui rponde de
ne pas tre un jour sans lgitimer des prtextes : qu'il aiguise le glaive, et
je lui fournirai les victimes...
     - Mon cousin, dit le roi, voil la tte de ma femme qui s'chauffe.
     - Je ne m'en tonne pas, dit Clairwil, la mienne s'irrite galement :
voir foutre, et ne point foutre, est cruel quand on a du temprament...
     - Sortons, dit le prince, nous trouverons peut-tre dans ces bosquets
quelques moyens d'apaiser leurs feux.
     Tous les jardins taient illumins : les orangers, les pchers, les
abricotiers, les figuiers, nous offrirent leurs fruits tout glacs, et nous
les dtachions des arbres mmes, en parcourant les dlicieuses alles formes
par ces arbres, lesquelles nous conduisirent au temple de Ganymde. Le peu de
lumire qui clairait ce temple se trouvait cach dans la vote, ce qui
rpandait une clart suffisante aux plaisirs, et nullement fatigante  l'il.
Des colonnes vertes et roses soutenaient l'difice, des guirlandes de myrtes
et de lilas les entrelaaient et formaient d'agrables festons d'une colonne 
l'autre.
     A peine fmes-nous arrivs, qu'une musique dlicieuse se fit entendre.
Charlotte, ivre de luxure et trs chauffe de vins et de liqueurs, s'avance
au bord du canap ; nous l'imitons.
     - C'est leur tour, dit Francaville au roi, il faut les laisser faire,
avec la recommandation essentielle, nanmoins, de n'offrir ici que leurs culs
: c'est le cul seul qu'on adore en ce lieu ; tout cart  ces lois deviendrait
un crime qui les ferait chasser du temple, et les agents, d'ailleurs, que l'on
va leur fournir ne consentiraient point  l'infidlit.
     - Que nous importe ? dit Clairwil, en nous donnant l'exemple de nous
mettre nues. Nous aimons beaucoup mieux livrer nos culs que nos cons, et
pourvu qu'on nous
 
    branle pendant ce temps-l, nous protestons bien de ne pas former de
regrets.
     Alors Francaville enlve une draperie de satin rose qui couvrait
l'ottomane... Oh ! quel sige se trouvait sous ce voile ! Chaque place, et il
y en avait quatre, tait marque de la mme manire ; la femme, en
s'agenouillant sur le bord du lieu qui lui tait destin, les reins levs,
les cuisses cartes, se trouvait alors reposer sur des bras de banquette
garnis de coton et recouverts de satin noir comme tout le meuble. Ses mains,
en s'allongeant sur ces bras, allaient poser sur le bas-ventre de deux hommes
qui, par ce moyen, plaaient entre les mains de la femme un engin monstrueux
qu'on voyait seul : le reste du corps, cach sous des draperies noires, ne
s'apercevait pas. Des trappes, artistement disposes, soutenaient ces corps,
de manire qu'aussitt aprs la dcharge de ces vits, ils disparaissaient, et
d'autres les remplaaient  l'instant.
     Une nouvelle mcanique bien plus singulire s'oprait sous le ventre de
la femme. En se plaant sur la portion du sige qui lui tait destine, cette
femme s'enfonait, pour ainsi dire sans le vouloir, sur un godemich doux et
flexible qui, par le moyen d'un ressort, la limait perptuellement, en lui
lanant, dans le vagin, de quart d'heure en quart d'heure, des flots d'une
liqueur chaude et gluante, dont l'odeur et la viscosit l'eussent fait prendre
pour le sperme et le plus pur et le plus frais. Une trs jolie tte de fille,
sans qu'on vt autre chose que cette tte, le menton appuy contre le
godemich, branlait, avec sa langue, le clitoris de la femme courbe, et tait
de mme relaye par le moyen d'une trappe, aussitt qu'elle tait fatigue. A
la tte de cette femme ainsi place, on voyait sur des tabourets ronds, qui se
changeaient au gr des dsirs de la femme, on y voyait, dis-je, ou des cons ou
des vits ; de manire que cette femme avait,  la hauteur de sa bouche, et
pouvait sucer  son aise, soit un engin, soit un clitoris. Le rsultait de
cette mcanique entire, que la femme, place sur le sofa que faisaient
mouvoir les ressorts adapts, y tait d'abord mollement tendue sur le ventre,
enfile par un godemich, suce par une fille, branlant un vit de chaque main,
prsentant son cul au vit bien rel qui viendrait le sodomiser, et suant
alternativement, d'aprs ses gots, tantt un vit, tantt un con, mme un cul.
     - Je ne crois pas, dit Clairwil en s'adaptant bien nue sur ce sige,
qu'il soit possible d'inventer rien de plus extraordinairement lubrique ;
cette seule position m'irrite... je dcharge rien qu'en me plaant.
     Nous nous arrangemes toutes. Quatre jeunes filles de seize ans, nues et
belles comme des anges, aidrent  nous placer ; elles humectrent les
godemichs d'essence pour qu'ils entrassent plus facilement ; elles fixrent,
arrangrent les positions ; puis, cartant nos fesses, elles oignirent de mme
le trou de nos derrires, et restrent pour nous soigner pendant l'opration.
     Alors Francaville donna le signal. Quatre pucelles de quinze ans
amenrent, par le vit, un pareil nombre de garons superbes, dont les membres
nous furent aussitt introduits dans le cul ; ce quadrille puis se remplace
bientt par d'autres. C'taient les mmes filles qui nous soignaient ; mais
les vits taient toujours conduite par quatre nouvelles qui, aprs avoir remis
aux placeuses les vits qu'elles amenaient, formaient une danse voluptueuse
autour de nous, au son d'une musique enchanteresse que nous n'entendions que
de loin. Pendant cette danse, elles jetaient sur nos corps une liqueur qui
nous tait inconnue, dont chaque goutte nous faisait prouver une piqre trs
irritante, et qui contribuait incroyablement  stimuler nos passions : son
odeur tait celle du jasmin ; nous en fmes inondes.
     On n'imagine pas d'ailleurs avec quelle lgret... quelle rapidit
s'excutaient toutes les variations de cette scne : nous n'attendions pas une
minute. Sous nos bouches, les cons, les vits, les culs se succdaient aussi
promptement que le dsir ; d'une autre part,  peine les engins que nous
branlions avaient-ils dcharg, qu'il en reparaissait de nouveaux ; nos
gamahucheuses se relayaient avec la mme vitesse, et jamais nos culs ne se
trouvaient vacante. En moins de trois heures, pendant lesquelles nous ne
cessmes d'tre plonges dans le dlire, nous fmes encules cent coups
chacune, et constamment pollues, ce mme intervalle, par le godemich qui
sondait nos cons. J'tais anantie ! Olympe s'tait trouve mal, on avait t
contraint  la retirer ; Clairwil et Charlotte, seules, avaient soutenu
l'attaque avec un courage sans exemple. Le foutre, les liqueurs jacules des
godemichs, le sang, nous inondaient de tous cts : nous nagions dans leurs
flots. Ferdinand et Francaville qui, bien en face du spectacle, s'taient
amuss d'une trentaine de charmants bardaches, nous invitrent  poursuivre la
promenade ; quatre jolies filles nous soutinrent, et nous entrmes dans un
vaste kiosque, dcor de la manire suivante.
     Dans la partie du fond qui rgnait  droite, tait un amphithtre
demi-circulaire, s'levant  trois pieds du sol, garni d'pais matelas
recouverts de satin couleur de feu, sur lesquels on pouvait se coucher 
l'aise ; en face tait un gradin, plus haut d'un pied, d'gale forme, qu'un
vaste tapis de velours de mme couleur garnissait en entier.
     - Vautrons-nous ici, nous dit le prince en nous conduisant vers la partie
de l'amphithtre, et nous verrons ce qui arrivera. A peine placs, nous
voyons entrer, dans le milieu de la salle, douze jeunes femmes de seize 
dix-huit ans, de la plus dlicieuse figure. Elles taient revtues d'une
simple chemise  la grecque, qui laissait leur gorge dcouverte ; et sur ces
seins, plus fermes et plus blancs que l'albtre, chacune portait un enfant nu,
lui appartenant, et de l'ge de six  dix-huit mois. Six beaux hommes, le vit
 la main, se glissrent en mme temps auprs de nous ; deux enculrent
Ferdinand et Francaville ; les quatre autres nous offrirent leurs services, de
telle manire qu'il nous plairait de les accepter.
     Ds que nous fmes foutus tous six, les douze femmes, formant un
demi-cercle autour de nous, furent trousses par un nombre gal de petites
filles, vtues  la manire des Tartares, qui, s'agenouillant prs de la femme
qu'elles troussaient, nous exposaient, par une attitude agrablement dessine,
la plus superbe collection de fesses qu'il ft possible de voir.
     - Voil de superbes culs, dit Francaville, sous le vit monstrueux qui le
sodomisait ; mais ils sont malheureusement proscrits par nous, et je serais
fch, mesdames, de vous voir prendre  eux un trop vif intrt... Voyez
pourtant comme c'est coup, comme c'est blanc ! le bel ensemble de fesses !
quel dommage de les traiter comme elles vont l'tre  l'instant.
     Les trousseuses disparaissent. Douze hommes, de trente-cinq ans, d'une
physionomie mle et froce, dguiss en satyres, les bras nus, et tous arms
d'un instrument de flagellation de forme diffrente, s'emparant des enfants
porte par les femmes, les jettent ple-mle, saisissent les mres, les
tranent par les cheveux sur l'estrade en gradin qui se trouve en face de
nous, et leur arrachant impitoyablement les chemises dont elles sont
couvertes, ils les captivent d'une main, et commencent  les flageller de
l'autre, d'une si cruelle manire et pendant si longtemps, que des jets de
sang et des morceaux de chair s'lanaient jusqu' nous,  travers toute la
largeur du kiosque.
     - De mes jours je n'avais encore vu une pareille flagellation... une si
sanglante, puisque les coups parcouraient indistinctement toutes les parties
de derrire, depuis la nuque du cou, jusqu' la cheville du pied ; les
lamentations de ces malheureuses s'entendaient d'une lieue, et le crime
marchait tellement  dcouvert ici, qu'aucune prcaution n'tait prise pour
les touffer. Quatre de ces femmes s'vanouirent... tombrent, et ne furent
releves qu' coups de fouet. Quand toutes les parties flagelles ne formrent
plus qu'une plaie, on les abandonna.
     Un mouvement simultan s'excute alors, et les flagellants et les
flagells se heurtent, se poussent, se pressent ; les uns accourent remplacer
prs de nous, deux par deux, les six premiers personnages dont nous jouissons
; les autres venaient tristement rechercher leurs enfants ; quelque mls
qu'ils soint, elles les reconnaissent, les approchent de leurs lvres
tremblantes... les reposent sur leurs seins palpitants, mlant au lait troubl
qu'elles leur donnent, les larmes brlantes dont est inond leur visage...
C'est  ma honte que je l'avoue, mes amis, mais cette effervescence, en
contraste avec les mouvements opposs qui se manifestaient en nous, me fit
jaculer deux fois de suite sous le membre de fer qui me sondait l'anus. Le
moment de calme ne fut pas long : douze nouveaux hommes, plus effrayants que
les premiers, et vtus en sauvages, arrivent, le blasphme  la bouche, le
martinet au poing. Ils ressaisissent les enfants de ces malheureuses, nous les
jettent avec plus de force qu'ils ne l'avaient t la premire fois, brisent,
par cet lan, le crne de quelques-uns sur les planches qui composent notre
amphithtre, entranent brutalement ces femmes sur les gradins qui sont en
face de nous, et, cette fois, c'est sur toutes les parties du devant, et
principalement sur les seins dlicats de ces tendres mres, que vont porter
les vigoureux coups de ces monstres. Ces masses fraches, sensibles et
voluptueuses, s'entrouvrant bientt aux cinglons qui les parcourent en tous
sens avec autant de force, offrent l'affreux mlange du lait qui s'en exhale
aux flots de sang que font jaillir ces coups. Les barbares, s'garant plus
bas, lacrent bientt, avec la mme violence, le bas-ventre, l'intrieur du
vagin et les cuisses, et, en un instant, ces parties, traites avec la mme
rigueur que les autres, font voir le sang couler de toutes perte. Et nous
foutions pendant ce temps-l, et nous gotions le suprme plaisir qui rsulte
du spectacle des douleurs d'autrui, sur des mes de la trempe des ntres. Mme
mouvement de la part des femmes, ds que leurs bourreaux les lchent, pour
venir remplacer de leurs vits cumants et bandants les douze engins fltris de
leurs prdcesseurs. Elles se jettent sur leurs enfants, les ramassent, tout
maltraits qu'ils sont, les chauffent de leurs douloureux baisers, les
inondent de leurs pleurs, les consolent par des mots tendres, et dans le
plaisir qu'elles prouvent  retrouver ces cratures chries, elles vont
presque oublier leurs malheurs, si douze autres sclrats, d'une figure mille
fois plus affreuse que ceux qui les ont prcds, ne fussent prcipitamment
accourus pour d'autres atrocits.
     Cette nouvelle horde de monstres, vtus comme les satellites de Pluton,
arrachent pour la dernire fois et sans aucun mnagement, les tristes enfants
de ces infortunes, les criblent de coups du poignard dont ils sont arms, les
lancent  nos pieds, se prcipitent sur les femmes, dont ils font, au milieu
de l'arne, le plus prompt et le plus sanglant carnage ; se jettent ensuite
sur nous, inonds de sang, poignardent dans nos bras ceux qui nous foutent, et
nous enculent eux-mmes en mourant de plaisir.
     - Oh ! quelle scne ! dis-je  Francaville lorsque, puiss de foutre et
d'horreur, nous nous retirmes de ce repaire sanglant, quelle scne !
     - Elle ne suffit pas encore  ton amie, me dit le prince en montrant
Clairwil qui s'amusait  visiter les blessures des morts que nous laissions
sur le champ de bataille...
     - Foutre ! nous rpondit cette femme  caractre, croyez-vous donc qu'on
se lasse de cela ? pensez-vous que jamais on en ait assez ? Voil, sans doute,
l'une des plus dlicieuses horreurs que j'aie vues de mes jours, mais elle me
laissera perptuellement le regret de ne pouvoir la renouveler  tous les
quarts d'heure de ma vie.
     Ici se terminait la fte. Des calches nous attendaient ; nous montmes,
elles nous ramenrent au palais du prince ; nous n'avions pas la force de
faire un pas ; des bains d'aromates taient prpars, nous nous y plongemes ;
des consomms et des lits nous furent offerts, et au bout de douze heures,
nous eussions, s'il l'et fallu, recommenc toutes les trois.
     Reposes de cette fatigue, nous songemes  continuer notre tourne des
environs de Naples, du ct du Levant. Si ces descriptions ne vous dplaisent
pas, j'en entremlerai celles de mes luxures : cette varit amuse ; elle est
piquante. Si jamais ces rcits s'imprimaient, le lecteur, dont l'imagination
est chauffe par les dtails lubriques qui parsment cette narration, ne
serait-il pas enchant d'avoir  se reposer quelquefois sur des descriptions
plus douces, et toujours marques du sceau de la plus exacte vrit ?
     L'il du voyageur, fatigu des points de vue pittoresques qui l'occupent
en traversant les Alpes, aime  s'arrter sur les plaines fertiles qu'il
trouve au bas des monts, o la vigne, agrablement enlace  l'ormeau, semble
toujours, dans ces belles contres, indiquer la nature en fte.
     Huit jours aprs notre souper chez Francaville, nous partmes donc pour
cette seconde tourne, avec un guide donn par le roi, et toutes les lettres
possibles pour tre bien reues dans le pays que nous allions parcourir.
     La premire maison que nous visitmes avec attention fut le chteau de
Portici. Jusqu'alors, nous n'en avions vu que les boudoirs. Ferdinand nous en
montra lui-mme le musum. Quatorze pices de plain-pied composent ce cabinet
norme, le plus curieux et le plus beau de l'univers, sans doute. Rien n'est
fatigant comme l'examen de ce qu'il renferme ; toujours debout, l'esprit
tendu, les yeux fixs, je ne voyais plus rien quand nous fmes arrivs  la
fin de cet examen.
     Dans une autre partie de ce chteau, nous vmes avec plaisir la nombreuse
collection des peintures retrouves dans Herculanum, ou autres villes
englouties par la lave du Vsuve.
     On remarque, en gnral, dans toutes ces peintures, un luxe d'attitudes
presque impossibles  la nature, et qui prouvent ou une grande souplesse dans
les muscles des habitants de ces contres, ou un grand drglement
d'imagination. Je distinguai parfaitement, entre autres, un morceau superbe
reprsentant un satyre jouissant d'une chvre : il est impossible de rien voir
de plus beau... de mieux fini.
     - Cette fantaisie est aussi agrable qu'on la trouve extraordinaire, nous
dit Ferdinand. Elle est, nous dit-il, encore fort en usage dans ce pays-ci ;
en qualit de Napolitain, j'ai voulu la connatre, et je ne vous cache pas
qu'elle m'a donn le plus grand plaisir.
     - Je le crois, dit Clairwil ; cette ide m'est venue mille fois dans la
vie, et je n'ai jamais dsir d'tre homme que pour l'prouver.
     - Mais une femme peut trs bien se livrer  un gros chien, dit le roi.
     - Assurment, rpondis-je, de manire  faire croire que je connaissais
cette fantaisie.
     - Charlotte, poursuivit Ferdinand, a voulu l'essayer, et elle s'en est
parfaitement trouve...
     - Sire, dis-je bas  Ferdinand, avec ma franchise ordinaire, il serait
bien  dsirer que tous les princes de la maison d'Autriche n'eussent jamais
foutu que des chvres, et que les femmes de cette maison n'eussent connu que
des dogues : la terre ne serait pas empeste de cette race maudite dont les
peuples ne se dferont jamais que par une rvolution gnrale.
     Ferdinand convint que j'avais raison, et nous poursuivmes. Les ruines,
absolument fouilles, d'Herculanum offrent peu de choses aujourd'hui : tout
s'tant recouvert en raison des enlvements, afin d'assurer le sol qui
soutient Portici, on juge assez mal le beau thtre, tant par l'obscurit qui
y rgne, que par les coupures qui y ont t faites. Revenues  Portici,
Ferdinand nous abandonna aux guides clairs qu'il nous avait choisis
lui-mme, et l'aimable homme nous souhaita un bon voyage, en nous recommandant
son ami Vespoli, de Salerne, pour lequel il nous avait donn des lettres, et
dont la maison, nous assura-t-il, nous donnerait infiniment de plaisir.
     Nous traversmes Rsine pour nous rendre  Pomp. Cette ville fut
engloutie comme Herculanum et par la mme ruption. Une chose assez singulire
que nous remarqumes, c'est qu'elle est elle-mme difie sur deux villes
englouties dj il y a longtemps. Comme vous le voyez, le Vsuve absorbe,
dtruit toutes les habitations dans cette partie, sans que rien dcourage d'y
en reconstruire de nouvelles ; tant il est vrai que sans ce cruel ennemi, les
environs de Naples seraient incontestablement le plus agrable pays de la
terre.
     De Pomp, nous gagnmes Salerne, et fmes, de l, coucher  la fameuse
maison de force qui se trouve situe  prs de deux milles de cette cit, et
dans laquelle Vespoli exerce sa terrible puissance.
     Vespoli, issu d'une des plus grandes maisons du royaume de Naples, tait
autrefois premier aumnier de la Cour. Le roi dont il avait servi les plaisirs
et dirig la conscience[24] , lui avait accord l'administration despotique de
la maison de correction o il tait, et, le couvrant de sa puissance, il lui
permettait de se livrer, l,  tout ce qui pourrait le mieux flatter les
criminelles passions de ce libertin. C'est en raison des atrocits qu'il y
exerait que Ferdinand fut bien aise de nous envoyer chez lui.
     Vespoli, g de cinquante ans, d'une physionomie imposante et dure, d'une
taille leve et d'une force de taureau, nous reut avec les marques de la
plus extrme considration. Aussitt qu'il eut vu nos lettres, et comme il
tait fort tard quand nous arrivmes, on ne s'occupa qu' nous faire
promptement souper et coucher. Le lendemain, Vespoli vint nous servir lui-mme
le chocolat, et, sur le dsir que nous lui tmoignmes, il nous accompagna
dans la visite que nous voulions faire de sa maison.
     Chacune des salles que nous parcourmes nous fournit  tous infiniment de
matire  de criminelles lubricits, et nous tions dj horriblement
chauffs, lorsque nous arrivmes aux loges o taient enferms les fous.
     Le patron, qui jusqu' ce moment n'avait fait que s'irriter, bandait
incroyablement quand nous fmes parvenus dans cette enceinte, et comme la
jouissance des fous tait celle qui irritait le plus ses sens, il nous demanda
si nous voulions le voir agir.
     - Certainement, rpondmes-nous.
     - C'est que, dit-il, mon dlire est si prodigieux avec ces tres-l, mes
procds sont si bizarres, mes cruauts tellement atroces, que ce n'est
qu'avec peine que je me laisse voir en cet endroit.
     - Tes caprices fussent-ils mille fois plus incongrus, dit Clairwil, nous
voulons te voir, et nous te supplions mme d'agir comme si tu tais seul ; de
ne nous rien faire perdre surtout des lans prcieux qui mettent si bien 
dcouvert et tes gots et ton me...
     Et il nous parut que cette question l'chauffait beaucoup, car il ne put
la faire, sans se frotter le vit.
     - Et pourquoi n'en jouirions-nous pas aussi de ces fous dit Clairwil. Tes
fantaisies nous lectrisent, nous voulons les imiter toutes. Si, nanmoins,
ils sont mchants, nous aurons peur ; s'ils ne le sont pas, nous nous en
chaufferons comme toi : pressons-nous, je brle de te voir aux prises.
     Ici, les loges environnaient une grande cour plante de cyprs, dont le
vert lugubre donnait  cette enceinte toute l'apparence d'un cimetire. Au
milieu tait une croix garnie de pointes d'un ct ; c'tait l-dessus que se
garrottaient les victimes de la sclratesse de Vespoli. Quatre geliers,
arms de gros btons ferrs dont un seul coup et tu un buf, nous
escortaient avec attention. Vespoli qui ne redoutait pas leurs regards, par
l'habitude o il tait de s'amuser devant eux, leur dit de nous placer sur un
banc de cette cour, de rester deux auprs de nous, pendant que les deux autres
ouvriraient les loges de ceux dont il aurait besoin.
     On lui lche aussitt un grand jeune homme, nu et beau comme Hercule, qui
fit mille extravagances ds qu'il fut libre. Une des premires fut de venir
chier  nos pieds, et Vespoli ne manqua pas de venir, avec soin, examiner
cette opration. Il se branla, toucha l'tron, y frotta son vit, et se mettant
ensuite  danser,  faire les mmes gambades que le fou, il le saisit en
tratre, le pousse sur la croix, et les geliers le garrottent  l'instant.
Ds qu'il est pris, Vespoli, transport, s'agenouille devant le derrire,
l'entr'ouvre, le gamahuche, l'accable de caresses, et se relevant aussitt le
fouet  la main, il trille une heure de suite le malheureux fou, qui jette
des cris perants. Ds que les fesses sont dchires, le paillard encule, et,
dans l'ivresse qui le possde, il se met  draisonner comme sa victime.
     - Oh ! sacredieu, s'criait-il de temps en temps, quelle jouissance que
le cul d'un fou ! Et moi aussi je suis fou, double foutu Dieu ; j'encule des
fous, je dcharge dans des fous, la tte me tourne pour eux, et ne veux foutre
qu'eux au monde...
     Cependant, comme Vespoli ne voulait pas perdre ses forces, il fait
dtacher le jeune homme. Un autre arrive... celui-l se croit Dieu...
     - Je vais foutre Dieu, nous dit Vespoli, regardez-moi ; mais il faut que
je rosse Dieu, avant que de l'enculer. Allons, poursuit-il... allons, bougre
de Dieu... ton cul... ton cul !
     Et Dieu, mis au poteau par les geliers, est bientt dchir par sa
chtive crature, qui l'encule ds que les fesses sont en marmelade. Une belle
fille de dix-huit ans succde ; celle-ci se croit la Vierge : nouveaux sujets
de blasphmes pour Vespoli qui fustige jusqu'au sang la sainte mre de Dieu,
et qui la sodomise aprs, pendant plus d'un quart d'heure.
     Clairwil se lve en feu.
     - Ce spectacle m'chauffe, nous dit-elle ; imitez-moi, mes amies, et toi,
sclrat, fais-nous mettre nues par tes geliers, qu'ils nous enferment dans
des loges ; prends-nous aussi pour des folles, nous les imiterons ; tu nous
feras attacher sur la croix du ct o elle est sans pointes, tes fous nous
fouetteront et nous enculeront aprs...
     L'ide parat dlicieuse. Vespoli l'excute. A l'instant, dix fous, l'un
aprs l'autre, sont lchs sur nous ; quelques-uns nous trillent, d'autres
sont charps par Vespoli, pour s'y tre refuss ; mais tous nous foutent, et
tous, guids par Vespoli, s'introduisent dans nos derrires. Les geliers, le
matre, tout y passe : nous faisons tte  tous.
     - Dcharge donc maintenant, dit Clairwil au matre du logis, nous avons
fait tout ce que tu as voulu, nous avons imit tes bizarreries : fais-nous
donc voir comme tu te conduis dans cette dernire crise de la volupt.
     - Un moment, dit notre homme, il en est un ici qui fait mes dlices ; je
ne sors jamais sans le foutre.
     Sur un signe  l'un de ses geliers, on lui amne un vieillard de plus de
quatre-vingts ans, dont la barbe blanche descend au-dessous du nombril.
     - Viens, Jean, lui dit Vespoli, en le saisissant par la barbe, et le
tranant ainsi tout le long de la cour, viens que je mette mon vit dans ton
cul.
     Le vieillard est impitoyablement attach, fustig ; son cul, son vieux
parchemin rid se baise, se lche, s'encule, et Vespoli se retirant, tout prs
d'lancer son foutre :
     - Ah ! nous dit-il, vous voulez me voir dcharger ? Mais savez-vous que
je ne parviens jamais  cette crise qu'il n'en cote la vie  deux ou trois de
ces infortuns ?
     - Tant mieux, rpondis-je ; mais j'espre que, dans tes massacres, tu
n'oublieras ni Dieu, ni la Vierge ; j'avoue que je dchargerai bien
dlicieusement en te voyant assassiner le bon Dieu d'une main et sa bru de
l'autre.
     - Il faut, si cela est, que, pendant ce temps, j'encule Jsus-Christ, dit
l'infme. Nous l'avons : tout le paradis est dans cet enfer.
     Les geliers amnent un beau jeune homme de trente ans, qui se disait le
fils de Dieu, et que Vespoli fait aussitt mettre en croix. Il le flagelle 
toute outrance.
     - Courage, braves Romains, s'criait la victime, je vous ai toujours dit
que je n'tais venu que pour souffrir sur terre ; ne m'pargnez pas, je vous
conjure ; je sais bien qu'il faut que je meure en croix ; mais j'aurai sauv
le genre humain.
     Vespoli n'y tient plus ; il encule le Christ, arme ses deux mains de
stylets, pour en rgaler la Sainte Vierge et le bon Dieu.
     - Allons, nous dit-il, entourez-moi, montrez-moi vos culs ; et puisque
vous tes curieuses de ma dcharge, vous allez voir comment j'y procde.
     Il lime ; jamais le fils de Dieu ne fut si bien foutu ; mais chaque coup
de reins qu'il donne  sa jouissance est accompagn d'une estafilade sur
toutes les parties des deux corps offerts de droite et de gauche  sa rage.
D'abord ce sont les bras qu'il larde, les aisselles, les paules, les flancs :
 mesure que la crise s'approche, le barbare choisit de plus dlicates parties
; la gorge de la Vierge est en sang ; frappant tantt d'une main, tantt de
l'autre, ses bras imitent le balancier d'une horloge ; on calculerait les
approches de la crise,  la dlicatesse des parties qu'il choisit. D'affreux
jurements nous annoncent enfin les derniers transports de ce frntique. Ce
sont les visages que choisit alors sa fureur ; il les dchire, et quand
s'lancent les dernires gouttes de son foutre, ce sont les yeux que sa fureur
arrache.
     Il est impossible d'exprimer  quel point ce spectacle nous anime : nous
voulons imiter ce monstre ; les victimes nous sont abondamment fournies ; nous
en immolons chacune trois. Clairwil, ivre de volupt, se prcipite au milieu
de la cour ; elle entrane Vespoli.
     - Viens me foutre, sclrat ! lui dit-elle ; viens, en faveur du con
d'une femme qui te ressemble, faire  ton culte une infidlit.
     - Je ne le puis, dit l'Italien.
     - Je l'exige...
     Nous excitons Vespoli, il bande ; nous le forons  enconner Clairwil ;
on lui montre nos culs : le capricieux veut des fous, et ce n'est qu'en en
faisant chier un sur son visage que le vilain, press par Olympe et moi,
arrose enfin Clairwil de foutre. Et nous abandonnons ces excrables lieux,
sans nous douter que, depuis treize heures, nous nous y plongions dans des
infamies.
     Nous restmes quelques jours dans ce lieu de crimes et de dbauches, au
bout desquels, souhaitant  Vespoli toutes sortes de prosprits, nous
poursuivmes notre route vers les clbres temples de Pestum.
     Avant que de rien examiner, nous fmes prendre notre logement dans une
superbe ferme o Ferdinand nous avait adresses. La simplicit, la vertu
caractrisaient les habitants de cette belle campagne ; une veuve de quarante
ans, et trois filles de quinze  dix-huit ans, en taient les uniques matres.
Plus rien de criminel ici, et si la vertu mme et t bannie de la terre, on
n'aurait retrouv ses temples que chez l'honnte et douce Rosalba : rien
n'tait frais comme elle, rien n'tait joli comme ses filles.
     - Eh bien ! dis-je bas  Clairwil, ne t'ai-je pas dit que j'tais presque
sre de rencontrer bientt un agile o la vertu, sous sa plus belle parure,
nous provoquerait srement au vice ? Vois ces filles charmantes, ce sont des
fleurs que la nature nous donne  moissonner.  Clairwil ! il faut que par nos
soins le trouble et la dsolation remplacent bientt l'innocence et la paix
que cette dlicieuse retraite nous prsente.
     - Tu me fais bander, dit Clairwil ; tu as raison, voil de voluptueuses
victimes ; puis, me baisant : Mais il faudra que cela souffre beaucoup...
Dnons, allons voir les temples, et nous combinerons ensuite ce joli forfait.
     La prcaution de conduire toujours un cuisinier avec nous, faisait que
nous trouvions  peu prs partout la mme chre. Aprs un ample repas, pendant
lequel les belles filles de cette maison nous servirent, nous nous fmes mener
aux temples. Ces difices superbes sont si bien conservs que, sans le got
antique qui les caractrise, on les prendrait pour des ouvrages de trois ou
quatre sicles au plus : ils sont au nombre de trois, dont un parait beaucoup
plus grand que les deux autres. Aprs avoir admir ces chefs-d'uvre... avoir
regrett les sommes immenses que, dans tous les pays de l'univers, la
superstition fait offrir  des dieux qui, de quelque nature qu'on puisse les
admettre, n'existrent jamais que dans l'imagination des fous, nous regagnmes
notre ferme o de plus grands intrts nous appelaient sans doute.
     L, Clairwil s'tant empare de la mre, lui fit part des craintes que
nous concevions de coucher seules dans des campagnes si prodigieusement
isoles.
     - Vos filles, dit la sclrate, seront-elles assez complaisantes pour
partager nos lits ?
     - N'en doutez pas, mes belles dames, rpondit honntement la belle
fermire ; mes filles sont trop flattes de l'honneur que vous voulez bien
leur faire...
     Et Clairwil, se htant de nous rapporter cette agrable rponse, nous
choismes chacune celle que nous dsirions, et nous nous retirmes.
     Celle de quinze ans m'tait chue : il tait impossible de rien voir de
plus frais et de plus joli. A peine fmes-nous sous le mme drap, que je
l'accablai de caresses, et la pauvre petite me les rendait avec une candeur...
une ingnuit... capables de dsarmer toute autre qu'une libertine telle que
moi. Je commenai par des questions : hlas ! l'innocente ne les entendait
point ; la nature mme, quoique dans un climat si prcoce, ne lui avait encore
rien dit, et la simplicit la plus entire dictait seule les rponses ingnues
de cet ange. Quand mes doigts impurs effeuillrent la rose, elle tressaillit ;
je la baisai, elle me le rendit, mais avec une simplicit ignore des gens du
monde, et qui ne se rencontre que dans les asiles de la pudeur et de
l'innocence. Il n'y avait rien que je n'eusse fait faire, rien que je n'eusse
excut avec cette jolie petite crature, lorsque mes compagnes, plus tt
leves que moi, vinrent me demander des nouvelles de la nuit.
     - Hlas ! leur dis-je, je suis bien sre que le dtail de mes plaisirs
est l'histoire fidle de celui des vtres.
     - Ah, sacredieu ! dit Clairwil, je crois que de ma vie je n'ai tant
dcharg ! Mais lve-toi, renvoie cette enfant, il faut que nous causions...
     Puis, la fixant :
     - Gueuse, lui dis-je, tes foutus yeux me peignent ton me... ils
respirent le crime.
     - Je veux en commettre un, affreux, pouvantable... Tu sais comme ces
bonnes gens nous ont reues... le plaisir que nous ont donn leurs filles ?
     - Eh bien ?
     - Je veux les massacrer tous, voler, piller, abattre leur maison, et nous
branler sur les ruines, quand elles auront couvert les cadavres.
     J'approuve cette dlicieuse ide, rpondis-je, mais j'y dsire un
pisode. Il faut nous enfermer ce soir avec tous ces gens-ci : la mre est
seule avec ses filles, les valets sont  Naples, rien n'est isol comme cette
maison : livrons-nous  des infamies, nous tuerons aprs.
     - Tu es donc lasse de la tienne ? me dit Clairwil.
     - Excde...
     - Je voudrais dj voir la mienne au diable, dit Borghse.
     - Il ne faut jamais aller aussi loin avec l'individu offert  notre
jouissance, dit Clairwil, sans avoir du poison dans sa poche.
     - Sclrate ! Point de reproche... djeunons, puis occupons-nous de notre
affaire.
     Nous avions pour escorte quatre grands valets membrs comme des nes, qui
nous foutaient quand nous bandions, et qui, singulirement pays, se seraient
bien gards de nous dsobir : une fois au fait, ils ne respiraient plus que
pour l'excution. A peine la nuit ft-elle venue, que nous nous emparmes de
la maison. Mais il est essentiel de vous dsigner les acteurs, avant que de
vous dtailler les scnes. Connaissant dj la mre, et vous peignant sans
doute Rosalba sous les traits de la fracheur et de la beaut, je n'ai plus
qu' vous parler de ses filles. Isabelle tait la plus jeune, je venais de
passer la nuit avec elle ; on nommait la seconde Bathilde, seize ans, de beaux
traits, de la rgularit, de la langueur dans les yeux, l'air d'une belle
vierge de Raphal ; Ernesille tait le nom de la troisime, le port et la
figure de Vnus mme, il tait impossible d'tre plus belle ; c'tait celle
avec qui Clairwil venait de se souiller d'horreurs et d'impudicits. Nos gens
se nommaient Roger, Victor, Auguste et Vanini. Le premier m'appartenait, il
tait de Paris, vingt-deux ans, et le plus beau vit possible ; Victor,
galement Franais, et g de dix-huit ans, appartenait  Clairwil ; il ne le
cdait en rien aux qualits occultes de Roger ; Auguste et Vanini, tous deux
Florentins, appartenaient  Borghse, tous deux jeunes, d'une charmante
figure, et suprieurement membrs.
     La tendre mre de nos trois Grces, un peu surprise des prcautions
qu'elle nous voyait employer, demanda ce qu'elles signifiaient.
     - Nous allons te l'apprendre, putain, lui dit Auguste en lui ordonnant,
le pistolet sur la gorge, de se mettre nue.
     Et pendant ce temps, nos trois autres valets, s'emparant chacun d'une des
filles, leur adressaient  peu prs les mmes compliments. En moins de six
minutes, la mre et les trois filles nues, les mains lies derrire le dos,
n'offrent plus  nos yeux que de la soumission et des victimes. Clairwil
s'approche de la mre.
     - Comme elle est belle et frache, cette gueuse-l ! dit-elle en lui
maniant les fesses et la gorge ; et revenant aux filles : Mais ceci... oh ! ce
sont des anges ! je n'ai jamais rien vu de si beau. Coquine, me dit-elle en
caressant la mienne, tu te trouvais la mieux pourvue... Que de plaisirs tu
dois avoir eu, cette nuit, avec une aussi jolie fille !... Eh bien ! mes
amies, vous me chargez donc du soin de diriger tout ceci ?
     - Assurment, nous ne saurions remettre nos droits entre les mains de
quelqu'un qui st en faire un meilleur usage.
     - Mon avis est donc que chacune de nous passe alternativement avec la
mre et les trois filles, dans ce cabinet spar, pour les assouplir toutes
quatre  ce qui pourra plaire le mieux.
     - Un homme pourra-t-il m'accompagner ? dit Borghse.
     - Non, d'abord seule ; vous verrez ce que j'arrangerai ensuite.
     Comme j'ignore ce que firent mes compagnes, je ne vous parlerai que de
mes fredaines avec ces quatre malheureuses cratures. J'trillai la mre,
tenue par ses filles, puis l'une des filles, pendant que les deux autres
branlaient leur mre devant moi ; je leur enfonai des aiguilles dans le sein,
leur mordis le clitoris et la langue, et leur cassai le petit doigt de la main
droite  chacune. Le sang qui ruisselait de leur corps, lorsque mes amies les
ramenrent, prouva bien qu'elles ne les avaient pas plus mnages que moi.
Nous les runmes ; elles fondaient en larmes.
     - Est-ce donc l, disaient-elles en sanglotant, la rcompense des
politesses que nous vous avons faites... des soins que nous avons pris de vous
?
     Et la mre, en larmes, s'approchait de ses filles pour les baiser.. pour
les consoler ; celles-ci l'entouraient galement... se serraient en pleurant
vers elles, et toutes quatre formaient le tableau de la nature, le plus
pathtique et le plus dchirant. Mais des mes comme les ntres ne
s'attendrissent de rien ; tout ce qu'on offre  leur sensibilit n'est qu'un
aliment de plus  leur rage ; nous bandions.
     - Faisons-les foutre, dt Clairwil, et, pour cela, dtachons leurs mains.
     A ces mots, elle place Rosalba sur un lit, puis ordonne  la plus jeune
fille de prparer pour sa mre, tour  tour, les vits de nos quatre valets. La
pauvre enfant, menace par nous, tait oblige de branler... de sucer les
engins qui devaient se plonger dans sa mre. Nous nous amusions des deux
autres. Afin de mnager leurs forces, nos hommes avaient dfense de dcharger.
Nous leur prsentmes l'ane des filles, et, pour lors, c'tait la mre qui
devait prparer les vits dont sa fille allait tre foutue. Cette seconde
attaque eut encore le plus grand succs : les trois enfants de Rosalba furent
foutues des vits prpars par leur mre. Un seul de nos hommes, Auguste, ne
fut pas assez matre de lui : son foutre jacula dans le con d'Isabelle.
     - Ce n'est rien, dit Clairwil en l'attirant  elle, je ne le veux que
trois minutes dans mes mains pour qu'il bande aussi bien qu'il faisait tout 
l'heure.
     Les culs se tournent, la mre commence, ses filles sont obliges de
darder les vits dans son anus ; elle leur rend bientt le mme service. Roger,
comme le mieux membr des quatre, est contraint  dpuceler la plus jeune...
Il l'estropie... il la met en sang ; nous dchargeons, lubriquement branles
par les autres filles et sodomises par les hommes. Ici, Vanini s'oublia ; il
ne tint pas au beau cul d'Ernesille : il lui remplit l'anus de foutre ; et
Clairwil, dont rien n'galait le talent pour faire reguinder des vits, rendit
bientt celui de ce bel homme aussi dur que s'il n'et pas combattu depuis six
semaines.
     De ce moment, les vrais supplices commencrent. Clairwil imagina de faire
lier chacune de ces filles sur nous, et la mre menace... contenue par les
valets, devait les tourmenter sur nos corps. J'avais demand Ernesille ;
Bathilde tait sur Clairwil ; Isabelle sur Borghse. Nos gens eurent une peine
infinie  faire obir Rosalba. Quand il faut vaincre la nature  ce point,
quand il faut contraindre une mre  fouetter,  souffleter,  pincer, 
brler,  mordre,  piquer ses propres filles, certes, la besogne n'est pas
trs aise. Nous y russmes pourtant. La putain reut bien des coups, mais
elle obit, et nous joumes du plaisir froce, de branler, de baiser ces trois
infortunes, colles sur nous, pendant que leur propre mre les mettait en
capilotade.
     Des jeux plus srieux nous occuprent alors. Nous attachmes la mre
contre un pilier, et, le pistolet sur la gorge des filles, nous les obligemes
 enfoncer chacune une aiguille trs pointue dans les ttons de leur mre ;
elles le firent. Nous les limes  leur tour. La mre fut contrainte  leur
donner un coup de poignard dans le con entrouvert, et c'tait  grands coup de
stylet que nous caressions les fesses pendant ce temps-l. Leurs corps
commenaient  ne plus inspirer que cette dlicieuse horreur, ne de crimes
secrets que la lubricit fait commettre, et qui ne sont pas faits pour tre
entendus de tout le monde. puises, rendues, nous nous fmes sodomiser, en
contemplant l'affreux tat de nos victimes, pendant que Roger, qui n'avait
point de femme, trillait la masse de ces quatre cratures, lies l'une 
l'autre, avec des martinets de fer rouge.
     - Allons, sacr foutredieu ! allons, bougre de Dieu, dont je me fouts !
tuons maintenant, dit Clairwil, dont les yeux homicides respiraient  la fois
la rage et la lubricit ; assassinons, dtruisons, saoulons-nous de leurs
pleurs. Il me tarde de voir expirer ces garces ; je brle du besoin d'entendre
leurs cris dchirants, et de me dsaltrer de leur sang odieux ; je voudrais
les dvorer en dtail ; je voudrais me rassasier de leurs chairs...
     Elle dit... La bougresse poignarde d'une main, en se branlant le clitoris
de l'autre. Nous l'imitons : et ces cris, ces cris que nous brlons
d'entendre, viennent enfin flatter nos oreilles. Nous tions l, en face ; nos
valets nous socratisaient pendant l'opration ; tous nos sens taient  la
fois chatouills du divin aspect de nos infamies.
     J'tais  ct de Clairwil ; branle par Auguste, la putain dchargeait.
Elle se pencha vers moi.
     - Oh ! Juliette, s'cria-t-elle en redoublant ses blasphmes accoutums,
oh ! ma chre me, que le crime est dlicieux ! combien ses effets sont
puissants ! qu'ils ont d'attraits sur une me sensible !...
     Et les hurlements de la Borghse qui, de son ct, dchargeait comme une
Messaline, prcipitrent nos jaculations et celles de nos gens, nerveusement
branle par nous.
     Nous n'employmes le repos o cette agitation nous laissa qu' vrifier
l'effet de nos crimes : les putains expiraient... et la cruelle mort nous
tait le plaisir de les tourmenter plus longtemps. Point satisfaites encore du
mal que nous venions de faire, nous pillmes et dtruismes la maison. Il est
des moments dans la vie o le dsir de se vautrer dans le dsordre est tel
qu'il n'est plus rien qui puisse satisfaire, et o les excrations, mme les
mieux prononces, n'assouvissent que faiblement encore l'excessif penchant que
l'on prouve au mal[25] .
     La nuit tait belle ; nous partmes ; nos gens,  qui nous avions
abandonn le pillage, convinrent qu'il leur avait rapport plus de trente
mille francs. De Pestum nous retournmes  Vietri, o nous prmes une barque
pour nous rendre  l'le de Capre, toujours en louvoyant, pour ne perdre
aucun des sites pittoresques de cette cte sublime. Nous djeunmes  Amalfi,
ancienne ville trusque, dans la situation du monde la plus extraordinaire.
Nous nous rembarqumes ensuite jusqu' la pointe de la Campanelle, courant
toujours sur une cte du plus grand intrt. Nous ne vmes, dans tout ce beau
pays habit jadis par les Sorrentins, que les dbris d'un temple de Minerve
qui donne son nom  la cte. Le temps se trouvant beau, nous fmes voile, et
nous nous trouvmes, en deux petites heures, au port de Capre, aprs avoir
laiss sur notre droite les trois petites les de Galli.
     L'le de Capre, qui peut avoir environ dix milles de circuit, est
partout environne des plus hauts rochers. On n'y aborde, ainsi que je viens
de vous le dire, que par le petit port qui est en face du golfe de Naples. Sa
forme cet une ellipse de quatre milles  sa plus extrme longueur, et de deux
dans sa plus grande largeur ; elle est divise en deux parties : la haute et
la basse Capre. Une montagne d'une hauteur prodigieuse fait la division de
ces deux parties, en devenant  cette le ce que l'Apennin est  l'Italie. Les
habitants de l'une de ces parties ne peuvent communiquer avec ceux de l'autre
que par un escalier de cent cinquante marches taill  pic dans le roc.
     Tibre habitait peu cette seconde partie ; ce n'tait que dans la partie
basse, comme plus tempre, qu'il avait rig ses lieux de dbauche et ses
palais, l'un desquels se trouvait assis sur la pointe d'un rocher, dont la
hauteur est si prodigieuse, qu' peine l'il peut-il distinguer les vagues qui
baignent ce rocher. Celui de ses palais lev l servait d'asile  ses plus
piquantes luxures. C'tait du haut d'une tour avanant sur la crte du roc, et
dont les dbris se voient encore, que le froce Tibre faisait prcipiter les
enfants de l'un et l'autre sexe qui venaient d'assouvir ses caprices.
     - Ah ! double foutu dieu ! dit Clairwil, comme le coquin devait dcharger
en voyant culbuter de si haut les victimes de son libertinage ! Oh ! cher
ange, continuait-elle en se pressant contre moi, c'tait un voluptueux coquin
que ce Tibre !... Si nous pouvions rencontrer ici quelque objet  prcipiter
comme lui...
     Et pendant ce temps, Borghse, qui nous devinait, nous montra une petite
fille de neuf ou dix ans qui gardait une chvre  vingt pas de l.
     - Oh, foutre ! dit Clairwil, c'est excellent, ceci ; mais nos guides ?
     - Il faut les renvoyer, il faut leur dire que nous voulons en ce lieu
respirer quelques heures.
     L'excution suit de prs le dsir ; nous voil seules... Borghse
elle-mme va chercher l'enfant.
     - Qui es-tu ? lui demandons-nous.
     - Pauvre et malheureuse, rpond humblement la jeune fille. Cette chvre
est tout notre bien ; elle et mes soins entretiennent ma mre qui, malade et
perptuellement au lit, mourrait sans ces deux secours.
     - Eh ! bien, dit aussitt l'infernale Clairwil, vois comme le hasard nous
sert bien... Il faut attacher l'enfant  la chvre, et les culbuter toutes
deux.
     - Oui, mais s'en amuser avant, rpondis-je... savoir au moins comment est
faite cette fille ; la fracheur, la sant, la jeunesse, brillent sur ses
jeunes attraits : il serait ridicule de ne s'en point amuser.
     Le croirez-vous, mes amis, nous emes la cruaut de dpuceler cette
enfant avec un caillou pointu ; de l'triller jusqu'au sang avec les pines
d'alentour, de la lier ensuite  sa chvre, et de les prcipiter toutes deux
du haut d'un rocher, d'o nous les vmes s'engloutir dans les ondes, ce qui
nous fit d'autant mieux dcharger toutes trois, que le meurtre tait double,
puisqu'il entranait galement celui de la mre de cette enfant, qui, prive
du secours des deux individus  qui nous venions de donner la mort, ne
tarderait srement pas  mourir  son tour.
     - Voil comme j'aime les horreurs, dis-je  mes amies ; ou il faut les
faire comme celles-l, ou il faut ne s'en jamais mler.
     - Oui, dit Clairwil ; mais il fallait savoir de l'enfant o demeurait la
mre... Il et t dlicieux de la voir expirer de besoin...
     - Sclrate ! dis-je  mon amie, je ne crois pas qu'il existe un tre au
monde qui sache mieux raffiner le crime que toi...
     Et nous poursuivmes notre promenade... Remplies toutes trois du dsir de
savoir si les heureux habitants de cette le ressemblaient, en vigueur pour
les hommes, en attrait pour les femmes, aux divins habitants de Naples, nous
remmes au gouverneur une lettre particulire de Ferdinand.
     - Je suis tonn, nous dit-il aprs l'avoir lue, que le roi puisse me
donner une pareille commission : ignore-t-il donc que je suis ici plutt comme
espion de ce peuple que comme le reprsentant du souverain ? Capre est une
rpublique dont le gouverneur, plac par le roi, n'est que le prsident. De
quel droit veut-il que j'oblige des hommes ou des femmes de cette contre  se
livrer  vous ? Cette action serait celle d'un despote, et Ferdinand sait bien
qu'il ne l'est pas ici. J'aime aussi toutes ces choses-l ; mais j'en jouis
fort peu dans ce sjour, o il n'y a point de filles publiques et fort peu de
valets ou de fainants. Nanmoins, comme vous payez fort bien,  ce que
Ferdinand m'crit, je vais faire proposer  la veuve d'un marchand de vous
livrer ses trois filles ; elle aime l'or, et je ne doute pas qu'elle ne se
laisse sduire par le vtre. Ces filles, nes  Capre, sont ges, l'une de
seize ans, la seconde de dix-sept, l'aine de vingt ; c'est ce que nous avons
de plus beau dans es pays : que donnerez-vous ?
     - Mille onces par fille, dit mon amie, l'argent ne nous cote rien pour
nos plaisirs. Nous en promettons autant pour toi, gouverneur ; mais il nous
faut trois hommes.
     - Aurai-je la mme rcompense pour eux ? dit l'avare officier.
     - Oui, dis-je, nous ne marchandons jamais ces choses-l.
     Et le cher homme, ayant tout fait prparer pour cette scne lubrique, ne
nous demanda d'autre faveur que de nous regarder.
     Les filles taient vraiment belles ; les garons frais, vigoureux et
dous de vits magnifiques. Aprs nous en tre bien fait donner par eux, nous
les marimes  ces filles vierges ; nous les aidmes  la dfloration ; nous
leur permettions seulement de cueillir les roses ; ils taient ensuite obligs
de se rfugier dans nos culs ; ils n'avaient la permission de dcharger que
l. Le pauvre gouverneur s'extasiait  la vue de ces tableaux, et s'puisait
en leur rendant hommage. La nuit entire fut employe  la clbration de ces
orgies ; et, dans un pays semblable, nous n'en osmes pas davantage. Nous
partmes sans nous coucher, aprs avoir bien pay le gouverneur, et lui avoir
promis de l'excuser prs de Ferdinand de l'impossibilit o le mode de
gouvernement des insulaires de Capre le mettait d'en avoir fait davantage
pour nous.
     Nous louvoymes la cte, en retournant  Naples. On ne voudrait jamais
quitter ces heureux rivages, tant ils offrent d'objets curieux sur leurs
borde. Nous dcouvrions Massa, Sorrente, la patrie du Tasse, la belle grotte
Lila de Rico, et enfin Castella-Mare. Nous y abordmes pour aller visiter
Stabia, engloutie comme Herculanum, o Pline l'Ancien allait trouver
Pompanus, son ami, chez lequel il coucha la veille de l'ruption fameuse qui
couvrit cette ville, ainsi que toutes celles des environs. Les ouvriers qui
dcouvrent celle-ci travaillent lentement : il n'y avait encore, lorsque nous
la vmes, que trois ou quatre maisons mises  l'air.
     Excessivement fatigues, nous ne visitmes qu'avec rapidit les beauts
de cette belle partie ; et trs empresses de nous reposer et de nous
rafrachir, nous rentrmes enfin dans notre beau palais, aprs avoir fait
prvenir le roi de notre retour, et lui avoir fait passer tous nos
remerciements de ses bonts pour nous.
 

 [1] L'once de Naples vaut  peu prs onze livres dix sous de France.
 [2] Avec quel art l'me des tyrans ne trouve ici dveloppe ! combien de
rvolutions expliques par ce seul mot !
 [3] L'on prvient le lecteur que les noms des conjurs de cette clbre affaire
sont ici tous dguiss.
 [4] Esprit de la rvolution de Stockholm, n'auriez-vous point, par hasard,
pass dans Paris ?
 [5] Voyez dans La Fontaine la fable ingnieuse des Grenouilles qui demandent un
roi. Malheureux habitants de ce globe, voil votre histoire  tous !
 [6] C'est celui qu'Ankerstrum tua en 1789.
 [7] Ceux qui ont vu de prs cette femme, aussi clbre par son esprit que par
ses crimes, la reconnatront suffisamment ici, pour se persuader qu'elle a t
peinte d'aprs nature.
 [8] Ce fouet est de nerf de buf ; on y attache trois aiguillettes de cuir
d'lan. Chaque coup fait sortir le sang : rien ne vaut l'usage de ces
instruments pour ceux qui chrissent, soit activement, soit passivement, les
plaisirs de la flagellation. Quand on veut les rendre plus cruels, on garnit
les lanires de pointes d'acier ; leurs cinglons, alors, enlvent la chair
sans le moindre effort ; applique d'un bras vigoureux, on en mourrait avant
le centime coup. Tous les Russes voluptueux ont de ces fouets plus ou moins
garnis.
 [9] pingles trs petites. (N. de l'd.)
 [10] Cette habitude est d'une telle force, que ceux qui y sont sujets ne
peuvent s'en passer, et ne le feraient peut-tre pas sans danger ; ils
prouvent,  l'poque o ils sont accoutums de renouveler cette crmonie,
des chatouillements d'une ma grande violence, qu'ils ne peuvent les apaiser
qu' coups de fouet. voyez l'Histoire des flagellants, par l'abb Boileau ;
l'excellente traduction de Meibomius, par Mercier de Compigne.
 [11] Les cinquante verstes font  peu prs quinze lieues de Francs.
 [12] Il en existe,  Tiflis, plus que de musulmans ; ce sont eux qui possdent
le plus grand nombre d'glises.
 [13] On se rappelle que c'est le nom de Mme de Borghse.
 [14] Puissent ces excellents principes, en germant dans de bonnes ttes, y
anantir  jamais les dangereux prjugs qui nous font regarder ces passions
comme des ennemies tandis que c'est d'elles seules que nat l'unique flicit
que nous puissions esprer sur la terre.
 [15] Il faut se reporter ici au temps o cela fut crit.
 [16] Il n'en est pas de mme chez les peuples qui, par un faux mouvement de
philosophie, crurent dtruire la superstition en pillant les autels. Que leur
reste-t-il maintenant ? Mme prjug et plus aucune richesse... Les imbciles
! mconnaissant la main qui les faisait agir, ils croyaient abolir le culte,
et ne faisaient que lui prter des forces ; vils instruments des coquins qui
les remuaient, les malheureux croyaient servir la raison, quand ils
n'engraissaient que des pourceaux. Les rvolutions religieuses se prparent
par de bons ouvrages, par de l'instruction, et se terminent par l'extinction
totale, non des hochets de la stupidit religieuse, mais des sclrats qui la
prchent et qui la fomentent.
 [17] Marie-Antoinette de France.
 [18] On a remarqu qu'il n'y avait jamais eu tant de rglements de police, de
lois relatives aux murs, etc., que dans les dernires annes des rgnes de
Charles Ier et de Louis XVI.
 [19] Ce n'tait que lorsque la patrie tait en danger que les Romains nommaient
un dictateur.
 [20] Cette esquisse est d'aprs nature.
 [21] L'once vaut 11 liv. 10 s.
 [22] Les premiers mouvements de la nature ne sont jamais que des crimes ; ceux
qui nous portent  des vertus ne sont que secondaires, et jamais que le fruit
de l'ducation, de la faiblesse ou de la crainte. L'individu qui sortirait des
mains de la nature pour tre roi, qui, par consquent, n'aurait point reu
d'ducation et deviendrait, par sa nouvelle position, le plus fort des hommes
et  l'abri de toute crainte, celui-l, dis-je, se baignerait journellement
dans le sang de ses sujets : ce serait, cependant, l'homme de la nature.
 [23] Voyez,  ce sujet, le discours de l'vque de Grenoble, dans le premier
volume de Justine, pages 348 et suivantes.
 [24] C'est l'usage en Italie de faire son maquereau de son confesseur ; rien ne
s'allie, prs des grands, comme ces deux tats, et les prtres un peu
intrigants les exercent communment trs bien  la fois.
 [25] On nous avait fait, dans Justine, la mauvaise chicane de n'avoir introduit
sur la scne que des sclrats masculins. Nous voici, grce au ciel !  l'abri
de ces reproches dsolants. Hlas ! le mal, l'une des premires lois de la
nature, se manifeste  peu prs d'une manire gale sur toutes les productions
de la nature ; plus les individus sont sensibles, et plus la main de cette
nature atroce les courbe sous les lois invincibles du mal ; et voil d'o
vient que les femmes n'y portent avec plus de chaleur et plus de raffinements
que les hommes. Mais tous sont mauvais parce qu'ils doivent l'tre ; il n'y a
d'absurde et d'injuste dans tout cela que les lois de l'homme, osant avoir
l'imbcile et vaine prtention de rprimer ou de combattre celles de la nature.
 

 Ceci provient du site gratuit des HISTOIRES TABOUES cr en 1999 par Pedinc.

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N'oubliez jamais que cela doit rester des fantasmes ...
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Cette oeuvre reste la proprit de son auteur.
Sauf si stipul autrement, vous pouvez la republier sur un autre site gratuit
 condition de ne rien modifier et de laisser les notices de dbut et de fin.
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