HISTOIRE DE JULIETTE (3/6) (par le Marquis de Sade) (nc)


title: HISTOIRE DE JULIETTE
part: 3 of 6
author: le Marquis de Sade
keywords: nc
language: Francais
age: 06 ans
published: 23/04/2000


([nn] = voir  la fin du texte)

 
                    Histoire de Juliette : Troisime partie
 
                               TROISIME PARTIE
 
                                       
                                       
  
    Il est temps, mes amis, de vous parler un peu de moi, surtout de vous
peindre mon luxe, fruit des plus terribles dbauches, afin que vous puissiez
le comparer  l'tat d'infortune o se trouvait ma sur, pour s'tre avise
d'tre sage. Vous tirerez de ces rapprochements les consquences que votre
philosophie vous suggrera.
     Le train de ma maison tait norme. Vous devez vous en douter, en voyant
toutes les dpenses que j'tais oblige de faire pour mon amant. Mais, en
laissant  part la multitude des choses exiges pour ses plaisirs, il me
restait  moi un htel superbe  Paris, une terre dlicieuse au-dessus de
Sceaux, une petite maison des plus voluptueuses  la Barrire-Blanche, douze
tribades, quatre femmes de chambre, une lectrice, deux veilleuses, trois
quipages, dix chevaux, quatre valets choisis  la supriorit du membre, tout
le reste des attributs d'une trs grande maison, et, pour moi seule, plus de
deux millions  manger par an, ma maison paye.
     Voulez-vous ma vie maintenant ?
     Je me levais tous les jours  dix heures. Jusqu' onze, je ne voyais que
mes amis intimes ; depuis lors, jusqu' une heure, grande toilette,  laquelle
assistaient tous mes courtisans ;  une heure prcise, je recevais des
audiences particulires pour les grces que l'on avait  me demander, ou le
ministre, quand il tait  Paris. A deux heures, je volais  ma petite-maison,
o d'excellentes entremetteuses me faisaient trouver rgulirement tous les
jours quatre hommes et quatre femmes, avec qui je donnais la plus ample
carrire  mes caprices. Pour que vous ayez une ide des objets que j'y
recevais, qu'il vous suffise de savoir qu'il n'y entrait aucun individu qui ne
me coutt vingt-cinq louis au moins, et souvent le double. Aussi
n'imagine-t-on pas ce que j'avais de dlicieux et de rare dans l'un et l'autre
sexe : j'y ai vu plus d'une fois des femmes et des filles de la premire
naissance, et je puis dire avoir got dans cette maison des volupts bien
douces et des plaisirs bien recherchs. Je rentrais  quatre heures, et dnais
toujours avec quelques amis. Je ne vous parle point de ma table : aucune
maison de Paris n'tait servie avec autant de splendeur, de dlicatesse et de
profusion ; il n'tait jamais rien d'assez beau ni d'assez rare. L'extrme
intemprance que vous me voyez doit, je crois, vous faire bien juger de cet
objet. Je place l'une de mes plus grandes volupts dans ce lger vice, et
j'imagine que sans les excs de celui-l, on ne jouit jamais bien des autres.
J'allais ensuite au spectacle, ou je recevais le ministre, si c'tait ses
jours.
     A l'gard de ma garde-robe, de mes bijoux, de mes conomies, de mon
mobilier, quoiqu'il y et  peine deux ans que je fusse avec M. de Saint-Fond,
je ne vous dirai point trop, en valuant ces objets  plus de quatre millions,
dont deux en or dans ma cassette, devant lesquels j'allais quelquefois, 
l'instar de Clairwil, me branler le con en dchargeant sur cette ide
singulire : J'aime le crime, et voil tous les moyens du crime  ma
disposition. Oh ! mes amis, qu'elle est douce, cette ide, et que de foutre
elle m'a fait perdre ! Dsirais-je un nouveau bijou, une nouvelle robe ? Mon
amant, qui ne voulait pas me voir trois fois de suite les mmes choses, me
satisfaisait  l'instant, et tout cela sans exiger autre chose de moi que du
dsordre, de l'garement, du libertinage, et les soins les plus excessifs aux
arrangements de ses dbauches journalires. C'tait donc en flattant mes gots
que tous mes gots se trouvaient servis, c'tait en me livrant  toute
l'irrgularit de mes sens que mes sens se trouvaient enivrs.
     Mais dans quelle situation morale tant d'aisance m'avait-elle place ?
Voil ce que je n'ose dire, mes amis, et ce dont il faut pourtant que je
convienne avec vous. L'extrme libertinage dans lequel je me plongeais tous
les jours avait tellement engourdi les ressorts de mon me, qu'aide des
pernicieux conseils dont j'tait abreuve de toutes parts, je n'aurais pas, je
crois, dtourn un sol de mes trsors pour rendre la vie  un malheureux. A
peu prs vers ce temps, une disette affreuse se fit sentir dans les environs
de ma terre ; tous les habitants furent  la plus grande dtresse : il y eut
des scnes affreuses, des filles entranes dans le libertinage, des enfants
abandonns et plusieurs suicides. On vint implorer ma bienfaisance : je tins
ferme, et colorai trs impertinemment mes refus, des dpenses normes
auxquelles m'avaient entrane mes jardins. Peut-on donner l'aumne, disais-je
insolemment, quand on fait faire des boudoirs de glaces au fond de ses
bosquets, et qu'on garnit me alles de Vnus, d'Amours et de Saphos ? En vain
offrait-on  mes regards tranquilles tout ce qu'on imaginait de plus propre 
toucher ma sensibilit : des mres plores, des enfants nus, des spectres
dvore par la faim ; rien ne m'branlait, rien ne sortait mon me de son
assiette ordinaire, et l'on n'obtenait jamais de moi que des refus. Ce fut
alors qu'en me rendant compte de mes sensations, j'prouvai, ainsi que me
l'avaient annonc mes instituteurs, au lieu du sentiment pnible de la piti,
une certaine commotion produite par le mal que je croyais faire en rejetant
ces malheureux, et qui fit circuler dans mes nerfs une flamme  peu prs
semblable  celle qui nous brle, chaque fois que nous brisons un frein ou que
nous subjuguons un prjug. Je conus ds lors combien il pouvait devenir
voluptueux de mettre ces principes en action ; et ce fut de ce moment, que je
sentis bien qu'aussitt que le spectacle de l'infortune cause par le sort
pouvait tre d'une sensualit si parfaite sur des mes disposes ou prpares
par des principes comme ceux que l'on m'inculquait, le spectacle de
l'infortune cause par soi-mme devait amliorer cette jouissance ; et comme
vous savez que ma tte va toujours bien loin, vous n'imaginez pas ce que je
conus de possible et de dlicieux sur cela. Le raisonnement tait simple : je
sentais du plaisir au seul refus de mettre l'infortune dans une situation
heureuse ; que n'prouverais-je donc pas si j'tais moi-mme la cause premire
de cette infortune ? S'il est doux de s'opposer au bien, me disais-je, il doit
tre dlicieux de faire le mal. Je rappelai, je flattai cette ide dans ces
moments dangereux o le physique s'embrase aux volupts de l'esprit, instants
o l'on se refuse d'autant moins qu'alors rien ne s'oppose  l'irrgularit
des vux ou  l'imptuosit des dsirs, et que la sensation reue n'est vive
qu'en raison de la multitude des freins que l'on brise, et de leur saintet.
Le songe vanoui, si l'on redevenait sage, l'inconvnient serait mdiocre :
c'est l'histoire des torts de l'esprit, on sait bien qu'ils n'offensent
personne ; mais on va plus loin, malheureusement. Que sera-ce, ose-t-on se
dire, que la ralisation de cette ide, puisque son seul frottement sur mes
nerfs vient de les mouvoir si vivement ? On vivifie la maudite chimre, et
son existence est un crime.
     Il y avait,  un quart de lieue de mon chteau, une malheureuse chaumire
appartenant  un paysan fort pauvre qui se nommait Martin Des Granges, pre de
huit enfants, et possdant une femme que l'on pouvait appeler un trsor par sa
sagesse et son conomie. Croiriez-vous que cet asile du malheur et de la vertu
excita ma rage et ma sclratesse ! Il est donc vrai que c'est une chose
dlicieuse que le crime ; il est donc certain que c'est au feu dont il nous
embrase que s'allume le flambeau de la lubricit... qu'il suffit seul 
l'veiller en nous, et que pour donner  cette dlicieuse passion tout le
degr d'activit possible sur nos nerfs, il n'est besoin que du crime seul.
     Elvire et moi, nous avions apport du phosphore de Boulogne, et j'avais
charg cette fille leste et spirituelle d'amuser toute la famille, pendant que
je fus le placer adroitement dans la paille d'un grenier qui se trouvait
audessus de la chambre de ces malheureux. Je reviens, les enfants me
caressent, la mre me raconte avec bonhomie tous les petits dtails de sa
maison, le pre veut que je me rafrachisse, il s'empresse  me recevoir de
son mieux... Rien de tout cela ne me dsarme, je ne suis attendrie par rien ;
je m'interroge, et loin de cette fastidieuse motion de la piti, je n'prouve
qu'un chatouillement dlicieux dans toute mon organisation : le plus chtif
attouchement m'aurait fait dcharger dix fois. Je redouble mes caresses 
toute cette intressante famille, dans le sein de laquelle je viens apporter
le meurtre ; ma fausset est au comble, plus je trahis, et mieux je bande. Je
donne des rubans  la mre, des bonbons aux enfants. Nous revenons, mais mon
dlire est tel que je ne puis rentrer chez moi sans prier Elvire de soulager
l'tat terrible dans lequel je suis. Nous nous enfonons dans un tailli , je
me trousse, j'carte les cuisses ... elle me branle... A peine m'a-t-elle
touche que je dcharge ; jamais encore je ne m'tais trouve dans un
garement si terrible ; Elvire, qui ne se doutait de rien, ne savait comment
interprter l'tat o elle me voyait.
     - Branle... branle... lui dis-je en suant sa bouche, je dans une
prodigieuse agitation ce matin ; donne-moi ton con, que je le chatouille
aussi, et noyons-nous dans des flots de foutre.
     - Et qu'est-ce donc que madame vient de faire ?
     - Des horreurs... des atrocits, et le sperme coule bien dlicieusement
lorsque ses flots s'lancent au sein de l'abomination. Branle-moi donc,
Elvire. il faut que je dcharge.
     Elle se glisse entre mes jambes, elle me suce...
     - Oh, foutre ! lui criai-je, que tu as raison : tu vois que j'ai besoin
des grands moyens, tu les emploies...
     Et j'inonde ses lvres.
     Nous rentrmes ; j'tais dans un tat qui ne peut se peindre, il me
semblait que tous les dsordres, tous les vices s'armaient  la fois pour
venir dbaucher mon cur, je me sentais dans une espce d'ivresse, dans une
sorte de rage : il n'tait rien que je n'eusse fait, aucune luxure dont je ne
me fume souille. J'tais dsole de n'avoir atteint qu'une si petite portion
de l'humanit ; j'aurais voulu que la nature entire et pu se ressentir des
garements de ma tte. Je fus me jeter nue sur le sopha d'un de mes boudoirs,
et j'ordonnai  Elvire de m'amener tous mes hommes, en leur recommandant de
faire de moi tout ce qu'ils voudraient, pourvu qu'ils m'invectivassent et me
traitassent comme une putain. Je fus manie, pelote, battue, soufflete ; mon
con, mon cul, mon sein, ma bouche, tout servit : je dsirais avoir vingt
autels de plus  prsenter  leur offrande. Quelques-uns amenrent des
camarades que je ne connaissais pas : je ne refusai rien, je me rendis la
coquine de tous, et je perdis des torrents de foutre au milieu de toutes ces
luxures. Un de ces grossiers libertins (je leur avais tout permis) s'avise de
dire que ce n'tait pas sur des canaps qu'il voulait me foutre, mais dans la
fange... Je me laisse traner par lui sur un tas de fumier, et me prostituant
l comme une truie, je l'excite  m'humilier davantage encore. Le vilain le
fait, et ne me quitte qu'aprs m'avoir chi sur le visage... Et j'tais
heureuse ; plus je me vautrais dans l'ordure et dans l'infamie, plus ma tte
s'embrasait de luxure, et plus augmentait mon dlire. En moins de deux heures,
je fus foutue plus de vingt coups, pendant qu'Elvire me branlait toujours...
et rien... non, rien n'apaisait l'tat cruel o me plongeait l'ide du crime
que je venais de commettre.
     Remonte dans mon boudoir, nous apercevons l'atmosphre claircie.
     - Oh ! madame, me dit Elvire en ouvrant une fentre, regardez donc... le
feu... le feu o nous avons t ce matin !
     Et je tombe, presque vanouie...
     Reste seule avec cette belle fille, je la conjure de me branler encore.
     - Sortons, lui dis-je, je crois que j'entends des cris, allons savourer
ce dlicieux spectacle, Elvire : il est mon ouvrage, viens t'en rassasier avec
moi... Il faut que je voie tout, il faut que j'entende tout, je ne veux pas
que rien m'chappe.
     Nous sortons toutes deux, cheveles, froisses, enivres nous
ressemblions  des bacchantes. A vingt pas de cette scne d'horreur, derrire
un petit tertre qui nous dguisait aux regards des autres sans nous empcher
de rien voir, je retombe dans les bras d'Elvire, presque autant agite que
moi. Nous nous branlons  la lueur des flammes homicides qu'allumait ma
frocit, aux cris aigus du malheur et du dsespoir que faisait pousser ma
luxure, et j'tais la plus heureuse des femmes.
     Nous nous levons enfin pour analyser mon forfait. Je vois avec douleur
que deux victimes me sont chappes ; je reconnais les autres cadavres, je les
retourne avec le pied.
     - Ces individus vivaient ce matin, me dis-je, j'ai tout dtruit dans
quelques heures... tout cela pour perdre mon foutre... Et voil donc ce que
c'est que le meurtre : un peu de matire dsorganise, quelques changements
dans les combinaisons, quelques molcules rompues et replonges dans le
creuset de la nature, qui les rendra dans quelques jours sous une autre forme
 la terre ; et o donc est le mal  cela ? Si j'te la vie  l'un, je la
donne  l'autre : o est donc l'offense que je lui fais ?
     Cette petite rvolte de mon esprit contre mon cur branla vivement les
globules lectriques de mes nerfs... et mon con mouille encore une fois les
doigts de ma tribade. Si j'avais t toute seule, je ne sais pas, d'honneur,
jusqu'o j'aurais port les effets de mon drglement. Aussi cruelle que les
Carabes, j'aurais peut-tre dvor mes victimes : Elles taient l,
jonches... Le pre et l'un de ses enfants s'taient seuls chapps ; la mre
et les sept autres taient sous mes yeux ; et je me disais en les observant,
en les touchant mme : C'est moi qui viens de consommer ces meurtres, ils sont
mon unique ouvrage ; et je dchargeais encore... Pour la maison, il n'en
restait plus de vestiges,  peine se doutait-on de la place qu'elle avait
occupe.
     Eh bien ! croiriez-vous, mes amis, que lorsque je racontai cette histoire
 Clairwil, elle m'assura que je n'avais fait qu'effleurer le crime, et que je
m'tais conduite comme une poltronne ?
     - Il y a trois ou quatre fautes graves, me dit-elle, dans l'excution de
cette aventure. Premirement (et je vous rends tout ceci pour que vous jugiez
mieux le caractre de cette tonnante femme), premirement, tu as manqu de
conduite, et si malheureusement quelqu'un ft venu,  ton dsordre,  tes
mouvements, on t'aurait juge criminelle. Prends garde  cette faute : tout ce
que tu voudras d'ardeur au-dedans, mais le plus grand flegme au-dehors. Quand
tu resserreras ainsi les effets lubriques, ils auront plus d'activit.
Deuximement, ta tte n'a pas conu la chose en grand ; car tu conviendras
qu'ayant sous tes fentres un bourg immense de sept ou huit gros villages aux
environs, il y a de la sagesse... de la pudeur,  n'aller s'garer que sur une
seule maison et dans un endroit bien isol... de crainte que les flammes, en
se propageant, n'augmentent l'tendue de ton petit forfait : on voit que tu as
frmi en excutant.
     Voil donc une jouissance manque, car celles du crime ne veulent pas de
restriction. Je les connais : si l'imagination n'a pas tout conu, si la main
n'a pas tout excut, il est impossible que le dlire ait t complet, parce
qu'il reste toujours un remords : Je pouvais faire davantage, je ne l'ai pas
fait. Et les remords de la vertu sont pis que ceux du crime. Lorsqu'on est
dans le train de la vertu et que l'on fait une mauvaise action, on imagine
toujours que la multitude des bonnes uvres effacera cette tache : et comme on
se persuade aisment ce qu'on dsire, on finit par se calmer. Mais celui qui,
comme nous, s'achemine  grands pas dans la carrire du vice, ne se pardonne
jamais une occasion manque, parce que rien ne le ddommage ; la vertu ne
vient pas  son secours, et la rsolution qu'il forme de faire quelque chose
de pis, en chauffant davantage sa tte sur le mal, ne le consolera srement
pas de l'occasion qu'il a manque d'en faire.
     A ne considrer ton plan, d'ailleurs, que dans le rtrci, poursuivit
Clairwil, il y a encore une grande faute, car j'aurais fait poursuivre Des
Granges, moi. Il tait dans le ou d'tre brl comme incendiaire, et tu sens
bien qu' ta place, je ne l'aurais srement pas manqu. Quand le feu prend 
la maison d'un homme en sous-ordre, comme celui-l dans ta terre, ne sais-tu
donc pas que tu es en droit de faire vrifier par tes gens de justice si ce
n'est pas lui qui est coupable. Qui t'a dit que cet homme ne voulait pas se
dfaire de sa femme et de ses enfants, pour aller gueuser hors du pays ? Ds
qu'il tournait le dos, il fallait le faire arrter comme fuyard et comme
incendiaire, le livrer  la justice. Avec quelques louis, tu trouvais des
tmoins. Elvire elle-mme t'en servait : elle dposait que, le matin, elle
avait vu cet homme errer dans son grenier, d'un air insens ; qu'elle l'avait
interrog, qu'il n'avait pu rpondre  ses questions ; et dans huit jours on
serait venu te donner le spectacle voluptueux de brler ton homme  ta porte.
Que cette leon te serve, Juliette : ne conois jamais le crime sans
l'tendre, et quand tu es dans l'excution, embellis encore tes ides.
     Voil, mes amis, les cruelles additions que Clairwil et dsir me voir
mettre au dlit que je lui avouais, et je ne vous cache pas que, profondment
frappe de ses raisons, je me promis bien de ne plus retomber dans des fautes
si graves. La fuite du paysan me dsolait surtout, et je ne sais ce que
j'aurais donn pour le voir rtir  ma porte ; je ne me suis jamais console
de cette fuite.
     Enfin, le jour de ma rception au club de Clairwil arriva. On appelait
cette runion : La Socit des Amis du Crime. Ds le matin, mon introductrice
m'apporta les statuts de l'assemble. Je les crois assez curieux pour vous les
montrer ; les voici :
 
                   STATUTS DE LA SOCIT DES AMIS DU CRIME.

 
    La Socit se sert du mot crime pour se conformer aux usages reus, mais
elle dclare qu'elle ne dsigne ainsi aucune espce d'action, de quelque sorte
qu'elle puisse tre.
     Pleinement convaincue que les hommes ne sont pas libres, et qu'enchans
par les lois de la nature, ils sont tous esclaves de ces lois premires, elle
approuve tout, elle lgitime tout, et regarde comme ses plus zls sectateurs
ceux qui, sans aucun remords, se seront livrs  un plus grand nombre de ces
actions vigoureuses que les sots ont la faiblesse de nommer crimes, parce
qu'elle est persuade qu'on sert la nature en se livrant  ces actions,
qu'elles sont dictes par elle, et que ce qui caractriserait vraiment un
crime, serait la rsistance que l'homme apporterait  se livrer  toutes les
inspirations de la nature, de telle espce qu'elles puissent tre. En
consquence, la Socit protge tous ses membres ; elle leur promet  tous,
secours, abri, refuge, protection, crdit, contre les entreprises de la Loi ;
elle prend sous sa sauvegarde tous ceux qui l'enfreignent, et se regarde comme
au-dessus d'elle, parce que la Loi est l'ouvrage des hommes, et que la
Socit, fille de la nature, n'coute et ne suit que la nature.
     1 Il n'y aura aucune distinction parmi les individus qui composent la
Socit. Non qu'elle croie tous les hommes gaux aux yeux de la nature (elle
est loin de ce prjug populaire, fruit de la faiblesse et de la fausse
philosophie), mais elle est persuade que toute distinction serait gnante
dans les plaisirs de la Socit, et qu'elle les troublerait ncessairement tt
ou tard[1].
     2 L'individu qui veut tre reu dans la Socit doit renoncer  toute
religion, de quelque espce qu'elle puisse tre. Il doit s'attendre  des
preuves qui constateront son mpris pour ces cultes humains et leur
chimrique objet. Le plus petit retour de sa part  ces btises lui vaudra
sur-le-champ l'exclusion.
     3 La Socit n'admet point de Dieu ; il faut faire preuve d'athisme
pour y entrer. Le seul Dieu qu'elle connaisse est le plaisir ; elle sacrifie
tout  celui-l ; elle admet toutes les volupts imaginables, elle trouve bon
tout ce qui dlecte ; toutes les jouissances sont autorises dans son sein ;
il n'en est aucune qu'elle n'encense, aucune qu'elle ne conseille et ne
protge.
     4 La Socit brise tous les nuds du mariage et confond tous ceux du
sang. On doit jouir indiffremment, dans ses foyers, de la femme de son
prochain comme de la sienne, de son frre, de sa sur, de ses enfants, de ses
neveux, comme de ceux des autres. La plus lgre rpugnance  ces rgles est
un titre puissant d'exclusion.
     5 Un mari est oblig de faire recevoir sa femme ; un pre, son fils ou
sa fille ; un frre, sa sur ; un oncle, son neveu ou sa nice, etc.
     6 On ne reoit personne dans la Socit qui ne prouve au moins
vingt-cinq mille livres de rente, attendu que les dpenses annuelles sont de
dix mille francs par individu. Sur cette masse, se prennent toutes les
dpenses de la maison, celles du loyer, des srails, des voitures, des
bureaux, des assembles, des soupers, de l'illumination. Et quand le trsorier
a de l'argent de reste au bout de l'anne, il le partage entre les frres ; si
les dpenses ont excd la recette, on se cotise pour rembourser le trsorier,
toujours cru sur sa parole.
     7 Vingt artistes ou gens de lettres seront reus au prix modique de
mille livres par an. La Socit, protectrice des arts, veut leur dcerner
cette dfrence ; elle est fche que ses moyens ne lui permettent pas
d'admettre  ce mdiocre prix un beaucoup plus grand nombre d'hommes dont elle
fera toujours tant d'estime.
     8 Les amis de cette Socit, unis comme on l'est au sein d'une famille,
partagent toutes leurs peines comme tous leurs plaisirs ; ils s'aident et se
secourent mutuellement dans toutes les diffrentes situations de la vie ; mais
toutes aumnes, charits, secours donns aux veuves, orphelins ou indigents
sont absolument dfendus, et dans la Socit et aux personnes de la Socit ;
tout membre seulement souponn de ces prtendues bonnes uvres sera exclu.
     9 Il y aura toujours en rserve une somme de trente mille livres pour
l'utilit d'un membre que la main du sort aurait plong dans quelque mauvais
cas.
     10 Le prsident est lu au scrutin, et n'est jamais qu'un mois en
exercice ; il est pris, tantt dans un sexe, tantt dans un autre, et prside
douze assembles (il y en a trois par semaine) ; son unique emploi est de
faire respecter les lois de la Socit, de maintenir la correspondance
excute par un comit permanent dont le prsident est le chef. Le trsorier
et les deux secrtaires de l'assemble sont membres de ce comit, mais les
secrtaires se renouvellent tous les mois, comme le prsident.
     11 Chaque sance s'ouvre par un discours, ouvrage de l'un des membres ;
l'esprit de ce discours est contraire aux murs et  la religion ; s'il en
mrite la peine, il est imprim sur-le-champ aux frais de la Socit, et mis
dans ses archives.
     12 Dans les heures consacres  la jouissance, tous les frres et toutes
les surs seront nus ; ils se mlent, ils jouissent indistinctement, et jamais
un refus ne pourra soustraire un individu aux plaisirs d'un autre. Celui qui
sera choisi doit se prter, doit tout faire : n'a-t-il pas le mme droit,
l'instant d'aprs ? Un individu qui se refuserait aux plaisirs de ses frres,
y serait contraint par la force, et chass aprs.
     13 Dans le sein de l'assemble, aucune passion cruelle, except le
fouet, donn simplement sur les fesses, ne pourra s'exercer, il est des
srails dpendant de la Socit et dans lesquels les passions froces pourront
avoir le cours le plus entier ; mais au sein de ses frres, il ne faut que des
volupts crapuleuses, incestueuses, sodomites et douces.
     14 La plus grande confiance est tablie parmi les frres ; ils doivent
entre eux s'avouer leurs gots, leurs faiblesses, jouir de leurs confidences,
et y trouver un aliment de plus  leurs plaisirs. Un tre qui trahirait les
secrets de la Socit, ou qui reprocherait  l'un de ses frres les faiblesses
ou les passions qui font le bonheur de sa jouissance, serait exclu
sur-le-champ.
     15 Prs de la salle publique des jouissances, sont les cabinets secrets
o l'on peut se retirer pour se livrer solitairement  toutes les dbauches du
libertinage ; on peut y passer en tel nombre que l'on veut. On y trouve tout
ce qui est ncessaire, et, dans chacun, une jeune fille et un jeune garon
prte  excuter toutes les passions des membres de la Socit, et mme celles
qui ne sont permises que dans l'intrieur des srails, parce que ces enfants
tant de la mme espce que ceux que l'on livre aux srails, et en dpendant
mme, peuvent tre traits comme eux.
     16 Tous les excs de table sont autoriss ; on donnera tout secours et
toute assistance  un frre qui s'y sera livr ; tous les moyens possibles
sont fournis dans l'intrieur pour y satisfaire.
     17 Aucune fltrissure juridique, aucun mpris public, aucune diffamation
n'empchera d'tre reu dans la Socit. Ses principes tant bass sur le
crime, comment ce qui vient du crime pourrait-il jamais entraver ! Ces
individus, rejets du monde, trouveront des consolations et des amis dans une
Socit qui les considrera et les admettra toujours de prfrence. Plus un
individu sera msestim dans le monde, plus il plaira  la Socit ; ceux de
ce genre seront lus prsidents ds le mme jour de leur rception, et admis
dans les srails sans noviciat.
     18 Il y a une confession publique aux quatre grandes assembles
gnrales, lesquelles se tiennent aux poques appeles par les catholiques les
quatre plus grandes ftes de l'anne. L, chacun est oblig d'avouer,  haute
et intelligible voix, gnralement tout ce qu'il a fait ; si sa conduite est
pure, il est blm ; on le comble de louanges, si elle est irrgulire ;
est-elle horrible, s'est-il couvert de forfaits et d'excrations ? il est
rcompens, mais, dans ce cas, il doit produire des tmoins. Les prix
s'lvent toujours  deux mille francs, toujours pris sur la masse.
     19 Le local de la Socit, qui ne doit tre connu que de ses membres,
est d'une grande beaut ; de superbes jardins l'environnent. L'hiver il y a
grand feu dans les salles. L'heure de la runion est depuis cinq heures du
soir jusqu' midi du lendemain. Vers minuit, on y sert un superbe repas, et
des rafrachissements tout le reste du temps.
     20 Tous les jeux possibles sont dfendus dans la Socit ; occupe de
dlassements plus agrables  la nature, elle ddaigne tout ce qui s'carte
des divines passions du libertinage, les seules en possession d'lectriser
l'homme.
     21 Le rcipiendiaire, de quelque sexe qu'il soit, est, pendant un mois,
au noviciat ; il est tout ce temps aux ordres de la Socit ; il en est comme
le plastron, et ne peut pas entrer aux srails, ni tre admis  aucune place.
Il y a peine de mort prononce contre lui, s'il s'avisait de se refuser 
telles propositions qui pourraient lui tre faites.
     22 Toutes les places s'lisent au scrutin secret ; les cabales sont
svrement dfendues. Ces places sont : celle de la prsidence, les deux du
secrtariat, celle de la censure, celles des deux directions des srails,
celle du trsorier, du matre d'htel, des deux mdecins, des deux
chirurgiens, de l'accoucheur, de la direction de la secrtairerie, dont le
chef a sous lui les crivains, les imprimeurs, le rviseur et le censeur des
ouvrages, et l'inspecteur gnral des billets d'entre.
     23 On ne reoit point de sujets au-del de quarante ans pour les hommes,
et de trente-cinq pour les femmes ; mais ceux qui vieillissent dans la Socit
peuvent y rester toute leur vie.
     24 Tout membre que l'on n'aura pas vu d'un an dans la Socit en sera
exclu, sans que ses emplois publics ou ses charges puissent lgitimer ses
absences.
     25 Tout ouvrage contre les murs ou la religion, prsent par un membre
de la Socit, soit qu'il l'ait compos ou non, sera sur-le-champ dpos  la
bibliothque de la maison, et l'on rcompensera celui qui l'aura offert, en
raison du mrite de l'ouvrage et de la part qu'il y aura prise.
     26 Les enfants faits dans la Socit seront aussitt placs dans la
maison du noviciat des srails, pour en devenir membres, ds qu'ils auront
atteint l'ge de dix ans pour les garons, de sept pour les filles. Mais une
femme ou une fille qui serait sujette  faire des enfants, serait promptement
exclue : la propagation n'est nullement l'esprit de la Socit ; le vritable
libertinage abhorre la progniture ; la Socit le rprime donc. Les femmes
dnonceront les hommes assujettis  cette manie, et si l'on les reconnat
incorrigibles, ils seront galement pris de se retirer bientt.
     27 Les fonctions du prsident sont de veiller  la police gnrale de
l'assemble. Il a sous lui le censeur ; tous deux doivent maintenir le calme,
la tranquillit, les caprices des agents, la soumission des patients, le
silence, modrer les rires, les conversations, tout ce qui n'est pas enfin
dans l'esprit du libertinage, ou tout ce qui y nuit. Il a, pendant sa
prsidence, la grande inspection sur les srails. Dans le cours de sa sance,
il ne peut quitter le bureau sans s'y faire remplacer par son devancier.
     28 Les jurements, et surtout les blasphmes, sont autoriss ; on peut
les employer  tous propos. On ne doit jamais se parler entre soi qu'en se
tutoyant.
     29 Les jalousies, les querelles, les scnes ou propos d'amour, sont
absolument dfendus : tout cela nuit au libertinage, et l'on ne doit s'occuper
l que de libertinage.
     30 Tout tapageur, tout duelliste, sera exclu sans misricorde. La
poltronnerie y sera rvre comme  Rome : le poltron vit en paix avec les
hommes ; il est d'ailleurs assez communment libertin, c'est le sujet qu'il
faut  la Socit.
     31 Jamais le nombre des membres ne pourra tre au-dessus de quatre
cents, et l'on le maintiendra toujours le plus possible en galit de sexe.
     32 Le vol est permis dans l'intrieur de la Socit, mais le meurtre ne
l'est que dans les srails.
     33 Un membre n'aura pas besoin d'apporter les meubles ncessaires au
libertinage : la maison fournira ces objets avec abondance, choix et propret.
     34 Nulles infirmits dgotantes ne seront souffertes. Quelqu'un qui se
prsenterait afflig de cette manire ne serait assurment pas reu. Et si de
pareils maux survenaient  des membres dj reus, ils seraient pris de
donner leur dmission.
     35 Un membre attaqu du mal vnrien sera contraint  se retirer jusqu'
son entier rtablissement, attest par les mdecins et chirurgiens de la
maison.
     36 Aucun tranger ne sera reu, pas mme les habitants de la province.
Cet tablissement n'existe absolument que pour les personnes domicilies 
Paris ou dans la banlieue.
     37 Les titres de naissance ne feront rien pour l'admission ; il ne
s'agira que de prouver que l'on a le bien ncessaire et indiqu ci-dessus.
Telle jolie que puisse tre une femme, elle ne sera point reue si elle ne
prouve la fortune requise. Il en sera de mme d'un jeune homme, quelque beau
qu'il puisse tre.
     38 La beaut, ni la jeunesse, n'ont aucun droit exclusif dans la Socit
: ces droits dtruiraient bientt l'galit de murs qui doit y rgner.
     39 Il y a peine de mort contre tout membre qui rvlerait les secrets de
la Socit ; il sera poursuivi partout, aux frais d'icelle.
     40 L'aisance, la libert, l'impit, la crapule, tous les excs du
libertinage, tous ceux de la dbauche, de la gourmandise, de ce qu'on appelle,
en un mot, la salet de la luxure, rgneront imprieusement dans cette
assemble.
     41 Il y aura toujours cent frres servants en activit, soudoys par la
maison, qui, tous jeunes et jolis, pourront tre employs comme patients aux
scnes libidineuses ; mais ils n'y joueront jamais d'autre rle. La Socit
possde  ses ordres seize quipages, deux cuyers et cinquante valets
extrieurs. Elle a une imprimerie, douze copistes et quatre lecteurs, sans
comprendre ici tout ce que ncessitent les srails.
     42 Aucune arme, aucun bton ne sera tolr dans les salles destines aux
jouissances. Tout se laisse en entrant dans une vaste antichambre, o des
femmes sres vous dshabillent et vous rpondent de vos vtements. Il y a, aux
environs de la salle, plusieurs cabinets d'aisances servis par des jeunes
filles et de jeunes garons, obligs de se prter  toutes les passions, et de
la mme espce que ceux qui sont dans les srails. Ils tiennent l : des
seringues, des bidets, des lieux  l'anglaise, des linges trs fins, des
odeurs, et gnralement tout ce qui est ncessaire, avant, aprs le besoin, ou
pendant qu'on y procde ; leur langue, aprs, est  votre service.
     43 Il est absolument dfendu de s'immiscer dans les affaires du
gouvernement. Tout discours de politique est expressment interdit. La Socit
respecte le gouvernement sous lequel elle vit ; et si elle se met au-dessus
des lois, c'est parce qu'il est dans ses principes que l'homme n'a pas le
pouvoir de faire des lois qui gnent et contrarient celles de la nature. Mais
les dsordres de ses membres, toujours intrieurs, ne doivent jamais
scandaliser ni les gouverns, ni les gouvernants.
     44 Deux srails sont affects aux membres de la Socit, et leurs
btiments forment les deux ailes de la grande maison. L'un est compos de
trois cents jeunes garons, depuis sept ans jusqu' vingt-cinq ; l'autre d'un
pareil nombre de filles, de cinq ans  vingt et un. Ces sujets varient
perptuellement, et il n'y a pas de semaine o l'on ne rforme au moins trente
sujets de chaque srail, afin de procurer plus d'objets nouveaux aux membres
de la Socit. Prs de l, est une maison o l'on lve quelques sujets
destins  des remplacements ; soixante maquerelles sont charges de ces
renouvellements ; et il y a, comme on l'a dit, un inspecteur  chaque srail.
Ces srails sont commodes, bien distribus ; on y fait absolument tout ce que
l'on veut ; les passions les plus froces s'y excutent ; tous les membres de
la Socit y sont admis sans payer. Les meurtres seuls s'y paient cent cus
par sujet. Ceux des membres qui veulent souper l sont les matres ; les
cartes pour y entrer sont distribues par le prsident, qui ne peut jamais les
refuser  tout membre ayant fait son mois de noviciat. La plus grande
subordination des sujets rgne dans les srails ; les plaintes que l'on aurait
 faire du dfaut de soumission ou de complaisance seront sur-le-champ portes
 l'inspecteur de ce srail ou au prsident, et l'on punit aussitt le sujet
de la peine prononce par vous, et que vous avez le droit d'infliger
vous-mme, si cela vous amuse. Il y a douze cabinets de supplice par srail,
o rien ne manque de ce qui peut plonger la victime dans les tourmenta les
plus froces et les plus monstrueux. On peut mler les sexes et conduire 
volont des hommes chez les femmes, ou celles-ci chez les hommes. Il y a aussi
douze cachots, par chaque srail, pour ceux qui se plaisent  y laisser
languir des victimes. Il est dfendu de conduire, ni chez soi, ni dans les
salles, aucun des sujets de ces deux srails. On trouve galement dans ces
pavillons des animaux de toutes les espces, pour ceux qui sont adonns au
got de la bestialit : c'est une passion simple et dans la nature, il faut la
respecter comme les autres.
     Trois plaintes contre un mme sujet suffisent  le faire renvoyer. Trois
demandes de mort suffisent  l'en faire punir sur-le-champ. Il y a, dans
chaque srail, quatre bourreaux, quatre geliers, huit fustigateurs, quatre
corcheurs, quatre sages-femmes et quatre chirurgiens, aux ordres des membres
qui, dans leurs passions, pourraient avoir besoin du ministre de pareils
personnages ; bien entendu que les sages-femmes et les chirurgiens ne sont l
que pour des supplices, et nullement pour des soins  rendre. Ds qu'un sujet
a le plus lger symptme de maladie, il est envoy  l'hpital, et ne rentre
plus  la maison.
     Les deux srails sont environns de hauts murs. Toutes les fentres en
sont grilles, et jamais les sujets ne sortent. Entre le btiment et le haut
mur environnant, est un intervalle de dix pieds formant une alle plante de
cyprs, o les membres de la Socit font quelquefois descendre les sujets,
pour se livrer avec eux, dans cette promenade solitaire,  des plaisirs plus
sombres et souvent plus affreux. Au pied de quelques-uns de ces arbres sont
mnags des trous, o la victime peut  l'instant disparatre. On soupe
quelquefois sous ces arbres, quelquefois dans ces trous mmes. Il y en a
d'extrmement profonds, o l'on ne peut descendre que par des escaliers
secrets, et dans lesquels on peut se livrer  toutes les infamies possibles
avec le mme calme, le mme silence que si l'on tait dans les entrailles de
la terre.
     45 Nul ne peut tre reu sans signer pralablement, et le serment qu'on
lui fait prononcer, et les obligations imposes  son sexe.
 
    L'heure arrive, nous partmes. J'tais pare comme la desse du Jour.
Clairwil, comme jouant le rle de ma marraine, tait mise avec une coquetterie
moins jeune. Elle me prvint, en route, de l'extrme docilit que je devais
apporter  tous les dsirs des membres de la Socit, et me dit aussi de ne
point m'impatienter, si je ne pouvais, comme novice, participer d'un mois aux
plaisirs du srail.
     La maison se trouvant dans un des faubourgs les plus dserts et les moins
peupls de Paris, nous fmes prs d'une heure en chemin. Le cur me battit,
ds que je vis la voiture entrer dans une cour trs sombre, absolument
entoure de grands arbres, et dont les portes se refermrent aussitt sur
nous. Un cuyer vint nous recevoir  la descente de notre voiture, et nous
introduisit dans la salle. Clairwil fut oblige de se mettre nue ; je ne
devais me dshabiller qu'en crmonie. Le local me parut superbe et
magnifiquement clair ; nous ne pmes arriver qu'en marchant sur un grand
crucifix tout parsem d'hosties consacres, au bout duquel tait la Bible,
qu'il fallait de mme fouler aux pieds. Vous croyez bien qu'aucune de ces
difficults ne m'arrta.
     Je pntrai. C'tait une fort belle femme de trente-cinq ans qui
prsidait ; elle tait nue, magnifiquement coiffe ; ce qui l'entourait au
bureau tait galement nu : il y avait deux hommes et une femme. Plus de trois
cents personnes taient dj runies et nues : on enconnait, on se branlait,
on se fouettait, on se gamahuchait, on se sodomisait, on dchargeait, et tout
cela dans le plus grand calme ; on n'entendait aucune autre espce de bruit
que celui ncessit par les circonstances. Quelques-uns se promenaient doubles
ou seuls ; beaucoup examinaient les autres, et se branlaient lubriquement en
face des tableaux. Il y avait plusieurs groupes, quelques-uns mme forms de
huit ou dix personnes ; beaucoup d'hommes seuls avec des hommes ; beaucoup de
femmes entirement livres  des femmes ; plusieurs femmes entre deux hommes ;
et plusieurs hommes occupant deux ou trois femmes. Des parfums extrmement
agrables brlaient dans de grandes cassolettes et rpandaient des vapeurs
enivrantes qui plongeaient, malgr soi, dans une sorte de langueur
voluptueuse. Je vis plusieurs personnes sortir ensemble des cabinets
d'aisances. Au bout d'un instant, la prsidente se leva et prvint,  voix
basse, qu'on lui prtt, quand on pourrait, un moment d'attention. Quelques
minutes aprs, tout le monde m'entoura ; je n'avais t de ma vie tant
examine ; chacun prononait, et j'ose dire que je ne recueillis de tout cela
que des loges ; de grands complots, de grands projets se formrent sur moi et
autour de moi, et je frmis d'avance de l'obligation o j'allais tre de me
prter  tous les dsirs que faisaient natre ma jeunesse et mes charmes.
Enfin la prsidente me fit monter sur une estrade en face d'elle ; et l,
spare par une balustrade de toute l'assemble, elle ordonna que l'on me mt
nue : deux frres servants arrivrent, et, en moins de trois minutes, il ne me
resta pas un vtement sur le corps. J'avoue qu'un peu de honte s'empara de
moi, lorsque les frres, en se retirant, m'exposrent absolument nue aux yeux
de l'assemble, mais les nombreux applaudissements que j'entendis me rendirent
bientt toute mon impudence.
     Telles furent les questions que m'adressa la prsidente ; j'y joins mes
rponses :
     - Promettez-vous de vivre ternellement dans les plus grands excs du
libertinage ?
     - Je le jure.
     - Toutes les actions luxurieuses, mme les plus excrables, vous
paraissent-elles simples et dans la nature ?
     - Je les vois toutes comme indiffrentes  mes yeux.
     - Les commettriez-vous toutes au plus lger dsir de vos passions ?
     - Oui, toutes.
     - Protestez-vous de vous conformer exactement  tout ce qui vous a t lu
par votre marraine dans les statuts de notre Socit ? et vous soumettez-vous
aux peines portes par ces statuts, si vous devenez rfractaire ?
     - Je jure et promets tout ce qui est contenu dans cet article.
     - tes-vous marie ?
     - Non.
     - tes-vous pucelle ?
     - Non.
     - Avez-vous t encule ?
     - Souvent.
     - Foutue en bouche ?
     - Souvent.
     - Fouette ?
     - Quelquefois.
     - Comment vous appelez-vous ?
     - Juliette.
     - Quel ge avez-vous ?
     - Dix-huit ans.
     - Vous tes-vous branle avec des femmes ?
     - Souvent.
     - Avez-vous commis des crimes ?
     - Plusieurs.
     - Avez-vous attent  la vie de vos semblables ?
     - Oui.
     - Promettez-vous de vivre toujours dans les mmes carts ?
     - Je le jure.
     (Ici de nouveaux applaudissements se firent entendre.)
     - Ferez-vous recevoir  la Socit tous ceux qui vous tiendront par les
liens du sang ?
     - Oui.
     - Promettez-vous de ne jamais trahir les secrets de la Socit ?
     - Je le jure.
     - Promettez-vous la complaisance la plus entire  tous les caprices, 
toutes les lubriques fantaisies des membres de la Socit ?
     - Je la promets.
     - Qu'aimez-vous le mieux, des hommes ou des femmes ?
     - J'aime beaucoup les femmes pour me branler, infiniment les hommes pour
me foutre.
     (Cette navet fit clater de rire tout le monde.)
     - Aimez-vous le fouet ?
     - J'aime  le donner et  le recevoir.
     - Qu'aimez-vous le mieux des deux jouissances qui peuvent tre procures
 une femme : celle de la fouterie en con, ou celle de la sodomie ?
     - J'ai quelquefois rat l'homme qui m'enconnait, jamais celui qui me
foutait en cul.
     (Il me parut que cette rponse faisait aussi le plus grand plaisir.)
     - Que pensez-vous des volupts de la bouche ?
     - Je les idoltre.
     - Aimez-vous  tre gamahuche ?
     - Infiniment.
     - Et gamahuchez-vous bien les autres ?
     - Trs moelleusement.
     - Vous sucez donc aussi des vits avec plaisir ?
     - Et j'en avale le foutre.
     - Avez-vous fait des enfants ?
     - Jamais.
     - Protestez-vous de vous en abstenir ?
     - Le plus que je pourrai.
     - Vous dtestez donc la progniture ?
     - Je l'abhorre.
     - S'il vous arrivait de devenir grosse, auriez-vous le courage de vous
faire avorter ?
     - Assurment.
     - Votre marraine est-elle munie de la somme que vous devez payer avant
que d'tre reue ?
     - Oui.
     - tes-vous riche ?
     - Immensment.
     - Vous n'avez jamais fait de bonnes uvres ?
     - Je les dteste.
     - Vous ne vous tes livre  aucun acte de religion depuis votre enfance ?
     - A aucun.
     Clairwil remit aussitt entre les mains du secrtaire la somme convenue,
et elle prit un papier que l'on m'ordonna de lire  haute voix. Ce papier
imprim avait pour titre : Instructions aux femmes admises  la Socit des
Amis du Crime.
     - Le voil, mes amis, dit Mme de Lorsange, il est trop intressant pour
que je ne vous en fasse pas la lecture[2] :
      En quelque tat ou condition que soit ne celle qui va signer ceci, ds
qu'elle est femme, elle est, de ce moment-l seul, cre pour les plaisirs de
l'homme ; il faut donc lui prescrire une conduite qui la mette  mme de
rendre ces plaisirs utiles  sa bourse et  sa lubricit. C'est dans l'tat de
mariage que nous allons la prendre ; car celles qui, n'tant point maries,
vivent nanmoins avec un homme, soit comme matresses, soit comme entretenues,
se trouvant avec les mmes chanes que celles qui existent sous les nuds de
l'hymen, trouveront, dans les conseils suivants, les mmes avis pour se
soustraire  ces chanes ou pour se les rendre plus douces. On prvient donc
que le mot homme employ dans cet crit, voudra gnriquement dire amant,
poux ou entreteneur, tout individu s'arrogeant, en un mot, des droits sur une
femme, dans quelque tat qu'elle soit, parce que, ft-elle riche  millions,
elle doit nanmoins toujours retirer de l'argent de son corps. La premire loi
de toutes les femmes tant de ne foutre jamais que par libertinage ou par
intrt, et comme souvent elle est oblige de payer ceux qui lui plaisent, il
faut qu'elle se mette en fonde pour cela, par le moyen de ce qu'elle retire
des prostitutions o elle se livre avec ceux qui ne lui plaisent pas. Bien
entendu, que tout ceci n'a pour objet que sa conduite dans le monde : les
statuts qu'elle vient de jurer fixent celle que l'on doit garder dans la
Socit.
      1 Pour russir  cette apathie ncessaire  conserver, soit qu'elle
foute pour de l'argent, soit qu'elle foute pour son plaisir, la premire chose
qu'elle observera sera de tenir toujours son cur inaccessible  l'amour ; car
si elle fout pour son plaisir, elle jouira mal, tant amoureuse ; l'occupation
o elle sera de donner des plaisirs  son amant l'empchera d'en goter
elle-mme ; et si elle fout pour de l'argent, elle n'osera jamais pressurer
celui qu'elle aimera : telle doit tre pourtant son unique occupation avec
l'homme qui la paye.
      2 Abstraction faite de tout sentiment mtaphysique, elle donnera donc
toujours la prfrence  celui qui, si elle fout par plaisir, bandera le
mieux, aura le plus beau vit ; et si elle fout par intrt,  celui qui la
payera le plus cher.
      3 Qu'elle vite toujours avec soin ce qu'on appelle des greluchons :
cette engeance-l paye aussi mal qu'elle fout. Qu'elle s'en tienne aux valets,
aux crocheteurs : voil les culottes o la vigueur est relgue !... les
esprits o le secret se conserve !... On change de cela comme de chemise, et
il n'y a jamais d'indiscrtion  redouter.
      4 Quel que soit l'homme qui l'enchane, qu'elle se garde bien de la
fidlit. Ce sentiment puril et romanesque n'est bon qu' perdre une femme, 
lui causer beaucoup de chagrins ; elle peut tre sre qu'il ne lui rapportera
jamais aucun plaisir. Et par quelle raison serait-elle fidle, puisqu'il est
certain qu'il n'est pas un seul homme dans le monde qui le soit ? N'est-il pas
ridicule que le sexe le plus fragile, le plus faible, celui que tout entrane
perptuellement au plaisir, celui que des sductions journalires autorisent 
succomber, n'est-il pas absurde que ce soit celui-l qui rsiste, pendant que
l'autre n'a pour faire le mal que sa seule et unique mchancet ? Et
d'ailleurs,  quoi sert la fidlit  une femme ? Si son homme l'aime
vritablement, il doit tre assez dlicat pour tolrer toutes ses faiblesses,
et pour partager mme idalement les jouissances qu'elle se procure ; s'il ne
l'aime pas, quelle extravagance elle ferait de s'enchaner  quelqu'un qui la
trompe journellement ! Les infidlits de la femme sont les torts de la nature
: celles de l'homme, ceux de sa fourberie et de sa mchancet. La femme dont
il s'agit ici ne se refusera donc  aucune infidlit : au contraire, elle en
fera natre les occasions le plus souvent possible, et elle les multipliera
journellement.
      5 La fausset est un genre de caractre essentiel dans une femme. De
tout temps elle fut l'arme du faible : toujours place devant son matre,
comment rsisterait-elle  l'oppression, sans le mensonge et sans l'imposture
? Qu'elle use donc sans crainte de ses armes ; elles lui sont donnes par la
nature pour la dfendre contre toutes les entreprises de ses oppresseurs. Les
hommes veulent tre tromps, une agrable erreur est plus douce qu'une triste
ralit : ne vaut-il pas mieux qu'elle dguise ses torts que de les avouer ?
      6 Une femme ne doit jamais avoir de caractre  elle : il faut qu'elle
emprunte, avec art, celui des gens qu'elle a le plus d'intrt  mnager, soit
pour sa luxure, soit pour son avarice, sans nanmoins que cette souplesse lui
te l'nergie essentielle  se plonger dans tous les genres de crimes qui
doivent flatter ses passions ou les servir, tels que ceux de l'adultre, de
l'inceste, de l'infanticide, des empoisonnements, du vol, du meurtre, et tous
ceux enfin qui peuvent lui tre agrables, et auxquels, sous le voile de la
fausset et de la fourberie que nous lui conseillons, elle peut se livrer sans
aucune espce de crainte ni de remords, parce qu'ils sont placs par la nature
dans le cur des femmes, et que de faux principes reus avec l'ducation
l'empchent seuls de les caresser chaque jour comme elle le devrait.
      7 Que le libertinage le plus excessif, le plus renouvel, le plus
crapuleux, loin de l'effrayer, devienne la base de ses plus dlicieuses
occupations. Si elle veut couter la nature, elle verra qu'elle a reu d'elle
les plus violenta penchants  cette sorte de plaisir, et qu'elle doit, par
consquent, s'y livrer journellement sans crainte : plus elle fout, mieux elle
sert la nature ; elle ne l'outrage que par sa continence[3].
      8 Qu'elle ne se refuse jamais  tel acte de dbauche qui lui sera
propos par son homme ; la complaisance la plus entire en ce cas-l lui
deviendra toujours un des plus srs moyens de captiver celui qu'elle a intrt
de conserver. La jouissance d'une femme fatigue bientt un homme :
qu'arrive-t-il, si elle n'a pas l'art de le ranimer ? Il se dgote et
l'abandonne. Mais celui qui reconnatra dans une femme l'tude la plus entire
 deviner et savoir ses gots,  les prvenir et  s'y enchaner, celui-l,
dis-je, trouvant la possession d'une femme toujours nouvelle, se fixera bien
plus certainement : il deviendra ds lors bien plus facile  la femme de le
tromper ; et telle doit toujours tre la plus chre tude de l'individu du
sexe dont nous traons les devoirs.
      9 Que cet individu charmant vite avec le plus grand soin l'air de la
pruderie et de la modestie, quand elle est avec son homme : il en est trs peu
qui aiment cette manire d'tre, et l'on risque de dgoter fort promptement
ceux qui ne l'aiment point. Qu'elle adopte ce masque pour en imposer dans le
monde, si elle le croit ncessaire : tout ce qui tend  l'hypocrisie est bon,
c'est un moyen de plus de tromper, et il n'en est aucun qu'elle ne doive
prendre.
      10 On ne saurait trop lui recommander d'viter les grossesses, soit en
faisant un grand usage de toutes les manires de jouir qui dtournent la
semence du vase prolifique, soit en dtruisant le germe, sitt qu'elle en
souponne l'existence. Une grossesse trahit, gte la taille, et n'est bonne
sous aucun rapport. Qu'elle se livre de prfrence au plaisir antiphysique ;
cette dlicieuse jouissance lui assure  la fois et plus de plaisir et plus de
sret : presque toutes les femmes qui en ont essay s'y tiennent. L'ide,
d'ailleurs, de donner ainsi bien plus de plaisir aux hommes doit tre, pour
leur dlicatesse, un motif puissant de ne plus adopter d'autre genre.
      11 Que son me, absolument cuirasse, ne laisse jamais pntrer dans
elle une sensibilit qui la perdrait. Une femme sensible doit s'attendre 
tous les malheurs, car, comme elle est plus faible et plus dlicate que les
hommes, tout ce qui attaquera cette sensibilit la dchirera bien plus
cruellement, et, ds lors, plus aucun plaisir pour elle. Sa complexion la
porte  la luxure : si par cet excs de sensibilit que nous cherchons 
dtruire, elle va s'enchaner  un seul homme, elle divorce, de ce moment-l,
avec tous les charmes du libertinage, les seuls qui soient vraiment faits pour
elle, et qui doivent la combler de volupt, d'aprs l'organisation qu'elle a
reue de la nature.
      12 Qu'elle vite soigneusement toute pratique de religion : ces
infamies, qu'elle doit avoir foules sous les pieds longtemps, ne pourraient,
en timorant sa conscience, que la rappeler  un tat de vertu, qu'elle ne
reprendrait pas sans tre oblige de renoncer  toutes ses habitudes et  tous
ses plaisirs ; ces platitudes affreuses ne valent pas les sacrifices qu'elle
serait oblige de leur faire, et, comme le chien de la fable, elle quitterait,
en les poursuivant, la ralit pour l'apparence. Athe, cruelle, impie,
libertine, sodomiste, tribade, incestueuse, vindicative, sanguinaire,
hypocrite et fausse, voil les bases du caractre d'une femme qui se destine 
la Socit des Amis du Crime, voil les vices qu'elle doit adopter, si elle
veut y trouver le bonheur. 
     L'nergie avec laquelle je lus ces principes, en convainquant la socit
qu'ils taient dj tous au fond de mon cur, me valut de nouveaux
applaudissements, et je descendis dans la salle.
     Tous les couples, distraits par l'vnement de ma rception, se
renourent, et je fus bientt attaque ; de ce moment jusqu' celui du souper,
je ne revis plus Clairwil. Le premier qui m'aborda tait un homme de cinquante
ans.
     - Te voil bien putain, pour le coup ! me dit-il en me conduisant sur un
canap, il n'y a plus  t'en ddire  prsent ; te voil garce comme une
raccrocheuse ; j'ai t content de toi, tu m'as fait bander.
     Et le paillard m'enconne en me disant cela. Il lime un quart d'heure,
baise beaucoup ma bouche, puis, saisi par une autre femme, il me quitte sans
dcharger. Une vieille de soixante ans vint  moi, et m'ayant recouche sur le
canap que j'allais quitter, elle me branla, et se fit branler fort longtemps.
Trois ou quatre hommes nous examinaient ; un d'eux encula la matrone, et la
fit crier de plaisir. Un autre de ces hommes, voyant que je me pmais sous les
coups de doigts de la tribade, vint m'offrir son vit  sucer ; et comme la
vieille me quitta, le coquin passa de ma bouche  mon con ; il avait le plus
beau vit du monde, et foutait  merveille. Une jeune personne me l'enleva
encore, il me laissa l pour la foutre  mes yeux ; ma rivale me fit un signe,
je l'approchai et la putain me gamahucha ; elle eut le foutre de l'homme
qu'elle m'avait enlev, je lui donnai le mien. Deux jeunes gens nous
assaillirent, et formrent le groupe le plus agrable, en nous enconnant
toutes deux ; ma compagne suivit le jeune homme avec lequel elle venait de
s'amuser, et me laissa seule un instant. Un homme, que je reconnus pour un
vque avec lequel j'avais fait des parties chez la Duvergier, m'enconna de
mme, aprs s'tre fait pisser sur le nez. Celui qui vint aprs, et que je
reconnus galement pour un ecclsiastique, me le mit dans la bouche, et y
dchargea. Une jeune personne trs jolie vint se faire branler, je la
gamahuchai de tout mon cur. Un homme d'environ quarante ans la prit, les
fesses en l'air, et l'encula ; le libertin m'en fit bientt autant ; il nous
invectivait, en jouissant ainsi de nous, il nous traitait de tribades, de
gamahucheuses, et lorsqu'il en enculait une, il claquait toujours les fesses
de l'autre.
     - Que fais-tu de ces deux bougresses ? lui dit un jeune homme, en
l'abordant et l'enculant lui-mme ; tiens, bougre, voil ce qu'il te faut,
disait-il, et non pas des culs de femmes.
     Tout me quitte encore une fois, lorsqu'un vieil homme, arm d'une poigne
de verges, vient m'en chauffer le derrire, et se faire un instant branler.
     - N'est-ce pas toi qu'on a reue ce soir ? me dit-il.
     - Oui.
     - Je suis fch de ne t'avoir pas vue, j'tais au srail ; tu as le plus
beau cul du monde... Courbe-toi, que je te sodomise.
     Et le vilain triompha, j'eus son foutre. Un trs joli jeune homme parut,
et me traita de mme, mais je fus fouette bien plus fort : il en vint dix de
suite, parmi lesquels je reconnus,  la coiffure, six robins et quatre prtres
; tous m'enculrent. J'tais en feu, je m'approchai d'une garde-robe ; comme
les femmes n'allaient qu' celles qui taient servies par des hommes, et les
hommes  celles que les femmes soignaient, le jeune garon, aprs m'avoir
place sur le fauteuil, me demanda si j'emploierais sa langue. Lui ayant
rpondu en lui exposant mon derrire, il me nettoya d'une manire si agrable
que je perdis du foutre. Je m'aperus, en rentrant, qu'il y avait des hommes
qui guettaient les femmes sortant de ces garde-robes ; l'un d'eux m'aborde, et
me demande le cul  baiser : je le prsente, il gamahuche, et parat trs
fch de ne plus trouver de vestiges. Il me quitta sans me rien dire, pour
prendre un jeune homme qui entrait dans le mme lieu, et qu'il suivit.
Parcourant alors un instant la salle, je puis dire que je vis l tous les
tableaux que l'imagination la plus lascive pourrait  peine concevoir en vingt
ans : que d'attitudes voluptueuses, que de caprices bizarres, quelle varit
de gots et de penchants ! Oh, Dieu ! me dis-je, comme la nature est belle, et
combien sont dlicieuses toutes les passions qu'elle nous donne ! Mais une
chose fort extraordinaire, que je ne cessais de remarquer, c'est qu'except
les mots ncessaires  l'action, les cris de plaisir et beaucoup de
blasphmes, on et entendu le vol d'une mouche. Le plus grand ordre rgnait au
milieu de tout cela. S'levait-il quelques altercations, ce qui tait fort
rare, d'un geste la prsidente ou le censeur y ramenait l'ordre : les plus
dcentes actions ne se seraient point passes avec plus de calme. Et je pus
facilement me convaincre, en cette circonstance, que ce que l'homme respecte
le plus dans le monde, ce sont ses passions.
     Beaucoup d'hommes et de femmes passaient aux srails ; la prsidente, en
souriant, leur distribuait des cartes. En ce moment, plusieurs femmes
m'attaqurent ; je me branlai avec trente-deux, dont plus de la moiti avait
pass quarante ans ; elles me sucrent, me foutirent en cul et en con avec des
godemichs ; une d'elles me fit pisser dans sa bouche, pendant que je la
gamahuchais ; une autre me proposa de nous chier mutuellement sur les ttons,
elle le fit, je ne pus le lui rendre ; un homme, en se faisant enculer, vint
manger l'tron que cette femme avait fait sur mon sein, et il chia lui-mme
aprs, en dchargeant dans la bouche de celui qui venait de le foutre.
     La prsidente eut envie de moi. Elle se fit relever par un homme, et vint
me trouver ; nous nous baismes, nous nous sumes, nous nous dvormes de
caresses ; je n'avais jamais vu de femme, except Clairwil, dcharger avec
tant d'abondance et de lubricit ; sa passion favorite tait de se faire
enculer, pendant qu'appuye sur le visage d'une femme, elle s'en faisait sucer
le con, en en gamahuchant une autre ; nous excutmes ce tableau, et la putain
reprit son fauteuil.
     Les hommes revinrent. A cette seconde sance, je trouvai peu de conistes,
mais infiniment de bougres, quelques masturbateurs et une douzaine de fouteurs
en bouche ; un d'eux se fit sucer par un jeune homme, pendant qu'il sentait et
respirait mes aisselles ; il les lchait de temps en temps, ce qui
m'occasionnait un chatouillement trs agrable. Je fus fouette cinq ou six
fois ; je reus trois ou quatre lavements que ceux qui les administraient me
firent rendre dans leur bouche ; on me fit pter, cracher ; un homme se fit
enfoncer un million d'pingles dans les couilles, dans les fesses, et resta
ainsi toute la soire ; un autre avait pour manie de me sucer partout : il
passa pendant deux heures os langue dans ma bouche, sur mes yeux, autour de
mes oreilles, dans mes narines, entre les doigts de mes pieds, et dchargea en
me l'enfonant dans le cul. Plusieurs femmes exigrent de moi d'tre encule
avec des godemichs ; une me fit branler sur le trou de son cul le vit d'un
homme qu'elle m'amena, elle voulut que j'y fisse ensuite entrer le foutre avec
le bout de mon doigt ; une trs jolie fille me chia sur les fesses, un vieil
homme la suivit, qui l'encula en dvorant sur mon cul l'tron qu'elle venait
d'y faire ; on m'assura que c'tait le pre et la fille. Je vis d'autres
couples semblables ; je vis des frres enculant leurs surs ; des pres
enconnant leurs filles ; des mres foutues par leurs enfants ; enfin tous les
tableaux de l'inceste, de l'adultre, de la sodomie, de la prostitution, de
l'impuret, de la crapule, de l'impit, s'offrirent  moi sous mille nuances,
et je crois que jamais des bacchantes ne runirent  la fois plus d'ordures et
plus d'infamie.
     Lasse du rle de victime, je voulus tre agente  mon tour. J'attaquai
cinq ou six jeunes gens dont les vite me parurent fort gros, et qui, tantt
d'un ct, tantt de l'autre, quelquefois de tous deux ensemble, me foutirent
pendant prs de deux heures. Au sortir de l, un vieil abb se fit branler sur
mon clitoris par une trs jolie nice que je gamahuchais ; un assez beau jeune
homme voulut baiser mes fesses pendant qu'il enculait sa mre. Deux jolies
surs me mirent entre elles, l'une me branlait le con, pendant que l'autre me
chatouillait le derrire ; je dchargeai, sans me douter que le papa les
enconnait alternativement toutes deux. Un autre pre me fit enculer par son
fils, pendant ,qu'il jouissait du jeune homme de la mme manire ; il me
sodomisa lui-mme aprs, et le fils lui rendit ce qu'il venait d'en recevoir.
Un frre m'enconna, pendant que sa sur l'enculait avec un bijou de
religieuse... Et tous ces prtendus outrages  la nature se passaient avec un
ordre, une tranquillit, bien capables de nourrir les rflexions d'un
philosophe. S'il y a quelque chose de simple, en effet, dans le monde, c'est
l'inceste : il est dans les principes de la nature, il est conseill par elle
; les lois climatriques seules le poursuivirent ; mais ce qui est tolr dans
les trois quarts de la terre peut-il faire un crime dans l'autre quart ?
L'impossibilit de commettre ce dlicieux crime me dsolait ; je ne sais ce
que j'aurais donn pour avoir un pre ou un frre : avec quelle ardeur je me
serais livre  l'un ou l'autre... comme il et fait de moi tout ce qu'il
aurait voulu !...
     D'autres objets m'environnrent bientt.
     Deux trs jolies surs, de dix-huit  vingt ans, me menrent dans un
cabinet o elles s'enfermrent avec moi. L, elles me firent excuter sur
elles tout ce que la lubricit peut avoir de plus piquant et de plus fort.
     - Si nous nous amusions ainsi dans le salon, me dirent-elles, nous
serions entoures de ces vilains hommes qui viendraient nous inonder de leur
sperme gluant ; il est bien plus joli de n'tre qu'entre femmes.
     Et les petites friponnes, alors, me firent l'aveu de leurs gots.
Dlicates zlatrices de leur sexe, elles ne pouvaient supporter les hommes ;
entranes dans cette socit par leur pre, l'espoir de possder des femmes
tant qu'elles en voudraient les avait consoles de l'obligation de se prter
aux hommes...
     - Vous ne vous marierez donc point ? leur dis-je.
     - Oh ! jamais ! nous aimerions mieux mourir que de nous enchaner avec
des hommes.
     Je les ttai sur leurs autres principes. Quoique si jeunes encore, elles
taient fermes : philosophiquement leves par leur pre, on ne trouvait plus
dans ces curs-l ni morale, ni religion, tout tait soigneusement lagu ;
elles avaient tout fait, taient prtes  tout recommencer, et leur nergie
m'tonna. De tels caractres s'arrangeaient trop parfaitement au mien pour que
je n'accablasse pas ces charmantes filles de caresses ; et aprs avoir bien
perdu du foutre ensemble, et nous tre promis de nous cultiver, nous
rentrmes. Un jeune homme, qui m'avait vue sortir d'avec elles, me pria de me
renfermer un instant avec lui dans le cabinet.
     - Oh, ciel ! me dit-il ds que nous fmes seuls, j'ai frmi, vous voyant
avec ces cratures ; mfiez-vous d'elles, ce sont des monstres qui, malgr
leur extrme jeunesse, sont capables de toutes les horreurs.
     - Mais, dis-je, n'est-ce donc point ainsi qu'il faut tre ?
     - Soit ; mais entre nous, il faut se respecter, se chrir ; ce n'est
qu'au-dehors que doivent s'aiguiser nos armes ; et les cratures que vous
venez de quitter n'ont de plaisir qu' nuire  leurs frres. Mchantes,
sournoises, tratresses, elles ont tous les dfauts qui peuvent dplaire  la
Socit : il suffit qu'elles viennent de s'amuser avec vous, pour tcher de
vous perdre ou de vous faire esclave, si elles peuvent en venir  bout ;
sachez-moi quelque gr de vous prvenir, et donnez-moi votre cul pour
rcompense.
     Je crus qu'il allait me foutre : point du tout. La seule passion de cet
original consistait  m'piler en dessous, en lchant le trou de mon cul. Sur
ce que je lui reprsentai qu'il me faisait mal, il me dit que l'avis qu'il me
donnait m'en pargnait de bien plus grands. Nous sortmes enfin au bout d'un
quart d'heure de ce supplice, sans que mon jeune homme jacult. A peine
l'eus-je quitt, que j'appris que tout ce qu'il m'avait dit sur les deux surs
n'tait pas vrai, que la calomnie le faisait bander, et, par ces faux avis, il
croyait payer  merveille les tourments auxquels il condamnait toutes les
femmes.
     Une musique mlodieuse se fit entendre : on me dit que c'tait
l'avertissement du souper. Je passai avec tout le monde dans la voluptueuse
salle du festin. La dcoration reprsentait une fort coupe par une infinit
de petits bosquets, sous lesquels taient des tables de douze couverte. Des
guirlandes de fleurs pendaient aux festons des arbres, et des millions de
lumires, places avec le mme art que cilles de l'autre selon, rpandaient la
clart la plus douce. Deux frres servants, attache  chacune de ces tables,
la soignaient avec autant de propret que de promptitude. Il n'assiste gure
que deux cents personnes au souper ; tout le reste tait aux srails. Chacun
choisissait sa compagnie pour se placer  ces diffrentes tables ; et l,
splendidement et magnifiquement servis, au son d'une musique enchanteresse, on
se livrait  la fois aux intemprances de Comus et  tous les dsordres de
Cypris.
     Clairwil, revenue des srails, s'tait rapproche de moi. Il tait facile
de voir,  son dsordre, les excs o elle venait de se porter ; ses regards
brillants, ses joues animes, ses cheveux flottants sur son sein, les mots
obscnes ou froces qu'elle pronona, tout, tout peignait encore des nuances
de dlire qui la rendaient mille fois plus belle ; je ne pus m'empcher de la
baiser en cet tat.
     - Sclrate, lui dis-je,  combien d'horreurs tu viens de te livrer !
     - Console-toi, me dit-elle, nous les ferons bientt ensemble.
     Les deux petites surs avec lesquelles je venais de me branler, deux
femmes de quarante ans, deux fort jolies de vingt  vingt-cinq, et six hommes,
composaient notre table.
     Ce qu'il y avait de fort rgulier dans l'arrangement de ces bosquets,
c'est qu'il n'tait pas une seule table d'o l'on ne pt voir toutes les
autres ; et, par une suite du cynisme qui avait dirig tout ceci, les
lubricits du souper ne pouvaient pas plus chapper  l'il observateur que
celles du salon.
     Ces dispositions me firent voir des choses bien extraordinaires : on ne
se figure point l'garement d'une tte luxurieuse en de pareils instants. Je
croyais tout savoir en libertinage, et cette soire me convainquit que je
n'tais encore qu'une novice. Oh ! mes amis, que d'impurets, que d'horreurs,
que d'extravagances ! Quelques-uns sortaient de table pour passer dans des
cabinets, et il tait impossible de se refuser  ces dsirs : ceux des membres
de la Socit devenaient des lois pour l'individu qui en tait l'objet.
Celui-ci bientt en faisait autant : il ne se voyait l que des despotes et
des esclaves, et ces derniers, consols par l'espoir de changer  l'instant de
rle, ne balanaient jamais  se plier aux soumissions qu'ils retrouvaient
bientt  leur tour.
     La Prsidente, leve dans une chaire d'o elle dominait sur tout,
maintenait l'ordre au souper comme au salon, et le mme calme y rgnait. Le
ton des conversations y tait extrmement bas ; on s'y croyait dans le temple
de Vnus, dont la statue se voyait sous un bosquet de myrtes et de roses, et
on s'apercevait l que ses sectateurs recueillis ne voulaient troubler leurs
mystres par aucune de ces vocifrations dgotantes qui n'appartiennent qu'au
pdantisme et  l'imbcillit.
     lectriss par les vins trangers et par la bonne chre, les orgies de
l'aprs-soupe furent encore plus luxurieuses que celles d'avant. Je vis un
instant o tous les membres de la socit ne formaient plus qu'un seul et
unique groupe ; il n'y en avait pas un qui ne ft agent ou patient, et l'on
n'entendait plus que des soupirs et des cris de dcharges. J'eus encore de
terribles amants  soutenir : pas un sexe qui ne me passt par les mains, pas
une partie de mon corps qui ne ft souille ; et si j'avais les fesses
meurtries, j'avais la gloire d'en avoir outrag beaucoup d'autres. Enfin je
sortis au jour, dans un tel tat de fatigue et d'puisement, que je fus
oblige d'tre trente-six heures dans mon lit.
     Je ne respirai qu'aprs la fin de mon mois de noviciat ; il arrive enfin,
ce terme si dsir : l'entre des srails m'est permise. Clairwil, qui voulait
me faire tout connatre, m'accompagna partout.
     Rien de si dlicieux que ces srails, et comme celui des garons
ressemblait  celui des filles, en vous donnant la description de l'un, vous
aurez celle de l'autre.
     Quatre grandes salles entoures de chambres et de cabinets formaient
l'intrieur de ces ailes spares ; ces salles servaient  ceux qui voulaient,
comme  la Socit, s'amuser l'un devant l'autre ; les cabinets se donnaient
aux personnes qui dsiraient isoler leurs plaisirs, et les chambres taient
destines  loger les sujets. Le got et la fracheur prsidaient 
l'ameublement ; les cabinets surtout taient de la dernire lgance :
c'taient autant de petite temples consacrs au libertinage, o rien ne
manquait de tout ce qui pouvait en chauffer le culte. Quatre dugnes
prsidaient  chaque salle ; elles recevaient les billets que vous apportiez,
s'informaient de vos dsirs, et vous satisfaisaient aussitt. On voyait, dans
le mme lieu, galement toujours prte, un chirurgien, une sage-femme, deux
fustigateurs, un bourreau et un gelier ; rien d'aussi rbarbatif que la
figure de ces derniers personnages.
     - Ne t'imagine pas, me dit Clairwil, que ces tres-l soient simplement
pris dans la classe qui les fournit ordinairement ; ce sont des libertins
comme nous, mais qui, n'ayant pas de quoi payer ce qu'il faut pour tre admis,
exercent ces fonctions par plaisir, et la besogne, de cette manire, est,
comme tu le vois, bien mieux faite ; quelques-uns se payent, d'autres ne
demandent que les droits d'un membre de la Socit, on le leur accorde.
     Lorsque ces tres-l taient en fonctions, ils taient revtus d'un
costume effrayant ; les geliers avaient autour d'eux des ceintures de clefs,
les fustigateurs taient entours de verges et de martinets, et le bourreau,
les bras nus, deux effrayantes moustaches sous les lvres, avait toujours deux
sabres et deux poignards  ses cts. Celui-ci se leva ds qu'il vit entrer
Clairwil et vint la baiser sur la bouche.
     - M'emploies-tu aujourd'hui, bougresse ? lui dit-il.
     - Tiens, rpondit Clairwil, voil une novice que je t'amne et qui,
sois-en bien sr, fera, pour le moins, de tes bras, un usage aussi grand que
moi.
     Et le sclrat, me baisant comme il avait fait  mon amie, m'assura qu'il
tait sous tous les rapports  mes ordres. Je le remerciai, lui rendis son
baiser de tout mon cur, et nous poursuivmes notre examen.
     Chacune de ces salles tait destine  un genre de passion particulire.
On se livrait dans la premire aux gots simples, c'est--dire,  toutes les
masturbations et  toutes les fouteries possibles. La seconde salle tait
destine aux fustigations et autres passions irrgulires. La troisime aux
gots cruels. La quatrime au meurtre. Mais comme un sujet de l'une ou l'autre
de ces salles pouvait mriter la prison, le fouet ou la mort, il se trouvait
galement dans toutes, des geliers, des bourreaux, des fustigateurs. Les
femmes taient aussi bien reues dans le srail des garons que dans celui des
filles, et les hommes dans celui des filles que dans celui des garons. Tous
les sujets, lorsque nous entrmes, taient employs, ou attendaient dans leurs
chambres qu'on les mt en uvre. Clairwil ouvrit quelques cellules du srail
fminin et me fit voir des cratures vraiment clestes : elles taient en
chemises de gaze, coiffes de fleurs, et toutes celles dont nous ouvrmes les
portes nous reurent avec l'air du plus profond respect. J'allais m'amuser
d'une de seize ans qui me parut belle comme un ange, je lui maniais dj le
con et la gorge, lorsque Clairwil me gronda de l'air de dlicatesse et
d'honntet que j'employais avec cette jolie personne.
     - Ce n'est point ainsi que l'on se conduit avec ces garces-l, me
dit-elle ; trop heureuses du choix que tu veux bien en faire... commande, et
l'on t'obira.
     Je changeai de ton aussitt, et l'on rpondit  mes ordres par la plus
aveugle obissance. Nous visitmes d'autres chambres : partout mmes grces,
mmes beauts, partout mme soumission.
     - Il ne faut pas sortir d'ici, dis-je  Clairwil, sans quelques petites
expditions.
     Et comme cette ide me vint dans la cellule d'une fille de treize ans,
jolie comme l'amour, par laquelle je venais de me faire lcher le cul et le
con pendant plus d'un quart d'heure, je choisis sur-le-champ celle-l pour ma
premire victime. Nous appelmes un fustigateur ; l'enfant fut conduite par
une des vieilles dans un des cabinets de supplices, et l, lie, garrotte
comme une carotte de tabac, nous fmes mettre la donzelle en sang, pendant que
nous nous branlions en face du sacrifice. Clairwil, s'apercevant que
l'oprateur bandait, dveloppa son vit, et se l'introduisit dans le con,
pendant qu' la prire de ce libertin, je lui rendais ce qu'il venait
d'appliquer  ma jeune victime. Le coquin m'enfila aprs Clairwil, et nous
nous remmes  fustiger la petite fille, qui sortit de nos mains en un tel
tat, qu'il fallut l'envoyer  l'hpital le lendemain. Nous passmes au srail
des hommes.
     - Que veux-tu faire ici ? me dit Clairwil.
     - Branler beaucoup d'engins, lui dis-je ; il n'y a rien que j'aime autant
que de secouer un vit ; la rcolte du foutre humain est une chose dlicieuse
pour moi : j'aime  le moissonner, j'aime  voir jaillir le sperme,  m'en
sentir arrose.
     - Eh bien, satisfais-toi ! me rpondit mon amie, je ne me nourris pas de
viande si creuse. coute, contractons ensemble un arrangement que je fais
quelquefois avec une femme de mes amies. Comme je ne veux pas que les vits me
dchargent dans le corps, ils me foutront, et tu les branleras : je te les
enverrai tout roides, tu auras de moins la peine de les mettre en train.
     - J'accepte.
     On nous envoya, dans la grande salle, quinze garons de dix-huit  vingt
ans. Nous les rangemes en haie devant nous, et sur des canaps ; en face
d'eux, nous nous placions, pour les dfier, dans les plus lascives postures.
Le moins fourni avait un engin de sept pouces de long sur cinq de tour, et le
plus gros huit sur douze ; ils arrivaient  nous en raison du feu que nous
leur inspirions. Clairwil les recevait et me les renvoyait : je les faisais
couler sur mon sein, sur ma motte, sur mon visage ou sur mes fesses ; au
quatrime, je me sentis des dmangeaisons si violentes autour de l'anus, que
je mis  prsenter le derrire  tous ceux qui sortaient du vagin de Clairwil
; ils se prparaient dans son con, et venaient dcharger dans mon cul ; ils
redoublrent, mais sans nous rassasier. Rien n'est tel que le temprament
d'une femme quand il est excit, c'est un volcan que l'on enflamme en voulant
l'apaiser. Nous redemandmes des hommes ; on nous en envoya dix-huit de vingt
 vingt-cinq ans. Ici nous avions chang de rle : ces nouveaux vite, pour le
moins aussi beaux que les prcdents, s'allumaient dans mon con et
s'teignaient au cul de ma compagne ; mais nous branlions nous-mmes ceux que
nous prparions ; et il arrivait souvent que l'excs de nos dsirs troublant
l'ordre que nous avions tabli, nous en trouvions tout d'un coup six ou sept,
ou dans nous, ou autour de nous.
     Nous nous relevmes enfin, colles de foutre sur nos sophas, comme
Messaline sur le banc des gardes de l'imbcile Claude, aprs avoir t foutues
quatre-vingt-cinq coups chacune.
     - Les fesses me brlent, me dit Clairwil ; quand j'ai t prodigieusement
foutue, j'prouve un incroyable besoin d'tre fouette.
     - J'ai la mme envie, rpondis-je.
     - Il faut faire venir deux fustigateurs.
     - Prenons-les tous les quatre, mon ange : il faut, ce soir, que mon cul
soit mis en marmelade.
     - Attends, dit Clairwil en voyant entrer un homme de sa connaissance, il
faut faire de cela une petite scne.
     Elle parle bas  cet homme, qui, se chargeant d'avertir les fustigateurs,
eut l'air de nous condamner lui-mme au supplice.
     Nous fmes saisies, on nous lia les mains, et, fustiges toutes deux
devant cet homme qui se branlait en ordonnant, et en maniant le cul des
flagellateurs, quand nous fmes en sang, nous prsentmes le con  nos
bourreaux, qui, munis de vite monstrueux, nous foutirent encore deux coups
chacun.
     - Pour moi, mes belles poulettes, me dit le matre des crmonies, je ne
vous demande, pour ma rcompense, que de contenir  mes attaques le rble d'un
de ces gaillards-l.
     Nous le satisfaisons, il encule ; les autres le fouettent pendant qu'il
sodomise, et nous suons avec dlices les vits des fustigateurs.
     - Je n'en puis plus, dit Clairwil, ds que nous fmes seules, le
libertinage m'entrane aux cruauts ; immolons une victime... As-tu remarqu
ce joli garon de dix-huit ans, qui nous baisait avec tant d'ardeur... Il est
joli comme un ange, et m'chauffe horriblement la tte. Faisons-le passer dans
la salle des tourments, nous l'gorgerons.
     - Friponne, tu ne m'as point fait la mme proposition dans le srail des
femmes !
     - Non, j'aime mieux massacrer les hommes ; je te l'ai dit, j'aime 
venger mon sexe, et s'il est vrai que celui-l ait une supriorit sur le
ntre, l'imaginaire offense  la nature n'est-elle pas plus grave en
l'immolant ?
     - On te croirait dsole de ce que cette offense est nulle.
     - Tu me juges bien : je suis au dsespoir de ne trouver jamais que le
prjug, au lieu du crime que je dsire et que je ne rencontre nulle part. Oh
! foutre, foutre ! quand pourrai-je donc en commettre un !
     Nous emmenons le jeune homme.
     - Nous faudra-t-il un bourreau ? dis-je  mon amie.
     - N'en ferons-nous pas bien nous-mmes les fonctions ?
     - A merveille.
     - Allons donc.
     Nous fmes entrer notre victime dans un cabinet attenant  cette salle,
o nous trouvmes tout ce qui tait ncessaire pour le supplice que nous
destinions  ce jeune homme. Il fut aussi long qu'affreux : l'infernale
Clairwil but son sang et avala une de ses couilles. Moins porte  ces
meurtres masculins que Clairwil, mon dlire ne fut peut-tre pas aussi vif que
le sien : il l'et t davantage avec une femme. Quoi qu'il en ft, je
dchargeai beaucoup, et, quittant le srail des hommes, nous repassmes dans
celui des filles.
     - Montons dans la salle o il se fait des choses extraordinaires, dis-je
 Clairwil, nous ne ferons rien si tu veux, mais nous verrons faire.
     Un homme de quarante ans (c'tait un prtre) tenait une petite fille de
quinze ans, fort jolie, pendue par les cheveux au plafond ; il la lardait 
coups d'aiguille : le sang ruisselait de toutes parte. Il encula Clairwil en
mordant mon cul. Un second donnait le fouet sur la gorge et sur le visage 
une trs belle fille de vingt ans ; il se contenta de nous demander si nous
voulions en recevoir autant. C'tait par un pied que le troisime avait pendu
sa victime. Rien n'tait plaisant comme de voir cette crature ainsi accroche
: elle paraissait avoir dix-huit ans, un beau corps ; au moyen de cette
attitude, le con se trouvant fort cart, le vilain enfonait dedans un
godemich  pointes de fer. Quand il nous vit, il dit  Clairwil de tenir
celle des jambes de cette fille qui pendait, afin de lui entr'ouvrir davantage
le vagin, et il me plaa  genoux prs de lui, en m'ordonnant de lui branler
le cul d'une main, le vit de l'autre ; en trs peu de minutes, nous fmes
toutes deux couvertes du sang que perdait la victime. Le quatrime tait un
vieux robin de soixante ans ; il avait enchan sur un gril une trs jolie
petite fille de douze ans, et, par le moyen d'un vaste rchaud de braise que
le vilain tait et remettait  volont, il la faisait rtir en dtail : je
vous laisse  penser quels cris poussait la malheureuse, quand il plaisait 
cet homme cruel de lui griller les chairs. Ds qu'il nous vit, il chauffa sa
crature, et me demanda le cul ; je le lui prsentai ; il l'enfile en claquant
celui de ma compagne ; mais malheureusement il dcharge : le supplice est
interrompu, et le barbare nous maudit d'tre ainsi venues le troubler.
     Tout cela m'avait chauff la tte : je voulus absolument passer dans la
salle des meurtres. Clairwil m'y suivit par complaisance : quoiqu'elle n'aimt
pas tuer les femmes, sa frocit naturelle lui faisait indiffremment accepter
tout ce qui flattait ses gots.
     Je fis mettre vingt filles en haie, sur lesquelles j'en choisis une de
dix-sept ans, de la plus jolie figure qu'il ft possible de voir. Je passai
avec elle dans le cabinet qui m'tait destin.
     La malheureuse que j'allais sacrifier, s'imaginant trouver plus de piti
dans mon cur que dans celui d'un homme, se jeta  mes pieds pour m'attendrir
: belle comme un ange, et pleine de dlicatesse, ses moyens eussent
ncessairement triomph avec une me moins endurcie, moins corrompue que la
mienne... Il n'tait plus temps. Tout ce qu'elle employa pour m'adoucir ne
servit qu' m'irriter davantage ... Aurais-je os faiblir sous les yeux de
Clairwil ! Aprs m'tre fait sucer deux heures par cette belle fille, aprs
l'avoir soufflete, battue, fustige, aprs l'avoir enfin fltrie de toutes
les manires, je la fis lier sur une table, et la criblai de coups de
poignard, pendant que mon amie, accroupie sur moi, me chatouillait  la fois,
le clitoris, l'intrieur du vagin, et le trou du cul. De mes jours je n'avais
fait une aussi dlicieuse dcharge ; elle m'puisa au point de m'ter la force
de reparatre au salon. J'emmenai Clairwil chez moi ; nous soupmes et
couchmes ensemble. Ce fut l o cette charmante femme, s'imaginant m'avoir vu
manquer d'nergie dans l'action que je venais de commettre, crut devoir
m'adresser le conseil suivant :
     - En vrit, Juliette, me dit-elle, ta conscience n'est pas encore o je
la voudrais ; ce que j'exige est qu'elle devienne tellement tordue qu'elle ne
puisse jamais se redresser ; il faudrait employer mes moyens pour en venir l
; je te les indiquerai, si tu veux, mais je crains que tu n'aies pas la force
de les mettre en usage. Ces moyens, chre amie, sont de faire  l'instant, de
sang-froid, la mme chose qui, faite dans l'ivresse, a pu nous donner des
remords. De cette manire, on heurte fortement la vertu quand elle se remonte,
et cette habitude de la molester positivement,  l'instant o le calme des
sens lui donne envie de reparatre est une des faons les plus sres de
l'anantir pour jamais. Emploie ce secret, il est infaillible ; ds qu'un
instant de calme laisse arriver  toi la vertu sous la forme du remords (car
c'est toujours l le dguisement qu'elle prend pour nous ressaisir), ds que
tu t'en aperois, fais, sur-le-champ, la chose dont tu allais concevoir du
regret :  la quatrime fois, tu n'entendras plus rien, et tu seras tranquille
toute ta vie. Mais il faut beaucoup de force pour cela ; car c'est l'illusion
qui soutient le crime, et il devient trs difficile, pour une me faible, de
le commettre quand elle est dissipe ; le secret est pourtant certain : je dis
mieux, c'est que, par vertu mme, tu ne concevras plus le repentir, car tu
auras pris l'habitude de faire mal ds qu'elle se montre ; et pour ne plus
faire mal, tu l'empcheras de paratre.  Juliette ! sois-en sre, il est
difficile de te donner un meilleur conseil sur cette importante matire : tu
le vois, puisqu'il t'apprend  vaincre totalement la plus pnible dos
situations, soit que tu veuilles la combattre par le vice, soit que tu
veuilles l'anantir par la vertu.
     - Clairwil, dis-je  mon amie, ce conseil est excellent, sans doute, mais
mon me a fait un tel chemin dans la carrire du vice, que je ne crois pas
avoir besoin de ton remde pour lui redonner de la vigueur : sois bien assure
que tu ne me verras jamais frmir, quelle que soit l'action qu'il me faille
commettre, soit pour mes intrts, soit pour mes plaisirs.
     - Cher ange, me dit Clairwil en me baisant, je t'exhorte  n'avoir jamais
d'autres Dieux.
     A quelque temps de l, Clairwil vint me proposer une assez singulire
partie. Nous tions dans le carme.
     - Allons faire nos dvotions, me dit-elle.
     - Es-tu folle ?
     - Non : c'est une fantaisie fort extraordinaire que j'ai conue depuis
quelque temps, et que je ne veux passer qu'avec toi. Il y a, aux Carmes, un
religieux de trente-cinq ans, beau comme le jour ; je le convoite depuis six
mois ; je veux absolument en tre foutue, mais par un moyen bien plaisant :
nous allons aller en confesse  lui ; nous chaufferons sa tte par les plus
lubriques dtails ; il bandera ; je suis persuade que, de lui-mme, il nous
fera des propositions ; il nous indiquera la faon de le voir, nous nous y
rendrons sur-le-champ, et nous l'puiserons... Nous n'en resterons pas l ;
nous irons communier, nous recueillerons les hosties dans nos mouchoirs, puis
nous reviendrons djeuner chez toi et faire des horreurs sur ce misrable
symbole de l'infme religion chrtienne.
     Ici, je crus devoir faire observer  mon amie que la premire partie de
ses projets me paraissait avoir plus de charmes et plus de ralit que la
seconde.
     - Ds que nous ne croyons pas en Dieu, ma chre, lui dis-je, les
profanations que tu dsires ne sont plus que des enfantillages absolument
inutiles.
     - J'en convions, me dit-elle, mais je les aime ; elles chauffent ma tte
; rien, selon moi, n'enlve comme cela la possibilit du retour : on ne peut
plus rendre aucune existence  des objets qu'on a traits de cette manire. Te
l'avouerai-je, d'ailleurs ? je ne te crois pas encore trs ferme sur toutes
ces choses-l.
     - Ah ! Clairwil, quelle est ton erreur, rpondis-je, je suis peut-tre
plus rassure que toi ; mon athisme est  son comble. N'imagine donc pas que
j'aie besoin des enfantillages que tu me proposes pour m'y affermir ; je les
excuterai, puisqu'ils te plaisent, mais comme de simples amusements, et
jamais comme une chose ncessaire, soit  fortifier ma faon de penser, soit 
en convaincre les autres.
     - Eh bien ! mon ange, me rpondit Clairwil, eh bien ! soit, nous ne les
ferons que comme un plaisir : bien sre de toi maintenant, je ne les exigerai
pas d'une autre manire. Mais livrons-nous  cette plaisanterie par
libertinage, je t'en conjure.
     - La confession o nous sduirons le carme en est un acte bien constat
et bien dlicieux, rpondis-je ; mais la profanation du petit morceau de pte
rond, qui forme la ridicule idole des chrtiens, ne saurait pas plus en tre
un, que la rupture ou la brlure d'un chiffon de papier.
     - D'accord, reprit Clairwil, mais aucune sorte d'ide n'est attache  ce
morceau de papier, et les trois quarts de l'Europe en attachent de trs
religieuses  cette hostie...  ce crucifix, et voil d'o vient que j'aime 
les profaner ; je fronde l'opinion publique, cela m'amuse ; je foule aux pieds
les prjugs de mon enfance, je les anantis, cela m'chauffe la tte.
     - Eh bien ! partons, rpondis-je, je suis  toi.
     Nous montmes en voiture ; notre toilette simple et sans art rpondit
parfaitement  nos projets, et le pre Claude, que nous demandmes et qui
arriva bientt au confessionnal, ne put assurment nous prendre que pour deux
dvotes.
     Clairwil commena ; je m'en aperus : le pauvre carme tait dj tout en
feu quand je le pris.
     - Oh ! mon pre, lui dis-je, accordez-moi beaucoup d'indulgence, car j'ai
de grandes horreurs  vous rvler !
     - Courage, mon enfant, Dieu est bon et misricordieux, il nous coute
avec bont ; de quoi est-il donc question ?
     - De fautes normes, mon pre, et qu'un affreux libertinage me fait
commettre chaque jour : quoique bien jeune encore, j'ai bris tous les freins,
j'ai cess d'implorer l'tre suprme et il s'est spar de moi. Oh ! quel
besoin j'ai de votre intercession prs de lui ! les carts de ma luxure vous
feront frmir, j'ose  peine vous les avouer.
     - tes-vous marie ?
     - Oui, mon pre, et j'outrage chaque jour mon poux par la conduite la
plus dborde.
     - Un amant... une inclination ?
     - Le got des hommes en gnral, celui des femmes, tous les genres
possibles de dbauche.
     - Vous avez donc un temprament ?...
     - Irrassasiable, mon pre ; voil ce qui m'entrane dans la carrire du
vice... ce qui m'y plonge avec un tel acharnement, que je crains bien de
succomber sans cesse, malgr tous les secours que la religion peut m'offrir...
Faut-il vous l'avouer, dans ce moment-ci mme, le plaisir de vous entretenir
en secret vient troubler l'action de la grce ; je cherche Dieu dans ce saint
tribunal, et je n'y vois qu'un homme charmant que je suis prte  prfrer 
lui.
     - Ma fille... dit le pauvre moine tout troubl, votre tat me fait
peine... il m'afflige... De grandes pnitences pourront seules...
     - Ah ! la plus cruelle pour moi sera de ne plus vous voir... Et pourquoi
donc les ministres de Dieu ont-ils des charmes qui distraient du seul objet
qui devrait occuper ici ? Mon pre, je brle au lieu d'tre apaise ; homme
cleste, c'est  mon cur que vont tes paroles, et non  mon esprit, et je ne
rencontre que de l'irritation o je voudrais trouver du calme. Voyons-nous
dans un autre lieu ; quitte cet appareil redoutable qui m'effraie, cesse un
moment d'tre l'homme de Dieu, pour n'tre plus que l'amant de Juliette.
     Claude bandait comme un homme de son ordre ; une gorge blanche et ronde
que j'avais adroitement dcouverte devant lui, des yeux trs anime, des
gestes qui devaient le convaincre de l'tat o j'tais, tout dtermina le
carme ; il tait hors de lui.
     - Aimable dame, me dit-il de l'air le plus ardent, votre amie, dans le
mme cas que vous, vient aussi de me proposer des choses... que vos yeux
m'inspirent... que je brle de faire... ,Vous tes deux sirnes qui m'enivrez
par vos douces paroles, et je ne suis plus en tat de rsister  tant de
charmes : quittons l'glise ; j'ai prs d'ici une petite chambre...
voulez-vous y venir ? je ferai tout ce qui dpendra de moi pour vous calmer.
     Puis, quittant le confessionnal et prenant la main de ,Clairwil :
     - Suivez-moi, suivez-moi toutes deux, femmes sductrices, c'est l'esprit
infernal qui vous envoie pour me tenter : ah ! puisqu'il fut plus puissant que
Dieu mme, il faut bien qu'il matrise un carme.
     Nous sortmes. La nuit tait dj fort sombre ; Claude nous dit de bien
examiner o il entrerait, et de le suivre  vingt pas de distance. Il prit le
chemin de la barrire de Vaugirard, et nous arrivmes bientt dans un rduit
mystrieux et baie, o le bon moine nous offrit des biscuits et des liqueurs.
     - Homme charmant, lui dit ma compagne, laissons l le langage mystique ;
nous te connaissons maintenant toutes lu deux ; nous t'aimons : que dis-je,
nous brlons du dsir d'tre foutues par toi. Ris avec nous de la ruse que
nous avons employe ; et satisfais-nous. Il y a pour mon compte six mois que
je t'adore, et deux heures que je dcharge pour ton vit. Tiens, poursuit notre
libertine, en se troussant, voil o je veux le nicher ; vois si la cage est
digne de l'oiseau.
     Se jetant aussitt sur le lit, la coquine a bientt mis le braquemart 
l'air.
     - Oh ! juste ciel, quel engin !... Juliette, me dit Clairwil eu se pmant
d'avance, saisis cette poutre, si tes mains peuvent l'empoigner, et conduis-l
; je te rendrai bientt le mme service.
     Clairwil est obie ; l'engin disparat bientt dans un con qui, dj tout
humect de foutre, billait depuis un quart d'heure pour le recevoir. Oh ! mes
amis, qu'on a raison de citer un carme, quand on veut offrir un modle de vit
et d'rection. Le membre de Claude, semblable  celui d'un mulet, portait neuf
pouces six lignes de tour sur treize pouces de long, tte franche, et cette
tte redoutable, mes amis, mes deux mains l'empoignaient  peine. C'tait le
plus beau champignon, le plus rubicond qu'il soit possible d'imaginer. Par un
miracle de la nature, uniquement accord par elle  ses favoris, Claude tait
dou de trois couilles !... mais comme elles taient pleines !... comme elles
taient gonfles ! Il y avait, de son propre aveu, plus d'un mois que le
coquin n'avait perdu de semence. Quels flots il en rpandit dans le con de
Clairwil, sitt qu'il en eut touch le fond ! et dans quel tat cette
prolifique jaculation mit ma voluptueuse compagne ! Claude me maniait en
foutant, et la manire adroite dont il chatouillait mon clitoris me fit
bientt imiter le modle que j'avais sous les yeux. le moine se retire ; je le
patine ; Clairwil reste en attitude ; la putain se chatouille en attendant
qu'on la refoute. L'outil reprend sa vigueur : j'ai si bien l'art de le
branler[4] ! Claude, chappant bientt de la main qui le dirige, veut
s'engloutir au vagin prsent.
     - Non, non, dit Clairwil en contenant l'ardeur de son amant, Juliette,
fais-le moi dsirer ; branle-moi le clitoris.
     Et Claude ne se prte  ces prliminaires qu'en me palpant ; pendant
qu'une de ses main entr'ouvre le con de Clairwil, l'autre me masturbe. Enfin,
semblable au coursier fougueux qui se drobe au frein de son conducteur,
Claude s'engloutit dans l'antre qui lui est offert... et, me renversant  ct
de Clairwil, le fripon fout l'une  tour de reins, pendant qu'il branle
l'autre avec toute l'adresse imaginable.
     - Tu me crves, sclrat ! dit Clakwil en jurant comme me forcene. Ah !
sacr foutredieu !je ne tiens pas  tes coups de reins : il n'en est pas un
qui ne me cote un torrent de sperme... Baise-moi donc, au moins, redoutable
fouteur... enfonce ta langue dans ma bouche, aussi avant que ton vit l'est
dans ma matrice... Ah ! foutre, je dcharge... Ne m'imite pas, poursuit-elle
en le jetant de ct d'un vigoureux coup de cul, rserve tes forces ! il faut
que tu me limes encore.
     Mais le malheureux, ne pouvant se contenir, dchargeait une seconde fois
; je le branlai en dirigeant sur le con tout billant de Clairwil les flots
cumants qu'il lanait. C'tait avec du foutre que je tchais d'teindre les
feux qu'allumait le foutre.
     - Ah ! double foutu Dieu ! dit Clairwil en se relevant, ce bougre-l m'a
tue... Juliette, tu ne le soutiendras pas.
     Cependant, elle s'empare du moine, elle le secoue ; pour presser
l'rection du serviteur de Dieu, la coquine essaye de le sucer, mais l'engin
est trop gros pour entrer dans sa bouche ; usant d'un autre moyen, elle lui
enfonce deux doigts dans le cul : avec des moines faits  s'enculer, un tel
remde est toujours efficace.
     Sur les libertines questions de Clairwil  ce sujet, Claude convient que,
dans sa jeunesse, il servit de bardache  ses confrres.
     - Eh bien ! nous te foutrons aussi, dit Clairwil en dcouvrant les fesses
du moine, les lui baisant et gamahuchant le trou. Oui, nous te sodomiserons,
poursuit-elle en lui montrant un godemich : ta matresse va devenir ton
amant. Fouts, mon ami, je vais t'enculer, et tu nous enculeras toutes deux
aprs, si cela t'amuse. Tiens, vois ce derrire, dit-elle en montrant ses
fesses au carme, ne valent-elles pas bien le con que tu viens de foutre ? Tout
est bon pour des putains comme nous ; et lorsque nous venons pour tre
foutues, c'est dans toutes les parties de notre corps que nous prtendons
l'tre. Allons, sclrat ! tu bandes, fouts cette charmante novice qui vient
de se confesser  toi, enconne-l, jean-foutre ! pour sa pnitence, et
fouts-l surtout aussi roide que tu m'as foutue.
     Elle m'amne ce monstre ; j'tais sur le lit, les cuisses cartes...
l'autel s'offrait au sacrificateur...
     Mais quel que ft mon libertinage,  quelque point que je fusse
accoutume aux introductions des plus beaux vits de Paris, il me fut cependant
impossible de soutenir celui-l sans prparation. Clairwil a piti de moi ;
elle humecte de sa bouche, et les lvres de mon con et l'norme tte du vit de
Claude. Pressant ensuite mes fesses d'une main, pour avancer mon ventre sur le
blier, et rapprochant de l'autre ce terrible engin sur mon con, elle fit
tant, qu'il pntra de quelques lignes. Claude, encourag par ce commencement
de victoire, me saisit les reins avec force ; il sacre, il cume, il pourfend,
il triomphe. Mais ses lauriers me cotent du sang ; j'en perds autant que le
jour o mon pucelage fut cueilli, et les douleurs furent les mmes ; bientt
mtamorphoses, nanmoins, dans les plus douces sensations de plaisir, je
rends  mon vainqueur tous les coups de reins dont il m'accable.
     - Fixe un moment ces imptueux lans, dit Clairwil  mon cavalier, je ne
puis saisir ton cul dans ces voluptueuses agitations, et tu sais que je t'ai
promis de le foutre.
     Claude s'arrte ; deux trs belles fesses s'entr'ouvrent sous les doigts
libertine de Clairwil : affuble d'un godemich, la garce encule mon fouteur.
Cet pisode, si prcieux pour un libertin, ne sert qu' le rendre plus agile
encore, il pousse, il presse, il dcharge, et je n'ai pas le temps de le
rejeter : l'aurais-je pu, grand Dieu ! et ma tte gars me l'et-elle permis
? Ah ! pense-t-on  des dangers quand on est ivre de plaisir ?
     - A mon tour, dit Clairwil, ne le laissons pas reposer ; tiens, bougre,
voil mes fesses, encule-moi ; tu vas me mettre en sang, je le sais, que
m'importe ? Prends le godemich, Juliette, tu le sodomiseras, tu me rendras ce
que j'ai fait pour toi.
     Claude, excit par mes caresses, par la perspective du beau cul que lui
prsente Clairwil, n'est pas longtemps  se ranimer ; je rends  mon amie ce
que j'en ai reu, ma bouche humecte son anus et le saint dard du serviteur du
Christ. On ne se figure pas les peines que Claude prouve  pntrer : vingt
fois il est hors de combat par la difficult de l'entreprise ; mais mon amie
se prte avec tant d'art, elle dsire ce vit avec tant d'ardeur, qu'il
s'engloutit enfin dans son cul...
     - Oh ! foutre, il m'estropie ! s'crie-t-elle.
     Elle veut fuir, elle veut se dbarrasser du poignard monstrueux qui la
sonde. Il n'est plus temps : l'engin, disparu tout entier, ne laisse plus mme
apercevoir sa liaison avec le libertin qui l'emploie.
     - Ah ! Juliette ! s'crie mon amie, laisse ce bougre-l, ne l'excite pas
plus qu'il n'est ; j'ai bien plus besoin de ta main que son cul n'a besoin de
ton godemich ; viens me branler, car je me meurs.
     Quoi qu'elle en dise, j'encule avant tout le moine, puis, allongeant mon
bras, je branle mon amie : vivement chatouille par moi, la putain soutient
avec un peu plus de courage les assauts qui lui sont ports.
     - J'ai trop augur de mes forces ! s'crie-t-elle ; Juliette, ne m'imite
pas, il pourrait t'en coter la vie.
     Cependant Claude dcharge ; on ne vit jamais ardeur mieux soutenue, le
vilain braie comme un ne, et laisse au fond du cul de ma compagne des preuves
non quivoques du plaisir qu'il vient de goter.
     Clairwil tait en sang ; je brlais de l'imiter, elle s'y opposa.
     - Il ne faut pas, dit-elle, pour le vain plaisir d'un instant, risquer le
bonheur de ses jours : ce n'est pas un homme que ce drle-l, c'est un taureau
; je suis bien persuade qu'il n'a jamais pu foutre de femmes de sa vie.
     Et le pnaillon avoua qu'il n'y avait, dans tout Paris, que le cul de son
suprieur qui pt rsister  son vit.
     - Tu l'encules donc, sclrat ? dit Clairwil.
     - Trs souvent.
     - Et tu dis la messe, tu confesse, avec la journalire habitude de ces
dsordres ?
     - Pourquoi pas ? le plus dvot des hommes est celui qui sert tous les
Dieux... Mesdames, poursuivit le moine assis au milieu de nous et maniant un
cul de chaque main, vous imaginez-vous que nous croyons  la religion plus que
vous ? Placs plus prs de l'tre qu'elle suppose, nous apercevons bien mieux
que d'autres tous les linaments de la chimre. La religion est une fable
sacre dont nous avons besoin pour vivre, et le marchand ne doit pu
discrditer sa boutique. Nous vendons des absolutions et des Dieux, comme une
maquerelle vend des putains. Sommes-nous donc d'une autre chair que la vtre,
pour tre insensibles  vos passions ? et croyez-vous que quelques actions
ridicules, quelques simagres absurdes, nous cuirassent aux dards de
l'humanit ? Eh non !  Les passions, dit un homme d'esprit, prennent une
nouvelle force sous le froc ; on les porte dans le cur, l'exemple les fait
clore, l'oisivet les renouvelle, l'occasion les augmente : le moyen d'y
rsister ?  Les vrais athes sont chez les prtres, mes chres dames ; vous
ne faites, vous autres, que souponner le nant de l'idole : nous qui sommes
les prtendus confidents, nous sommes bien srs qu'elle n'existe pas. Toutes
les religions rvles que l'on voit dans le monde sont remplies de dogmes
mystrieux, de principes inintelligibles, de merveilles incroyables, de rcits
tonnants qui ne semblent imagins que pour confondre la raison ; elles
annoncent toutes un Dieu cach, dont l'existence est un mystre. La conduite
que l'on lui prte est aussi difficile  concevoir que l'essence de ce Dieu
lui-mme : si la Divinit existait, aurait-elle parl d'une faon si
nigmatique ? Que signifierait de se rvler, pour n'annoncer que des mystres
? Plus une religion a de mystres, plus elle prsente  l'esprit de choses
incroyables, et plus elle plat, malheureusement, aux hommes, qui y trouvent
ds lors une pture continuelle ; plus une religion est tnbreuse, et plus
elle parat divine, c'est--dire conforme  la nature d'un tre cach, et
duquel on n'a point d'ide. C'est le propre de l'ignorance de prfrer
l'inconnu, le fabuleux, le merveilleux, l'incroyable, le terrible mme,  ce
qui est clair, simple et vrai. Le vrai ne donne pas  l'imagination des
secousses aussi vives que la fiction ; le vulgaire ne demande pas mieux que
d'couter les fables absurdes que nous lui dbitons ; les prtres et les
lgislateurs, en inventant des religions et en forgeant des mystres, ont bien
servi le peuple  son gr ; ils se sont attache par l des enthousiastes, des
femmes, des ignorants ; de pareils individus se payent aisment de raisons
qu'ils sont incapables d'examiner ; l'amour du simple et du vrai ne se trouve
que dans le petit nombre de ceux dont l'imagination est rgle par l'tude et
par la rflexion. Non, non, mesdames, rassurez-vous, il n'est point de Dieu :
l'existence de cette infme chimre est impossible  supposer, et toutes les
contradictions qu'elle renferme suffisent  la culbuter, au plus lger examen
que nous daignons en faire.
     Pendant cette discussion, le moine, assis entre Clairwil et moi, ainsi
que je viens de vous le dire, branlait  la fois nos deux culs.
     - Le beau derrire ! disait-il en parlant du mien... quel dommage de ne
pouvoir enfiler cela !... Mais si nous essayions ?... Oh ! madame, un peu de
complaisance : avec tant de beaut, peut-on tre cruelle ?
     - Sclrat, dis-je en me relevant, je ne te prterai mme plus mon con ;
je me ressens encore trop du mal que tu m'as fait, pour avoir envie de
m'exposer  de nouvelles douleurs. Secouons-le, Clairwil, faisons-le dcharger
jusqu'au sang pour qu'il n'ait plus envie de recommencer.
     Nous l'tendmes sur le lit ; Clairwil le branlait sur ses ttons, et
moi, accroupie sur son nez, je lui faisais baiser la porte du temple dont je
lui interdisais l'entre ; il le chatouillait avec sa langue, et, repassant
une de ses mains sur ma motte, il me branlait le clitoris ; nous dchargemes
encore une fois tous les deux.
     Clairwil demanda au moine s'il existait beaucoup de libertins comme lui
dans son couvent ; Claude lui ayant assur qu'il y en avait au moins trente,
mon amie voulut savoir s'il serait possible d'aller faire une partie dans
l'intrieur de sa maison.
     - Assurment, rpondit le moine ; si vous voulez tre bien foutues, vous
n'avez qu' venir l'une et l'autre, et je vous rponds qu'on vous forcera
d'implorer grce.
     Alors Clairwil demanda si la partie d'impit qu'elle dsirait aurait
galement lieu de cette manire.
     - Bien mieux qu'ailleurs, dit le carme, nous vous ferons faire chez nous
tout ce que vous voudrez.
     - Mon cher, dit Clairwil, comme nous ne voulons pas venir en vain, va
demander  ton suprieur si ce que nous dsirons est possible ; explique-lui
bien tout ; nous attendons ta rponse.
     - Juliette, me dit Clairwil, ds que le moine fut dehors, tu sens que ce
coquin-l m'a trop bien foutue pour que je ne lui dsire pas la mort... et la
plus affreuse, sans doute.
     - Oh, ciel ! tu complotes dj contre ce malheureux ?
     - L'horreur que j'ai pour les hommes, quand ils m'ont satisfaite, se
mesure aux plaisirs que j'ai reus, et il y avait bien longtemps que je
n'avais aussi dlicieusement dcharg... Il faut qu'il meure. Deux moyens
s'offrent  mon esprit pour le perdre : celui de le faire mettre in pace par
son suprieur ; il ne s'agit pour cela que de faire sentir  ce chef combien
il est dangereux d'avoir chez lui un homme capable de rvler, comme Claude
l'a fait avec nous, tous les secrets de la maison ; mais, par ce moyen, il ne
me restera plus rien de lui : et j'ai des projets sur son merveilleux engin.
     - Mais si tu le fais mourir, comment ces projets s'excuteront-ils ?
     - Le plus facilement du monde ; engageons-le  venir passer vingt-quatre
heures  la terre : on verra le reste... Oh, Juliette ! quel beau godemich
que le vit de ce bougre-l !
     Et comme mon amie ne voulut pas s'expliquer davantage, en attendant le
retour du moine, nous nous amusmes  fouiller son manoir.
     On n'a pas d'ide de ce que nous y trouvmes d'estampes et de livres
obscnes : le premier que nous apermes, fut le Portier des Chartreux,
production plus polissonne que libertine, et qui, nanmoins, malgr la candeur
et la bonne foi qui y rgne, donna, dit-on, au lit de la mort, des repentirs 
son auteur... Quelle sottise ! l'homme capable de se repentir en ce moment de
ce qu'il osa dire ou crire pendant sa vie, n'est qu'un lche dont la
postrit doit fltrir la mmoire.
     Le second fut l'Acadmie des Dames, ouvrage dont le plan est bon, mais
l'excution mauvaise ; fait par un homme timide qui avait l'air de sentir la
vrit, mais qui n'osait la dire, et d'ailleurs, plein de bavardage.
     L'ducation de Laure fut le troisime : autre production manque net, par
de fausses considrations. Si l'auteur et prononc l'uxoricide, qu'il laisse
souponner, et l'inceste, autour duquel il tourne sans cesse en ne l'avouant
jamais, s'il et multipli davantage les scnes luxurieuses... mis en action
les gots cruels dont il ne fait que donner l'ide dans sa prface, l'ouvrage,
plein d'imagination, devenait dlicieux : mais les trembleurs me dsesprent,
et j'aimerais cent fois mieux qu'ils n'crivissent rien, que de nous donner
des moitis d'ides.
     Thrse philosophe figurait : ouvrage charmant du marquis d'Argens[5], le
seul qui ait montr le but, sans nanmoins l'atteindre tout  fait ; l'unique
qui ait agrablement li la luxure  l'impit, et qui, bientt rendu au
public tel que l'auteur l'avait primitivement conu, donnera enfin l'ide d'un
livre immoral.
     Le reste tait de ces misrables petites brochures, faites dans des cafs
ou dans des bordels, et qui prouvent  la fois deux vides dans leurs mesquins
auteurs : celui de l'esprit et celui de l'estomac. La luxure, fille de
l'opulence et de la supriorit, ne peut tre traite que par des gens d'une
certaine trempe... que par des individus, enfin, qui, caresss d'abord par la
nature, le soient assez bien ensuite par la fortune pour avoir eux-mmes
essay ce que nous trace leur pinceau luxurieux ; or, cela devient
parfaitement impossible aux polissons qui nous inondent des mprisables
brochures dont je parle, parmi lesquelles je n'excepte pas mme celle de
Mirabeau, qui voulut tre libertin pour tre quelque chose, et qui n'est et ne
sera pourtant rien toute sa vie[6].
     A la suite de nos recherches chez le moine, nous trouvmes des
godemichs, des condoms, des martinets, tous meubles qui nous convainquirent
que le pre Claude ne nous avait pas attendues pour se jeter dans le
libertinage. Il revint.
     - J'ai, nous dit-il, l'acceptation en forme de mon suprieur : vous
pouvez venir quand il vous plaira.
     - Ce ne sera pas long, mon ami, rpondis-je, nous avons t trop bien
choyes par un seul membre de l'ordre, pour ne pas merveilleusement augurer du
reste : repose-toi sur nos cons fougueux, et juge, par ce que tu leur as vu
faire, de ce qu'ils pourront entreprendre quand ils seront encore mieux
foutus. En attendant, Claude, je t'invite  nous venir voir dans trois jours ;
mon amie et moi nous te recevrons dans une terre charmante o tu nous
combleras de plaisirs ; rpare tes forces, et ne manque pas.
     Nous voulmes, en passant, prendre langue nous-mmes avec le suprieur ;
c'tait un homme de soixante ans, d'une superbe figure, et qui nous reut 
merveille.
     - Vous nous ferez le plus grand plaisir, nous dit-il ; parmi les trente
moines qui sont dignes de ces orgies, je vous en promets vingt de trente 
trente-cinq ans qui, membrs comme Claude et vigoureux comme des moines, vous
traiteront comme des Messalines. A l'gard du mystre, vous pouvez tre sres
qu'il sera plus exact qu'il ne saurait jamais l'tre dans le monde. Vous avez
dsir quelques impits ; nous savons ce que sont toutes ces petites folies,
soyez tranquilles, vous serez satisfaites sur tout. Les sots disent que les
moines ne sont bons  rien : nous vous prouverons, mesdames, que les carmes,
au moins, sont excellents pour foutre.
     Un langage aussi nergique, joint aux preuves que nous venions de faire,
ne pouvait plus nous laisser de doutes sur la faon dont nous serions reues.
Nous prvnmes ces honntes anachortes que nous amnerions avec nous deux
jolies filles pour aider et servir nos amusements. Mais comme diffrentes
affaires s'opposaient  ce que cette agrable partie s'arranget aussi vite
que nous l'aurions dsir, elle fut remise au jour de Pques.
     - Ce choix s'arrange on ne peut mieux avec nos petites impits, dit
Clairwil ; j'aurai, quoi qu'on en puisse dire, un vritable plaisir  profaner
le plus saint des mystres de la religion chrtienne, dans celui des jours de
l'anne qu'elle regarde comme une de ses plus grandes ftes.
     Il y avait prs d'un mois jusqu' cette poque, et comme cet intervalle
est marqu par deux vnements assez singuliers, je crois devoir les placer
ici dans leur ordre, avant que de vous entretenir des suites de notre
libertinage aux Carmes.
     Le premier de ces vnements fut la mort tragique de Claude. Le
malheureux vint  la campagne au jour indiqu ; Clairwil s'y trouva ; nous
entourmes cet infortun de plaisirs, et quand son vit fut dans la plus grande
rection, ma sclrate amie, le faisant aussitt captiver par cinq femmes, lui
fit trancher la verge au niveau du ventre et, l'ayant fait prparer par un
chirurgien, elle s'en composa le plus singulier et le plus beau godemich
qu'on ait vu de la vie. Claude expira dans d'affreux tourments, dont Clairwil
nourrit sa lubrique rage, pendant que trois femmes et moi la branlions  deux
pieds de la victime, et parfaitement en face d'elle.
     - Eh bien ! me dit la putain aprs nous avoir inondes de foutre, ne
t'avais-je pas dit qu'en massacrant ce bougre-l il me resterait pourtant
quelque chose de lui ?
     Voici quel fut le second vnement. Je doute qu'il fasse plus d'honneur 
mon me que n'en fit,  celle de mon amie, le trait que je viens de vous
raconter.
     J'tais  ma toilette, entoure d'une foule de courtisans qui
paraissaient attendre avec respect toute leur fortune de moi. Un de mes gens
m'annonce un homme de quarante-cinq ans, dans la plus extrme misre, et qui
sollicite avec ardeur la grce de m'entretenir un instant en particulier. Je
fais rpondre d'abord que je ne suis pas dans l'usage de recevoir de pareilles
gens, que, s'il s'agit de secours ou de recommandations auprs du ministre, on
n'a qu' me prsenter un mmoire, et que je verrai ce qu'il sera possible de
faim. L'ardent solliciteur insiste : plus par curiosit que par aucun autre
motif, je dis enfin qu'on fasse entrer dans un petit salon o je donnais
communment mes audiences secrtes ; et, aprs avoir ordonn  mes gens de ne
point s'loigner, je vais couter ce nouveau personnage.
     - Je me nomme Bernole, madame, me dit l'inconnu, je sais que ce nom doit
tre ignor de vous : il ne le serait pas autant de la mre que vous avez eu
le malheur de perdre, et qui, malgr le faste o vous vivez, ne vous
laisserait pas dans le dsordre et le libertinage qui vous le procurent.
     - Monsieur, dis-je  cet homme en l'interrompant, le ton que vous prenez
n'est gure, ce me semble, celui de quelqu'un qui sollicite des secours...
     - Doucement, Juliette, reprit Bernole, il est possible que je demande des
secours, et trs possible en mme temps que j'aie avec vous des droits qui
m'autorisent au ton dont vous vous plaignez.
     - Quel que soit votre rang, apprenez, monsieur...
     - Apprenez vous-mme, Juliette, que si je viens implorer des secours prs
de vous, je vous honore en vous les demandant ; jetez les yeux sur ces
papiers, mademoiselle, et vous y verrez  la fois, et le besoin que j'ai de
ces secours, et le droit que j'ai de les demander  vous.
     - Oh, ciel ! que vois-je ? interrompis-je aprs avoir parcouru ces
papiers ; quoi, ma mre !... elle fut coupable... et c'est avec vous ?
     - Oui, Juliette, je suis votre pre, reprit Bernole avec vivacit...
c'est moi qui vous donnai le jour ; j'tais le cousin de votre mre ; mes
parents me destinaient  elle : un mariage plus avantageux se prsenta, elle
fut sacrifie ; elle tait dj grosse de vous : nous osmes tromper votre
pre, il s'aveugla sur votre naissance... C'est  moi seul que vous la devez ;
une tache de caf au-dessous du sein droit prouve ce que j'avance... Juliette,
portez-vous cette marque ?
     - Oui monsieur.
     - Reconnais donc ton pre, me insensible et froide ! ou, si tu balances
encore, parcours avec plus d'attention ces papiers : ils clairciront tous tes
doutes. Aprs la mort de ta mre... mort affreuse... fruit de la sclratesse
d'un certain Noirceuil, avec lequel tu oses, quoique instruite, avoir des
liaisons, et qui serait rou demain si nous avions des preuves (elles nous
manquent malheureusement)... aprs cette mort, dis-je, toutes les infortunes
possibles sont venues fondre sur ma tte : mon bien fut englouti avec celui de
ta mre ; il y a dix-huit ans que je ne vis que des charits publiques. Mais
je te retrouve, Juliette, tous mes malheurs sont finis...
     - Monsieur, dis-je, j'ai ma sur, que des prjugs, vaincus par moi,
retiennent sans doute dans la misre : est-ce aussi de vous qu'elle tient la
vie ?
     - Justine !
     - Oui, monsieur.
     - Assurment, elle est aussi ma fille, rien ne put vaincre le penchant
qu'eut pour moi ta mre de tout temps, et j'ai toujours joui seul du bonheur
de la rendre mre.
     -  ciel ! s'cria la malheureuse Justine, mon pre tait vivant, et je
l'ignorais ! Dieu ! que ne me l'envoyais-tu ? J'eusse adouci ses peines,
j'eusse partag ma misre avec lui, et il et, ma sur, retrouv dans mon me
sensible les consolations que la vtre lui refusa barbarement, sans doute.
     - Mon enfant, dit le marquis, qu'une nuit passe avec Justine avait
tonnamment irrit contre cette fille, quand on vous fait ici l'honneur de
vous admettre, ce n'est point pour entendre vos jrmiades, et je prie madame
de continuer.
     - J'imagine, mes amis, que vous me rendez assez de justice pour croire
que je n'tais ni flatte, ni attendrie de cet vnement ; aucune me n'tait
moins faite que la mienne aux reconnaissances dramatiques ; je n'avais pas
mme vers une larme pour la perte de celui que je croyais mon pre depuis ma
naissance : tait-il naturel que je fusse fort touche des malheurs de celui
que le hasard me rendait ? J'avais d'ailleurs, vous le savez, un profond
loignement pour les aumnes ; c'tait, selon moi, l'argent le plus mal
employ ; et l'individu qui se prsentait avait beau se dire mon pre, il n'en
fallait pas moins, pour le contenter, ou diminuer mon trsor, ou implorer pour
ce malheureux un ministre qui, aussi dur, aussi inflexible que moi sur ces
sortes de rclamations, ne pouvait pas souffrir que je l'importunasse pour lui
en faire. Assurment, je ne pouvais pas douter que le personnage dont il
s'agissait ne ft l'auteur de mes jours ; j'en avais la preuve sous les yeux,
mais la nature tait muette : j'avais beau l'interroger, elle ne m'inspirait
rien pour cet original.
     - Monsieur, lui dis-je fermement, tous les contes que vous me faites
peuvent tre vrais, mais je ne vois pas la plus petite ncessit  ce que je
les entende ; j'ai d'invariables principes qui m'loignent, malheureusement
pour vous, de cette commisration que vous implorez ; quant aux titres de
paternit que vous tablissez vis--vis de moi, les voil, monsieur, je vous
les rends, en vous assurant que je n'en ai pas le moindre besoin : que j'aie
un pre, que je n'en aie pas, tout cela est pour moi d'une indiffrence dont
vous pourriez difficilement vous faire une ide. Je vous conseille donc,
monsieur, de me dbarrasser fort vite de votre prsence,  moins que par un
enttement ridicule, vous ne vouliez me contraindre, en restant malgr moi, 
vous faire jeter par les fentres.
     Et je me lve aussitt pour sonner ; mais Bernole, se prcipitant
au-devant de moi...
     - Enfant ingrat ! s'crie-t-il, ne me punis pas d'une faute que j'ai
pleure toute ma vie ; si ta naissance n'est pas lgitime, en es-tu moins
sortie de mon sang, et m'en dois-tu moins des secours ? Que les accents
plaintifs de la misre et du dsespoir remplacent, s'il est possible, dans ton
me endurcie, les sentiments que la nature parat avoir oubli d'y mettre !
     Et, se courbant  mes genoux qu'il arrose de larmes :
     - Juliette, s'crie-t-il, tu nages au milieu des richesses, et ce n'est
que du pain que demande ton malheureux pre ! Soulage les malheurs de l'amant
de ta mre ! respecte le seul homme qu'ait aim celle qui t'a porte neuf mois
dans son sein, et si tu ne veux pas que le ciel te punisse, ne ferme pas ton
cur aux accents plaintifs de l'infortune !
     Il y avait sans doute beaucoup de pathtique dans ce que m'adressait ce
malheureux homme ; mais il existe des mes qui s'endurcissent au lieu de
s'mouvoir aux efforts de ceux qui cherchent  les attendrir. Semblables 
cette espce de bois que l'on met au feu pour le rendre plus dur, c'est dans
l'lment mme qui paratrait devoir les consumer qu'elles retrouvent un
nouveau degr de force. Bernole, au lieu d'exciter en moi les sentiments de la
compassion, tait au moment d'y faire natre cette commotion lubrique, ne du
refus de procurer un bien : imparfaite image de celle qui arrive  nous par
l'action du mal. Mes regards, qui n'taient encore que ceux de l'indiffrence,
s'enflammrent bientt de plaisir ; ce chatouillement perfide qui nous dlecte
 l'ide, au souvenir ou au complot d'une mauvaise action, vint glisser sur
mon cur[7] ; mes sourcils se froncent, ma respiration se presse. Et sentant que
je deviens plus dure, parce que je commence  l'tre avec volupt... parce que
je bande, enfin :
     - Je vous ai dclar, mon ami, dis-je  ce manant, que je vous
mconnaissais, que je vous mconnatrais toujours, et que je ne donne jamais
rien aux pauvres ; c'est donc pour la dernire fois que je vous supplie de
sortir de mon appartement, si vous ne voulez pas que je vous fasse prir dans
un cachot.
     Un mouvement de rage s'empare aussitt de cet homme : employant tour 
tour les imprcations et les prires, les invectives et les mots les plus
tendres, il se jette la tte contre terre, il se la brise, des flots de sang
inondent mon cabinet... Ce sang est le mien, et c'est avec dlices que je le
vois rpandre ; aprs avoir joui quelques instants, je sonne.
     - Qu'on prenne l'adresse de cet original, dis-je  mes gens, et qu'on le
fasse aussitt sortir de chez moi.
     On m'obit... J'tais dans une agitation... dans un feu... Je fus oblige
d'aller m'teindre dans le sein de mes femmes, qui furent deux heures avant de
pouvoir m'apaiser. Puissant effet du crime sur un cur comme le mien ! Il
tait crit, dans le livre sacr de la nature, que tout ce qui rvolterait les
mes ordinaires devait dlecter la mienne, et que tout ce qui devait outrager
cette nature mconnue par elles, devait absolument devenir pour moi les
premiers moyens du plaisir.
     Le ministre et Noirceuil dnaient tous les deux chez moi, l jour-l : je
demandai  celui-ci s'il avait connaissance d'un certain Bernole, se disant
l'amant de ma mre, et convaincu de m'avoir donn le jour ?
     - Oui, me dit Noirceuil, j'ai connu cela ; il avait des fonds chez ton
pre, perdus avec ceux de ta famille, et perdus par mes soins. Je me souviens
que ce Bernole tait effectivement fort bien avec ta mre, qu'il la regretta
beaucoup, et que ce n'est pas sa faute si je n'ai pas t pendu... Il faut se
dfaire de ce drle-l.
     - Assurment, dit le ministre, Juliette n'a qu' dire, nous le ferons
coucher ce soir  la Bastille.
     - Non, non, dit Noirceuil, il faut faire de cela une scne pathtique.
     - Assurment, rpondis-je, des cachots sont trop doux pour de tels
sclrats... Noirceuil et vous, Saint-Fond, vous savez  quel point vous avez
travaill mon me, croyez qu'en cette occasion elle ne se montrera pas
au-dessous de vos leons ; puisque nous faisons tant que de commettre un
crime, faisons-le bon : il faut que ce coquin-l prisse de ma main, pendant
que vous jouirez de moi.
     - Oh ! Juliette, s'crie le ministre dj bien pris de vin de
Champagne... tu es dlicieuse ! (Et se dculottant) Vois comme ton ide met
mon vit en courroux... Quoi ? tu auras la force de te dterminer  cela ?
     - J'en fais serment sur ce vit que j'anime ! dis-je en empoignant le
redoutable membre que Saint-Fond venait de mettre au jour.
     Et Noirceuil, profitant de l'attitude penche o me tenait mon mouvement,
s'empare de mon cul en s'criant :
     - Oh ! foutre, ne t'ai-je pas dit, Saint-Fond, que cette crature tait
dlicieuse ?
     Et il se donne deux ou trois coups de poignet sur mes fesses.
     - coute, dis-je en me remettant, il faut joindre  ceci quelques
pisodes divins. Je vais me raccommoder avec Bernole, le tromper par des
avances, le rendre amoureux de moi, lui faire beau jeu... Il me le mettra...
Je veux plus : il faut qu'il m'encule... Il le fera. Vous, Saint-Fond, vous le
surprendrez, vous tomberez sur lui au moment de la crise, et pour me punir, le
poignard sur le sein, vous m'obligerez  le tuer moi-mme. Confions cette ide
 Clairwil, qu'elle en partage la douce excration, et faisons de cela une
scne unique.
     Le projet d'un crime est toujours sr de plaire aux sclrats. Ces
deux-ci s'chauffrent tellement la tte de mon plan, qu'il ne fut plus
possible de les contenir. Un boudoir s'ouvre ; quelques individus secondaires
se joignent  nous, et mon cul reoit la double offrande de deux monstres
qu'irritait ma perfide imagination : un bon de cinq cent mille francs me fut
aussitt remis, avec promesse du double, le jour de l'excution.
     Elle me chatouillait trop pour la reculer ; je vole  ma terre ; j'cris
 Bernole que la tendresse filiale vient enfin d'entr'ouvrir mon me. La
puret de l'air de la campagne adoucit, je crois, cette frocit dont celui de
Paris souille nos curs, lui mandai-je ; venez me voir au sein de la nature,
et vous prouverez bientt tout ce qu'elle m'inspire pour vous. Mon homme
arrive... Vous n'imaginez pas  quel point jouissais de le tromper... J'en
tais exactement dans l'ivresse. Mon premier soin est d'taler  ses yeux tout
le luxe dont j'tais environne ; de sduisantes caresses achvent d'tourdir
Bernole.
     - Comment, lui dis-je aprs un excellent souper, comment rparer tous les
torts que ma mauvaise tte m'a fait commettre envers vous ? Faut-il vous
l'avouer, Bernole ? Je me suis crainte ; j'ai des prcautions bien svres 
garder ; je suis la confidente et l'amie du ministre ; d'un mot, il peut me
perdre : vous ne m'avez rien inspir comme pre, je l'avoue ; un autre
sentiment mille fois plus tendre et plus dlicat, en me faisant redouter la
chute, m'a contrainte  ne vous montrer que de la duret, o s'allumait le
plus saint amour... Bernole, vous avez aim ma mre, je veux que vous m'aimiez
aussi ; il ne s'agit, pour tre heureux ensemble, que d'une discrtion  toute
preuve ; en tes-vous capable ?
     L'honnte et loyal Bernole frmit  ce discours.
     -  Juliette ! me dit-il trs mu, je ne cherche  ranimer en vous que
les sentiments de l'amour filial ; ceux-l seuls me sont dus ; la religion et
l'honneur, dont je fis toujours profession, m'empchent d'en accepter d'autres
: ne me taxez pas d'immoralit pour avoir vcu avec votre mre ; nous n'avons
jamais cru, l'un et l'autre, ne devoir respecter d'autres nuds que ceux
volontairement adopts par nous  la face du ciel : c'est un tort, j'en
conviens, mais c'est celui de la nature, et ceux que vous me proposez lui
feraient horreur.
     - Quel prjug, Bernole ! m'criai-je, en devenant pressante au point de
baiser sa bouche et de laisser tomber une main sur ses cuisses ; toi que
j'adore, hlas ! poursuivis-je au redoublant de chaleur, ne te refuse pas 
mon empressement ; viens rendre une seconde fois  la vie celle qui se
glorifie de la tenir de toi : je dus ma premire existence  l'amour,
laisse-moi lui devoir la seconde ; laisse embellir par lui les jours qu'il a
forms. Oh ! mon ami, je le sens, je ne puis plus exister sans toi !
     Une gorge blanche et frache, qui se dcouvre alors comme par hasard, des
yeux pleins de langueur et de volupt... des mains s'garant au point de
dboutonner la culotte paternelle et de secouer avec art l'instrument  demi
band qui m'a donn le jour, tout rveille  la fin les passions timides de
Bernole.
     -  grand Dieu ! s'crie-t-il, quels assauts... et comment puis-je y
rsister ? Comment repousser la vivante image de celle que j'adorai jusqu'au
dernier soupir ?
     - Tu la retrouves en moi, Bernole, la voil celle que tu aimas... Elle
respire, achve de la rendre  la vie, par les tendres baisers que sa bouche
implore. Tiens, vois l'tat o tu me mets, ajoutai-je en me troussant et me
prcipitant sur un canap... oui, vois-le, cet tat cruel, et rsistes-y, si
tu l'oses.
     Le crdule Bernole, entran, tombe dans le pige que je tends  sa
vertu, et vient s'enivrer d'amour dans le sein de celle qui ne s'occupe, en le
caressant, que de la manire perfide dont elle le fera bientt tomber sous ses
coups. Bernole, dou d'un membre sec, dur, nerveux, et surtout fort long,
foutait dlicieusement ; il m'chauffait, je le traitais bien, je maniais ses
fesses en le pressant sur moi. Bientt, me coulant sous lui, je pompe avec
plaisir ce premier mobile de mon existence ; reprenant ensuite mon poste, je
me le renfonce jusqu'aux couilles : Bernole, trs chauff de mes carts,
n'est pas long ; le coquin dcharge ; je l'imite, et reois dans mes
entrailles incestueuses le germe d'un fruit semblable  celui qu'il laissa
jadis dans le sein de ma mre. Telle fut l'poque de la grossesse dont je vous
parlerai bientt.
     Bernole, gar par l'amour, oubliant, sous les lois de ce Dieu, celles de
l'honneur et de la probit qui l'avaient si bien contenu jusqu'alors, me
conjure de lui laisser passer la nuit avec moi. Trs chauffe de la
dlicieuse ide de foutre avec un pre que ma frocit condamne  mort, je
consens  tout. Les efforts de Bernole surpassrent mes esprances : je fus
foutue sept coups, et moi, toujours brle de mes projets froces, je dcharge
le double,  la dlicieuse pense d'enterrer le lendemain celui qui joint, au
tort d'tre mon pre, le tort plus grand de m'enivrer de dlices. Ce fut vers
le milieu de ces courses que, lui dvoilant les craintes affreuses o j'tais
qu'une grossesse ne vnt  trahir notre intrigue, je lui tournai le plus beau
cul du monde, pour l'engager  changer de route : le crime, hlas ! tait si
loin du cur de mon vertueux pre, qu'il ignorait jusqu' la manire de
procder  ces infamies (je me sers de ses expressions), auxquelles il ne
consentait, me dit-il, que par prudence et par excs d'amour. Le butor
m'encula trois fois : cette rptition tait ncessaire  la pice qui devait
se jouer le lendemain. Ce que j'en ressentis fut si vif que je m'vanouis de
plaisir.
     Il arriva, cet heureux lendemain o je devais enfin goter les charmes
indicibles d'un crime que je me dsolais de ne pouvoir excuter : la nature,
que j'allais si grivement outrager, ne m'avait jamais paru si belle ; jamais
je ne m'tais trouve si jolie, si frache et si bien portante ; jamais des
chatouillements aussi vifs ne s'taient fait prouver en moi... Je me sentis,
ds en me levant, d'une luxure... d'une mchancet... J'prouvais le besoin
des horreurs, et, prs de lui, le dsespoir affreux de ne pouvoir les aggraver
au point o je le dsirais... C'est un crime que je vais commettre, me
disais-je... un trs grand crime, assure-t-on, mais ce n'en est qu'un : et
qu'est-ce qu'un crime pour celle qui voudrait n'exister qu'au milieu du crime,
ne vivre que pour lui seul et n'adorer que lui ? Je fus quinteuse, maussade,
capricieuse, taquine, toute la matine. Je fouettai deux de mes femmes, en
colre ; je fis mchamment tomber par la fentre un enfant confi  l'une
d'elles, il se tua, j'en fus enchante : il n'y eut enfin sorte de petites
cruauts, de petites lutineries auxquelles je ne me livrasse tout le jour.
L'heure du souper vint enfin ; j'avais ordonn qu'il ft aussi dlicieux que
la veille ; et comme la veille, ds qu'il fut fini, j'entrane Bernole sur un
canap, et c'est mon cul que je lui prsente. Sduit par mes sophismes, le
malheureux s'y plonge... A peine y est-il, que Clairwil, Noirceuil et
Saint-Fond se jettent sur nous avec imptuosit : Bernole est garrott de tous
ses membres.
     - Juliette, me dit Saint-Fond, tu mriterais que je t'immolasse  ct de
ce monstre, pour te punir d'abuser ainsi de ma confiance... Un seul moyen,
perfide, peut te sauver la vie : saisis ce pistolet destin pour ton crime,
trois balles sont dedans... Il faut qu'elles fassent voler la cervelle de ce
sclrat !
     - Oh, ciel ! qu'exigez-vous ? c'est mon pre !
     - Celle qui fut  la fois sodomiste et incestueuse pourra bien tre
parricide.
     - Quel arrt !
     - Il le faut, ou vous prissez  l'instant vous-mme.
     - Confiez donc cette arme  ma main chancelante... Pre ador,
m'criai-je, pardonneras-tu cette mort aux violences dont tu vois que je suis
victime
     - Monstre, rpond Bernole, excute, et souviens-toi seulement que tu ne
me rends pas ici la dupe de tes fourberies et de tes crimes...
     - Eh bien ! papa, dit Clairwil, en clatant de rire, cesse donc d'tre
dupe, puisque tu ne veux pas l'tre, et sache qu'il est trs vrai que ta mort
est l'ouvrage de ta fille, qui, certes, n'a pas grand tort d'immoler un
individu qui ne peut tre qu'un grand sclrat, puisqu'il a pu donner le jour
 une telle fille.
     Tout s'arrange ; Bernole est li sur une chaise attache par de grands
clous  terre ; sa tte,  dix pas de moi, se trouve  ma porte. Saint-Fond
se couche dans un canap et me fixe sur lui par le moyen du membre qu'il
m'introduit dans le derrire, Noirceuil dirige l'instrument d'une main, il se
branle de l'autre ; Clairwil,  droite, baise la bouche de Saint-Fond, et
chatouille mon clitoris. Je mets en joue :
     - Saint-Fond, dis-je, attendrai-je les flots de ton foutre ?
     - Non, non, sacr nom d'un foutredieu ! non, non ! tue, garce, tue !
c'est le coup qui fera jaillir mon sperme.
     Je le lche. Bernole, atteint au front, expire, et nous dchargeons tous
les quatre en jetant des cris furieux.
     Le barbare Saint-Fond se lve et va contempler la victime ; c'tait son
plus grand plaisir. Il m'appelle, il veut que j'observe avec lui... il
m'examine, il est content de mon sang-froid. C'est avec une curiosit mchante
que Clairwil observe les contorsions de la mort sur le visage de ce malheureux.
     - Rien ne me fait bander comme cela, dit la sclrate : qui de vous trois
veut me branler pendant cet examen ?
     Je m'offre, et comme je suis penche. sur les genoux du mort, Noirceuil
m'encule en cet tat, pendant que Saint-Fond, prenant Clairwil  revers, la
traite de mme... Tout le monde dcharge encore une fois, et le plus
voluptueux souper est de nouveau servi sur une table, aux pieds de laquelle on
veut que le corps reste.
     - Juliette, me dit Saint-Fond en me baisant avec ardeur, tiens, voil ce
que je t'ai promis. Faut-il te l'avouer ? chre fille, ce n'est en vrit que
d'aujourd'hui que je te crois bien digne de nous.
     - Je ne pense pas tout  fait comme cela, dit Clairwil, et je lui trouve
toujours le mme dfaut : elle ne commet le crime que dans l'enthousiasme, il
faut qu'elle bande ; et l'on ne doit jamais s'y livrer que de sang-froid.
C'est au flambeau du crime qu'il faut allumer celui de ses passions, tandis
que ce n'est qu' celui des passions que je la souponne d'allumer celui du
crime.
     - La diffrence est fort grande, dit Saint-Fond, car le crime alors n'est
que l'accessoire, et il doit toujours tre le principal.
     - Je pense comme Clairwil, ma chre Juliette, dit Noirceuil : vous avez
encore besoin de quelques encouragements ; il faut diminuer cette sensibilit
qui vous perd.
     Tous les carts o notre imagination nous entrane, poursuivit Noirceuil,
deviennent des preuves certaines de notre esprit. Sa vivacit, ses lans ne
lui permettent de s'arrter  rien ; plus il voit de digues  franchir, plus
il conoit de dlices ; mais ce n'est point une preuve qu'il se dprave, comme
les sots se l'imaginent : c'en est une bien plus certaine qu'il se fortifie.
Vous voil parvenue, Juliette,  l'ge o cette facult de notre existence est
dans sa plus extrme vigueur ; vous avez prvenu cette poque par de bonnes
tudes, par des rflexions solides, par un abandon total de tous les liens et
de tous les prjuge de l'enfance. Ne doutez point qu' prsent, cet espoir si
bien prpar ne vous fasse culbuter toutes les bornes : un temprament ardent
et vigoureux, une sant robuste, une grande chaleur d'entrailles, un cur trs
froid viennent  l'appui de cet esprit bouillant, instruit et dgag de tous
les freins. Soyons bien assure que Juliette ira aussi loin qu'elle peut
aller. Mais qu'elle ne s'arrte pas en chemin, qu'elle ne tourne jamais les
yeux en arrire que pour se reprocher son peu de progrs et non pour s'tonner
de la grandeur du chemin qu'elle a fait.
     - Je veux plus, dit Clairwil, je vous rpte que j'exige d'elle de faire
le mal, non pas pour s'exciter  la luxure, comme je crois qu'elle le fait,
mais pour le seul plaisir de le commettre. Je veux qu'elle trouve dans le mal,
dnu de toute luxure, l'entire volupt qui existe pour elle dans la luxure ;
je veux qu'elle n'ait besoin d'aucun vhicule pour exercer le mal. Qu'une fois
dans cette situation, elle y prouve tous les attraits piquants du
libertinage,  la bonne heure ! mais je ne veux pas qu'elle ait besoin de se
branler pour faire un crime, parce qu'alors, il rsultera de cette manire de
se conduire, qu'aussitt que son temprament sera us, elle n'osera plus se
livrer  aucun cart ; au lieu que par le moyen que j'indique, ce sera dans le
crime qu'elle retrouvera le feu des passions. Elle n'aura plus besoin de se
branler pour commettre un crime ; mais en commettant ce crime, elle dsirera
se branler. Il est, je crois, impossible de s'expliquer plus clairement.
     - C'est prcisment parce que je comprends  merveille ta philosophie, ma
chre, dis-je  Clairwil, que je crois devoir t'assurer que j'en adopte tous
les principes, et que j'en suis l'esprit mot  mot. Je suis prte  te le
prouver par telle preuve o il te plaira de me soumettre. Si tu m'avais mieux
observe que tu n'as fait, dans l'vnement qui vient de se passer, tu ne
m'adresserais, j'en suis sre, aucun reproche ; j'aime  prsent le mal pour
lui-mme ; ce n'est que dans son sein que mes plaisirs s'allument, et nulle
volupt n'existerait pour moi si le crime ne l'assaisonnait. Je ne dois plus
maintenant vous consulter que sur un seul point. Le remords est nul, je vous
proteste que je n'en ressens pas la plus lgre atteinte, quelle que soit
l'horreur o je me livre : mais j'ai quelquefois de la honte ; je rougis comme
ve aprs son pch, il me semble, qu'except vous et nos amis, je ne voudrais
pas que personne st les carts o nous nous livrons. Expliquez-moi, je vous
prie, pourquoi, place entre ces deux sentiments, j'prouve le plus faible,
n'tant plus sensible au plus actif ; quelle est, en un mot, la diffrence qui
se trouve entre la honte et le remords ?
     - La voici, dit Saint-Fond : c'est que la honte est le fruit de la
douleur d'une mauvaise action, relativement  l'opinion publique ; et le
remords, relativement  notre propre conscience ; en sorte qu'il est possible
d'avoir honte d'une action qui ne donne aucun remords, si cette action
n'offense que les usages reus, sans effleurer la conscience ; et qu'il est
galement possible d'avoir des remords sans honte, si l'action commise
s'accorde avec les lois et les usages de notre pays, quoiqu'elle rpugne 
notre conscience. Un homme, par exemple, rougirait d'aller se promener tout nu
dans la grande alle des Tuileries, quoiqu'il n'y et rien dans cette action
qui dt lui donner des remords ; et un gnral d'arme aura peut-tre des
remords d'avoir fait tuer vingt mille hommes dans une bataille, quoiqu'il n'y
ait rien dans cette action qui doive lui donner de la honte. Mais ces deux
mouvements fcheux s'nervent galement par l'habitude. La Socit des Amis du
Crime, dans laquelle Clairwil vous a fait entrer, absorbera dans vous ce
sentiment pusillanime de la honte ; l'habitude que vous vous ferez d'un
cynisme toujours prononc, dissipera bientt cette faiblesse ; et pour vous en
gurir, je vous exhorte  faire parade de vos carts,  vous montrer souvent
nue en public,  affecter le plus grand dsordre dans la manire de vous
habiller : insensiblement vous finirez par ne plus rougir de rien. Quand la
fermet des principes se joindra aux procds que je vous conseille, tout se
dissipera, tout s'aplanira petit  petit, et vous ne sentirez plus que du
plaisir o vous prouviez jadis de la honte.
     Des choses plus srieuses succdrent  cette discussion. Saint-Fond
m'annona que le mariage d'Alexandrine, sa fille, avec son ami Noirceuil,
allait enfin se terminer, et que, d'accord avec son gendre, la jeune personne
demeurerait trois mois dans ma maison pour y tre instruite et forme aux
gots du nouvel tre avec lequel on allait l'unir.
     - Nous vous prions, Noirceuil et moi, poursuivit Saint-Fond, de mettre
cette petite me au mme point que la vtre... Ne lui refusez aucun soin,
aucun conseil, aucun exemple. Peut-tre Noirceuil la conservera-t-il, s'il la
trouve aussi ferme que vous :  coup sr, il ne la gardera pas longtemps, si
elle est prude ou bgueule. Tchez, Juliette, que cette ducation vous fasse
honneur, et soyez bien assure que vos peines ne seront pas perdues.
     - Monsieur, dis-je au ministre, vous savez que de pareilles leons ne
peuvent se donner qu'entre deux draps.
     - C'est bien ainsi que je l'entends, dit Saint-Fond.
     - Moi de mme, trs assurment, dit Noirceuil.
     - Peut-on instruire une fille sans coucher avec elle ? dit Clairwil.
     - Aussi, reprit Noirceuil, notre chre Juliette couchera-t-elle avec ma
femme aussi souvent que bon lui semblera.
     Saint-Fond nous entretint ensuite d'un projet cruel de dvastation qu'il
avait conu pour la France.
     - Nous craignons, nous dit-il, une prochaine rvolution dans le royaume ;
nous en voyons le germe dans une population beaucoup trop nombreuse. Plus le
peuple s'tend, plus il est dangereux ; plus il s'claire, plus il est 
craindre : on n'asservit jamais que l'ignorance. Nous allons, poursuivit le
ministre, supprimer d'abord toutes ces coles gratuites dont les leons, se
propageant avec rapidit, nous donnent des peintres, des potes et des
philosophes o il ne doit y avoir que des crocheteurs. Quel besoin tous ces
gens-l ont-ils donc de talents, et quelle ncessit y a-t-il de leur en
donner ? Diminuons bien plutt leur nombre ; la France a besoin d'une
vigoureuse saigne, et ce sont les parties honteuses qu'il faut attaquer. Pour
parvenir  ce but, nous allons d'abord vivement poursuivre la mendicit :
telle est la classe o se trouvent presque toujours les agitateurs. Nous
dmolissons les hpitaux, les maisons de pit ; nous ne voulons pas laisser
au peuple un seul asile qui puisse le rendre insolent. Courb sous des chanes
mille fois plus lourdes que celles qu'il porte en Asie, nous voulons qu'il
rampe en esclave, et il n'y aura sorte de moyens que nous ne mettions en usage
pour y russir.
     - Ces moyens seront longs, dit Clairwil, et si vous avez besoin d'une
diminution subite, il en faut de plus prompts : la guerre, la famine, la peste.
     - Le premier est sr, dit Saint-Fond, nous allons avoir la guerre. Nous
ne voulons pas du dernier, parce qu'il serait  craindre que nous nous en
trouvassions les premires victimes. Quant  celui de la famine,
l'accaparement total des grains auquel nous travaillons, en nous comblant
d'abord de richesses, va bientt rduire le peuple  se dvorer lui-mme. Nous
esprons beaucoup de ce moyen.
     Il est arrt dans le conseil, parce qu'il est prompt, infaillible, et
qu'il nous couvre d'or...
     Il y a bien longtemps, poursuivit le ministre que, pntr des principes
de Machiavel, je suis infiniment persuad que les individus ne sont rien en
politique. Machines secondaires du gouvernement, les hommes doivent travailler
 la prosprit de ce gouvernement, et jamais le gouvernement ne doit
travailler  celle des hommes. Tout gouvernement qui s'occupe de l'homme est
faible ; il n'y a de vigoureux que celui qui se compte pour tout, et les
hommes pour rien ; le plus ou le moins d'esclaves dans un tat est indiffrent
: ce qui est essentiel, c'est que la chane pse lourdement sur le peuple, et
que le souverain soit despote. Rome fut languissante et faible, tant qu'elle
voulut se gouverner elle-mme ; elle matrisa la terre, quand des tyrans
envahirent l'autorit. C'est dans le souverain seul que doit tre considre
toute la force, et puisque cette force n'est que morale, ds que physiquement
le peuple est le plus puissant, ce ne doit donc tre que par une suite non
interrompue d'actions despotiques que le gouvernement peut tablir en lui la
force physique qui lui manque : elle n'y sera jamais qu'idalement sans cela.
Lorsque nous sommes jaloux d'en imposer aux autres, il faut les accoutumer
petit  petit  voir en nous ce qui foncirement n'y existe pas, autrement ils
nous verront tels que nous sommes, et nous y perdrons infailliblement.
     - J'ai toujours cru, dit Clairwil, que l'art de gouverner les hommes
tait celui qui demandait le plus de fausset.
     - Cela est vrai, et la raison en est simple, reprit Saint-Fond : on ne
gouverne les hommes qu'en les trompant ; or, il faut tre faux pour les
tromper ; l'homme clair ne se laissera jamais conduire : il faut donc le
priver de la lumire pour le mener  sa guise, et la fausset seule conduit 
tous ces moyens.
     - Mais la fausset n'est-elle pas un vice ? demandai-je  Saint-Fond.
     - Je la vois bien plutt comme une vertu, rpondit le ministre. Elle est
la seule clef du cur de l'homme : il serait impossible de vivre avec lui en
n'employant que la franchise. Uniquement occup  nous tromper, o en
serions-nous, si nous n'apprenions pas  le tromper nous-mmes ? La principale
tude de l'homme, et surtout de l'homme d'tat, est de pntrer toujours les
autres, sans se laisser dmler lui-mme ; c'est son seul talent. Or, s'il
n'arrive l que par la fausset, la fausset est donc une vertu. Dans un monde
absolument corrompu, il n'y a jamais de danger  tre plus gangren que les
autres ; c'est s'assurer alors toute la somme de bonheur et de tranquillit
que nous procurerait la vertu dans un gouvernement moral. Mais jamais la
machine qui mne le gouvernement ne pourra tre vertueuse, parce qu'il est
impossible de prvenir tous les crimes, de se mettre  l'abri de tous les
crimes sans tre criminel aussi ; ce qui mne les hommes corrompus doit tre
corrompu lui-mme ; et ce ne sera jamais avec la vertu, qui est un mode sans
action, que vous conduirez le vice, qui est un mode toujours en action. Le
gouvernant doit avoir plus d'nergie que le gouvern ; or, si celle du
gouvern n'est ptrie que de crimes, comment voulez-vous que celle du
gouvernant ne soit pas elle-mme criminelle ? Les punitions que l'on emploie
pour l'homme sont-elles autre chose que des crimes ? Qui les excuse ? la
ncessit de le gouverner. Voil donc le crime un des ressorts du
gouvernement. Je vous demande maintenant de quelle ncessit peut tre, dans
le monde, le mode que vous appelez vertu, lorsqu'il est constant que vous ne
pouvez obtenir ce mode que par des crimes ? D'ailleurs, il est extrmement
ncessaire, pour le gouvernement mme, que la masse des hommes soit trs
corrompue : plus elle le sera, plus il agira facilement. Examinez, en un mot,
la vertu sous tous ses rapports, et vous la verrez toujours inutile et
dangereuse. Je voudrais, Juliette, poursuivit Saint-Fond en ne s'adressant
plus qu' moi, dtruire radicalement en vous tous les prjugs sur cet objet,
qui feront infailliblement votre malheur ; je voudrais assurer vos opinions
dans le cours de votre vie, car il est affreux d'tre ne avec des penchants 
mal faire et de ne pouvoir s'y livrer sans frmir. Convainquez-vous bien, mon
ange, que dussiez-vous troubler et dranger l'ordre de la nature dans tous les
sens possibles, vous n'auriez jamais fait qu'user des facults qu'elle vous a
donnes pour cela... des facults qu'elle savait bien que vous employeriez 
cela, usage qu'elle ne blme pas, sans doute, puisque loin de vous priver
d'aucune de ces facults nuisibles, elle vous inspire  tout moment le dsir
de les mettre en uvre. Faites donc tout le mal qu'il vous plaira, sans que
cela trouble un instant votre repos : soyez bien sre que, de quelque espce
que soit celui que vous inventerez, il ne sera jamais aussi violent que
pourrait le dsirer la nature... qu'elle veut la destruction... qu'elle
l'aime... qu'elle s'en nourrit... qu'elle s'en abreuve, et que vous ne lui
plairez jamais mieux que quand vos mains dtruiront, comme les siennes, de
mme que vous ne l'outragez jamais davantage... que vous n'empitez jamais
autant sur ses droits, que lorsque vous travaillez  une propagation qu'elle
abhorre... ou que vous laissez subsister sans trouble cette masse d'hommes qui
nuit  ses facults : car le crime et la mort sont les vritables lois de la
nature, et nous ne la servons jamais mieux qu'en moissonnant, comme elle, tout
ce que nos bras peuvent atteindre.
     -  Saint-Fond ! dis-je  mon amant, j'adhre  tous la principes que
vous venez d'tablir. Une seule chose m'inquite. Il faut, avez-vous dit, tre
fausse avec tout le monde : si malheureusement vous l'tiez avec moi, vous
sentez tout ce que j'aurais  craindre.
     - Ne redoutez point cela, dit le ministre, je ne serai jamais faux avec
mes amis, parce qu'au fait, il faut avoir quelque chose de solide dans le
monde ; et sur quoi pourrait-on compter, si ce n'est sur le commerce de ses
amis ? Vous pouvez donc tre certains, tous trois, que je ne vous tromperai
jamais,  moins que vous ne me trompiez les premiers. La raison de cela est
bien simple, je vais l'tayer par l'gosme, la seule rgle que je connaisse
pour se bien juger soi et les autres.
     Nous vivons ensemble : n'est-il pas vrai que si vous vous aperceviez que
je vous trompe, vous me le rendriez bientt ? Et je ne veux pas tre tromp.
Voil toute ma logique en amiti. C'est, dans le fait, un sentiment fort
difficile entre sexe gal, impossible entre sexe diffrent, et que je n'estime
qu'autant (ce qui est fort rare) qu'il peut tre fond sur des rapports
d'humeurs et de gots. Mais il est faux de dire qu'il faille que la vertu en
soit le ciment : il deviendrait alors, si cela tait vrai, un sentiment fort
plat, que la monotonie dtruirait bientt. Quand les plaisirs en sont la base,
chaque nouvelle ide en resserre les liens ; le besoin, seul aliment rel de
l'amiti, rapproche ses nuds  tous les instants ; d'autant plus, que tous
les jours on a plus besoin l'un de l'autre : on jouit de son ami, on jouit
avec son ami, on jouit pour son ami, les volupts s'augmentent les unes par
les autres, et ce n'est vritablement qu'alors qu'on peut se flatter de les
connatre. Mais qu'obtiens-je d'un sentiment vertueux ? Quelques volupts
sches, quelques jouissances intellectuelles qui se dtruisent  la premire
preuve, et qui donnent des regrets d'autant plus amers que l'amour-propre en
demeure bless, et qu'il n'est point de traits plus sensibles que ceux qui
vont  l'orgueil.
     Il tait tard, on se coucha. Nous nous mmes tous quatre dans un lit de
huit pieds carrs, construit pour de pareilles scnes, et, aprs quelques
luxures, on s'endormit. Des affaires ayant rappel Noirceuil,  Paris, il nous
quitta de bonne heure. Clairwil et moi tnmes compagnie  Saint-Fond, qui
dsirait passer quelques jours  la campagne.
     A notre retour  Paris, Saint-Fond m'amena sa fille, dont l'appartement
avait t prpar pendant notre voyage. Il tait impossible de rien voir
d'aussi rgulirement beau : la plus sublime gorge, de trs jolis dtails dans
les formes, de la fracheur dans la peau, du dgagement dans les masses, de la
grce, du moelleux dans l'attachement des membres, une figure cleste,
l'organe le plus flatteur, le plus intressant, et beaucoup de romanesque dans
l'esprit.
     - Voici ma fille, me dit Saint-Fond en me la prsentant, vous savez que
je la destine  Noirceuil, qui ne se scandalisera pas des privauts que j'ai
dj prises et que je prends encore tous les jours avec elle. Tout n'est pas
cueilli : Alexandrine est vierge d'un ct... Mais son cul... ce superbe cul,
Juliette, est depuis bien longtemps effeuill par moi... Eh ! comment y
aurais-je rsist ? Regardez-le, mon ange, et dites si, de vos jours, vous
vtes quelque chose de plus dlicieux.
     Il tait difficile, en effet, de rien voir de plus blanc et de mieux
coup.
     - Il n'y parat pas, poursuivit Saint-Fond en cartant, on ne peut se
douter, ni que je la fouette tous les matins, ni que je la sodomise tous les
soirs. Je vous laisse cette fille, Juliette, duquez-la pendant quelque temps,
rendez-la digne de l'ami auquel je la destine, inspirez-lui le got de tous
les crimes et la plus forte horreur pour toutes les vertus. Je vous cde mes
droits sur elle ; transmettez-lui les principes que vous avez reus de celui
qui doit l'pouser ; donnez-lui tous nos gots, communiquez-lui toutes nos
pulsions. Jamais le mot de Dieu ne fut prononc devant elle ; ce n'est pas
avec vous que je crains qu'elle puisse en concevoir l'ide : je lui brlerais
moi-mme la cervelle,  l'instant o je lui entendrais parler de cette
excrable chimre. D'importants objets empchent Noirceuil et moi de nous
livrer aux soins que nous vous confions : ils ne sauraient tre en meilleures
mains.
     Ce fut  cette occasion que le ministre m'apprit la nomination de
Noirceuil  l'une des places les plus importantes de la cour, et qui lui
valait cent mille cus de rente.
     - Il l'a obtenue, me dit Saint-Fond, en mme temps que le roi vient de
m'en confrer une qui me vaut le double.
     Et pendant que le vice triomphait avec cette impudence, vous voyez, mes
amis, comme la main du sort crasait toutes les victimes de ces indignes
sclrats... Combien ces rflexions, si fort au dsavantage du bien, si
singulirement en faveur du mal, achevrent de me captiver  jamais dans le
sein du crime et de l'infamie !... Oh ! quelle horreur j'avais pour la vertu !
     Je passai la nuit suivante avec Alexandrine. Cette jeune fille tait,
sans doute, dlicieuse, mais j'avoue que je la vis si philosophiquement, avec
des sens tellement rassis, que je ne serais pas trop en tat de vous parler
des volupts que j'en reus : il aurait fallu de l'enthousiasme,  peine y
eut-il de l'motion. J'tais si fort affermie dans mes ides, le moral
dominait si bien en moi le physique, mon indiffrence tait telle, mon flegme
si soutenu, que, soit satit, soit dpravation, soit systme, je pus, sans
m'mouvoir, la tenir nue dix heures dans mon lit, la branler, m'en faire
branler, la sucer, la gamahucher, sans que ma tte en ft seulement chauffe.
Et voil, j'ose le dire, un des plus heureux fruits du stocisme. En
roidissant notre me contre tout ce qui peut l'mouvoir, en la familiarisant
au crime par le libertinage, en ne lui laissant de la volupt que le physique,
et en lui en refusant opinitrement la dlicatesse, on l'nerve ; et de cet
tat dans lequel son activit naturelle ne lui permet pas de rester longtemps,
elle passe  une espce d'apathie qui se mtamorphose bientt en plaisirs
mille fois plus divins que ceux que lui procureraient des faiblesses ; car le
foutre que je perdis avec Alexandrine, quoiqu'il ne ft d qu' cette fermet
que je vous peins, me procura des jouissances bien plus vives que celles qui
n'eussent t le fruit que de l'enthousiasme ou des tristes feux de l'amour.
     Quoi qu'il en soit, Alexandrine me parut presque aussi neuve au moral
qu'au physique ; son cur et son esprit n'avaient encore fait nuls progrs.
Cependant la petite coquine avait du temprament, et quand je cherchais 
l'mouvoir, je la trouvais toujours pleine de foutre. Je lui demandai si son
pre lui faisait beaucoup de mal en l'enculant.
     - Les premires fois, me dit-elle.
     Mais elle y tait si fort accoutume, qu'elle ne souffrait plus. Sur ma
demande si elle n'avait jamais vu que Noirceuil, elle me dit que son pre
avait exig d'elle des complaisances pour un autre homme, et je vis, au
portrait, que c'tait Delcour. Mais ce Delcour l'avait-il encule ?... Non, il
l'avait seulement fouette devant son pre, et vous pouvez juger par l quelle
est la trempe de l'imagination d'un pre qui bande et qui dcharge en faisant
fouetter devant lui sa fille par un bourreau. J'appris, ds la premire nuit,
 mon colire tout ce qui tient  la thorie du libertinage, et, au bout de
trois jours, elle me branlait aussi bien que Clairwil. Peu  peu, nanmoins,
cette petite fille parvint  me monter la tte, je l'immolais dj dans ma
perfide imagination, lorsque je demandai enfin  Noirceuil ses intentions sur
cette crature.
     - Je veux en faire une victime, me rpondit-il, comme j'ai fait de toutes
mes autres femmes.
     - En ce cas, pourquoi retarder ?
     - A cause de la dot,  cause d'un enfant qu'il faut que je lui fasse, ou
que je lui fasse faire,  cause de la protection du ministre qu'il faut que je
conserve au moyen de cette alliance.
     Ces rflexions, auxquelles je ne m'tais pas livre, drangrent un peu
mes ides. Et comme j'ai  vous raconter des vnements plus intressants pour
moi que ceux-l, vous saurez seulement, pour ne plus revenir  Alexandrine,
qu'elle pousa Noirceuil, qu'elle devint grosse, je ne sais comment, et que,
comme rien dans elle ne rpondit aux instructions morales que je lui avais
donnes, elle prit au bout de fort peu de temps, victime de la sclratesse
de son poux et de son pre, dans des orgies, que des vnements, dans le
dtail desquels je vais bientt entrer, m'empchrent de partager.
     Les filles que j'tais oblige de fournir au ministre ne me cotaient pas
toujours les soins que je recevais pour elles. Il arrivait mme quelquefois
qu'elles me rapportaient au lieu de me coter : je vais vous en citer un
exemple, qui ne vous donnera peut-tre pas une haute ide de ma probit.
     Un homme de province m'crit un jour que le gouvernement lui doit cinq
cent mille francs pour des avances dans la dernire guerre. Sa fortune,
bouleverse depuis lors, le rduit, faute de cette somme,  mourir de faim,
lui et une fille de seize ans qui fait la consolation de ses jours, et qu'il
marierait avec une partie de cet argent, s'il pouvait en obtenir la rentre.
Le crdit qu'il me connat auprs du ministre l'engage  s'adresser  moi, et
il m'envoie toutes mes pices. Je m'informe ; le fait est vrai : ce ne sera
pas sans beaucoup de crdit qu'on aura ces fonds, mais ils sont dus trs
effectivement. La jeune personne dont il s'agit est d'ailleurs, m'assure-t-on,
l'une des plus intressantes cratures qu'il y ait au monde. Sans rien
expliquer de mes projets au ministre, je lui demande un ordre pour retirer
l'argent. Je l'obtiens  la minute ; vingt-quatre heures suffisent  me
procurer ce que le bon provincial ne pouvait obtenir depuis six ans. Ds que
je suis en possession de la dette, j'cris au solliciteur que tout est en bon
train, mais que sa prsence est absolument ncessaire, qu'une jeune et jolie
personne produite avec lui dans les bureaux ne peut qu'acclrer la russite
de sa demande ; que je l'invite, en consquence,  amener sa fille avec lui.
Le bent, dupe de mes conseils perfides, apporte lui-mme sa rponse, et me
prsente effectivement une des plus belles filles que j'eusse encore vues. Je
ne les fis pas languir longtemps aprs leur arrive. Un de ces dners
ministriels que je donnais chaque semaine  Saint-Fond les mit en ma
puissance. Dj matresse des cinq cent mille francs, et le devenant, par
cette insigne trahison, du pre et de la fille, vous devinez, je crois,
aisment l'emploi que je fis des uns et des autres. L'argent, qui et fait la
fortune de plusieurs familles, fut dpens par moi dans moins d'une semaine ;
et la fille, destine  faire la flicit d'un honnte homme, aprs avoir t
souille par nos pollutions nocturnes pendant trois jours de suite, devint, le
quatrime, victime avec son pre de la frocit de Saint-Fond et de Noirceuil,
qui les firent expirer tous deux dans un supplice d'autant plus barbare qu'ils
y vcurent douze heures dans les angoisses les plus effrayantes.
     A ces preuves de ma perfidie, je dois, pour achever de me peindre  vous,
vous en donner de mon avarice. Croiriez-vous que je la portais au point de
prter sur gages ? M'en trouvant un jour pour huit cent mille francs, qui
m'eussent  peine, en les rendant, rapport le quart de la somme, je fis
banqueroute et ruinai, par ce trait, vingt malheureuses familles qui n'avaient
mis dans mes mains leurs effets les plus prcieux, que pour se procurer une
triste subsistance momentane, et qu'ils ne trouvaient pas dans des travaux
qui leur cotaient nanmoins tant de peines et tant de sueurs.
     L'poque de Pques approchait, Clairwil fut la premire  me rappeler
notre partie des Carmes. Introduites dans l'intrieur du couvent avec Elvire
et Charmeil, mes deux plus jolies tribades, le suprieur commena par nous
demander des nouvelles de Claude. Il n'avait pas paru, nous assura-t-il,
depuis l'invitation que nous lui avions faite. Nous assurmes le bon moine que
nous ignorions absolument le sort de son confrre ; mais qu'avec le
libertinage que nous lui avions reconnu, il paraissait fort vraisemblable
qu'il avait jet le froc aux orties. Il n'en fut plus question. Nous passmes
dans une salle immense, et ce fut l o le suprieur nous fit faire la revue
des combattants. Eusbe les faisait tous passer les uns aprs les autres ; ils
arrivaient entre les mains de mes deux femmes, qui les branlaient et nous
montraient les vits. Tout ce qui n'avait pas au moins six pouces de tour sur
neuf de long fut rform, ainsi que tout ce qui passait cinquante ans. On ne
nous en avait promis qu'une trentaine : il y eut soixante-quatre moines et six
novices, tous munis d'engins dont les plus petits se trouvent dans les
proportions qui viennent d'tre dites, et quelques-uns de dix sur quatorze. La
crmonie commena.
     Clairwil et moi, toujours dans cette mme salle, nous tions tendues sur
des canaps larges, lastiques et profonds, les jambes pendantes, les reins
soulevs par de gros carreaux, absolument nues, et c'tait le con que, dans
cette premire attaque, nous prsentions  nos adversaires. Les tribades nous
envoyaient les vits par rang de taille, de manire  ce que les plus petits
commenassent ; mais ce n'tait qu'aux pollutions de nos doigts qu'on
adressait des vits, attendu que nous branlions de chaque main les deux
successeurs de celui qui nous enconnait. Aussitt que le con se remplissait
aux dpens d'une main, il arrivait tout de suite un nouveau vit dans cette
main, et nous avions toujours trois hommes chacune sur le corps. Celui qui
tait hors de combat se retirait dans une salle voisine jusqu' nouvel ordre.
Tous taient nus, et tous dchargeaient dans un condom, dont leur vit tait
revtu. Ils passaient successivement de Clairwil  moi : nous fmes donc ainsi
foutues chacune d'abord soixante-quatre coups. Pendant les derniers, nos
femmes taient passes dans la seconde pice, o elles travaillaient  faire
rebander les moines. La seconde course recommena... Encore soixante-quatre
coups chacune. Mmes procds pour la troisime, mais ce fut le cul que nous
prsentmes, et nos athltes nous furent envoys cette fois de manire  ce
que nous eussions toujours un vit dans le cul, l'autre dans la bouche ; et
c'est celui qui sortait de nos culs que nous sucions afin de le prparer  la
quatrime attaque. Ici l'on observait l'alternative, c'est--dire que je
suais le vit qui se retirait du cul de Clairwil, et elle suait celui qui
sortait du mien. On redoubla, de manire qu'aprs cette premire scne, nous
avions t foutues chacune cent vingt-huit coups en con et cent vingt-huit en
cul, formant deux cent cinquante-six en tout. On servit des biscuits et des
vins d'Espagne, puis les groupes se formrent.
     Nous remes  la fois huit hommes : nous avions un vit sous chaque
aisselle, un dans chaque main, un dans les ttons, un dans la bouche, le
septime en con, le huitime en cul. Ici plus de gondons ; il fallait que tous
dchargeassent, afin que nous nous trouvassions arroses de foutre sur toutes
les parties de notre corps, et que, de toutes parts, on le vt bouillonner sur
nous. Chaque brigade de huit redoubla, en changeant de femme et de manire de
foutre, de faon que nous prouvmes chacune huit pareils assauts, au bout
desquels nous n'exigemes plus rien. Toutes deux offertes  leur lubricit,
nous leur dclarmes qu'ils taient les matres de choisir entre Clairwil et
moi, et de jouir comme bon leur semblerait. Clairwil, de cette manire, fut
encore foutue quinze coups en bouche, dix en con et trente-neuf en cul ; et
moi quarante-six en cul, huit en bouche et dix en con : deux cents coups
chacune au total[8].
     Le jour parut, et comme c'tait celui de Pques, les coquins, en nous
traitant ainsi, allaient dire leur messe et en revenaient. On nous avertit
pour le dner ; nous tmoignmes au suprieur le dsir de procder avant aux
petites impits convenues. Spectateur de nos lubricits, Eusbe, qui n'aimait
que les hommes, s'tait content de nous disposer des vits, et d'enculer
quelques-uns de ses confrres, pendant que nous en tions foutues.
     - Eh bien ! nous dit-il, je vais moi-mme clbrer le saint mystre dans
la chapelle de la Vierge, en haut. Comment dsirez-vous que cela se fasse ?
     - Il faut, dit Clairwil, qu'un autre moine clbre  ct de vous. Ces
deux messes se diront sur les cons de nos deux tribades ; un moine les foutra
en bouche pendant ce temps-l, afin de prsenter son cul au clbrant, et il
chiera sur le ventre de la fille ds que l'hostie sera consacre. De ce
moment, le prtre fera tenir le petit Dieu dans cet tron ; mon amie et moi
irons le chercher l ; nous en brlerons une partie ; nous donnerons des coups
de couteau dans l'autre. On fera quatre parts ensuite de ce qui restera : deux
de ces parts seront enfonces  coups de vit dans le cul des deux clbrants,
le reste s'introduira de mme dans le cul de Juliette et dans le mien. Au bout
d'un instant, le vin consacr s'introduira dans quatre petites seringues, et
l'on injectera ces quatre portions dans le cul des deux prtres et dans les
deux ntres. On nous resodomisera tous quatre, et l'on nous dchargera dans le
cul. Vos plus beaux crucifix seront sous nos ventres et sous nos pieds pendant
l'opration, et nous chierons dessus, ainsi que dans vos ciboires et vos
calices, ds que nous aurons t foutues.
     Tout se passa comme l'avait dsir mon amie.
     - Allons, dit-elle, je suis satisfaite ; je sais bien que ce sont des
enfantillages, des inutilits, mais cela m'a chauff la tte : n'tait-ce
donc pas tout ce qu'il fallait ? Les volupts ne sont que ce que l'imagination
les fait, et la plus dlicieuse de toutes n'est jamais que celle qui plat le
mieux :
 
                                       
                                       
  Tous les gots sont dans la nature
 Le meilleur est celui qu'on a.   


    Eusbe et les quatre moines qui nous avaient plu davantage furent les
seuls admis au magnifique repas qui nous fut servi ; nous reposmes deux
heures, et les orgies recommencrent.
     Cette fois-ci, nos deux tribades, places au-dessus de la tte de
Clairwil, exposaient l'une son con, l'autre son cul ; moi, je devais branler
les soixante-quatre vits et les introduire l'un aprs l'autre, d'abord dans le
vagin, ensuite dans l'anus de ma compagne, qui les attendait couche sur le
dos et les jambes en l'air lies aux quenouilles d'un lit ; ils ne faisaient
que s'exciter dans le con : tous taient oblige de dcharger dans le cul. Je
pris la place de Clairwil ; elle me rendit le mme service. Ces libertins, en
jouissant ainsi de nous, avaient non seulement le plaisir de foutre de deux
manires, mais mme encore celui (pendant qu'ils foutaient) d'tre aids,
servis par une jolie main, et de baiser une bouche, un con ou un cul,  leur
volont ; tous rpandirent du foutre. A la seconde sance, chacune de nos
tribades nous branlait un vit sur la figure, nous en branlions un de chaque
main, et deux moines nous gamahuchaient. Nous tions assises sur le visage de
celui qui nous lchait le trou du cul ; entre nos jambes,  genoux, tait
celui qui nous suait le con ; le septime et le huitime attendaient nos
ordres, le vit  la main, et ils nous enconnaient ou nous enculaient au moment
o, suffisamment excites par les gamahucheurs, nous leur faisions signe de
s'introduire. Nous obtnmes encore huit coups de cette manire.
     Ma compagne et moi tions excdes, lorsqu'il passa par la tte de
Clairwil une ide bien digne de son libertinage.
     - En s'y prenant, dit-elle, avec adresse, il est possible qu'une femme
soit enconne par deux hommes  la fois. Que ceux qui bandent encore
m'approchent ; que le mieux fourni des deux m'enfile en me prenant sur lui ;
que l'autre me le mette  l'envers en me branlant le trou du cul ; qu'un
troisime vienne se faire sucer ; tout cela ne m'empchera pas d'en pouvoir
branler encore deux.
     Clairwil se trouvait heureusement assez large pour l'excution de son
projet. Vigoureusement secoue par deux monstrueux engins, dont l'un se
retirait pendant que l'autre s'engloutissait jusqu'au poil[9], ainsi foutue en
mesure pendant plus de trois heures par vingt-six moines, qui furent assez
adroits pour russir, la putain sortit de l comme une frntique : ses yeux
tincelaient, sa bouche cumait, elle tait en nage. Et tout excde qu'elle
paraissait, la garce en dsirait encore ; on la voyait, comme une bacchante,
parcourir les rangs et sucer les vits pour tcher d'en obtenir de nouveaux
efforts. Trop jeune et trop dlicate pour me permettre d'essayer mme
l'obscne irrgularit que ma compagne venait de mettre en couvre, je m'tais
amuse pendant ces orgies  lui prparer des vits, mais il ne m'tait plus
possible de rien faire : j'prouvais, dans l'une et l'autre rgion du plaisir,
un tel feu, une cuisson si considrable, que je pouvais  peine me tenir
assise.
     Nous soupmes... Il tait tard. Clairwil dit qu'elle voulait coucher au
couvent.
     - Tu me feras mettre un matelas sur le matre-autel, dit-elle au
suprieur : je veux y foutre toute la nuit. Juliette m'imitera : il fait
chaud, nous serons l plus frachement. Ou bien elle ira dans la chapelle de
cette putain qui, dit-on, fut la mre du Dieu pendu de l'infme religion
chrtienne... Juliette, tu coucheras sur cet autel, en te modelant sur le
putanisme de la garce chez laquelle tu seras : au lieu des soldats de la
garnison de Jrusalem, par qui la bougresse s'en faisait donner tous les
jours, tu choisiras parmi ces moines ceux dans qui tu souponneras encore
quelque vigueur.
     - Ah ! je ne peux plus foutre ! m'criai-je.
     - Eh bien ! tu les branleras, ils te branleront ; tu les suceras, ils te
suceront : il y aura toujours du foutre de rpandu sur les autels impies de
cette effroyable putain.
     Pour moi, continua-t-elle, je ne te ressemble pas, il s'en faut. A
quelque point que j'aie t lime, je brle encore du besoin d'tre foutue ;
les flots de sperme qui m'ont inond le cul et le con n'ont fait que
m'enflammer : je brle... Plus l'on fout,  mon ge, et plus l'on veut foutre
: ce n'est que le foutre qui apaise l'inflammation cause par le foutre, et
quand une femme a le temprament que m'a donn la nature, ce n'est qu'en
foutant qu'elle peut tre heureuse. Le putanisme est la vertu des femmes ;
nous ne sommes cres que pour foutre : malheur  celle qu'une stupide vertu
enchane encore  de plats prjugs ! Victime de ses opinions et de la froide
estime qu'elle attend presque en vain des hommes, elle aura vcu sans plaisir
et mourra sans tre regrette. Le libertinage des femmes fut honor sur toute
la terre ; partout il eut et des sectateurs et des temples. Ah ! comme je
deviens sa zlatrice ! comme je jure et proteste d'tre putain le reste de mes
jours !... Que de grces j'ai  rendre  ceux qui m'ont aplani la carrire du
vice : c'est  eux seuls que je dois la vie ! Je l'avais reue de mes parents,
souille d'indignes prjugs : le feu des passions les a consums tous, et
puisque le jour n'est pur  mes yeux que depuis que je connais l'art de
foutre, c'est de cette seule poque que j'ai reu l'existence... Des vits oui,
sacredieu ! des vits ! voil mes dieux, mes parents, mes amis ; je ne respire
que pour ce membre sublime, et quand il n'est ni dans mon con, ni dans mon
cul, il se place si bien dans ma tte, qu'en me dissquant un jour on le
trouvera dans ma cervelle !
     Aprs ce mouvement d'effervescence, prononc de l'air et du ton d'une
nergumne, Clairwil prit deux carmes avec elle, et fut se coucher sur
l'autel. Je l'imitai. M'tant bien bassine avec de l'eau de rose, j'essayais
de me prter aux nouvelles attaques de deux superbes novices que j'avais
amens, et j'en jouissais, lorsque Clairwil, se jetant au bas de l'autel o
elle s'est mise, s'crie qu'il lui faut de nouveaux hommes.
     - Que l'on soit difficile et que l'on choisisse au sein de l'abondance,
dit-elle, rien de plus simple. Mais nous manquons maintenant ; ces bougres-l
sont anantis : le crois-tu, Juliette ? je viens d'tre rate... moi, qui
jamais n'prouvai cet affront. Allons, allons ! il y a d'autres vits dans ce
couvent ; nous n'avons choisi que les plus beaux, ttons les autres maintenant
; suis-moi. Si le suprieur, poursuit-elle en ordonnant qu'on aille le lui
chercher, n'a pas t bon pour satisfaire individuellement mes dsirs, il le
sera pour les faire apaiser par ceux de ses confrres qui, reposs, frais et
gaillards, et n'ayant encore rien fait avec nous, doivent avoir toutes les
forces requises pour nous contenter... Allons ! lui dit-elle, ds qu'elle le
vit paratre, conduis-nous dans les cellules habites par les moines qui n'ont
point paru  nos bacchanales !
     Nous le suivons ; les portes s'ouvrent  notre approche ; et quelle que
ft la conformation de ceux que nous trouvions dans ces chambres, il fallait
qu'ils jouissent de nous. Tous souscrivent au march, tous le signrent de
leur sperme ; les uns nous prenaient par-devant ; d'autres, et ce fut le plus
grand nombre, ne voulaient enfiler que le cul ; et nous, ne poursuivant qu'un
seul objet, celui d'tre foutues, nous prsentions indistinctement tout ce
qu'on pouvait exiger de nous, contentes d'obtenir du foutre, dans quelque
partie du corps qu'il dt couler : voil comment doivent penser toutes les
femmes. Est-il rien de plus absurde, en effet, que de supposer qu'il n'y ait
pour recevoir des vits qu'une partie de notre corps, et que si malheureusement
on s'carte de la grande route, il y a aussitt des crimes de commis ? comme
si la nature, en nous formant deux trous, n'avait pas indiqu  l'homme que
c'tait pour les boucher indistinctement l'un et l'autre ; et que, quel que
soit celui qu'il prfrt, il accomplirait toujours les lois d'une mre trop
sage pour avoir donn  l'une de ses plus faibles cratures le plaisant droit
de l'outrager.
     Trs partisan de cette manire de jouir, et la prfrant, sans nulle
comparaison,  l'autre, je fus assez heureuse, dans cette seconde tourne,
pour ne m'entendre demander que le cul, et je ne le refusai  personne.
     Nous passmes enfin chez les vieux.
     - Il ne faut rien excepter, dit Clairwil ; tous les hommes sont
intressants ds qu'ils dchargent : je n'exige d'eux que du foutre.
     Quelques-uns, couchs avec des novices, nous repoussrent.
     - Vous ne nous ddommageriez pas de l'infidlit, nous dirent-ils ;
dussiez-vous mme nous offrir l'autel o nous sacrifions, il y aurait un
voisin trop redoutable pour que nous puissions essayer l'hommage :
 
                Une femme a beau faire, elle a beau se tourner,
                          Ce sera toujours une femme.

 
MARTIAL, pig.     
 
    D'autres nous reurent, mais, que de peines nous emes seulement  les
faire bander... que de complaisances... que de soins... que de lubriques
attentions ! que de diffrents rles  jouer ! Tour  tour victimes ou
prtresses, tantt il nous fallait rveiller chez les uns, par de cruelles
macrations, une nature puise, que les autres ne sortaient de la lthargie
qu'en nous molestant nous-mmes. Un de ces vieux pcheurs voulut nous
fouetter, nous le souffrmes ; nous trillmes les autres ; il fallut prter
nos bouches  cinq ou six, et, dupes de nos complaisances avec ceux-l, leurs
forces s'y puisrent sans que nous puissions y rien gagner. D'autres
voulurent des choses plus singulires encore ; nous fmes tout... Tout
dchargea, jusqu'au sacristain, jusqu'au portier, jusqu'aux balayeurs, qui
nous foutirent deux ou trois cents coups chacune. Et aprs avoir couru plus de
trois cents postes, soit d'un ct, soit de l'autre, nous nous retirmes,
puises de tous les genres de fatigue qui peuvent accabler le corps humain.
Un rgime exact de neuf jours, pendant lesquels nous prmes beaucoup de bains
et de petit lait, nous rendit aussi fraches que si nous n'eussions jamais
imagin cette partie.
     Mais s'il n'en restait plus de vestige  mon extrieur, ma tte n'en
tait pas moins embrase ; on n'imagine pas dans quel tat cette extravagance
l'avait mise : j'tais exactement dans le dlire de la lubricit. Je voulus,
ou pour m'apaiser ou pour m'enflammer davantage, aller toute seule, une fois,
 notre Socit des Amis du Crime. Il y a des moments o, quelque agrable que
soit la compagnie d'un tre qui pense comme nous, on prfre cependant la
solitude : il semble que l'on sera plus libre, que l'on inventera davantage ;
on est alors dispens de cette espce de honte dont on a tant de peine  se
dbarrasser avec les autres, et rien ne vaut enfin les crimes solitaires.
     Il y avait quelque temps que je n'avais paru dans ce cercle :
perptuellement entoure de plaisirs, je savais rarement auquel donner la
prfrence. Je n'y fus pas plus tt entre, que je reus mille loges et mille
compliments nouveaux, et je me vis bientt contrainte  n'tre que victime,
lorsque j'arrivais pour tre sacrificateur. Un homme de quarante ans
m'enconna, et, fort peu occupe de rpondre  ses feux, me laissant faire
comme une machine, j'observais avec bien plus d'attention un fort bel abb,
enculant alternativement deux jeunes personnes, pendant qu'on le fouettait
lui-mme. Il tait  deux pieds de moi ; je l'excitai par des propos, et je
m'aperus promptement qu'il faisait  moi bien plus attention qu'aux individus
dont il se servait. Nous tant donc promptement dbarrasss de nos entours,
nous nous limes.
     - Votre faon de jouir me plat bien plus que celle de celui o vous
venez de me voir livre, lui dis-je : je ne conois pas comment un homme fait
pour tre dans cette socit, ose encore s'amuser d'un con.
     - Je ne l'entends pas non plus, me dit Chabert (car c'tait lui, mes
amis, lui qui fait aujourd'hui les dlices de notre campagne, et que vous
allez bientt voir jouer un rle dans mes aventures). C'est--dire, poursuivit
mon aimable abb, que ce vit que vous voyez bander encore, vous chatouillera
davantage au cul qu'au con !
     - Assurment, rpondis-je.
     - Eh bien ! dit-il, en emmenant avec nous celui qui le foutait, passons
dans un boudoir, et je vous ferai voir l que nos gots se ressemblent.
     Nous entrons. Le fouteur de Chabert l'avait comme un mulet, l'abb
lui-mme tait fort bien muni : mon cul les puisa tous deux. Je promis 
Chabert de le retrouver, et m'esquivai bientt dans les srails, o les
stimulants que je venais de recevoir me firent entrer tout en feu. Aprs m'en
tre fait donner trois heures dans celui des hommes, je fus me chercher des
victimes dans celui des femmes. Je brlais de descendre dans ces trous
pratiqus sous terre, entre les deux murs, et dans lesquels il semblait que
l'on ft au bout du monde. J'y conduisis deux petites filles de cinq ou six
ans, et n'ai jamais eu tant de plaisir. On criait, on draisonnait, on battait
la campagne, l, tant que l'on voulait : les antipodes nous eussent plutt
entendues que les habitants de notre hmisphre. Et aprs des horreurs dont
vous vous doutez sans que je sois oblige de vous les peindre, je remontai
seule, quoique nous fussions descendues trois.
     Ce fut  quelque temps de l que je me trouvai  dner chez Noirceuil
avec un fort bel homme de quarante-cinq ans, qui fut annonc sous le nom du
comte de Belmor.
     - Voil notre nouveau prsident, me dit Noirceuil ; c'est aujourd'hui le
jour de son entre  la prsidence, et il a promis, pour sa rception, un
discours sur l'amour, que je suis charm de te faire entendre pour prmunir
ton cur contre ce sentiment que les femmes n'ont que trop souvent
l'extravagance de concevoir pour les hommes. Vous, mon ami, continua-t-il en
s'adressant  Belmor, trouvez bon que je vous prsente la fameuse Juliette.
Vous tes-vous rencontrs  la socit ?
     - Non, dit le comte, je ne me rappelle pas avoir vu madame.
     - Eh bien ! dit Noirceuil, vous ferez connaissance ici avant de partir.
C'est le cul le plus blanc... et l'me la plus noire ! Oh ! elle est bien
digne de nous ! Elle viendra vous entendre cette aprs-midi... Voulez-vous
faire quelque chose avant dner ?... J'attends Clairwil... Mais avant que sa
toilette ne soit finie, il sera quatre heures : or, comme il n'en est que
trois, je vous exhorte  passer tous deux un instant dans mon boudoir ; mon
valet de chambre va vous suivre.
     Belmor consentit, le valet vint, et nous nous enfermmes tous trois. La
passion de Belmor tait simple : il baisait, il examinait longtemps les fesses
de la femme pendant que l'homme l'enculait ; puis, ds que cet homme avait
dcharg, il lui branlait le vit sur le cul de la femme, lui faisait perdre
une seconde fois le foutre, bien positivement au trou, et dvorait ce que
venait de perdre cet homme, pendant que la femme ptait ; on le fouettait
alors. Le comte remplit avec moi tous les pisodes de ses gots ; mais, se
sentant de la besogne pour le soir, il ne dchargea pas. Nous rentrmes ;
Clairwil, belle comme un ange, venait d'arriver ; on se mit  table.
     - Juliette, me dit Noirceuil, ne vous imaginez pas que le comte ait
toujours des passions aussi douces que celle que vous venez de lui satisfaire
: il vous a traite comme notre amie.
     - Comme un homme qui se mnage, dit Clairwil.
     - Vous savez donc, madame, ce que fait monsieur dans ses moments de
dlire, dis-je  Clairwil en souriant ? Si cela est, dites-le moi, je vous en
conjure, car il me parat si aimable, que je ne veux rien ignorer de ce qui le
concerne.
     - Comte, dit Noirceuil, trouvez-vous bon qu'on le lui dise ?
     - Je ne devrais pas y consentir, cela va donner  madame une beaucoup
trop mauvaise ide de moi.
     - Je connais assez mon amie, dit Clairwil, pour vous amurer qu'elle ne
vous estimera qu'en raison de la multitude ou de la supriorits de vos vices.
     - Eh bien ! dit Noirceuil, ce sclrat a pour passion favorite de faire
attacher un petit garon de cinq ou six ans sur les paules d'une belle femme
; on fait couler le sang de la petite victime par mille plaies diffrentes,
mais de manire  ce que le ruisseau coule sur le trou du cul de cette femme,
oblige de chier pendant cette opration. Quant  lui, agenouill devant le
derrire, il avale le sang, pendant que trois hommes s'nervent dans son cul.
Vous voyez que ce que vous venez de faire avec lui n'est qu'un diminutif de sa
fantaisie de choix : tant il est vrai que les petites habitudes, chez les
hommes, caractrisent les plus grandes, et que le vice dominant s'annonce
toujours par quelque chose.
     - Oh, foutre ! dis-je au comte, en l'embrassant de tout mon cur, votre
manie me fait tourner la tte : employez souvent, je vous prie, mes fesses 
de semblables oprations, et soyez bien sr que je ne ngligerai rien de ce
qui pourra perfectionner votre extase.
     M. de Belmor m'assura que la journe ne se passerait pas sans cela, et il
me conjura tout bas de lui rserver mon tron.
     - Ah ! dit Clairwil, je savais bien que vous ne dplairiez pas  mon amie
en lui annonant votre libertinage.
     - Il est certain, dit Noirceuil, que c'est une sotte vertu que la
temprance ; l'homme est n pour jouir, et ce n'est que par ses dbauches
qu'il connat les plus doux plaisirs de la vie : il n'y a que les sots qui se
contiennent.
     - Pour moi, reprit Clairwil, je pense qu'il faut aveuglment se livrer 
tout, et que ce n'est qu'au milieu de ces garements que doit se trouver le
bonheur.
     - La nature, dit le comte, indique  l'homme de ne le chercher que dans
les excs ; l'inconstance dont il est dou, en lui conseillant d'augmenter ses
sensations chaque jour, prouve bien que les plus douces ne sont que dans les
carts. Malheur  ceux qui, contenant les passions de l'homme dans sa
jeunesse, lui font une habitude des privations, et le rendent par l le plus
infortun des tres : quels mauvais services on lui rend alors !
     - Il ne faut pas se tromper sur le but de ceux qui se conduisent ainsi,
dit Noirceuil ; ne doutons point que ce ne soit par mchancet, par
jalousie... de peur que les autres ne soient aussi heureux que ces pdants-l
sentent bien qu'on peut l'tre en se livrant  toutes leurs passions.
     - La superstition, dit Belmor, y contribue beaucoup. Il fallait bien
composer des offenses envers le Dieu que la superstition crait ; un Dieu qui
ne se serait fch de rien, devenait un tre sans puissance : et o pouvait
mieux se trouver le germe des crimes, que dans le jet des passions ?
     - Que de torts, dit Noirceuil, la religion a fait  l'univers ! Je la
regarde, dis-je, comme le flau le plus dangereux de l'humanit ; celui qui le
premier put en parler aux hommes, dut tre ncessairement son plus grand
ennemi : le plus effrayant des supplices et encore t beaucoup trop doux
pour lui.
     - On ne sent pas assez, dit Belmor, la ncessit de la dtruire... de
l'extirper, dans notre patrie.
     - Ce sera fort difficile, dit Noirceuil : il n'y a rien  quoi l'homme
tienne, comme aux principes de son enfance. Un jour, peut-tre, par un
enthousiasme de prjugs tout aussi ridicules que ceux de la religion, vous
verrez le peuple en culbuter les idoles. Mais semblable  l'enfant timide, il
pleurera, au bout de quelque temps, le brisement de ses hochets, et les
rdifiera bientt avec mille fois plus de ferveur. Non, non ! jamais vous ne
verrez la philosophie dans le peuple : ses organes pais ne s'amolliront
jamais sous le flambeau sacr de cette desse : l'autorit sacerdotale, un
instant affaiblie peut-tre, ne se rtablira qu'avec plus de violence, et
c'est jusqu' la fin des sicles que vous verrez la superstition nous abreuver
de ses venins.
     - Cette prdiction est horrible.
     - Elle est vraie.
     - Le moyen de s'y opposer ?
     - Le voici, dit le comte, il est violent, mais il est sr : il faut
arrter et massacrer tous leurs prtres dans un seul jour... traiter de mme
tous les adhrents, dtruire  la mme minute jusqu'au plus lger vestige du
culte catholique... proclamer des systmes d'athisme ; confier dans l'instant
l'ducation de la jeunesse  des philosophes ; multiplier, donner, rpandre,
afficher les crits qui propagent l'incrdulit, et porter svrement, pendant
un demi-sicle, la peine de mort contre tout individu qui rtablirait la
chimre[10]. Mais, ose-t-on vous dire, on fait des proslytes avec la svrit :
l'intolrance est le berceau de tous les martyrs. Cette objection est absurde
: ce que l'on me dit l n'est arriv que parce qu'on a mis, au contraire,
beaucoup trop de mollesse et de douceur dans le procd : on a ttonn
l'opration, et jamais on n'a t au but. Ce n'est pas une des ttes de
l'hydre qu'il faut couper, c'est le monstre en entier qu'il faut touffer. Le
martyr d'une opinion voit la mort avec courage, parce que cette force lui est
inspire par celui qui le prcde : massacrez tout en un seul jour, que rien
ne reste, et vous n'aurez plus, de ce moment, ni sectateurs, ni martyrs.
     - Cette opration n'est pas aise, dit Clairwil.
     - Infiniment plus qu'on ne pense, rpondit Belmor, et je me charge de
l'excuter avec vingt-cinq mille hommes, il le gouvernement veut me les
confier. Il ne faut  cela que de la politique, du secret, de la fermet,
surtout point de mollesse et point de queue : vous craignez les martyrs, vous
en aurez, tant qu'il restera un sectateur  l'abominable Dieu des chrtiens.
     - Mais, dis-je, il faudrait donc dtruire les deux tiers de la France !
     - Pas mme un, rpondit Belmor ; mais  supposer que la destruction
ncessaire ft aussi grande que vous le dites, vaudrait-il pas cent fois mieux
que cette belle partie de l'Europe ne ft habite que par dix millions
d'honntes gens que par vingt-cinq millions de coquins ? Cependant, je le
rpte, ne croyez pas qu'il y ait en France autant de sectateurs de la
religion chrtienne que vous semblez l'imaginer ; le triage serait bientt
fait : un an dans l'ombre et le silence me suffirait  l'tablir, et je
n'claterais que sr de mon fait.
     - Cette saigne serait prodigieuse !
     - J'en conviens, mais elle assurerait  jamais le bonheur de la France :
c'est un remde violent administr sur un corps vigoureux : en le tirant
promptement d'affaire, il lui vite une infinit de purgations qui, trop
multiplies, finissent par l'puiser tout  fait. Soyez bien certains que
toutes les plaies qui dchirent la France depuis dix-huit cents ans ne
viennent que des factions religieuses[11].
     - A vous entendre, comte, dit Noirceuil, vous n'aimez pas infiniment la
religion ?
     - Je la vois peser sur les peuples comme une des plaies dont la nature
afflige quelquefois les hommes, et si je n'aimais pas autant mon pays,
j'abhorrerais moins tout ce qui peut l'embraser et le dtruire.
     - Allons ! dit Noirceuil, puisse le gouvernement vous confier le soin que
vous dsirez : je jouirais bien sincrement avec vous du rsultat, puisqu'il
bannirait de dessus la partie du monde que j'habite, une abominable religion
que je hais pour le moins autant que vous.
     Et, comme il tait tard, aprs le plus succulent et le plus somptueux
dner, on partit pour la Socit.
     Il y avait un usage fort extraordinaire  la rception d'un nouveau
prsident. Appuy sur le ventre, dans un canap au bas de sa chaire, il
fallait que tous les membres de la Socit fussent lui baiser le cul, avant
qu'il ne s'tablt dans son fauteuil. Le comte se place, et chacun satisfait 
l'hommage. Il monte.
     - Mes frres, dit-il, j'ai promis d'entretenir aujourd'hui la Socit sur
l'amour, et quoique ce discours n'ait l'air de s'adresser qu'aux hommes, les
femmes, j'ose vous l'assurer, trouveront de mme tout ce qui leur est
ncessaire pour se prserver d'un sentiment aussi dangereux.
     Puis, s'tant couvert, et l'assemble l'coutant avec le plus grand
silence, voici comme il s'exprima :
      On appelle amour ce sentiment intrieur qui nous entrane, pour ainsi
dire comme malgr nous, vers un objet quelconque, qui nous fait vivement
dsirer de nous unir  lui... de nous en rapprocher sans cesse... qui nous
flatte... qui nous enivre quand nous russissons  cette union, et qui nous
dsespre... qui nous dchire, quand quelques motifs trangers viennent nous
contraindre  briser cette union. Si cette extravagance ne nous entranait
jamais qu' la jouissance prise avec cette ardeur, cet enivrement, elle ne
serait qu'un ridicule ; mais comme elle nous conduit  une certaine
mtaphysique qui, nous transformant en l'objet aim, nous rend ses actions,
ses besoins, ses dsirs aussi chers que les ntres propres, par cela seul elle
devient excessivement dangereuse, en nous dtachant trop de nous-mme et en
nous faisant ngliger nos intrts pour ceux de l'objet aim ; en nous
identifiant, pour ainsi dire, avec cet objet, elle nous fait adopter ses
malheurs, ses chagrins, et ajoute, par consquent, ainsi,  la somme des
ntres. D'ailleurs, la crainte ou de perdre cet objet, ou de le voir se
refroidir, nous tracasse sans cesse ; et de l'tat le plus tranquille de la
vie, nous passons insensiblement en adoptant cette chane, au plus cruel, sans
doute, qui se puisse imaginer dans le monde. Si la rcompense ou le
ddommagement de tant de peines tait autre chose qu'une jouissance ordinaire,
peut-tre conseillerais-je de le risquer ; mais tous les tous les tourments,
toutes les pines de l'amour ne conduisent jamais qu' ce qu'on peut aisment
obtenir sans lui : o donc est la ncessit de ses fers ? Lorsqu'une belle
femme s'offre  moi et que j'en deviens amoureux, je n'ai pas avec elle un but
diffrent que celui qui la voit qui la dsire sans former aucune espce
d'amour. Tous deux nous voulons coucher avec elle : lui, ce n'est que son
corps qu'il dsire, et moi, par une mtaphysique fausse et toujours
dangereuse, m'aveuglant sur le vritable motif qui, nanmoins, n'est autre que
celui de mon concurrent, je me persuade que ce n'est que le cur que je veux,
que toute ide de jouissance est exclue, et je me le persuade si bien, que je
ferais volontiers avec cette femme l'arrangement de ne l'aimer que pour
elle-mme, et d'acheter son cur au prix du sacrifice de tous mes dsirs
physiques. Voil la cause cruelle de mon erreur ; voil ce qui va m'entraner
dans ce gouffre affreux de chagrins ; voil ce qui va fltrir ma vie ; tout va
changer pour moi dans cet instant : les soupons, les jalousies, les
inquitudes vont devenir les aliments cruels de ma malheureuse existence ; et
plus j'approcherai de mon bonheur, plus il se constatera, plus la fatale
crainte de le perdre empoisonnera mes jours.
      En renonant aux pines de ce sentiment dangereux, n'imaginez pas que
je me prive de ses roses : je les cueillerai alors sans danger ; je ne
prendrai que le suc de la fleur, j'en loignerai toutes les matires
htrognes ; j'aurai, de mme, la possession du corps que je dsire, et
n'aurai pas celle de l'me qui ne m'est utile  rien. Si l'homme s'clairait
mieux sur ses vrais intrts dans la jouissance, il pargnerait  son cur
cette fivre cruelle qui le brle et qui le dessche. S'il pouvait se
convaincre qu'il n'est nullement besoin d'tre aim pour bien jouir, et que
l'amour nuit plutt aux transports de la jouissance qu'il n'y sert, il
renoncerait  cette mtaphysique du sentiment qui l'aveugle, se bornerait  la
simple jouissance du corps, connatrait le vritable bonheur, et s'pargnerait
pour toujours le chagrin insparable de sa dangereuse dlicatesse.
      C'est pour un tre de raison, une sensation tout  fait chimrique, que
cette dlicatesse que nous plaons dans le dsir de la jouissance. Elle peut
tre de quelque prix dans la mtaphysique de l'amour : c'est l'histoire de
toutes les illusions, elles s'embellissent mutuellement. Mais elle est
inutile, nuisible mme, dans ce qui ne tient qu' la satisfaction des sens. De
ce moment, vous le voyez, l'amour devient parfaitement inutile, et l'homme
raisonnable ne doit plus voir, dans l'objet de sa jouissance, qu'un objet pour
lequel le fluide nerveux s'enflamme, qu'une crature fort indiffrente par
elle-mme, qui doit se prter  la satisfaction purement physique des dsirs
allums par l'embrasement qu'elle a caus sur ce fluide, et qui, cette
satisfaction donne et reue, rentre, aux yeux de l'homme raisonnable, dans la
classe o elle tait auparavant. Elle n'est pas unique dans son espce : il
peut en retrouver d'aussi bonnes, d'aussi complaisantes. Il vivait bien
autrefois, avant de l'avoir connue : pourquoi ne vivrait-il pas tout de mme
aprs ? Comment l'infidlit de cette femme pourrait-elle le troubler en quoi
que ce pt tre ? En prodiguant ses faveurs  un autre, enlve-t-elle quelque
chose  son amant ? Il a eu son tour : de quoi se plaint-il ? Pourquoi un
autre ne l'aurait-il pas de mme ? et que perdra-t-il en cette crature qu'il
ne puisse aussitt retrouver dans une autre ? Si elle le trompe, d'ailleurs,
pour un rival, elle peut de mme tromper ce rival pour lui ; ce second amant
ne sera donc pas plus aim que le premier : pourquoi, d'aprs cela, serait-il
jaloux, puisqu'ils ne sont pas mieux traits l'un que l'autre ? Ces regrets
seraient tout au plus pardonnables, si cette femme chrie tait unique dans le
monde : ils sont extravagants ds que cette perte est rparable. Me mettant un
instant ici  la place de ce premier amant, qu'a-t-elle donc, cette crature,
je vous prie, pour occasionner ainsi mes douleurs ? Un peu d'attention sur
moi-mme, quelque retour sur mes sentiments : l'illusion seule me prtait de
la force, c'est le dsir de possder cette femme, c'est la curiosit qui
l'embellissait  mes yeux, et si la jouissance ne me les dessille pas, c'est,
ou parce que je n'ai pas encore assez joui, ou, par un reste de mes premires
erreurs, c'est le voile que j'tais accoutum de porter avant de jouir qui
retombe encore malgr moi sur mes yeux. Et je ne l'arrache pas ! C'est de la
faiblesse... de la pusillanimit. Dtaillons-la bien aprs la jouissance,
cette desse qui m'aveuglait avant... Saisissons le moment du calme et de
l'puisement pour la considrer de sang-froid ; passons un instant, comme dit
Lucrce, dans les arrire-scnes de la vie. Eh bien ! nous le verrons, cet
objet divin qui nous faisait tourner la tte, nous le verrons dou des mmes
dsirs, des mmes besoins, des mmes formes de corps, des mmes apptits...
afflig des mmes infirmits que toutes les autres cratures de son sexe ; et
nous dpouillant,  cet examen de sang-froid, du ridicule enthousiasme qui
nous entranait vers cet objet entirement semblable  tous les autres du mme
genre, nous verrons qu'en ne l'ayant plus, nous ne perdons que ce que nous
pouvons aisment rparer. Ne faisons entrer pour rien ici les agrments du
caractre : ces vertus, entirement du ressort de l'amiti, ne doivent tre
apprcies que par elle. Mais, en amour, je me trompe, si j'ai cru que c'tait
l ce qui m'avait dcid ; c'est le corps seul que j'aime, et c'est le corps
seul que je plains, quoique je puisse le retrouver  tout moment :  quel
point, ds lors, sont donc extravagants mes regrets !
      Osons le dire, dans aucun cas, la femme n'est faite pour le bonheur
exclusif de l'homme. Envisage du ct de la jouissance, assurment elle ne la
rend pas complte, puisque l'homme en trouve une beaucoup plus vive avec ses
semblables. Si c'est comme amie, sa fausset, sa soumission ou plutt sa
bassesse, s'opposent  la perfection du sentiment de l'amiti. Il faut dans
l'amiti de la franchise et de l'galit ; si l'un des deux amis domine
l'autre, l'amiti se dtruit ; or, cette autorit de l'un des deux sexes sur
l'autre, fatale  l'amiti, existe ncessairement entre deux amis de sexe
diffrent : donc la femme n'est bonne ni pour matresse, ni pour amie. Elle
n'est rellement bien place que dans l'esclavage o les orientaux la tiennent
: elle n'est bonne que pour la jouissance, au-del de laquelle, comme le
disait le bon roi Chilpric, il faut s'en dfaire le plus tt possible.
      S'il est ais de dmontrer que l'amour n'est qu'un prjug national,
que les trois quarts des peuples de l'univers dont la coutume est d'enfermer
leurs femmes, n'ont jamais connu ce dlire de l'imagination, en remontant
alors  l'origine de ce prjug, il nous sera facile et de nous assurer qu'il
n'est que cela, et d'arriver au moyen sr de sa gurison. Or, il est certain
que notre esprit de galanterie chevaleresque, qui offre ridiculement  notre
hommage l'objet qui n'est fait que pour nos besoins, il est certain, dis-je,
que cet esprit vient de l'ancien respect que nos anctres avaient autrefois
pour les femmes, en raison du mtier de prophtesses qu'elles exeraient dans
les villes et dans les campagnes : on passa par frayeur du respect au culte,
et la galanterie naquit au sein de la superstition. Mais ce respect ne fut
jamais dans la nature, on perdrait son temps  l'y chercher. L'infriorit de
ce sexe sur le ntre est trop bien tablie pour qu'il puisse jamais exciter en
nous aucun motif solide de le respecter, et l'amour, qui naquit de ce respect
aveugle, n'est qu'un prjug comme lui. Le respect pour les femmes augmente en
raison de ce que l'esprit du gouvernement s'loigne des principes de la nature
; tant que les hommes n'obissent qu' ces premires lois, ils doivent
souverainement mpriser les femmes : elles deviennent des Desses quand ils
s'avilissent parce que l'homme s'affaiblit alors, et qu'il faut ncessairement
que le plus faible commande quand le plus fort se dgrade : aussi le
gouvernement est-il toujours dbile quand les femmes rgnent. Ne me citez
point la Turquie ; si son gouvernement est faible, ce n'est que depuis
l'poque o les intrigues du srail ont rgl ses dmarches : les Turcs ont
dtruit l'empire de Constantinople quand ils tranaient ce sexe enchan, et
quand, en face de son arme, Mahomet second tranchait la tte d'Irne, 
laquelle on souponnait trop d'empire sur lui. Il y a de la bassesse et de la
dpravation  rendre le plus lger culte aux femmes ; ce culte est impossible,
mme au moment de l'ivresse : comment le peut-on souponner aprs ? Si de ce
qu'une chose sert, devient un motif pour l'adorer, il faut donc de mme adorer
son buf, son ne, sa chaise perce, etc.
      Ce qui s'appelle amour, en un mot, n'est autre chose que le dsir de
jouir ; tant qu'il existe, le culte est inutile ; ds qu'il est satisfait, il
est impossible : ce qui prouve que ce ne fut certainement point du culte que
naquit le respect, mais du respect que naquit le culte. Jetez les yeux sur les
exemples d'avilissement o ce sexe fut autrefois, o il est encore chez une
grande partie des peuples de la terre, et vous achverez de vous convaincre
que la passion mtaphysique de l'amour n'est nullement inne dans l'homme,
mais qu'elle est le fruit de ses prjugs et de ses usages, et que l'objet qui
fit natre cette passion, gnralement mprise partout, n'aurait jamais d
l'aveugler.
      Ce mpris est tel chez les Croates, plus particulirement connus des
gographes sous le nom d'Uscoques et de Morlaques[12], que quand ils veulent
parler de leurs femmes, de emploient cette mme expression vulgaire dont se
sert le peuple au sujet d'un animal vil[13]. Jamais ils ne les souffrent dans
leur lit, elles couchent  terre, sont obliges d'obir au moindre signe, et
dchires  coups de nerfs de buf  la plus lgre dsobissance. Leur
soumission, leur rgime, leurs fatigues journalires ne s'interrompent jamais,
mme dans leur grossesse : on les voit souvent accoucher en pleine campagne,
ramasser leurs enfants, les laver au premier ruisseau, les rapporter chez
elles, et continuer leurs occupations. On a remarqu que, dans ce pays, les
enfants taient beaucoup plus sains, beaucoup plus robustes, et les femmes
beaucoup plus fidles. Il semble que la nature ne veuille pas perdre les
droits que notre luxe et notre fausse dlicatesse cherchent  lui ravir en nos
climats, sans en recueillir d'autres fruits que d'abaisser notre sexe, en lui
assimilant celui qu'elle n'a cr que pour en tre l'esclave.
      Chez les Cosaques Zaporariens, les femmes sont absolument exclues des
peuplades ; celles qui servent  la propagation sont relgues dans des les
spares, et ils vont s'en servir l quand ils en ont besoin, mais sans choix,
sans distinction ; le besoin seul agit ; l'ge, la figure, ni le sang
n'tablissent aucune diffrence, en sorte que le pre a des enfants de sa
fille ; le frre, de sa sur ; et point d'autres lois chez ces peuples, que
celles qu'tablit le besoin.
      Il y a des pays o, quand les femmes ont leurs rgles, elles sont
traites comme des btes ; on les enferme troitement, et on leur jette 
manger de loin, comme  des tigres ou  des ours : croyez-vous que ces
peuples-l soient bien amoureux de leurs femmes ?
      Au royaume de Louango, en Afrique, les femmes enceintes sont encore
plus maltraitee. Une fois dans cet tat, elles n'en paraissent que plus
impures, que plus difformes et plus dgotantes. Et qu'y a-t-il, en effet, de
plus affreux qu'une femme grosse ? Pour se bien pntrer de toute l'horreur
qu'inspire ce sexe, il me semble que ce devrait tre toujours  nu, et dans
cet tat, qu'il faudrait l'offrir  ses sectateurs.
      Les ngres de Barr n'ont de commerce avec elles que quatre ans aprs
qu'elles sont accouches.
      Les femmes de Madur ne parlent de leurs maris qu'avec des
circonlocutions qui expriment le profond respect qu'elles ont pour eux.
      Les Romains et les Celtes avaient sur leurs femmes le droit de vie et
de mort, et ils en usaient souvent. Ce droit nous est assur par la nature :
nous lui dsobissons et nous dgradons ses lois en ne l'exerant pas.
      Leur esclavage est affreux dans presque toute l'Afrique : elles se
trouvent bien heureuses en ce pays, quand le mari daigne accepter leurs soins.
      Elles sont si maltraites, si malheureuses, dans le royaume de Juida,
que celles que l'on recrute pour complter le srail du souverain aiment
mieux, quand elles le peuvent, se tuer que de se laisser conduire, ce prince
ne jouissant jamais de ses femmes qu'en leur imposant, dit-on, d'excrables
supplices.
      Jetterons-nous les yeux sur ces magnifiques retraites de l'Asie ? Nous
y verrous d'orgueilleux despotes faisant prendre leurs dsirs pour des ordres,
assouplir la beaut la plus pure aux sales caprices de leur imagination, et
rduire  l'avilissement le plus extrme ces fires divinits que notre
bassesse encense.
      Les Chinois mprisent souverainement les femmes ils disent qu'il faut
se presser de les rejeter aussitt qu'on s'en est servi.
      Lorsque l'empereur de Golconde veut se promener, douze des plus grandes
et des plus vigoureuses filles de son srail forment, en s'arrangeant les unes
sur les autres, une espce de dromadaire dont les quatre plus grandes
composent les jambes ; on huche Sa Majest sur les reins de ces filles, et
elles partent. Je vous laisse  souponner les murs de ce monarque dans
l'intrieur de son harem, et dans quel tonnement il serait, si l'on venait
lui dire que les cratures dont il se sert pour ses besoins sont des objets de
culte en Europe.
      Les Moscovites ne veulent rien manger de ce qui a t tu par une femme.
      Ah ! croyez-le, mes frres, ce n'est pas pour nous avilir par un
sentiment aussi bas que celui de l'amour, que la nature a mis la force de
notre ct : c'est, au contraire, pour commander  ce sexe faible et trompeur,
pour le contraindre  servir nos dsirs ; et nous oublions totalement ses
vues, quand nous laissons quelque empire aux tres qu'elle nous a soumis.
      Nous imaginons trouver le bonheur dans la tendresse que nous supposons
aux femmes pour nous. Mais ce sentiment n'est jamais que jou, que mesur sur
le besoin qu'elles croient avoir de nous, ou l'espce de passion que nous
flattons en elles. Que l'ge vienne, ou que la fortune change, ne pouvant plus
servir  leurs plaisirs ou  leur orgueil, elles nous abandonnent  l'instant,
et deviennent souvent nos plus mortelles ennemies. Dans tous les cas, nous
n'en avons point de plus cruels que les femmes qui mme nous adorent
sincrement : si nous en jouissons, elles nous tyrannisent ; si nous les
mprisons, elles se vengent, et finissent toujours par nous nuire. D'o il
rsulte que, de toutes les passions de l'homme, l'amour est la plus dangereuse
et celle dont il doit se garantir avec le plus de soin.
      Mais faut-il autre chose que son aveuglement pour en juger la folie ?
faut-il autre chose que cette illusion fatale qui lui fait prter tant de
charmes  l'objet qu'il encense ? Il n'est pas un tort qui ne devienne une
vertu ; pas un dfaut qui ne soit une beaut ; pas un ridicule qui ne soit une
grce. Eh ! quand l'ivresse est dissipe, et qu'clair sur le misrable objet
de son culte, l'homme peut le considrer de sang-froid, ne devrait-il pas au
moins, en rougissant de son indigne erreur, prendre de fermes rsolutions pour
ne plus s'aveugler  l'avenir !
      L'inconstance et le libertinage : voil, mes frres, les deux
contrepoisons de l'amour. Tous deux, en nous accoutumant au commerce de ces
fausses divinits, font insensiblement tomber l'illusion : on n'adore plus ce
que l'on voit tous les jours. Par l'habitude de l'inconstance et du
libertinage, le cur perd insensiblement de cette mollesse dangereuse qui le
rend susceptible des impressions de l'amour ; il se blase, il s'endurcit, et
la gurison suit de prs. Eh ! comment irais-je me morfondre prs des rigueurs
de cette crature qui me brave, lorsque avec un peu de rflexion, je vois
qu'un couple de louis peut me procurer sans peine la possession d'un corps
aussi beau que le sien ?
      Ne perdons jamais de vue que la femme qui essaie de nous captiver le
mieux, cache certainement des dfauts qui nous dgoteraient bientt si nous
pouvions les connatre. Que notre imagination les voie, ces dtails... qu'elle
les souponne, qu'elle les devine ; et cette premire opration, faite dans le
moment o l'amour nat, parviendra peut-tre  l'teindre. Est-elle fille ?
certainement elle exhale quelque odeur malsaine ; si ce n'est dans un temps,
c'est dans l'autre : est-ce bien la peine de s'enthousiasmer devant un cloaque
? Est-elle femme ? les restes d'un autre peuvent, j'en conviens, exciter un
moment nos dsirs, mais notre amour ?... Et qu'idoltrer l, d'ailleurs ? Le
vaste moule d'une douzaine d'enfants... Reprsentez-vous-la quand elle
accouche, cette divinit de votre cur ; voyez cette masse informe de chair
sortir, gluante et empeste, du centre o vous croyez trouver le bonheur ;
dshabillez enfin, mme dans un autre temps, cette idole de votre me :
seront-ce ces deux cuisses courtes et cagneuses qui vous tourneront la
cervelle ? ou ce gouffre impur et ftide qu'elles soutiennent ?... Ah ! ce
sera peut-tre ce tablier pliss qui, retombant en ondes flottantes sur ces
mmes cuisses, chauffera votre imagination ?... ou ces deux globes amollis et
pendant jusqu'au nombril ? Peut-tre est-ce au revers de la mdaille que votre
hommage s'rige ? Et ce sont ces deux pices de chair flasque et jaune,
renfermant en elles un trou livide, qui se runit  l'autre ; oh ! ce sont
assurment ces charmes-l dont votre esprit se repat ! et c'est pour en jouir
que vous vous ravalez de la condition des btes les plus stupides !... Mais je
me trompe, ce n'est rien de tout cela qui vous attire : de bien plus belles
qualits vous enchanent ! C'est ce caractre faux et double, cet tat
perptuel de mensonge et de fourberie, ce ton acaritre, ce son de voix
semblable  celui des chats, ou ce putanisme, ou cette pruderie (car jamais
une femme n'est hors de ces deux extrmes), cette calomnie... cette
mchancet... cette contradiction... cette inconsquence... Oui, oui ! je le
vois, ce sont ces attraits qui vous retiennent, et, sans doute, ils valent
bien la peine de vous tourner la tte[14].
      N'imaginez pas que j'outre la matire. Si tous ces dfauts ne sont pas
runis dans le mme tre, celui que vous adorez en possde assurment une
partie. Si vous ne les voyez pas, c'est qu'on vous les drobe, mais ils
existent. Si la toilette, ou l'ducation, dguise ce qui nous dgoterait, le
dfaut n'en est pas moins rel ; recherchez-le avant de vous lier, vous le
reconnatrez infailliblement, et si vous tes sages, n'allez pas sacrifier
votre bonheur et votre tranquillit  la jouissance d'un objet qui
certainement vous fera bientt horreur.
      mes frres ! jetez les yeux sur la multitude de peines o cette funeste
passion entrane les hommes : les maladies cruelles, fruits des tourmente
qu'elle donne, la perte des biens, du repos, de la sant, l'abandon de tous
les autres plaisirs ; sentez les sacrifices normes qu'elle cote, et,
profitant de tous ces exemples, faites comme le nautonier prudent, qui ne
passe point auprs de l'cueil o vient d'chouer le navire qui fendait les
mers avec lui.
      Eh ! la vie ne vous offre-t-elle pas bien d'autres plaisirs sans
ceux-l ?... Que dis-je ?... elle vous prsente les mmes, et elle vous les
donne sans pines. Puisque le libertinage vous assure les mmes jouissances,
et ne vous demande que de les dgager de cette mtaphysique  la glace qui
n'ajoute rien aux plaisirs, jouissez sans liens de tous les objets offerts 
vos sens. Et quelle ncessit y a-t-il donc d'aimer une femme pour s'en servir
? Il me semble que nous prouvons tous ici qu'on s'en sert beaucoup mieux
quand on ne l'aime point, ou qu'il est au moins trs inutile de l'aimer pour
en venir l. Qu'avons-nous besoin de prolonger ces plaisirs par une ivresse
folle et ridicule ? Au bout de cinq  six heures, n'avons-nous pas eu de cette
femme tout ce qu'il nous en faut ? Une autre nuit, cent autres nuits ne nous
ramneraient que les mmes plaisirs : et d'autres objets vous en prparent de
nouveaux. Quoi ! tandis que des millions de beauts vous attendent, vous
auriez la folie de ne vous attacher qu' une ? Ne ririez-vous pas de la
simplicit d'un convive qui, dans un repas magnifique, ne se nourrirait que
d'un seul plat, quoique plus de cent fussent offerts  son apptit ? C'est la
diversit, c'est le changement qui fait le bonheur de la vie, et il n'est pas
un seul objet sur la terre qui ne puisse vous procurer une volupt nouvelle :
comment pouvez-vous porter l'extravagance au point de vous captiver  celui
qui ne peut vous en prsenter qu'une ?
      Ce que j'ai dit des femmes, mes frres, vous pouvez le rapporter aux
hommes. Nos dfauts sont aussi grands que les leurs, et nous ne mritons pas
mieux de les fixer : toute espce de chane est une folie, tout lien est un
attentat  la libert physique dont nous jouissons sur la surface du globe. Et
tandis que je perds mon temps avec cet tre quelconque, cent mille autres se
fltrissent autour de moi, qui mriteraient bien mieux mon hommage.
      Est-ce une matresse, d'ailleurs, qui peut satisfaire un homme ?
Est-ce, alors qu'esclave des volonts et des dsirs de sa desse, il ne
travaillera qu' la contenter, qu'il pourra s'occuper de ses volupts
personnelles ? La supriorit est ncessaire dans l'acte de la jouissance :
celui des deux qui partage, ou qui obit, est certainement exclu du plaisir.
Loin de nous cette dlicatesse imbcile qui nous fait trouver des charmes,
mme dans nos sacrifices... Ces jouissances, purement intellectuelles,
peuvent-elles valoir celles de nos sens ? Il en est de l'amour des femmes
comme de celui de Dieu : ce sont des illusions qui nous nourrissent dans l'un
et l'autre cas. Dans le premier, nous voulons n'aimer que l'esprit,
abstraction faite du corps ; dans le second, nous prtons un corps  l'esprit
; et dans tous deux, nous n'encensons que des chimres.
      Jouissons : telle est la loi de la nature. Et comme il est parfaitement
impossible d'aimer longtemps l'objet dont on jouit, subissons le sort de tous
les tres que nous ravalons injustement au-dessous de nous, et que nous
enchanons par la force, bien plus que par la raison. Voyons-nous le chien ou
le pigeon reconnatre sa compagne quand il en a joui ? Si l'amour l'enflamme
un instant, cet amour n'est que le besoin, et sitt qu'il est satisfait,
l'indiffrence ou le dgot succde, jusqu'au moment d'un nouveau dsir. Mais
ce ne sera plus avec la mme femelle : toutes celles qui se rencontreront,
deviendront tour  tour l'objet des vux du mle inconstant ; et s'il s'lve
une dispute, la favorite de la veille sera sacrifie comme le rival du jour.
Ah ! ne nous loignons pas de ces modles, plus rapprochs que nous de la
nature ! ils en suivent bien mieux les lois ; et si nous avons reu quelques
sens de plus qu'eux, c'est pour raffiner leurs plaisirs. Du moment que la
femelle de l'homme n'a, au-dessus de l'animal, prcisment que ce qui forme
ses dfauts, pourquoi voulons-nous adorer dans elle cette portion qui ne l'en
distingue que pour l'humilier ? Aimons le corps, comme fait l'animal ; mais
n'ayons aucun sentiment pour ce que nous croyons tre distinct du corps,
puisque c'est positivement l que se trouve ce qui contrebalance le reste, et
ce qui devrait servir seul  nous en loigner. Quoi ! c'est le caractre d'une
femme, c'est son esprit bourru, c'est son me perfide, qui devraient toujours
me refroidir sur l'envie que j'ai de jouir de son corps, et j'oserais dire,
dans mon ivresse mtaphysique, que ce n'est point le corps que je veux, mais
le cur, c'est--dire, prcisment la chose qui devrait m'loigner de ce corps
! Cette extravagance ne peut se comparer  rien. Et d'ailleurs, la beaut
n'tant qu'une chose de convention, l'amour ne peut plus tre qu'un sentiment
arbitraire, ds que ces traits de beaut qui font natre l'amour ne sont pas
uniformes.
      L'amour, ne devenant plus que le got exig par les organes, ne peut
plus tre qu'un mouvement physique o la dlicatesse ne peut plus s'allier ;
car, de ce moment, il est clair que j'aime une blonde, parce qu'elle a des
rapports qui s'enchanent  mes sens ; vous... une brune, par de semblables
raisons ; et, dans tous deux, l'objet matriel s'identifiant  ce qu'il y a de
plus matriel en nous, comment adapterez-vous de la dlicatesse et du
dsintressement  cet unique organe du besoin et de la convenance ? Tout ce
que vous y mettrez de mtaphysique ne sera plus qu'illusoire, fruit de votre
orgueil bien plus que de la nature, et que le plus lger examen doit dissiper
comme un souffle. Ne traiteriez-vous pas de fou l'homme qui, de sang-froid,
vous assurerait qu'il n'aime d'un illet que l'odeur, mais que la fleur lui
est indiffrente ? Il est impossible d'imaginer dans quelles erreurs on tombe,
en s'attachant ainsi  toutes les fausses lueurs de la mtaphysique.
      Mais, m'objectera-t-on peut-tre, ce culte exista de tout temps : les
Grecs et les Romains firent des divinits de l'Amour et de sa mre. Je rponds
 cela que ce culte put avoir chez eux les mmes principes que chez nous. Les
femmes prdisaient aussi l'avenir chez les Grecs et chez les Romains : de l,
sans doute, sont ns le respect et le culte du respect, ainsi que je l'ai fait
voir. D'ailleurs, il faut trs peu s'en rapporter aux Grecs et aux Romains,
sur les objets de culte ; et les peuples qui adoraient la merde sous le nom du
dieu Sterculius, et les gouts sous celui de la desse Cloacine, pouvaient
bien adorer les femmes, si souvent rapproches par l'odeur de ces deux
antiques divinits.
      Soyons donc sages  la fin, et faisons de ces ridicules idoles ce que
les Japonais font des leurs, quand ils n'en obtiennent pas ce qu'ils dsirent.
Adorons, ou faisons semblant d'adorer, si l'on veut, jusqu' l'obtention de la
chose dsire : mprisons-les, ds qu'elle est  nous. Si on nous refuse,
donnons cent coups de bton  l'idole, pour lui apprendre  ddaigner nos vux
; ou, si vous l'aimez mieux, imitons les Ostiaques qui fustigent leurs Dieux 
tour de bras, aussitt qu'ils en sont mcontents. Il faut pulvriser le Dieu
qui n'est bon  rien : c'est bien assez d'avoir l'air d'y croire dans le
moment de l'esprance.
      L'amour est un besoin physique, gardons-nous de le considrer jamais
autrement[15]. L'amour est, dit Voltaire, l'toffe de la nature que
l'imagination a brode. Le but de l'amour, ses dsirs, ses volupts, tout est
physique en lui. Fuyons pour toujours l'objet qui semblerait prtendre 
quelque chose de plus. L'absence et le changement sont les remdes assure de
l'amour : on ne pense bientt plus  la personne qu'on cesse de voir, et les
volupts nouvelles absorbent le souvenir des anciennes ; les regrets de
pareilles pertes sont bientt oublis. Ce sont les plaisirs irrecouvrables qui
peuvent en donner d'amers : mais ceux qui se remplacent aussi facilement, ceux
qui renaissent  toutes les minutes...  tous les coins de rues, ne doivent
pas coter une larme.
      Eh ! si l'amour tait vraiment un bien, s'il tait rellement fait pour
notre bonheur, un quart de la vie s'coulerait donc sans en pouvoir jouir ?
Quel est l'homme qui peut se flatter d'enchaner le cur d'une femme, quand il
a pass soixante ans ? Il en a pourtant quinze encore  jouir, s'il est bien
constitu : il doit donc renoncer au bonheur pendant ces quinze annes-l ?
Gardons-nous d'admettre un pareil systme : si l'ge vient faner les roses du
printemps, il n'teint ni les dsirs, ni les moyens de les satisfaire ; et les
plaisirs que gote le vieillard, toujours plus recherchs... toujours plus
amliors... toujours plus dgags de cette froide mtaphysique, vritable
tombeau des volupts, ces plaisirs, dis-je, seront mille fois plus dlicieux,
cueillis au sein de la dbauche, de la crapule et du libertinage, que ne
pouvaient l'tre ceux qu'il procurait jadis  sa belle matresse : alors, il
ne travaillait que pour elle, c'est de lui seul qu'il s'occupe aujourd'hui.
Regardez ses raffinements ; observez comme il craint de perdre ce qu'il sait
bien ne pouvoir caresser qu'une minute ; quels dtails dans sa lubrique
jouissance !... comme tout est pour lui, et comme il veut qu'on ne s'occupe
que de lui ! L'apparence mme du plaisir le troublerait dans l'objet qui le
sert : ce n'est que de la soumission qu'il veut. La blonde Hb dtourne ses
regards, elle ne peut cacher ses dgots : qu'importe au septuagnaire
Philatre ? Ce n'est pas pour elle qu'il veut jouir, c'est pour lui seul ; ces
mouvements d'horreur qu'il produit, tournent au profit de sa volupt mme ; il
est bien aise de l'inspirer. Il est oblig de contraindre, il faut presque
qu'il menace, pour obtenir qu'on dirige dans sa bouche ftide une langue douce
et frache, que la jeune beaut qui lui est sacrifie craint de profaner par
ce sale ministre : et voil tout d'un coup l'image du viol, et, par
consquent, pour Philatre, un plaisir de plus. Jouissait-il de tous ces
plaisirs  vingt ans ? On le prvenait, on l'accablait de caresses,  peine
avait-il le loisir d'en dsirer, et la jouissance, teinte dans elle-mme, ne
lui laissait jamais aucune pointe. Est-ce un dsir, que le mouvement satisfait
avant que de natre ? La rsistance n'est-elle donc pas la seule me du dsir
: o peut-elle, en ce cas, exister plus entire qu'au sein des dgots ? Si
donc le plaisir ne s'irrite que par la rsistance, et que celle-ci ne soit
relle qu'enfante par le dgot, il peut donc devenir dlicieux d'en causer,
et toutes les fantaisies qui en donnent  une femme peuvent donc devenir plus
sensuelles, et cent fois meilleures que l'amour... que l'amour... la plus
absurde de toutes les folies, et dont je crois vous avoir suffisamment
dmontr le ridicule et tous les dangers. 
     On imagine bien que cette dissertation ne fut pas trs applaudie par les
femmes ; mais Belmor, qui ne recherchait gure plus leurs loges que leurs
sentiments, fut amplement consol par les applaudissements masculins qui
partirent de tous les coins de la salle. Remettant les attributs de la
prsidence  son devancier, il descendit pour aller prendre connaissance des
srails et y exercer son autorit. Noirceuil, Clairwil et moi, le rejoignmes
au bout de la tribune, et nous passmes ensemble aux harems. Un homme de
soixante ans arrte Belmor comme il allait sortir avec nous de la salle, et
pour lui tmoigner la reconnaissance qu'il avait du discours qu'il venait de
prononcer, il le supplie de lui prter son cul. Belmor, ne pouvant refuser, se
mit en posture. Le sexagnaire l'encule, et ne nous rend Belmor qu'aprs lui
avoir dcharg dans le derrire.
     - Voil une bonne fortune,  laquelle je ne m'attendais pas, dit le comte.
     - Elle est due  ton loquence, rpondit Noirceuil.
     - Partisan du physique, comme vous venez de le voir, dit Belmor,
j'aimerais mieux la devoir  mon cul qu' mon esprit.
     Et nous entrmes au srail, en riant tous de cette saillie.
     Le prsident se fit tout ouvrir, et, pendant ce temps, personne ne put
pntrer que nous,  qui il permit de l'escorter. Vous imaginez qu'avec le
genre d'esprit que vous venez de lui reconnatre, le nombre des coupables
qu'il trouva fut prodigieux. Il tait suivi, dans sa tourne, de quatre
bourreaux, de deux corcheurs, de six flagellateurs et de quatre geliers. Le
premier srail qui s'ouvrit fut celui des femmes. Il en condamna au fouet
trente, de cinq  dix ans ; vingt-huit, de dix  quinze ; quarante-sept, de
quinze  dix-huit ; soixante-cinq, de dix-huit  vingt et un. Il y eut, dans
ce mme srail, trois enfants condamne  tre corchs vifs, de l'ge de six
 dix ans ; trois de cette mme classe reurent leur sentence de mort ; dans
celle de dix  quinze, il y eut six filles destines  ce premier supplice,
quatre au second ; dans celle de quinze  dix-huit, six corches et huit
sentences de mort ; et dans la dernire, seulement quatre  la mort et cinq 
tre corches. Ces sortes d'excutions ne se faisaient pas tout de suite. Les
cratures ainsi condamnes passaient dans des chambres spares, et c'taient
les premires qu'on livrait aux libertins qui voulaient sacrifier  ces gots.
Quatre sujets chez les femmes furent condamne au cachot. A l'gard des
flagellations, elles furent toutes subies sous nos yeux. On amenait la victime
nue au prsident ; il l'examinait, la maniait  son aise un instant ; ensuite,
un des flagellateurs s'en emparait, il la courbait vigoureusement sur ses
genoux, et ds qu'elle tait en position de ne pouvoir plus remuer, un second
flagellateur, arm de verges ou de martinets, le tout au gr du prsident,
appliquait le nombre de coups prescrit de mme par lui. Belmor nous fit
l'honntet de nous laisser presque toujours fixer ce nombre, et vous imaginez
aisment que nous ne fmes pas en dessous de sa svrit. Six de ces jeunes
filles reurent une si grande quantit de coups, qu'on fut oblig de les
emporter  moiti mortes. Tous les quatre, enlacs dans les bras l'un de
l'autre, nous nous branlions beaucoup pendant ces lubriques oprations, et le
foutre jaillissait souvent.
     On passa chez les hommes. Ici Clairwil excite vivement Belmor  n'tre
pas plus compatissant ; et celui-ci, dont je vous ai dit que les gots
consistaient  faire massacrer des petite garons sur lui, n'eut pas besoin de
stimulant pour montrer sa frocit. Quarante-deux enfants de sept  douze ans
reurent le fouet avec la plus extrme rigueur ; il y eut dans cette clame six
sentences de mort et dix d'corchure. Soixante-quatre garons de douze 
dix-huit ans ne furent pas plus pargns ; et l, trois sentences de mort et
huit d'corchure. Dans la dernire classe, c'est--dire dans celle de dix-huit
 vingt-cinq ans, il y eut cinquante-six culs fouetts, deux morts et trois
corchures ; six en tout, sur le total, furent condamns au cachot. Il y eut
aussi deux matrones de fouettes pour cause de relchement dans leur service,
et ce fut Belmor qui les trilla de sa main, jusqu' ce qu'il et enlev la
premire peau de leurs fesses.
     Je n'avais pas cess de le branler pendant toutes ces oprations ; il
bandait excessivement ; mais je dois rendre  la fermet de son caractre la
justice de dire qu'il ne dchargea pas une seule fois, et ne s'apitoya pas un
instant.
     - Allons, lui dit Noirceuil, occupons-nous de plaisirs maintenant :
fais-nous voir ta passion, Belmor, tu nous l'as promis.
     - J'y consens, dit le comte, mais comme me voil furieusement chauff,
je prtends lui donner une extension terrible.
     - A la bonne heure, dit Noirceuil, nous en jouirons mieux.
     Le prsident, alors, rvisa tous les petits garons ; il en choisit dix
de sept ans ; il lui fallait un pareil nombre de belles et grandes filles,
mais, ayant dsir tenir la place de l'une d'elles, il n'en fit sortir que
neuf. Elles taient toutes de dix-huit  vingt et un ans ; je remarquai, comme
une chose assez singulire, que ces neuf sujets taient tous du nombre de ceux
que sa mchancet venait de condamner  la mort ou  l'corchure. Dix hommes,
mais uniquement choisis  la supriorit du membre, furent nomms pour le
foutre pendant son opration, et voici comme elle commena.
     On lia d'abord sur une fille (afin qu'avant de servir  la chose, j'eusse
au moins le plaisir d'en juger), on lia, dis-je, un des enfants sur les
paules de cette fille, mais si troitement garrott, qu'on et presque dit
que les deux corps n'en faisaient qu'un. Alors la fille, avec son paquet sur
le dos, se mit  plat ventre sur un sopha, les fesses prodigieusement
exposes. Le comte examina, mordit, pina vigoureusement le cul de l'enfant et
claqua de mme celui de la fille ; une autre fille, sur trois de douze ans,
choisie  cet effet, s'tendit  terre entre les jambes de celle qui avait
l'enfant sur le dos, et Belmor, se mettant  genoux sur un carreau, de mme,
entre les jambes de la fille au paquet, foutit en bouche celle qui tait
tendue ; on l'encula dans cette posture, et Clairwil devait enculer le
fouteur. Par l'attitude du comte, sa tte se trouvait  la hauteur des fesses
de la fille appuye sur le sopha ; deux bourreaux s'emparrent alors du corps
de l'enfant li, et, par mille diffrentes blessures, firent couler son sang
dans l'entre-deux des fesses en face desquelles se trouvait la tte du comte.
     - Allons, chiez, dit-il  la fille, ds qu'il aperut le premier ruisseau
de sang, chiez, putain ! chiez-moi dans la bouche.
     On obit, et le paillard, collant ses lvres au trou du cul, reut par ce
moyen,  la fois, et le sang qui coulait du corps de l'enfant, et la merde qui
sortait du cul de la fille. Il ne se faisait aucun changement, que la victime
lie n'et perdu tout son sang. Ds qu'il n'avait plus de vie, la fille qui le
portait se relevait, et sans quitter son fardeau, elle se portait en face de
l'opration, de manire  former une perspective au comte. Je fus seule
dispense de cette crmonie ; je passai la troisime, et l'on dtacha
l'enfant ds que je me relevai ; tous dix furent ainsi massacrs, pendant que
les dix filles chiaient, et que les trois suceuses se relayaient. Belmor
dchargea une fois dans chaque bouche, et continua toujours son opration sans
s'arrter. Clairwil tait excde ; elle avait au moins distribu plus de dix
mille coups de fouet sur le cul des fouteurs du comte. Pour Noirceuil, il
avait examin avec assez de sang-froid, au milieu de deux filles de seize ans,
fort jolies, qui le branlaient et le suaient tour  tour, pendant qu'il
molestait leurs fesses.
     - Voil une charmante passion, dit-il  Belmor, quand celui-ci eut
dcharg pour la dernire fois, mais je vais, moi, avec la permission du
comte, lui faire voir qu'on pourrait, ce me semble, donner une autre tournure
 cette mme fantaisie. Qu'on m'amne, dit-il, dix petites filles de cinq 
sept ans, et dix garons de seize  dix-huit ; il me semble que les fouteurs
du comte bandent encore : je me servirai d'eux. Voici maintenant comme je
disposerai cette jouissance.
     Il fit tenir droit un des jeunes gens de seize  dix-huit ans, et ce fut
sur son sein qu'il lia la petite fille, en sorte qu'elle avait le con sur la
bouche du jeune homme ; la ligature se fit si serre, que le jeune homme
touffait presque.
     - Vous voyez, nous dit Noirceuil, que le porteur et le port souffrent,
dans mon opration, ce qui n'est pas dans celle du comte, o la porteuse
n'prouve pas la moindre douleur ; et il me semble que de telles expditions
ne se perfectionnent qu'autant que les douleurs se multiplient.
     Noirceuil s'agenouilla devant le porteur et lui sua le vit ; les
bourreaux se mirent  travailler l'enfant ; les suceuses pomprent tour  tour
le vit de Noirceuil, et on le foutit ; le sang de la victime coula bientt sur
le vit que suait Noirceuil, qui, par ce moyen, avalait  la fois et du foutre
et du sang. Les victimes passrent, et cette fantaisie barbare cota, comme
vous le voyez, la vie  vingt enfants.
     - J'aime mieux la scne de cette manire, dis-je, et s'il n'tait pas si
tard, ce serait ainsi que je l'excuterais dans l'instant.
     Belmor, loin de combattre l'avis de Noirceuil, parut approuver.
     - Mais ce qui fait pourtant, nous dit-il, que je ne changerai pas, c'est
que ce sont des filles que sacrifie Noirceuil, et que j'ai, moi, le mauvais
got de n'aimer  sacrifier que des petits garons.
     - Ah ! voil ce qui me dcidera toujours pour votre genre, s'crie
Clairwil ; il n'y a rien de dlicieux dans le monde comme de choisir ses
victimes parmi les hommes ; qu'est-ce que le triomphe de la force sur la
faiblesse ? ce qui est tout simple, peut-il amuser ? Mais qu'elles sont
flatteuses, qu'elles sont douces, les victoires remportes par la faiblesse
sur la supriorit.
     Puis, s'adressant aux deux amis, avec cette effervescence qui la rendait
si belle :
     - Hommes froces ! s'cria-t-elle, massacrez des femmes tant que vous
voudrez : je suis contente, pourvu que je venge seulement dix victimes de mon
sexe par une du vtre.
     Ici l'on se spara ; Noirceuil et Belmor passrent au srail des femmes,
o nous smes qu'ils avaient encore immol une dizaine de cratures de toutes
les manires et de tous les genres possibles. Clairwil et moi, nous restmes 
celui des hommes, dont nous sortimes aprs nous tre fait foutre soixante ou
quatre-vingts coups chacune, et aprs quelques autres petites horreurs, dont
vous vous doutez sans que je sois oblige de vous le dire.
     Trs peu de jours aprs les infamies o nous nous tions livres,  la
Socit, avec le comte de Belmor et son amie, cet aimable prsident de notre
assemble vint me voir et me convaincre que Clairwil ne m'avait point trompe
en m'assurant qu'il prouvait le plus grand dsir de se lier  moi. Le comte,
excessivement riche, me proposa cinquante mille francs par mois, seulement
pour deux soupers par semaine : rien ne s'y opposait, puisque Saint-Fond ne me
gnait nullement. Je rpondis au comte que je me lierais avec lui de bon cur,
mais que les cinquante mille francs qu'il me proposait ne suffiraient
seulement pas  payer les frais des soupers. Le comte m'entendit, et doubla la
somme, en se chargeant de payer tous les dtails  part... lesquels taient
d'autant plus considrables que le libertin voulait avoir rgulirement, 
chaque souper, trois superbes femmes nouvelles sur le corps desquelles il
immolerait, ou ferait immoler, trois jeunes garons. Ses meurtres consomms,
il coucherait avec moi, et nous nous branlerions quelquefois encore deux ou
trois heures, au bout desquelles il se retirerait chez lui. Telles taient ses
conventions ; j'acceptai.
     Sans en excepter Noirceuil et Saint-Fond, il y avait peu d'hommes aussi
corrompus que Belmor ; il l'tait par principe... par temprament... par got,
et sa perfide imagination lui faisait souvent inventer des choses qui
surpassaient tout ce que j'avais conu... entendu jusqu'alors.
     - Cette imagination que vous vantez en moi, Juliette, me dit-il un jour,
est prcisment ce qui m'a sduit chez vous : on en a difficilement une plus
lascive... une plus riche... une plus varie ; et vous avez d remarquer que
mes plus douces jouissances avec vous, sont celles o, donnant l'essor  nos
deux ttes, nous crons des tres de lubricit dont l'existence est
malheureusement impossible.  Juliette ! qu'ils sont dlicieux les plaisirs de
l'imagination, et que l'on parcourt voluptueusement toutes les routes que nous
offre sa brillante carrire ! Conviens, cher ange, que l'on n'a pas d'ide de
ce que nous inventons, de ce que nous crons, dans ces moments divins o nos
mes de feu n'existent plus que dans l'organe impur de la lubricit : de
quelles dlices on jouit en se branlant mutuellement pendant l'rection de ces
fantmes, comme on les caresse avec transport !... comme on les entoure !...
comme on les augmente de mille pisodes obscnes ! Toute la terre est  nous
dans ces instants dlicieux ; pas une seule crature ne nous rsiste ; tout
prsente  nos sens mus la sorte de plaisir dont notre bouillante imagination
le croit susceptible : on dvaste le monde... on le repeuple d'objets
nouveaux, que l'on immole encore ; le moyen de tous les crimes est  nous,
nous usons de tous, nous centuplons l'horreur, et les pisodes de tous les
esprits les plus infernaux et les plus malins n'atteindraient pas, dans leurs
plus malfaisants effets, o nous osons porter nos dsirs...  Heureux, cent
fois heureux, dit La Mettrie, ceux dont l'imagination vive et lubrique tient
toujours les sens dans l'avant-got du plaisir !...  En vrit, Juliette, je
ne sais si la ralit vaut les chimres, et si les jouissances de ce que l'on
n'a point ne valent pas cent fois celles qu'on possde : voil vos fesses,
Juliette, elles sont sous mes yeux, je les trouve belles, mais mon
imagination, toujours plus brillante que la nature, et plus adroite, j'ose le
dire, en cre de bien plus belles encore. Et le plaisir que me donne cette
illusion n'est-il pas prfrable  celui dont la vrit va me faire jouir ? Ce
que vous m'offrez n'est que beau, ce que j'invente est sublime ; je ne vais
faire avec vous que ce que tout le monde peut faire, et il me semble que je
ferais avec ce cul, ouvrage de mon imagination, des choses que les Dieux mmes
n'inventeraient pas.
     Il n'tait pas tonnant qu'avec une telle tte, le comte n'et donn dans
bien des carts. Peu d'hommes, sans doute, avaient t aussi loin que lui, et
peu d'hommes taient plus aimables. Mais j'ai tant de choses  vous raconter
encore, qu'il m'est impossible de m'arrter aux horreurs que nous commmes
ensemble ; qu'il vous suffise de savoir qu'elles furent  leur comble, et que
ce que vous pourriez concevoir ne trouverait toujours au-dessous du vrai.
     Il y avait environ quatre mois couls, depuis que j'avais admis mon pre
 l'honneur de ma couche ; le moment o il m'avait vue tant critique, je
mourais de peur d'tre reste grosse. Cette funeste crainte ne se ralisa que
trop ; il ne me fut plus possible de m'aveugler ; mon parti fut bientt pris.
J'en fis part  un clbre accoucheur qui, nullement scrupuleux sur cette
manire, introduisit adroitement une aiguille aussi longue qu'effile dans ma
matrice, en atteignit l'embryon et le pera : deux heures aprs, je le rendis
sans la plus lgre douleur. Ce remde, plus sr et meilleur que la sabine,
parce qu'il n'attaque en rien l'estomac, est celui que je conseille  toutes
les femmes qui, comme moi, auront assez de courage pour prfrer leur taille
et leur sant  quelques molcules de foutre organises qui, venues 
maturit, feraient souvent le dsespoir de celles qui les auraient vivifies
dans leur sein. L'enfant de monsieur mon pre une fois dans la fosse
d'aisances, je reparus avec une taille plus belle et plus dgage que jamais.
     - coute, me dit Clairwil un jour, j'ai l'adresse d'une femme fort
extraordinaire, il faut que nous y allions ensemble ; elle compose et vend des
poisons de toutes les sortes ; elle dit, de plus, la bonne aventure, et
rarement elle manque la vrit.
     - Et donne-t-elle, dis-je, la recette des poisons qu'elle vend ?
     - Pour cinquante louis.
     - prouvs ?
     - Devant soi, si l'on veut.
     - Assurment, je te suis, Clairwil ; j'ai toujours aim l'ide des
poisons.
     - Ah ! mon ange, il est dlicieux d'tre matre de la vie des autres !
     - Il faut absolument, dis-je, que ce soit une grande jouissance que
celle-l, car, au mme instant o tu m'as parl de ce projet, j'ai senti mes
nerfs tressaillir ; une flamme inconcevable embrasait leur masse, et je suis
sre que si tu me touchais, tu me verrais encore toute mouille.
     - Ah ! sacredieu, me dit Clairwil en me troussant pour vrifier, quelle
tte est la tienne, ma chre !... Comme je t'aime !... tu es un dieu pour
moi... Mais ne m'as-tu pas dit, ce me semble, que Saint-Fond t'avait confi
une caisse entire ? Qu'en as-tu fait ?
     - Elle est consomme, et je n'ose plus lui en demander.
     - Comment, tu as us ?
     - Tout.
     - Pour ses besoins ?
     - Un tiers au plus, le reste pour mes passions.
     - Des vengeances ?
     - Quelques-unes, mais beaucoup de lubricits.
     - Dlicieuse crature !
     - Oh ! Clairwil ! tu n'imaginerais jamais jusqu'o j'ai port l'horreur
en ce genre... les volupts que m'ont fait prouver ces carts ! Une bote de
drages empoisonnes dans mes poches, je parcourais  pied, dguise, les
promenades publiques, les rues, les bordels ; je distribuais indiffremment
ces funestes bonbons ; je poussais la noirceur au point d'en donner de
prfrence aux enfants. Je vrifiais ensuite mes forfaits ; trouvais-je une
bire  la porte de l'individu auquel j'avais administr, le jour d'avant, mes
cruelles attrapes, un feu divin circulait dans mes veines... je n'tais plus 
moi... il fallait que je m'arrtasse, et la nature qui, pour mes besoins sans
doute, m'organisa diffremment que les autres couronnait d'une extase
indicible ce que des sots auraient cru devoir l'outrager d'autant.
     - Rien de plus facile  concevoir, me rpondit Clairwil, et les principes
dont Saint-Fond, Noirceuil et moi, t'avons nourrie depuis longtemps, doivent
dvoiler  tes yeux, sur tout cela, les grands secrets de la nature. Il n'est
pas plus extraordinaire d'en venir l, que d'aimer  donner le fouet ; c'est
le mme plaisir raffin, et ds qu'il est prouv que, de la commotion de la
douleur prouve par les autres, il rsulte une vibration sur la masse de nos
nerfs qui doit ncessairement disposer  la lubricit, tous les moyens
possibles de faire ressentir de la douleur en deviendront pour nous de goter
des plaisirs, et, dbutant par les choses lgres, nous arriverons bientt aux
excrations. Les causes sont les mmes, il n'y a que les effets qui diffrent.
Par un accroissement insensible, suite ncessaire des lois de la nature, et,
plus que tout, de la satit, on commence par une piqre, on finit par un coup
de poignard. Il y a, d'ailleurs une sorte de perfidie dans l'emploi du poison
qui en accrot singulirement les dlices. Te voil suprieure  tes matres,
Juliette : j'en avais peut-tre conu davantage, mais je n'en avais pas tant
excut...
     - Conu davantage ! dis-je  mon amie, et que diable, je te prie,
pouvais-tu concevoir de plus ?
     - Je voudrais, dit Clairwil, trouver un crime dont l'effet perptuel
agt, mme quand je n'agirais plus, en sorte qu'il n'y et pas un seul instant
de ma vie, ou mme en dormant, o je ne fusse cause d'un dsordre quelconque,
et que ce dsordre pt s'tendre au point qu'il entrant une corruption
gnrale, ou un drangement si formel, qu'au-del mme de ma vie l'effet s'en
prolonget encore.
     - Je ne vois gure, mon ange, rpondis-je, pour remplir tes ides sur
cela, que ce qu'on peut appeler le meurtre moral, auquel on parvient par
conseil, par crit ou par action. Belmor et moi, nous avons raisonn sur cette
matire ; il y a peu d'imaginations comme la sienne, et voici un petit calcul
de sa main qui suffira  te faire voir la rapidit de cette contagion, et
combien elle peut tre voluptueuse  produire, s'il est vrai, comme ni moi, ni
toi n'en doutons, que la sensation gagne en raison de l'atrocit du crime.
     Et Mme de Lorsange montra  ses amis le mme papier qu'elle avait
autrefois reu de Belmor. Le voici :
      Un libertin dcid  cette sorte d'action peut aisment, dans le cours
d'une anne, corrompre trois cents enfants ; au bout de trente ans, il en aura
corrompu neuf mille ; et si chaque enfant corrompu par lui l'imite seulement
dans le quart de ses corruptions, ce qui est plus que vraisemblable, et que
chaque gnration ait agi de mme, au bout de ses trente ans, le libertin, qui
aura vu natre sous lui deux ges de cette corruption, aura dj prs de neuf
millions d'tres corrompus, ou par lui ou par les principes qu'il aura donns.

     - Charmant ! me rpondit Clairwil, mais le projet adopt, il faut le
suivre.
     - Il faut, dis-je, que non seulement le nombre des trois cents victimes
soit rgulirement corrompu tous les ans, mais il faut mme aider, autant
qu'on le peut,  la corruption du reste.
     - Sacredieu ! dit Clairwil, si dix personnes s'entendaient pour le mme
plan, ce qui est extrmement possible, le degr de la corruption, sous leurs
yeux mmes, deviendrait plus rapide que les progrs les plus violents de la
peste ou de la fivre maligne !
     - Assurment, rpondis-je ; mais quand on entreprend un tel projet, il
faut employer  la fois, pour la plus grande sret de la russite, les trois
moyens que je viens d'indiquer : conseils, actions, crits.
     - Comme tout cela peut tre dangereux ! dit Clairwil.
     - J'en conviens, rpondis-je, mais souviens-toi que Machiavel a dit qu'il
valait mieux tre imptueux que circonspect, parce que la nature est une femme
de qui l'on ne saurait venir  bout qu'en la tourmentant. On voit, par
exprience, continue le mme crivain, qu'elle accorde ses faveurs bien plutt
aux gens froces qu'aux gens froids.
     - Sais-tu, continua Clairwil, que ton Belmor doit tre dlicieux ?
     - Il l'est aussi, rpondis-je ; peu d'hommes sont plus aimables ; il n'en
est pas de plus libertins.
     - Il aimera les emplettes que nous allons faire : il faudra les lui
vendre au poids de l'or.
     - Tu crois donc qu' quelque point que l'on aime un homme, quels que
soient ses rapports avec nous, tu crois donc, dis-je, que nous devons, malgr
cela, le tromper toujours galement ?
     - Bien certainement, rpondit Clairwil, sa seule qualit d'homme nous
oblige  le traiter comme il le fait toujours quand il vit avec nous, et ds
qu'il n'y a pas un seul homme de franc, pourquoi veux-tu donc que nous le
soyons avec eux ? Amuse-toi des gots de ton amant, ds qu'ils s'enchanent
avec tes caprices, jouis de ses facults morales et physiques, chauffe-toi de
son esprit, de ses talents ; mais ne perds point de vue qu'il est d'un sexe
ennemi dclar du tien, que tu ne dois jamais manquer l'occasion de te venger
des outrages que ton sexe a reus de lui, et que tu es tous les jours toi-mme
 la veille d'en recevoir : en un mot, il est homme, et tu dois le duper... Tu
es encore d'une incroyable bonhomie sur tout cela : tu respectes les hommes,
tandis qu'il ne faut que s'en servir et les tromper. Tu ne tires pas de
Saint-Fond le quart de ce que j'en aurais  ta place : avec l'extrme
faiblesse qu'il a pour toi, j'en obtiendrais des millions tous les jours.
     Et comme toute cette conversation se tenait dans la voiture de Clairwil
qui nous conduisait chez la sorcire, les chevaux, que nous sentmes
s'arrter, nous contraignirent  suspendre.
     C'tait au bout du faubourg Saint-Jacques, dans une petite maison isole
et situe entre cour et jardin, que demeurait l'aventurire que nous allions
consulter. Nos gens sonnrent ; une vieille servante s'tant informe de ce
que nous voulions, nous introduisit, ds qu'elle le sut, dans une salle basse,
en nous priant d'ordonner  nos gens d'aller avec notre voiture nous attendre
dans un cabaret assez loin ; ce qui fut aussitt excut.
     Au bout d'un quart d'heure, la Durand parut. C'tait une trs belle femme
de quarante ans, des formes bien prononces, tonnamment d'clat, la taille
majestueuse, une tte  la romaine, les yeux les plus expressifs, un trs bon
ton, des manires nobles, et gnralement tout ce qui annonce des grces, de
l'ducation et de l'esprit.
     - Madame, lui dit mon amie, des personnes qui vous connaissent bien et
que vous avez satisfaites, nous envoient vers vous... Il faut d'abord que vous
nous disiez ce que nous prpare l'avenir : voil vingt-cinq louis pour cela.
Il faut ensuite que vous nous donniez les moyens de matriser cet avenir, en
nous vendant une collection complte de tous les poisons que vous prparez :
voil, poursuivit Clairwil, en lui donnant cinquante autres louis, la somme
que vous prenez ordinairement pour apprendre  composer ces mmes poisons,
pour faire voir votre cabinet et votre jardin de plantes vnneuses ; soyez
assure que nous n'en resterons pas l.
     - La premire chose que j'observe, rpondit la Durand, c'est que vous
tes deux dames fort jolies, et qu'il vous faut subir, avant que d'tre
satisfaites sur les objets que vous demandez, des crmonies prliminaires
qui, peut-tre, ne vous plairont pas.
     - De quoi s'agit-il, madame ? dit Clairwil.
     - Il faut, rpondit la sorcire, que vous me suiviez dans un cabinet fort
obscur o je vais vous faire passer, et que l, toutes les deux parfaitement
dshabilles, vous soyez fustiges par moi.
     - Vigoureusement ?
     - Au sang, mes belles amies... oui... au sang : je n'accorde jamais rien
sans cette complaisance prliminaire ; j'ai besoin de votre sang pour vous
expliquer l'avenir, et du sang rsultant d'une fustigation pralable.
     - Entrons, dis-je  Clairwil, dans de semblables circonstances, il ne
faut se refuser  rien.
     Le cabinet o nous pntrmes tait trop singulier pour ne pas mriter
une description particulire, et quoiqu'il ne ft clair que par une lampe,
nous en discernmes assez bien les objets pour en expliquer les dtails. Ce
cabinet, peint en noir, avait  peu prs vingt pieds carrs : toute la partie
droite tait remplie d'alambics, de fourneaux et autres instruments de chimie
;  gauche, se voyaient des tablettes contenant une grande quantit de bocaux
et des livres ; quelques tables taient au-dessous ; en face, un rideau noir
cachait une pice dont je parlerai tout  l'heure, et le milieu tait orn
d'une colonne de bois, garnie de velours noir, autour de laquelle Mme Durand
nous lia toutes deux en face l'une de l'autre.
     - Alors, nous dit l'excutrice, tes-vous dtermines  souffrir quelques
douleurs pour parvenir aux instructions que vous dsirez ?
     - Agissez, rpondmes-nous, agissez madame, nous sommes prtes  tout.
     Et la Durand, alors, nous baisa toutes deux trs amoureusement sur la
bouche, mania nos fesses, et nous mit un bandeau sur les yeux. Ds lors, le
plus grand silence s'observa ; on s'approcha doucement de nous, et sans trop
savoir qui nous frappait, nous remes alternativement l'une et l'autre
d'abord cinquante coups chacune ; on se servait de verges, mais elles taient
si vertes et si dures, l'on y allait d'une telle violence que, malgr
l'habitude o nous tions, Clairwil et moi, de ces plaisirs, je suis bien sre
que le sang paraissait dj. Cependant on ne disait mot, et nous n'osions nous
plaindre. Nos fesses furent palpes, et certainement les mains qui les
empoignrent n'taient pas celles de Mme Durand.
     On recommena. Ici nous ne pmes plus douter de quel sexe tait le
bourreau ; un vit s'approcha de nos fesses, on le frotta sur le sang qui en
coulait ; quelques soupirs, quelques gmissements voluptueux se firent
entendre, et deux ou trois baisers se portrent au trou de nos culs, une
langue mme y pntra quelques instants. Une troisime reprise eut lieu, mais
on ne se servit plus de verges : quoique nos culs fussent endormis, il nous
fut facile de discerner que les coups qu'on nous appliquait ne pouvaient venir
que de martinets trs aigus ; ils devaient l'tre, sans doute, puisque je
sentis aussitt mes cuisses et mes jambes inondes de sang. Le vit se
rapprocha, la langue se fit encore sentir, et la crmonie cessa. On enleva le
bandeau de nos yeux, et nous ne vmes plus que Mme Durand, une soucoupe  la
main, qui, place par elle soigneusement sous nos fesses, se remplit aussitt
de sang. Elle nous dtacha, nous bassina le derrire avec de l'eau et du
vinaigre, puis nous demanda si nous avions souffert.
     - Cela est gal, rpondmes-nous ; et y a-t-il autre chose  faire ?
     - Oui, rpondit la Durand, il faut que l'on vous branle le clitoris ; je
ne puis vous faire aucune prdiction si je ne vous ai pas vues dans le plaisir.
     Alors la sorcire nous coucha toutes deux, prs l'une de l'autre, sur un
canap, de faon que nos ttes, passes derrire le rideau dont j'ai parl, ne
se trouvaient plus dans la mme chambre. Ce fut dans celle-l o vint la
matresse du lieu, qui, resserrant un cordon au-dessus de nos seins nous ta,
par ce moyen, la possibilit de nous relever et de pouvoir distinguer  qui
nous avions affaire.
     Elle tait assise prs de nous,  moiti nue ; sa superbe gorge tait
presque  la hauteur de nos visages ; elle se plaisait  nous la faire baiser
; elle nous observait et regardait la soucoupe teinte de notre sang. On nous
branla d'abord sur le clitoris, ensuite, avec beaucoup d'art, dans le con et
au trou du cul ; on nous gamahucha  l'un et l'autre de ces orifices ; puis,
relevant et rattachant nos jambes par des cordons qui les maintenaient en
l'air, un vit assez mdiocre s'introduisit alternativement et dans nos cons et
dans nos culs.
     - Madame, dis-je  la Durand, ds que je m'aperus de cette supercherie,
tes-vous au moins bien sre de l'homme qui nous voit ?
     - Simple crature, rpondit la Durand, ce n'est pas un homme qui jouit de
vous, c'est Dieu.
     - Vous tes folle, madame, dit Clairwil, il n'y a point de Dieu ; et s'il
y en avait un, comme tout ce qu'il ferait rapprocherait de la perfection, on
l'enculerait peut-tre, mais il ne foutrait pas des femmes.
     - Silence ! dit la Durand, livrez-vous aux impressions de la chair, sans
vous inquiter de ceux qui vous les font sentir : si vous dites encore un mot,
tout est perdu.
     - Nous ne dirons rien, rpondis-je, mais rflchissez bien, surtout, que
nous ne voulons ni vrole, ni enfants.
     - Aucune de ces choses n'est  craindre avec Dieu, reprit la Durand.
Encore une fois, silence, car je ne peux plus rien vous rpondre.
     Et je sentis trs distinctement le vit du personnage qui se servait de
moi, abondamment dcharger dans mon cul ; il jura mme, il devint furieux ;
et, sans presque nous en apercevoir,  l'instant nous fmes enleves, toujours
sur le mme sopha.
     Nous nous trouvmes dans une chambre sans meubles, laquelle, au temps que
nous avions t  monter, nous parut extrmement haute. L, plus de rideaux
qui sparassent nos ttes de nos corps. La Durand nous avait suivies : la mme
trappe l'avait enleve prs de nous. Deux petites filles de treize  quatorze
ans se trouvaient dans cette chambre ; elles taient lies sur des
fauteuils... A leur contenance,  leur pleur, nous jugemes facilement que
ces cratures devaient tre nes dans la plus extrme misre ; prs de l,
reposaient dans un berceau deux petits garons de neuf mois. Une grande table
tait dans la chambre, et sur cette table beaucoup de paquets ressemblant 
ceux qui enveloppent des drogues dans une pharmacie. Il y avait aussi dans
cette pice une beaucoup plus grande quantit de bocaux que nous n'en avions
vu dans l'autre.
     - C'est ici que je vais vous parler, dit la Durand, et elle nous dtacha.
Vous, Clairwil, dit-elle en fixant les yeux sur la coupe qui contenait son
sang (et vous voyez que je sais votre nom sans que vous me l'ayez appris),
vous, dis-je, Clairwil, vous ne vivrez plus que cinq ans ; vous en auriez vcu
soixante, sans les excs o vous vous plongez ; votre fortune augmentera, 
mesure que votre sant s'affaiblira, et le jour que l'Ours passera dans la
Balance vous regretterez les fleurs du printemps.
     - Je ne vous comprends pas, dit Clairwil.
     - crivez mes paroles, dit la Durand, et vous verrez qu'elles seront
justes un jour. Pour vous, Juliette... (et qui m'a dit votre nom, je vous
prie), vous, Juliette, vous serez claire par un songe ; un ange vous
apparatra, il vous dvoilera des vrits incomprhensibles ; mais ce que je
puis, en attendant, vous prdire, moi, c'est qu'o le vice cessera, le malheur
arrivera.
     Ici, un nuage fort pais s'leva dans la chambre. La Durand tomba en
syncope, elle cria, fit d'tranges contorsions, pendant lesquelles son beau
corps parut tout nu, et revint  elle ds que le nuage fut dissip. Cette
vapeur avait laiss dans la chambre une odeur mle d'ambre et de soufre. Nos
vtements nous furent rendus. Ds que nous les emes repris, la Durand nous
demanda quelles taient les sortes de poisons que nous dsirions.
     - Votre prdiction me tourmente, dit Clairwil... Mourir dans cinq ans !...
     - Peut-tre l'viterez-vous, rpondit la Durand, j'ai dit ce que j'ai vu,
mes yeux me trompent quelquefois.
     - J'embrasse cet espoir, dit Clairwil, il me devient ncessaire... Que
m'importe, au reste, n'euss-je que huit jours  vivre, il faut qu'ils soient
souills par des crimes. Allons, faites-moi voir tous les poisons que vous
avez : nous voulons visiter, et vos bocaux, et toutes les plantes curieuses de
votre jardin. Vous nous expliquerez les proprits de toutes ces choses ; nous
ferons mettre de ct celles qui nous plairont ; vous nous en donnerez le
compte aprs.
     - Il me faut encore vingt-cinq louis, dit la sorcire, tout le reste aura
son prix  part. Si vous voulez faire des expriences, vous en serez les
matresses ; les deux petites filles que vous voyez l sont  vos ordres : si
elles ne vous suffisent pas,  cinquante louis pice, je vous fournirai des
hommes ou des femmes  volont.
     - Vous tes dlicieuse, madame ! dis-je en sautant au cou de la Durand...
oui, vous tes une femme adorable, et vous serez contente de nous.
     La sorcire, s'emparant alors d'une baguette d'bne, et descendant 
mesure tous les bocaux qui se trouvaient sur les rayons, commena
l'explication des aphrodisiaques et des philtres amoureux, ainsi que des
emmnagogues et des lectuaires anti-aphrodisiaques. Nous fmes mettre de ct
une ample provision des premiers, parmi lesquels beaucoup de cantharide, de
gens-eng, et quelques fioles de la liqueur de joui, du Japon, que la Durand
nous fit payer,  cause de sa raret et de ses vertus surprenantes, dix louis
la fiole.
     - Ajoutez pour mon compte quelques-unes des dernires, dit Clairwil, il y
a beaucoup d'hommes  qui j'en ferai prendre avec plaisir.
     - Venons maintenant aux poisons, dit la Durand ; s'il est quelquefois
beau de travailler  la progniture de l'espce humaine, il est plus souvent
dlicieux d'en arrter le cours.
     - Ne mettez donc point ces deux actions sur la mme ligne, dis-je  la
Durand : l'une est horrible, l'autre est divine. Ce n'est point pour
travailler  la progniture que nous achetons ces philtres, c'est pour doubler
notre lubricit ; et cette progniture, bien constamment abhorre, c'est pour
la dtruire avec dlices que nous allons acheter ce qui suit.
     - Embrassez-moi, dit la Durand, voil les femmes que j'aime ; plus nous
nous connatrons, et plus, j'espre, nous nous conviendrons mutuellement.
     Ces poisons taient en trs grand nombre, classs chacun suivant son
genre. Dans la nomenclature des premiers que nous parcourmes, la Durand nous
fit remarquer particulirement la poudre du crapaud verdier : les effets
qu'elle nous en raconta irritrent tellement notre imagination, que nous
tmoignmes sur-le-champ  la Durand le dsir d'en faire une preuve.
     - Volontiers, nous dit-elle, choisissez l'une des deux filles qui nous
accompagnent.
     Et ayant dtach celle qui paraissait nous convenir, elle nous demanda si
nous avions la fantaisie de la faire foutre par un homme, et de l'empoisonner
pendant ce temps : nous rpondmes que cet pisode nous amuserait. La Durand
sonna : un homme grand, sec, ple et bilieux, d'environ cinquante ans, parut
dans un assez grand dsordre.
     - Voil, dis-je tout bas  ma compagne, l'homme qui vient de s'amuser de
nous.
     - Je le crois, me rpondit Clairwil.
     - Alzamor, dit la Durand, il faut dvirginer cette pucelle, pendant que
ces dames vont la dsorganiser avec cette poudre ; bandes-tu ?
     - Abandonnez-moi l'enfant, dit Alzamor, je verrai ce que je pourrai faire.
     - Madame, dis-je  la Durand, quel est cet homme ?
     - C'est un vieux sylphe, me rpondit la Durand, voulez-vous que d'un mot
je le fasse disparatre ?
     - Oui, dis-je.
     La Durand pronona deux effroyables paroles qu'il me fut impossible de
retenir, et nous ne vmes plus que de la fume.
     - Faites revenir le sylphe, dit Clairwil.
     Un mot presque pareil, et un second nuage le ramenrent. Cette fois-ci,
le sylphe bandait, et ce fut le vit en l'air qu'il s'empara de l'enfant. Cet
homme tait d'une vigueur prodigieuse : en deux minutes, il dpucela la jeune
fille, et fit couler le sang dans la chambre. Ce fut alors que Clairwil fit
avaler  la petite fille de la poudre de crapaud verdier dans un bouillon. Ses
convulsions furent subites. Au milieu de ces convulsions, Alzamor la retourna
promptement pour l'enculer : alors ses contorsions et ses cris augmentrent ;
elle faisait horreur  regarder. En six minutes elle creva, et le sylphe ne
lui dchargea dans le cul que lorsqu'elle fut absolument sans vie. Ses
angoisses furent pouvantables ; lui-mme poussa des cris affreux, et ce fut 
la violence de cette extase que nous achevmes de nous convaincre que cet
homme tait le mme qui avait joui de nous. Le mot barbare fut rpt :
Alzamor disparut et la victime avec lui.
     La Durand poursuivit son poison, et aprs nous avoir expliqu quelques
instructions du second genre.
     - Voici, nous dit-elle, de la chair calcine de l'engri, espce de tigre
d'thiopie : son effet est d'une subtilit qui mrite d'tre observe par des
dames aussi curieuses que vous.
     - Faisons donc un essai, dit Clairwil, mais sur un jeune homme.
     - De quel ge le voulez-vous ? demanda la Durand.
     - Dix-huit ou vingt ans.
     Aussitt il en parut un beau, bien fait, porteur d'un superbe membre,
mais dans un tat de misre et de dlabrement qui nous fit voir quelle tait
la classe o notre sorcire choisissait ses victimes.
     - Vous en amuserez-vous ? dit la Durand.
     - Oui, dis-je, mais nous voulons que tu sois en tiers avec nous ; il faut
qu'il nous foute toutes les trois.
     - Comment ! vous avez envie de me voir foutre ?
     - La plus grande, rpondis-je.
     - Je suis une sclrate, je vous effrayerais.
     - Non, garce, non, dit Clairwil en lui sautant au cou, non, tu ne nous
effrayeras pas ; tu es digne de nous, et nous brlons de te voir en action.
     Et, sans autre formalit, Clairwil vole au jeune homme ; elle l'excite
pendant que je trousse la Durand, et que je dvore des yeux, des mains et de
la langue, toutes les parties de son beau corps. Il tait impossible d'tre
mieux faite, d'avoir des chairs plus fraches, plus fermes et plus blanches ;
Durand avait surtout les plus belles fesses et les plus beaux ttons qu'il ft
possible de voir, et un clitoris... oh ! de nos jours nous n'en avions vu ni
de si longs ni de si raides. J'avoue que je ressentis ds lors un penchant
invincible pour cette femme, et je la gamahuchais dj de tout mon cur,
lorsque Clairwil, amenant le jeune homme par le bout du vit, m'carta pour
enfoncer ce vit dans le con de la sorcire : mais elle s'y opposa avec un cri
terrible.
     - Pourquoi donc exiger cette horreur de moi ? dit-elle. Je n'aime pas 
foutre en con, je ne le puis, d'ailleurs : me prenez-vous donc pour une femme
ordinaire ?
     Et rejetant l'homme d'un vigoureux coup de poing, elle lui prsente
aussitt les fesses. Clairwil conduit le membre, qui disparat sans
prparation dans l'anus, avec la mme facilit qu'il se serait englouti dans
le plus vaste con. Et ce fut alors que la putain frtilla de la plus lubrique
manire ; Clairwil et moi, nous nourrissions son extase en la gamahuchant, en
la polluant, en la baisant, en la caressant de tous nos moyens physiques et
moraux. On ne se peint point l'ardeur de l'imagination de cette femme, la
salet de ses propos, le dcousu original de ses ides luxurieuses, le
dsordre, en un mot, qui rgnait dans toute sa personne, tabli par
l'incroyable chaleur de ses passions. Au milieu de la crise, elle voulut
baiser nos culs ; et la putain les gamahucha et les foutit comme l'et fait un
homme.
     - Empoisonnez !... empoisonnez donc ! nous cria-t-elle, au moment o le
dlire allait s'emparer de ses sens.
     - Non, pardieu ! dit Clairwil, il faut que ce manant-l nous encule
toutes les deux avant.
     Ici la Durand jeta des cris affreux, se tordit les membres, tomba dans
une affreuse attaque de nerfs, et perdit une si grande quantit de foutre, que
ma bouche, qui la suait alors, s'en trouvait pleine exactement.
     - Il n'a rien perdu, nous dit-elle en rejetant le jeune homme,
empchez-le de dcharger, afin qu'il vous foute mieux.
     Et mon cul se trouvant prsent le premier, ce fut dedans que le fouteur
vint lancer son sperme dont le derrire de la Durand avait si bien prpar
l'jaculation. Je continuai, pendant qu'on m'enculait, de pomper les jets de
foutre jaillissant encore du vagin de la Durand, dont Clairwil langotait
l'anus.
     Mon amie me remplaa bientt et ce fut pendant que le jeune homme la
sodomisait que la Durand lui fit avaler la poudre. Les convulsions lui prirent
avant qu'il n'et le temps de sortir du cul de mon amie, de manire qu'il
mourut en l'enculant, ce qui jeta Clairwil dans une crise de plaisir si
violente, que je crus qu'elle en expirerait elle-mme.
     - Sacredieu, nous dit la bougresse, je crois que j'ai son me et son
foutre  la fois. Vous n'imagineriez pas  quel point le vit de ce coquin-l
s'est grossi pendant que les convulsions le travaillaient ; on n'a pas d'ide
du plaisir que donne une semblable opration.
      femmes voluptueuses ! empoisonnez vos fouteurs pendant qu'ils sont dans
vos culs ou dans vos cons, et vous verrez ce qu'on y gagne... Nous emes
effectivement toutes les peines du monde  retirer le vit du mort de l'anus de
ma compagne, et quand nous en fmes venues  bout, nous nous apermes que les
convulsions de la mort ne l'avaient point empch de dcharger.
     - Eh bien ! dit Clairwil, ne vous avais-je pas bien dit que son me
s'tait exhale avec son foutre, et que mon cul avait tout recueilli.
     Le cadavre s'emporte, et notre examen continue.
     Ce troisime examen nous offrit, entre autres, le poison royal (celui
qui, sous Louis XV, fit prir tant d'individus de sa famille) : des pingles
et des dards empoisonns, des venins mle des serpents connus sous les noms
de cucurucu, de kokob et d'aimorrhos, celui de polpoch, sorte de serpent qui
se trouve dans la province Jupatan.
     - La liqueur o je le tiens, nous dit la Durand, est suffisamment
empreinte de ce venin pour devenir trs dangereuse : jamais les preuves que
j'en ai faites n'ont manqu. Voulez-vous en voir une ?
     - Assurment, rpondis-je, vous tes bien sre que nous ne refuserons
jamais de telles propositions.
     - Quelle victime choisissez-vous ?
     - Un beau jeune homme, dit Clairwil.
     - Allons, dis-je, tu m'entranes dans toutes les erreurs ; il faut bien
que je me corrompe avec toi.
     Un simple coup de cloche fit apparatre un garon de dix-huit ans, plus
beau que le dernier, et dans le mme tat de misre.
     - Voulez-vous, dit la Durand, qu'Alzamor l'encule devant vous ?
     - Volontiers.
     Un nuage s'lve et le sylphe parat.
     - Foutez ce garon, dit la Durand, ces dames veulent prouver sur lui la
liqueur du polpoch.
     - Attendez, dit Clairwil, il faut qu'il m'encule pendant ce temps-l.
     - Et que ferons-nous, Durand et moi ?
     - Tu gamahucheras le cul d'Alzamor, Juliette ; et la Durand, sur laquelle
je serai couche, m'enconnera avec son clitoris ; rien n'empchera ma fouteuse
d'agir, et quand elle verra le jeune homme prt  me dcharger dans le cul,
elle lui donnera un petit verre du poison dont nous dsirons voir l'preuve.
     Tout s'arrange au gr de mon amie ; mais, le verre aval, le jeune homme
prouve une si forte crise que toutes les attitudes se drangent. Nous cdons
le milieu de la chambre au patient ; Alzamor branle Clairwil. Je me jette dans
les bras de la Durand, qui me chatouille  ravir : on n'a ni plus d'art, ni
plus d'exprience, toutes les issues de la volupt sont galement parcourues
par les doigts libertins de cette dlicieuse femme, dont la bouche amoureuse
me couvre des plus chauds baisers. Cependant la malheureuse victime chancelle
comme un homme ivre ; peu  peu l'infortun tombe, toujours sous nos yeux,
dans un vertige effrayant. Les commotions ressenties au cerveau taient si
terribles, qu'il s'imaginait avoir la tte pleine d'eau bouillante. Cet tat
fut suivi d'une enflure gnrale de tout le corps ; le visage devint livide,
les yeux lui sortaient de la tte, et le malheureux, en se dbattant d'une
manire horrible, tombe enfin  nos pieds au milieu des contorsions et des
convulsions les plus bizarres, pendant que nous rpandions, tous quatre, des
flots du foutre le plus impur et le plus abondant.
     - Voil la plus divine de toutes les passions dit Clairwil ; voil celles
qui me feront toujours tourner la tte, et auxquelles je me livrerai sans
cesse avec dlices, toutes les fois que je le pourrai sans crainte !
     - Jamais, dit la Durand, le meurtre caus par le poison ne peut en
inspirer : quels tmoins vous trahiront dans ce cas ? quelles traces
dposeront contre vous ? L'art du plus habile chirurgien y choue, et il lui
est presque impossible de discerner les effets du poison d'avec les causes
d'une maladie naturelle d'entrailles. Niez, et soyez ferme ; que le crime soit
gratuit ; que l'on ne vous trouve point d'intrt  l'avoir commis, et vous
serez toujours  couvert.
     - Poursuis, sductrice, poursuis, lui dit Clairwil, si je te croyais, je
dpeuplerais, je crois, tout Paris ce soir !
     La Durand pronona son mot barbare : le sylphe disparut.
     - Descendons maintenant au jardin, nous dit la sorcire ; je vous le
propose pour vous contenter, car la rigueur du dernier hiver a fait prir
toutes mes plantes : il ne me reste presque plus rien.
     Ce jardin, extrmement sombre, ressemblait beaucoup  un cimetire.
Except dans la partie des plantes rares, de trs grands arbres l'ombrageaient
partout. Notre curiosit nous porta sur-le-champ vers un coin isol o la
terre nous parut frachement remue.
     - Voil o tu caches tes crimes, est-il vrai, Durand ? demanda Clairwil.
     - Venez, venez, dit la sorcire en nous entranant : il vaut mieux vous
faire voir avec quoi l'on tue, que ce qui est tu.
     Nous la suivmes. Aprs plusieurs explications qu'elle nous fit :
     - coute, lui dis-je, la vue de ce cimetire, positivement  ct de
nous, m'chauffe tonnamment la tte. Je voudrais que tu fisses avaler de la
plante qui occasionne les crises les plus violentes  une petite fille de
quatorze ou quinze ans. On ouvrirait un trou prt  la recevoir, nous nous
enfermerions dans ce cimetire, et lorsque les convulsions du venin
entraneraient naturellement la victime dans le trou prpar, on la couvrirait
de terre et nous dchargerions.
     - Je suis dcide  ne rien vous refuser, nous dit la Durand. Vous voyez
que j'ai prvu votre proposition, car voil une jeune fille, et, si vous
voulez bien observer le cimetire, vous y verrez, vers l'orient, une fosse
toute prte. Une trs jolie enfant se trouve effectivement toute nue derrire
un figuier sauvage de Cayenne, et le trou qu'annonait la Durand s'ouvrit sous
nos yeux, sans qu'il nous ft possible de deviner par quelle magie.
     - Eh bien ! dit la sorcire en nous voyant ptrifies, est-ce que vous
avez peur de moi ?
     - Peur ! non : mais nous ne te concevons pas.
     - Toute la nature est  mes ordres, nous rpondit la Durand, et elle sera
toujours aux volonts de ceux qui l'tudieront : avec la chimie et la physique
on parvient  tout. Archimde ne demandait qu'un point d'appui pour soulever
la terre, et moi, je n'ai plus besoin que d'une plante pour la dtruire en six
minutes.
     - Dlicieuse crature, dit Clairwil en la serrant dans ses bras, que je
suis heureuse d'avoir rencontr quelqu'un dont les procds rpondent si bien
 mes opinions !
     Nous nous enfermmes dans le cimetire avec la petite fille. Ds qu'elle
eut aval le venin, ses contorsions commencrent.
     - Asseyons-nous, dis-je, sur la paille la plus frachement remue.
     - Je vous entends, rpondit la sorcire.
     Elle sort une bote de sa poche, parsme le cimetire de la poudre
contenue dans cette bote, et le terrain, se bouleversant aussitt, nous offre
un sol hriss de cadavres.
     - Oh ! foutre, quel spectacle ! dit Clairwil se vautrant sur ces monceaux
de morts. Allons, sacredieu ! branlons-nous ici toutes trois, en voyant
souffrir cette garce.
     - Mettons-nous nues, dit la Durand : il faut que nos chairs pressent et
foulent ces ossements ; c'est de cette voluptueuse sensation que nous devons
obtenir une des meilleures branches de lubricit.
     - Il y a, dis-je, une chose toute simple  faire : formons-nous des
godemichs avec les os de ces victimes.
     Et Clairwil, trouvant l'ide dlicieuse, se hte de nous donner l'exemple.
     - Bien ! dis-je  ma compagne, mais il faut tre assise sur des ttes, il
faut que le trou de nos culs soit chatouill de cette pression aigu... Voyez
o je me place...
     - Ah ! dit Durand, c'est justement sur la tte frache encore du dernier
garon que vous avez immol. Attends, Juliette, je vais saisir une de ses
mains, pour te branler avec.
     Que vous dirai-je... mes amis ! le dlire et l'extravagance furent  leur
comble, nous imaginmes... nous excutmes cent autres choses plus infmes
encore, et la victime expira sous nos yeux dans d'excrables convulsions. Les
dernires l'ayant machinalement conduite vers son trou, elle y tomba ; je
dchargeai dans les bras de mes deux amies qui, elles-mmes, m'inondrent de
foutre en suant l'une ma gorge, l'autre ma bouche. Nous nous rhabillons, et
notre examen se poursuit avec le mme sang-froid qu'auraient fait des sots qui
viendraient de se livrer  la vertu. Aprs avoir parcouru le reste de son
jardin, nous remontmes.
     - Les deux enfants que vous voyez dans ce berceau, nous dit la Durand,
sont les matires dont je vais, si vous voulez, me servir devant vous, pour
composer le plus cher et le plus actif de mes poisons. Dsirez-vous jouir de
ce spectacle ?
     - Assurment, rpondmes-nous.
     - Je ne m'en tonne pas,. dit la Durand, je vous connais maintenant pour
des femmes philosophes qui ne voient la dsorganisation de la matire que
comme une opration de chimie, et le puissant intrt des rsultats l'emporte
dans vous sur le prtendu crime que trouvent les sots dans cette action... Je
vais manipuler.
     La Durand saisit, l'un aprs l'autre, les enfants qui taient dans ce
berceau ; elle les pend au plafond par les pieds, et les dchire  coups de
verges. La bouche de ces infortuns se couvre d'cume : la sorcire recueille
prcieusement cette mousse, et nous la vend cent louis, en nous certifiant
que, de tous les poisons qu'elle compose, celui-l est le plus violent, et
c'tait vrai. Les enfants expirrent, sans que la Durand, qui les laissa
toujours accrochs, et seulement l'air de s'en douter. Heureux flegme du
crime ! voil o il faut tre pour vous commettre avec dlices !
     - Oh ! ma chre amie, dit Clairwil en rflchissant sur tout ce qu'elle
venait de voir, vous avez l de terribles secrets.
     - J'en ai bien d'autres, mesdames, rpondit la Durand. La vie des hommes
est entre mes mains. Je puis rpandre des pestes, empoisonner des rivires,
propager des pidmies, putrfier l'air des provinces, corrompre des maisons,
des vignes, des vergers, transformer en venin la chair des bestiaux, incendier
des maisons, faire mourir subitement celui qui respirera une fleur ou
dcachettera une lettre : je suis, en un mot, une femme unique dans mon genre,
personne ne peut me le disputer.
     - Mais, madame, dis-je  la Durand, comment quelqu'un qui connat aussi
bien la nature peut-il admettre l'existence d'un Dieu ? Quand nous vous avons
demand tout  l'heure par qui nous tions foutues, vous nous avez rpondu que
c'tait par Dieu.
     - En est-il un plus puissant que le vit ? rpondit la Durand.
     - Ah ! j'aime mieux que vous me rpondiez ainsi qu'autrement... Allons,
de la franchise, ma chre, n'est-il pas vrai que vous ne croyez pas en Dieu ?
     - Mes amies, nous dit la Durand, plus on tudie la nature, plus on lui
arrache ses secrets, mieux on connat son nergie, et plus on se persuade de
l'inutilit d'un Dieu. L'rection de cette idole est, de toutes les chimres,
la plus odieuse, la plus ridicule, la plus dangereuse et la plus mprisable ;
cette fable indigne, ne, chez tous les hommes, de la crainte et de
l'esprance, est le dernier effet de la folie humaine. Encore une fois, c'est
mconnatre la nature que de lui supposer un auteur ; c'est s'aveugler sur
tous les effets de cette premire puissance, que d'en admettre une qui la
dirige, et vous ne verrez jamais que des sots ou des fripons admettre ou
croire  l'existence d'un Dieu. Le prtendu Dieu des hommes n'est que
l'assemblage de tous les tres, de toutes les proprits, de toutes les
puissances ; il est la cause immanente et non distincte de tous les effets de
la nature ; c'est parce qu'on s'est abus sur les qualits de cet tre
chimrique, c'est parce qu'on l'a cru tour  tour bon, mchant, jaloux,
vindicatif, qu'on a suppos de l qu'il devait punir ou rcompenser ; mais
Dieu n'est que la nature, et tout gal  la nature ; tous les tres qu'elle
produit sont indiffrents  ses yeux, puisqu'ils ne lui cotent pas plus 
crer l'un que l'autre, et qu'il n'y a pas plus de mal  dtruire un buf
qu'un homme.
     - Et votre systme sur l'me, quel est-il, madame ? demanda Clairwil, car
votre philosophie s'accorde trop avec nos principes, pour que nous n'aimions
pas  l'analyser.
     - Aussi matrialiste sur le systme de l'me que sur celui de la
divinit, je vous avouerai, nous dit la Durand, qu'aprs avoir lu avec
attention toutes les rveries des philosophes sur cet article, j'en suis venue
 me convaincre que l'me de l'homme, absolument semblable  celle de tous les
animaux, mais autrement modifie dans lui,  cause de la diffrence de ses
organes, n'est autre chose qu'une portion de ce fluide thr, de cette
matire infiniment subtile dont la source est dans le soleil. Cette me, que
je regarde comme l'me gnrale du monde, est le feu le plus pur qui soit dans
l'univers, il ne brle point par lui-mme, mais, en s'introduisant dans la
concavit de nos nerfs, o est sa rsidence, il imprime un tel mouvement  la
machine animale, qu'il la rend capable de tous les sentiments et de toutes les
combinaisons. C'est un des effets de l'lectricit dont l'analyse ne nous est
pas encore suffisamment connue, mais ce n'est absolument pas autre chose. A la
mort de l'homme, comme  celle des animaux, ce feu s'exhale et se runit  la
masse universelle de la mme matire, toujours existante et toujours en
action. Le reste du corps se putrfie et se rorganise sous diffrentes formes
que viennent animer d'autres portions de ce feu cleste. Jugez, d'aprs cette
dfinition, ce que doivent tre, aux yeux de ceux qui l'admettent, les
comiques ides de l'enfer et du paradis.
     - Ma chre, dit Clairwil, aprs cette manire franche de raisonner avec
nous, et d'aprs celle dont vous nous voyez adopter vos opinions, vous devriez
bien nous avouer, avec la mme candeur, quel est ce Dieu par qui vous nous
avez fait si bien fouetter et foutre tout  l'heure. Ds que vous rvlez 
nos yeux les mystres de la nature, pourquoi craindriez-vous de nous dvoiler
ceux de votre maison ?
     - Parce que ceux de la nature sont  tout le monde, rpondit la Durand,
et que ceux de ma maison n'appartiennent qu' moi. Je puis, d'aprs cela, les
avouer ou les faire, suivant ma volont : or elle n'est pas de vous les dire,
et si vous persistez  me les demander, dussiez-vous me couvrir d'or, vous
n'emporterez rien de chez moi.
     - Eh bien, dis-je, n'appuyons pas davantage sur un objet qu'il plat 
madame de nous cacher ; continuons seulement de lui faire quelques-unes des
questions o il me semble qu'elle peut rpondre... Il est certain qu'il se
fait du libertinage chez vous, nous sommes payes pour en tre sres : quel
est celui que vous pouvez nous faire ? car nous sommes extrmement libertines.
     - Il n'est pas une seule passion, rpondit la Durand, pas une seule
fantaisie, pas un tre vivant sur la terre, pas un garement, quelque bizarre
qu'il puisse tre, dont vous ne puissiez vous procurer ici la jouissance.
Indiquez-moi seulement, quelques heures avant, ce  quoi vous avez envie de
vous livrer, et, tel extravagant, tel irrgulier, tel effroyable que cela
puisse tre, je vous proteste de vous le faire excuter. Je dis plus, s'il y a
quelques hommes ou quelques femmes dans le monde dont vous vouliez connatre
les gots ou les passions, je les ferai trouver ici, et sans qu'ils puissent
souponner la trahison, vous les observerez au travers d'une gaze. Cette
maison est tout entire  moi ; la facilit avec laquelle on arrive de quatre
cts sans tre vu, sa position isole, la svrit de sa clture, le
mystrieux, en un mot, dont elle est, assure, ce me semble,  la fois, et la
discrtion et le plaisir. Ordonnez donc et vous serez servies : tous les
individus, toutes les nations, tous les sexes, tous les ges, toutes les
passions, toutes les dbauches, tous les crimes, tout... tout est  vos ordres
ici. Vous payez bien, je le sais, et avec de l'argent l'on fait tout chez moi.
     - Vous ne devez pourtant pas en avoir grand besoin, madame, vos richesses
doivent tre immenses ?
     - Oui, rpondit la Durand, mais j'ai des gots aussi, et comme je mange
presque tout ce que je gagne, je ne suis pas,  beaucoup prs, aussi riche que
vous pourriez le penser... Oui, madame, oui, le mystre et la distraction sont
dans leur centre ici ; vous avez immol cinq ou six victimes : vous en
assassineriez cinq cents, qu'il n'en serait pas davantage. Voulez-vous
renouveler quelques expriences sur des garons, sur des filles, sur des
personnes faites, sur des enfants, sur des vieillards ? Parlez, dans un
instant vous serez servies.
     - Je veux, dit Clairwil, enculer, avec des godemichs de fer rouge, deux
garons de quinze ans, pendant que vous les martyriserez, et que deux beaux
hommes, dj tout empoisonns, m'enculeront.
     - Cent louis pour chaque victime, dit la Durand, et vous serez
satisfaites.
     - Vous me donnerez donc deux jeunes filles, dis-je, car je n'aime  faire
que sur mon sexe ce que cette putain veut faire aux hommes. Je les enconnerai
avec des godemichs semblables, et votre sylphe leur dchirera le corps avec
des martinets d'acier galement rouges ; on me fouettera pendant l'opration.
     - Cinquante louis par fille, dit la Durand.
     Nous paymes, et en moins de dix minutes tout fut en train.
     Rien de plus joli comme les petites filles qu'on me donna, et rien de
froce comme les procds du sylphe. Les malheureuses victimes expirrent dans
nos bras, et notre dlire  l'une et l'autre devint impossible  peindre ; le
sylphe et les cadavres disparurent, mais rien ne nous apaisait. Clairwil,
chevele comme une bacchante, cumait de luxure, et je n'tais gure plus
calme. La Durand nous conjura de nous livrer  quelque autre passion, et que
si cela nous plaisait, elle nous ferait, pendant ce temps-l, observer par des
libertins.
     - Donnez une victime  chacune, rpondmes-nous, et les examinateurs
seront contents.
     On m'amne une fille charmante, nue et garrotte ; un semblable
holocauste du sexe masculin est offert  ma compagne. Nous commenmes  les
triller avec des paquets d'orties et des martinets  pointes. Ici, la Durand,
qui s'tait retire, revint doucement frapper  notre porte.
     - La preuve qu'on vous regarde, nous dit-elle, c'est qu'on vous conjure
de prolonger le supplice, et de vous tourner de ce ct en oprant : on veut
voir vos culs, l'on n'a pu les juger encore.
     - Sors, et dis qu'on sera satisfait, rpondit Clairwil.
     Nous continumes. La froce crature ouvre le ventre du jeune garon
qu'on lui a donn, elle lui arrache le cur et se l'enfonce tout chaud dans le
con ; elle se branle avec.
     - Oh ! sacredieu ! dit-elle en se pmant, il y a un sicle que j'ai la
fantaisie de me branler avec des curs d'enfants ! tu vas voir comme je vais
dcharger.
     Couche sur le cadavre de sa malheureuse victime, elle lui suait encore
la bouche en se foutant avec le cur.
     - Je veux qu'il m'entre tout entier dans le con, dit-elle.
     Et pour se procurer la facilit de le retirer, elle passa une ficelle au
travers, et le viscre disparut.
     - Oh, foutre ! que c'est dlicieux ! dit Clairwil en hurlant de plaisir ;
essaye, Juliette, essaye ! il n'est pas au monde de volupts plus grandes.
     - J'ai connu, rpondis-je, un homme qui avait  peu prs le mme got. Il
faisait un trou dans un cur encore palpitant, y fourrait son vit et y
dchargeait.
     - Cela pouvait tre charmant, dit Clairwil, mais moins joli que ce que je
fais : ttes-en, Juliette, je t'en conjure.
     Rien de tel que l'exemple sur une imagination comme la mienne : il
dcide, il encourage, il lectrise. J'eus promptement ventr ma victime, et
son cur palpitant fut bientt dans mon con. Mais les voies, plus troites que
celles de ma compagne, rsistrent : je ne pus jamais l'introduire.
     _ Coupe-le, me dit Clairwil en voyant mon embarras, pourvu qu'il en entre
une partie, c'est tout ce qu'il faut.
     J'excute, et par les mmes procds que Clairwil, je m'enfonce une
moiti du cur dans la matrice. L'affreuse coquine avait raison : il n'est
point de godemich qui vaille cela ; il n'en est point qui ait autant de
chaleur et d'lasticit... Et le moral, mes amis, comme il est embras par ces
horreurs ! Oh ! oui, oui, je l'avoue, Clairwil avait une excellente ide, et
depuis bien longtemps je n'avais si dlicieusement dcharg. Au bout d'une
heure passe dans ces infamies, nous fmes remonter la Durand.
     - Foutre ! dit-elle en voyant ces affreux dbris, il ne s'agit, me
semble, que de vous en faire voir !
     - Nous en massacrerions comme cela  toutes les heures du jour, dit
Clairwil ; va, ma chre, le meurtre nous est aussi familier qu' toi... nous
l'idoltrons comme toi, et ds qu'on tue dans ta maison, tu as dans nous deux
excellentes pratiques.
     - Mes bonnes amies, nous dit la Durand, ce n'est pas tout, j'ai encore
quelque chose  vous proposer. Voulez-vous me faire gagner cinquante louis ?
     - Assurment.
     - Eh bien, ayez la complaisance de vous prter toutes les deux un moment
 l'examinateur : il brle du dsir de s'amuser avec vous, il en bande comme
un furieux.
     - Soit, dis-je, mais nous voulons aussi de l'argent : rien ne porte
bonheur comme celui qu'on gagne au bordel. Demande-lui cent louis, nous en
voulons vingt-cinq chacune.
     - Je suis de l'avis de ma compagne, dit Clairwil : mais que nous fera cet
homme ? Il faut se faire payer en raison des complaisances.
     - Ah ! dit Durand, il vous fera beaucoup de choses, il est extrmement
libertin. Mais il sait que vous tes des dames comme il faut, et il vous
mnagera.
     - Qu'il entre, dis-je, et qu'il paye bien, nous n'avons pas envie d'tre
mnages : nous sommes des putains, et nous voulons tre traites comme telles.
     Le personnage parut. C'tait un petit homme d'environ soixante ans, gros,
court, et de la tournure d'un opulent financier ; il tait presque nu, on le
sodomisait, son enculeur l'instrumentait tout en marchant.
     - Les beaux culs... foutre !... les beaux culs ! s'cria-t-il en nous les
maniant, vous avez fait des choses dlicieuses... (et continuant toujours de
se branler) vous avez tu... vous avez massacr : comme j'aime toutes ces
choses-l ! Quand vous voudrez, nous en ferons ensemble.
     A ces mots, le paillard me renverse sur le lit, et m'encule, en maniant
les fesses de Clairwil. Au bout de quelques alles et venues assez
grossirement faites, il change de poste et c'est ma compagne qu'il
gommorrhise, en examinant et baisant mon derrire. Ici son fouteur dchargea.
Le petit homme, bien persuad qu'il ne peut se tenir valeureusement en selle
s'il n'est tay d'un bon vit au derrire, dcule aussitt, et, s'emparant
d'une poigne de verges, il ordonne  son fouteur de nous tenir, pendant qu'il
va nous fouetter  la fois. Mais dans quelle posture bizarre le petit sclrat
nous met ! Son homme tait entre nous deux, nous tions chacune sous un des
bras de cet homme, et contenues par les cheveux. Au moyen de cela, M. Mondor
avait un beau vit  branler et deux superbes culs  fesser. Il se met 
l'ouvrage : nos derrires, dj trs en train, reoivent tout ce qu'il plat 
ce bougre-l de leur administrer ; l'opration devient aussi longue que
sanglante, il usa six poignes de verges, et nos cuisses furent aussi
maltraites que nos fesses ; dans les intervalles, il suait le vit de son
homme, et ds qu'il l'eut fait bander, il nous fit foutre par ce superbe
membre. Aprs avoir t aussi bien flagelles, vous imaginez facilement que
nous avions besoin de ce baume. Pendant que cet homme nous foutait
alternativement, le financier maniait le cul du fouteur, et y introduisait son
vit de temps en temps. Quand sa passion fut bien allume, le sclrat dsira
un meurtre. On lui amena un petit garon de onze qu'il encula ; on le foutit,
le vilain nous ordonna d'ouvrir la victime, d'en arracher le cur comme nous
venions de faire, et de lui en barbouiller le nez pendant qu'il dchargeait :
tout s'excuta, et le monstre, inond de sang, perd son foutre en beuglant
comme un taureau. A peine a-t-il fini, qu'il disparat comme un clair, sans
nous adresser un seul mot. Tels sont les effets du libertinage sur des mes
timores : le remords et la honte suivent de prs l'instant du dlire, parce
que ces gens-l ne savent pas se faire de principes, et qu'ils s'imaginent
toujours avoir mal fait, parce qu'ils n'ont pas fait comme tout le monde.
     - Quel est cet original ? demandmes-nous  la Durand.
     - C'est un homme excessivement riche, nous rpondit-elle, mais dont vous
ne saurez pas le nom : vous ne voudriez pas que je dise les vtres ?
     - Et ses mains quelquefois se souillent-elles de meurtres ?
     - Trs souvent il opre lui-mme ; il n'tait pas en train aujourd'hui,
et voil d'o vient qu'il vous a charges de l'opration ; il est timide...
dvot mme... il va prier Dieu quand il fait des horreurs.
     - L'imbcile ! que je le plains. Quand on fait tant que de se jeter dans
la carrire o nous sommes, il faut avoir franchi tous les prjugs ; il faut
y marcher d'un pas ferme, ou l'on se prpare bien des maux.
     Et, nous rajustant, nous fmes un paquet de tous les poisons que nous
avions achets, paymes largement une aussi bonne connaissance, et regagnmes
notre voiture, en nous promettant bien, l'une et l'autre, de cultiver une
femme si utile, et de faire de nos emplettes chez elle l'usage le plus
multipli.
     - J'en donnerai, me dit Clairwil,  toutes les cratures que je
rencontrerai, dans la seule vue de commettre une action qui, je le sens,
devient la plus chatouilleuse pour mes sens et la plus chrie de mon cur.
     Je brlais de faire connatre la Durand  Belmor, je les trouvais tous
deux si dignes l'un de l'autre, que je me branlais depuis longtemps sur l'ide
de voir mon amant dans les bras de cette mgre. Je lui en parlai, il ne la
connaissait pas ; nous y fmes. Je n'avais pas eu le temps d'y retourner
depuis la fameuse visite que nous lui avions faite avec Clairwil. Aprs
quelques reproches de l'avoir nglige si longtemps, elle reut le comte 
merveille. Enchant de tout ce qu'il vit l, aprs un grand nombre
d'emplettes, il ne put tenir aux titillations voluptueuses que lui inspirait
cette belle femme. La scne, ainsi que je la voulais, se passa sous mes yeux.
Aprs avoir sodomis la coquine, Belmor la pria de satisfaire  sa passion de
choix : je fus charge de l'expliquer. Les victimes paraissent  l'instant, et
Belmor, aid par moi, se satisfait dlicieusement.
     - Cette passion est charmante, nous dit la Durand ; si vous voulez venir
aprs demain chez moi, je vous en ferai voir une  peu prs dans le mme
genre, quoique mille fois plus extraordinaire.
     Nous n'y manqumes pas ; mais la Durand tait disparue ; la maison, bien
ferme, ne s'ouvrit point ; et quelques perquisitions que je pusse faire, il
me fut impossible de savoir ce qu'tait devenue cette femme.
     Deux ans passrent ainsi, sans qu'il m'arrivt rien de bien singulier.
Mon luxe, mes dbauches se multipliaient  tel point, que je ne gotais plus
les plaisirs simples de la nature, et que s'il n'y avait pas quelque chose
d'extraordinaire ou de criminel dans les fantaisies qui m'taient proposes,
j'y devenais absolument insensible. Il est vraisemblable que c'est dans cet
tat d'anantissement que la vertu fait un dernier effort en nous, soit que
notre puisement nous mette dans cette situation de faiblesse o sa voix
reprend son empire, soit que, par une inconstance naturelle, nous voulions,
ennuys de crimes, essayer un peu du contraire. Toujours est-il qu'il est un
moment o les prjugs reparaissent, et s'ils triomphent lorsqu'on a pris la
route du vice assurment ils nous rendent bien malheureux : il n'est rien de
pis que les retours. Les vnements que je vais raconter vous convaincront de
cette assertion.
     Je venais d'atteindre ma vingt-deuxime anne, lorsque Saint-Fond me fit
part d'un projet excrable. Toujours entich de ses vues de dpopulation, il
s'agissait de faire mourir de faim les deux tiers de la France par d'affreux
accaparements. Je devais avoir la plus grande part  l'excution de ce
dessein. Je l'avoue, toute corrompue que j'tais l'ide me fit frmir. Funeste
mouvement, que vous me cottes cher ! Pourquoi ne pus-je vous vaincre ?
Saint-Fond, qui le surprit, se retira sans dire un mot. Et comme il tait
tard, je me couchai. Je fus longtemps avant de m'endormir ; un rve affreux
vint troubler mes sens : je crus voir une figure pouvantable, embrasant d'un
flambeau mes meubles et ma maison ; au milieu de cet incendie, une jeune
crature me tendait les bras... cherchait  me sauver, et prissait elle-mme
dans les flammes. Je m'veille en songe, la prdiction de la sorcire se
prsente aussitt  mon esprit : O le vice cessera, m'a-t-elle dit, le
malheur arrivera. Oh ciel ! je suis perdue ! j'ai cess un instant d'tre
vicieuse ; j'ai frmi d'une horreur propose ; le malheur va m'engloutir, cela
est sr... Cette femme que j'ai vue dans mon songe, c'est ma sur, c'est la
triste Justine avec laquelle je me suis brouille, parce qu'elle a voulu
suivre la carrire de la vertu ; elle s'offre  moi, et le vice s'affaiblit
dans mon cur. Fatale prdiction !... et toi qui pourrais me l'expliquer, tu
disparais au moment o j'ai besoin de tes conseils... J'tais encore dans mon
lit, affaisse de ces terribles rflexions, lorsqu'un inconnu, sans tre
annonc, me remet un billet et se sauve. Je reconnais l'criture de
Noirceuil...
      Vous tes perdue, me mande-t-il ; je n'aurais jamais souponn de
faiblesse celle que j'avais forme... celle qui s'tait toujours aussi bien
conduite. En vain chercheriez-vous  rparer votre tideur, le ministre ne
serait plus votre dupe : votre premier mouvement vous a trahie. Quittez Paris
dans le jour mme, emportez avec vous l'argent que vous pourrez avoir, mais ne
comptez plus sur autre chose. Tous les biens que vous vous tes acquis par les
largesses de Saint-Fond sont perdus pour vous. Vous connaissez d'ailleurs son
crdit, sa colre, quand on lui manque : partez donc vite, et silence, surtout
; il y va de vos jours. Je vous laisse les dix mille livres de rente que je
vous ai faites, elles seront payes partout sur vos quittances. Fuyez, et que
vos amis ignorent tout. 
     Un coup de foudre m'et frappe moins cruellement ; mais je redoutais
trop Saint-Fond pour ne pas prendre aussitt mon parti. Je me lve  la hte.
Ayant dpos toutes mes richesses et toutes mes conomies chez le notaire de
Saint-Fond, je n'ose les aller dgager. Cinq cents louis... voil tout ce qui
me reste ; j'en fais aussitt des rouleaux que je cache avec soin sur moi, et
je sors seule...  pied, de cette maison o tant de faste m'environnait la
veille... de cette maison sur laquelle je jette en pleurant les yeux pour la
dernire fois. Je brle de voir Clairwil ; je ne l'ose, on me l'a svrement
dfendu ; n'est-ce pas elle d'ailleurs qui m'a trahie ?... n'est-ce point elle
qui veut usurper ma place ?... Ah ! comme le malheur rend injuste, et quel
tort j'avais (vous le verrez bientt), en souponnant ainsi ma meilleure amie.
Allons, me dis-je, du courage ! n'attendons plus de secours que de
nous-mme... Je suis jeune encore... c'est une carrire  recommencer ; les
fautes de ma jeunesse m'ont instruite...  funeste vertu !... j'ai pu me
trouver ta dupe une fois ! Ah ! ne crains pas qu'on me revoie encore au pied
de tes excrables autels ; je n'ai fait qu'une seule faute, et ce sont de
malheureux mouvements de probit qui me l'ont fait commettre. Absorbons-la
pour jamais dans nous : elle n'est faite que pour perdre l'homme, et le plus
grand malheur qui puisse arriver dans un monde tout  fait corrompu, est de
vouloir se garantir seule de la contagion gnrale. Que de fois je l'avais
pens, grand Dieu !
     Sans projets, et sans autre dessein que celui de me soustraire
promptement  la vengeance de Saint-Fond, je me jetai machinalement dans la
premire voiture publique ; c'tait celle d'Angers ; j'y arrivai bientt.
trangre dans cette ville, et n'y connaissant absolument personne, je rsolus
d'y prendre une maison et d'y donner  jouer. J'eus bientt chez moi toute la
noblesse du pays... Une infinit d'amants se dclarrent ; mais l'air de
pudeur et de retenue que j'affectais, persuada bientt  mes soupirants que je
ne me rendrais qu' celui qui ferait ma fortune. Un certain comte de Lorsange,
le mme dont je porte aujourd'hui le nom, me parut plus assidu et beaucoup
plus riche que les autres. Il tait g de quarante ans... d'une fort belle
figure, et la manire dont il s'exprimait me convainquit qu'il avait des vues
plus releves et plus lgitimes que ses concurrents ; je l'coutai. Le comte
ne fut pas longtemps  me dclarer ses desseins. Clibataire, jouissant de
cinquante mille livres de rente, n'ayant point de parents, si je me rendais
digne de sa main, il aimait mieux, en m'pousant, me laisser sa fortune, que
de la faire passer  des collatraux inconnus ; et si je voulais tre franche
avec lui, ne lui cacher aucune circonstance de ma vie, ds le lendemain je
devenais sa femme, et il me reconnaissait vingt mille livres de rente. De
telles propositions taient trop belles pour que je ne me rendisse pas
aussitt. Il fallait au comte une confession gnrale : j'osai tout dire.
     - coutez-moi, Juliette, reprit M. de Lorsange aprs m'avoir entendue,
les aveux que vous venez de me faire prouvent une franchise que j'aime. Celle
qui avoue ses fautes avec une telle candeur est bien plus prs de n'en jamais
commettre, que celle qui n'a jamais connu que la vertu : la premire sait 
quoi s'en tenir, la seconde voudra peut-tre essayer ce qu'elle ne connat
pas. J'exige de vous, madame, de vouloir bien m'couter quelques instants.
Votre conversion m'est prcieuse, et je veux vous faire revenir de vos
erreurs. Ce n'est point un sermon que je prtends vous faire, ce sont des
vrits que je veux vous dire, des vrits que vous dguisa longtemps le
bandeau des passions, et que vous trouverez toujours dans votre cur quand
vous voudrez l'couter seul.
      Juliette ! celui qui put vous dire que les bonnes murs taient
inutiles dans le monde, vous a tendu le pige le plus cruel dans lequel il ft
possible de vous prendre, et celui qui put ajouter  cela que la vertu tait
inutile et la religion une fable, et peut-tre mieux fait de vous assassiner
tout d'un coup : dans ce dernier cas, il ne vous faisait prouver qu'un
instant de douleur ; dans l'autre, il sme la carrire de vos jours de ronces
et d'infortunes. L'abus de mots a pu vous entraner  toutes ces erreurs :
sachez donc analyser avec justesse cette vertu qu'on voulut vous faire
mpriser. Ce qu'on appelle ainsi, Juliette, est la fidlit constante 
remplir nos obligations envers nos semblables. Or, je vous demande quel est
l'tre assez insens pour oser placer le bonheur  ce qui brise tous les liens
o nous enchane la socit ? Croira-t-il, cet tre-l, osera-t-il se flatter
d'tre le seul heureux quand il plongera tout le monde dans l'infortune ?
sera-t-il assez fort, assez puissant, assez audacieux pour rsister seul  la
volont de tous, et pour que la somme des volonts gnrales puisse cder aux
irrgularits de la sienne ? se flatte-t-il d'avoir seul des passions ? si
tous les autres en ont comme lui, comment espre-t-il assouplir aux siennes
celles de tous les autres ?
     Vous m'avouerez, Juliette, qu'il n'y a qu'un fou qui puisse penser de
cette manire. Mais  supposer que l'on lui cdt, est-il  l'abri des lois ?
croit-il que leur glaive ne l'atteindra pas comme les autres ? Voulez-vous
encore le mettre au-dessus de tout cela : eh bien, sa conscience ?... Ah !
croyez Juliette, qu'on n'chappe jamais  cette voix terrible : vous l'avez
vu, vous l'avez prouv ; vous vous flattiez d'avoir touff cet organe 
force de lui imposer silence, mais, plus imprieux que vos passions, il les a
fait taire en les poursuivant.
     En donnant  l'homme le got de la socit, il tait ncessaire que
l'tre quelconque qui le lui inspirait lui donnt en mme temps le got des
devoirs qui pouvaient l'y maintenir avec agrment. Or, dans l'accomplissement
seul de ces devoirs se trouve la vertu. La vertu est donc un des premiers
besoins de l'homme, elle est le seul moyen de sa flicit sur la terre.
     Oh ! combien maintenant les vrits religieuses dcoulent facilement de
ces premires vrits morales, et combien l'existence d'un tre suprme est
facile  dmontrer au cur de l'homme vertueux ! Les sublimits de la nature,
Juliette, voil les vertus de l'tre crateur, comme la bienfaisance et
l'humanit sont celles de l'tre cr, et de l'enchanement des uns aux autres
nat la concorde de l'univers.
     Dieu est le foyer de la sagesse suprme dont l'me de l'homme est un
rayon ; ds que vous fermez votre me  ce feu divin, il n'y aura plus
qu'erreur et infortune pour vous sur la terre. Jetez les yeux sur ceux qui ont
voulu vous donner des principes diffrents, analysez de sang-froid leurs
motifs : en avaient-ils d'autres que ceux de vous sduire et d'abuser de votre
bonne foi ? en nourrissaient-ils d'autres que ceux de flatter leurs
mprisables et dangereuses passions ? Et ils se trompaient encore, voil ce
qu'il y a de pis, voil ce que le malhonnte homme ne calcule jamais : pour
assurer une de ses jouissances, il en perd mille, et pour passer un jour
heureux, il s'en prpare un million d'horribles. La contagion du vice est
telle, que celui qui en est atteint veut empoisonner tout ce qui l'entoure ;
la vertu blesse ses regards, il voudrait la cacher aux autres et le malheureux
ne sent pas que tous les efforts qu'il fait pour l'anantir deviennent du
triomphes pour elle. La jouissance de celui qui fait le mal est de l'aggraver
tous les jours : mais l'instant o il faut qu'il s'arrte ne lui prouve-t-il
pas sa faiblesse ? En est-il de mme de la vertu ? Plus il en amliore les
jouissances, plus elles deviennent dlicates, et s'il veut atteindre les
bornes, il ne les trouve que dans le sein d'un Dieu o son existence se runit
pour revivre ternellement.
      Juliette ! que la vertu et la religion ont de douceurs ! J'ai vcu
comme les autres hommes, vous le voyez, puisque c'est dans une maison de
plaisir o j'ai l'avantage de vous connatre ; mais au milieu de toutes mes
passions, au plus grand feu des travers de ma jeunesse, la vertu m'a toujours
paru belle, et ce fut toujours dans les devoirs qu'elle m'imposa que je
trouvai mes plus douces jouissances. Soyez de bonne foi, Juliette, comment
pouvez-vous supposer qu'il puisse y avoir plus de charmes  faire couler les
pleurs de l'infortune qu' soulager les maux du misrable ! Je veux bien vous
accorder un moment qu'il puisse exister des mes assez dpraves pour admettre
une jouissance dans le premier cas : croyez-vous qu'elle vaille celle du
second ? Ce qui est excessif, et ce qui n'affecte qu'un instant, peut-il se
comparer  une jouissance pure, douce et prolonge ? La haine et les
maldictions de nos semblables, en un mot, peuvent-elles valoir leur amour et
leur bienveillance ? tes-vous immortel, tes-vous impassible, homme immoral
et dprav ? Ne flottez-vous pas, comme nous, sur cet ocan dangereux de la
vie, et, comme nous, n'avez-vous donc pas besoin de secours si vous venez 
faire naufrage ? Croyez-vous retrouver les hommes, quand vous les aurez
insults ? et vous croyez-vous donc un Dieu, pour pouvoir vous passer des
hommes ?
     Si vous m'accordez ces premiers principes, avec quelle facilit je vais
vous conduire, en aimant les vertus,  l'adoption de l'tre qui les runit
toutes...  Juliette ! quel est-il donc, le funeste aveuglement de l'athe ?
Ah ! je ne vous demande que l'examen des beauts de l'univers, pour vous
convaincre de la ncessit de l'existence de son divin auteur. C'est le
prestige des passions qui empche l'homme de reconnatre son Dieu : celui qui
s'est rendu coupable aime  douter de l'existence de son juge ; il trouve plus
court de le nier que de le craindre, et il devient moins pnible pour lui de
dire : Il n'y a point de Dieu, que d'tre oblig de redouter celui qu'il
outragea. Mais, loignant de lui ces prjugs qui l'ont tromp, qu'il jette un
coup d'il impartial sur la nature : il y reconnatra, dans tout, l'art infini
de son auteur.
     Ah ! Juliette, la thologie n'est une science que pour le vicieux ; elle
est la voix de la nature pour celui qu'anime la vertu : image du Dieu qu'il
adore et qu'il sert, il serait bien fch, celui-l, si sa consolation n'tait
qu'une fable. Oui, l'univers porte le caractre d'une cause infiniment
puissante et industrieuse, et le hasard, triste et faible ressource des
malhonntes gens, c'est--dire le concours fortuit de causes ncessaires et
prives de raison, ne saurait avoir rien form.
     L'tre suprme admis, comment se refuser au culte qui lui est d ? Ce
qu'il y a de plus sublime au monde ne mrite-t-il pas nos hommages ? celui de
qui nous tenons toutes nos jouissances n'a-t-il donc pas des droits  nos
remerciements ? Une fois-l, combien il me deviendra facile de vous prouver
que, de tous les cultes de la terre, le plus raisonnable de tous est celui
dans lequel vous tes ne... Ah ! Juliette, si vous aimez la vertu, vous
aimerez bientt la sagesse du divin auteur de votre religion. Jetez les yeux
sur la sublime morale qui la caractrise, et voyez s'il fut un seul philosophe
de l'antiquit qui en prcht une plus pure et une plus belle. L'intrt,
l'ambition, l'gosme, s'annoncent dans la morale de tous les autres : celle
du Christ seule n'a d'autre vue que l'amour des hommes. Platon, Socrate,
Confucius, Mahomet, attendent une rputation et des sectateurs : l'humble
Jsus ne voit que la mort, et sa mort mme est un exemple.
     J'coutais cet homme sens... Juste ciel ! me dis-je en moi-mme, voil
sans doute l'ange dont la Durand m'a parl, voil celui qui doit m'annoncer
des vertus incomprhensibles... Et je serrais machinalement la main de ce
nouvel ami ; des larmes coulaient de ses yeux, il me pressait dans ses bras.
     - Non, monsieur, lui dis-je, je ne me sens pas digne du bonheur que vous
m'offrez... j'en ai trop fait, le retour serait impossible.
     - Ah ! me rpondit-il, que vous connaissez mal et la vertu, et le Dieu
puissant dont elle mane ! Jamais le sein de ce Dieu juste ne fut ferm au
repentir ; implorez-le, Juliette, implorez-le avec ardeur, et sa grce est 
vous. Ce ne sont point de vaines formules ni des pratiques superstitieuses que
j'exige de vous ; c'est de la foi, c'est de la vertu. C'est l'assemblage de
toutes ces faons de vous conduire, qui peut assurer sur la terre les longues
annes que vous avez  y vivre, et c'est pour votre bonheur que je vous les
dsire. Ceux qui n'ont aim de vous que vos vices, parce que les leurs y
trouvaient un attrait de plus, taient loin de vous parler ce langage : il
n'appartenait qu' l'ami de votre me d'oser vous le tenir, et vous le
pardonnerez, mademoiselle, au dsir ardent que j'ai de vous voir heureuse.
     S'il faut vous l'avouer, mes amis, le joli petit sermon de M. de Lorsange
ne m'avait nullement persuade : la raison avait fait sur moi des progrs trop
grands, pour qu'il me ft possible d'entendre encore la voix du prjug et
celle de la superstition. Quels moyens employait d'ailleurs le pauvre Lorsange
! Il n'y avait rien de si ridicule que d'tablir (et surtout  mes yeux) le
bonheur de l'homme sur la ncessit de la vertu : d'o venaient donc tous mes
malheurs, si ce n'est de ma faiblesse de l'avoir un instant coute ? Je vous
demande ensuite si l'induction captieuse que Lorsange tirait de son systme
pouvait blouir, mme un instant, quelqu'un d'aussi ferme que moi. Si la vertu
devenait ncessaire, disait-il, la religion l'tait galement, d'o il
rsultait qu'entassant des mensonges sur des prjugs, toutes les maximes de
mon instituteur s'croulaient aussitt qu'on en fouillait les bases. Eh ! non,
non, me dis-je, la vertu n'est point ncessaire, elle n'est que nuisible et
dangereuse : n'en ai-je pas fait la fatale exprience ? et toutes les fables
religieuses qu'on veut tayer sur elle ne peuvent avoir, comme elle, que
l'absurdit pour principe. L'gosme est la seule loi de la nature ; or, la
vertu contrarie l'gosme, puisqu'elle consiste en un sacrifice perptuel de
ses penchants au bonheur des autres : si la vertu prouve Dieu, comme l'tablit
Lorsange, qu'est-ce donc que le Dieu qu'on chafaude sur la plus grande
ennemie de la nature ?  Lorsange ! tout votre difice s'croule de lui-mme,
et vous n'avez bti que sur le sable. La vertu n'est point utile  l'homme, et
le Dieu que vous tablissez sur elle est la plus absurde de toutes les
chimres. L'homme, cr par la nature, ne doit couter que les impressions
qu'il en reoit, et quand il dpouillera cet organe de tous les prjugs de
son existence, il n'y trouvera jamais, ni la ncessit d'un Dieu, ni celle de
la vertu. Mais il faut feindre, je le dois au malheureux tat o le sort me
rduit ; la main de Lorsange m'est indispensable pour rentrer dans la carrire
de la fortune ; emparons-nous-en,  quelque prix que ce puisse tre ; que la
feinte et la fausset soient toujours mes premires armes : la faiblesse de
mon sexe les lui rend urgentes, et mes principes particuliers doivent en faire
la base de mon caractre.
     Je m'tais fait depuis longtemps une assez grande habitude du mensonge,
pour pouvoir en imposer avec facilit dans telles circonstances que ce pt
tre. J'eus l'air de me rendre aux conseils de Lorsange ; je cessai de
recevoir du monde chez moi ; chaque fois qu'il y venait, il me trouvait
toujours seule, et ses prtendus progrs sur mon me furent tels qu'on me vit
bientt  la messe, Lorsange donna dans le pige ; vingt mille livres de rente
me furent reconnues, et je l'pousai six mois aprs mon arrive dans la ville
d'Angers. Comme j'avais assez bien pris dans ce pays, et que mes anciennes
erreurs n'y taient sues de personne, le choix de M. de Lorsange fut
gnralement applaudi, et je me vis bientt  la tte de la meilleure maison
de la ville. Mon hypocrisie me redonnait une aisance que m'avait enleve la
crainte du crime... Et voil donc encore une fois le vice au pinacle :  mes
amis ! l'on a beau dire, il y sera toujours, tant qu'il y aura des hommes.
     Je ne vous parlerai point de mes plaisirs conjugaux avec M. de Lorsange :
le cher homme n'en connaissait que de simples, comme son esprit. Ignorant en
lubricit comme en philosophie, pendant les deux annes que j'eus le malheur
d'tre sa femme, le pauvre diable n'imagina seulement pas une recherche.
Excde de cette monotonie, je dsirai bientt quelques distractions dans
cette ville : le sexe m'tait assez gal, et pourvu que je trouvasse de
l'imagination, l'objet m'tait indiffrent. Mes recherches furent longues ;
l'ducation svre des provinces, la rigidit des murs, la mdiocrit de la
population, celle des fortunes, tout entravait mes dmarches, tout mettait des
obstacles  mes, plaisirs.
     Une jeune personne de seize ans, fort jolie, fille d'une vieille amie de
mon poux, fut la premire que j'attaquai. Caroline, sduite par l'immoralit
de mes systmes, cda bientt  mes dsirs. Mais Caroline, qui n'tait que
belle, pouvait-elle fixer quelqu'un qui, comme moi, ne bandait que
d'imagination ? La pauvre enfant n'en avait pas du tout. Je la laissai bientt
l pour une autre, et celle-ci pour une troisime. Je trouvais d'assez jolies
personnes, mais des ttes d'un froid !... pas le plus lger cart. Oh !
Clairwil, que je te regrettais ! combien tu manquais  mon bonheur ! On a beau
dire, celui qui aime le vice, qui le chrit depuis son enfance, ou par got ou
par habitude, celui-l, dis-je, trouvera toujours bien plus srement sa
flicit dans la continuelle pratique de ses habitudes dpraves, que n'en
pourra rencontrer celui qui n'a jamais fray que l'ennuyeuse route de la vertu.
     J'essayai des hommes : je ne fus gure plus heureuse.
     J'en tais au dixime, lorsqu'un jour, me trouvant  la messe  ct de
mon vertueux poux, je crus reconnatre dans le clbrant ce certain abb
Chabert avec lequel j'avais eu quelques liaisons dans la Socit des Amis du
Crime... garon charmant que vous voyez encore aujourd'hui chez moi. Jamais la
messe ne m'avait paru si longue : elle finit enfin. M. de Lorsange se retire ;
j'affecte de rester pour quelques prires. Je fais demander le prtre qui
vient d'officier... Il vient : c'tait Chabert !
     Nous passmes promptement dans une chapelle isole, et l, l'aimable
abb, aprs s'tre mille fois flicit du bonheur qu'il avait de me revoir, me
dit que de gros bnfices qu'il possdait dans ce diocse, l'obligeait 
dissimuler, mais que je ne devais pas tre dupe des singeries o sa politique
le contraignait ; que sa faon de penser, ma habitudes taient toujours les
mmes, et qu'il m'en donnerait des preuves quand je voudrais. De mon ct, je
lui racontai mon histoire. N'tant, lui, que depuis huit jours dans cette
ville, il ignorait que j'y fusse, et il me pressait vivement de renouveler
amplement notre connaissance.
     - Abb, lui dis-je, n'allons pas plus loin pour cela : fouts-moi dans ce
lieu mme ; cette glise est ferme, cet autel nous servira de lit. Hte-toi
de me raccommoder avec des plaisirs dont je pleure tous les jours la perte.
Crois-tu que, depuis que je suis dans cette maudite ville, pas un des tres
auxquels je me suis livre ne s'est avis de regarder mon cul, moi qui ne
chris que ces attaques, et qui ne vois tous les autres plaisirs que comme les
accessoires ou les pisodes de celui-l !
     - Eh bien, livrons-nous-y ! dit Chabert en appuyant mon ventre sur
l'autel, et retroussent mes jupes par derrire ...
     Puis, admirant mes fesses :
     - Ah ! Juliette, s'cria-t-il, ton cul est toujours le mme ... c'est
toujours celui de Vnus !...
     L'abb s'incline, il le baise. J'aime  sentir, dans mon derrire, cette
langue o vient de reposer un Dieu !... Son vit la remplace bientt... et me
voil sodomise jusqu'aux couilles... Oh ! mes amis, comme les rechutes sont
dlicieuses ! je ne puis vous peindre le plaisir que j'eus : il est aussi
crue] d'interrompre les habitudes du mal qu'il est dlicieux de les reprendre.
Depuis l'abstinence force de ce genre de plaisir, j'en avais prouv les plus
violents besoins ; ils se manifestaient par des picotements dans cette partie,
assez violents pour me contraindre  les apaiser avec des godemichs. Cbabert
me rendit  la vie : s'apercevant de l'extrme plaisir qu'il me faisait, il
prolongea sa jouissance, et le fripon, jeune et vigoureux encore, me dchargea
trois fois de suite dans le cul.
     - Conviens qu'il n'y a que cela de bon, Juliette ! me dit-il en se
relevant.
     - Oh ! l'abb,  qui le dis-tu ! quelle plus fidle zlatrice de la
sodomie pourras-tu rencontrer de tes jours ! Il faut nous voir mon cher, il le
faut absolument.
     - Oui, Juliette, il le faut, et je veux que vous ayez doublement  vous
louer de ma rencontre.
     - Comment cela ?
     - J'ai des amis.
     - Et vous me destinez  tre leur putain ?
     - Ce parti convient mieux  un physique comme le vtre, que celui que
vous avez pris.
     - Oh ! combien m'est prcieuse la justice que tu me rends ! Quel triste
rle  jouer dans le monde, que celui d'une honnte femme : ce titre seul
suppose la btise. Toute femme pudique est une imbcile qui, manquant de force
pour secouer au prjuge, y reste ensevelie par stupidit ou par dfaut de
temprament, et n'est ds lors qu'un tre manqu par la nature, ou qu'une
erreur de ses caprices. Les femmes, machines de l'impudicit, sont nes pour
l'impudicit, et celles qui s'y refusent ne sont faites que pour languir dans
le mpris.
     Chabert connaissait mon mari ; il me le peignit comme un bigot, et
m'engagea vivement  semer quelques roses sur les pines de l'hymen. Il savait
que M. de Lorsange devait aller le lendemain dans une de ses terres : il me
conseilla de profiter de ce moment pour aller voir, dans une campagne o il me
mnerait, un chantillon de nos dbauches parisiennes.
     - Ce que vous me faites ici est affreux, dis-je en persiflant, vous
drangez tous mes projets de vertu ! Devez-vous flatter mes passions ?
devez-vous m'aplanir la route du crime ? devez-vous enlever une femme  son
mari ? Vous en rpondrez sur votre conscience ! Cessez vos entreprises, il en
est temps ; ce ne sont que des projets. Je n'ai qu' consulter un directeur
moins perverti que vous : il m'apprendra  rsister  des dsirs aussi
criminels ; il. me prouvera qu'ils ne sont les fruits que d'une me corrompue
; qu'on se prpare, en s'y livrant, des remords ternels, et des remords
d'autant plus affreux, qu'il est des sortes de maux qu'on ne peut jamais
rparer... Il ne me dira pas, comme vous, que je peux tout faire... que je
n'ai rien  craindre ; il. n'encouragera pas mes garements par l'espoir de
l'impunit ; il ne m'aplanira pas la route de l'adultre et de la sodomie ; il
ne m'encouragera pas  tromper mon poux ... un poux sage... vertueux, qui se
sacrifie pour sa femme ... Oh ! non, non, il m'effrayera, au contraire, par
les grandes terreurs de la religion : il me rappellera, comme le vertueux
Lorsange, un Dieu, mort pour me prparer la grce ternelle[16] ; il me fera
sentir combien je suis coupable en ngligeant de semblables faveurs... Mais,
je l'avoue, mon cher abb, celle qui est aussi libertine... aussi sclrate
que tu me connus autrefois enverrait au diable celui qui lui parlerait ainsi.
Elle lui dirait : Mon ami, j'abhorre la religion ; je bafoue ton Dieu et me
moque de tes conseils ; maladroit enfroqu, la vertu me dplat, le vice
m'amuse, et c'est pour me dlecter que la nature m'a place dans le monde.
     - Mauvaise tte, me dit Chabert en nous sparant, tu es toujours la
mme... toujours aussi aimable ! Et dans la solitude o nous vivons ici, je me
flicite bien de t'avoir rencontre.
     Je fus exacte au rendez-vous. Il y avait quatre hommes et quatre femmes,
sans compter Chabert et moi. Trois des femmes se trouvaient du nombre de
celles avec qui je m'tais branle ; les quatre hommes m'taient charnellement
inconnus. L'abb nous fit la plus grande chre, et nous nous gorgemes de
libertinage. Les femmes taient jolies, les hommes vigoureux ; mon cul fut
foutu par tous les hommes, mon con branl... suc par toutes les femmes. Je
dchargeai prodigieusement. Je ne vous dcrirai point cette partie, huit ou
dix qui la suivirent pendant mon sjour  Angers. Vous tes las de
descriptions lubriques, et je ne vous dtaillerai plus que celles que je
croirai dignes de l'tre par le caractre de crimes ou de singularits
qu'elles porteront.
     Revenons maintenant sur quelques dtails essentiels. Onze mois aprs mon
mariage avec M. de Lorsange, je lui lanai, pour fruit de son premier hymen,
une petite fille charmante,  laquelle, par politique, je m'efforai de donner
le jour. Ce procd tait essentiel ; il fallait fixer sur ma tte la fortune
de celui qui m'avait donn son nom : je ne le pouvais sans un enfant... Mais
tait-il bien de mon vertueux poux ?... Voil ce que vous voulez savoir,
n'est-ce pas, curieux importuns ?... Eh bien ! trouvez bon que je vous fasse
ici la rponse de la Polignac  son mari, sur une question aussi indiscrte :
 Oh ! monsieur, quand on se frotte sur un fagot de roses, comment savoir
quelle est celle qui nous a piqu ? 
     Mais que tout cela faisait-il ? Lorsange prit tout et ne refusa rien !
L'honneur et les charges de la paternit lui restrent : en fallait-il
davantage pour mon avarice ? Cette petite fille, que mon poux nomma Marianne,
finissait sa premire anne, et sa mre sa vingt-quatrime, lorsque les plus
solides rflexions m'engagrent  quitter la France.
     J'avais reu quelques lettres anonymes qui m'avertissaient que
Saint-Fond, toujours dans le plus grand crdit et redoutant mes indiscrtions,
se repentait de ne m'avoir pas fait enfermer, et qu'il s'informait de moi de
toutes parts. Craignant que mon changement de nom et de fortune ne me mt pas
encore assez  couvert, je rsolus de placer les Alpes entre sa haine et moi.
Mais il fallait briser mes liens : pourrais-je excuter ce projet, tant que je
serais sous la puissance d'un poux ? Peu gne par ce frein, je ne m'occupai
plus que des moyens de l'anantir avec autant de mystre que de sret. Tout
ce que j'avais fait en ce genre aplanissait  mes regards un crime d'aussi peu
d'importance ; je me branlai en le combinant, et l'extrme volupt dont ce
complot me fit jouir me dtermina bientt  l'excution. Il me restait six
prises de chacun des poisons achets chez la Durand : j'administrai  mon cher
poux le royal, et par respect pour sa personne et parce que le temps qui
devait s'couler, depuis la prise de ce poison jusqu' la mort de ce tendre
poux, me mettait absolument  l'abri.
     Rien de sublime comme la mort de M. de Lorsange. Il fit et dit les plus
belles choses du monde : sa chambre devint une chapelle o tous les sacrements
se clbrrent. Il m'exhorta, me sermonna, m'ennuya, me recommanda sa
prtendue petite fille, et rendit l'me entre les bras de trois ou quatre
confesseurs. En vrit, si cela avait dur seulement deux jours de plus, je
crois que je l'aurais laiss mourir tout seul.
     Les soins dus,  ce qu'on assure, aux moribonds, sont encore une de ces
obligations sociales que je n'entends pas. Il faut tirer tout le parti
possible d'une crature vivante ; mais ds que la nature, en l'affligeant par
des maladies, nous avertit qu'elle travaille  runir cette crature  elle,
dans la crainte de contrarier ses lois, nous ne devons plus nous en mler : il
faut la laisser aller, aider mme  ses intentions. Les malades, en un mot,
doivent tre abandonns ; il faut placer prs d'eux quelques objets de
soulagement... se retirer ensuite. Il est contre la nature que des gens sains
aillent, par un procd qui contrarie les lois de cette mme nature, respirer
par anticipation l'air infect de la chambre du malade, et s'exposer  le
devenir eux-mmes, pour faire quelque chose de criminel : rien ne l'tait,
selon moi, davantage que de vouloir contraindre la nature  rtrograder. En
mettant toujours mes principes en actions, je proteste bien qu'on ne me verra
jamais donner nuls soins  des malades, ni les soulager en quoi que ce puisse
tre. Qu'on ne me dise point que c'est la duret de mon caractre qui me force
 penser ainsi : cette opinion ne vient que de mon esprit, et il me trompe
rarement en systmes.
     Mon trs chaste poux dans la terre, je pris son deuil avec grand
plaisir. Jamais veuve ne fut, dit-on, plus charmante dans ce costume, sous
lequel je me fis foutre, ds le jour mme, dans la socit de Chabert. Mais ce
que je trouvai de plus dlicieux encore que ces atours lugubres, ce furent les
quatre belles terres values  cinquante mille livres de rente, dont je
devins matresse, ainsi que les cent mille francs d'argent comptant que je
trouvai dans les coffres de mon mari. Voici bien amplement de quoi faire mon
voyage d'Italie, dis-je, en faisant passer ces rouleaux de la cassette du
dfunt dans la mienne...
     Et voil donc la main du sort... toujours ami du crime, et le couronnant
encore une fois dans l'une de ses plus fidles zlatrices.
     Par un hasard trs heureux pour moi, l'abb Chabert, longtemps en Italie,
put garnir mon portefeuille des meilleures lettres de recommandation. Je lui
laissai ma fille, dont il me promit d'avoir tous les soins possibles, soins
ncessits bien plus par mon intrt que par une tendresse maternelle trop
loigne de mes systmes pour jamais tre prouve de mon cur. Je ne pris
avec moi, pour objets de luxure, qu'un grand laquais de figure charmante,
nomm Zphyr, et dont j'tais bien souvent la Flore, et une femme de chambre,
nomme Augustine, ge de dix-huit ans, et belle comme le jour. Accompagne de
ces deux honntes sujets, d'une autre femme sans consquence, et le
coffre-fort bien garni, je pris la poste, sans m'arrter, jusqu' Turin, et je
ne fis que l mon premier sjour.
     Oh ! Dieu ! me dis-je, en respirant un air et plus pur et plus libre, me
voil donc dans cette partie de l'Europe si intressante et si recherche par
les curieux. Me voil dans la patrie des Nrons et des Messalines : je pourrai
peut-tre, en foulant le mme sol que ces modles de crimes et de dbauches,
imiter  la fois les forfaits du fils incestueux d'Agrippine et les lubricits
de la femme adultre de Claude ! Cette ide ne me laissa pas dormir de la nuit
et je la passai dans les bras d'une jeune et jolie fille de l'Htel
d'Angleterre, o j'tais descendue... dlicieuse crature que j'avais trouv
le moyen de sduire ds en arrivant, et dans le sein de laquelle je gotai des
plaisirs divins.
     Il n'y a point, dans toute l'Italie, de ville plus rgulire et plus
ennuyeuse que Turin : le courtisan y est fastidieux, le citadin fort triste,
le peuple dvot et superstitieux. Trs peu de ressources, d'ailleurs, pour les
plaisirs. J'avais, en partant, form le projet d'une vritable libertine, et
c'est  Turin que j'en commenai l'excution. Mon dessein tait de voyager en
courtisane clbre, de m'afficher partout, de joindre  ma fortune le tribut
retir de mes charmes, et de profiter, pour le compte de mon libertinage, de
tout ce qui ne me serait prsent que par les mains de la jeunesse et de la
vigueur. Ds le lendemain de mon arrive, je fis dire en consquence  la
signora Diana, la plus clbre appareilleuse de Turin, qu'une jeune et jolie
Franaise tait  louer, et que je l'engageais  me venir voir, pour prendre
mes arrangements. La maquerelle ne manqua point. Je lui fis part de mes
projets, et lui dclarai que, de quinze  vingt-cinq (ans), je me donnais pour
rien quand on me garantissait la sant ; que je prenais cinquante louis, de
vingt-cinq  trente-cinq ; cent, de trente-cinq  soixante ; et deux cents, de
soixante au dernier ge de l'homme ; qu' l'gard des fantaisies je les
satisfaisais toutes, que je me prtais mme aux fustigations.
     - Et le cul, ma belle reine, me dit la signora Diana, et le cul ?...
C'est qu'il est bien recherch en Italie ! Vous gagnerez plus d'argent avec
votre cul en un mois, si vous le prtez, qu'en quatre ans si vous ne prsentez
que le con.
     J'assurai Diana que, parfaitement complaisante sur cet objet, au moyen du
double, je serais parfaitement aux ordres de mes sectateurs.
     Je ne fus pas longtemps sans tre produite. Diana me fit dire, ds le
lendemain, de me trouver chez le duc de Chablais qui m'attendait  souper.
Aprs une de ces toilettes voluptueuses o je savais si bien embellir la
nature par la main savante de l'art, j'arrivai chez Chablais, pour lors g de
quarante ans, et connu dans toute l'Italie par des recherches libidineuses
dans les plaisirs de Vnus. Le matre du logis tait avec un de ses
courtisans, et tous deux me prvinrent que je devais m'attendre  leur faire
la chouette.
     - Dpouillez-vous de ces parures, me dit le duc en me conduisant dans un
trs lgant cabinet ; l'art cache si souvent des dfauts, que dsormais, avec
les femmes, nous sommes dtermins, mon ami et moi,  ne vouloir que des
nudits.
     J'obis.
     - On ne devrait jamais tre vtue quand on possde un aussi beau corps,
me dirent mes assaillants.
     - C'est l'histoire de toutes les Franaises, dit le duc, leur taille et
leur peau sont dlicieuses : nous n'avons rien de semblable ici.
     Et les libertins m'examinaient, me tournaient et me retournaient en se
fixant nanmoins de manire  me laisser bientt souponner que ce n'tait pas
sans raisons qu'on accusait les Italiens de prdilection pour les charmes
mconnus de M. de Lorsange.
     - Juliette, me dit le duc, il est bon de vous prvenir qu'avant d'avoir
affaire  nous, vous allez nous montrer vos talents sur quelques jeunes
garons que nous allons faire passer tour  tour dans ce cabinet. Mettez-vous
sur ce canap : les hommes que je vous destine vont dfiler ici l'un aprs
l'autre ; ils entreront par cette porte et sortiront par celle qui est
oppose. A mesure qu'ils arriveront, vous les branlerez avec tout l'art que
vous devez avoir apport de France, car il n'est point de pays au monde o
l'on sache mieux branler des vits. Au moment o ils seront prs de dcharger,
vous les approcherez tour  tour de la bouche de mon ami ou de la mienne, ils
y perdront leur foutre. Ensuite, et galement tour  tour, mon ami et moi les
enculerons. Vous ne nous servirez, vous, individuellement, que quand nous
serons las de ces premires volupts, et vous saurez seulement alors les
derniers devoirs qui vous resteront  remplir pour terminer cette scne de
luxure.
     A peine instruite, que la procession commena. Tous les jeunes gens que
j'avais  branler taient de l'ge de quatorze  quinze ans ; des trente que
j'expdiai de cette manire, pas un seul ne passait cet ge, et ils taient de
la plus dlicieuse figure. Tous dchargrent, et quelques-uns pour la premire
fois de leur vie. Les deux amis avalrent le foutre de tous, en se branlant
eux-mmes, et les enculrent tous trente ! Ils se tenaient mutuellement le
patient, pelotaient cinq ou six minutes dans leurs culs, et ne dchargeaient
point. En sortant de cette expdition, la luxure les avait tellement enflamms
l'un et l'autre, qu'ils cumaient de rage.
     - A votre tour, s'cria le duc, c'est vous, belle Franaise, qui allez
recevoir l'encens allum par tant de jolis garons ! votre cul, sans doute, ne
sera pas si troit que le leur, mais nous y supplerons.
     Et ils humectrent le trou de mon cul d'une essence dont l'effet fut tel,
qu'ils me dchirrent et me mirent en sang quand il fut question de m'enculer
; tous deux y passrent l'un aprs l'autre, et tous deux dchargrent avec
d'incroyables marques de plaisir. Six petits garons les entouraient en cet
instant ; deux faisaient baiser leur derrire, ils en branlaient un de chaque
main, et deux se relayaient pour leur gamahucher le cul en leur chatouillant
les couilles en dessous. Ils disparurent ; je restai seule dans le cabinet.
Une vieille femme vint m'y reprendre, et me ramena dans mon htel, aprs
m'avoir compt mille sequins. Courage, me dis-je, mes promenades en Italie ne
me coteront pas cher, et j'conomiserai le bien de Mlle de Lorsange, si je
trouve une pareille aubaine dans toutes les villes o je passerai ! Ah ! les
fleurs ne naissent pas toujours sous les pas des courtisanes publiques ; et
ds que de plein gr j'en reprenais le titre, il tait juste qu'avec les
bnfices j'acceptasse galement les charges : mais nous n'en sommes point
encore aux dangers.
     Tout dvot qu'est le roi de Sardaigne, il aime le libertinage. Chablais
lui avait racont notre entrevue : il voulut de moi. Diana me prvint qu'il ne
s'agissait que de recevoir de cette main royale quelques clystres, qu'il
devait s'amuser  me voir rendre pendant que je lui branlais le vit, et que
j'aurais deux mille sequins pour cette opration. Curieuse de voir si les
souverains dchargeaient comme les autres hommes, je ne balanai point. Le roi
des ramoneurs s'abaissa au rle humiliant d'tre mon apothicaire ; je lui
rendis six lavements dans la bouche ; et comme je branlais fort bien, il
dchargea trs voluptueusement. Il m'offrit la moiti de son chocolat,
j'acceptai ; nous politiqumes. Les droits que ma nation et mon sexe me
donnaient, ceux que je venais d'acqurir, ma franchise naturelle, tout me mit
 mon aise, et voici  peu prs ce que j'osai dire  ce petit despote.
     - Respectable portier de l'Italie, toi qui descends d'une maison dont
l'agrandissement est un vrai miracle de politique, toi dont les anctres,
nagure simples particuliers, ne se sont rendus puissants qu'en permettant aux
princes extra-montains de traverser tes tats pour aller s'agrandir en
Italie... permission que tes habiles anctres ne leur donnaient qu'aux
conditions de partager, roitelet de l'Europe, en un mot, daigne m'couter un
moment.
     Plac au-del de tes montagnes comme l'oiseau de proie qui attend la
colombe pour la dvorer, tu commences  comprendre que dans l'tat o tu te
trouves, tu n'as, pour t'agrandir, que la sottise des cours ou leurs fausses
dmarches. Voil, je le sais, ce qu'on te disait il y a trente ans ; mais
combien le systme a chang depuis lors ! La sottise des cours est maintenant
autant  ton dsavantage qu'au leur, et nulle de leurs fausses dmarches ne
peut t'apporter du profit. Laisse donc l ton sceptre, mon ami, abandonne la
Savoie  la France, et restreins-toi dans les limites naturelles que t'a
prescrites la nature. Voici ces montagnes superbes qui te dominent du ct de
ma patrie : la main qui les leva ne te prouve-t-elle pas, en les amoncelant
ainsi, que tes droits ne peuvent dpasser ces monts ? Qu'as-tu besoin de
rgner en France, toi qui ne sais pas mme rgner en Italie ?
     Eh, mon ami ! ne propage point la race des rois ; nous n'avons dj, sur
la terre, que trop de ces individus inutiles qui, s'engraissant de la
substance des peuples, les vexent et les tyrannisent sous le prtexte de les
gouverner. Il n'y  rien de plus inutile dans le monde qu'un roi ; renonce 
ce vain titre, avant que la mode n'en passe, et qu'on ne te contraigne
peut-tre  descendre d'un trne dont l'lvation commence  fatiguer les yeux
du peuple. Des hommes philosophes et libres voient avec peine au-dessus d'eux
un homme qui, bien analys, n'a ni besoins, ni force, ni mrite de plus.
L'oint du Seigneur n'est plus pour nous un personnage sacr, et la sagesse rit
aujourd'hui d'un petit individu comme toi, qui, parce qu'il a gard dans ses
archives quelques parchemins de ses pres, s'imagine tre en droit de
gouverner les hommes. Ton autorit, mon ami, ne consiste plus que dans
l'opinion : qu'elle change... elle en est bien prs, et te voil dans la
classe des portefaix de ton empire.
     Ne t'imagine pas qu'il faille grand'chose pour la faire varier :  mesure
que les hommes s'clairent, ils apprcient ce qui les blouissait autrefois.
Or, tes pareils et toi ne gagnent pas  l'opration : on commence  sentir
qu'un roi n'est qu'un homme comme un autre (ce ne devrait tre, tout au plus,
que par sa prudence qu'il pourrait gouverner les autres), et qu'amolli par le
luxe et le despotisme, il n'existe pas un seul souverain au monde qui ait les
qualits ncessaires  un tel grade. La premire vertu de celui qui veut
commander aux hommes est de les connatre : et comment les dmlera celui qui,
perptuellement aveugl par leurs flatteries... et toujours trop loign
d'eux, n'a jamais pu les apprcier ni les juger ? Ce n'est pas au sein du
bonheur qu'on apprend  mener ses semblables : celui qui, n'ayant jamais t
qu'heureux, ignore ce qui convient  l'infortune, pourra-t-il commander  des
tres toujours grevs par le malheur ? Sire, redeviens cultivateur, je te le
conseille, c'est l le seul parti qu'il te reste  prendre.
     L'empereur des marmottes, un peu surpris de ma franchise, ne me rpondit
que par des cajoleries aussi fausses que doit l'tre tout ce qui mane d'un
Italien, et nous nous sparmes.
     On me mena, le soir, dans un cercle assez brillant o je vie, autour d'un
tapis vert, la socit runie en deux classes : celle des fripons d'un ct,
celles des dupes de l'autre. J'appris l que l'usage,  Turin, tait de voler
au jeu, et qu'un homme ne pouvait pas faire sa cour  une femme sans se
laisser escroquer par elle.
     - Voil une assez plaisante coutume, dis-je  une des joueuses qui me
mettait au fait.
     - Elle est toute simple, me rpondit mon institutrice. Le jeu est un
commerce : donc, toutes les ruses y doivent tre permises. Cherche-t-on
chicane  un ngociant, parce qu'il met  sa fentre des planches qui vous
induisent en erreur, en dguisant le jour ? tous les moyens de s'enrichir sont
prouvs bons, madame : autant celui-l qu'un autre.
     Ici, je me rappelai les maximes de Dorval sur le vol, et je conus
qu'elles n'avaient rien qui ne pt s'appliquer  ce genre. Je demandai  la
femme qui m'instruisit, comment l'on pouvait se perfectionner dans cette
manire de drober le bien d'autrui, en l'assurant que je connaissais
parfaitement les autres.
     - Il y a des matres, me rpondit-elle, et si vous voulez, ds demain, je
vous en enverrai un.
     J'acceptai. L'instituteur parut, et, en huit jours, il me forma si bien
dans l'art d'tre matresse des cartes, que je ramassai deux mille louis
pendant les trois mois que je fus  Turin. Lorsqu'il fallut payer mon matre,
il n'exigea que mes faveurs, et comme c'tait  l'italienne qu'il les
exigeait, et que cela me convenait infiniment, aprs m'tre bien assure de sa
sant, prcaution indispensable dans ce pays-l, je le laissai jouir d'une
manire convenable  un homme dont la trahison tait le mtier.
     Sbrigani, c'tait le nom de ce matre, joignait  une figure sduisante,
 un trs beau vit, l'ge de la force et de la sant ; trente ans au plus,
beaucoup de libertinage dans l'esprit... de la philosophie, et le plus grand
art de s'approprier le bien des autres, de quelque manire que cela pt tre.
Je crus qu'un tel homme pourrait m'tre utile dans mes voyages ; je lui
proposai, il accepta.
     Sous quelque titre qu'un homme accompagne une courtisane en Italie, il
n'y a jamais rien l de repoussant pour ceux qui la recherchent. Il est
d'usage que le frre, le mari, le pre, se retirent, quand parat le chaland.
Les feux de ceux-ci sont-ils amortis, le parent se remontre, se met en cercle
avec vous, et repasse dans la garde-robe, s'il prend au monsieur quelques
nouvelles tentations : on sait qu'il soutient le mnage, dont  son tour il
est soutenu, et le complaisant Italien se prte au mieux  ces arrangements.
Comme je savais assez le langage de ce beau pays pour m'en faire supposer
originaire, j'assignai sur-le-champ  Sbrigani le rle de mon poux, et nous
partmes pour Florence.
     Nous marchions  petites journes ; rien ne nous pressait, et j'tais
bien aise de contempler  l'aise un pays qui donnerait l'ide du ciel, si l'on
pouvait le traverser sans voir les hommes. Le premier jour nous fmes coucher
 Asti. Cette ville, prodigieusement dchue de son ancienne grandeur, n'est
presque plus rien aujourd'hui. Le lendemain, nous ne dpassmes point
Alexandrie : Sbrigani m'ayant assur qu'il y avait beaucoup de noblesse dans
cette ville, nous prmes le parti d'y passer quelques jours, afin d'y trouver
des dupes.
     Aussitt que nous arrivions quelque part, mon soigneux poux faisait
faire une sorte de proclamation secrte, mais suffisante, nanmoins, d'aprs
les soins qu'il prenait, pour que tous ceux qui se trouvaient en tat de payer
mes charmes, pussent en savoir  peu prs le dtail et le prix.
     Le premier qui se prsenta fut un vieux prince pimontais, retir de la
cour depuis dix ans ; il ne voulait, disait-il, que voir mon derrire.
Sbrigani lui fit d'abord payer cinquante sequins le premier plaisir ; mais le
duc chauff de la perspective, exigea bientt davantage. Toujours soumise 
mon mari, j'annonce que je ne puis rien faire sans sa participation. Le duc,
hors d'tat d'entreprendre une attaque srieuse, tmoigne l'envie de fouetter
: cette manie console les amants du cul, on aime  outrager le dieu dont on ne
peut entr'ouvrir le temple. Au prix d'un sequin par coup, Sbrigani l'assure
qu'il peut essayer, et, au bout d'un quart d'heure, j'ai trois cents sequins
dans ma bourse. Mon poux voyant,  la manire coulante dont agit le grand
seigneur, qu'il deviendra possible de l'attirer dans quelque pige, s'instruit
de tout ce qui peut le concerner, et le prie de faire  sa femme l'honneur de
souper chez elle. Tout bouffi de cette faveur, le vieux courtisan accepte.
     - Respectable favori du plus grand prince d'Italie, dit mon poux, en lui
prsentant Augustine,  qui nous avions donn le mot, il est temps que le sang
parle, il est temps que la nature agisse dans votre me. Rappelez-vous
l'intrigue que vous etes autrefois dans Venise avec la signora Delphine,
pouse d'un noble de la seconde classe : eh bien ! Excellence, voil le fruit
de cette intrigue, Augustine est votre fille ; embrassez-la, seigneur, elle
est digne de vous. C'est moi qui formai son enfance, et vous voyez si j'ai
russi ; j'ose me flatter d'en avoir fait une des plus belles et des plus
savantes cratures qu'il y ait en Europe. Je vous dsirais, Excellence, je
vous cherchais depuis longtemps ; ayant entendu dire que vous habitiez
Alexandrie, j'ai voulu me convaincre par mes yeux : je vois que je ne me
trompe pas, Monseigneur ; j'espre que vous rcompenserez mes soins, et que
vous aurez quelques bonts pour un pauvre Italien, qui n'a d'autres richesses
que la beaut de sa femme.
     La taille leste et fringante d'Augustine, qui parlait aussi bien italien
que moi, ses jolis yeux noirs et l'extrme blancheur de sa peau ne tardrent
pas  enflammer le duc pimontais. Et les attraits de l'inceste augmentant de
beaucoup,  ses yeux, la dose de luxure qu'il attendait de cette jolie fille,
aprs quelques explications, quelques claircissements parfaitement donns par
Sbrigani, le pauvre duc assura que le sang s'exprimait en lui, qu'il
reconnaissait Augustine, et qu'il allait l'emmener sur l'heure pour lui
assigner le rang qu'elle devait tenir dans sa famille.
     - Doucement, Monseigneur, dit mon illustre poux, votre Excellence va
vite en besogne ! cette fille est  moi, tant que vous ne me remettrez pas les
frais immenses qu'elle me cote : dix mille sequins les payeront  peine.
Cependant l'honneur singulier que vous avez bien voulu faire  ma femme est
cause que je me contenterai de cette lgre somme : si vous voulez
qu'Augustine vous suive, ayez la complaisance de la compter, Monseigneur,
autrement je ne saurais la laisser aller.
     Le duc, aussi riche que paillard, crut ne pouvoir trop payer un aussi
joli morceau ; ds le mme soir l'argent est donn, et ma femme de chambre
suit son prtendu pre. Parfaitement instruite par nous, la chre fille, pour
le moins aussi adroite que moi ds qu'il s'agissait d'corner la proprit
d'autrui, ne tarda pas  faire un excellent coup. Nous tions alls l'attendre
 Parme : quinze jours aprs elle revint, et nous raconta que le duc,
perdument amoureux d'elle, avait exig ses couches ds le mme soir. Plus
elle lui avait reprsent les liens qui s'opposaient  une telle intrigue,
plus le paillard s'tait chauff, plus il avait dsir la jouissance, en
assurant qu'on n'y regardait pas de si prs en Italie. Mieux  son aise dans
sa maison, plus  mme d'employer des tiers ou des restaurants dont il n'avait
apparemment os faire usage chez moi, le libertin en tait venu  son honneur,
et le charmant cul d'Augustine, aprs avoir t vigoureusement fouett, avait
fini par tre foutu. L'extrme complaisance de cette belle enfant avait
tellement enflamm le pauvre duc, qu'il l'avait comble de prsents, et qu'il
lui avait absolument donn toute sa confiance. Matresse de toutes les clefs,
la coquine avait dcamp avec la cassette, dans laquelle nous trouvmes plus
de cinq cent mille francs.
     Aprs une telle capture, vous comprenez facilement, mes amis, que nous ne
restmes pas longtemps dans le voisinage, quoique le danger fut bien mdiocre.
Il ne s'agit, en Italie, que de changer de province pour tre  l'abri de la
justice : celle d'un tat ne peut plus vous poursuivre dans l'autre ; et comme
l'on change d'administration tous les jours, et souvent deux fois par jour, le
crime commis  la dne ne peut tre poursuivi le soir. Rien n'tait aussi
commode pour des voyageurs comme nous, qui avions envie d'en commettre
beaucoup en chemin.
     Cependant nous quittmes les tats de Parme, et ne sjournmes qu'
Bologne. La beaut des femmes de cette ville ne me permit pas de passer outre,
sans m'en tre rassasie : Sbrigani, qui me servait  merveille, et que je
couvrais d'or, me procura les moyens de satisfaire ma lubricit chez une veuve
de ses amies, passionne comme moi pour son sexe. Cette charmante crature,
ge de trente-six ans, et belle comme Vnus, connaissait toutes les tribades
de Bologne : en huit jours, je me branlai avec plus de cent cinquante femmes,
toutes plus jolies les unes que les autres.
     Nous finmes par aller passer une semaine entire dans une clbre
abbaye, prs de la ville, o mon introductrice allait de temps en temps faire
des incursions. Oh ! mes amis, le pinceau de l'Artin ne peindrait
qu'imparfaitement les inconcevables luxures o nous nous livrmes dans cet
asile sacr. Toutes les novices, plusieurs religieuses, cinquante
pensionnaires, cent vingt femmes en tout, nous passrent par les mains ; et je
puis dire que de ma vie je n'avais t branle comme je le fus l. Les
religieuses bolonaises possdent, plus qu'aucune autre femme de l'Europe,
l'art de gamahucher des cons : elles font passer leurs langues avec une telle
rapidit, du clitoris au con, et du con au cul, que, quoiqu'elles quittent un
moment l'un pour aller  l'autre, il ne me semble pas qu'elles varient ; leurs
doigts sont d'une flexibilit et d'une agilit surprenantes, et elles ne les
laissent pas oisifs avec leurs Saphos... Dlicieuses cratures ! je
n'oublierai jamais vos charmes, ni l'inconcevable adresse avec laquelle vous
savez veiller et soutenir les titillations voluptueuses ; jamais vos savantes
recherches ne sortiront de ma mmoire ; et les instants les plus lubriques
pour moi, seront ceux o je me rappellerai ces plaisirs.
     Toutes taient si jolies, si fraches, qu'il me fut impossible de faire
un choix ; si quelquefois je voulais me fixer, la multitude des beauts qui
venaient troubler mon attention, ne me laissait plus offrir mon hommage qu'
l'ensemble. Ce fut l, mes amis, o j'excutai ce que les Italiennes appellent
le chapelet. Toutes, munies de godemichs et places dans une salle immense,
nous nous enfilmes au nombre de cent ; les grandes en con, les petites en
cul, pour mnager les pucelages. Une des plus ges se mettait  chaque
neuvaine, on l'appelait le pater ; celles-l seules avaient le droit de parler
: elles commandaient les dcharges, elles prescrivaient les dplacements, et
prsidaient gnralement  tout l'ordre de ces singulires orgies.
     Elles inventrent bientt une autre faon de me donner du plaisir : ici,
l'on ne s'occupait que de moi seule. tendue sur un groupe de six qui
m'levaient et me rabaissaient par leurs mouvements voluptueux, toutes les
autres venaient par demi-douzaine consulter mes sensations et les assouvir de
lubricits : une me faisait sucer son con, j'en chatouillais une de chaque
main ; une autre,  cheval sur ma poitrine, se servait du bout de mes ttons
pour se branler ; celle-ci se frottait sur mon clitoris, et la sixime se
polluait sur mes yeux : toutes dchargeaient, toutes m'inondaient de sperme,
et jugez si le mien s'y refusait.
     Enfin, je les priai de m'enculer. On plaait un con sous ma bouche, dont
j'avalais le foutre : ce con se relayait  chaque fois qu'un nouveau godemich
m'entrait dans le cul. Mon amie s'en fit faire autant dans le con, et c'tait
un cul qu'elle baisait.
     Sbrigani, pendant ce temps-l, raccommodait, par sa profonde adresse, les
folles dpenses que je faisais, et par le moyen de cinq ou six trangers qu'il
dvalisa, mes dilapidations furent rpares. Heureux talent, que celui qui
apprend  n'asseoir jamais ses dpenses que sur la fortune d'autrui, et qui
rajuste toutes les brches de la sienne, au moyen de celle des autres !
     Nous quittmes Bologne  peu prs aussi riches que nous l'tions en
arrivant, quoique j'y eusse dpens deux ou trois mille sequins en
extravagances.
     J'tais anantie ; mais comme les excs du libertinage, en fatiguant le
corps, n'allument que davantage l'imagination, je projetais mille nouvelles
dbauches : je me repentais de n'en avoir pas fait assez, je m'en prenais  la
strilit de ma tte, et ce fut alors que j'prouvai bien que le remords qu'on
a de n'avoir pas tout fait dans le crime, est suprieur  celui qu'prouvent
les mes faibles pour s'tre cartes de la vertu.
     Tel tait l'tat de mon physique et de mon moral, lorsque nous
traversmes l'Apennin. Cette chane immense de montagnes, qui partage
l'Italie, est du plus grand intrt pour le voyageur curieux : il est
impossible de se reprsenter le pittoresque des sites qui s'offrent  tout
instant dans de certains endroits ; on dcouvre en entier, d'un ct, la vaste
plaine de Lombardie, de l'autre, la mer Adriatique ; munis d'un tlescope,
notre vue se portait  plus de cinquante lieues.
     Nous dnmes  Pietra-Mala, avec l'intention d'en aller observer le
volcan. Zles sectatrices de toutes les irrgularits de la nature, adorant
tout ce qui caractrise ses dsordres, ses caprices, et les affreux forfaits
dont sa main, chaque jour, nous donne l'exemple, aprs un assez mauvais repas,
malgr les prcautions que nous prenions d'avoir toujours un cuisinier en
avant, nous nous avanmes  pied dans la petite plaine sche et brle o
s'aperoit ce phnomne. Le terrain qui l'environne est sablonneux, inculte et
rempli de pierres ;  mesure que l'on avance, on prouve une chaleur
excessive, et l'on respire l'odeur de cuivre et de charbon de terre que le
volcan exhale. Nous apermes enfin la flamme, qu'une lgre pluie
fortuitement survenue rendit plus ardente : ce foyer peut avoir trente ou
quarante pieds de tour. Si l'on creuse la terre dans les environs, le feu
s'allume aussitt, sous l'instrument qui la dchire...
     - C'est, dis-je  Sbrigani observant avec moi cette merveille, c'est mon
imagination, s'allumant sous les coups de verges que mon cul reoit...
     La terre prise dans le milieu du foyer est cuite, consume et noire ;
celle du voisinage est comme de la glaise, et de la mme odeur que le volcan.
La flamme qui sort du foyer est extrmement ardente, elle brle et consume 
l'instant toutes les matires qu'on y jette, sa couleur est violette comme
celle qui s'exhale de l'esprit de vin.
     Sur la droite de Pietra-Mala, se voit un autre volcan, qui ne s'enflamme
que quand on y met le feu. Rien ne me parut plaisant comme l'exprience que
nous en fmes : au moyen d'une bougie, nous allummes toute la plaine. Avec
une tte comme celle dont j'tais doue, on ne devrait jamais voir de telles
choses, il faut que j'en convienne avec vous, mes amis ; mais la bougie que je
prsentais au sol l'allumait moins vite que la flamme vapore de ce terrain
n'embrasait mon esprit.
     - Oh ! mon cher, dis-je  Sbrigani, comme je forme ici le vu de Nron !
ne t'ai-je pas dit qu'en respirant l'air natal de ce monstre, j'adopterais
bientt ses penchants ?
     Lorsqu'il a plu, et que le foyer de ce second volcan est rempli d'eau,
cet lment s'lve en bouillonnant, et sans rien perdre de sa fracheur. 
nature ! que tu es capricieuse !... et tu ne voudrais pas que les hommes
t'imitassent ?
     Il est  craindre que tous les volcans dont Florence est environne ne
lui causent quelque dommage un jour : le bouleversement que l'on aperoit dans
toute cette partie lgitime amplement ces craintes.
     Ici, quelques ides comparatives se prsentrent  mon esprit. N'est-il
pas trs probable, me dis-je, que l'embrasement des villes de Sodome,
Gomorrhe, etc., dont on nous compose un miracle, afin de nous effrayer sur le
vice national des habitants de ces villes, n'est-il pas, dis-je, trs possible
que cet embrasement n'ait t produit que parce que ces cits se trouvaient
assises sur un sol semblable  celui-ci ? Les environs du lac Asphaltite, o
elles taient situes, n'taient que des volcans mal teints ; c'tait un sol
gal  celui-ci : pourquoi s'obstiner  voir du surnaturel, quand ce qui nous
entoure peut tre produit par des moyens si simples ? D'autres ides, nes de
l'influence du climat, se prsentrent de mme  moi ; et quand je vis qu'
Sodome comme  Florence, qu' Gomorrhe comme  Naples et qu'aux environs de
l'Etna comme  ceux du Vsuve, les peuples ne chrissent et n'adorent que la
bougrerie, je me persuadai facilement que l'irrgularit des caprices de
l'homme ressemble  ceux de la nature, et que, partout o elle se dprave,
elle corrompt aussi ses enfants[17].
     Alors je me crus transporte dans ces heureuses villes de l'Arabie. C'est
ici o tait Sodome, me disais-je, rendons hommage aux murs de ses habitants,
et, m'inclinant sur le bord du foyer, je prsentai les fesses  Sbrigani,
pendant que, sous mes yeux, Augustine nous imitait avec Zphyr. Nous
changemes ; Sbrigani s'enfona dans le beau cul de ma soubrette, et je devins
la proie de mon valet. Augustine et moi, en face l'une de l'autre, nous nous
chatouillions pendant ce temps-l.
     - Voil, certes, une charmante occupation ! nous crie tout  coup une
voix terrible qui nous parut sortir de derrire un buisson... Ne vous drangez
pas, je veux plutt partager vos plaisirs que les troubler, poursuivit une
espce de centaure en s'approchant de nous, et nous faisant voir une figure
gigantesque, et telle que de nos jours nous n'en avions encore vu.
     Le personnage qui nous parlait, haut de sept pieds trois pouces, ayant
des moustaches normes retrousses sur un visage aussi brun qu'effrayant, nous
fit croire un moment que nous parlions au Prince des tnbres... Surpris de la
manire dont nous le considrions :
     - Comment ! s'crie-t-il, ne connaissez-vous donc pas l'ermite de
l'Apennin ?
     - Assurment non, dit Sbrigani, nous n'avons jamais entendu parler d'un
animal aussi effrayant que toi !
     - Eh bien ! nous dit l'ermite, suivez-moi tous les quatre, je vous
montrerai des choses plus tonnantes encore : les occupations dans lesquelles
je vous surprends me convainquent que vous tes dignes d'observer ce que j'ai
 vous faire voir, et de tout partager avec moi.
     - Gant, dit Sbrigani, nous aimons les choses extraordinaires, et, pour
les observer, il n'est rien que nous ne fassions, sans doute ; mais la suprme
force dont il parat que tu jouis, ne nuira-t-elle pas  notre libert ?
     - Non, parce que je vous crois dignes de ma socit, dit ce singulier
personnage ; sans cela, elle y nuirait trs certainement ; tranquillisez-vous
donc et suivez-moi.
     Dtermins  tout pour connatre les suites de cette aventure, nous fmes
prvenir nos gens de retourner nous attendre  l'auberge, jusqu' ce que nous
vinssions les reprendre. Cette prcaution prise, nous nous mmes en marche
sous la direction de notre gant.
     - Ne vous impatientez ni ne vous fatiguez, nous dit notre guide ; nous
avons du chemin  faire, mais il y a encore sept heures du jour, et nous
arriverons avant que les voiles de la nuit se soient tendus sur l'univers.
     On fit ensuite le plus grand silence, et j'eus le temps d'observer la
route et les abords de l'habitation o elle nous conduisait.
     En quittant la plaine volcanique de Pietra-Mala, nous remontmes, pendant
une heure, une haute montagne situe sur la droite. Du sommet de cette
montagne, nous apermes des abmes de plus de deux mille toises de
profondeur, o nous dirigeait notre marche. Toute cette partie tait
enveloppe de bois si touffus, si prodigieusement pais, qu' peine y
voyait-on pour se conduire. Aprs avoir descendu  pic pendant prs de trois
heures, nous arrivmes au bord d'un vaste tang. Sur une le situe au milieu
de cette eau, se voyait le donjon du palais qui servait de retraite  notre
guide ; la hauteur des murailles qui l'entouraient tait cause qu'on n'en
pouvait distinguer le toit. Il y avait six heures que nous marchions sans
avoir rencontr la moindre maison... pas un individu ne s'tait offert  nos
regards. Une barque noire comme les gondoles de Venise nous attendait au bord
de l'tang. Ce fut de l que nous pmes considrer l'affreux bassin dans
lequel nous tions : il tait environn de toutes parts de montagnes  perte
de vue, dont les sommets et les flancs arides taient couverts de pins, de
mlzes et de chnes-verts. Il tait impossible de rien voir de plus agreste
et de plus sombre ; on se croyait au bout de l'univers. Nous montmes dans la
barque ; le gant la conduisit seul. Du port au chteau, il y avait encore
trois cents toises ; nous arrivmes au pied d'une porte de fer, pratique dans
le mur pais qui environne le chteau ; l, des fosss de dix pieds de large
se prsentrent  nous, nous les traversmes sur un pont qui s'enleva ds que
nous l'emes pass ; un second mur s'offrit, nous passmes encore une porte de
fer, et nous nous trouvmes dans un massif de bois si serr que nous crmes
impossible d'aller plus loin. Nous ne le pouvions effectivement plus, ce
massif, form d'une haie vive, ne prsentant que des pointes et n'offrant
aucun passage. Dans son sein tait la dernire enceinte du chteau ; elle
avait dix pieds d'paisseur. Le gant lve une pierre de taille norme et que
lui seul pouvait manier ; un escalier tortueux se prsente ; la pierre se
referme, et c'est par les entrailles de la terre que nous arrivons (toujours
dans les tnbres) au centre des caves de cette maison, desquelles nous
remontons au moyen d'une ouverture, dfendue par une pierre semblable  celle
dont nous venons de parler. Nous voil enfin dans une salle basse toute
tapisse de squelettes ; les siges de ce local n'taient forms que d'os de
morts, et c'tait sur des crnes que l'on s'asseyait malgr soi ; des cris
affreux nous parurent sortir de dessous terre, et nous apprmes bientt que
c'tait dans les votes de cette salle qu'taient situs les cachots o
gmissaient les victimes de ce monstre.
     - Je vous tiens, nous dit-il, ds que nous fmes assis, vous tes en ma
puissance ; je veux faire de vous ce qu'il me plaira. Ne vous effrayez
pourtant point : les actions que je vous ai vus commettre sont trop analogues
 ma faon de penser pour que je ne vous croie pas dignes de connatre et de
partager les plaisirs de ma retraite. coutez-moi, j'ai le temps de vous
instruire avant le souper ; on le prpare pendant que je vais vous parler.
     Je suis Moscovite, n dans une petite ville qui se trouve sur les bords
du Volga. On m'appelle Minski. Mon pre, en mourant, me laissa des richesses
immenses, et la nature proportionna mes facults physiques et mes gots aux
faveurs dont me gratifiait la fortune. Ne me sentant point fait pour vgter
dans le fond d'une province obscure comme celle o j'avais reu le jour, je
voyageai ; l'univers entier ne me paraissait pas encore assez vaste pour
l'tendue de mes dsirs ; il me prsentait des bornes : je n'en voulais pas.
N libertin, impie, dbauch, sanguinaire et froce, je ne parcourus le monde
que pour en connatre les vices et ne les pris que pour les raffiner. Je
commenai par la Chine, le Mogol et la Tartarie ; je visitai toute l'Asie ;
remontant vers le Kamtchatka, j'entrai en Amrique par le fameux canal de
Bering. Je parcourus cette vaste partie du monde, tour  tour chez les peuples
polics et chez les sauvages, ne copiant jamais que les crimes des uns, les
vices et les atrocits des autres. Je rapportai dans votre Europe des
penchants si dangereux, que je fus condamn  tre brl en Espagne, rompu en
France, pendu en Angleterre, et massol en Italie : mes richesses me
garantirent de tout.
     Je passai en Afrique ; ce fut l o je reconnus bien que ce que vous avez
la folie de nommer dpravation, n'est jamais que l'tat naturel de l'homme, et
plus souvent encore le rsultat du sol o la nature l'a jet. Ces braves
enfants du soleil se moqurent de moi quand je voulus leur reprocher la
barbarie dont ils usaient avec leurs femmes. Et qu'est-ce donc qu'une femme,
me rpondaient-ils, sinon l'animal domestique que la nature nous donne pour
satisfaire  la fois, et nos besoins et nos plaisirs ? quels sont ses droits
pour mriter de nous, plus que le btail de nos basses-cours ? La seule
diffrence que nous y voyons, me disaient ces peuples senss, c'est que nos
animaux de mnage peuvent mriter quelque indulgence par leur douceur et leur
soumission, au lieu que les femmes ne mritent que de la rigueur et de la
barbarie, vu leur tat perptuel de fraude, de mchancet, de trahison et de
perfidie. Nous les foutons : d'ailleurs, et que peut-on faire de mieux d'une
femme qu'on a foutue, sinon de s'en servir comme d'un buf, d'un ne, ou de la
tuer pour s'en nourrir ?
     En un mot, ce fut l o j'observai l'homme vicieux par temprament, cruel
par instinct, froce par raffinement ; ce caractre me plut, je le trouvai
plus rapproch de la nature, et je le prfrai  la simple grossiret de
l'Amricain,  la fourberie europenne et  la cynique mollesse de
l'Asiatique. Ayant tu des hommes  la chasse avec les premiers, ayant bu et
menti avec les seconds, ayant beaucoup foutu avec les troisimes, je mangeai
des hommes avec ceux-ci. J'ai conserv ces gots : tous les dbris de cadavres
que vous voyez ici, ne sont que les restes des cratures que je dvore ; je ne
me nourris que de chair humaine ; j'espre que vous serez contents du rgal
que je compte vous en faire faire, et l'on a tu pour notre souper un jeune
garon de quinze ans que je foutis hier, et qui doit tre dlicieux.
     Aprs dix ans de voyage, je revins faire un tour dans ma patrie ; ma mre
et ma sur vivaient. J'tais hritier naturel de toutes deux ; ne voulant plus
remettre les pieds en Moscovie, je crus essentiel  mes intrts de runir ces
deux successions : je les violai et les massacrai dans le mme jour. Ma mre
tait encore fort belle, aussi grande que moi, et quoique ma sur n'et que
six pieds, c'tait bien la plus superbe crature qu'il ft possible de voir
dans les deux Russies.
     Je recueillis ce qui pouvait me revenir de ces hritages, et me trouvant
prs de deux millions  manger tous les ans, je repassai en Italie avec le
dessein de m'y fixer. Mais je voulais une position singulire, agreste,
mystrieuse, et dans laquelle je pusse me livrer  tous les perfides
garements de mon imagination ; et ces garements ne sont pas lgers, mes amis
: pour peu que nous passions quelques jours ensemble, vous vous en apercevrez,
je l'espre. Il n'est pas une seule passion libertine qui ne soit chrie de
mon cur, par un forfait qui ne m'ait amus. Si je n'ai pas commis plus de
crimes, c'est faute d'occasions ; je n'ai pas  me reprocher d'en avoir
nglig une seule, et j'ai fait natre toutes celles qui ne se dcidaient pas
avec assez d'nergie. Si j'eusse t assez heureux pour doubler la somme de
mes forfaits, il me resterait de plus agrables souvenirs ; car ceux du crime
sont des jouissances qu'on ne saurait trop multiplier.
     Ce dbut va me faire passer  vos yeux pour un sclrat ; ce que vous
allez voir dans cette maison, me confirmera, je l'espre, cette rputation.
Vous ne vous doutez pas de l'tendue de ce logis : il est immense, et renferme
deux cents petits garons dans l'ge de cinq  seize ans, qui passent
communment de mon lit dans ma boucherie, et  peu prs le mme nombre de
jeunes gens destins  me foutre. J'aime infiniment cette sensation : il n'en
est pas de plus douce au monde que celle d'avoir le cul vigoureusement lim,
pendant qu'on s'amuse soi-mme de telle manire que ce puisse tre. Les
plaisirs que je vous ai vus goter tantt sur le bord du volcan, me prouvent
que vous partagez cette faon de perdre du foutre, et voil pourquoi je vous
parle avec tant de franchise : je ferais, sans cela, tout simplement de vous
des victimes.
     J'ai deux harems. Le premier contient deux cents petites filles, de cinq
 vingt ans : je les mange, quand,  force de luxure, elles se trouvent
suffisamment mortifies ; deux cents femmes de vingt  trente sont dans le
second : vous verrez comme je les traite. Cinquante valets des deux sexes sont
employs au service de ce nombre considrable d'objets de lubricit, et j'ai,
pour le recrutement, cent agents disperss dans toutes les grandes villes du
monde. Croiriez-vous qu'avec le mouvement prodigieux qu'exige tout ceci, il
n'y ait cependant, pour entrer dans mon le, que la seule route que vous venez
de faire ? On ne se douterait assurment pas de la quantit de cratures qui
passent par ce mystrieux sentier.
     Jamais les voiles que j'tends sur tout ceci ne seront dchirs. Ce n'est
pas que j'aie la moindre chose  craindre ; ceci tient aux tats du grand duc
de Toscane : on y connat toute l'irrgularit de ma conduite, et l'argent que
je sme me met  l'abri de tout.
     Il vous faut maintenant, pour achever de me faire connatre  vous, un
petit dveloppement sur ma personne. J'ai quarante-cinq ans ; mes facults
lubriques sont telles, que je ne me couche jamais sans avoir dcharg dix
fois. Il est vrai que l'extrme quantit de chair humaine dont je me nourris,
contribue beaucoup  l'augmentation et  l'paisseur de la matire sminale.
Quiconque essayera de ce rgime, triplera bien srement ses facults
libidineuses, indpendamment de la force, de la sant, de la fracheur,
qu'entretiendra cette nourriture en lui. Je ne vous parle pas de mon agrment
: qu'il vous suffise de savoir qu'une fois qu'on en a got, il n'est plus
possible de manger autre chose, et qu'il n'est pas une seule chair, d'animaux
ou de poissons, qui puisse se comparer  celle-l. Il ne s'agit que de vaincre
les premires rpugnances, et, les digues franchies, on ne peut plus s'en
rassasier. Comme j'espre que nous dchargerons ensemble, il est ncessaire
que je vous prvienne des effrayants symptmes de cette crise en moi.
D'pouvantables hurlements la prcdent, l'accompagnent, et les jets de sperme
lancs pour lors s'lvent au plancher, souvent dans le nombre de quinze ou
vingt. Jamais la multiplicit des plaisirs ne m'puise : mes jaculations sont
aussi tumultueuses, aussi abondantes  la dixime fois qu' la premire, et je
ne me suis jamais senti le lendemain des fatigues de la veille. A l'gard du
membre dont tout cela part, le voici, dit Minski en mettant au jour un anchois
de dix-huit pouces de long sur seize de circonfrence, surmont d'un
champignon vermeil et large comme le cul d'un chapeau. Oui, le voici, il est
toujours dans l'tat o vous le voyez, mme en dormant, mme en marchant...
     - Oh ! juste ciel ! m'criai-je, en voyant cet outil... Mais mon cher
hte, vous tuez donc autant de femmes et de garons que vous en voyez ? ...
     - A peu prs, me rpondit le Moscovite, et comme je mange ce que je
fouts, cela m'vite la peine d'avoir un boucher. Il faut beaucoup de
philosophie pour me comprendre... je le sais : je suis un monstre, vomi par la
nature pour cooprer avec elle aux destructions qu'elle exige... je suis un
tre unique dans mon espce... un... Oh ! oui, je connais toutes les
invectives dont on me gratifie, mais assez puissant pour n'avoir besoin de
personne, assez sage pour me plaire dans ma solitude, pour dtester tous les
hommes, pour braver leur censure, et me moquer de leurs sentiments pour moi,
assez instruit pour pulvriser tous les cultes, pour bafouer toutes les
religions et me foutre de tous les Dieux, assez fier pour abhorrer tous les
gouvernements, pour me mettre au-dessus de tous les liens, de tous les freins,
de tous les principes moraux je suis heureux dans mon petit domaine. J'y
exerce tous les droits de souverain, j'y gote tous les plaisirs du
despotisme, je ne crains aucun homme, et je vis content. J'ai peu de visites,
point mme,  moins que, dans mes promenades, je ne rencontre des tres, qui,
comme vous, me paraissent assez philosophes pour venir s'amuser quelque temps
chez moi : voil les seuls que j'invite et j'en rencontre peu. Les forces dont
m'a gratifi la nature me font tendre trs loin ces promenades : il n'y a pas
de jours o je ne fasse douze ou quinze lieues...
     - Et par consquent quelques captures, interrompis-je.
     - Des captures, des vols, des incendies, des meurtres : tout ce qui se
prsente de criminel  moi, je l'excute, parce que la nature m'a donn le
got et la facult de tous les crimes et qu'il n'en est aucun que je ne
chrisse, et dont je ne fasse mes plus doux plaisirs.
     - Et la justice ?
     - Elle est nulle dans ce pays-ci ; voil pourquoi je m'y suis plac :
avec de l'argent on fait tout ce qu'on veut... et j'en rpands beaucoup[18].
     Deux esclaves masculins de Minski, basans et de figures hideuses,
vinrent avertir que le souper tait servi ; ils se mirent  genoux devant leur
matre, lui baisrent respectueusement les couilles et le trou du cul, et nous
passmes dans une autre salle.
     - Il n'y a point de prparatifs pour vous, dit le gant : tous les rois
de la terre viendraient me voir, que je ne m'carterais pas de mes coutumes.
     Mais le local et les accessoires de la pice o nous entrmes mritent
quelques descriptions.
     - Les meubles que vous voyez ici, nous dit notre hte, sont vivants :
tous vont marcher au moindre signe.
     Minski fait ce signe, et la table s'avance : elle tait dans un coin de
la salle, elle vient se placer au milieu ; cinq fauteuils se rangent galement
autour ; deux lustres descendent du plafond et planent au milieu de la table.
     - Cette mcanique est simple, dit le gant, en nous faisant observer de
prs la composition de ces meubles. Vous voyez que cette table, ces lustres,
ces fauteuils, ne sont composs que de groupes de filles artistement arrangs
; mes plats vont se placer tout chauds sur les reins de ces cratures ; mes
bougies sont enfonces dans leurs cons, et mon derrire, ainsi que les vtres,
en se nichant dans ces fauteuils, vont tre appuys sur les doux visages ou
les blancs ttons de ces demoiselles : c'est pour cela que je vous prie de
vous trousser, mesdames, et vous, messieurs, de vous dculotter, afin que,
d'aprs les paroles de l'criture, la chair puisse reposer sur la chair.
     - Minski, observai-je  notre Moscovite, le rle de ces filles est
fatigant, surtout si vous tes longtemps  table.
     - Le pis-aller, dit Minski, est qu'il en crve quelques-unes, et ces
pertes sont trop faciles  rparer pour que je puisse m'en occuper un instant.
     Au moment o nous nous troussions et o les hommes se dculottaient,
Minski exiges que nos fesses lui fussent prsentes ; il les mania, il les
mordit, et nous remarqumes que de nos quatre culs, celui de Sbrigani, par un
raffinement de caprices facile  supposer dans un tel homme, fut celui qu'il
fta le plus ; il le gamahucha pendant prs d'un quart d'heure. Cette
crmonie faite, nous nous assmes  cru sur les ttons et les visages des
sultanes, ou plutt des esclaves de Minski.
     Douze filles nues, de vingt  vingt-cinq ans, servirent les plats sur les
tables vivantes, et comme ils taient d'argent et fort chauds, en brlant les
fesses ou les ttons des cratures qui formaient ces tables, il en rsulta un
mouvement convulsif trs plaisant, et qui ressemblait aux agitations des flots
de la mer. Plus de vingt entres ou plats de rti garnissaient la table, et
sur des servantes composes de quatre filles groupes, et qui s'approchrent
de mme au plus lger signal, furent placs des vins de toute espce.
     - Mes amis, nous dit notre hte, je vous ai prvenus qu'on ne se
nourrissait ici que de chair humaine ; il n'est aucun des plats que vous voyez
qui n'en soit.
     - Nous en tterons, dit Sbrigani ; les rpugnances sont des absurdits :
elles ne naissent que du dfaut d'habitude ; toutes les viandes sont faites
pour sustenter l'homme, toutes nous sont offertes  cet effet par la nature,
et il n'est pas plus extraordinaire de manger un homme qu'un poulet.
     En disant cela, mon poux enfona une fourchette dans un quartier de
garon qui lui parut fort bien apprt, et, en ayant mis au moins deux livres
sur son assiette, il les dvora. Je l'imitai. Minski nous encourageait ; et
comme son apptit galait toutes ses passions, il eut bientt vid une
douzaine de plats.
     Minski buvait comme il mangeait : il tait dj  sa trentime bouteille
de Bourgogne, quand on servit, l'entremets qu'il arrosa de Champagne ;
l'Aleatico, le Falerne, et autres vins prcieux d'Italie, furent avals au
dessert.
     Plus de trente nouvelles bouteilles de vin taient encore entres dans
les entrailles de notre anthropophage, lorsque ses sens suffisamment enivrs
de toutes ces dbauches physiques et morales, le vilain nous dclara qu'il
avait envie de dcharger.
     - Je ne veux foutre aucun de vous quatre, nous dit-il, parce que je vous
tuerais ; mais, au moins, vous servirez mes plaisirs... vous les examinerez :
je vous crois dignes d'en tre chauffs... Allons, qui voulez-vous que je
foute ?
     - Je veux, dis-je  Minski, qui se penchait lubriquement sur mon sein et
qui paraissait avoir fort envie de moi, je veux que tu enconnes et que tu
encules  mes yeux une petite fille de sept ans.
     Minski fait un signe, et l'enfant parat. Une machine fort ingnieuse
servait aux viols de ce libertin. C'tait une espce d'escabeau de fer sur
lequel la victime n'appuyait que les reins ou le ventre, en raison de la
partie qui devait tre offerte ; sur quatre branches qui retombaient en croix,
 terre, se liaient les membres de cette victime... qui, par la position,
offrait au sacrificateur, dans le plus grand cart possible, ou le con, si on
la liait sur les reins, ou le cul, si elle tait attache sur le ventre. Rien
n'tait joli comme la petite crature qu'allait immoler ce barbare, et rien ne
m'amusait autant comme l'incroyable disproportion qui se trouvait entre
l'assaillant et la victime. Minski sort de table comme un furieux :
     - Mettez-vous nus, nous dit-il  tous quatre ; vous, poursuivit-il en
dsignant Zphyr et Sbrigani, vous m'enculerez pendant que j'agirai, et vous,
ajoute-t-il en touchant Augustine et moi, vous me ferez baiser vos culs runis.
     Tout se dispose ; on attache la petite fille d'abord sur le dos. Je
n'exagre pas en assurant que le membre dont elle allait tre perfore tait
plus gros que sa taille. Minski jure, il hennit ainsi que les animaux, il
flaire l'orifice qu'il va perforer. Je me plaisais  diriger ce membre. Nul
art n'tait employ, il fallait que la nature seule ft ici les frais de
l'entreprise : la putain nous servit comme elle le fait toutes les fois qu'il
s'agit d'un forfait qui l'amuse, la sert ou la dlecte. En trois tours de
reins, l'outil est dedans, les chairs se fendent, le sang coule, et la pucelle
perd connaissance.
     - Ah ! bon ! dit Minski qui commenait  rugir comme un lion, bon, c'est
ce que je voulais.
     Oh ! mes amis, le crime s'achve, on enculait Minski, il baisait, il
mordait, il gamahuchait alternativement les fesses d'Augustine et les miennes
; un cri terrible annonce son extase, il profre d'affreux blasphmes... Le
sclrat ! en dchargeant, il avait trangl sa victime ; la malheureuse ne
respirait plus.
     - C'est gal, nous dit-il, elle ne se dfendra plus maintenant, on n'aura
plus besoin de l'attacher.
     Et la retournant toute morte qu'elle est, le libertin la sodomise en
tranglant de mme une des filles qui venaient de servir au souper, et qu'il
avait fait  dessein approcher de lui...
     - Eh ! quoi ! dis-je, aussitt qu'il eut dcharg une seconde fois, vous
ne gotez donc jamais ce plaisir qu'il n'en cote la vie  un individu ?
     - Au moins, me rpondit l'ogre. Il faut qu'une crature humaine meure
pendant que je foute : je ne dchargerais pas, sans l'alliance des soupirs de
la mort  ceux de ma lubricit, et je ne dois jamais l'jaculation de mon
foutre qu' l'ide de cette mort que j'occasionne.
     Passons dans une autre pice, continue cet anthropophage, les glaces, le
caf et les liqueurs nous y attendent ; puis, se tournant vers mes deux hommes
: Amis, leur dit-il, vous m'avez parfaitement foutu ; vous avez trouv mon cul
large, n'est-ce pas ? N'importe, je suis persuad qu'il vous a donn du
plaisir : le foutre que vous y avez rpandu l'un et l'autre m'en rpond. Quant
 vous, charmantes femmes, vos fesses m'ont puissamment dlect, et pour vous
en tmoigner ma reconnaissance, je vous abandonnerai pendant deux jours toutes
les beauts de mon srail, afin que vous puissiez vous gorger de volupts tout
 l'aise.
     - Aimable homme, dis-je au gant, c'est tout ce que nous demandons ; la
volupt doit couronner la luxure, et les rcompenses du libertinage doivent
tre offertes par les mains seules de la lubricit.
     Nous entrmes. A l'odeur qui rgnait en ce lieu, nous devinmes bientt
quelle tait l'espce de glaces qui nous taient offertes. Dans cinq jattes de
porcelaine blanche, taient disposs douze ou quinze trons de la plus belle
forme et de la plus grande fracheur.
     - Voil, nous dit l'ogre, les glaces dont j'use aprs dner ; rien ne
facilite autant la digestion, et rien en mme temps ne me fait autant plaisir.
Ces trons viennent des plus beaux culs de mon srail, et vous pouvez les
manger en sret.
     - Minski, rpondis-je, il faut beaucoup d'habitude pour ce mets-l ;
peut-tre pourrions-nous l'adopter dans un moment d'garement, mais de
sang-froid, c'est impossible.
     - A la bonne heure, dit l'ogre en s'emparant d'une jatte, et en dvorant
le contenu, faites comme vous voudrez je ne vous contrains point. Tenez, voil
des liqueurs : pour moi, je n'en prendrai qu'aprs.
     Rien d'aussi lugubre que l'illumination de cette salle ; elle tait bien
digne du reste. Vingt-quatre ttes de morts renfermaient entre elles une lampe
dont les rayons sortaient par les yeux et par les mchoires : je n'ai jamais
rien vu d'effrayant  ce point. Ici, l'ogre en bandant voulut s'approcher de
moi : je mis tant d'art  l'viter que je dtournai ses dsirs. De jeunes
garons servaient dans cette pice, je lui en fis enculer un de douze ans, qui
tomba mort au sortir de ses bras.
     Minski s'aperut enfin qu'puiss par la fatigue, nous n'tions plus en
tat, de lui tenir tte. Il nous fit conduire par ses esclaves dans une
galerie superbe, o quatre niches de glaces, en face les unes des autres,
contenaient les lits ncessaires  nous reposer. Un mme nombre de filles
avaient ordre de veiller autour de nous pour loigner les insectes et brler
des parfums pendant notre sommeil.
     Il tait tard quand nous nous rveillmes. Nos gardiennes nous firent
voir des salles de bains, o, servis par elles, nous fmes merveilleusement
rafrachis, et nous introduisant de l dans les cabinets d'aisances, elles
nous firent chier d'une manire aussi commode que voluptueuse, et que nous ne
connaissions pas encore. Elles trempaient leur doigts dans de l'essence de
rose, puis les introduisaient dans l'anus ; elles dtachaient doucement et
moelleusement toutes les matires qui s'y rencontraient... mais avec un tel
art et une si prodigieuse adresse, qu'on avait tout le plaisir de l'opration,
sans aucune de ses douleurs. Ds que cela tait fait, elles nettoyaient toutes
les parties avec leur langue, et cela avec une lgret, une dextrit sans
gale.
     Sur les onze heures, Minski nous fit dire que nous serions admis 
l'honneur de le venir visiter au lit. Nous entrmes ; sa chambre  coucher
tait fort grande, on y voyait de superbes fresques reprsentant dix groupes
de libertinage, dont la composition peut bien passer pour le nec plus ultra de
la luxure.
     Au fond de cette pice tait une vaste alcve entoure de glaces et orne
de seize colonnes de marbre noir,  chacune desquelles tait lie une jeune
fille vue par derrire. Au moyen de deux cordons, placs comme des cordons de
sonnette au chevet du lit de notre hros, il pouvait faire arriver, sur chacun
des culs qui lui taient prsents, un supplice toujours diffrent, lequel
durait tout le temps qu'il ne retirait pas le cordon. Indpendamment de ces
seize filles, il y en avait six autres et douze jeunes garons, tant agents
que patients, qui se tenaient dans deux cabinets voisins, pour le service
libertin de leur matre, pendant la nuit. Deux dugnes veillaient sur tout
cela, pendant son sommeil.
     La premire chose qu'il fit, quand nous l'approchmes, fut de nous faire
voir qu'il bandait ; il ricana d'une manire horrible, en nous montrant son
engin monstrueux. Il nous demanda le cul ; nous obmes ; en palpant celui
d'Augustine, il assura qu'il l'enculerait avant la fin du jour : la
malheureuse en frmit ; il branla beaucoup Sbrigani, et parut s'amuser de ses
fesses ; ils se gamahuchrent l'anus, et y prirent le plus grand plaisir. Il
nous demanda si nous voulions voir la manire dont il pourrait blesser  la
fois les seize filles lies aux colonnes. Je le pressai de nous faire voir
cette singulire machine. Il tire ses funestes cordons, et les seize
malheureuses, criant toutes  la fois, reoivent toutes individuellement une
blessure diffrente. Les unes se trouvaient piques, brles, flagelles ; les
autres, tenailles, coupes, pinces, gratignes, et tout cela d'une telle
force que le sang coula de toutes parts.
     - Si je redoublais, nous dit Minski, et cela m'arrive quelquefois, c'est
selon l'tat de mes couilles, mais enfin si je redoublais, du mme coup ces
seize putains priraient sous mes yeux ; j'aime  m'endormir dans l'ide de
pouvoir commettre seize meurtres  la fois, au plus lger de mes dsirs.
     - Minski, dis-je  mon hte, vous possdez assez de femmes pour faire ce
petit sacrifice : mes amis et moi nous vous conjurons de nous rendre tmoins
de cette charmante scne.
     - J'y consens, dit Minski, mais je veux dcharger en oprant : faites-moi
sodomiser votre fille de compagnie, son cul me plat, et en lui lanant mon
foutre dans l'anus, vous verrez prir mes seize femmes.
     - Cela en fera bien dix-sept ! s'cria Augustine en nous suppliant de ne
point la livrer  ce monstre ; comment voulez-vous que je soutienne une
pareille opration ?
     - Le mieux du monde, dit Minski.
     Et la faisant dshabiller par ses femmes, il la plaa aussitt dans
l'attitude propice  ses dsirs.
     - N'ayez pas peur, continua-t-il, jamais une femme ne m'a rsist, et
j'en fouts tous les jours de plus jeunes que vous.
     Devinant dans les yeux du Moscovite que les refus ne serviraient qu'
l'irriter, nous n'osmes seulement pas lui tmoigner la peine que nous faisait
un tel dsir.
     - Laissez-moi faire, me dit Minski tout bas, je vous l'ai dit, cette
fille m'irrite, elle a un cul qui me met en colre ; si je la tue, ou si je
l'estropie, je vous la remplacerai par deux autres infiniment plus belles.
     Et en disant cela, deux de ses jeunes filles qui taient de service dans
la chambre, prparent les voies, humectant l'instrument et le prsentant au
trou. Minski avait une telle habitude de toutes ces horreurs, que ce fut pour
lui l'affaire d'un instant : deux tours de reins enfoncent le poignard au fond
du cul de la victime avec une telle vitesse, qu' peine nos yeux le virent-ils
disparatre ; le vilain riait pendant ce temps-l. Augustine s'vanouit, et
ses cuisses s'inondrent de sang. Minski, aux nues, ne s'en embrase que
davantage ; quatre filles et autant de garons l'entourent : ils sont tous si
bien accoutums aux soins qu'il faut lui rendre en ce moment, qu'en une
seconde tout est  sa place. Augustine est couverte, nous ne la voyons plus.
L'ogre blasphme, il est prs d'atteindre le but, il dcharge : les cordons
partent, seize diffrentes faons de trancher la vie drobent le jour aux
seize cratures attaches. Elles ne font qu'un cri, et toutes expirent au mme
instant, l'une poignarde, l'autre touffe, celle-ci tue d'une balle ; en un
mot, pas une n'tait frappe de la mme manire, et toutes taient expires 
la fois.
     - Votre Augustine avait, je crois, raison nous dit froidement Minski en
dculant, oui, certes, elle avait grandement raison, quand elle disait qu'elle
ferait la dix-septime...
     Et nous aperumes aussitt la malheureuse,  la fois trangle et perce
de dix coups de poignard : le sclrat avait opr je ne sais comment, nous ne
nous en tions pas douts.
     - Il n'y a rien que j'aime comme de les trangler pendant que je les
fouts, dit flegmatiquement ce terrible libertin.. Point de regrets : je vous
ai promis de vous en donner deux plus belles, je vous tiendrai parole ... Mais
il fallait qu'elle y passt, son foutu cul me tournait la tte, et mes dsirs,
avec les objets de mes dbauches, sont toujours des arrts de mort.
     Les dugnes jetrent le cadavre de ma malheureuse amie au milieu de la
chambre ; on y joignit ceux des seize filles lies aux colonnes ; et Minski,
aprs avoir un instant examin ce monceau, aprs les avoir toutes manies les
unes aprs les autres, avoir mordu quelques fesses et quelques ttons, en
dsigna trois pour sa cuisine, parmi lesquelles se trouvait la malheureuse que
nous venions de perdre.
     - Qu'on les prpare pour notre dner, dit-il, pendant que je vais passer
dans une de mes salles en tte  tte avec Juliette.
     Ici, Sbrigani me dit  l'oreille qu'il croyait prudent de nous mfier
d'un tel monstre, et que nous ferions bien de demander  sortir de ses tats
le plus tt possible. Comme je trouvais autant de danger  rester qu'
demander notre sortie, en entrant avec Minski dans la salle o il nous menait
je me contentai de lui prouver, par mon air froid, combien l'indignit de son
procd me donnait des soupons sur ce qu'il se permettrait peut-tre bientt
de faire sur ma personne.
     - coutez, me dit l'ogre en m'attirant sur une chaise auprs de lui, je
vous croyais assez philosophe pour ne pas regretter autant cette fille, et
pour tre persuade que les droits de l'hospitalit ne pouvaient pas avoir
d'accs sur une me comme la mienne.
     - Vous ne rparerez jamais cette perte.
     - Pourquoi donc ?
     - Je l'aimais.
     - Ah ! si vous tes encore assez niaise en lubricit pour aimer l'objet
qui vous sert, il est certain que je n'ai plus rien  dire ; je chercherais en
vain des raisonnements pour vous convaincre : il n'en est point contre la
stupidit.
     - Eh bien ! c'est pour moi-mme : j'ai peur, puisque vous ne respectez
rien. Qui me garantit du traitement que vous venez de faire prouver  mon
amie ?
     - Rien, rien absolument, dit Minski, et si je bandais pour vous
assassiner, vous n'existeriez pas un quart d'heure. Mais je vous ai crue aussi
sclrate que moi, et puisque vous me ressemblez, de ce moment, j'aime mieux
vous prendre pour ma complice que pour ma victime. Les deux hommes qui vous
accompagnent me paraissent de mme, je les crois comme vous, moins propres 
servir mes luxures qu' les partager : votre sret se trouve dans cette
hypothse. Il s'en fallait bien qu'Augustine en ft l ; je suis bon
physionomiste : plus complaisante que criminelle, elle se prtait  ce que
vous dsiriez, mais il s'en fallait bien qu'elle ft ce qu'elle voulait. 
Juliette ! rien n'est sacr pour moi : vous pargner tous quatre et t
croire aux droits de l'hospitalit... L'apparence... la seule ide d'une vertu
me fait horreur ; il fallait que je violasse ces droits... au moins en quelque
sorte : me voil satisfait maintenant, soyez tranquilles.
     - Minski, vous me parlez avec une franchise qui doit mriter la mienne.
Il y a dans tout ceci plus de crainte pour moi, que de regrets pour Augustine.
Connaissez assez mon cur pour le croire incapable de pleurer un sujet de
libertinage ; j'en ai sacrifi beaucoup dans ma vie, et je vous jure que je
n'en ai jamais regrett aucun. Et comme il allait se lever : Non, lui dis-je
en le priant de se rasseoir, vous venez de faire le procs  la vertu de
l'hospitalit, Minski ; j'aime les principes : suggrez-moi les vtres sur cet
objet. Quoique aucune vertu ne ft respectable pour moi, je ne m'tais pas
dfaite de mes maximes sur l'hospitalit, peut-tre mme encore os-je les
croire inviolables : dtruisez, combattez, dracinez, Minski, je vous coute.
     - La plus grande de toutes les extravagances, sans doute, dit le gant en
ayant l'air de me savoir gr des moyens que je lui donnais de dvelopper son
esprit, est celle qui nous fait regarder comme sacr l'individu que sa
curiosit, ses besoins ou le hasard amnent dans nos foyers. Il n'y eut jamais
qu'un motif personnel qui pt nous jeter dans cette erreur : plus un peuple
est rapproch de la nature, moins il connat les droits de l'hospitalit ; une
infinit de sauvages tendent au contraire des embches aux voyageurs pour les
attirer chez eux, et ils les immolent ds qu'ils les tiennent. Quelques
nations faibles et grossires, agissant diffremment, s'empressent, au
contraire, de fter ceux qui les visitent, et elles portent, sur ce point,
l'honntet jusqu' leur prsenter leurs femmes et leurs enfants de l'un et
l'autre sexe. Ne soyons pas la dupe de ce procd : il est encore le fruit de
l'gosme. Les peuples qui se conduisent ainsi cherchent des appuis, des
protections parmi les trangers qui les visitent ; les trouvant plus forts,
plus beaux qu'eux, ils dsireraient que ces trangers se fixassent dans leur
pays, ou pour les dfendre, ou pour leur former, en voyant leurs femmes, des
enfants qui rgnrassent leur nation. Voil le but de cette hospitalit qui
sduit, et que les sots s'avisent de louer : soyez bien persuade qu'aucun
autre sentiment ne l'a fait natre.
     D'autres peuples attendent des jouissances des htes qu'ils reoivent, et
les caressent pour s'en servir : ils les foutent. Mais aucune nation, soyez-en
bien certaine, n'exera gratuitement l'hospitalit. Lisez l'histoire de
toutes, et vous dcouvrirez dans toutes les motifs qui les portrent 
recevoir gnreusement des htes.
     Et qu'y aurait-il en effet de plus ridicule que d'accueillir dans sa
maison un individu dont on n'attendrait rien ? En vertu de quoi un homme
est-il engag  faire du bien  un autre homme ? La ressemblance morale ou
matrielle d'un corps  un autre entrane-t-elle, pour un de ces corps, la
ncessit de faire du bien  l'autre ? J'estime les hommes autant qu'ils me
servent ; je les mprise et les dteste mme, ds qu'ils ne peuvent m'tre
bons ; car n'ayant plus alors que des vices  m'opposer et n'tant plus que
redoutables  mes regards, je dois les fuir comme des btes froces qui, ds
ce moment, ne peuvent plus que me nuire.
     L'hospitalit fut la vertu prche par le faible : sans asile, sans
nergie, n'attendant son bien-tre que des autres, il dut assurment
prconiser une vertu qui lui prparait des abris. Mais quel besoin le fort
a-t-il de cette action ?... Toujours mise en usage par lui, sans jamais en
tirer rien, ne serait-ce pas une dupe de s'y soumettre ! Or, je vous demande
si une action quelconque peut rellement tre rpute pour vertu, quand elle
ne sert qu'une des classes de la socit ?
     Dans quels dangers ceux qui l'exercent ne prcipitent-ils pas les
infortuns qu'ils hbergent ! En les accoutumant  la fainantise, ils
pervertissent les qualits morales de ces htes paresseux, qui finiront
bientt par aller loger de force dans vos maisons, quand votre gnrosit ne
leur en ouvrira plus les portes, comme les mendiants finissent par vous voler,
quand vous leur refusez l'aumne. Or, en analysant une action quelconque, que
devient-elle, je vous prie, quand d'un ct, vous l'observez comme inutile, et
de l'autre, comme dangereuse ? Rpondez avec franchise, Juliette, sera-ce
d'une telle action que vous oserez faire une vertu ? et si vous voulez tre
juste, ne relguerez-vous pas bien plutt cette action dans le rang des vices
? N'en doutons point, l'hospitalit est aussi dangereuse que l'aumne. Tous
les procds qui manent de la bienfaisance, sentiment n de la faiblesse et
de l'orgueil, tous gnralement sont pernicieux sous une infinit de rapports
; et l'homme sage, cuirassant son cur  tous ces mouvements pusillanimes,
doit se garantir, avec le plus grand soin, des funestes suites o ils nous
entranent.
     Les habitants d'une des les Cyclades sont si ennemis de l'hospitalit,
qu'ils se rendent absolument inaccessibles aux trangers. Ils les redoutent et
les dtestent, au point qu'ils ne prennent jamais avec leurs mains ce que
ceux-ci leur offrent : ils le reoivent entre deux feuilles vertes, et
l'attachent ensuite au bout d'un bton. Si par hasard un tranger touche leur
peau, ils se la purifient sur-le-champ, en frottant la place avec des herbes.
     On ne traite avec une certaine tribu des Brsiliens, que dans
l'loignement de cent pas, et toujours les armes  la main[19].
      Les Africains du Zangubar sont si ennemis de l'hospitalit, qu'ils
massacrent impitoyablement tous ceux qui s'avancent dans leur pays[20].
     Les Thraces et les habitants de la Tauride pillrent et turent pendant
des sicles tous ceux qui venaient les visiter[21].
     Les Arabes dpouillent encore aujourd'hui, et rduisent  l'esclavage,
tous les tres que les vents jettent sur leurs ctes.
     L'gypte fut longtemps inaccessible aux trangers : le gouvernement
ordonna de rduire en servitude, ou de tuer, ceux qu'on surprenait le long de
la cte.
     A Athnes,  Sparte, l'hospitalit tait dfendue : on punissait de mort
ceux qui l'imploraient[22].
     Plusieurs gouvernements s'arrogrent des droits sur les trangers : ils
les punissaient de mort, et confisquaient leurs biens.
     Le roi d'Achem s'empare de tous les navires qui font naufrage sur ses
ctes.
     L'insociabilit endurcit le cur de l'homme, et le rend, par ce moyen,
bien plus propre aux grandes actions. De ce moment, le vol et le meurtre
s'rigent en vertu, et chez les seules nations o cela arriva, l'on vit de
grands traits et de grands hommes.
     Au Kamtchatka, le meurtre des trangers est une bonne action.
     Les ngres de Louango portent plus loin l'horreur qu'ils ont pour les
vertus hospitalires : ils ne souffrent mme pas qu'on enterre un tranger
dans leur pays.
     L'univers entier, en un mot, nous offre des exemples de la haine des
peuples qui l'habitent, pour les vertus hospitalires. Et nous devons conclure
de ces exemples et de nos rflexions, qu'il n'est rien, sans doute, de plus
pernicieux, de plus contraire  sa propre nergie et  celle des autres,
qu'une vertu dont l'objet est d'engager le riche  accorder au pauvre un asile
dont celui-ci ne profitera jamais qu' son dtriment et  celui de l'individu
qui le lui offre. Deux seuls motifs attirent les trangers dans un pays, la
curiosit ou le plaisir de faire des dupes : dans le premier cas, il faut
qu'ils paient ; dans le second, il faut qu'ils soient punis.
     - Oh ! Minski, rpondis-je, vous me persuadez. Depuis longtemps
j'embrassais, sur la charit, sur la bienfaisance, des maximes trop
ressemblantes  celle que vous avez sur l'hospitalit, pour ne pas me trouver
du mme avis que vous dans ce cas-ci. Mais il est encore une chose sur
laquelle je vous prie de m'clairer. Augustine, qui m'tait attache depuis
quelque temps, a des parents dans l'infortune, qu'elle me recommanda lorsque
nous partmes, en me priant d'en avoir soin, dans le cas o elle viendrait 
leur manquer pendant le voyage : dois-je leur faire tenir quelque rcompense ?
     - Assurment non, rpondit Minski. Et de quel droit devriez-vous donc
quelque chose aux parents de votre amie ? quelles prtentions peuvent-ils
avoir  vos bienfaits ? Vous avez pay, entretenu cette fille, tant qu'elle
vous a servie ; il n'y a aucun rapport entre ses parents et elle ; vous ne
devez absolument rien  ses parents. Si vos ides sont bien claircies sur le
nant du lien fraternel entre les hommes, comme votre philosophie me
l'annonce, si votre tte a bien mri ces ides, vous devez comprendre d'abord,
qu'entre Augustine et les services qu'elle vous a rendus, il n'existe aucune
espce de lien, car ces services n'ont plus qu'une action passe, et celle qui
les a rendus n'a plus aucune sorte d'action. Il n'y a donc qu'illusion, que
chimre, entre l'une et l'autre de ces choses. Le seul sentiment qui pourrait
nous rester serait celui de la reconnaissance, et vous savez que la
reconnaissance ne saurait exister dans une me fire. Celui qui refuse un
service d'un autre, ou qui, l'ayant reu, s'imagine ne rien devoir, parce que
l'action n'a servi qu' l'orgueil du bienfaiteur, celui-l, dis-je, est bien
plus grand que celui qui s'enchanant  ce bienfaiteur, lui prpare le plaisir
de le traner  son char comme une victime triomphale. Je vais plus loin, et
peut-tre vous l'a-t-on dj dit, mais on doit dsirer la mort du bienfaiteur
avec lequel on ne s'est pas acquitt ; ft-on mme jusqu' la lui donner, je
ne m'en tonnerais pas.  Juliette ! comme l'tude et la rflexion servent 
connatre le cur de l'homme, et comme on dsire braver ces principes ds que
l'on connat bien celui qui les cra ! car tout est  l'homme, tout vient de
l'homme ! et de quel droit voulez-vous me faire respecter ce qui n'est
l'ouvrage que de mon semblable ? Oui, je le rpte, cette tude bien
approfondie, beaucoup de crimes qui paratraient atroces aux sots, ne nous
semblent plus que tout simples. Qu'on aille dire aux mes vulgaires que
Pierre, ayant reu cent louis de Paul dans un besoin urgent, lui a plong un
poignard dans le sein pour toute reconnaissance... les imbciles se
dchaneront, on criera  l'atrocit, et l'me de ce meurtrier sera pourtant
bien plus grande que celle de son adversaire, puisque l'un, en obligeant, n'a
sacrifi qu' son orgueil, et que l'autre n'a pu tenir  voir le sien humili
: et voil donc l'ingratitude d'une belle action.
     Faibles mortels ! comme vous vous composez aveuglment des vices et des
vertus ; et comme le plus lger examen met  l'instant les uns  la place des
autres ! Tu n'imagines pas, Juliette, l'invincible penchant que j'prouvai
toujours pour l'ingratitude : elle est la vertu de mon cur, et je me suis
senti rvolt toutes les fois qu'on a voulu m'obliger. Je disais un jour 
quelqu'un qui m'offrait ses services : Ah ! prenez garde que je ne vous prenne
au mot, si vous ne voulez pas que je vous dteste.
     Cette espce de charit, d'ailleurs, que vous voulez faire aux parents
infortuns d'Augustine, ne retomberait-elle pas dans tous les inconvnients de
l'aumne et de la piti dont vous m'avez paru si persuade ? Juliette, la
charit ne fait que des dupes, la bienfaisance, que des ingrats ; soyez
persuade de ces systmes, et consolez-vous, puisque je ne vous en rendrai pas
la victime.
     - Ces principes font galement ma flicit, dis-je au gant. Toujours la
vertu me fit horreur ; jamais aucun plaisir ne naquit dans mon sein.
     Et pour convaincre le Moscovite, je lui racontai par quelle terrible
catastrophe toute ma fortune avait t bouleverse pour avoir t vertueuse un
jour.
     - Je n'ai point de semblables reproches  me faire, dit Minski, et depuis
ma plus tendre enfance, pas un instant mon cur ne fut combattu par ces
sentiments pusillanimes dont les effets sont si dangereux. Je hais la vertu
comme la religion, je les crois toutes deux aussi funestes l'une que l'autre,
et jamais l'on ne me verra plier sous leur joug. Je ne connais pas d'autre
remords que celui de n'avoir pas fait assez de crimes. Le crime, en un mot,
est mon lment, lui seul me fait vivre et m'inspire, je ne vis que pour lui,
et je ne pourrais plus que vgter sur la terre, si je cessais d'en commettre
au moins un par heure.
     - Avec cette faon de penser, rpondis-je au gant, vous devez avoir t
le bourreau de votre famille ?
     - Hlas ! j'ai manqu mon pre, c'est ce qui me dsole : j'tais trop
jeune quand il mourut. Mais tout le reste a pass par mes mains. Je vous ai
dj dit la mort de ma mre et de ma sur : j'aurais voulu les voir renatre
pour avoir le plaisir de les massacrer encore ; je suis assez malheureux
maintenant pour ne pouvoir plus sacrifier que des victimes ordinaires ; mon
cur se blase, je ne jouis plus.
     -  Minski ! que vous tes heureux ! m'criai-je, j'ai, comme vous, tt
de ces plaisirs, mais non pas avec tant d'tendue... Mon ami, vous chauffez
ma tte  point prodigieux. J'ai une grce  vous demander : c'est de me
laisser moissonner  l'aise dans vos innombrables possessions. Ouvrez-moi ce
vaste champ de crimes et de lubricit, que je le fertilise par du foutre et
des cadavre !
     - Je le veux, dit Minski, mais j'y mets une condition : je ne vous
propose pas de vous sodomiser : je vous crverais ; mais j'exige de vous
l'abandon total de ce jeune homme, dit-il en parlant de Zphyr.
     Je balance... Un poignard  l'instant s'lve sur mon sein.
     - Choisissez, dit cet homme froce, entre la mort ou les plaisirs que
peut vous donner ma maison.
     Hlas ! malgr mon attachement pour Zphyr, je cdai... que pouvais-je
faire autre chose !
 

 [1] Il n'y aura jamais que le faible qui prchera ce systme absurde de
l'galit ; il ne peut convenir qu' celui qui, ne pouvant s'lever  la
classe du fort, est au moins ddommag en rabaissant  lui cette classe ; mais
il n'est pas de systme plus absurde, plus contre la nature que celui-l ; et
l'on ne le verra jamais s'riger que chez la canaille, qui elle-mme y
renoncera, sitt qu'elle aura eu le temps de dorer ses haillons.
 [2] Femmes voluptueuses et philosophes qui daignez nous lire, c'est encore 
vous que ceci s'adresse ; profitez-en, et ne rendez pas inutiles les soins que
nous prenons pour vous clairer. Jamais vous ne connatrez de vrais plaisirs
sans la plus aveugle soumission  ces excellente conseils ; croyez que nous
n'avons, en vous les donnant, que votre seul bonheur en vue.
 [3] Presque toutes les femmes chastes meurent jeunes, ou deviennent folles,
estropies, malingres,  l'poque de leur perte. Elles ont toutes, d'ailleurs,
un caractre cre, imprieux, qui les rend insoutenables en socit.
 [4] On fait toujours bien ce qu'on aime ; et le lecteur ne doit pas oublier que
Juliette nous a dit que sa plus grande passion consistait  branler des vits.
En est-il au monde une plus voluptueuse ? Quels dlices n'prouve-t-on. pas,
en effet,  voir un beau membre se dresser sous les lubriques agitations qu'on
lui imprime ! Qu'il est flatteur, et pour l'amour-propre et pour la luxure, de
sentir avancer ainsi son ouvrage ! Dans quel tat ne doit-on pas se trouver,
surtout au moment du complment de sa besogne, et comment ne pas dcharger
soi-mme, en voyant s'lancer au loin ces flots divins de la semence ! Ah !
faut-il tre femme, pour goter ce plaisir ? Quel homme un peu voluptueux ne
le comprend pas ? Et quel est celui qui, du moins une fois dans sa vie, n'a
pas branl d'autres vits que le sien ?
 [5] Ce fut le clbre Caylus qui grava les estampes.
 [6] Pas mme lgislateur, assurment : une des meilleures preuves du dlire et
de la draison qui caractrisrent, en France, l'anne 1789, est
l'enthousiasme ridicule qu'inspira ce vil espion de la monarchie. Quelle ide
reste-t-il aujourd'hui de cet homme immoral et de fort peu d'esprit ? Celle
d'un fourbe, d'un tratre et d'un ignorant.
 [7] Voyez le physique de ces effets, expliqu plus haut.
 [8] De manire que ces deux honntes cratures, sans compter la bouche qui ne
produit pas une sensation assez marque pour tre compte, avaient t foutues
jusque-l, Clairwil cent quatre-vingt-cinq coups, et Juliette cent
quatre-vingt-douze, cela, tant en con qu'on cul. Nous avons cru devoir tablir
cette addition pour en viter la peine aux femmes qui, sans cela, n'auraient
pas manqu de s'interrompre ici pour la faire. Remerciez-nous, mesdames, et
imitez nos hrones, c'est tout ce que nous vous demandons ; car votre
instruction, vos sensations et votre bonheur sont en vrit le seul but de nos
fatigants travaux ; et si vous nous avez maudits dans Justine, nous esprons
que vous nous bnirez dans Juliette.
 [9] Nous garantissons, par exprience, aux femmes assez bien constitues pour
essayer cette manire, que cette volupt est si chatouilleuse, si remplie de
sel, qu'il est trs difficile de la supporter sans perdre connaissance ; si
elles peuvent obtenir suffisamment d'adresse d'un troisime homme pour tre
encules pendant ce temps-l, elles seront sres alors d'avoir got le plus
violent plaisir que puisse se procurer notre sexe. (Note communique par une
femme de trente ans, qui l'a essay plus de cent fois dans sa vie).
 [10] Que l'on compare les flots de sang qu'ont fait couler ces sclrats depuis
dix-huit sicles, avec ceux que ferait verser le moyen qu'indique Belmor, et
l'on verra qu'il s'en faut bien que le moyen qu'il donne soit violent comme il
le dit : il n'est que juste, et ce ne sera jamais qu'aprs son excution que
la paix rgnera chez les hommes.
 [11] Comme il serait ais de prouver que la rvolution actuelle n'est l'ouvrage
que des jsuites, et que les orlanais-jacobins qui la fomentrent n'taient
et ne sont encore que des descendants de Loyola ! (Note ajoute).
 [12] C'est ce peuple qui servait autrefois la maison d'Autriche, sous le nom de
Pandours. Il habite la partie mridionale de la Croatie autrichienne. Pandour
veut dire voleur de grand chemin.
 [13] Sauf votre respect.
 [14] Ne doutons pas qu'il n'y ait une diffrence aussi certaine, aussi
importante entre un homme et une femme qu'entre l'homme et le singe des bois.
Nous serions aussi fonds  refuser aux femmes de faire partie de notre espce
que nous le sommes de refuser  cette espce de singe d'tre notre frre.
Qu'on examine attentivement une femme nue  ct d'un homme de son ge et nu
comme elle, on se convaincra facilement de la diffrence qui existe (sexe 
part) dans la composition de ces deux tres, on verra bien clairement que la
femme n'est qu'une dgradation de l'homme ; les diffrences existent galement
dans l'intrieur, et l'anatomie de l'une et de l'autre espce, faite en mme
temps et avec la plus scrupuleuse attention, dcouvre ces vrits.
 [15] Voyez ce qu'en dit la clbre Ninon de Lenclos, quoique zlatrice et femme.
 [16] Un Dieu mort ! Rien n'est plus plaisant comme cette incohrence de mots du
dictionnaire des catholiques : Dieu veut dire ternel ; mort veut dire non
ternel. Imbciles chrtiens, que voulez-vous donc faire avec votre Dieu mort ?
 [17] Une question importante s'offre ici : sa dcision ne serait pas, ce me
semble, au-dessous de l'attestation des gens de lettres, et nous la leur
proposons avec l'envie de la voir rsolue par eux. La corruption des murs
vient-elle, chez un peuple, de la mollesse de son gouvernement, de son
assiette, ou de son excessive population dans les grandes villes ? Malgr ce
qu'tablit ici Juliette, ce n'est pas de l'assiette d'o la corruption morale
dpend, puisqu'il y a autant de dsordres moraux dans les villes
septentrionales de Londres et de Paris, que dans les villes mridionales de
Messine et de Naples ; ce n'est pas de la faiblesse du gouvernement, puisqu'il
est, sur ces objets, beaucoup plus svre au Nord qu'au Midi, et que le
dsordre est pourtant le mme. La corruption des murs, quel que soit le sol
ou le gouvernement, ne vient donc que du trop grand entassement des individus
dans un mme lieu : tout ce qui fait masse se corrompt, et tout gouvernement
qui ne voudra pas de corruption dans son sein, devra s'opposer  la trop
grande population, et diviser, surtout, les associations pour en maintenir la
puret.
 [18] Il y aurait le plus petit inconvnient, dans un tat,  permettre aux gens
riches de faire tout ce qu'ils voudraient pour de l'argent, et d'obtenir, par
leurs trsors, l'absolution de tous les crimes. Cela vaudrait assurment bien
mieux que de les faire prir sur un chafaud : ce dernier moyen ne rapporte
rien au gouvernement ; l'autre pourrait devenir une branche trs considrable
de richesses avec lesquelles on ferait face  une infinit de frais
inattendus, que l'on ne couvre qu'en multipliant les impts onreux, pesant
galement sur le coupable et sur l'innocent, tandis que ce que je propose ne
gnerait que le coupable.
 [19] Voyez le deuxime voyage de Cook.
 [20] Voyez Ramusio Dapper.
 [21] Voyez l'Histoire des peuples de l'Europe, tome III.
 [22] Voyez Hrodote.
   

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N'oubliez jamais que cela doit rester des fantasmes ...
Forcer un enfant au sexe dans la vie relle mrite la prison !

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