HISTOIRE DE JULIETTE (2/6) (par le Marquis de Sade) (nc)


title: HISTOIRE DE JULIETTE
part: 2 of 6
author: le Marquis de Sade
keywords: nc
language: Francais
age: 10 ans
published: 23/04/2000


([nn] = voir  la fin du texte)
 

                    Histoire de Juliette : Deuxime partie
 
                                DEUXIME PARTIE
 
                                       
                                       
  
    M. de Saint-Fond tait un homme d'environ cinquante ans : de l'esprit, un
caractre bien faux, bien tratre, bien libertin, bien froce, infiniment
d'orgueil, possdant l'art de voler la France au suprme degr, et celui de
distribuer des lettres de cachet au seul dsir de ses plus lgres passions.
Plus de vingt mille individus de tout sexe et de tout ge gmissaient, par ses
ordres, dans les diffrentes forteresses royales dont la France est hrisse ;
et parmi ces vingt mille tres, me disait-il un jour plaisamment, je te jure
qu'il n'en est pas un seul de coupable. D'Albert, premier prsident du
parlement de Paris, tait galement du souper ; ce ne fut qu'en entrant que
Noirceuil m'en prvint.
     - Tu dois, me dit-il, les mmes gards  ce personnage-ci qu' l'autre ;
il n'y a pas douze heures qu'il tait matre de ta vie, tu sers de
ddommagement aux gards qu'il a eus pour toi ; pouvais-je le mieux acquitter ?
     Quatre filles charmantes composaient, avec Mme de Noirceuil et moi, le
srail offert  ces messieurs. Ces cratures, pucelles encore, taient du
choix de la Duvergier. On nommait gle la plus jeune, blonde, ge de treize
ans et d'une figure enchanteresse. Lolotte suivait, c'tait la physionomie de
Flore mme ; on ne vit jamais tant de fracheur ;  peine avait-elle quinze
ans. Henriette en avait seize, et runissait  elle seule plus d'attraits que
les potes n'en prtrent jamais aux trois Grces. Lindane avait dix-sept ans
; elle tait faite  peindre, des yeux d'une singulire expression, et le plus
beau corps qu'il ft possible de voir.
     Six jeunes garons, de quinze ans, nous servaient nus et coiffs en
femmes : chacun des libertins qui composaient le souper avait, ainsi que vous
le voyez par cet arrangement, quatre objets de luxure  ses ordres : deux
femmes et deux garons. Comme aucun de ces individus n'tait encore dans le
salon lorsque j'y parus, d'Albert et Saint-Fond, aprs m'avoir embrasse,
cajole, loue pendant un quart d'heure, me plaisantrent sur mon aventure.
     - C'est une charmante petite sclrate, dit Noirceuil, et qui, par la
soumission la plus aveugle aux passions de ses juges, vient les remercier de
la vie qu'elle leur doit.
     - J'aurais t bien fch de la lui ter, dit d'Albert : ce n'est pas
pour rien que Thmis porte un bandeau ; et vous m'avouerez que, quand il
s'agit de juger de jolis petits tres comme ceux-l, nous devons toujours
l'avoir sur les yeux.
     - Je lui promets pour sa vie l'impunit la plus entire, dit Saint-Fond ;
elle peut faire absolument tout ce qu'elle voudra, je lui proteste de la
protger dans tous ses carts et de la venger, comme elle l'exigera, de tous
ceux qui voudraient troubler ses plaisirs, quelque criminels qu'ils puissent
tre.
     - Je lui en jure autant, dit d'Albert ; je lui promets, de plus, de lui
faire avoir demain une lettre du chancelier qui la mettra  l'abri de toutes
les poursuites qui, par tel tribunal que ce soit, pourraient tre intentes
contre elle dans toute l'tendue de la France. Mais, Saint-Fond, j'exige
quelque chose de plus ; tout ce que nous faisons ici n'est qu'absoudre le
crime, il faut l'encourager : je te demande donc des brevets de pensions pour
elle, depuis deux mille francs jusqu' vingt-cinq, en raison du crime qu'elle
commettra.
     - Juliette, dit Noirceuil, voil je crois de puissants motifs, et pour
donner  tes passions toute l'extension qu'elles peuvent avoir, et pour ne
nous cacher aucun de tes carts. Mais il en faut convenir, messieurs,
poursuivit aussitt mon amant sans me donner le temps de rpondre, vous faites
l un merveilleux usage de l'autorit qui vous est confie par les lois et par
le monarque.
     - Le meilleur possible, rpondit Saint-Fond ; on n'agit jamais mieux que
lorsqu'on travaille pour soi ; cette autorit nous est confie pour faire le
bonheur des hommes : n'y travaillons-nous pas en faisant le ntre et celui de
cette aimable enfant ?
     - En nous revtant de cette autorit, dit d'Albert, on ne nous a pas dit
: vous ferez le bonheur de tel ou tel individu, abstractivement de tel ou tel
autre ; on nous a simplement dit : les pouvoirs que nous vous transmettons
sont pour faire la flicit des hommes ; or, il est impossible de rendre tout
le monde galement heureux ; donc, ds qu'il en est parmi nous quelques-uns de
contents, notre but est rempli.
     - Mais, dit Noirceuil, qui ne controversait que pour mieux faire briller
ses amis, vous travaillez pourtant au malheur gnral en sauvant la coupable
et perdant l'innocent.
     - Voil ce que je nie, dit Saint-Fond ; le vice fait beaucoup plus
d'heureux que la vertu : je sers donc bien mieux le bonheur gnral en
protgeant le vice qu'en rcompensant la vertu.
     - Voil des systmes bien dignes de coquins comme vous ! dit Noirceuil.
     - Mon ami, dit d'Albert, puisqu'ils font aussi votre joie, ne vous en
plaignez point.
     - Vous avez raison, dit Noirceuil ; il me semble, au surplus, que nous
devrions un peu plus agir que jaser. Voulez-vous Juliette seule un moment,
avant que l'on n'arrive ?
     - Non, pas moi, dit d'Albert, je ne suis nullement curieux des
tte--tte, j'y suis d'un gauche... L'extrme besoin que j'ai d'tre toujours
aid dans ces choses-l fait que j'aime autant patienter jusqu' ce que tout
le monde y soit.
     - Je ne pense pas tout  fait ainsi, dit Saint-Fond, et je vais
entretenir un instant Juliette au fond de ce boudoir.
     A peine y fmes-nous, que Saint-Fond m'engagea  me mettre nue. Pendant
que j'obissais :
     - On m'a assur, me dit-il, que vous seriez d'une complaisance aveugle 
mes fantaisies ; elles rpugnent un peu, je le sais, mais je compte sur votre
reconnaissance. Vous savez ce que j'ai fait pour vous, je ferai plus encore :
vous tes mchante, vindicative ; eh bien, poursuivit-il en me remettant six
lettres de cachet en blanc qu'il ne s'agissait plus que de remplir pour faire
perdre la libert  qui bon me semblerait, voil pour vous amuser ; prenez, de
plus, ce diamant de mille louis, pour payer le plaisir que j'ai de faire
connaissance avec vous ce soir... Prenez, prenez, tout cela ne me cote rien :
c'est l'argent de l'tat.
     - En vrit, monseigneur, je suis confuse de vos bonts.
     - Oh ! je n'en resterai pas l ; je veux que vous veniez me voir chez moi
; j'ai besoin d'une femme qui, comme vous, soit capable de tout ; je veux vous
charger de la partie des poisons.
     - Quoi, monseigneur, vous vous servez de pareilles choses ?
     - Il le faut bien, il y a tant de gens dont nous sommes obligs de nous
dfaire... Point de scrupule, je me flatte ?
     - Ah ! pas le moindre, monseigneur ! je vous jure qu'il n'est aucun crime
dans le monde capable de m'effrayer, et qu'il n'en est pas un seul que je ne
commette avec dlices.
     - Ah ! baisez-moi, vous tes charmante ! dit Saint-Fond ; eh bien ! au
moyen de ce que vous me promettez l, je vous renouvelle le serment que je
vous ai fait de vous procurer l'impunit la plus entire. Faites, pour votre
compte, tout ce que bon vous semblera : je vous proteste de vous retirer de
toutes les mauvaises aventures qui pourraient en survenir. Mais il faut me
prouver tout de suite que vous tes capable d'exercer l'emploi que je vous
destine. Tenez, me dit-il en me remettant une petite bote, je placerai ce
soir prs de vous, au souper, celle des filles sur laquelle il m'aura plu de
faire tomber l'preuve ; caressez-la bien : la feinte est le manteau du crime
; trompez-la le plus adroitement que vous pourrez et jetez cette poudre, au
dessert, dans un des verres de vin qui lui seront servis : l'effet ne sera pas
long ; je reconnatrai l si vous tes digne de moi ; et, dans ce cas, votre
place vous attend.
     - Oh ! monseigneur, rpondis-je avec chaleur, je suis  vos ordres ;
donnez, donnez, vous allez voir comme je vais me conduire.
     - Charmante !... charmante !... Amusons-nous maintenant, mademoiselle,
votre libertinage me fait bander... Permettez cependant que je vous mette au
fait, avant tout, d'une formule dont il est essentiel que vous ne vous
loigniez point : je vous prviens qu'il ne faut jamais vous carter du
profond respect que j'exige et qui m'est d  bien plus d'un titre ; je porte
sur cela l'orgueil au dernier point. Vous ne m'entendrez jamais vous tutoyer ;
imitez-moi, ne m'appelez, surtout, jamais autrement que monseigneur ; parlez 
la troisime personne tant que vous pourrez, et soyez toujours devant moi dans
l'attitude du respect. Indpendamment de la place minente que j'occupe, ma
naissance est des plus illustres, ma fortune norme, et mon crdit suprieur 
celui du roi mme. Il est impossible de n'avoir pas beaucoup de vanit quand
on en est l : l'homme puissant qui, par une fausse popularit, consent  se
laisser approcher de trop prs, s'humilie et se ravale bientt. La nature a
plac les grands sur la terre comme les astres au firmament ; ils doivent
clairer le monde et n'y jamais descendre. Ma fiert est telle que je voudrais
n'tre servi qu' genoux, ne jamais parler que par interprte  toute cette
vile canaille que l'on appelle le peuple ; et je dteste tout ce qui n'est pas
 ma hauteur.
     - En ce cas, dis-je, monseigneur doit har bien du monde, car il est bien
peu d'tres ici-bas qui puissent l'galer.
     - Trs peu, vous avez raison, mademoiselle ; aussi j'abhorre l'univers
entier, except les deux amis que vous me voyez l, et quelques autres : je
hais souverainement tout le reste.
     - Mais, monseigneur, pris-je la libert de dire  ce despote, les
caprices de libertinage o vous vous livrez ne vous sortent-ils pas un peu de
cette hauteur dans laquelle il me semble que vous devriez toujours dsirer
d'tre ?
     - Non, dit Saint-Fond, tout cela s'allie, et, pour des ttes organises
comme les ntres, l'humiliation de certains actes de libertinage sert
d'aliment  l'orgueil[1].
     Et comme j'tais nue :
     - Ah ! le beau cul, Juliette ! me dit le paillard en se l'exposant ; on
m'avait bien dit qu'il tait superbe, mais il surpasse sa rputation ;
penchez-vous, que j'y darde ma langue... Ah, Dieu ! voil une propret qui me
dsespre : Noirceuil ne vous a donc pas dit en quel tat je voulais trouver
votre cul ?
     - Non, monseigneur.
     - Je le voulais merdeux... Je le voulais sale... il est d'une fracheur
qui me dsespre. Allons, rparons cela par autre chose. Tenez, Juliette,
voil le mien... il est dans l'tat o je voulais le vtre : vous y trouverez
de la merde... Mettez-vous  genoux devant lui, adorez-le, flicitez-vous de
l'honneur que je vous accorde en vous permettant d'offrir  mon cul l'hommage
que voudrait lui rendre toute la terre... Que d'tres seraient heureux  votre
place ! Si les dieux descendaient vers nous, eux-mmes voudraient jouir de
cette faveur. Sucez, sucez, enfoncez votre langue ; point de rpugnance, mon
enfant.
     Et quelles que fussent celles que j'prouvais, je les vainquis ; mon
intrt m'en faisait une loi. Je fis tout ce que dsirait ce libertin : je lui
suai les couilles, je me laissai souffleter, pter dans la bouche, chier sur
la gorge, cracher et pisser sur le visage, tirailler le bout des ttons,
donner des coups de pied au cul, des croquignoles, et, dfinitivement, foutre
en cul, o il ne fit que de s'exciter, pour me dcharger aprs dans la bouche,
avec l'ordre positif d'avaler son sperme.
     Je fis tout ; la plus aveugle docilit couronna toutes ses fantaisies.
Divins effets de la richesse et du crdit, toutes les vertus, toutes les
volonts, toutes les rpugnances vont se briser devant vos dsirs, et l'espoir
d'tre accueillis par vous assouplit  vos pieds tous les tres et toutes les
facults de ces tres ! La dcharge de Saint-Fond tait brillante, hardie,
emporte ; c'est  trs haute voix qu'il prononait alors les blasphmes les
plus nergiques et les plus imptueux ; sa perte tait considrable, son
sperme brlant, pais et savoureux, son extase nergique, ses convulsions
violentes et son dlire bien prononc. Son corps tait beau, fort blanc, le
plus beau cul du monde, ses couilles trs grosses, et son vit musculeux
pouvait avoir sept pouces de long, sur six de tour ; il tait surmont d'une
tte de deux pouces au moins, beaucoup plus grosse que le milieu du membre, et
presque toujours dcalotte. Il tait grand, fort bien fait, le nez aquilin,
de gros sourcils, de beaux yeux noirs, de trs belles dents et l'haleine trs
pure. Il me demanda, quand il eut fini, s'il n'tait pas vrai que son foutre
ft excellent...
     - De la crme, monseigneur, de la crme ! rpondis-je, il est impossible
d'en avaler de meilleur.
     - Je vous accorderai quelquefois l'honneur d'en manger, me dit-il, et
vous avalerez aussi ma merde, quand je serai bien content de vous. Allons,
mettez-vous  genoux, baisez mes pieds, et remerciez-moi de toutes les faveurs
que j'ai bien voulu vous laisser cueillir aujourd'hui.
     J'obis, et Saint-Fond m'embrassa en jurant qu'il tait enchant de moi.
Un bidet et quelques parfums firent disparatre toutes les taches dont j'tais
souille. Nous sortmes ; en traversant les appartements qui nous sparaient
du salon d'assemble, Saint-Fond me recommanda la bote.
     - Eh quoi ! dis-je, l'illusion dissipe, le crime vous occupe encore ?
     - Comment ! me dit cet affreux homme, as-tu donc pris ma proposition pour
une effervescence de tte ?
     - Je l'avais cru.
     - Tu te trompais ; ce sont de ces choses ncessaires dont le projet meut
nos passions, mais qui, quoique conues dans le moment de leur dlire, n'en
doivent pas moins tre excutes dans le calme.
     - Mais vos amis le savent-ils ?
     - En doutes-tu ?
     - Cela fera scne.
     - Pas du tout, nous sommes accoutums  cela. Ah ! si tous les rosiers du
jardin de Noirceuil disaient  quelles substances ils doivent leur beaut....
Juliette.... Juliette, il n'y aurait pas assez de bourreaux pour nous !
     - Soyez donc tranquille, monseigneur, je vous ai fait le serment de
l'obissance, je le tiendrai.
     Nous rentrmes. On nous attendait ; les femmes taient arrives. Ds que
nous parmes, d'Albert tmoigna le dsir de passer au boudoir avec Mme de
Noirceuil, Henriette, Lindane et deux gitons, et ce ne fut que ce que je vis
excuter  d'Albert aprs, qui me fit douter de ses gots. Reste seule avec
Lolotte, gle, quatre gitons, le ministre et Noirceuil, on se livra 
quelques scnes luxurieuses ; les deux petites filles, par des moyens  peu
prs semblables  ceux que j'avais employs, essayrent de faire rebander
Saint-Fond ; elles y russirent ; Noirceuil, spectateur, se faisait foutre en
me baisant les fesses. Saint-Fond caressa beaucoup les jeunes gens et eut
quelques minutes d'entretien secret avec Noirceuil ; tous deux reparurent trs
chauffs, et, le reste de la compagnie s'tant runi  nous, on se mit 
table.
     Jugez, mes amis, quelle fut ma surprise, lorsqu'en me rappelant l'ordre
secret qui m'tait donn, je vis qu'avec la plus extrme affectation c'tait
Mme de Noirceuil qu'on plaait prs de moi.
     - Monseigneur, dis-je bas  Saint-Fond, qui s'y mettait galement de
l'autre ct... oh ! monseigneur, est-ce donc l la victime choisie ?
     - Assurment, me dit le ministre, revenez de ce trouble ; il vous fait
tort dans mon esprit ; encore une pareille pusillanimit et vous perdez 
jamais mon estime.
     Je m'assis ; le souper fut aussi dlicieux que libertin ; les femmes, 
peine rhabilles, exposaient aux attouchements de ces paillards tout ce que la
main des Grces leur avait distribu de charmes. L'un touchait une gorge 
peine close, l'autre maniait un cul plus blanc que l'albtre ; nos cons seuls
taient peu fts : ce n'est pas avec de tels gens que de pareils appas font
fortune ; persuads que pour ressaisir la nature, il faut souvent lui faire
outrage, ce n'est qu' ceux dont le culte est, dit-on, dfendu par elle que
les fripons offrent de l'encens. Les vins les plus exquis, les mets les plus
succulents ayant chauff les ttes, Saint-Fond saisit Mme de Noirceuil ; le
sclrat bandait du crime atroce que sa perfide imagination machinait contre
cette infortune ; il l'emporte sur un canap, au bout du salon, et l'encule
en m'ordonnant de venir lui chier dans la bouche ; quatre jeunes garons se
placent de manire qu'il en branle un de chaque main, qu'un troisime enconne
Mme de Noirceuil, et que le quatrime, lev au-dessus de moi, me fait sucer
son vit ; un cinquime encule Saint-Fond.
     - Ah ! sacredieu, s'crie Noirceuil, ce groupe est enchanteur ! Je ne
connais rien de si joli que de voir ainsi foutre sa femme ; ne la mnagez pas,
Saint-Fond, je vous en conjure.
     Et plaant les fesses d'gle  hauteur de sa bouche, il y fait chier
cette petite fille, pendant qu'il sodomise Lindane et que le sixime garon
l'encule. D'Albert, se joignant au tableau, vient en remplir la partie gauche
; il sodomise Henriette, en baisant le cul du garon qui fout le ministre, et
manie, de droite et de gauche, tout ce que ses mains peuvent atteindre.
     Ah ! qu'un graveur et t ncessaire ici pour transmettre  la postrit
ce voluptueux et divin tableau ! Mais la luxure, couronnant trop vite nos
acteurs, n'et peut-tre pas donn  l'artiste le temps de les saisir. Il
n'est pas ais  l'art, qui n'a point de mouvement, de raliser une action
dont le mouvement fait toute l'me ; et voil ce qui fait  la fois de la
gravure l'art le plus difficile et le plus ingrat.
     On se remet  table.
     - J'ai demain, dit le ministre, une lettre de cachet  expdier pour un
homme coupable d'un garement assez singulier. C'est un libertin qui, comme
vous, Noirceuil, a la manie de faire foutre sa femme par un tranger ; cette
pouse, qui vous paratra sans doute fort extraordinaire, a eu la btise de se
plaindre d'une fantaisie qui ferait le bonheur de beaucoup d'autres. Les
familles s'en sont mles, et, dfinitivement, on veut que je fasse enfermer
le mari.
     - Cette punition est beaucoup trop dure, dit Noirceuil.
     - Et moi je la trouve trop douce, dit d'Albert ; il y a tout plein de
pays o l'on ferait prir un homme comme cela.
     - Oh ! voil comme vous tes, messieurs les robins ! dit Noirceuil :
heureux quand le sang coule. Les chafauds de Thmis sont des boudoirs pour
vous ; vous bandez en prononant un arrt de mort, et dchargez souvent en le
faisant excuter.
     - Oui, cela m'est arriv quelquefois, dit d'Albert ; mais quel
inconvnient y a-t-il  se faire des plaisirs de ses devoirs ?
     - Aucun, sans doute, dit Saint-Fond ; mais, pour en revenir  l'histoire
de notre homme, vous conviendrez qu'il y a des femmes bien ridicules dans le
monde.
     - C'est qu'il y en a tout plein, dit Noirceuil, qui croient avoir rempli
leurs devoirs envers leurs maris, quand elles ont respect leur honneur, et
qui leur font acheter cette trs mdiocre vertu par de l'aigreur et de la
dvotion, et surtout par des refus constants de tout ce qui s'carte des
plaisirs permis. Sans cesse  cheval sur leur vertu, des putains de cette
espce s'imaginent qu'on ne saurait trop les respecter, et que, d'aprs cela,
le bgueulisme le plus outr peut leur tre permis sans reproche. Qui
n'aimerait pas mieux une femme aussi garce que vous voudrez la supposer, mais
dguisant ses vices par une complaisance sans bornes, par une soumission
entire  toutes les fantaisies de son mari ? Eh ! foutez, mesdames, foutez
tant qu'il vous plaira ! C'est pour nous la chose du monde la plus
indiffrente ; mais prvenez nos dsirs, satisfaites-les tous sans aucun
scrupule ; mtamorphosez-vous pour nous plaire, jouez  la fois tous les
sexes, redevenez enfants mme, afin de donner  vos poux l'extrme plaisir de
vous fouetter, et soyez sres qu'avec de tels gards, ils fermeront les yeux
sur tout le reste. Voil les seuls procds qui puissent temprer, selon moi,
l'horreur du lien conjugal, le plus affreux, le plus dtestable de tous ceux
par lesquels les hommes ont eu la folie de se captiver.
     - Ah ! Noirceuil, vous n'tes pas galant ! dit Saint-Fond en pressant un
peu fortement les ttons de la femme de son ami ; oubliez-vous donc que votre
pouse est l ?
     - Pas pour longtemps, j'espre, rpondit mchamment Noirceuil.
     - Comment donc ? dit d'Albert en jetant sur la pauvre femme un regard
aussi faux que sournois.
     - Nous allons nous sparer.
     - Quelle cruaut ! dit Saint-Fond qu'enflammaient extraordinairement
toutes ces mchancets, et qui, branlant un giton de sa main droite,
continuait de pressurer avec la gauche les jolis ttons de Mme de Noirceuil...
Quoi ! vous allez rompre vos nuds... des liens si doux ?
     - Mais n'y a-t-il pas assez longtemps qu'ils durent ?
     - Eh bien, dit Saint-Fond, toujours branlant, toujours vexant, si tu
quittes ta femme, je la prends ; moi, j'ai toujours aim dans elle cet air de
douceur et d'humanit ... Baisez-moi, friponne !
     Et comme elle tait en larmes, en raison des maux que, depuis un quart
d'heure, lui faisait prouver Saint-Fond, ce sont ses pleurs que le libertin
dvore et que sa langue essuie ; puis poursuivant :
     - En vrit, Noirceuil, se sparer d'une femme aussi belle (et il la
mordait), aussi sensible (et il la pinait)... je vous le dis, mon ami, c'est
un meurtre.
     - Un meurtre ? dit d'Albert... oui, effectivement, je crois que c'est par
un meurtre que Noirceuil va briser ses liens.
     - Oh ! quelle horreur ! dit Saint-Fond qui, ayant fait lever la
malheureuse pouse, commenait  lui molester cruellement le derrire en lui
faisant empoigner son vit ; tenez, je vois, mes amis, qu'il faut que je
l'encule encore une fois pour lui faire oublier son chagrin.
     - Oui, dit d'Albert en venant la saisir par-devant, et moi je vais
l'enconner pendant ce temps-l. Mettons-la vite entre nous deux ; j'aime
tonnamment cette manire de foutre son prochain.
     - Et que ferai-je donc, moi ! dit Noirceuil.
     - Vous tiendrez la chandelle et vous comploterez, dit le ministre.
     - Je veux mieux employer mon temps, dit le barbare poux ; n'occupez
point la tte de ma douce compagne ; je veux jouir de sa figure en larmes, la
nasarder de temps en temps, pendant que j'enculerai la petite gle, que deux
bardaches se relayeront dans mon cul, que j'pilerai les cons d'Henriette et
de Lolotte, et que Lindane et Juliette foutront sous nos yeux, l'une en cul,
l'autre en con, avec les jeunes gens qui restent.
     La sance fut aussi longue que les tableaux en taient recherchs ; les
trois libertins dchargrent et la pauvre Noirceuil ne se tira de leurs mains
que meurtrie de coups. D'Albert, en perdant son foutre, lui avait tellement
mordu un tton qu'elle tait couverte de sang. Imitatrice de mes matres et
parfaitement foutue par deux des gitons, j'avoue que j'avais de mme
tonnamment dcharg ; rouge, chevele comme une bacchante, je leur parus
dlicieuse au sortir de l ; Saint-Fond surtout ne cessait de m'accabler de
caresses.
     - Comme elle est bien, ainsi ! disait-il, comme le crime l'embellit.
     Et il me suait indistinctement sur toutes les parties du corps.
     On continua de boire, mais sans se remettre  table ; cette manire est
infiniment agrable, et l'on se grise beaucoup plus tt en l'employant. Les
ttes s'embrasrent donc de manire  faire frmir les femmes. Je vis bien
qu'on ne jetait sur elles que des yeux foudroyants et qu'on ne leur adressait
plus que des paroles pleines de menaces et d'invectives. Deux choses cependant
s'apercevaient avec facilit : on voyait que je n'tais nullement comprise
dans la conjuration et qu'elle se dirigeait presque entirement sur Mme de
Noirceuil ; ce que je savais, d'ailleurs, ne contribuait pas peu  me rassurer.
     Passant tour  tour des mains de Saint-Fond dans celles de son mari et,
de celles-ci, dans celles de d'Albert, l'infortune Noirceuil tait dj fort
malmene : ses ttons, ses bras, ses cuisses, ses fesses, et gnralement
toutes les parties charnues de son corps, commenaient  porter des marques
sensibles de la frocit de ces sclrats, lorsque Saint-Fond, qui bandait
beaucoup, la saisit, et, lui ayant au pralable appliqu douze claques  tour
de bras sur le derrire et six soufflets d'gale force, il la fixa droite au
milieu de la salle  manger, dans un trs grand cartement, les pieds attachs
 terre et les mains arrtes au plafond. On lui mit, ds qu'elle fut dans
cette attitude, douze bougies allumes entre les cuisses, en telle sorte que
les flammes, pntrant d'une part dans l'intrieur du vagin ou sur les parois
de l'anus, et calcinant de l'autre la motte et les fesses, contournassent par
leur vive impression les muscles du joli visage de cette femme et les
dterminassent aux voluptueuses angoisses de la douleur. Saint-Fond, arm
d'une autre bougie, la considrait attentivement pendant cette crise, en se
faisant sucer le vit par Lindane et le trou du cul par Lolotte ; prs de l,
Noirceuil, se faisant foutre en mordant les fesses d'Henriette, annonait  sa
femme qu'il allait la laisser mourir ainsi, pendant que d'Albert, enculant un
giton et maniant le cul d'gle, encourageait Noirceuil  traiter encore bien
plus mal cette malheureuse compagne de son sort. Charge de servir et soigner
le total, je m'aperus que les bouts de bougies taient trop courts pour faire
prouver  la victime le degr de douleur que l'on lui souhaitait ; je levai
les flambeaux sur un tabouret ; les cris de la Noirceuil, qui devinrent
insupportables, me valurent, de la part de ses bourreaux, les plus grands
applaudissements. Ce fut alors que Saint-Fond, qui perdait la tte, se permit
une atrocit ; le sclrat, portant une bougie qu'il tenait sous le nez de la
patiente, lui brla les paupires et presque un il entier ; d'Albert,
s'emparant de mme d'une bougie, lui en calcina le bout d'un tton et son mari
lui brla les cheveux.
     Singulirement chauffe de ce spectacle, j'encourageais les acteurs et
les dterminais  changer de supplice. Par mon conseil, on la frotte
d'esprit-de-vin, on y met le feu ; elle a l'air un instant de ne former qu'une
flamme, et, quand la matire s'teint, son piderme entirement brl la rend
horrible  regarder. On n'imagine pas les louanges que cette cruelle ide me
valut. Saint-Fond, qu'chauffe tonnamment cette sclratesse, quitte la
bouche de Lindane pour venir m'enculer, toujours suivi par Lolotte qui, par
son ordre, ne cesse de lui gamahucher le cul.
     - Que lui ferons-nous  prsent ? me dit Saint-Fond, en dvorant ma
bouche de baisers et me dardant son vit jusqu'aux entrailles ; invente,
Juliette, invente donc quelque chose ; ta tte est dlicieuse, tout ce que tu
proposes est divin.
     - Il y a mille tourments  lui faire encore prouver, rpondis-je, et
tous plus piquants les uns que les autres.
     Et j'allais en proposer quelques-uns, lorsque Noirceuil, s'approchant de
nous, dit  Saint-Fond qu'il fallait lui faire avaler tout de suite la dose
dont j'tais munie, avant de lui ter les forces ncessaires  nous donner les
moyens de juger et de jouir des effets de ce poison. D'Albert, consult, est
pleinement de cet avis ; on dtache la dame et on me la remet.
     - Aimable infortune, lui dis-je aprs avoir ml la poudre dans un verre
de vin d'Alicante, avalez ceci pour vous restaurer, et vous allez voir l'tat
de rconfortation o ce breuvage va mettre vos esprits.
     Notre imbcile avale avec docilit, et sitt qu'elle a fait, Noirceuil,
qui n'avait pas cess de me tenir encule pendant que j'oprais, jaloux de ne
perdre aucune des contorsions de cette agonie, me quitte pour venir considrer
de plus prs la victime.
     - Vous allez mourir, lui dit-il ; y tes-vous bien dtermine ?
     - Madame est trop raisonnable, poursuit d'Albert, pour ne pas sentir que
quand une femme a perdu l'estime et la tendresse de son poux, qu'il est
dgot d'elle et qu'il en est las, le plus simple est de disparatre.
     - Oh, oui ! la mort... la mort ! s'cria cette infortune ; c'est la
dernire grce que je demande !... Au nom du ciel, ne me la faites point
attendre !
     - La mort que tu dsires, infme bougresse, est dans tes entrailles, lui
dit Noirceuil, en se faisant branler le vit sous les yeux de sa triste pouse
par l'un de ses gitons ; tu l'as reue des mains de Juliette ; son attachement
tait tel pour toi, qu'elle nous a disput le bonheur de t'empoisonner.
     Et Saint-Fond, ivre de lubricit, ne sachant plus ce qu'il faisait,
enculait d'Albert, qui, se prtant avec complaisance aux sodomites attaques de
son ami, rendait  un beau giton tout ce qu'il recevait du ministre, dont je
gamahuchais l'anus.
     - Un peu d'ordre  tout ceci, dit Noirceuil, qui commenait 
s'apercevoir, aux contorsions de sa femme, qu'il tait bon de ne la plus
perdre de vue.
     Il fait mettre un tapis, au milieu de la chambre, sur lequel on tend la
victime, et nous formons un cercle autour d'elle. Saint-Fond m'encule en
branlant un garon de chaque main. D'Albert est suc par Henriette, il suce un
vit en branlant de la main droite et, de la gauche, il moleste le cul de
Lindane ; Noirceuil encule gle, on le fout, il suce un vit, et fait foutre
Lolotte sur ses cuisses par le sixime giton. Les crises commencent ; elles
sont horribles, on n'a pas d'ide des effets de ce poison ; la pauvre femme se
tournait quelquefois, au point de ne plus former qu'une boule ; rien n'galait
ses crispations, ses hurlements alors devenaient pouvantables ; mais nos
prcautions taient prises de manire qu'il tait impossible de rien entendre.
     - Oh, comme c'est dlicieux ! disait Saint-Fond tout en labourant mon cul
; je ne sais ce que je donnerais pour la sodomiser en cet tat.
     - Rien n'est plus ais, dit Noirceuil, essaye-le, nous te la tiendrons.
     La patiente, vigoureusement saisie par les jeunes gens, prsente, malgr
ses efforts, le cul dsir par Saint-Fond ; le sclrat s'y introduit.
     - Oh, foutre ! s'crie-t-il, je n'y puis tenir.
     D'Albert le remplace, Noirceuil ensuite ; mais ds que sa malheureuse
pouse le sent, ses efforts deviennent si terribles, qu'elle chappe  ceux
qui la tiennent et se jette en fureur sur son bourreau ; Noirceuil effray se
sauve, le cercle se reforme.
     - Laissons-la, laissons-la, dit Saint-Fond qui venait de rentrer dans mon
cul ; il ne faut pas approcher une bte venimeuse quand elle prouve les
crises de la mort.
     Cependant Noirceuil, piqu, veut tirer vengeance de l'insulte ; il
machine de nouveaux supplices, lorsque Saint-Fond s'y oppose en assurant son
ami que tout ce que l'on pourrait faire maintenant  la victime ne servirait
qu' troubler l'examen que l'on se proposait des effets du venin.
     - Eh ! messieurs, m'criai-je, ce n'est pas tout cela qu'il faut  madame
: elle n'a dans ce moment-ci besoin que d'un confesseur.
     - Qu'elle aille au diable, la putain, dit Noirceuil que Lolotte suait en
ce moment ; oui, oui, qu'elle aille  tous les diables !... Si j'ai jamais
dsir un enfer, c'est dans l'esprance d'y savoir son me, et de porter
jusqu' mon dernier soupir l'ide dlicieuse que les plus vives douleurs ne
sauraient avoir de fin pour elle.
     Cette imprcation parut dcider la dernire crise ; Mme de Noirceuil
rendit l'me, et nos trois coquins dchargrent en blasphmant comme des
sclrats.
     - Voil une des meilleures actions que nous ayons faites de notre vie,
dit Saint-Fond en pressant son vit pour en exprimer jusqu' la dernire goutte
de foutre ; il y avait longtemps que je dsirais la fin de cette ennuyeuse
bgueule ; j'en tais encore plus las que son mari.
     - Ma foi, dit d'Albert, vous l'aviez pour le moins autant foutue que lui.
     - Oh ! beaucoup plus, dit mon amant.
     - Quoi qu'il en soit, dit Saint-Fond  Noirceuil, ma fille est maintenant
 vous : vous savez que je vous l'ai promise pour rcompense de cette preuve.
Je suis enchant de ce poison, il est bien malheureux que nous ne puissions
pas jouir ainsi du spectacle de la mort de tous ceux que nous faisons prir de
cette manire... Allons, mon ami, je vous le rpte, ma fille est  vous ; que
le ciel bnisse une aventure o je gagne un gendre trs aimable et la
certitude de n'avoir point t tromp par la femme qui me fournit ces venins !
     Ici Noirceuil eut l'air de faire une question bas  Saint-Fond, qui lui
rpondit affirmativement.
     Et le ministre, m'adressant ensuite la parole :
     - Juliette, me dit-il, vous viendrez me voir demain, je vous expliquerai
ce que je n'ai fait qu'effleurer aujourd'hui. Noirceuil, en se remariant, ne
peut plus vous avoir chez lui ; mais les effets de mon crdit, les grces que
je vais rpandre sur vous, l'argent dont je vais vous couvrir, vous
ddommageront bien amplement du sort que vous faisait mon ami. Je suis trs
content de vous ; votre imagination est brillante, votre flegme entier dans le
crime, votre cul superbe, je vous crois froce et libertine : voil les vertus
qu'il me faut.
     - Monseigneur, rpondis-je, j'accepte avec reconnaissance tout ce qu'il
vous plat de m'offrir, mais je ne puis vous dissimuler que j'aime Noirceuil ;
je ne m'en sparerais qu'avec peine.
     - Nous ne cesserons point de nous voir, mon enfant, me rpondit l'ami de
Saint-Fond : gendre du ministre et son ami intime, nous passerons notre vie
ensemble.
     - Soit, rpondis-je,  ces conditions j'accepte tout.
     Les garons et les filles,  qui l'on fit entrevoir une mort sre dans le
cas de la moindre indiscrtion, jurrent un silence ternel ; Mme de Noirceuil
fut enterre dans le jardin, et l'on se spara.
     Une circonstance imprvue retarda le mariage de Noirceuil, ainsi que les
projets du ministre. Il ne me fut pas possible non plus de le voir le
lendemain : le roi, singulirement content de Saint-Fond, venait de lui donner
une marque sre de confiance en le chargeant d'un voyage secret pour lequel il
fut oblig de partir sur-le-champ, et au retour duquel il eut le cordon bleu
avec cent mille cus de pension.
     - Oh ! me dis-je en apprenant ces faveurs, comme il est vrai que le sort
rcompense le crime, et qu'il serait imbcile, celui qui, clair par de tels
exemples, ne parcourrait pas ardemment toute l'tendue de cette carrire !
     Cependant, d'aprs les lettres que Noirceuil reut du ministre, j'eus
l'ordre de me monter une maison splendide. Ayant reu l'argent ncessaire 
l'excution de ce projet, je louai tout de suite un magnifique htel, rue du
Faubourg-St-Honor ; j'achetai quatre chevaux, deux voitures charmantes ; je
pris trois laquais d'une taille haute, majestueuse, et d'une figure
enchanteresse, un cuisinier, deux aides, une femme de charge, une lectrice,
trois femmes de chambre, un coiffeur, deux filles en sous-ordre et deux
cochers ; des meubles dlicieux ornrent ma maison ; et le ministre tant de
retour, je fus me prsenter aussitt chez lui. Je venais d'atteindre ma
dix-septime anne, et je puis dire qu'il tait  Paris bien peu de femmes
plus jolies que moi ; j'tais mise comme la desse mme des amours ; il tait
impossible de runir plus d'art  plus de luxe ; cent mille francs n'eussent
pas pay les parures dont j'avais orn mes attraits, et je portais cent mille
cus de bijoux ou de diamants. Toutes les portes s'ouvrirent  mon aspect ; le
ministre m'attendait seul. Je dbutai par les flicitations les plus sincres
des grces qu'il venait d'obtenir, et lui demandai la permission de baiser les
marques de sa nouvelle dignit ; il y consentit, pourvu que je ne remplisse ce
soin qu' genoux : pntre de sa morgue et loin de la heurter, je fis ce
qu'il dsirait. C'est par des bassesses que le courtisan achte le droit
d'tre insolent avec les autres.
     - Vous me voyez, me dit-il, madame, au milieu de ma gloire ; le roi m'a
combl, et j'ose dire que j'ai mrit ses dons ; jamais mon crdit ne fut plus
assur, jamais ma fortune plus considrable. Si je fais refluer sur vous une
partie de ces grces, il est inutile de vous dire  quelles conditions. Aprs
ce que nous avons fait ensemble, je crois pouvoir tre sr de vous ; ma plus
entire confiance vous est acquise ; mais, avant que je n'entre dans aucun
dtail, jetez les yeux, madame, sur ces deux clefs : celle-ci est celle des
trsors qui vont vous couvrir, si je suis bien servi par vous ; celle-l est
celle de la Bastille : une ternelle prison vous y est prpare, si vous
manquez d'obissance ou de discrtion.
     - Entre de telles menaces et un pareil espoir, vous n'imaginez pas, sans
doute, que je balance, dis-je  Saint-Fond ; confiez-vous donc  votre plus
soumise esclave, et soyez parfaitement sr d'elle.
     - Deux soins bien importants vont tre remis dans vos mains, madame ;
asseyez-vous et coutez-moi.
     Et comme j'allais prendre un fauteuil par inadvertance, Saint-Fond me fit
signe de ne me placer que sur une chaise. Je me confondis en excuses, et voici
comment il me parla :
     - Le poste que j'occupe, et dans lequel je veux me soutenir longtemps,
m'oblige  sacrifier un nombre infini de victimes. Voici une cassette compose
de diffrente poisons ; vous les emploierez d'aprs les ordres que vous
recevrez de moi ;  ceux qui me desservent seront rservs les plus cruels ;
les prompts, pour ceux dont l'existence me nuit au point que je n'aie pas un
moment  perdre pour les enlever de ce monde ; ces derniers, que vous voyez
sous l'tiquette de poisons lents, seront pour ceux dont, par de puissantes
raisons de politique, je dois prolonger l'existence afin d'loigner de moi les
soupons. Toutes ces expditions, suivant l'existence des cas, se feront
tantt chez vous, tantt chez moi, quelquefois en province ou dans les pays
trangers.
     Passons maintenant  la seconde partie de vos soins celle-l, sans doute,
deviendra la plus pnible pour vous, mais en mme temps la plus lucrative.
Dou d'une imagination trs ardente, blas depuis longtemps sur les plaisirs
ordinaires, ayant reu de la nature un temprament de feu, des gots trs
cruels, et, de la fortune, tout ce qu'il faut pour satisfaire  ces furieuses
passions, je ferai chez vous, soit avec Noirceuil, soit avec quelques autres
amis, deux soupers libertins par semaine, dans lesquels il faut ncessairement
qu'il s'immole au moins trois victimes. En retranchant de l'anne le temps des
voyages o vous me suivrez seulement sans qu'il soit question de ces orgies,
vous voyez que cela fait environ deux cents filles, dont la recherche ne
regarde que vous ; mais il y a des clauses difficiles au choix de ces
victimes. Il faut d'abord, Juliette, que la plus laide soit au moins belle
comme vous ; il ne faut jamais qu'elles soient au-dessous de neuf ans, ni
au-dessus de seize ; il faut qu'elles soient vierges et de la meilleure
naissance, toutes titres ou, au moins, d'une grande richesse...
     - Oh ! monseigneur ! et vous immolerez tout cela ?
     - Assurment, madame, le meurtre est la plus douce de mes volupts ;
j'aime le sang avec fureur, c'est ma plus chre passion ; et il est dans mes
principes qu'il faut les satisfaire toutes,  quelque prix que ce puisse tre.
     - Monseigneur, dis-je, en voyant que Saint-Fond attendait ma rponse, ce
que je vous ai fait voir de mon caractre vous prouve, je crois, suffisamment
qu'il est impossible que je vous trahisse ; mon intrt et mes gots vous en
rpondent... Oui, monseigneur, j'ai reu de la nature les mmes passions que
vous... les mmes fantaisies, et celui qui se prte  tout cela par amour pour
la chose mme, sert assurment beaucoup mieux que celui qui n'obirait que par
complaisance : le lien de l'amiti, la ressemblance des gots, voici, soyez-en
bien sr, les nuds qui captivent le plus srement une femme telle que moi.
     - Oh ! pour celui de l'amiti, ne m'en parlez pas ! Juliette, reprit
vivement le ministre ; je n'ai pas plus de foi  ce sentiment-l qu' celui de
l'amour. Tout ce qui vient du cur est faux ; je ne crois qu'aux sens, moi, je
ne crois qu'aux habitudes charnelles... qu' l'gosme, qu' l'intrt... oui,
l'intrt sera toujours, de tous les liens, celui auquel je croirai le plus.
Je veux donc que le vtre se trouve infiniment flatt, prodigieusement caress
dans les arrangements que je vais prendre avec vous. Que le got vienne
ensuite cimenter l'intrt,  la bonne heure ; mais, les gots changeant avec
l'ge, il peut venir un temps o l'on ne soit mme plus men par eux, et on ne
cesse jamais de l'tre par l'intrt. Calculons donc votre petite fortune,
madame : Noirceuil vous fait dix mille livres de rente, je vous en ai donn
trois, vous en aviez douze : voil vingt-cinq ; et vingt-cinq, dont voici le
contrat, font cinquante ; parlons maintenant du casuel.
     J'allai me jeter aux pieds du ministre pour lui rendre grce de cette
nouvelle faveur ; il ne s'y opposa point, et, m'ayant fait signe de me
rasseoir :
     - Vous imaginez bien, Juliette, continua-t-il, que ce n'est pas avec un
aussi mince revenu que vous pouvez me donner  souper deux fois la semaine, ni
tenir la maison que je vous ai command de prendre : je vous donne donc un
million par an pour ces soupers ; mais souvenez-vous qu'ils doivent tre d'une
magnificence incroyable ; j'y veux toujours les mets les plus exquis, les vins
les plus rares, les gibiers et les fruits les plus extraordinaires ; il faut
que l'immensit accompagne la dlicatesse, et, fussions-nous mme tte  tte,
cinquante plats ne seraient pas suffisants. Les victimes vous seront payes
vingt mille francs pice, ce qui n'est pas trop,  cause des qualits que je
leur dsire. Vous aurez de plus trente mille francs de gratification par
chaque victime ministrielle immole par vos mains ; il y en a bien cinquante
par an : cet article s'lve donc  quinze cent mine francs, auxquels je joins
vingt mille francs par mois pour vos appointements. Autant que je puis voir,
madame, ceci vous met  la tte de six millions sept cent quatre-vingt-dix
mille francs ; nous ajouterons deux cent dix mille livres pour vos menus
plaisirs, afin de vous composer une somme ronde de sept millions par an, dont
cinquante mille francs passs par acte et qui ne peuvent vous fuir. tes-vous
contente, Juliette ?
     M'efforant ici de cacher ma joie, afin de servir encore mieux l'avarice
dont j'tais dvore, je reprsentai au ministre que les devoirs qu'il
m'imposait taient, pour le moins, aussi onreux qu'taient considrables les
sommes dont il m'accordait la disposition ; qu'avec l'envie de le bien servir,
je ne mnagerais rien, et que je voyais qu'il serait fort possible que les
dpenses normes que j'allais tre oblige de faire excdassent de beaucoup
les recettes ; qu'au surplus...
     - Non ; voil comme je veux qu'on me parle, me dit le ministre ; vous
m'avez montr de l'intrt, Juliette, c'est ce que je veux, je suis sr d'tre
bien servi, maintenant ; n'pargnez rien, madame. et vous recevrez dix
millions par an : aucun de ces supplments ne m'effraye ; je sais o les
prendre tous, sans toucher  mes revenus. Il serait bien fou, l'homme d'tat
qui ne ferait pas payer ses plaisirs  l'tat ; et que nous importe la misre
des peuples, pourvu que nos passions soient satisfaites ? Si je croyais que
l'or pt couler de leurs veines, je les ferais saigner tous les uns aprs les
autres, pour me gorger de leur substance[2].
     - Homme adorable, m'criai-je, vos principes me tournent la tte ; je
vous ai laiss voir de l'intrt, croyez donc au got, maintenant, et
persuadez-vous, je vous en conjure, que ce sera plutt mille fois par
idoltrie pour vos plaisirs, que par tout autre motif, que je les servirai
avec tant de zle.
     - Je le crois, dit Saint-Fond, je vous ai vue  l'preuve. Eh ! comment
n'aimeriez-vous pas mes passions ? Ce sont les plus dlicieuses qui puissent
natre au cur de l'homme. Et celui qui peut dire : Aucun prjug ne m'arrte,
je les ai tous vaincus ; et voici, d'un ct, le crdit qui lgitime toutes
mes actions et, de l'autre, les richesses ncessaires  les assaisonner de
tous les crimes ; celui-l, dis-je, n'en doutez pas, Juliette, est le plus
heureux de tous les tres... Ah ! ceci me fait souvenir, madame, du brevet
d'impunit que vous promit d'Albert, la dernire fois que nous soupmes
ensemble : le voil, mais c'est  moi que le chancelier vient de l'accorder ce
matin, et non point  d'Albert, qui, selon son usage, vous avait totalement
oublie.
     La manire dont toutes mes passions se trouvaient flattes, dans cette
multitude d'vnements heureux, me tenait dans une espce d'ivresse...
d'enchantement, d'o rsultait une sorte de stupidit qui m'tait jusqu'
l'usage de la parole. Saint-Fond me sortit de cet engourdissement en
m'attirant  lui...
     - Dans combien de temps commencerons-nous, Juliette ? me dit-il en
baisant ma bouche et passant une main sur mon derrire, dans lequel il enfona
sur-le-champ un doigt.
     - Monseigneur, lui dis-je, il me faut bien au moins trois semaines pour
prparer tous les diffrents services que Votre Grandeur exige de moi.
     - Je vous les accorde, Juliette ; c'est aujourd'hui le premier du mois :
je soupe chez vous le vingt-deux.
     - Monseigneur, poursuivis-je, en m'avouant vos gots, vous m'avez donn
quelques droits  vous confier les miens. Vous m'avez reconnu ceux du crime,
j'ai ceux du vol et de la vengeance ; je satisferai les premiers avec vous :
le brevet que vous venez de me donner m'assurant l'impunit du vol,
fournissez-moi les moyens de la vengeance.
     - Suivez-moi, rpondit Saint-Fond.
     Nous passmes chez un commis.
     - Monsieur, lui dit le ministre, examinez bien cette jeune femme ; je
vous ordonne de lui signer et dlivrer toutes les lettres de cachet qu'elle
vous demandera, n'importe pour quelle maison.
     Et repassant dans un cabinet o nous tions
     - Voil, poursuivit le ministre, un point accord ; la lettre que je vous
ai donne remplit l'autre. Tranchez, coupez, dchirez, je vous livre la France
entire ; et quel que soit le crime que vous commettiez, son tendue, sa
gravit, je vous rponds qu'il ne vous en arrivera jamais rien. Je vais plus
loin, et vous accorde, ainsi que je l'ai dit, trente mille francs de
gratification par chacun des crimes que vous commettrez pour votre compte.
     Je renonce  vous dire, mes amis, ce que toutes ces promesses, toutes ces
conventions me firent prouver. Oh, ciel ! me dis-je, avec le drglement
d'imagination que j'ai reu de la nature, me voil donc, d'un ct, assez
riche pour satisfaire  toutes mes fantaisies, de l'autre, assez de fortune
pour tre certaine de l'impunit de toutes. Non, il n'est point de jouissances
intrieures pareilles  celles-l ; aucune lubricit ne fait prouver  l'me
un chatouillement plus excessif.
     - Il faut sceller le march, madame, me dit alors le ministre. Voici
d'abord le pot-de-vin, continua-t-il, en me faisant prsent d'une cassette o
il y avait cinq mille louis en or, et pour le double de pierreries ou de
magnifiques bijoux ; n'oubliez pas de faire emporter cela avec la bote des
poisons.
     M'attirant alors dans un cabinet secret, o le faste le plus opulent se
joignait au got le plus recherch :
     - Ici, me dit Saint-Fond, vous ne serez plus qu'une putain ; hors de l,
l'une des plus grandes dames de France.
     - Partout, partout votre esclave, monseigneur ; partout votre admiratrice
et l'me de vos plus dlicats plaisirs.
     Je me dshabillai. Saint-Fond, ivre de plaisir d'avoir enfin une
excellente complice, fit des horreurs. Je vous ai dit ses gots, il les
raffina tous : s'il m'levait en sortant de chez lui, il me rabaissait
cruellement dans son intrieur ; c'tait bien, en volupt, l'homme le plus
sale... le plus despote... le plus cruel. Il me fit adorer son vit, son cul ;
il chia, je dus faire un dieu de son tron mme ; mais, par manie bien
extraordinaire, il me fit souiller ce dont il tirait ses plus puissants motifs
d'orgueil : il exigea que je chiasse sur son Saint-Esprit et me torcha le cul
avec son cordon bleu.
     A la surprise que je lui tmoignai de cette action :
     - Juliette, me rpondit-il, je veux te montrer par l que tous ces
chiffons, qui sont faits pour blouir les sots, n'en imposent point au
philosophe.
     - Et vous venez de me les faire baiser ?
     - Cela est vrai ; mais de mme que ces joujoux motivent mon orgueil, de
mme j'en mets tonnamment  les profaner : voil de ces bizarreries de tte
qui ne sont connues que de libertins comme moi.
     Saint-Fond bandait extraordinairement ; je dchargeai dans ses bras :
avec une imagination comme la mienne, il ne s'agit pas de ce qui rpugne, il
n'est question que de ce qui est irrgulier, et tout est bon quand il est
excessif. Je devinai le dsir extrme qu'il avait de me faire manger sa merde
: je le prvins ; je lui demandai la permission de le faire, il tait aux nues
; il dvora la mienne, en y joignant l'pisode de me gamahucher le cul 
chaque bouche. Il me montra le portrait de sa fille :  peine avait-elle
quatorze ans, et ressemblait  l'Amour mme. Je le priai de la runir  nous.
     - Elle n'est pas ici, me dit-il ; je ne vous aurais pas laisse former ce
dsir, si elle y et t.
     - Vous en avez donc joui, lui dis-je, avant que de la donner  Noirceuil ?
     - Assurment, me rpondit-il ; j'en serais bien fch d'avoir laiss
prendre  d'autres d'aussi dlicieuses prmices.
     - Et vous ne l'aimez donc plus ?
     - Je n'aime rien, moi, Juliette : nous n'aimons rien, nous autres
libertins. Cette enfant m'a fait beaucoup bander ; elle ne m'excite plus 
prsent, parce que j'en ai trop fait avec elle ; je la donne  Noirceuil,
qu'elle chauffe beaucoup ; tout cela est affaire de convenance.
     - Mais quand Noirceuil en sera las ?
     - Eh bien ! tu connais le sort des femmes ; je lui aiderai,
vraisemblablement ; tout cela est bon, tout cela est bien fort ; c'est ce que
j'aime...
     Et il bandait extraordinairement.
     - Monseigneur, lui dis-je, il me semble que si j'tais en place, il y
aurait de certains moments o j'aimerais beaucoup  abuser de mon autorit.
     - En bandant, n'est-ce pas
     - Oui.
     - Je le pense.
     - Oh ! monseigneur, sacrifions quelques innocents, cette ide me tourne
la tte.
     Je le branlais, l'un de mes doigts chatouillait le trou de son cul.
     - Tenez, me dit-il en sortant un papier de son portefeuille, je n'ai qu'
signer cela, et je fais mourir demain une trs jolie personne que sa famille
vient de faire enfermer par mon organe, uniquement parce qu'elle aime les
femmes. Je l'ai vue, elle est charmante ; je m'en suis amus l'autre jour :
depuis ce moment-l j'ai si peur qu'elle ne parle, que je n'ai pas exist un
instant sans le dsir de m'en dbarrasser.
     - Elle jasera, monseigneur, elle jasera, soyez-en bien sr ; votre sret
dpend de la mort de cette fille... Signez au plus tt, je vous en conjure.
     Et prenant le papier, je l'appuyai sur mes fesses, en le suppliant de le
signer l. Il le fit.
     - Je veux porter l'ordre moi-mme, lui dis-je.
     - J'y consens, me rpondit Saint-Fond... Allons, Juliette, il faut que je
dcharge : ne vous alarmez pas du personnage qui devient ncessaire au
dnoment de cette crise.
     Et comme il sonna, un jeune homme assez joli parut dans l'instant.
     - Mettez-vous  genoux, Juliette ; il faut que cet homme vous donne trois
coups de canne sur les paules, dont la marque reste quelques jours ;
qu'ensuite il vous tienne pendant que je vous enculerai.
     Et le jeune homme, se dculottant lui-mme, fit aussitt baiser son
derrire au ministre, qui le lcha complaisamment. J'obissais pendant ce
temps-l, et j'tais  genoux ; le jeune homme se sert de sa canne et
m'applique trois coups si serrs sur les paules que j'en fus marque quinze
jours. Saint-Fond, bien en face de moi, m'observait, pendant cette crise, avec
une curiosit lubrique ; il vint examiner les meurtrissures ; il se plaignit
de leur faiblesse, et ordonna au jeune homme de me tenir ; il m'encule tout en
baisant les fesses de celui qui facilitait son opration.
     - Ah ! foutre ! s'cria-t-il en dchargeant, ah ! sacredieu, la putain
est marque !
     L'homme se retira. Ce ne fut que longtemps aprs qu'un vnement, dont
nous parlerons, jeta quelque jour sur celui-ci. Le ministre me raccompagna,
et, reprenant avec moi, ds que nous fmes bon de ce cabinet, l'air de
considration qu'il avait eu avant que d'y entrer :
     - Faites emporter ces cassettes, madame, me dit-il, et souvenez-vous que
notre arrangement commence dans trois semaines. Allons, Juliette, libertinage,
crime, discrtion, et vous serez heureuse. Adieu.
     Mon premier soin fut d'examiner l'ordre dont j'tais porteuse. Dieu !
quel fut mon tonnement quand je vis qu'on enjoignait  la suprieure du
couvent de force dont il s'agissait, d'empoisonner secrtement, qui ?...
Saint-Elme, cette charmante novice de Panthemont que j'avais adore pendant
mon sjour dans ce couvent. Une autre que moi et dchir ce monument de
sclratesse ; mais j'avais fait trop de chemin dans la carrire du crime pour
reculer : rien ne m'arrte, je n'ai pas mme le mrite de balancer. Je remets
l'ordre  la suprieure de Sainte-Plagie, o Saint-Elme gmissait depuis
trois mois ; je demande  voir la coupable, je la questionne, elle m'avoue que
le ministre a mis sa libert au prix de sa complaisance, et qu'elle a fait
avec lui tout ce que l'on peut faire. Aucune des salets o se livrait ce
monstre de luxure n'avait t pargne : bouche, cul... con, l'infme avait
tout souill, et ce qui la consolait de ces sacrifices tait l'espoir de sa
libert.
     - Je l'apporte, dis-je  Saint-Elme en l'embrassant.
     Elle me remercie, me rend mes baisers au double... Mon con se mouille en
la trahissant... Le lendemain elle tait morte.
     Allons, me dis-je, ds que je sus l'effet de ma sclratesse, je suis
faite pour aller au grand, je le vois ; et travaillant avec promptitude aux
prparatifs des projets de Saint-Fond, en trois semaines, ainsi que j'en avais
pris l'engagement, je fus en tat de lui donner son premier souper.
     Six excellentes appareilleuses, que j'avais  mes gages, m'avaient
procur, pour mon dbut, trois jeunes surs, enleves dans un couvent de
Meaux, de douze, treize et quatorze ans, et de la plus cleste figure qu'il
ft possible de voir.
     Le ministre vint le premier jour avec un homme de soixante ans. En
arrivant, il s'enferma quelques minutes avec moi, visita mes paules, et parut
mcontent de n'y plus trouver les marques qu'il m'y avait fait imprimer la
dernire fois que nous nous tions vus. A peine me toucha-t-il ; mais il me
recommanda le plus grand respect et la plus profonde soumission pour l'homme
qu'il amenait, lequel tait un des plus grands princes de la cour ; cet homme
le remplaa aussitt dans le cabinet o m'avait fait passer Saint-Fond.
Prvenue par mon amant, je lui fis voir mes fesses ds qu'il entra. Il
s'approcha, une lunette  la main.
     - Si vous ne ptez pas, me dit-il, vous tes mordue.
     Et comme je ne le satisfis pas aussi tt qu'il le dsirait, ses dents
s'imprgnrent dans ma fesse gauche et y laissrent des traces profondes. Il
se montre  moi par-devant, et m'offrant un visage svre et disgracieux :
     - Mettez votre langue dans ma bouche, me dit-il ; et ds qu'elle y fut :
Si vous ne rotez pas, poursuivit-il, vous tes mordue.
     Mais, voyant que je ne pouvais obir, je me retirai assez vite pour
viter le pige. Le vieux coquin entre en fureur, il saisit une poigne de
verges et m'trille pendant un quart d'heure. Il s'arrte et se remontrant 
moi :
     - Vous voyez, me dit-il, le peu d'effet que les choses mme que j'aime le
mieux produisent maintenant sur mes sens ; regardez ce vit mollasse, rien ne
le fait guinder : il faudrait pour cela que je vous fisse beaucoup de mal.
     - Et cela est inutile, mon prince, lui dis-je, puisque vous allez trouver
tout  l'heure trois objets dlicieux que vous pourrez tourmenter  votre
guise.
     - Oui... mais vous tes belle... votre cul (il le maniait toujours) me
plat infiniment ; je voudrais bander pour lui.
     Il se dbarrasse, en disant cela, de ses habits, et pose sur la chemine
une montre  rptition enrichie de diamants, un tui, une tabatire d'or, sa
bourse garnie de deux cents louis et deux bagues superbes.
     - Essayons, dit-il,  prsent ; tenez, voil mon cul, il faut le pincer
et le mordre excessivement fort, en me branlant de toute l'lasticit de votre
poignet. Bon, dit-il, ds qu'il s'aperut d'un peu de changement dans son tat
; couchez-vous maintenant  plat ventre sur ce canap et laissez-moi vous
piquer les fesses avec cette aiguille d'or.
     Je me prte ; mais poussant un cri furieux, et ayant l'air de m'vanouir
 la seconde blessure, le malheureux tout tourdi, et craignant de dplaire au
ministre en molestant un peu trop sa matresse, sort  l'instant pour me
calmer. Je jette ses habits dans une autre pice, saute sur les effets
prcieux, les mets dans ma poche et me hte de rejoindre Saint-Fond, qui me
demande la cause d'un retour si leste.
     - Ce n'est rien, lui dis-je ; mais ma promptitude  rapporter les habits
de monsieur est cause que mon boudoir s'est ferm, la clef en dedans : ce sont
des serrures anglaises que personne ne peut ouvrir ; monsieur ayant tout ce
qu'il lui faut, nous pouvons remettre  un autre temps l'entrevue qu'il dsire.
     Et j'entrane mes deux convives au jardin, o tout tait prpar pour les
recevoir ; le prince oublie ses effets, revt l'habit que je lui prsente et
ne pense plus qu' de nouveaux plaisirs.
     Il faisait une soire dlicieuse ; nous tions sous un bosquet de lilas
et de roses, magiquement clair, assis tous trois dans des trnes soutenus
par des nuages, desquels s'exhalaient les parfums les plus dlicieux ; le
centre tait occup par une montagne des fleurs les plus rares, parmi
lesquelles taient les jattes du Japon et les couverts d'or qui devaient nous
servir. A peine fmes-nous placs que le haut du bosquet s'ouvrit, et nous
vmes aussitt paratre, sur un nuage de feu, les Furies, tenant enchanes
avec leurs serpents les trois victimes qui devaient s'immoler  ce repas.
Elles descendirent du nuage, attachrent chacune celle qui lui tait confie 
des arbustes prs de nous, et se prparrent  nous tre utiles. Ce repas sans
ordre ne devait tre servi qu' la volont des convives ; on demandait ce qui
passait par la tte, les Furies le servaient sur-le-champ. Plus de
quatre-vingts plats de diffrentes espces sont demands sans qu'il en soit
refus un seul ; dix espces de vins sont servies, tout coule, tout se fournit
avec profusion.
     - Voil un repas dlicieux, dit mon amant. J'espre, mon prince, que vous
tes satisfait du dbut de ma directrice.
     - Enchant, dit le sexagnaire, dont l'abondance des mets et des liqueurs
spiritueuses avait tellement troubl la tte, qu'il ne pouvait presque plus
parler. En vrit, Saint-Fond, votre Juliette est divine... mais c'est qu'elle
a le plus beau cul !
     - Oublions-le un moment, dit Saint-Fond, pour nous occuper de ceux de ces
Furies ; savez-vous que je les crois superbes ?
     Et, sur le simple aperu d'un dsir, ces trois desses, reprsentes par
trois des plus belles filles qu'avaient pu me trouver dans Paris les
appareilleuses que j'avais employes, exposent  l'instant leurs fesses aux
deux libertins, qui les baisent, les lchent, les mordent  plaisir.
     - Oh ! Saint-Fond, dit le prince, faisons-nous fouetter par ces Furies.
     - Avec des branches de rose, dit Saint-Fond.
     Et voil les culs de nos paillards  l'air, cruellement fouette, et par
des faisceaux de fleurs, et par les serpenta de ces harpies.
     - Que ces carts sont lubriques ! dit Saint-Fond en se rasseyant et
montrant son vit tout en l'air ; bandez-vous, mon prince !
     - Non, rpond le malheureux perclus, rien de tout cela n'est assez fort
pour moi : du moment que je suis en dbauche, je voudrais que les atrocits
m'environnassent sans cesse ; je voudrais que tout ce qui est sacr chez les
hommes ft  l'instant troubl par moi... que leurs liens les plus svres
fussent briss par mes mains perfides.
     - Vous n'aimez pas les hommes, n'est-ce pas, mon prince ?
     - Je les abhorre.
     - Il n'est pas d'instant dans la journe, reprit Saint-Fond, o je n'aie
de leur nuire le dessein le plus vhment : il n'est pas en effet une race
plus pouvantable. Est-il puissant, cet homme dangereux ? le tigre des forts
ne l'gale pas en mchancet. Est-il malheureux ? que de bassesses, comme il
est vil alors, comme il est dgotant ! Oh ! qu'il m'arrive souvent de rougir
d'tre n parmi de tels tres ! Ce qui me plat, c'est que la nature les
abhorre tout autant que moi, car elle les dtruit journellement ; je voudrais
avoir autant de moyens qu'elle de les anantir sur la terre.
     - Mais vous, vous, respectables tres, interrompis-je ici, croyez-vous
rellement que vous soyez des hommes ? Eh ! non, non ! quand on leur ressemble
aussi peu, quand on les domine avec autant d'empire, il est impossible d'tre
de leur race.
     - Elle a raison, dit Saint-Fond ; oui, nous sommes des dieux : ne nous
suffit-il pas comme eux de former des dsirs pour qu'ils soient aussitt
satisfaits ? Ah ! qui doute que, parmi les hommes, il n'y ait une classe assez
suprieure  la plus faible espce, pour tre ce que les potes nommaient
autrefois des divinits !
     - Pour moi, je ne suis pas Hercule, je le sens, dit le prince, mais je
voudrais tre Pluton ; je voudrais tre charg du soin de dchirer les mortels
aux enfers.
     - Et moi, dit Saint-Fond, je voudrais tre la bote de Pandore, afin que
tous les maux sortis de mon sein les dtruisissent tous individuellement.
     Ici, quelques gmissements se firent entendre ; ils manaient des trois
victimes enchanes.
     - Qu'on les dlie, dit Saint-Fond, et qu'elles se fassent voir  nous.
     Les Furies les dtachent et les prsentent aux deux convives ; et comme
il tait impossible de runir plus de grces et plus de beauts, je vous
laisse  penser comme elles furent bientt couvertes de luxure.
     - Juliette, me dit le ministre transport, vous tes une charmante
crature ; on peut dire avec raison que vos essais sont des coups de matre ;
allons nous perdre sous ces bosquets, allons nous livrer, dans l'ombre et le
silence,  tout ce que l'garement de nos ttes pourra nous dicter... As-tu
fait creuser quelques fosses ?
     - Presque au pied de tous les endroits qui peuvent offrir des siges 
vos impurets.
     - Bon ; et point de lumires dans les alles ?
     - Aucune ; l'obscurit convient au crime et vous en jouirez dans toute
son horreur ; allons, prince, garons-nous dans ces labyrinthes, et que l
rien n'arrte l'imptuosit de nos emportements.
     Nous partmes d'abord tous ensemble, les deux libertins, les trois
victimes et moi. A l'entre d'une route de charmille, Saint-Fond dit qu'il ne
pouvait aller plus loin sans foutre ; et saisissant la plus jeune des filles,
en moins de dix minutes le vilain fit sauter les deux pucelages ; j'excitais,
pendant ce temps-l, le vieux prince que rien ne pouvait faire bander.
     - Vous ne foutrez donc pas ? lui dit Saint-Fond en s'emparant de la
seconde fille.
     - Non, non, dpucelez, dit le vieux paillard, je me contenterai de
vexations ; donnez-les moi  mesure qu'elles sortent de vos mains.
     Et ds qu'il tient la plus jeune de ces petites filles, il la tourmente
de la plus cruelle manire, pendant que je le suce de toutes mes forces.
Cependant Saint-Fond dflorait toujours, et, ayant mis la seconde dans le mme
tat que la premire, en la rendant au prince, il saisit celle de quatorze ans.
     - Que j'aime  foutre ainsi dans l'obscurit ! disait-il, les voiles de
la nuit sont les aiguillons du crime, on ne les commet jamais aussi bien que
dans l'ombre !
     Saint-Fond, qui n'avait point encore dcharg, le fit dans le cul de
l'ane de ces filles, et demandant aussitt au prince laquelle il voulait
immoler, sur la cession que celui-ci fit de celle qui venait de faire
dcharger Saint-Fond, le vieux paillard, muni de tous les instruments
ncessaires aux supplices qu'il mditait, s'gara, tenant ses deux victimes,
et je suivis mon amant avec celle qui devait recevoir la mort de ses mains.
Ds que nous fmes  peu prs seuls, je lui dclarai le vol que j'avais fait ;
il en rit beaucoup avec moi et m'assura que, comme pour se mettre en train, le
prince, suivant son usage, avait t au bordel avant de venir au souper, il
n'y avait rien de plus ais que de lui faire croire qu'il avait tout perdu
dans ce lieu.
     - tes-vous donc des amis de cet homme ? dis-je  Saint-Fond.
     - Je ne suis l'ami de personne, me rpondit le ministre ; je mnage cet
original par politique : il ne laisse pas que de contribuer  ma fortune, il
est fort bien avec le roi ; mais qu'il soit disgraci demain, je deviendrai le
plus ardent de ceux qui l'craseront. Il a devin mes gots, je ne sais
comment ; il a voulu les partager, j'y ai consenti, voil tous nos liens.
Est-ce que vous ne l'aimez pas, Juliette ?
     - Je ne puis le souffrir.
     - Ma foi, sans les raisons de politique dont je viens de vous faire part,
je vous le livrerais ; mais je le perdrai si vous voulez : vous me plaisez au
point, madame, qu'il n'est rien que je ne fasse pour vous.
     - Ne dites-vous pas que vous lui avez des obligations ?
     - Quelques-unes.
     - Eh bien, comment, d'aprs vos principes, pouvez-vous l'envisager un
instant ?
     - Laissez-moi faire, Juliette, j'arrangerai tout cela.
     Et, en mme temps, Saint-Fond me renouvela tous ses loges sur la manire
dont j'avais conduit cette fte.
     - Tu es, me dit-il, remplie de got et d'esprit, et plus je te connais,
plus je sens la ncessit de t'attacher  moi.
     C'tait la premire fois qu'il me tutoyait ; il me fit sentir cette
faveur en m'accordant en mme temps celle d'en user de mme avec lui.
     - Je te servirai toute ma vie, si tu le veux, Saint-Fond, rpondis-je ;
je connais tes gots, je les satisferai, et, si tu dsires m'attacher encore
davantage, tu contenteras de mme les miens.
     - Baise-moi, ange cleste ! cent mille cus te seront compts demain
matin : tu vois si je te devine !
     Nous en tions l, lorsqu'une vieille pauvresse nous aborde pour nous
demander l'aumne.
     - Comment se fait-il, dit Saint-Fond surpris, qu'on ait laiss entrer
cette femme ?
     Et le ministre, me voyant sourire, entendit aussitt la plaisanterie...
     - Ah ! friponne, me dit-il, c'est dlicieux ! Eh bien, que voulez-vous ?
continua-t-il en approchant cette vieille.
     - Hlas ! quelques charits, monseigneur, rpondit l'infortune. Venez,
venez voir ma misre.
     Et prenant la main du ministre, elle le conduisit dans une mauvaise
petite baraque, claire d'une lampe qui pendait au plafond, et dans laquelle
deux enfants, l'un mle, l'autre femelle, et de huit  dix ans au plus,
reposaient nus sur un peu de paille.
     - Vous voyez cette triste famille, nous dit la pauvresse ; il y a trois
jours que je n'ai un morceau de pain  leur donner ; daignez, vous que l'on
dit si riche, me mettre  mme de soutenir leur triste vie. Oh ! monseigneur,
qui que vous soyez, connaissez-vous M. de Saint-Fond ?
     - Oui, rpondit le ministre.
     - Eh bien ! vous voyez son ouvrage : il a fait enfermer mon mari ; il
nous a pris le peu de bien dont nous jouissions ; tel est l'tat cruel o il
nous a rduite depuis plus d'un an...
     Et voil, mes amis, le grand mrite que j'avais  cette scne ; c'est que
tout en tait exactement vrai : j'avais dcouvert ces tristes victimes de
l'injustice et de la rapacit de Saint-Fond, et je les lui offrais rellement,
pour rveiller sa mchancet.
     - Ah, gueuse ! s'cria le ministre en fixant cette femme, oui, oui, je le
connais, et tu dois bien me connatre aussi... Oh ! Juliette, vous tenez, par
cette adroite scne, mon me dans un tat !... Eh bien, qu'avez-vous  me
reprocher ? J'ai fait enfermer votre poux innocent, cela est vrai ; j'ai
mieux fait encore, car il n'existe plus... Vous m'avez chapp, je voulais
vous traiter de mme.
     - Quel mal avons-nous commis ?
     - Celui d'avoir un bien,  ma porte, que vous ne vouliez pas me vendre ;
en vous accablant, je l'ai eu... Vous mourez de faim, que cela me fait-il ?
     - Et ces malheureux enfants ?
     - Il y en a dix millions de trop en France : c'est rendre service  la
socit que d'laguer tout cela ; et les retournant avec son pied : La belle
graine  recueillir !
     Le sclrat, alors, que tout cela faisait extraordinairement bander,
saisit le petit garon et l'encule ; puis, s'emparant de la petite fille, il
la traite de la mme manire.
     - Vieille garce ! dit-il alors, montre-moi tes fesses rides, j'ai besoin
de les voir pour dterminer une dcharge.
     La vieille pleure et rsiste ; j'aide les projets de Saint-Fond. Aprs
avoir accabl d'outrages ce malheureux cul, le libertin l'enfile, ayant sous
ses pieds les deux enfants, qu'il crase en dchargeant dans le cul de leur
mre, dont il brle la cervelle au moment de sa crise. Et nous quittons cet
infortun rduit, toujours avec la petite victime de quatorze ans, dont il
avait bais les fesses pendant l'opration.
     - Eh bien ! monseigneur, lui dis-je en sortant de l, vous allez 
prsent jouir du bien de cette famille en toute sret, et vous ne le pouviez
point. Ces gens-l avaient trouv des appuis, ils allaient faire du tapage ;
je sais bien que vous vous en seriez moqu, mais cela et toujours t
dsagrable ; je les ai dcouverte, je les ai tromps : vous en voil dfait.
     Et, ici, Saint-Fond, en me baisant, tait dans une ivresse inconcevable.
     - Ah ! comme le crime est doux et comme ses suites sont voluptueuses !...
Juliette, tu ne saurais croire en quel tat tient tous mes sens la divine
action que tu viens de me faire commettre... Mon ange, mon unique dieu,
dis-moi donc ce que tu veux que je fasse pour toi.
     - Je sais qu'on vous plat en laissant parler le dsir d'avoir de
l'argent : vous augmenterez de quelque chose la somme promise.
     - N'tait-elle pas de cent mille cus ?
     - Oui.
     -  Juliette, je t'en promets le double ! Mais qu'est ceci ?... dit le
ministre effray de deux hommes qui s'avanaient  nous le pistolet  la main
; je frmis ; personne n'est plus poltron que moi... Messieurs, que
voulez-vous ?
     - Tu vas le voir, rpond un de ces hommes en saisissant Saint-Fond et
l'attachant au pied d'un arbre, ses culottes rabaisses sur ses talons.
     - Mais que prtendez-vous ?
     - T'apprendre, dit l'autre homme arm d'une poigne de verges dont il
caresse dj le fessier ministriel, oui, sclrat, t'apprendre  traiter,
comme tu viens de le faire, les pauvres habitants de la masure que tu quittes.
     Et quand celui-ci a donn trois ou quatre cents coups, qui n'ont servi
qu' reguinder la machine nerve de Saint-Fond, l'autre approche et
perfectionne son extase en l'enculant d'un vit norme. Ds qu'il a foutu, il
fouette ; et ds qu'il a fouett, le premier flagellateur encule. Saint-Fond,
pendant ce temps-l, manie les fesses de la jeune fille  droite et les
miennes  gauche ; on le dtache, les hommes disparaissent et nous errons de
nouveau dans les tnbres.
     -  Juliette, je ne cesserai de te le dire, tu es divine !... Mais
sais-tu que j'ai eu bien peur ? Il est dlicieux de donner  ses nerfs cette
premire commotion avant que de leur imprimer celle de la volupt : voil de
ces gradations que les sots ignorent et qui ne devraient tre connues que de
gens tels que nous.
     - La peur agit donc fortement sur toi ? dis-je  Saint-Fond.
     - Oh, prodigieusement, ma chre ! Je suis le plus jean-foutre de tous les
tres, et je l'avoue sans la plus petite honte. La peur n'est que l'art de se
conserver, et cette science est la plus ncessaire  l'homme : il est absurde
d'attacher de l'honneur  ne pas craindre les dangers ; je place le mien  les
redouter tous.
     - Ah, Saint-Fond ! si la peur fait un tel effet sur tes sens, juge de
l'tat o tu mets les malheureuses victimes de tes passions !
     - Eh ! c'est ce qui m'en plat, dit le ministre ; j'aime  leur faire
prouver l'espce de chose qui trouble et bouleverse le plus cruellement mon
existence... Mais o sommes-nous ici ?... Ton jardin est d'une grandeur norme.
     - Nous voil, dis-je, au bord d'une de ces fosses prpares pour les
victimes...
     - Ah ! ah ! dit Saint-Fond en ttant avec la main ; il faut que le prince
ait immol une des siennes ici : je sens un cadavre.
     - Retirons-le, dis-je, voyons qui c'est... Elle n'est pas morte ; c'est
la plus jeune des trois surs : elle ne parat tre qu'touffe, et le
sclrat l'enterrait toute vive ; il faut la rappeler  la vie, tu auras le
plaisir d'en tuer deux.
     Effectivement, aprs quelques secours, cette malheureuse revint  elle,
mais il lui fut impossible de nous dire ce que le prince lui faisait quand
elle avait perdu connaissance. Les deux surs s'embrassent en pleurant, et le
barbare Saint-Fond leur dclare qu'il va les tuer toutes deux. Il y procde en
effet ; mais ayant beaucoup d'autres aventures semblables  vous raconter,
j'aime mieux jeter un voile sur celle-ci que de risquer la monotonie. Le
monstre avait dcharg dans le cul de la plus jeune de ces malheureuses, en
procdant  son dernier supplice ; nous jetmes un peu de terre sur le trou,
et nous poursuivmes.
     - Oh ! quelle action voluptueuse que celle de la destruction ! me dit cet
insigne libertin ; je n'en connais pas qui chatouille plus dlicieusement ; il
n'est pas d'extase semblable  celle que l'on gote en se livrant  cette
divine infamie : si tous les hommes connaissaient ce plaisir, la terre se
dpeuplerait en dix ans. Chre Juliette, j'ai bien reconnu, dans ce que nous
venons de faire, que tu aimes le crime autant que moi !
     Et je convainquis Saint-Fond qu'il m'irritait peut-tre encore plus que
lui. En disant ces mots, nous apermes dans le bois, au clair de la lune qui
se levait, une espce de petit couvent.
     - Qu'est-ce encore que ceci ? dit Saint-Fond, prtends-tu donc me noyer
de volupts ?
     - En vrit, dis-je, j'ignore o nous sommes ; frappons.
     Une vieille religieuse se prsente.
     - Ma trs chre mre, lui dis-je, pouvez-vous donner l'hospitalit  deux
voyageurs qui s'garent ?
     - Entrez, dit la bonne dame ; quoique ceci soit un couvent de
religieuses, la vertu que vous implorez n'est point trangre  nos curs, et
nous la pratiquons aussi volontiers avec vous que nous venons de le faire
envers un vieux seigneur de la cour qui nous a demand la mme chose ; il est
avec nos dames, qui viennent de se lever pour matines.
     Nous comprmes,  ces mots, que le prince tait l : nous le joignons.
Une autre religieuse et six pensionnaires de douze  seize ans l'entouraient.
Le vieux coquin, tout couvert du sang de sa dernire victime, commenait dj
 perdre le respect.
     - Monsieur, dit  Saint-Fond celle des religieuses que nous trouvmes en
haut, opposez-vous aux tentatives de cet ingrat. Ce n'est que par des insultes
qu'il prtend reconnatre l'hospitalit que nous lui accordons.
     - Madame, dit le ministre, mon ami, qui n'est gure plus moral que moi,
en dtestant la vertu comme je le fais, n'aime  lui accorder aucune
rcompense ; vos pensionnaires me paraissent extrmement jolies, et, ou nous
mettrons le feu  votre couvent, ou, sacredieu ! nous les violerons toutes six.
     Et Saint-Fond, saisissant aussitt la plus petite, en accablant de coups
de poing les deux religieuses qui veulent la dfendre, la viole  nos yeux,
par-devant. Que vous dirais-je, mes amis ? les cinq autres eurent bientt le
mme sort,  la diffrence que Saint-Fond, craignant de voir faiblir son
outil, laissa les cons pour ne perforer que les culs. A mesure qu'elles
sortaient de ses mains, le prince s'en emparait et les fustigeait jusqu'au
sang, entremlant toujours cette opration de baisers sur mes fesses, qu'il
adorait, disait-il, par-dessus tout. Saint-Fond, matre de lui, n'avait pas
dcharg ; il s'empare des deux religieuses, dont l'une avait plus de soixante
ans, s'enferme avec elles dans une cellule voisine, et rentre seul au bout
d'une demi-heure.
     - Qu'as-tu donc fait de ces dugnes, mon ami ? dis-je au ministre, en le
voyant revenir trs mu.
     - Pour rester les matres de la maison, nous dit-il, il fallait bien se
dbarrasser de ces gardiennes ; j'ai commenc par m'en amuser dans cette
cellule : j'aime infiniment les vieux culs ; puis, ayant dcouvert un escalier
qui conduisait auprs d'un puits, je les y ai jetes pour s'y rafrachir.
     - Et ces poulettes, qu'en allons-nous faire ? J'espre que nous ne les
laisserons pas en vie, dit le prince...
     De nouvelles horreurs se commirent, que je laisse encore sous le voile ;
mais le couvent fut dvast.
     Les deux libertins, ayant compltement dcharg dans cette scne et
voyant le jour prs de paratre, dsirrent enfin se retirer. Un djeuner
somptueux, servi par trois femmes nues, nous attendait dans mes cabinets
secrets ; le besoin que nous en avions nous y fit faire le plus grand honneur.
Le prince voulut, avec la permission de mon amant, passer quelques heures au
lit avec moi ; et Saint-Fond, au milieu de deux de mes laquais, se fit foutre
le reste de la nuit.
     Les tentatives du vieux seigneur ne firent pas courir de grands risques 
ma pudeur ; aprs des peines infinies, il parvint  s'introduire un moment au
trou de mon cul ; mais la nature trompant son espoir, l'outil plia ; le
vilain, qui n'eut mme pas la force de dcharger, parce qu'il avait,
disait-il, deux fois perdu du foutre dans toute la partie, s'endormit le nez
dans mon derrire.
     Ds que nous fmes levs, Saint-Fond, toujours plus enchant de moi que
jamais, me donna un bon de huit cent mille francs,  prendre sur-le-champ au
trsor royal, et il emmena son ami.
     L'histoire de cette premire partie fut  peu prs celle de toutes les
autres, aux pisodes prs, que ma fertile imagination avait soin de varier
sans cesse. Noirceuil se trouvait presque  toutes, mais je n'y avais point
encore vu d'trangers que le prince.
     Il y avait trois mois que je conduisais cette barque immense avec tout le
succs possible, lorsque Saint-Fond m'annona que j'avais, pour le lendemain,
un crime ministriel  commettre. Cruels effets de la plus barbare politique !
 mes amis, devineriez-vous quelle tait cette victime ? le pre mme de
Saint-Fond, vieillard de soixante-six ans, respectable sous tous les rapports
: il le barrait dans ses travers, craignant qu'ils ne le perdissent ; il le
desservait mme  la cour, afin de le contraindre  laisser l le ministre,
croyant, avec bien de la raison, qu'il serait plus avantageux pour ce fils
sclrat de quitter lui-mme, que d'tre renvoy. Cette conduite dplut 
Saint-Fond, qui, d'ailleurs, gagnait trois cent mille livres de rente  cette
mort, et l'arrt parricide fut bientt prononc. Noirceuil vint m'expliquer ce
dont il s'agissait, et, comme il remarqua que ce grand crime m'effarouchait un
peu, voici par quel discours il tcha d'en faire disparatre l'atrocit qu'y
supposait imbcilement ma faiblesse.
     - Le mal que vous croyez faire en tuant un homme, et celui dont vous
croyez l'aggraver, lorsqu'il s'agit d'un parricide, voil, il me semble, ma
chre, ce que je dois combattre  vos yeux. Je n'examinerai point la question
sous le premier rapport : vous tes au-dessus des prjugs qui supposent du
crime  la destruction de son semblable[3]. Cet homicide est simple pour vous,
puisqu'il n'existe aucun lien entre votre existence et celle de la victime :
il n'est compliqu que pour mon ami ; vous redoutez le parricide dont il veut
se souiller : ce n'est donc que sous ce point de vue que je vais envisager
l'action propose.
     Le parricide est-il un crime ou non ?
     Assurment, s'il est au monde une action que je crois lgitime, c'est
celle-l ; et quel rapport, je vous prie, peut-il exister entre celui qui m'a
mis au monde et moi ? Comment voulez-vous que je me croie li par quelque
sorte de reconnaissance envers un homme parce qu'il lui a pris fantaisie de
dcharger dans le con de ma mre ? Rien n'est risible comme cet imbcile
prjug. Mais si je ne le connaissais pas, ce pre, s'il m'avait mis au monde
sans que je m'en doutasse, la voix de la nature me l'indiquerait-elle ? ne
serais-je pas aussi froid avec lui qu'avec les autres hommes ? Si ce fait est
sr, et je crois que l'on n'en peut douter, le parricide n'ajoute rien au mal
suppos  l'homicide. Si je tuais l'homme qui m'aurait donn le jour, sans le
connatre, je n'aurais srement aucun remords de l'avoir tu comme pre : ce
n'est donc que parce qu'on me dit qu'il m'appartient que je m'arrte ou que je
me repens ; or, je vous prie de me dire de quel poids l'opinion peut tre pour
aggraver un crime, et s'il est possible qu'elle en change la nature. Quoi ! je
puis tuer sans remords mon pre si je ne le connais pas, et je ne puis si je
le connais ? de manire qu'on n'a qu' me persuader qu'un individu que je
viendrais de tuer est mon pre, quoiqu'il ne le soit pas : voil des remords
appliqus  une fausse notion. Or, s'ils existent, quoique la chose ne soit
pas, ils ne sauraient lgitimement exister quand elle est. Si vous pouvez me
tromper sur cela, mon crime est une chimre ; si la nature ne m'indique pas,
d'elle-mme, l'auteur de mes jours, c'est qu'elle ne veut pas que j'prouve
d'autre tendresse pour lui que celle que m'inspire un tre indiffrent. Si le
remords peut tre appliqu d'aprs votre opinion, et que votre opinion puisse
me tromper, le remords est nul ; je suis un fou de le concevoir. Les animaux
connaissent-ils leur pre, le souponnent-ils seulement ? Motivez-vous ma
reconnaissance filiale sur les soins que ce pre a pris de mon enfance ? Autre
erreur. Il a cd, en les prenant, aux usages de son pays,  son orgueil,  un
sentiment que lui, comme pre, peut avoir eu pour son ouvrage, mais que je
n'ai nul besoin, moi, de concevoir pour l'ouvrier ; car cet ouvrier,
uniquement occup de son plaisir, n'a nullement pens  moi lorsqu'il lui a
plu de procder, avec ma mre,  l'acte de la progniture : il ne s'occupait
que de lui, et je ne vois pas l de quoi former des sentiments bien ardents de
reconnaissance. Ah ! cessons de nous faire plus longtemps illusion sur ce
ridicule prjug : nous ne devons pas plus  celui qui nous a donn la vie
qu' l'tre le plus froid et le plus loign de nous. La nature ne nous
indique absolument rien pour lui ; je dis plus : elle ne saurait rien nous
indiquer, l'amiti ne remonte point d'ailleurs ; il est faux qu'on aime son
pre, il est faux qu'on puisse mme l'aimer ; on le craint, mais on ne l'aime
pas ; son existence ennuie, mais elle ne plat point ; l'intrt personnel, la
plus sainte des lois de la nature, nous engage invinciblement  dsirer la
mort d'un homme dont nous attendons notre fortune ; et sous ce rapport, sans
doute, non seulement il serait tout simple de le har, mais beaucoup plus
naturel encore d'attenter  sa vie, par la grande raison qu'il faut que chacun
ait son tour, et que si mon pre a joui pendant quarante ans de la fortune du
sien, et que je me vois vieillir, moi, sans jouir de la sienne, je dois
assurment, et sans aucun remords, aider  la nature qui l'oublie dans ce
monde, et hter, par toutes sortes de moyens, la jouissance des droits qu'elle
me donne et qu'elle ne tarde que par un caprice que je dois corriger en elle.
Si l'intrt est la mesure gnrale de toutes les actions de l'homme, il y a
donc infiniment moins de mal  tuer son pre qu'un autre individu ; car les
raisons personnelles que nous avons pour nous dfaire de celui qui nous a
donn le jour doivent toujours tre plus puissantes que celles que nous avons
de nous dfaire d'un autre personnage. Il existe ici une autre considration
mtaphysique que nous ne devons pas perdre de vue : la vieillesse est la route
de la mort ; la nature, en vieillissant un homme, l'approche de son tombeau ;
celui qui tue un vieillard ne fait donc qu'accomplir ses intentions : voil ce
qui fit, chez beaucoup de peuples, une vertu du meurtre des vieillards.
Inutiles  la terre qu'ils chargent de leur poids, consumant une nourriture
qui manque au plus jeune, ou que celui-ci est oblig de payer plus cher 
cause du trop grand nombre des consommateurs, il est dmontr que leur
existence est inutile, qu'elle est dangereuse, et que ce qu'on peut faire de
mieux est de la supprimer. Non seulement ce n'est donc point un crime de tuer
son pre, mais c'est une excellente action ; c'est une action mritoire envers
soi-mme qu'elle sert, mritoire envers la nature qu'elle dcharge d'un poids
onreux, et digne d'loge, puisqu'elle suppose un homme assez nergique, assez
philosophe pour s'tre prfr, lui qui peut tre utile aux hommes,  ce
vieillard, qui n'en tait plus qu'oubli. Vous allez donc faire une excellente
action, Juliette, en dtruisant l'ennemi de votre amant qui, sans doute, sert
l'tat aussi bien qu'il puisse le faire ; car s'il se permet quelques petites
prvarications, Saint-Fond n'en est pas moins un fort grand ministre : il aime
le sang, son joug est dur, il croit le meurtre utile au maintien de tout
gouvernement. A-t-il tort ? Sylla, Marius, Richelieu, Mazarin, tous les grands
hommes ont-ils pens diffremment ? Machiavel donna-t-il d'autres principes ?
N'en doutons pas ; il faut du sang, surtout au soutien des gouvernements
monarchiques ; le trne des tyrans doit en tre ciment, et Saint-Fond est
loin de faire rpandre tout celui qui devrait couler !... Enfin, Juliette,
vous vous conservez ici un homme qui, je le pense, vous fait jouir d'un tat
assez florissant ; vous augmentez la fortune de celui qui fait la vtre : je
demande si vous devez balancer ?
     - Noirceuil, dis-je effrontment, qui vous a dit que je balanais ? Un
mouvement involontaire a pu m'chapper ; je suis jeune, je dbute dans la
carrire o vous m'entranez : quelques faibles retours doivent-ils donc
tonner mes matres ? Mais ils verront bientt si je suis digne d'eux. Que
Saint-Fond se hte de m'envoyer son pre : il est mort deux heures aprs son
entre chez moi. Mais, mon cher, il est trois classes de poisons dans la
cassette que m'a confie votre ami : quel est celui dont je dois me servir ?
     - Le plus cruel de tous, celui qui fait souffrir davantage, dit Noirceuil
; c'est encore une recommandation que je suis charg de te faire. Saint-Fond
veut qu'en mourant son pre soit puni des affreuses intrigues qu'il a
employes pour le desservir, il veut que ses douleurs soient pouvantables.
     - Je le conois, rpondis-je ; dites-lui qu'il sera satisfait. Et comment
la chose se passera-t-elle ?
     - Le voici, dit Noirceuil :
     En ta qualit d'amie du ministre, tu inviteras ce vieillard  venir dner
chez toi ; ton billet lui fera comprendre que c'est  dessein de tout
concilier, et qu'approuvant toi-mme les raisons qu'il donne pour la retraite
de son fils, tu veux en causer avec lui. Le vieux Saint-Fond viendra, on
l'emportera malade de chez toi, son fils se charge du reste. Voici la somme
convenue pour l'excution du crime qu'il attend : un bon de cent mille cus
sur le trsor ; es-tu contente, Juliette ?
     - Saint-Fond m'en donne autant pour une fte, dis-je en rendant le
papier, dites-lui que je le servirai pour rien.
     - En voil un second de mme somme, dit Noirceuil : j'tais charg de
rpondre  l'objection, elle ne dplat point  ton amant. Je veux qu'elle
soit paye, et paye comme elle le dsire, me dit-il tous les jours ; tant
qu'elle me montrera de l'intrt et que je satisferai cet intrt, je serai
sr de la conserver.
     - Saint-Fond doit me connatre, rpondis-je ; j'aime l'argent, je ne m'en
cache point, mais je ne lui demanderai jamais plus qu'il ne sera ncessaire.
Ces six cent mille francs sont pour l'excution du projet ; j'en demande
autant le jour qu'expirera son pre.
     - Tu les auras, Juliette, sois tranquille, c'est moi qui t'en rponds. 
Juliette, que ta position est heureuse ! Mnage-la, jouis, et tu vas, si tu
sais te conduire, devenir, avant qu'il soit peu, la femme la plus riche de
l'Europe : quel ami je t'ai donn l !
     - Dj dans tes principes, je ne t'en remercie pas, Noirceuil ; cette
liaison t'a fait plaisir, tu y gagnes toi-mme, il devient flatteur pour toi
d'tre l'ami d'une femme dont le luxe et le crdit effacent dj celui des
princesses de la cour... Je rougirais d'aller  l'Opra comme y parut hier la
princesse de Nemours : aussi n'eut-elle pas un regard, pendant que tous les
yeux taient sur moi.
     - Et jouis-tu de tout cela, Juliette ?
     - Infiniment, mon cher ; d'abord, je roule sur l'or, ce qui est pour moi
la premire des jouissances.
     - Mais fouts-tu ?
     - Beaucoup ; il est bien peu de nuits o ce que Paris a de mieux dans les
deux sexes ne vienne m'offrir son hommage.
     - Et tes crimes favoris ?
     - Ils vont leur train, je vole tout ce que je peux... jusqu' un cu,
comme si je mourais de faim.
     - Et la vengeance ?
     - J'y donne le plus grand essor ; la juste punition du prince de *, qui
fait la nouvelle du jour, est mon unique ouvrage ; cinq ou six femmes sont
depuis deux mois  la Bastille, pour avoir voulu tre mieux mises que moi.
     Nous entrmes ensuite dans quelques dtails sur les ftes que je donnais
au ministre.
     - Je ne te cacherai pas, me dit Noirceuil, que tu as l'air de te relcher
depuis quelque temps ; Saint-Fond s'en est aperu ; il n'y avait pas cinquante
plats au dernier souper. Ce n'est qu'en mangeant beaucoup qu'on dcharge bien,
poursuivit Noirceuil, et, nous autres libertins, nous tenons fort  la qualit
et  la quantit du sperme. La gourmandise flatte infiniment tous les gots
qu'il a plu  la nature de nous donner, et il semble qu'on n'a jamais le vit
si roide et le cur si dur, que quand on vient de faire un repas somptueux. Je
te recommande encore le choix des filles : Saint-Fond, quoique ce que tu nous
donnes soit trs joli, n'y trouve pas encore assez de recherches. Tu ne
saurais croire  quel point il faut les porter : nous voulons que le gibier
fourni soit non seulement d'une excellente race, mais qu'il possde encore
toutes les qualits morales et physiques qui peuvent rendre sa dfaite
intressante.
     Sur cela, je fis part  Noirceuil des excellents moyens que je prenais ;
au lieu de six, vingt-quatre femmes travaillaient maintenant sans relche, et
elles avaient sous elles un pareil nombre de femmes correspondantes qui
parcouraient les provinces ; j'tais la cheville ouvrire de tout cela, et
bien certainement j'y donnais tous mes soins.
     - Avant que de te dcider pour un sujet, me rpondit Noirceuil, ft-il 
trente lieues, fais-les pour le voir, et n'accepte jamais que ce qui te
paratra dlicieux.
     - Ce que vous me recommandez est fort difficile, rpondis-je, car le
sujet est souvent enlev avant qu'on ne m'en parle.
     - Eh bien, dit Noirceuil, il faut en enlever vingt, pour en avoir dix.
     - Et que ferais-je des rforms ?
     - Tu t'en amuses, tu les vends  tes amis...  des maquerelles ; c'est ce
que dans ta place on appelle le tour du bton : il y a cent mille francs 
gagner l par an.
     - Oui, si Saint-Fond me payait tous les sujets, mais il n'en paye que
trois par souper.
     - Je l'engagerai  les payer tous.
     - Il sera beaucoup mieux servi. Maintenant, Noirceuil, poursuivis-je,
entrez avec moi dans quelques dtails qui me sont absolument personnels. Vous
connaissez ma tte : avec tant de moyens de faire le mal, vous croyez bien que
je m'y livre avec outrance ; ce que je conois, ce que j'imagine dj, ne
s'exprime point ; mais, mon ami, vos conseils me sont ncessaires. Saint-Fond
ne sera-t-il pas jaloux de tous les carts o je me livre ?
     - Jamais, me dit Noirceuil, Saint-Fond est trop raisonnable pour ne pas
sentir que tu dois donner dans beaucoup de travers ; cette seule ide l'amuse
et il me disait encore hier : Je crains qu'elle ne soit pas assez gueuse.
     - Oh ! dans ce cas, qu'il se tranquillise, mon ami ! assurez-le qu'il est
difficile de porter plus loin le got de tous les vices.
     - J'ai quelquefois entendu demander, dit Noirceuil, si la jalousie tait
une manie flatteuse ou dfavorable pour une femme, et j'avoue que je n'ai
jamais dout que ce mouvement, n'tant que personnel, assurment les femmes
n'avaient rien  gagner  l'action qu'il produit dans l'me de leurs amants.
Ce n'est point parce qu'on aime beaucoup une femme qu'on en est jaloux, c'est
parce qu'on craint l'humiliation qui natrait de son changement ; et la preuve
qu'il n'y a rien que de purement goste dans cette passion, c'est qu'il n'y a
pas un amant de bonne foi qui ne convienne aimer mieux voir sa matresse
morte, qu'infidle. C'est donc bien plutt son inconstance que sa perte qui
nous afflige, et c'est donc nous seuls que nous considrons dans cet
vnement. D'o je conclus qu'aprs l'impardonnable extravagance d'tre
amoureux d'une femme, la plus grande sans doute qu'on puisse faire est d'en
tre jaloux. Ce sentiment est malhonnte pour elle, puisqu'il lui prouve qu'on
ne l'estime pas ; il est affligeant pour soi et toujours inutile, puisque
c'est un moyen sr de donner  une femme l'envie de nous manquer que de lui
laisser apercevoir la crainte que nous avons que cela ne lui arrive. La
jalousie et la frayeur du cocuage sont deux choses qui tiennent absolument 
nos prjugs sur la jouissance des femmes ; sans cette maudite coutume de
vouloir imbcilement, sur cet objet, lier sans cesse le moral au physique,
nous nous dbarrasserions aisment de ces prjugs. Eh quoi ! il n'est pas
possible de coucher avec une femme sans l'aimer, et il n'est pas possible de
l'aimer sans coucher avec elle ? Mais quelle ncessit y a-t-il donc que le
cur soit de la partie o le corps seul agit ? Ce sont deux dsirs, ce sont
deux besoins trs diffrente, ce me semble. Araminthe a le plus beau corps du
monde, sa figure est voluptueuse, ses grands yeux noirs et pleins de feu me
promettent une ample jaculation de son sperme, lorsque les parois de son
vagin ou de son anus seront vivement lectrises du frottement de ma verge ;
j'en jouis, elle tient parole. Quelle ncessit y a-t-il, je vous prie, que
les sentiments de mon cur accompagnent l'acte qui me soumet le corps de cette
crature ! Il me parat, encore une fois, que c'est une chose trs diffrente
que d'aimer et que de jouir, et que non seulement il n'est pas ncessaire
d'aimer pour jouir, mais qu'il suffit mme de jouir pour ne pas aimer. Car les
sentiments de tendresse s'accordent aux rapports d'humeur et de convenances,
mais ils ne sont nullement dus  la beaut d'une gorge ou  la jolie tournure
d'un cul ; et ces objets-ci qui, selon nos gots, peuvent vivement exciter les
affections physiques, n'ont pourtant pas, ce me semble, le mme droit aux
affections morales. Pour achever ma comparaison, Blise est laide, elle a
quarante ans, pas une grce dans toute sa personne, pas un trait rgulier, pas
un seul agrment ; mais Blise a de l'esprit, un caractre dlicieux, un
million de choses qui s'enchanent avec mes sentiments et mes gots : je
n'aurai aucun dsir de coucher avec Blise, mais je ne l'en aimerai pas moins
 la folie ; je dsirerai fortement avoir Araminthe, mais je la dtesterai
cordialement ds que la fivre du dsir sera passe, parce que je n'ai trouv
qu'un corps en elle, et nulle des qualits morales qui pouvaient lui mriter
les affections de mon cur. Il n'est d'ailleurs nullement question de tout
cela ici, et dans les infidlits que Saint-Fond te laisse faire, il entre un
sentiment de libertinage tout diffrent de l'explication qui vient de t'tre
donne. Saint-Fond jouit de l'ide de te savoir dans les bras d'un autre, il
t'y place lui-mme, il bande en t'y voyant ; tu multiplieras ses jouissances
par l'extension que tu donneras aux tiennes, et tu ne seras jamais plus aime
de Saint-Fond que quand tu auras le plus fait ce qui te vaudrait la haine d'un
autre. Voil de ces carts de tte qui ne sont connus que de nous, mais qui
n'en sont pas moins dlicieux pour cela.
     - Vous me rassurez, dis-je  Noirceuil. Saint-Fond aimera mes gots, mon
esprit, mon caractre, et ne sera point jaloux de ma personne ? Oh ! comme
cette ide me console ; car je vous l'avoue, mon ami, la continence me serait
impossible, mon temprament veut tre satisfait,  quelque prix que ce puisse
tre. Avec ce sang imptueux, avec cette imagination que vous me connaissez,
avec la fortune immense dont je jouis, comment rsisterais-je  des passions
que tout irrite et que tout enflamme !
     - Eh ! livre-toi, Juliette, livre-toi, c'est tout ce que tu peux faire de
mieux ; mais, pour le reste des hommes, un peu d'hypocrisie, je t'y exhorte.
Souviens-toi que l'hypocrisie est un vice essentiel, dans le monde,  celui
qui a le bonheur de possder tous les autres ; avec de l'art et de la
fausset, on russit  tout ce qu'on veut, car ce n'est point de votre vertu
dont le monde a besoin, c'est seulement de pouvoir vous en supposer. Pour une
couple d'occasions o cette vertu vous sera ncessaire, il y en aura trente o
vous n'aurez besoin que de son masque : sachez donc le prendre, femmes
dbauches, mais seulement jusqu' l'indiffrence du crime, jamais jusqu'
l'enthousiasme de la vertu, parce que le premier tat laisse en paix
l'amour-propre des autres et que le second l'irrite. D'ailleurs, c'est bien
assez de cacher ce qu'on aime, sans tre oblig de feindre ce qu'on dteste ;
si tous les hommes taient vicieux de meilleure foi, l'hypocrisie ne serait
pas ncessaire ; mais, faussement persuads que la vertu a des avantages, ils
veulent absolument y tenir par quelque ct. Il faut faire comme eux, et, pour
se les gagner, cacher tout ce qu'on peut de ses travers sous le manteau de
cette vieille et ridicule idole, quitte  se venger de l'hommage forc qu'on
lui rend par des sacrifices de plus au rival. L'hypocrisie, d'ailleurs, en
apprenant  tromper, facilite une infinit de crimes ; on se livre  vous
parce que votre air dsintress en impose, et vous enfoncez le poignard avec
d'autant moins de peine qu'on ne vous suppose pas mme de le porter. Cette
manire sourde et mystrieuse de satisfaire ainsi ses passions rend leur
jouissance infiniment plus vive. Le cynisme a du piquant, je le sais, mais il
ne vous amne pas, il ne vous assure pas les victimes comme l'hypocrisie ; et
puis l'effronterie, les crapuleux carts du crime ne sont rellement bons que
dans les dbauches. Qui empche l'hypocrite de s'y livrer au fond de sa
maison, quand il satisfait son libertinage ? Mais on avouera que, loin de l,
le cynisme devient dplac, il est du plus mauvais ton, et, en vous cartant
de la socit, il vous met hors d'tat de jouir d'elle. Les crimes de dbauche
ne sont pas les seuls qui prsentent des dlices : il en est tout plein
d'autres trs intressants, trs lucratifs, que l'hypocrisie nous assure, et
dont nous loignerait le cynisme. Y avait-il au monde une crature plus
fausse, plus adroite, plus sclrate que la Brinvilliers ? C'tait dans les
hpitaux qu'elle allait faire des preuves de ses poisons, c'tait sous le
voile de la pit et de la bienfaisance qu'elle essayait avec impunit les
dlicieux moyens de ses crimes. Son pre lui disait au lit de la mort o elle
venait de le rduire par un breuvage empoisonn :   ma chre fille, je ne
regrette la vie que par l'impossibilit o je suis de te faire le bien que je
voudrais ! #187; Et la rponse de la fille fut une dose de plus dans le verre
de tisane qu'elle administrait au bonhomme[4]. Il n'y avait pas au monde une
crature plus fine, plus adroite ; elle jouait la dvotion, elle allait  la
moue, elle faisait des aumnes sans nombre, et tout cela pour assurer ses
crimes ; aussi en fit-elle longtemps sans tre dcouverte, et peut-tre ne
l'et-elle jamais t, sans son imprudence et le malheur de son amant[5]. Que
cette femme te serve d'exemple, ma chre, je ne saurais t'en offrir de
meilleur.
     - Je connais toute l'histoire de cette crature clbre, rpondis-je et
je dsire sans doute en tre digne. Mais, mon ami, je voudrais pour modle une
femme plus rapproche de moi ; je dsirerais qu'elle ft plus ge, qu'elle
m'aimt, qu'elle et mes gots, mes passions, et que, quoique nous nous
branlassions ensemble, elle me permt tous mes autres carts sans la moindre
jalousie : je voudrais nanmoins qu'elle et une sorte d'empire, sans pourtant
chercher  me dominer ; que ses conseils fussent bons, qu'elle et infiniment
de condescendance pour mes caprices et d'exprience du libertinage : sans
religion comme sans principes, sans murs comme sans vertu, infiniment de
chaleur dans l'esprit, et le cur  la glace.
     - J'ai ton affaire, me rpondit Noirceuil ; c'est une veuve ge de
trente ans, d'une beaut rare, sclrate au dernier degr, possdant toutes
les qualits que tu exiges, et qui te sera d'un grand concours dans la
carrire o tu viens d'entrer. Elle me remplacera pour ton ducation ; car tu
vois que, spars comme nous le sommes, je ne pourrai plus te suivre avec la
mme chaleur : Mme de Clairwil, en un mot, riche  millions, connat tout ce
qu'on peut connatre, sait tout ce qu'on peut savoir, et je te rponds que
c'est ce qu'il te faut.
     - Ah ! Noirceuil, vous tes charmant ! Mais, mon ami, ce n'est pas encore
tout : je voudrais rendre les conseils que je vais recevoir ; j'prouve aussi
vivement le besoin d'tre instruite que celui de faire une ducation, et je
dsire une lve avec autant d'ardeur qu'une institutrice.
     - Eh ! mais... ma femme, dit NoirceuiL
     - Quoi ! rpondis-je avec enthousiasme, vous me confieriez l'ducation
d'Alexandrine ?
     - Pourrait-elle tre en meilleures mains ? Assurment je te la confierai
: Saint-Fond dsire qu'elle fasse de toi sa plus intime socit.
     - Et pourquoi ce mariage se retarde-t-il ?
     - Mon deuil encore trop rcent, une basse soumission  d'indignes
prjugs, que j'adopte  cause de l'usage et que je mprise au fond de mon
cur.
     - Encore un mot, mon ami : n'ai-je rien  craindre, auprs du ministre,
de la rivalit de la femme dont vous m'offrez la socit ?
     - Pas la moindre chose. Saint-Fond la connat avant toi, il s'en amuse ;
mais Mme de Clairwil ne remplirait point tes fonctions, et il ne trouverait
pas, je le sais, le mme plaisir  les lui faire excuter.
     - Ah ! m'criai-je, vous tes tous les deux divins, et vos bonts pour
moi seront bien chaudement acquittes par mes soins  servir vos passions.
Ordonnez-moi, je me trouverai toujours trop heureuse d'tre l'instrument de
vos dbauches et le premier moyen de vos crimes !
     Je ne revis plus mon amant jusqu' l'excution du forfait que je devais
commettre pour lui ; la fermet me fut de nouveau recommande, la veille, et
le bon vieillard parut. J'employai tout l'art possible, avant que de nous
mettre  table, pour le raccommoder avec son fils, et je fus trs tonne de
voir que la chose ne serait peut-tre pas trs difficile. Tout  coup, je
changeai de batteries. Ce n'est pas le raccommodement qui est maintenant
ncessaire, pensai-je aussitt ; s'il a lieu, je perds et l'occasion d'un
crime qui me chatouille beaucoup et douze cent mille francs promis pour son
excution : cessons de ngocier, agissons. J'administre la drogue avec la plus
grande facilit ; le vieillard s'vanouit, on l'emporte, et j'apprends avec
grand plaisir, le surlendemain, qu'il est mort dans d'horribles douleurs.
     Il venait d'expirer, lorsque son fils arriva pour un des soupers qu'il
faisait chez moi deux fois par semaine. Le mauvais temps nous contraignit 
rester dans l'intrieur, et Noirceuil tait le seul convive qu'et admis ce
jour-l Saint-Fond. Je leur avais prpar trois petites filles de quatorze 
quinze ans, plus belles que tout ce qu'il est possible de voir au monde ; un
couvent de la capitale me les avait fournies, et elles me cotaient cent mille
francs chacune : je ne balanais plus sur les prix depuis que Saint-Fond
payait beaucoup mieux.
     - Voil, dis-je en les prsentant au ministre, de quoi vous consoler de
la perte que vous venez de faire.
     - Elle m'est peu sensible, Juliette, dit Saint-Fond en baisant ma bouche,
je ferais volontiers mourir quinze sclrats comme celui-l par jour, sans en
avoir le plus petit remords. Je n'ai d'autre regret que de ne l'avoir pas vu
souffrir davantage ; c'tait un drle bien mprisable.
     - Mais savez-vous, dis-je, qu'il n'tait pas loin du raccommodement ?
     - Tu as bien fait de ne pas adopter ses vues. Que l'existence de ce
coquin me pserait, si j'tais oblig d'en soutenir encore le poids ! Je lui
reproche jusqu' la spulture que d'affreux prjugs m'ont contraint  lui
accorder ; j'eusse voulu voir son corps dvor par les couleuvres dont il
empoisonna mes jours.
     Et, comme pour s'tourdir, le libertin se mit tout de suite  l'ouvrage ;
mes trois pucelles furent inventories. La critique la plus amre ne pouvait
mordre sur celles-l : taille, naissance, prmices, enfance, tout s'y trouvait
; mais je m'aperus que les deux amis ne bandaient pas plus l'un que l'autre,
et rien ne plat  la satit ; je vis bien qu'ils n'taient pas contents, et
que nanmoins, ils n'osaient se plaindre.
     - Indiquez-moi donc ce qu'il vous faut, si ces objets ne vous satisfont
pas, leur dis-je ; car vous avouerez qu'il m'est impossible de deviner ce qui
peut valoir mieux que cela.
     - Rien de plus vrai, rpondit Saint-Fond, qui se faisait inutilement
manier par deux de ces petites filles ; mais Noirceuil et moi sommes puiss,
nous venons de faire des horreurs, et je ne sais ce qu'il faudrait pour nous
rveiller maintenant.
     - Ah ! si vous me racontiez vos prouesses, peut-tre retrouveriez-vous
dans le dtail de ces infamies les forces ncessaires  en commettre de
nouvelles.
     - Je le crois, dit Noirceuil.
     - Eh bien, faites dshabiller, dit Saint-Fond ; que Juliette soit nue de
mme et coutez-nous.
     Deux des jeunes filles entourrent Noirceuil : l'une le suait, il
langotait l'autre, et maniait les deux culs ; je suis charge du soin de
branler l'orateur, pendant qu'il claque les fesses de la troisime des
pucelles ; et telles sont les atrocits que nous rvla Saint-Fond :
     - J'ai men, nous dit-il, ma fille chez mon pre expirant. Noirceuil
tait avec moi ; nous nous sommes enferms, les portes bien dfendues ; l (et
le vit du paillard dressait  cet aveu), dis-je, j'ai eu la voluptueuse
barbarie d'annoncer  mon pre que ses douleurs taient mon ouvrage ; je lui
ai dit que, par mes ordres, ta main l'avait empoisonn, et qu'il et
promptement  songer  la mort. Puis, troussant ma fille devant lui, je la lui
ai sodomise sous les yeux. Noirceuil, qui m'adore quand je fais des infamies,
me foutait pendant ce temps-l ; mais le coquin, me voyant dculer
Alexandrine, me remplaa bientt dans le poste... et moi, me rapprochant du
bonhomme, je l'obligeai  me faire dcharger tout en l'tranglant. Noirceuil
se pmait, pendant ce temps, au fond des entrailles de ma fille. Quelle
jouissance pour moi ! J'tais couvert de maldictions, d'imprcations, je
parricidais, j'incestais, j'assassinais, je prostituais, je sodomisais ! 
Juliette, Juliette, je n'ai jamais t si heureux de ma vie ! Tu vois o me
met le seul rcit de ces volupts, me voil bandant comme ce matin.
     Le paillard saisit alors une des petites filles, et, pendant qu'il va la
fltrir de toute part, il veut que Noirceuil et moi nous en martyrisions
chacun une  ses yeux. Ce que nous inventons est horrible ; la nature outrage
dans ces jeunes filles opre grandement chez Saint-Fond, et le coquin est prt
 perdre son foutre, lorsque, pour mnager ses forces, il se retire prudemment
du cul de la novice, afin de perforer les deux autres. Assez heureux pour se
contenir toujours, il se rendit matre, ce jour-l, des six pucelages, ne
laissant  Noirceuil que des roses panouies. N'importe, le paillard profite
du peu qu'on lui donne, et mon derrire, ainsi que celui de Saint-Fond, lui
servent de perspective tout le temps qu'il lui reste  foutre ; il les baise,
il les gamahuche tous deux, et reoit dans sa bouche les pets que nous nous
divertissons  lui faire.
     On soupa, je fus seule admise aux honneurs du festin, mais nue ; les
petites filles, tablies sur la table  plat ventre, nous clairaient au moyen
des bougies que nous leur avions fourres dans le cul ; et comme ces bougies
se trouvaient fort courtes et le souper fort long, la peau de leurs cuisses
fut entirement grsille : en les liant sur la table, on leur avait enlev le
moyen de se dranger, et, en remplissant leur bouche de coton, nous leur
tions celui de nous tourdir de leurs clameurs. Cet pisode divertit
infiniment nos paillards, et, les palpant souvent de l'une et l'autre de mes
mains, je les trouvai, pendant tout le souper, dans le meilleur tat du monde.
     - Noirceuil, dit Saint-Fond pendant que nos petites novices se
rtissaient, explique-nous, je t'en conjure, avec ta mtaphysique ordinaire,
comment il est possible d'arriver au plaisir, soit en voyant souffrir les
autres, soit en souffrant soi-mme.
     - coutez-moi donc, dit Noirceuil, je vais vous dmontrer cela.
      La douleur, en dfinition de logique, n'est autre chose qu'un sentiment
d'aversion que l'me conoit, de quelques mouvements contraires  la
constitution du corps qu'elle anime.  Voil ce que nous dit Nicole, qui
distinguait dans l'homme une substance arienne qu'il nommait me et qu'il
diffrenciait de la substance matrielle que nous nommons corps. Pour moi, qui
n'admets point cette dification frivole et qui ne vois dans l'homme qu'une
espce de plante absolument matrielle, je dirai seulement que la douleur est
une suite du peu de rapport des objets trangers avec les molcules organiques
qui nous composent ; en sorte qu'au lieu que les atomes mans de ces objets
trangers s'accrochent avec ceux de notre fluide nerveux, comme ils le font
dans la commotion du plaisir, ils leur prsentent ici des angles, les piquent,
les repoussent et ne s'enchanent jamais. Cependant, quoique les effets soient
repoussants, ce sont toujours des effets, et que ce soit le plaisir ou la
douleur qui s'offre  nous, voil toujours une commotion certaine sur le
fluide nerveux. Or, qui empche que cette commotion de la douleur, infiniment
plus vive et plus active que l'autre, ne parvienne  exciter dans ce fluide le
mme embrasement qui s'y propage par l'accrochement des atomes mans des
objets du plaisir ? et, remu pour tre remu, qui empche qu'avec de
l'habitude je ne m'accoutume  me trouver aussi bien de l'tre par les atomes
qui repoussent que par ceux qui accrochent ? Blas sur les effets de ceux qui
ne produisent qu'une sensation simple, pourquoi ne m'accoutumerais-je pas 
recevoir de mme le plaisir par ceux dont la sensation est poignante ? L'un et
l'autre coup se reoivent au mme endroit ; la seule diffrence qu'il y ait,
c'est que l'un est violent, l'autre doux ; mais, sur les gens blass, le
premier ne vaut-il pas infiniment mieux que l'autre ? Ne voit-on pas tous les
jours des gens qui ont accoutum leur palais  une irritation qui leur plat,
 ct d'autres gens qui ne pourraient soutenir un instant cette irritation ?
N'est-il pas vrai maintenant (une fois mon hypothse admise) que l'usage de
l'homme, dans ses plaisirs, est de chercher  mouvoir les objets qui servent
 sa jouissance, de la mme manire dont lui-mme est mu, et que ces procds
sont ce qu'on appelle, dans la mtaphysique de la jouissance, des effets de sa
dlicatesse ? Que peut-il donc y avoir de singulier  ce qu'un homme dou
d'organes tels que nous venons de les peindre, par les mmes procde de son
adversaire et par les mmes principes de dlicatesse, imagine d'mouvoir
l'objet qui sert  sa jouissance par les moyens dont il est lui-mme affect ?
Il n'a pas plus de tort que l'autre, il n'a fait que ce que l'autre a fait.
Les suites sont diffrentes, je vous l'accorde, mais les premiers motifs sont
les mmes ; le premier n'a pas t plus cruel que le second, et aucun des deux
n'a de torts : tous deux ont employ sur l'objet de leur jouissance les mmes
moyens dont ils se servent pour se procurer du plaisir.
     Mais, rpond  cela l'tre m par une volupt brutale, cela ne me plat
pas. Soit, reste  savoir maintenant si je peux vous y contraindre ou non. Si
je ne le peux, retirez-vous et laissez-moi ; si, au contraire, mon argent, mon
crdit ou ma place, me donnent ou quelque autorit sur vous ou quelque
certitude de pouvoir anantir vos plaintes, subissez sans dire un mot tout ce
qu'il me plat de vous imposer, parce qu'il faut que je jouisse, et que je ne
puis jouir qu'en vous tourmentant et qu'en voyant couler vos larmes. Mais,
dans aucun cas, ne vous tonnez point, ne me blmez point, parce que je suis
le mouvement que la nature a mis en moi, la direction qu'elle m'a fait
prendre, et qu'en un mot, en vous contraignant  mes volupts dures et
brutales, les seules qui parviennent  me faire arriver au comble du plaisir,
j'agis par les mmes principes de dlicatesse que l'amant effmin qui ne
connat que les roses d'un sentiment dont je n'admets que les pines ; car je
vous fais, en vous tourmentant, en vous dchirant, ce qui seul m'meut, comme
lui fait, en enconnant tristement sa matresse, ce qui seul le remue
agrablement ; mais cette dlicatesse effmine, je la lui laisse, parce qu'il
est impossible qu'elle puisse mouvoir des organes construits aussi fortement
que les miens. Oui, mes amis, poursuivit Noirceuil, soyez srs qu'il est
impossible que l'tre vritablement passionn pour les volupts de la luxure
puisse vraiment y mler la dlicatesse, qui n'est que le poison de ces
plaisirs et qui suppose un partage impossible  qui veut bien jouir : toute
puissance partage s'affaiblit ; c'est une vrit reconnue. Essayez de faire
jouir l'objet qui sert  vos plaisirs : vous ne tarderez pas  vous apercevoir
que c'est  vos dpens ; il n'y a point de passion plus goste que celle de
la luxure ; il n'en est point qui veuille tre servie plus svrement ; il ne
faut absolument s'occuper que de soi quand on bande et ne jamais considrer
l'objet qui nous sert que comme une espce de victime destine  la fureur de
cette passion. Toutes n'exigent-elles pas des victimes ? Eh bien ! l'objet
passif, dans l'acte de la luxure, est celle de notre passion lubrique ; moins
il est mnag, mieux le but est rempli ; plus les douleurs de cet objet sont
vives, plus son humiliation, sa dgradation est complte, et plus notre
jouissance est entire. Ce ne sont pas des plaisirs qu'il faut faire goter 
cet objet, ce sont des impressions qu'il faut produire en lui ; et celle de la
douleur tant beaucoup plus vive que celle du plaisir, il est incontestable
qu'il vaut mieux que la commotion produite sur nos nerfs par ce spectacle
tranger y parvienne par la douleur, plutt que par le plaisir. Voil ce qui
explique la manie de cette foule de libertins qui, comme nous, ne parviennent
 l'rection et  l'mission de la semence qu'en commettant les actes de la
cruaut la plus atroce, qu'en se gorgeant du sang des victimes. Il en est qui
n'prouveraient pas mme l'rection la plus lgre, s'ils ne considraient,
dans les angoisses de la douleur la plus violente, le triste objet vendu 
leur lubrique fureur, s'ils n'taient pas eux-mmes les premires causes de
ces angoisses. On veut faire prouver  ses nerfs une commotion violente ; on
sent bien que celle de la douleur sera plus forte que celle du plaisir ; on
l'emploie, et l'on s'en trouve bien. Mais la beaut, m'objecte un imbcile,
attendrit, intresse ; elle invite  la douceur, au pardon : comment rsister
aux larmes d'une jolie fille qui, les mains jointes, implore son bourreau ? Eh
! vraiment, c'est ce qu'on demande, c'est de cet tat mme que le libertin
dont il est question tire sa plus dlicieuse jouissance : il serait bien 
plaindre, s'il agissait sur un tre inerte qui ne sentt rien ; et cette
objection est aussi ridicule que le serait celle d'un homme qui m'assurerait
qu'on ne doit jamais manger de mouton, parce que le mouton est un animal doux.
La passion de la luxure veut tre servie, elle exige, elle tyrannise ; elle
doit donc tre satisfaite, abstraction totale de toute considration
quelconque. La beaut, la vertu, l'innocence, la candeur, l'infortune, rien de
tout cela ne doit donc servir d'abri  l'objet que nous convoitons. Au
contraire, la beaut nous excite mieux ; l'innocence, la vertu et la candeur
embellissent l'objet ; l'infortune nous le donne, nous l'assouplit : toutes
ces qualits ne doivent donc servir qu' nous enflammer mieux, et toutes ne
doivent tre regardes par nous que comme des vhicules  nos passions. Il y a
d'ailleurs ici un frein de plus  rompre : il y a l'espce de plaisir que
donne le sacrilge ou la profanation des objets offerts  notre culte. Cette
belle fille est un objet d'hommage pour les sots ; en la rendant celui de mes
plus vives et de mes plus dures passions, j'prouve la double jouissance de
sacrifier  cette passion, et un bel objet, et un objet digne du culte public.
Faut-il s'arrter plus longtemps  cette pense, pour en prouver le dlire ?
Mais on n'a pas perptuellement sous la main de tels objets ; cependant, on
s'est accoutum  jouir par la tyrannie, et l'on voudrait jouir tous les
jours. Eh bien ! il faut savoir se ddommager par d'autres petite plaisirs :
la duret d'me envers les malheureux, le refus de les soulager, l'action de
les plonger soi-mme dans l'infortune, si on le peut, remplacent, en quelque
faon, cette sublime jouissance de faire souffrir un objet de dbauche. La
misre de ces infortuns est un spectacle qui prpare dj la commotion que
nous sommes accoutums  recevoir par l'impression de la douleur ; ils nous
implorent, nous ne les soulageons pas : voil presque l'branlement donn ; un
pas de plus, le feu s'allume, il nat de tout cela des crimes, et rien ne
dtermine plus srement au plaisir, comme le sel que le crime entrane. Mais
j'ai rempli ma tche : comment, m'avez-vous demand, peut-on arriver au
plaisir, soit en souffrant, soit en faisant souffrir ? Je l'ai dmontr
thoriquement. Convainquons-nous maintenant par la pratique, et que les
supplices de ces demoiselles soient, en consquence de la dmonstration, aussi
nerveux, je vous prie, qu'il nous sera possible de les inventer.
     On sortit de table, et les victimes, par unique raffinement, furent un
instant soignes et rafrachies. Je ne sais pourquoi Noirceuil paraissait ce
soir-l plus que jamais amoureux de mon cul ; il ne pouvait se rassasier de le
baiser, de le louer, de le gamahucher, de le foutre ;  tout moment il
m'enculait, puis il retirait brusquement son vit pour le faire sucer aux
petites filles ; il revenait ensuite, et me donnait sur les fesses et sur les
reins des claques extraordinairement fortes ; il s'oublia mme au point de me
branler le clitoris. Tout cela m'chauffait prodigieusement, et je due
paratre  mes amis d'un incroyable putanisme. Mais comment se satisfaire avec
des filles excdes ou deux libertins puiss qui bandaient  peine ? Je leur
propose de me faire foutre devant eux par mes laquais ; mais Saint-Fond, trs
chauff de vin et de frocit, s'y opposa en disant qu'il ne se sentait plus
d'autre besoin que celui des tigres, et que, puisqu'il y avait l de la chair
frache, il fallait se hter de la dvorer. Il s'escrimait en consquence
d'une force terrible sur les trois petits culs de ces charmantes pucelles : il
les pinait, il les mordait, il les gratignait, il les dchirait ; le sang
ruisselait dj de tous cts, lorsque, se relevant comme un furieux, son vit
coll contre le ventre, il se plaignait amrement  nous de l'impossibilit o
il se croyait ce jour-l de ne pouvoir rien trouver qui pt faire souffrir les
victimes au gr de ses caprices.
     - Tout ce que j'invente aujourd'hui, nous dit-il, est au-dessous de mes
dsirs : imaginons donc quelque chose qui tienne ces putains trois jours dans
les angoisses les plus effrayantes de la mort.
     - Ah ! dis-je, tu dchargerais pendant cet intervalle, et, l'illusion
dtruite, tu les soulagerais bientt.
     - Je ne pardonne pas  Juliette, dit Saint-Fond, de me connatre aussi
mal que cela. Dans quelle erreur tu es, mon ange, si tu crois que ma cruaut
ne s'allume qu'au feu de mes passions. Ah ! je voudrais, ainsi qu'Hrode,
prolonger mes frocits au del mme du tombeau ; je suis barbare jusqu' la
frnsie quand je bande, et cruel de sang-froid quand le foutre a coul. Il y
a mieux, Juliette, poursuivit cet insigne sclrat ; tiens, si tu veux, je
vais dcharger : nous ne commencerons le supplice de ces garces que quand je
n'aurai plus de foutre dans les couilles, et tu verras si je mollirai.
     - Saint-Fond, vous bandez beaucoup, dit Noirceuil, c'est tout ce que je
vois de plus clair dans ce que vous dites ; il s'agit de lancer son sperme et,
si vous voulez suivre mes conseils, nous y procderons fort vite. Je serais
d'avis que nous embrochassions tout simplement ces demoiselles, et, pendant
qu'elles rtiraient toutes vives  nos yeux, Juliette nous branlerait le vit
et nous ferait arroser de foutre ces trois superbes aloyaux.
     - Oh, sacredieu ! dit Saint-Fond en frottant son vit sur le sang des
fesses de la plus jeune et de la plus jolie des trois, je vous jure que celle
que je tiens ici souffrira plus que vous ne dites.
     - Eh ! que diable lui feras-tu ! dit Noirceuil qui venait de se renfoncer
dans mon cul.
     - Tu vas le voir, dit ce sclrat.
     Et de ses mains, ressemblant  des taux, il lui casse les doigts, lui
disloque tous les membres, et la larde de plus de mille coups avec la pointe
d'un stylet.
     - Eh bien ! dit Noirceuil, toujours m'enculant, elle aurait tout autant
souffert embroche.
     - Aussi le sera-t-elle, dit Saint-Fond ; mais le feu calcinant ses
blessures, elle souffrira beaucoup plus que si vous l'eussiez embroche toute
frache.
     - Allons, dit Noirceuil, j'y consens, travaillons ces bougresses-l dans
le mme genre.
     J'en saisis une, il prend l'autre, et, toujours dans mon cul, le coquin
la met dans le mme tat que celle qu'avait martyrise Saint-Fond. Je l'imite,
et les voil bientt, toutes trois, rtissant devant un feu d'enfer, pendant
que Noirceuil, en blasphmant tous les dieux du paradis, dcharge dans mon
derrire, et que je fais jaculer,  coup de poignet, le foutre de Saint-Fond
sur les corps calcins de ces trois malheureuses victimes de la plus
effrayante luxure. Toutes trois furent jetes dans un trou. On se remit 
boire. Brls de nouveaux dsirs, les libertins voulurent des hommes ; mes
laquais parurent et s'puisrent toute la nuit dans leurs insatiables culs,
sans venir  bout de les faire bander ; leurs propos, cependant, furent
affreux ; et ce fut dans cette sance que je reconnus mieux que jamais combien
il tait certain que ces monstres taient aussi cruels de sang-froid qu'au
plus grand feu de leurs passions.
     Un mois aprs cette dernire aventure, Noirceuil me prsenta la femme
qu'il dsirait me donner pour amie. Comme son mariage avec Alexandrine fut
encore retard  cause du deuil de Saint-Fond, et que je ne veux vous peindre
cette charmante fille du ministre que lorsque je la possderai pleinement,
nous allons nous occuper de Mme de Clairwil et des arrangements que je pris
avec cette femme dlicieuse pour cimenter notre liaison.
     C'tait avec raison que Noirceuil m'avait fait les plus grands loges de
Mme de Clairwil. Elle tait grande, faite  poindre ; le feu de ses regards
tait tel qu'il devenait impossible de la fixer ; mais ses yeux, grands et
trs noirs, en imposaient plus qu'ils ne plaisaient, et, en gnral,
l'ensemble de cette femme tait plus majestueux qu'agrable. Sa bouche, un peu
ronde, tait frache et voluptueuse ; ses cheveux, noirs comme du jais,
descendaient au bas de ses cuisses ; son nez singulirement bien coup, son
front noble et majestueux, sa gorge moule, la plus belle peau, quoique brune,
les chairs fermes, poteles, les formez les mieux arrondies : c'tait, en un
mot, la taille de Minerve sous les agrments de Vnus. Cependant, soit que je
fusse plus jeune, soit que ma physionomie et en grce ce que celle-ci avait
en noblesse, je plaisais davantage  tous les hommes. Mme de Clairwil
surprenait, je me contentais d'enchaner ; elle contraignait l'hommage des
hommes, et moi je le drobais.
     A ces grces imprieuses, Mme de Clairwil joignait un esprit trs lev ;
elle tait fort instruite, singulirement ennemie des prjugs... dracins
par elle ds l'enfance ; il tait difficile  une femme de porter la
philosophie plus loin. D'ailleurs, beaucoup de talents, sachant parfaitement
l'anglais et l'italien, jouant la comdie comme un ange, dansant comme
Terpsichore, chimiste, physicienne, faisant de jolis vers, possdant bien
l'histoire, le dessin, la musique, la gographie, crivant comme Svign, mais
poussant peut-tre un peu trop loin toutes les extravagances du bel esprit,
dont les suites taient communment un orgueil insupportable avec ceux qu'elle
n'levait pas  sa hauteur, comme moi... la seule crature, disait-elle, en
qui elle et vritablement reconnu de l'esprit.
     Il y avait cinq ans que cette belle femme tait veuve. Jamais elle
n'avait eu d'enfants ; elle les dtestait, sorte de petite duret qui, dans
une femme, prouve toujours l'insensibilit : aussi pouvait-on assurer que
celle de Mme de Clairwil tait  son comble. Elle se flattait de n'avoir
jamais vers une larme, de ne s'tre jamais attendrie sur le sort des
malheureux. Mon me est impassible, disait-elle ; je dfie aucun sentiment de
l'atteindre, except celui du plaisir. Je suis matresse des affections de
cette me, de ses dsira, de ses mouvements ; chez moi tout est aux ordres de
ma tte ; et c'est ce qu'il y a de pis, continuait-elle, car cette tte est
bien dtestable. Mais je ne m'en plains pas : j'aime mes vices, j'abhorre la
vertu ; je suis l'ennemie jure de toutes les religions, de tous les dieux ;
je ne crains ni les maux de la vie, ni les suites de la mort ; et quand on me
ressemble, on est heureux.
     Doue d'un tel caractre, il tait facile de voir que Mme de Clairwil
n'avait que des adulateurs et fort peu d'amis ; elle ne croyait pas plus 
l'amiti qu' la bienfaisance, et pas plus aux vertus qu'aux dieux. Joignez 
tout cela des richesses normes, une trs bonne maison  Paris, une dlicieuse
campagne, tous les moyens du luxe, le plus bel ge, une sant de fer. Ou il
n'y a point de bonheur en ce monde, ou l'individu qui runit tous ces
agrments peut se flatter de le possder.
     Mme de Clairwil s'ouvrit  moi, ds le premier abord, avec une franchise
qui m'tonne, dans une femme qui, comme je viens de vous le dire, avait si
bien l'orgueil de sa supriorit ; mais je dois lui rendre la justice d'avouer
qu'elle n'en eut jamais avec moi.
     - Noirceuil vous a bien peinte, me dit-elle ; je vois que nous avons la
mme me, le mme esprit, les mmes gots ; nous sommes faites pour vivre
ensemble : unissons-nous, nous irons fort loin ; mais surtout bannissons tous
freins, ils ne sont faite que pour les sots. Des caractres levs, des mes
fires, des esprits nerveux comme les ntres, brisent en se jouant toutes ces
digues populaires ; ils savent que le bonheur est au del, ils l'atteignent
avec courage, en foulant aux pieds les petites lois, les froides vertus et les
imbciles religions de ces hommes de boue qui ne semblent avoir reu
l'existence que pour dshonorer la nature.
     Quelques jours aprs, Clairwil, dont je commenais  raffoler, vint
souper tte  tte avec moi. Ce fut dans cette seconde aventure o nous
panchmes nos curs, o nous nous confimes nos gots, nos sentiments. Oh !
quelle me que celle de Clairwil ! je crois que si le vice mme et habit la
terre, ce n'et jamais t qu'au fond de cette me perverse qu'il et tabli
son empire.
     Dans un moment de confiance mutuelle, avant que de nous mettre  table,
Clairwil se pencha sur moi ; nous tions l'une et l'autre dans une niche de
glace, mollement tendues sur des carreaux dont le duvet moelleux soutenait
nos reins vacillants ; un jour trs doux semblait appeler l'amour et favoriser
ses plaisirs.
     - N'est-il pas vrai, mon ange, dit Clairwil en me baisant la gorge, que
c'est en se branlant que deux femmes comme nous doivent faire connaissance ?
     Et la tribade, me troussant en me disant cela, dardait dj sa langue
enflamme au plus profond de mon gosier... Les doigts libertins atteignent le
but.
     - Il est l, me dit-elle, le plaisir, il sommeille sur un lit de roses ;
mon tendre amour veut-il que je l'veille !  Juliette, me permets-tu de
m'embraser au feu des transports que je vais allumer dans toi ?
     - Friponne, ta bouche m'en rpond, ta langue appelle la mienne, elle
l'invite  la volupt.
     - Ah ! rends-moi ce que je t'ai fait, et mourons de plaisir.
     - Dshabillons-nous, dis-je  mon amie, les dbauches de la volupt ne
sont bonnes que quand on est nu ; je ne dmle rien dans toi, et je veux tout
y voir ; dbarrassons-nous de ces voiles importuns ; n'est-ce pas dj trop de
ceux de la nature ? Ah ! quand j'excite en toi des transports, je voudrais
voir palpiter ton cur.
     - Quelle ide ! me dit Clairwil, elle me peint ton caractre ; Juliette,
je t'adore ; faisons tout ce que tu voudras.
     Et mon amie fut aussi nue que moi ; dans l'instant, nous nous examinmes
d'abord plusieurs minutes en silence. Clairwil s'enflammait  la vue des
beauts que m'avait prodigues la nature. Je ne me rassasiais pas d'admirer
les siennes. Jamais on ne vit une plus belle taille, jamais une gorge mieux
soutenue... Ces fesses ! ah Dieu ! c'tait le cul de la Vnus adore des Grecs
: je n'en vis jamais de coupes plus dlicieusement. Je ne me lassais point de
baiser tant de charmes, et mon amie, se prtant d'abord avec complaisance, me
rendait ensuite au centuple toutes les caresses dont je l'accablais.
     - Laisse-moi faire, me dit-elle enfin, aprs m'avoir couche sur
l'ottomane, les cuisses trs ouvertes, laisse-moi te prouver, ma chre bonne,
que je sais donner du plaisir  une femme.
     Deux de ses doigts alors travaillrent mon clitoris et le trou de mon
cul, pendant que sa langue, enfonce trs avant dans mon con, pompait
avidement le foutre qu'excitaient ses titillations. Je n'avais jamais, de ma
vie, t branle de cette manire ; je dchargeai trois fois de suite dans sa
bouche avec de tels transports, que je pensai m'en vanouir. Clairwil, avide
de mon foutre, changea, pour la quatrime course, toutes ses manuvres avec
autant de lgret que d'adresse. Ce fut un de ses doigts qu'elle enfona
cette fois-ci dans mon con, pendant qu'avec un autre elle frtillait sur mon
clitoris, et que sa langue douce et voluptueuse pntrait au trou de mon cul...
     - Que d'art... que de complaisance ! m'criai-je... Ah ! Clairwil, tu me
fais mourir !
     Et de nouveaux jets de foutre furent le fruit des procds divins de
cette voluptueuse crature.
     - Eh bien ! me dit-elle ds que je fus remise, crois-tu que je sache
branler une femme ! Je les adore : comment ne connatrais-je pas l'art de leur
donner du plaisir ? Que veux-tu, ma chre, je suis dprave ! Est-ce ma faute
si la nature m'a donn des gots contraires  ceux de tout le monde ? Je ne
connais rien d'injuste comme la loi de mlanger les sexes pour se procurer une
volupt pure ; et quel sexe sait mieux que le ntre l'art d'aiguillonner les
plaisirs en nous rendant ce qu'il se fait, pour se dlecter lui-mme en nous
faisant ce qu'il lui est propre ? Ne doit-il pas mieux russir que cet tre
diffrent de nous, qui ne peut nous offrir que des volupts trs loignes de
celles que notre sorte d'existence exige ?
     - Quoi ! Clairwil, tu n'aimes pas les hommes ?
     - Je m'en sers parce que mon temprament le veut, mais je les mprise et
je les dteste ; je voudrais pouvoir immoler tous ceux aux regards desquels
j'ai pu m'avilir.
     - Quelle fiert !
     - C'est mon caractre, Juliette ;  cette fiert je joins la franchise,
c'est le moyen d'tre connue de toi de suite.
     - Ce que tu dis suppose de la cruaut ; si tu dsires ce que tu viens
d'exprimer, tu le ferais si tu le pouvais.
     - Qui te dit que je ne l'aie pas fait ? Mon me est dure, et je suis loin
de croire la sensibilit prfrable  l'heureuse apathie dont je jouis. 
Juliette, poursuivit-elle en nous remettant, tu te trompes peut-tre sur cette
sensibilit dangereuse dont tant d'imbciles s'honorent.
     La sensibilit, ma chre, est le foyer de tous les vices, comme elle est
celui de toutes les vertus. C'est elle qui conduisit Cartouche  l'chafaud,
comme elle inscrivit en lettres d'or le nom de Titus dans les annales de la
bienfaisance. C'est pour tre trop sensibles que nous nous livrons aux vertus
: c'est pour l'tre trop que nous chrissons les forfaits. L'individu priv de
sensibilit est une masse brute, galement incapable du bien comme du mal, et
qui n'a de l'homme que la figure. Cette sensibilit, purement physique, dpend
de la conformit de nos organes, de la dlicatesse de nos sens, et, plus que
tout, de la nature du fluide nerveux, dans lequel je place gnralement toutes
les affections de l'homme. L'ducation et, aprs elle, l'habitude, exercent en
tel ou tel sens cette portion de sensibilit reue des mains de la nature ; et
l'gosme... le soin de notre vie, vient ensuite aider  l'ducation et 
l'habitude  se dterminer pour tel ou tel choix. Mais comme l'ducation nous
trompe presque toujours, ds qu'elle est finie, l'inflammation cause sur le
fluide lectrique par le rapport des objets extrieurs, opration dont nous
nommons l'effet les passions, vient dcider l'habitude au bien ou au mal. Si
cette inflammation est mdiocre, en raison de l'paisseur des organes qui
s'oppose  une action presse de l'objet extrieur sur le fluide nerveux, ou
du peu de vitesse avec laquelle le cerveau lui rapporte l'effet de cette
pression, ou encore du peu de disposition de ce fluide  tre mis en
mouvement, alors les effets de cette sensibilit nous dterminent  la vertu.
Si, au contraire, les objets extrieurs agissent sur nos organes d'une manire
forte, s'ils les pntrent avec violence, s'ils donnent une action rapide aux
particules du fluide nerveux qui circulent dans la concavit de nos nerfs, les
effets de notre sensibilit, dans ce eu, nous dterminent au vice. Si l'action
est encore plus forte, elle nous entrane au crime, et dfinitivement aux
atrocits, si la violence de l'effet est  son dernier degr d'nergie. Mais
l'on voit, sous tous les rapports, que la sensibilit n'est que mcanique, que
c'est d'elle que tout nat, et que c'est elle qui nous conduit  tout. Si nous
reconnaissons, dans une jeune personne, l'excs de cette sensibilit, tirons
hardiment son horoscope, et convainquons-nous bien que cette sensibilit
finira par la porter, un jour au crime ; car ce n'est pas, comme on pourrait
le croire, le genre de sensibilit qui conduit au crime ou  la vertu : c'est
son dernier degr ; et l'individu dans lequel son action est lente sera
dispos au bien, comme il est certain que celui dans lequel cette action fait
des ravages se portera ncessairement au mal, le mal tant plus piquant, plus
attrayant que le bien. C'est donc vers lui que doivent se diriger les effets
violents, par le grand principe qui rapproche et qui runit toujours au moral
comme au physique tous les effets gaux.
     Il est donc certain que le procd ncessaire en pareil cas, prs d'une
jeune personne qu'on formerait, serait d'mousser cette sensibilit, car les
directions sont presque impossibles. Vous perdrez peut-tre quelques faibles
vertus en moussant, mais vous pargnerez bien des vices, et, dans un
gouvernement qui punit svrement tous les vices, et qui ne rcompense jamais
les vertus, il vaut infiniment mieux apprendre  ne pas faire le mal, que de
s'attacher  faire le bien. Il n'y a absolument aucun danger  ne point faire
le bien, et il en existe  faire le mal, avant l'ge de pouvoir sentir la
ncessit qu'il y a de cacher celui auquel la nature nous entrane
invinciblement. Je dis plus : c'est que la chose du monde la plus inutile est
de faire le bien, et la chose du monde la plus essentielle est de ne pas faire
le mal, non pas relativement  soi, car la plus grande de toutes les volupts
ne nat bien souvent que de l'excs du mal, non pas relativement  la
religion, parce que rien n'est absurde comme ce qui tient  l'ide d'un Dieu,
mais uniquement par rapport aux lois, dont l'infraction dcouverte, quelque
dlicieuse qu'elle puisse tre, nous entrane toujours dans l'infortune quand
on manque d'exprience.
     Il n'y aurait donc aucune espce de danger  mettre le jeune individu
dont nous supposons ici l'ducation dans une telle situation d'me, qu' la
vrit il ne ft jamais une bonne action, mais qu'en rcompense il n'en
imagint jamais une mauvaise... au moins avant l'ge o son exprience lui
ferait une ncessit de l'hypocrisie. Or, le procd  mettre en uvre en
pareil cas serait d'mousser radicalement sa sensibilit, sitt que vous vous
apercevrez que sa trop grande activit pourrait l'entraner au vice. Car je
suppose mme que de l'apathie o vous rduiriez son me il puisse natre
quelques dangers ; ces dangers seront bien moindres que ceux qui natraient de
sa trop grande sensibilit. Les crimes commis, dans le cas de l'endurcissement
de la partie sensitive, le seront toujours de sang-froid, et par consquent
l'lve que nous supposons aura le temps d'en cacher et d'en combiner les
suites, au lieu que ceux commis dans l'effervescence l'entraneront, sans
qu'il ait le temps d'y parer, dans les derniers excs de l'infortune. Les
premiers seront peut-tre plus sombres, mais ils seront aussi plus secrets,
parce que le flegme avec lequel ils seront commis donnera le loisir de les
arranger sans devoir en craindre les suites ; les autres, au contraire, commis
 visage dcouvert et sans rflexion, mneront leur auteur  l'chafaud. Et ce
n'est pas  ce que votre lve, devenu homme, commette ou ne commette pas de
crimes que vous devez vous attacher, parce que, dans le fait, le crime est un
accident de la nature dont l'homme est l'instrument involontaire, dont il faut
qu'il soit le jouet en dpit de lui-mme, quand ses organes le contraignent :
mais vous devez vous attacher  ce que cet lve commette le dlit le moins
dangereux, eu gard aux lois du paya qu'il habite, en telle sorte que si le
plus faible est puni et que le plus affreux ne le soit pas, c'est pourtant le
plus affreux qu'il faut lui laisser faire. Car, encore une fois, ce n'est pas
du crime dont il faut le garantir, c'est du glaive qui frappe l'auteur du
crime : le crime n'a pas le moindre inconvnient, et la punition en a
beaucoup. Il est parfaitement gal au bonheur d'un homme qu'il commette ou ne
commette point de crimes ; mais il est trs essentiel  ce mme bonheur qu'il
ne puisse tre puni de ceux qu'il aura faits, de quelque genre ou de quelque
atrocit que soient ces crimes. Le premier devoir d'un instituteur serait donc
de donner,  l'lve dont il est charg, les dispositions ncessaires  ce
qu'il puisse se livrer  celui des deux maux qui est le moins dangereux,
puisqu'il est malheureusement trop vrai qu'il faut qu'il incline vers l'un ou
vers l'autre ; et l'exprience vous dmontrera facilement que les vices qui
pourront natre de l'endurcissement de l'me seront beaucoup moins dangereux
que ceux produits par l'excs de la sensibilit, et cela par la grande raison
que le sang-froid que l'on met aux uns donne les moyens de se garantir de la
punition, tandis qu'il est dmontr impossible qu'elle puisse chapper  celui
qui, n'ayant le temps de rien arranger, de rien prvenir, se livre aveuglment
 l'effervescence de ses sens. Ainsi, dans le premier cas, je veux dire en
laissant  une jeune personne toute sa sensibilit, elle fera quelques bonnes
actions dont l'usage est prouv inutile ; dans le second, elle n'en fera
aucune bonne, ce qui n'a pas le plus petit inconvnient ; et la tournure que
vous lui avez donne ne lui fera commettre que l'espce d'infraction qui peut
tre commise sans danger. Mais votre lve deviendra cruel... Et quels seront
les effets de cette cruaut ? Avec un peu de vigueur, ils consisteront  se
refuser constamment  tous les effets d'une piti que le tour que vous aurez
donn  son me n'admettra plus. Il y a bien peu de danger  cela : ce sont
quelques vertus de moins, et c'est la chose du monde la plus inutile que la
vertu, puisqu'elle est pnible  celui qui l'exerce et qu'elle n'obtient dans
nos climats aucune rcompense. Avec une me forte et rigoureuse, cette cruaut
mise en action consistera en quelques crimes sourds, dont les rapporta aigus
enflammeront par leur frottement les particules lectriques du fluide nerveux
de ses nerfs, et qui coteront peut-tre la vie  quelques tres obscurs.
Qu'importe ? l'effervescence de sa passion n'ayant point altr les facults
de son jugement, il aura procd  tout avec un tel mystre... avec un tel
art, que le flambeau de Thmis n'en pourra jamais pntrer les dtours ; il
aura donc t heureux sans rien risquer : n'est-ce pas l tout ce qu'il faut ?
Ce n'est pas le mal qui est dangereux, c'est l'clat ; et le plus odieux de
tous les crimes, bien cach, a infiniment moins d'inconvnients que la plus
lgre faiblesse dvoile. Jetez les yeux maintenant sur l'autre cas. Dou de
l'exercice entier de ses facults sensitives, l'lve que nous supposons voit
un objet qui lui convient ; les parents le lui refusent : accoutum  donner 
sa sensibilit toute l'extension possible, il tuera, il empoisonnera tout ce
qui, entourant cet objet, pourra gner ses vues, et il sera rou. Ce sont,
comme on voit dans les deux cas, toujours les choses au pis que je suppose :
je n'offre qu'un exemple de dangers de l'une et l'autre situation, et laisse 
l'esprit la combinaison des autres donnes. Si, lorsque vos calculs seront
faits, vous approuvez, comme je ne puis m'empcher de le croire, l'extinction
de toute sensibilit dans un lve, la premire branche de l'arbre  laguer
alors est ncessairement la piti. Et qu'est-ce, en effet, que la piti ? Un
sentiment purement goste qui nous porte  plaindre dans les autres le mal
que nous craignons pour nous. Donnez-moi un tre dans le monde qui, par sa
nature, puisse tre exempt de tous les maux de l'humanit, non seulement cet
tre n'aura aucune espce de piti, mais il ne la concevra mme pas. Une
preuve plus grande encore que la piti n'est qu'une commotion purement
passive, imprime sur le genre nerveux, en raison ou en proportion du malheur
arriv  notre semblable, c'est que nous serons toujours plus sensibles  ce
malheur s'il est arriv sous nos yeux, n'intresst-il qu'un inconnu, que
celui qui pourrait avoir prouv  cent lieues de nous le meilleur de nos
amis. Et pourquoi cette diffrence, s'il n'tait prouv que ce sentiment n'est
que le rsultat physique de la commotion de l'accident sur nos nerfs ? Or, je
demande si un tel sentiment peut avoir par lui-mme quelque chose de
respectable et s'il peut tre vu autrement que comme faiblesse. C'est, de
plus, un sentiment fort douloureux, puisqu'il n'arrive  nous que par une
comparaison qui nous ramne au malheur. Son extinction produit au contraire
une jouissance, puisqu'elle laisse apercevoir, de sang-froid, un tat dont
nous sommes exempta et qu'elle nous permet alors une comparaison
avantageuse... aussitt dtruite, ds que nous nous amollissons au point de
plaindre l'infortune, ce que nous ne faisons que par la cruelle pense que,
peut-tre demain, il peut nous en arriver autant. Bravons cette crainte
fcheuse, sachons affronter sans peur ce danger pour nous-mmes, et nous ne le
plaindrons plus dans les autres.
     Une autre preuve que ce sentiment n'est que faiblesse et pusillanimit,
c'est son attenance plus particulire avec les femmes et les enfants, et
l'loignement dans lequel il est chez ceux dont les organes ont acquis toute
la force et toute la vigueur convenables. Par la mme raison, le pauvre, plus
rapproch de l'infortune que le riche, a naturellement l'me plus ouverte aux
maux que la main du sort offre  ses regards ; comme ces maux sont plus
rapproche de lui, il y compatit davantage. Tout cela prouve donc que la
piti, loin d'tre une vertu, n'est qu'une faiblesse ne de la crainte et du
malheur, faiblesse que l'on doit absorber avant tout, lorsque l'on travaille 
mousser la trop grande sensibilit de ses nerfs, entirement incompatible aux
maximes de la philosophie.
     Voil, Juliette, voil les principes qui m'ont amene  cette
tranquillit,  ce repos des passions,  ce stocisme qui me permet maintenant
de tout faire et de tout soutenir sans motion. Presse-toi donc de t'initier 
ces mystres, poursuivit cette femme charmante qui ne savait pas encore o
j'en tais sur ce point. Presse-toi d'anantir cette stupide commisration qui
te troublerait au moindre spectacle malheureux qui s'offrirait  toi. Arrive
l, mon ange, par des preuves continuelles qui te convaincront bientt de
l'extrme diffrence qui existe entre toi et cet objet, sur le triste sort
duquel tu te lamentes, convaincs-toi que les pleurs que tu rpandrais sur cet
individu ne le soulageraient pas et t'affligeraient ; que les secours que tu
lui administrerais ne pourraient rellement ajouter qu'un plaisir fade  tes
sens, et qu'il en peut natre un trs vif du refus. Persuade-toi que c'est
troubler l'ordre de la nature que de tirer de la classe de l'indigence ceux
qu'elle a voulu y placer ; qu'entirement sage et consquente dans toutes me
oprations, elle a des desseins sur les hommes qu'il ne nous appartient ni de
connatre, ni de contrarier ; que ses desseins sur nous se prouvent par
l'ingalit des forces, ncessairement suivie de celle des fortunes et des
conditions. Autorise-toi des exemples anciens, Juliette ; ton esprit est orn
: rappelle-toi tes lectures. Souviens-toi de l'empereur Licinius qui, sous les
peines les plus rigoureuses, dfendait toute compassion envers les pauvres et
toute espce de soulagement  l'indigence. Rappelle-toi cette secte de
philosophes grecs qui soutenait qu'il y avait du crime  vouloir dranger les
nuances tablies par la nature dans les diffrentes classes d'hommes ; et,
quand tu en seras au mme point que moi, cesse de dplorer alors la perte des
vertus produites par la piti ; car ces vertus n'ayant que l'gosme pour
base, ne sauraient avoir rien de respectable. Puisqu'il n'est nullement sr
qu'il y ait du bien  tirer de l'infortune le malheureux que la nature y
place, il est bien plus simple d'touffer le sentiment qui nous rend sensibles
 ses malheurs que de le laisser germer, dans l'apprhension peut-tre
d'outrager la nature en drangeant ses vues si nous y compatissons : le mieux,
alors, est de nous mettre en un tel tat, que nous ne voyions plus ces maux
qu'avec indiffrence. Ah ! chre amie, si, comme moi, tu avais la force de
faire un pas de plus, si tu avais le courage de trouver du plaisir  la
contemplation des maux d'autrui, rien que par cette ide satisfaisante de ne
les prouver soi-mme, ide qui ncessairement produit une volupt sre, si tu
pouvais aller jusque l, tu aurais beaucoup gagn pour ton bonheur, sans
doute, puisque tu serais parvenue  changer en roses une partie des pines de
la vie. Ne doute pas un instant, ma bonne, que les Denis, les Nron, les Louis
XI, les Tibre, les Venceslas, les Hrode, les Andronic, les Hliogabale, les
Retz, etc.[6], n'aient t heureux par ces principes, et que s'ils ont pu faire
tout ce qu'ils ont fait d'atroce sans en frmir, ce n'tait bien srement que
parce qu'ils taient parvenus  allumer la volupt au flambeau de leurs
crimes. C'taient des monstres, m'objectent les sots. Oui, selon nos murs et
notre faon de penser ; mais relativement aux grandes vues de la nature sur
nous, ils n'taient que les instruments de ses desseins ; c'tait pour
accomplir ses lois qu'elle les avait dous de ces caractres froces et
sanguinaires. Ainsi, quoiqu'ils parussent faire beaucoup de mal suivant les
lois humaines, dont le but est de conserver l'homme, ils n'en faisaient
pourtant aucun selon celles de la nature, dont le but est de dtruire pour le
moins autant qu'elle cre. Au contraire, ils faisaient un bien rel,
puisqu'ils remplissaient ses vues ; d'o il rsulte que l'individu qui aurait
un caractre semblable  celui de ces prtendus tyrans, ou celui qui
parviendrait  y montrer le sien, non seulement s'viterait de grands maux,
mais pourrait mme trouver, dans l'accomplissement de ces systmes, la source
d'une volupt trs forte  laquelle il pourrait se livrer avec d'autant moins
de crainte qu'il serait bien certain de se rendre aussi utile  la nature, ou
par ses cruauts, ou par ses dsordres, que le plus honnte des hommes par ses
qualits bienfaisantes et par ses vertus. Nourris tout cela par des actions et
par des exemples ; vois souvent des infortuns ; accoutume-toi  leur refuser
des secours, afin que ton me s'habitue au spectacle de la douleur abandonne
 elle-mme ; ose te rendre coupable, pour ton propre compte, de quelques
cruauts plus atroces, et tu verras bientt qu'entre les maux produite qui ne
te touchent point et la commotion de ces maux qui a fait prouver une
vibration voluptueuse  tes nerfs, ne ft-ce que par la comparaison du bien au
mal que tu en as retire et qui s'est trouve toute  ton avantage, que ne
ft-ce, dis-je, qu' cause de cela, tu ne saurais balancer un instant.
Insensiblement alors ta sensibilit s'moussera ; tu n'auras pas prvenu de
grands crimes, puisque au contraire tu en auras fait commettre, et que tu en
auras commis toi-mme mais, au moins, ce sera avec flegme, avec cette apathie
qui permet aux passions de se voiler, et qui, te mettant en tat de combiner
leurs suites, te prservent de tous les dangers.
     -  Clairwil, il me parat qu'avec cette manire de penser, tu ne t'es
pas ruine en bonnes uvres.
     - Je suis riche, me rpondit cette femme extraordinaire, au point mme de
ne pas trop savoir ce que j'ai. Eh bien ! Juliette, je te le jure, j'aimerais
mieux jeter mon argent dans la rivire que de l'employer  ce que les sots
appellent aumnes, prires ou charits : je crois tout cela trs nuisible 
l'humanit, fatal aux pauvres, dont de telles murs absorbent l'nergie, et
plus dangereux encore au riche, qui croit avoir acquis toutes les vertus quand
il a donn quelques cus  des prtres ou  des fainants, moyen certain de
couvrir tous ses vices en encourageant ceux des autres.
     - Femme adorable, dis-je  mon amie, si tu connais mon poste auprs du
ministre, tu dois imaginer que ma morale, sur tous les objets dont tu viens de
me parler, n'est pas beaucoup plus pure que la tienne.
     - Assurment, me dit-elle, je sais tous les services que tu rends 
Saint-Fond. Son amie depuis longtemps, ainsi que de Noirceuil, comment ne
connatrais-je pas toutes les dbauches o ces deux sclrats se plongent ? Tu
les sers, je t'en loue ; je les servirais moi-mme au besoin ; il me suffit
que ces carte soient criminels pour que je les adore. Mais je sais aussi,
Juliette, qu'en travaillant beaucoup pour les autres, tu n'as fait que trs
peu pour toi-mme, et deux ou trois vols ne sont pas des faits assez
nergiques pour que tu n'aies pas encore besoin d'exemples et de leons :
laisse-moi donc t'encourager et t'exercer  de plus grandes actions, si tu
veux rellement tre digne de nous.
     - Ah ! dis-je, que je te dois d'estime et d'amiti pour de tels soins !
Continue-les-moi, et sois sre que tu ne trouveras nulle part une plus soumise
colire. Il n'est rien que je n'entreprenne avec toi, rien que je n'imagine,
guide par tes conseils ; et je vais placer toutes mes prtentions, 
l'avenir, dans la ferme ambition de surpasser ma matresse un jour. Mais, ma
trs chre bonne, nous oublions nos plaisirs ; j'en ai reu de divins de toi
que tu ne m'as pas encore permis de te rendre : je brle de faire passer dans
ton me une portion de cette flamme divine dont tu viens de m'embraser.
     - Juliette, tu es dlicieuse, mais je suis trop vieille pour toi :
songes-tu que j'ai trente ans ? Blase sur les choses ordinaires, j'ai besoin
de raffinements si grossiers, d'pisodes si forts... Tant de prliminaires me
sont utiles pour que je bande, tant d'ides monstrueuses, tant d'actions
obscnes, pour que je dcharge... Mes habitudes t'effrayeront ; mon dlire te
scandalisera ; mes besoins te fatigueront... Puis, ses beaux yeux se
remplissant de flammes, et ses lvres se couvrant de l'cume de la lubricit :
     - As-tu des femmes ici ? me dit-elle. Sont-elles lascives ?... Jolies,
cela m'est gal ; je ne m'chaufferai que pour toi : mais je veux au moins que
ces cratures soient bien coquines, bien impudiques, patientes, vigoureuses,
qu'elles jurent tonnamment, et qu'elles n'arrivent  moi que toutes nues.
Combien peux-tu me faire voir de semblables femmes ?
     - Je n'en ai que quatre ici, rpondis-je, pour mes besoins les plus
pressants.
     - C'est bien peu : riche comme tu es, vingt femmes au moins devraient
tre  tes ordres chaque jour, et toutes les semaines il faudrait renouveler
cela. Ah ! comme tu as besoin que je t'apprenne  dpenser l'argent dont on te
couvre ! Est-ce que tu es avare ? Il n'y aurait pas grand mal. J'idoltre l'or
au point de m'tre souvent branle devant l'immensit de louis que j'amasse,
et cela dans l'ide que je peux tout faire avec les richesses qui sont sous
mes yeux. Je trouve donc tout simple qu'on ait le mme got, mais je ne veux
pourtant pas qu'on se refuse rien ; il n'y a que les sots qui ne comprennent
pas qu'on puisse tre  la fois avare et prodigue, qu'on puisse aimer  tout
jeter par la fentre pour ses plaisirs et  refuser tout pour des bonnes
uvres... Allons, fais-moi venir tes quatre femmes, et surtout des verges, si
tu veux me voir dcharger.
     - Des verges ! est-ce que tu fouettes, ma chre ?
     - Ah ! jusqu'au sang, ma bonne... Et je le reois de mme. Il n'est point
de passion plus dlicieuse pour moi ; il n'en est point qui enflamme plus
certainement tout mon tre. Personne ne doute aujourd'hui que la flagellation
passive ne soit du plus grand effet pour rendre la vigueur, teinte par les
excs de la volupt. On ne doit donc pas tre tonn que tous les gens puiss
de luxure cherchent avidement dans l'opration douloureuse de la flagellation
le souverain remde  l'puisement,  la faiblesse de leurs rems, et  la
perte totale de leurs forces, ou  un physique froid, vicieux et mal organis.
Cette opration donne ncessairement aux parties relches une commotion
violente, une irritation voluptueuse qui les embrase et fait lancer la
semence avec infiniment plus de vigueur : le sentiment aigu de la douleur des
parties frappes subtilise et prcipite le sang avec plus d'abondance, attire
les esprits en fournissant aux parties de la gnration une chaleur excessive,
procure enfin  l'tre libidineux qui cherche le plaisir le moyen de consommer
l'acte de libertinage malgr la nature mme et de multiplier ses jouissances
impudiques au-del des bornes de cette nature martre. A l'gard de la
flagellation active, peut-il tre au monde une volupt plus grande pour des
tres endurcis comme nous ? en est-il qui porte mieux l'image de la frocit,
qui satisfasse davantage, en un mot, ce penchant  la cruaut que nous avons
reu de la nature ? ...  Juliette ! assouplir  cette dgradation un jeune
objet intressant et doux, et qui, le plus qu'il est possible, ait quelques
affinits avec nous, lui faire durement prouver cette manire de supplice,
dont toutes les attenances ont si bien la volupt pour emblme, s'amuser de
ses pleurs, bander  ses chagrins, s'irriter de ses bonds, s'enflammer  ses
haut-le-corps,  ces tordions[7] voluptueux qu'arrache la douleur  la victime
moleste, faire couler son sang et ses larmes, s'en repatre, jouir sur son
joli visage des contorsions de la douleur et des jeux musculaires imprims par
le dsespoir, recueillir de sa langue ces flots pourprs contrastant aussi
bien avec la teinte des lys d'une peau douce et blanche, avoir l'air de se
calmer un instant pour effrayer ensuite par de nouvelles menaces, et
n'excuter les menaces qu'avec d'autres recherches plus outrageantes et plus
atroces encore, ne rien pargner dans sa colre, et parcourir avec la mme
rage les parties les plus dlicates, celles mme que la nature semble n'avoir
cres que pour l'hommage des sots, telles que la gorge ou l'intrieur du
vagin, telles que le visage mme,  Juliette, quelles dlices ! N'est-ce donc
point en quelque sorte envahir les droits du bourreau ? n'est-ce pas en jouer
le rle, et cette seule ide ne suffit-elle pas  dterminer invinciblement
l'jaculation du sperme dans des tres qui, blass comme nous sur toutes les
choses ordinaires et simples, ont besoin de ces savantes recherches pour
retrouver ce que les excs leur ont fait perdre ? Que ce got ne te surprenne
pas dans une femme. Ce mme Brantme, dont nous venons d'emprunter tout 
l'heure une expression, nous parle avec candeur et navet de diffrents
exemples appuyant ces maximes[8]. Il y avait, dit-il, une dame du grand monde,
aussi belle que riche, et veuve depuis plusieurs annes, dont rien n'galait
la corruption des murs. Entoure de jeunes filles de compagnie toujours
extrmement belles, elle se plaisait  les faire mettre nues et  les battre
de sa main, sur les fesses, le plus fort qu'il lui tait possible. Elle leur
controuvait des torts afin d'avoir le droit de les punir : alors elle les
fouettait avec des verges et faisait consister toute sa volupt  les voir
frtiller sous ses coups ; plus elles remuaient, plus elles se plaignaient,
plus elles saignaient, plus elles pleuraient, plus la putain tait heureuse.
Elle se contentait quelquefois de les trousser, au lieu de les faire mettre
nues, trouvant  l'action de relever et de contenir leurs jupes, plus de
plaisir encore que la trop grande facilit offerte par leur complte nudit.
     Un grand seigneur, dit-il un peu plus loin, gote aussi le mme plaisir 
fustiger trangement sa femme, ou nue, ou retrousse.
     Une mre, ajoute le mme, fouettait rgulirement sa fille deux fois le
jour, non pour aucune faute qu'elle et commise, mais pour l'unique plaisir de
la contempler dans cette douleur. Quand la jeune personne eut atteint l'ge de
quatorze ans, elle enflamma tellement la concupiscence de sa mre, qu'elle
n'tait pas quatre heures du jour sans la fustiger cruellement.
     Mais, poursuivit Clairwil, si nous nous contentons de nos annales, que de
modles plus intressants nous y trouverions sur cette matire ! et ton ami
Saint-Fond, qui n'est pas un seul jour sans fouetter sa fille, ne pourrait-il
pas couronner nos modernes recherches ?
     - J'ai t la victime de ce got, rpondis-je, et, malgr cela, je le
conois au point de l'adopter peut-tre un jour,  ton exemple. Oh oui !
Clairwil, j'aurai tous tes gots, je veux m'identifier dans toi, si je puis :
il ne peut plus tre au monde de bonheur pour Juliette que quand elle aura
pris tous tes vices !
     Les quatre femmes entrrent : elles taient nues, comme l'avait dsir
mon amie, et lui offraient assurment un des plus beaux ensembles de lubricit
qu'il ft possible de voir. L'ane n'avait pas encore dix-huit ans, la plus
jeune quinze : il tait difficile de voir de plus beaux corps et de plus
agrables figures.
     - Elles sont bien, dit Clairwil, en les examinant lgrement.
     Et comme elles apportaient chacune une poigne, Clairwil prit les verges
et les remit toutes quatre auprs d'elle.
     - Approchez-vous, dit-elle ensuite  la plus jeune (ce fut par ordre
d'ge qu'elle les visita l'une aprs l'autre), oui, approchez-vous, et, vous
prosternant  mes pieds, demandez humblement pardon des sottises que vous avez
faites hier.
     - Eh ! madame, je n'en ai point fait.
     Un vigoureux soufflet est la rponse de Clairwil.
     - Je vous dis que vous avez fait des sottises, et je vous ordonne de m'en
demander pardon  genoux.
     - Eh bien, madame, dit la petite fille en obissant, je vous le demande
de tout mon cur.
     - Je ne vous accorderai ce pardon que quand vous serez punie ; levez-vous
et venez m'offrir humblement vos fesses.
     Alors Clairwil, ayant lgrement frott le joli cul du creux de sa main,
y applique une claque si vigoureuse, que ses cinq doigts y restrent
empreints. Des larmes commencrent  couler sur les belles joues de cette
pauvre petite fille qui, n'ayant point t prvenue et n'ayant encore rien
prouv de semblable, se trouvait douloureusement affecte de cette rception.
Clairwil l'examine et lui suce les yeux ds qu'elle les lui voit en larmes ;
les siens lanaient des flammes, sa respiration devenait presse, sa belle
gorge semblait, en bondissant, suivre les palpitations de son cur. Elle
enfona sa langue dans la bouche de cette jeune fille, la sua longtemps,
puis, revenant encore plus anime de cette caresse, elle lui appliqua une
seconde claque sur le cul, plus forte que la premire.
     - Vous tes une petite putain, lui dit-elle, je vous ai surprise hier
branlant des vits, et je ne souffrirai pas que vous outragiez les bonnes murs
 ce point... J'aime les murs, moi, je veux de la pudeur dans une jeune fille.
     - Je vous rponds, madame...
     - Allons, point d'excuse, coquine, interrompit Clairwil en appliquant un
vigoureux coup de poing dans les flancs de la jeune fille ; coupable ou non,
il faut que je vous vexe et que je m'amuse. De petits tres aussi mprisables
que vous ne sont bons que pour les plaisirs d'une femme comme moi.
     Disant cela, Clairwil pince sa victime sur les parties les plus charnues
de son joli petit corps, au point de la faire crier ; et, ds que la
malheureuse poussait un cri, notre libertine l'touffait au passage en le
recueillant dans sa bouche. Sa colre augmenta, les mots les plus sales et les
plus crapuleux, les jurements les plus infmes, s'exhalrent alors de ses
lvres impures ; ils taient entrecoups comme ses soupirs ; elle pencha la
victime sur le canap, examina lubriquement son derrire, l'entr'ouvrit, y
darda sa langue, puis, revenant aux fesses, elle les mordit en quatre
diffrents endroits, ce que la jeune fille n'endura pas sans des bonds et des
haut-le-corps qui divertissaient fort mon amie et qui excitaient en elle de
ces rires mchante, tenant bien plus  la frocit qu' la joie.
     - Allons, foutue bougresse, tu vas tre fouette ! lui dit-elle ; oui,
sacr bougre de Dieu, je vais t'triller, en dsirant que chacun des coups que
tu recevras de ma main laisse, sur ton vilain cul, d'ineffaables traces.
     Saisissant alors une poigne, elle fait relever la jeune fille, lui
enlace le corps de son bras gauche, et lui poussant un genou dans le ventre,
elle lui fait offrir le cul dans la plus belle position ; elle l'examine un
moment dans cet tat, puis, commenant  triller de sa main droite, sans
prparation, sans mnagement, elle applique d'abord vingt-cinq coups qui
meurtrirent si bien ce cul frais et couleur de rose, qu'on n'apercevait plus
une seule partie qui ne ft couverte de cinglons. Elle appelle alors les trois
autres femmes l'une aprs l'autre, se fait mettre la langue dans la bouche par
chacune d'elle, en leur ordonnant,  mesure qu'elle s'en faisait baiser, de
lui manier fortement les fesses, de lui branler le trou du cul et de combler
d'loges l'opration qu'elle faisait, en lui dnonant surtout quelques
nouveaux torts de la dlinquante. Je passai aprs les trois filles et la
baisai de mme, en la socratisant, en approuvant le supplice qu'elle imposait
 la victime, et nourrissant sa rage lubrique d'une foule de calomnies sur
cette infortune. Lorsque je la baisai, elle voulut que je lui remplisse la
bouche de salive, elle l'avala ; se remettant ensuite  l'ouvrage, elle
appliqua,  cette seconde reprise, le double des coups qu'elle avait
distribus  l'autre ; puis tout de suite une troisime reprise, qui porta 
cent cinquante le nombre de coups reus. Le cul de la petite fille tait
couvert de sang ; elle ordonne aux trois autres femmes de lcher ce sang et de
le lui rapporter dans la bouche ; et moi, elle me baisa, en rendant tout le
sang qu'elle avait reu.
     - Juliette, me dit-elle, la fivre du dlire s'empare de mes sens ; je te
prviens que tes trois autres garces vont tre plus vigoureusement fouettes.
     Elle lche la petite fille, et se fait lgrement passer par elle la
langue dans le con et dans le cul.
     - Allons, dit-elle  la seconde en dsignant celle qu'amenait le tour de
l'ge, allons, avance, putain !
     Celle-ci, effraye de ce qu'on venait de faire  sa camarade, se recule
au lieu d'obir. Mais Clairwil, qui n'tait pas d'humeur  lui faire grce,
l'attire fortement vers elle par un bras et la soufflette d'importance. La
jeune fille se met  pleurer.
     - Bon ! dit Clairwil, voil ce que j'aime.
     Et comme cette charmante crature, ge de seize ans, avait dj la gorge
assez joliment forme, elle la lui pressa au point de la faire crier ; puis,
la baisant tout de suite aprs, elle la lui mordit au point d'y laisser des
marques.
     - Allons, lui dit-elle en jurant, voyons votre cul.
     Et comme il lui parut dlicieux, elle ne put s'empcher de dire, avant
que de les frapper :
     - Ah ! les belles fesses !
     La supriorit mme dont elle les trouva la contraignt  de nouveaux
hommages : elle se courbe, baise le sublime derrire et gamahuche le trou, la
retourne, en fait autant au clitoris et revient promptement au cul. Mais ce ne
sont point des claques qu'elle applique cette fois-ci, ce sont de vigoureux
coups de poing qu'elle distribue et qu'elle tend depuis les cuisses jusqu'aux
paules, en telle sorte qu'elle rend  l'instant toutes noires les parties si
blanches de ce beau corps.
     - Bougre de Dieu ! s'crie-t-elle, je bande ! cette petite garce a l'un
des plus beaux culs que j'aie vus de ma vie.
     Elle prend les verges et se met  fustiger d'importance ; mais, au bout
de quelques coups, elle emploie avec celle-ci un pisode dont elle n'avait
point fait usage avec l'autre : de la main gauche, dont elle lui enlace le
corps, elle carte les fesses de la patiente, afin que les coups qu'elle lui
allonge de la main droite portent sur les parties les plus sensibles du trou
du cul et des chairs dlicates qui l'environnent ; aussi tout ce local est-il
bientt ensanglant. Elle voulut ici que les baisers qu'on lui faisait sur la
bouche, et les attouchements de son derrire, eussent lieu pendant presque
toute l'opration. Les trois autres filles et moi remplmes cet objet ; avec
moi seule, pourtant, elle observa la circonstance d'avaler et de me faire
avaler sa salive. La troisime fille fut traite comme la premire, et la
quatrime comme la seconde ; toutes furent impitoyablement dchires, toutes
furent mises en sang. Sortant de l comme une bacchante, et plus belle que
Vnus, Clairwil fit ranger les quatre filles prs l'une de l'autre, afin de
comparer l'ensemble de leurs culs et de vrifier si toutes taient galement
lacres. En trouvant une plus mnage, elle reprit les verges et lui appliqua
cinquante nouveaux coups qui lui rendirent bientt le cul dans un tat aussi
dplorable que l'taient ceux de ses compagnes.
     - Juliette, me dit-elle, veux-tu que je t'trille aussi ?
     - Assurment, rpondis-je ; comment peux-tu me souponner de ne pas
dsirer avec autant d'ardeur que toi ce qui parat augmenter la somme de tes
volupts ? Fouette, voil mon cul, voil mon corps, voil toute ma personne 
tes ordres.
     - Eh bien, me dit-elle, grimpe sur les paules de la plus jeune de ces
filles, et, pendant que je te fouetterai, que les trois autres observent ce
que je vais prescrire. Emparez-vous des verges, que la moins forte commence,
ensuite les deux autres ; vous, de qui je vais recevoir les premiers cinglons,
coutez bien ce qu'il faut faire : vous vous agenouillerez devant mon cul,
vous en ferez l'loge, vous le baiserez, vous carterez mes fesses, vous
glisserez votre langue fort avant dans le trou, en passant en dessous un de
vos doigts sur le clitoris ; vous vous relverez, et, en m'accablant
d'invectives et de menaces, vous m'appliquerez de suite, et sans arrter, deux
cents coups sur le derrire, toujours en doublant de force ; vous, qui devez
suivre, vous m'avez entendue, vous imiterez votre compagne ; commenons.
     Clairwil tourmentait, par des pinons et des gratignures, le cul de la
petite fille sur les paules de laquelle j'tais, et m'trillait en mme temps
de la plus vigoureuse manire. D'une autre part, on excutait  merveille ce
qu'elle avait recommand ; et la putain, qui voulait faire usage de tout,
baisait alternativement les bouches de celles qui ne la fouettaient pas. A
mesure que mon cul recevait les impressions de ses verges, la froce crature
en baisait et lchait les marques avec avidit : ds qu'elle eut reu le
nombre de coups qu'elle-mme s'tait fix, elle varia l'attitude.
     La fille de dix-huit ans se mit  genoux devant elle ; Clairwil lui
appuya le con sur le visage, en frottant de toutes ses forces les lvres de
son vagin et son clitoris sur le nez, la bouche et les yeux de cette fille 
qui elle recommanda de le lcher. Une fille poste  droite, l'autre  gauche,
trillaient vigoureusement mon amie qui, tenant une poigne de verges de
chaque main, se vengeait sur les deux culs des coups qu'elle recevait ; 
cheval sur le crne de celle qui lchait le con, je lui prsentais le mien 
sucer ; ici la putain dchargea, mais avec des cris, des convulsions et des
blasphmes qui caractrisaient l'un des dlires les plus lubriques et les plus
luxurieux que j'eusse encore observs de mes jours ; la jolie figure contre
laquelle s'tait escrime la tribade tait inonde de foutre.
     - Allons, sacredieu ! faisons autre chose, s'cria-t-elle, sans se donner
le temps de respirer, jamais je ne me repose quand mon sperme est en train de
couler ; travaillez-moi, putains ! secouez-moi, fouettez-moi, branlez-moi de
la plus forte manire !
     La fille de dix-huit ans se couche sur l'ottomane, je m'assieds sur son
visage, Clairwil se campe sur le mien, j'tais suce, je le rendais ; leve
au-dessus de moi, la plus jeune des filles faisait baiser ses fesses 
Clairwil, qu'une autre fille enculait avec un godemich ; la plus mince des
quatre filles, incline, branlait, avec ses doigts, le clitoris de Clairwil,
presque tabli sur ma bouche, et prsentait, pendant ce temps-l, son con aux
mmes pollutions exerces par la main de mon amie. De cette manire, notre
libertine branlait un cul avec sa langue, tait gamahuche, on l'enculait, et
on lui branlait le clitoris.
     - Juliette, me dit-elle au bout de quelques minutes, je t'ai dit que je
ne bandais que d'imagination ; une des choses qui chauffe le plus la mienne
cet d'entendre beaucoup jurer autour de moi : tes putains ne disent mot.
     Ceci devenait embarrassant ; ces filles, prises dans la classe de la
meilleure bourgeoisie, et n'ayant jamais t libertines qu'avec moi,
connaissaient mal le langage qui pouvait convenir  Clairwil. Elles firent ce
qu'elles purent ; mais je fus oblige d'y suppler, et de soutenir, presque 
moi toute seule, les caustiques injures qu'elle se plaisait d'entendre
adresser  l'tre suprme,  l'existence duquel la coquine ne croyait pas plus
que moi. En consquence, celle qui lui branlait le clitoris m'avait remplace
dans l'emploi de la gamahucher ; et moi, je la chatouillais, en blasphmant
les trois mprisables dieux du christianisme comme ils ne l'avaient t de
leur vie. La tribade s'agitait beaucoup, mais il ne venait rien, il fallut
changer encore une fois et d'attitudes et d'pisodes. Je n'ai jamais rien vu
de si beau, de si anim que cette superbe femme, quand elle sortit de cette
scne : si l'on et voulu peindre la desse mme de la lubricit, il et t
impossible de chercher d'autre modle. Elle me saute au col, me langote prs
d'un quart d'heure, me fait voir son cul : il ressemblait  de l'carlate et
contrastait de la manire la plus agrable avec l'clatante blancheur de sa
peau.
     - Ah ! sacr bougre de Dieu dont je me fouts, me dit-elle embrase, comme
je bande ! Juliette ! et que j'entreprendrais de choses en l'tat o je suis !
Il n'y aurait aucune espce de crime, de quelque nature, de quelque violence
que tu voulusses le supposer, que je n'excutasse  l'instant mme. Oh ! mon
amour... oh ! ma putain... oh ! ma chre tribade... oh ! toi que j'aime
infiniment, et dans les bras de qui je veux perdre du foutre, conviens qu'il
n'est rien qui porte aux horreurs comme le calme, l'impunit, les richesses et
la sant dont nous jouissons : donne-moi donc l'ide de quelque crime... que
je l'excute sous tes yeux ; faisons quelque chose d'infme, je t'en supplie...
     Et comme je m'aperus que la plus jeune des filles l'excitait, et qu'elle
lui suait excessivement tour  tour la bouche, le cul et le con, je lui
demandai tout bas si elle voulait la molester.
     - Non, me dit-elle, cela ne me satisferait pas ; je fouette, je tracasse
volontiers un moment les femmes, mais pour la dissolution totale de la
matire, tu m'entends... ce serait un homme qu'il me faudrait, ce sont eux
seuls qui m'excitent  la cruaut ; j'aime  venger mon sexe des horreurs
qu'ils lui font prouver, quand les sclrats se trouvent les plus forts. Tu
ne saurais croire avec quelles dlices j'assassinerais un homme  prsent. 
Dieu ! que de tourments je lui ferais endurer ; par quelles routes obscures et
tnbreuses je le conduirais  la mort !... Allons, je vois bien que ton
imagination n'ayant point encore t jusque l, tu ne peux rien m'offrir dans
ce genre ; terminons, en ce cas, la scne, par quelques salets libidineuses,
puisque nous ne le pouvons par des crimes.
     Les salets, excutes avec toute la prcision et tous les pisodes
dsirs, l'puisent enfin ; elle se prcipite dans un bain d'eau de rose ; on
l'essuie, on la parfume, on la pare du nglig le plus immodeste, et nous
soupons.
     Clairwil, aussi capricieuse dans les dbauches de table que dans celles
du lit, aussi intemprante, aussi bizarre dans les unes que dans les autres,
ne se nourrissait que de volaille et de gibier toujours dsosss, et toujours
apprts sous les formes les plus varies et les mieux dguises. Elle ne
faisait nul usage de nourritures populaires : il fallait que tout ce qu'on lui
servait ft recherch ; sa boisson ordinaire tait de l'eau sucre et  la
glace dans toutes les saisons, dans laquelle il entrait, par pinte, vingt
gouttes d'essence de citron et deux cuilleres d'eau de fleur d'oranger ; elle
ne buvait jamais de vin, mais beaucoup de liqueur et de caf ; d'ailleurs,
elle mangeait excessivement, il n'y eut pas un seul plat qu'elle n'attaqut,
sur plus de cinquante qui lui furent servie. Prvenue d'avance de ses gots,
tout tait accommod d'aprs us dsirs, et il est incroyable ce qu'elle
engloutit. Cette femme charmante, dont l'usage tait de faire adopter ses
gots autant qu'elle le pouvait, les prconisa tellement, qu'elle me fit
suivre son rgime, mais non pas son abstinence de vin ; j'en fais toujours un
trs grand usage, et je l'aimerai vraisemblablement toute ma vie.
     J'avouai, en soupant,  Clairwil que j'tais confondue de son libertinage.
     - Tu ne vois rien, me dit-elle, je ne t'ai donn qu'une trs lgre
esquisse de mes dbauches luxurieuses : je veux que nous fassions ensemble des
choses plus extraordinaires ; je te ferai recevoir dans une socit dont je
suis membre, et o s'excutent des obscnits d'une bien autre force ; l,
chaque poux doit amener sa femme, chaque frre sa sur, chaque pre sa fille,
chaque clibataire une amie, chaque amant sa matresse ; et runis dans un
grand salon, chacun jouit de tout ce qui lui plat davantage, n'ayant d'autres
rgles que ses dsirs, d'autre frein que son imagination ; plus les carts se
multiplient, plus nous sommes dignes d'loges, et des prix fonds se
distribuent  ceux qui se sont distingus par le plus d'infamies, ou qui ont
invent de nouvelles manires de goter le plaisir.
     - Oh ! ma chre amie, m'criai-je en me jetant dans les bras de Clairwil,
 quel point ces dtails chauffent ma tte, et combien je brle d'tre des
vtres !
     - Oui, mais seras-tu digne d'tre admise ? Les preuves exiges pour ceux
que l'on reoit sont terribles.
     - Peux-tu donc douter de moi ? et, de quelque nature que soient ces
initiations, pourra-t-on craindre de me voir balancer, aprs tout ce que j'ai
fait dans les socits de Noirceuil et de Saint-Fond ?
     - Eh bien ! tu seras reue, je te le promets.
     Puis reprenant avec enthousiasme :
     -  Juliette ! comme ce n'est jamais qu'au dgot,  l'impatience, au
dsespoir de n'avoir trouv ni rapports, ni convenances avec l'objet auquel
l'usage nous lie, que sont dus tous les malheurs de l'hymen, il faudrait, pour
y remdier, pour parer  l'affreuse contrainte qui lie ternellement deux
objets qui ne se conviennent pas, il faudrait, dis-je, que tous les hommes
formassent entre eux de pareils clubs. L, cent maris, cent pres, en socit
avec leurs femmes ou leurs filles, se procurent tout ce qui leur manque. Je
cde, en donnant mon poux  Climne, tous les attraits qui manquent au sien,
et je retrouve dans celui qu'elle m'abandonne, tous les charmes que ne pouvait
me procurer le mien. Les changes se multiplient, et dans une seule soire,
comme tu vois, une femme jouit de cent hommes, un homme de cent femmes ; l,
les caractres se dveloppent, on s'est tudi, on se connat ; la plus
entire libert des gots s'y professe ; l'homme qui mprise les femmes ne
jouit que de ses semblables ; la femme qui n'aime que son sexe se livre
galement  ses fantaisies ; nulle contrainte, aucune pudeur... Le seul dsir
d'tendre ses jouissances fait mettre en commun toutes ses richesses. De ce
moment, l'intrt gnral soutient le pacte, et l'intrt particulier se
trouve li  l'intrt gnral, ce qui rend indissolubles les nuds de la
socit : depuis quinze ans que la ntre dure, je n'y ai pas vu une seule
tracasserie, pas un seul mouvement d'humeur. De tels arrangements dtruisent
la jalousie, absorbent  jamais la crainte du cocuage, deux poisons cruels de
la vie, et doivent, par cela seul, mriter la prfrence sur ces socits
monotones o deux poux languissant toute leur vie en face l'un de l'autre,
sont vous ou  l'ennui perptuel de se dplaire, ou au dsespoir de ne
russir  dissoudre leurs liens qu'en se dshonorant tous deux. Puissent nos
exemples persuader  tous les hommes de nous imiter ! Ce sont, j'en conviens,
quelques prjuge  combattre ; mais quand ces socits seraient, comme les
ntres, tayes par la philosophie, le prjug disparatrait bientt. J'y fus
admise la premire anne de mon mariage ; j'avais  peine seize ans. Eh bien !
en dbutant, je rougissais, je te l'avoue, de l'obligation de me prter nue
aux fantaisies de tous ces hommes, aux caprices de toutes ces femmes, dont tu
crois bien que mon ge et ma figure me firent aussitt entourer... mais ce fut
l'affaire de trois jours. L'exemple me sduisit, et je n'eus pas plus tt vu
mes compagnes lascives se disputer l'honneur du choix et l'invention des
lubricits, je ne les eus pas plus tt vues se vautrer cyniquement dans
l'ordure et dans l'infamie, que je les surpassai bientt toutes en thorie
comme en pratique.
     La peinture de cette dlicieuse association me fit tant d'effet, que je
ne voulus pas quitter Clairwil sans qu'elle m'et jur de me faire admettre
dans son club. Le serment fut scell du foutre que nous rpandmes encore
ensemble, en nous faisant clairer par trois grands laquais, aux yeux desquels
Clairwil prtendit qu'il fallait que nous nous branlassions sans leur
permettre seulement un dsir.
     - Voil, dit-elle, comme on s'accoutume au cynisme, et voil o il faut
que tu sois pour tre digne de notre socit.
     Nous nous sparmes enchantes l'une et l'autre, et nous promettant bien
de nous voir le plus tt qu'il serait possible.
     Noirceuil n'eut rien de plus press que de me demander des nouvelles de
ma liaison avec Mme de Clairwil ; mes loges lui prouvrent ma reconnaissance.
Il voulut des dtails ; je lui en donnai ; et, comme Clairwil, il me blma de
n'avoir pas chez moi un beaucoup plus grand nombre de femmes. Ds le
lendemain, j'augmentai ce nombre de huit, ce qui me composa un srail des
douze plus belles cratures de Paris ; on me les changeait tous les mois.
     Je demandai  Noirceuil s'il allait dans la socit de mon amie.
     - Tant que les hommes, me rpondit-il, y avaient la prpondrance, j'y
tais d'une scrupuleuse exactitude ; j'y ai renonc depuis que tout y est
entre les mains d'un sexe dont je n'aime pas l'autorit. Saint-Fond a suivi
mon exemple. N'importe, ajouta Noirceuil, si ces orgies t'amusent, tu peux les
suivre avec Clairwil : il faut essayer de tout ce qui est vice ; je ne connais
d'ennuyeux que la vertu. Tu seras l parfaitement branle, dlicieusement
foutue ; on ne te nourrira que d'excellents principes ; je te conseille donc
de t'y faire admettre au plus tt.
     Il me demanda ensuite si ma nouvelle amie tait entre dans quelques
dtails sur ses aventures.
     - Non, dis-je.
     - A quelque point que tu sois philosophe, reprit Noirceuil, elle t'aurait
assurment scandalise. C'est un vrai modle de luxure, de cruaut, de
dbauche et d'athisme ; il n'est aucune horreur, aucune excration dont elle
ne soit souille ; son crdit et ses grandes richesses l'ont toujours sauve
de l'chafaud, mais elle l'a mrit vingt fois ; c'est, en un mot, par ses
actions journalires qu'on pourrait supputer ses crimes, et le nombre des
supplices qu'elle a mrits s'valuerait par celui des jours de son existence.
Saint-Fond l'aime beaucoup ; cependant, je sais qu'il te prfre  plus d'un
titre : continue donc, Juliette, de mriter la confiance d'un homme qui a dans
ses mains le bonheur et le malheur de ta vie.
     Je convainquis Noirceuil des efforts que je ferais toujours pour cela. Il
venait me prendre pour aller souper  sa petite maison, o nous passmes la
nuit avec deux autres jolies personnes ; nous y excutmes toutes les
extravagances qui vinrent dans la tte de ce profs en lubricit.
     Ce fut  quelque temps de l, qu'chauffe par tout ce que je voyais, par
tout ce que j'entendais, il me devint impossible de tenir  l'extrme besoin
que j'avais de commettre un crime pour mon propre compte ; j'tais bien aise,
d'ailleurs, de voir si je pouvais rellement faire quelque fond sur l'impunit
qui m'tait promise. Je me dcidai donc  des horreurs dignes des leons que
je recevais chaque jour. Voulant prouver  la fois mon courage et ma
frocit, je m'habille en homme, et je vais seule, deux pistolets dans mes
poches, attendre, dans une rue dtourne, le premier passant qui tombera sous
ma main, dans la seule vue de le voler et de l'gorger pour mon plaisir.
Appuye contre le mur, j'tais dans cette espce de trouble caus par les
grandes passions, et dont le choc sur nos esprits animaux est ncessairement
le principe de la premire volupt du crime. J'coutais... Chaque bruit
nourrissait mon espoir. J'imaginais, au plus petit mouvement, apercevoir enfin
ma victime, lorsque des lamentations se font entendre... Je vole au bruit ; je
distingue des plaintes ; j'approche : une pauvre femme, couche en travers
d'une porte, poussait les gmissements qui venaient de frapper mon oreille.
     - Qui tes-vous ? dis-je, en m'approchant tout  fait de cette crature.
     - La plus infortune des femmes, me rpond en pleurant cette malheureuse,
qui ne me parut pas avoir plus de trente ans ; et si vous m'apportez la mort,
vous me rendrez un bien grand service.
     - Mais de quel genre sont vos revers ?
     - Affreux, sans doute, rpondit cette femme, en se relevant assez pour me
laisser apercevoir,  la faible lueur des rverbres, des traits trs doux et
intressants, oui... oui, ils sont affreux, mes revers. Il y a huit jours que
nous manquons d'ouvrage ; nous n'avons pu payer le faible prix de la chambre
que nous occupions dans cette maison, ni le mois de nourrice de notre
enfant... On a conduit cette misrable crature  l'hpital, et on a mis mon
poux en prison ; la fuite seule m'a prserve de la rage des monstres qui
nous traitaient avec tant de rigueur ; vous me voyez tendue sur le seuil de
la porte d'une maison qui m'appartint autrefois : je n'ai pas toujours t
malheureuse. Plus  mon aise, hlas ! je soulageais les pauvres : me
rendrez-vous ce que j'ai fait pour eux ?
     Un feu subtil se glisse  ces mots dans mes veines... Oh ! sacredieu, me
dis-je, quelle occasion d'un crime dtestable, et comme il irrite mes sens !
     - Lve-toi, dis-je  cette femme, tu vois bien que je suis un homme, je
veux m'amuser de ton corps.
     - Oh ! monsieur, suis-je en tat d'exciter des dsirs au sein des larmes
et de l'infortune ?
     - C'est ce qui enflamme les miens ; presse-toi donc de m'obir.
     Et, la saisissant par un bras, je la contrains  se prter aux recherches
que je veux en faire. On ne se doute point de ce que je trouvai sous ces
jupons-l : des chairs trs fermes, trs blanches et trs rebondies...
     - Branle-moi, lui dis-je, en lui portant la main sur mon con, je suis une
femme, mais une femme qui bande pour son sexe et qui veut se branler avec toi.
     -  ciel ! laissez-moi... laissez-moi. Toutes vos horreurs me font frmir
: je suis sage, quoique dans l'infortune, ne m'humiliez pas  ce point.
     Elle veut chapper, je la saisis par les cheveux, et, lui appliquant le
bout de mon pistolet sur la tempe :
     - Va, bougresse, lui dis-je... va dire aux enfers que voil le coup
d'essai de Juliette.
     Elle tombe noye dans son sang... et, je l'avoue, mes amis, oui, je dois
vous rendre compte des effets que j'prouvai : l'embrasement du fluide nerveux
fut tel  cette action, que je me sentis inonde de foutre en la commettant.
Et voil donc les rsultats du crime ! me dis-je. Que l'on a eu raison de me
le peindre dlicieux ! Dieu ! quel est son empire sur une tte comme la
mienne, et combien il sert au plaisir !
     Quelques fentres qui s'ouvrent au bruit de mon arme me font penser  ma
sret ; j'entends de toutes parts crier :  la garde !... A peine tait-il
minuit ; je suis arrte, on trouve mes pistolets, plus de doute, on me
demande qui je suis.
     - Je vous l'apprendrai chez le ministre, rponds-je effrontment ; que
l'on me conduise  l'htel de Saint-Fond.
     Le sergent, tonn de mon air, n'ose s'opposer  cette demande ; on me
lie... on me garrotte... et je jouis encore : ils sont dlicieux les fers du
crime que l'on aime, on bande en les portant. Saint-Fond n'tait point couch
; on l'informe je suis introduite ; Saint-Fond me reconnat.
     - Cela suffit, dit-il au sergent, vous tiez pendu si vous n'aviez pas
amen cette dame dans ma maison ; retournez  vos fonctions, monsieur, vous
avez fait votre devoir. Ce qui vient de se passer est un mystre dans lequel
vous ne devez point entrer.
     Tte  tte avec mon amant, je l'instruisis de tout ; je le fis bander ;
il me demanda si j'avais pu juger des contorsions de cette femme  terre.
     - Je n'en ai pas eu le temps, rpondis-je.
     - Ah ! voil ce que ces actions-l ont de dsagrable : c'est qu'on ne
jouit pas de la victime.
     - Oui, monseigneur, mais un crime de rue...
     - Oui, je le sens, l'esclandre... la rue... le grand chemin... les lois
punissent tout cela plus svrement ; et cela ddommage... et puis l'tat de
cette femme, sa misre... Il fallait l'amener chez toi, nous nous serions
amuss de cela... Quel nom ce sergent a-t-il donc dit qu'on avait trouv sur
le cadavre ?
     - Simon, monseigneur, je m'en souviens.
     - Simon !... Il y a quatre ou cinq jours que cette affaire-l m'a pass
par les mains... Je me le rappelle, c'est moi qui ai fait enfermer ce Simon et
fait mettre l'enfant  l'hpital... Comment ! mais c'est que cette femme est
trs sage et trs jolie. Je rservais cela  tes appareilleuses : l'infortune
ne t'a point trompe, ces gens-l se sont vus fort  l'aise, une banqueroute
les a ruins. Ah ! Juliette, tu n'as fait qu'achever mon crime, et l'aventure
est dlicieuse.
     Je vous l'ai dit, Saint-Fond bandait ; mon travestissement masculin
perfectionnait son dlire. Il me mena dans le boudoir o il m'avait vue la
premire fois que je m'tais prsente chez lui. Un valet de chambre parut, et
Saint-Fond, dboutonnant mes culottes avec une sorte de jouissance, fit
d'abord manier mes fesses  son valet ; il lui branla le vit prs du trou,
puis, s'introduisant bientt lui-mme  ce trou dont il avait l'air de vouloir
faire les honneurs, le paillard m'encula, en m'obligeant  sucer le vit de son
homme, jusqu' ce qu'il ft assez raide pour qu'il l'introduist dans son cul.
L'opration finie, Saint-Fond me dit qu'il avait bien mieux dcharg, depuis
qu'il savait que le cul qu'il venait de foutre avait mrit l'chafaud.
     - Celui qui me foutait et que je t'ai fait sucer est au mme point, me
dit le ministre, c'est un sclrat dcid : voil six fois que je le sauve de
la roue. As-tu vu comme il m'a foutu, et le beau vit dont il est muni ? Tiens,
Juliette, voil la somme que je t'ai promise pour les crimes commis par toi
seule. Une voiture t'attend, retourne chez toi. Demain, tu partiras pour cette
terre au del de Sceaux que je t'achetai le mois pass ; mne peu de monde 
cette campagne, quatre de tes femmes ordinaires... les plus jolies... ta
cuisine... ton office et les trois pucelles du prochain souper. Tu attendras
constamment mes ordres, c'est tout ce que je peux t'expliquer aujourd'hui.
     Je sortis, trs contente du succs de mon crime... trs chatouille du
plaisir de l'avoir commis ; et ayant tout prpar ds le lendemain, je fus
coucher o m'avait ordonn le ministre.
     A peine fus-je tablie  cette campagne, isole de toutes parts et
solitaire comme la Thbade, qu'un de mes gens vint m'avertir de l'arrive
d'un tranger bien mis, qui demandait  me parler, s'annonant de la part du
ministre. Je me gardai bien de ne pas l'introduire  l'instant ; je dcachette
ses dpches :
      Que vos domestiques s'emparent aussitt de l'homme qui vous remettra
ceci, me disait la lettre ; qu'il soit enferm dans les cachots que j'ai fait
construire dans votre maison ; vous me rpondez de ce personnage sur votre vie
; sa femme et sa fille vont suivre. Vous les traiterez de mme. Souvenez-vous
d'excuter mes ordres avec la ponctualit la plus scrupuleuse ; mettez-y
surtout toute la fausset, toute la cruaut dont je sais que vous tes
capable. Adieu. 
     - Monsieur, dis-je aussitt au porteur de la lettre, sans laisser lire
sur mon visage la plus lgre altration, vous tes sans doute des amis de
monseigneur ?
     - Il y a longtemps, madame, qu'il comble de ses bonts ma famille et moi.
     - Je le vois  sa lettre, monsieur... Permettez que j'aille donner  mes
gens les ordres ncessaires  vous recevoir comme il parat le dsirer.
     Et je sortis aprs l'avoir invit  se reposer.
     Les gens qui me servaient, bien plutt des esclaves que des domestiques,
se munissent aussitt de cordes et rentrent avec moi dans l'appartement.
     - Menez monsieur, leur dis-je, dans la chambre que monseigneur lui
destine.
     Et les gaillards, se jetant aussitt sur cet infortun, l'entranent 
mes yeux dans le plus abominable cachot.
     - Oh ! madame, quelle trahison ! quelle horreur ! s'crie cette
malheureuse dupe de la fausset de Saint-Fond et de la mienne.
     Mais ferme, mais impassible  ses gmissements, je porte l'aveugle
obissance aux ordres du ministre au point de l'enfermer moi-mme, sans
vouloir rpondre un seul mot  toutes les questions dont il m'accable.
     A peine tais-je de retour dans mon salon, qu'une voiture entra dans la
cour. C'taient la femme et la fille de ce malheureux, m'apportant de bonne
foi, comme lui, des lettres qui contenaient absolument les mmes ordres.
Saint-Fond, me dis-je, en voyant ces deux femmes, en admirant la beaut de la
mre  peine ge de trente-six ans, les grces et la gentillesse de la fille
atteignant au plus sa seizime anne, ah ! Saint-Fond, ta maudite et sclrate
lubricit n'entrerait-elle pas pour beaucoup dans cette excution
ministrielle ? et n'aurais-tu pas ici, comme dans toutes les actions de ta
vie, bien plutt les vices pour guide que les intrts de ta patrie ?
     Je vous rendrais difficilement les cris et les pleurs de ces deux
malheureuses, quand elles se virent tranes avec ignominie dans les cachots
qui leur taient galement destins ; mais aussi insensible aux larmes de la
femme et de la fille que je l'avais t  celles du pre, les prcautions les
plus svres n'en furent pas moins prises avec elles, et je ne fus
parfaitement tranquille que quand j'eus dans mes poches toutes les clefs de
ces importants prisonniers.
     Je rflchissais sur le sort de ces individus, n'imaginant pas qu'il pt
s'agir d'autre chose que d'une dtention, puisque les excutions  mort me
regardaient et que je n'tais avertie de rien, lorsqu'on m'annonce un
quatrime personnage. Dieu ! quelle est ma surprise en reconnaissant ici le
mme homme par lequel vous vous souvenez que Saint-Fond m'avait fait appliquer
trois coups de canne sur les paules, la premire fois que je m'tais
prsente chez lui ; comme il tait charg d'une lettre, je la lis aussitt.
      Recevez  merveille cette homme-ci, me disait Saint-Fond ; vous devez
vous souvenir de lui, vous avez port ses marques quelque temps, et ce furent
ses mains qui vous captivrent  mes feux la premire fois que je m'amusai de
vous chez moi. Il va devenir le principal acteur de la scne sanglante qui
doit se jouer demain. C'est, en un mot, le bourreau de Nantes, venu par mes
ordres, pour l'excution des trois personnes qui sont maintenant sous vos
clefs. Oblig de porter aprs-demain ces trois ttes  la reine, sous peine de
perdre ma place, vous comprenez que je me serais bien charg tout seul de
l'excution, si Sa Majest n'et tmoign le plus ardent dsir de les recevoir
de la main mme d'un bourreau. C'est  cause de cela qu'on n'a pas voulu de
celui de Paris ; celui-ci ignore le motif qui l'amne dans votre maison. Vous
pouvez maintenant l'instruire, mais ne lui faites point voir les victimes :
cette clause est essentielle. J'arriverai demain matin sans faute. Traitez vos
prisonniers, et les femmes surtout, avec la plus extrme rigueur ; qu'ils
n'aient que du pain... de l'eau, et point de jour. 
     - Monsieur, dis-je  ce personnage, le ministre a raison de dire dans sa
lettre que nous nous connaissons... Vous m'avez un jour traite d'une manire
...
     - Oh ! madame, excusez les ordres ...
     - Je ne vous en veux point, interrompis-je, en lui tendant une main qu'il
baise avec ardeur... Mais il est temps de dner ; allons nous mettre  table,
nous raisonnerons aprs.
     Delcour tait un homme de vingt-huit ans, d'une trs jolie figure, et
dont l'air et le mtier m'chauffrent aussitt la tte. Les prvenances que
je lui fis taient l'ouvrage de mon cur ; aprs le dner, je lui fis le plus
beau jeu du monde. Delcour me convainquit bientt du succs de mes avances.
Son troite culotte bombait tonnamment, je n'y pus tenir...
     - Sacredieu ! lui dis-je, mon amour, voyons donc ce que tu possdes l.
Ce vit superbe chauffe ma tte, ta profession achve de l'enflammer ; je veux
absolument que tu me foutes.
     Puis ayant aussitt mis  l'air ce superbe instrument, le premier usage
que j'en fais, selon ma coutume avec tous les hommes, est de le sucer
jusqu'aux couilles ; mais  peine celui-l peut-il tenir dans ma bouche. Ds
qu'il y est, Delcour s'empare de mon con, le gamahuche, et, en deux secondes,
nous partons tous les deux. Ce beau jeune homme, me voyant avaler son foutre,
se jette ardemment sur moi.
     - Ah, sacredieu ! dit-il, trop de promptitude m'a perdu ; mais je vais
rparer ma faute.
     Le fripon n'avait pas dband ; il me renverse sur une large bergre,
imprime ses lvres sur les miennes, encore toutes mouilles de son sperme, et
m'enconne avec une raideur bien rare quand la perle est encore au bout : de
mes jours, je n'avais t si bien foutue. Delcour me lima trois quarts d'heure
; il se retira, par prudence, quand il se sentit prs de dcharger ; et moi,
faisant couler une seconde fois dans ma bouche un foutre pais qui n'tait d
qu' mon con, j'avalai bientt cette seconde dose avec les mme dlices que la
premire.
     - Delcour, dis-je, ds qu'un peu revenue  moi je pus raisonner mon
extravagance, vous tes sans doute surpris de la manire leste avec laquelle
je vous ai reu. Une conduite si lgre, des avances si promptes, vont me
faire prendre par vous pour une grande putain ;  quelque point pourtant que
je mprise ce que les sots appellent rputation, je ne veux pas vous laisser
ignorer que c'est bien moins  ma coquetterie, bien moins  mon physique que
vous devez cette bonne fortune, qu' ma tte : j'ai le malheur d'en avoir une
fort singulire. Vous tes un meurtrier... un bourreau... fort joli
d'ailleurs, bandant  merveille... Eh bien ! je vous le dis... oui, votre
profession, voil ce qui m'a jete dans vos bras ; mprisez-moi, dtestez-moi,
je m'en moque : vous m'avez foutue, c'est tout ce que je voulais.
     - Ange cleste, me rpondit Delcour, non, je ne vous mpriserai pas ; je
vous harai encore moins ; vous n'tes faite ni pour l'un, ni pour l'autre de
ces sentiments. Je vous adorerai, parce que vous mritez de l'tre, et me
plaindrai seulement de n'avoir d votre dlire qu' ce qui me vaut
l'avilissement des autres...
     - Qu'importe, dis-je, tout cela tient  l'opinion : vous voyez comme elle
varie, puisque je vous prfre prcisment  cause de ce qui vous carte du
reste des hommes. Ne prenez cependant ceci que pour une affaire de dbauche :
l'attachement que j'ai pour le ministre, la manire dont je vis avec lui, ne
me permettent aucune intrigue, et je n'en contracterai certainement jamais.
Nous tirerons de la soire et de la nuit tout le parti possible, et nous en
resterons l.
     - Ah ! madame, me dit alors ce jeune homme avec le plus grand respect, je
ne vous demande que votre protection et vos bonts.
     - Vous aurez toujours l'une et l'autre ; mais il faut que vous vous
prtiez jusqu'au bout  tout le dsordre de mon imagination, et je vous
prviens qu'avec vous, uniquement  cause du prjug vaincu, elle ira
peut-tre un peu loin.
     Et comme Delcour, depuis un instant, s'tait mis  manier ma gorge d'une
main, en me branlant le clitoris de l'autre, et dardant de temps en temps sa
langue dans ma bouche, je l'exhortai  tre sage et  rpondre avec vrit aux
questions que j'allais lui faire.
     - Dites-moi d'abord  quel propos il prit  Saint-Fond lorsque je vous
vis pour la premire fois, la bizarre fantaisie de me faire frapper par vous
sur les paules.
     - Affaire de libertinage, madame, irritation de tte vous connaissez le
ministre.
     - Il vous emploie donc dans ses scnes de luxure ?
     - Toutes les fois que je suis  Paris.
     - Il vous a foutu ?
     - Oui, madame.
     - Et vous le lui avez rendu ?
     - Assurment.
     - Vous l'avez battu, fouett ?
     - Souvent.
     - Ah, foutre ! comme cela m'excite ! ... Branlez... branlez... Et vous
a-t-il fait battre ou fouetter d'autres femmes ?
     - Plusieurs fois.
     - Avez-vous pouss les choses plus loin ?
     - Permettez-moi, madame, de respecter les secrets du ministre ; en le
connaissant aussi bien que vous, il est facile de tout deviner.
     - Lui avez-vous quelquefois vu des projets contre moi ?
     - Oh ! jamais, madame ! je n'ai reconnu pour vous, dans lui, que de la
confiance et de la tendresse ; je vous rponds qu'il vous aime beaucoup.
     - Je le lui rends bien... je l'adore, j'espre qu'il en est convaincu.
Parlons d'autres choses, puisque vous voulez que je respecte vos secrets.
Dites-moi, je vous prie, comment il vous est possible d'attenter  la vie d'un
individu qui ne vous a jamais rien fait ? Comment la piti ne rclame-t-elle
pas au fond de votre me, en faveur du malheureux que la loi vous charge
d'assassiner de sang-froid !
     - Soyez bien certaine, madame, me rpondit Delcour, qu'aucun de nous ne
parvient  ce degr de frocit rflchie, sans des principes inconnus
peut-tre aux autres hommes.
     - Des principes ? eh bien, voil ce que je veux savoir : quels sont-ils ?
     - Ils prennent leur source dans la plus complte inhumanit ; on nous
accoutume ds l'enfance  compter la vie des hommes pour rien et la loi pour
tout ; il rsulte de l que nous gorgeons nos semblables avec la mme
facilit qu'un boucher tue un veau, et sans y faire plus de rflexions.
     - Mais ce que vous vous permettez pour l'excution de la loi, vous vous
le permettriez donc galement pour la satisfaction de vos penchante !
     - Certainement, madame, ds que le prjug n'existe plus dans nous et que
nous ne croyons aucun mal au meurtre.
     - Comment peut-on n'en pas supposer  la destruction de ses semblables ?
     - Je vous demanderai  mon tour, madame, comment il est possible d'en
souponner  cette action. Si l'une des premires lois de la nature n'tait
pas la destruction de tous les tres, assurment je pourrais croire qu'on
outrage cette nature inintelligible, en procdant  cette destruction ; mais
ds qu'il n'existe pas un seul procd de la nature qui ne nous prouve que la
destruction lui est ncessaire et qu'elle ne parvient  crer qu' force de
dtruire, assurment tout tre qui se livrera  la destruction n'aura fait
qu'imiter la nature. Je dis plus : celui qui s'y refuserait, l'offenserait
grivement ; et si, comme on n'en peut douter, nous ne lui fournissons des
moyens de crer qu'en dtruisant, assurment plus nous dtruirons et mieux
nous servirons ses vues. Si le meurtre est la base des lois rgnratrices de
la nature, bien certainement l'homme qui servira le mieux la nature sera le
meurtrier, et, de ce moment, plus il multipliera ses meurtres, et mieux il
accomplira les lois d'une nature dont les seuls besoins sont des meurtres[9].
     - Voil des systmes bien dangereux.
     - Ils sont vrais, madame... Si jamais on vous les tend plus que moi,
vous verrez qu'on partira toujours des mmes bases.
     - Mon ami, dis-je  Delcour, vous m'en avez dit assez pour me faire
beaucoup rflchir ; une seule ide lance dans une tte comme la mienne y
produit l'effet de l'tincelle sur le salptre ; j'ai de grandes dispositions
 penser comme vous. Nous avons ici trois victimes ; vous n'tes dans ce
chteau que pour les sacrifier : je vous rponds que j'aurai grand plaisir 
vous voir oprer sur elles. Mais achevez, je vous prie, mon cher, de jeter sur
tout ceci la masse de lumire qu'il vous est possible d'y rpandre. N'est-il
pas vrai que ce n'est qu'avec le secours du libertinage que vous parvenez 
vaincre la nature ou plutt le prjug ? car vous venez de me prouver
clairement que la nature tait bien plutt servie qu'outrage par le meurtre.
     - Que voulez-vous dire, madame ?
     - Je vous demande s'il n'est pas trs certain, ainsi que je l'ai ou
dire, que ce n'est qu'en vous montant la tte au libertinage que vous parvenez
 vous tourdir sur les meurtres que votre mtier vous oblige  faire : en un
mot, s'il n'est pas vrai que vous bandez toujours en excutant ?
     - Il est certain, madame, que le libertinage porte au meurtre ; il est
constant qu'un individu blas doit retrouver ses forces dans cette manire de
commettre ce que les sots appellent un crime : et cela, parce qu'en doublant
sur nos nerfs la somme des commotions produites dans un individu quelconque,
au mme sens qui nous agite le plus fortement, nous devons ncessairement
retrouver les forces que nous ont fait perdre les excs. Le meurtre est donc
bien rellement un des plus dlicieux vhicules du libertinage ; mais il n'est
pas vrai qu'il faille toujours avoir la tte monte au libertinage pour
commettre le meurtre. La preuve en est fournie par l'extrme sang-froid avec
lequel tous nos confrres y procdent... par l'espce de passion trs
diffrente de celle du libertinage qui agite ceux qui se livrent  cette mme
action, soit par ambition, soit par vengeance ou par avarice, ceux mmes qui
s'y livrent par le simple mouvement de la cruaut, sans qu'aucune autre
passion les y contraigne, ce qui doit ncessairement tablir, comme vous
voyez, plusieurs classes de meurtres, parmi lesquels le libertinage a la
sienne, sans que cela nous empche de conclure qu'aucune de ces sortes de
meurtres n'outrage la nature, et que de quelque espce qu'ils soient, ils
rentrent bien plutt dans ses lois, qu'ils ne les violent.
     - Tout ce que vous dites est juste, Delcour, mais je n'en soutiens pas
moins qu'il serait  dsirer que, pour l'intrt mme de ces meurtres, celui
qui les commet n'allumt sa fureur qu'au flambeau de la lubricit, car cette
passion ne laisse jamais de remords, ses souvenirs sont des jouissances ; au
lieu que, l'nergie des autres une fois teinte, on est souvent dvor de
regrets, lorsque les principes surtout ne sont pas tablie ; et il serait bien
facile de ne se jamais porter  cette action sans y tre excit par le
libertinage. Il me semble qu'on pourrait tuer dans quelque vue que ce puisse
tre, mais toujours en bandant, et cela pour mieux consolider l'action, pour
s'empcher d'tre molest par le grand remords qui n'atteint jamais le
libertinage... et qui jamais n'est veng par lui.
     - En ce cas, dit Delcour, vous croyez donc que toutes les passions
peuvent s'accrotre ou s'alimenter par celle de la luxure ?
     - Elle est aux passions ce que le fluide nerveux est  la vie : elle les
soutient toutes, elle leur prte de la force  toutes, la preuve en est qu'un
homme sans couilles n'aurait jamais de passions.
     - Ainsi, vous imaginez qu'on peut tre ambitieux, cruel, avare,
vindicatif, dans les mmes motifs que ceux de la luxure.
     - Oui, je suis persuade que toutes ces passions font bander, et qu'une
tte vive et bien organise peut s'chauffer de toutes, comme elle le ferait
de la luxure. Je ne vous dis rien ici que je n'aie prouv ; je me suis
branle, et j'ai compltement dcharg sur des ides d'ambition, de cruaut,
d'avarice et de vengeance. Il n'est pas un seul projet de crime, quelle que
ft la passion qui l'inspirt, qui n'ait fait circuler dans mes veines le feu
subtil de la lubricit : le mensonge, l'impit, la calomnie, la friponnerie,
la duret d'me, la gourmandise mme, ont produit dans moi ces effets ; et il
n'est, en un mot, aucune manire d'tre vicieuse qui n'ait allum ma luxure ;
ou son flambeau, si vous l'aimez mieux, ayant produit dans moi l'incendie de
tous les vices, en jetant sur tous ce feu divin qui n'appartient qu' elle,
leur a communiqu  tous cette sensation voluptueuse que les gens mal
organiss semblent n'attendre que de sa main. Assurment, voil mon opinion.
     - Et c'est aussi la mienne, madame, rpondit Delcour, je ne saurais vous
le dissimuler plus longtemps.
     - Que je vous sais gr d'tre franc avec moi ; allez, mon cher, je crois
vous connatre assez maintenant pour tre certaine que vous avez besoin de
vous monter la tte au libertinage, quand vous commettez les meurtres qui vous
sont ordonns, ce qui vous les fait excuter avec bien plus de volupt qu'
vos confrres qui n'y procdent que machinalement.
     - Eh bien ! madame, vous m'avez devin.
     - Sclrat, dis-je en souriant et reprenant le vit de ce charmant jeune
homme que je branlai pour lui donner un peu d'nergie...  libertin insigne !
c'est--dire qu'aujourd'hui tu bandes pour jouir de mon existence, et que
demain tu dchargerais en me l'tant...
     Et voyant l'embarras du jeune homme :
     - Va, mon ami, lui dis-je, absolument dans tes principes je dois te
pardonner tout ce qui en rsulte : amusons-nous des consquences et ne
disputons point sur elles.
     Et, ma tte incroyablement embrase :
     - Allons, dis-je, il faut que vous me fassiez ici des choses fort
extraordinaires.
     - Quoi donc ?
     - Il faut que vous me battiez, que vous m'outragiez, que vous me
fouettiez : ne faites-vous pas ces choses-l tous les jours avec des filles ?
ne sont-ce pas mme les volupts, dont vous vous souillez avec elles, qui vous
lectrisent au point de vous rendre capable du reste ?
     - Souvent.
     - Eh bien, vous aurez de l'ouvrage demain ; disposez-vous y donc
aujourd'hui : voil mon corps, je vous le livre.
     Et Delcour, par mes ordres, m'ayant pralablement appliqu une douzaine
de soufflets, et autant de coups de pied au cul, s'empara d'une poigne de
verges dont il m'trilla les fesses un quart d'heure, pendant qu'une de mes
femmes me gamahuchait.
     - Delcour, dis-je,  divin destructeur de l'espce humaine ! toi que
j'adore et dont je vais jouir, trille donc ta catin plus fort, imprime-lui
les marques de ta main, tu vois qu'elle brle de les porter. Je dcharge 
l'ide de verser mon sang sous tes doigts, ne l'pargne pas mon amour !...
     Il coula...  mes amis ! comme j'tais transporte ! Aucune expression ne
rendrait l'garement produit en moi par cette action : il faut ma tte pour le
concevoir, il faut les vtres pour le comprendre. On n'imagine pas ce que je
perdis de foutre dans la bouche de ma branleuse. J'tais dans un dsordre...
dans un trouble... dans une agitation, o je ne m'tais vue de la vie...
     -  Delcour ! poursuivis-je, il te reste un dernier hommage  me rendre,
mnage tes forces pour y procder. Ce cul, que tu viens de dchirer, t'appelle
; il t'invite  le consoler. Vnus a, tu le sais, plus d'un temple  Cythre :
viens entr'ouvrir le plus secret, viens m'enculer, Delcour, viens... qu'il n'y
ait pas une seule jouissance que nous n'ayons gote... pas une horreur que
nous n'ayons commise.
     - Ah ! sacredieu, dit Delcour transport... je n'osais vous le proposer,
madame ; mais voyez comme vos dsirs enflamment les miens.
     Et, en effet, mon fouteur me fait voir un vit plus ferme et plus allong
que je ne l'avais encore aperu...
     - Aimable libertin, lui dis-je, tu aimes donc le cul ?
     - Ah ! madame, est-il au monde de plus dlicieuse jouissance ?
     - Je le vois bien, mon cher, rpondis-je, quand on s'accoutume  braver
sur un point les lois de la nature, on ne jouit plus vritablement qu'en les
transgressant toutes, les unes aprs les autres...
     Et Delcour, en possession de l'autel que je lui abandonnais en entier, le
couvrit, quoique tout sanglant, des plus dlicieuses caresses. Le frtillement
de sa langue au trou m'enflamma. La coquine  laquelle je m'tais livre m'en
faisait autant au clitoris. Je n'y tins plus : j'tais puise, mais nullement
tranquille et ne me souciant plus de Delcour : autant je l'avais dsir,
autant il me faisait horreur. Voil l'effet des dsirs irrguliers : plus ils
ont exalt nos ttes, plus ils les laissent dans le vide. Les sots tirent de
l des preuves de l'existence de Dieu ; je n'y trouve, moi, que les preuves
les plus certaines du matrialisme : plus vous rabaissez notre existence, et
moins je la croirai l'ouvrage d'un Dieu.
     Delcour remis dans son appartement, je gardai ma tribade  coucher.
Saint-Fond arriva le lendemain vers midi ; il renvoya ses gens et sa voiture,
et vint aussitt m'embrasser dans le salon ; un peu inquite de la faon dont
il prendrait la petite incartade que je m'tais permise avec Delcour, je lui
avouai tout.
     - Juliette, me dit-il, je vous gronderais si je ne vous avais pas
prvenue que je serais de la plus grande indulgence sur tous les garements de
votre tte. Ce que vous vous tes permis est trs simple ; vous n'avez eu
d'autre tort que de vous confier  Delcour, qui pourrait commettre une
indiscrtion. Delcour, qu'il est bon que vous connaissiez, m'a servi deux ans
de bardache, quand il avait quatorze et quinze ans ; il tait fils du bourreau
de Nantes ; cette ide m'chauffa ; j'eus son pucelage, et quand j'en fus las,
je le mis dans les mains du bourreau de Paris, dont il a t garon jusqu' la
mort de son pre ; il en exerce aujourd'hui la place ; c'est un garon qui ne
manque pas d'esprit, mais il est excessivement libertin ; et, comme je viens
de vous le dire, il n'tait pas de tournure  inspirer une grande confiance.
Il faut maintenant que je vous instruise de l'existence des prisonniers
auxquels nous allons donner la mort.
     M. de Cloris est un des hommes de France qui a le plus contribu  mon
avancement. L'anne que je fus lev au ministre, quoique fort jeune encore,
il couchait avec la duchesse de G*, dont le pouvoir tait immense  la cour,
et ce fut rellement par les cabales et les intrigues de tous deux que le roi
me donna la place que j'occupe. De ce moment, Cloris devint pour moi un objet
d'horreur ; je craignais de le rencontrer, je le dtestais ; tant que sa
protectrice vcut, je le mnageai ; elle vient de mourir... par mes soins
peut-tre ; de ce moment Cloris fut  la tte de ma liste de proscription ; il
avait pous ma cousine germaine.
     - Oh ! monseigneur, quoi ! cette femme est votre cousine ?
     - Assurment, Juliette, et ce vhicule de plus n'a pas peu contribu  sa
perte. J'ai dsir cette femme ; elle m'a toujours rsist ; peu  peu, mes
dsirs sont descendus sur sa fille ; et la rsistance devenant plus forte ici,
ma rage et mon extrme envie de perdre toute la famille n'en sont devenues que
plus violentes. Il n'y a sorte de ruses et de noirceurs, de mensonges et de
calomnies que je n'aie mis en usage pour les perdre ; j'ai fini par rendre le
pre et la fille si suspects  la reine, en lui persuadant que Cloris avait
vendu sa fille au roi, que je suis parvenu  me faire vivement solliciter pour
les perdre tous. La reine veut absolument leurs ttes demain ; trois millions
pour chacune de ces ttes deviennent ma rcompense : juge avec quelle joie je
vais obir, et de quels pisodes dlicieux je vais entourer ma vengeance.
     - Oh, monseigneur ! cette complication de crimes est affreuse, et je ne
puis vous dire  quel point elle irrite ma tte.
     - La mienne l'est galement, mon ange, et j'arrive aujourd'hui avec
d'excrables intentions. Il y a huit jours que je n'ai dcharg ; personne ne
possde comme moi l'art d'aiguiser ses passions par une abstinence
industrieuse ; je n'en jouis pas moins : j'ai peut-tre t foutu deux cents
coups, et vu cent ou cent cinquante individus de tout sexe pendant ce rgime,
mais sans perdre une goutte de foutre. Il rsulte de cette petite fraude  la
nature que je suis dans un tat de dsir bien funeste pour les tres sur qui
doit tomber l'orage, et c'est ici que je veux qu'il clate... Avez-vous donn
des ordres pour que nous soyons seuls et que qui que ce soit, except ceux qui
sont ncessaires  la scne, ne soit introduit dans cette maison ?
     - Oui, monseigneur.
     - C'est que je ferais pendre  l'instant celui qui chercherait  y
pntrer malgr moi : un dtachement des gardes est  Sceaux, pour me prter
main-forte en cas de besoin, et jamais le crime n'aura si bien t soutenu.
Gotez-le comme moi, le plaisir de le commettre, environn d'aussi dlicieuses
circonstances et d'une scurit si profonde.
     - Ah ! vous le voyez,  l'tat o tout ce que vous me dites me met.
     - En vrit, je crois que tu dcharges.
     Et le paillard, pour se convaincre d'une crise que je n'prouvais que
trop rellement, me trousse d'une main jusqu'au nombril, introduisant de
l'autre un de ses doigts dans mon con, qu'il retire inond des preuves bien
certaines de l'agitation luxurieuse dans laquelle je suis.
     - Que j'aime  voir en toi de pareils effets, me dit le ministre, et
combien ils me prouvent  quel point tu partages ma faon de penser ! Attends,
il faut que je pompe le foutre que je fais couler.
     Et sa bouche se collant sur mon con, le vilain le suce un quart d'heure ;
il me retourne :
     - Ah ! dit-il, voil celui que j'aime  baiser de prfrence... Le beau
trou !... friponne, je vois bien qu'on t'a sodomise. Il ne cessait de baiser
mon cul pendant tout ce temps ; il se dculotte, il m'expose le sien... je le
gamahuche.
     - Ah ! coquine, quel plaisir tu me fais ! me dit-il, en vrit, je crois
que tu aimes mon cul... Tiens, vois mon vit, il commence  bander, suce-le ;
conseille-moi donc quelques extravagances, je veux en mler dans ce que nous
ferons : c'est aux grelots de la Folie  sonner les heures de Vnus.
     - Il fait chaud, lui dis-je, je voudrais que tu t'habillasses en sauvage,
que les bras, les cuisses, les fesses et le vit fussent  dcouvert ; tu te
mettrais sur la tte une coiffure de serpent, ton visage serait barbouill de
rouge, nous t'adapterions des moustaches, un large baudrier soutiendrait
toutes les armes ncessaires aux supplices que tu veux faire prouver  tes
victimes ; ce costume effrayerait tout le monde, et c'est la terreur que l'on
doit inspirer quand on veut se vautrer dans le crime.
     - Tu as raison, Juliette, oui, tu as raison, tu m'arrangeras de cette
manire.
     - Sois sr que cet appareil en impose : vois ces baladins de juges, s'ils
ne ressemblent pas  des hros de comdie ou  des charlatans, lorsqu'ils sont
dans leurs tribunaux.
     - Je les voudrais plus effrayants et plus sanguinaires mille fois :
assure-toi bien, Juliette, que ce n'est qu'en rpandant le sang des hommes
qu'on parvient  les dominer.
     Le dner se servit, nous nous mmes  table, tte  tte, et la
conversation continua sur le mme ton.
     - Oui, certes, reprit le ministre, il faudrait que les lois fussent plus
svres ; il n'y a d'heureusement gouverne que les pays o rgne
l'Inquisition. Voil les seuls qui soient rellement soumis  leurs souverains
; c'est aux chanes sacerdotales  resserrer celles de la politique : la force
du sceptre dpend de celle de l'encensoir ; chacune de ces autorits a le plus
grand intrt  se prter mutuellement des forces, et ce ne sera jamais qu'en
les divisant que les peuples secoueront le joug. Rien n'assouplit le peuple
comme les craintes religieuses ; il est bon qu'elles lui fassent redouter
d'ternels supplices s'il se rvolte contre son roi ; et voil d'o vient que
les puissances d'Europe vivent toujours en bonne intelligence avec Rome. Nous
autres, grands de la terre, mprisons et bravons ces foudres fabuleuses du
mprisable Vatican, mais faisons-les craindre  nos esclaves ; c'est, encore
une fois, l'unique moyen de les maintenir sous le joug. Nourris des principes
de Machiavel, je voudrais que la distance des rois aux peuples ft comme celle
de l'astre des cieux  la fourmi ; qu'il ne fallt qu'un geste  un souverain
pour faire ruisseler le sang autour de son trne, et que, vu comme un Dieu sur
la terre, ce ne ft jamais qu' genoux que ses peuples osassent l'approcher.
Quel est donc l'tre assez imbcile pour comparer le physique ... oui, le
physique seul d'un monarque  celui d'un homme du peuple ? Je veux croire que
la nature leur a donn les mmes besoins, et le lion aussi a les mmes besoins
que le vermisseau : se ressemblent-ils pour cela ?  Juliette ! souviens-toi
que si les rois commencent  perdre leur crdit en Europe, c'est que leur
humanit les a perdus : s'ils fussent rests sous le voile, comme les
souverains d'Asie, leur nom seul ferait encore trembler la terre. On se
familiarise avec ce que l'on voit tous les jours, et Tibre  Capre dut bien
plus effrayer les Romains, que Titus au milieu de Rome, allant consoler les
pauvres.
     - Mais ce despotisme qui vous plat tant, dis-je  Saint-Fond, parce que
vous tes puissant, croyez-vous donc qu'il plaise au plus faible !
     - Il plat  tout le monde, Juliette, me rpondit Saint-Fond ; tous les
hommes tendent au despotisme ; c'est le premier dsir que nous inspire la
nature, bien loigne de cette loi ridicule qu'on lui prte, dont l'esprit est
de ne point faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'il nous ft
fait... de peur de reprsailles, aurait-on d ajouter, car il est bien certain
que c'est la seule crainte du retour qui a pu faire prter  la nature un
langage aussi loign de ses lois. J'affirme donc que le premier et le plus
vif penchant de l'homme est incontestablement d'enchaner ses semblables et de
les tyranniser de tout son pouvoir. L'enfant qui mord le tton de sa
nourrice... qui brise  tout instant son hochet, nous fait voir que la
destruction, le mal et l'oppression sont les premiers penchants que la nature
a gravs dans nos curs, et auxquels nous nous livrons avec plus ou moins de
violence, en raison du degr de sensibilit dont nous sommes dous. Il est
donc bien certain que tous les plaisirs qui peuvent flatter l'homme, toutes
les dlices qu'il peut goter, tout ce qui dlecte le plus souverainement ses
passions, se trouvent essentiellement dans le despotisme dont il peut grever
les autres. La voluptueuse Asie, en enfermant avec soin les objets de ses
jouissances, ne nous dmontre-t-elle pas que la luxure gagne  l'oppression et
 la tyrannie, et que les passions s'enflamment bien plus fortement de tout ce
qui s'obtient par la contrainte que de ce qui s'accorde de plein gr ? Ds
qu'il est dmontr que c'est en raison de la violence de l'action commise que
doit se mesurer la somme du bonheur de celui qui agit, et cela parce que plus
cette dose est forte et plus elle branle le systme nerveux, ds que, dis-je,
cela est dmontr, la plus grande dose de bonheur possible consistera donc
dans le plus grand effet du despotisme et de la tyrannie : d'o il rsultera
que l'homme le plus dur, le plus froce, le plus tratre et le plus mchant,
sera ncessairement le plus heureux ; car ce n'est, ainsi que te l'a souvent
dit Noirceuil, ni dans le vice, ni dans la vertu qu'est le bonheur : c'est
dans la manire dont nous sommes disposs pour sentir l'un ou l'autre, et dans
le choix que nous faisons d'aprs cette organisation. Ce n'est pas dans le
repas offert qu'est mon apptit, ce besoin n'est qu'en moi, et ce repas
affecte trs indiffremment deux personnes : il excite de la volupt dans
celui qui a faim... de la rpugnance dans celui qui vient de se rassasier.
Cependant, comme il est certain qu'il doit y avoir de la diffrence dans les
vibrations reues, et que le vice doit en causer de beaucoup plus vives 
l'individu dispos pour lui, que n'en peut donner la vertu  l'tre dont les
organes sont construite de manire  la recevoir ; que, quoique l'me de
Vespasien ft bonne et celle de Nron mchante, et nanmoins toutes deux
sensibles, il y avait pourtant une bien grande diffrence dans la trempe de
ces mes, relativement au germe de sensibilit qui les constituait (car celle
de Nron tait incontestablement doue d'une facult sensitive bien suprieure
 celle de Vespasien), il est certain, dis-je, d'aprs cela, que Nron a d
tre incontestablement plus heureux que Vespasien ; et cela par la raison
certaine que ce qui affecte le plus vivement sera toujours ce qui rendra
l'homme plus content ; et qu'un tre vigoureux, construit par cela seul 
recevoir mieux des impressions de vice que des impressions de vertu, trouvera
plutt le bonheur qu'un individu doux et tranquille, dont la faible complexion
ne lui rendra possible que la stupide et monotone pratique des bonnes murs.
Et quel mrite y aurait-il donc dans la vertu, si le vice ne lui tait pas
prfrable ! Ainsi, Vespasien et Nron ont donc t aussi heureux qu'ils
pouvaient l'tre, mais Nron a d l'tre beaucoup plus, parce que ses
jouissances ont t bien plus vives, et Vespasien, en venant d'accorder une
grce  un homme indigent par la seule raison, disait-il, qu'il fallait bien
que les pauvres vcussent, tait remu d'une faon infiniment moins vive que
Nron en voyant brler Rome, une lyre  la main, sur le haut de la tour
Antonia. Mais, dira-t-on, l'un mritait des autels et l'autre des bchers.
Soit, si vous le voulez ; ce n'est pas de l'effet de leur me sur les autres
que je juge, c'est des sensations intrieures que l'un et l'autre ont d
recevoir, en raison des diffrents penchants dont l'un et l'autre taient
dous, des diffrentes vibrations dont ils taient mus ; et, dans ce sens,
l'homme de la terre le plus heureux, incontestablement, sera celui qui,
n'importe par quelle action, aura fait passer  son me les secousses les plus
violentes qu'elle puisse recevoir ; et comme les secousses du vice sont plus
fortes, plus nergiques que celles de la vertu, invitablement l'homme le plus
heureux de la terre sera celui qui sera le plus adonn aux infmes, aux plus
crapuleuses dbauches, aux plus criminelles habitudes, et qui les renouvellera
le plus souvent... qui, chaque jour, les doublera, les triplera de force.
     - Le plus grand service qu'on peut rendre  une jeune personne,
rpondis-je  ce discours, serait donc d'teindre en elle toutes les semences
de vertu que la nature ou l'ducation y aurait fortement fait natre !
     - Assurment, me rpondit Saint-Fond, car  supposer mme que l'individu
dans lequel vous toufferiez ces semences de vertu vous assurt qu'il y trouve
le bonheur, parfaitement certain de lui en faire trouver un beaucoup plus
grand dans le vice, vous ne devriez jamais balancer  touffer l'un pour
veiller l'autre : c'est un service rel dont il vous remerciera tt ou tard :
et voil pourquoi, bien diffrent de mon prdcesseur, j'autorise tous les
ouvrages libertins ou immoraux... je les crois trs essentiels au bonheur de
l'homme, utiles aux progrs de la philosophie, indispensables  l'extinction
des prjugs, et faits, sous tous les rapporta, pour augmenter la somme des
connaissances humaines. J'tayerai les auteurs assez courageux pour ne pas
craindre de dire la vrit ; je payerai, je couronnerai toujours leurs ides ;
ce sont des hommes rares, essentiels  l'tat, et dont on ne saurait trop
encourager les travaux.
     - Mais, dis-je, comment cela s'arrange-t-il avec la svrit dont vous
voudriez que ft le gouvernement ? avec cette inquisition que vous tabliriez ?
     - Le mieux du monde, rpondit Saint-Fond : c'est pour contenir le peuple
que je veux cette svrit ; ce n'est que pour lui seul que mon imagination
dsire si souvent  Paris les autodafs de Lisbonne ; la classe riche, noble
ou spirituelle, ne sera jamais atteinte par mes poignards.
     - Mais ces crite, lus de tous, deviendront funestes  ceux que vous
paraissez vouloir pargner ?
     - Jamais, dit Saint-Fond. Si le faible y trouve le dsir de briser ses
chanes (dsir dont j'ai besoin pour les river), le fort y rencontre des
leons bien plus nergiques pour faire peser sur le peuple ces mmes chanes.
L'esclave, en un mot sera des annes  comprendre ce que le chef ne mettra
qu'une minute  excuter.
     - On vous accuse, objectai-je encore, d'une gale condescendance pour la
dpravation des murs : elles ne furent, dit-on, jamais plus corrompues que
depuis que vous tes dans le ministre.
     - Il s'en faut de beaucoup, me rpondit Saint-Fond, qu'elles soient au
point o je voudrais les voir, et je travaille  un rglement de police qui,
j'espre, les mettra au degr de dpravation o je les dsire. Apprends,
Juliette, qu'il est de la politique de tous ceux qui mnent un gouvernement
d'entretenir dans les citoyens le plus extrme degr de corruption ; tant que
le sujet se gangrne et s'affaiblit dans les dlices de la dbauche, il ne
sent pas le poids de ses fers, on peut l'en accabler sans qu'il s'en doute. La
vritable politique d'un tat est donc de centupler tous les moyens possibles
de la corruption du sujet. Beaucoup de spectacles, un grand luxe, une
immensit de cabarets, des bordels, une amnistie gnrale pour tous les crimes
de dbauche : les voil les moyens qui vous assoupliront les hommes.  vous
qui voulez rgner sur eux ! redoutez la vertu de vos empires, vos peuples
s'claireront quand elle y rgnera, et vos trnes, qui ne sont tays que sur
le vice, seront bientt renverss : le rveil de l'homme libre sera cruel pour
les despotes, et, quand les vices n'amuseront plus son loisir, il voudra
dominer comme vous.
     - Et quels sont, dis-je, les rglements que vous vous proposez ?
     - C'est par les modes que je veux d'abord travailler l'opinion publique :
tu connais l'influence qu'elles ont sur les Franais.
     1 J'tablis des costumes d'homme et de femme qui laissent presque
totalement  dcouvert toutes les parties de la lubricit, et les fesses
surtout.
     2 Il y aura des spectacles  l'instar des jeux de Flore  Rome, o les
jeunes garons et les jeunes filles danseront nus.
     3 Les principes de la simple nature remplaceront ceux de la morale et de
la religion dans les coles publiques. Tout enfant de quinze ans, de l'un ou
l'autre sexe, qui ne pourra trouver un amant, sera fltri, dshonor dans
l'opinion publique, et dclar incapable, si c'est une fille, d'tre jamais
marie, si c'est un garon d'occuper aucune place ;  dfaut d'un amant la
jeune personne de l'un ou l'autre sexe sera du moins oblige de fournir un
certificat qui prouve qu'elle s'est prostitue et qu'elle ne possde plus ses
prmices.
     4 La religion chrtienne sera svrement bannie du gouvernement ; il n'y
sera jamais clbr d'autre fte que celle du libertinage. Et les chanes
religieuses subsisteront malgr cela : j'en ai besoin pour contenir le peuple,
je viens de te le prouver. Qu'importe l'objet des cultes, pourvu qu'il y ait
des prtres ? Je placerai aussi bien le poignard de la superstition dans les
mains de ceux de Vnus que dans celles des adorateurs de Marie.
     5 Le peuple sera tenu dans un esclavage, dans un asservissement qui le
mette hors d'tat d'attenter jamais  la domination, ni  l'envahissement ou 
la dgradation des proprits du riche. Li  la glbe comme autrefois, il
fera partie de cette proprit du riche, et prouvera, comme elle, toutes les
diffrentes mutations. Les peines ne porteront que sur lui seul et
s'imposeront pour les plus lgres fautes. Son propritaire aura, sur lui et
sa famille, le droit de vie et de mort, et jamais ses plaintes ou ses
rcriminations ne seront coutes. Il n'y aura jamais d'coles gratuites pour
lui : on n'a pas besoin de science pour labourer la terre ; le bandeau de
l'ignorance est fait pour les yeux du cultivateur ; on ne l'en arrachera
jamais sans danger. Le premier individu, de telle classe qu'il puisse tre,
qui chercherait  exalter le peuple ou  lui conseiller de briser ses fers,
sera jet  des tigres pour tre dvor tout vivant.
     6 Il sera ouvert dans toutes les villes du gouvernement un nombre de
maisons publiques des deux sexes proportionn  la population de cette ville,
dans la gradation d'une de ces maisons de l'un et de l'autre sexe par mille
habitants ; chacune de ces maisons contiendra trois cents sujets, qui y
entreront  douze ans pour n'en sortir qu' vingt-cinq. Ces tablissements
seront soudoys par le gouvernement ; les seuls individus de classe libre
auront le droit d'y entrer et d'y faire absolument tout ce que bon leur
semblera.
     7 Tout ce qui s'appelle crime de libertinage, tels que le meurtre de
dbauche, l'inceste, le viol, la sodomie, l'adultre, se seront jamais punis
que dans les castes esclaves.
     8 Il sera accord des prix aux plus clbres courtisanes des maisons de
dbauche, de mme qu'aux jeunes garons de ces mmes tablissements qui se
seront fait une rputation dans l'art de donner des plaisirs. On accordera, de
mme, des rcompenses  tout inventeur de lubricits nouvelles,  tout auteur
de livres cyniques,  tout libertin reconnu pour tre profs dans cet ordre.
     9 La classe des hommes dans l'esclavage existera comme autrefois celle
des Ilotes de Lacdmone. N'y ayant aucune espce de diffrence entre l'homme
esclave et la bte, pourquoi punirait-on plutt le meurtrier de l'un que celui
de l'autre ?
     - Monseigneur, dis-je, ceci mrite, je crois, quelque lgre explication.
Je voudrais que vous me prouvassiez qu'il n'existe rellement aucune
diffrence entre l'homme esclave et la bte.
     - Jette les yeux sur les ouvrages de la nature, me rpondit ce
philosophe, et considre toi-mme l'extrme diffrence que sa main a mise  la
formation des hommes ns dans la premire classe, ou ns dans la seconde ;
sois impartiale et dcide... Ont-ils la mme voix, la mme peau, les mmes
membres, la mme marche, les mmes gote, j'ose dire les mmes besoins ?
Inutilement me dira-t-on que le luxe ou l'ducation ont tabli ces
diffrences, et que l'un et l'autre de ces individus, pris dans l'tat de
nature, se ressemblent absolument ds l'enfance. Je nie le fait, et c'est pour
l'avoir remarqu moi-mme, pour l'avoir fait observer par d'habiles
anatomistes, que j'affirme qu'il n'est aucune similitude dans les diffrentes
conformations de l'un et de l'autre de ces enfante. Abandonnez-les tous deux,
et vous verrez que celui de la premire caste manifestera des gots et des
intentions bien autres que tout ce que vous dmontrera l'enfant de la seconde
: vous reconnatrez des sentiments, des dispositions bien diffrents dans l'un
et dans l'autre.
     Que l'on fasse la mme tude, maintenant, sur l'animal qui ressemble le
plus  l'homme, tel que le singe des bois, que je compare, dis-je, cet animal
 l'individu pris dans la caste esclave : que de rapprochements n'y
trouverai-je pas ! L'homme du peuple n'est que l'espce qui forme le premier
chelon aprs le singe des bois ; et la distance de ce singe  lui est
absolument comme celle de lui  l'individu de la premire caste. Et pourquoi
donc la nature, qui observe toutes ou gradations avec tant de rigueur dans
tous ses ouvrages, les aurait-elle ngliges dans celui-ci ? Toutes les
plantes se ressemblent-elles ? Tous les animaux sont-ils de mme figure et de
mme force ? Oserez-vous comparer l'arbuste au majestueux peuplier, le chien
roquet au fier danois, le petit cheval des montagnes de Corse au fougueux
talon d'Andalousie ? Voil donc dans les mmes classes des diffrences
essentielles : et pourquoi donc ne voudriez-vous pas qu'elles existassent de
mme dans celles des hommes ? Oserez-vous rapprocher Voltaire de Frron, et le
mle grenadier prussien du dbile Hottentot ? Ne doutez donc plus, Juliette,
de ces ingalits ; et ds qu'elles existent, ne balanons pas  en profiter,
et  nous convaincre que, si la nature a bien voulu nous faire natre dans la
premire de ces classes d'hommes, c'est pour jouir  notre gr du plaisir
d'enchaner l'autre, et de la faire despotiquement servir  toutes nos
passions et  tous nos besoins.
     - Embrasse-moi, mon cher ami, dis-je en me jetant dans les bras d'un
homme dont les principes me tournaient la tte : tu es un dieu pour moi, et
c'est  tes pieds que je veux passer ma vie.
     - A propos, me dit Saint-Fond en sortant de table, et nous jetant tous
deux sur un canap du salon, j'oubliais de te dire que le roi m'aime plus que
jamais ; je viens d'en recevoir de nouvelles preuves. Il s'est mis dans la
tte que je devais beaucoup, et vient en consquence de me donner deux
millions pour arranger mes affaires. Il est juste que tu participes  cette
faveur, Juliette : je t'accorde la moiti du don. Continue d'aimer mes
mystres et de me bien servir : je t'lverai si haut que tu n'auras plus de
peine  te persuader de ta supriorit sur les autres tres ; tu ne saurais
croire les dlices que j'prouve  te mettre au pinacle, sous la seule clause
d'une profonde humiliation, d'une obissance sans borne envers moi. Je veux
que tu sois  la fois mon esclave et l'idole des autres ; rien ne me fait
bander comme cette ide ... Juliette, eh bien ! nous ferons des horreurs
aujourd'hui... n'est-ce pas mon ange ?... des atrocits ?...
     Et il me baisait sur la bouche, en me branlant pendant ce temps-l...
     -  mon amour, comme les crimes sont dlicieux lorsque l'impunit les
voile, que le dlit les taye, et que le devoir mme les prescrit ! Comme il
est divin de nager dans l'or et de pouvoir dire, en comptant ses richesses :
Voil les moyens de tous les forfaite, de tous les plaisirs ; avec cela,
toutes mes illusions peuvent se raliser, toutes mes fantaisies se satisfaire,
aucune femme ne me rsistera, aucun dsir ne demeurera sans effet, les lois
mmes se modifieront par mon or, et je serai despote  mon aise.
     Je baisai mille et mille fois Saint-Fond, et, profitant de
l'enthousiasme, de l'ivresse dans lesquels il tait, et surtout de ses bonnes
dispositions pour moi, je lui fis signer une lettre de cachet pour le pre
d'Elvire, qui voulait me l'enlever, deux ou trois autres grces qui devaient
me valoir cinq ou six cent mille francs chacune. Et les fumes de l'excellent
dner que je venais de lui faire s'tant portes vers le cerveau,
l'engourdirent et lui procurrent un sommeil profond dont je profitai
lgrement pour tout disposer.
     Saint-Fond s'veilla sur les cinq heures. Tout, par mes soins, se
trouvait prt dans le salon, et voici l'ordre dans lequel les personnages
taient disposs : nues et simplement pares de guirlandes de roses,
s'apercevaient, dans la partie droite du tableau, les trois pucelles destines
aux orgies ; je les avais groupes comme les Grces ; toutes trois taient
filles de condition, enleves dans un couvent de Melun, et d'une surprenante
beaut.
     La premire s'appelait Louise ; elle avait seize ans, blonde, l'une des
figures les plus intressantes qu'il ft possible de voir.
     Hlne tait le nom de la seconde ; quinze ans, une taille souple et
lgre, grande pour son ge, les cheveux chtains, les yeux et la bouche de
l'Amour mme ; elle et pass pour la plus jolie des trois, certainement, si
Fulvie, absolument du mme ge, mais beaucoup plus belle, n'et paru devoir
l'emporter.
     J'avais plac, pour contraster avec ce groupe, celui de la famille
malheureuse, galement nu et drap d'un crpe noir ; le pre et la mre se
tenaient dans les bras l'un de l'autre ;  leurs pieds tait la charmante
Julie ; des chanes pesaient sur leurs chairs dcouvertes et les froissaient ;
la fraise du tton gauche de Julie passait  travers un chanon et se trouvait
dchire par lui ; un autre morceau de ces douloureux fers se voyait entre les
cuisses de Mme de Cloris et molestait les lvres du vagin. Delcour, auquel
j'avais fait prendre le costume effrayant d'un dmon arm du glaive dont il
devait frapper les victimes, tenait le bout de cette chane, et dchirait, en
la tirant  lui de temps en temps, toutes les parties sur lesquelles on la
voyait appuyer.
     Mes quatre femmes, dans l'attitude de la Vnus aux belles fesses, le
derrire tourn vers Saint-Fond, drapes d'une simple gaze brune et blanche
qui laissait leurs culs trs  dcouvert, offraient  mon amant :
     La premire, une femme de vingt-deux ans, belle comme Minerve, et dont
toutes les formes taient admirables ; on la nommait Dlie ;
     Montalme tait le nom de la seconde ; vingt ans, la fracheur de Flore et
les plus belles chairs qu'il ft possible de voir ;
     Palmire avait dix-neuf ans ; blonde, une figure romantique, de ces femmes
qu'on voudrait toujours faire pleurer ;
     Blaisine avait dix-sept ans, l'air mutin, les dente superbes, les yeux
les plus fripons qu'et jamais embrass l'amour.
     Au coin gauche de ce demi-cercle, se trouvaient placs deux grande
gaillards de cinq pieds dix pouces, munis de membres normes, debout dans les
bras l'un de l'autre, tous deux se branlaient en se baisant voluptueusement
sur la bouche ; ils taient nue.
     - Voil qui est divin ! dit Saint-Fond en se rveillant, je reconnais
bien  tout ceci l'esprit et l'imagination de Juliette. Qu'on m'amne les
coupables, poursuivit-il, en voulant m'avoir prs de lui pendant que Montalme
viendra sucer son engin et qu'il maniera le beau cul de Palmire.
     Le groupe s'avance, conduit par Delcour.
     - Vous tes accuss tous trois de crimes normes, dit le ministre, et
j'ai des ordres secrets de la reine pour vous faire  l'instant prir.
     - Ces ordres sont injustes, rpondit Cloris, ma famille et moi nous
sommes innocents... Et tu le sais bien, sclrat !... (Ici Saint-Fond
ressentit une si vive motion de plaisir, que je crus qu'il allait dcharger.)
Oui, tu le sais bien, mais si nous sommes coupables, qu'on nous juge sans nous
exposer, comme on le fait ici,  la cruelle luxure d'un tigre qui ne nous
sacrifie que pour attiser ses indignes passions.
     - Delcour, dit Saint-Fond, faites sentir la chane.
     Et de la violente secousse que le bourreau donna, le con de Mme de
Cloris, le sein de sa fille et l'une des cuisses du mari, furent tellement
corchs que le sang jaillit sur le fer.
     - Vous avez, dit ensuite Saint-Fond, trop grivement transgress les lois
que vous implorez aujourd'hui pour qu'elles vous protgent ; leur seule
rigueur vous est maintenant rserve : il faut vous prparer  la mort.
     - Tu es, dit firement Cloris, le ministre d'un tyran et d'une putain !
La postrit me jugera.
     Ici, Saint-Fond se lve en fureur ; il bandait ; il ne se fait suivre que
de moi. S'approchant de cet insolent bien contenu par ses chanes, il lui
donne plusieurs soufflets  tour de bras, l'insulte, lui crache au visage, et,
se branlant le vit sur les ttons de Julie toujours  ses pieds :
     - Venge-toi, si tu peux, lui dit-il, venge-toi !  lche ! tu fuirais si
j'tais libre.
     - Cela est vrai ; mais je te tiens, je te dfie de te venger, et je
t'insulte avec plaisir.
     - Tu me dois tout.
     - Je n'aime pas le poids de la reconnaissance.
     Il lui prit le vit, le secoua ; il m'ordonna de le branler. Mais voyant
que rien n'avanait :
     - Sparez cet homme de sa famille, dit-il  Delcour, qu'on l'attache  ce
poteau. La reine m'ayant laiss le matre des supplices par lesquels vous
mritez d'tre punies, et qui doivent prcder votre mort, continue Saint-Fond
en s'adressant aux femmes, vous allez l'une et l'autre souffrir, sous les yeux
de Cloris, tous les genres de prostitution et de luxure qu'il me plaira de
vous imposer.
     Et comme il vit que Delcour n'attachait pas assez ferme,  son gr,
l'poux au poteau prpar, il fut aider  le garrotter lui-mme, et renouvela
ses soufflets, accompagns de fortes claques sur les fesses.
     - Je le tuerai de ma main, dit-il  Delcour... Oui, je veux avoir
moi-mme le plaisir de rpandre son sang, de m'en rassasier.
     Mlant toujours l'horreur  la luxure, il se courba, sua le vit norme
de cet homme, et lui baisa les fesses. Comme Delcour tait tout prs, il lui
prit, de mme, le vit dans la bouche, et gamahucha le trou de son cul ; il se
redressa, et baisa plusieurs minutes de suite le bourreau sur la bouche, en me
disant  l'oreille :
     - Il n'y a que cela qui me fasse bander...
     L'infme Vnus et sa cour taient l ; il quittait tout pour la crapule
et pour l'atrocit. Il revint aux objets de mon sexe...
     - Ah ! monseigneur, lui dirent ces pauvres cratures en le voyant
approcher, par o donc avons-nous pu mriter un traitement aussi barbare !
     - Sois courageuse, ma femme, cria l'poux infortun, la mort va bientt
laver nos outrages, nous ne ressentirons plus rien, et le remords dchirera
l'me de ce tigre.
     - Le remords, dit Saint-Fond en ricanant, n'approchera jamais de mon cur
; je n'en aurais qu' t'pargner.
     Mme de Cloris, dtache la premire, fut amene vers lui.
     - Ah ! putain ! lui dit-il, te souviens-tu de toutes les rigueurs que tu
m'as opposes jadis ? Chre et tendre cousine, je vais t'obtenir pour rien
aujourd'hui.
     Il bandait extraordinairement ; il manie brutalement les attraits de
cette femme ; et, la saisissant  bras-le-corps, il l'enconne aux yeux de son
mari, dont, par l'attitude qu'il a prise, il peut sucer le vit pendant ce
temps. Ds que je vois, par cette action, son cul bien  ma porte, je le fais
foutre ; tout ce qui reste d'hommes et de femmes l'environne, except Julie et
Cloris, toujours contenus par Delcour. Je place indistinctement sous ses mains
et sous ses yeux, des cons, des culs, des vits et des ttons. Le dmon de la
cruaut l'excitant, ses mains crochues ne s'appesantissent nulle part,
qu'elles n'y laissent des traces ; mais c'est par prfrence qu'avec dlices,
il les promne sur les ttons de la malheureuse femme dont jouit sa rage ; il
les gratigne et les met en sang.
     - loigne tout cela, Juliette, me dit-il en dconnant la mre pour
s'emparer de la fille, je ne veux pas encore dcharger.
     - Petite putain, dit-il  cette innocente crature, ton pre et ta mre
savent aussi tout ce que j'ai fait pour te possder : il faut que je les
punisse aujourd'hui des oppositions qu'il y ont mises.
     Il fit alors placer le pre de faon  ce qu'en foutant la fille, il et
en perspective le beau fessier de ce cher papa, que Delcour devait triller
d'une main, pendant qu'il molesterait, de l'autre, les fesses de la maman,
disposes  la mme hauteur. C'est moi qui l'aide  dpuceler Julie ; il
presse, il pousse, il enconne ; huit culs sont autour de lui. On le sodomise ;
et le vilain, ne trouvant pas assez violents les supplices que Delcour impose
par son ordre, s'arme d'un stylet, et pique  la fois les ttons de la mre,
les paules de la fille et les fesses du pre. Le sang coule.
     - Ce n'est point encore ici o je dchargerai, dit le vilain faune en
dconnant ; voil, dit-il en maniant le cul du pre, voil l'autel o je vais
sacrifier.
     Par ses ordres, le malheureux Cloris est tendu sur le funeste sopha, les
mains toujours lies.
     - Delcour, dit-il au bourreau, passez-lui une corde au col, que vous
serrerez, s'il rsiste, au point de lui donner la mort.
     Toujours directrice de l'opration, je conduis avec art le fougueux
coursier au bord de la route qu'il doit parcourir : le malheureux ne disait
mot.
     Bien en face de lui, sont posts,  droite le sein de la mre,  gauche
le joli petit cul de la fille. Il n'est pas plus tt dans le derrire qu'il
convoite, que ses mains, armes du fatal stylet, commencent  se promener sur
les traits offerts  au regards, et tellement placs, qu' mesure qu'il les
pique, c'est sur la tte du pre que coule le sang de l'pouse et de la fille.
Je lui branlais le cul pendant ce temps-l, et deux de mes femmes lui
piquaient les fesses.
     - Eh bien, dit-il, je me suis encore tromp : j'avais cru rpandre mon
sperme, mais je veux, avant, tter tous les culs de cette famille vraiment
intressante. Renchane ce vieux bardache, Delcour, il n'a servi qu' couvrir
mon vit de merde. Grande fille, dit-il  Montalme, venez sucer cela.
     Et comme il s'aperoit d'un peu de rpugnance, il ordonne  Delcour
d'appuyer aussitt cents coups de fouet sur les belles fesses de cette
charmante fille pour lui apprendre  obir.
     - Ah ! ah ! putain, disait-il pendant qu'on l'trillait, tu ne veux pas
sucer mon vit, parce qu'il y a de la merde ; que deviendras-tu donc tout 
l'heure quand je t'en ferai manger ?
     Montalme, bien fouette, revient dcide  tout ; elle suce le paillard,
lui lche le cul ; et reprenant tranquillement son ouvrage, le voil
sodomisant la mre, en molestant d'un ct le cul du pre, de l'autre le con
de la fille. Au bout d'une course peu longue, il reprend cette fille.
     - Oh ! pour le coup, dit-il, j'espre que c'est ici que va s'oprer le
sacrifice.
     Toujours servi par moi, Julie est encule ; il n'y a rien qu'on ne lui
fasse pendant ce temps-l pour dterminer sa dcharge, mais, soit mchancet,
soit impuissance, il quitte encore ce cul, en assurant que ce ne sera qu'en
flagellant toute la famille, qu'il retrouvera ses forces puises. Le pre,
dj replac au poteau, est fouett le premier. Ds qu'il est en sang, on lui
attache sa femme sur le dos ; et quand, par plus de mille coups de fouet, il a
entr'ouvert les fesses de celle-ci, la petite fille, place sur les paules de
la mre, est aussitt traite de mme.
     - Dfaisons tout cela, dit le centaure, je n'ai pas encore t satisfait
de cette jouissance ; je veux refouetter cette petite fille, mais tenue par
son pre et sa mre ; Juliette et toi, Delcour, tenez-leur  chacun le bout
d'un pistolet sur la tempe, et faites-leur voler le crne s'ils bronchent en
tenant leur enfant.
     Charge de la mre, je brlais de lui voir faire quelque rsistance ;
mais me consolant ensuite par la certitude qu'elle terminerait ses jours dans
quelque supplice plus violent que celui-l, je cessai de me plaindre en
moi-mme de la soumission qui m'avait alarme d'abord. La pauvre Julie,
traite avec une fureur qui n'a pas d'exemple, fouette premirement avec des
verges, le fut ensuite avec des martinets, dont chaque cinglon faisait jaillir
le sang. dans la chambre ; cela fait, il tombe sur le pre, et, ne le frappant
qu'avec ce mme martinet  pointes de fer, en trois minutes il le couvre de
sang. La mre est aussitt saisie ; on la place sur le bord du canap, les
cuisses dans le plus grand cartement possible, et il la cingle de son
martinet, en dirigeant les coups dans l'intrieur du vagin. Je le suivais
partout, tantt le branlant, tantt le flagellant, tantt suant sa bouche ou
son vit. Un mouvement de rage le rapproche de la jeune fille ; il lui applique
deux soufflets d'une si terrible force, qu'elle en tombe les quatre fers en
l'air ; la mre veut la secourir, il la reoit d'un coup de pied dans le
ventre qui la renverse de l'autre ct,  plus de quinze pieds de sa fille.
Cloris cumait sans oser dire un mot ; toujours li, quelle dfense aurait-il
pu faire ? On relve la petite fille ; Saint-Fond ordonne au bourreau de la
foutre en con, et lui... sodomise le bourreau, pendant qu' force de
sductions, et ayant rendu la libert au pre, je lui promets la vie et celle
de sa famille, s'il vient  bout d'enculer SaintFond... Ce que c'est que
l'espoir dans l'me d'un malheureux ! Soigneusement branl par mes mains, il
russit. Saint-Fond, aux nues de se sentir un aussi beau vit dans le cul,
frtille comme le poisson qu'on rend  l'eau aprs l'en avoir retir quelque
temps.
     - Il est divin, et sa grce est sre, dit Saint-Fond, si, profitant avec
vitesse de l'tat o le voil dans mon cul, il consent  sodomiser sa fille.
     - Monsieur, dis-je  cet homme, y a-t-il  balancer, et ne vaut-il pas
cent fois mieux que vous foutiez votre fille que de l'assassiner ?
     - L'assassiner !
     - Oui, monsieur ; votre refus la met au tombeau ; elle est morte si vous
persistez.
     Et, pendant qu'une de mes femmes tient les fesses de la petite bien
cartes et qu'elle humecte le trou, je retire promptement l'engin du cul de
Saint-Fond et le braque  l'entre de celui de la petite : mais Cloris rvolt
ne poussait pas.
     - Allons, allons, tuons-la ! dit Saint-Fond puisqu'il ne veut pas la
foutre.
     Ce cruel arrt dtermine tout ; d'un ct je rapproche du membre les
reins de la jeune fille, j'enfonce de l'autre le terrible engin dans l'anus ;
comme tout est bien prpar, le succs couronne mes efforts, et Cloris est
incestueux pour ne pas devenir parricide. Dlie fustigeait Saint-Fond ;
pendant ce temps-l, il vexait le cul de la mre et baisait les fesses de l'un
des laquais ; mais ce laquais le foutit bientt, et ce furent les fesses de
Dlie qui furent mises en perspective. L'inconstant Saint-Fond rompit encore
ce groupe ; s'obstinant  rsister toujours aux lans de son foute, il se
montre  nous plus furieux qu'une bte froce ; il criait, il cumait, il
jurait : aussitt que Delcour eut dcharg dans le con de Julie, il lui fit
enculer la mre. Tout enfin se drange : Saint-Fond se rasseoit, et m'ordonne
de lui faire examiner les attraits des trois petites filles qui ne se sont
encore prsentes qu'en gros  ses yeux ; il touche et caresse leurs culs un
quart d'heure ; il les spare, il les rassemble, il les compare ; je le
branlais pendant ce temps-l ; il convient, en un mot, que jamais mon choix ne
fut plus heureux. Fulvie surtout lui parat adorable.
     - Je l'enculerais, dit le paillard, si je ne craignais pas de dcharger.
     Aprs cette revue, il dsire faire celle des quatre femmes ; Palmire
l'enchante : il n'a, dit-il, jamais rien vu de si beau, et les superbes fesses
de cette belle fille font ses dlices pendant plusieurs minutes.
     - Ordonne, me dit-il,  toutes ces putains de se mettre  genoux en
demi-cercle autour de moi, de venir ensuite, dans la mme posture, adorer mon
vit, et de le sucer l'une aprs l'autre.
     L'arrt s'excute, et chacune reoit deux soufflets en ttant son engin.
     - Allons, dit-il ds que c'est fait, il faut que mon derrire ait son
tour, que toutes dans le mme ordre viennent le lcher et l'adorer.
     Il suce des vits pendant ce temps-l, sans en excepter, comme vous
l'imaginez bien, ceux de Cloris et de Delcour.
     - Il est temps, dit-il, Juliette de terminer cette premire scne.
     Le sclrat encule Julie ; les valets contiennent le pre et la mre
pendant qu'il lime le cul de cette enfant. Delcour, arm de son rasoir, va
lentement dtacher la tte.
     - Sois long, sois trs long, Delcour, s'crie-t-il, je veux que ma trs
chre nice se sente mourir, je veux qu'elle souffre aussi longtemps que je
foutrai.
     A peine Delcour a-t-il fait sentir le taillant du rasoir, que les cris de
cette malheureuse retentissent de toutes parts.
     - Allez, allez, dit Saint-Fond bien introduit dans le cul, mais allez
doucement ; vous ne concevez pas le plaisir qui me transporte ; penche-toi,
Delcour, que je puisse te branler le vit pendant que tu travailles ; Juliette,
adorez les fesses de Delcour : il est un Dieu maintenant  mes regards. Qu'on
approche le cul de la mre, je veux le baiser pendant que je fais assassiner
sa fille.
     Mais quels baisers, grand Dieu ! Ce sont des morsures si cruelles, que le
sang jaillit  chacune de celles qu'il fait. Un valet l'encule ; l'infme est
dans une extase indicible.
     - Comme je savoure le crime, s'crie-t-il en jurant, comme il est
enchanteur pour moi ! Delcour, fait durer le plaisir...
     Le malheureux pre, abattu, est prt  perdre connaissance, ses yeux se
dtournent avec horreur. La belle tte de Julie tombe enfin comme celle d'une
jolie rose aux efforts redouble de l'aquilon.
     - Rien n'est voluptueux comme ce que je viens de faire, dit Saint-Fond
dculant le cadavre : on n'imagine pas le resserrement qui rsulte, dans
l'anus, de la lente incision opre sur les vertbres du col ; c'est dlicieux
! Allons, madame, dit-il  la mre, prparez-vous  me donner le mme plaisir.
     La mme scne recommence. Saint-Fond, qui trouve que l'on va trop vite,
suspend l'opration.
     - Vous ne savez pas, dit-il, combien il est divin de couper ainsi en
dtail le col d'une femme qu'on eut la faiblesse d'aimer autrefois : oh !
comme je me venge bien des rigueurs de la chre cousine !
     Il continue de branler lui-mme le vit du bourreau, mais il veut baiser
mes fesses pendant l'opration ; les deux valets enculent Delcour et lui ; le
pre est attach de manire  ce que, arme d'une poigne de verges, je puisse
lui fouetter le vit pendant ce temps l. Mon froce amant est dans l'ivresse,
il se dlecte aux douleurs retardes de sa triste parente, dont la tte tombe
enfin au bout d'un quart d'heure. C'est le tour de Cloris. Ce n'est qu'en
l'attachant qu'on parvient  le placer dans l'attitude essentielle 
l'opration. Saint-Fond sodomise, le bourreau travaille, les valets continuent
d'enculer l'ordonnateur et l'excuteur. Ce sont les superbes fesses de
Montalme que Saint-Fond veut baiser cette fois. Les autres femmes l'entourent
en lui montrant des culs ; la bombe clate  la fin. Oh, ciel ! si Lucifer se
mlait de dcharger, il ferait, je crois, moins de bruit, il cumerait moins,
il adresserait aux dieux des blasphmes et des imprcations moins
pouvantables. Saint-Fond se repose un instant, et l'on passe dans une autre
salle o j'ai fait runir les sept femmes et les deux valets. Le ministre nous
y rejoint promptement, mais, semblable  Venceslas, son bourreau ne le quitte
point ; quelques volupts plus douces vont pourtant prcder les orgies
cannibales de ce nouveau Nron, et le foutre va, s'il est possible, couler du
moins avant le sang.
     Comme il tait nanmoins ncessaire de conserver avec un tel homme ce qui
portait le caractre de ses plaisirs de choix, ce fut dans des niches ornes
de tous les attributs de la Parque funbre que je lui prsentai des groupes
voluptueux. La salle entire tait tendue de noir ; des ossements, des ttes
de cadavres, des larmes d'argent, des faisceaux de verges, des poignards et
des martinets ornaient cette lugubre tapisserie ; dans chaque niche tait une
des vierges branle par une tribade, toutes deux nues, appuyes sur des
coussins noirs, ayant les attributs de la mort perpendiculaires  leur front.
Dans le fond de chaque niche, se voyait l'une des ttes qui venaient d'tre
coupes, et prs des niches,  droite, tait un cercueil ouvert,  gauche une
petite table ronde sur laquelle reposaient un pistolet, une coupe de poison et
un poignard. Par un raffinement d'incroyable barbarie (fait, j'en tais bien
sre, pour plaire  mon amant), j'avais fait scier les trois troncs des
victimes qui venaient d'tre sacrifies ; on n'en avait conserv que la partie
des fesses prise depuis la chute des reins jusqu'au bas des cuisses, et des
morceaux de chair taient suspendus par des rubans noirs  hauteur de la
bouche, dans chaque entrecolonnement des niches : ce furent les premiers
objets qui frapprent Saint-Fond.
     - Ah, ah, dit-il en venant les baiser, je suis fort aise de retrouver des
culs qui viennent de me donner tant de plaisir.
     Une lampe lugubre pendait au milieu de la salle, dont les votes taient
galement revtues d'attributs funbres ; diffrents instruments de supplice
taient distribus  et l ; on y voyait, entre autres, une roue fort
extraordinaire. La victime, lie circulairement sur cette roue enferme dans
une autre garnie de pointes d'acier, devait, en tournant contre ces pointes
fixes, s'corcher en dtail et dans tous les sens ; un ressort rapprochait la
roue fixe de l'individu li sur la tournante, afin qu' mesure que les pointes
diminuaient la masse de chair, elles pussent trouver toujours  mordre en se
resserrant. Ce supplice tait d'autant plus horrible qu'il tait fort long, et
qu'une victime pouvait y vivre dix heures dans les lentes et rigoureuses
angoisses de ce tourment ; il ne s'agissait, pour presser ou ralentir le
supplice, que de rapprocher plus ou moins la tournante. Cette machine, de
l'invention de Delcour, n'avait point encore t essaye par Saint-Fond ; il
s'enthousiasma en la voyant, et donna sur-le-champ cinquante mille francs de
gratification  l'auteur. De ce moment, les yeux perfides de ce monstre ne
s'attachrent plus qu'au choix de celle des trois victimes qui serait immole
de cette manire. Dieux, la malheureuse Fulvie, comme la plus belle, fut
tacitement condamne au fond du cur de ce tyran. Un baiser, qu'il appliqua au
trou du cul de cette belle fille, en venant considrer la terrible machine,
m'en convainquit bientt. Mais voyons ce qui prcda.
     Entre Delcour et moi, Saint-Fond s'tablit d'abord un moment sur le
fauteuil qui se trouvait en face de chaque niche. Palmire, celle de mes femmes
qui n'tait pas employe dans ces niches, debout, derrire le fauteuil, le
polluait, en baisant sa bouche ; il branlait Delcour et maniait mes fesses ;
il examine : les tribades ont soin de lui offrir le corps de l'enfant,
qu'elles branlent dans toutes les attitudes possibles ; souvent mme, elles
l'approchent de lui, pour lui en faire baiser les diffrentes parties. Il se
lve, il parcourt les niches ; Delcour le fouette pendant ce temps-l ;
quelquefois il se fait foutre, et je le suce ; je m'aperois que son engin
commence  reprendre quelque nergie ; il m'encule  la dernire station (elle
se faisait devant la niche o Blaisine branlait Fulvie), et ce fut l o il me
dit  l'oreille, en baisant le cul de cette charmante fille :
     - C'est elle qui va nous trenner la roue ; comme ces jolies petites
fesses seront dlicieusement chatouilles, l.
     Ce premier examen fait, il va se coucher sur une espce de banc troit et
rembourr ; l, les hommes et les femmes viennent tour  tour se placer 
califourchon sur son visage, et lui chier dans la bouche ; Palmire passe la
premire, et vient ensuite le sucer pendant toute l'opration. Montalme et
moi, nous avions pass ensuite, afin qu'il pt, d'aprs son dsir, nous manier
de mme les fesses tout le temps qu'il serait l. Des salets, le libertin
passe promptement aux horreurs : Delcour, par ses ordres, fouette les sept
femmes devant lui, et je le branle sur les ttes qu'il m'a fait dtacher dans
cette intention.
     Trois tableaux s'arrangent ensuite sous ses yeux. Mes deux fouteurs
enculent deux de mes tribades ; au milieu, Delcour fouette la troisime ; au
pied de chaque groupe est une jeune fille que Saint-Fond s'apprte  dpuceler
; Palmire et moi le disposons, l'une en le socratisant, l'autre en lui
branlant le vit ; le libertin, bien prpar, fait sauter les trois pucelages,
retourne, encule, et dcharge en sodomisant Fulvie. Je le suce pour lui rendre
ses forces ; il veut que le bourreau lui tienne toutes les femmes, sans
m'excepter ; il nous applique,  chacune, deux cents coups de verges ; il
tient ensuite les femmes et contraint Delcour  les enculer toutes. Il les
baisait sur. la bouche pendant cette scne, o je parus comme les autres.
     Alors Saint-Fond prend chaque pucelle l'une aprs l'autre, et passe en
tte  tte avec elles dans un cabinet recul. Nous ignormes ce qu'il leur
dit ou ce qu'il leur fit ;  leur retour, nous n'osmes mme pas les
interroger. Ce fut vraisemblablement dans cette entrevue qu'il leur annona
leur mort, car toutes rentrrent en larmes. Delcour me dit, pendant qu'il
procdait  cette opration, qu'une lubricit secrte suivait ordinairement
cette annonce ; que, depuis qu'il connaissait Saint-Fond, il lui avait
toujours vu mler cet pisode aux sentences que dictait sa frocit.
Ncessairement, cela l'excitait beaucoup, car il sortait de l bandant
toujours  outrance[10]
     - Allons, dit-il, en cumant de luxure, voyons maintenant par quels
supplices nous les ferons prir : je veux qu'ils soient effroyables. Il faut,
Delcour, que ton imagination se surpasse ici ; il faut que ces malheureuses
souffrent tout ce que les tourments de l'enfer pourraient leur rapporter de
douleur en dtail.
     Et il baisait Fulvie en disant cela ; il tait facile de voir que c'tait
elle qui l'chauffait le plus.
     - Delcour, dit-il, je te la recommande, cette jolie crature ; comme elle
sera belle sur ta roue, comme ses fesses blanches et poteles se dchireront
voluptueusement.
     Et, en disant ces mots, il la mordit jusqu'au sang, en cinq ou six
endroits de son corps ; une de ces morsures lui emporta la fraise du tton
gauch, le coquin l'avala ; il lui met un instant le vit dans le cul ;
s'emparant ensuite de l'engin de Delcour, il l'introduit lui-mme dans le trou
qu'il quitte.
     - Il faut, dit-il, que le bourreau foute sa victime, cela est
indispensable.
     Pendant ce temps, avec ses ongles, il gratignait les fesses, les reins,
les cuisses, les ttons de cette enfant, et suait le sang  mesure qu'il
sortait. Il fit approcher Palmire, qui paraissait l'chauffer aussi
prodigieusement, et il lui dit :
     - Voil comme je traite les filles qui me font bander.
     A peine eut-il prononc ces mots, qu'il lui introduisit le vit dans le
cul : aprs quelques alles et venues, il la fit monter sur une chaise, afin
d'avoir toujours ses fesses en perspective, et, paralllement  elle, il fit
mettre Dlie dans la mme attitude ; les trois petites filles, ensuite, se
rangrent en demi-cercle autour de lui ; elles se mirent  genoux, et il leur
molesta la gorge pendant que Blaisine lui branlait le vit. Il piqua les seins
 peine panouis de ces trois infortunes, les coupa d'un canif, puis
cautrisa sur-le-champ la plaie avec la pointe d'un fer chaud. Je l'excitais
pendant ce temps-l, ayant, par ses ordres, le vit de Delcour dans le cul et
branlant un valet de chaque main : ainsi  genoux, il lui fit lier toutes
trois dos  dos, et les fouetta sur les mamelles avec un martinet  pointes
d'acier tranchantes ; le cul de Palmire le suivait dans toutes ces scnes ; il
se rejetait toujours dessus, et le gamahuchait dans les intervalles.
     - Allons ! dit-il, encore un peu de fouet.
     Les sept femmes (je fus excepte) furent lies  des colonnes places
exprs dans cette salle ; de leurs mains leves en l'air, elles tenaient un
crucifix ; les pieds des quatre tribades portaient galement sur des crucifix,
qu'elles avaient l'air de fouler aux pieds ; ceux des trois victimes
s'appuyaient sur des boules garnies de pointes de toutes parts, de manire que
le propre poids de leur corps les contraignt  tre lacres ; les ttons de
celles-ci furent fortement lie avec un cordon de boyau qui leur entrait dans
les chairs ; une pointe d'acier trs aigu pendait sur leur tte et y
pntrait  la volont de Saint-Fond qui, par le moyen d'un ressort dont il
tait matre, pouvait faire entrer cette pointe dans le crne de la fille
aussi avant qu'il le voulait ; d'autres pointes, diriges de mme par
Saint-Fond, se trouvaient en face de leurs yeux ; une autre pointe leur
menaait le nombril, si, presses par les coupe de fouet, elles se rejetaient,
par hasard, en avant ; chacune des victimes arrange de cette manire
entrelaait les tribades, heureusement dgages de tous ces poignants
attirails.
     Saint-Fond emploie d'abord des verges que Delcour et moi lui fournissons
; il donne cent coups aux victimes et cinquante aux tribades ; la seconde
reprise se donne avec des martinets  pointes d'acier, deux cents coups aux
victimes, dix aux tribades. Alors Saint-Fond fait jouer les pointes : les
malheureuses, piques de toutes parts, poussent des cris qui eussent attendri
tout autre que des sclrats tels que nous. Saint-Fond, se sentant press par
le foutre dont son vit cume dj, se fait amener Louise, celle des filles
ge de seize ans qu'il veut excuter la premire. Il la baise beaucoup, lche
et manie son cul tout sanglant, s'en fait sucer le vit et le trou du cul, puis
la livre  Delcour, qui, aprs lui avoir pass son vit dans les deux trous,
l'applique  ce supplice chinois qui consiste  tre hache toute vive en
vingt-quatre mille morceaux sur une longue table. Saint-Fond, lev dans une
estrade, assis sur les genoux d'un laquais qui le fout, examine le spectacle
en tenant dans ses jambes Hlne qui doit suivre, dont il moleste le cul,
pendant que je le branle et qu'il baise Palmire sur la bouche. Le supplice de
cette seconde consiste  avoir les yeux crevs, tendue sur une croix de
Saint-Andr, pour y tre rompue vive. Saint-Fond opre lui-mme pendant que je
le fouette. La victime ainsi disloque lui est rofferte ; il l'encule, et,
pendant qu'il instrumente l'anus, Delcour achve la victime par un coup de
massue sur la tte, qui fait voler la cervelle au nez de Saint-Fond ; il en a
le visage couvert.
     La charmante Fulvie reste seule, entoure des restes sanglants de ses
deux compagnes : pourrait-elle douter de son sort ? Saint-Fond lui montre la
roue.
     - Voil ce qui t'attend, lui dit-il, je t'ai rserv le meilleur. Et le
tratre ne manque pas de la bien caresser, de la bien baiser sur la bouche ;
il l'encule encore une fois avant de la livrer au bourreau. Delcour la saisit
enfin ; elle pousse des cris affreux ; il la place ; la roue commence 
tourner. Saint-Fond, foutu par les deux valets tour  tour, enculait Delcour
en baisant alternativement les fesses de Palmire et les miennes, et maniant
indistinctement les trois culs qui restaient vacants. Bientt, le redoublement
des cris de la victime nous fait juger de ses douleurs. Je vous laisse penser
de quelle violence elles devaient tre : le sang, lanc de partout,
jaillissait comme ces pluies fines, parpilles par les grands vents.
Saint-Fond, qui veut faire durer le supplice, varie ses tableaux ainsi que ses
jouissances. Il encule mes quatre tribades, pendant qu'avec Delcour nous lui
composons des groupes. La roue, se resserrant toujours, commence  piquer
jusqu'aux nerfs, et la victime, vanouie par l'excs des douleurs, n'a plus la
force de se faire entendre, quand Saint-Fond, puis d'horreur et de cruauts,
perd  la fin son foutre dans le superbe cul de Palmire, en gamahuchant celui
de Delcour, maniant le mien d'un ct, celui de Montalme de l'autre, et
considrant, sous la fatale roue, un des valets enculant Blaisine, et fustig
par Dlie, qui lui suce la bouche pour hter sa dcharge.
     Les cris, le dsordre, les blasphmes de Saint-Fond, tout fut affreux ;
nous le portmes, presque sans connaissance, au lit o il voulut encore que je
passasse la nuit  ses cts.
     Cet insigne libertin, aussi calme que s'il ft venu de faire l'action la
plus mritoire, dormit dix heures sans s'veiller et sans la plus lgre
marque d'agitation. Ce fut alors que je me convainquis bien qu'il est facile
de se crer une conscience analogue  ses opinions, et qu'aprs ce premier
effort, il est permis d'arriver  tout.  mes amis ! n'en doutons pas, celui
qui a su teindre dans son cur toute ide de Dieu et de religion, que son or
ou son crdit mettent au-dessus du lois, qui a su racornir sa conscience, la
plier  ses opinions, en bannir  jamais le remords, celui-l, dis-je,
soyez-en bien srs, fera toujours tout ce qu'il voudra sans rien craindre.
     Le ministre, en s'veillant, me demanda s'il n'tait pas vrai qu'il ft
le plus grand sclrat de la terre. Connaissant le plaisir que je lui ferais
en rpondant un oui que je ne pensais que trop, je me gardai bien de le
contredire.
     - Que veux-tu mon ange, me dit-il, est-ce ma faute si je suis ainsi, et
si la nature m'a donn pour le vice le got le plus irrsistible, et pas un
seul penchant pour la vertu ? N'est-il donc pas certain que je la sers aussi
bien ainsi, que celui auquel sa main imprimera l'amour des bonnes actions ? Ce
serait la plus grande de toutes les extravagances que de rsister aux
intentions de la nature sur nous : je suis la plante vnneuse qu'elle a fait
natre au pied du baume ; je ne suis pas plus fch de mon existence, que je
ne serais flatt de celle de l'homme vertueux : et ds qu'il faut que tout
soit mlang sur la terre, ne devient-il pas gal d'tre dans une classe ou
dans l'autre ? Imite-moi, Juliette[11], tes penchants t'y portent ; qu'aucune
action criminelle ne t'effarouche ; la plus atroce est celle qui plat le
mieux  la nature : le seul coupable est celui qui rsiste ; ne le sois pas de
cette manire. Laisse, ma fille, laisse dire aux gens froids qu'il faut que
l'honntet et la pudeur accompagnent les plaisirs de la jouissance ; malheur
 qui voudra les goter de cette manire : il ne les connatra jamais. Ces
espces de plaisirs ne peuvent tre dlicieux qu'autant qu'on franchit tout
quand on les gote ; la preuve en est qu'ils ne commencent  devenir tels que
par la rupture d'un certain frein ; qu'on en brise un de plus, l'irritation
deviendra plus violente, et ncessairement ainsi, de gradation en gradation,
on ne parviendra rellement au vritable but de ces espces de plaisirs, qu'en
portant l'garement des sens jusqu'aux dernires bornes des facults de notre
tre, en telle sorte que l'irritation de nos nerfs prouve un degr de
violence si prodigieux qu'ils en soient comme renverss, comme crisps dans
toute leur tendue. Celui qui veut connatre toute la force, toute la magie
des plaisirs de la lubricit, doit se bien convaincre que ce n'est qu'en
recevant ou produisant sur le systme nerveux le plus grand branlement
possible, qu'il russira  se procurer une ivresse telle qu'il la lui faut
pour bien jouir ; car le plaisir n'est que le choc des atomes voluptueux, ou
mans d'objets voluptueux, embrasant les particules lectriques qui circulent
dans la concavit de nos nerfs. Il faut donc, pour que le plaisir soit
complet, que le choc soit le plus violent possible : mais la nature de cette
sensation est si dlicate, qu'un rien la drange ou la dtruit ; il faut donc
que l'esprit soit prpar, qu'il soit tranquille, que, par nos systmes ou
notre position, il se trouve dans une assiette calme et heureuse, que ce soit
alors au feu de l'imagination que s'allume le foyer des sens. De ce moment,
donnez pleine carrire  cette imagination, ne lui refusez aucun cart, et
travaillez, non seulement  lui tout accorder, mais  la mettre en tat, par
votre philosophie et surtout par l'endurcissement de votre cur et de votre
conscience, de pouvoir se forger, se crer de nouvelles chimres qui,
nourrissant les atomes voluptueux, les fassent heurter avec plus de force sur
les molcules qu'ils doivent branler, et prparent ainsi  vos sens un genre
de volupt pour chacun d'eux. Tu vois par l, Juliette, combien d'obstacles
apporterait  ton dlire un esprit contenu dans les bornes de l'honntet ou
de la vertu : ce serait comme autant de glaons jets dans l'embrasement,
comme autant de chanes, autant d'entraves dont on accablerait un jeune
coursier qui ne demande qu' s'lancer dans la carrire.
     La religion est sans doute le premier de tous les freins  rompre dans un
pareil cas, comme tant pour celui qui l'adopte une source perptuelle de
remords. Mais il n'y a que la moiti de la besogne de faite, tant qu'on n'a
culbut que les autels d'un Dieu fantastique ; cette opration est la plus
facile, il ne faut ni beaucoup d'esprit, ni beaucoup de force pour anantir
les dgotantes chimres de la religion, puisqu'il n'en est aucune qui puisse
tenir  l'examen. Mais encore une fois Juliette, ce n'est pas tout ; il est
une infinit d'autres devoirs, d'autres conventions sociales, d'autres
barrires, qui te gneront bientt autant que l'avait fait la religion, si ton
esprit, aussi fougueux qu'indpendant, ne se fait pas une loi de tout
enfreindre : galement retenue par ces mprisables digues, tu prouverais
bientt une contrainte dans tes plaisirs gale  celle que ressent le dvot.
Si, au contraire, tu as tout foul aux pieds pour l'atteindre, et que ta
conscience, bien en repos sur tous les pointe, ne vienne plus te prsenter les
tristes aiguillons du remords, sans doute, en ce cas, ta jouissance sera des
plus vives et des plus compltes que puisse accorder la nature, et ton
garement sera tel, qu' peine tes facults physiques auront assez de vigueur
pour en soutenir l'excs. Ne t'attends pas, nanmoins,  tre aussi heureuse
en commenant que tu peux le devenir un jour : des prjugs, quoique tu
puisses faire, viendront te troubler encore, en raison de l'paisseur des
freins que tu auras rompus : fatale effets de l'ducation, auxquels une
profonde rflexion, une persvrance soutenue, et surtout des habitudes
enracines, peuvent seules remdier. Mais peu  peu ton esprit se fortifiera ;
l'habitude, cette seconde nature qui devient souvent plus puissante que la
premire, qui parvient  anantir ceux mmes des principes naturels qui
paraissent les plus sacrs, cette habitude essentielle au vice, que je ne
cesse de recommander, et de laquelle tout dpend pour ton bonheur dans la
carrire que tu adoptes, cette habitude, dis-je, moussera le remords, fera
taire la conscience, se jouera de la voix du cur, et tu verras alors comme
tous les objets te paratront diffrents ! Surprise toi-mme de la fragilit
des liens qui t'avaient contenue, tu regretteras les jours o, sottement
enchane par ces nuds, tu as pu rsister aux plaisirs ; et quelques vains
obstacles dussent-ils troubler ta flicit, le charme de l'avoir connue, et
les divins souvenirs qu'elle te donnera changeront  jamais en fleurs les
pines dont on aurait voulu les semer. Or, dans la position o je te place,
avec la scurit que je te donne, quelles pines pourrais-tu redouter ?
Rflchis un instant  ta dlicieuse situation ; et si l'incertitude de
l'impunit prte au crime ses plus divins attraits, qui, plus que toi dans le
monde, pourra jouir avec dlices ! Jette les yeux sur tee autres jouissances :
dix-huit ans, la meilleure sant, la plus jolie figure, la taille la plus
noble, de l'esprit comme un ange, un temprament de Messaline, nageant dans
l'or et dans l'opulence, un crdit sr, nuls freins, nulles chanes, aucuns
parents, des amis qui t'adorent... et tu pourrais redouter les lois !... Ah !
cesse de craindre que leur glaive ose jamais t'atteindre ; s'il s'levait un
jour sur ta tte, oppose-lui tes charmes, Juliette ; remplace cette langueur
qui te captive au sein des volupts, par ces toilettes pleines d'art qui,
fixant auprs de toi les grces, enchanent  tes pieds tous les curs ;
dveloppe-toi, et l'univers  genoux dtournerait  l'instant tout ce qui
pourrait dplacer ou fltrir sa plus chre idole ; l'Amour lui-mme, alors, te
servirait d'gide, il enflammerait tous les curs, et tu ne trouverais que des
amants o d'autres auraient  redouter des juges. C'est  l'tre isol... sans
fortune... sans soutien... sans considration,  frmir sous ces freins
populaires : ils ne sont faits que pour lui seul. Mais toi, Juliette, ah !
bouleverse la nature entire... trouble, dtruis, arrache ! Le monde adorera
sa divinit dans toi, quand tu laisseras dcouler sur lui quelques bienfaits,
il te craindra si tu l'crases mais tu seras toujours son Dieu.
     Livre-toi, Juliette, livre-toi sans crainte  l'imptuosit de tes gots,
 la savante irrgularit de tes caprices,  la fougue ardente de tes dsirs ;
chauffe-moi de leurs carts, enivre-moi de tes plaisirs ; n'aie jamais qu'eux
seuls pour guides et pour lois ; que ta voluptueuse imagination varie nos
dsordres ; ce n'est qu'en les multipliant que nous atteindrons le bonheur ;
naturellement inconstant et lger, il ne comble jamais de ses dons que celui
qui sait l'enchaner : ne perds jamais de vue que tout celui de l'homme est
dans son imagination, et qu'il ne peut prtendre  la flicit qu'en en
servant tous les caprices. Le plus fortun des tres est celui qui a le plus
de moyens de satisfaire tous les garements qu'elle inspire : aie des filles,
des hommes, des enfants ; fais refluer sur tout ce qui t'environne la molle
lascivit de ton me de feu ; tout ce qui dlecte est bon, tout ce qui
chauffe est dans la nature. Ne vois-tu pas l'astre qui nous claire,
desscher et vivifier tour  tour ? Imite-le dans tes carte, comme tu le
peins dans tes beaux yeux. Modle-toi sur Messaline et sur Thodora ; aie,
comme ces clbres putains de l'antiquit, des srails de tous sexes o tu
puisses aller te plonger  l'aise dans un ocan d'impurets. Vautre-toi dans
l'ordure et dans l'infamie : que tout ce qu'il y a de plus sale et de plus
excrable, de plus honteux et de plus criminel, de plus cynique et de plus
rvoltant, de plus contre la nature, contre les lois et contre la religion,
devienne par cela seul ce qui te plaise le mieux. Souille  loisir toutes les
parties de ton beau corps ; souviens-toi qu'il n'en est pas une seule o la
lubricit ne puisse avoir un temple, et dont les plus divins seront toujours
ceux que tu croiras que la nature s'irrite. Quand les odieux excs de la
dbauche, quand les turpitudes les plus dpraves, quand les actes les plus
dgotants commenceront  glisser sur tes nerfs, ranime-toi par des cruauts :
que les forfaits les plus effrayants, que les atrocits les plus rvoltantes,
que les crimes les moins supposables, que les horreurs les plus gratuites, que
les carts les plus monstrueux sortent ton me de la lthargie o t'aura
laisse le libertinage. Souviens-toi que toute la nature t'appartient, que
tout ce qu'elle nous laisse faire est permis, et qu'elle a t assez adroite,
en nous crent, pour nous ter les moyens de la troubler. Tu sentiras alors
que l'Amour change quelquefois ses flches en poignards, et que les invectives
du malheureux que nous tourmentons valent souvent mieux, pour faire bander,
que tous les propos galants de Cythre.
     Singulirement flatte de ces discours, j'osai faire entendre 
Saint-Fond que tout ce que je craignais tait de perdre ses bonts.
     - Juliette, me dit-il, cela ne serait pas long si je n'tais que ton
amant, parce que les faveurs d'une femme, si belle qu'elle puisse tre, ne
sauraient m'attacher longtemps. Celui qui a pour principe que l'instant o
l'on vient de foutre une femme est celui o il est le plus essentiel de s'en
sparer, doit certes, s'il n'est qu'amant, faire envisager ce que tu crains ;
mais, Juliette, tu le sais, je suis loin de ce plat personnage : tous deux
lis par des ressemblances de got, d'esprit et d'intrt, je ne vois nos
chanes que comme celles de l'gosme, et celles-l captivent toujours. Te
conseillerais-je de foutre, si j'tais ton amant ? Non, non, Juliette, je ne
le suis pas, je ne le serai jamais. Ne redoute donc rien de mon inconstance ;
si je viens jamais  t'abandonner, toi seule en seras devenue la cause ;
continue de te bien conduire, sers toujours mes plaisirs avec activit ; que
chaque instant me dveloppe en toi de nouveaux vices ; porte avec moi, dans
l'intrieur, la soumission jusqu' la bassesse ; plus tu ramperas  mes pieds,
plus par l'orgueil je te ferai rgner sur les autres ; qu'aucune faiblesse
surtout, qu'aucun remords, quelle que soit la chose que j'exige de toi, ne se
montre jamais  mes yeux, et je te rendrai la plus heureuse des femmes, comme
tu m'auras rendu le plus fortun des hommes.
     -  mon matre ! lui dis-je, souvenez-vous que je ne veux rgner sur
l'univers que pour en apporter l'hommage  vos genoux.
     Nous entrmes ensuite dans quelques dtails. Il tait dsol de n'avoir
pas fait subir  sa nice le supplice de la roue ; sans la ncessit
d'emporter la tte, il l'et fait infailliblement. Ceci l'amena  vanter
extrmement Delcour.
     - Il est plein d'imagination, me dit-il, jeune et vigoureux d'ailleurs,
et je te sais le meilleur gr d'avoir dsir son vit. Pour moi, continua
Saint-Fond, je le fouts toujours avec dlices. J'ai dj remarqu que quand on
avait foutu un homme trs jeune, on le foutrait encore  quarante ans avec
plaisir. Tu vois comme nous nous ressemblons, Juliette : le mtier qu'il fait
sut irriter ta tte comme la mienne, et, sans sa profession, nous n'y aurions
jamais pens ni l'un ni l'autre.
     - Avez-vous eu beaucoup de ces gens-l ? demandai-je  Saint-Fond.
     - J'eus cinq  six ans cette manie, me rpondit-il ; j'ai couru les
provinces pour en avoir ; leurs valets surtout m'chauffaient infiniment
l'imagination : on ne se figure pas ce que c'est que d'avoir le vit d'un valet
de bourreau dans le cul. Je les remplaai par des garons bouchers, et
j'aimais, lorsque pleins de sang, ils venaient m'enculer deux heures.
     - Je conois tous ces gots, dis-je  Saint-Fond.
     - Ah ! sois-en sre, ma chre, il faut de l'infamie et de la dpravation
dans tout cela ; et la luxure n'est rien, si la crapule n'en fait l'me. Mais
 propos, continua le ministre, il y a une de ces tribades qui m'agace
tonnamment les nerfs... cette jolie blonde, celle qui, je crois, obtint mon
dernier foutre.
     - Palmire ?
     - Oui, c'est ainsi que je te l'entendis nommer. Elle a le plus beau cul,
le plus troit, le plus chaud... Comment t'es-tu procur cette fille !
     - Elle travaillait chez une marchande de modes ;  peine avait-elle
dix-huit ans quand je l'ai prise... et neuve comme l'enfant qui sort du sein
de sa mre ; elle est orpheline, sa naissance est bonne, elle ne dpend que
d'une vieille tante qui me l'a fort recommande.
     - L'aimez-vous, Juliette ?
     - Je n'aime rien, Saint-Fond, je n'ai que des caprices.
     - Il me semble que cette jolie crature aurait absolument tout ce qu'il
faut pour faire une dlicieuse victime : fort belle, intressante dans les
pleurs, un joli son de voix, les plus beaux cheveux du monde, un cul sublime
et d'une tonnante fracheur... Tiens, Juliette, vois comme je bande  l'ide
de la martyriser.
     Et je n'avais effectivement jamais vu son vit si fort en colre ; je m'en
emparai, je le branlai trs lgrement.
     - Mais si je la prends, continua-t-il, je te la payerai mieux qu'une
autre, puisque je la dsire.
     - Ce seul mot n'est-il pas un ordre pour moi ? Voulez-vous qu'elle entre
sur-le-champ !
     - Oui, car c'est uniquement pour elle que je bande.
     Au moment que Palmire parut, Saint-Fond, sautant  bas du lit,
s'entortille dans une robe de chambre et, saisissant brusquement cette fille,
il passe avec elle dans un cabinet spar. La sance fut longue ; j'entendis
les cris de Palmire. Au bout d'une heure, tous deux rentrrent. Comme il lui
avait fait quitter ses habits avant de la mener dans ce lieu secret, il me fut
facile en la voyant rentrer nue, de reconnatre  quel point elle avait t
maltraite ; n'euss-je mme pas vu le reste, ses larmes qui coulaient encore
me l'auraient prouv. Mais sa gorge et ses fesses portaient des emblmes si
rcents des vexations que venait de lui faire prouver Saint-Fond, qu'il tait
impossible de douter.
     - Juliette, me dit-il, en paraissant fort chauff de ce qu'il venait de
faire, il est trs malheureux pour moi d'tre si press que je le suis ; il
faut que ces ttes soient dans le cabinet de la reine  cinq heures, et je ne
peux pas me livrer aujourd'hui au dsir que j'aurais de m'amuser de cette
fille. coutez bien ce que je vais vous dire : vous me la prsenterez
aprs-demain au souper des trois pucelles ; qu'elle soit jusqu' cette poque
enferme dans le plus sombre et le plus sr de vos cachots ; je vous dfends
de lui rien porter pour se nourrir, et vous ordonne de la faire enchaner si
fortement au mur, qu'elle ne puisse ni se remuer, ni s'asseoir. Ne lui faites
aucune question sur ce qui vient de se passer ; j'ai des raisons, sans doute,
pour que vous l'ignoriez, ds que je vous le cache. Je vous la paierai le
double de ce que je vous donne pour les autres. Adieu.
     Il s'lana  ces mots dans sa voiture avec Delcour et la bote aux trois
ttes, me laissant dans une agitation que je vous rendrais difficilement.
     J'aimais Palmire. La livrer  cet anthropophage me cotait beaucoup :
mais comment dsobir ? Sans oser mme lui dire un seul mot, je la fais
plonger o Saint-Fond veut qu'elle soit ; et  peine y fut-elle, que deux
sentiments vinrent me combattre. Le premier fut l'envie de sauver cette fille,
dont il s'en fallait bien que je fasse encore rassasie ; le second avait pour
principe la curiosit la plus extrme de savoir quelle tait cette fantaisie
singulire  laquelle se livrait Saint-Fond avec les femmes auxquelles il
prononait le dernier arrt. Cdant  ce second dsir, j'allais, pour la
questionner, descendre  la porte de sa prison, lorsqu'on m'annona Mme de
Clairwil. Instruite par le ministre qu'il ne serait plus  la campagne 
l'heure du dner, elle venait m'en demander, et me prendre pour retourner
ensemble voir un ballet charmant  l'Opra. J'embrassai vivement mon amie ; je
lui racontai tout ce que nous venions de faire ; je ne lui dguisai point les
folies o je m'tais livre avant l'arrive du ministre , ni toutes celles qui
les avaient suivies. L'aimable crature trouva tout dlicieux, et me flicita
des progrs que je commenais  faire dans le crime. Quand j'en fus 
l'aventure de Palmire :
     - Juliette, me dit-elle, garde-toi de la soustraire au ministre, et plus
encore d'approfondir sa mystrieuse passion. Songe que ton sort dpend de cet
homme, et que le plaisir que tu aurais, soit  dcouvrir son secret, soit 
conserver les jours de la tribade, ne te consolerait jamais des chagrins qui
en rsulteraient infailliblement. Tu trouveras deux cents filles qui vaudront
mieux que celle-l ; et quant au secret de Saint-Fond, une infamie de plus ou
de moins dans ta tte ne te rendra pas plus heureuse. Dnons, mon cur, et
sauvons-nous bien vite, cela te distraira.
     Nous tions en voiture  six heures, Clairwil, Elvire, Montalme et moi ;
six chevaux anglais fendaient l'air, et nous fussions certainement arrives
avant l'ouverture du ballet, lorsque  la hauteur du village d'Arcueil nous
sommes arrtes par quatre hommes  cheval, le pistolet  la main. Il faisait
nuit. Nos laquais, effmins, mous et poltrons, s'enfuirent tant qu'ils eurent
de force, et nous restmes seules avec les deux conducteurs de nos chevaux, en
proie aux quatre hommes masqus qui nous arrtaient.
     Clairwil, que rien au monde n'effrayait, demanda imprieusement  celui
de ces hommes qui paraissait avoir le plus de prpondrance, en vertu de quoi
il agissait ainsi : pour toute rponse, nos inconnus, dtournant la voiture,
obligent nos gens  descendre du ct d'Arcueil, et  remonter ensuite sur les
hauteurs de Cachan, o ils enfilrent une route troite qui nous mena dans un
chteau fort solitaire. La voiture entre ; les portes se ferment ; nous
entendons mme qu'on les barricade en dedans ; un de nos conducteurs ouvre
alors la portire, et, sans dire un seul mot, il nous offre la main pour
descendre.
     Singulirement effraye de cette mystrieuse aventure, j'avoue que mes
genoux flchirent en descendant de carrosse : peu s'en fallut que je ne
m'vanouisse ; mes femmes n'taient gure plus rassures que moi ; la seule
Clairwil, toujours effronte, marchait  notre tte et nous encourageait.
Trois de nos ravisseurs disparurent un moment ; le chef seul nous introduisit
dans un salon assez bien clair. Le premier objet qui frappa nos yeux fut un
vieillard en pleurs, entour de deux jeunes personnes trs jolies qui
cherchaient  le consoler.
     - Vous voyez devant vous, mesdames, nous dit notre conducteur, les restes
malheureux de la famille de Cloris. Ce vieillard est le pre du mari, ces deux
jeunes personnes sont les surs de l'pouse, et nous sommes les frres de
l'poux. Le chef de cette maison, sa femme et sa fille, ayant injustement
encouru la disgrce de la reine, et plus malheureusement encore celle d'un
ministre qui, cependant, leur doit tout, ces trois respectables personnes,
dis-je, ayant disparu avant-hier, la clrit de nos perquisitions nous a
convaincus que ces victimes sont dtenues ou mortes dans la maison de campagne
de laquelle vous venez de sortir. Vous appartenez au ministre ; l'une de vous
est sa matresse, nous le savons : il faut, ou nous faire rendre les objets
que nous rclamons, ou nous convaincre de leur mort. Jusqu' ces
claircissements, vous resterez en otages ici. Si vous nous faites rendre nos
parents, vous serez libres ; s'ils sont sacrifis, vos mnes apaiseront les
leurs, et vous les suivrez de prs au tombeau. C'est tout ce que nous avons 
vous dire ; instruisez-nous et agissez.
     - Messieurs, dit la courageuse Clairwil, il me semble que votre procd
est profondment illgal sous tous les rapports. Est-il vraisemblable,
premirement, que deux femmes, madame et moi (celles-ci nous servent), que
deux femmes, dis-je, soient assez inities aux secrets du ministre, pour tre
instruites d'un vnement semblable  celui dont vous nous parlez ?
Croyez-vous que si les personnes que vous rclamez avaient encouru les
disgrces de la cour, et que la justice ou le ministre eussent t contraints
de svir, croyez-vous, de bonne foi, que l'on nous et rendues les tmoins
d'une semblable excution ? et le temps qu'il y a que nous sommes  la maison
du ministre ne vous prouve-t-il pas qu'assurment ce ne peut tre pendant ces
jours-ci que s'est pass l l'vnement dont vous parlez ? Au surplus,
messieurs, nous n'avons que nos paroles d'honneur  vous donner, mais nous
vous les offrons pour gages de la profonde ignorance o nous sommes du sort de
ceux dont il s'agit. Non, messieurs, nous vous le protestons, nous n'avons
jamais rien ou dire d'eux, et si vous tes justes et que vous n'ayez pas
autre chose  nous dire, vous nous rendrez  l'instant une libert que vous
n'avez pas le droit de nous ravir.
     - Nous ne nous amuserons pas  vous rfuter, madame, rpondit notre
conducteur. Il y a quatre jours que l'une de vous est  cette campagne,
l'autre y est arrive pour dner aujourd'hui. Il y a galement quatre jours
que la famille Cloris est dans la mme maison : l'une de vous deux est donc
bien en tat de rpondre aux questions qui vous sont faites, et vous ne
sortirez pas que nous ne soyons parfaitement clairs.
     Alors les trois autres cavaliers reparurent et dirent que, puisque nous
ne voulions pas parler de bonne grce, il y avait des moyens de nous faire
expliquer de force.
     - Je m'y oppose, mes enfants, dit le vieillard, il ne sera fait ici nulle
violence ; dtestons les moyens que nos ennemis ont pour faire le mal, et ne
les imitons jamais. Nous prierons seulement ces dames de vouloir bien crire
au ministre de se rendre dans cette maison ; et leur billet sera seulement
construit de manire  lui laisser croire qu'il n'y a qu'elles qui l'en
sollicitent pour des affaires de la plus grande importance. Il viendra ; nous
l'interrogerons ; il faudra bien qu'il dise o est mon fils, o est ma fille :
cette main, sans cela, toute tremblante qu'elle est, saura trouver l'nergie
ncessaire  lui plonger un poignard dans le cur... Abus perfides de la
tyrannie !... Funestes dangers du despotisme !  peuple franais, quand
seras-tu rvolt de ces horreurs ? quand, las de l'esclavage et pntr de ta
propre force, lveras-tu la tte au-dessus des chanes dont les sclrats
couronns t'environnent, et sauras-tu te rendre  la libert que t'a destine
la nature ?... Qu'on donne du papier  ces dames et qu'elles crivent.
     - Amuse-les, dis-je bas  Clairwil, et laisse-moi rdiger ce billet.
      Une affaire de la plus extrme importance vous appelle ici (mandai-je
au ministre) ; suivez le guide que nous vous envoyons, et ne perdez pas une
minute. 
     Je montre la lettre, on la trouve bien. Alors, avec un crayon cach dans
ma main, j'ai le temps, en faisant l'enveloppe, d'insrer promptement les mots
suivants :
      Nous sommes perdues si vous n'accourez pas en force ; et c'est par
force que nous crivons ce qui prcde. 
     Le paquet se ferme, un de nos conducteurs part, et l'on nous fait passer
dans une chambre haute, o l'on nous enferme avec soin, ayant toujours un
garde  notre porte.
     A peine fus-je seule avec Clairwil, que je lui fis part de ce que j'avais
ajout au billet.
     - Cela ne suffit pas  me tranquilliser, me dit-elle : s'il arrive en
force ici, nous sommes gorges au moment o ces gens-ci verront arriver cette
force ; j'aimerais mieux travailler  sduire notre garde.
     - Cela est impossible, rpondis-je, ce ne sont point ici des coquins
soudoys : tous lis par le sentiment de l'honneur, attendu qu'ils le sont par
le sang, tu comprends bien que rien au monde ne les fera renoncer au fatal
projet de vengeance. Ah ! Clairwil, il faut que je ne sois pas encore assez
ferme dans nos principes, car je crains bien qu'une fatalit quelconque, 
laquelle tu donneras le nom que tu voudras, ne fasse  la fin triompher la
vertu.
     - Jamais ! jamais ! le triomphe appartient toujours  la force, et rien
n'en possde autant que le crime ; je ne te pardonne pas cette faiblesse.
     - C'est que voil le premier revers que j'prouve.
     - C'est le second, Juliette : rappelle-toi mieux les circonstances de ta
vie, et souviens-toi que la fortune ne te couvrit de ses faveurs, qu'au sortir
d'une prison qui devait te conduire  la potence.
     - Cela est vrai ; cette anecdote oublie me rend mon courage ; patientons.
     Rien au monde ne pouvait teindre dans cette femme singulire les feux du
libertinage dont elle tait dvore. Le croiriez-vous ? il n'y avait qu'un lit
dans la chambre o l'on nous avait relgues : elle me proposa de nous y jeter
toutes quatre, et de nous branler jusqu' l'arrive de Saint-Fond. Mais ne
trouvant ni dans mes femmes, ni dans moi, des dispositions assez tranquilles
pour accepter ses extravagances, nous attendmes, en causant, le rsultat de
cette funeste aventure.
     M. de Saint-Fond sentit, comme Clairwil, l'inconvnient de faire attaquer
le chteau de force pendant que nous y tions : la ruse lui parut prfrable ;
et voici ce qu'il employa avant que d'en venir  des moyens violents.
     L'exprs que nous avions envoy revint avec deux jeunes gens inconnus de
nous. Et tel tait le contenu du billet qu'ils apportaient au vieillard :
      Un galant homme ne doit pas retenir des femmes pour une affaire qui ne
regarde que des hommes : dlivrez celles que vous dtenez injustement. Je vous
envoie mon cousin germain et mon neveu pour otages ; croyez que j'ai plus
d'intrt  les sortir de vos mains que les femmes qui sont en dpt chez
vous. Soyez d'ailleurs parfaitement tranquille sur le sort des personnes qui
nous intressent ; elles sont,  la vrit, dtenues, mais chez moi ; et c'est
moi qui vous en rponds : elles seront dans vos bras sous trois jours. Encore
une fois gardez mes parents, et renvoyez les femmes ; je serai moi-mme chez
vous dans quatre heures. 
     La plus grande prsence d'esprit nous servit ici. Le billet n'avait point
t lu devant nous, et nous devinmes.
     - Connaissez-vous ces messieurs, nous demande le vieillard ?
     - Assurment, rpondis-je, ce sont les parents du ministre ; s'ils
s'offrent  rester pour nous, ces otages, ce me semble, doivent vous suffire.
     On dlibrait sur notre libert, lorsqu'un de nos ravisseurs prenant la
parole :
     - Ceci peut tre un pige, s'cria-t-il, je m'oppose au dpart des femmes
: gardons-les tous, ce sont deux otages de plus.
     On revint  cet avis, et les imbciles (car il est dit qu'il faut que la
vertu fasse toujours des sottises), les stupides animaux nous mirent tous dans
la mme chambre.
     - Rassurez-vous, mesdames, nous dit aussitt un des prtendus parents du
ministre, vous voyez quel a t l'esprit de la ruse de M. de Saint-Fond. Il
s'est bien dout qu'elle ne russirait peut-tre pas : n'importe, a-t-il dit,
ce sont toujours des dfenseurs que je leur envoie et qui leur diront, ainsi
que nous pouvons vous l'affirmer, mesdames, que toute la police de Paris, dont
nous sommes membres, assige le chteau dans deux heures. Soyez tranquilles,
nous sommes bien arms, et si ces bonnes gens veulent, se voyant tromps,
entreprendre quelque chose sur vous, soyez assures que nous vous dfendrons.
     - Toute ma crainte, dit Clairwil, c'est que ces animaux, sentant la
btise qu'ils ont faite de nous runir, ne viennent, en nous sparant, nous
enlever toutes nos ressources.
     - Il n'y a, dis-je, infiniment plus tranquille, qu' s'unir de manire
que nous soyons insparables.
     - Comment, dit Clairwil, toi qui frmissais tout  l'heure d'une
distraction  peu prs pareille, tu oses maintenant en ouvrir l'ide ?
     - C'est que je suis calme, rpliquai-je, et qu'en vrit ces deux jeunes
gens sont bien jolis l'un et l'autre.
     L'un d'eux, nomm Pauli, n'avait effectivement que vingt-trois ans et la
figure la plus douce, la plus dlicate qu'il ft possible de voir ; l'autre
avait deux ans de plus, l'air moins effmin, mais fait  peindre, et le plus
beau vit possible.
     - Allons, dit Clairwil, ces messieurs permettront que nous disposions
d'eux. Avant de savoir ce qu'ils pensent, voici, ce me semble, comment il faut
que tout ceci s'arrange.
     A ces mots, nous baisons simultanment nos gardiens avec tant d'ardeur
que la rponse qu'ils avaient  nous faire fut bientt peinte dans leurs yeux.
     - Oui, reprit Clairwil, puisque leur consentement est aussi formel, voici
comment il faut que tout ceci se passe. Pauli va te foutre, Juliette ; je
vais, moi, m'en faire donner par Laroche ; ds que nous serons toutes deux
enconnes, Elvire me branlera le clitoris d'une main, le trou du cul de
l'autre ; Montalme t'en fera autant. Toutes deux  porte d'tre manies par
nos fouteurs, elles leur prsenteront tout ce qu'elles portent ; tu verras
que, limes plus roide, nous gagnerons  cette infidlit : toutes les femmes
voluptueuses devraient s'en permettre de semblables, elles s'apercevraient
bientt du profit qu'elles y feraient. Cependant, toujours attentives l'une et
l'autre aux sensations prouves par nos jeunes fouteurs, ds qu'elles les
verront prs de dcharger, elles saisiront leurs vits et nous les enfonceront
aussitt dans le cul, afin que le foutre ne se perde que l ; ds que tous
deux auront dcharg, nous changerons et d'homme et de femme. Mais, toutes
deux places l'une auprs de l'autre, ce ne sera que de nous seules dont nous
nous occuperons ; nous nous baiserons, nous nous langoterons, mon amour, et
regarderons, m'ajouta-t-elle tout bas, ces tres vils qui travailleront  nous
donner du plaisir comme des esclaves pays pour nos passions et que nous
assouplit la nature.
     - C'est cela, dis-je, je n'entends pas qu'on bande avec une autre ide.
     Et dans l'instant nous voil toutes deux sur le lit, les jupes
retrousses jusqu'au-dessus du ventre. Nos tribades d'abord s'emparent des
engins, nous les prparent, nous les montrent, et les engloutissent bientt
dans nos cons haletants. Si Clairwil tait nerveusement foutue par Laroche,
certes, je n'avais pas  me plaindre de Pauli ; son membre n'tait pas tout 
fait aussi gros que celui de son camarade, mais il tait fort long, et je le
ressentais au fond de ma matrice ; divinement branle, d'ailleurs, par
Montalme, voluptueusement baise par mon amie, nous avions dj l'une et
l'autre dcharg deux fois, lorsque le changement de main excut par Montalme
avec toute la lgret possible, m'avertit de la crise de mon jeune amant dont
des ruisseaux de foutre m'inondent le cul de la plus dlicieuse manire.
L'adroite Montalme, pendant ce temps, remplaait par trois doigts runis ce
que mon con venait de perdre, et continuait de me chatouiller le clitoris. Un
foutre-dieu, bien appuy par mon amie, me prvint qu'elle prouvait la mme
chose ; et ce ne fut pas sans une troisime jaculation que des jets de sperme
aussi abondant nous inondrent les entrailles.
     - Changeons, dit Clairwil, essaye de Laroche, je vais prendre Pauli.
     Jeunes et vigoureux tous deux, nos athltes ne nous demandent mme pas de
respirer, et me voil foutue par l'un des plus beaux vits possibles.
     Ce fut pendant cette seconde course que Clairwil, toujours penche sur
moi, toujours me langotant, et ne s'occupant que de moi, convint que son
abominable tte lui conseillait une infamie.
     - Oh, foutre ! lui dis-je, pressons-nous de l'excuter, car j'aime
infiniment les horreurs.
     - Non, je veux te surprendre, dit Clairwil... Contente-toi de savoir
seulement que cette ide bizarre est la seule cause du foutre que je perds
dans tes bras.
     Et la coquine partit avec des convulsions et des haut-le-corps dont
assurment son fouteur ne se serait chauff comme il le fit, s'il en avait
dml la cause. Revenue  elle et toujours foutue par Pauli :
     - coute, me dit-elle tout bas, je vois qu'il est pourtant ncessaire que
je t'instruise, tu ne pourrais sans cela partager mes projets. Il va y avoir
un combat ; on nous attaquera ; nous nous dfendrons. Demandons des armes 
ces jeunes gens, et pour les remercier de tous les services qu'ils nous
rendent, brlons-leur la cervelle pendant la bataille. Ce meurtre passera sur
le compte de nos ennemis, et Saint-Fond, mieux pntr des dangers que tu
auras courus, t'accordera sans doute une bien plus grande rcompense.
     - Oh ! foutue garce ! dis-je  Clairwil en dchargeant moi-mme comme une
putain  cette ide, oh ! sacredieu ! combien ton projet m'enflamme !
     Et j'inondais pendant ce temps-l le vit de Laroche, qui, se voyant prs
de m'imiter, fit son changement de main au mme instant de ma dcharge, ce qui
me plongea dans un dlire qu'il me serait impossible de vous poindre, rien, je
l'affirme, n'tant aussi dlicieux pour une femme, comme de sentir un vit
pntrer dans son cul au mme instant o elle dcharge. Le bruit que nous
entendmes au mme instant nous fit aussitt sauter  bas du lit.
     - Les voil, dit Clairwil ; donnez-nous des pistolets, mes enfants, afin
que nous puissions nous dfendre.
     - En voil, dit Laroche ; il y a trois balles dans chacun.
     - Bon, dit Clairwil, soyez srs qu'elles seront bientt dans le cur de
quelqu'un.
     Le bruit augmente et se fait  la fois entendre dans toutes les parties
du chteau :  Aux armes !  s'crie-t-on.
     - Allons, dit Laroche, amorons de frais ; que ces dames se placent en
groupe derrire nous, nous leur servirons de rempart.
     Il tait temps ; nos ravisseurs, dj forcs dans le bas du chteau par
le dtachement envoy de Paris, se jetaient o nous tions,  dessein de nous
gorger avant de se rendre ; mais malheureusement suivis de trop prs, ils ne
purent entrer que ple-mle avec nos librateurs. Il se fit un feu terrible en
forant notre chambre. Places derrire ceux qui nous dfendent, tel est
l'instant que nous choisissons pour nous dlivrer du poids de la
reconnaissance. Ils tombent en sang  nos pieds, et nos cons taient encore
tout barbouills du foutre de ceux  qui notre inique mchancet arrachait si
cruellement la vie. Vous imaginez facilement que cette action fut bientt mise
sur le compte de nos ennemis, que les officiers du dtachement poignardrent
aussitt pour venger leurs camarades. Le vieillard et les jeunes femmes,
rests seuls, furent emballs dans un fiacre, et sous bonne garde conduits 
la Bastille ; le reste du dtachement, ayant fait atteler notre voiture, nous
escorta jusque chez moi, o j'exigeai de Clairwil de vouloir bien ne me
quitter qu'aprs souper.
     A peine tions-nous arrives, qu'on annona Saint-Fond.
     - Lui avouerons-nous notre petite horreur, dis-je promptement  mon amie ?
     - Non, me rpondit-elle ; il faut tout faire et ne jamais tout dire.
     Le ministre entra, nous le remercimes infiniment des soins qu'il avait
pris. Il nous fit  son tour des excuses, de ce qu'une affaire personnelle 
lui nous avait compromises  ce point.
     - Il y a huit ou dix hommes de tus, nous dit-il, entre autres les deux
jeunes gens que je vous avais envoys, les seuls que je regrette.
     - Ah ! ah ! dit Clairwil, il y a sans doute quelque raison pour cela.
     - Oui, je les foutais tous deux depuis assez longtemps.
     - Et c'est Saint-Fond, dit Clairwil, qui regrette un objet foutu ?
     - Non : ils taient lestes, ils me servaient  merveille dans toutes mes
oprations mystrieuses.
     - Oh ! vous les remplacerez, dis-je  Saint-Fond en le faisant mettre 
table ; laissons les maux et ne parlons que de vos succs.
     Pendant le repas, la conversation roula, comme  l'ordinaire, sur des
matires de philosophie, et comme le ministre avait affaire, que d'ailleurs
nous tions extrmement fatigues, l'on se spara. Au souper du lendemain, ma
malheureuse Palmire, que l'on envoya chercher quelques heures avant dans son
cachot, fut impitoyablement sacrifie aprs mille supplices plus barbares et
plus varis les uns que les autres. Saint-Fond me contraignit  l'trangler
pendant qu'il la foutait en cul. Il me la paya vingt-cinq mille francs ; et
sur les reprsentations que je lui fis de tous les dangers que j'avais courus
la veille, il me complta le double.
     Deux mois se passrent sans aucun vnement qui puisse ajouter quelque
intrt  mes crits. Et je venais d'atteindre ma dix-huitime anne, lorsque
Saint-Fond, arrivant un matin chez moi, me dit qu'il avait t voir les deux
surs de Mme de Cloris  la Bastille, qu'il les avait trouves toutes deux
beaucoup plus jolies que celle que nous avions sacrifie, mais que la cadette
surtout, qui tait de mon ge, tait une des plus belles filles qu'il ft
possible de voir.
     - Eh bien ! dis-je, c'est une partie de campagne ?
     - Assurment, me rpondit-il.
     - Et le vieillard ?
     - Un bouillon...
     - Oui, mais voil tout d'un coup trois prisonniers de moins : et le
gouverneur, qui ne vit que de cela ?
     - Oh ! les remplacements sont faciles. Je vous demande d'abord la
premire place pour une parente de Clairwil qui veut jouer la prude avec elle
et ne la point voir,  cause du libertinage de cette chre amie. A l'gard des
deux autres, je les retiens, et vous promets de vous les faire signer sous
huit jours. Allons, dit le ministre en prenant une note sur ses tablettes, le
djeuner de l'homme et la sortie des femmes... Pars demain, Juliette, emmne
avec toi Clairwil, elle est charmante, pleine d'imagination : nous ferons une
scne dlicieuse.
     - Vous faudra-t-il des hommes et des tribades ?
     - Non, les scnes particulires valent quelquefois mieux que les orgies :
plus recueillis, on fait plus d'horreurs, et comme on est l bien ensemble, on
se livre infiniment davantage.
     - Il faut au moins deux femmes pour aider ?
     - Oui, deux vieilles ; tu me les chercheras de soixante ans au moins,
c'est un caprice il y a longtemps que l'on m'assure que rien ne fait bander
comme la dcrpitude de la nature ; je veux en essayer.
     - Il manque quelque chose  tout cela, dit Clairwil,  qui je fus faire
part sur-le-champ des intentions du ministre. Ces jeunes filles doivent avoir
des amants : il faut les dcouvrir, les faire enlever, et les immoler avec
elles : il y a un million de dtails trs voluptueux  tirer de ces situations.
     Je vole chez le ministre ; je lui rends compte des ides de Clairwil ; il
les approuve ; la partie est remise  huitaine et les amants se cherchent.
     Les horreurs ncessaires pour dcouvrir ces nouveaux sujets devinrent des
volupts pour Saint-Fond. Il se rend  la Bastille, fait mettre au cachot
chacune de ces filles, va lui-mme les interroger ; et ce n'est qu'en mlant
adroitement l'espoir et la crainte, en les employant tour  tour, qu'il
parvient  dcouvrir que Mlle Faustine, la cadette des surs de Mme de Cloris,
avait pour amant un jeune homme nomm Dormon, absolument du mme ge qu'elle ;
et que sa sur, Mlle Flicit, ge de vingt-huit ans, avait galement donn
son cur au jeune Delnos, l'un des plus beaux garons de Paris, et qui pouvait
avoir deux ans de plus qu'elle. Quatre jours suffirent pour controuver des
torts  ces jeunes gens ; on n'y regardait pas de si prs, dans un sicle o
l'abus du crdit tait tel, que les valets des gens en place faisaient
eux-mmes enfermer qui bon leur semblait. Ces nouvelles victimes ne couchrent
qu'une nuit  la Bastille ; elles furent transfres, celle d'aprs,  ma
campagne, o les demoiselles taient arrives la veille. Clairwil et moi, nous
avions tout reu, tout enferm, mais sparment ; et nul de ces prisonniers,
quoique assez prs l'un de l'autre, ne souponnait  quel point son voisin
devait l'intresser.
     Aprs un norme dner, on passa dans un salon o tout tait prt pour les
excrations projetes. Les deux vieilles, mises en matrones romaines,
attendaient, en faisant des verges, les ordres qui leur seraient donns. Avant
de rien entreprendre, attir par la supriorit du cul de Clairwil, Saint-Fond
voulut lui rendre hommage. Courbe sur un sopha, la coquine le lui prsente en
femme de l'art ; et, pendant que je lui suce le clitoris, Saint-Fond lui darde
au moins six pouces de langue dans le cul.
     Saint-Fond bandait ; il encule Clairwil, en baisant mon cul ; il me
sodomise un instant aprs, en caressant le voluptueux cul de Clairwil.
     - Allons !  l'ouvrage, dit Saint-Fond, je dchargerais si nous tardions
; vous avez l'une et l'autre des culs auxquels je ne tiens pas.
     - Saint-Fond, dit Clairwil, j'ai deux grces  te demander : la premire,
c'est de te montrer bien cruel, tu ne t'imagines pas, mon cher,  quel point
je suis en train de l'tre ; la seconde, c'est de m'abandonner le meurtre des
deux jeunes gens. Supplicier des hommes est, tu le sais, ma passion favorite ;
autant tu te plais  tourmenter mon sexe, autant j'aime  vexer le tien, et je
vais jouir  martyriser ces deux jolis garons, bien plus, peut-tre, que tu
ne te dlecteras  massacrer leurs deux matresses.
     - Clairwil, vous tes un monstre.
     - Je le sais, mon cher, et ce qui m'humilie est d'tre chaque jour
surpasse par toi.
     Saint-Fond ayant dsir voir d'abord seul chacun de ces quatre amants,
une des vieilles amena Dormon, dont Faustine, la cadette des surs de Mme de
Cloris, tait la matresse.
     - Jeune homme, lui dit Clairwil, vous paraissez ici devant votre matre ;
songez que la soumission la plus entire et la vrit la plus scrupuleuse
doivent diriger votre conduite et vos rponses : c'est dans ses mains qu'est
votre vie.
     - Hlas ! rpondit humblement ce malheureux, je n'ai rien  dire, madame
; j'ignore absolument la cause de ma dtention, et ne puis comprendre par
quelle fatalit je me trouve aujourd'hui la victime du sort.
     - N'tiez-vous pas destin, lui demanda Clairwil qui le dvorait des
yeux,  pouser Faustine ?
     - Cette union devait faire mon bonheur.
     - Ignoriez-vous la cruelle affaire dans laquelle tous ses parents taient
impliqus ?
     - Hlas ! madame, je ne leur connaissais que des vertus : le vice
pouvait-il exister o Faustine avait pris le jour ?
     - Ah ! dis-je, c'est un hros de roman !
     - Je serai toujours l'ami de la vertu.
     - L'enthousiasme que l'on conoit pour elle  votre ge, dit Clairwil, a
souvent perdu bien des hommes. Au reste, ce n'est pas de tout cela dont il
s'agit ici : nous vous avons fait venir pour vous apprendre que votre Faustine
est dans ces lieux, et que si vous voulez en abandonner la jouissance au
ministre, et sa grce et la vtre rcompenseront ce sacrifice.
     - Je n'ai point mrit de grce, puisque je n'ai point commis de crimes,
rpondit firement ce jeune homme. Mais y et-il l mille morts, je vous
dclare que je n'achterai jamais la vie au prix de l'atrocit que vous avez
os me faire entrevoir.
     - Allons ! madame, du cul ! du cul !... s'cria Saint-Fond qui bandait,
vous voyez bien que ce petit polisson est un entt dont nous n'aurons raison
que par la violence.
     Et,  ces mots, Clairwil et les deux vieilles s'tant lances sur le
jeune homme, il fut nu et garrott en un clin d'il.
     On le conduisit  Saint-Fond, qui dtaille quelques minutes le plus joli
cul d'homme qu'il soit possible de voir : et vous savez, messieurs les
connaisseurs, que, relativement  cette partie, vous l'emportez bien souvent
sur nous.
     - Ah ! dit le malheureux Dormon, ds qu'il voit les infamies auxquelles
on le destine, on m'a tromp, je suis chez des monstres !
     - Monsieur, lui dit Clairwil, nous allons bientt vous le prouver.
     Et aprs quelques horreurs prliminaires, on me chargea d'introduire
Faustine. Il tait difficile d'tre plus belle, mieux faite, plus intressante
et plus douce ; que de nouveaux attraits lui prta la pudeur, quand elle eut
pu voir l'tat dans lequel on la recevait ! Elle pensa s'vanouir en
apercevant son amant, objet des caresses de Clairwil et de Saint-Fond.
     - Rassurez-vous, bel ange, lui dis-je aussitt : nous foutons, mon cur,
nous nous plongeons dans l'impudicit ; vous allez montrer votre beau cul
comme nous offrons le ntre, et vous ne vous en trouverez pas mal.
     - Mais que tout ceci veut-il dire !... de grce, o suis-je ?...
expliquez-moi...
     - Vous tes chez le ministre, votre oncle, votre ami ; c'est dans ses
mains qu'est votre affaire, et vous savez  quel point est grave celle qui
vous compromet. Soyez soumise et complaisante, monseigneur peut tout arranger.
     - Et Dormon a pu se soumettre... ?
     - Ah ! rpondit le malheureux jeune homme, je suis, comme toi, victime de
la force. Mais si le jour du dshonneur luit aujourd'hui pour nous, celui de
la vengeance nous consolera peut-tre bientt.
     - Laissons-l l'hrosme, jeune homme, dit Saint-Fond, en appuyant une
vigoureuse claque sur les fesses dcouvertes de ce beau parleur, et que cette
loquence incendiaire s'emploie plutt  dterminer votre matresse  tous mes
caprices... et ils seront violents vis--vis d'elle... je la mnerai mal.
     Ici, deux ruisseaux de larmes jaillissent des superbes yeux de Faustine,
de profonds gmissements se font entendre ; le cruel Saint-Fond, son vit  la
main, vient la regarder sous le nez.
     - Oh ! foutre ! s'cria-t-il, voil comme j'aime les femmes... Que ne
puis-je, d'un mot, les rduire toutes en cet tat ! Pleurez, mignonne,
pleurez... tenez, pleurez sur mon vit ; mais ne perdez pourtant pas toutes vos
larmes : vous en aurez bientt besoin pour des choses qui seront d'une plus
haute importance.
     En vrit, je n'ose dire  quel point il porta l'outrage ; il semblait
que son plus grand plaisir ft d'insulter l'innocence et d'injurier la beaut
malheureuse. Les faibles lueurs de plaisir que nous parvnmes  faire prouver
 cette enfant se changrent bientt en chagrin ; ce fut avec son vit que
Saint-Fond essuya ces nouvelles larmes.
     La passion principale de Clairwil n'tait pas, comme je vous l'ai dit, de
tracasser les femmes : c'tait sur les hommes qu'elle aimait  donner  la
nature l'essor de ses penchants  la cruaut ; mais quoiqu'elle n'exert pas,
elle voyait avec plaisir ! et prs de Dormon, qu'elle branlait elle-mme, elle
observait avec une curiosit mchante tous les outrages exercs sur Faustine ;
elle en conseillait mme.
     - Allons ! dit Saint-Fond, il faut runir ce que devait bientt resserrer
l'hymen ; je ne suis pas assez cruel, ajouta-t-il ironiquement, pour ne pas
cder  monsieur un des deux pucelages de sa jolie matresse ; Clairwil,
dispose le mle : je vais, moi, prparer la femelle.
     Je n'aurais jamais cru, je l'avoue, que cette entreprise ft possible. La
terreur, le chagrin, l'inquitude, les larmes, l'tat affreux enfin de ces
deux amants pouvait-il leur permettre l'amour ? Ici s'opra, sans doute, un
des plus grands miracles de la nature, et son nergie triompha de tous les
maux de son imagination : Dormon, emport, foutit sa matresse. Il n'y eut
qu'elle que nous emes besoin de contenir ; dans elle seule, la douleur,
suprieure  tout, ne laissa plus d'accs au plaisir ; nous emes beau faire,
beau l'exciter, la gronder ou la caresser, son me ne sortit plus de
l'horrible situation o cette scne affreuse la plongeait ; et nous n'obtnmes
d'elle que du dsespoir et des larmes...
     - Je l'aime autant comme cela, dit Saint-Fond : je ne me soucie pas trop
de voir les impressions du plaisir sur le visage d'une femme, elles sont si
douteuses ; je prfre celles de la douleur, on s'y trompe moins.
     Cependant, le sang coule dj, les prmices sont cueillies. Par
l'attitude qu'avait arrange Clairwil, Dormon tenait Faustine dans ses bras,
absolument penche sur lui, de manire qu'au moyen de cette posture, la jolie
petite fille exposait les plus belles fesses qu'il ft possible de voir.
     - Contenez-la dans cette posture, dit Saint-Fond  l'une des vieilles, je
vais la sodomiser pendant qu'on l'enconne : il faut qu'elle perde ses deux
pucelages  la fois.
     L'opration russit au mieux, non pas cependant sans faire jeter les
hauts cris  la jeune fille, qu'un tel dard n'avait jamais perfore. Hlas !
c'tait pour elle le funeste jour des douleurs. En foutant, le paillard
maniait les vieilles, pendant que je gamahuchais Clairwil ; le prudent
Saint-Fond, avare de son foutre, en retient les cluses, et l'on passe 
d'autres luxures.
     - Jeune homme, dit Saint-Fond, je vais exiger de vous quelque chose de
fort extraordinaire, et que vous allez sans doute trouver bien barbare, mais,
quoi qu'il en puisse tre, soyez certain que c'est l'unique faon de sauver
votre matresse. Je vais la faire lier  cette colonne, vous vous armerez de
cette poigne de verges, et vous lui dchirerez les fesses.
     - Monstre ! peux-tu me proposer...
     - Vaut-il mieux pour vous qu'on la tue ? Elle est morte, si vous
n'obissez.
     - Eh ! d'o vient donc ? Faut-il qu'il n'y ait point de milieu pour moi,
entre cette infamie et la douleur de perdre ce que j'aime !
     - Parce que tu es ici le plus faible, dis-je, et que tu dois par
consquent tout cder : excute donc ce qu'on te propose, ou ta matresse est
poignarde sous tes yeux.
     Le grand art de Saint-Fond tait de placer toujours les victimes dans une
telle situation, qu'elles n'eussent jamais d'autre parti  prendre que de
choisir celui des deux malheurs qui convenait le mieux  son perfide
libertinage. Dormon tremblant n'accepte ni ne refuse ; son silence parle.
Faustine est attache par moi ; je prends le plus extrme plaisir  meurtrir
les parties dlicates de ce beau corps par lu liens dont je la garrotte ;
j'aime  prsenter ainsi l'innocence  toutes les tentatives du crime ; la
mchante Clairwil lui suait la bouche pendant ce temps-l. Quels attraits 
martyriser !... Oh ! quand le ciel ne s'arme point pour dfendre ceux-l,
c'est qu'il veut convaincre les hommes du mpris qu'il fait de la vertu.
     - Ce sera de cette manire qu'il faudra vous y prendre, dit Saint-Fond en
appliquant dix coups  tour de bras sur les fesses blanches et dodues qui lui
sont offertes. Oui, de cette manire, continua-t-il, en en cinglant dix
autres, dont les meurtrissures violettes contrastent dj merveilleusement
avec la blancheur de cette peau fine et dlicate.
     - Oh ! monsieur, je ne pourrai jamais...
     Et cependant, comme les menaces redoublent, que Clairwil en fureur
s'crie qu'il n'y a qu' l'corcher lui-mme s'il rsiste, et qu'il faut ici,
ou se rsoudre  ce lger outrage, ou consentir  perdre ce qu'on aime, Dormon
entreprend : mais quelle faiblesse ! Il faut que Saint-Fond soutienne son
bras, il faut qu'il le dirige. Mon amant s'impatiente, un poignard s'lve sur
le sein palpitant de Faustine ; Dormon redouble... il s'vanouit...
     - Ah ! foutre, dit Saint-Fond qui bande comme un carme, je vois bien
qu'il faut que la sclratesse s'en mle ; l'amour ne vaut rien dans tout cela.
     Et se dchanant sur les belles fesses qui lui sont offertes, en moins
d'un demi-quart d'heure il inonde de sang le cul de la victime. Une autre
horreur se faisait prs de l : Clairwil, loin de secourir Dormon, excute sur
lui tout ce que sa frocit lui suggre.
     - Je venge mon sexe, s'crie-t-elle, et ses mains barbares rendaient 
Dormon, attach par les vieilles, tout ce que Saint-Fond appliquait 
Faustine. Les deux malheureux amants furent bientt dans le plus effroyable
tat. Point encore  mme de juger Clairwil, j'avoue que sa cruaut me surprit
; mais quand je la vis s'emporter  des excrations d'un bien autre genre,
quand je la vis se barbouiller les joues du sang de sa victime, le sucer,
l'avaler, arracher avec ses dents des morceaux de chair, s'en repatre avec
lubricit ; quand je la vis frotter son clitoris sur les blessures sanglantes
qu'elle faisait  ce malheureux, quand je l'entendis me crier : Imite-moi
donc, Juliette !... entrane par l'affreux exemple de cette sauvage, et plus
encore peut-tre par ma maudite imagination, faut-il vous l'avouer, mes amis,
je fis comme elle... Que dis-je ? je la surpassai peut-tre, peut-tre
allumai-je son imagination par des forfaits auxquels elle ne pensait pas ;
mais tout m'chauffait galement : aucune restriction dans mon me perverse,
et la commotion reue dans moi, aux douleurs que j'oprais, y parvenait aussi
bien en cannibalisant un homme qu'en martyrisant une femme.
     Saint-Fond ne voulut pas procder aux grandes expditions avant que
l'autre couple n'et paru. On attacha celui-ci ; l'autre vint. Delnos et
Flicit prouvrent les mmes traitements,  l'exception que les choses
furent prises en sens inverse, et qu'au lieu de persuader  l'amant de quitter
sa matresse sous les plus terribles menaces, ce fut  la matresse (mais avec
aussi peu de fruit) que l'on persuada de quitter l'amant. Flicit tait une
fort jolie fille de vingt ans, un peu moins blanche que sa sur, mais des
formes aussi agrables et les yeux les plus expressifs ; elle montra plus
d'nergie que sa sur, et Delnos beaucoup moins que Dormon. Cependant notre
anthropophage, venant d'enculer cette seconde fille, perdit son foutre malgr
lui dans le beau cul de Delnos, pendant qu'il martyrisait les charmants ttons
de Flicit. Tranquillement assis, maintenant, entre Clairwil qui le
socratisait et moi qui le branlait, en face des deux couples attachs sous ses
yeux, il nous consultait sur le sort des victimes.
     - Je suis le bourreau de toute cette famille, nous disait-il en se
branlant : trois ont perdu la tte ici, j'en ai fait tuer deux dans leur
campagne, j'en ai fait empoisonner un  la Bastille, et j'espre ne pas
manquer ces quatre-ci. Je ne connais rien de dlicieux comme ce calcul :
Tibre, dit-on, s'y livrait tous les soirs ; le crime ne serait rien sans ses
doux souvenirs.  Clairwil ! o nous entranent les passions ! Dis, mon ange,
aurais-tu la tte assez calme... aurais-tu, par hasard, assez dcharg, pour
me faire sur cela quelques beaux discours ?
     - Non, foutre ! non, non, sacredieu ! rpondit Clairwil ! rouge comme une
bacchante, j'ai plus envie d'agir que de parler ; un feu dvorant coule dans
mes veines, il me faut des horreurs, je suis hors de moi...
     - Commettre infiniment d'atrocits est assurment mon avis, dit
Saint-Fond ; ces deux couples m'excitent ; il est inou les tourments que je
leur souhaite et que je voudrais leur voir endurer.
     Et les malheureux entendaient tout ce que nous disions ; ils nous
voyaient comploter contre eux... et ils ne mouraient pas !
     La fatale roue, invente par Delcour, tait sous nos regards. Saint-Fond
la considrait mchamment, et l'ide d'y placer quelque victime lana bientt
son vit vers le ciel. Alors le sclrat, aprs avoir expliqu bien haut les
proprits de cette infernale machine, dit qu'il fallait que les deux femmes
tirassent au sort pour savoir qui d'entre elles y serait attache. Clairwil
combattit ce projet, en assurant que, puisque Saint-Fond y avait dj vu une
fille, il fallait qu'il se procurt le plaisir d'y voir un garon ; elle
demanda la prfrence pour Dormon, qui lui chauffait prodigieusement la tte.
Mais Saint-Fond dit qu'il ne voulait aucune prfrence ; que l'honneur de
prir le premier, et par un tel supplice, en tait une assez grande, et qu'il
n'en fallait point d'autres. Des billets s'crivent ; les jeunes gens tirent ;
Dormon a le billet noir.
     - Il y a longtemps que le ciel accomplit tous mes vux, dit Clairwil ; je
n'ai jamais conu de crime, que cette excrable chimre, que vous nommez
l'tre suprme, ne l'ait favoris sur l'heure !
     - Embrassez votre prtendue, dit mon amant, en dtachant Dormon, auquel
on laisse pourtant des liens aux jambes et aux bras ; baisez-la, mon enfant,
elle ne vous perdra point de vue pendant votre excution. Je vous jure que je
vais l'enculer sous vos yeux.
     Entranant alors, suivant son usage, le jeune homme bien srement li, il
s'enferme pendant une heure avec lui ; il semblait qu'en ce moment le libertin
confit  la victime un secret impntrable, et qu'elle tait comme charge de
porter en l'autre monde.
     - Que fait-il donc l ? dit Clairwil, ennuye d'attendre et s'approchant
de la porte du cabinet.
     - Je n'en sais rien, rpondis-je, mais je dsire le savoir avec tant
d'ardeur que j'ai presque envie de lui dire de me sacrifier pour l'apprendre.
     Dormon sort ; ses chairs portaient des traces de plusieurs vexations
cruelles ; ses fesses et ses cuisses, surtout, taient violemment meurtries :
la honte, la rage, la crainte et la douleur se combattaient sur son front
altr ; du sang coulait de son vit et de ses couilles, et ses joues, vivement
colores, portaient l'empreinte de plusieurs soufflets. Pour Saint-Fond, il
bandait considrablement ; la barbarie la plus atroce se peignait sur chacun
de ses traits ; il avait encore une main sur le cul de la victime lorsque tous
deux rentrrent.
     - Allons, foutu gueux ! lui dit Clairwl, en se rjouissant de le voir
reparatre ainsi, allons, allons ! il faut y passer... Saint-Fond, poursuivit
cette mgre, il n'y a pas assez d'hommes ici : je voudrais tre
prodigieusement foutue en voyant expirer ce gredin.
     - Sa matresse te branlera dit Saint-Fond, et je l'enculerai pendant ce
temps-l.
     - Et le sang coulera-t-il sur nous ?
     - Sans doute...
     - Allons, dit Clairwil, baise-moi, jean-foutre, avant que d'aller au
supplice.
     Et comme il faisait quelque rsistance, la garce lui frotta le nez de
soir cul ; ensuite, on lui permit d'aller embrasser sa matresse qui fondait
en larmes. Clairwil le branlait, et Saint-Fond chatouillait le clitoris de la
jeune fille ; les vieilles le saisissent  la fin et le fixent dans la fatale
roue. Faustine, tendue sur Clairwil, est oblige de la branler ; mon amie me
baise, me chatouille pendant ce temps-l. Saint-Fond encule Faustine, et
bientt le sang nous couvre tous les quatre. La jeune fille ne soutient pas
cet affreux spectacle jusqu'au bout : suffoque par la douleur, elle expire.
     - Un moment, un moment ! s'cria Saint-Fond, je crois que la garce veut
mourir sans que j'en sois cause.
     Et le vilain dcharge, en disant cela, dans une masse qui n'existait dj
plus. Clairwil, dont les mains sclrates ptrissent les couilles de Delnos,
pendant que je piquais  grands coups d'aiguille les fesses de ce jeune homme,
ne tient pas au spectacle de Dormon dans la roue, et la putain dcharge trois
fois, en jetant des hurlements semblables  ceux d'une bte froce.
     Il ne restait plus que Flicit et son jeune amant.
     - Ah ! foutre, dit Saint-Fond, il faut que le supplice de cette garce-l
me ddommage de l'autre ; et puisque c'est la matresse qui vient de voir
mourir l'amant, je veux ici que ce soit l'amant qui voie expirer la matresse.
     Il la conduit au cabinet secret, et, aprs une bonne demi-heure de
tte--tte, il la ramne dans un tat affreux. Elle est condamne  tre
empale vive : Saint-Fond lui-mme lui enfonce dans le cul un pieu qui lui
ressort par la bouche, et ce pieu redress reste avec la victime, en parade,
au salon tout le jour.
     - Mon ami, dit Clairwil, je te demande avec instance de me laisser le
choix du supplice de cette dernire victime ; je trouve que ce bougre-l
ressemble  Jsus-Christ, et je veux le traiter de mme.
     L'ide fait beaucoup rire ; tout se dispose pendant le tte--tte ; rien
n'est oubli. L'histoire de la passion du btard de Marie se place sur les
reins dcouverts d'une des vieilles ; je suis charge de lire et de diriger.
Le jeune homme rentre dj fort maltrait ; Clairwil, Saint-Fond et l'autre
vieille l'excutent ; on l'attache  la croix, et il souffre exactement tout
ce que les sages Romains firent endurer au plat coquin de Galile : on lui
perce le flanc ; on le couronne d'pines, on lui donne  boire avec une
ponge. Voyant enfin qu'il ne meurt pas, on veut enchrir sur le supplice de
l'imbcile bateleur de Jude : on retourne le patient, et il n'est sorte
d'horreurs que nous n'excutons sur ses fesses ; nous les piquons, nous les
brlons, nous les dchirons ; Delnos expire enfin, enrag. Clairwil et
Saint-Fond, que je branlais chacun d'une main, dchargent amplement ; et comme
tout ceci nous avait mens plus de douze heures, les plaisirs dsirs de la
table succdrent  ces infamies.
     Clairwil, qui voulait savoir le secret de Saint-Fond, l'tourdit  force
de vin, de caresses et de louanges ; et quand elle crut l'avoir amen au point
o elle le dsirait :
     - Que fais-tu donc, lui dit-elle, avec tes victimes, un moment avant de
les livrer au supplice
     - Je leur annonce la mort.
     - Il y a autre chose, nous en sommes certaines.
     - Non.
     - Nous le savons.
     - C'est une faiblesse, pourquoi me contraindre  la rvler ?
     - Dois-tu donc avoir des secrets pour nous, dis-je  mon amant ?
     - En vrit, ce n'en est pas un.
     - Cependant, tu nous le caches, et nous te conjurons de nous le dire.
     - A quoi cela vous servira-t-il ?
     - A nous satisfaire,  contenter les deux meilleures amies que tu aies au
monde.
     - Vous tes de cruelles femmes ! Mais songez-vous donc que je ne puis
vous faire cet aveu sans convenir d'une petitesse affreuse de ma part ?
     - C'est prcisment ce que nous voulons apprendre.
     Alors, redoublant toutes deux de sollicitations, de louanges, de caresses
et de sductions, notre homme vaincu nous parle de la manire suivante :
     - A quelque point que j'aie secou le joug honteux de la religion, mes
amies, il ne m'a jamais t possible de me dfendre de l'espoir d'une autre
vie. S'il est vrai, me dis-je, qu'il y ait des peines et des rcompenses dans
un autre monde, les victimes de ma sclratesse triompheront, elles seront
heureuses. Cette ide me dsespre ; mon extrme barbarie m'en fait un
tourment : quand j'immole un objet, soit  mon ambition, soit  ma lubricit,
je voudrais prolonger ses maux au-del de l'immensit des sicles. J'ai
consult sur cela un clbre libertin, avec lequel j'tais fort li jadis, et
qui avait les mmes gots que moi. Cet homme rempli de connaissances, grand
alchimiste, trs vers dans l'astrologie, m'a toujours assur que rien n'tait
plus vrai que ces peines et ces rcompenses  venir, et que, pour empcher la
victime de participer aux joies clestes, il fallait, avec du sang tir prs
du cur, lui faire signer qu'elle donnait son me au diable, lui enfoncer
ensuite ce billet dans le trou du cul avec le vit, et lui imposer pendant ce
temps la plus forte douleur qu'il soit en notre pouvoir de lui faire endurer.
Jamais, avec ce moyen, m'assura mon ami, l'individu que vous dtruisez
n'entrera dans le ciel. Ses souffrances, de la mme nature que celle que vous
lui aurez fait endurer en lui enfonant le billet, seront ternelles ; et l'on
jouira du plaisir dlicieux de les avoir prolonges au-del mme des bornes de
l'ternit, si l'ternit pouvait en avoir.
     - Et voil donc ce que tu fais avec tes victimes ? dit Clairwil.
     - Vous avez voulu que je vous l'avouasse... c'est une faiblesse.
     - C'est une sottise, qui prouve que tu es loin de la philosophie que je
te supposais : peut-on, avec de l'esprit, adopter un moment le dogme absurde
de l'immortalit de l'me ? Car, sans l'adoption de cette chimre religieuse
et dgotante, tu m'avoueras qu'il serait impossible de croire aux peines et
aux rcompenses d'une autre vie. J'aime ton principe, il est dlicieux,
poursuivit Clairwil, il est bien dans ma manire de penser : vouloir prolonger
 l'infini les supplices de l'tre qu'on dvoue  la mort, est digne de ta
tte ; mais appuyer cela sur des extravagances, voil ce qui n'est nullement
pardonnable.
     - Eh ! dit Saint-Fond, mon divin espoir s'vanouit, si je ne l'taye sur
cette opinion.
     - Il vaut mieux savoir y renoncer, dit Clairwil, que de le baser sur des
fables, parce que l'adoption de la fable te ferait un jour plus de tort
qu'elle ne t'aurait fait de plaisir. Va, contente-toi des maux que tu peux
imposer en ce monde, et renonce au vain projet de les perptuer.
     - Il n'y a point d'autre vie, Saint-Fond, dis-je alors, me ressouvenant
des principes de philosophie que j'avais reus dans mon enfance ; cette
chimre n'a pour garant que l'imagination des hommes, qui, en la supposant,
n'ont fait que raliser le dsir qu'ils ont de se survivre  eux-mmes, afin
de jouir par la suite d'un bonheur plus durable et plus pur que celui qu'ils
gotent  prsent. Quelle pitoyable absurdit, d'abord, de croire en un Dieu,
d'imaginer ensuite que ce Dieu rserve des tourments infinis au plus grand
nombre des hommes ! Ainsi, aprs avoir rendu les mortels trs malheureux en ce
monde, la religion leur fait entrevoir que ce Dieu bizarre, fruit de leur
crdulit ou de leur fourberie, pourra bien encore les rendre trs  plaindre
dans une autre vie ! Je sais bien qu'on s'en tire en disant que, pour lors, la
bont de ce Dieu fera place  sa justice ; mais une bont qui fait place  la
cruaut la plus terrible n'est pas une bont infinie. D'ailleurs, un Dieu qui,
aprs avoir t infiniment bon, devient infiniment mchant, peut-il tre
regard comme un tre immuable ? Un Dieu rempli de fureur est-il un tre dans
lequel on puisse retrouver l'ombre de la clmence ou de la bont ? D'aprs les
notions de la thologie, il parait vident que Dieu n'a cr le plus grand
nombre des hommes que dans la vue de les mettre  porte d'encourir des
supplices ternels. N'et-il donc pas t plus conforme  la bont,  la
raison,  l'quit, de ne crer que des pierres et des plantes, que de former
des hommes dont la conduite pourrait attirer sur eux des chtiments sans fin ?
Un Dieu assez perfide, assez mchant pour crer un seul homme, et pour le
laisser expos ensuite au pril de se damner, ne peut tre regard comme un
tre parfait ; il ne doit l'tre que comme un monstre de draison,
d'injustice, de malice et d'atrocit. Bien loin de composer un Dieu parfait,
les thologiens n'ont donc form que la plus dgotante chimre ; et ils ont
achev de dgrader leur ouvrage en prtant  cet abominable Dieu l'invention
de l'ternit des peines. La cruaut, qui fait nos plaisirs, a des motifs au
moins ; ces motifs s'expliquent, et nous les connaissons ; mais Dieu n'en
avait aucun en tourmentant les victimes de sa colre, car il ne saurait punir
des tres qui n'ont pu rellement, ni mettre en danger son pouvoir, ni
troubler sa flicit. D'un autre ct, les supplices de l'autre vie seraient
inutiles aux vivants qui n'en peuvent tre les tmoins ; ils seraient inutiles
aux damns, puisqu'en enfer on ne se convertit pas, et que le temps de la
prtendue misricorde de ce Dieu n'existe plus : d'o il suit que Dieu, dans
l'exercice de sa vengeance ternelle, n'aurait d'autre but que de s'amuser et
que d'insulter  la faiblesse de ses cratures ; et votre infme Dieu,
agissant plus cruellement qu'aucun homme, et sans aucun motif comme les
hommes, devient donc, par cela seul, infiniment plus tratre, plus fourbe et
plus sclrat qu'eux.
     - Allons plus loin, dit Clairwil, je vais analyser, si l'on veut, avec
plus de dtail, ce dogme effroyable de l'enfer ; je suis en tat de le
combattre assez victorieusement pour qu'il ne reste plus la moindre trace de
son adoption dans l'esprit crdule de notre ami. Voulez-vous m'entendre ?
     - Assurment, rpondmes-nous.
     Et voici comme cette femme, pleine d'esprit et d'rudition, s'expliqua
sur cette importante matire :
     - Il est des dogmes qu'on est quelquefois oblig, non d'admettre, mais de
supposer, afin d'tre en tat d'en combattre d'autres. Pour anantir  vos
yeux le dogme imbcile de l'enfer, il faut que vous me permettiez de rtablir
un instant ici la chimre diste. Oblige de m'en servir comme de point
d'appui dans cette importante dissertation, il faut que je lui rende
absolument une existence momentane : vous me le pardonnerez, j'espre,
d'autant plus, qu'assurment vous ne me souponnez pas de croire  cet
abominable fantme.
     Le dogme de l'enfer est par lui-mme, je l'avoue, si destitu de
vraisemblance, tous les arguments que l'on prtend tablir pour l'tayer sont
si faibles, ils contredisent si manifestement la raison, qu'on rougit presque
de l'obligation de les combattre. N'importe, arrachons impitoyablement aux
chrtiens jusqu' l'espoir de nous renchaner de nouveau aux pieds de leur
religion atroce, et faisons-leur voir que le dogme sur lequel ils se fondent
le plus imprieusement pour nous effrayer, se dissipe, comme toutes leurs
autres chimres,  la plus faible tincelle du flambeau de la philosophie.
     Les premiers arguments dont on se sert pour tablir cette pernicieuse
fable sont :
     1 Que le pch tant infini, eu gard  l'tre qu'on offense, mrite par
consquent des chtiments infinis ; que Dieu ayant dict des lois, il est de
sa grandeur de punir ceux qui les transgressent.
     2 L'universalit de cette doctrine et la manire dont elle est annonce
dans l'criture.
     3 La ncessit de ce dogme pour contenir les pcheurs et les incrdules.
     Voil les bases qu'il faut anantir.
     Vous conviendrez, je me flatte, que la premire se dtruit naturellement
par l'ingalit des dlits. Selon cette doctrine, la plus lgre faute se
trouverait donc punie comme la plus grave : or, je vous demande si, dans
l'admission d'un Dieu juste, il devient possible de supposer une iniquit de
cette espce ? Qui d'ailleurs a cr l'homme ? Qui lui a donn les passions
que doivent punir en lui les tourments de l'enfer ? N'est-ce pas votre Dieu ?
Ainsi donc, imbciles de chrtiens, vous admettez que d'une part ce Dieu
ridicule prte  l'homme des penchants qu'il se trouve oblig de punir d'un
autre ct ? Mais il ignorait donc que ces penchants devaient l'outrager ?
S'il le savait, d'o vient qu'il les lui donne de ce genre ? et s'il ne le
savait pas, pourquoi le punit-il d'un tort qu'il a tout seul ?
     D'aprs les conditions que l'on prtend ncessaires au salut, il parat
vident que nous serons bien plus certainement damns que sauvs. Or, je
demande encore s'il est de la justice si vante de votre Dieu, d'avoir plac
son malheureux et chtif ouvrage dans une aussi cruelle position, et, d'aprs
ce systme, comment vos docteurs osent-ils dire que le bonheur et le malheur
ternels sont galement prsents  l'homme et dpendent uniquement de son
choix ? Si la plus grande portion du genre humain est destine  tre
ternellement malheureuse, un Dieu qui sait tout a d le savoir : pourquoi
donc, d'aprs cela, le monstre nous a-t-il crs ? Y tait-il forc ? il n'est
donc plus libre. L'a-t-il fait sciemment ? c'est donc un barbare. Non, Dieu
n'tait point forc de crer l'homme, et s'il l'a fait uniquement pour le
soumettre  un tel destin, la propagation de notre espce devient ds lors le
plus grand des crimes, et rien ne serait plus dsirable que l'extinction
totale du genre humain.
     Si, cependant, ce dogme vous parat un instant ncessaire  la grandeur
de Dieu, je vous demande pourquoi ce Dieu si grand et si bon n'a pas donn 
l'homme la force ncessaire  se garantir du supplice ? N'est-il pas cruel 
Dieu de laisser  l'homme la facult de se perdre ternellement, et
trouverez-vous jamais un moyen de laver votre Dieu du reproche fond
d'ignorance ou de mchancet ?
     Si tous les hommes sont des ouvrages gaux de la divinit, pourquoi tous
ne s'accordent-ils pas sur le genre de crimes qui doit valoir  l'homme cette
ternit de supplices ? Pourquoi le Hottentot damne-t-il pour ce qui mrite le
paradis au Chinois, et d'o vient que celui-ci assure le ciel  ce qui mrite
l'enfer au chrtien ? On ne finirait pas, si l'on voulait rapporter les
opinions varies des paens, des juifs, des mahomtans, des chrtiens, au
sujet des moyens que l'on doit employer pour chapper aux supplices ternels,
et pour obtenir la flicit, si l'on voulait dcrire les inventions puriles
et ridicules que l'on a imagines pour y parvenir.
     La seconde des bases de cette ridicule doctrine est la manire dont elle
est annonce dans les critures, et l'universalit dont elle est.
     Gardons-nous bien de croire que l'universalit d'une doctrine puisse
jamais devenir un titre en sa faveur. Il n'y  point de folie, point
d'extravagance qui n'ait t gnralement adopte dans le monde ; il n'en est
point qui n'ait eu ses admirateurs et ses croyants ; tant qu'il y aura des
hommes, il y aura des fous, et tant qu'il y aura des fous, il y aura des
dieux, des cultes, un paradis, un enfer, etc. Mais les critures l'annoncent !
Admettons, pour un moment, que les livres ainsi nomms aient quelque
authenticit, et que vraiment il leur soit d quelque respect. Je l'ai dit, il
est des chimres qu'il faut quelquefois rdifier, pour tre  mme d'en
combattre d'autres. Eh bien ! je rpondrai d'abord  cela, qu'il est trs
douteux que les critures en parlent. A supposer pourtant que cela soit, ce
qu'elles en disent ne peut s'adresser qu' ceux qui ont connaissance de ces
critures et qui les admettent comme infaillibles : ceux qui ne les
connaissent pas, ou qui refusent de les croire, ne peuvent tre convaincus par
leur autorit. Cependant, ne dit-on pas que ceux qui n'ont aucune connaissance
de ces critures, ou ceux qui ne les croient pas, sont exposs aux chtiments
ternels, comme ceux qui les connaissent ou qui y croient ? Or, je vous
demande s'il est au monde une plus grande injustice que celle-l ?
     Vous me direz, peut-tre, que des peuples auxquels vos absurdes critures
taient totalement inconnues, n'ont pas laiss de croire des chtiments
ternels dans une vie future : cela peut tre vrai de quelques peuples, tandis
que beaucoup d'autres n'ont eu aucune connaissance de ces dogmes ; mais
comment un peuple  qui la Bible tait inconnue a-t-il pu parvenir  prendre
cette opinion ? On ne dira pas, j'espre, que ce soit une ide inne ; si cela
tait, elle serait commune  tous les hommes. On ne soutiendra point, je le
pense, qu'elle est l'ouvrage de la raison ; car, certes, la raison
n'apprendrait pas  l'homme que, pour des fautes finies, il souffrira des
peines infinies ; ce n'est point la rvlation, puisque le peuple que nous
supposons ne la connat pas. Ce dogme, on en conviendra, n'est donc arriv au
peuple que nous venons d'admettre, que par l'instigation de ses prtres, ou
par son imagination. Je vous demande, d'aprs cela, ce qu'il peut avoir de
solide !
     Si quelqu'un imaginait que la croyance des chtiments ternels ait t
transmise par tradition,  des peuples qui ne la tenaient point de l'criture,
on pourra demander d'o ceux qui, dans l'origine, ont rpandu cette opinion,
la tenaient eux-mmes ; et si l'on ne peut prouver qu'ils l'aient reue par
une rvlation divine, on sera oblig de convenir que cette opinion
gigantesque n'a que le drglement de l'imagination ou la fourberie pour base.
     En supposant que l'criture, prtendue sainte, annonce aux hommes des
chtiments dans une vie future, et en admettant ce fait comme une vrit
incontestable, ne pourrait-on pas demander comment les auteurs de l'criture
ont pu savoir qu'il existait de tels chtiments ? On ne manquera pas de
rpondre que c'est par inspiration ; voil qui va  merveille, mais ceux qui
n'ont point t favoriss de cette illumination particulire ont donc t
contraints de s'en rapporter  d'autres ; or, je vous prie de me dire quelle
confiance on doit avoir  des gens qui vous disent sur un fait de telle
importance : Je le crois parce qu'un tel m'a dit qu'il l'avait rv. Et voil
donc ce qui absorbe, ce qui rend farouche et timide la moiti des hommes ;
voil donc ce qui les empche de se livrer aux plus douces inspirations de la
nature ! Peut-on porter plus loin l'garement et l'absurdit ? Mais vos
inspirs n'ont pas parl  tout le monde ; la plus grande partie du genre
humain ignore leurs rves. Cependant tous les hommes ne sont-ils pas aussi
intresss  s'assurer de la ralit de ce dogme, que peuvent l'tre les
crivains de la Bible ou leurs adhrents ? Comment se fait-il donc que tous ne
puissent en avoir la mme certitude ? Ils taient tous intresss  savoir 
quoi s'en tenir sur les chtiments ternels : pourquoi donc Dieu n'a-t-il pas
donn cette sublime connaissance  tous, directement et immdiatement, sans le
secours et la participation de gens que l'on peut souponner de fraude ou
d'erreur ? Avoir positivement fait tout le contraire caractrise-t-il, je vous
le demande, la conduite d'un tre que vous me peignez comme infiniment bon et
sage ? Cette conduite, bien loin de l, ne porte-t-elle pas tous les attributs
de la btise et de la mchancet ? Dans tous les gouvernements, lorsque l'on
fait des lois qui dcernent des peines contre les infracteurs, ne prend-on pas
tous les moyens possibles pour faire connatre et ces lois et ces chtiments ?
Peut-on raisonnablement chtier un homme de l'infraction faite  une loi qui
lui est inconnue ? Que devons-nous conclure de cette srie de vrits ? C'est
que jamais le systme de l'enfer ne fut autre chose que le rsultat de la
mchancet de quelques hommes et de l'extravagance de beaucoup d'autres[12].
     La troisime base de ce dogme pouvantable est sa ncessit pour contenir
les pcheurs et les incrdules.
     Si la justice et la gloire de Dieu exigeaient qu'il punt les pcheurs et
les incrdules par des tourments ternels, il n'est pas douteux que la justice
et la raison exigeraient aussi qu'il ft au pouvoir des uns de ne point
pcher, et au pouvoir des autres de n'tre point incrdules : or, quel est
l'tre assez absurde pour supposer que l'homme soit libre ; quel est celui qui
s'aveugle au point de ne pas voir qu'entrans dans toutes nos actions, nous
ne sommes les matres d'aucune, et que le Dieu dont nous tenons ces chanes
serait ( supposer son existence, ce que je ne fais, comme vous le voyez,
qu'avec dgot), serait, dis-je, le plus injuste et le plus barbare des tres,
s'il nous punissait de devenir, malgr nous, victimes des travers dans
lesquels sa main inconsquente nous plonge avec plaisir.
     N'est-il donc pas clair que c'est le temprament que la nature donne aux
hommes, que ce sont les diffrentes circonstances de sa vie, son ducation,
ses socits, qui dterminent ses actions et sa direction vers le bien ou le
mal ? Mais si cela est, nous objectera-t-on peut-tre, les punitions que l'on
leur inflige en ce monde, en raison de leur mauvaise conduite, sont donc
galement injustes ? Assurment elles le sont. Mais ici l'intrt gnral
l'emporte sur l'intrt particulier ; il est du devoir des socits de
retrancher de leur sein les mchants capables de leur nuire ; et voil qui
justifie des lois qui, seulement vues d'aprs l'intrt particulier, seraient
monstrueusement injustes. Mais votre Dieu a-t-il les mmes raisons pour punir
le mchant ? Non, sans doute ; il n'a rien  souffrir de ses mchancets, et
s'il est ainsi, c'est qu'il a plu  ce Dieu de le crer de cette manire. Il
serait donc atroce de lui infliger des tourments, pour tre devenu sur la
terre ce que cet excrable Dieu savait bien qu'il deviendrait, et ce qu'il lui
est fort gal qu'il devienne.
     Prouvons maintenant que les circonstances qui dterminent la croyance
religieuse des hommes ne sont nullement de leur pouvoir.
     Je demande d'abord si nous sommes les matres de recevoir le jour sous
tel ou tel climat ; et si, une fois ns dans un culte quelconque, il dpend de
nous d'y asservir notre foi. Est-il une seule religion qui tienne un flambeau
des passions ! et les passions qui nous viennent de Dieu ne sont-elles pas
prfrables aux religions qui nous viennent des hommes ? Quel serait donc ce
Dieu barbare qui nous punirait ternellement d'avoir dout de la vrit d'un
culte dont il anantit l'admission dans nous par le moyen des passions qui le
dtruisent  tout moment. Quelle extravagance ! quelle absurdit ! Et comment
ne pas regretter le temps qu'on perd  dissiper de telles tnbres !
     Mais allons plus loin, et ne laissons, s'il est possible, aucun
retranchement aux imbciles partisans du plus ridicule des dogmes.
     S'il dpendait de tous les hommes d'tre vertueux et de croire tous les
articles de leur religion, il faudrait encore examiner s'il serait quitable
que des hommes fussent ternellement punis, soit  cause de leur faiblesse,
soit  cause de leur incrdulit, quand il demeurera constant qu'il ne peut
rsulter aucun bien de ces supplices gratuits.
     cartons le prjug pour dcider cette question, et rflchissons surtout
 l'quit que nous admettons dans Dieu. N'est-ce pas draisonner que de dire
que la justice de ce Dieu demande l'ternelle punition des pcheurs et des
incrdules ? L'action de punir avec une svrit disproportionne  la faute,
ne tient-elle donc pas bien plutt de la vengeance et de la cruaut que de la
justice ? Ainsi, prtendre que Dieu punit de cette manire, c'est videmment
le blasphmer. Comment ce Dieu, que vous peignez si bon, pourra-t-il placer sa
gloire  punir ainsi les faibles ouvrages de ses mains ? Assurment, ceux qui
prtendent que la gloire de Dieu l'exige, ne sentent pas toute l'normit de
cette doctrine. Ils parlent de la gloire de Dieu, et ne sauraient s'en faire
une ide. S'ils taient capables de juger de la nature de cette gloire, s'ils
pouvaient s'en former des notions raisonnables, ils sentiraient que si cet
tre existe, il ne pourrait tablir sa gloire que dans sa bont, sa sagesse et
le pouvoir illimit de communiquer le bonheur aux hommes.
     On ajoute, en second lieu, pour confirmer la doctrine odieuse de
l'ternit des peines, qu'elle a t adopte par un grand nombre d'hommes
profonds et de savants thologiens. Premirement, je nie le fait : la plus
grande partie d'entre eux a dout de ce dogme. Et si l'autre a paru y ajouter
foi, il est ais de voir dans quel motif : le dogme de l'enfer tait un joug,
un lien de plus dont les prtres voulaient surcharger les hommes ; on connat
l'empire de la terreur sur les mes, et l'on sait que la politique a toujours
besoin de la terreur, ds qu'il s'agit de subjuguer.
     Mais ces livres prtendus saints, que vous me citez, nous viennent d'une
source assez pure pour ne pouvoir rejeter ce qu'ils nous offrent ? Le plus
simple examen suffit  nous convaincre que, bien loin d'tre, comme on ose
nous le dire, l'ouvrage d'un Dieu chimrique qui n'a jamais crit ni parl,
ils ne sont, au contraire, que celui d'hommes faibles et ignorants, et que,
sous ce rapport, nous ne leur devons que de la mfiance et du mpris. Mais, 
supposer que ces crivains eussent quelque bon sens, quel serait, je vous
prie, l'homme assez niais pour se passionner en faveur de telle ou telle
opinion, seulement parce qu'il l'aurait trouve dans un livre ? Sans doute, il
peut l'adopter, mais y sacrifier le bonheur et la tranquillit de sa vie, je
le rpte, il n'y a qu'un fou capable de ce procd[13]. D'ailleurs, si vous
m'objectez le contenu de vos prtendus livres saints en faveur de cette
opinion, ce sera dans ces mmes livres que je prouverai l'opinion contraire.
     J'ouvre l'Ecclsiaste, et j'y vois :
      L'tat de l'homme est le mme que celui des btes. Ce qui arrive aux
hommes et ce qui arrive aux btes est la mme chose. Telle est la mort des
uns, telle est la mort des autres ; ils ont tous un mme souffle, et l'homme
n'a point d'avantage sur la bte ; ou tout est vanit, tout va dans le mme
lieu, tout a t fait de poussire, et tout retourne dans la poussire.
(Ecclsiaste, chap. III, v. 18, 19 et 20.) 
     Est-il rien de plus dcisif, contre l'existence d'une autre vie, que ce
passage ? Est-il rien de plus propre  soutenir l'opinion contraire  celle de
l'immortalit de l'me et du dogme ridicule de l'enfer ?
     Quelles rflexions viennent donc  l'homme sens, en examinant cette
fable absurde de l'ternelle condamnation de l'homme dans le paradis
terrestre, pour avoir mang d'un fruit dfendu ? Quelque minutieuse que soit
cette fable, quelque dgotante que l'on la trouve, qu'on me permette de
m'arrter un moment sur elle, puisque c'est d'elle que l'on part pour
l'admission des peines ternelles de l'enfer. Faut-il autre chose que l'examen
impartial de cette absurdit, pour en reconnatre le nant ?  mes amis ! je
vous le demande, un homme rempli de bont planterait-il dans son jardin un
arbre qui produirait des fruits dlicieux, mais empoisonns, et se
contenterait-il de dfendre  ses enfants d'en manger, en leur disant qu'ils
mourront s'ils osent y toucher ? S'il savait qu'il y et un tel arbre dans son
jardin, cet homme prudent et sage n'aurait-il pas bien plutt l'attention de
le faire abattre, surtout sachant trs bien que, sans cette prcaution, ses
enfants ne manqueraient pas de se faire prir en mangeant de son fruit, et
d'entraner leur postrit dans la misre ? Cependant, Dieu sait que l'homme
sera perdu, lui et sa race, s'il mange de ce fruit, et non seulement il place
en lui le pouvoir de cder, mais il porte la mchancet au point de le faire
sduire. Il succombe, et il est perdu ; il fait ce que Dieu permet qu'il
fasse, ce que Dieu l'engage  faire, et le voil ternellement malheureux.
Peut-on rien au monde de plus absurde et de plus cruel ! Sans doute, et je le
rpte, je ne prendrais pas la peine de combattre une telle absurdit, si le
dogme de l'enfer, dont je veux anantir  vos yeux jusqu' la plus lgre
trace, n'en tait une suite affreuse.
     Ne voyons dans tout cela que des allgories dont il est possible de
s'amuser un instant, mais qu'il serait odieux de croire, et dont il ne devrait
mme tre permis de parler que comme on le fait des fables d'sope et des
chimres de Milton,  la diffrence que celles-ci sont de peu d'importance, au
lieu que celles-l, en cherchant  captiver notre foi,  troubler nos
plaisirs, deviennent du danger le plus vident, et qu'il faudrait tcher de
les anantir au point qu'on ne dt s'en occuper jamais.
     Convainquons-nous donc bien que tant ces faits, que ceux qui sont
consigns dans le plat roman connu sous le nom d'criture sainte, ne sont que
des mensonges abominables, dignes du plus profond mpris, et desquels nous ne
devons tirer aucune consquence pour le bonheur ou le malheur de notre vie.
Persuadons-nous que le dogme de l'immortalit de l'me, qu'il a fallu admettre
avant de destiner cette me  des peines ou  des rcompenses ternelles, est
le plus plat, le plus grossier et le plus indigne des mensonges qu'il soit
possible de faire ; que tout prit en nous comme dans les animaux, et que,
d'aprs cela, telle conduite que nous ayons pu garder en ce monde, nous n'en
serons ni plus heureux, ni plus malheureux, aprs y avoir sjourn le temps
qu'il plat  la nature de nous y laisser.
     On a dit que la croyance aux chtiments ternels tait absolument
ncessaire pour contenir les hommes, et qu'il faut, d'aprs cela, se bien
garder de la dtruire. Mais s'il est vident qu'elle soit fausse, cette
doctrine, s'il est impossible qu'elle tienne  l'examen, ne sera-t-il pas
infiniment plus dangereux qu'utile d'tayer la morale sur elle ? et n'y a-t-il
pas  parier qu'elle nuira plus qu'elle ne fera de bien, ds que l'homme,
aprs l'avoir apprcie, se livrera au mal, parce qu'il l'aura reconnue fausse
? Ne vaudrait-il pas cent fois mieux qu'il n'et pas du tout de freins, que
d'en avoir un qu'il rompt avec tant de facilit ? Dans le premier eu, l'ide
du mal ne lui serait peut-tre pas venue ; elle lui viendra dans celui du
brisement de frein, parce qu'il existe alors un plaisir de plus, et que la
perversit de l'homme est telle, qu'il ne chrit le mal et ne s'y livre jamais
plus volontiers que quand il croit trouver un obstacle  s'y abandonner.
     Ceux qui ont attentivement rflchi sur la nature de l'homme seront
forcs de convenir que tous les dangers, tous les maux, quelque grands qu'ils
puissent tre, perdent beaucoup de leur pouvoir, lorsqu'ils sont loigns, et
paraissent moins  craindre que les petits, lorsque ceux-ci sont sous nos
yeux. Il est vident que les chtiments prochains sont bien plus efficaces et
bien plus propres  dtourner du crime que les chtiments  venir. A l'gard
des fautes sur lesquelles les lois n'ont point de prise, les hommes n'en
sont-ils pas bien plus efficacement dtourns par les motifs de sant, de
dcence, de rputation, et par d'autres considrations temporelles et
prsentes qu'ils ont sous les yeux, que par la crainte des malheurs futurs et
sans fin qui, rarement, se prsentent  leur esprit, ou qui n'y viennent
jamais que comme vagues, incertains et faciles  viter ?
     Pour juger si la crainte des chtiments ternels et rigoureux de l'autre
monde est plus propre  dtourner les hommes du mal, que celle des chtiments
temporels et prsents du monde actuel, admettons, pour un moment, que la
premire de ces craintes subsistant universellement, la dernire ft
entirement carte : dans cette hypothse, l'univers ne serait-il pas
aussitt inond de crimes ? Admettons le contraire, supposons que la crainte
des chtiments ternels ft anantie, tandis que celle des chtiments visibles
demeurerait dans toute sa rigueur ; et tandis que l'on verrait ces chtiments
s'excuter immanquablement et universellement, ne reconnatrait-on pas, pour
lors, que ces derniers agiraient avec bien plus de force sur l'esprit des
hommes, et influeraient bien davantage sur leur conduite, que les chtiments
loigns de l'avenir, que l'on perd de vue ds que les passions parlent ?
     L'exprience journalire ne nous fournit-elle pas des preuves
convaincantes du peu d'effet que la crainte des chtiments de l'autre vie
produit sur beaucoup de ceux qui en sont les plus persuads ? Il n'est point
de peuples plus convaincus du dogme de l'ternit des peines que les
Espagnols, les Portugais et les Italiens : en est-il de plus dissolus ? Se
commet-il enfin plus de crimes secrets que parmi les prtres et parmi les
moines, c'est--dire parmi ceux qui paraissent les plus convaincus des vrits
religieuses ? et cela ne prouve-t-il pas videmment que les bons effets
produits par le dogme des chtiments ternels sont trs rares et trs
incertains ? Nous allons voir que ces mauvais effets sont innombrables et
srs. En effet, une pareille doctrine, en remplissant l'me d'amertume, y
jette de la Divinit les notions les plus rvoltantes : elle endurcit le cur,
et le plonge dans un dsespoir dsavantageux  cette Divinit dont vous
prtendez par ce dogme tayer le systme. Ce dogme affreux porte, au
contraire,  l'athisme,  l'impit : tous les gens raisonnables trouvant
bien plus simple de ne point croire en Dieu, que d'en admettre un, assez
cruel, assez inconsquent, assez barbare pour n'avoir cr les hommes qu'
dessein de les plonger ternellement dans le malheur.
     Si vous voulez qu'un Dieu soit la base de votre religion, tchez au moins
que ce Dieu soit sans dfaut ; s'il en est rempli, comme est le vtre, on
dtestera bientt la religion qu'il taie, et, par votre mauvaise combinaison,
vous aurez ncessairement nui  tous les deux.
     Est-il possible qu'une religion puisse tre longtemps crue, longtemps
respecte, quand elle est fonde sur la croyance d'un Dieu qui doit punir
ternellement un nombre infini de ses cratures, pour des penchants inspirs
par lui-mme ? Tout homme persuad de ces affreux principes doit vivre dans la
crainte continuelle d'un tre qui peut le rendre ternellement misrable :
cela pos, comment pourra-t-il jamais aimer ou respecter cet tre ? Si un fils
s'imaginait que son pre ft capable de le condamner  des tourments cruels,
ou ne voult pas l'exempter de les souffrir s'il en tait le matre, aurait-il
pour lui du respect ou de l'amour ? Les cratures formes par Dieu ne
sont-elles pas en droit d'attendre bien plus de sa bont, que des enfants, de
celle d'un pre, mme le plus indulgent ? n'est-ce pas la croyance o sont les
hommes, que c'est de la bont de leur Dieu qu'ils reoivent tous les biens
dont ils jouissent, que ce Dieu les conserve et les protge, que c'est lui qui
leur procurera par la suite le bien-tre qu'ils attendent, ne sont-ce pas,
dis-je, toutes ces ides qui servent de fondement  la religion ? Si vous les
abhorrez, il n'existe plus de religion : d'o vous voyez que votre dogme
imbcile de l'enfer dtruit, au lieu de consolider, qu'il branle les bases du
culte, au lieu de les affermir, et qu'il n'y eut, par consquent, que des sots
qui purent le croire, et des fripons qui purent l'inventer.
     N'en doutons pas, cet tre, dont on ose nous parler sans cesse, est
vraiment fltri, dshonor par les couleurs ridicules dont les hommes se
servent pour nous le peindre. S'ils ne se formaient pas des ides absurdes et
draisonnables de la Divinit, ils ne la supposeraient pas cruelle et s'ils ne
la croyaient pas cruelle, ils n'imagineraient pas qu'elle ft capable de les
punir par des tourmenta infinis, ou mme qu'elle pt consentir que les
ouvrages de ses mains fussent ternellement prive du bonheur.
     Pour luder la force de cet argument, les partisans du dogme de la
damnation ternelle disent que le malheur des rprouvs n'est point un
chtiment arbitraire de la part de Dieu, mais une consquence du pch et de
l'ordre immuable des choses. Et d'o le savez-vous, leur demanderai-je  cela
? Si vous prtendez que l'criture vous en instruit, vous vous trouverez bien
embarrasss quand il s'agira de le prouver ; et si vous parveniez  y
rencontrer un seul passage qui en parle, que de choses ne vous demanderais-je
pas,  mon tour, pour me convaincre de l'authenticit, de la saintet, de la
vracit du prtendu passage que vous aurez trouv en votre faveur. Est-ce la
raison qui vous a suggr ce dogme atroce ? Dites-moi, dans ce cas, comment
vous russissez  l'allier avec l'injustice d'un Dieu qui forme une crature,
quoique bien certain que les dcrets immuables des choses doivent
ternellement l'envelopper dans un ocan de malheurs. S'il est vrai que
l'univers soit cr et gouvern par un tre infiniment puissant, infiniment
sage, il faut absolument que tout concoure  ses vues, et tourne au plus grand
bien. Or, quel bien peut-il rsulter, pour le plus grand avantage de
l'univers, qu'une crature faible et malheureuse soit ternellement tourmente
pour des fautes qui n'ont jamais dpendu d'elle !
     Si la multitude des pcheurs, des infidles, des incrdules tait
rellement destine  souffrir des tourments cruels et sans fin, quelle
horrible scne de misre pour la race humaine ! Des milliards d'hommes
seraient donc impitoyablement sacrifis  des supplices infinis : ce serait,
en effet, pour lors que le sort d'un tre sensible et raisonnable tel que
l'homme serait vraiment horrible. Quoi ! ce n'est point assez de ces chagrins
auxquels il est condamn dans cette vie, il lui faudrait redouter encore des
peines et des tourmente affreux, quand il aurait fini sa carrire ? Quelle
horreur ! quelle excration ! Comment de telles ides peuvent-elles entrer
dans l'esprit humain, et comment ne pas se convaincre qu'elles n'y sont le
fruit que de l'imposture, du mensonge et de la plus barbare politique ? Ah !
ne cessons de nous convaincre que cette doctrine, ni utile, ni ncessaire, ni
efficace  dtourner les hommes du mal, ne peut absolument servir de base qu'
une religion dont l'unique but serait d'assouplir des esclaves ;
pntrons-nous bien de l'ide que ce dogme excrable a les consquences les
plus fcheuses, vu qu'il n'est propre qu' remplir la vie d'amertume, de
terreurs et d'alarmes...  faire concevoir des ides telles, de la Divinit,
qu'il n'est plus possible de n'en pas renverser le culte, aprs avoir eu le
malheur d'adopter ce qui le dgrade si formellement[14].
     Certes, si nous croyons que l'univers ait t cr et soit gouvern par
un tre dont la puissance, la sagesse et la bont sont infinies, nous devons
en conclure que tout mal absolu doit tre ncessairement exclu de cet univers
: or, il n'est pas douteux que le malheur ternel de la plus grande partie des
individus de l'espce humaine serait un mal absolu. Quel rle infme vous
faites jouer  cet abominable Dieu, en le supposant coupable d'une telle
barbarie ! En un mot, des supplices ternels rpugnent  la bont infinie du
Dieu que vous supposez : ou cessez donc de m'y faire croire, ou supprimez
votre dogme sauvage des peines ternelles, si vous voulez que je puisse
adopter un instant votre Dieu.
     N'ajoutons pas plus de foi au dogme du paradis qu' celui de l'enfer :
l'un et l'autre sont les atroces inventions des tyrans religieux qui
prtendaient enchaner l'opinion des hommes et la tenir courbe sous le joug
despotique des souverains. Persuadons-nous que nous ne sommes que matire,
qu'il n'existe absolument rien hors de nous ; que tout ce que nous attribuons
 l'me n'est qu'un effet tout simple de la matire ; et cela, en dpit de
l'orgueil des hommes, qui nous distingue de la bte, tandis que, comme elle,
rendant  la matire les lments qui nous animent, nous ne serons ni plus
punis des mauvaises actions o nous auront entrans les diffrents genres
d'organisation que nous avons reus de la nature, ni plus rcompenss des
bonnes, dont nous n'aurons d l'exercice qu' un genre d'organisation
contraire. Il est donc gal de se bien ou de se mal conduire, eu gard au sort
qui nous attend aprs cette vie ; et si nous sommes parvenus  en passer tous
les instants au centre des plaisirs, bien que cette manire d'exister ait pu
troubler tous les hommes, toutes les conventions sociales, assurment, si nous
nous sommes mis  l'abri des lois, ce qui est la seule chose essentielle,
alors, trs certainement, nous serons infiniment plus heureux que l'imbcile
qui, dans la crainte des chtiments d'une autre vie, se serait interdit
rigoureusement dans celle-ci tout ce qui pouvait lui plaire et le dlecter ;
car il est infiniment plus essentiel d'tre heureux dans cette vie, dont nous
sommes srs, que de renoncer au bonheur certain qui s'offre  nous, dans
l'espoir d'en obtenir un, imaginaire, dont nous n'avons et ne pouvons avoir la
plus lgre ide. Eh ! quel a pu tre l'individu assez extravagant, pour
essayer de persuader aux hommes qu'ils peuvent devenir plus malheureux aprs
cette vie, qu'ils l'taient avant de l'avoir reue ? Sont-ce donc eux qui ont
demand  y venir ? Sont-ce eux qui se sont donn les passions qui, selon
votre affreux systme, les prcipitent dans des tourments ternels ? Eh ! non,
non ! ils n'taient les matres de rien, et il est impossible qu'ils puissent
jamais tre punis de ce qui ne dpendait pas d'eux.
     Mais ne suffit-il pas de jeter un coup d'il sur notre misrable espce
humaine, pour se bien convaincre qu'il n'est rien dans elle qui annonce
l'immortalit ? Quoi ! cette qualit divine, disons mieux, cette qualit
impossible  la matire, pourrait appartenir  cet animal que l'on appelle un
homme ? Celui qui boit, mange, se perptue comme les btes, qui n'a, pour tout
bienfait, qu'un instinct un peu plus raffin, pourrait prtendre  un sort si
diffrent, que celui de ces mmes btes : cela peut-il s'admettre une minute ?
Mais l'homme, dit-on, est arriv  la sublime connaissance de son Dieu : par
cela seul, il annonce tre digne de l'immortalit qu'il se suppose. Et
qu'a-t-elle donc de sublime, cette connaissance d'une chimre, si ce n'est que
vous vouliez prtendre que, parce que l'homme est venu  bout de draisonner
sur un objet, il faut absolument qu'il draisonne sur tous ? Ah ! si le
malheureux a quelque avantage sur les animaux, combien ceux-ci n'en ont-ils
pas  leur tour sur lui ! A quel plus grand nombre d'infirmits et de maladies
n'est-il pas sujet ? De quelle plus grande quantit de passions n'est-il pas
victime ? Tout combin, a-t-il donc bien rellement quelque avantage de plus ?
Et ce peu d'avantage peut-il lui donner assez d'orgueil, pour croire qu'il
doive ternellement survivre  ses frres ?  malheureuse humanit !  quel
degr d'extravagance ton amour-propre t'a-t-il fait parvenir ! Et quand,
dgage de toutes ces chimres, ne verras-tu dans toi-mme qu'une bte, dans
ton Dieu que le nec plus ultra de l'extravagance humaine, et dans le cours de
cette vie, qu'un passage qu'il t'est permis de parcourir au sein du vice comme
dans celui de la vertu ?
     Mais permettez-moi d'entrer dans une discussion plus profonde et plus
pineuse.
     Quelques docteurs de l'glise ont prtendu que Jsus descendit aux
enfers. Combien de rfutations n'a pas souffert ce passage ! Nous n'entrerons
pas dans les diffrentes dissertations qui ont eu lieu  ce sujet : elles
seraient insoutenables, sans doute,  la philosophie, et c'est  elle seule
que nous parlons. Il est de fait que ni l'criture, ni aucun de ses
commentateurs, ne dcide positivement, ni sur la place de l'enfer, ni sur les
tourments qu'on y prouve. Cela pos, la parole de Dieu ne nous claircit
rien, vu que ce que l'criture nous apprend doit tre positif et distinctement
nonc, surtout quand il s'agit d'un objet de la plus grande importance. Or,
il est bien certain qu'il n'y a pas, ni dans le texte hbreu, ni dans les
versions grecque et latine, un seul mot qui dsigne l'enfer, dans le sens que
nous y attachons, c'est--dire un lieu de tourmenta destin aux pcheurs. Ce
tmoignage n'est-il pas bien fort, contre l'opinion de ceux qui soutiennent la
ralit de ces tourments ? S'il n'est point question de l'enfer dans
l'criture, de quel droit, je vous prie, prtend-on admettre une pareille
notion ? Sommes-nous forcs, en religion, d'admettre autre chose que ce qui
est crit ? Or, si cette opinion ne l'est pas, si elle ne se trouve nulle
part, en vertu de quoi l'adopterions-nous ? Nous ne devons point nous occuper
l'esprit de ce qui n'a point t rvl ; et tout ce qui n'est pas dans ce cas
ne peut lgitimement tre regard par nous que comme des fables, des
suppositions vagues, des traditions humaines, des inventions de l'imposture. A
force de rechercher, on trouve nanmoins qu'il y avait un lieu, prs de
Jrusalem, nomm la valle de la Ghenne, dans laquelle on excutait les
criminels, et dans laquelle aussi se jetaient les cadavres des animaux. C'est
de ce lieu dont veut parler Jsus dans ses allgories, lorsqu'il dit : Illic
erit fletus et stridor dentium. Cette valle tait un lieu de gne, un lieu de
supplice ; et c'est incontestablement d'elle dont il parle dans ses paraboles,
dans ses inintelligibles discours. Cette ide est d'autant plus vraisemblable,
que le supplice du feu s'employait dans cette valle. On y brlait les
coupables tout vifs ; d'autres fois on les enfonait jusqu'aux genoux dans le
fumier ; on leur mettait autour du cou une pice d'toffe que deux hommes
tiraient chacun de leur ct, afin de les trangler, et de leur faire ouvrir
la bouche, dans laquelle on leur versait du plomb fondu qui leur brlait les
entrailles : et voil le feu, voil le supplice dont parlait le Galilen. Ce
pch (dit-il souvent) mrite d'tre puni par la gne du feu, c'est--dire :
l'infracteur doit tre brl dans la valle de la Ghenne, ou tre jet  la
voirie, et brl avec les cadavres des animaux que l'on dposait en ce lieu.
Mais le mot ternel, dont Jsus se sert souvent en parlant de ce feu, ne
ramne-t-il pas  l'opinion de ceux qui croient que les flammes de l'enfer
n'auront point de fin ? Non, sans doute. Ce mot ternel, souvent employ dans
l'criture, ne nous a nanmoins jamais donn l'ide que des choses finies.
Dieu avait fait avec son peuple une alliance ternelle ; et cependant cette
alliance a cess. Les villes de Sodome et de Gomorrhe devaient brler
ternellement ; et cependant il y a bien longtemps que cet incendie a cess[15].
D'ailleurs, il est de notorit publique que le feu qui existait dans la
valle de la Ghenne, prs de Jrusalem, brlait nuit et jour. Nous savons
aussi que l'criture se sert souvent d'hyperboles, et qu'on ne doit jamais
prendre ce qu'elle dit  la lettre. Faut-il, d'aprs ces exagrations,
corrompre, comme on le fait, le vritable sens des choses ? et ne sont-ce pas
vritablement de tels amplificateurs qui doivent tre regards comme les plus
certains ennemis du bon sens et de la raison ?
     Mais de quelle nature est-il donc, ce feu dont on nous menace ? 1 Il ne
peut tre corporel, puisqu'on nous dit que notre feu n'en est qu'une faible
image. 2 Un feu corporel claire le lieu o il se trouve, et l'on nous assure
que l'enfer est un lieu de tnbres. 3 Le feu corporel consume promptement
toutes les matires combustibles, et finit par se consumer lui-mme, au lieu
que le feu de l'enfer doit durer toujours et consumer ternellement. 4 Le feu
de l'enfer est invisible : il n'est donc point corporel, puisqu'il est
invisible. 5 Le feu corporel s'teint faute d'aliments, et le feu de l'enfer,
selon notre absurde religion, ne s'teindra jamais. 6 Le feu de l'enfer est
ternel, et le feu corporel n'est que momentan. 7 On dit que la privation de
Dieu sera le plus grand des supplices pour les damns : cependant, nous
prouvons dans cette vie que le feu corporel est pour nous un beaucoup plus
grand supplice que l'absence de Dieu. 8 Enfin un feu corporel ne saurait agir
sur les esprits ! Or, les dmons sont des esprits : donc le feu de l'enfer ne
saurait agir sur eux. Dire que Dieu peut faire en sorte qu'un feu matriel
agisse sur des esprits, qu'il fera vivre et subsister ces esprits sans
aliments, et qu'il fera durer le feu sans matires combustibles, c'est
recourir  des suppositions merveilleuses, qui n'ont pour garant que les
sottes rveries des thologiens, et qui, par consquent, ne prouvent que leur
btise ou leur mchancet.
     Conclure de ce que tout est possible  Dieu, que Dieu fera tout ce qui
est possible, est sans doute une trange faon de raisonner. Les hommes
devraient bien se garder de fonder leurs rveries sur la toute-puissance de
Dieu, quand ils ne savent pas mme ce que c'est que Dieu. Pour luder ces
difficults, d'autres thologiens nous assurent que le feu de l'enfer n'est
pas corporel, mais spirituel. Qu'est-ce, je vous prie, qu'un feu qui n'est
point matire ? quelles ides peuvent s'en former ceux qui nous en parlent ?
dans quel endroit Dieu leur a-t-il dclar quelle tait la nature de ce feu ?
Cependant quelques docteurs, pour concilier les choses, ont dit qu'il tait en
partie spirituel et en partie matriel. Ainsi, voil deux feux de diffrente
espce en enfer : quelle absurdit ! O la superstition n'est-elle pas oblige
d'avoir recours, quand elle veut tablir ses mensonges !
     Il est inou le fatras d'opinions ridicules qu'il a fallu de mme
inventer, quand on a voulu statuer quelque chose de vraisemblable sur un local
de ce fabuleux enfer. Le sentiment le plus gnral avait t qu'il se trouvait
dans les rgions les plus basses de la terre : mais, o sont, je vous prie,
ces rgions, dans un globe qui tourne sur lui-mme ? D'autres ont dit qu'il
tait au centre de la terre, c'est--dire,  quinze cent lieues de nous. Mais,
si l'Ecriture a raison, la terre sera dtruite : et si elle l'est, o se
trouvera l'enfer ? Alors vous voyez dans quel draisonnement l'on est
entran, lorsqu'on s'en rapporte aux carts de l'esprit des autres. Des
raisonneurs moins extravagants prtendent, comme je viens de vous le dire, que
l'enfer consistait dans la privation de la vue de Dieu ; en ce cas l'enfer
commence dj dans ce monde, car nous n'y voyons point ce Dieu dont il s'agit
: nous n'en sommes pourtant pas trs affligs, et si vraiment ce Dieu bizarre
existait, comme on nous le dpeint, ne doutons pas que ce ne ft  le voir que
l'enfer consisterait alors pour les hommes !
     Toutes ces incertitudes et le peu d'accord qui subsiste entre les
thologiens, vous font voir qu'ils errent dans les tnbres, et que, comme les
gens ivres, ils ne peuvent trouver de point d'appui ; et n'est-il pas
nanmoins bien surprenant qu'ils ne puissent s'accorder sur un dogme aussi
essentiel, et qu'ils trouvent, disent-ils, si clairement expliqu dans la
parole de Dieu ?
     Convenez donc, canaille tonsure, que ce dogme si redoutable est destitu
de fondement, qu'il est le produit de votre avarice, de votre ambition, et
l'enfant des garements de votre esprit ; qu'il n'a pour point d'appui que les
craintes du vulgaire imbcile  qui vous enseignez  recevoir, sans examen,
tout ce qu'il vous plat de lui dire. Reconnaissez donc enfin que cet enfer
n'existe que dans votre cerveau, et que les tourments que l'on y endure sont
les inquitudes dont vous vous plaisez  accabler les mortels qui se laissent
guider par vous. Pntrs de ces principes, renonons donc pour jamais  une
doctrine effrayante pour les hommes, injurieuse pour la Divinit, et que rien,
en un mot, ne peut raisonnablement prouver  l'esprit.
     Diffrents arguments s'offrent encore ; je me crois oblige de les
combattre.
     1 La crainte, dit-on, que tout homme prouve, au-dedans de lui-mme, de
quelque chtiment  venir, est une preuve indubitable de la ralit de ce
chtiment. Mais cette crainte n'est point inne, elle ne vient que de
l'ducation ; elle n'est pas la mme dans tous les pays, ni chez tous les
hommes ; elle n'existe pas chez ceux dans qui les passions anantissent tous
les prjugs ; la conscience, en un mot, n'est jamais modifie que par
l'habitude.
     2 Les paens ont admis le dogme de l'enfer... Non comme nous
certainement ; et  supposer qu'ils l'aient admis, puisque nous rejetons leur
religion, ne devons-nous pas rejeter de mme leurs dogmes ? Mais certes,
jamais les paens n'ont cru  l'ternit des peines de l'autre vie ; ils n'ont
jamais admis la fable pitoyable de la rsurrection des corps, et voil
pourquoi ils les brlaient, et conservaient leurs cendres dans les urnes. Ils
croyaient  la mtempsycose,  la transmigration des corps, opinion trs
vraisemblable, et dans laquelle nous confirment toutes les tudes de la nature
; mais jamais les paens ne crurent  la rsurrection : cette ide absurde
appartient tout entire au christianisme, et certes, elle tait bien digne de
lui. Il parat constant que c'est dans Platon et dans Virgile que nos docteurs
ont puis les notions des enfers, du paradis et du purgatoire, qu'ils ont
ensuite arranges  leur manire : avec le temps, les rveries informes de
l'imagination des potes se sont changes en articles de foi.
     3 La saine raison prouve le dogme de l'enfer et de l'ternit des peines
: Dieu est juste, il doit donc punir les crimes des hommes... Eh ! non, non,
jamais la saine raison ne put admettre un dogme qui l'outrage aussi
sensiblement.
     4 Mais la justice de Dieu y est compromise... Autre atrocit, : le mal
est ncessaire sur la terre ; il est donc de la justice de votre Dieu, s'il
existe, de ne pas punir ce que lui-mme a prescrit. S'il est tout-puissant,
votre Dieu, avait-il besoin de punir le mal pour l'empcher ? ne pouvait-il
pas l'extirper totalement de chez les hommes ? S'il ne l'a pas fait, c'est
qu'il l'a cru essentiel au maintien de l'quilibre ; et, d'aprs cela,
comment, vils blasphmateurs ! pouvez-vous dire que Dieu puisse punir un mode
essentiel aux lois de l'univers ?
     5 Tous les thologiens s'accordent  croire et  prcher les peines de
l'enfer... Cela prouve-t-il autre chose, sinon que les prtres, si dsunis
entre eux, s'entendent cependant, toutes les fois qu'il s'agit de tromper les
hommes. Et d'ailleurs, les rveries ambitieuses et intresses des prtres
romains doivent-elles fixer les opinions des autres sectes ? Est-il
raisonnable d'exiger que tous les hommes croient  ce qu'il a plu aux plus
mprisables et au plus petit nombre d'entre eux d'inventer ? faut-il donc
plutt s'en rapporter  ces fourbes qu' la raison, au bon sens et  la vrit
? C'est la vrit qu'il faut suivre, et non la multitude : il faudrait bien
plutt s'en rapporter  un seul homme qui dit vrai, qu'aux hommes de tous les
ges qui dbitent des mensonges.
     Les autres argumenta qui se prsentent portent tous un tel caractre de
faiblesse, que c'est perdre du temps qu'essayer de les rfuter. Tous ces
arguments n'tant appuys ni sur l'criture, ni sur la tradition, doivent
ncessairement tomber d'eux-mmes. On nous allgue le consentement unanime :
le peut-on, quand il ne se trouve pas deux hommes qui raisonnent de la mme
manire sur l'une des choses qui parat pourtant la plus importante de la vie ?
     A dfaut de bonnes raisons, tous ces croque-Dieu vous menacent ; mais il
y a longtemps que l'on sait que la menace est l'arme du faible et de la
simplicit. Ce sont des raisons qu'il nous faut, imbciles enfants de Jsus,
oui, ce sont des raisons, et non pas des menaces. Nous ne voulons pas que vous
nous disiez : Vous sentirez ces tourments, puisque vous ne voulez pas les
croire ; nous voulons, et c'est ce dont vous ne pouvez venir  bout, que vous
nous dmontriez en vertu de quoi vous prtendez nous les faire croire.
     La crainte de l'enfer, en un mot, n'est point un prservatif contre le
pch... Elle n'est vritablement indique nulle part... elle n'est
visiblement que le fruit de l'imagination drgle des prtres, c'est--dire
des individus qui forment la classe la plus vile et la plus mchante de la
socit... A quoi sert-elle donc ? Je dfie qu'on puisse me le dire. On nous
assure que le pch est une offense infinie, et doit tre, par consquent,
infiniment puni : cependant Dieu lui-mme n'y a voulu attacher qu'un chtiment
fini, et ce chtiment est la mort.
     Concluons, d'aprs tout cela, que le dogme puril de l'enfer est une
invention des prtres, une supposition cruelle, hasarde par des coquins 
rabats, qui ont commenc par riger un Dieu aussi plat, aussi mprisable
qu'eux, pour avoir le droit de faire dire  cette dgotante idole tout ce qui
pouvait le mieux flatter leurs passions, et leur procurer surtout des filles
et de l'argent, seuls objets de l'ambition d'un tas de fainants, vil rebut de
la socit, et dont ce qu'elle devrait faire de plus sage serait de se purger
radicalement[16].
     Bannissez donc  jamais de vos curs une doctrine qui contredit galement
et votre Dieu et votre raison. Tel est incontestablement le dogme qui a
produit le plus d'athes sur la terre, n'y ayant pas un seul homme qui n'aime
mieux ne rien croire que d'adopter un fatras de mensonges aussi dangereux ;
voil pourquoi tant d'mes honntes et sensibles se croient forces de
chercher dans l'irrligion absolue des consolations et des ressources contre
les terreurs dont l'infme doctrine chrtienne s'efforce de les accabler.
Dgageons-nous donc de ces vaines frayeurs ; foulons  jamais aux pieds les
dogmes, les crmonies, les mystres de cette abominable religion. L'athisme
le plus enracin vaut mieux qu'un culte dont on vient de voir les dangers. Je
ne sais quel inconvnient il peut y avoir  ne rien croire du tout ; mais,
certes, je sens bien tous ceux qui peuvent natre de l'adoption de ces
dangereux systmes.
     Voil, mon cher Saint-Fond, ce que j'avais  te dire sur ce dogme infme
de l'enfer. Qu'il cesse de t'effrayer et de glacer tes plaisirs ! Il n'y a
d'autre enfer pour l'homme que la sottise et la mchancet de ses semblables ;
mais ds qu'il a fini de vivre, tout est dit : son anantissement est ternel,
et rien ne lui survit. Qu'il serait dupe, d'aprs cela, de refuser quelque
chose  ses passions ! Qu'il songe qu'il n'est cr que pour elles et pour les
satisfaire,  quelque excs qu'elles puissent l'entraner, et que tous les
effets de ces passions, de quelque genre qu'on les ait reues, sont des moyens
par lesquels on sert la nature, dont nous sommes perptuellement les agents
sans nous en douter et sans que nous puissions nous en dfendre.
     Je vous rends maintenant l'ide d'un Dieu dont je ne me suis un moment
servie que pour combattre le systme du peines ternelles ; mais il n'est pas
plus de Dieu que de Diable, pas plus de paradis que d'enfer ; et les seuls
devoirs que nous ayons  remplir dans le monde sont ceux de nos plaisirs,
abstraction faite de tous intrts sociaux, parce qu'il n'en est aucun que
nous ne devions immoler  l'instant aux plus lgers de nos dsirs.
     En voil, j'espre, suffisamment pour te prouver l'absurdit du principe
sur lequel tu fondes ton inutile cruaut. Examinerai-je ses moyens ? Non, en
honneur, ils n'en valent pas la peine : comment as-tu pu croire qu'une
signature avec du sang et d'abord plus d'effet qu'une autre ; qu'ensuite ce
papier, fourr dans le cul, c'est--dire un peu de matire sur de la matire,
pt devenir un passeport auprs de Dieu du Diable, c'est--dire auprs d'un
tre qui n'existe pas. C'est un enchanement de prjugs si singuliers, que
cela ne mrite pas, en vrit, l'honneur d'une rfutation. Remplace l'ide
voluptueuse qui t'touffe la tte, cette ide d'une prolongation de supplice
sur le mme objet, remplace-la par une plus grande abondance de meurtres : ne
tue pas plus longtemps un mme individu, ce qui cet impossible, mais
assassines-en beaucoup d'autres, ce qui est trs faisable. Est-il rien de si
mesquin que de te borner  six victimes par semaine ? Rapporte-t'en aux soins
et  l'intelligence de Juliette pour doubler et tripler ce nombre ; donne-lui
l'argent ncessaire : rien ne te manquera, et tes passions seront satisfaites.
     - A merveille ! rpondit Saint-Fond, cette dernire conclusion, je
l'adopte, et de ce moment-ci, Juliette, je vous prviens qu'au lieu de trois
victimes par souper, j'en veux six, et qu'au lieu de deux soupers dans le mme
intervalle, j'en ferai quatre, ce qui portera le nombre des victimes 
vingt-quatre par semaine, dont un tiers d'hommes et les deux tiers de femmes :
vous serez paye en consquence. Mais je ne me rends pas, mesdames, aussi
facilement  votre profonde dissertation sur la nullit des peines de l'enfer
; je rends justice  l'rudition que l'on y voit rgner...  son but... 
quelques-unes de ses consquences : l'admettre, c'est ce que je ne puis, et
voici ce que je lui oppose.
     Il parat d'abord que, d'un bout  l'autre de votre raisonnement, vous ne
cherchez qu' disculper Dieu de la barbarie du dogme de l'enfer. Si Dieu
existe, dites-vous presque  chaque phrase, les qualits dont il doit tre
dou sont toutes incompatibles avec cet excrable dogme. Mais voil
prcisment o vous tombez, selon moi, dans la plus lourde erreur, et cela,
faute d'une philosophie assez profonde, assez lumineuse pour vous faire voir
juste sur cette matire. Le dogme de l'enfer gne vos plaisirs, et vous partez
de l pour soutenir qu'il n'y a point d'enfer : quelle foi voulez-vous qu'on
ait dans une opinion si pleine d'gosme ? Afin de combattre le dogme certain
des peines ternelles, vous commencez gratuitement par dtruire tout ce qui
l'taie : il n'y a point de Dieu, nous n'avons point d'me, donc il ne peut y
avoir de supplices  craindre dans une autre vie. Il me semble que vous
commencez ici par la plus grande faute que l'on puisse commettre en logique,
qui est de supposer ce qui est en question. Bien loign de penser comme vous,
j'admets un tre suprme, et bien plus constamment encore l'immortalit de nos
mes. Mais que vos dvots, enchants de ce dbut, n'aillent point partir de l
pour s'imaginer avoir fait un proslyte de moi : je doute que mes systmes
leur plaisent, et de quelque extravagance que vous puissiez les taxer, je vais
nanmoins vous les offrir.
     Je lve les yeux sur l'univers, je vois le mal, le dsordre et le crime y
rgner partout en despotes. Je rabaisse mes regards sur l'tre le plus
intressant de cet univers, je le vois galement ptri de vices, de
contradictions, d'infamies : quelles ides rsultent de cet examen ? Que ce
que nous appelons improprement le mal, ne l'est rellement point, et que ce
mode est d'une telle ncessit aux vues de l'tre qui nous a cre, qu'il
cesserait d'tre le matre de son propre ouvrage si le mal n'existait pas
universellement sur la terre. Bien convaincu de ce systme, je me dis : il
existe un Dieu ; une main quelconque a ncessairement cr tout ce que je
vois, mais elle ne l'a cr que pour le mal, elle ne se plat que dans le mal,
le mal est son essence, et tout celui qu'elle nous fait commettre est
indispensable  ses plans : que lui importe que je souffre de ce mal, pourvu
qu'il lui soit ncessaire ? Ne semble-t-il pas que je sois son enfant chri !
Si les malheurs dont je suis accabl depuis le jour de ma naissance jusqu'
celui de ma mort prouvent son insouciance envers moi, je puis trs bien me
tromper sur ce que j'appelle mal. Ce que je caractrise ainsi, relativement 
moi, est vraisemblablement un trs grand bien relativement  l'tre qui m'a
mis au monde ; et si je reois du mal des autres, je jouis du droit de le leur
rendre, de la facilit mme de leur en faire le premier : voil ds lors le
mal un bien pour moi, comme il l'est pour l'auteur de mes jours relativement 
mon existence ; je suis heureux du mal que je fais aux autres, comme Dieu est
heureux de celui qu'il me fait ; il n'y a plus erreur que dans l'ide
attribue au mot, mais, dans le fait, voil et le mal ncessaire, et le mal un
plaisir : pourquoi ds lors ne l'appellerais-je pas un bien !
     N'en doutons pas, le mal, ou du moins ce que nous nommons ainsi, est
absolument utile  l'organisation vicieuse de ce triste univers. Le Dieu qui
l'a form est un tre vindicatif, trs barbare, trs mchant, trs injuste,
trs cruel, et cela, parce que la vengeance, la barbarie, la mchancet,
l'iniquit, la sclratesse, sont des modes ncessaires aux ressorts de ce
vaste ouvrage, et dont nous ne nous plaignons que quand ils nous nuisent :
patients, le crime a tort ; agents, il a raison. Or, si le mal, ou du moins ce
que nous nommons tel, est l'essence, et de Dieu qui a tout cr, et des
individus forms  son image, comment ne pas tre certain que les suites du
mal doivent tre ternelles ? C'est dans le mal qu'il a cr le monde ; c'est
par le mal qu'il le soutient ; c'est par le mal qu'il le perptue ; c'est
imprgne de mal que la crature doit exister ; c'est dans le sein du mal
qu'elle retourne aprs son existence. L'me de l'homme n'est que l'action du
mal sur une matire dlie, et qui n'est susceptible d'tre organise que par
lui : or, ce mode tant l'me du Crateur comme il est celle de la crature,
ainsi qu'il existait avant cette crature qui en est ptrie, il existera de
mme aprs elle. Tout doit tre mchant, barbare, inhumain comme votre Dieu :
voil les vices que doit adopter celui qui veut lui plaire, sans nanmoins
aucun espoir d'y russir, car le mal qui nuit toujours, le mal qui est
l'essence de Dieu, ne saurait tre susceptible d'amour ni de reconnaissance.
Si ce Dieu, centre du mal et de la frocit, tourmente et fait tourmenter
l'homme par la nature et par d'autres hommes pendant tout le temps de son
existence, comment douter qu'il n'agisse de mme, et peut-tre
involontairement, sur ce souffle qui lui survit, et qui, comme je viens de
vous le dire, n'est autre chose que le mal lui-mme ? Mais comment, allez-vous
m'objecter, le mal peut-il tre tourment par le mal ? Parce qu'il s'augmente
en retombant sur lui-mme, et que la partie admise doit ncessairement tre
crase par la partie qui admet : cela par la raison qui soumet toujours la
faiblesse  la force. Ce qui survit de l'tre naturellement mauvais, et ce qui
doit lui survivre, puisque c'est l'essence de sa constitution existante avant
lui, et qui existera ncessairement aprs, en retombant dans le sein du mal,
et n'ayant plus la force de se dfendre, parce qu'il deviendra le plus faible,
sera donc ternellement tourment par l'essence entire du mal,  laquelle il
sera runi ; et ce sont ces molcules malfaisantes qui, dans l'opration
d'englober celles que ce que nous appelons la mort runit  elle, composent ce
que les potes et les imaginations ardentes ont nomm dmons. Aucun homme,
comme vous le voyez, quelle que soit sa conduite en ce monde, ne peut chapper
 ce sort affreux, parce qu'il faut que tout ce qui est man du sein de la
nature, c'est--dire du mal, y entre : telle est la loi de l'univers. Ainsi,
les dtestables lments de l'homme mauvais s'absorbent dans le centre de la
mchancet, qui est Dieu, pour retourner animer encore d'autres tres, qui
natront d'autant plus corrompus, qu'ils seront le fruit de la corruption.
     Que deviendra, me direz-vous, l'tre bon ? Mais il n'existe point d'tre
bon ; celui que vous nommez vertueux n'est point bon, ou s'il l'est vis--vis
de vous, il ne l'est srement pas vis--vis de Dieu, qui n'est que le mal, qui
ne veut que le mal, et qui n'exige que le mal. L'homme dont vous parlez n'est
que faible, et la faiblesse est un mal. Cet homme, comme plus faible que
l'tre absolument et entirement vicieux, et par consquent comme plus tt
englob par les molcules malfaisantes auxquelles sa dissolution lmentaire
le runira, souffrira beaucoup plus : et voil ce qui doit engager tous les
hommes  se rendre en ce monde le plus vicieux, le plus mchant possible, afin
que plus semblables aux molcules o ils doivent se rejoindre un jour, ils
aient, dans cet acte de runion, infiniment moins  souffrir de leur poids sur
eux. La fourmi, tombant dans un tourbillon d'animaux, qui de son nergie
craserait tout ce qui se joindrait  lui, aurait, par le peu de dfense
qu'elle opposerait, infiniment plus  souffrir de cette runion que ne le
ferait un gros animal qui, pouvant opposer plus de prise, ne serait entran
qu'avec plus de mollesse. Plus l'homme aura manifest de vices et de forfaits
en ce monde, plus il se sera rapproch de son invariable fin, qui est la
mchancet ; moins il aura, par consquent,  souffrir en s'unissant au foyer
de la mchancet, que je regarde comme la matire premire de la composition
du monde. Que l'homme se garde donc bien de la vertu, s'il ne veut pas tre
expos  des maux affreux ; car la vertu tant le mode oppos au systme du
monde, tous ceux qui l'auront admise sont sre d'endurer, aprs cette vie,
d'incroyables supplices, par la peine qu'ils auront  rentrer dans le sein du
mal... auteur et rgnrateur de tout ce que nous voyons.
     Quand vous avez vu que tout tait vicieux et criminel sur la terre, leur
dira l'tre suprme en mchancet, pourquoi vous tes-vous gars dans les
sentiers de la vertu ? Vous annonai-je par quelque chose que ce monde ft
fait pour m'tre agrable ? Et les malheurs perptuels dont je couvrais
l'univers ne devaient-ils pas vous convaincre que je n'aimais que le dsordre,
et qu'il fallait m'imiter pour me plaire ? Ne vous donnai-je pas chaque jour
l'exemple de la destruction ? Pourquoi ne dtruisiez-vous pas ? Les flaux
dont j'crasais le monde, en vous prouvant que le mal tait toute ma joie, ne
devaient-ils pas vous engager  servir mes plans par le mal ? On vous disait
que l'humanit devait me satisfaire : et quel est donc l'acte de ma conduite
o vous m'ayez vu bienfaisant ? Est-ce en vous envoyant des pestes, des
guerres civiles, des maladies, des tremblements de terre, des orages ? Est-ce
en secouant perptuellement sur vos ttes tous les serpents de la discorde,
que je vous persuadai que le bien tait mon essence ? Imbcile ! que ne
m'imitais-tu ? Pourquoi rsistais-tu  ces passions que je n'avais places
dans toi que pour te prouver combien le mal m'tait ncessaire ? Il fallait
suivre leur organe, dpouiller comme moi sans piti la veuve et l'orphelin,
envahir l'hritage du pauvre, faire, en un mot, servir l'homme  tous tes
besoins,  tous tes caprices, comme je le fais. Que te revient-il d'avoir
pris, comme un sot, une route contraire, et comment les lments moelleux,
mans de ta dissolution, vont-ils, sans se briser, sans t'occasionner les
plus vives douleurs, rentrer maintenant dans le sein de la malfaisance et du
crime ?
     Plus philosophe que vous, Clairwil, vous le voyez, je n'ai pas recours
comme vous, ni  ce polisson de Jsus, ni  ce plat roman de l'criture
sainte, pour vous dmontrer mon systme : c'est dans la seule tude de
l'univers que je cherche des armes pour vous combattre, et c'est par la seule
manire dont il est gouvern, que je vois comme indispensable la ncessit du
mal ternel et universel dans le monde. L'auteur de l'univers est le plus
mchant, le plus froce, le plus pouvantable de tous les tres. Ses uvres ne
peuvent tre autre chose, ou que le rsultat, ou que le mouvement de la
sclratesse. Sans le plus extrme priode de la mchancet, rien ne se
soutiendrait dans l'univers ; le mal est cependant un tre moral, et non pas
un tre cr, un tre ternel et non prissable : il existait avant le monde ;
il constituait l'tre monstrueux, excrable qui put crer un monde aussi
bizarre. Il existera donc aprs les cratures qui peuplent ce monde ; et c'est
dans lui qu'elles rentreront toutes, pour recrer d'autres tres plus mchants
encore ; et voil pourquoi l'on dit que tout se dgrade, que tout se corrompt
en vieillissant : cela ne vient que de la rentre et de la sortie perptuelle
des lments mchants dans le sein des molcules malfaisantes.
     Vous allez me demander peut-tre, maintenant, comment mme dans cette
hypothse, j'arrange la possibilit de faire souffrir un tre plus longtemps
au moyen d'un billet introduit dans l'anus ? C'est la chose du monde la plus
simple, et j'ose mme dire la plus sre et la moins rfutable : si j'ai bien
voulu la nommer faiblesse, c'est que je ne croyais pas que vous me missiez au
point de vous dvoiler mes systmes. Je dfends ma mthode maintenant, et j'en
prouve la bont.
     Mes victimes arrives au sein du mal, avec les preuves qu'elles ont
souffert dans mes mains tout ce qu'il tait possible d'endurer, rentrent alors
dans la classe des tres vertueux ; je les bonifie par mon opration ; elle
rend leur adjonction aux molcules malfaisantes d'une difficult assez grande,
pour que les douleurs soient normes ; et, par des lois d'attraction
essentielles  la nature, elles doivent tre de la mme espce que celles que
je leur aurai fait souffrir en ce monde. Ainsi que l'aimant attire le fer,
ainsi que la beaut aiguise les apptits charnels, de mme les douleurs A, les
douleurs C, les douleurs B, s'appellent, s'enchanent. L'tre extermin de ma
main par la douleur B, je suppose, ne rentrera au sein des molcules
malfaisantes que par la douleur B ; et si cette douleur B est la plus affreuse
possible, je suis sr que ma victime en endurera de semblables, en se
runissant au sein du mal qui attend ncessairement tous les hommes, et qui,
par les lois d'attraction dont je viens de vous parler, ne les adopte que dans
le mme sens o elles sont sorties de l'univers ; - mais le billet - n'est
qu'une formalit, j'y consens... inutile peut-tre, mais qui satisfait mon
esprit et qui ne peut avoir rien de contraire au vritable sens, au succs
assur de mon opration.
     - Voil, reprit Clairwil, le plus tonnant, le plus singulier, j'oserai
dire le plus bizarre de tous les systmes qui se soit encore prsent, sans
doute,  l'esprit de l'homme !
     - Il est moins extravagant que celui que vous venez de mettre au jour,
dit Saint-Fond : vous tes oblige, pour soutenir le vtre, ou de laver Dieu
de ses torts, ou de le nier ; moi, je l'admets avec tous ses vices, et,
certes, aux yeux de ceux qui connatront bien tous les crimes, toutes les
horreurs de cet tre bizarre, que les hommes ne prient et n'appellent bon que
par crainte, aux yeux de Ces gens-l, dis-je, mes ides paratront moins
irrgulires que celles que vous avez exposes.
     - Ton systme, dit Clairwil, ne prend sa source que dans la profonde
horreur que tu as pour Dieu.
     - Cela est vrai, je l'abhorre ; mais la haine que j'ai pour lui n'a point
enfant mon systme : il n'est que le fruit de ma sagesse et de mes rflexions.
     - J'aime mieux, dit Clairwil, ne pas croire en Dieu, que de m'en forger
un pour le har. Qu'en pense Juliette ?
     - Profondment athe, rpondis-je, ennemie capitale du dogme de
l'immortalit de l'me, je prfrerai toujours ton systme  celui de
Saint-Fond ; j'aime mieux la certitude du nant que la crainte d'une ternit
de douleurs.
     - Et voil, dit Saint-Fond, toujours ce perfide gosme, qui devient la
cause de toutes les erreurs des hommes. On arrange ses plans d'aprs ses
gote, ses caprices, et toujours en s'loignant de la vrit. Il faut laisser
l les passions, quand on examine un systme de philosophie.
     - Ah ! Saint-Fond, dit Clairwil, comme il serait ais de faire voir que
le tien n'est que le fruit de ces passions auxquelles tu veux que l'on
renonce, en tudiant. Avec moins de cruaut dans le cur, tes dogmes seraient
moins sanguinaires ; et tu aimes mieux encourir toi-mme l'ternelle damnation
dont tu parles, que de renoncer  la dlicieuse jouissance d'en essayer les
autres.
     - Va, Clairwil, interrompis-je, tel est son seul but en dveloppant ce
systme : ce n'est qu'une mchancet de sa part, mais il n'y croit pas.
     - Vous vous trompez, j'y crois ; et vous voyez bien que mes actions sont
en tout point conformes  ma manire de penser : persuad que le supplice de
la runion aux molcules malfaisantes sera trs mdiocre pour l'tre aussi
malfaisant qu'elles, je me couvre de crimes en ce monde pour avoir moins 
souffrir dans l'autre.
     - Quant  moi, dit Clairwil, je m'en souille parce qu'ils me plaisent,
parce que je les crois une des manires de servir la nature, et que rien ne
survivant de moi, il importe bien peu comment je me serai conduite dans ce
monde.
     Nous en tions l, lorsque nous entendmes une voiture entrer dans la
cour ; on annona Noirceuil ; il parut, conduisant un jeune homme de seize
ans, plus beau que l'Amour mme.
     - Qu'est-ce ceci ? dit le ministre en venant d'analyser l'enfer, veux-tu
me donner l'occasion de le mriter un peu ?
     - Il ne tiendra qu' toi, dit Noirceuil, et tu peux te damner  merveille
avec ce bel enfant : je ne l'amne ici que pour cela. Il est le fils de la
marquise de Rose, que tu fis mettre, il y a huit jours,  la Bastille, sous un
vain prtexte de conspiration qui n'avait,  ce que j'imagine, pour but que de
te procurer de l'argent et la jouissance de ce bel enfant. La marquise,
sachant nos liaisons, m'a fait implorer : je me suis fait donner un ordre par
tes premiers commis pour la voir, et nous avons jas ce matin. Voici le
rsultat de ma ngociation, dit Noirceuil en poussant le jeune Rose dans les
bras du ministre : fouts et signe ; j'ai de plus cent mille cus  te remettre.
     - Il est joli, dit Saint-Fond, en baisant le jeune homme... extrmement
joli ; mais il arrive dans un bien mauvais moment... nous avons fait des
horreurs ; je suis excd.
     - Je suis tranquille sur cela, dit Noirceuil, et tu trouveras dans les
charmes de cet enfant tout ce qu'il faudra pour te rendre  la vie.
     Rose et Noirceuil, qui n'avaient point soup, se mirent  table ; ds
qu'ils eurent fini, Saint-Fond dit qu'il voulait que je fusse en tiers dans
les plaisirs qu'il se promettait avec ce jeune homme, et que Noirceuil
coucherait avec Clairwil. Cet arrangement parut plaire  tous deux, et l'on se
retira.
     - Il me faudra beaucoup de choses, dit Saint-Fond, ds que nous fmes
tous trois seuls, et quelque joli que soit ce bel enfant, je sens que j'aurai
beaucoup de peine  bander : dculotte-le moi, Juliette, relve sa chemise sur
ses reins, en laissant agrablement tomber sa culotte au bas des cuisses ;
j'aime  la folie cette manire d'offrir un cul.
     Et comme celui que je prsentais tait vraiment dlicieux, Saint-Fond,
pollu par moi, le baise fort longtemps en branlant le vit du jeune homme que
nous vmes bientt dans le plus brillant tat.
     - Suce-le, me dit mon amant ; moi je vais le gamahucher ; pendant ce
temps-l il faut le faire dcharger entre nous deux.
     Ensuite Saint-Fond, jaloux du foutre que j'allais pomper, voulut changer
de place avec moi, ce qui s'excuta si bien, qu' peine eut-il le vit du jeune
homme dans la bouche, qu'il se la sentit remplir de la plus abondante
jaculation ; il l'avala.
     - Oh ! Juliette, me dit-il, que j'aime  me sustenter de cette agrable
nourriture !... c'est de la crme.
     Puis, ayant dit  l'enfant de se mettre au lit, et de ne pas s'endormir,
surtout, que nous ne l'eussions rejoint, il me fit passer dans son boudoir.
     - Juliette, me dit-il, il faut que je t'instruise des particularits
d'une affaire dont Noirceuil lui-mme n'est pas trs au fait. La marquise de
Rose, l'une des plus belles femmes de la cour, fut autrefois ma matresse, et
l'enfant que tu vois ici m'appartient. Il y a deux ans que je suis amoureux de
ce jeune homme, sans que jamais la comtesse ait voulu consentir  me le
livrer. Mon crdit n'tant pas encore bien assis, je ne voulus rien risquer ;
mais voyant dernirement ma faveur s'lever sur les dbris de la sienne, je
n'ai plus balanc  la rendre suspecte pour me venger, et d'avoir joui d'elle,
et de s'tre oppose  ce que je jouisse de son fils. Tu vois qu'elle a peur
maintenant, elle me l'envoie, en vrit, dans un moment o, aprs avoir
beaucoup dcharg pour lui depuis dix-huit mois, je ne m'en soucie plus que
trs mdiocrement ; cependant, comme il y a d'assez jolies branches de crimes
dans toute cette aventure, je vais les cueillir et m'amuser. Premirement, je
veux bien prendre les cent mille cus de la comtesse, je veux bien foutre son
fils : mais pour sa sortie de la Bastille, elle ne se fera jamais que dans un
coffre.
     - Que veux-tu dire par cette expression
     - Elle est claire ; la comtesse ignore que si elle perdait son fils,
quoique son parent de fort loin, je serais pourtant son seul hritier : dans
un mois, la putain n'existera plus ; et quand j'aurai bien foutu monsieur son
cher fils cette nuit, nous lui ferons prendre une tasse de chocolat demain
matin qui dtournera bientt en ma faveur l'hritage qu'il aurait pu faire.
     - Quelle complication de crimes !
     - Tu vois qu'il y a de quoi me faire rentrer l bien mollement dans le
sein des molcules malfaisantes !
     - Oh ! vous tes un homme tonnant ! Et la chose en vaut-elle au moins la
peine ?
     - Cinq cent mille livres de rente, Juliette, et je les gagne avec vingt
sous d'arsenic ! Allons, foutre ! tu vois, poursuivit-il en me mettant  la
main son vit trs dur et trs ferme, tu vois l'empire d'une ide criminelle
sur mes sens, je n'aurais jamais rat de femme si j'avais t bien sr de la
tuer aprs.
     Le jeune Rose nous attendait ; nous nous couchmes prs de lui.
Saint-Fond le couvrit des caresses les plus luxurieuses ; nous le branlmes,
nous le sumes, nous le gamahuchmes, et comme l'imagination agissait
fortement, Saint-Fond eut bientt foutu le bardache. Je lui branlais le trou
du cul avec la langue, et, tout nerv qu'il tait, sa dcharge fut pourtant
des plus longues et des plus copieuses. Il exigea de moi de me la faire rendre
dans la bouche : ce libertinage me plaisait excessivement, je souscrivis 
tout. Il fallut ensuite que le jeune Rose m'encult pendant qu'il le foutait
une seconde fois, et puis Saint-Fond me traita de mme, en gamahuchant le cul
du jeune homme, que nous finmes par puiser  force de le faire dcharger ou
dans nos bouches ou dans nos culs. Vers la pointe du jour, Saint-Fond, dgot
sans tre satisfait, m'ordonna de lui tenir l'enfant, et il lui dchira les
fesses  coups de martinet ; ensuite, il le battit et le molesta cruellement.
Sur les onze heures, le chocolat se servit ; j'eus soin, par les ordres du
ministre, de jeter ce qui devait assurer l'hritage  mon amant ; et lui, par
un insigne raffinement de cruaut, voulut, pendant que je prparais le poison
du fils, donner l'ordre au commandant de la Bastille d'administrer celui de la
mre.
     - Allons, me dit Saint-Fond ds qu'au moyen de nos fourberies la mort se
fut introduite dans les veines de ce malheureux enfant, allons, voil ce que
j'appelle une bonne matine : que l'tre suprme des malfaisances daigne m'en
envoyer seulement quatre comme celle-l par semaine, et je le remercierai de
tout mon cur.
     Noirceuil djeunait toujours avec Clairwil en nous attendant ; aucun de
nos secrets ne fut rvl, et le ministre repartit pour Paris avec l'enfant et
son ami ; Clairwil me ramena seule.
     Pour ne plus revenir sur cette aventure, vous saurez, mes amis, que ce
crime, comme tous ceux de Saint-Fond, fut couronn du plus grand succs ; peu
de temps aprs, il fut en possession d'un hritage, du revenu duquel il voulut
bien me compter deux annes d'avance pour avoir partag son crime.
     Chemin faisant, Clairwil me fit quelques questions, que j'eus l'art
d'luder, sans la satisfaire ; dguiser les actes luxurieux ft devenu inutile
: elle ne m'aurait pas crue ; mais je dissimulai le reste, et Saint-Fond m'en
sut gr. Je profitai de cette route pour rappeler  mon amie la promesse
qu'elle m'avait faite de m'admettre dans son club libertin ; elle me promit
que cette rception aurait lieu  la premire assemble, et nous nous
quittmes.
 

 [1] Cela est ais  comprendre : on fait ce que personne ne fait ; on est donc
unique dans son genre. Voil la pture de l'orgueil.
 [2] Les voil, les voil, ces monstres de l'ancien rgime ! Nous ne les avons
pas promis beaux, mais vrais : nous tenons parole.
 [3] Ce systme, d'ailleurs, se trouve amplement dvelopp plus loin.
 [4] Voyez les Mmoires de la marquise de Frne, le Dictionnaire des Hommes
illustres, etc.
 [5] On sait que Sainte-Croix, amant de la Brinvilliers, mourut en composant un
poison violent dont la recette se trouvera plus loin. Il avait mis un masque
de verre pour viter de respirer les exhalaisons : la violence du venin brisa
le masque, et le chimiste expira. L'imprudente Brinvilliers rclama
sur-le-champ la cassette o son amant renfermait ses autres poisons : voil ce
qui la trahit. Cette cassette fut ensuite porte  la Bastille, et ce qu'elle
renfermait a servi  tous les membres de la famille de Louis XV. Cette femme
clbre fut convaincue d'avoir galement empoisonn ses deux frres et sa sur
et eut, en consquence, la tte tranche en 1676.
 [6] C'est du marchal, dont on parle ici.
 [7] Expression de Brantme, au mme article que l'on va citer de lui tout 
l'heure.
 [8] Tome I des Vies des Dames galantes de son temps, dition de Londres, 1666,
in-12. Peut-tre aurions-nous d copier littralement l'auteur cit ; deux
raisons nous en ont empch : la premire est que ces citations forment
toujours des bigarrures dsagrables ; la seconde, que Brantme n'a fait
qu'esquisser ce que nous avons voulu peindre avec plus d'nergie, sans
toutefois nous carter de la vrit.
 [9] Tout ceci n'est qu'un faible aperu de ce que le lecteur trouvera sur cette
importante matire dans les volumes suivants.
 [10] On saura bientt ce que c'tait.
 [11] Femmes lubriques et emportes, lisez avec attention ces conseils : ils
s'adressent  vous comme  Juliette, et vous devrez, si vous avez de l'esprit,
en tirer comme elle le plus grand parti. Le plus ardent dsir de votre bonheur
nous les suggre ; vous n'atteindrez jamais  ce bonheur, pour lequel nous
travaillons en vous adressant ceci, non, jamais vous ne l'atteindrez, si ces
sages avis ne deviennent pas la seule base de votre conduite.
 [12]  L'enfer, dit un homme d'esprit, est le foyer de la cuisine qui fait
bouillir en ce monde la marmite sacerdotale ; elle fut fonde en faveur des
prtres ; c'est pour qu'ils fassent bonne chre que le Pre ternel, qui est
leur premier cuisinier, met en broche ceux de ses enfants qui n'auront point
eu pour leurs leons la dfrence qui leur est due ; aux festins de l'agneau,
les lus mangeront des incrdules grills, des riches en fricasses, des
financiers  la sauce Robert , etc., etc. Voyez la Thologie portative, page
106.
 [13] Eusbe, dans son Histoire, lib. III, chap. 25, dit que l'ptre de
Jacques, celle de Juda, la deuxime de saint Pierre, la deuxime et la
troisime de saint Jean, les actes de saint Paul, la rvlation de saint
Pierre, l'ptre de Barnab, les institutions apostoliques et les livres de
l'Apocalypse n'taient nullement reconnus de son temps.
 [14]  toi qui, dit-on, as cr tout ce qui existe dans le monde ; toi, dont je
n'ai pas la moindre ide ; toi que je ne connais que sur parole et sur ce que
des hommes, qui se trompent tous les jours, peuvent m'avoir dit ; tre bizarre
et fantastique que l'on appelle Dieu, je dclare formellement,
authentiquement, publiquement, que je n'ai pas dans toi la plus lgre
croyance, et cela par l'excellente raison que je ne trouve rien qui puisse me
persuader d'une existence absurde dont rien au monde n'atteste la solidit. Si
je me trompe, et que lorsque je n'existerai plus, tu viennes  me prouver mon
erreur, et qu'alors (ce qui est contre toutes les lois de la vraisemblance et
de la raison), tu viennes  me convaincre de cette existence si fortement nie
par moi maintenant, qu'arrivera-t-il ? Tu me rendras heureux ou malheureux.
Dans le premier cas, je t'admettrai, je te chrirai ; dans le second, je
t'abhorrerai : or, s'il est clair qu'aucun homme raisonnable ne puisse faire
un calcul que celui-l, comment avec la puissance qui doit composer le premier
de tes attributs, si tu existes, comment, dis-je, laisses-tu l'homme dans une
alternative aussi injurieuse  ta gloire !
 [15] Le lac Asphaltite existe actuellement sur l'emplacement de Sodome et de
Gomorrhe, dont l'incendie n'existe plus ; les flammes qui s'aperoivent
quelquefois en ce lieu proviennent des volcans dont il est environn : c'est
ainsi que l'Etna et le Vsuve brlent toujours ; jamais les villes dont il
s'agit ne brlrent d'une autre faon.
 [16] Quels sont les seuls et les vrais perturbateurs de la socit ? - Les
prtres. - Qui sont ceux qui dbauchent journellement nos femmes et nos
enfants ? - Les prtres. Quels sont les plus dangereux ennemis d'un
gouvernement quelconque ? - Les prtres. - Quels sont les fauteurs et
instigateurs des guerres civiles ? - Les prtres. - Qui nous empoisonne
perptuellement de mensonges et d'impostures ? - Les prtres. - Qui nous vole
jusqu' notre dernier soupir ? - Les prtres. - Qui abuse de notre bonne foi
et de notre crdulit dans le monde ? - Les prtres. - Qui travaille le plus
constamment  l'extinction totale du genre humain ? - Les prtres. - Qui se
souille le plus de crimes et d'infamies ? - Les prtres. Quels sont les hommes
de la terre les plus dangereux, les plus vindicatifs et les plus cruels ? -
Les prtres. - Et nous balanons  extirper totalement cette vermine
pestilentielle de dessus la surface du globe !... - Nous mritons donc tous
nos maux.
   

 Ceci provient du site gratuit des HISTOIRES TABOUES cr en 1999 par Pedinc.

http://www.asstr.org/~histoires/  ou  http://go.to/histoires

Vous y trouverez la plus grande collection d'histoires en franais sur le sujet.

N'oubliez jamais que cela doit rester des fantasmes ...
Forcer un enfant au sexe dans la vie relle mrite la prison !

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Cette oeuvre reste la proprit de son auteur.
Sauf si stipul autrement, vous pouvez la republier sur un autre site gratuit
 condition de ne rien modifier et de laisser les notices de dbut et de fin.
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